Le conseiller, dont le nom n'était connu que de son seul superieur, le maire, était assis derrière sur un volumineux siège de cuir. Tandis que ses jambes reposaient, croisées, sur le bureau devant lui, ses mains étaient liées sur son ventre. Ses yeux, eux, ne bougeaient pas. Seul son souffle lent et régulier permettait d'assurer qu'une étincelle de vie l'habitait encore.
Une telle posture ne convenait certes pas au deuxième, si ce n'était le premier, personnage le plus plus puissant de la Comté, mais l'éventualité que quelqu'un le surprenne était bien faible. Pour cela, il aurait fallut que l'imprudent ose s'aventurer dans les sous-sols qui servaient de repère au conseiller, mais surtout qu'il est le cran de regarder par la porte entrouverte, ne serait-ce que par hasard. Et quand bien même quelqu'un l'apercevait ainsi, qu'allait-il faire? Rien. Faire courir le bruit qu'Il était inconvenablement assis ne lui aurait rien approter d'autres qu'un licencement s'Il était de bonne humeur... et autre chose dans le cas contraire. Par conséquent le conseiller n'avait rien à craindre d'éventuels espions.
Ce pygmalion pouvait presque tout se permettre. Le Maire, faible, accédait facilement à ses requêtes, le tout était de choisir les bonnes phrases pour les formuler. Et le Conseil... Ses membres n'avaient rien de politiciens, ce n'était que des bourgeois engraissés par leur or qui applaudissait chaque fois qu'ils entendaient le mot "bénéfice" sans se coucier du contexte et en se préoccupant plus de l'heure du dîner. Dans le pire des cas, si l'un deux avait un éclair de clairvoyance, le tintement des pièces d'or avait vite fait de le ramener sur le droit chemin. Malgré tout, il fallait leur reconnaître qu'il s'étaient bien débrouillés pour arriver jusqu'à ce stade.
En somme, tout le monde avait ce qu'il désirait : le Maire, appeuré par les décisions importantes, se délestait de cette charge sur son coneiller, l'Union des Commerçants de Bree pensait être au pouvoir et s'enrichissait sans cesse, et le conseiller, restant dans l'ombre, possédait les différents élus et avait dans sa main tout le pouvoir dont il avait toujours rêver.
Un sourire sans joie, vainqueur, apparut sur ses lèvres randis qu'il se levait pour vaquer à une des tâches d'administration dont il était l'exécuteur.
Il n'était toutefois pas le seul sourire de la sorte.
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