Affaires d'un simple marchand ...

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Evart Praven
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Sam 20 Avr 2013 - 16:32
Alors que le Soleil se levait, Evart eut un frisson et réajusta la fourrure qui lui couvrait les épaules. Cet hiver était le plus rude qu'il n'ait jamais connu, le froid envahissait tout le monde connu, les sols étaient aussi dur que la pierre à cause du gel et l'eau de certaines fontaines avait même gelé. D'après ce que lui avait dit ses métayers, les vergers avaient gelé et de nombreux arbres étaient morts. La récolte serait extrêmement mauvaise et l'argent ne rentrerait pas … Quelle tristesse … De l'argent perdu ! Mais ce serait peut-être une chance, s'il parvenait à importer de la nourriture de terres plus riches, il parviendrait certainement à empocher un petit pactole.

Il s'éloigna donc de la fenêtre pour s'habiller puis descendre jusqu'à la cuisine. Isola, sa servante, était déjà entrain de travailler et lui servit son petit déjeuner composé d'un bouillon et de deux tranches de pain. Les prix étaient chers ces derniers temps et Evart, comme tout le monde, était contraint de réduire son train de vie. Une fois ce frugal repas englouti, il décida d'aller faire un tour jusqu'aux quelques commerces qu'il possédait.

Il lui fallut un peu moins de deux heures pour visiter ses employés et donner des instructions. Les affaires n'allaient pas si mal puisque les remèdes et plantes « miracles » se vendaient bien dans ses temps de maladie tandis que les gens devaient toujours manger. Cependant il lui était difficile d'acheter de la nourriture pour remplir les râteliers de ses commerces et faisaient fondre ses bénéfices. Heureusement que l'on pouvait extraire du cuivre par beau et mauvais temps. Les rues de la ville étaient sinistres. Minas Tirith était une ville splendide lorsque le Soleil était haut et le temps clair mais le gris et le blanc étaient lugubres et inquiétants dans ses temps sombres.

Une fois rentré chez lui, Isola lui dit qu'un messager lui avait donné une lettre de son père, le comte de Padraig, lui avait envoyé. Il monta immédiatement à l'étage, s'enferma à double tour dans son bureau et sortit la lettre. Le sceau était parfait, elle ne semblait pas avoir été ouverte, il la décacheta et sortit un parchemin.


[size=15]Evart,

J'ai appris que le dirigeant de la Compagnie du Sud venait de mourir. Il semble que sa succession puisse être difficile et cela devrait être une occasion pour vous de vous distinguer. Essayez d'entrer en contact avec un des partis pour devenir un de leurs fidèles. Un des commis de la famille Oliri pourra vous faire rencontrer l'un des membres de la famille. Il se prénomme Vicente Motierre et vous pourrez lui remettre la seconde lettre. Profitez bien de cette occasion et ne me décevez pas.

Harlaus


C'était une bonne nouvelle mais il faudrait bien faire suffisamment habile pour être effectivement au service des Orili. Il lui fallait donc partir au plus vite pour Osgiliath. Il se dirigea donc vers le fond de la pièce, ôta la teinture et déclencha l'ouverture secrète de la pièce du fond. Une fois à l'intérieur, il ouvrit la huche, y plaça la lettre de son père et déplia le seconde.

Vicente,

Je vous remercie de m'avoir informé des ambitions des Orili. Un de mes agents sur place a pu rafler les baux d'exploitation de plusieurs fermesde l'Ithilien et faire suffisamment monter les prix pour trois mines de fer en Lossarnach. Vos informations nous ont été précieuses et votre pension a été entreposée où vous savez.


C'était donc ce qui lui permettrait d'entrer dans les bonnes grâces des fameux Orili. C'était habile mais Evart perfectionnerait le plan. Il allait plutôt demander directement une entrevue à Gyan Oliri. Fourrant la lettre dans sa poche, Evart sortit de la pièce -qu'il referma consciencieusement- et commença à rédiger une brève note lui demandant audience, il ne s'occupa même pas de la cacheter et la remit à Isola qui devait dépêcher le premier message qui partait pour Osgiliath. Il remonta à l'étage prépara quelques affaires et prépara son départ en rédigeant des instructions au contremaitre de la mine et aux commerçants de Minas Tirith. Ensuite, il décida de partir et se dirigea jusqu'à l'entrée de la cité. Tous les jours, plusieurs diligences partaient pour Osgiliath et il en prit pour une somme modique. Moins de dix minutes plus tard, la carriole s'en allait vers le fleuve …





Dernière édition par Evart Praven le Mer 30 Oct 2013 - 0:10, édité 1 fois
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Evart Praven
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Mer 30 Oct 2013 - 0:08


La nuit n'allait pas tarder à tomber lorsque le marchand traversa l'une des grandes portes de la première muraille de Minas Tirith. Né dans une campagne lointaine, Evart était toujours impressionné par l'immensité et la majesté de cette cité. Il ne lui fallut pas plus de quelque minutes pour rejoindre le relais où il rendit le cheval qu'il avait emprunté pour la journée. Il était évident que posséder son cheval devrait être une nécessité mais il n'en avait pas les moyens car un cheval coûtait fort cher et notamment en ses temps de disette.

Remontant à travers les rues de la cité blanche, le jeune homme atteint la résidence de sa famille alors que la nuit commençait à se faire profonde et que les ténèbres envahissaient ces ruelles aux allures de coupe-gorges. C'était donc avec soulagement qu'Evart retrouvait enfin la chaleur douillette de sa maison. Il décida de se mettre au travail au plus tôt et rejoint son bureau dans lequel il prit son dîner. Comme d'habitude, il préféra un repas frugal avec une potée et quelques morceaux de viande avant de se plonger dans ses quelques affaires. Ce premier contact avec les Oliri pouvait être fructueux mais il était loin de suffire aux ambitions du jeune homme qui voulait résolument plus. Entrer dans une corporation de métier pourrait être un moyen plus simple d'atteindre des positions intéressantes sur le plan financier et politique. Trouver quelques nobles disposant de terres et de dettes qui seraient prêt à affermer des revenus. Parvenir à emprunter de l'argent à des taux intéressants pour lui pour le prêter à des taux tout aussi intéressants pour lui. Ce n'était pas les plans qui manquaient mais bien le temps et les moyens à court terme pour les mettre en œuvre. Bien entendu, il avait bien envoyé son cousin vers l'Arnor pour trouver quelque juteux marché. Il était au moins aussi ambitieux que lui et presque aussi intelligent mais certainement pas individualiste -au grand plaisir d'Evart-.

Après ses quelques divagations, le jeune homme se concentra à nouveau sur l'affaire qui le tenait occupé en ce moment. Dans un premier temps, il avait été tenté de prendre contact dès ce soir avec Motierre mais finalement il était sans doute nécessaire de préparer un peu les choses pour être sûr que l'homme qui ne manquait certainement ni d'intelligence, ni de jugement puisse tomber dans le piège. Dans tous les cas de figure, il avait besoin d'une personne discrète pour espionner et suivre Motierre ou s'introduire discrètement dans des endroits difficiles d'accès. Plus encore, il lui faudrait quelqu'un en qu'il puisse avoir assez confiance pour lui confier ses délicates affaires. Cela serait d'autant plus difficile que lui-même éprouvait certaines difficultés à accorder sa confiance.

Outre ce point délicat, il devait impérativement établir un plan d'action précis. Dans un premier temps, il devrait s'informer au mieux de la situation. Financière dans un premier temps, il lui faudrait vérifier les livres de comptes, repérer les irrégularités, comparer les chiffres aux registres royaux, en profiter pour tirer de là quelques informations sur Motierre. Personnelle sur les employés et l'intendant pour s'assurer de leur degré de loyauté à Oliri et à ce gestionnaire peu scrupuleux.

Au cœur de la nuit, le froid régnait en maître et le maigre feu dans l'âtre ne parvenait pas à le réchauffer. Il réajusta l'épaisse fourrure qui le protégeait du froid glacé des ténêbres de Minas Tirith. Combien de temps c'était il endormi sur ses papiers ? Au moins une demi-heure, la bougie qui illuminait le bureau était presque éteinte. Il quitta alors son bureau et monta jusqu'à chambre. Il dut s'enfouir sous une pile de couvertures avant de trouver le sommeil.

Les premiers rayons du jour traversaient les carreaux de la fenêtre lorsqu'Evart émergea de son sommeil. Les longues chevauchées entre Minas Tirith et Osgiliath l'avait suffisamment fatigué pour qu'il dorme profondément tout au long de la nuit. Comme à son habitude, il ne fallut pas longtemps pour avaler son déjeuner avant de rejoindre son bureau où il finit de trier quelques papiers. Il enferma la majorité d'entre eux dans la pièce secrète ou la huche de son bureau. Avant de partir pour le comptoir des Oliri, il enfila des vêtements propres qui convenaient à sa fonction. Ce seraient donc des vêtements de bonne qualité mais les plus sobres possibles : une chemise de laine blanche légèrement ouvragée, un pourpoint de velours noir et un pantalon de laine noire également. Descendant dans la grande pièce de la maison, il croisa son domestique :

- Bonjour Harlaus. Comment vous portez vous ?

- Bonjour Ser. Bien, je vous remercie. Le déjeuner est prêt, je vous l'amène.


Par chance Harlaus savait que son maître n'aimait pas les stupidités rituelles, il s'y pliait par devoir et intérêt mais n'attendait pas à ce qu'on lui rende la pareille. Il s'installa donc à table et son serviteur lui servit un déjeuner assez classique avec une soupe au lait et du pain. Une fois cela avalé, il s'en alla pour se diriger vers le comptoir des Oliri ici à Minas Tirith.

En cette heure matinale, il n'y avait pas grand monde dans les rues de la Cité Blanche. Même s'il faisait un peu plus chaud qu'à l'accoutumée, personne ne voulait mettre le nez dehors et c'était tout à fait compréhensible. Ce qui agaçait le plus Evart ces temps-ci était la glace. Les pavés, déjà glissants à l'ordinaire, étaient désormais couverts d'une mince couche de glace qui rendait toute promenade hautement périlleuse et cela d'autant plus que la Cité Blanche était quasiment verticale donc couverte d'escaliers et montées.

Enfin il arriva au comptoir des Oliri. A gauche, on pouvait voir un grand entrepôt où la compagnie devait stocker ce qu'elle importait -certainement diverses matières premières- ou exportait -probablement des céramiques, des armes, …- depuis la Cité Blanche. Alors qu'il entrait dans le premier hall, il pouvait constater toute la fonction « utilitaire » du bâtiment : les pierres étaient brutes, le sol recouvert d'une natte épaisse et un peu plus loin un lourd comptoir de chêne où s'affairait un commis qui lui déclara :


- Bienvenue au comptoir de la compagnie Oliri. Que puis-je faire pour vous ?

- Je souhaiterais avoir une entrevue avec l'Intendant Motierre.

- Je crains que cela ne soit pas possible, messire. L'Intendant est occupé toute la matinée par des affaires urgentes.

- J'ai une lettre de Sire Gyan Oliri que je dois remettre sous tantôt à l'Intendant Motierre.

- Que ne le disiez vous plus tôt. Je vous emmène chez lui immédiatement.


D'un geste vif, il montra les escaliers et une fois en haut, il ouvrit une porte sur la droite. Une fois celle-ci passée, on se trouvait dans un couloir de fort belle allure avec un lambris en bois clair, un tapis quelque peu fané et même deux fenêtres à petits carreaux.  Derrière la seconde porte, il y avait un vaste bureau d'un certain raffinement. Les lambris y étaient ouvragés, le tapis d'un beau rouge et les meubles de noyer étaient travaillés. Derrière le bureau, il y avait plus intéressant encore : un coffre de fer qui devait dissimuler les biens les plus précieux de l'intendant. Il lui fallait absolument ce qu'il y avait dans ce coffre mais, ne sachant pas cambrioler lui-même, il lui était donc dans l'obligation d'embaucher un roublard capable de le faire.

Plus encore, l'Intendant était intéressant. C'était un bonhomme rondouillard et qui, selon toute évidence, était de basse extraction. Il portait certes des vêtements hors de prix mais tellement mal taillés qu'on ne pouvait qu'observer son embonpoint et ses formes "généreuses". Plus encore, il avait un visage assez peu attrayant : des yeux de crapauds, des lèvres épaisses et un nez trop long. Ce n'était vraiment pas le genre d'homme qu'il s'attendait à voir là mais il ne doutait pas que sous cet aspect puisse se cacher un redoutable personnage. Avec un sourire aimable et une voix douce, celui-ci demanda :


- Que puis-je pour vous, Monsieur ?

- Praven, Messire. Je me nomme Evart Praven. Je suis envoyé par Messire Oliri depuis Osgiliath pour vous remettre ce pli.


Après avoir examiner le sceau, Motierre put prendre connaissance du contenu de cette lettre. Gardant un calme placide, il se retourna vers le jeune homme pour demander :

- Je suppose que vous connaissez le contenu de cette missive.

- En effet, Messire.

- Avez-vous déjà exercé ces fonctions auparavant ?

- J'ai exercé diverses fonctions dans des comptoirs commerciaux et compagnies à Pelargir et Osgiliath.

- Soit, soit. Si Messire Oliri a besoin de mon secrétaire, je ne peux que m'incliner.

Moins d'une demi-heure plus tard, Evart avait rejoint le bureau voisin. Comme son grand voisin, il était douillé : lambris, quelques teintures et un épais tapis mais par contre il était moins opulent et signifiait clairement la fonction de son occupant. Fort heureusement, il y avait des rangements : une huche permettait ainsi de mettre en sécurité les plus précieux documents et objets tandis que deux coffres de fer aux lourdes serrures servaient au tout venant. S'affalant dans le fauteuil encore chaud de son prédécesseur, il commença à s'informer sur les activités du comptoir, les derniers rapports, …

Il était pas loin d'être dix heures lorsque la dernière des deux bougies vint à s'éteindre. Décidant qu'il se faisait tard, Evart récupéra son manteau, verrouilla avec attention sa porte avant de partir. Il eu le loisir de croiser son serviteur Harlaus dans le hall du comptoir, en effet, celui-ci avait eu la prévoyance de venir jusqu'ici pour lui éviter de rentrer seul jusqu'à la résidence des Praven. La nuit tombée, les rues étaient loin d'être sures et un accident fâcheux est vite arrivé. Prenant l'épée courte que son domestique lui tendait, ils partirent dans le froid de la nuit.
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Evart Praven
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Sam 25 Jan 2014 - 11:16
Depuis un mois qu'il était Secrétaire, Evart n'avait guère eu le temps de s'ennuyer. Après  qu'il eut compris comment fonctionnaient les affaires des Oliri, il put consacrer plus de temps à celles-ci et à sa fameuse enquête. C'est pour cela qu'il était désormais dans la salle des archives du comptoir à se fatiguer les yeux sur de vieux livres de compte. Il avait préféré faire ça de nuit pour éviter qu'il n'y ait trop de passage et ainsi mener tranquillement sa petite enquête. Quelques irrégularités et bizarreries entachaient ce beau document, des sommes qui disparaissaient pour réapparaître quelque temps plus tard, de l'argent « prêté » à la compagnie par des inconnues qui pouvaient tout aussi bien être des prêtes-noms puis rendues avec intérêts, … C'était décidément très étrange et Evart ne doutait pas qu'en grattant il pourrait ressortir quelque histoire louche. Tout à coup, la porte s'ouvrit et un jeune commis entra :

- Monsieur Praven. Que faites-vous ici ?

- J'étudie les livres de comptes de années précédentes et me met au courant des activités qu'a mené le comptoir. Et vous-même ? N'est il pas un peu tard pour les excès de zèle ?

- Je venais simplement récupérer les archives de nos affaires dans la mine de Belledonne.

- Fort bien mais ne tardez pas trop. Il vous faut vous reposer.


Pour tout dire, Evart se doutait que ce jeune homme ambitieux à peine sorti de l'université ou d'on ne savait où obéissait à quelque ordre « secret » de Motierre visant à vérifier la probité du nouveau Secrétaire. Il fallait donc jouer serré pour en faire un « allié » en tout cas le tenir suffisamment pour qu'il ne poursuive pas plus loin ses investigations. Il prit alors l'employé de vitesse :

- Mais je ne saurais tarder. Il se fait tard et les rues de la ville ne sont plus sûres en ces temps difficiles.

- En effet. On m'a dit que hier, un commis du Grand Marchand avait été roué de coups et dépouillé.

- C'est inquiétant, oui. Mais mon serviteur doit m'attendre. Pourquoi ne viendriez-vous pas avec nous ? Trois personnes armés risquent fort peu, surtout avec mon solide et brave domestique.

- Je vous remercie Messire. Laissez moi le temps de réunir mes quelques affaires.

- Bien entendu. Et puis, je dois faire de même. Je vous attends dans le hall.


Rangeant rapidement les livres de comptes, Evart s'esquiva jusqu'à son bureau devant lequel l'attendait Harlaus, ce brave rohirrim qui lui servait de domestique mais aussi de gardes et parfois même d'homme de main. Il n'était peut-être pas le plus élégant et raffiné des serviteurs mais c'était un homme extrêmement loyal à sa famille et il était capable de tout faire, au plus grand plaisir du jeune marchand. Malgré son ampleur, sa cape dissimulait mal les deux épées courtes qu'Evart pouvait deviner. Ouvrant la porte de son bureau, il fit entrer son serviteur et lui déclara abruptement :

- Je crains qu'il n'y ait là un jeune homme chargé de nous surveiller. Nous le ramenons chez lui mais il nous faudra faire un crochet par un taverne quelconque pour le saouler et lui extirper la vérité. Je suppose que tu sauras faire ?

- Ne vous inquiétez pas pour cela, Messire.


En effet, le jeune homme s'était déjà aperçu que Harlaus tenait bien l'alcool et qu'il y a peu de gens, à part les nains peut-être, qui pouvait le battre à ce jeu là. Il faut dire qu'avec sa haute taille, sa solide carrure et ses habitudes prises dans les plaines du Rohan, il cumulait les avantages. Quoiqu'il en fut, il continua :

- Lorsqu'il sera suffisamment ivre, je lui subtiliserai sa clef pour venir inspecter son bureau ici. Il te faudra l'occuper pendant ce temps puis nous ramènerons ce pauvre jeune homme chez lui.

- Très bien Messire.


Dans la crainte de le perdre, ou pire, de se les faire voler à la taverne, Evart laissa là la majorité des papiers qu'il aurait aimé emporter. Il se contenta d'un ou deux plis qu'il glissa à l'intérieur de son pourpoint avant de quitter son bureau, un épais manteau de laine sur les épaules. Rejoignant le jeune Amaund à l'entrée du comptoir, ils purent se lancer dans les rues de Minas Tirith. Celles-ci étaient sombres et toujours gelées, ils ne croisèrent presque personne, tout le monde se terraient chez soi par crainte du froid et des voleurs. Bien qu'ils en croisèrent quelques uns, ceux-ci ne les embêtèrent pas le moins du monde. Après tout trois hommes dont un de belle carrure équipés d'épées pendouillant à leurs ceintures, ce n'était pas là une cible très alléchante. Lorsqu'il vit l'enseigne d'une taverne, Evart dit à ses compagnons :

- Profitons de cela pour nous mettre un peu au chaud et puis boire après une dure journée de labeur n'a jamais fait de mal non ?

- En effet Messire
, répondit Harlaus.

Lorsque ce dernier poussa la lourde porte de bois de l'établissement, une vague de chaleur frappa les trois compagnons. Se faufilant dans l'interstice après Harlaus et le jeune commis, Evart ferma la porte et chercha une table libre dans la salle. Celle-ci était bondée en raison de la paralysie des affaires et du froid tandis que les quelques cheminées crachaient une épaisse fumée qui donnait à la taverne un aspect sordide. Parvenant à trouver une table de libre, ils s'assirent et Harlaus alla chercha trois pintes de bière. C'est là qu'Evart commença :


- Au fait, quel est ton nom déjà ?

- Amaund Motierre, Messire.

- Motierre ?

- Oui, je suis le neveu de l'Intendant.


Au fur et à mesure la discussion dévia sur le passé du jeune homme et d'autres trivialités sans grand intérêt mais cela le forçait à boire alors qu'Evart lui se contentait de porter la pinte à ses lèvres et attendre patiemment que l'alcool fasse tourner la tête du jeune homme. Au bout d'une heure et demi, Amaund était réellement ivre et bafouillait :

- Vous savez … Messire … j'vous aime … bien.

- Mais moi aussi je t'aime bien ! Au fait tu ne m'as pas dis ce que tu faisais au comptoir ci tard.

- Ben si … Je cherchais des … papiers … sur la mine de … Belledone.


Croyant si peu à son mensonge, il faillit éclater de rire et Evart en profita pour lui faire « avouer » qu'il le surveillait bien pour le compte de son oncle. C'était évidemment ce que le jeune marchand craignait mais bon, avec un peu de chance, il parviendrait à retourner la situation. Surtout maintenant qu'il s'était fait « ami » de son espion. D'ailleurs ce dernier semblait quelque peu attiré par les « dames de compagnie » du lieu et Evart décida d'en profiter. Se levant péniblement, il fit semblant d'être déséquilibré à cause de l'alcool et en profita pour subtiliser deux clés à Amaund. Il se dirigea péniblement vers le comptoir et demanda une fille au tenancier en lui indiquant le jeune homme. Mois de cinq minutes plus tard, le garçon montait à l'étage et Evart trouva Harlaus qui semblait lui aussi assez saoul :

- J'ai récupéré ce qu'il me faut. Je vais faire au plus vite, s'il n'est pas encore là. Occupe-le et paye lui à nouveau à boire.

- Bien … Messire.


Filant de la taverne, Evart parcourut les rues de Minas Tirith. Il croisa à plusieurs reprises des personnes à l'aspect assez louches mais qui ne lui cherchèrent pas de noises. L'épée qu'il portait à la ceinture n'y était peut-être pas pour rien. Quoiqu'il en fut, il parvint à atteindre le comptoir sans problèmes et put entrer dans le bureau du garçon qu'il fouilla méthodiquement. Il ne trouva aucun papier qui le concerna directement comme il s'en doutait mais deux papiers attestant qu'Amaund avait retiré de l'argent pour voyager jusqu'à Osgiliath et Pelargir récemment, certainement dans le but d'en apprendre plus sur Evart mais aussi vers d'autres destinations où les Oliri n'avaient pourtant aucune affaire.

Décidément il avait bien fait d'occuper Amaund car il y avait là beaucoup d'informations intéressantes. Après avoir inspecté le tout-venant, il se pencha sur la petite huche qui enfermait certainement encore plus de secrets et il ne fut évidemment pas déçu puisqu'il découvrit plusieurs lettres avec la même écriture que celle qu'il avait amené à Gyan Oliri. Elles étaient du même acabit et concernaient des achats de terres dans l'Ithilien, de magasins à Dol Amroth, de mines dans les montagnes blanches et même de charges dans l'administration royale. Il aurait été bien plus malin de faire disparaître voir même brûler ces lettres, du coup, il en fourra quelques unes dans son pourpoint et reposa les autres puis continua d'inspecter le coffre qui contenait quelques papiers sans grands intérêts et un épais document relié qui se révéla être le livre de comptes personnel de l'Intendant Motierre.

Ce fut un document fort intéressant qui relevait des rentrées d'argent inexpliquées et quelques autres éléments louches. Craignant que le document ne fut perdu ou détruit, il se jeta sur l'encrier et prit une feuille de papier où il nota quelques uns des passages les plus étranges et à même de faire « tomber » l'Intendant. Derrière tous les feuillets, il trouva, dans la doublure de cuir, plusieurs lettres de change pour diverses valeurs avec la signature d'une banque d'Osgiliath. De la même façon, Evart en récupéra une et replaça les autres avec précaution puis rangea tous les documents avant de fermer le coffre à clef et repartir pour la taverne.

Après avoir bravé le froid, il trouva à nouveau Harlaus et Amaund attablé autour de deux pintes de bières. Si Harlaus paraissait encore lucide, le jeune homme était complètement ivre et devait tenir à peine debout. Se frayant un chemin à travers les tables, Evart prit les clefs dans sa main et s'approchant de la table en s'exclamant :


- Amaund, c'est vos clefs qu'il y a par terre ?

