2 - Une fête
Les deux cent soldats s’étaient reposé. Leurs bêtes s’étaient mêlées aux chevaux des tribus voisines. Chaque animal étant marqué du sceau de son propriétaire, et les chevaux de l’armée de Rhûn reçoivent la marque de l’empire d’Orient après une longue période de dressage.
Le fort de Galsheh vivait de nouveaux. Les rondes de gardes, tours de nuit, et autres formalités furent organisées assez tôt dans la journée et entreraient en vigueur dés le lendemain. Dans sa grande bonté, Dhûngaro avait décidé de laisser une journée de repos à ses hommes, ponctuée par une fête en l’honneur de l’armée donnée par les clans vivant sur ces terres.
Et la fête s’annonçait à la fois simple et chaleureuse. Le temps s’écoulait, et le soleil déclinait, tout comme la température. Les chevaux étaient petit à petit regroupés dans leurs enclos après avoir été recomptés par leurs propriétaires. Le vent avait baissé, et la nuit s’annonçait douce, ce qui était bon signe pour le déroulement de la fête. Les shamans ne manquèrent pas de signaler cet élément, et de l’interpréter comme un bon présage.
Le fort était censé pouvoir abriter la population en cas d’invasion. En théorie. Car les invasions des terres de Rhûn ont été rares au cours de l’histoire. Et en cas de guerre, les nomades n’ont que faire de la théorie et emmènent leurs troupeaux loin des combats, tandis que les soldats aidés par les tribus frappent souvent au moment où l’ennemi ne s’y attend pas. Les nomades étaient des hommes de tradition, qui foulent ces terres depuis des centaines d’années. Ce qui parait être une région désertique aux yeux des étrangers est une terre ancestrale dont les moindres recoins sont connus par les tribus.
La tradition n’a que faire de la théorie.
Et la tradition dictait aux tribu la façon d’accueillir le nouveau chef de guerre, envoyé de Blankanimad. Les traditions varient selon les régions et les clans, aussi, Dhûngaro ne savait pas à quoi s’attendre. Le fort, qui était définitivement trop petit pour abriter la population fut ouvert aux nomades, ce soir là. Etaient présentes trois tribus: les Jaori - tribu nomade tournée essentiellement vers l’élevage de chevaux - les Adargir - qui eux étaient plutôt considérés comme des cultivateurs, et les Arulat, bien sûr, qui eux étaient plutôt des semi-nomades qui ne s’éloignaient presque jamais de Galsheh.
Cet fut d’ailleurs Bentis, chef des Arulat qui prit la parole, accompagné par les deux autres chefs de clan. Ceux-ci connaissaient Bentis, et savaient que celui-ci ne manquerait pour rien au monde l’occasion de parler en public. Aussi, il préférèrent prendre du recul.
Bienvenue à toi, Dhûngaro. C’est avec gratitude que nous accueillons la bienveillante protection de Blankanimad. Les Arulat, les Jaori et les Adargir sont vos humbles sujets. Les deux autres chefs de clan, qui restaient silencieux échangèrent un regard complice.
Comme le veut la coutume, contre la protection de Blankanimad, nous prouverons notre loyauté en prenant les armes à vos cotés, selon les désirs du porteur de la couronne de Rhûn.Des chants s'élevèrent dans la nuit. Aprés une courte étreinte avec les trois chefs, Dhûngaro s'adressa aux nomades en ces termes.
Peuple de Galsheh. Votre accueil me touche énormément. Je serai les yeux de Blankanimad, qui malgré la distance veille sur vos vies, comme cela a toujours été depuis des millénaires. Des cris suivirent l'énonciation de chaque clan.
Jaori! Arulat! Adargir! Trés bientôt les dieux désigneront un nouveau guide pour les peuples de Rhûn. En attendant, nouvs devrons veiller sur nos terres!Selon la coutume Jaori, une jument fut sacrifiée en l'honneur du très grand Souverain de Blankanimad. Il s'agit d'un haut témoignage de dévouement car les jument sont uniquement élevées pour leur lait. Un tel sacrifice signifiait pour les Jaori, mais également pour les tribus alentours que les nomades peuvent se montrer capables de se priver pour la grandeur de l'empire de Rhûn. Se priver de nourriture, se priver de leurs bêtes, mais surtout se priver de leurs fils en cas de guerre. Privation et dévouement... Dhûngaro n'avait plus aucun doute sur la loyauté de ses nouveaux sujets, et il fut surpris par la clairvoyance des seigneurs de Blankanimad quant à cette loyauté.
La porte de la citadelle fut aspergée du sang de la jument. Et les chants reprirent de plus belle.
On rapportera qu'ils durèrent une grande partie de la nuit.