Thorondil le fauconnier

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Thorondil
Maître Fauconnier du Roi
Thorondil

Nombre de messages : 95
Age : 29
Rôle : Maître Fauconnier du Roi d'Arnor

~ GRIMOIRE ~
- -: Dùnadan
- -: 35
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Thorondil le fauconnier EmptyMar 18 Juin 2013 - 22:58
Nom/Prénom : Thorondil le Fauconnier, Thalion de son vrai nom. Parfois surnommé I Tarlanc (L’Obstiné en sindarin) par les elfes de ses amis et par son mentor.
Âge
: 34 ans (Né le 12 avril 265)
Sexe
: Masculin
Race
: Dùnadan d’Arnor
Particularité
: De multiples balafres et une très mauvaise vue.

Alignement : Bon à tendance neutre.
Rôle
: Fauconnier – Héritier d’un noble d’Arnor.

Équipement :
Thorondil possède, en réalité, bien peu de choses (et ce, tant qu’il n’a pas pris possession de son héritage).
- Une escarcelle en cuir clair et élimé ainsi qu’un vieux sac dans le même état contenant respectivement, pour l’un : une poignée de pièces et quelques petits objets sans valeur ou presque (petit sifflet en bois, une petite flûte en roseaux, quatre ou cinq petites figurines de bois inachevées, une longue pipe en bruyère et une blague en peau remplie d’herbe de la Comté, des lanières de cuir, trois dés en bois, un en fer et un petit en ivoire, un lot d’osselets, et des tas d’autres babioles…)  et pour l’autre : quelques nourritures, une gourde d’eau, son unique chemise de rechange, sa vieille cotte de maille enveloppée dans une fourrure de daim, un gobelet, une écuelle et une cuillère en bois, une pierre à aiguiser, quelques mètres de corde et de quoi allumer un feu en toute circonstance.
- Ses vêtements sont dans un triste état, sales, tâchés de façon indélébile et sérieusement abîmés. Il possède en tout et pour tout : un large bracelet de fauconnier en cuir épais et une épaulière de même, un bracelet en cuir très fin orné de petits clous rond qu’il porte toujours au poignet gauche, un pantalon de cuir sombre, une chemise grise en lin et une en mauvaise soie rouge bordeaux (en plutôt bon état comparé au reste de sa garde-robe d’ailleurs), des bottes en cuir sombre et une cape de laine épaisse de couleur indéterminable entre le marron et le gris. Il revêt parfois une vieille et banale cotte de maille lors de situation risquée.
- Une dague à double tranchant de facture basique qui est attaché autour de sa cuisse gauche dans un fourreau en vieux cuir craquelé. La fusée sans doute décorée autrefois a été polie par l’utilisation et la lame porte les marques d’un affûtage fréquent. Il l’utilise autant comme couteau de cuisine et de chasse que comme arme de main gauche.
- Une épée elfique : Sûliavas (vent d’automne). C’est son seul bien de valeur mais également son plus précieux sentimentalement.
Cette lame du Second Âge, bien que forgée par les elfes, est assez semblable par sa forme aux épées des rohirrim, ainsi se manie-t-elle aisément d’une seule main, à cheval comme à terre. L’art de son forgeron l’a dotée d’un équilibre parfait et d’une résistance insoupçonnable.
Son pommeau est surmonté d’une tête d’aigle finement ciselée dont chaque œil est formé d’une minuscule perle d’ithildin placé au centre d'un petit anneau de jais poli.
A la base de la garde, Thorondil a accroché un petit médaillon renfermant le portrait de sa mère et, en face de celui-ci, celui de sa fille.
Sur le fourreau noir, on trouve en bas-relief, de part et d’autre d’une bande d’acier qui l’enserre à une paume de la garde, les armes de son maître à l’extérieur : une tête d’aigle de profil, et les armes de son père contre sa cuisse : une petite étoile à six branches encerclée d’une chaîne aux maillons brisés. La bouterolle représente des ailes déployées.

Compagnons :
- Elei (rêve en sindarin), une femelle faucon qu’il a élevée et dressée lui-même. Elle a sa place sur son avant-bras droit ou sur son épaule gauche. Il communique avec elle à l’aide d’une grande panoplie de sons et de cris ainsi que par des gestes très codés.
- Líhting (lumière de l’aube en rohirric) qui fut par la suite renommée Lith (sable en sindarin), une vieille jument palomino du Rohan dont le flanc gauche est traversé d’une longue cicatrice irrégulière. Elle le suit depuis des années dans de nombreuses batailles.

Famille : (ceci risquant de spoiler l’histoire, il serait préférable de ne l’ouvrir qu’après lecture de celle-ci ou alors c'est possible de l'utiliser pour suivre dans tout ce bazar)
Spoiler:
 
Description physique :
A moi, qui n’ai été qu’une de ses vagues connaissances, un compagnon de voyage dont il a sans doute déjà oublié le nom, on m’a demandé de vous dresser le portrait d’un homme qu’on oublie rarement après l’avoir rencontré. Je vous parle en effet de celui qui se fait appelé Thorondil. Cet étrange Dùnadan dont j’ignore même la véritable identité.
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[left]Cet homme est à la fois terriblement commun et terriblement singulier. Je vais pourtant tenter de vous l’expliquer en peu de mots.