Faisant mine de récupérer les clés au sol, il les présenta au jeune Motierre qui le remercia chaleureusement car il aurait été bien embêté de les perdre. Après avoir bu une pinte de plus,ils purent partir et durent même porter Amaund jusque chez lui et lui dit qu'il ne fallait pas s'inquiéter pour le lendemain, il s'arrangerait pour dissimuler les conséquences de sa soirée en une quelconque visite dans une des propriétés du comptoir. Puis ils rentrèrent chez les Praven. Une fois dans la maison, ils purent se réchauffer un peu au coin du feu et Evart servit à son serviteur une grande pinte d'eau pour l'aider à se remettre. Celui-ci lui annonça :

- Messire … Un laquais est venu aujourd'hui pour vous porter une invitation de la part de votre oncle Rearlas Praven à un banquet qu'il organisera dans trois jours.

- Fort bien, a-t-il dit qui serait présent ?

- Il devrait y avoir le Maître de la Corporation des Épiciers, le Prévôt de Minas Tirith, ...


Ainsi Harlaus continua à citer plusieurs personnes en vues. C'était évidemment une occasion inespérée de rencontrer des soutiens inespérés avec du charme, de la sympathie et de l'intelligence, il pourrait certainement s'en faire des alliés, ce qui ne serait pas sans l'aider pour monter dans la petite société de Minas Tirith. Cela lui laissait deux jours pour préparer soigneusement cette soirée décisive. Après une petite demi-heure, il partit se coucher.
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Evart Praven
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Lun 16 Juin 2014 - 17:19
Flashback
Il restait trois jours à Evart avant de participer à ce fameux repas chez son cher oncle et le jeune homme comptait les utiliser au mieux. Certes il menait ses activités usuelles, celles qu'il aurait s'il était seulement secrétaire du comptoir Oliri mais il devait jongler avec son nouveau métier « d'espion », la gestion de ses commerces et la préparation de l'échéance importante qui arrivait. En effet c'était une occasion unique pour lui d'impressionner et séduire des personnages d'importance et d'entrer dans leur clientèle. Pour cela il préparait soigneusement les sujets de discussion à aborder, les actions réalisées par chacun, leur position dans la haute société locale, leurs problèmes, leurs fiertés ou leurs faiblesses.

Le plus intéressant pour lui était sans conteste le Maitre de la Guilde des Épiciers : Aemor Toren, un homme ambitieux qui avait lancé la guilde dans des dépenses inconsidérées pour accroitre son prestige et son poids politique. Étant membre de cette même guilde, Evart avait toute latitude pour lui parler des affaires de la corporation et même de lui proposer une solution simple pour renflouer les caisses des Épiciers à vil prix. Il ne lui restait plus qu'à trouver quelle solution adopter …

Ensuite le prévôt de Minas Tirith Boromir Heagon était lui aussi un personnage importante, donc par essence intéressant. Il était considéré par beaucoup comme droit, compétent mais aussi lunatique et ambitieux. L'approcher serait évidemment difficile mais lui parler de la milice bourgeoise pourrait être un bon moyen mais, là encore, il faudrait trouver des propositions intéressantes. Pour cela il devrait aussi s'affairer à prendre une place plus importante dans cette « honorable » institution.

Par contre le Comte Arandur de Sombrejade pouvait faire une proie intéressante. Il avait une place assez importante à la cour et des terres mais il était en quête perpétuelle d'argent et de financement. Il y avait là un formidable coup à jouer en fournissant au comte ce qui lui manquait le plus : l'argent. Évidemment cela ne pourrait se faire à sens unique, Evart comptait bien récupérer son investissement et plus encore si cela lui était possible.

De la même façon, la comtesse Rotandiel d'Ismaren pourrait s'avérer très utile. C'était une femme ambitieuse mariée à un vieil homme quelque peu rabougri qui menait grand train et possédait, dit-on, une solide fortune. En soi, il n'avait donc rien à lui proposer d'utile mais il pouvait tout aussi bien essayer de la séduire pour entrer dans ses grâces. Ce ne serait certainement pas chose facile mais elle pourrait faire un allié de poids dans l'avenir.

Il y avait aussi un des juges au tribunal royal : Targon Eldan. On le disait assez inflexible et quelque peu cassant mais loyal envers le roi et son idée de Justice. C'était une qualité appréciable pour un homme dans sa position mais, malheureusement, cela ne pourrait offrir grand chose à part s'il consentait à lui laisser la gestion d'une partie de son patrimoine.

Même s'il ne pourrait certainement par l'éblouir par la « magie » de son art, le trésorier de la guide des des merciers étaient également une personne importante et qui pouvait être utile. Il maniait des sommes considérables. Mis à part pour lui proposer quelque juteuse affaire, il n'avait pas beaucoup de moyens de l'approcher et encore moins de faire pression sur lui.

Outre ces personnages particulièrement importants ou utiles, il y avait un certain nombre de personnes de moindre importance de l'administration royale ou des guildes, notamment celles des Épiciers.


Il était pas loin de midi quand le jeune marchand eut fini de dresser le portrait des différents invités. Cela lui avait pris la matinée mais, au final, c'était plus que nécessaire. Il put alors consacrer le reste de sa journée à ses activités usuelles : ouvrir des dépêches, réaliser le détail des traités que Motierre signait, vérifier les comptes, régler les petits problèmes qui se posaient dans le comptoir, … C'était un travail assez ingrat mais néanmoins utile pour s'informer sur son « maître ». Après avoir rédiger des lettres à destination du Gyan Oliri mais aussi de plusieurs de ses agents dans les fermes, mines et bois des environs, Evart descendit jusqu'à l'office où on gérait le courrier.

De manière tout à fait opportune, le commis était absent mais n'avait pas pris le soin de verrouiller son bureau. Se permettant d'entrer, Evart se mit dans l'idée de fouiller la pièce et s'attela donc à la tache. Sur la table, il trouva une lettre sur la table qui était certainement arrivée aujourd'hui même mais que le servant n'avait pas juger opportun de monter à Evart. C'était certainement un pli du fameux commanditaire. Malheureusement elle était cachetée et ne pouvait être lu en l'état. C'était un contre-temps regrettable mais, dans l'absolu, le jeune homme n'était pas pressé. Il rangea ladite lettre dans son pourpoint et continua l'examen méthodique de la pièce. Dans le bureau, il ne trouva pas grand chose d'intéressant à part quelques pièces, deux lettres d'amour et de la paperasserie administrative. Il se dirigea donc vers le cabinet du servant dans lequel il trouva encore et toujours des livres et des papiers sans intérêts. Ne s'avouant pas vaincu, il retira chaque tiroir pour examiner l'intérieur en espérant trouver des papiers dissimulés ou un double-fond. Au bout du troisième tiroir, il sentit un planque qui se dérobait à ses doigts et il put accéder au précieux contenu : quatre lettres dont le cachet était brisé et deux cachetés aux armes du comptoir.Il les stocka une fois de plus dans son pourpoint et rangea le cabinet avec minutie. S'apprêtant à sortir, le secrétaire eut l'effroi de voir la porte s'ouvrir devant ses yeux avec, derrière, le commis Anton. C'était un homme dans la force de l'âge au caractère peu amène mais besogneux et méticuleux, un gratte-papier en somme. Celui-ci s'écria :

- Que faites-vous ici, Monsieur !?!

Devant son ton agressif, Evart prit le parti de faire la même chose en espérant, de ce fait, dissimuler :

- Je vous attendais justement ! Je n'ai pas que ça à faire et je ne comptais pas poireauter dans le couloir pendant trois heures !

- Au temps pour moi, Monsieur. Que puis-je faire pour vous ?

- Il faut envoyer ces lettres de toute urgence à nos dépendances au Nord et en Lossarnach.

- Bien Monsieur.


Sur ces entrefaites, il s'enferma dans son bureau pour chercher à décacheter l'enveloppe prise sur le bureau du commis. Il chauffa donc la lame d'un couteau à blanc pour faire fondre le dessous du cachet sans abîmer le sceau. Il déplia la lettre qu'elle contenait avant de la lire :
Citation :
Motierre,
Les Oliri deviennent bien trop puissants, nous avons besoin que vous mettiez tout en œuvre pour les mettre en difficulté. Il faut nous rencontrer à l'endroit prévu le troisième jour de la nouvelle lune.
Il recopia alors le cachet présent sur le sceau pour faire des recherches sur le destinataires même s'il utilisait probablement un homme de paille pour envoyer ce genre de lettres. Il replaça la missive dans son enveloppe et travailla à recacheter la lettre pour l'amener au commis. Il entra dans le bureau en prétextant d'avoir oublier une lettre et glissa la lettre qu'il avait volé sur la table. Après une journée de travail, il partit directement aux archives royales dans l'espoir de trouver l'origine du cachet qu'il avait obtenu. Parcourant les étagères de traites commerciales, il avait dû mal à trouver grand chose. C'est alors qu'un bibliothécaire arriva :

- Puis-je vous aider Monsieur ?

- Oui, tout à fait. Je cherche le propriétaire d'un sceau que je ne reconnais pas.
Dit-il en montrant l'esquisse qu'il en avait prit.

- Cela ne me dit rien non plus. Mais nous pouvons regarder parmi les petites traites et impôts réalisés par les petits marchands.

Au bout de deux heures de recherche, ils tombèrent sur un registre d'impôt pour un commerce qui datait de trois ou quatre décennies. S'y trouver un sceau qui ressemblait beaucoup à celui qu'il avait trouvé. Il nota le nom du commerçant, qui ne lui disait rien, mais aussi l'adresse de la boutique. A la vérité trois options s'offraient à lui. Soit la famille de cette époque avait conservé le même sceau et il serait facile de la retrouver puis de remonter jusqu'au commanditaire de Motierre. Soit le sceau était resté à la même boutique et trouver le propriétaire permettrait également de remonter jusqu'au commanditaire. Soit, par les hasards du temps, il s'était perdu au point d'arriver dans les mains d'une personne qui l'utilisait maintenant pour ses activités secrètes. Il serait alors plus difficile de remonter jusqu'à la source même si des conjectures bien faites permettraient certainement de trouver qui était derrière toute cette affaire.

Après encore quelques recherches, le jeune homme partit des bibliothèques pour rejoindre sa demeure. Les journées se finissaient tôt par ces temps-ci, les ténèbres de la nuit apparaissant plus tôt que de coutume. Il se hâta donc de rentrer jusque chez lui et s'enferma pour réfléchir. La corporation des épiciers … C'était là un gros morceau auquel s'attaquait. Elle avait été fondé il y a de cela des siècles et ces membres avaient le monopole de la vente de détail des produits agricoles à Minas Tirith. Pendant longtemps les règles très strictes qu'elle imposait à l'ensemble de ces membres lui ont permis d'atteindre une sorte d'équilibre : elle fixait les prix auquel elle souhaitait acheter aux paysans de la région et aux petits marchands qui amenaient blés et céréales jusqu'à la capitale puis le prix auquel elle souhaitait le vendre aux habitants. Se faisant elle trouvait en équilibre permettant d'assurer des revenus suffisant aux producteurs, quelques bénéfices aux intermédiaires et des denrées suffisamment abordables pour la population de la ville. Malheureusement pour la guilde, ce cercle vertueux était désormais rompu, et c'était bien la veine d'Evart.

En effet, depuis la création de la compagnie du Sud, les choses étaient aller de mal en pis. D'abord il y avait eu la rédaction du droit marchand sous l'égide de Sora, ce code de commerce s'attaquait durement aux monopoles et privilèges des corps intermédiaires et il servait de base juridique dans presque toutes les régions du Gondor, y compris à Minas Tirith. Dans l'espoir de voir son poids politique, donc commercial, augmenter, la corporation avait rejoint la Compagnie suivie en cela par l'ensemble des autres corps de métiers de la capitale. Cette décision avait été dès plus grave puisqu'elle avait contraint l'ensemble de ces corps à respecter stricto sensu le droit marchand, ce qui avait attaqué encore plus ces privilèges. Enfin beaucoup de marchands qui négociaient seuls à seuls avec la guilde s'étaient regroupés, sous l'égide de la compagnie, et faisaient bloc. Ils pouvaient alors négocier des prix plus intéressants et poussaient les marges de la corporation vers le bas. L'ensemble de ces facteurs avaient considérablement réduits la puissance de la corporation qui tentait de recouvrer sa puissance en dépassant frénétiquement : dons pour la nouvelle année, embellissement du siège de la compagnie, dons au trésor, recrutements pour la milice urbaine, … L'ensemble de ces activités avaient outrageusement mis en danger les finances de la guilde qui semblaient crouler sous des dettes qu'elle ne pourrait bientôt plus assumer.

Pour sa part, Evart se fichait bien de la corporation, à part pour les titres de créances qu'il détenait. Mais s'il voulait monter dans la société il avait besoin d'un fait d'armes, non pas sur le champ de bataille mais en sauvant, par des artifices financiers, une situation financière catastrophique. Certes il faudrait convaincre les instances dirigeantes de la guilde de réduire leur train de vie mais Evart avait grande confiance dans ses capacités de persuasion, un peu trop certainement car, à ses yeux, il suffisait d'ouvrir ceux des dirigeants sur la situation catastrophique des finances pour qu'ils se rendent à l'évidence. Après tout, ils étaient marchands et un commerçant ne peut vivre longtemps comme ça. A dire vrai, c'était certainement sous-estimer profondément les dirigeants d'une guilde qui étaient plus des politiques que des marchands mais il le voyait mal à dire vrai. Quoiqu'il en soit il pouvait certainement les aider à repousser suffisamment longtemps ces monceaux de dettes pour que la situation financière se soit suffisamment améliorer pour les payer.

Il lui faudrait pour ça trouver quelque chose de nouveau pour se financer. Un emprunt évidemment mais qui ne devrait pas peser sur les finances de la corporation et ce ne serait pas facile. Pendant plusieurs heures, le jeune homme tourna le problème dans tous les sens et ne parvint à trouver une solution. Aucune technique usuelle ne semblait suffisante car il ne pouvait attendre de changements de certaines monnaies. Il lui fallait donc baser les remboursements sur une valeur qui baisserait suffisamment pour que ce prêt ne coûte rien à la corporation voir même lui rapporte quelque argent. Il fit alors la liste des biens dont le prix pourraient baisser. A dire vrai, beaucoup de biens étaient trop chers par rapport à l'accoutumée : lainages, boissons, produits de fer, … Mais les prix n'étaient pas assez haut et parier sur des biens intrinsèquement chers était dangereux. En effet, ce serait les riches qui souscriraient à cet emprunt or ils étaient souvent moins bêtes que le petit peuple et ils ne pourraient plus faire appel à eux pour financer les futures dettes de la corporation. C'est alors qu'il eut une idée de génie : ce qui coûtait le plus cher par rapport à d'habitude était la nourriture. Les prix actuels étaient prohibitifs et tout le monde en avait besoin.

Pris par l'excitation, il commença à griffonner sur un papier les modalités de cet emprunt. Chaque papier serait d'un faible montant pour attirer les petites gens qui n'avaient pas  beaucoup d'argent. Il aurait durée de quatre à cinq ans pour l'amortir efficacement. Chaque mois les souscripteurs recevraient un sac de farine auprès de n'importe quel épicier de la ville qui se ferait rembourser par la corporation. L'astuce était de fixer la quantité de farine que chaque mois les souscripteurs pouvaient retirer. Pour un emprunt théorique de cent livres, la guilde rembourserait donc deux cents livres en blé au prix actuel de celui-ci, s'il baissait à son prix ordinaire, la corporation le paierait tout au plus soixante livres au grand maximum quatre-vingt si le roi et les gens des Finances lui imposaient de ne pas trop flouer les petites gens de la ville. Quoiqu'il en soit ce serait certainement une très belle affaire et lui vaudrait certainement une grande reconnaissance. Bien sûr, il s'agissait d'estimations au doigt mouillé mais qui sont plus fiables que beaucoup d'autres, Evart en était sûr. De toute façon, l'important n'était pas le gain réel que ferait la guilde mais l'illusion qu'il donnerait. Même si la guilde devait faire des « dons gratuits » de farine au montant qu'elle avait gagné, l'illusion resterait et, avec un peu de chance, lui se serait envolé vers des activités plus intéressantes.

Il était donc fort tard lorsque le jeune homme se décida à s'arracher à ses parchemins pour prendre un repos bien mérité.
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Evart Praven
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Ven 3 Avr 2015 - 21:34
Deuxième jour de resynchronisation

Aujourd'hui était un jour nouveau, maintenant que le dîner chez son oncle était passé, le jeune homme se disait que les dés étaient jetés et il n'avait qu'à attendre le fruit de ses efforts. Il voulait donc s'atteler au sceau de la lettre destiné à Motierre. Le commerce qui utilisait autrefois ce sceau était passé dans d'autres mains qui utilisaient leur propre emblème. Le jeune homme s'était également assuré que cette famille de marchands n'était pas relié à aucun marchand influent de la Compagnie du Sud. Ne risquant plus grand chose, le garçon s'était décidé à aller voir la famille pour leur soutirer quelques informations.

Leur commerce était bien tenu, une jolie boutique de vente de tissus et étoffes. Cela expliquait le sceau, les vendeurs de tissus en gros devaient marquer de leur emblème les pièces vendues. Le couple travaillait sur leurs comptes lorsqu'Evart entra. S’interrompant pour lui, l'homme vint à sa rencontre :


- Bienvenue chez « Tissus Lointains ». Puis-je vous aider ?

- Bien sûr, je cherche le détenteur de ce sceau. Dit-il en montrant l'emblème dessiné sur le papier.

- Il n'est pas de chez moi et n'appartient aucun marchand d'étoffes de la ville.

- Pourtant j'ai la certitude que ce sceau a été utilisé par quelqu'un qui habitait ici.

- Ce n'est pas moi, vous pouvez en être sûr.

- Je n'en doute pas. Cependant peut-être appartenait-il à l'ancien propriétaire ?

- C'est possible, oui. La personne qui me l'a vendu était un marchand du nom de Ansfeld Suilon. C'est un homme qui fait du grand commerce entre les plaines au Nord des Montagnes Blanches et Minas Tirith. Je crois bien qu'il avait une créance sur l'ancien propriétaire et avait confisqué son bien. Ce symbole devait être à lui.

- Je vous remercie grandement.


Revenant chez lui, Evart interrogea son serviteur sur Ansfeld Suilon. A dire vrai, il ne connaissait pas grand chose sur lui, vaguement son nom. Comme ce nom était totalement inconnu au hobereau -qui oubliait rarement un nom-, il préféra rejoindre le marché en espérant y glaner quelques informations. Ce fut chose faîte en discutant avec un autre membre de la Guilde des Épiciers qu'il avait rencontré quelques semaines plus tôt dans un des nombreux offices de la jurande. Ansfeld était un marchand qui acheminait des biens depuis le Rohan jusqu'à Minas Tirith, il était membre de la Compagnie du Sud, doté d'une certaine ambition, il avait fait une série d'investissements hasardeux et avait beaucoup perdu au cours des cinq dernières années, on le disait épris de goûts « spéciaux » avec les femmes. La dernière information fut la plus importante, c'était un homme des Goloth depuis le début de ses déboires -une partie de ses dettes avait été, dit-on, épongé par Tiber-.

Ainsi donc le jeu se dévoilait. Depuis un certain temps déjà, Tiber Goloth et Eamon de Ronce était dans une compétition féroce pour le pouvoir au sein de la Compagnie du Sud -habilement arbitré jusqu'à sa mort par le Comte de Sora-. Cependant les caractères des deux hommes étaient assez éloignés, le premier était un ambitieux cynique doté d'une solide volonté tandis que le second était plus velléitaire et on le disait manipulé par les Oliri qui espérait ainsi recouvrer leur puissance. En plaçant un agent à lui dans le comptoir Oliri à Minas Tirith, Tiber espérait certainement intercepter les informations que pouvaient s'échanger Gyan Oliri qui habitait Osgiliath et Eamon de Ronce, Grand Marchand ici à Minas Tirith. C'était très habile de placer un homme ici mais encore fallait-il ne pas se faire prendre.

Le cœur empli d'une certaine joie, Evart repartit et prit un peu de temps pour flâner parmi les échoppes. Il faisait froid assurément mais vu le pas de géant que venait de faire son enquête, il était dans un état quelque peu euphorique. D'un pas guilleret -dans la mesure du possible au regard de sa jambe qui lui faisait un peu mal aujourd'hui-, il rejoignit le comptoir des Oliri. Aujourd'hui, il devait surveiller un nouvel arrivage de pierres précieuses pour le compte de Gyan, le coffre qui contenait le précieux butin paraissait assez petit mais il paraissait inviolable, cerclé de épais renforts de fers et fermé par trois lourds cadenas. Le comptoir avait reçu au cours de la semaine écoulée quatre clefs par divers convois -c'était une mesure de sécurité louable- : les trois premières ouvrirent les cadenas extérieurs. A l'intérieur, il y avait de nombreuses gemmes, certaines étaient des pierres fines assez communes comme des onyx ou du jaspe qui servaient souvent aux ornements polychromes qu'on pouvait trouver sur les plus beaux meubles des grandes familles de la cité blanche. D'autres étaient des gemmes brutes plus précieuses : topazes, grenats, jades, ambres et spinelles faisaient de très jolis ornements et, une fois taillés, elles se vendraient très chères. Quelques gros morceaux de corail traînaient au fond du coffre mais il y avait également un petit coffret métallique avec une serrure qui s'ouvrait avec la dernière clef. A l'intérieur, c'était un véritable trésor avec deux diamants, trois rubis, un splendide saphir et deux émeraudes. Bref un véritable trésor qu'Evart aurait volontiers pillé mais cela ne se pouvait -cela aurait été stupide-.

Bref, garant de cette petite fortune, le jeune homme l'emmena jusqu'au coffre du comptoir où il stocka les pierres et commença à modifier le registre en conséquences. Ce travail lui prit beaucoup de temps, il devait noter toutes les informations sur chaque pierre -taille, poids, aspect, forme...-.

Après quelques heures de travail, Evart se décida à rentrer chez lui pour prendre son repas avant de repartir travailler. A mesure que les jours passaient, il était de plus en plus important pour Evart de recruter un espion qui pourrait suivre Motierre pour s'assurer qu'il est bien ce que le jeune homme pensait de lui. Dans l'idéal, il lui faudrait quelqu'un en qu'il puisse avoir confiance, qui puisse travailler pour lui -donc un mendiant, éventuellement un pauvre hère-, qui sache lire et qui ne soit pas trop idiot : un mendiant lettré en somme, rien de plus.

Récupérant un papier d'un livre non relié sur Elassar, Evart partit explorer la cité dans l'espoir de trouver la perle rare. Il avait pris de quoi faire un certain nombre d'aumônes et demanda à nombre de mendiants s'ils pouvaient lire la page. Après deux heures et une trentaine de personnes rencontrées, dans la rue ou à l'auberge, il tomba sur un homme à l'aspect étrange. Contrairement aux autres, il n'avait pas l'aspect brute de ses congénères : ses yeux semblaient plus fatigués, il essayait de maintenir un aspect relativement avenant, ses bras étaient faibles et sa chair semblait moins marquée par le temps ou les bagarres, commune dans ce milieu brutal. Lui donnant une piécette, il lui demanda :


- Mon brave, voulez-vous bien lire ce document ?

- … il fallait désormais compter. L'Arnor, lui aussi, se relevait …

- Je vous remercie. Pour vous dire vrai, je souhaiterai vous employer à mon service.

- C'est à dire que …

- Attendez mon ami. Prenons un peu de temps pour nous connaître avant de prendre toute décision définitive. Déjà quel est votre nom ?

- Iroas Dicien, Messire.


Sur ces entrefaits, le jeune homme proposa au mendiant de se rendre aux étuves pour qu'il puisse se laver avant de lui proposer un bon repas dans une auberge. C'était pour Evart l'occasion de le tester et il s'avéra assez  conforme à ce qu'il attendait : modeste et économe -alors qu'il se voyait proposer un festin-, il s'avéra rapidement intelligent. Son histoire était assez « amusante », il avait été scribe pour un noble du Lossarnach mais avait été congédié par l'épouse de celui-ci qui l'estimait trop économe -bien que ça ne soit probablement pas la seule raison-. Ajouté à cela quelque entreprise hasardeuse et, du coup, la saisie de ses biens, il était devenu un mendiant sans toit ni charge.

A dire vrai, c'était tout à fait intéressant. S'il était aussi compétent qu'il le prétendait -ce qui restait à démontrer- et aussi intelligent qu'on pouvait le croire -encore une fois, ça méritait d'être démontré-, il pourrait faire un homme de confiance pour le hobereau. Extrait de la fange dans laquelle il croupissait, comment pouvait-il se montrer déloyal ? On ne mord pas la main qui vous nourrit. Après une à deux heures à jauger cet interlocuteur, Evart lui proposa :


- Ainsi, comme je vous le disais tantôt, je souhaiterai me payer vos services.

