L'aventure au bout d'un quai

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Derkos Vardrin
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Sam 21 Jan 2012 - 14:12
L'air frais du matin lécha amicalement, telle une douce caresse promesse de plaisirs futurs, le visage de Derkos qui s’accouda au bastingage de son navire, solidement amarré aux quais de bois des Havres durant la nuit, il tanguait paisiblement sous le rythme des vagues.

"...plus riches et plus puissant que jamais, approchez vous mes amis et engagez vous dans l'armée souveraine des Havres ! Mais dépêchez vous, nous ne prenons que la crème de la crème pour bouter hors de chez nous ces chiens d'Harondorims !"

La voix cinglante comme un fouet de Kaerran fit sourire Vardrin. Pour recruter et embobiner les crédules, il n'y avait pas mieux que son second. Ce dernier se tenait derrière un petit bureau en vieux bois, à ses côtés se tenait Angel, un des hommes du Pourfendeur et sur le bureau une liste se trouvait où chaque homme qui souhaitait rejoindre leur cause voyait son nom s'inscrire et ordre lui était donné de se rendre en dehors de la ville où le squelette d'un futur campement militaire prendrait peu à peu forme. Derkos avait lui même envoyé quelques uns de ses hommes pour aider à la logistique de tout le bourbier sans nom que finirait par être l'alliance des Seigneurs Pirates. Bientôt une armée entière camperait devant les portes de la cité maritime.

Le capitaine descendit rapidement de son bâtiment, une petite queue d'une douzaine d'hommes en quête de gloire et de richesses s'était formée devant ses subordonnés qu'il salua d'un signe de tête avant de se rendre rapidement vers eux :

"Combien d'hommes pour le moment Kaerran ?"

"J'en ai déjà envoyé quinze pour aider à l'extérieur de la ville, si on ajoute ceux qu'on a là on arrive à une trentaine. En rajoutant les raclures que nous aurons dégotés Mardal et Var', on pourrait monter facilement à une cinquantaine pour aujourd'hui. C'est un début."


Effectivement c'était un début, mais cela ne suffirait pas s'ils voulaient avoir les moyens de lutter contre Radamanthe l'Usurpateur et ses troupes. Saluant ses hommes, Derkos fit quelques pas en direction de la ville, il avait quelques courses à faire. Mais avant ça il attendait un homme qui ne devrait probablement plus tarder. D'ailleurs au moment précis où il pensait à ça, l'homme qu'il attendait apparut parmi la foule éparse des quais de cette heure matinale, sa démarche discrète et son regard plongé vers le sol, Salem s'approchait. La main de Derkos se posa amicalement sur l'épaule de sa nouvelle recrue :

"Bien le bonjour mon ami, prêt à m'accompagner pour quelques courses ? Nous aurons tout le temps de parler pendant ce temps."

Il lui sourit alors, puis continua sa route en direction des ruelles sombres de la ville. La ville au nom de laquelle ils allaient attaquer leur ennemi, la ville qui n'était bien évidemment qu'un prétexte .
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Ryad Assad
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Dim 22 Jan 2012 - 0:46
La soirée à laquelle j'avais participé la veille s'était terminée plutôt tranquillement, mais la journée qui débutait s'annonçait particulière. Elle avait pourtant bien commencé : j'avais passé une nuit excellente, au chaud et au sec, ce qui n'avait pas toujours été le cas ; j'avais donné ma démission, en annonçant que j'allais m'engager dans un équipage pirate - j'avais retiré mon salaire auprès de l'intendant, qui m'avait jeté un regard que l'on pourrait traduire par "Adieu, pauvre idiot" ; j'avais enfin pu reprendre contact avec supérieur hiérarchique, et lui transmettre les précieuses informations que j'avais récupérées. En effet, tant que j'étais le seul à les détenir, la moindre erreur de ma part pouvait empêcher le Trône de les obtenir. Il fallait donc que je les fasse parvenir à celui-ci, et pour cela j'étais aidé par une sorte de "capitaine espion". Il supervisait un réseau relativement conséquent, et tous les messages qu'il recevait, il s'arrangeait pour les faire parvenir de manière sûre jusqu'à Blankânimad, où ils seraient étudiés avec le plus grand soin. Une fois la soirée terminée, je m'étais enfermé dans le réduit où je dormais, et j'avais commencé à rédiger mon message. Nous conversions en Rhûnien - ce qui compliquait la tâche de nos ennemis -, et dans un langage codé qui nous était propre. Dans votre langue, on pourrait le traduire par :

