Un retour sans bouclier...

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
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Nathanael

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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptySam 12 Fév 2011 - 16:39
Le temps sembla s’arrêter un instant entre les mains de Nathanael. L’espion se saisit des paroles de Forlong comme d’une arme et partit mener une campagne solitaire tandis que le Loup Blanc assenait les premiers coups moralisateurs. L’agitation avait alerté un ou deux esprits moins engourdis que les autres par l’alcool ou la fureur. La tente du Roy Méphisto n’était guère éloignée de celle de Lost Ore mais aucune protection supplémentaire n’avait été assignée depuis le début de l’échauffourée à la limite du camp. Deux soldats semblaient regarder dans la même direction, alertes et prêts à intervenir si l’agressivité se propageait jusque sous l’abri royal. Rien de plus. L’attention n’était pas portée vers les tentes alentours et il bénéficiait du climat de confiance qui entourait les proches personnes tolérées à proximité de la demeure éphémère du roi.

Cependant il ne s’en fut aucunement en direction des appartements de son souverain. Une myriade de gardes servait de fortifications humaines et ils seraient prompts à se faire traverser de part en part pour protéger le Haut Roy. Les propos de Forlong avait éveillé en lui une succession de déductions qui l’avait mené à une conclusion rapide : la poule qui chante n’est pas toujours celle qui fait l’œuf … il y avait différentes façons de faire chanter une poule pour faire croire à une ponte alors que l’œuf pouvait bien se trouver ailleurs. Le Loup Blanc irait donc jouer le grand prédateur dans le poulailler tandis que lui-même furèterait dans l’ensemble de la basse-cour.

Tandis qu’il avançait silencieusement sous la voûte étoilée le scénario qui se déroulait actuellement se complétait d’hypothèses plus ou moins pertinentes. Il passa derrière la tente du Roy Méphisto et la contourna rapidement. Une nouvelle série de questions s’empara de son esprit. Quelques réponses émergèrent des nimbes de son entendement. Il bifurqua derrière une tente où des créatures aux courbes tentatrices devaient faire se dresser les perpendiculaires d’hommes désabusés par les combats. Malgré le sérieux de sa mission il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire dans le noir. Les hauts gradés de l’armée avaient survécu à l’assaut mené contre la ville d’Assabia mais s’étaient laissés tenter par les vicissitudes de la petite mort.

A chacun de ses pas il continuait de reconstruire l’imbroglio d’évènement dont il avait eu connaissance et qui s’étaient déroulés depuis son départ du Gondor. Il s’arrêta. Il avait atteint la limite des tentes des généraux. Un soldat élancé se tenait aux aguets devant une porte. Ailleurs les hommes chargés de la protection des officiers supérieurs dormaient ou cuvaient leur vin pour les plus chanceux qui avaient réussi à en obtenir. Pourquoi ce bougre de Gondorien restait-il planté là tandis que d’autres savouraient déjà les délices d’un sommeil dûment mérité ? Il n’avait observé les généraux que de dos durant toute la journée. Il avait discuté avec quelques hommes chargés de leur protection, ou, plus certainement de l’intendance et de leurs affaires. Il avait récolté quelques noms mais il ne lui avait pas semblé très pertinent de les surveiller jusqu’à présent. D’ailleurs qu’aurait-il pu faire réellement ? La suspicion aurait saisi tout le monde s’il s’était présenté plusieurs fois en ce lieu pour guetter les faits et gestes des nobles de l’armée. La question en cet instant pourtant demeurait la même : pourquoi ce bougre de Gondorien restait-il planté là ? De temps à autre il changeait de position et tournait la tête de droite et de gauche pour s’assurer que son champ de vision ne se réduisait pas à la vue qui s’offrait devant lui : feux crépitant, feux éteints, ronflements, grognements et rires saugrenus parmi les blessés.

Il lui était impossible de se rapprocher de cette tente sans se faire repérer. Soit les hommes chargés de la castramétation avaient à ce point développé leur art qu’ils savaient anticiper les regards de témoins inopportuns, soit la chance ne lui souriait point en cet instant. Il recula sans bruit de quelques pas et quitta les logements de toile des hauts gradés pour errer aux marges du camp. « Les responsables sont rarement au centre des évènements »…

Si Gilgamesh disait vrai il lui fallait à présent trouver les motifs expliquant la disparition et l’enlèvement du jeune Chaytann. Aucune rançon n’avait été demandée. L’enfant avait tout simplement disparu de la surface d’Arda, aux yeux des forces gondoriennes en tout cas. La disgrâce de Lost Ore n’était-elle pas due à la disparition d’un enfant royal ? Il expédia une roche d’un coup de pieds énergique et plein de violence. Impossible ! Comment une organisation pouvait à ce point anticiper deux enlèvements ? Complexe, foutrement complexe ! La situation et sa compréhension lui échappait dramatiquement. Il laissa cette pensée dans un coin de son esprit et s’attela à décortiquer les évènements plus récents…

Il s’arrêta à nouveau : pensées et mouvements cessèrent en même temps. La pierre qu’il avait projetée plus en avant avait atterri sur un corps mou et inerte. Une forme sombre et allongée, enchevêtrée dans un amas de tissu et couvert … de sang. Il fit volte face pour s’assurer qu’il était bien seul en cet endroit. Une deuxième attaque du genre de celle qu’il avait essuyé lui-même la veille ? Il mit les doigts autour de sa gorge en se rappelant la douleur qu’il avait ressentie. Il se pencha. Non. Un simple coup de poignard. Il écarta les vêtements : un coup adroit et mortel. Le but à atteindre devait être clair avant même que la lame n’ait traversé la chaire. Tuer. Une fois encore, pourquoi ? Découvrir des motifs et des causes, anticiper les conséquences. Il soupira et se concentra sur ce nouveau cas. Les traits de l’homme mort étaient encore crispés par la douleur et la surprise. Il s’agissait d’un Gondorien. Il ne le connaissait pas. Nathanael fouilla les poches et retourna les vêtements pour découvrir quelques indices tout en prononçant une prière. La nécessité n’exclue pas le devoir de piété.

Une arme, deux en comptant un petit poignard dissimulé dans son dos, quelques pièces, des effets personnels et un petit sac de graines percé. Il goûta le contenu de la petite sacoche : quelque chose comme du tournesol mélangé à du maïs et du blé. Si loin des contrées peuplées par des animaux, mis à part un pigeon domestiqué, quelle espèce animale pouvait consommer de tels aliments ? Un messager. Il ne connaissait pas d’autres agents de l’Arbre Blanc, mais en ces heures sombres il valait mieux ignorer ses comparses. La chose était probable. Quant à la mission qu’il devait mener à bien, connue de lui seul, elle s’était arrêtée soudainement. Nathanael récupéra le petit sac de graines, il lui servirait plus tard, il avait son idée sur la question. Il mémorisa les traits du mort et observa le sable sur plusieurs mètres carrés. Le corps n’avait pas été déplacé, il n’y avait pas de traces alentours. Cependant le sol meuble avait conservé les traces d’une chute brutale et lourde. Le cheval ne devait pas être loin. Un homme ne tombe pas seul de sa monture à l’orée d’un camp militaire. Et il ne s’agissait pas d’un garde en faction. Ce n’était donc pas pour pénétrer parmi les forces gondoriennes qu’il avait été assassiné. Qui suivait qui ?

Plusieurs possibilités s’offraient à sa pensée déductiviste. L’agent aurait pu vouloir quitter le camp pour porter un message important et être mis à mort pour contrecarrer ce plan. A quoi bon les graines pour le pigeon alors ? Il était plus probable que cet homme en ait suivi un autre qui souhaitait quitter discrètement les bons plaisirs d’une campagne militaire. Les agents de Gilgamesh ne suivaient pas les soldats des bas étages. Il y avait anguilles sous roche même si le désert se prêtait mal à cette image. Il se mit en quête de signes indicateurs de la présence d’un autre homme. Il forma plusieurs cercles concentriques autour du corps après s’être assuré qu’il était toujours à l’abri de regards indiscrets. Plus loin vers le Nord le sable et les cailloux conservaient les empreintes floues d’un départ précipité. Une première direction ou une orientation finale ? Si tel était le cas quelqu’un d’assez important avait quitté le camp pour précéder l’armée gondorienne. Toute cette affaire frôlait la conspiration ou quelque chose dans ce goût là. Il lui faudrait donc à présent identifier le général surveillé de près par un soldat insomniaque et l’éventuelle disparition d’une personne suffisamment notoire pour attirer l’intérêt des agents de la Tête.

Il ne resta pas très longtemps sur l’aire funèbre. Le vent froid désertique et la présence d’un macabre compagnon n’étaient pas pour le réjouir. Le sang avait suffisamment coulé parmi les agents de l’Arbre Blanc, rester plus longtemps aurait représenté un affront aux Valars et à la fortune. Sur le chemin du retour il chercha quelques nouvelles traces mais le sable se faisait plus épais par endroit et il ne pouvait distinguer une petite dune naturelle d’une empreinte de pas. Il regagna la limite des tentes des hauts membres de l’armée et du Roy. L’agitation qu’il avait quittée plus tôt semblait s’être apaisée en quelque sorte. Ou bien tout le monde était mort ou bien Forlong avait remporté le succès escompté : calmer les esprits. Il attendrait le retour du Loup Blanc pour en apprendre plus et choisit de demeurer dans l’ombre des grands de ce monde tous les sens aux aguets.
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyLun 14 Fév 2011 - 16:46
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Riggs était tombé lourdement . Il avait passé sa main calleuse sur sa nuque douloureuse, du sang, un chacal l'avait attaqué par traitrise. rapide comme le serpent Riggs se releva; il allait le crever ce salaud et là il découvrit Forlong, un adversaire trop puissant pour lui. Le mercenaire fulminait intérieurement; l'arnorien était drapé de gloire; l'esclandre allait redescendre commun un soufflet. Dommage, Riggs avait aperçu avant d'être renversé comme un ivrogne, le lieutenant La Pointe surgir, un mercenaire orgueilleux qui mettrait un point d'honneur à ne pas laisser ces chiens se faire insulter avec l'impétueux chevalier Gébir il y avait de quoi initier une sacrée pagaille. Oui vraiment dommage et le seigneur Warin avait besoin de temps, Riggs devait trouvé une solution pour relancer l'hallali. Il ne pouvait pas combattre Forlong mais il avait peut être une solution. Les yeux du gondorien brillèrent un bref instant dans la nuit . Puis il aperçut l'éclat de la lame tendue vers le Loup Blanc

Alors il hurla comme un dément, il jouait son va tout . Ensuite il n'aurait plus qu'à fuir sa sombre œuvre réalisée

"Compagnons regardez il attaque le chevalier Loup;alors qu'il venait calmer les esprits il n'ont aucun honneur. il tue les enfants du Gondor. D'ailleurs notre roy le bien aimé Méphisto a exécuté un de ces chiens comme ils aiment à se faire appeler. Oui ce sont des chiens mais sans honneur. D'ailleurs celui-ci"

Il pointa du doigt le lieutenant de Taorin

"Il était tout le temps dans nos pattes avec les trois jeunes soldats u gondor, je suis sûr qu'il est responsable de leur meurtre de sang froid"

Riggs hurla de nouveau leva un sabre trouvé par terre et transperça de part en part l'homme qui attaquait Forlong. Puis il scanda

"A moi hommes du Gondor!!"

Et il se lança dans la mêlée.

Riggs avait eu du mal à prononcer roy bien aimé mais en son for intérieur il n'était pas mécontent du résultat.


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Taorin
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyDim 20 Fév 2011 - 19:00
Les Chiens s’étaient pétrifiés à l’arrivée du Chevalier au Loup Blanc. La désinvolture avec laquelle il avait maîtrisé le Gondorien et le jeune Chien montrait qu’il était un excellent guerrier, sans doute le meilleur de toute cette armée de mercenaires avides d’or et de soldats abrutis de fatigue à cause de la chaleur écrasante du désert. Mais lorsqu’un Gondorien empala le jeune Chien sur sa lame, La Pointe réagit immédiatement : dégainant son sabre, il fonça sur les Gondoriens amassés en face, et en jeta un à terre en le percutant de toute ses forces.

« A moi, Chiens du Désert ! Ces traîtres veulent notre peau ! » cria-t-il. « Tuez-les tous ! »

Derrière lui, les Chiens l’imitèrent. Rendus fous de rage par la mort de leur camarade, leur frère d’arme, ils n’avaient plus qu’une idée en tête : se venger de ces Nordistes orgueilleux, insolents, et avares. Néanmoins, ils tachèrent d'éviter le Chevalier au Loup Blanc, ce guerrier mystérieux et si redoutable : personne n'avait envie de se faire tuer, et personne ne se sentait capable de venir à bout de cet homme. Il risquait de se comporter comme un animal acculé, et se montrerait alors bien plus dangereux.

Pendant ce temps, de plus en plus d'hommes, mercenaires ou Gondoriens, arrivaient, curieux de savoir ce qui faisait tant de bruit et les empêchait de se reposer...

HRP// Désolé du manque de longueur du texte... J'essaierais de me rattraper sur les prochains Wink //HRP


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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMar 8 Mar 2011 - 1:02
Un projectile enflammé heurta le sol, s'enfonçant dans le sable avec un bruit sourd. Cela suffit pour attirer l'attention d'une partie des combattants.

Le son de trente arcs bandés simultanément eut le même effet qu'un seau d'eau glacé.

-Posez vos armes sur le sol et dispersez vous. Vous avec dix secondes avant que je ne donne l'ordre de tirer à mes hommes. Ce sont des archers de la Haute Vallée de Morthond; l'on dit qu'ils ne ratent jamais leur cible. J'attends des volontaires pour démentir cette légende.

La voix était féminine, mais remplie d'autorité et de puissance. L'épée à la main et un plastron de cuir recouvrant sa poitrine, la femme blonde était entourée d'un demi-cercle de trente archers, visant les acteurs de l'escarmouche. Elle n'était pas particulièrement belle, même si certains auraient pu la considérer comme attirante. Les muscles se dessinant sous la peau de ses bras et ses traits sévères n'ajoutaient rien à son charme, tandis que le ton glacial dissimulait la beauté véritable de sa voix. Lieutenant Sara n'avait pas été choisie pour ses charmes, mais pour son sang froid, son charisme et pour ses talents d'archère. On disait que le sang de Duinhir coulait dans ses veines, mais elle n'avait jamais confirmé cette rumeur. En quatre ans seulement, elle avait atteint le rang d'officier de l'armée Gondorienne, supportant sans un mot de plainte les allusions des autres guerriers à son sexe. Ceux qui combattaient sous ses ordres avaient appris à la respecter, et ce n'était pas sans raison qu'elle fut choisie pour cette mission.

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***

Il y eut un moment d'hésitation, des regards sombres, des jurons crachés à travers les dents serrés. Mais ils connaissaient tous la réputation des archers de Morthond. Les armes furent jetées à terre, les haradrims et les Gondoriens partirent dans des directions opposées. Un seul était resté. Un homme sans alliés, sans frères d'armes. Il avait vu l'éclat d'acier voler vers son coeur à travers la brume qui recouvrait ses yeux. Il avait entendu le vacarme du combat se propager à nouveau tout autour.

Une voix féminine? La reine d'Arnor..? Il galope, éperonne son étalon, essayant d'arriver à temps. Le froid envahit son coeur en voyant le corps féminin gisant sur le sol, le regard vitreux et mort rempli d'accusation. Trop tard. Toujours trop tard.

Lieutenant Sara vit le Chevalier du Loup Blanc vaciller et s'écrouler à terre, son sang imbibant rapidement le sable. Elle rengaina son épée et fronça les sourcils. Alors c'était lui ce guerrier légendaire. Son état actuel démentait au moins une partie de la légende; il ne s'agissait pas d'un chevalier immortel revenu du Premier Age. Une chose était sûre; quiconque c'était, il avait une raison pour garder son identité sécrète.

D'un geste de la main, la guerrière ordonna à ses hommes de se disperser, gardant seulement quatre d'entre eux à ses côtes. Elle enleva le heaume et le foulard qui dissimulaient le visage de Forlong. Ces traits détruits par le vent du Nord et les épées ennemies ne lui étaient pas familiers. Elle approcha la lame de son couteau de la bouche du blessé: une fine couche de vapeur d'eau apparut sur le fer. L'homme respirait encore...Elle plongea un de ses doigts dans la flaque de sang qui entourait son épaule, et l'étudia attentivement. Le liquide était rouge et clair.

-Le bougre a eu de la chance. Sa respiration est régulière, donc la lame n'a pas transpercé ses poumons, et la couleur du sang montre qu'aucun organe important n'est endommagé. Après, c'est pas demain qu'il saura bouger son bras gauche. Si il ne meurt pas de perte de sang cette nuit, bien sûr.

Des quelques gestes rapides, elle défit les éléments de l'armure du Dunadan, dévoilant sa chemise imbibée de sang.

-Un. Deux. Trois.

Lorsqu'elle prononça le dernier mot, les quatre soldats soulevèrent le chevalier blessé. Lieutenant Sara, quant à elle, enroula l'armure ainsi que Lunerill dans sa cape, et mit le tout sur son dos.

***

Les torches devant la tente du guérisseur n'étaient jamais éteintes, et l'odeur d'alcool bouillant, de sang et d'onguents régnait toujours dans l'air. L'homme aux cheveux blancs fut déposé sur une banquette, et lieutenant Sara attira l'attention du guérisseur d'un geste de la main.

-Occupez vous bien de celui là. Perte de sang importante, aucun organe essentiel à la survie endommagé. Ne le laissez pas mourir.

Elle glissa une petite bourse dans la main de l'homme, qui murmura quelque chose sur les femmes, leurs diagnostiques ainsi que le fait qu'il avait d'autres patients, mais il se pencha aussitôt sur Forlong, puis s'empara du sac où il gardait les pansements et médicaments de toute sorte.

Lieutenant Sara quitta la tente, suivie par ses quatre hommes. La nuit était loin d'être finie, et quelqu'un devait surveiller tous ces guerriers qui ne voulaient pas dormir et attendaient un moment opportun pour commencer la bataille de coussins.

***

L'aube finit par arriver, et l'expédition se remit en route encore une fois. Mais quelque chose avait changé cette fois. Ils étaient en Ithilien. De retour au Gondor.

Tard dans l'après midi, une troupe d'une centaine de cavaliers du Gondor vint rejoindre les forces de Méphisto. Leurs officiers échangèrent quelques paroles avec le Haut Roy, et bientôt la voix du héraut royal perça l'air froid:

-Oyez, oyez! Nous sommes de retour sur les terres du Gondor! Les guerriers de l'émir Radamanthe rebrousseront à présent leur chemin. Les mercenaires et volontaires qui avaient participé aux combats doivent se rendre dans la tente du conseiller royal ce soir pour recevoir leur payement! Après ceci, ils quitteront l'expédition dans des groupes pas plus grands que cinquante hommes, et retourneront en paix sur leurs terres!

Ainsi s'achevait la longue et douloureuse expédition d'Assabia. La première guerre du royaume du Gondor depuis cinq ans. Le temps de la paix était fini. Les liens de fraternité étaient brisés.

***

Forlong ouvrit les yeux, sentant un frisson parcourir son corps à cause du vent froid. Il essaya de changer de position, et étouffa un cri de douleur lorsqu'il essaya de s'appuyer sur le côté gauche. Où était il? Il sentait le sol bouger en dessous de lui...le sol? Non. Il était couché sur un grand chariot recouvert de paille. Des bandages blancs tachés de pourpre recouvraient sa poitrine et son bras gauche; le Dunadan reconnut avec soulagement le pommeau de Lunerill dans la paille à côté de lui. Il se sentait très faible...

-Content de vous vous voir réveillé, Lost Ore...

La voix lui était inconnue, et il tourna la tête avec difficulté pour découvrir le visage de son interlocuteur. Forlong vit un petit homme assez gros sur un poney.

-La Tête m'envoie, Lost Ore. Le Roy est rentré vivant au Gondor, vous avez donc accompli votre mission, même si vous n'étiez apparemment pas foutu de veilleur sur votre propre sécurité. Alalalala. Vous pouvez m'appeler Bogdan d'ailleurs. Mon collègue est parti chercher votre ami vagabond. Il faut qu'on parle.

***

Le collègue de Bogdan était grand, svelte, et doté d'une énorme chevelure blonde. Il s'était approché de Nathanael, en performant les quelques gestes de reconnaissance des Agents de l'Arbre Blanc, puis dit avec un sourire:

-Monsieur le barde, je vous invite à me suivre.

Il le guida jusqu'au chariot sur lequel était couché Forlong, et l'invita à s'asseoir dessus. Ce fut à nouveau au tour de Bogdan de prendre la parole, et le petit homme grassouillet regarda Nathanael en se frottant les mains:

-Alors alors! Vous avez l'air bien plus éloquent que notre ami guerrier, et puis il ne faudrait pas qu'il se fatigue trop. Il faut qu'on discute, et avant tout nous avons besoin de savoir ce qui s'est passé à Assabia.

Les deux Agents de l'Arbre Blanc attendaient la réponse de Nathanael, tandis que l'expédition s'avançait lentement à travers les forêts d'Ithilien. Les feuilles tombaient, virevoltant sous le souffle du vent glacial. Le Roy rentrait à la Cité Blanche.


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Gallen Mortensen
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyVen 11 Mar 2011 - 10:09
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Riggs avait profité de la cohue pour se méler de nouveau à la foule. Les archers avaient ponctué l'épisode.De son peil avisé, Le mercenaire observa les événements. Il sourit en voyant Lost Ore se la jouer héros légendaire.Lamentable.

Silencieux, Le gondorien attendit dans la nuit. C'était maintenant le moment le plus dangereux, il n'avait pas tous les tenants et aboutissants du plan de Warin mais si il avait échoué, il le saurait maintenant.

Mais rien ne vint ! L'échange avait du avoir lieu.

La marche vers la cité Blanche reprit le lendemein matin. Aux première lueurs de l'aube, Riggs profita de l'ombre déclinante pour quitter la longue file exténuée de guerriers. Il vérifia bien que son départ n'avait pas été repéré.

Mais il n'était rien , nul ne s'inquiéterait de son absence.Un rien qui avait blessé néanmoins le gondor.

Un sourire malfaisant ourla ses fines lèvres. Il regarda un long instant la fumée blanchâtre s'élevait de sa bouche dans l'aurore blafarde.

Puis il repartit vers son nouveau chef. Mais Riggs était conscient qu'il ne pouvait pas faire confiance à un tel homme et son ordre honnêtement il s'en foutait, mais mettre à mal Méphisto et ses amis, cela s'était jouissif.