- Je suis à vôtre humble disposition. Pour quels services comptait m'emplouer ?

- Je suis marchand donc, naturellement, dans mes affaires, en plus, de quelques autres activités.

- Qui seraient ?

- Pour dire vrai, je sers également un puissant commerçant de la Compagnie du Sud qui n'est pas certain de son intendant dans la Cité Blanche. J'aurais donc besoin de vous pour le suivre et vous assurer de sa personne.

- Et comment voulez vous procéder ?

- Maintenant que vous êtes propre, je vais vous proposer de vous offrir le coucher et le repas dans quelque habitation de la cité ainsi que des habits plus convenables à quelqu'un comme vous. Néanmoins j'apprécierai vous voir mendier devant les bâtiments de mon « employeur » et de suivre l'intendant dans ses déplacements au cours de la journée et le soir. D'après les informations que j'ai recueilli, il devrait rencontrer son réel employeur ses jours-ci, il me faudrait donc savoir qui c'est, de quoi ils vont discuter et quels documents il lui transmet.

- Bien Messire. Néanmoins j'aurais une remarque. Je crains que si je suis toujours derrière lui, votre intendant ne commence à se rendre compte de la menace et qu'il fasse le mort durant quelques temps. Pour plus de sûreté, je serai tenter de vous proposer de recruter pour vos quelques mendiants qui m'aideraient dans cette tâche et vous seraient complètement fidèles. Notre efficacité n'en serait que meilleure.


Le jeune homme esquissa un sourire. A dire vrai, Evart attendait rien de plus que cela. Un homme intelligent qui voyait rapidement des solutions face à des propositions qui n'étaient absolument pas parfaites. En outre, cela lui offrait la possibilité d'obtenir quelques informateurs utilisables de la meilleure façon possible. Il répondit donc avec politesse :

- Je ne peux espérer esprit plus rapide. Soit mais il faudrait définir une façon de procéder suffisamment pertinente pour nous permettre d'obtenir les informations nécessaires.

- Ne vous inquiétez pas, je m'occupe de tout.

- Bien. En attendant, je vous proposerai d'aller au tailleur vous trouvez de vêtements convenables et je vais m'occuper de votre logement.


Quittant l'auberge dans laquelle ils s'étaient restaurés, ils atteignirent rapidement l'échoppe d'un tailleur quelconque qui semblait bien heureux de trouver un client en ses temps difficiles. Dans un premier temps, le hobereau se contenta de lui commander deux chemises, une veste et un pantalon de laine noire. Des habits discrets et convenant à presque toutes les situations. Une fois la commande effectuée -il faudrait deux-trois jours au tailleur pour la réaliser-, Evart et Iroas rejoignirent les quartiers bas de la ville où ils purent trouver une vieille logeuse, veuve de surcroît, qui accepta de lui fournir le gîte et le couvert pour quelques sous par jour.

Laissant son nouvel homme de main à ses nouvelles affaires, Evart regagna le comptoir Oliri qui était lui aussi dans la cité basse. Les Oliri étaient des marchands de pierres, précieuses certes mais aussi plus classiques : marbre, grès... et tout le monde conviendra qu'il ne servait à rien de faire monter des blocs de marbre au sommet de la ville pour les faire redescrendre ensuite. Durant une heure ou deux, il traita quelques problèmes qui ne sauraient souffrir délai : des lettres à lire, des ordres à donner... Il termina sa journée par une tournée de ses petits commerces avant de rentrer chez lui alors que le Soleil se couchait.
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Evart Praven
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Jeu 16 Avr 2015 - 18:54
HRP : La période est assez dense pour le moment mais ne vous inquiétez pas, je ne compte pas faire aussi long pour chaque jour d'ici au mariage d'Aldarion, ça commencerait à être difficile Very Happy

Troisième jour de resynchronisation

La journée d'Evart avait été assez longue. En début de matinée, il avait fait le tour de ses commerces avant de rejoindre Iroas pour rencontrer les personnes qu'il avait recruté : ils étaient trois mendiants à l'aspect peu ragoutant mais ils feraient largement l'affaire. Le reste de la journée fut tout à fait logique, il s'occupa de quelques affaires au comptoir Oliri et rentra chez lui pour se préparer pour la soirée chez son oncle. Il prit grand soin de lui pour le repas, il se devait d'être impeccable et prit donc le temps de prendre un bain, de se peigner avec grande attention et de se farder légèrement le visage. Il choisit des habits de rigueur avec son plus beau pourpoint : d'un noir profond -donc cher-, il était parcouru par des fils d'argent lui conférant une certaine élégance. Arborant également un collier d'argent et de lapis-lazulli, il mit une épaisse fourrure pour se rendre jusque chez son oncle car il faisait très froid en ses temps d'hiver.

Préférant arriver assez tôt pour discuter avec son oncle, le hobereau se mit rapidement en chemin. La demeure du Juge Praven était la belle maison typique d'un officier royal fier de son rang : un sous-sol, un rez-de-chaussée où l'on trouvait les cuisines et un grand salon, à l'étage un bureau et deux chambres tandis que le dernier étage abritait des chambres pour les amis, les invités ou les serviteurs de la famille. Bien que plus petite que la demeure qu'occupait Evart, elle était infiniment plus prestigieuse puisqu'elle n'abritait pas d'échoppe sur sa façade -prouvant à tous que la famille n'avait pas besoin de ça pour vivre- et elle présentait de belles pièces.

Invité par son oncle à rejoindre son bureau, le jeune homme ne put que humer le repas qui se préparait en cuisines et qui avait l'air tout à fait exquis -ce qui n'était pas rien en cette période de disette-. L'office de son cher parent était assez grand et très meuble, il servait à la fois de bureau, de bibliothèque et d'étude. Des livres trainaient ça et là, deux fauteuils se faisaient face contre une fenêtre, un secrétaire se nichait dans une alcôve. A dire vrai, le jeune homme ne doutait pas que derrière un mur -certainement celui du fond, adossé à la montagne-, on eut pu trouver, derrière le lambris ou une tapisserie -voire les deux-, une armoire ou un coffre de fer où le Juge aurait pu entreposer les pièces de ses affaires en cours ou même quelque document compromettant, on n'accédait à un poste comme le sien sans se faire de solides ennemis ou des affidés au moyen de ses aimables moyens de pression.

S'en suivit une longue conversation où les deux hommes discutèrent de leurs dernières affaires, du temps qui se faisait bien rude, de la famille restée en Anfalas... Ce fut plus intéressant lorsqu'Evart put demander quelque service à son oncle. Pouvait-il glisser un mot aimable sur lui à quelque uns de ses invités ? Assurément, surtout quand on ne doute pas de ses capacités de son neveu. Ses principales cibles étaient bien entendu Maitre Tomer, le Comte de Sombrejade et la Comtesse d'Ismaren. Continuant cette banale discussion, le garçon s'enquit de la situation financière de son oncle en distillant quelques conseils qu'il espérait bons.

Quoiqu'il en soit, il fut bientôt l'heure pour eux de descendre attendre les invités qui ne devraient pas tarder, il en profita d’ailleurs pour discuter avec la charmante épouse de son oncle. Par élégance, Evart préféra attendre dans le salon puisqu’il n’était qu’un simple invité. Le premier à arriver fut le Juge Targon Eldan, c’était un homme de petite taille aux cheveux blancs hirsutes, aux yeux bleus et au visage émacié. Son aspect délicat et cadavérique n’était pas sans rappeler celui du garçon qui d’une certaine façon lui ressembler. A la différence d’Evart, son caractère était d’une immense droiture, d’une constante diligence dans ses affaires et on le disait marié à son travail. Ne sachant trop comment s’y prendre, Evart se contenta de quelques sujets triviaux dont on parlait dans la cité.

Fort heureusement, un nouvel arrivant : Amaund Eluen, s’invita à la discussion. Il s’agissait d’un membre assez éminent de la guilde des épiciers qui, par contre, n’avait nulle charge dans la jurande. Bien qu’il ne fusse pas d’une intelligence fulgurante, c’était un homme important et influent qui avait des relations et un certain pouvoir -on le disait proche de nombre d’éminents membres de la corporation-. D’un visage avenant et d’un voix charmeuse, le jeune homme s’avança :


- Messire Eluen, c’est pour moi un immense honneur et un grand plaisir que de pouvoir enfin vous rencontrer. Nombre de mes collègues de la guilde ne tarissent pas d’éloge sur vos compétences et votre renom.

- Parce que vous êtes de la Guilde, quelle surprise. Je suis moi aussi tout à fait aise de vous rencontrer, Monsieur ?

- Praven, Messire. Evart Praven.
Face au rictus d’interrogation, le jeune homme s’avança. Oui, Messire, je suis le neveu du Juge Praven.

- Ce cher Praven à un neveu dans la Guilde. Quelle bonne surprise. Je suis certain que vous allez faire de grandes choses.

- J’espère seulement faire la moitié de ce que vous avez réalisé Messire.

- Je suis sûr que vous ferez plus encore.

- Vous me flattez, Messire. Permettez.


Quittant son interlocuteur, le hobereau se dirigea vers un nouvel arrivant : Eberyn Arthen. C’était un jeune homme, encore plus jeune qu’Evart, qui se montrait indispensable pour son oncle dont il était le secrétaire particulier à son travail et l’intendant de ses biens. Le Juge ne tarissait pas d’éloges sur la compétence et le sérieux d’Eberyn. Bref un jeune homme qui avait toute l’estime de la famille Praven. Evart et lui s’étaient déjà rencontrées à plusieurs reprises et s’étaient mutuellement appréciés, la même ambition de monter l’échelle sociale et le même goût pour le travail bien fait. Ils se saluèrent chaleureusement et échangèrent quelques mondanités. Puis ce fut au tour du mercier Tyrion Anserg qui était Trésorier de sa Guilde, Evart discuta avec lui et quelques invités durant un long moment avant de s’apercevoir que tous les invités devaient être arrivés.

A ce groupe sans intérêt majeur, le jeune homme leur préféra un autre groupe composé principalement d'épiciers. Occupant un coin du salon, le Maître de la Guilde dominait tout le monde sa stature : il était très grand et avait la poitrine d’un taureau. A part ses vêtements de parvenus et son front dégarni, il aurait presque pu passer pour un homme de bonne noblesse. Il y avait aussi Eluen et deux autres personnes : Ariette Wallen et Berich Amelot qui étaient respectivement une conseillère éminente de la corporation et un des plus vieux secrétaires du Conseil. D’une voix chaleureuse, Heamon Torren l’acceuillit :

- Ah. Evart, c’est bien ça ?

- Tout à fait Messire. C’est un plaisir de vous êtes présenté.

- Votre oncle n’a cessé de vanter vos mérites. Il m’a parlé de vous comme un magicien des finances.

- Oh, vous savez, mon oncle a toujours été trop élogieux. Mais peut-être parliez vous des affaires de notre belle jurande ?


Ce fut le Secrétaire qui acquiesça.  gé de tout au plus quarante ans, c’était un assez bel homme grand mais mince et élancé avec un panache de cheveux gris élégamment tirés en arrière. Immédiatement après, le jeune homme se permit une question quelque peu impertinente :

- Puis-je vous entretenir de mon inquiétude concernant les finances de notre belle corporation ?

- C'est en effet une source de préoccupation pour beaucoup d'entre nous.


Cette fois-ci c'était Ariette qui avait répondu. Descendant d’une vieille famille d’épiciers dont beaucoup de rejetons avaient fournis des gens au Conseil, Ariette était désormais une femme assez âgée à l’aspect déconfit et malade. Ronflant d'orgueil et de vanité, le maître de la guilde balaya la question d'un revers de main :

- Ce ne sont que des on-dits, il n'y a rien à craindre.

- Certes, certes. Si jamais ce problème devenait trop préoccupant, j'aurais éventuellement des idées.

- C'est très louable mais ce n'est pas vraiment d'actualité.

- Je comprends, je vous laisse.


Malgré l’assurance affichée du grand maître, Evart pouvait sentir une pointe de doute voir même de crainte. Du grand seigneur aux plus vil manant, tout le monde connaissait la situation pour le monde précaire de la corporation mais, à l’opposé, si lui ne montrait pas sa confiance dans la solidité de son métier qui pourrait lui faire confiance ? Quoiqu’il en soit, l’important pour le jeune homme était d’avoir été remarqué et il ne doutait pas qu’on reviendrait promptement vers lui. Changeant de conversation, ils purent discuter de sujets divers comme l’avancement des travaux du siège de la corporation, de la tenue des affaires…

Après cinq à six minutes de discussion, Evart se dégagea du petit groupe pour se rapprocher de la cheminée où le comte de Sombrejade tenait sa petite cour. Possédant une belle et grande terre dans l’Ilithien, le grand noble était devenu un homme important à Minas Tirith : officier éminent du roi possédant bien des biens mais très endetté, c’était un conseiller éminent et un homme de guerre de renom. Il y avait deux femmes et deux hommes avec lui, la première était son épouse Belle d’Elois qui était, ironiquement, assez laide et petite, la seconde était Blanche de Simeon, une femme dans la force de l’âge qui passait pour être une demi-mondaine avide de pouvoir et de richesses et, enfin, du mercier Anserg. S’invitant à la conversation avec un certain culot, il se présenta à Blanche de Simeon qui était sa voisine à table :

- Madame de Simeon, je me permet de me présenter à vous dans la mesure où nous allons être voisins pour ce soir. Evart Praven à votre plus humble service.

- C’est très élégant de votre part. Vous êtes le neveu du Juge, c’est bien ça ?

- En effet.

J’ai entendu de bonnes choses sur vous, Evart.
dit d’une voix chaleureuse le Comte de Sombrejade.

- Si c’est mon oncle, c’est qu’il a été obligeant. Quand on parle de lui.

En effet, l’homme apparut comme par magie dans le salon et, d’un geste théâtral invita les invités à s’asseoir. Ne souhaitant pas laisser passer cette occasion, Evart se permit un geste hardi en attrapant le bras du Comte de Sombrejade qui ne manqua pas de choquer l’intéressé. Alors que celui se retournait d’un air revêche, Evart souffla d’une voix douce :

- Je vous prie de m’excuser mon Seigneur. Beaucoup de rumeurs circulent sur l’état de vos finances, si vous souhaitez améliorer votre revenu, n’hésitez pas à prendre langue avec moi, je pourrais vous être utile.

Ne lui laissant pas le temps de répondre, le jeune homme se dirigea vers place. A dire vrai, il ne doutait pas qu’il reviendrait promptement vers lui. Les hommes de son rang ne se mêlaient pas à des “inférieurs” pour rien. Leur but était précisément de trouver des personnes prêtes à se mettre à leur service, surtout si ce service consistait à ouvrir sa bourse. Son oncle l’avait honoré ce soir car il était placé comme le premier homme à sa gauche, tandis que le Comte de Sombrejade était le premier homme à sa droite. En outre, il était entre Madame de Simeon et, surtout, la comtesse d’Ismaren. cette richissime presque-veuve sur laquelle il voulait mettre le grappin. D’un élégamment baisemain, il se présenta à la dame :

- Madame, il n’est pas de plus grand honneur pour moi que de vous être présenter.

Devant autant révérence, la comtesse le remercia et ils purent passer à table. Le premier service fut rapidement dressé. Contrairement à la tradition qui se pratiquait dans les plus grandes maisons, les festins étaient ici plus courts avec moins de services mais ils étaient aussi moins “impressionnants” car on ne pouvait abriter une troupe de cinquante ménestrels dans une aussi petite pièce. Ainsi apparurent sur la table : pâtés en croûte, petites bouchées, friands, pains dorés, petits gâteaux et autres soupes d’amande… Se permettant de goûter à quelques uns des plats devant lui, il souhaitait surtout entretenir la conversation avec les dames qui l’entouraient.

Le temps qu’on débarrassât la table, un ménestrel se présenta à eux entama quelque chant à la mode. Le jeune homme n’aimait pas vraiment cette musique de cour trop épique et peu mélodieuse. Ne se cachant pas, il se permit de railler discrètement l’accoutrement ridicule du troubadour. Avec quelques remarques joliment tournées qui firent rire, il espérait marquer ses voisins. Lorsque l’agonie larmoyante du ménestrel se termina, on put passer au service suivant. On apporta à table trois splendides viandes : un coq heaumé qui portait des atours de chevaliers chevauchant un porcelet, un plat de cailles cuites au pot avec du miel et des épices et, enfin, un beau gigot d’agneau en croûte. Appréciant la viande, Evart se permit de goûter à tout mais dût se débattre avec les cailles qui décidément avaient trop d’os. Sa légère mésaventure ne manqua pas de faire rire et un vieil homme se permit un bon mot sur sa jeunesse et son peu d’importance :

- Allons Evart, il ne faudrait pas mourir alors que vous êtes toujours insignifiant.

- Il est vrai qu’il vaut mieux mourir en l’étant resté.


Évidemment le garçon faisait allusion à l’âge presque canonique et cela ne manqua pas de faire rire l’assistance et même le grabataire qui chercha à s’extirper de la situation :

- Je loue votre esprit.

- Ah ? Et à combien ?

- Je ne sais mais j’ai besoin d’un nouveau page pour garder la porte de mon hôtel.
rétorqua il comme pour répondre à sa soi-disant “insignifiance”

- Cela m’ennuierait mon Seigneur. Je craindrais que les visiteurs avisés n’allassent pas plus loin que ma loge.

Achevant cette courte joute verbale, on annonça le deuxième entremet. Cette fois-ci, son oncle n’avait pas lésiné sur les moyens, il avait fait venir trois acteurs qui jouèrent un fabliau. Cette courte pièce était une satire amusante qui mettait en scène trois personnages. Le plus important était bien entendu le prince puissant et noble suivi de deux courtisans l’un probe et sérieux, l’autre hypocrite et flagorneur. De manière ironique, Evart se sentait plutôt représenté dans le second courtisan alors que la mise en scène plaçait son oncle dans l’honnête serviteur. Ainsi ils purent rire de tout le comique mis en oeuvre : les quiproquos se multipliaient, les grands gestes ridicules et des rôles qui se brouillaient. Fort heureusement la fin et la morale rassurèrent tout le monde : le noble avait compris qu’il ne devait pas se montrer si naïf, le serviteur était récompensé pour son zèle et le vilain chassé pour les méfaits. Ainsi ces gens étaient obligés de se rappeler ses règles élémentaires, c’est bien qu’ils méritaient d’être manipulés par les hypocrites. Se tournant vers lui, son oncle lui demanda avec gourmandise :

- Alors mon neveu, que pensez-vous de cette pièce ?

- Vous savez mon oncle, l’hypocrisie est un hommage du vice à la vertu et c’est pour ça que je vous rend hommage.


L’allusion d’Evart envers sa propre hypocrisie eut le mérite de faire rire. Sous la forme de l’humour et de l’ironie, le jeune homme n’hésitait pas à se moquer de lui-même et surtout de ses “défauts” -à moins que ça ne soit des qualités ?-. C’est alors qu’on apporta les poissons. Faire venir des produits de la mer jusqu’à Minas Tirith n’était pas gratuit et son oncle avait du débourser une jolie somme. Il y avait un splendide plat d’argent avec deux beaux rougets aux épices, un autre contenant des homards et un dernier sur lequel trônait fièrement un magnifique saumon. A dire vrai, le jeune homme raffolait de rougets et se servit une morceau tout à fait correct avant de goûter légèrement aux autres plats. Bref, ce service fut un véritable régal à la suite duquel on servit un nouvel entremet composé de quelques huîtres. Puis ce fut au tour des desserts : fruits confits, gâteaux… inondèrent la table. Il ne leur fallut pas longtemps pour achever le repas et ils furent amener à partir. Se levant, il fit à nouveau un baisemain à la Comtesse d’Ismaren :

- Ma dame, ce fut un immense plaisir que de souper avec vous. J’espère que vous me ferez l’honneur de vous revoir.

- Très certainement, Evart.


Petit à petit tous les invités se retirèrent, le jeune homme étant de la famille, il se devait de rester parmi les derniers et se permit même de serrer quelques mains et bras auprès des interlocuteurs les plus importants de la soirée. Avec politesse son oncle lui proposa une tisane puis ils s’installèrent dans son bureau pour discuter quelque peu. Ce ne fut pas long avant que le jeune homme ne se retire et regagne sa demeure.
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Evart Praven
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Ven 17 Avr 2015 - 16:31
Resynchro : Mois 1, Semaine 2, Jour 3

Cela faisait près d'une semaine qu'il avait participé au dîner chez son oncle et cela faisait presque une semaine qu'aucune des personnes qu'il avait rencontré ne l'avait contacté. Le jeune homme vivait ça avec la plus vive des inquiétudes, s'il n'arrivait pas à convaincre quelques personnes de rang secondaire, comment pouvait-il espérer monter dans la société gondorienne ? Rongé par l'angoisse, il en était devenu malade et était obligé de tenir le lit depuis deux jours. Décidément, personne ne voulait de ses services ? Au final, il ne demandait pas grand chose. Pourquoi ne pas travailler pour le Comte de Sombrejade ? Il aurait facilement pu se distinguer en travaillant à ses finances au point, certainement, de les gérer. Cela lui aurait certainement permis de sauter vers l'administration royale pour se mettre au service de l'Intendant ou du Général. Ou même à la Guilde des Épiciers, en les aidant à se sortir d'une situation peu commode, il parviendrait certainement à se hisser dans leurs finances et devenir un homme important … A la vérité, plus il y pensait, plus Evart enrageait et s'énervait de voir des incompétents comme eux ne pas lui faire confiance. Ses idiots qui n'avaient comme seul privilège que celui de leur naissance alors que la petite noblesse du Gondor représentait la vraie force vive du Royaume : marchands assurant la prospérité de tous, érudits transmettant le savoir ou guerriers mourant au champ de bataille, c'était bien eux qui faisaient vivre le pays.

Aux alentours de dix heures, alors qu'Evart se rongeait d'angoisse et de haine, quelqu'un commença à tambouriner sur la porte de la demeure. Il ne fallut pas plus de cinq minutes pour voir arriver son fidèle Harlaus, avec un pli. Le cachet ne put que ravir Evart, en effet, c'était celui aux trois épis de blé représentant la Guilde des Épiciers. Finalement c'était son jour de chance. Dépliant la lettre, il constata que son œuvre n'avait pas été vaine puisque Maître Heamon, à la tête de la corporation, acceptait de le recevoir en audience le lendemain en début de matinée. Ragaillardi, le hobereau sauta de son lit et commanda à son valet un copieux déjeuner avant de se mettre au travail. Il commença par griffonner les idées qu'il avait pour aider aux finances de la corporation avant d'essayer de les mettre en ordre. Il avait nombre d'idées qu'il souhaitait exposer pour ferrer ce gros poisson qu'il avait attiré à lui. Après un solide petit déjeuner -pain, deux assiettes de bouillon, du lard et du fromage-, il rédigea le détail de ses propositions avec la plus grande minutie. Après avoir pu éblouir Heagon, il lui laisserait le détail de ces propositions. Il passa donc la journée complètement excité avec cette audience qui approchait.

Le reste de sa journée fut tout aussi éreintante, revigoré par sa réussite, il fut miraculeusement guéri et fit le tour de ses établissements. Accaparé par son travail pour les Oliri, il avait quelque peu délaissé ses commerces. Il commença par l'herboristerie où il s'enquit des réserves en herbes et plantes médicinales. A dire vrai, on manquait beaucoup, on avait fait le plein de plantes exotiques à la belle saison donc il en restait encore suffisamment, par contre, les simples avaient rudement soufferts de l'hiver et il y en avait presque plus. Après la Guilde des Epiciers, il lui faudrait trouver de nouveaux échantillons. Puis ce fut au tour de l'échoppe de vins et alcools qui, au contraire, tournait plutôt bien, tous les vins avaient été stockés dans la cave où il faisait plus chaud, on évitait ainsi le gel- tandis qu'au rez-de-chaussée on vendait notamment du vin chaud aux passants et aux citadins à leur plus grand bonheur. Enfin l'épicerie fonctionnait pas trop mal, la nourriture était assez chère en ses temps durs et cela même si les prix étaient régulés par l'Intendant par crainte des émeutes. Comme presque toutes les épiceries de la ville, celle d'Evart pratiquait un marché noir éhonté en vendant les meilleurs produits, les aliments exotiques... aux puissants de la ville à des prix exorbitants. Bref, en dehors de ce petit problème d'herbes, les affaires n'allaient pas si mal.