Code:
"Du bois pour les flammes, la fumée s'élève. Une tempête de sable s'annonce en tête, relayée par l'écho d'une voix forte. De nombreuses bourses risquent d'être percées. Le soleil est toujours couché. Flamme manoeuvre en tête à la naissance du géant, sur le sol traître."

Pour ce qui est du sens, je me garderai bien de vous donner toutes les ficelles de ce mode de communication que nous avions mis des années à peaufiner, mais l'essentiel est de savoir que mon collaborateur était désormais au courant des projets guerriers d'Umbar, ainsi que de mes prochains mouvements. Pratique, non ? Quoiqu'il en soit, je m'étais mis en route en début de matinée, retrouvant le confort de mes vêtements habituels. J'avais en effet tombé le costume de serviteur, et passé ma tunique de cuir, celle avec laquelle j'avais particulièrement voyagé. Mon sac de voyage était plaqué contre mon dos et, quelque part, son poids familier me rassurait. A ma hanche, dans son fourreau noir et nu, pendait mon épée sans nom. Dans certaines villes, on m'aurait dévisagé avec insistance, voire avec une lueur d'inquiétude. Mais ici, j'avais l'air parfaitement normal. Peut-être même moins étrange que certains autres. En vérité, je semblais même complètement inoffensif, par rapport à certaines brutes épaisses qui traversaient les rues d'un pas assuré, exposant leurs muscles surdéveloppés au regard de tous.

Mais je savais que ce n'était que de l'esbrouffe. Toutefois, ils feraient de bonnes recrues pour l'armée d'Umbar. Je marchais d'un pas tranquille, en laissant traîner mes oreilles de-ci de-là, et dans tous les coins, on discutait des événements qui se préparaient. On se demandait, avec plus ou moins d'enthousiasme, ce que rapporterait cette campagne audacieuse. Certains rêvaient de richesse, faisant confiance à des talents qu'ils considéraient comme suffisants pour survivre aux affrontements qui allaient faire rage. D'autres - plus lucides - s'inquiétaient quant à leurs chances de remporter la victoire contre une armée de métier. Le discours de ces derniers était vite étouffé par la ferveur générale. Il régnait dans les rues une agitation fébrile, et on sentait que tout le monde avait du mal à dissimuler son impatience. Je voyais des gens rentrer dans des tavernes, où je devinais qu'il y avait un recruteur qui faisait passer un message incitant les jeunes hommes de la cité à s'enrôler dans une guerre qui n'était pas la leur.

Mais cela n'était pas mon affaire. Je passai à côté de tout cet empressement sans prendre le temps de m'arrêter. J'avais autre chose de prévu. J'avais rendez-vous au port, lorsque "le soleil serait haut", et je comptais bien être en avance, histoire de pouvoir faire un peu de repérage. En approchant, je distinguai les navires immenses, qui mouillaient près des quais. On voyait encore les traces de l'incendie qui avait emporté deux d'entre eux, la veille au soir. Des marins éplorés erraient, égarés, hésitant entre s'engager sur un autre navire, ou suivre leur capitaine. Étrangement, on aurait dit qu'ils ressentaient quelque chose comme de l'attachement envers leur chef. Je ne m'attardai pas sur le sujet, et observai les lieux. De toutes parts, on voyait des hommes affairés. Certains embarquaient, d'autres débarquaient. D'autres encore déambulaient à côté des navires, occupés à vendre des marchandises, voler les bourses mal surveillées, et toutes sortes d'activités peu reluisantes, typiques de cette cité maudite. J'ignorai où se trouvait le Pourfendeur des Vents, mais j'eus tôt fait de le savoir, après m'être renseigné auprès d'un homme de toute évidence peu soucieux de son apparence, de qui émanait une odeur surprenante mélangeant alcool, urine et menthe. Au vu de son état, il serait bien incapable de se souvenir de moi, au regard du passage éclair que j'avais fait dans sa vie, et c'était tant mieux ainsi.