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Nathanael
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyVen 25 Mar 2011 - 12:47
Sa patience avait des limites. Il avait fureté pendant presque une heure, approximation portée par le déplacement des étoiles. L’homme qui veillait près de la tente d’un haut général avait disparu lors de son retour. Soit. Si toute surveillance avait disparu c’était sans doute parce que le méfait avait été accompli. Méfait ou bonne action, peu importait. Il lui avait paru étrange qu’un garde en faction demeure éveillé tandis que les autres répétaient un concerto de ronflements. Il garda ce détail en mémoire avant de retourner vers la tente de Lost Ore. Il avait fait quelques détours en espérant retrouver le Loup Blanc là où ils s’étaient quittés plus tôt dans la nuit. Sa surprise fut mêlée à un brin de déception et de crainte. Il attendit encore quelques temps avant d’abandonner ce refuge pour retourner sur le lieu du combat.

Les guerriers avaient été dispersés par « une escouade d’archers menés par une femelle ». Il trouva deux ou trois soldats pour lui narrer les derniers faits et gestes des mercenaires et des recrues gondoriennes. Non, ils ne savaient pas où se trouvait le Chevalier au Loup Blanc. Il avait disparu après le passage du lieutenant Sara. Emmenés par ses gardes. L’un des soldats avait eu l’esprit encore assez clair pour lui raconter les faits concrets. Les autres avaient déjà transmué les faits et gestes du Loup Blanc en contes et légendes pour enfants. Il y avait plusieurs partis pris au sein de l’armée. Quelques jeunes guerriers encore un peu naïfs et d’autres plus aguerris et plus sages approuvaient l’action solitaire de Lost Ore et le soutien des archers. Les plus belliqueux crachaient encore des jurons contre « cet empoté de sauveur miséricordieux … ». Certains des soldats n’avaient guère d’avis. Lost Ore avait bien fait, oui, il avait presque calmé les esprits. Mais ils n’auraient pas été contre une petite vendetta qui les aurait vengés de ces chiens galeux du désert. Il ne put se faire un avis du point de vue des mercenaires. Malgré son bon vouloir il lui fut interdit de franchir la limite de leurs camps. Ils se méfiaient de toute intrusion qui eut pu les mêler une fois encore à une échauffourée. Il était clair que même parmi les mercenaires, le Gondor venait de perdre des alliés.

Il ne put jamais trouver le lieu où avait été emmené Forlong. Les tentes des hauts dignitaires étaient trop bien gardée, et lui-même trop mal connu, pour tenter d’y pénétrer en prétendant chercher le Loup Blanc. Il ne prit pas la peine de retrouver la tente du guérisseur. Mieux valait au final qu’on ne le voit pas avec un grand combattant. L’ombre était sa demeure. Il retourna se mettre à l’abri des regards dans la tente de l’ancien capitaine d’Arnor en espérant en apprendre plus le lendemain. La nuit lui parut très courte.

Il se réveilla aux bruits des allées et venues des soldats qui levaient le camp. Il avait regroupé les affaires de Lost Ore et avait demandé à un jeune soldat de les charger et de s’en occuper jusqu’au soir. Il viendrait les récupérer si jamais il ne revoyait pas Forlong.

Le paysage changea tandis qu’il marchait au rythme du pas des chevaux. Sable et cailloux laissèrent place à de l’herbe verte puis aux branches de hauts arbres. Il avait surveillé tout du long le groupe de tête parmi lesquels figuraient les officiers de l’armée du Gondor. Il n’avait pas remarqué de changements par rapport à la veille. Les mêmes hommes chevauchaient aux mêmes places. Ils étaient relativement nombreux. La veille il avait essayé d’effectuer un décompte des hommes qui marchaient parmi le groupe royal. Il avait abandonné au bout de la troisième tentative car il perdait ses comptes à chaque fois qu’un homme se déplaçait parmi la foule pour prendre une nouvelle place. A cheval cependant il avait approché le chiffre d’une trentaine de hauts dignitaires. Mais de dos, la reconnaissance était difficile.

Il s’arrêta comme d’autres lorsque les cavaliers du Gondor vinrent à leur rencontre. Il ne prêta guère attention aux mouvements des troupes qui devaient rebrousser chemin. Les mercenaires les accompagneraient jusqu’au soir pour récupérer leur pécule. Ses esprits lui revinrent lorsque les hommes de l’émir Radamanthe quittèrent définitivement le corps de l’armée. Le seigneur Radamanthe ne les avait-il pas accompagnés jusqu’à présent ? Or il semblait bien ne plus figurer parmi les hommes proches du roi, ni parmi ses hommes à lui. Il questionna rapidement, l’air de rien, les soldats gondoriens avec qui il avait partagé les premières heures du jour. Non, officiellement, aucun d’entre eux n’avait entendu dire que le seigneur Radamanthe avait quitté les troupes armées. Sans doute devait-il se trouver plus avant aux côtés du roi. Après tout il pouvait tout aussi bien se dissimuler dans une des carrioles qui protégeaient de la morsure du soleil. Mais, non, ils ne savaient pas.

Il fut interrompu dans ses réflexions par un agent de l’Arbre Blanc. Prise de contact rapide. Il le suivit sans un mot. Les ordres étaient les ordres, et il n’était qu’un maillon des longues chaînes que manipulait la Tête. D’autant plus qu’il ne se voyait pas refuser l’invitation d’un géant aux crins d’or, aussi svelte soit-il. Il avait eu son content de mésaventures.

Ils s’approchèrent d’un chariot bringuebalant sur les cahots de la route. Il s’agrippa aux rebords de bois pour se hisser sur le plateau du chariot. Le corps couché qu’il avait aperçu d’un coup d’œil se révéla être celui de Lost Ore. Au moins il n’était pas mort, même s’il ne semblait pas être au mieux de sa forme. Il écouta les quelques mots de Bogdan tandis qu’il saluait les restes de Forlong avec un sourire amical. S’il avait su, il aurait conservé avec lui la bouteille de vin qu’il avait retrouvé dans les affaires de son compagnon d’infortunes.

- Content de vous compter encore parmi les vivants.

Il regarda la file des hommes qui suivaient le chariot avant de prendre la parole. Il narra son arrivée malencontreuse à Assabia et sa rencontre imprévue avec le Loup Blanc. Les affaires avaient mal tourné par la suite.

- Il me semble que les affrontements n’ont été qu’une supercherie, même si les blessures qu’ils ont entraînées sont bien réelles.

Il regarda Forlong d’un coup d’œil. La tactique de la fuite avait toujours eu l’avantage de le laisser sain et sauf. Les lâches avaient du permettre la pérennisation de l’espèce humaine sans doute…

- J’ai découvert un agent de l’Arbre, mort, aux abords du camp. Il suivait quelqu’un… d’assez important il me semble. Enfin, quelqu’un, ou plusieurs personnes, les traces n’étaient pas nettes. Mais sa découverte lui a été fatale. Je pense qu’un homme est parti à cheval hier soir, qu’il a quitté le camp en direction du Nord et qu’il n’est pas revenu, ou pas encore.

Il précisa les détails qui l’avait menés à cette conclusion et enchaîna sur le soldat qui était demeuré aux aguets tandis que les autres dormaient ou se prêtaient à l’excitation du combat contre les mercenaires.

- Je ne sais pas à qui appartenait cette tente. Toujours est-il qu’elle était au moins aussi bien surveillée que celle du roi. J’entends par là que l’homme qui la gardait se sentait investi d’une mission importante. Lorsque je suis revenu l’homme ne veillait plus et les combats avaient cessé. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais je pense plus sûrement que le hasard n’a rien à avoir avec toute cette affaire.

Il fit une brève description du lieu où s’était trouvée la tente la veille au soir. Il ne savait pas vraiment si les emplacements étaient permanents ou s’ils changeaient en fonction de la configuration des lieux. Il espérait que Forlong en sache un peu plus long à ce sujet et puisse les éclairer sur l’identité de l’officier qui y logeait. Il continua son rapport dans un ordre rigoureusement chronologique, apposant ses conclusions uniquement après une suite de déductions et de faits.

- Je me demande à l’heure actuelle où se trouve l’émir Radamanthe.

Il ne fit aucun lien avec les explications qu’il avait donné auparavant, sa logique lui laissait supposer que les autres agents de l’Arbre avaient l’esprit assez fin pour tirer leurs propres conclusions.








Dernière édition par Nathanael le Ven 22 Avr 2011 - 10:01, édité 1 fois
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMar 19 Avr 2011 - 1:16
Forlong releva doucement sa tête afin de regarder l'homme barbu qui venait de se hisser sur le chariot. Rien que ce geste court et naturel s'avéra coûteux: l'homme du Nord sentit sa tête tourner et la nausée envahir son estomac. Il répondit cependant au sourire de Nathanael de la même façon, ou du moins par un rictus douloureux.

Malgré sa faiblesse et la douleur, le dunadan s'efforça d'écouter attentivement ce que disait l'Agent de l'Arbre Blanc. Une supercherie...encore une fois il s'était avéré être le bouc émissaire dans une affaire qui le dépassait. Malgré son intelligence et ses talents de stratège conséquents, Forlong avait toujours manqué de talent pour les intrigues et les mensonges diplomatiques. Il était avant tout un guerrier, et même lorsque son rang de capitaine d'Arnor lui avait ouvert une porte vers la Cour Royale, et peut être même le Sénat, il préféra rester sur les champs de bataille.
L'Arbre Blanc avait besoin d'hommes comme lui, tout comme des penseurs comme Nathanael. Toujours en était il que c'étaient les fils de l'épée qui payaient le plus souvent le prix écarlate de la diplomatie Gondorienne.

L'Emir Radamanthe..?! Avait il bien entendu le nom prononcé par le barbu? Il se rappelait très bien de ce personnage, de l'époque où celui-ci ne portait encore aucun titre officiel dans la Cité Blanche, mais était déjà un homme de confiance auprès du Roy. L'homme qui avait combattu la Secte aux Amulettes dirigée par l'infâme Balthazar Le Noir. Qui avait affronté les armées ennemies devant les portes de Minas Tirith. Qui, accompagné des plus grands dirigeants des Peuples Libres, affronta le Dragon lors de la Grande Bataille du Nord. Radamanthe, un traitre? L'idée semblait grotesque...et pourtant. Le pouvoir faisait des choses étranges avec les coeurs des hommes. Et Forlong avait déjà vu assez de trahisons dans sa vie pour ne pas considérer la réputation d'un homme comme preuve suffisante de sa loyauté.

Il décida de prendre la parole, une initiative qui le couta une nouvelle vague de nausée, ce qui ne suffit cependant pas pour l'arrêter:

-Les tentes...dans la partie du campement réservée aux dignitaires...changeaient d'emplacement chaque nuit...A chaque fois que le campement était déployé, les tentes des officiers et autres personnages importants étaient placées dans un ordre différent...sans doute pour empêcher les agents potentiels de l'ennemi de préparer une attaque cohérente sur cette partie du camp...ou un assassinat. Je n'ai pas pris la peine de suivre les changements de l'emplacement de chaque tente, ma mission ne concernait que celle du Roy..je ne saurai pas vous aider.

Bogdan et son compagnon blond hochèrent simultanément de leurs têtes d'une façon presque comique, mais les expressions sur leurs visages indiquaient une réflexion intense, ou même l'inquiétude. L'information sur l'émir Radamanthe les avait apparemment déstabilisé. Ce fut Bogdan, qui semblait être le plus éloquent et le plus futé des deux hommes, qui répondit:

-Un de nos agents morts...un autre incapable de soulever la tête après s'être fait transpercé par un soldat de notre armée...un troisième qui a failli périr sous les griffes d'une créature mystérieuse. Ma foi, cette expédition ne sent pas très bon. Mais vous avez tous les deux accompli votre devoir, messieurs. Quant à l'heure actuelle...moi et mon collègue devons...vérifier quelques éléments. Les informations que monsieur le barde nous a fourni ont avancé beaucoup de questions qui exigent une réponse.

Il tourna son regard vers Nathanael et Forlong, et ajouta, d'un air moins pensif:

-Lost Ore...vous méritez, mais surtout vous avez besoin, de vacances. Je vous conseille de vous trouver un endroit calme pour reprendre les forces et guérir vos blessures. Il se peut qu'on aura besoin de chaque lame dans quelques mois. Quant à vous, monsieur le barde...le choix vous appartient. Vous avez fait un bon travail, et je suis sûr que le long voyage et les évènements traumatiques vous ont épuisé. Si vous souhaitez prendre congé, vous y avez aussi droit. Alternativement, nous pouvons vous donner une nouvelle mission.

Bogdan se tut, attendant une réponse de la part des deux hommes, tout en caressant la nuque de son poney. Forlong toussa douloureusement, et répondit:

-Je ne refuserai pas votre offre...dans mon état actuel je vous serais inutile-sa voix faible laissait paraitre un mélange de soulagement et d'amertume.-Je connais l'endroit où j'irai d'ailleurs...pas tellement loin d'ici. Le fief Beauclair, il a appartenu à un homme qui combattait jadis pour le Prince de Dol Amroth.

Le dunadan tourna lentement son regard vers Nathanael:

-Si jamais vous choisissez la première option, vous seriez un compagnon bienvenu si vous le souhaitez.

Il se tut à nouveau, sentant son corps protester brutalement contre l'effort nécessaire pour prononcer ce bref monologue. Il se laissa bercer par le mouvement irrégulier du chariot, en attendant la décision de Nathanael.


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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyVen 22 Avr 2011 - 18:43
Les premières pousses s’étiraient fébrilement sur leur pétiole pour capter la lueur du soleil. Les rayons célestes parcouraient la forêt de raies dorées où la poussière soulevée par les sabots des chevaux semblait suspendue. La route était parcourue d’ornières boueuses et de flaques ; l’eau avait sa place ici, la vie aussi. Oubliée la torpeur nocturne, oublié le sable grinçant, oubliée la face cruelle de l’astre diurne. Il avait une autre figure en Ithilien, plus clémente. Il entendit le chant d’un oiseau. La nature reprenait ses droits sur le désert et la mort. Images fugaces … Il reprit ses esprits lorsque Forlong articula ses premiers mots. Il semblait meurtri, mais ses blessures récentes ne semblaient pas en être la seule et principale cause. La menace tenait toujours ses ailes déployées et les couvrait d’une ombre persistante. Quel bouclier est assez efficace pour se protéger de l’incertitude ?

Les réponses prenaient la clef des champs. Il avait l’impression de suivre les ondes de l’eau après le passage d’une pierre qui ricoche. Formes éphémères et tremblantes, insaisissables. Chaque réponse entraînait avec elle son lot de nouvelles questions. Il y avait donc du grabuge dans l’air, mais nul ne savait où tomberait l’orage. Que craignaient-ils vraiment ? Que craignaient le Gondor et les peuples libres ? Les armées avaient déjà essuyé des tempêtes funestes et des guerres meurtrières dans le passé. Ces cinq années de calme relativement plat n’avaient elles pas fait rouiller les armures et les esprits ? Le danger semblait venir d’une pluie fine beaucoup plus insidieuse, corrosive pour les âmes et les cœurs ; les alliances entre royaumes prenaient la forme de frusques décousues sur lesquelles un groupe organisé et malveillant venait tirer les fils. De la liberté il ne resterait bientôt plus que des oripeaux. Etait-il bien temps de prendre congé et de défier la fortune en se prélassant dans les draps du repos ? Il en doutait, mais la tentation était bien grande de fuir les affaires politiques et les énigmes de la société civile et militaire. Quelle piste pourrait-il bien suivre après tout ? Il ne servait à rien de remettre en cause la loyauté de Radamanthe dans l’immédiat, ni de poursuivre des ombres. C’était peine perdue. Pendant qu’il réfléchissait il poussa un profond soupir. Il était las. Mais la morale et le dévouement ne tolèrent pas de répits.

- Je suis certain moi-même de mériter quelques repos mais je ne serai d’aucune aide si loin de Minas Tirith et j’ai idée que la guerre engagée par Méphisto ne s’arrêtera pas aux frontières du royaume de Gondor. Je redoute que les ennemis les plus à craindre ne soient pas ceux qu’on a laissé derrière nous.

Il avait froncé les sourcils lorsque Bogdan avait évoqué la créature, un tic manifestant un bref sursaut interne. Il espérait ne plus jamais croiser pareille apparition. Il ne porta pas les doigts autour de son cou mais il sentait les griffures le picoter étrangement. Souvenirs charnels. Il porta son regard sur le Loup Blanc, visage décharné. Il esquissa un sourire et s’essaya à faire un peu d’humour.

- Vous m’excuserez Lost Ore, mais pour ma propre sécurité il me semble plus prudent de ne pas demeurer trop longtemps à vos côtés. Tout comme pour votre santé il ne serait pas judicieux que vous dussiez me secourir une seconde fois.

Lost Ore mis hors-jeu, Méphisto perdait son garde-fou. Il y aurait bientôt une vive agitation dans les hauts étages de la Cité Blanche. Le roi pouvait bien mourir, il n’était pas particulièrement attaché à un souverain en particulier, son but était de protéger et de défendre la couronne ainsi que les valeurs du Gondor. Malheureusement, Mephisto demeurait le seul à pouvoir porter le bandeau royal. L’un était lié à l’autre. Et il lui semblait fort que les héritiers suivants sur la liste n’étaient pas tous Gondoriens. Beaucoup de changements, trop sans doute, auraient lieu et trop vite. L’étau semblait déjà se resserrer autour du Gondor : le Rohan était tombé aux mains d’un roi illégitime et frappé de mégalomanie et le Khand s’était vu qualifié d’ennemi. Au-delà des limites du Riddermark il demeurait méfiant quant aux volontés politiques des souverains étrangers. Mais au Nord comme au Sud le soutien venait à manquer.

Il s’était attaché à démêler des énigmes sordides loin de Minas Tirith, mais qu’en était-il de la situation au sein de la Cité Blanche ? Il lui faudrait en apprendre plus avant de retourner à la frontière entre l’ombre et la lumière.

- Y a-t-il des nouvelles particulières de la Cité ? J’aimerai en apprendre plus des allées et venues de ceux qui forment la Couronne de Fer. Les bribes d’informations dont je dispose ne sont que miettes et elles m’inquiètent beaucoup déjà.

Il regarda Bogdan avec détermination et sérieux. Il ne savait pas à quelle échelle il se trouvait dans la hiérarchie construite par la Tête. Ces deux agents étaient venus le chercher sans plus d’explications. D’ailleurs, pourquoi Gilgamesh avait-il besoin de savoir aussi vite ce dont il retournait ? Ne pouvait-il attendre son retour ou exiger qu’il revienne plus rapidement ? Qui se soucierait d’une âme en plus ou en moins, d’autant qu’ils étaient à présent libre de demeurer ou de partir. Le vieux renard avait sans doute des centaines de plans à l’esprit qu’il lui faudrait mettre en place, revoir, préparer avant le retour du roi. Mais d’une certaine manière, Nathanael espérait bien pouvoir en faire partie en continuant à enquêter sur de troubles faits.
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMar 26 Avr 2011 - 1:54
Se doutant du prix qu'une tentative de rire l'aurait couté, Forlong se satisfit d'un bref rictus. Il prit quelques secondes pour analyser ses sentiments face à la réponse de Nathanael; il n'était pas particulièrement déçu ni triste. Il appréciait beaucoup la compagnie du conteur, mais il avait toujours été un loup solitaire, habitué à ce que sa propre ombre soit son compagnon.

Bogdan quant à lui hocha de la tête et soupira en entendant les paroles de Nathanael. Il répondit en se grattant le menton:

-Les énigmes, intrigues et autres mystères sont une drogue difficile à abandonner, n'est ce pas monsieur le Barde? Veillez cependant à ce que l'araignée ne devienne pas la mouche, car ce n'est pas un jeu. Minas Tirith...la Cité a besoin de la présence royale pour regagner sa blancheur légendaire. Il y a une semaine, un mage noir elfique s'est introduit dans le Palais Royal. Il a volé un certain artefact...je ne peux pas vous en dire plus. Un des meilleurs apprentis mages de Minas Tirith est mort pendant la poursuite...égorgé. Etrange, même très. Personne ne sait ce qu'est devenu le mage noir elfe...Nos agents ont fait tout pour calmer les rumeurs qui se répandent dans la ville. L'elfe est recherché par nos meilleurs hommes dans toutes les cités du Gondor, et Minas Tirith est gardée comme jamais. Vous ne nous serez d'aucune utilité là bas.

D'un geste de la main brusque, le petit homme écrasa une mouche qui s'était assise sur la nuque de son poney.

-Ceux qui forment la Couronne de Fer...nous aimerions en savoir plus nous mêmes. Balthazar Le Noir est mort. Tué, lui et ses infâmes enfants. Les corps ont été retrouvés dans une mine abandonnée à quelques lieues de la Cité Blanche. Quelqu'un a fait une grande faveur au Gondor ma foi...nos sources confirment que le Démon Noir faisait parti de la Couronne de Fer, et occupait un poste très élevé. Un autre criminel s'était échappé de la prison de Minas Tirith la même nuit que Balthazar...un certain Warin, l'infâme seigneur gondorien. Personne ne sait où il se trouve maintenant...Nous avons relu des anciens rapports sur l'attaque d'Aldburg il y a cinq ans. L'Ordre était responsable, sous les ordres d'un elfe nommé, ou surnommé, Lammâth. Ils sont puissants, et ils sont partout. Même l'Arbre Blanc peut ne pas suffire pour les détruire. Mais nous essayerons néanmoins.
Si vous voulez enquêter, rendez vous dans une ville Gondorienne...Pelargir par exemple. Des choses intéressantes se passent toujours dans une cité portuaire. Et faites attention à vous, monsieur le Barde. Il serait regrettable de perdre un agent comme vous. A présent, nous devons vraiment partir. La Tête nous attend. Au revoir, messieurs!

Sur ce, Bogdan éperonna sa monture, qui démarra, à un tempo loin du galop dramatique désiré par le cavalier. Le compagnon blond du petit homme le suivit à son tour, saluant Nathanael et Lost Ore d'un signe de la tête.

Forlong les regarda partir, et dit:

-Nos chemins se séparent à nouveau, Nathanael. Ne vous faites pas tuer.
Que la route vienne toujours à votre encontre,
Que le vent souffle toujours dans votre dos,
Que les rayons du soleil réchauffent toujours votre visage,
Que les pluies tombent doucement sur vos champs,
Et, jusqu'à notre prochaine rencontre,
Que les Valar vous tiennent dans la paume de leur main. *

Le capitaine en exil se tut pendant un moment, puis une grimace déforma son visage usé par le vent et les épées ennemies. Il ajouta:

-Mon esprit est brouillé par les potions que m'a fait boire le toubib...si vous vous rendez vraiment à Pelargir, vous pouvez au moins profiter du confort de ce chariot de foin pendant une partie de votre voyage. Le fief Beauclair se trouve dans le Belfalas, donc il va falloir passer par les alentours de Pelargir pour y arriver.