Il était pas loin de faire nuit quand le jeune homme rentra chez lui. Sa jambe le lançait à cause du froid et de la marche qu'il avait dû faire. Cette maudite jambe allait lui causer bien du soucis, il en était sûr. Se mettant au coucher tôt, il espérait dormir suffisamment pour être totalement frais et dispo le lendemain, il eut du mal à trouver le sommeil tant l'excitation le gagnait.
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Evart Praven
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Sam 18 Avr 2015 - 19:11
Resynchronisation : Mois 1, Semaine 2, Jour 4

Après s'être endormi bien tard, il se réveilla bien tôt pour commencer à se préparer : une toilette sommaire -le bois de chauffe coûtait horriblement cher en ses temps d'hiver-, une chemise propre, ses habits noirs qui présentaient l'avantage d'être élégants -donc de montrer l'importance qu'il accordait à cette entrevue- et discrets -dénotant son humilité et son « ambition » d'être un simple commis-.

Après s'être préparé, il prit un déjeuner tout à fait correct avant de partir pour le siège de la corporation, avec le temps, la ville semblait être déserte. Quelques fantômes erraient ça et là mais guère plus. Le siège de la Guilde était un grand bâtiment assez long dont une moitié était en travaux, à priori d'agrandissement et d’embellissement. Étant donné le temps -il commençait à neiger-, Evart ne s'attarda pas sur les travaux extérieurs et entra rapidement dans le somptueux hall. Là encore des ouvriers s’affairaient, on avait posé de lourdes tapisseries sur les murs,construit un double escalier au fond donnant certainement accès aux bureaux des officiers de la corporation tandis que des niches semblaient attendre des statues. Actuellement des ouvriers installaient une statue qui, apparemment, était celle d'un des premiers maîtres de la guilde. Le jeune homme n'imaginait pas l'argent dépensé dans chacune des statues qui étaient sensées occuper les diverses niches de l'entrée.

Evart attendit près d'une heure dans l'antichambre du bureau de Heagon. C'était un moyen commun pour les puissants de ce monde de montrer qu'ils étaient quelqu'un, qu'ils étaient « supérieurs ». Prenant son mal en patience, il attendit qu'on accepta de le recevoir. Le puissant maître de la corporation était assis derrière un grand bureau en noyer, il était tout à fait impressionnant. Très large d'épaules, portant de longs vêtements pour renforcer cette large carrure, cet homme avait une sacré prestance. Le jeune homme comprenait pourquoi il était arrivé à ce poste. Pour tout dire, le garçon enviait ce grand homme à l'allure de grand prince alors que lui était un petit garçon à l'aspect souffreteux. S'inclinant humblement devant Heamon, Evart déclara de manière formelle :


- Très noble sire, c'est pour moi un grand plaisir de pouvoir vous rencontrer.

- Moi de même, cher Evart. Vous m'aviez dit que vous vouliez me parler de nos finances.

- C'est tout à fait juste, Messire. Comme j'ai eu l'honneur de vous le dire je suis, comme beaucoup, inquiet de l'état des finances de notre jurande. On les dit fort délabrées.


Le grand homme fit une légère mou, comme à son habitude, il niait la réalité mais il concéda :

- Oui, il est vrai que nos finances ne sont pas dans le meilleur état mais ce n'est que temporaire. Avec cet hiver particulièrement dur, personne ne peut être heureux.

- C'est certain Messire. Cependant je souhaitais vous faire une proposition qui pourrait vous aider à redresser les finances de notre corporation.

- Je suis tout ouïe.

- En fait, j'avais dans l'idée de créer un emprunt se reposant sur deux idées simples. La première est de destiner celui-ci à des roturiers et citadins peu fortunés. Ces derniers sont capables de nous prêter de l'argent et sont souvent à la recherche d'un placement intéressant. La seconde idée est d'ordre technique. Il s'agirait donc d'utiliser deux « monnaies » différentes pour l'emprunt et son remboursement pour profiter des différences des cours sur le marché.

- Si je comprend bien, il s'agirait de spéculer.

- Exactement. En l’occurrence, il s'agirait de spéculer sur la dépréciation des prix du blé. Ainsi donc on emprunterait, en pièces d'or et d'argent, l'équivalent par exemple de douze livres de farine. Dans les années qui suivent, on rembourserait au fur et à mesure les douze livres mais en farine et non en pièces. Comme le cours est à peu près trois à quatre fois supérieur à la normale, on peut espérer faire moitié de bénéfices.

- Intéressant mais les gens ne sont pas aussi idiots, ne pensez vous pas ?

- C'est pour cela qu'il faut les appâter. Par exemple, on pourrait proposer un prime relativement importante en appliquant une décote par rapport aux prix actuels. De toute façon, le prix décoté restera plus important que le prix habituel. Se faisant nous n'aurions pas à rembourser un tiers de ses emprunts et ferions bénéfice de ce tiers puis il s'agirait seulement d'écrire trois mots qui seront peu compréhensibles du tout venant.

- C'est effectivement très intéressant. Vous me semblez compétent en effet.

- Oui, surtout que nous avons bon nombre d'épiciers qui pourraient faire connaître cet emprunt et nous pourrions utiliser quelques commis pour vendre cet emprunt aux citadins. Par contre, il faudra obtenir l'autorisation des serviteurs du Roi.

- J'en fais mon affaire. J'aurais besoin de vous pour mettre en place cet emprunt.

- Bien entendu Messire.

- D'autres « brillantes » idées ?

- Ce serait beaucoup dire, Messire. Disons quelques conseils ou possibilités à plus long terme. Disons que que si vous ne le faites pas encore, il serait bon de ne payer qu'en argent. L'or du Sud ne vient plus et notre argent n'y part plus, cela signifie que l'argent est abondant alors que l'or est rare, il vaut donc moins cher. Ainsi lorsque la paix sera rétabli au Sud et que le commerce serait prêt à être rétabli, il suffira à la corporation de vendre son or avant qu'il ne vaille que peu et elle empochera un joli bénéfice. Cela pourrait même lui permettre d'augmenter in fine son stock de métal en rachetant à des cours inférieurs ce qu'elle a vendu à des prix élevés.

- Intéressant oui.

- Une autre solution intéressante mais demandant un peu de préparation et un peu d'ambition serait de se passer de l'achat de farine et de produits agricoles à Osgiliath ou Pelargir pour créer un réseau d'achat dans tout le Gondor et d'investir dans une compagnie servant à transformer ces produits, par exemple en produisant nous même la farine qui sert au pain de la ville. Se faisant les épiciers économiseraient sur le prix des denrées et feraient plus de marge pour rembourser les prêts de la Corporation.

Il serait peut-être également intéressant de lancer un véritable inventaire des biens de la Guilde pour s'assurer que tout ce qui a été acheté est effectivement dans les coffres de notre belle société et pas dans les maisons de ses membres. Je suis absolument convaincu que bien mené et avec une préparation minutieuse, je suis certain qu'elle permetrait de retrouver de grosses sommes.

- Vos idées sont toutes intéressantes en effet. D'ailleurs je tiens à vous offrir le poste de Secrétaire du Trésor.


C'est alors qu'Evart eut une idée absolument brillante qui pourrait lui rapporter, personnellement, une véritable petite fortune. Pour cela, il devait prendre de rigoureuses précautions. Dans un geste de modestie et d'humilité, il répondit :

- Je vous remercie Messire, votre offre est excessivement généreuse mais je peux accepter ce poste. Je viens tout juste d'arriver et vous n'avez aucune idée de mes compétences financières. Il me semblerait plus pertinent de travailler dans le plus grand secret avec vous et le Trésorier de la Guilde, si les gens pensent que vous êtes le maître d’œuvre de cette politique, cela assurera une grande confiance du peuple et cela affirmerait votre position au sein du Conseil. Il serait plus opportun de me faire intégrer le Secrétariat du Trésor d'ici trois-quatre mois à la faveur du départ d'un de vos officiers. En outre, j'ai peur qu'une intégration si récente après mon arrivée en ville ne froisse les anciens de la Guilde, peut-être pourrions attendre un ou deux mois le temps que je m'installe plus convenablement ?

- Votre humilité vous honore. Je vous propose de nous voir d'ici deux jours.

- Cela me convient parfaitement Messire.


S'éclipsant poliment, Evart rentra chez lui directement pour griffonner son plan. En effet, actuellement, il n'était pas convaincu que l'accès au prêt se fasse facilement car le peuple n'avait plus vraiment d'argent. Son idée était donc de devenir changeur et, s'il trouvait suffisamment d'argent, proposer des prêts généreux avec des taux d'usure nuls mais une solide garantie, par exemple une maison ou un commerce. Comme les souscripteurs de ce prêt l'utiliseraient pour souscrire à l'emprunt de la guilde, ils ne pourraient pas rembourser le leur et, avec un peu de chance, Evart pourrait faire un joli bénéfice en saisissant leurs biens. C'était pour éviter les accusations de malhonnêteté que le jeune homme refusait le poste de Secrétaire du Trésor de la guilde. Il ne voulait pas être reconnu pour sa malhonnêteté mais bien pour sa compétence et son sérieux. Ainsi il espérait être mis à l'écart de cet emprunt et jouir d'une réputation suffisante. Le seul soucis à son plan était l'argent. Il lui faudrait trouver suffisamment d'argent, il pourrait peut-être re-contacter les personnes qu'il avait rencontré lors du dîner chez son oncle.

Après une matinée à griffonner quelques documents et faire la comptabilité de ses activités, Evart prit un repas frugal et partit visiter ses commerces pour s'assurer de leur bon fonctionnement. La hâte de ce début de journée passé, le jeune homme dut prendre le lit en raison de sa fatigue et d'une anxiété lancinante. Il avait aujourd'hui joué son va-tout et ne pouvait pas se permettre du moindre échec. Échec qui l'inquiétait au plus haut point. A dire vrai ce qui l'inquiétait le plus était l'image qui risquait de lui coller à la peau. Et si les hommes de finance du Roi ou la Justice royale interdisait le prêt ? Ne risquait-il pas de perdre toute l'estime du Maître de la Guilde ? Pire encore si, une fois lancé, on demandait la Justice du Roi qui donnerait raison et réparation ? Ne risquait-il de perdre tout son crédit dans la cité blanche ? Voir même d'aller en prison pour malversation ? Même s'il prenait mille précautions pour ne pas apparaître dans l'emprunt, est ce que les gens seraient dupes ? Sûrement pas mais est ce qu'il pourrait se décharger de sa responsabilité sur le Trésorier ou le Maître ? D'un coté, c'était de leur faute mais, eux-même, ne pourraient-ils pas retourner la situation en proclamant leur naïveté sur ses questions et en donnant toute la responsabilité à Evart ? Rongé d'angoisse et d'inquiétude, le jeune homme se demandait s'il avait bien fait de leur proposer un plan aussi audacieux...
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Evart Praven
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Dim 19 Avr 2015 - 20:48
Resynchronisation : Mois 1, Semaine 2, Jour 6

Depuis qu'il avait rencontre Maitre Torren au siège de la Guilde, Evart n'avait pas chaumé. Quelques jours plus tard, il l'avait à nouveau rencontré avec le Trésorier. Au cours d'un entretien qui avait duré près de deux heures, ils avaient préparé l'emprunt dans les moindres détails mais avait dû réitérer son refus absolu d'être nommé Secrétaire du Trésor. Prétextant vouloir être nommé sur ses résultats et non sur ses discours -ce qui n'était pas totalement faux-, il voulait surtout être le moins associé possible à cette escroquerie qui, en dépit de sa préparation, pouvait échouer. En plus, il évitait une exécution rébarbative à l'intérêt limité pour l'esprit fécond du jeune homme.

Le pendant de cette inactivité fut justement l'inactivité. A dire vrai, Evart détestait rester sans rien faire. Cela lui donnait une sensation de vide qui faisait ressurgir de vieux démon. Fort heureusement, il reçut une courte missive apportée par un laquet. La comtesse d'Ismaren, vieille et riche presque-veuve qu'on disait légère et frivole quoiqu'intelligente, l'invitait en son salon qui se tiendrait la semaine suivante en compagnie de quelques personnages de bon rang. Le sang du hobereau ne fit qu'un tour, les affaires recommençaient ! Immédiatement il convoqua Iroas, il devait tout savoir sur le salon des Ismaren : qui y venait, quels y étaient les habitudes, de quels sujets y discutait-on... Bref tout pour lui permettre de préparer au mieux cette grande audition.

Si le dîner chez son oncle était un exercice rigide où l'on aimait, certes les traits d'esprit, mais surtout la morale et le sérieux, le garçon ne doutait pas que celui de la comtesse était plus libertin. Quoiqu'il en fut, ragaillardi par une telle nouvelle,il s'habilla et partit faire le tour de ses magasins qui marchaient toujours aussi bien. L'Hiver était rude pour le peuple, moins pour le petit commerce. Travaillant quelques heures dans son épicerie, il éprouva le besoin de réfléchir à son installation comme changeur. En fait, il avait besoin d'argent pour espérer ouvrir un banc. Cet argent, immobilisé dans un bâtiment, ne pouvait venir que d'un bien qu'il possédait déjà mais quoi vendre ?

La boutique de vin lui rapportait de jolies sommes. Il n'avait pas vraiment envie de vendre l'herboristerie pour des raisons purement personnelles, il avait une certaine passion pour les plantes et, lorsqu'on était pas apothicaire, c'était assez mal vu. L'épicerie lui permettait d'avoir une place assez importante au sein de la Corporation -alors que le titre d'apothicaire ou de marchand de vin était mal vu- et elle était de bon rapport. Il ne lui restait donc que ses biens en dehors de Minas Tirith. La mine de cuivre ? Evart n'avait pas vraiment envie de perdre une source de revenus non négligeables et, surtout, sa « fortune » perdrait en diversification … Ce qui pouvait être tout à fait préjudiciable. Il restait donc les terres... mais le hobereau était avant tout un noble qui savait d'où venait le pouvoir. Le vrai pouvoir ne venait pas seulement de l'or, des bijoux ou des maisons. La véritable puissance venait de la terre, des champs et des fermes qui nourrissaient le royaume. Pur un noble, vendre des terres était un acte difficile.

Après mûres réflexions, Evart se décida pour l'une de ses trois terres. Celle du Bas Lossarnach était de bon revenus et dans une belle région, la vendre était exclue.Cela faisait moins d'un an qu'on avait renouvelé le métayage de celle qui était la plus au Sud. Par contre, la dernière était quasiment en fin de bail et d'un rapport correct -en des temps plus doux qu'actuellement-. Avec un peu d'habileté, il pourrait « vendre » à un éventuel le fait qu'il aurait à renouveler le bail donc, potentiellement, à négocier à la hausse le loyer ou à prendre la gestion en propre. Ainsi il pourrait peut-être compenser la perte liée aux conditions climatiques difficiles qui réduisaient le prix des terres.

Lorsqu'il fut rentré chez lui en fin de journée, le jeune homme eut le plaisir d'être attendu par Iroas. Décidément il avait trouvé un homme de main fidèle et compétent. C'était peut-être sa chance. L'invitant dans son bureau, Evart lui servit une coupe d'un bon vin d'Anfalas et l'invita à lui rapporter ce qu'il avait pu glaner :


- Merci, Evart. En raison de la différence d'âge et de position, les deux hommes se permettaient de s'appeler par leurs prénoms bien qu'il se vouvoya tout deux. Comme vous me l'avez demandé,  j'ai trouvé des informations sur le salon de M. d'Ismaren. En ville, on le dit assez libertin en tout cas empli d'esprits libres et déliés. On y aime les traits d'esprit et on y fait surtout de la poésie et de la littérature dans un esprit burlesque et peu moral. En fait, le grand jeu des dames du salon est d'inviter de jeunes et beaux garçons pour les essayer. S'ils font preuve d'assez d'esprit et d'intelligence, ils peuvent revenir et, au bout d'un certain temps, sont admis plus ou moins définitivement.

- Intéressant. Ce serait donc une sorte de joute des beaux esprits ?

- C'est à peu près ça., oui. Parmi les invités réguliers, on trouve beaucoup de personnalités de petit renom mais point de grand seigneur qui, semble-t-il, ont peur de se trouver associer à ses libertins. Je vous ai fais une liste des permanents.


D'un œil rapide, Evart parcouru ladite liste. Il y avait des noms comme Ascalon, un cul-de-jatte mi-bouffon,mi-troubadour qui était connu pour son humour burlesque et très sensuel -un comble étant donné le physique extrêmement disgracieux du personnage-, son épouse la jeune Athieniais Icyenne qu'on disait belle et d'un joli esprit, Messire de Beaulieu un homme influent dans la ville qui collectait certains impôts et donnait certains baux mais qu'on disait corrompu jusqu'à la moelle, le Sire de Oldenbourg qui tenait une lucrative charge d'intendant des armées, le riche et vieux marchand Azenor, les sœurs de Nailes mi-bourgeoises, mi nobles qu'on disait de galante compagnie, la veuve Rochan d'un important marchand de Pelargir, le Comte de Hauteroche un valeureux capitaine du Roi aux armées et enfin quelques personnes moins importantes qui gravitait autour sans forcément être régulièrement là.

Remerciant comme à son habitude son brave Iroas, Evart commença à réfléchir sur chacun d'entre eux durant un long moment avant d'aller souper. Dédaignant son salon, trop froid en ses temps d'hiver, il prit son repas dans la cuisine. D'une manière amusante, il ne se coûtait pas très cher, ayant un appétit d'oiseau, il se contenta d'un repas frugal avec une épaisse soupe de légumes qui le réchauffa et un peu de pain. Retournant à ses affaires, il ne se coucha pas très tard dans l'espoir de passer une nuit à peu près correcte.
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Mar 21 Avr 2015 - 10:59
Resynchronisation : Mois 1, Semaine 3, Jour 5

Depuis qu'il avait rendu public son intention de vente, Evart n'avait eu qu'une proposition jusqu'à ici. Comme l'homme ne lui avait nullement inspiré confiance, il avait refusé de lui vendre -enfin, il avait refuser de baisser ses esprits et son interlocuteur également-. Cependant, aujourd'hui, alors qu'il se rendait à l'hotel de ville pour se tenir au courant, il avait constaté qu'une personne était intéressée. Le jeune homme lui avait fixé rendez-vous dans la journée et il le recevait chez lui d'ici quelques minutes.

En hôte bienveillant, le nobliau avait tout organisé de manière à ce que son interlocuteur : un certain Osennor Riven soit honoré. Il voulait également lui montrer qu'il ne faisait pas ça pour se renflouer d'une quelconque façon. Durant la matinée, Evart avait pu demander à son serviteur Iroas de se renseigner quelque peu sur lui -Evart était bien assez occupé comme ça-. L'homme jouissait d'une bonne réputation, c'était un petit marchand de draps et tissus qui commençait à se faire vieux et souhaitait, à priori, la sécurité d'une belle terre.

Alors qu'il prenait le temps de jauger la situation, on frappa lourdement à la porte. Il avait préparé cette entrevue minutieusement, son serviteur Harlaus devait être en train de lui ouvrir puis de l'installer dans la petite étude du premier étage, lui proposer du vin et quelques gâteaux. Attendant quelques minutes, Evart alla chercher son possible acheteur et l'invita à passer dans son bureau. Riven était un homme aux cheveux blancs et à la barbe grise qui se déplaçait avec une canne, il portait des habits montrant sa richesse mais sans être opulents ou indécents. Bref, ce devait être le plus honnête homme possible. Rapidement, ils purent commencer à discuter.


- Pouvez-vous me parler de votre terre ?

- C'est un beau domaine qui se trouve le long de l'Etur avec de vastes terres aux alentours. On y cultive de nombreuses céréales comme l'orge ou le blé mais il y a aussi un splendide verger, de grandes vignes et un potager bien fourni qui permettent d'exporter avec une certaine facilité. Concernant le bâti, il y a une corps central assez douillet, une étable pour y faire vivre des animaux, un poulailler, une petite écurie, un jardin de simples, d’agrément...


La discussion continua ainsi. Evart, de son coté, tachait de lui vendre au mieuxcette terre qu'il n'avait vu, tout au mieux, qu'une seule fois. Il lui parla de tout le plaisir qu'on pouvait à cultiver sa terre, de la splendeur de la région dans laquelle il ne pourrait qu'être heureux, du plaisir qu'il aurait à finir sa vie au milieu des champs à l'abri des soucis, qu'on pouvait y dormir sous un cerisier en fleur, que la terre y était généreuse... Bref il lui vendit son bien de mieux qu'il put et lui fit même une esquisse des plans -enfin, ce dont il se rappelait-. Puis vient la question du prix qui était, bien entendu, épineuse :

- Vous comprendrez bien entendu que je ne suis pas prêt à brader mon bien.

- J'entends bien mais, dans l'autre main, le prix que vous demandez est élevé et je ne sais pas si ces terres me rapporteront assez.

- Ah mais j'oubliais, le bail arrive bientôt à échéance. Cela signifie que d'ici quelques mois vous pourrez négocier un fermage plus avantageux, ça ne devrait pas être difficile, j'ai hérité d'un fermage très en dessous de ce qu'on peut obtenir. L'autre solution étant de prendre le contrôle direct du domaine que vous pourrez exploiter. Bref tout est réuni pour vous permettre d'augmenter sensiblement votre revenu.

- Dans ce cas, pourquoi la vendez vous ?

- Disons que je souhaite faire de nouveaux investissements et que, dès lors, je préfère vendre un bien plutôt que m'endetter auprès d'un quelconque usurier.

- Je comprends. Cependant …


Il fallut près d'une demi-heure de négociation pour trouver un prix convenant aux deux parties. Fort heureusement, il n'était pas si éloigné du prix qu'Evart attendait. Dès lors ils purent se rendre chez un notaire du Roi pour officialiser l'acte …
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Evart Praven
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Mer 29 Avr 2015 - 0:39
Resynchronisation : Mois 1, Semaine 3, Jour 5

Aujourd'hui était à nouveau un grand jour pour le jeune Evart. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu une journée aussi chargée. Dans la matinée, il était allé négocier le prix de la farine qu'il devait acheter pour le mois qui s'annonçait puis il avait rencontré Iroas pour son rapport quotidien sur les activités de Motierre -rien de suspect pour le moment-et sur les membres de la soirée qui s'annonçait. De manière étonnante, l'ancien clerc se montrait d'une redoutable efficacité dans ses activités pourtant peu similaires à celles de scribe. Tout à coup, Evart fut atteint d'une interrogation. Est ce que ce brave et efficace homme de main était d'une réelle sûreté ? Est ce qu'il n'était pas un criminel qui voudrait abuser de la naïveté du jeune homme ? Pire, n'était-il pas un homme envoyé par Motierre ou pire les adversaires de Oliri pour, sous le déguisement de l'homme miraculeux, surveiller étroitement le garçon ?

Rongé par sa crise de paranoïa, le nobliau n'eut guère le temps de faire autre chose de sa fin de matinée. Cette question l'obsédait et il se refusait à écarter la possibilité qu'il ne soit pas tout à fait honnête, en tout cas, loyal. Bien sûr, il tentait se rassurer en se disant que lui-même était un bien petit marchand et ne pouvait vraiment intéresser En tout cas, toujours inquiet, il lui faudrait plus l'impliquer dans des affaires réprouvées de la plus bénigne à la plus grave. Il aurait ainsi un moyen de pression et pourrait le tester.

Sur ses pensées suspicieuses, Evart se décida à aller manger : un repas encore plus simple que d'habitude tant l'inquiétude le nouait. Voulant tout de même se changer les idées, il se rendit à l'hôtel de ville où il avait affichait l'acte de volonté concernant la vente d'un de ses terres. Pour le moment, nulle personne ne semblait intéressé mais cela faisait à peine quelques jours qu'il l'avait fait afficher. Il prit également le temps de faire la tournée de ses établissements pour s'assurer de leur bon fonctionnement.

Il rentra sur les coups de quinze heures et se prépara pour le salon des Ismaren. Il prit un bain rapide -et froid- et se prépara. Habillé légèrement moins bien que chez son oncle qui était un peu plus guindé, il se dirigea vers le manoir des Ismaren. Il y arriva aux alentours de seize heures trente avec d'autres invités. A ces heures-ci, on avait l'habitude de prendre une collation. Sur les tables de la grande salle, on trouvait des petits pains dorés, des gâteaux aux épices, du l'hypocras, des fruits, de la confiture, de la viande blanche... Le jeune homme salua avec la plus grande déférence l’hôtesse des lieux et dit malicieusement :


- Ma dame. Je me permet de vous présenter mes plus respectueux hommages.