Il est grand d’un bon mètre 85 au bas mot et bâti comme un guerrier, d’une musculature puissante et souple. Ses traits ne sont pas doux mais nullement agressif ou aiguë. Son visage, encadré par de longs cheveux de lin, garde le souvenir d’une beauté passée. Passée dis-je ? Oui, passée, car les combats ont ravagés son corps. Chaque partie de son être est stigmatisée par des dizaines de cicatrices violacées, vestiges de blessures plus ou moins profondes et des années de batailles. Je ne suis pas guérisseur et j’ignore tout de sa vie en dehors des quelques mois que nous avons passé sur les routes côté à côté, mais je puis vous dire qu’il a trompé la mort bien trop de fois pour une seule personne.

Ses yeux brillants ont la couleur du mithril mais je ne crains qu’ils ne soient désormais qu’apparats tant sa vision est basse. On m’a dit qu’il souffrait des suites d’une blessure à l’œil et je n’ai aucune peine à le croire car la cicatrice en est toujours bien visible, barrant son front et son arcade de part en part. Sa vision se fait moindre d’année en année et, quand une dizaine d’ans auront passés, il se réveillera totalement aveugle à la lumière du jour. Triste vérité. Pourtant cela lui a permit, dans son malheur, de développer ses autres sens.

J’ai vu des femmes comme des hommes tremblés en entendant sa voix. Elle peut tout autant provoquer la fascination que la peur. C’est une voix grave, profonde mais ni rauque ni désagréable à l’oreille, qui porte loin. Ses hymnes de guerre sont les égaux des retentissants cors du Rohan. Et, quand il entonne mélodie d’amour ou récit des temps anciens, le son est beau et garde un bourdon soutenu par son souffle… Je voudrais l’entendre chanter de concert avec un elfe, l’harmonie serait assez bonne je pense, une dualité de sons et de tons parfaite. Mais passons, mon âme d’artiste s’est emballée. Sa voix n’a sans doute que peu d’importance pour vous.

L’homme est un excellent bretteur, chacune de ses passes d’armes ressemble à une danse. Une danse brutale et nette, une danse de mort, sans pitié, mais terriblement belle. Je crois n’avoir vu ces pas que chez les elfes et quelques uns des meilleurs dùnadain d’Arnor. Oh, bien sûr, il n’y a rien de leur grâce ni de leur légèreté là-dedans mais il y a de la beauté dans le geste et de la précision dans les mouvements. Mais, plus que tout, il y a la force brute et ce qui semble être un manque de peur total face à la mort. Il est terrible le maître des aigles lorsqu’il manie le Vent d’Automne. Pour autant que j’aie pu en juger, il se bat de préférence avec une lame dans chaque main, l’épée dans sa droite et une dague fermement tenue par la gauche avec laquelle il part et contre-attaque. Pourtant… sa façon de manier l’arc en est presque pathétique, décevante d’une certaine manière, après une telle prestation à l’épée. Sans doute avait-il été bon dans ce domaine à une époque car sa posture n’est pas mauvaise mais jamais il ne touche une cible. Ses yeux défaillants le trahissent, j’imagine.

C’est un cavalier comme le sont à peu près tous les hommes de son âge, pas spécialement bon, juste ce qu’il faut pour voyager ou se battre. Malgré ça, Lith, la jument balafrée qui l’accompagne depuis 6 années, se cantonne souvent à porter ses bagages car il préfèrera aller à pied. Ses jambes sont fortes et le portent aussi loin qu’il pourrait le désirer quelque soit le terrain ou le climat.
Et en parlant de climat, je me dois de signaler ce détail de sa personne : il supporte si bien le froid qu’il m’est arrivé le voir chevauché sans cape alors que la neige tombait à gros flocons autour de nous. A l’inverse cependant, les grandes chaleurs l’épuisent rapidement et il se laisse plus facilement aller à l’oisiveté durant les journées caniculaires de l’été.

A son bras ou son épaule, ou encore dans le ciel au dessus de lui, se tient la majestueuse Elei. Un faucon auquel il apporte plus de soin qu’à sa propre personne... Peut-être la seule créature au monde à pouvoir le supporter aussi longtemps. Sa façon de communiquer avec le rapace m’a toujours intrigué et, je dois l’avouer, un peu impressionné. La vaste gamme de sons et de gestes, d’une grande subtilité, donne à cet étrange duo une rare harmonie.


Description mentale
:
Pour n’avoir suivit son chemin que quelques mois seulement, je serais bien incapable de vous décrire entièrement ce personnage extrêmement complexe et si imprévisible. Il me semble toujours qu’il serait impossible d’en connaître toutes les facettes, tant bien même passerait-on toute une vie à ses côtés.