Forlong lança quelques instructions au vieux paysan qui dirigeait le chariot, et s'écroula à nouveau sur le foin, regardant le ciel gris et les branches sombres au dessus de sa tête.

Doucement, à la vitesse d'un chariot rempli de foin, le capitaine du Nord en exil revenait vers son passé...




*adaptation d'une vieille bénédiction Irlandaise


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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptySam 14 Mai 2011 - 20:27
    A la lisière de la Lothlorien, Calime avait regardé ses compagnons de route partir avec un léger pincement au cœur. Elle leur enviait cette facilité de partir sans hésitation, sans attache, sans…handicap. Ils semblait sûrs d’eux, et marchaient droit, sans peur, ni crainte.
    Elle les regarda jusqu’à ce que leurs silhouettes ne soient plus qu’un point noir disparaissant à l’horizon, hors de portée, même de sa vue d’elfe.
    Elle avait partagé la journée suivante, répartie entre le repos et la méditation. Sa décision prise, elle avait cueilli quelques fruits dans les alentours pour agrémenter son baluchon qui représentait toute sa maigre fortune.
    Elle attendit impatiemment que le soleil daigne entamer sa longue descente cinabre, et prit la route.
    Elle ne savait pas où aller, ni vraiment pour quelle raison, mais elle sentait qu’elle devait voyager, et se découvrir. Elle prit une route sinueuse qui s’étendait droit vers le Sud, droit vers l’inconnu.
    Sa démarche fut d’abord hasardeuse et méfiante. Se retrouver au milieu de cette plaine, à perte de vue, sans moyen de repère, lui fit soudainement peur. Elle voulut faire demi tour mais sa volonté fit barrière.

    Non.
    Avancer, tout droit.
    Se tenir droite.
    Un pas…
    Deux pas…

    La nuit s’installait progressivement, et les nuages dégagèrent la Lune qui lui apporta du réconfort. Elle remonta le baluchon sur son épaule et poursuivit son chemin, le cœur serré. Elle avait l’impression de laisser une partie d’elle-même derrière elle, et à tout bien réfléchir, c’était tout à fait le cas.
    Elle avait passé 217 ans dans cette forêt, dans la crainte du soleil, dans la crainte de l’extérieur, dans la crainte…des autres, tout simplement. Ce voyage représentait beaucoup pour elle. Elle avait profité de ces temps de paix pour pouvoir partir sans déserter les rangs de l’armée des elfes.
    Ce voyage initiatique, elle aurait du le faire tôt ou tard. Avec l’âge, elle avait développé, en parallèle de sa peur, une curiosité sans bornes et à toute épreuves.
    Elle voulait voir la forêt de Fangorn, la forteresse d’Edoras et son Gouffre de Helm où tant d’histoire était réuni. Elle voulait contempler la tour blanche de Minas Tirith, gouter aux mets des hommes, et même..à la bière naine. Oh juste une gorgée ! Les siens lui avaient raconté qu’elle était infecte, comme la compagnie des nains d’ailleurs, mais pour Calime, toute expérience, bonne ou mauvaise, était à prendre.
    Et peut être, que dans son périple, elle trouvera un endroit où elle se sentira à sa place. Utile, et bien avec les gens qui l’entoureront.

    Les nuits passèrent…elle marcha. Les journées passèrent…elle se cachait.
    Petit à petit, elle arrivait à affronter, pendant quelques heures, la présence du soleil, en camouflant la moindre parcelle de son corps. Il s’agissait d’une dure épreuve, mais elle ne pouvait certes pas vivre en marge de la société diurne à cause de son maléfice. Les heures s’allongèrent, et elle prit confiance en elle.
    Elle sentait déjà des débuts de changement en elle, et cela la combla de bonheur.
    Arrivée dans un petit village, elle réussit à troquer une de ses deux dagues elfique de haute qualité, léguée par sa mère, contre une jument grise à la crinière éclatante. Elle remercia le vendeur dans sa langue natale, qui enchanta ce dernier, et partit. Elle n’avait pas de selle, et elle préférait monter ainsi. Elle avait l’impression de faire communion avec le cheval, et non de lui imposer sa supériorité.



    • • •


    Elle continua droit vers le Sud. La liberté était une ivresse qu’elle découvrait et dont elle se nourrissait quotidiennement.
    Sa route croisa un attroupement de soldats. Reconnaissant son origine elfique, ils lui apprirent qu’il y avait un homme blessé, un peu plus loin, sur un chariot de paysan. Elle les remercia d’un signe de tête et talonna Elona, voyant ainsi une occasion de tester ses quelques connaissances en matières de soins. Et…elle pourrait se montrer utile, qui sait ?
    Elle sourit et chercha du regard le dit chariot qu’elle retrouva non loin. Elle aperçut l’homme allongé dans le foin, avec à ses côtés un autre homme d’âge mûr, brun. Des soldats ? Ils avaient l’air de rang supérieurs à la simple infanterie, même si elle ne connaissait rien, sur l’armée des hommes.
    Elle s’approcha du chariot et cala son allure sur la sienne.
    Son capuchon cachait entièrement son visage et sa peau, étant en plein jour. Elle espéra néanmoins que cela ne provoquerait pas de la méfiance.


    - Aiya, Atanva. Nëan Elda tavarva, Calimehtar. (*Bonjour, hommes. Je suis une elfe de la forêt, Calimehtar). Puis je vous apporter une quelconque aide ? Votre compagnon a l’air en difficulté, et je possède les quelques connaissances de mon peuple, sur les soins.

    Elle salua de la tête les hommes, et demanda à Elona de rester auprès du chariot, dans sa langue natale, avant de passer gracieusement sur le bord du chariot, à côté du blessé. Elle leur montra ses mains libres, dénuées d'armes. Son baluchon était resté accrochée à sa monture. Elle pensait qu'ainsi, ils seraient moins craintifs.

    - Je vous prie, Sir, laissez moi voir votre blessure…

    Elle contempla l’homme allongé, le visage crispé, le regard méfiant avec une lueur d'agressivité, les cheveux d’un blanc immaculé. Son visage appartenait à un homme d’âge mûr qui avait visiblement connu pas mal de batailles. Son visage était strié de cicatrices, et même si elle aurait pu trouver cela repoussant, comparé aux visages parfaits et androgynes de la gente masculine elfique, elle trouva ce visage…spécial…d’une beauté brutale. C’était un homme…un soldat…
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyVen 20 Mai 2011 - 11:18
Mi figue mi raisin. Sous les dehors d’un rapport bref et concis il perçut les tressaillements d’une remontrance. Un agent demeure un agent, seule la Tête dispose de toutes les informations. Il devait se contenter de la part qu’on voulait bien lui donner. Il garda tout son sérieux sans manifester que son orgueil avait été crocheté par le hameçon de la vérité.

Il y avait du bon et du moins bon. L’avenir de Minas Tirith s’obscurcissait en même temps que les jours des peuples libres. La sagesse des elfes s’étiolait et ne laissait dans l’imagination des hommes que la nostalgie des anciens temps. Ce mage noir avait-il un rapport avec l’Ordre étrange qui semait le trouble au Gondor et au Rohan ? Il était difficile de faire la part entre les actions individuelles et celles qui étaient menées par une armée toute entière. Armée d’ombres, insaisissables. Mais mortelles. Balthazar le Noir avait toujours laissé traîner derrière lui une odeur de cadavres. Sa mort ne ferait pas revenir les trépassés d’outre tombe mais d’autres enfants ne paieraient pas le prix de sa cruauté gratuite Il est des histoires que même les conteurs passent sous silence ...

Ainsi donc il ne retournerait pas à la Cité Blanche. Pas dans l’immédiat en tout cas. Il retint un soupir. Il pria Eru que son périple dans un port ne l’obligerait pas à parcourir de nouveau les cales d’un bateau. Il n’était pas prêt à renouveler sa récente expérience, le roulement de la coque des navires ne lui convenait pas. Il n’avait pas le pied marin. Pelargir, ville où les cohortes de Sauron furent mises à mal par un fils du Gondor, un elfe, un nain, et une armée d’esprits errants attachée à leurs épées fantômes comme à leur serment. Que de légendes il avait entendu à propos des prouesses d’Aragorn, de Legolas et de Gimli ! L’histoire officielle était déjà épique, mais les contes populaires avaient transformé ces trois compagnons en valars venus de Valinor pour sauver la race des hommes en Terre du Milieu. Y avait-il en ce jour des hommes dont le courage et la persévérance pourraient venir à bout du mal qui rongeait ce pays ? Il n’en était pas en tout cas. Les espions ne laissaient pas de traces dans les rapports, et l’Histoire ne gardait pas leur nom en souvenir.

Il questionnait son âme de conteur et d’espion lorsque Bogdan dit signe qu’il s’en allait. Il le salua et le regarda s’éloigner avec la grande flèche qui l’avait accompagné jusque là. Il n’était pas fâché de les voir disparaître. Il ne partageait pas le goût du travail avec de quelconques coéquipiers. Mener seul sa besogne lui convenait mieux. Il tenait à sa liberté d’actions.

Il espéra sincèrement que le Loup Blanc lui propose de faire chemin commun jusqu’à ce qu’il prenne lui-même la route du port. Il pourrait échanger quelques discussions constructives avec ce compagnon d’infortune sans avoir besoin de se justifier sur le fond de sa pensée. Et en agrément il profitait du charriot pour le voyage ainsi que des vivres dont pouvait disposer Lost Ore. Blessé ou non, il continuait de disposer d’un prestige non négligeable, conséquemment de revenus dont lui-même n’avait jamais vu la couleur, et enfin, d’une bouteille de vin à laquelle il aurait bien voulu porter les lèvres. Il fut donc d’abord surpris par les propos de Forlong. Les rumeurs disaient donc vrai ; à un loup solitaire on n’attache aucun lien, seraient-ce même ceux de l’amitié et de la camaraderie. Le silence qui s’en suivit faillit lui laisser comprendre qu’il était temps pour ses jambes de s’agiter de nouveau et de fouler plus fermement le sol qui se déroulait sous le plancher du charriot. Il s’abstint de produire tout mouvement quand Lost Ore reprit la parole.

- Mon âme aspire à partager un peu de la lumière du jour avec un compagnon plus loquace que la face du soleil. Et je vous avouerai que mes jambes ne daignent pas remuer de nouveau. Je serai bien aise de rester encore quelques temps à bord de ce charriot dont le confort défit grandement la rugosité du sol.

Il voulut renchérir sur les potions abondamment employée par les médecins. Il savait très exactement où se trouvait la bouteille de vin, et il lui semblait plus bénéfique pour un homme de partager une bonne goulée de vin plutôt que de s’envenimer avec les sirops inefficaces de charlatans. Charlatans royaux, certes, mais charlatans tout de même. Toutes pensées et actions furent interrompues par l’arrivée inopinée d’une elfe dont il n’avait jamais vu les traits. Ils s’étaient écartés d’à peine plus d’un mile des premières troupes armées. La poussière soulevée par les sabots des derniers chevaux voltigeaient encore devant le charriot. L’étrangère arriva à cheval, avec la grâce héritée de son peuple. Il comprit grossièrement les mots elfiques qu’elle prononça. Les rudiments de sindarin et de quenya dont il disposait étaient poussiéreux. Il la salua, sans dire mot d’abord, puis prit la parole pour épargner au Loup Blanc une nouvelle gymnastique faciale.

- Je ne sais si les simples et les onguents seront plus efficaces que la compagnie et le sourire d’une elfe, ma dame. Nous revenons d’une campagne éprouvante, plus pour certains que d’autres. Je ne suis pas maître de ce chariot, et moins encore de la volonté du Loup Blanc. Mais quant à donner mon avis, je ne suis pas indisposé à vous garder auprès de nous quelques temps, ne serait-ce que pour avoir des nouvelles de votre peuple. Mais je vous serai gré de patienter quelques temps, ne serait-ce pour poser des questions ou pour nous donner des réponses. Si les soldats vous ont mené jusqu’à nous, je suppose que nous ne devons pas craindre une quelconque fourberie de votre part. M’est avis cependant que toute inquiétude disparaîtra plus rapidement autour de quelques chairs partagés en commun.

Il fit signe à un homme à pieds derrière le chariot de se rapprocher. Il était parmi les soldats avec lesquels il avait prit quelques repos les jours précédents non loin d’Assabia ; quand les hommes le haranguaient pour entendre des histoires qui pourraient repousser la peur et la mort. Il lui demanda de porter un message rapide au jeune garçon à qui il avait ordonné de conserver les affaires éparpillées de Lost Ore ainsi que les siennes propres, moins nombreuses. Un jeune homme d’à peine plus de 18 printemps arriva moins d’une minute plus tard, essoufflé et tirant à bras tendus sur le licol d’une mule. Nathanael descendit du chariot pour aider le garçon à charrier matériels, vivres et menues possessions aux pieds de Forlong. Puis il se hissa de nouveau sur ce véhicule de fortune.

- D’où venez-vous pour guérir les soldats blessés au combat dame elfe ? Vous n’avez guère l’accent de qui est coutumier d’user du langage commun.

Il jeta un regard à Forlong avant d’oser porter la main sur un paquetage qu’il avait repéré depuis tôt le matin. Il en sortit la bouteille de vin et la posa de telle façon que le guerrier abîmé par le fil de l’épée puisse s’en saisir.

- Je ne crois pas qu’il soit meilleure potion ou décoction que celle-là pour guérir un homme.

Il esquissa un sourire fugace vers l’elfe, redoutant que ses habitudes soient plus raffinées que celles-là mêmes qu’il avait prises au cours de ses longues pérégrinations. Il se tut et laissa Forlong parler pour son propre parti. Il revenait au maître du chariot de donner son avis.


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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyDim 22 Mai 2011 - 3:39
L'après midi était sec mais glacial. Le vent du Nord soulevait de temps à autre des nuages de poussière de la route royale, rendant le voyage bien moins agréable. Rentrant de l'expédition désastreuse, des centaines des soldats, filles de joie et marchands de toute sorte avaient emprunté ce chemin menant à travers les forêts d'Ithilien vers les régions plus peuplées du royaume du Gondor.

Le chariot rempli de foin avançait lentement mais sûrement vers l'Ouest. Deux chevaux suivaient le véhicule, attachés à l'arrière. L'un était noir et originaire des plaines du Rohan; malgré son âge respectable, il avait gardé toute la noblesse et la force calme pour laquelle les montures de cette contrée étaient réputées. Le deuxième était un magnifique étalon blanc de Dol Amroth, jeune et fougueux; une bête puissante, parfaite pour les batailles. Les deux chevaux appartenaient à Forlong; heureusement, le nombre important de soldats sur la route empêchait les bandits et maraudeurs de tenter de s'en emparer. Après tout, le vieux paysan qui dirigeait le chariot avait laissé sa jeunesse loin derrière, et Nathanael était réputé pour la vivacité de son esprit et non le tranchant de sa lame. Le Loup Blanc, quant à lui, était un guerrier redoutable; cependant dans son état actuel il lui serait difficile de tenir debout, sans parler d'affronter un ennemi.

Un rictus avait déformé ses lèvres lorsqu'il entendit la réponse éloquente du barde à son invitation. Les deux hommes restèrent silencieux pendant un long moment, semblant perdus sans leurs pensées. Peu à peu, Forlong se laissa bercer par le mouvement irrégulier du chariot. Il avait recouvert la partie inférieure de son corps d'une couche de foin; homme du Nord, il n'avait pas peur du froid, mais sa faiblesse actuelle et le manque de mouvement l'avaient laissé fragile aux attaques du vent. La douleur dans son épaule était terrible; elle s'éveillait à chaque fois que les roues du chariot tombaient sur un trou ou une irrégularité du le chemin. La route royale, tout comme le royaume de Gondor, avait été mal entretenue ces cinq dernières années. Le Dunadan avait dissout un dixième de sa portion de poudre d'Hirtzion dans sa gourde d'eau; le somnifère puissant et dangereux pouvait servir d'anti-douleur lorsque consommé en très petites doses.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, Forlong ne savait pas combien de temps s'était écoulé. Ses membres étaient froids, et son épaule pulsait toujours douloureusement. Sa gorge était sèche, et il ressentait l'amertume laissée par la drogue. Il resta sans mouvement pendant plus d'une minute, son esprit brouillé revenant doucement à l'état de fonctionnement. Il changea ensuite de position, tentant de ne pas empirer sa douleur par un mouvement trop furtif. Ses muscles se tendirent lorsqu'il entendit une voix inconnue; il reconnut la langue des elfes gris, et le timbre lui permit d'identifier le sexe du personnage.

Il leva ses yeux embrumés par le sommeil et la drogue, et vit une femme encapuchonnée sur une jument grise. Cette dernière éveilla l'intérêt des chevaux de Forlong; en particulier l'étalon blanc de Dol Amroth, qui hennit avec enthousiasme et frappa de son sabot, soulevant un petit nuage de poussière. Il fallut un moment à Forlong pour comprendre le sens des paroles de l'elfe; heureusement le Sindarin était un langage répandu parmi le peuple Dunedain.

-Mae Govannen...-l'homme du Nord fut surpris de découvrir que seul un faible murmure sortit de ses lèvres lorsqu'il tenta de saluer la voyageuse.

Forlong but une petite gorgée d'eau froide de sa gourde, et laissa Nathanael se charger de la conversation. Etant lui-même relativement habile dans l'art de la parole, le Dunadan ne cessait jamais d'être surpris par l'éloquence et l'esprit analytique de son compagnon. Il fut content que Nathanael s'était abstenu de dévoiler son véritable nom. Lorsque le barde fit mention de repas, Forlong s'aperçut de sa faim; il fut ravi de voir l'homme barbu procurer du pain, de la viande, du fromage et des fruits. Le Dunadan sourit légèrement lorsque ses doigts se refermèrent sur la bouteille précieuse de vin d'excellente qualité. S'appuyant lourdement sur son coude gauche, il s'empara de la dague accrochée à sa ceinture, s'assurant toutefois que ses gestes ne ressemblaient pas à une agression quelconque envers la femme elfique. Sa voix se fit entendre, toujours assez faible, mais audible et calme:

-Vous avez sans doute raison, mon ami. Mae Govannen, Calimehtar.

Calimehtar...ses pensées alourdies par la poudre d'Hirtzion retrouvèrent lentement le lien avec le nom de l'ancien roi du Gondor, bâtisseur de la Tour d'Ivoire. Son nom signifiait quelque chose en Quenya, une langue qu'il ne connaissait que très peu...Brillant épéiste? Oui ca devait être cela...mais il ne vit aucune arme à la selle de la voyageuse; seul le manche décoré d'une dague elfique dépassait d'une de ses bottes. Se rendant compte du silence prolongé, l'homme aux cheveux blancs reprit la parole:

-Vous pouvez faire une partie du voyage avec nous...et ne m'appelez pas Sir. Vous pouvez me nommer...Nimdraug.-au dernier moment, Forlong avait décidé de ne pas se présenter en tant que Lost Ore- Coeur Perdu, son surnom habituel au cours de ces dernières années. Guidé par un sens d'humour noir et par les souvenirs qu'éveilla en lui la langue elfique utilisée par Calimehtar, il se présenta en tant que Loup Blanc en Sindarin.
Il allait refuser la proposition de l'elfe, mais lorsque le chariot sursauta sur une pierre, la douleur le frappa avec une force insupportable; son visage devint terriblement pâle, et il fut obligé de reconsidérer sa réponse. Après tout, le toubib qui s'était occupé de sa blessure avait beaucoup de pain sur la planche cette nuit là, et il n'avait certainement pas accordé au Dunadan plus de temps que ce qu'il était strictement nécessaire. De plus, la lance avec laquelle le jeune soldat avait transpercé son épaule avait une lame édentée, et sans doute assez sale, peut être même rouillée. La peau autour de la blessure était déchirée, et un risque de gangrène n'était pas à sous estimer. Ce n'était aussi probablement pas une mauvaise idée que de changer les pansements. Il dut attendre un long moment avant de regagner suffisamment de forces pour reprendre la parole:

-Je vous remercie...Mais partageons au moins d'abord un repas.

Pendant qu'il prononçait ces dernières paroles, il enleva le sceau de la bouteille de vin avec la dague maniée par sa main légèrement tremblante. Il but quelques petites gorgées, sentant le goût riche du breuvage laver l'amertume qui régnait dans son palais. Lorsqu'il avala le noble liquide pourpre, il sentit une chaleur agréable se répandre dans ses membres gelés. Il passa alors la bouteille à Nathanael, qui, après s'être servi, la partagea avec Calimehtar. Forlong invita le vieux paysan qui dirigeait le chariot à les rejoindre pour le repas; ce dernier se contenta de quelques gorgées de vin et d'un morceau de pain et de saucisson, avant de se tourner à nouveau vers l'avant.

Le Dunadan mâchait lentement le repas humble mais appétissant que Nathanael avait procuré; il s'était à nouveau couché dans le foin, en profitant pour étudier un peu leur nouvelle compagne. L'elfe était de taille moyenne, et sa cape ne laissait paraitre pratiquement aucune partie de son corps. Forlong trouvait ca quelque peu étrange, mais curieux plutôt que menaçant. Après tout, le froid était omniprésent, et les elfes avaient des coutumes parfois surprenantes. Profitant du fait que la femme était debout sur le chariot au dessus de lui, le Dunadan jeta un bref regard sous les profondeurs de sa capuche; il fut surpris de découvrir la peau très pâle de l'elfe, mais ne fit aucune remarque à ce sujet.

Un soupçon de méfiance naquit dans l'esprit de Forlong; ces dernières années l'avaient laissé plutôt désillusionné face aux étrangers, ou même ceux qu'il pensait connaitre. Son rôle de justicier anonyme du Bas de la Cité Blanche, l'expédition d'Assabia et son allégeance à l'Arbre Blanc lui avaient montré la corruption des hommes de l'Est tout comme de l'Ouest, et la facilité avec laquelle les esprits malsains étaient capables de manipuler leur violence innée. Que faisait une elfe seule, voyageant presque sans armes, si loin des territoires de son peuple? Pourquoi cachait elle son visage, et était ce lié aux motifs de son voyage? Certes, les elfes étaient réputés pour leurs talents de guérisseur ainsi que leur bénévolence; c'était sans doute la raison pour laquelle les soldats avaient mentionné sa blessure à Calimehtar. Après tout, c'était Laurelin, à présent un seigneur puissant du peuple elfique, qui, il y a des longues années, lui avait sauvé la vie dans la Comté. Mais les temps étaient sombres, et les Peuples Libres se regardaient avec plus en plus de méfiance et de haine. Il espérait en apprendre plus bientôt...et probablement se débarrasser de la femme avant de se séparer de Nathanael; son caractère solitaire l'avait laissé peut enthousiaste face aux nouvelles rencontres.