La vieille dame esquissa comme un sourire. Achevant un élégant baise-main, Evart eut la surprise d'être accompagné par sa dame jusqu'au salon. Cela devait être la coutume pour les dames d'accompagner leur « découverte » et, rapidement, il fut introduit dans un salon où se trouvait déjà beaucoup de personnes. De belle taille, la salle semblait moins bien organisée que lors du dîner chez son oncle, on était, ici, dans un vrai salon où on se servait sur un buffet posé dans un coin, on discutait autour d'une grande table et on jouait aussi aux cartes...

La soirée s'annonçait tout à fait sympathique. On commença surtout par discuter littérature aidé en cela par Ascalon ce poète comique qui faisait rire bien du monde. Inévitablement on commença à aborder le sujet de cet hiver qui s'éternisait et des conséquences. Plein d’orgueil, le sire de Beaulieu n'épargnait à personne les conséquences de ce temps sur les finances du Roi puis sur le peuple jusqu'à la phrase suivante :


- Et n'oublions pas les magasins qui ferment !

- Tant que votre commerce reste ouvert ! Répondit Evart avec une pointe de méchanceté en faisant une allusion absolument pas voilée à sa corruption.

- Vous savez, contrairement à un marchand, on ne m'achète pas.

- Non Messire mais on vous loue … Cher à ce que l'on dit.


La gentille joute verbale qui opposait les deux hommes fut rapidement interrompue par le vieux bouffon qui ne voulait pas que le salon se transforme en lice. Evart n'avait rien contre arrêter mais il n'y pouvait rien si l'homme était bête et, en plus, corrompu. Les discussions purent donc continuer tout naturellement et on s'intéressa ensuite à d'autres sujets plutôt juridiques en parlant des derniers procès en cours. Grâce à ses études en droit, le jeune homme participa de bonne grâce à cette discussion feignant même un amour immodéré pour les chroniques judiciaires qui, en fait de compte, l'intéressait pas tant que ça. Décidément s'il aimait l'esprit spirituel de ces salons, le jeune homme appréciait peu les sujets de discussions qui étaient bien ennuyeux. On passa ensuite aux potins sur la cour et la haute société de la cité blanche. Bien qu'il ne soit pas un colporteur de ragots, Evart savoura ce moment car c'était pour lui l'occasion d’amasser des informations potentiellement utiles pour la suite. C'était surtout l'occasion des meilleurs traits d'esprit sur des sujets plus grivois. Ainsi lorsqu'une des demi-mondaines de la famille Nailes présente se plaignait de son mari, le jeune homme lui fit remarquer :

- Il est vrai qu'il est si désagréable d'être l'épouse d'un homme trompé.

Faisant allusion aux nombreuses aventures de la dame et à ses dits-on nombreux amants, Evart fit rire à nouveau puis il discuta dans son coin avec le vieux Azenor. C'était un marchand réputé et le jeune homme commença à discuter boutique avec lui. Comme à son habitude, il cherchait avant tout à étendre son réseau d'amitiés et de clients possibles. Doté d'un solide ego, le vieil homme se vantait de sa situation et, tout en le caressant dans le sens du poil, Evart essaya aussi de se distinguer en montrant toute sa compétence dans la finance. Puis ce fut au tour du comte de Hauteroche. Comme l’aristocrate partait souvent à campagne, surtout avec la guerre qui déchirait le Sud, ne devrait-il pas prendre un intendant extérieur qui s'occuperait de gérer ses biens en s'engageant à les faire prospérer. Multipliant les propositions et les garanties, il tâcha au mieux de le convaincre. Bien entendu le Sire de Oldenbourg, intendant des armées, ne lui apportait pas grand chose que d'étendre son réseau et, éventuellement, faire des avances de trésorerie.

Au cœur de la nuit, Evart rentra enfin chez lui complètement excité. La soirée s'était extrêmement bien passée, il avait multiplié les jolis traits d'esprit, il avait pu faire la cour à de vieilles dames qui recherchaient de jeunes hommes plein d'avenir et avait également pu prospecter de riches clients potentiels. En outre, il lui semblait avoir fait preuve de bien plus d'esprit que les autres jeunes hommes invités -certains étaient particulièrement idiots-, il avait donc de bonnes chances d'être réinvité. Ne parvenant pas à s'endormir, il retourna à ses livres de comptes et ses calculs de prêts.
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Mer 29 Avr 2015 - 20:40
Resynchronisation : Mois 1, Semaine 4, Jour 2

Cela faisait quelques jours qu'Evart avait vendu sa terre et s'était mis en tête de trouver une maison correcte pour y tenir table de change. Cependant il avait des exigences puisqu'il fallait une maison de taille correcte, suffisamment protégée pour éviter les cambriolage mais aussi qu'elle soit bien placée dans la ville. Il avait donc écarté plusieurs bâtiments trop exigus, trop chers ou situés dans des quartiers saugrenus... Bref il désespérait de trouver un lieu convenable et avait chargé Iroas de chercher lui aussi son logement au détriment de sa mission avec Motierre. Par chance, il était revenu avec une proposition intéressante qu'Evart pouvait désormais admirer.

En fait, la maison était idéalement située près d'un quartier marchand. Non pas le marché où une partie de la population venait faire ses emplettes mais bien vers le pied de la cité là où tous les grands commerçants venaient échanger des biens, signer des contrats... Bref c'était un lieu où il fallait être. Adossé à la falaise, c'était une maison étroite de deux étages. On y rentrait par une porte qui donnait sur un escalier à colimaçon, à gauche, une grande pièce où on pourrait facilement tenir banc. A l'étage, il y avait une enfilade de quatre pièces. Sur la façade, il y avait un bureau de jolie taille et assez haut sous plafond puis il y avait une petite pièce qui donnait sur l'escalier, une autre plus grande qui s'achevait sur une dernière pièce qui était creusée à même la roche. Bref, il y avait tout ici pour lui plaire. Au dernier étage, sous les combles, il y avait un petit appartement qui pouvait servir à un commis.

Il commença donc à négocier le prix du local. Pas trop longtemps juste assez pour contenter tout le monde car le prix était juste. Ils signèrent donc chez un notaire du Roi et Evart apporta, avec grande précaution, la somme due dans l'heure au notaire qui se chargeait ensuite de la remettre à l'intéressé. Comme il lui restait encore de l'argent de la vente de sa terre, il se permit de visiter à nouveau son bien pour y organiser les préparatifs visant à son installation ici en chargeant Irvoas des travaux. D'abord il songeait à sa sécurité en y plaçant des portes renforcées et, surtout, une porte de fer pour la pièce creusée qu'il comptait conserver comme coffre-fort. Il le chargerait également d'acheter le mobilier suffisant et lui même se chargerait de trouver un commis.

Immédiatement après, Evart se dirigea vers le siège de la corporation des changeurs. Le bâtiment était plus sobre et moins tape à l’œil que celui des Épiciers. D'un sens, c'était logique car les changeurs avaient une réputation plus sulfureuse d'infâmes usuriers, il valait donc mieux faire profil bas et se contentait d'un bâtiment, certes élégant, mais d'une élégance discrète et mesurée. S'arrêtant au secrétariat du Conseil de la Guilde, il commença les démarches pour s'inscrire à l'ordre, paya la cotisation nécessaire... Surtout il se renseigna sur les récentes déboires des changeurs de la cité. Comme il cherchait un commis pour faire tourner son établissement et faire ce qu'il n'avait tout simplement pas envie de faire, il se disait qu'une personne expérimentée qui avait déjà travaillé dans le change pouvait être un avantage non négligeable alors que lui même n'avait pas beaucoup d'expérience dans ce domaine.

On lui conseilla quelques anciens commis de changeurs ayant fait faillite récemment. De tous, celui qui l'intéressait le plus était Arcelon Ænor. C'était un homme d'un certain âge qui avait travaillé dans un office de change qui avait fait faillite puis il s'était mis au service d'un changeur qui s'était avéré être un usurier fraudeur. En charge du change chez lui, il avait été totalement blanchi par la justice du Roi. Le secrétaire n'eut cesse de vendre ses qualités et Evart réfléchit. Si son ancien employeur était parti sans laisser de traces, peut-être qu'Arcelon avait ou pouvait récupérer les anciens clients, le réseau ou les livres de compte. Achevant rapidement son inscription, il prit l'adresse du fameux commis mais il se faisait tard.


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Ven 1 Mai 2015 - 13:22
Resynchronisation : Mois 1, Semaine 4, Jour 3

Pour une fois, Evart avait mis à profit ses insomnies pour avancer, il avait reproduit cinq placards indiquant son désir d'embaucher un commis pour son nouvel établissement de change dans le quartier marchand. Il ne voulait qu'une personne mais n'était pas prêt à le démarcher, cela lui aurait probablement coûté plus cher et, en plus, cela aurait pu paraître suspect. Dès lors il devait faire semblant de chercher en espérant que sa cible viendrait frapper à sa porte. Pour ça, il avait fait une jolie annonce où il promettait un salaire correct en cherchant un homme sérieux et compétent ayant déjà une expérience dans le change, il stipulait également les horaires auquel on pouvait le rencontrer. Bien entendu, il chargerait Iroas d'aller placarder ses papiers là où il fallait : sur la façade de sa nouvelle boutique, sur la place du marché, dans le quartier marchand, à proximité de la demeure du fameux Arcelon et près d'une des portes de la ville.

Lorsque, enfin, le Soleil commença à poindre à travers les carreaux de sa chambre, Evart se décida à se lever. Pris dans ses affaires de change, il avait trop négligé ses commerces -un simple tour suffirait- et, surtout, le comptoir des Oliri. A dire vrai, cette besogne méticuleuse et répétitive lui pesait de plus en plus et il n'avait plus qu'un espoir. Que la fameuse rencontre arrive et le libère, le plus vite possible même... En dépit de cet état de lassitude, il essaya de se motiver et, d'un pas nonchalant, se permit une visite de ses commerces qui ne lui apporta pas grand chose, au demeurant. Puis il se dirigea vers le comptoir des Oliri alors qu'on était à la mi-matinée.

Une fois de plus, il passa une fin de matinée peu amusante à trier des papiers, étudier les comptes, il surveilla également un arrivage de lourdes pierres destinés à des chantiers en ville. Lorsque le début de journée commença à apparaître, le jeune homme rentra chez lui et prit son déjeuner avant de recevoir des prétendants pour son offre. Le premier était un jeune homme sans grand intérêt, il semblait être un fade gobe-mouche. Le second fut un peu plus intéressant, tout aussi jeune, il se présentait bien et se vendait avec conviction -il avait donc un profil intéressant-. Le troisième était un vieil homme, presque un grabataire.

Tout à coup, apparut le fameux Arcelon. C'était un homme dans la force de l'âge doté de jolis yeux bleus et de cheveux gris, on aurait certainement pu le considérer comme beau mais d'une beauté très masculine avec un nez busqué, des joues creuses et des sourcils assez bas. Rapidement ils purent discuter de change, l'homme avait des compétences -cela ne faisait pas l'ombre d'un doute- et il avait besoin d'un emploi. Lui expliquant un peu ce qu'il voulait faire de son établissement, Evart lui montra aussi son ambition de prospérer et ne pas se cantonner uniquement au change. Ensuite on en vint à discuter des connaissances de l'homme et il lui avoua qu'il avait récupéré le livre des changes de son ancien employeur qui avait fui suite à sa banqueroute. Le remerciant de sa venue, le garçon lui promit des nouvelles rapides.

Après encore deux entretiens peu concluants, le hobereau chargea Iroas d'apporter la bonne nouvelle à Arcelon mais aussi au second jeune homme qu'il avait rencontré Amelot Vittene. Par la suite il repartit au comptoir des Oliri pour surveiller les petites affaires de Gyan. Maintenant il n'avait qu'une envie : que Motierre fasse un faux pas au plus vite. Il n'en pouvait plus de ce travail répétitif et sans intérêt, ses talents se devaient d'être mieux employés...


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Sam 2 Mai 2015 - 4:06
Resynchronisation : Mois 1, Semaine 4, Jour 6

Depuis presque une semaine, Evart vivait dans un état de forte excitation. La mise en place d'un commerce n'était pas une chose facile et, avec l'aide d'Arcelon, il avait mis en place les bonnes pratiques, préparer les tables de change, former le jeune Amelot. Pris dans toutes ses affaires, le hobereau comptait bien déléguer la gestion au jour le jour du bureau de change à Arcelon et la prospection pour son nouveau prêt. En pleine préparation et installation, il reçut une petite missive de la part de la Comtesse d'Ismaren qui l'invitait à passer dans l'après-midi prendre une collation.

Ne s'occupant que de sa table de change, le jeune homme passa la journée dans son nouvel établissement puis se dirigea vers la demeure des Ismaren. Comme le rez-de-chaussée était occupé par des commerces, il y avait un escalier extérieur donnant directement sur l'étage noble de la maison. Frappant à la porte, il fut introduit dans un petit salon où il y avait cinq dames d'un certain âge, outre la dame d'Ismaren, il y avait également la veuve Rochan, les sœurs de Nailes et une dame qu'il connaissait pas : Madame de Slaen. De manière étonnante, Evart fut étonné d'être le seul homme présent mais, dans un sens, il fut particulièrement flatté. C'était décidément le signe avant coureur de sa bonne fortune.

Le salon était admirable d'élégance. En face de fenêtres à petits carreaux qui donnaient sur les champs du Pelennor, il y avait une cheminée en pierre de taille qui diffusait une chaleur douillette dans toute la pièce. Allié à cela, des tapis épais et de jolies teintures aux couleurs rouges donnaient une ambiance rassurante qui convenaient parfaitement aux discussions intimes entre quelques amis. Rapidement le jeune homme fut le centre de l'attention et il put parler de lui avec un plaisir affiché et notamment sur ses voyages lorsqu'il travaillait pour une compagnie commerciale.

Pour ne pas trop parler de lui, le jeune homme préféra leur parler du Sud en lui-même. Aucune d'entre elles n'avaient visité le Sud et, dès lors, il pouvait leur raconter à peu près ce qu'il souhaitait. Ainsi il leur parla des paysages désertiques, des senteurs d'épices, des caravanes, des couleurs chatoyantes des tissus, des fruits exotiques... qu'il avait plus ou moins vu mais il continua sur des éléments qu'il n'avait pas vu mais qu'on lui avait souvent conté : les gigantesques oliphants, des monstres de pierre géants... Il se permit également de parler des paysages qu'il n'avait pas vu : les cheminées de pierre sur les flancs Sud des montagnes du Mordor, les déserts de sable blanc, la chaussée des géants... Bref il leur vendit son affaire avec talent et épata ces dames par ses vastes connaissances de la région.

Allié à quelques amuse-gueules et épices confites, le jeune homme passa un excellent moment et s'en retourna chez lui en toute fin d'après-midi. Triant quelques papiers, il s'attendait à une soirée d'ennui lorsqu'on frappa à la porte. Interrompant son repas, un vagabond lui dit qu'il était envoyé par Iroas car l'Intendant des Oliri rencontraient une personne inconnue dans une auberge dans le bas de la cité. D'un pas rapide, ils durent dévaler les rues pour arriver jusqu'au « Bon Repos ». De bonne réputation, cette auberge disposait d'une grande salle commune. Regorgeant de quelques coins sombres, elle était noire de monde et, en plus, plutôt sombre. S'installant à une table, Evart attendit la venue de son fidèle homme de main qui s'installa et murmura :


- Motierre est là-bas, dans une alcôve. Un de nos hommes est dans l'alcôve adjacente et tente de récupérer le plus d'information possible. Je ne connais pas son interlocuteur.

Essayant de reconnaître l'homme, les yeux du garçon s’écarquillèrent lorsqu'il reconnut enfin l'homme :

- Mais c'est Boromir Celesil. C'est un des féaux de Tiber Goloth les plus fidèles. La menace se confirme donc … marquant une pause, le hobereau se permit de réfléchir. Lorsqu'il s'en ira, il vous faudra le bousculer et faire tomber ses documents pour essayer d'en connaître le contenu. Faites-le ici que je puisse vous aider dans cette tâche.

Prenant son mal en patience, Evart commanda un vin chaud aux épices et attendit qu'un événement se produisit. Bientôt Motierre s'en alla d'un pas léger suivi de peu par Celesil. Alors que celui-ci passait devant la table des deux compères, Iroas se leva brusquement et bouscula l'homme qui fit tomber une liasse de documents. Suivant son aîné, le nobliau se leva également et lui déclara confus :

- Toutes nos excuses Messire. Nous allons vous aider.

Se baissant, ils amassèrent les divers documents un à un en tentant de mémoriser le plus possible. Ils avaient à peine plus de quelques secondes et il faisait très sombre, c'était donc une tâche mal-aisée et ils durent se résoudre à rendre les documents à Celesil à l'exception d'un qu'Iroas avait pu barboter. Une fois celui-ci partit, ils se décidèrent également à quitter l'auberge suivi par le vagabond censé leur retranscrire la discussion.

Arrivé chez lui, Evart les mena dans son bureau et il interrogea le premier vagabond qui lui raconta ce qu'il avait pu entendre. A priori, ils avaient parlé des affaires des Oliri, de futures négociations... mais aussi des activités de l'immense empire commercial des Ronce Oliri. Lui lâchant une pièce, le jeune homme continua avec Iroas qui avait reconnu quelques papiers, principalement des copies des lettres échangées avec Gyan Oliri. Tâchant de se remémorer les papiers qu'il avait vu, Evart se rappela de quelques documents concernant les activités du comptoir et surtout d'un espèce de grand tableau qui était en fait la comptabilité du comptoir de Minas Tirith. Bref il fournissait tout ce qui était possible et important pour n'importe quelle compagnie commerciale. Congédiant Iroas, le jeune homme rangea le papier qu'ils avaient récupéré dans son coffre puis il se mit réfléchir. Comment profiter de cette situation ? Que pouvait-il faire ? Le plus simple était bien entendu de lui faire croire que les Oliri aient des informations sur un possible bail miraculeux. L'idée est de lancer les Goloth dans une bataille d'enchère pour un bien valant presque rien. Ainsi donc il devrait rencontrer Gyan avant de prendre aucune décision. Au beau milieu de la nuit, le jeune homme se décida à aller dormir.


Dernière édition par Evart Praven le Mer 17 Fév 2016 - 22:59, édité 1 fois
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Sam 2 Mai 2015 - 18:07
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Depuis quelques jours, Evart vivait dans un état euphorique : la comtesse d'Ismaren s'était enfin décidé à lui confier une très belle somme d'argent et, comme une bonne nouvelle ne venait jamais seule, plusieurs autres personnes lui avaient également confié une part de leurs économies. C'était probablement l'une de ses missions les plus importantes. S'il voulait s'installer définitivement dans la finance, il se devait de faire le meilleur placement possible. Cela faisait donc deux jours qu'il se rongeait les sangs pour savoir ce qu'il devait faire exactement. Il avait commencé par lancer son prêt destiné aux citadins de Minas Tirith pour profiter des emprunts de la Guilde des Épiciers. Cela devrait lui permettre de récupérer de jolis biens immobiliers qui pourraient rapporter gros. Cependant il lui faudrait se diversifier en se chargeant aussi de récupérer des terres agricoles qui formaient toujours un placement solide, en investissant dans des compagnies de commerce ou d'industrie qui étaient d'un excellent rapport -bien qu'un peu plus risquée-, dans des prêts d'institutions comme le Trésor du Roi ou des corporations et pourquoi pas dans la perception de taxes comme l'impôt sur le sel en achetant ou investissant dans un grenier à sel, par exemple.

Alors qu'il avait fait un rapide tour de ses commerces, Evart se rendit dans son bureau de change pour vérifier les activités des derniers jours. De manière étrange, seulement un prêt avait été contracté. Avait-il mal calculé son affaire ? Certainement pas, c'était impossible. Alors quoi donc ? Appelant le jeune Amelot, celui-ci lui avoua que personne n'était au courant qu'il existait un nouvel emprunt innovant que proposait la Guilde. A cette nouvelle, le sang d'Evart ne fit qu'un tour. Comment ces imbéciles de la corporation pouvaient ils faire cela ? Le jeune homme s'étranglait à cette idée. Il leur avait presque tout fait, leur proposait de remplir leurs coffres et ces idiots s'amusaient à gâcher leur chance. Enrageant, Evart était outré. Ils n'avaient qu'une chose à faire : faire connaître l'emprunt. Toutes les modalités avaient été fixées par le jeune homme. Quelle bande d'incapables !

Prenant à peine le temps de se vêtir, il se dépêcha de rejoindre le siège de la corporation. Entré dans les bureaux du grand maître de la jurande, il exigea de voir Maître Tomer. Son secrétaire argua qu'il n'était pas disponible et qu'il lui fallait prendre rendez-vous. Presque fou-furieux, Evart se dirigea tout de même vers la porte pour la forcer mais il fut retenu par le secrétaire qui lui barra la route. Étant bien plus grand et fort que lui, le jeune homme se raisonna et préféra se diriger vers les bureaux du trésor de la guilde. Là encore le secrétaire justifia de l'indisponibilité de son maître mais, cette fois-ci, le noble ne comptait pas abandonner la partie. Enrageant encore et toujours, il batailla avec le secrétaire qui proposa un compromis : il essaierait de lui faire rencontrer le trésorier mais il devait attendre là. Tandis que le secrétaire entrebâillait la porte, Evart se glissa dans l'interstice et explosa :


- Beldir ! Qu'est ce vous faites ici !? Qu'avez vous fait !?

Visiblement agacé par le comportement du jeune homme, le trésorier mi étonné mi énervé répondit :

- Mon travail, Evart ! Mon travail !

- Précisément ! J'aimerais le croire ! Comment se fait-il que nul ne soit au courant que la corporation ait lancé un nouvel emprunt !?!

- Eh ben ! Nous avons fait comme d'habitude ! Que voulez vous faire d'autre ?

- Ainsi donc vous ne comprenez pas ! Cet emprunt n'est pas destiné à quelques riches financiers mais bien auprès de tous les citadins de Minas Tirith ! Il faut que tous soient au courant pour que chacun puisse répondre à l'emprunt ! Ah mais que ne faut-il pas faire ici !? Ne pouvez vous donc pas vous débrouiller!
D'une voix autoritaire, il lui jeta une feuille vierge. Écrivez ! « A destination de tous les membres jurés de la Guilde des Épiciers de Minas Tirith. Le maître de notre belle jurande vous fait savoir par ma voix des emprunts que notre belle jurande souhaite contracter ... » Finissant la lettre d'explication, il ordonna qu'elle soit recopié à destination de tous les membres de la guilde pour qu'ils la fassent connaître auprès des habitants de la ville.

- Mais je ne vais pas tout de même la recopier ça, ce n'est pas mon travail.

- N'avez vous pas un secrétaire ? N'y a t il pas des Secrétaires du Trésor ? Vu la communication faite, je doute qu'ils aient beaucoup à faire ! Vous ferez faire également une dizaine de placards qui puissent informer tout le monde plus facilement ! Aller, au travail !


Face à la réaction toujours emportée et énervée du jeune homme, le trésorier se décida à s'imposer :

- Je n'aime pas beaucoup votre ton ! Ne me prenez pas de haut comme cela !

- Je ne vous prendrais pas de haut si vous cessez de faire des idioties comme celle qui s'est produite. Si vous préférez la banqueroute, je peux aussi en finir et me contenter d'autre chose !

- Sortez !

- Soit mais si vous voulez vous sortir de vos turpitudes financières, il va falloir commencer à se bouger.


Sortant en claquant la porte, Evart continuait à enrager. Comment cet imbécile pouvait être toujours emploi d’orgueil ? Il devrait s'exécuter ventre à terre tellement son incompétence était flagrante ! Toujours excédé, il rencontra par le fruit du hasard le maître de la guilde des épiciers qui, certainement mis au courant de la rage du jeune homme, prit une voix chaleureuse et rassurante :

- Alors Evart ? On m'a dit que vous vouliez me voir ?

- Oui ! Concernant l'emprunt que je vous ai proposé,
répondit-il en tâchant de se calmer.

- Oui et ?

- Eh bien, alors que je vous ai proposé cet emprunt et ces nombreuses modalités, rien n'a été fait. Il n'y avait pourtant que la communication à assurer, ce n'est pas beaucoup quand même !