Une fois renseigné, je mis le cap - voyez comme je fais un effort pour m'adapter à mon nouvel environnement ! - sur un navire que l'on m'avait indiqué. En approchant, je pus entendre une fois puissante héler les passants, les invitant à s'enrôler pour combattre l'ennemi du Nord. Il promettait richesses et gloire à quiconque rentrerait dans l'équipage, et je me demandais comment certains faisaient pour se détourner de si belles paroles. En tant que pirates, ils auraient tous dû accourir...à moins qu'ils n'aient commencé à se rendre compte qu'ils avaient toutes les chances de se faire massacrer avant de voir la moindre pièce d'or ? Quoiqu'il en soit, je commençais à me demander si l'objectif que Vardrin s'était fixé la veille - à savoir un millier d'âmes - n'était pas réalisable, finalement. En parlant de lui, je le repérai au milieu de quelques uns de ses hommes. Je baissai la tête, et me dirigeai vers lui, perdu dans mes pensées. J'avais réfléchi longuement à la manière de me comporter avec lui, et cela m'avait aidé à m'endormir, je dois bien l'avouer. Toutefois, je n'avais pas encore trouvé de réponse claire. Toujours est-il que j'avais décidé de ne pas agir de manière servile, avec lui, ne serait-ce que parce que ma période passée en tant que serviteur au palais avait été trop longue, et que j'avais besoin de trouver un poste où je sois un peu mieux considéré. Il me faudrait donc me montrer résolu, mais pas trop indépendant, sans quoi il prendrait peur, et me surveillerait de près. Je devais être un homme de confiance, sans être trop entreprenant, et jouer sur la corde raide sans qu'il se rende compte de ce qu'il avait en face de lui.

Je m'arrêtai devant lui, et lui adressai un sourire que je voulais sincère mais neutre - pas stupidement enthousiaste, ou inutilement intriguant -, tandis qu'il posait sa main sur mon épaule. Cette fois, je ressentis autre chose qu'un désir de dominer, mais bien une volonté de faire de moi un de ses alliés. C'est peut-être pour ça que je choisis de le regarder droit dans les yeux. J'avais l'intuition que cet individu, en tant que pirate vivant dans un monde fait de trahisons et de menaces constantes, avait besoin que quelqu'un le regarde franchement. Il ne lirait en moi que ce que je voudrai bien lui montrer, mais cela suffirait sans doute à le convaincre de ma bonne foi qui, pour l'instant, n'était pas feinte. J'entendis dans ses paroles de salutation qu'il m'avait appelé "mon ami". Qu'est-ce que cela pouvait-il bien signifier ? Étais-je donc plus qu'un simple marin ? J'en profitai pour jeter un coup d'oeil à ses hommes. Ils semblaient moins impressionnants, physiquement parlant, que ceux d'autres navires. Et pourtant, paradoxalement, je les jugeai plus dangereux. Déformation professionnelle, sans doute. À moins que ça ne soit l'influence de mon interlocuteur présent. Il m'invita à faire quelques courses, et je le suivis sans rechigner.

Je marchai à une allure tranquille, mon sac bien calé sur mes épaules. J'avais préféré le garder sur moi. Question d'habitude. Sans doute avait-il remarqué mon épée, aussi me demandai-je s'il m'emmenait dans une armurerie pour que je puisse m'y procurer un autre équipement...à moins qu'il ne s'agisse d'autre chose. Je remis ces questions à plus tard, et répondis à son ton jovial par un ton calme et posé :

- Je pense effectivement que nous pourrons discuter, Capitaine. Peut-êtrre voulez-vous vous assurrer que vous avez fait le bon choix, j'ajoutai. Je suppose que vous apprréciez de savoirr qui vous avez sous vos orrdrres.