Fermant à moitié ses yeux, il continua d'observer la femme, et attendit sa réponse à la question de Nathanael, ainsi que son traitement imminent.


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Calimehtar Oropher
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyDim 22 Mai 2011 - 13:08
    Ce fut l’homme brun à l’allure sage et réfléchi qui prit la parole en premier. Elle l’écouta, rassurée d’être accueillie si facilement parmi eux. Elle sourit en acquiesçant de la tête. Il semblait gentil et généreux, elle ne voulait pas le décevoir au sujet de ses compétences de soins. Elle jeta un regard furtif sur le dit Loup Blanc, dont son état avait l’air de s’aggraver. Elle s’en affligea, mais ne pouvait l’approcher sans son approbation. Elle observa de loin sa plaie…vilaine, profonde, l’hémorragie avait du se rouvrir avec cette route mal entretenue…et le bandage était sale. Quoi de pire pour un blessé, de cumuler toutes ces tares.

    Elle allait dire les nouvelles de son peuple, du moins le peu qu’elle savait, lorsqu’il poursuivit pour l’enjoindre à attendre un repas frugal. Elle ne refusa point, elle n’avait rien avaler depuis l’aube et son ventre commençait à la tirailler. Elle remarqua, au passage, qu’aucun des deux n’avaient dévoilés leurs noms. Méfiance…garde… Elle s’en attrista quelque peu mais ne pouvait leur en vouloir. C’étaient des soldats, et éprouvés de plus par les guerres, le sens, la douleur…

    L’homme fit signe à un jeune d’apporter ses victuailles qu’il aida à charger au pieds du blessé. Elle contribua à la tâche, pour ne pas indisposer l’homme allongé sur la paille, et ne pas gêner son maintien. Elle s’était levée, et sentit son regard vers elle, avec quelques bribes de sa méfiance et ses pensées. Les elfes avaient ce don, de sentir les choses. Il se méfiait, encore plus que son camarade. Était ce du à sa fragilité momentanée ou alors, à son caractère, ce qui expliquerait son pseudonyme de Loup Blanc ?

    Elle ne voulut pas s’en préoccuper pour l’instant et écouta l’homme en face d’elle, qui dévoilait miches de pains, fromage, et une bouteille dont le contenu était aussi sombre que le sang.
    Elle pencha la tête vers le blessé qui venait de la saluer.

    - En toute honnêteté, j’explore les Terres du Milieu en toute ignorance, comme une enfant s’égarant par delà les sentiers battus…Je n’avais jamais quitté la Lothlorien avant…Vous m’en voyiez honteuse. J’ai marché tout droit…traverser des terres dont j’ignorais jusqu’au nom. Ensuite, j’ai acheté Elona dans un village, et chevauché jusqu’ici. Je comprends que le peu d’informations que je peux vous fournir incite à la méfiance, mais je vous assure que mes désirs son louables et sans aucune animosité. Si j’ai entrepris ce voyage, c’est pour me trouver…chercher des informations pour pouvoir m’affirmer davantage…

    Elle s’arrêta un moment, le feu aux joues. Devait elle tout leur dire ? Elle voulait se trouver, certes, mais si elle voulait parcourir les terres du Milieu sans relâche, c’était pour également trouver la raison de son maléfice, elle le savait au fond d’elle-même, même si elle ne trouverait probablement jamais la raison à tout ceci.

    - A la tombée de la nuit, vous comprendrez…Mais nous devrons, si vous le permettez, être…dans un endroit…discret.

    Elle se tut, et un long silence mystérieux voila ses dires.
    Après quelques secondes qui lui parurent des heures, l’homme reprit son ton enjoué pour présenter au blessé la fameuse bouteille au sombre breuvage. Loup Blanc s’en empara avec difficulté, et but quelques gorgées. Elle grimaça sous l’effort visible qu’il fournissait pour chaque geste, et son empathie fit le reste.
    Elle s’agenouilla auprès de lui et attendit avec impatience son autorisation pour lui apporter un peu de réconfort.

    - De plus…hommes…y a-t-il une raison valable pour ne pas porter secours ? Je pense…que cela est dans ma nature. Je cherche à être utile, trouver ma place…

    Sa dernière phrase était presque inaudible. Trouver une place, à elle. La tristesse assombrit un instant ses yeux d’ambres que personne ne pouvait voir.
    Sa tristesse fut remplacée bien vite par l’allégresse de la nouvelle. Elle avait l’accord du Loup Blanc, pour les accompagner, et jeter un œil à sa vilaine blessure. Elle devait cependant attendre encore un moment. Après le repas il a dit…et dans sa voix, on entendait qu’il avait l’habitude de donner des ordres. Son regard intimait le respect et l’obéissance…alors elle hocha la tête à nouveau et s’assit comme elle put contre le bord du chariot, pour ne pas gêner, et se faire discrète.

    Lorsque la bouteille de « vin » fit le tour jusqu’à elle, elle la tint un moment, ne sachant quoi en faire. Elle approcha son nez pour sentir et recula quelque peu. Quelle étrange effluve ! Elle rougit sous les regards amusés des hommes, et, reprenant de sa prestance, amena le goulot à sa bouche et versa un peu de ce liquide dans sa bouche. Elle baissa la bouteille…avala une gorgée, se tourna vivement vers l’arrière du chariot pour recracher le reste, et déglutit avec difficultés. Elle ignorait si le gout resté dans sa bouche était appréciable ou non.
    Honteuse, elle se retourna vers les hommes.

    - Je…je suis désolée…je pense qu’il me faudra un temps d’adaptation…

    Elle prit un morceau de pain qu’elle enfourna avec vivacité dans sa bouche, pour essayer de faire partir le gout du vin. Au moins, elle avait gouté et savait à quoi s’en tenir. Elle avait la tête baissée, et redonna la bouteille du précieux élixir au blessé à sa gauche. Elle regarda un moment sa jument grise, qui s’était calée sur les pas de l’étalon blanc qui devait appartenir à l’un des soldats.
    Elle s’en amusa de la voir se trémousser, tête haute, à l’allure fière, pour le plus grand plaisir du jouvenceau qui renâclait en frappant ses sabots sur le sol. Quand elle se retourna, les homme avait finit de manger, et elle put enfin s’approcher de Nimdraug.
    Elle le fit doucement, car il était inquiet et méfiant. Cela se sentait, et cela se voyait même s’il le cachait bien. Elle se pencha sur son épaule, et défit le bandage avec lenteur, pour ménager sa douleur. La plaie n’était pas belle à voir…

    - Pour ne rien vous cacher, elle n’est pas belle…La plaie s’est rouverte à cause du voyage…et elle est infectée. Sir ? Pouvez vous m’apporter un…un…alcool ? Plus fort que le vin si possible, avec de l’eau et du tissu.

    Elle récupéra dans sa besace quelques herbes de son pays, et une aiguille qu’elle avait miraculeusement pensé à prendre, au cas où il faudra rafistoler son baluchon. Son baluchon avait tenu bon, mais elle servirait à la place, à rafistoler un homme. Le ciel était nuageux…il faudrait qu’un de ces nuages cache le soleil…
    Elle attendit un instant, et une fois les outils préparés, elle déboucha la bouteille.

    - Serrez les dents, vaillant homme.

    Et versa généreusement de l’alcool sur la plaie. Ses muscles se tendirent, et elle s’empressa de prendre du tissu et de l’eau pour nettoyer la plaie. Elle souffla doucement dessus et prit en main son aiguille. N’ayant pas de fil, elle s’empara du bas de sa tunique et arracha un bout, pour en récupérer un. Elle se mit à la couture.
    Elle avait presque finit lorsque le nuage avait laissé place au soleil. Sa peau en fut tout de suite agressée. Elle ne put retenir un petit cri et recula prestement ses mains sous sa cape.
    Elle serra les dents en frissonnant…une légère odeur de chair s’éleva dans l’air. Un autre nuage vint cacher l’astre belliqueux, et elle reprit son travail, plus fébrile.
    Sur ses mains, de légères traces de brulures. Elle termina le bandage en tremblant, et recula. Elle rangea ses affaires.

    - Voilà, c’est finit. Si vous me permettez…

    Elle se réinstalla sur le bord du chariot, chaque parcelle de sa peau cachée. Elle tremblait et souffrait encore un peu, mais cela passera. Elle aurait du attendre le coucher du soleil, mais l’état du Loup ne l’aurait pas permis…Elle baissa la tête et fit semblant de dormir, pour éviter les remarques des hommes. A la tombée de la nuit elle avait dit…

    Elle resserra sa cape autour d’elle et pria les Valar d'accorder la guérison de ce mystérieux d'homme...
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyJeu 2 Juin 2011 - 19:26
Une lumière diffuse perçait à travers les nuages. Le soleil se voilait la face et le vent ne parvenait que sporadiquement à repousser l’épais manteau gris qui couvrait le ciel. Les bourrasques venues du Nord faisaient chanter les feuilles dans un crescendo chaotique. Après la torpeur du souffle désertique, le froid était une bénédiction pour Nathanael. Il prit plusieurs grandes inspirations pour humer le fond de l’air. Les odeurs du sous-bois n’avaient pas leurs pareilles pour lui enchanter le cœur. Il resserra néanmoins son manteau autour de ses épaules tandis que Forlong ôtait le bouchon de la bouteille de vin et que Calimehtar s’installait dans le chariot. Il savoura le goût de la viande contre son palais, morceau de choix qui avait séché plusieurs mois durant, pendu au plafond d’une vieille ferme gondorienne. Il lui sembla qu’en mangeant une tranche de ce jambon séché et salé il pouvait retrouver la volupté d’un moment de paix. « Bénis soient les Valars de nous avoir accordés ces mets en ces terres ». Prière intime.

Il écouta sans mots dire les propos de l’étrangère. Quelle bénédiction qu’une elfe parmi des hommes ! La naïveté des enfants éclaire leur regard tandis que la sagesse baigne leur front. Calimehtar avait une lueur candide dans les yeux. Il ne distinguait pas clairement son visage, caché en partie par son capuchon. Sa voix était cependant très expressive. Il lui sembla qu’elle parlait avec son âme, en quelque sorte, sans réussir à dissimuler les émotions qui accompagnaient ses pensées. La fraîcheur de cette jeune femme, certainement plus âgée que lui en nombre d’années, lui fit grand bien. Mais l’impression de paix qui émanait des elfes dissimulait toujours une profonde tristesse. Il l’avait appris à ses dépens lors de son voyage à Fondcombe plusieurs années auparavant. Si le temps ne laisse pas la marque de son passage sur les traits de ces êtres graciles, le poids des remords, des regrets et une nostalgie diffuse n’ont de cesse de leur rappeler que l’immortalité n’est pas un don. C’est du moins ce qu’il percevait en tant qu’homme. Les souvenirs ne s’effacent qu’avec la mort. Et la mémoire n’est pas toujours la meilleure compagnie qui soit.

Il tenait toujours la bouteille de vin lorsqu’il se rendit compte qu’il s’était perdu dans ses pensées. Il n’y avait pas encore porté les lèvres quand bien même il n’avait pensé qu’à cet instant depuis l’arrivée de Calimehtar. Il but quelques gorgées de l’alcool et se sentit revigoré, plus léger et l’esprit plus vif. Les vignerons avaient toujours été selon lui les plus grands médecins de ce monde. Bien que l’alcool put tout aussi bien sauver que détruire un homme, mais il en était de même des plantes qu’on maîtrisait mal dans une décoction. Il tendit par la suite la bouteille à la jeune femme aux gestes posés, presque calculés. Il nota l’attention qu’elle portait à ne jamais laisser paraître les parties de son corps. Pudeur excessive ou application rigoureuse d’une éducation longuement inculquée ? Il ne put se donner de réponse. Il ne put jamais croiser son regard, et cette étrange attitude piquait sa curiosité au vif. Mais en homme de bonne compagnie il ne posa pas de questions et ne se montra pas impoli en cherchant à percer un quelconque secret. Il attendrait donc le coucher du soleil. Il se contenta de manger encore un peu tout en écoutant les mots brefs de Lost Ore et les aveux naïfs mais sincères de l’elfe. Il retint néanmoins un sourire lorsque Forlong avoua un nouveau pseudonyme. Chassez les vieilles habitudes, elles reviennent au galop…

Qui ne dit mot n’en pense pas moins. Forlong était tendu, prêt à se défaire au plus vite de sa douleur mais non pas à accorder gratuitement sa confiance. Et Nathanael lui-même, sous ses dehors d’homme accueillant et amical, n’en était pas moins sur ses gardes. Mais il était prêt à laisser l’initiative au charretier de prendre les armes en cas de sursauts inattendus. Il se servait mieux de ses jambes que d’une épée. D’un coup d’œil il s’assura pourtant que celle de Forlong était à portée de mains, de ses mains. Il devait la vie au Loup Blanc. Il paierait sa dette au moment venu. « Pourvu que ce moment ne survienne pas trop rapidement … » Il rit intérieurement de ses propres pensées et ses yeux s’éclairèrent un moment d’une lueur pleine de gaieté.

- Ola !

Il eut une réaction de surprise qu’il ne put contenir en voyant la jeune elfe recracher le vin auquel elle venait tout juste de goûter. Il regarda attentivement la bouteille passer de ses mains à celles de Lost Ore. Précieux et délicat délice que seuls les palais les plus avertis savent apprécier.

- J’étais pourtant certain que les elfes buvaient parfois de cette eau là.

Puis, après une demi-seconde où il prit l’air indigné, il se mit à rire de bon cœur.

- Et encore, vous n’avez pas goûté à l’eau de vie comme savent la faire les hommes de la Plaine de Gondor.

Et que de souvenirs perdus dans la liqueur de poires rohirrime. Plus jeune, il avait su trouver quelques avantages à vivre avec un prêtre ; il n’est pas de meilleur artisan en matière de confection d’alcools de toute sorte.

Il observa avec plus de sérieux les gestes de l’elfe tandis qu’elle soignait son compagnon de route. Il lui donna rapidement ce qu’elle lui demandait mais s’étonna de ne la voir pratiquer que les gestes routiniers des médecins de grands chemins. Forlong aurait très bien pu s’asperger d’eau de vie, et lui-même était assez adroit pour recoudre correctement la chaire d’un homme. Il ne s’abstint pas d’en faire la remarque.

- Je conçois comme vous que la plaie sent meilleure aspergée de liqueur. Mais à moins d’avoir l’intention de faire rôtir cet homme comme on le ferait d’un filet mignon arrosé d’alcool, vous avez usé de beaucoup de liquide pour peu de chose.

Hasard et circonstances. Ses mots furent suivis d’un réflexe de la jeune femme. Il pensa d’abord qu’elle avait été choquée par ses propos. Mauvaise supposition. Il vit ensuite les traces laissées par la morsure du soleil sur sa peau. Il ne pensait pas que les enfants de Gilgalad puissent exister réellement. Il avait entendu une vieille légende à ce sujet. Enfants de la lune, ou enfant des étoiles. Le nom de Gilgalad avait été repris à tord et des liaisons confuses avaient été faites entre l’elfe des Âges antérieurs et cette particularité surprenante. Mais toujours est-il qu’il avait connaissance de cette … chose. Toute connaissance qu’eu pu rassembler son esprit il ne put retenir son étonnement. Il se mordit la langue pour ne pas laisser un flot impétueux de questions franchir le barrage de ses lèvres. Ce fut un exercice difficile pour lui que de se contenir ainsi. Un seul mot trouva un écho dans son esprit et prit forme en un murmure.

- Ithil…



Dernière édition par Nathanael le Mer 15 Juin 2011 - 15:45, édité 1 fois
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMar 14 Juin 2011 - 3:13
Le désir de l'aventure...ne l'avait il pas poussé à quitter les terres du Nord et voyager vers la Cité Blanche il y a une dizaine d'années, changeant à jamais son destin? Mais tout le monde ne revenait pas des aventures. Le visage du jeune soldat Gondorien pendu à l'entrée du campement royal apparut dans ses pensées. Il ne voulait pas que l'elfe finisse comme ce dernier, morte ou encore captive de déserteurs. Cette jeune femme méritait mieux que ca...oui, il ne pouvait s'empêcher de la décrire comme jeune dans ses pensées, malgré le fait qu'elle avait sans doute vu plus d'hivers que lui. Il fronça ses sourcils blancs en entendant la phrase énigmatique de Calimehtar; à la tombée de la nuit? Etant de nature moins curieux que son compagnon, il chassa les questions de ses pensées, décidant d'attendre quelques heures.

La proximité de l'elfe lorsque celle-ci s'accroupit à côté de lui surprit Forlong, mais lui permit aussi d'entendre les paroles presque inaudibles qui sortirent de ses lèvres. Y a-t-il une raison valable pour ne pas porter secours? Le Dunadan sentit l'amertume remplir son âme. Il avait tenté de porter secours en tant que justicier anonyme du Bas de la Cité Blanche pendant cinq longues années. Il avait puni des criminels, sauvé des innocents. Et pourtant la populace le considérait comme un pariah, le spectre aux cheveux blancs. Sa blessure, qui nécessitait à présent l'attention de l'elfe de la Lorien, n'existerait pas s’il n'avait pas tenté d'empêcher un bain de sang entre les mercenaires de l'Est et les soldats du Gondor, qui servaient pourtant sous la même bannière.

Il ne dit rien. Soudainement il se sentit très vieux et cynique. Le monde avait-il tellement changé en ces dix ans? Ou était ce seulement lui qui n'y appartenait plus? Les cicatrices innombrables qui recouvraient son corps n'étaient qu'un reflet pale de celles de son coeur. Et pourtant...l'homme aux cheveux blancs fut surprit de découvrir qu'il espérait vraiment que cette elfe trouvera sa place, et qu'elle gagnera le respect des Peuples Libres, sans payer le même prix que lui.

Forlong fut heureux d'être distrait de ses pensées par les gestes timides de l'elfe, lorsqu'elle prit en main la bouteille précieuse. La surprise fut sa première réaction lorsque Calimehtar recracha le liquide couteux, suivie de près par un léger sourire, peut être le premier depuis que la femme les avait rejoint. L'indignation de Nathanael l'amusa tout autant, même s'il s'empêcha de rire; agiter sa cage thoracique de cette façon réveillerait sans doute la douleur dans son épaule gauche. Il répondit doucement à la remarque du vagabond, et l'amusement se mélangeait au sérieux dans sa voix:

-Je partage votre avis sur les les qualités du vin et de ce liquide transparent d'une force redoutable que l'on peut parfois rencontrer dans les demeures des paysans Gondoriens. Cependant il vaut peut être mieux que la dame elfique continue à résister aux charmes de l'alcool, car on ne trouve au fond d'une bouteille ni l'oubli du passé ni la promesse d'un futur meilleur.

***

Les muscles du Dunadan se tendirent involontairement lorsqu'il sentit les doigts fins de Calimehtar toucher sa peau; il était habitué aux mains rugueuses et aux gestes brutaux des guérisseurs de l'armée, et la délicatesse de la femme le surprit fortement. Il hocha doucement de la tête lorsqu'il entendit le diagnostique de l'elfe; il fallait s'y attendre...un voyage n'est jamais une bonne idée lorsque l'on souffre d'une blessure récente. Il sourit cependant en voyant la gourde d'eau de vie que Nathanael donna à l'elfe pour désinfecter la plaie. C'était un alcool presque pur, fait à base d'une racine Gondorienne, distillé maintes fois. Il s'imagina Calimehtar gouter à ce liquide qui brûlait comme les flammes du Mont du Destin même dans les gorges des buveurs les plus habitués.

Vaillant homme...ce surnom un peu naif l'amusa, même si en réalité il le méritait sans doute. Et pourtant il savait que le courage ne serait pas suffisant pour supporter facilement ce qui l'attendait. Lorsque l'alcool coula sur sa plaie, il serra ses dents, et ses poings se refermèrent sur des poignées de foin, jusqu'à ce que ses doigts deviennent blancs. Aucun mot de plainte ne sortit de ses lèvres, mais un grognement grave s'échappa d'entre ses dents serrés lorsque l'aiguille toucha les nerfs exposés pour la première fois. La simplicité des manœuvres de l'elfe ne le surprit point. Une blessure de ce genre demandait surtout du temps, du temps et du repos. De plus, une chirurgie plus complexe sur un chariot qui sursautait sur chaque pierre s'avérerait probablement fatale pour le Dunadan. Il fut content de sentir dans l'air l'odeur légèrement piquante des herbes que Calimehtar avait placé sous le pansement. Ainsi, lorsque le vagabond prononça les paroles ironiques, il s'apprêta à rétorquer malgré la douleur. Mais la réaction soudaine de l'elfe ne lui en laissa pas l'occasion. Couché sur le foin et incapable de lever sa tête pour l'instant, Forlong ne put apercevoir les traces des brûlures sur les doigts de la femme. Il sentit cependant la douleur et le choc dans sa voix et ses gestes, et fut surprit de découvrir qu'il ressentit pendant un bref moment une envie impulsive de la rassurer ou la protéger. La solitude jouait des tours bien étranges aux esprits des hommes.

Une fois que l'opération fut terminée, un silence lourd s'empara du chariot, interrompu seulement par un murmure de Nathanael, que le Dunadan ne discerna qu'à moitié. Il sombra aussitôt dans l'inconscience, son organisme demandant brutalement du repos afin de regagner le sang perdu il y a deux jours seulement dans une forêt d'Ithilien.

***

Environ deux heures plus tard, lorsque le ciel hivernal s'assombrissait déjà, le grondement du tonnerre annonça un orage imminent. Le paysan silencieux qui dirigeait le chariot remarqua d'une voix neutre:

-L'on pourrait voyager encore une heure ou deux, mais ni le foin ni les blessés ne supportent pas bien la pluie hivernale. Je connais une auberge non loin de là, sur l'intersection entre deux routes. On pourrait s'y arrêter pour la nuit si mes seigneurs le désirent.

Forlong, à présent réveillé, ne tarda pas à accepter la proposition du Gondorien; une nuit de repos leur ferait du bien, et voyager la nuit sous la pluie serait un cauchemar.

Lorsqu'ils arrivèrent devant l'auberge, un bâtiment simple mais solide en pierre et bois, l'homme du Nord fut obligé de demander de l'aide pour descendre du chariot. Il remercia le paysan qui lui apporta une branche épaisse qui lui servirait de canne. Forlong proposa au Gondorien de les rejoindre dans la taverne, mais l'homme refusa catégoriquement, préférant rester avec ses chevaux dans les écuries. Le Dunadan s'assura tout de même que le paysan recevrait un repas chaud et quelque chose à boire.