- Oui je sais Evart mais, vous savez, c'est la première fois que nous réalisons cela. Nous avons peu d'expérience sur ce point.

- Je peux comprendre oui,
répondit le jeune homme en tâchant toujours de se calmer.

- Ne vous inquiétez pas, je sais ce que c'est. Dit le vieil homme avec une pointe de compassion.

- Dans ce cas, voudriez-vous bien vous assurer que les instructions que j'ai donné à sire Beldir soient bien exécutées ?

- Des « instructions » ? Ah vous prenez vite les choses en main !

- Il faut bien.
Répondit le jeune homme bougonnant.

La remarque et le ton ne manquèrent pas de faire rire le maître de la guilde qui lui donna une accolade amicale et fila vers le bureau du trésorier. Toujours énervé, le jeune homme quitta la bâtiment rejoindre son office. Bien entendu il ne s'était pas fait un ami avec son intervention mais il pouvait difficilement se retenir face à tant de stupidité. Quand l'incompétence se mêlait à la paresse, il ne pouvait qu'enrager. Il leur faisait tout et eux n'avaient qu'à exécuter docilement ses instructions. Comment pouvaient-ils faire pour ne pas réussir ? Décidément, ils étaient bien limités … D'humeur exécrable, il passa un reste de journée affreux et fut même particulièrement odieux avec ses subordonnés. S'étaient-ils tous ligués contre lui aujourd'hui ?
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Evart Praven
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Dim 3 Mai 2015 - 19:01
Resynchronisation : Mois 2, Semaine 2, Jour 6

Cela faisait une semaine qu'Evart avait repris les choses en main avec la Guilde des Épiciers et maintenant cela allait mieux. L'emprunt marchait, au final, pas trop mal et de nombreux citadins se pressaient sous les portiques du siège de la corporation et cela faisait bien entendu les affaires du jeune homme. Ses prêts marchaient assez bien, des habitants de la cité blanche n'hésitaient pas à gager des biens importants pour emprunter à des taux nuls : les plus petits gageaient de jolis meubles mais d'autres n'hésitaient pas gager leurs appartements, des fonds de commerce ou des échoppes. Bref c'était un potentiel magot absolument énorme qui n'attendait que la ruine des propriétaires pour entrer dans la poche d'Evart. Évidemment tous n'allaient pas perdre leurs biens mais il ne doutait pas de faire une affaire juteuse -tout comme ceux qui lui avaient confié son argent-.

En parallèle, il avançait dans son affaire avec les Oliri. Il avait pris une journée pour faire un aller-retour à Osgiliath et définir avec Gyan la conduite à tenir. Leur plan était simple : une innocente lettre d'Osgiliath informerait Motierre que Gyan souhaitait faire l'acquisition d'une mine des Montagnes Blanches dont le bail allait bientôt arriver à l’hôtel des ventes de Minas Tirith. Réputé peu productive, le juge affirmait dans le pli qu'il avait eu de nouvelles informations qui la laissait penser, en fait, riche de gigantesques filons d'or et de pierres précieuses. Bref il était près à être presque tout pour récupérer ce bail même si à priori il ne devrait pas coûter trop cher. A priori Motierre devrait en informer les Goloth qui feraient inévitablement monter les prix, sauf qu'au moment où ils atteindraient le maximum fixé par Gyan, celui-ci cesserait de surenchérir et les Goloth se retrouveraient avec une mine pauvre payée à prix d'or. Il ne devrait pas tarder à recevoir la lettre justement.

Bref alors qu'il était dans son petit office du comptoir Oliri, Evart commença par recevoir les lettres de la journée. Dans un profond soupir, il se résigna à faire son travail … ce travail si ennuyant et inintéressant … Décachetant patiemment chaque lettre, il constata la présence de la fameuse lettre de Gyan qu'il amena presque immédiatement à Motierre qui parut totalement intéressé. Celui proposa même au jeune homme un grand honneur : mener à bien l'achat du bail. Quand on connaissait les deux bouts de l'histoire, c'était évidemment une bonne excuse pour ne pas s'impliquer dans cette vente qui devait se révéler calamiteuse. Avec un plaisir non dissimulé et une modestie affichée, Evart accepta et remercia grandement l'intendant pour la confiance qu'il plaçait en lui avec une ironie dissimulée :


- C'est un immense honneur que vous me faites. Soyez certain que je défendrais les intérêts des Oliri avec la plus grande passion.

- J'en suis tout à fait certain, Evart. Allons …


Sur ces mots, les deux hommes se séparèrent et Evart s'en alla à ses affaires diverses. En début d'après-midi, alors qu'il avait fini d'expédier les affaires du comptoir, il alla jusqu'à son banc. Eberyn travaillait avec rigueur et efficacité, le jeune homme avait eu une excellente idée en l'embauchant, il se révélait être un homme tout à fait précieux … Amelot quant à lui était un auxiliaire très efficace, bon vendeur et travailleur. C'était lui qui avait géré presque entièrement les prêts aux citadins mais, comme Evart voulait diversifier les placements de ses commanditaires, il préparait une nouvelle forme de prêt.

Celui-ci était plus classique. De la même façon que le précédent, il présentait un taux nul mais se destinait plus aux agriculteurs et paysans de la région. Son commis devrait aller de village en hameau et se renseigner sur les personnes ayant des difficultés financières. En échange d'un peu d'argent qui leur permettrait de survivre, d'investir dans de l'outillage ou d'acheter des semonces, il leur demandait pour seul garantie leurs terres. Avec un peu de chance et l'hiver qui s'éternisait, il pourrait facilement récupérer leurs terres et, ainsi, accroître ses biens avec ce placement solide et rentable qui constituait une base indispensable de toute puissance qui se respecte.

Bien entendu, il n'avait aucune envie de battre la campagne pour rencontrer tous les rustres paysans qui auraient besoin d'un prêt et il chargerait certainement Amelot de cette besogne. Avec lui, il fixa les diverses règles liés au prêt sur les garanties, le calendrier... Une fois ces petites affaires réalisées, le jeune homme s'intéressa aux comptes de son établissement qui tournait plutôt bien …
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Evart Praven
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Mar 5 Mai 2015 - 1:31
Resynchronisation : Mois 2, Semaine 3, Jour 4

Aujourd'hui encore, Evart était gagné par une certaine excitation. Encore fois, c'était un moyen de se distinguer auprès de puissants qui pourraient l'aider dans son ascension. Avec un peu de chance et surtout du talent, il pourrait jouer le plus vilain tour imaginable aux adversaires des Oliri : leur faire perdre de l'argent. Évidemment cela lui attirait certainement les inimités de la part des Goloth mais il était trop secondaire et se contentait de servir loyalement ses patrons. Quoiqu'il en soit, il se prépara à l'enchère qui se déroulait en fin d'après-midi à l’hôtel de ville. Encore plus que d'habitude, il s'habille à la manière d'un commis d'une quelconque compagnie avec des habits simples de couleur noir, une chemise blanche et un pantalon de velours noir. Pour ce soir, il souhaitait passer pour un simple servant exécutant docilement les instructions. Cela ne pourrait que « l'affaiblir » dans la surenchère de ce soir et donc faire commettre une erreur à son adversaire.

Lorsqu'il était déjà assez tard, Evart se dirigea d'un pas léger vers l’hôtel de ville. La vente aux enchères se déroulait dans une des nombreuses salles de l'hotel de ville, elle était assez grande et doté de grandes fenêtres qui diffusaient la pâle lumière de ce soleil couchant d'hiver.   Il se plaça au troisième rang comme le faisait nombre de servants, assez loin des premiers rangs qui étaient réservés aux marchands importants et aux personnalités tandis que les derniers servaient plutôt aux badauds et aux personnes voulant rester discrètes. Comme bon nombre de ses congénères, le hobereau était arrivé à l'avance et put discuter de manière discrète avec les servant de l’hôtel de ventes :


- Bonjour Messieurs. Je souhaitais avoir un renseignement. Vous savez s'il y a des gros bonnets qui viennent pour la vente de ce soir ?

- Pas en personne, non. Il y aura une foule de marchands locaux et quelques représentants des plus éminents membres de la Compagnie du Sud. Si j'ai bonne mémoire, vous représentez les Oliri mais il y a aussi Adgor Athem qui sert les Ronce, Ulfren Moriss qui a délégation pour le Grand Maître Sora et Ansfel Suiron qui représente officiellement les Goloth. En dehors de ça, pas grand chose, non.

- Je vous remercie.

- Bonne vente, Monsieur.


Tandis que le commissaire entrait dans la salle, Evart rejoignit son banc. On commença par des valeurs qui n'intéressaient en rien le garçon : des bois, des terres et baux divers sans la moindre valeur pour un marchand de pierre. Néanmoins cela aurait pu intéresser les personnes ayant investies de l'argent dans l'affaire de change d'Evart qui cherchait toujours un bon placement. En réalisant une étude bien à l'avance, il pourrait peut-être déterminer quels seraient les baux promettant le meilleur rendement en y mettant un peu d'énergie. Puis ce fut les carrières de pierre, cela intéressait déjà plus les Oliri qui l'avait chargé d'obtenir trois petites exploitations qui pouvait s'annoncer rentables. Deux d'entre elles furent obtenues à un prix convenable mais la troisième arriva à des prix trop hauts au regard des évaluations préparés au comptoir.

C'est alors que commença l'enchère sur le bien que « souhaitait acheter » Evart. Au début ils étaient trois ou quatre à surenchérir sur de petites sommes qui montèrent peu à peu. Puis tout à coup, un autre homme relança l'enchère. D'un coin de l’œil, il reconnut Ansfeld Suilon placé au fond. L'obligé des Goloth leur servait donc d'homme de paille. Au grand étonnement de la salle, l'enchère commença à partir vers des taux extrêmement élevés au regard de la valeur affichée du bien. Tant et si bien que tout le monde commença à surenchérir dans l'espoir de trouver un bien d'exception. Néanmoins lorsque les prix leur parurent atteindre des sommets bien trop élevés et que l'affaire fut jugée bien trop risquée, ils cessèrent. Il ne restait que Ansfeld et Evart.

L'homme paraissait serein et impénétrable. A son age, il avait sûrement connu bien des ventes et il était certain de la partition qu'il jouait. A contrario, Evart n'avait qu'à se laisser aller à ses sentiments -ce qui était déjà difficile pour lui-. Il était réellement inquiet. Si les Goloth avaient flairé le piège, ne risquait-il pas de s'arrêter plus tôt que prévu ? Que ferait-il en se retrouvant avec une mine hors de prix mais qui ne valait rien ? Le jeune homme avait l'impression d'étouffer et des gouttes de sueurs perlaient à ses tempes. Il jetait des regards inquiets à Ansfeld qui prenait petit à petit un air légèrement supérieur. Lui devait exulter de voir un jeune blanc-bec se faire rouler ainsi. Ils avaient déjà explosé le prix désiré maximum affiché par Gyan Oliri dans sa lettre.

Tandis qu'ils approchaient du prix le plus haut que Gyan était prêt à concéder, les enchères se firent moins pressantes. C'était comme si chacun hésitait à prendre plus de risque et voulait mettre la pression à son adversaire. C'est à ce moment que le jeune noble faillit tomber dans les pommes, le commissaire commençait le décompte et c'était toujours lui qui avait l'enchère. Tout à coup, Ansfeld surenchérit encore une fois. C'était la fois de trop, Evart fit comprendre à tout le monde qu'il se couchait et lacha un soupir de soulagement. C'était fini, il avait bouclé ce tour de force. La pression retomba d'un coup sec et, encore une fois, il se sentit mal. Jetant un œil discret à son adversaire, celui-ci semblait près de s’étouffer. Il semblait avoir compris. On avait pas atteint le prix limite, c'était bien que c'était un piège dans lequel il était tombé. Il vira au rouge et ses yeux se révulsèrent.

Pris dans ses émotions, la salle continua les enchères sans trop se battre. Elle semblait comme sonnée par la partie qui venait de se jouer. Bien qu'il restât un bien potentiellement intéressant, Evart préféra ne pas se lancer dans la bataille, il avait fait son travail. Cela devait en rester là. Enfin la cloche sonna la fin de la vente et il se leva pour se diriger vers la sortie. C'est alors qu'il fut violemment attrapé par Ansfeld qui le plaqua dans le mur en vociférant :


- Vous m'avez roulé ! Misérable vermisseau !

- Mais … mais … de quoi parlez vous ? Les Goloth ont acquis une superbe mine, vous devriez être content.
Lui fit remarquer Evart avec une pointe d'ironie.

L'arrogance du jeune homme fit perdre tous ses moyens à Ansfeld qui le plaqua à nouveau contre le mur, le frappa à plusieurs reprises et le jeta au sol. Il s'apprêtait encore à porter le coup lorsque deux huissiers le retinrent pour l'amener à l'extérieur. Il vociférait de toutes ses forces et promettait mille tourments au garçon. Lui-même toujours au sol put se relever par l'intermédiaire de quelques personnes qui l'aidèrent. Avec une certaine amabilité, elles compatirent à la situation et ne manquèrent pas de critiquer l'attitude emportée et tout bonnement inadmissible du marchand. D'une voix agréable et égale, Evart les rassura sur son état et se permit même une petite pointe d'ironie sur la situation. Il avait « perdu » sa vente et, maintenant, il « perdait » un pugilat, c'était décidément pas son jour. Intérieurement, il bouillait. Ce misérable rustre avait osé le frapper. Il se vengerait, c'était certain. Il lui ferait payer l’humiliation qu'il venait de subir. Ainsi, et malgré sa victoire, Evart était donc dans une colère froide et il rentra promptement chez lui …
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Evart Praven
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Mar 5 Mai 2015 - 22:52
Resynchronisation : Mois 2, Semaine 3, Jour 5

Bien entendu, le jeune homme n'avait que peu dormi cette nuit. Tout à la fois, il était excité par ce qui s'était joué la veille, énervé par la réaction violente d'Ansfeld, angoissé par celle de Motierre. Bref il était debout très tôt, discuta avec Iroas et se permit d'aller jusqu'au comptoir des Oliri avant l'aube. Bien entendu, il arriva en premier et se prépara à la venue de Motierre. Bien entendu, celui-ci devait être au courant de ce qui c'était passé et il allait certainement arriver très tôt.

Évidemment il y avait toujours le risque qu'il puisse s'enfuir. Cela n'était évidemment pas possible durant la nuit puisque les portes étaient fermées. Pour la matinée, il avait justement chargé Iroas de surveiller les quelques portes de la ville pour vérifier s'il ne partait pas. A dire vrai, c'était peu probable. Les marchands partaient rarement en laissant tous leurs biens en plan, ils préféraient solder le tout -quitte à perdre à la marge- et partir avec un pécule suffisant pour survivre.

Fort heureusement, Evart avait vu juste et l'Intendant Motierre arriva au petit matin. Il paraissait furieux, ce qui était parfaitement compréhensible. Au regard de son aspect, il était très prêt de s'en aller, il avait deux sacs, un très long manteau... Très agité, il somma Evart de s'expliquer et le mena dans son bureau. A l'intérieur de celui-ci, il sembla exploser littéralement de colère mais fit immédiatement coupé par Evart qui prit un ton impérieux :


- Silence Motierre. Les Oliri sont au courant que vous les avez trahi et que vous vendez des informations précieuses aux Goloth.

- Jamais je …

- Je vous ai dis silence. J'ai toutes les preuves nécessaires à ce que j'avance : vos correspondances, vos entrevues... Maintenant je vous laisse deux choix : soit les Oliri vous traînent en justice et vous finirez en prison et réduit à néant comme ce que vous méritez, soit vous acceptez ma proposition.

- Non, non … Je n'ai jamais trahi les Oliri !
Répondit-il plein de déni.

- Si, vous les avez trahi, vous le savez. Je vais donc vous faire une et une unique proposition : Gyan Oliri va vous confier l'intendance de la carrière de Velle-sur-Flain. C'est une très belle exploitation mais qui vous empêchera de porter préjudice aux intérêts des Oliri. Votre neveu sera lui affecté comme secrétaire au comptoir Oliri à Dol Amroth. Vous serez donc préservé du déshonneur et de la honte tout comme votre neveu.

L'Intendant avait tout écouté avec la plus grande attention. C'était bien le signe de sa culpabilité. S'il avait été innocent, il aurait protesté. Là il attendait de savoir quelles étaient ses possibilités. Néanmoins il continuait à dénier la réalité, c'était comme s'il espérait convaincre Evart de son innocence. Celui-ci en avait assez et il lui fit calmement :

- Je vous laisse quinze secondes pour me répondre. Sitôt le pas de cette porte franchi, mon offre ne sera plus valable.

Lui laissant le temps de se réfléchir, Evart se dirigea vers la porte jusqu'au moment où, d'une voix fébrile, Motierre lui demanda :

- Si je coopère, vous me jurez que je ne serai pas poursuivi ?

- Oui mais vous voyez, je suis sur le pas de la porte. Cela signifie que vous allez être jeté en prison et votre neveu avec.

- Attendez.
L'homme s'était levé d'un coup sec. Qu'est ce que je peux faire ? Se retournant, Evart ne dit absolument rien mais il jeta un coup d’œil insistant sur les sacs. J'ai un peu d'argent avec moi, peut-être … peut-être, que vous pourriez oublier ce léger retard.

- C'est possible, en effet.


Comme à son habitude, le garçon n'hésitait pas à concilier sa mission, son rôle et son intérêt personnel. L'Intendant plaça le sac sur la table et commença à compter son or. Il arrivait à une somme rondelette et demanda à son interlocuteur si ça convenait. D'un œil réprobateur, celui-ci lui fit comprendre que cela ne suffirait pas. Immédiatement il ajouta aussi deux ou trois pierres qui pouvaient avoir une certaine valeur. Prenant une voix rassurante, Evart continua :

- Oui, vous serez sauf. Votre neveu également.

- Je … je vous remercie.
Il semblait presque soulagé.

- Au fait, j’oubliais... Plus de petites manigances avec les Goloth et, bien sûr, pas un môt … Sur rien … Lâcha le jeune homme qui était à la fois fier et glacial. Vous partez demain matin à la première heure, je me chargerai de vendre vos biens au meilleur prix, vous avez jusqu'à midi pour préparer votre bureau puis vous ferez vos adieux aux membres de la compagnie. Je vais vous aider à tout préparer, nous avons peu de temps.

Mettant de coté son sac d'or, Evart « aida » l'intendant à ranger son bureau. Ils passèrent la matinée à classer les dossiers qui devaient rester ici, à ranger ceux qui devaient partir avec Motierre. Celui-ci avait adopté une attitude résignée envers Evart et ses agissements. Il était prêt à tout accepter comme, par exemple, le fait que le jeune homme garda les lettres échangées avec les Goloth. Pour lui, ça ne serait pas perdu et pouvait toujours faire un moyen de pression quelconque. Bref, ils purent tout préparer pour midi puis Motierre fit ses adieux aux divers servants du comptoir.

Au cours du reste de la journée, Evart expédia les affaires courantes du comptoir. C'était lui qui gérer le comptoir en attendant l'arrivée, au lendemain, du nouvel intendant puis quelques semaines plus tard, le nouveau secrétaire du comptoir. En discutant avec Gyan, il avait obtenu d'être libéré de cette charge trop contraignante mais il avait accepter de servir de contrôleur. Il aurait simplement la charge de vérifier les comptes, le bon fonctionnement du comptoir, la présence ou non de faux et, éventuellement, il pourrait participer à des ventes ou autres. En fin de journée, il rentra tranquillement chez lui et prit un repos bien mérité.
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Evart Praven
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Jeu 14 Mai 2015 - 19:09
Resynchronisation : Mois 2, Semaine 4, Jour 6

Depuis une semaine, Evart vivait dans une pression perpétuelle : il avait expliqué les tenants et les aboutissants du comptoir au nouveau puis au nouveau secrétaire, il avait fait un bilan de l'emprunt des épiciers, on lui avait également promis le poste de Secrétaire du Trésor qui se libérait dans la semaine, avec son commis il avait géré la distribution de prêt dans les campagnes aux alentours de la cité blanche et il avait même trouvé le temps de se pencher sur son problème d'approvisionnement en plantes pour l'herboristerie. Maintenant la pression retombait et une sorte d'angoisse pointait en lui.

En fait, c'était plutôt un sentiment étrange qu'il éprouvait. En soit, il n'avait aucun motif d'inquiétude ou d'angoisse. Cependant il éprouvait un sentiment étrange, peut-être une pointe de lassitude. En fait, il était plutôt tourmenté par ses propres questionnements … Il se demandait surtout pourquoi … Pourquoi faisait il tout cela ? Certes on pouvait dire que l'argent était un motif -encore qu'on n'était pas obligé d'accumuler la richesse-. Ne pouvait-il pas vivre heureux avec ce qu'il avait déjà ? Sans être particulièrement riche, c'était un jeune homme aisé possédant plusieurs commerces respectables qui tournaient bien. Avait-il besoin de se lancer dans des opérations de banque aussi dangereuses que mal vues ? Certainement pas et, pour tout dire, il pressentait qu'elles allaient lui causer mille tourments. Ne devait-il mieux pas abandonner ça pour mener une vie tranquille ? Il pourrait certainement épouser une demoiselle de la bonne société locale, se constituer un petit patrimoine, avoir des enfants qu'il éduquerait avec les meilleures mœurs possibles...

Prenant le temps de l'introspection, il se rendit compte qu'en fait, il aimait ça. Pas seulement l'argent ou même le pouvoir qu'il n'avait pas mais aussi le stress crée par ces situations. D'une certaine façon, il était un peu comme ces guerriers qui finissaient par devenir dépendant au combat et aux armes. Lui devenait plus ou moins dépendant aux montages financiers et à l'effort mental. Depuis qu'il était venu à Minas Tirith, il avait l'impression que le travail effréné le prenait toujours plus et, surtout, qu'il adorait ça … C'était décidément un sentiment bien étrange qu'il éprouvait. Plus qu'une lassitude, c'était en fait une inquiétude pour l'avenir. Ne risquait il pas de se faire trop d'ennemis ? Ne risquait-il pas de tour perdre à force de vouloir tout avoir ? Cet état étrange de déprime et expectatif dura pendant trois jours.
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Evart Praven
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Mar 26 Mai 2015 - 1:22
Resynchronisation : Mois 3, Semaine 1, Jour 2

Aujourd'hui était un jour de fierté pour Evart qui allait enfin être reçu comme Secrétaire au Trésor de la Guilde des Épiciers. En effet, l'emprunt proposé par le garçon avait bien marché et s'annonçait très intéressant pour les finances de la corporation et pour les siennes propres -après tout, si on pouvait concilier l'utile à l'utile-. S'étant habillé élégamment mais aussi discrètement, il attendait maintenant dans l'antichambre du Conseil de la Guilde. Anxieux, il faisait les cent pas dans cette belle pièce jusqu'à ce qu'un huissier ouvrit la large porte.

Pénétrant dans la grande chambre où siégeait le conseil, Evart se permit d'admirer les lieux pour éviter le stress causé par la situation. Les lieux étaient une débauche de luxe et de panache, en effet, de lourds panneaux de bois sombre finement ouvragés donnaient un aspect chaleureux à la pièce, à sa gauche, il pouvait entrevoir une série de fenêtres à petits carreaux colorés tandis qu'en face il y avait une lourde table de chêne entouré de quelques femmes mais surtout d'hommes engraissés par leur richesse. Exactement en face de lui, dans un siège plus majestueux, Maître Torren présidait cette auguste assemblée. Empli de suffisance, il paraissait dès plus heureux et ça se comprenait. Comme au palais ou à la Compagnie du Sud, la Guilde des Épiciers était sujette à la politique et aux jeux d'influence. Chacun voulait placer ses pions et les différentes factions menaient une guerre larvée. Au regard de ses compétences, Evart s'était imposé tout naturellement au plus grand bonheur du maître qui pouvait placer un pion utile dans un domaine important. D'une voix solennelle, il déclara :

- Messieurs. Eu égard à ses compétences et à tout le bénéfice que notre honorable jurande a tiré de celles-ci, je vous demande de le recevoir dans le Secrétariat au Trésor qui a amplement besoin de ses humbles services. Nous savons tous qu'il a été d'une aide excessivement précieuse lors de ce Rude Hiver et qu'il nous a évité une banqueroute dévastatrice pour notre beau métier et la ville elle-même. Je mets donc cette nomination au vote du conseil.