J'avais dit ça presque à la légère, mais tout en le regardant droit dans les yeux. Peut-être en serait-il déstabilisé. Je l'espérais. Plus il serait perturbé, plus il se poserait des questions à mon sujet, et plus j'aurais de marge de manoeuvre. Pendant un moment, je songeai à lui laisser l'occasion de poser une question, mais je n'avais pas vraiment envie de lui laisser le temps d'orienter la conversation, aussi repris-je presque sans interruption :

- J'espèrre que cela ne vous dérrange pas de savoirr que je suis davantage un homme de lettrres qu'un marrin ou qu'un guerrier.

Sans me départir de mon petit sourire qui en disait long - sans vraiment le dire -, nous continuâmes à marcher dans les ruelles de la cité. Cette journée promettait d'être intéressante, et j'avais hâte de l'entendre commencer son interrogatoire : premier obstacle que j'allais devoir franchir pour mener à bien ma mission.


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Derkos Vardrin
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Lun 23 Jan 2012 - 16:56
"J'ai beaucoup de marins et de guerriers autour de moi, mais aucun homme de lettre. Ça peut toujours être utile, qui sait. Et puis au pire, à la vue de ta lame, je me dis que tu pourrais toujours te défendre si le besoin s'en faisait sentir. Tant que tu es capable de t'occuper de toi même, tu devrais te plaire parmi nous."

Un petit sourire à destination de son interlocuteur, puis le capitaine se remit en marche vers le centre de la ville. Ils avançaient dans les ruelles étroites et éparses de la cité portuaire, se rapprochant petit à petit de la large bâtisse que recherchait Derkos. Véritables toiles d'araignées, les rues de la cité se ressemblaient toutes et un nouveau venu aurait tôt fait de se perdre dans les dédales sans fin des Havres. Mais Vardrin était né ici, avait vécu ici, et chaque rue, chaque embranchement lui était familier, chacune des odeurs qui émanait de-ci, de-là lui rappelait l'époque heureuse où il n'était encore qu'un bambin qui passait son temps à chaparder des pommes sur les étals des marchands, sous les vivats de ces derniers bien entendu.

Et pourtant, paradoxalement, cette époque ne lui manquait pas plus que ça, probablement à cause du fait qu'il était devenu exactement ce qu'il avait toujours rêvé d'être - et peu de gens peuvent se targuer d'avoir fait de même - et tout s'était déroulé comme il l'avait prévu, enfin presque toujours mais il est des histoires qui ne sont pas encore faites pour être contées.

Les deux hommes débouchèrent alors sur une petite place où se trouvaient quelques étals, présentant des choses aussi diverses que variées. Des poissons frais trônaient paresseusement, côtoyant quelques fruits de mer, plus ou moins frais eux. Un autre camelot tentait, quand à lui, de refourguer quantités de choses plus ou moins utiles qui se trouvaient dans sa charrette. Du coin de l’œil, Derkos aperçut quelques lames émoussées qui trainaient, vendues comme des épées de légendes, égales à Glamdring ou Orcrist.

Un petit rire fendit le capitaine avant qu'il ne se tourne à nouveau vers Salem qui observait aussi le petit marché qu'ils traversaient en ce moment même :

"Parle moi un peu de toi Salem. Où donc es tu devenu l'homme de lettre que tu dis être ? Et es-tu originaire d'ici ? Tu me sembles un peu différent de la racaille qui es généralement élevée dans le coin et dont ne sortent que des pirates ou des assassins, les deux en même temps souvent. Enfin tu me diras, il arrive de sortir de belles pommes de pots pourris."