L'auberge était assez remplie, et les voyageurs durent se contenter de deux chambres séparées par un simple rideau; Nathanael et Forlong partageraient la première partie, laissant un espace plus ou moins privé à Calimehtar. Le Dunadan paya pour l'entièreté avec ses pièces d'or; sa bourse ne semblait jamais se vider. Il demanda aussi qu'on leur apporte un repas chaud en haut, laissant ses compagnons choisir ce qu'ils souhaitaient consommer; il ne se sentait pas suffisamment fort pour diner assis sur un banc dans la salle commune. Une baignoire remplie d'eau chaude fut mise à leur disposition, même si l'homme aux cheveux blancs n'en fit pas usage, de peur de rouvrir sa blessure et causer une attaque de fièvre; il se contenta de laver tant bien que mal son visage et son torse avec de l'eau froide. Ses gestes étaient rendus lents et maladroits par son incapacité à utiliser son bras gauche et sa faiblesse générale. Il se coucha lourdement non loin de la cheminée, profitant du repas chaud. Lunerill, son épée antique, partagerait encore une fois son lit, fidèle à son maitre. L'homme du Nord se mit à manger doucement, légèrement irrité par l'effort que demandait chaque geste.

Trop faible pour ressentir l'envie de commencer une conversation, il se contenta d'observer les flammes, attendant que ses compagnons prennent la parole. La pluie mélangée à la neige battait contre les fenêtres de la chambre, et le Dunadan ressentit une étincelle de satisfaction, se sentant protégé de la fureur des cieux par mes murailles épaisses...


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Calimehtar Oropher
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMar 14 Juin 2011 - 15:49
    Calime sentait le regard de l’homme brun sur elle. Nathanael avait elle cru entendre de la bouche d’un soldat. Le loup blanc s’était endormi, probablement à cause de la grande perte de sang, et aussi à cause des herbes qu’elle lui avait administré. Elles paralysaient la douleur, provoquant par intermittence des moments d’assoupissements. Rien de trop grave, ni de dangereux en somme. Il fallait qu’il se repose, et sur ce chariot brinquebalant, mieux valait aider le sommeil à venir.

    Elle s’emmura dans un silence quasi religieux, jusqu’à la tombée de la nuit. Elle avait prié les Valars une bonne partie du temps, pour la guérison de l’homme si mystérieux, allongé à côté d’elle. Lorsque le paysan annonça qu’ils s’arrêtaient à la prochaine auberge, avec l’approbation du loup, elle ne dit rien, gardant son apparence endormie. A vrai dire, entre deux prières, elle réfléchissait. L’heure de la révélation s’approchait à grand pas, à en juger par la descente de l’astre malveillant, et l’orage ne ferait que précipiter la venue de l’obscurité.

    Elle descendit du chariot, et mena Elona à l’ étable avec les autres chevaux. Elle la mit dans le boxe à côté du jouvenceau qui hennissait à son intention, dans l’espoir de capter l’attention de sa belle. L’elfe eut un petit sourire, à regarder ce jeu amoureux. Comme entre deux elfes, deux nains, deux hobbits, deux ents, deux humains…

    Elle ne dit rien non plu lorsque l’aubergiste leur donna une chambre unique, séparée en deux par un rideau de toile. Elle ajouta discrètement quelques pièces dans les mains de l’homme, en guise de pourboire. Elle entra dans la pièce, s’accapara de sa partie de la chambre, en mettant au pied de son lit ses maigres effets. Elle retira ses deux dagues des hanches, apposa son arc et son carquois sur le lit, mais garda sa belle dague dans sa botte.
    Comme le loup blanc restait dans la pièce, elle attendit qu’il se lave, avant de demander l’autorisation timide de revoir sa blessure. Elle était plus nette, elle en fut ravie. Elle lui administra d’autres plantes et refit le bandages avec douceur. Elle lui accorda même une petite chanson elfique, murmuré pour que lui seul l’entende. Elle apprécia ce moment à part, la rendant douce et apaisée. Elle espéra seulement ne pas voir ce souvenir s’effriter à cause de sa révélation, plus tard. Elle ne voulait pas qu’ils se sentent trahis.

    Elle choisit de ne pas descendre au réfectoire manger avec le reste des soldats, et resta en haut dans la chambre où on leur avait emmené, baignoire et mets qui lui amena l’eau à la bouche. Les plats étaient simples, sans surplus, mais la faim la tenaillait. Elle s’empara du pain, mangea quelques légumes, et gouta avec quelques réserves à la viande. Elle la trouva bonne, même si elle avait du mal à aller à l’encontre de ses principes.

    Depuis la venue de l’obscurité, elle ne faisait que repousser l’échéance. Après être entrée dans la chambre…après manger…après le bain peut être ? Après…non, décidément…après. Elle craignait leurs réserves et leur jugement. Bien que les hommes qu’elle avait vu dans la forêt n’avaient pas semblé horrifiés, elle mettait beaucoup d’importance à la réaction de ces deux soldats, en face d’elle. Elle savait les hommes prompts à juger.
    Mais au fond, qu’Est-ce qu’une apparence, sinon un voile devant une réalité bien plus profonde ?
    Elle baissa la tête…reposa sa miche de pain, sa main un peu tremblante.

    - L’heure est visiblement venue, hommes. Je vous prie de ne pas vous montrer hâtifs…Nous avons tous des marques, choisies ou non.

    Elle laissa cette énigme planer encore quelques instants dans le silence de plomb qui pesait. Elle détourna la tête vers la tenture qui séparait les deux chambres, et, le cœur battant, elle releva les mains vers sa capuche, et l’abaissa sur ses épaules. Elle prit une profonde respiration, le visage triste et inquiet. Elle dénoua sa cape qu’elle laissa glisser sur le sol, et daigna retourner son visage vers les deux hommes en face d’elle. Ses yeux d’ambres les observait, semblant les transpercer de part en part. Les arabesques sur son visage, sa couleur de peau si spécifique, ses cheveux…Elle les laissa la détailler en silence.

    - Je suis une enfant de la Lune. Mon apparence a provoqué répugnance et méfiance depuis toute petite. J’ai été sauvée par un couple d’elfes, les seuls, qui n’ont pas eu peur de moi. Voyez vous même, l'objet de ma quête. Elle se tient devant vous.

    Elle détourna à nouveau la tête, un voile de souffrance devant les yeux. Elle repensa à ses chers parents, ceux qui lui avaient apporter chaleur et réconfort. Ils l’avaient quittés depuis un moment déjà rejoindre leurs ancêtres, et depuis, elle se sentait figée dans le temps qu’elle voyait passer, indifférente et perdue.

    Voilà..Ils savaient, ils connaissaient son apparence. Elle se leva avec grâce, ramassa sa cape et, avec une courbette élégante, s’en alla de son côté de la chambre.
    Elle s’assit lourdement sur son lit. L’échafaud tant redouté était passé. Finit. Quoi que… Elle mura ses pensées, préférant le vide à la tristesse. Elle se dévêtit en chantonnant à voix basse une mélodie de sa contrée, sans prendre garde que des ombres chinoises se dessinaient sur la tenture les séparant.

    Elle emmena avec elle sa dague ouvragée qu’elle posa sur une table à côté du bain, chaud, avec de l’eau renouvelée. Elle avait laissée les hommes se laver avant elle. Elle enleva sa dernière tunique légère, de voile, qu’elle fit tomber à côté, et entra avec lenteur dans l’eau. Elle occupa son esprit à comparer les coutumes entre ces deux peuples. Les hommes avaient tendance à s’emmurer, à se cloitrer entre des murs, alors que la nature était propice à ceux qui la respectait. Elle n’était pas habituée à l’eau stagnante d’un bain, mais sa chaleur lui fit grand bien, surtout aux courbatures liées à sa longue chevauchée. Elle se rasséréna en se disant que toute expérience était bonne à prendre, et que ma foi, sa rencontre avec ses soldats, bien que brève, fut plaisante.

    Elle ne leur avait pas laissé le temps de lui faire part de leur impressions sur sa malédiction, qu’elle s’était enfuie dans sa chambre.
    Elle partait tout simplement avec l’idée qu’elle repartirait de son côté, pour ne pas les importuner. A l’idée de les laisser, elle eut un pincement au cœur, surtout lorsque le visage du blessé lui revenait à travers ses yeux fermés.
    Elle se mordit la lèvre et chanta un peu plus fort pour ne pas entendre ce que les hommes échangeaient entre eux. Elle traina son bain en longueur, se laissa submerger entièrement sous l’eau, et massa son cuir chevelu. Elle revint à la surface, joua un moment avec ses mains et ses jambes, sur la surface de l’eau, puis décida qu’elle avait suffisamment traîner et qu’il était tant de sortir.

    Elle se leva, s’empara du bout des doigts d’une serviette rêche qui ne lui plut guère. Elle négligea un peu son séchage, et enfila une robe propre et légère, blanche, qui lui tombait sur les chevilles.
    Ses cheveux gouttaient sur ses épaules. Elle retira ses armes de son lit et vint s’y asseoir, le dos contre le mur…Elle essaya de se coucher pour dormir, mais rien à faire. Malgré son entrainement durant son voyage, elle avait toujours du mal à dormir la nuit. La lune l’appelait. Elle était une créature de la nuit. Une créature, oui, cela la définissait bien. Elle ricana doucement d’elle-même, et vint se poser sur le rebord de la fenêtre pour contempler la vie qui semblait s’éteindre dans certains quartiers de la petite bourgade où ils logeaient.

    Elle observa avec une certaine pointe d’humour le ballet des ivrognes, sortant des tavernes, qui s’aspergeaient d’eau dans les abreuvoirs pour les bêtes.
    Puis elle leva les yeux vers le ciel, pour regarder les étoiles.
    La nuit lui semblait si douce, comparée à l’agressivité du jour, du soleil.
    Elle baissa les yeux vers ses mains, sur lesquelles elle avait étalée une décoction pour calmer ses brulures.
    Elle soupira et remonta ses jambes contre elle.

    Demain…elle sera fixée.
    Soit elle continue de son côté, ou alors, par miracle, les hommes présents à côté l’accepteraient telle qu’elle est, avec ses forces, et ses faiblesses, son handicap et sa peine.
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Nathanael
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMar 21 Juin 2011 - 8:22
Réminiscence. Les souvenirs laissent comme l’alcool un goût âpre à ceux qui s’y plongent trop profondément. Forlong sembla un moment se noyer dans les eaux profondes d’une mélancolie surgie d’un passé piétiné par de nombreux pas d’hommes. Son regard se perdit en direction de quelques fétus de paille. Les soldats savaient se parer d’orgueil et se protéger derrière leurs hauts faits. Braver la mort pour sauver des vies. Mourir pour des idées ! Crédo puéril du jeune guerrier attiré par le gain et la gloire. Candeur juvénile finalement détruite par les guerres successives. Tous les jeunes combattants finissaient par comprendre que le bras d’un homme est insuffisant à sauver seul un royaume et que le fil d’une épée ne fais jamais que des veufs et des orphelins. La nostalgie est l’apanage des jeunes soldats optimistes déçus par la réalité politique. Les plus agressifs deviennent des chiens de guerre aveugles et abjects, un pied toujours dans la tombe, prêt à entraîner le plus d’hommes possibles avec soi dans l’autre monde. La joie d’une victoire était toujours suivie par la triste vision des morts empilés sur les charriots passant les portes de la cité. Nathanael avait vu bien des hommes et des enfants revenir ainsi dans les bras de leur femme et de leur mère. Embrassade funèbre. Il n’aimait pas les guerres, même s’il avait toujours su user de bons mots pour narrer les récits épiques de glorieux combattants. Combien de guerres avait vécu le Loup Blanc ? Combien de cadavres dansaient derrière ses yeux assombris par le temps ? Il n’avait lui-même que très peu combattu, mais chaque vie ôtée demeurait à jamais graver dans la mémoire d’un homme, sculpture éternelle. L’homme vivant se faisait pierre tombale pour les trépassés.

Le silence s’empara du monde. Les roues grinçaient au rythme des nids de poules creusés sur la route. Le vent ne parvenait plus à chasser les nuages et les remous tumultueux des bourrasques dans les branches donnaient un air colérique aux plus hauts arbres. Le ciel se gorgeait de pluie et s’apprêtait à déverser sur eux toutes les larmes du soleil. Au loin un rideau de pluie barrait l’horizon. Mais aucune lame d’eau ne s’abattit lourdement sur eux. L’air tout entier semblait réfléchir à l’attitude à prendre face aux créatures qui peuplaient les contrées sauvages de l’Ithilien. Nathanael prit place un moment à l’arrière du chariot, tournant le dos à l’elfe et au Loup Blanc. Il laissa ses pensées divaguer tandis que le charretier menait la bête de somme qui tirait péniblement sur ses brancards. Il descendit du véhicule de fortune pour se dégourdir les jambes tandis que l’animal peinait à franchir une faible côte. Il se rapprocha du devant de la voiture en accélérant le pas et demeura auprès du paysan afin d’échanger quelques mots avec lui. Ses pensées prenaient difficilement formes. Non pas que ce charretier fût plus stupide qu’un autre, mais il hésitait à se confier à un étranger. Ils se contentèrent donc pour une grande partie du chemin de quelques commentaires sur le sens du vent, le temps qu’il ferait dans la soirée et le lendemain. Le ciel perdit sa couleur nacrée et devint plus sombre. La crainte de passer la nuit dehors sous une averse glaciale s’immisça communément dans tous les esprits. L’approbation de Forlong à la remarque du charretier fut partagée silencieusement. Une auberge annonçait toujours chaleur et vives discussions. Les soldats les moins fatigués et les coursiers chargés des nouvelles avaient déjà du gagné les villages les plus proches et la salle commune grouillerait d’histoires les plus terribles les unes que les autres. Satisfaction anticipée d’un conteur en mal de nouvelles.

Il aida tant bien que mal Forlong à descendre du chariot. Il aida ensuite simplement le charretier à mener les chevaux à l’écurie mais comprit rapidement qu’il ne serait guère séant de l’importuner de sa présence tandis qu’il pansait les animaux. Il s’imprégna de l’odeur des bêtes avant de gagner la salle commune où fourmillait déjà l’agitation propre aux auberges de grands chemins. Sans mot dire Nathanael tendit immédiatement l’oreille, tout autant par intérêt personnel que pour capter d’éventuelles informations sur les derniers évènements qui s’étaient déroulés entre les armées du Gondor et la ville d’Assabia. Il gratifia Forlong d’un regard empreint de reconnaissance en lui faisant un bref signe de tête. Il ne l’avait pas vu ouvrir sa bourse, mais il comprit rapidement qu’il n’aurait pas à sortir de sa poche les maigres pièces qu’il pouvait parfois se vanter de tenir entre ses doigts. Encore un dû qu’il ne pourrait lui retourner. L’aubergiste les mena assez rapidement à leur chambre. Un aubergiste aux poches teintantes est un aubergiste serviable et efficace. Le zèle manifesté par celui qui les guidait lui laissa supposer que des pièces supplémentaires, d’origine féminine sans doute, avaient été glissées discrètement dans le creux de sa main. Tandis que mets et eau chaude étaient préparés par leur hôte, Nathanael quitta un moment ses compagnons de route pour se glisser parmi les vagabonds, les hommes de bien, les soldats et les poivrots qui peuplaient de leurs remugles la grande salle commune. Le feu dans l’âtre de la cheminée fut une promesse de confort pour la nuit.

Tout en guettant d’un œil averti le passage de l’aubergiste, il parcourut discrètement la pièce en se faufilant entre les différents groupes. Il cherchait la conversation la plus attrayante à ses oreilles. Mais nulle information stratégique ne glissa à ses tympans. Toute pêche n’est pas fructueuse. Il trouva néanmoins le moyen de se faire offrir une pinte d’une bière ambrée auprès d’un groupe de jeunes aventuriers désirant emprunter un chemin vers le Nord. Il leur déconseilla formellement de traverser l’Anduin avant de parvenir au Sud d’Osgiliath. La rive droite du fleuve multipliait les cours d’eau à franchir et les montagnes blanches leur barraient rapidement la route au Nord. Ils pourraient rejoindre ensuite Lossarnach en payant un pêcheur. Les nochers faisaient payer trop cher leur fragile embarcation ces dernières années. Il leur donna quelques nouvelles du Rohan et du Gondor contre des nouvelles plus locales. Il apprit qu’un peu moins de deux jours lui suffiraient avec un charriot pour gagner Pelargir. Presque trois s’il faisait une partie de la route à pieds. Une journée suffisait avec un bon cheval. Mais d’un tel animal, en sa possession, il n’avait plus que des souvenirs. Il quitta les jeunes convives avant qu’un relent de nostalgie ne le gagne. Il n’avait rejoint sa terre natale que deux ans auparavant, après seize longues années d’absence. Son enfance était loin derrière lui et son dernier cheval broutait les racines plutôt que les fleurs depuis bien longtemps.

Il soupira en rejoignant la chambre où l’attendait bain et repas chaud. Forlong s’était déjà débarbouillé. Viande et pain avaient déjà été mis à la disposition des voyageurs mais l’envie de se sentir propre fut plus forte que sa faim. Depuis son départ de la Cité Blanche, il n’avait guère eu l’occasion de s’octroyer le luxe d’un bain. Cheveux et barbes furent décrassés puis taillés dans les règles de l’art. Il ne savait pas combien de jours s’écouleraient avant qu’il ne revoit la couleur de l’eau et il profita de cette occasion pour reprendre l’allure d’un homme civilisé. Il vit réapparaître plus clairement la mèche blanche sur le côté gauche de son crâne. Mèche qui lui avait parfois valu le surnom de « Blaireau ». Une lessive rapide fut faite. Il retrouva Forlong installé devant la cheminée tandis qu’il étendait veste et chemise devant la langue des flammes. Il s’enroula néanmoins rapidement dans une couverture pour se protéger du froid et ne point paraître torse nu devant une femme, étrangère et elfique de surcroît. Quant à la seule arme dont il disposait, elle lui servirait ce soir à couper sa nourriture.

Il ressentit plus vivement sa faim lorsqu’il fut face à un morceau de saucisson et de poitrine fumée. Pain et viande trouvèrent un logis accueillant entre ses mâchoires. Il s’assit ensuite face aux braises pour se tenir au chaud. Il échangea simplement un ou deux commentaires sur le temps qu’il faisait hors les murs avec le Loup Blanc. Satisfaction partagée du confort. Une foule de questions s’acharnaient à vouloir franchir ses lèvres. Mais son respect envers Forlong freinait sa curiosité effrénée. Il ne savait rien de ce solitaire en armure, chargé de plus de cicatrices que d’années sur les épaules. Le regard du Loup Blanc montrait une détermination sans bornes, mais une fragilité sourde étreignait son corps. Avait-il vieillit prématurément ou était-il beaucoup plus vieux qu’il n’y paraissait au premier abord ? Lassitude et fatigue tiraient ses traits et donnaient à son visage l’air d’une terre labourée par le soc du temps.

Calimehtar le tira de ses pensées. Il la vit disparaître derrière l’échancrure du drap qui servait de paroi dérisoire entre les deux chambres. Sa démarche avait quelque chose de félin, et lorsqu’il découvrit son visage à la lueur des flammes, il crut pendant un instant que c’était effectivement un chat qui les toisait. La surprise lui ôta le pain de la bouche. La jeune femme ne lui inspirait aucun dégoût mais il ne s’était pas attendu à découvrir un visage aussi étrange en cette soirée froide et sombre. Elle avait une chevelure presque aussi blanche que celle du Loup Blanc, quoi qu’il eût préféré passer ses doigts dans les cheveux de Calimehtar plutôt que dans ceux de son compagnon de route. Des reflets argentés apparaissaient et disparaissaient avec le chatoiement des flammes. Les signes sur son visage n’avaient aucun sens pour lui mais il les trouva beaux. Ainsi se tenait devant eux l’enfant de la lune. Ephémère apparence ou triste réalité ? Il ne se rendit pas compte que la jeune elfe se détournait d’eux. Son esprit se perdit au-delà des limites de la conscience. Il revint à lui avec en tête la description qui lui avait été faite des enfants de la lune. Des créatures maléfiques… Aucun maléfice, mais peut-être bien plus un charme tout naturel parait le visage de l’elfe. Racontardises de vieilles femmes jalouses des beautés étrangères. Lorsque Calimehtar disparut une nouvelle fois derrière le pan de tissu, il se retourna vers Forlong pour s’assurer qu’il avait vu la même chose que lui. Tout adroit qu’il était lors de manœuvres politiques, il n’était guère habile pour complaire aux femmes. Sans doute le Loup Blanc serait-il plus habile pour énoncer quelques propos courtois. Ses lèvres s’agitèrent en un murmure.

- Je ne sais si elle a plus d’années que nous, mais le temps semble mieux lui réussir qu’à vous.

Faible trait d’humour qui lui permit cependant de reprendre pied face à la situation.

- Les enfants de la lune ne sont ni elfes, ni hommes ou nains. Peu importe les traits qu’ils prennent et le peuple parmi lequel ils grandissent, ils souffrent d’un mal qui ne guérit jamais. Mais ce ne sont encore que quelques réminiscences d’un conteur de grand chemin. Je ne sais ni ce qu’ils sont, ni qui ils sont. Toujours est-il que les descriptions qui m’ont été faites sont toutes fausses et j’ai été leurré. Et c’est avec grand respect envers cette elfe que je vous avouerai la trouver d’une grande beauté.

Il cessa de parler quelques temps. Forlong n’était pas homme à se confier. Beauté ou non, il demeurait que cette femme était étrange. D’autant plus fragile et sujette à la méchanceté des hommes et à la fourberie des mesquins. Mais il ne lui revenait pas de dire si oui ou non elle continuerait de faire route avec eux le lendemain matin ou la journée entière. Lui-même ne savait pas jusqu’où il suivrait l’homme solitaire. Le Loup Blanc demeurait seul maître en ces lieux. Une responsabilité qu’il ne souhaiterait peut-être pas porté cette nuit, las et usé par d’autres aventures.