Une partie des mains de la salle se levèrent. Rapidement, il compta quatorze voix sur vingt-cinq. Il y avait évidemment la faction du maître de la guilde qui totalisait sept voix, celle d'Amaund Eluen qui regroupait quatre voix, Ariette Wallen qui regroupait trois voix. Les affidés de l'actuel trésorier préfèrent s'abstenir tandis que les adversaires de Torren s'étaient prononcés contre la nomination du garçon. Même si cela lui suffisait, il éprouva tout de même un certain ressentiment surtout vis-à-vis du trésorier qui s’aveuglait par pure jalousie. Ainsi le garçon se jura qu'il s'occuperait de lui à la première occasion que la vie lui offrirait. Se levant, le Grand Maître déclara solennellement :

- Ainsi donc le Conseil a approuvé cette nomination. Evart, vous pouvez jurer.

Sur ces mots, le jeune homme mit genou à terre. Pour éviter un gadin mémorable, le jeune homme avait répété plusieurs fois. Après tout, sa jambe difficile aurait pu lui jouer des mauvais tours. Arrivé à terre, il commença à parler d'une voix presque chevrotante. Bien qu'il connut son texte par cœur et qu'il aurait tout à fait pu le dire normalement, il préférait faire le jeune commis effrayé et peu sûr de lui qui récitait son discours tétanisé par la situation :

- A vous, messires, qui êtes rassemblés ici, je jure la plus grande fidélité et diligence à la Corporation des Épiciers que je servirai avec honnêteté sans y trouver un quelconque intérêt personnel.

Finissant sa tirade, il se releva difficilement en tirant sur sa jambe difficile. Une fois debout, il s'inclina légèrement et tourna les talons. Une fois dans l'antichambre, il attendit patiemment et se permit même de se servir un verre de vin. Ensuite il s'assit tranquillement sur un des fauteuils pour reposer sa jambe. Deux heures plus tard, les conseillers sortirent de la pièce en finissant par le Grand Maître qui lui donna l'accolade et ce malveillant trésorier qui lui déclara avec une fausse bonhomie :

- Ah, mon bon Evart, je suis ravi de vous voir à ce poste, je me fais une joie de travailler avec vous. Tout à coup, il prit comme une voix gênée. Concernant …

- Non, non. Ne vous inquiétez pas. Il me semble qu'un de vos proches, un cousin ou un neveu, était parmi les candidats. Il paraît logique que vous vouliez favoriser vos proches. D'ailleurs votre abstention prouve bien que vous ne me vouliez pas grand mal.


A dire vrai, il ne doutait pas que, conscient que la nomination se passerait malgré tout, il avait préféré se ménager une porte de sortie honorable plutôt que de rentrer en conflit avec un futur subordonné, surtout quand celui-ci était plus intelligent que lui -ce dont ne doutait pas le garçon-. Tandis que le maître le pria de trouver rapidement un bureau avant de se voir remiser dans un coin sombre du bâtiment, Evart proposa au trésorier de lui faire la visite du siège de la guilde.

Outre le rez-de-chaussée qui abritait principalement des entrepôts pour les denrées qui étaient ensuite revendues aux épiciers de la ville, le premier étage abritait principalement des pièces d'apparat : la grande salle qui servait aux assemblées générales de la jurande était splendide, richement décorée de tentures et peinte de milles couleurs, la salle du conseil qui abritait sous les yeux des tableaux des anciens maîtres une belle table marquetée. Plus loin il y avait ce qu'on appelait l'aile des maîtres qui rassemblait les vastes appartements dévolus au chef de la guilde. Chose qu'Evart ne connaissait pas, il y avait derrière ses pièces d'apparat, des petits couloirs et bureaux exigus, là ou dans l'entre-sol du dessus, habités par les petites mains de l'organisation.

Puis ils visitèrent le premier étage. Lui aussi abritait des pièces élégantes et haute sous plafond, on y trouvait une aile presque entièrement dédiée aux services du Trésor tandis que celle en face l'était aux affaires politiques et corporatistes de la guilde. Au centre, il y avait quelques bureaux d'officiers prestigieux mais surtout la vaste bibliothèque de la guilde. A dire vrai, bien qu'il soit moins splendide que l'étage du dessous, c'était certainement le lieu que tous les petits commis du siège rêvait d'occuper.

Puis il le mena au dernier étage, outre une toute petite cour intérieure, il y avait une foule de petits bureaux qui servaient aux différents commis. Rapidement, il fit le tour de ceux qui concernaient Evart à l'exception de quelques absents. Puis le trésorier le mena jusqu'à un petit bureau qui donnait sur la modeste cour intérieure, ils y trouvèrent deux jeunes commis qui se présentèrent :


- Messire, je me permets de nous présenter Amaund Olgor et Risard Ryssen. Nous sommes venu vous accueillir et espérer que notre collaboration sera dès plus fructueuse.

Les deux commis s'éclipsèrent et l'un d'entre eux récupéra un petit pupitre qui était posé sur une table à l'angle de la pièce. Étrangement, Evart éprouvait une sensation étrange comme s'il était roulé. D'un coup d’œil insistant, il comprit tout. Le lieu était propre, impeccable même sans rien qui dépasse -comme si on avait tout déménager proprement- et, qui plus est, ouvert alors que la tradition voulait qu'on fermât à clef le bureau d'un mort. N'aimant pas cet office exiguë et mal situé, le locataire -sûrement un des deux compères- avait manigancé pour récupérer un meilleur bureau. Tel un chat, le hobereau glissa mielleusement :

- Je suppose que ce n'était pas là le bureau de mon prédécesseur. Pris par surprise, le trésorier esquissa un mouvement de tête. Pourrais-je au moins reprendre son travail ?

- Oui, je vous y mène.


Le couloir traversé, l'homme ouvrit une lourde porte qui était fermée à clef. Le bureau là était plus grand, mieux décoré et surtout, il donnait sur une belle cour de la cité face au siège de la guilde des changeurs, on pouvait même voir, au loin, les champs du Pelennor. Il y avait ici de la poussière sur les meubles et des affaires un peu partout. Sur une console, Evart constata la présence du livre de compte de l'année passée. Posant son propre pupitre à coté, il déclara avec un certain empressement :

- Il devait assurer les contrôles sur le livre de compte de l'an dernier. Je pense que je vais reprendre son travail, ça me permettra en outre de me familiariser avec les finances de notre belle jurande.

Prenant le registre, il le posa sur le bureau et installa son pupitre pour sortir ses encres et ses plumes. Quelque peu gêné, le trésorier se permit une réflexion :

- Ne croyez vous pas que …

- Ce travail soit trop complexe pour moi ?
Le coupa Evart qui s'approchait de lui à grands pas. Non, ne sous-estimez pas mes compétences, je ne suis pas aussi  mauvais que mon âge pourrait le faire croire ! Finit-il avec un sourire charmeur.

- Non, il s'agirait plutôt de …
tenta-il alors que le jeune homme posait une main contre son omoplate.

- Vous pensez que c'est trop inintéressant ? Ou peut-être trop en dessous de mes compétences ? Ne vous inquiétez pas, c'est une tâche qui peut paraître ingrate mais qui est, dans tous les cas, nécessaire. Ne vous inquiétez pas de trop, je mettrais mes compétences à votre complet service dès que ces modestes tâches seront terminées.

Evart l'avait coupé à nouveau et en avait profité pour le pousser gentillement vers la sortie. Une fois cet incommode visiteur renvoyé, il s'installa derrière son bureau et commença à « travailler ». En fait il attendait une visite qui ne tarderait pas. Amaund Olgor entra dans la pièce. Sans doute espérait-il récupérer ce bureau et placer Evart dans son taudis. C'était amusant comme dans ce monde de fonctionnaires, commis et officiers le bureau, sa taille et son emplacement prenait rapidement une importance capitale bien ridicule au regard des grands problèmes qui bouleversaient le monde. Amaund semblait passablement énervé et avec une pointe d'angoisse déclara :

- Mais qu'est ce que vous faites ici ?

- Vous voyez je reprends le travail de mon prédécesseur.
Répondit Evart en posant sa plume, se levant et se dirigeant vers son interlocuteur. Je sais que ce n'est pas une besogne dès plus agréable et je ne voudrais pas m'en débarrasser.

- Oui mais …

- Oh je vous remercie mais je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse. Votre aide est très généreuse mais je pense pouvoir me débrouiller seul, en tout cas, pour le moment. Soyez certain que je ferai appel à vous sitôt que je rentrerai un problème épineux, soyez sans crainte.


Évidemment Evart coupait la parole de tout le monde aujourd'hui -ce qui était très pratique pour ne pas entendre ce qui ne devait pas être dit-. Alors qu'il parlait il s'approchait de plus en plus du jeune Olgor qui recula d'un pas. Ce fut le pas suffisant pour le nobliau qui ferma la porte et repartir au travail. Prenant quelques secondes, il savoura cet instant. Avec un peu de hardiesse -toute marchande, bien entendu-, il avait récupéré un office digne de ses capacités et de son rang social. Désirant montrer tout de même son empressement à la tâche, il se permit de finir très tard avant de rentrer chez lui pour prendre un repos bien mérité.

HRP : Un plan du siège arrivera bientôt langue
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Ven 29 Mai 2015 - 23:42
Resynchronisation : Mois 3, Semaine 2, Jour 1

Depuis plus d'une semaine qu'il était dans la Guilde, Evart avait longuement travaillé aux besoins de la noble jurande. Il avait terminé les contrôles sur les comptes de l'année précédente et s'était assuré de leur bonne tenue. Comme dans n'importe quelle compagnie, il y avait des irrégularités mais rien d'inquiétant. Ça pouvait être de la petite corruption, de l'argent détourné pour une utilisation discrète ou simplement, et plus sûrement, des erreurs dû à l'incompétence de ses congénères … Depuis qu'il avait fini cette affaire, il s'était occupé de tâches un peu plus intéressantes en étudiant les archives de la corporation et des emprunts qu'elle devait contracter.

Aujourd'hui, alors que le temps et l'hiver commençaient à s'adoucir, le jeune homme s'était rendu très tôt au siège de la corporation. Tandis que la majorité des épiciers se consacraient plutôt à leur échoppe, Evart préférait venir tôt et éviter d'être dérangé. Parcourant la bibliothèque, il récupéra de vieux inventaires et un épais cahier qui contenaient une forte quantité de commandes de biens comme des tapisseries, meubles... Puis s'en retournant dans son bureau, il commença son affaire. A dire vrai, ce n'était pas dénué d'arrières-pensées puisqu'il espérait se distinguer à nouveau.

Dans beaucoup de corporations et, même dans les institutions au service du Roi, les commis et grands serviteurs n'hésitaient pas s'entourer de biens de qualité, de meubles précieux et de tapisseries fines payées par l'institution pour montrer à tous l'opulence et la puissance de celle-ci. Cependant lesdits commis ont souvent tendance à croire que, à l'issue de leur longue participation aux affaires, ces biens leurs appartiennent. L'idée d'Evart était donc de faire la liste des biens disparus pour tenter de les récupérer.

Ayant amené son âme damnée Iroas pour l'aider, ils épluchèrent de multiples livres et des billets qui, pour certains étaient fort mal écrits, faisaient état des biens commandés par la guilde au fil des ans. Grâce aux états des inventaire et aux registres des nominations, il pouvait faire des suppositions raisonnables sur les personnes qui avaient pu emporter des biens ne leur appartenant pas. C'était un véritable travail de police minutieux, monotone et peu reluisant. Ayant bien besoin de l'aide d'Iroas pour ce type de besogne, ils passèrent toute la matinée et une partie de l'après-midi dans cette paperasse.

Fort heureusement, petit à petit, ils purent dresser un registre des biens disparus qui représentaient des sommes considérables. Outre l'aspect purement financier, il y avait aussi l'objet symbolique pour montrer à tous, et notamment les créanciers de la guilde, que la maxime de l'ordre combattait la maxime du désordre habituel des choses. En outre, cela pouvait aussi être l'occasion pour lui de s'enrichir personnellement et de récupérer quelques biens. Lorsqu'il eut fini une partie de cette basse besogne, il s'en alla vérifier le fonctionnement de ses petites boutiques …
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Sam 30 Mai 2015 - 17:40
Resynchronisation : Mois 3, Semaine 2, Jour 4

Il était très tôt lorsqu'Evart se réveilla, si tôt que l'astre solaire n'était même pas levé. Après un hiver qui allait rester comme un des plus durs des dernières hiver, la neige avait disparu et le Soleil commençait à réchauffer les cœurs. Avec lui, le monde reprenait couleur et le peuple courage, les laboureurs revenaient aux champs, bateaux pouvaient enfin redescendre l'Anduin tandis que les oiseaux chantaient le retour de jours meilleurs. Dans la cuisine de la demeure Praven, un feu réchauffait l'atmosphère malgré la douce fraîcheur du matin alors que sa servante lui préparait son petit-déjeuner. Avec le retour du printemps, Evart avait la chance de profiter de premiers fruits du moment ainsi que du pain trempé dans la soupe de la veille. Lorsque le Soleil pointa enfin le bout de ses rayons, le jeune homme prit un grand manteau et son chapeau pour partir travailler. Un petit vent frais soufflait dans les rues désertes de la cité. Il était encore très tôt et les gens profitaient encore du confort de leur maison. Marchant telle un ombre parmi les anonymes de la ville, Evart s'attarda un moment sur l'une des enceintes. Du haut de celles-ci, il prit le temps d'admirer ce splendide lever de Soleil. Le ciel était dégagé, on pouvait voir au loin les montagnes du Mordor. Dans un ciel pourpre, l'astre du jour commença son ascension. La chaleur de ses rayons réchauffèrent le corps du garçon qui admira les vertes plaines entourant Minas Tirith, elles qui avaient été grises et sinistres. C'était pour lui, une sensation magique, comme transcendante, pouvait-on espérer situation moins belle ? L'allégorie du Soleil chassant l'obscurité et le froid était d'ailleurs fort à propos, on parlait déjà du mariage du Roi Tal Aldarion et d'une princesse de Dale, mariage qui devait repousser pour longtemps les ténèbres de la guerre.

Tout à coup pris de mélancolie, Evart se rappela sa terre natale d'Anfalas. Comme tous les vrai nobles, c'était un un homme de la terre, de cette vraie terre fertile et lourde qui nourrissait les hommes et les bêtes. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, le garçon avait une attitude modeste vis-à-vis de sa condition, la seule et vraie puissance ne naît que de la terre, elle ne peut se compter qu'en arpent de bois et de champs, elle ne s'achète pas mais s'acquiert par la bonne justice dont y fait preuve. L'Anfalas était une région terrienne, sans grande ville à l'exception de la cité au cygne, avec de braves laboureurs, de courageux chevaliers et des artisans d'art. Il se rappelait le grand air et les balades dans les splendides bois de son père. Il eut presque l'impression de sentir leur odeur et ce bruit si caractéristique. Tout ce dont on l'avait privé en l'exilant le plus loin possible, d'abord chez son oncle à Bottenoire dans les montagnes puis à Dol Amroth, comme c'était toujours trop près, ce fut Pelargir puis Minas Tirith. Bientôt le Rhûn ? Souriant à cette réflexion, Evart se jura qu'il ferait payer à sa famille cet exil. Il ne savait pas encore comment mais il le ferait.

S'arrachant à ce paysage qui lui avait rappelé tour à tour le bonheur de la campagne et la haine contre sa famille, le garçon continua son irrésistible descente pour rejoindre sa maison de change. Au final, il avait bien fait d'acheter cette échoppe ici, en plein quartier marchand. Certes elle lui avait coûté chère mais c'était d'un grand avantage pour sa crédibilité. Ce qui lui manquait c'était un ameublement suffisant. Il fallait montrer à tous la prospérité de son bureau. C'était une gage de sérieux et une démonstration de richesse tout à fait bienvenue dans son métier. Fort heureusement, ce qu'il avait prévu au sein de la guilde lui permettrait de résoudre ce petit soucis. S'il avait un certain nombre de clients pour le change, c'est à dire l'échange de pièces gondoriennes avec des pièces étrangères et respectivement, cela représentaient la part la plus importante de son activité mais, pour tout dire, ce n'était pas la plus utile au yeux d'Evart : les bénéfices y étaient faibles. Bien qu'il ait déjà commencé à le mettre en place, le jeune homme voulait surtout s'occuper de banque et de finance. C'était dans ce domaine qu'il pourrait exercer tous ses talents et se faire de bonnes marges.

Aujourd'hui justement, il écrivait une lettre à son cousin de Pelargir. Avec le beau temps, les navires allaient bientôt repartir du grand port du Gondor et les armateurs cherchaient toujours des capitaux pour partager le risque d'une expédition. Bien entendu Evart -et l'argent de ses commanditaires- voulait en être et il confiait ainsi une belle somme d'argent à sou cousin Praven pour qu'il l'investisse au mieux dans diverses expéditions. Certainement plus au fait que lui de la qualité et du sérieux de chaque compagnie, le jeune homme faisait entièrement confiance à son cousin. Il chargerait Iroas de faire l'aller-retour avec l'or et la lettre. Il espérait ainsi réaliser une marge confortable même si le placement était évidemment relativement risqué. Un autre domaine dans lequel il espérait s'implanter était la traite. Comme les grands nobles et autres gouvernements n'aimaient pas prélever l’impôt, ils avaient toujours tendance à sous-traiter leur perception à des financiers. Voulant profiter de cette aubaine, Evart réfléchissait depuis un moment déjà à essayer de devenir un sous-traitant d'un fermier ou à devenir un traitant direct. Il lui faudrait peut-être recontacter les personnes qu'il avait déjà rencontrées si les rumeurs d'un mariage royal dans la cité blanche se faisaient insistantes, peut-être le Comte de Sombrejade ? Peut-être celui de Hauteroche ?

Quoiqu'il en fut, Evart se reconcentra sur ses comptes et commença à vérifier leur état. Une fois cette triste de besogne terminée et la matinée bien entamée, il reçut des personnes désirant emprunter. Contrairement à certains changeurs qui se comportaient en véritables usuriers, le hobereau conservait toujours une attitude dès plus courtoise et aimable essayant « d'aider » au mieux ces quémandeurs. Sur la matinée, il dépensa pas moins d'une bouteille d'hypocras mais, fort heureusement, ce ne fut pas pour rien. Il y eut un laboureur qui gagea ses terres pour pouvoir acheter des semences pour la nouvelle année, un petit noble était sans le sou et préférait gager son petit domaine, un commerçant de la ville qui prit une hypothèque sur sa boutique pour continuer ses affaires, quelques habitants de la ville qui vinrent aussi mettre en gage des bijoux pour se procurer un peu d'argent... Bref, pour une matinée comme les autres, elle rendait pas trop mal. N'ayant pas très faim, il se contenta  d'un bout de pain et partit sa maison de change pour rejoindre le siège des épiciers où il ne resta que quelques instants avant de s'en aller jusqu'à l'épicerie.

Une fois arrivé dans son commerce, il discuta longuement avec ses deux commis. A dire vrai, il n'avait rien à leur reprocher mais il trouvait que son commerce n'avait rien de particulier. Son idée était maintenant d'améliorer la qualité des produits proposés pour attirer à lui une clientèle aisée qui avait les moyens de payer leur nourriture au prix fort. Et c'était d'autant plus vrai que les rumeurs du mariage royal à Minas Tirith pourrait être l'occasion. S'organisant avec ces commis, ils préparèrent ce qui était nécessaire. Comme l'un de ses deux commis devait trouver de nouveaux fournisseurs, Evart accepta de passer presque une demi-journée pendant les semaines à venir pour libérer son commis. Passant presque la journée pour préparer ce petit changement, il rentra chez lui alors que le Soleil se couchait.
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Jeu 18 Juin 2015 - 7:58
Resynchronisation : Mois 3, Semaine 3, Jour 1

Depuis quelques jours, Evart travaillait plus que de raison. Évidemment il travaillait à son affaire de change avec toujours autant d'ardeur mais il devait également être bien plus présent dans l'épicerie qu'il détenait. Cependant ce qui lui prenait le plus de temps était l'inventaire des biens perdus de la corporation. Il avait dressé une liste des personnes qu'il soupçonnait d'avoir « emprunté » les biens avec une description des objets perdus associés et des informations sur ces personnes. Bien entendu, il n'était pas remonté trop loin car les registres étaient bien tenus autrefois et, en plus, la chance de retrouver des biens vieux de cinquante ans était faible. Il avait mené toute son « enquête » dans le plus grand secret sans en souffler mot à quiconque. Désormais il devait exposer au Maître de la corporation son plan.

Pour le moment, il attendait patiemment dans l'antichambre du bureau du maître avec, sous le bras, un épais dossier en cuir. Dedans, il y avait l'inventaire réalisé par Evart, quelques feuilles de résumé mais, pour exagérer son travail et lui montrer que tout était prêt, il avait grossi le dossier avec les inventaires précédents -qui ne servaient presque à rien- et des feuilles qui traînaient dans son bureau : des échanges avec des prêteurs, la commande des derniers blés et même une recette de la tourte des Montagnes Blanches. Quelque peu inquiet par l'entrevue, le jeune noble faisait les cent pas dans la petite pièce jusqu'au moment où son secrétaire particulier arriva et l'invita à entrer.

Fort heureusement pour lui, le Maître de la Guilde était seul. Le garçon avait l'impression que l'homme avait un certain plaisir à travailler avec le jeune qui savait se montrer discret -cela signifiait pour beaucoup inoffensif- et efficace -c'est à dire, ramener le plus d'argent possible avant qu'il ne puisse le dépenser-. Gravement, le jeune homme s'approcha vers le bureau derrière lequel se tenait le Maître de la Corporation qui prenait une posture de grand marchand recevant son petit commis. Posant l'épais dossier sur le bureau, Evart salua Heamon et après de simples politesses, le Maître l'invita à commencer :


- Messire, mieux que personne vous connaissez la situation difficile dans laquelle se trouve les finances de notre très honorable jurande.

- En effet.

- Dans cette optique, je me suis intéressé aux finances de notre honorable corporation depuis quelques années. Au cours de cette étude, j'ai fais des découvertes tout à fait intéressantes sur l'état réel de nos finances et sur une gigantesque affaire de vol …

- Comment ?!?
Le Maitre de la Corporation semblait presque hors de lui. Je vais faire convoquer le trésorier immédiatement !

- Allons, allons, messire. Prenons tout de même le temps de converser.


Evart avait prit une voix calme, presque apaisante. Son effet avait tout à fait réussi et le maître, qui était un homme sanguin et impérieux, était maintenant tout à fait attentif aux propos du jeune homme qui continua :

- Le trésorier n'est pas vraiment responsable, tout au plus il s'agit de négligence mais je ne veux absolument pas accabler celui qui a aussi bien servi et en de si nombreuses occasions la jurande. Le Grand Maître grogna une réponse presque inintelligible. Quoiqu'il en soit, en faisant les inventaires des biens achetés par la guilde, j'ai découvert que nous avons plus de cinq cents tapisseries et teintures, presque autant de tables, bureaux et secrétaires, plus deux fois plus de sièges et presque autant de bibelots.

- Mais notre siège ne peut accueillir tout ça … Il y en aurait partout.

- C'est tout à fait exact et la raison est simple. A chaque changement d'officier, une coutume inique s'est installé consistant à s'approprier les biens mis à disposition par la guilde pour son compte personnel.

- Vous voulez dire que lorsque quelqu'un s'en va, il prend avec lui ce que la Guilde lui prête pour orner son bureau ?


Acquiesçant Evart se permit de préciser la somme que la corporation avait payé en achat d'ameublement et tapisseries, ce qui n'était pas tout à fait identique à ce dont ils discutaient mais ce chiffre -plus fort- était plus marquant pour l'argumentaire du jeune homme. Ainsi il continua :

- Au regard de la situation catastrophique de nos finances, pouvons nous accepter de voir cet argent qui nous appartient être ainsi pillé ? Je ne le crois pas et ce que je vous propose est justement de récupérer ses biens en visitant les anciens officiers pour leur demander de rendre ce qui appartient à la corporation.

- Cela vous semble-t-il vraiment nécessaire ? Après tout cet argent est perdu …

- C'est tout à fait nécessaire, Messire pour plusieurs raisons. Outre l'apport évident en or, il y a aussi l'image auprès de nos prêteurs. En faisant montre de notre sérieux, ils auront plus confiance en nous et seront donc susceptible de nous prêter plus pour moins cher. De façon analogue, nous pourrons payer une partie de nos prêteurs avec les biens récupérés.

