Un départ précipité

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
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Mer 27 Oct 2010 - 16:44
Il vomissait ses tripes. Trois fois déjà il avait couru à l’extrémité du pont pour cracher de la bile. Les voyages en bateau ne lui convenaient pas le moins du monde et il ne se sentait absolument pas le pied marin.

Il avait avalé le plus rapidement possible la distance qui le séparait de sa chambre sous les toits pour organiser ce départ soudain et imprévu. L’organisation fut précaire. Il prit avec lui des affaires de grande nécessité ainsi que son bâton de marche. Il avait toujours à sa ceinture le stylet en argent acheté quelques temps avant. Une arme de peu d’utilité jusqu’à présent mais il sentait qu’en allant vers Assabia il aurait à s’en servir. Le Khand était un nom qui n’invoquait rien de bon. Au Sud-Est du Mordor ces terres avaient du absorber beaucoup des maléfices de l’ennemi pendant très longtemps et les années n’avaient pas du y changer grand chose. Une peuplade d’orientaux à la peau brûlée par le soleil. Des gens de bien quand il s’agissait de commercer et d’échanger avec les intellectuels. Mais de véritables bêtes sanguines quand il fallait combattre, coriaces, et surtout, plus habitués aux conditions arides de leurs contrées. Il n’aimait pas les déserts et la morsure du soleil sur le sable brûlant. Il n’avait jamais été jusqu’à Assabia, et il aurait souhaité ne pas y aller dans de telles circonstances. Marach et Hirlon paieraient chers leur impétuosité et leur envie de gambader au côté du roi.

L’ivrogne lui avait parlé de quelques jours, « une semaine tout au plus » pensait-il. Il lui faudrait tout autant de temps pour rejoindre le Khand. Les gamins auraient donc eu de multiples occasions de se faire tuer au combat si jamais les hostilités avaient été lancées. Il ne savait rien de la situation actuelle et des agissements de l’armée gondorienne. « Une guerre de plus, une guerre de trop ». Les mômes avaient-ils seulement réussi à rejoindre les terres désertes de l’Est ? Les marins ou les pirates, selon la considération qu’on leur portait, ne laissaient pas passer tout un chacun sans une large compensation. Les jeunes gens n’avaient pas les poches pleines d’or à ce qu’il savait.

Il vomit une nouvelle fois sous le regard moqueur d’un vieux marin. La pipe au bec, il crachait des cramiots gros comme des billes dans l’Anduin. Le roulis de la vieille coque sur laquelle se trouvait Nathanael lui faisait perdre tous ses repères. Le vent salé de l’océan ne le réconfortait pas le moins du monde. Il n’avait jamais emprunté les rives de Belegaer et regrettait amèrement d’avoir quitté le plancher des vaches.

Une fois l’estomac vide de toute substance, il regagna en titubant le ventre du navire. Il ne serait pas mieux au cœur du tumulte, mais il avait une terrible envie de se coucher et de ne plus bouger jusqu’à l’arrivée du vaisseau au port du Khand. Il descendit l’échelle de bois qui menait jusqu’aux paillasses et hamacs installés ça et là de façon anarchique. Il trébucha sur une caisse et finit allongé de tout son long sur le sol. Nouveaux ricanements de marins aguéris. Enervement qu’il ne pouvait manifester sans risquer de vider ses tripes. Il se redressa sans entrain et se contenta de rester assis afin de reprendre ses esprits. Il se prit la tête entre les mains et scruta la moindre anfractuosité du sol comme si elles avaient une importance capitale.

Il resta ainsi plusieurs longues minutes avant que son regard ne soit attiré par un objet un peu plus brillant que le reste des outils, caisses et tonneaux entreposés là. Le roulis du bateau avait fait bouger l’objet et il tanguait à présent entre deux boîtes de semences de blé. Il se pencha en avant pour se saisir de cette forme longue et cylindrique. Une longue-vue… Il haussa les sourcils d’étonnement. L’objet était finement taillé et portaient des inscriptions dans une langue qu’il supposât être originaire du Harad. Il ne sut pas en traduire la signification. La lentille de verre était intacte et propre. La longue-vue se dépliait très bien et pouvait tenir dans la poche intérieure de sa veste. Comment était-elle arrivée jusque là, il n’en avait aucune idée. Enfin, jusqu’à ce qu’un homme se mette à hurler sur ses camarades de quart.

Le marin était petit mais solidement bâti. Il avait la mâchoire carrée et son nez avait un angle particulier, manifestation d’un ancien coup de poing bien placé. Il crachait des insultes sur ses comparses.

- Bande de pochtrons, vous m’avez encore chopé des affaires ! Si j’trouve ma long’vue dans vos tites mains les gas, y’en a qui vont m’entendre.
- On t’entends déjà assez, ferme là Odoacre.
- Qu’est stu dis toi ? Que je la ferme ? Cette fois c’est pas la barbe que je va te raser mon gars, mais bien aut’chose ! Je va te couper les couilles le barbu, et te les faire bouffer jusqu’à ce que tu t’étouffes avec !
- Et ben, tu les vois si grosses que ça mes coui…


Le barbu n’eut pas le temps de finir sa phrase. Odoacre lui avait sauté dessus, les mains serrées autour de la gorge. Ils se battaient comme des chiffonniers sur le parquet tandis que les autres commençaient à parier sur celui qui s’en sortirait avec le moins de dents cassées. Nathanael oublia toute morale et s’empara discrètement de la longue-vue, la glissant sous son gilet tandis que personne ne faisait attention à lui. Le bougre avait du obtenir cet outil d’un commerce illicite mais peu importe. La longue-vue était en sa possession à présent, et il n’était pas question de jouer les gentilshommes en la rendant à son propriétaire. Chacun ses ennuis.

Il reprit confiance en ses appuis que représentaient ses pieds et, se tenant aux parois, parvint à s’extraire de la sulfureuse ambiance. A peine arrivé sur le pont il se dirigea immédiatement vers l’arrière du navire où il contenta une nouvelle fois les poissons des mets délicats qui tapissaient son estomac. Le vieux marin l’attendait.

- C’est que vous aimez l’air frais faut croire…

Peu importait à présent, cette peine était compensée par l’acquisition qu’il venait de faire.
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