- Je ne suis pas à même de prendre une décision concernant cette noble personne. Mais la question serait plutôt : doit-on réellement prendre une décision ? M’est avis que la question ne se pose pas. La nuit porte conseil aux hommes las et fatigués, mais je ne me ferai pas le juge d’une personne qui n’a commis aucune faute.
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyVen 15 Juil 2011 - 17:15
Forlong répondit avec un rictus au regard reconnaissant de Nathanael. Cela faisait à présent une dizaine d'années depuis la dernière fois qu'il dut choisir entre un lit chaud et une miche de pain face au contenu modeste de sa bourse. La fortune non négligeable amassée au cours de sa carrière au service des différents royaumes des Terres du Milieu avait été un peu amaigrie par ses cinq années en exil ainsi que par l'achat de sa nouvelle monture et de l'armure fantastique qu'il avait revêtu devant les murailles d'Assabia, mais était à présent de nouveau alimentée par son salaire fourni par Bogdan. Payer les frais de l'auberge ne lui posait ainsi aucun problème, mais il apprécia la gratitude de son compagnon.

Il regarda Nathanael disparaitre parmi la clientèle de l'auberge. Il soupira, admiratif. L'Arbre Blanc avait fait un bon choix; l'homme barbu n'attirait pas l'attention, mais savait se mêler à pratiquement chaque public en quête d'informations utiles, qu'il soumettait ensuite à une synthèse scrupuleuse dans son esprit analytique. Un espion parfait...lui même ne disposait pas de ce genre de talents. Forlong se demanda pourquoi les services secrets du Gondor l'avaient recruté. Certes, il n'était pas dépourvu d'intellect, et il représentait un atout non négligeable sur un champ de bataille. En effet, lors de la Grande Bataille du Nord, rares étaient ceux dans l'Armée Unifiée qui parviendraient à le battre en duel. Cependant c'était à une époque où son corps était au pic d'un entrainement intensif et guidé par une volonté de fer et des idéaux nobles. Aujourd'hui, épuisé et gravement blessé, il aurait du mal à effectuer une passe d'armes correctement, et la détermination qui le dirigeait était celle d'un homme qui n'avait presque plus rien à perdre. Bah...celui qui pouvait faire d'un loup sauvage un chien fidèle avant que celui ne devienne violent ne pouvait qu'en profiter.

Ressentant la fatigue l'envahir, Forlong remonta jusqu'à la chambre se doutant que le conteur n'allait pas tarder à les rejoindre. Lorsqu'il finit de se laver et se coucha sur le lit il accepta la demande de Calimehtar. Plus confiant à présent et couché plus confortablement, il était plus relaxé que lors des soins précédents et laissa ses paupières fatiguées retomber, le plongeant dans le noir. Il fut d’abord étonné d'entendre les douces paroles de la chanson elfique, mais ce n'était pas une surprise désagréable, et il se laissa bercer par la voix et les doigts délicats de la femme. Il ne se rappelait plus de la dernière fois qu’il avait laissé quelqu’un s’approcher à ce point avec tant de confiance. Était-ce une erreur? Peut être…mais il ne voyait aucune raison pour laquelle il serait profitable à Calimehtar de lui faire du mal. Lorsque l'elfe termina il la remercia doucement, et s'efforça d'ouvrir les yeux afin de consommer son repas. Il ne dut attendre longtemps avant que ce vieux renard Nathanael ne se glisse dans la chambre, disparaissant aussitôt derrière le rideau afin de se vouer aux plaisirs d’un bain chaud. Lorsqu’il réapparut, Forlong fut surpris de découvrir le changement dans son apparence. Cet individu qui inspirait la confiance des soldats et voyageurs par ses habits recouverts de poussière et son air de vagabond, conteur et rôdeur, était à présent propre et gracieux. Sa barbe, soigneusement taillée, ne ferait pas honte à un noble de la cour du roi Méphisto. Pendant un très bref moment l’homme du Nord ressentit un grain de jalousie, un désir d’apparaitre en tant qu’homme élégant et soigneux plutôt qu’un vagabond mal rasé vêtu de cuir. Il chassa cependant très vite ces pensées ; il n’avait jamais été vain…et après tout, l’eau chaude ne laverait pas ses cicatrices. Quelle femme voudrait d’un vieux vétéran comme lui ? Le spectre aux cheveux blancs…c’est ainsi que l’appelaient autrefois les citoyens ingrats du Bas de la Cité Blanche. Quel futur pouvait-il espérer ? Peut être une maison dans un village quelque part, où il pourrait vivre de sa fortune sans pour autant attirer trop de questions. Mais il n’était pas sûr qu’une vie sédentaire lui suffirait…il était un guerrier et un voyageur, et sortirait probablement son fidèle Lunerill du fourreau jusqu’à ce qu’un jour son bras s’avère être trop lent pour parer une lame ennemie. Bah…il n’y avait aucun intérêt à se soucier du futur.

Il échangea quelques remarques avec Nathanael, mais son regard se porta au bout de quelques minutes vers l’elfe qui consommait son repas en silence. Elle semblait inquiète et pensive, et ne tarda pas à dévoiler les raisons de ce comportement. La surprise du dunadan fut grande, et il ne put s’empêcher de regarder longuement l’apparence physique de Calimehtar ; il comprit rapidement son erreur dans l’interprétation des évènements sur le chariot quelques heures auparavant. Une enfant de la Lune…il n’avait jamais entendu parler de cette particularité. Répugnance et méfiance…ces mots prononcés avec douleur le frappèrent avec une force terrible. Détester et craindre cet être si innocent ? Il ne pouvait se l’imaginer...elle n’avait rien de répugnant en elle. Certes, elle était différente. Etrange. Mais ces mots n’avaient aucune signification pour l’homme du Nord. Il ne connaissait pas la normalité, il n’avait pas de maison ni de famille qui l’attendait. Exilé, solitaire et pariah, il ressemblait plus à cette femme au visage tatoué qu’aux paisibles habitants du Gondor. C’est ce genre de mots qui se formaient déjà dans sa bouche, lorsque Calimehtar se leva et disparut derrière le rideau sans leur lancer un regard de plus. Polie, contrôlée… mais il sentait bien que derrière cette fine paroi se cachait un être blessé, inquiet et méfiant.


Forlong fut surpris par le manque de réaction de la part de Nathanael, d’habitude si éloquent. Il ne savait pas ce qu’il avait mis mal à l’aise. Ressentait-il de la méprise envers la femme ? Les paroles un peu incertaines du vagabond nièrent aussitôt cette hypothèse. Il sourit tout de même légèrement en entendant le trait d’humour de l’homme barbu ; les meilleures galéjades étaient celles qui dissimulaient en elles un grain de vérité. Celle-ci en contenait un peu beaucoup. C’est avec avidité que le dunadan écouta les quelques détails que son compagnon de route lui dévoila sur les Enfants de la Lune. Une véritable mine d’informations. D’une grande beauté…il ne s’attendait pas à ce genre de remarque de la part de Nathanael. Ces mots le firent réfléchir. Il n’avait pas pensé à Calimehtar de cette façon…il éprouvait cependant une étrange envie de la protéger. Et pourquoi est ce qu’il avait ressentit une pique de jalousie lorsque le conteur prononça cette phrase ? L’agent de l’Arbre Blanc ressentait-il quelque chose pour la jeune elfe ? Il ne savait pas quoi en penser. Il fut étonné de découvrir que son cœur battait rapidement, et calma sa respiration, de peur de rouvrir sa blessure par un flux de sang trop puissant et des mouvements trop agités de sa poitrine.

Les paroles de Nathanael prononcées après un moment de silence étaient sages et calmes, comme d’habitude. Calimehtar avait de toute façon choisi de s’isoler et le chaos régnait dans l’esprit de l’homme du Nord, l’empêchant de formuler une réponse cohérente à l’elfe.

-Vous avez raison. Dormez bien mon ami, profitons du rare luxe d’un lit doux et d’un feu de cheminée, la journée de demain ne sera pas facile.-Mon ami. Ces mots avaient semblé naturels lorsqu’il le prononça, mais il fut lui-même étonné qu’ils avaient quitté sa bouche. C’était la vérité, il s’était attaché à cet homme qui connaissait la valeur du silence tout aussi bien que celle de la parole.

Les bougies qui éclairaient la chambre furent éteintes, et seul le halo rouge projeté par le feu de la cheminée permettait à l’homme du Nord de distinguer les meubles et les silhouettes de ses compagnons. La respiration de Nathanael se fit bientôt profonde et régulière ; il semblait plongé dans un sommeil du juste. Forlong n’avait pas cette chance. Malgré les soins doux de Calimehtar, sa blessure avait mal supporté le voyage, et il sentit une fièvre l’envahir. Bientôt, la chaleur de la couverture se fit insupportable, et il la jeta sur le côté. Il attendit quelques minutes, mais le sommeil refusait de venir, la douleur et la chaleur l’empêchant de se reposer. Il porta les yeux vers le rideau fin qui séparait les deux parties de la chambre, et fut surpris de distinguer la silhouette féminine de Calimehtar se dessiner sur le tissu dans la lueur blanche de la lune. L’orage s’était éloigné, et la déesse nocturne sortit de derrière les nuages.

L’homme du Nord se leva tant bien que mal, et s’empara de la canne de bois et de sa veste en cuir. S’appuyant lourdement sur le bâton, il traversa la chambre et passa de l’autre côté. La femme semblait plongée dans ses pensées, ses cheveux encore humides entourant son visage fin, sa robe blanche et sa position renforçant encore son air innocent. Il dit, sa voix presque inaudible :

-Les elfes sont peut être plus résistants aux simples maladies, mais cela ne peut être bon pour vous...

Forlong faisait référence au froid qui régnait dans cette partie de la pièce, assez éloignée de la cheminée. Les fenêtres de l’auberge n’étaient pas parfaitement isolées, et l’air froid pénétrait dans la chambre. La nuit était glaciale, et le givre dessinait des arabesques étranges sur les vitres. La robe légère de la femme et ses cheveux trempés n’amélioraient pas la situation…Maladroit à cause de sa blessure, le dunadan s’approcha de la femme, et plaça sa veste usée en cuir autour de ses épaules. Il regarda les étoiles pendant un bref moment, se rappelant d’autres nuits semblables, passées à ciel ouvert dans les contrées sauvages qu’il avait parcouru pendant ses voyages nombreux. L’homme aux cheveux blancs finit par dire :

-Nous ne sommes pas des hommes du petit peuple, ni des paysans superstitieux. Je tente de ne pas juger les gens selon leur apparence, surtout lorsque celle-ci n’a rien de repoussant…vous êtes parmi des vagabonds, traversant les Terres du Milieu sans destination finale, dépourvus d’une maison et d’une femme qui les accueillerait les bras ouverts. Nous sommes des parias, peut être plus que vous ne l’êtes. Nous pourrions vous abandonner si vous étiez un poids, ou si votre condition vous empêcherait de voyager. Mais vous avez prouvé hier que vous êtes capable non seulement de vous occuper de vous-même, mais aussi de porter secours à autrui. Sans vos soins je serais incapable de me tenir debout. Je ne peux pas vous promettre qu’en nous suivant vous aurez des aventures incroyables, ni que vous atteindrez votre objectif. Je ne peux même pas assurer votre sécurité dans mon état actuel…ce sera à vous de décider si vous souhaitez nous accompagner, mais je ne m’y opposerai pas. Nous arriverons à Pelargir dans deux jours, c’est là que moi et mon compagnon nous séparerons. Le choix d’accompagner l’un ou l’autre ou de partir autre part vous appartiendra à ce moment là.

Il s’arrêta un moment, épuisé par son monologue, puis ajouta, sa voix pensive :

-Vous m’avez fait confiance, et vous méritez pareil. Mon vrai nom est Forlong.

Sur ces mots, il se retourna, et partit dans la direction de son lit, faisant bon usage de sa canne en bois. Il s’écroula sur le matelas, épuisé, et le sommeil l’envahit aussitôt…
Le ciel était bleu mais l’air glacial lorsqu’ils se levèrent le lendemain matin, et après un déjeuner à l’auberge, ils se préparèrent à partir vers la cité de Pelargir…


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Calimehtar Oropher
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMer 20 Juil 2011 - 18:31
    Calime ne semblait pas indisposée du froid qui envahissait son habitacle. Le givre provoquait des nuages blanc devant sa bouche, en rythme avec sa respiration. Cette vision la fit sourire doucement, comme une enfant, et elle entreprit de modeler sa respiration pour créer d’autres formes.
    Les hommes qui déambulaient tant bien que mal sur la chaussée pavée et inégale l’avait lassée un moment. Elle regarda la lune à nouveau, comme l’ont peut regarder son âme sœur.
    Elle fut interrompue dans ses pérégrinations silencieuses par un frottement de tissu maladroit, qu’elle attribua au loup blanc.

    Lorsqu’elle se retourna de quart pour regarder, son intuition avait vu juste. Le voir, debout, flageolant, pour venir à sa rencontre, lui provoqua une accélération cardiaque non consentie, et surtout incompréhensible pour elle.
    Elle resta néanmoins stoïque, comme sur sa défensif. Elle craignait qu’il la rejette, et qu’elle s’abime de ce fait dans l’abysse nommée désolation.

    Comme le feu lui prenait les joues en écoutant sa voix grave, dénué du timbre attribué aux ordres, elle détourna le regard. Elle frissonna sans retenue lorsqu’il glissa sur ses frêles épaules, sa veste en cuir usée, aux senteurs toujours fortes et appréciables. Une odeur sauvage, une odeur d’homme.
    Un paria…Elle ne connaissait pas ce mot, dans le langage des hommes, mais pouvait deviner la signification. Un homme, sans attaches, sans maison, sans…biens ? Oui, cela devait se rapprocher. Elle cherchait des mots à lui répondre, mais fut étonnée de ne rien trouver.
    Elle baissa les yeux, timide. Ses pensées se bousculaient ardemment dans sa tête, et il lui était impossible sur le moment, de les trier, de les comprendre.

    Lorsque le beau loup blanc lui révéla son vrai nom, elle releva prestement la tête, mais il était déjà parti, au-delà du linceul qui séparait leurs couches…Forlong…Elle le répéta à voix basse, pour elle-même, en apprécia les sonorités, d’autant plus qu’il était secret.
    Il lui avait offert, comme un cadeau. Un premier cadeau d’une valeur inestimable pour cet homme, visiblement. Elle resserra ses bras autour de ses genoux et sourit, un sourire franc, et bien visible. Forlong. Elle le gardera précieusement en elle, comme le plus important des secrets. Un lien s’était à ce moment là tissé.
    Confiance.
    Ce lien, était il…de l’amitié ? Oh non, non cela ne pouvait être de l’amitié. Mais une ébauche, peut être. Elle ferma la veste de cuir avec lenteur, et sentit l’odeur du cuir vieilli, et son odeur à lui, qui était resté dessus.

    Elle s’endormit comme ceci, sur le rebord de la fenêtre entrouverte, recroquevillée sur elle-même. Lorsqu’elle se réveilla, le soleil s’était levée, et elle poussa un petit cri en tombant à la renverse. Elle se cacha sous l’ombre de la fenêtre en retenant des larmes de douleurs. Elle trembla un moment, se maudissant pour son comportement irréfléchi. Sotte, sotte se traitait elle. Elle méritait bien ces blessures.
    Elle laissa sa respiration se calmer, et tira vivement les rideaux. Ils étaient fins, et laissaient passer la lumière du soleil. Cela ne la protègerait pas beaucoup, mais elle devait faire avec. Avec rapidité, elle se releva, sauta par-dessus son lit en embarquant au passage sa longue cape qu’elle revêtit, fébrile. Sa peau craquelait sous les brulures, et ses yeux ne voyaient quasiment pas. Elle a été surprise de s’être endormie d’un coup.
    Elle tâtonna et trouva le bandeau qu’elle attacha autour de ses yeux avec difficulté. Elle pensa sur l’instant que l’achat de gants serait judicieux pour la suite du voyage. Emmitouflée et de nouveau protégée contre l’astre destructeur, elle s’empara de ses armes à l’aveuglette.

    Elle était agile, même sans sa vision. Question d’habitude. Et étant donné qu’elle était de plus, de nature elfique, ses autres sens étaient beaucoup plus affutés. Elle remonta ses manches pour cacher ses mains marbrés de rouge et se mordit la lèvre à cause de la douleur. Elle refoula ses larmes et passa de l’autre côté du linceul avec un semblant de dignité. Elle inspira un grand coup et se laissa guider, confiante, par les pas du loup blanc et de l’homme brun nommé Nathanael.
    Elle se guidait surtout avec son ouïe, le toucher étant momentanément hors service. Elle s’efforça de maitriser ses tremblements en prenant un petit déjeuner sommaire. Elle ne prononça pas un mot et garda la tête basse, ainsi bien que la totalité de son visage était recouvert par son capuchon.

    Elle retrouva Elona dans l’écurie, joyeuse et tout enclin aux supplices de l’étalon du loup. Elle fit le choix de la monter ce jour là, au lieu de se rassoir derrière le chariot, en compagnie des hommes. Voyant l’air attristée de sa compagne, elle consentit à la faire chevauché à côté de son prétendant.
    Elle avait rendu la veste en cuir au loup avec gratitude le matin même, avant le repas.
    Elle attendit qu’ils soient en route pour annoncer sa décision.

    - Je vous suivrais jusqu’à Pelargir. De là, je choisirais si je suis l’un de vous, ou si je continue mon chemin seule.

    Elle demanda en elfique à sa jument de se mettre en route, et cette dernière cala élégamment son pas avec celui de l’étalon du loup, juste derrière le chariot. En cas de besoin, elle serait juste à côté du blessé.
    Elle avait gardé sur arc et son carquois sur son dos, sa dague à sa botte, ses baluchons ont été balancés avec les mottes de pailles du chariot pour qu’elle soit allégée pour la longue route qui les attendait.

    Elle ne pouvait voir les visages de ses compagnons de route, mais sentait leur présence avec autant de netteté qu’un prédateur. Elle se laissa perdre au milieu des bruits du chariot, des sabots, des vêtements qui se froissent. Le monde n’était plus en couleurs mais en vibrations, et cela ne la dérangeait pas. Elle le trouvait même, plus…réaliste ainsi. Moins d’apparences, moins d’illusions.
    Juste la réalité du son, la réalité du monde.



HRP : désolée ce n'est pas très long, j'essaierai de me rattraper n_n' mais je n'ai que peu de temps de disponible
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyLun 8 Aoû 2011 - 9:22
Il avait dormi toute la nuit du sommeil des justes. Il avait du ronfler. Il ne détenait aucun pouvoir d’omniscience mais le sourire qui illuminait les yeux de Forlong lorsqu’il se réveilla avait quelque chose de suspicieux. Eclair de joie fugace derrière un rideau de fatigue. Ses traits étaient tirés et il n’avait pas l’air beaucoup plus reposé que la veille. Avait-il seulement dormi ? Les vétérans de guerre gardaient la méfiance au cœur jusqu’à leur mort. Ils demeuraient éternellement des optimistes désabusés. Nathanael se gratta le menton en regardant le Loup Blanc…

- Si nous ne voulons pas attirer l’attention trop rapidement vous devriez passer le fil d’un rasoir dans votre barbe. Cette lame ne fera de mal à personne et nous évitera des ennuis. Je crains que votre réputation soit allée plus vite que nous sur les chemins et je ne connais pas beaucoup de renégats qui, bien qu’allongés sur un charriot de pailles, disposent de chevaux et d’une armure comme la vôtre. Il siérait mieux à votre honneur de disposer d’un visage d’homme. Les légendes vont bon train sur votre capacité à vous transformer en loup …

Il n’avait pas eu à narrer de contes épiques la veille. Les soldats qui les avaient précédés sur la route transportaient avec eux de nouvelles fables. Les étincelles jaillissaient des épées pendant les combats, les boucliers repoussaient les ennemis aussi loin qu’un troll eut pu le faire. L’armée du Gondor avait été terrible contre les chiens infidèles du désert. La rébellion des mercenaires étaient passée pour une tentative de coup d’état avorté. Des hommes venus de loin pour renverser le roi Méphisto et sa famille. Le mal et des espions partout. Il était insensé que ces soldats puissent se rapprocher autant des conditions de la réalité sans jamais la comprendre tout à fait. L’armure du Loup Blanc avait saisi les esprits plus tard dans la soirée tandis qu’il quittait la salle commune pour rejoindre la chambre où l’attendait ses deux compagnons de route. Mais il avait entendu suffisamment d’histoires rocambolesques. Leur arrivée était passée inaperçue la veille au soir car le repas avait déjà été servi. Dans un autre contexte Forlong n’aurait pu franchir les portes de l’auberge. Un Valar aux yeux de source, détenant la justice dans ses mains, venu en ces terres pour pourfendre les ennemis du Gondor et capable de prendre l’apparence d’un loup. Cette dernière sottise avait fait rigoler Nathanael et il avait quitté la table qu’il occupait avant de se faire remarquer.

Forlong ne dit rien pendant un moment. Nathanel crut l’avoir blessé par sa remarque et bafouilla instantanément quelques excuses sincères. Aux traits d’esprit dont il était capable n’avait d’égale que sa maladresse.

- Je ne voulais point vous paraître trop familier … je…

Il se tut. Calimehtar devait s’être réveillée brusquement. Il l’entendit rouler au sol. Les rideaux semblèrent se fermer d’eux-mêmes. Il ne rajouta rien et ne chercha pas à intervenir. Il respecta la pudeur de l’elfe. Il l’entendit se déplacer rapidement de son côté du drap. Il tendit un peu plus l’oreille … Deviner les gestes d’une femme, aussi simples soient-ils, était une bénédiction des Valars. Il n’éprouvait aucune espèce d’attirance particulière pour l’elfe mais bien plutôt un profond respect. Ce qui ne l’empêchait cependant pas de se remémorer de doux souvenir en entendant le frottement des tissus contre le corps de la jeune femme. Vêtements et souvenirs. Il était assis sur sa paillasse à présent et cherchait discrètement du regard une veste aussi usée que son propriétaire. Il haussa simplement les sourcils, l’air pensif. Le vieux loup solitaire cherchait-il des raisons supplémentaires pour tomber malade et se faire soigner par les mains graciles de cette jeune personne ? Il sourit pour lui-même. Il posa un regard empreint de respect et d’estime sur l’homme qui occupait la même partie de la pièce que lui. Calimehtar lui apportait des bienfaits inestimables mais la simple guérison physique ne ferait pas de lui un homme neuf. Le temps garde des secrets que les humains ne savent pas encore déchiffrer.

Ils parlèrent peu tandis qu’ils se préparaient à partir. Nathanael demeurait pensif, perdu dans un monde de rêveries et de réflexions personnelles. Il salua poliment la jeune elfe lorsqu’elle traversa la pièce et vint les rejoindre. Il avait-lui-même revêtit ses vêtements de la veille ; encore un peu humides, mais propres. Calimehtar avait rabattu sa capuche, protection contre le soleil et le monde extérieur. Frêle armure contre la brûlure de la vilénie des hommes. Il dissimula son stylet sous un pan de son manteau. Il avait été incapable de s’en servir lorsque la créature l’avait saisi à la gorge mais la présence de la lame contre sa cuisse le rassurait un peu. Sentiment futile de protection.