- Je vois, je vois …


Durant plus d'une heure, Evart décrivit les grandes lignes du plan qu'il avait minutieusement préparé. L'idée générale était simple, le même jour, chacun des commis des finances accompagné par des hommes d'armes et des chariots auprès des anciens officiers ou membres de leur famille et les convaincre de rendre leurs biens sans quoi on les traînerait devant les tribunaux du Roi, on saisirait les biens incriminés avec sûrement une amende en prime et on les menacerait des les exclure de la jurande. Bref de quoi les effrayer suffisamment pour qu'ils rendent les objets incriminés sachant qu'il avait prévu une marge de perte acceptable, à tout le moins, réaliste. Puis il s'enquit auprès du Maître de la manière dont ils pouvait procéder … Fort de son expérience politique bien plus importante, celui proposa une manœuvre pour amener le Trésorier à adhérer à ce point de vue, à tout le moins, à ne pas s'opposer frontalement en pensant qu'Evart lui était passé au dessus pour discuter directement Heamon. Il leur fallut encore un peu de temps pour tout prévoir et, une fois cela fini, Evart put repartir à ses petites occupations …
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Lun 22 Juin 2015 - 1:19
Resynchronisation : Mois 4, Semaine 1, Jour 4

Depuis deux semaines, Evart travaillait d'arrache-pied pour la Guilde. Fort heureusement, le Maitre de la Guilde avait rattrapé avec brio la bourde que le jeune homme avait fait en ne mettant pas le Trésorier au courant de ses intentions. C'était un défaut qu'il avait -et qui était commun à bon nombre d'ambitieux- de s'estimer plus compétent que tout le monde et, du coup, de préparer des choses librement et d'adresser le résultat de ces études directement à la personne potentiellement intéressée sans passer par les voies habituelles et hiérarchiques. Cela pouvait lui jouer bien des tours et il faudrait qu'il fasse attention à ça -il en était bien peu capable, d'ailleurs-.

Quoiqu'il en fut, il veilla avec toute son attention à la suite des événements. Il avait attribué à chacun des commis des Finances une liste de personnes à visiter. Chacun avait reçu un groupe de huit personnes à visiter, ce qui devait faire un total d'un peu plus de quatre-vingt personnes. Évidemment Evart s'était choisi les personnes les plus intéressantes pour la Guilde comme pour lui. Parvenant toujours à combiner l'intérêt général avec son petit intérêt privé, le jeune homme s'était choisi des cibles faibles ou des personnes aux inventaires suffisamment peu précis. Son inventaire en poche, le secrétaire aux finances finissait de se préparer et prit un petit-déjeuner assez copieux avant de partir à l'aube.

Son premier « client » était un ancien Secrétaire du Conseil. L'inventaire dressé il y a quelques années était lapidaire : deux grandes tapisseries, une longue, un coffret, deux tables, un secrétaire, quatre fauteuils et quelques bibelots. Frappant à la porte, le jeune homme ne mit pas longtemps à se faire inviter dans le bureau. S’asseyant derrière un joli bureau de marbre, le vieil homme l'invita :


- Que me vaut le plaisir de cette visite ? Je ne vois pas souvent un honorable représentant de notre belle corporation chez moi.

- Malheureusement, je crains de ne pas être là pour une visite de courtoisie …

- Comment ça ?

- Je suis ici pour récupérer les biens de la Guilde que vous avez oublié de rendre à la compagnie à la fin de votre office. A ce que je vois, il doit y avoir cette table, la tapisserie derrière vous, les deux fauteuils près de la fenêtre, peut-être aussi …

- Ça suffit ! Vous n'avez aucun droit de faire ça !

- Mais si, bien sûr. Ces biens appartiennent à la compagnie et vous n'avez donc aucun droit dessus. Nous avons même l'inventaire comme preuve. Si vous ne les restituez pas, la Guilde vous traînera devant les tribunaux du Roi, fera saisir vos biens en conséquence et vous exclura de la jurande. Il me semble que ce serait dommageable pour tout le monde.


La discussion qui suivit fut particulièrement houleuse. Évidemment, l'homme ne voulait pas restituer ces biens qui, pourtant, n'étaient pas à lui. Evart dut en passer par mille registres en passant des tons les plus conciliants voire résignés jusqu'aux plus menaçants. Après une demi-heure de rudes négociations, ils trouvèrent un bon compromis en lui laissant quelques objets secondaires auxquels il tenait. Il récupérait ainsi les deux tapisseries, le bureau et les trois fauteuils. Ayant préparé un quitus en blanc, le jeune homme fit signer son homologue qui était plein de rage.

Une fois descendu, deux hommes de main partirent charger les meubles dans le chariot qu'il avait obtenu. Profitant du temps libre, Evart fit le tri des objets, il récupérerait la table et une tapisserie et laissait à la guilde les fauteuils et une tapisserie. Pour parfaire son idée, il se permit de remplir l'inventaire en précisant quelques caractéristiques voire même de fausses caractéristiques en précisant que le bureau était en bois précieux et la grande tapisserie représentait une bataille.

Puis il partit chez son second client qui était une petite vieille dont le mari était la veuve d'un ancien secrétaire éminent de la corporation. Arrivant devant un immeuble, il trouva la dame devant la porte qui prenait l'air frais du matin. Elle portait une longue robe de feutre gris avec une fourrure ainsi qu'une longue toison blanche nouée dans une longue tresse. S'approchant délicatement, Evart se permit de prendre une voix douce et agréable :


- Ma dame, puis-je vous déranger ?

- Jeune homme, qu'est ce que je peux faire pour vous ?

- Je voudrais vous parler de votre mari, Cirion Tursen.

- Mon bon Cirion ? Plus grande monde ne s'en souvient …
dit-elle avec un grand sourire. - Vous prendrez bien une tisane ?

- Avec le plus grand des plaisirs.


L'invitant à monter à l'étage, elle l'accueillit dans son appartement avec une grande pièce principale. Il semblait y avoir une petite chambre et une cuisine dans un coin. Tout de suite, Evart constata la présence de meubles ressemblant fortement à ceux décrits dans l'inventaire, cela ne manqua pas de faire sourire le jeune homme. Pleine de gentillesse, la vieille dame lui servit une tisane absolument exquise. Comme ils discutaient de choses et d'autres, le hobereau parla avec plaisir de feu son mari et lui demanda la recette de sa tisane qui rassemblait plusieurs herbes et plantes ainsi qu'une pointe de miel doux. Après avoir eu cette délicieuse information, le garçon se décida à attaquer la partie moins sympathique. Appréciant la vieille dame, cela l'embêtait presque de devoir se livrer à ce petit travail de police. D'une voix presque gênée et assez fausse, il lui dit :

- Malheureusement je viens aussi pour autre chose, ma dame. Lorsque votre mari est parti de notre belle jurande, il a malencontreusement apporté du mobilier de notre compagnie et, à mon grand regret, on m'a chargé de le récupérer. Je suis vraiment désolé mais je n'ai guère le choix …

- Mais … Ce sont mes meubles … Je vis dedans … Je ne peux pas m'en séparer …

- Ne vous inquiétez pas, il ne s'agit que des meubles de notre jurande, le reste, je vous le laisse bien entendu. Vous devez comprendre que, si je ne m'acquitte pas de cette triste besogne, la Guilde pourrait vous traduire en justice et un procès coûte cher, surtout si on le perd …


Continuant sa palabre, Evart parvint à convaincre la vieille dame de rendre ses biens sans esclandre. Il y avait deux jolies tapisseries, un bureau de marbre assez élégant, deux fauteuils de qualité, trois coffrets en bois précieux, deux grandes coupes et un plateau d'argent ouvragée. Les larmes aux yeux, la dame accepta de tout signer sans regarder et, en profitant, le jeune homme lui fit signer un quitus qui précisait qu'elle n'avait aucun des meubles sus-nommés mais que, au regard de son âge et son indigence, on ne pouvait lui tenir rigueur de rien. Ainsi donc il pourrait récupérer tout ou presque sans laisser de traces, au pire, il prétexterait que cette vieille dame perdrait la tête.

Une fois cette besogne achevée, Evart partit chez son troisième client de la journée qui étaient les héritiers d'un ancien maître de la guilde. Comme c'était lui qui avait eu l'idée, Evart s'était permis de s'arroger l'ensemble des maîtres successifs qu'il avait cible. De ce qu'on disait, c'était des juristes procéduriers. A dire vrai, le jeune homme craignait qu'ils ne refusent et qu'il soit obligé d'aller au procès et c'était complètement exclu pour la carrière du jeune homme. Les maîtres de la guilde successifs avaient récupéré un grand nombre d'objets de valeur et il se devait de les récupérer le plus tôt possible et le plus facilement possible. Il en allait un peu de sa crédibilité au sein de la Guilde. Ainsi donc Evart ne se permettrait aucune fantaisie ni roublardise … Ce fut donc un combat de près de deux heures qui opposèrent les deux partis. D'abord ils s'opposèrent des arguments juridiques pour savoir si la Guilde avait le droit ou non de faire ce qu'elle faisait aujourd'hui. Fort heureusement pour lui, Evart avait fait un peu de droit lui aussi et, une fois la bataille terminée, tout le monde s'accorda pour dire que l'opération était légitime et les arguments fondés. A tout le mieux, il valait mieux tout faire d'un commun accord maintenant plutôt que de traîner tout ce joli monde devant les tribunaux et salir la réputation de cette honorable famille. Puis vint le fastidieux travail d'inventaire et analyse des papiers qu'avait ramené le jeune homme. En effet, chaque article présent dans les listes du garçon était analysé pour savoir s'il correspondait ou non à l'un des meubles ou objets présents. L'inventaire fut donc particulièrement long et Evart dut faire bien des concessions pour sauver le principal. Il fallut presque deux heures pour achever sa besogne et le garçon en sortait complètement vidé. Cela se ressentit sur la visite suivante avec un ancien trésorier de la compagnie qui refusait catégoriquement de rendre quoique ce soit. Quelque peu lassé par sa matinée chargée, le jeune homme ne parvint pas à le convaincre malgré le jeu des menaces puis de la conciliation. Il repartit donc bredouille en maudissant l'homme.

Avant de rejoindre la Guilde pour y déposer les meubles récupérés, Evart proposa à ses ouvriers qui travaillaient durs de prendre un bon repas à l'auberge. Plein de compassion et de gentillesse, il les laissa aller manger pour « surveiller » le chargement en attendant. A dire vrai, c'était plus un prétexte pour réaliser la substitution nécessaire. En effet, Iroas et trois de ses mendiants l'attendaient dans les écuries de l'auberge avec un chariot. Rapidement ils déchargèrent le mobilier qu'Evart détournait pour le recharger dans l'autre chariot qui se rangea dans un coin. Pendant qu'ils assuraient un tour de ronde, le jeune Secrétaire leur offrit un repas de roi et, lui-même, prit un repas léger. Tandis que ses hommes amenaient une part du butin chez lui, Evart se rendit au siège des épiciers pour y déposer l'autre part. Arrivant au siège, ils déposèrent les meubles et firent signer les registres ainsi que les quittances à l'huissier. Pour s'assurer de la bonne tenue de l'opération, le Grand Maître avait eu comme idée d'employer des huissiers de justice pour réaliser l'opération et accompagner chacun des commis des finances. C'était une excellente idée, un peu trop pour Evart qui ne pouvait plus espérer récupérer une partie du butin... Fort heureusement, il était parvenu à convaincre le Grand Maître que le coût aurait été bien trop élevé puis, comme le disait Heamon : « de toute façon, vos collègues sont tous d'une probité certaine ». Évidemment il avait acquiescé car ses collègues étaient évidemment probes. Après tout, ils étaient incompétents alors il fallait bien compenser. Fort heureusement, ce n'était pas le cas d'Evart qui pouvait se permettre des écarts de conduite. Après tout, il ramenait un gros paquet d'argent à la Guilde, ne méritait-il pas une prime ?

Après s'être accordé une pause dûment méritée et une petite sieste, Evart se décida à repartir au charbon. Son client suivant ne l'impressionnait pas plus que ça, c'était la famille d'un ancien maître de la guilde mais on disait ses enfants très mal avisés. En quelques lustres, ils avaient dû vendre beaucoup de leurs magasins et avaient changé d'adresse pour acheter une petite maison dans les faubourgs de la ville. Poliment invité à entrer, Evart constata avec amusement qu'il n'avait pas fait le voyage pour rien. Dans cette maison assez petite, il voyait de nombreux meubles de qualité voire même de luxe qui n'avaient rien à faire ici. C'était comme s'ils n'étaient pas parvenus à se défaire de ces signes de richesse. Le jeune homme se ferait un plaisir de le faire pour eux. A dire vrai, il les comprenait car la vie dans les faubourgs sur la terre ferme était plus agréable et moins chère que dans les contreforts puis, lorsqu'on ne faisait pas de politique on se fichait bien d'avoir une belle maison bien située, une modeste demeure mais bien équipée était infiniment plus agréable. Invité à s'asseoir avec un verre d'un petit hypocras de la région tout à fait honorable, Evart leur déclara gravement :


- Messieurs, je vous prie d'excuser cette visite mais elle n'est malheureusement pas de courtoisie.

- Que voulez-vous dire ?

- Je suis chargé par la Guilde de recouvrer les anciens meubles, tapisseries et autres objets qu'elle avait acheté pour agrémenter les bureaux de votre père et qu'il a emporté lorsque ses fonctions ont fini. En effet, tout ce qui était dans ses bureaux a disparu de nos inventaires et je peux le voir ici. Vous comprendrez donc que notre honorable compagnie souhaite tout récupérer.

- Mais vous ne pouvez, si vous faites cela, nous n'aurons plus rien … Comment allons nous vivre ?

- Soyez certain que je comprends messieurs. Rien n'est plus pénible pour moi que d'assurer cette basse besogne immonde. Néanmoins mes supérieurs m'y ont contraint et si je ne m'acquitte pas de la tâche, je risque fort d'être renvoyé, peut-être même qu'on considérera que je devrais payer pour ça. Je suis désolé mais je peux pas me le permettre, d'autant que vous avez certainement dû vendre une partie des biens hérités de votre père, cela ferait de vous des receleur au sens de la loi et la guilde risque fort de vous attaquer devant les tribunaux du Roi …


Continuant sur son ton triste et monotone, Evart fit un long monologue où il critiquait tantôt les dirigeants qui avaient ordonné ce plan qu'il avait lui-même conçu, tantôt évoquait les risques pour cette famille devenu si modeste, tantôt faisait preuve de misérabilisme. Comprenant qu'il ne servirait à rien de résister, ses interlocuteurs acceptèrent de tout rendre de crainte de devoir payer encore plus. Comme il restait encore beaucoup, Evart put rafler une quantité astronomique de biens mais, lorsqu'ils en arrivèrent à signer le quitus qui spécifiait bien qu'on ne pouvait leur tenir rigueur de ce vol et que compte tenu de leur état de pauvreté il n'était pas nécessaire de leur tenir rigueur pour ce qui avait été perdu, ils tentèrent de se rebeller et refusèrent de signer, ils allèrent même à exiger qu'on leur rendit les meubles. Au regard de l'attitude qu'il avait pris depuis le début de leur entrevue, les héritiers devaient voir en Evart quelqu'un de faible et si peu content de faire sa besogne qu'ils pourraient facilement l'impressionner. Contrairement à leurs attentes, Evart révéla une autre facette de sa personnalité et explosa. Les agonisant de menaces, il exploita tous ses arguments et les martela de paroles intimidantes en les condamnant par avance. Après un quart d'heure d'un long monologue agressif voire violent, ils acceptèrent de signer et le jeune homme s'en alla. Ce travail l'agaçait profondément, comme toujours, il n'aimait pas accomplir un travail indigne de ses qualités intellectuelles supposées. Fatigué et passablement énervé, il s'était laissé aller à son caractère naturellement violent envers les gens qu'il considérait comme inférieur.

Le second client de cette belle après-midi était encore une vieille femme. Également veuve d'un ancien grand maître, elle avait hérité à sa mort de la maison et des biens s'y trouvant tandis que leur fils héritait des commerces. Par un « heureux hasard » bien calculé, celui-ci n'était pas là puisqu'il était parti à Osgiliath voir un fournisseur, la vieille dame était donc seule et c'était donc une proie facile. Comme avec celle du matin, le jeune homme s'invita autour d'une petite tisane et déballa son discours habituel. D'une voix calme presque douce, il lui exposa les griefs de la guilde et les menaces qui pesait sur elle mais aussi et surtout sur son fils qui pouvait se faire exclure de la compagnie -et ne pourrait certainement pas retrouver une quelconque guilde ou compagnie qui l'accepterait d'ici à Pelargir-. Après tout, c'était peu de choses que quelques meubles en face de la carrière de son pauvre enfant. Acceptant tout, la vieille dame laissa filer ses biens avec une facilité qui déconcerta le jeune homme et signa le quitus que lui demandait Evart sans même le lire. La laissant en pleurs dans une pièce presque vide, le jeune homme partit chez son client suivant.

Absolument ravi de ce début de journée, Evart fut plus négligeant l'après-midi puisqu'il ne put rien récupérer d'un ancien secrétaire qui refusait obstinément les arguments de la compagnie. Malgré tous les arguments développés par le jeune Secrétaire des Finances, l'ancien refusa tout et le congédia sans autre forme de politesse. Se jurant de lui faire payer son affront à juste titre, Evart partit chez son dernier client qui, bien qu'il acceptât de rendre ce qui ne lui appartenait pas, fut tellement tatillon que le garçon ne put rien détourner, hélas. Quoiqu'il en soit, sa journée ne rendait pas trop mal. Logiquement ils avaient moins récupérés que dans les prévisions parce qu'un certain nombre d'objets avaient été perdus, mal référencés ou parce que des officiers avaient refusé un arrangement à l'amiable. Pour finir sa journée, il réalisa la même opération qu'à midi en invitant ses ouvriers à l'auberge pour un solide repas durant lequel il put effectuer le transfert des biens volés à ses propres hommes avant de tout ramener à la guilde.

Complètement exténué, il rentra chez lui et se promit de réaliser l'inventaire plus précis demain. Pour le moment, tout était bien à l'abri derrière les lourdes portes de la guilde. Rien ne pressait. Rentrant chez lui, il prit un repas copieux et descendit, chose rare, au sous-sol. Là étaient stockés les meubles, tapisseries et biens détournés. S'asseyant dans un confortable fauteuil de pourpre, il admirait les meubles qui, désormais, lui appartenaient. Éclairé par une frêle bougie, Evart posa de quoi écrire sur un splendide bureau qui avait appartenu au prédécesseur du Grand Maître Torren. Il était splendide avec son bois ouvragé recouvert d'or, une lourde table de marbre et les grands motifs de marqueterie sur les divers pans. Le cœur réchauffé de voir tant de richesses en sa possession, Evart fit l'inventaire des biens entre ceux qu'il lui fallait vendre, échangé...
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Evart Praven
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Jeu 25 Juin 2015 - 0:47
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Depuis qu'ils avaient récupéré les biens perdus de la corporation, les commis des Finances faisaient un travail considérable pour inventorier et estimer tous ces biens. Le total pouvait donner le tournis et il le donna. Presque immédiatement Maitre Torren voulut le dépenser dans des embellissements, fêtes et autres prestiges. Fort heureusement, le trésorier de la Guilde s'était décidé à un peu de sérieux et tâcha de tempérer ses ardeurs... Pendant ce temps, Evart travaillait tranquillement à ses petites affaires. Il triait, classait, obtenait des prêts et bossait dur. Fort heureusement, ce ne fut pas vain et il put finir rapidement pour aller s'occuper de ses affaires personnelles.

Après un rapide tour par ses petits commerces, il se rendit dans son bureau de change. Ses affaires marchaient bien. Durant la fin de semaine dernière, il avait envoyé Iroas et ce qu'il avait récupéré à Pelargir. Ces biens étaient connus ici et il souhaitait quelque chose de moins traçable mais aussi moins luxueux. Il avait donc dressé une liste précise de ce dont il voulait se séparer et ce qu'il souhaitait en échange et l'avait envoyé à son cousin Praven de Pelargir qui s'occuperait de cette petite besogne. Avec un peu de chance, il aurait bientôt du nouveau mobilier. Éprouvant un certaine fatigue depuis quelques jours, Evart écoutait quelque peu lassé les demandes de personnes voulant emprunter son argent -enfin, celui de ses clients-. Au cours de la matinée, alors qu'il grignotait tranquillement des biscuits aux noisettes, Iroas rentra dans la pièce avec un air préoccupé. Tout à fait étonné par cette mine boudeuse, Evart lui demanda :


- Allons Iroas. Que se passe-t-il ? Vous n'avez pas l'air bien …

- Oui, messire. Vous rappelez vous de Dame Tursen ?


Cela faisait moins d'une semaine qu'Evart avait vu cette vieille dame au demeurant fort gentille et avait récupéré le mobilier usurpé à la Guilde. Logiquement il se permit d'acquiescer et invita son homme de main à continuer :

- Elle est morte, Messire.

- De quoi ?
Lâcha Evart qui était ulcéré.

- On dit qu'elle est morte de lassitude ou d'un choc moral.

A l'écoute de cette phrase, Evart se liquéfia. Il était abasourdi par la nouvelle. Faire le lien entre cet événement et ce qui c'était passé la semaine précédente n'était pas difficile. Qu'avait-il fait ? Par cupidité il avait poussé à la mort une vieille dame tout à fait honorable. Essayant de se lever, ses jambes étaient à deux doigts de le lâcher. En quelques mots, il demanda à Iroas des informations sur la famille Tursen. Apparemment elle ne possédait aucune famille et les quelques biens restants seraient donnés aux pauvres. Prêt à s'évanouir, Evart se décida de partir de son commerce …

Pressé par la stupéfaction, il ne lui fallut pas longtemps pour atteindre la morgue d'une des nombreuses casernes de la Garde. Lorsqu'il entra dans le dédale de pièces qui servait aux cadavres, il manqua de vomir tant l'odeur le prenait à la gorge. Déjà qu'il n'était pas très bien, il se sentait de plus en plus mal. Heureusement, il faisait frais à l'intérieur de la montagne. Arrivant près du cadavre d'une vieille femme, il la regarda rapidement. C'était bien elle. Entre les odeurs et sa culpabilité, Evart était très mal et il se recueillit quelques secondes en murmurant :


- Je suis sincèrement désolé pour ce que j'ai fais.

- Vous la reconnaissez ?
Le coupa le médecin.

- Oui, c'est bien elle. Vous savez ce qu'il va advenir d'elle ?

- Comme personne ne l'a demandé, elle sera enterré dans une fausse commune.

- Je m'occuperai de l'enterrement, vous devriez recevoir la visite d'un embaumeur ce soir ou demain.
Répondit Evart avant de rebrousser chemin.

- Il y a des latrines en sortant à gauche de la morgue. Acheva-t-il dans un ton blasé.

D'un pas rapide, le jeune homme sortit de la morgue et il eut bien besoin des latrines tant cette visite l'avait retournée. Sortant du baraquement de la milice, Evart était désormais blanc comme un linge et il se permit de s'arrêter au bord d'une fontaine pour se rafraîchir légèrement la figure. Puis il continua à errer dans la ville. Pendant un temps, il le fit sans but avec pour seul objectif que celui de réfléchir sans être dérangé... S'arrachant à cette longue marche, il bifurqua pour rejoindre un atelier d'embaumement assez réputé dans la ville et tomba sur un petit homme à l'allure affable qui lui présenta les services qu'il pouvait attendre. Évidemment, le hobereau négocia les prix, non pas qu'il voulut payer moins, mais seulement par habitude. Lorsqu'ils arrivèrent à un accord, le jeune homme régla la note et partit. Le corps de la vieille dame serait bien embaumée et une belle tombe lui serait offerte mais, en soi, la cérémonie serait simple puisqu'il y aurait probablement qu'une personne, lui.

Une fois ce problème réglé, Evart continua sa marche. Sans but, il errait comme un ombre s'enfonçant dans une dépression. N'ayant rien d'un guerrier, il n'avait jamais imaginer devoir prendre une vie et cette perspective l'effrayait au plus au point. Alors qu'il passait devant sa maison -qu'il n'avait même pas remarqué-, son serviteur le héla et le fit entrer. Ne sachant que faire de ce garçon au regard vide et qui ne semblait réagir à rien, il l'installa dans sa chambre et lui servit une soupe chaude. N'ayant goût à rien, Evart se contentait seulement de réfléchir, toujours et encore.
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