Derkos n'oubliait jamais d'où il venait ni qui il était, il savait qu'il ne serait l'homme le plus courageux ou le plus respectable du monde, mais il essayait d'être un homme juste envers ses propres principes, vivre ou mourir, il avait choisi de vivre. Le capitaine leva alors le regard vers le ciel bleu, quelques nuages voguait paisiblement sur les mers tranquilles des cieux.
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Ryad Assad
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Lun 23 Jan 2012 - 17:51
Vardrin avait répondu avec détachement, à la question que j'avais à peine formulée, mais je sentis qu'il n'était pas entièrement convaincu par mon histoire d'homme de lettres. J'avais l'intuition qu'en tant que pirate, il raisonnait de manière pragmatique. Pour mériter ma place sur son équipage, j'allais devoir montrer que j'étais utile à quelque chose. Je réfléchis un instant : je ne savais absolument rien faire sur un navire, et je n'avais guère envie de commencer comme simple matelot. Non. C'était indigne de moi. Par contre, je pouvais toujours m'occuper de quelque chose comme l'intendance. Oui. Je savais compter, lire et écrire. Je pouvais aisément aider à tenir le registre des vivres et des armes embarquées, veiller à ce que chacun ait sa part de butin à l'issue d'un combat. Ma foi...si l'équipage venait à s'agrandir, il y aurait peut-être une place à prendre de ce côté-là. Je devais l'amener dans la conversation.

Je n'en eus pas vraiment le temps, car Vardrin aborda rapidement la question de ma propre sécurité à bord de son navire. D'après lui, il allait falloir que je m'occupe de moi-même. S'il avait su à qui il parlait en réalité, il n'aurait peut-être pas formulé ainsi sa pensée, mais je n'étais qu'un ex-employé de service. Je n'avais donc rien d'un guerrier. Toutefois, j'avais passé assez de nuit désagréables dans mon existence pour savoir m'occuper de moi. Le tout était de transposer ce que j'avais appris sur la terre ferme à un navire, où nous allions être entassés comme de vulgaires marchandises.

Tandis que je réfléchissais à l'angle d'attaque à adopter, Vardrin m'emmena plus loin dans les ruelles. Malgré un sens de l'orientation qui, par le passé, avait fait ses preuves, j'étais un peu perdu. L'architecture étrange des lieux, tantôt dans le plus pur style Numéno-gondorien, tantôt dans le mouvement du chaos absolu, avait de quoi donner le tournis. Mon guide, cependant, marchait d'un bon pas, sans hésiter une seule seconde quant à la direction à prendre. Avait-il une idée précise de l'endroit où il voulait m'amener, ou bien se contentait-il de suivre son instinct ? À moins qu'il ne s'agisse d'autre chose... Soudain davantage sur mes gardes, je ne trahis mon appréhension que par un bref frisson qui me parcourut l'échine. J'étais seul dans une cité dont je ne connaissais rien, à part qu'elle fourmillait de bandits, accompagné d'un homme qui avait fait preuve d'un intérêt étrange à mon égard. Peut-être...

Au moment où je commençais à tirer des conclusions inquiétantes quant à ma propre sécurité, nous débouchâmes sur une petite place où se tenaient une poignée de marchands. Les passants circulaient de l'un à l'autre, jetant un coup d'oeil vaguement intéressé aux babioles qu'ils vendaient. Je connais plus d'un forgeron qui aurait pâli en voyant le prix que l'on proposait pour certaines armes de qualité douteuse. Je doutai que certaines résistassent au moindre choc, et je plaignis intérieurement les pauvres diables qui allaient tenter de sauver leur vie avec un bout de métal aussi usé.

Je sortis de mes rêveries en entendant le rire sec du capitaine, à mes côtés. Nous regards se croisèrent, tandis qu'il m'interrogeait à présent sur mes propres origines. J'avais cru qu'il avait oublié de me demander plus ample information sur moi-même, mais en vérité, il avait simplement attendu le plus longtemps possible, peut-être afin de me déstabiliser. À ma grande honte, il avait bien failli y parvenir. Je lançai un sourire un peu plus appuyé que les précédents à mon interlocuteur, tout en consolidant la franchise dans mes pupilles : pas de mouvements suspects de l'iris, pas de tic nerveux au coin de l'oeil, rien d'anormal :

- Je crrois effectivement qu'un individu extrraordinairre peut parrvenirr à sorrtirr de la fange, à la seule forrce de son courrage et de sa déterrmination.