Il aida Forlong à amasser les quelques affaires qu’ils avaient extirpé du charriot la veille au soir. Le charretier les rejoint rapidement pour charger les petites propriétés des uns et des autres. Le cheval de trait était déjà attelé. Nathanael soupçonna le vieil homme d’avoir apprêté la modeste voiture avant le lever du soleil. Un homme de bien. Vermoulu par le temps mais dévoué. La paille sur le plateau du charriot était fraiche et le tonneau qui branlait à l’arrière de la carriole le jour d’avant était maintenant debout et rempli d’une eau glaciale où flottait ici et là quelques glaçons. Les chevaux semblaient nappé de brouillard, la vapeur tiède de leur corps s’échappant de sous leurs poils. Les bêtes de Forlong furent attachées derrière le charriot, reposées et sereines. Le soleil perça fébrilement le manteau des nuages tandis que le vieil homme agitait son fouet pour faire marcher le cheval de trait. Une bourrasque de vent saisit Nathanael et lui arracha un frisson. Il resserra son manteau autour de ses épaules et décida de marcher aux côtés de la voiture pour se réchauffer un peu. Avant de sauter du véhicule cahotant il prit soin de sortir une couverture supplémentaire des bagages du Loup Blanc qu’il tendit à son compagnon de route.

- Tenez, à défaut de marcher pour vous chauffer le sang vous pourrez toujours vous protéger de la morsure du vent. Et … si ce n’est guère suffisant …

Il sortit tout en parlant une petite fiole qu’il avait remplie du restant de vin qu’ils n’avaient pas consommé. Il tendit le récipient avec un franc sourire à Forlong mais ne rajouta pas un mot de plus. Le geste était clair. Se réchauffer de l’intérieur ne pourrait pas faire de mal au vétéran.

Il commençait tout juste à se réchauffer lorsque la jeune elfe prit la parole. Il tendit l’oreille sans lever le regard puis hocha simplement la tête d’un air entendu. Poursuivre son chemin en compagnie d’une femme, elfique de surcroît, ne lui déplairait certainement pas. Ses pérégrinations à Perlargir ne nécessitaient pas une solitude absolue. Ils pourraient qui plus est partager de nombreuses histoires et réflexions. Il n’avait pas revu d’elfes depuis bien longtemps.

- Je demeurerai à Pelargir quelques temps. Je vais y chercher l’air du grand large que porte le fleuve. Mais si vous venez avec moi, je vous quitterai aussitôt que vous évoquerez les cales d’un navire ou le pont d’un vaisseau. Je vaquerai à mes occupations sur le plancher des vaches. Les bateaux tanguent plus qu’un boiteux sans sa canne et leur sol est glissant des entrailles des poissons … ou des hommes.

Evoquer le simple souvenir d’un navire lui nouait l’estomac et les tripes. Il n’avait pas le pied marin et son choix était fait depuis longtemps. Il remonterait jusqu’à Osgiliath avant de franchir les eaux de l’Anduin. Il n’était d’ailleurs pas certain de retourner à Minas Tirith après son détour par le grand port. La Tête pouvait encore trouver le moyen de le contacter pour lui donner quelques missions urgentes. Mais il était à court d’informations concernant les faits et gestes de l’Ordre qui semait le trouble et la terreur sur les terres du Gondor. Ces quelques jours de voyage laissaient la campagne éprouvante qu’ils venaient de vivre derrière le voile flou des souvenirs. Mais d’autres menaces courraient sur les Terres du Milieu et le trône du Gondor n’était pas aussi stable que leur roi voulait bien en donner l’air.

Il chassa ces troublantes pensées de son esprit en faisant un geste du revers de la main, comme pour repousser le vrombissement d’une mouche. Ils continuaient d’avancer au rythme du soleil. Ils passèrent plusieurs croisements où venaient s’entremêler la destinée des royaumes. Le charretier semblait connaître le pays comme le fond de ses poches. Ils furent rattrapés par un groupe de cavaliers tandis que l’astre de lumière tendait vers son zénith. Pas un regard. Les soldats les dépassèrent dans un nuage de poussière qui ternit un instant l’horizon. Ils avaient l’air pressé. L’urgence de rejoindre le gîte et le couvert d’une maison entretenue par les bras accueillants d’une épouse.

En début d’après midi ils passèrent sous le couvert d’un bois clairsemé et planté sur le crâne d’une haute colline. Le vent froid continuait de fouetter les hommes et les bêtes. Ils franchirent avec moult cahots de profondes ornières sur une route marquée par les intempéries des jours passés. Nathanael aida par moment le vieil homme à pousser le charriot lorsque les roues s’enfonçaient trop profondément dans un trou traitreusement comblé par de la boue. Ils parvinrent au sommet du dôme naturel en sueur et le souffle court. Leurs efforts furent néanmoins récompensés, en quelque sorte. La vue portait loin par delà les collines environnantes. Prairies et forêts s’entrelaçaient devant eux jusqu’à buter contre une ceinture brillante qui serpentait dans le lointain. Nathanael exprima ses pensées à voix haute :

- L’Anduin. La première des routes qui mène jusqu’à Valinor. Il doit y avoir dans ce fleuve autant d’armures et de carcasses humaines que de poissons et de mollusques.


Evocations poétiques … Il se tut un instant tandis qu’il prenait conscience qu’il avait parlé tout haut. Il réprima un sourire goguenard et laissa place au silence. Il aurait le temps ensuite d’évoquer quelques contes et histoires sur ce long et large fleuve. Il se sentait d’humeur plus joyeuse et sa langue se délierait après une pause bien méritée.
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyLun 22 Aoû 2011 - 3:44
Malgré que bref, son sommeil fut pour une fois dépourvu de cauchemars remplis de sang et de regrets. Lorsqu'il fut réveillé par la lumière timide de l'aube, il ne put se rappeler de quoi il avait rêvé, mais son propre sourire, une expression qui n'apparaissait que rarement sur son visage ces dernières années, semblait indiquer que les songes avaient été agréables.

Son compagnon s'était réveillé lui aussi, et semblait être en forme, ce qu'il démontra aussitôt par un monologue bref mais humoristique. Ses paroles firent réfléchir le Dunadan. Se raser lui ferait effectivement un grand bien, surtout que la fièvre qui le hantait faisait perler des gouttes de transpiration sur sa courte barbe blanche. Mais les remarques de Nathanael firent aussi naitre une certaine inquiétude dans l'âme de Forlong. Si tant des rumeurs circulaient effectivement à son sujet, ils pouvaient se trouver en danger, et dans son état actuel il ne saurait pas défendre ses compagnons de façon efficace. Bien sûr, lors du siège d'Assabia il avait fait attention à ne pas donner l'occasion aux soldats du Roy de faire le rapprochement entre le chevalier resplendissant du Loup Blanc, et le vieux mercenaire vêtu de cuir qui habitait dans une petite tente aux bords du campement. Mais son épée antique et Asulf, son étalon de Dol Amroth blanc seraient des indications suffisantes pour un esprit aussi vif que celui de son compagnon, et l'armure magnifique n'était dissimulée dans le chariot que par une fine couche de paille...

C'est seulement en entendant les excuses maladroites de Nathanael, que l'homme aux cheveux blancs s'aperçut que son silence avait duré un bon moment, et que le barde l'avait interprété en tant que critique de ses paroles. Il s'apprêta à rassurer l'homme barbu, mais fut interrompu par les bruits dans la partie de la pièce consacrée à Calimehtar...les pensées sur l'elfe et la nuit précédente l'envahirent aussitôt, et il s'approcha de la bassine d'eau afin de se raser et dissimuler sa réflexion intense aux yeux du vagabond.

Par quelque miracle mystérieux, Forlong réussit à se raser à une main avec son couteau sans pour autant se couper. Naturellement, la manoeuvre dura un bon moment, ce qui permit à l'elfe de finir ses préparations et venir les rejoindre. Nathanael disparut pendant un moment de la pièce afin de commander un déjeuner auprès de l'aubergiste, et Calimehtar en profita pour rendre la veste au Dunadan, qui accepta les remerciements de la femme avec un sourire pale et un hochement de la tête.

***

Ils ne perdirent pas de temps, et le soleil était encore bas dans le ciel lorsqu'ils quittèrent l'auberge dans la direction de Pelargir. Il n'y avait que peu de conversations entre les voyageurs ce matin et comme d'habitude, la solitude et l'ennui donnèrent naissance aux réflexions et aux suppositions...

L'elfe avait décidé de voyager sur sa jument aujourd'hui...il ne savait pas comment l'interpréter. Désirait elle s'éloigner de lui? Avait-il dit quelque chose de blessant la nuit précédente? Il tenta de se rappeler de ses paroles et des réactions de la femme...Ses mots furent sincères, mais Calimehtar ne lui avait pas répondu ni ne l'avait pas regardé dans les yeux. Comprenait-elle que les mots du Loup Blanc avaient été sincères? Pouvait-elle s'imaginer l'importance qu'avait pour lui le fait qu'il lui avait dévoilé son vrai nom? Il montrait non seulement qu'il faisait confiance à l'elfe, mais il avouait en même temps ce qu'il était. Forlong...ce nom était lourd en conséquences, il portait en lui une histoire longue et sanglante d'un homme qui était allé loin avant de sombrer tellement bas...

Les remerciements de l'elfe lors du déjeuner avaient semblé sincères, mais le capuchon qui recouvrait l'entièreté de son visage ne lui permettait pas de voir la vérité dans ses yeux.

Nathanael avait décidé lui aussi de dégourdir les jambes, mais s'était d'abord assuré que le Loup Blanc ne se transformerait pas en une statue de glace. Forlong lui remercia du fond du coeur, mais demeura quelque peu gêné...il se sentait faible et inutile, même si c'était le contenu de sa bourse qui finançait cette expédition. Il regarda pendant un bref moment Asulf danser à côté de la jument de Calimehtar. Il aurait aimé être l'animal; si plein d'énergie, si sain et dépourvu de remords. Il aurait aimé être l'animal, si proche de l'elfe qui murmurait des paroles douces en elfique à sa jument...

Il chassa aussitôt ces pensées, se concentrant plutôt sur la conversation brève entre Calimehtar et Nathanael. Ainsi, l'elfe avait accepté son offre...La remarque du vagabond sur les navires le fit sourire, jusqu'à ce que ce dernier fasse référence aux entrailles humaines. Les souvenirs des batailles dans les eaux d'Osgiliath et de Dol Amroth, face à des corsaires cruels, les cris étrangers et les explosions virent envahir ses pensées, des images à moitié oubliées provenant d'une époque où la guerre lui semblait encore une affaire plutôt simple...

Bien plus tard, lorsqu'un groupe de cavaliers fit son apparence sur la route, Forlong reconnut la bannière accrochée à la lance du porte-étendard du détachement. Le Dunadan n'avait jamais été habile dans le domaine de l'héraldique, mais il avait appris à reconnaitre les sigles des seigneurs influents de la côte du Gondor lors de son service auprès du prince Berund de Dol Amroth.

-Des hommes du seigneur Manderly. Un seigneur riche et puissant, possédant une petite ville autour de son château ainsi que trois villages, chacun sous les ordres d'un de ses vassaux principaux. Sans compter une bonne vingtaine de chevaliers sans terre qui le servent...Comme d'habitude, Manderly n'avait pas envoyé d'hommes pour renforcer les rangs royaux lors de l'expédition d'Assabia...il n'avait pas tort d'ailleurs, vu le résultat du siège. Dans tous les cas, si ses hommes armés s'aventurent aussi loin, c'est que le vieux renard sent que la paix touche à sa fin...

***

Forlong avait encore une fois eu l'occasion de se sentir inutile lorsque les deux autres hommes poussaient le chariot vers le sommet de la colline. Il fit de son mieux pour se montrer utile lors de la création du campement. Il s'occupa du feu lorsque Calimehtar ramassa du bois sec, et conseilla à ses compagnons de se placer entre le chariot et les flammes, leur donnant ainsi une protection valable contre le vent glacial.

-Une petite tente se trouve dans mes bagages...la même devant laquelle nous buvions du vin chaud devant les murailles d'Assabia, Nathanael...si on la déplie, on aura un endroit sec pour nos provisions, et il restera encore assez de place pour que Calimehtar puisse y loger de façon confortable...

Bien plus tard, alors que la nuit avait tombé et les saucisses qu'il avait acheté au tavernier le matin même chauffaient au dessus des flammes, empalés sur des bâtons rendus pointus par son couteau fidèle, Forlong regarda autour de lui, et dit lentement:

-Un bel endroit...c'est sur ce genre de collines partout sur les Terres du Milieu que les hommes venus de Numenor bâtissaient des puissantes tours de garde afin de prévoir à l'avance l'arrivée des ennemis aux frontières de leurs royaumes...les preuves existent aujourd'hui encore; Amon Sûl, Amon Hen...des vestiges d'une époque passée, même si certains furent reconstruits par les rois du Gondor et d'Arnor depuis l'avènement sur le trône du roi Elessar. Mais nous vivons aujourd'hui à une époque différente, où les ennemis ne viennent pas toujours de loin mais sont parfois parmi nous, semant le chaos avec leurs mensonges et provocations. Perdus à jamais sont les jours où les clans des premiers hommes, venus avant même les Numénoréens, allaient à la guerre vêtus de gloire, leurs épées brillantes comme les étoiles forgées d'un acier antique d'une résistance incroyable en main, afin de protéger leurs terres contre les serviteurs du Mal...

Forlong se tût pendant un moment, en regardant les flammes, puis regarda ses compagnons, avec un rictus amer causé par la douleur qui émanait de sa blessure:

-Une belle nuit mérite des belles histoires, et non les paroles amères d'un vieux vétéran...vous êtes sans doute plus versés que moi dans ce domaine.

Le Dunadan était assis par terre, les jambes croisées. Ses cheveux blancs tombaient sur ses épaules, et les flammes se reflétaient dans ses yeux sombres. Sur ses genoux était posée son épée, dépourvue du fourreau. L'acier était baigné dans le halo orange projeté par le feu, mais semblait lui même émaner d'une lumière bleuâtre, faisant paraitre des inscriptions étranges sur la lame...


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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyJeu 25 Aoû 2011 - 21:21
    L’elfe retomba dans son silence mystérieux un long moment. Elle regrettait un peu de ne pas pouvoir voir de ses propres yeux les paysages qui défilaient à leurs côtés. Elle devina seulement les forêts, les rivières, et les souffles glacés des soldats. Elle devinait les frissons de leurs corps, la faune cachée, endormie. Elle devinait également les cailloux sur le sol, avec le pas des chevaux. Elle voyait un monde en sons, non en couleurs.
    Et même si cela ne la dérangeait pas plus que cela, elle aurait aimé se perdre dans la contemplation des verts soyeux de la végétation, dans le reflet argenté du givre matinal, dans l’opacité éphémère des brumes vagabondes. Elle aurait aimé aussi contempler ses hommes, freinés par le froid et la peine. Deviner ces parias, deviner leurs craintes. Elle aurait aussi aimer le voir lui, deviner sa souffrance, deviner ses besoins.

    Elle se sentit affreusement isolée, au milieu de ses hommes. Isolée de par sa nature, isolée de par ses hésitations. Sa jument piaffait aux cotés de son prétendant, et elle devina sans peine que celle ci ne se laissait désirer que par gout, et non nécessité, car il était évident qu’elle n’en était pas insensible. Elle la laissa la guider avec confiance.
    Lui parlant avec douceur en elfique, comme pour elle même. Elle lui raconta tout ce qu’il lui passait par la tête.
    Pour s’occuper.
    Pour ne pas se sentir seule.
    Elle ne se tenait pas à sa crinière. Ses mains ont été touchées plus salement qu’elle ne l’avait crue au premier abord, et chaque mouvement la faisait souffrir, et sa peau craquait sinistrement.

    Elle releva la tête pour écouter Nathanael, et sourit doucement, même si elle ne comprenait pas…comment des entrailles d’homme pouvaient lustrer le pont d’un navire. Elle n’avait jamais bris de bateau, et ne savait pas si elle avait le…pied marin ? Comment reconnaissait on un pied de marin ? Il y avait vraiment une différence visible ?
    Comme le monde était peuplé d’étrangetés ! Elle se sentit tout à coup curieuse. Comme une enfant à qui on annonçait que le monde était bien plus vaste que son jardin. Elle brulait de questions, mais au dernier moment se retint. Elle ne voulait pas s’humilier devant tant d’homme à cause de son ignorance non feinte. Ils continuèrent donc, et elle, demeura silencieuse.
    Elle évitait soigneusement de penser à la suite du voyage.

    Ils montèrent une butte. Elle le sentit aisément avec l’inclinaison de sa jument. Les hommes fatiguaient, et le froid était d’autant plus saisissant, renforcé par les vents glacials qui s’engouffraient entre les arbres. Elle écouta une fois de plus la description de son compagnon de route et fut admirative par tant de savoir et de sagesse.
    Ils continuèrent leur route, et rencontrèrent des soldats, que le Loup identifia sans peine. Décidément, la jeune femme se sentait de plus en plus perdue dans ce monde si complexe. Elle descendit de sa jument pour marcher un peu entre Nathanael et le chariot. Une fois arrivée au campement, elle leur annonça avec désolation.

    - Je…je suis désolée mais je ne pourrais vous apporter vos soins ce soir, loup. Mes…mains sont trop endommagées. Je suis navrée. Je perds ainsi ma seule utilité dans ce voyage.

    Elle baissa la tête avec tristesse et s’en alla déposer ses sacs à côté de l’ébauche de campement. Son seul savoir, à elle, était la guérison, le savoir des plantes et des remèdes.
    Cependant, à cause de ses blessures, même cela devenait inutile. Elle soupira, et partit docilement ramasser du bois pour le feu. Elle essaya d’en trouver des secs, mais avec toute cette humidité ambiante, la tache était ardue, et il fallait de la patience. Elle ramena plusieurs petit tas qu’elle installa non loin du feu qui crépitait déjà dans un cercle de pierre. Elle se perdit dans les volutes orangées des flammes.
    Le soleil tomberait bientôt. Mais…elle ne comptait pas se dévoiler devant tant d’hommes. Elle s’approcha des flammes et resserra sa cape autour d’elle même si elle ne craignit pas le froid. Elle releva seulement un peu son capuchon, en gardant son bandeau. Sa vue n’était pas encore tout à fait remise, et elle préférait s’assurer que la nuit était bien tombée avant de se risquer à l’enlever.

    Le repas se prépara dans de grandes marmites, et elle s’approcha des soldats avec curiosité pour en humer l’odeur. Elle échangea quelques banalités avec les apprentis cuisiniers et leur proposa quelques herbes aromatiques pour finir, qu’ils acceptèrent volontiers.
    Elle sourit timidement et s’en retourna auprès du feu, où elle put enfin libérer son regard d’ambre. Ses yeux s’ouvrirent avec difficultés, et une brulure lui fit les refermer vivement. Elle s’y reprit à deux fois avant de pouvoir les garder ouvert sans douleur. Les paroles du Loup étaient bien sombres, même si elle n’en mesurait pas leur immensité de mauvais augure.
    Son regard fut capté par les reflets légèrement bleutés de la lame. Elle fronça les sourcils mais resta à sa place. Elle surprit son regard, et rougit en baissant la tête. Elle n’évitait pas vraiment sa présence…juste…qu’elle se posait des questions sur lui. Elle ne savait trop comment interpréter ses réactions lorsqu’il était présent.

    Le repas frugal fut servi dans une gamelle en terre cuite. Elle la prit dans ses mains, dévoilant ainsi les traces de marbrure provoquées par ses brulures successives de ces deux derniers jours. Inconsciente. Ecervelée. Sotte. Elle huma l’odeur avec un sourire franc, et y gouta.
    Bon…l’arrière gout de viande la gênait encore, il fallait l’avouer, mais puisque la faim la tenait depuis un bon moment, elle se força, et commença à s’habituer. Elle devait cependant se concentrer sur autre chose, pour ne pas penser aux pauvres bêtes sacrifiées pour satisfaire leurs besoins.
    Elle lança plusieurs regards timide vers le Loup, tout en parlant avec ses compagnons de route qu’elle apprenait doucement à connaître malgré la barrière qu’imposait son allure mystérieuse.

    Une fois le repas fini, elle salua les hommes d’une courbette élégante et prit ses dispositions dans la tente qu’on lui avait concédé, pour une nouvelle nuit de veille…En laissant sa jument dans l'enclos inventé, tout laissa croire qu'elle ne se sentirait pas seule, et qu'elle craquerait aux avances du fougueux étalon du beau Loup. L'elfe de son coté, se sentait perdue mais heureuse. Heureuse de pouvoir demeurer un moment encore auprès de ces hommes si intéressants et charmants.
    Elle s'installa dans une couverture sur le bord de la tenture, et sourit.
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMer 14 Sep 2011 - 8:30
- Il n’est d’amertume que celle qu’on veut bien mettre dans son plat. Un fin cuisinier sait assaisonner les mets les plus répugnants pour surprendre les papilles. Et lorsque la soupe tourne au vinaigre, il lui faut pourtant aussi apprendre à la boire … il n’en saura que mieux apprécier les maigres victuailles qu’il aura su partagé avec joie et bon cœur. A défaut de ripaille les amis savent nourrir une âme… Et ce soir je vous avouerai que j’ai le cœur aussi plein que le ventre !

Il avait parlé de sa voix grave et profonde, calme et reposante, mais ses derniers mots avaient été prononcés avec pudeur. La vérité teintait pourtant son regard baigné par la lueur des flammes et la clarté des étoiles. La fatigue de la journée l’abandonna et glissa le long de ses épaules comme une cape. Il se sentait plus léger et le froid environnant ne semblait plus l’affecter. Il adressa un sourire rassurant à la jeune elfe dont l’attitude laissait à penser qu’elle voulait disparaître derrière sa capuche. Elle lui rappelait les petits chats qui, dissimulés derrière quelques bûches, hésitent toujours entre bondir en pleine lumière ou rester abrités dans l’ombre protectrice du bois. Crainte et curiosité.

Il la regarda s’éloigner tandis que Forlong rappelait à la nuit ses souvenirs silencieux. Calimehtar s’abrita sous la tente où ils avaient rangé tout le matériel dont ils disposaient. Le charriot était suffisamment haut sur ses roues pour faire un toit aux hommes si la pluie ou la neige venait les surprendre. Seule la bise froide pourrait étreindre leur corps. Nathanael se sentit saisi de fourmillements insoutenables. Forlong lui avait tendu une perche qu’il ne pouvait laisser filer. Raconter et narrer, déclamer des vers ou chanter quelques prosodies – l’occasion était trop belle. Il se leva hardiment et se rapprocha de la tente où l’elfe demeurait seule.