Je coulai un regard à mon interlocuteur, voulant vérifier si j'avais bon le concernant. J'étais prêt à parier qu'il n'était pas né noble - doux euphémisme - et qu'il aspirait à beaucoup plus que "simple pirate". Je poursuivis toutefois, pour qu'il ne remarque pas que je le jaugeais :

- Cependant, je ne suis pas orriginairre d'ici...Ces terres sont nouvelles pourr moi, qui suis né plus au Norrd, dans le Rroyaume de Rrhûn.

Je guettai sa réaction, mais rien ne vint, aussi enchaînai-je :

- Mon éducation me vient de ma famille, pourr tout vous avouer...La pauvrreté des moyens n'empêche pas de cultiver la rrichesse de l'esprrit, et c'est la rraison pour laquelle je n'ai pas prris la suite de mes parrents, qui cultivaient la terre, et que je me suis plutôt penché verrs l'érrudition.

Je marquai une pause, mais Vardrin semblait m'écouter attentivement, et pas pressé de reprendre la main. Je lui faisais confiance pour ce qui était de l'itinéraire, aussi dus-je reprendre :

- C'est parr le biais d'un oncle que j'ai commencé à m'instrruirre, puis j'ai voyagé pour parrfairre mon éducation. (je m'enflammai volontairement). J'ai visité le rroyaume de Gondorr, et j'ai pu prrofiter des bibliothèques de la magnifique Minas Tirrith. J'ai été jusqu'au Rrohan, où j'ai obserrvé de mes yeux les plus beaux chevaux de la Terre du Milieu. J'ai passé quelques temps en Khand, et me voilà désorrmais au Harrad, pourr y découvrrirr toutes sorrtes de choses.

Je marquai une nouvelle pause, comme si je reprenais mon souffle. À tous les coups, j'avais su me montrer convaincant. En général, les pirates, les mercenaires et consorts étaient très sensibles à ce qu'ils ne pouvaient appréhender. Je ne connaissais pas bien ce Vardrin, mais s'il était un pirate normal, il devait avoir plus d'armes que de livres dans sa cabine. Voir quelqu'un passionné par la culture et par la connaissance devait le déstabiliser. Je l'espérais, en tous cas. Comme il ne répondait toujours pas, peut-être sous le coup de la surprise ou de l'interrogation, je conclus :

- Je vous éparrgnerrai une explication détaillée de mes sujets de rrecherrche, mais sachez simplement que m'intérresse aux différrentes culturres humaines, et aux différrentes sociétés. Pourr cela, j'obserrve tout ce que je peux, et il m'arrive même d'établirr des comparraisons avec les animaux.

À ces mots, le pirate haussa un sourcil. Peut-être était-il ferré, et se demandait-il de quoi je voulais parler, auquel cas je me ferais un plaisir de le lui expliquer en détail. Ce faisant, je ne pourrais que me rapprocher de lui, et entrer dans son cercle de privilégiés. À moins qu'il se demande sincèrement sur quel bonhomme il était tombé. En effet, les érudits qui voulaient s'intégrer dans un équipage pirate n'étaient pas légion. Toutefois, je le croyais assez curieux et assez peu soucieux de ma vie pour me faire embarquer, juste pour voir ce que j'allais donner. Dans les deux cas, c'était parfait, tant que je montais à bord de ce navire.

Alors que je m'attendais à ce qu'il reprenne, qu'il rebondisse sur ce que je venais de lui dire, il me montra du doigt une bâtisse imposante, à quelques pas de là où nous nous trouvions. Cette fois, ce fut à moi de montrer mon interrogation par un haussement de sourcils. Avec un petit sourire, Vardrin m'annonça :

- "Salem, voilà notre destination."

Je posai les yeux sur les grosses lettres blanches, solidement fixées au mur, au-dessus d'une imposante porte à double battants, et frémis intérieurement. Ainsi, nous allions à la rencontre d'un certain Omar, marchand d'esclaves de son état. Décidément, ce Vardrin ne cessait de m'étonner.


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