- Calimehtar ? Vous dérangerai-je en vous invitant à partager quelques histoires avec nous ? Il est suffisamment de contes que je connaisse pour tenir éveillée une armée toute la nuit mais il y a bien des légendes elfiques que je ne supporte pas de laisser en repos. Voudriez-vous nous en narrer quelques unes ?

Et disant ces mots, il se redressa et se plaça face au feu, à Forlong et au charretier. Le vieil homme ne laissait pas un son passer ses lèvres mais il avait dans l’œil la lueur de la curiosité qui pique les enfants lors des grandes veillées.

Ses premières paroles furent prononcées dans un murmure. Les flammes faisaient naître de grandes ombres dans sa barbe et sur son front, lui donnant l’air grave et sérieux.

Les mots soufflent sur l’histoire du monde un murmure chaotique
Entendez-vous au large cet écho chimérique …

Il vient des temps passés des hommes aux nobles visages
Fiers et pleins d’orgueils, mais réfléchis et sages …

Ils ont gravé en ces terres la destinée des peuples et de leurs royaumes…


Il fit une pause et se retourna en pointant du doigt une place vide où le sol formait quelques bosses piquées d’herbes et de ronces.

- Ici … ici j’entends que l’on me contredit !

Nathanael se retourna pour mimer l’homme qui tend l’oreille pour mieux comprendre de lointains propos.

- « Gravé » dit-on … « mais nous ne somme pas modelés dans l’argile comme des pots en terre. Nous nous sommes forgés seuls, et pas même la lame de nos ennemis ne peut griffer l’acier dont nous nous sommes parés. Qui sont ces hommes qui s’ autorisent à faire courir de tels mensonges ? »

Un nouveau silence. Nathanael fit quelques pas de côté, ici et là, légèrement courbés vers l’avant, les mains tendues devant lui comme pour calmer de virulents propos énoncés par des fantômes.

- Ecoutez … écoutez … le chant des Valars et la musique d’Eru. Vos rêves sont parsemés de voix lointaines et de douces paroles que les enfants d’Illuvatar ont murmurées aux âges passés. Entendez-vous l’harmonie qui fait battre leur cœur ?

Nathanael prit son souffle, laissa encore passer un silence, puis se redressa doucement. Sa voix se mua en un chant doux et grave et les mots paraissaient s’immobiliser un moment autour d’eux avant de sombrer dans l’obscurité de la nuit.

« Nous entendions la Voix en nos cœurs, bien que nous ne nous ne disposions pas encore de langage. Puis le désir de mots naquit en nous et nous avons commencé de les créer. Mais nous étions peu nombreux et le monde était vaste et étrange. Pourtant nous souhaitions vivement comprendre. Notre apprentissage fut laborieux et l’œuvre des mots se fit lentement*. »

Un moment, seuls le bruit du vent et son murmure dans les branches occupèrent les étendues au large de Pelargir. Nathanael reprit son ton grave et posé et entama un des récits qu’il aimait le plus et qui lui faisait garder espoir durant les temps sombres.

Le front baigné de lumière, les premiers enfants d’Illuvatar naquirent dans l’obscurité tremblotante d’un monde agité par le souffle des Valar. L’amour des belles choses animait leur âme et ils étaient habiles au chant comme à tout autre art. Leur cœur battait de l’orgueil des premiers Nés mais leur esprit était vif et curieux et jamais ils ne se lassaient d’apprendre et de créer. Ils foulèrent quelques temps de leurs pas lestes et agiles les contrées d’Arda dont les hommes ne connaissent aujourd’hui que quelques reliques. Les royaumes n’avaient pas encore de frontières et toutes choses étaient nues jusqu’à ce que les Elfes leur donnent un nom. Le monde des sens et des impressions fut abstrait de son essence et le langage fut créé.

Les Noldor furent parmi les premiers Nés. Ils virent les contrées belles et fragiles engendrées par les Valar en pays d’Aman. Feänor contempla parmi eux les Arbres de Valinor sur la colline d’Ezellohar. De la tristesse profonde de Yavanna naquit la beauté et la lumière. Des cendres du monde détruit par Melkor naquirent les fondements de l’Âge du règne des Valar.


Nathanael prit une courte inspiration et se remit à chanter doucement.

« À ce moment, deux pousses fragiles apparurent sur la colline et un silence s'abattit sur le Monde. Nul autre bruit que le chant de Yavanna et, grâce à ce chant, les pousses grandirent, plus hautes et plus belles, et vinrent à s'épanouir. Ainsi naquirent au monde les Deux Arbres de Valinor, de toutes les œuvres de Yavanna les plus célèbres et celles dont le sort est indissociable des Jours Anciens**. »

Lorsque ces derniers mots furent emportés par une bourrasque froide et glaciale, il reprit son récit, toujours debout face au feu.

Ils furent nommés Telperion et Laurelin. L’un était un chant d’or, l’autre une aubade d’argent. Ils illuminèrent le monde de leur éclat béni maintes années durant et les Hauts Elfes se souviennent encore de leur splendeur passée. Melkor détruisit une nouvelle fois les Créations des Valars. Mais Yavana chanta encore et obtint des arbres leurs derniers fruits et leurs dernières fleurs. De l’obscurité naquit le jour et la nuit. La Soleil et la Lune furent ceints de la bonté des Valar et de leur amour pour Arda. Les Terres du Milieu connurent leur première aurore et le crépuscule baigna le monde d’ocre et d’argent jusqu’à ce que les étoiles naissent dans l’ombre de la première nuit.
C’est ainsi qu’ils ont commencé de graver en ces terres la destinée des peuples et de leurs royaumes… Et toujours après la nuit les premières lueurs du soleil étreignent le voile obscure des ténèbres et se saisissent du monde qu’elles baignent de lumière.


Tandis qu’ils prononçaient ces dernières phrases, Nathanael s’était accroupi près du feu après avoir frotté ses mains l’une contre l’autre. Parlant des premiers matins du monde et de l’aurore, il passa rapidement ses mains au dessus des flammes du petit feu et les ramena à lui en fermant ses paumes creuses l’une contre l’autre. Et ses derniers mots furent accompagnés de l’image de flammes fugaces et dorées qui illuminèrent rapidement les mains du conteur. Un petit sourire illumina lui aussi le visage de Nathanael puis le silence reprit ses droits et les bruits étouffés de la nuit firent tinter leurs échos contre le bois du charriot et la toile de tente.



*[J.R.R. Tolkien, Athrabeth Finrod ah Andreth]
** [Le Silmarillion - Quenta Silmarillion - Chapitre 1]
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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyVen 23 Sep 2011 - 14:25
-Vous..vous restez bien plus utile que moi, qui ne suis même pas capable de faire trois pas sans appui. Et la guérison n'est pas la seule raison pour laquelle nous apprécions votre compagnie.

Il vit Calimehtar baisser la tête et s'éclipser malgré sa réponse, et se maudit dans son esprit. Ses propres paroles lui semblaient sèches et maladroites, amères plutôt que réconfortantes. Il y eut un temps où il savait parler aux femmes. Guerrier mystérieux et éloquent, il avait rencontré plusieurs jeunes demoiselles lors de ses voyages. Un homme différent. Il se rappela avec un sourire amer d'une époque où son opinion sur lui même était plutôt élevée. Ce n'était plus le cas aujourd'hui.

Bien plus tard, lorsqu'ils étaient tous assis autour du feu, les gestes et grimaces discrètes de douleur de l'elfe attirèrent son attention, et il sentit à nouveau ce désir étrange et ridicule de prendre la femme dans ses bras. Les mains de l’elfe étaient dans un piteux état, et pendant un instant le Loup Blanc envisagea de lui offrir à son tour ses services de guérisseur. Mais il changea rapidement d’avis…ses connaissances dans le domaine étaient tout au plus médiocres, et ses doigts manquaient la délicatesse de ceux de sa compagne; il finirait probablement par lui faire plus de mal que de bien. Sans parler du fait qu’il ne savait utiliser qu’un seul bras…Les yeux oranges de Calimehtar se portèrent sur son épée, puis rencontrèrent les siens; si différents, sombres et tristes, dans un visage à présent pâle et recouvert de cicatrices. L’homme aux cheveux blancs voulut sourire, mais elle détourna son regard, et il lui sembla apercevoir un soupçon de rougeur sur son visage partiellement dissimulé.

Il s'interrogea de nouveau si cette femme ressentait quelque chose pour lui. Il avait du mal à le croire...si elle était fascinée par lui, elle devait voir quelque chose d'autre que la réalité. Peut être que sa faiblesse inspirait de la pitié en elle? Ou alors elle le voyait en tant que guerrier puissant dont le regard sombre dissimulait des secrets fascinants? Mais son passé mystérieux était tragique plutôt qu’intriguant, et ne méritait point d’être décrit dans les chants des ménestrels.

Pendant qu'il digérait ces pensées sombres, tout en savourant le repas simple mais chaud, Calimehtar s’était éclipsée dans la petite tente. Mais la fatigue n'avait pas encore envahi le conteur, pour qui une nuit passée à la belle étoile semblait être une source d’inspiration.

Le dunadan ne put s'empêcher de sourire lorsque son compagnon barbu invita la fille de la lune à les rejoindre à nouveau. En s'installant plus confortablement, adossé au chariot, Forlong s'apprêta à écouter les contes de ce barde dont la réputation était répandue parmi les vétérans de la campagne d'Assabia. Il regrettait au fond de son esprit que Calimehtar n'avait pas choisi de s'asseoir plus près de lui; elle gardait ses distances, comme toujours. Il ne pouvait lui en vouloir. La méfiance était une qualité importante pour ceux qui voyageaient à travers les Terres du Milieu en ces jours sombres. S’il y avait cependant une chose dont le guerrier était sûr, c’est qu’il n’avait aucune intention de blesser cette femme si curieuse et innocente.

Forlong se laissa emporter dans le monde étrange tissé par les paroles du conteur. Il n’avait encore jamais entendu cette histoire en entier ; même si ses connaissances sur les légendes des âges passés étaient relativement vastes, elles se limitaient aux évènements plus récents, du troisième, éventuellement du deuxième âge. Il ne savait pas quoi penser du récit de Nathanael ; il avait vu des mages, des sorciers et des elfes sages et puissants dans sa vie, mais les histoires sur la création d’Arda parlaient d’un pouvoir qu’il était simplement incapable de comprendre. Mais une chose était sûre : le conte était d’une grande beauté, et il sentit lui-même une étincelle d’espoir s’allumer au fond de son cœur. Lorsque les paroles laissèrent place au silence, l’homme du Nord jeta un regard au vagabond, sa silhouette plongée dans l’aura des flammes. Il lui remercia avec un sourire pour son récit, et lui passa une gourde de vin.

Vint alors le tour de Calimehtar, dont le regard semblait indiquer une certaine admiration pour l’homme barbu. Nathanael était un compagnon de voyage beaucoup plus intéressant et bavard que lui-même, et Forlong ne serait pas étonné si la jeune femme choisissait de continuer son chemin aux cotés du conteur. Les encouragements des deux voyageurs incitèrent la fille de la Lune à vaincre sa timidité, et elle engendra un chant elfique d’une voix quelque peu étouffée mais pure et mélodieuse. Les connaissances limitées du Loup Blanc dans cette langue ne lui permirent de saisir l’entièreté des paroles, mais il crut comprendre qu’il s’agissait d’une histoire d’amour et d’espoir entre deux elfes. La voix de Calimehtar était étrangement réconfortante et malgré le fait que cette fois la chanson n’était pas destinée à lui seul, il se laissa bercer par la mélodie, et ferma les yeux juste avant que celle-ci ne s’achève.

La nuit s’avéra moins confortable que prévu. Dépourvu des soins de la jeune elfe, Lost Ore sombra dans un sommeil fiévreux. Couché dans une position inconfortable à cause de sa blessure, il transpirait à cause de la proximité des flammes, juste pour frisonner quelques instants plus tard. Les cauchemars vinrent le déranger eux-aussi. Il se retrouva sur une plaine glacée recouverte de sang et de cadavres, leurs visages tordus dans des grimaces de peur, de douleur ou de haine. Il vit ensuite le visage pâle d’une belle femme. Une flèche noire volait vers elle, mais il ne pouvait rien faire pour la sauver, ses jambes étaient lourdes comme si elles étaient faites de plomb…Forlong vit la femme mourir, alors qu’il s’écroulait lui-même dans un gouffre enflammé.

Il se réveilla en sueur, en poussant un cri de désespoir ; sa voix était faible car sa gorge était sèche comme les sables du désert, mais il s'inquiéta qu’il avait réveillé ses compagnons. Cependant si c’était le cas, ils ne l’avaient pas manifesté.
Il faisait froid, et l’aube était proche. Le Loup Blanc savait qu’il ne serait pas capable de se rendormir, et alimenta le feu, tout en s’enroulant dans sa couverture. Il regarda les flammes, remerciant les Valar pour la chaleur qui s’en dégageait, puis alla laver son visage et ses mains dans la bassine d’eau de source remplie le soir précédent. Les chevaux eux aussi semblaient avoir passé une nuit mouvementée, mais pour des raisons complètement différentes. A présent ils se reposaient, son étalon blanc Asulf à côté de la jument grise, tandis qu’Erwin, plus âgé et stoïcien, se régalait de quelques brins de foin.

Alors que le soleil avait fait son apparition pour de bon, quelques paysannes vinrent sur la colline, vendant des œufs frais et du lait aux soldats qui y passaient la nuit. Forlong s’approcha lentement des femmes, en s’appuyant lourdement sur sa canne provisoire, et leur paya un bon prix pour une partie de leur marchandise.
Lorsque ses compagnons se réveillèrent, ils furent accueillis par l’odeur d’œufs fris sur une pierre plate et chaude. L’homme du Nord espérait sincèrement que ce déjeuner allait plaire à ses compagnons, en particulier à Calimehtar, dont les goûts culinaires étaient fort différents de ceux des hommes. Une grande cruche de lait de chèvre était placée à côté ; la boisson était plus appétissante que l’eau de source et l’heure était bien trop jeune pour boire du vin.

Après le repas, les voyageurs décidèrent de continuer leur odyssée. Les chemins de terre laissèrent place aux routes de pierre, et les villages locaux ainsi que les caravanes de marchands devinrent un élément récurrent du paysage. Ils s’approchaient de plus en plus des régions les plus peuplées du Gondor, et les cris des mouettes furent le premier signe de la proximité de la mer.

Vint ensuite l’odeur légèrement salée de l’air, et enfin ils purent apercevoir devant eux les murailles de Pelargir, le plus grand port du royaume.

Pour une fois, le paysan qui dirigeait le chariot de foin décida de prendre la parole, et annonça aux voyageurs qu’il souhaitait passer un peu de temps dans la cité afin d’effectuer quelques achats. L’homme du Nord ne voyait pas d’inconvénient ; surtout s’il s’agissait de l’endroit où les chemins de lui et ses compagnons allaient se séparer.

Forlong descendit tant bien que mal du chariot, s’appuyant sur sa canne, son épée attachée à sa ceinture, et, ses deux compagnons à ses côtés, s’enfonça dans les rues de la cité. Pelargir était une cité bruyante et remplie de voyageurs des quatre coins de la Terre du Milieu. Le contraste avec leur séjour dans les forêts vierges de l’Ithilien était choquant…

-Nous voilà de retour à la civilisation…faites attention à vos bourses, mes amis…


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Un retour sans bouclier... - Page 2 EmptyMar 27 Sep 2011 - 20:42
    Perdue dans ses pensées, seule dans sa tente, elle eut un mouvement de surprise en voyant Nathanael arriver. Et que cette soudaine chaleur lui faisait du bien. La chaleur du cœur, celle de se sentir à sa place, et d’être heureux de cette découverte.
    Elle sourit timidement, et se leva avec quelques difficultés, néanmoins avec élégance. Elle camoufla ses mains brûlées sous sa cape et suivit docilement le conteur, avec une joie visible. Elle ne voulait pas se sentir de trop, mais elle avait été invitée, elle, l’enfant de la Lune, à participer à la veillée.
    Elle s’assit en face du charretier et du Loup.
    Elle avait hésité à s’installer auprès de lui, puis, écoutant les mouvements désordonnés et emballés de son cœur, décida de s’installer à une distance raisonnable. Et puis, comme cela…elle pouvait garder un œil sur lui discrètement.

    Elle rougit quelques fois quand leurs regards se croisèrent, mais dès que Nathanael prit la parole, elle n’eut d’yeux que pour le conteur. Elle connaissait cette histoire, de la création d’Arda, et du chant de Yavanna, les Abres détruits par Melkor, se transformant avec l’amour des Valars en Soleil, en Lune. En jour, en nuit, en crépuscule, en aurore. Une histoire sublimée par les talents de l’homme.
    Elle l’écoutait avec avidité, comme une enfant devant un spectacle de marionnettes. Elle souriait sans chercher à se cacher.
    Elle sursauta, et s’enthousiasma de son ton, de ses sauts, soubresauts, surprises et mimes. Elle pouvait imaginer sans peine la beauté des évènements relatés. Son chant était correct, et sa voix grave était très agréable à écouter. Une voix d’homme.

    Lorsqu’il eut finit, elle ne put s’empêcher de l’applaudir chaleureusement, malgré l’ampleur de ses blessures. Elle ne fit même pas attention à sa douleur, tant elle était ébahie de sa prestation.
    Lorsque vint son tour, cela la refroidit aussi vivement qu’un vent de plein hiver qui s’engouffre pour éteindre un feu réconfortant. Non, non, comment passer après cela ? Elle ne voulait pas, non, n’osait pas. Elle se ferait probablement charrier. Elle n’avait pas l’habitude, ne savait pas comment s’y prendre.
    Elle baissa la tête et la secoua, mais rien n’y fit. Au contraire, les encouragements croissaient, jusqu’à ce qu’elle n’eut d’autre choix que de s’exécuter. Elle réfléchit rapidement aux diverses possibilités. Elle pensa tout s’abord à parler de Melkor, le premier être avant même Arda, l’incarnation du Mal des Jours Anciens, puis y renonça. Pourquoi ternir une soirée aussi belle et chaleureuse ?

    Elle opta donc pour un chant elfique, que sa mère adorait lui chanter, jadis. Une histoire d’amour, une histoire d’espoir et de réussite qui l’avait toujours fait rêver. Elle se leva, fébrilement, intimidée par tous ces regards d’hommes rivés sur elle.
    Avec une profonde inspiration, elle leva les mains sur son capuchon, et l’abaissa. Elle se tourna vers les flammes, pour ne pas voir la réaction des hommes. Elle calma les battements de son cœur effrayé, puis entama son chant. Elle s’évada dans son monde. Comme si elle était seule au monde.
    Elle parla de Galadriel, qui entama son voyage vers les Terres du Milieu. Elle chanta sa rencontre avec Celeborn, leur amour si fort. Ils étaient, la représentation des deux Arbres. Elle, aux cheveux magnifiquement blonds, et lui, aux cheveux d’argents. Aussi beaux, grands et majestueux que des Seigneurs, ce qu’ils devinrent de nombreuses années plus tard. Ils refusèrent avec modestie leurs rôles de roi et de reine. Ils régnaient avec autant d’amour que des parents. Nenya, l’Anneau de l’Eau, protégea leurs terres. Elle chanta avec envie et respect, leur amour tellement beau, tellement…distingué.
    Elle modula son chant avec lenteur, mesure. Elle descendit dans les graves, pour remonter dans les mediums. Son chant se suspendit sur une question, puis mourut, le regard perdu dans les flammes.

    Une fois son chant fini, elle perdit toute confiance en elle. Elle piqua un fard et se rassit, intimidée encore plus qu’auparavant. Elle sommeilla seule dans la tente. Ses pensées s’égarèrent maintes fois, mais la rudesse du voyage et la veillé, finirent par la faire dormir tout de même.
    Lorsqu’elle se réveilla le lendemain, son ventre protesta énergiquement à l’odeur d’œufs et de lait frais. Elle sortit avec un petit sourire, et en offrit un même au Loup, tant elle était heureuse de ce petit déjeuner. Elle mangea avec appétit et bonne humeur. Retrouver plus tard sa jument, et la découvrir si épanouie auprès de l’étalon blanc, finit de lui arracher un rire.
    Elle se sentait si bien, si sereine. Ils reprirent la route avec une bonne humeur collective, probablement provoquée par tout les contes et jeux de la veille.

    Sa jument se quittait plus son mâle qui se pavanait avec fierté de sa conquête. Pour la laisser tranquille, l’elfe décida après une heure, à rejoindre le conteur à pieds, juste derrière le chariot.

    - Je vous félicite sincèrement pour hier, homme. Vous êtes vraiment talentueux. Un artiste tel que vous, serrez bien accueilli parmi les elfes. Je ne doute pas que vous auriez de nombreuses choses à apprendre des uns des autres.

    Elle sourit doucement et ils engagèrent une petite conversation. Elle l'écouta avec le respect d'une élève sage pour les propos de son précepteur. Ils arrivèrent bientôt du grand port Pelargir. Elle en ressentit une petite pointe au cœur, car cela signifiait qu’elle ne pouvait plus reculer. Elle devait choisir entre le conteur si sage, et le Loup qu’elle pensait ai…Le Loup. Ils se promenèrent un moment dans les rues de la ville.
    Elle ne se sentait pas à l’aise. Elle n’était pas habituée aux villes, alors les grands ports…Elle se resserra sans faire exprès du Loup, pour se rassurer. Son regard essayait de capter tous les détails des rues. Les pavés, les emblèmes des magasiniers, les étalages de marchandises diverses et variées, les petits vagabonds qui courraient entre les jambes des passants ronchons, les bras chargés de victuailles.
    Quelle activité ! Elle se rapprocha encore de ses compagnons, oppressée par toutes ces bousculades.

    - Je…je ne suis pas sûre de…

    Elle fut interrompue dans ses propos. Un enfant, à peine huit ans, la bouscula violemment pour échapper à un vendeur survolté à qui il avait volé un collier en or. Prise dans son élan, l’elfe tomba sur le coté. L’enfant marcha négligemment sur sa cape et la fit tomber.
    La suite fut prévisible.
    Ce fut un désastre.
    Son corps mis à découvert se mit à grésiller et elle ne put s’empêcher de hurler de douleur. La mésaventure avait été aggravée par l’angoisse de cette grande ville dans laquelle elle se sentait perdue et vulnérable. Elle sombra dans l’inconscience, au milieu de la rue. Que de peine et de malchance, dans le monde des hommes.
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