C’est un asocial – un peu misanthrope même – et fortement lunatique. Je peux vous garantir qu’il n’est pas le compagnon de route idéal. On le regarde souvent d’un mauvais œil tant il est bourru et tout juste aimable par moment. Oh bien sûr, avec un caractère concilient on peut toujours s’en accommoder mais lui ne fera que rarement l’effort de changer d’attitude.
Lorsque ses maux de tête fréquents lui rendent la vie impossible, il devient horriblement irritable et ne semble plus rien supporter. Il lui arrive heureusement de se révéler agréable, courtois voir joyeux… bien que ce dernier cas de figure ne semble réservé qu’à de rares personnes. Autant vous dire que je n’ai jamais été de ceux-là et qu’il me fallu endurer les sautes d’humeur de mon éphémère compagnon de voyage.

Suivant les personnalités avec lesquels il entre en contact, Thorondil opte pour des réactions totalement différentes. Il juge souvent les gens suivant ses premières impressions et agit en conséquence.
A dire vrai, il a un avis arrêté sur bien des choses et il est terriblement buté. Bien malin, et patient, devra être celui qui voudra le faire changer de point de vue.
Avec les hommes, il a tendance à être grognon, irascible, sanguin et peu amène à la conversation. Il semble vouloir entretenir une certaine rivalité avec ceux qui arrivent à gagner son respect et saute toujours sur l’occasion pour relever un défi ou prouver sa valeur. Avec les enfants en revanche, il change du tout au tout et devient aimable, gentil et souriant. C’est son talon d’Achille, bien que pour rien au monde je ne me risquerais à lui faire remarquer. Aussi étrange que cela puisse paraître, il me semble que les gamins l’aiment bien aussi et que ses balafres ne les gênent pas le moins du monde.
Bizarrement il semble s’entendre le mieux avec les personnes les moins semblables à lui-même – à quelques exceptions près je suppose.

Malheur à vous si vous osez lui dérober un de ses biens ou vous en prendre à un être qui lui est cher car jamais il ne cessera de vous pourchasser. Aussi rapide que vous soyez vous finirez bien par vous épuiser, vous finirez bien par croire tout danger écarté, mais il sera toujours sur vos traces, inlassablement guider par les marques invisibles que vous laisserez sur votre passage. Nul coin de la Terre du Milieu ou au-delà ne vous mettra jamais à l’abri de son courroux tant qu’il foulera le sol de ce monde.

Mais voilà que je garde le plus important pour la fin bien que je ne doute pas que vous aillez déjà deviné cette facette de sa personnalité. C’est un guerrier ! Il est versé dans l’art de la guerre et aime se battre. L’épée à la main, rien ne semble le stopper ! Mais – je vous arrête tout de suite – s’il aime la guerre et les batailles, il n’est pas aveuglé et le sang n’excite pas sa combativité. Il ne tue ni par plaisir ni sans raison. Les duels sont pour lui des défis. Il a beaucoup de respect pour les grands guerriers et les sages, qu’ils soient ennemis ou amis, et, si la situation le permet, il peut lui arriver de les épargner quand il les tient pourtant au bout de sa lame. De même, au grand jamais, il n’attenterait à la vie d’enfants, de femmes, de vieillards ou encore d’hommes désarmés.

En réalité, je suis intimement persuadé qu’il a bon fond. Pour preuve, il n’a aucun intérêt pour l’argent et encore moins pour les intrigues. C’est le genre d’homme simple qui ne demande rien et ne dépend de personne. Sa vision de l’honneur et de la justice, bien que très personnelle à mon sens, semble revêtir une importance capitale à ses yeux. Alors même qu’il ne soit pas naturellement un meneur et ne le désire pas, quand il parle on l’écoute car il peut faire montre d’une grande sagesse à l’occasion et n’ouvre que rarement la bouche pour ne rien dire.


Langues parlées :
- Westron
- Sindarin
- Les bases et politesses dans la langue des Lossoth, du niveau d'un enfant de 3 ou 4 ans tout au plus.
- Quelques politesses en rohirric


Dernière édition par Thorondil le Dim 4 Oct 2015 - 15:24, édité 12 fois
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Thorondil le fauconnier EmptyMar 18 Juin 2013 - 23:11
Histoire :

Des rêves sous la lune

« - Thalion ! Thalion ! THALION !!! »

Thorondil se réveilla en sursaut. La sueur coulait sur son front tandis que ses yeux grands ouverts, aux pupilles dilatées à l’extrême, fixait un point invisible dans la nuit. Son cœur avait atteint un rythme affolant qu’il peinait à calmer. Il frissonna. Cela faisait pourtant bien longtemps qu’il n’avait pas rêvé de cette nuit-là. Pourtant, ce vieux cauchemar lui était jadis familier.
Il saisit sa tête entre deux mains, essayant de combattre l’horrible sensation qu’un marteau nain lui martelait méthodiquement le crâne. Grognant, il se laissa retomber en arrière et essaya de retrouver le sommeil… en vain. Il avait beau se retourner encore et encore, le sommeil semblait l’avoir totalement fuit. Las, il finit par se lever définitivement pour aller raviver le feu qui crépitait avec peine.

Dans le silence qui régnait, l’homme se mit à chanter à voix basse, les yeux rivés vers le ciel. Un chant sur le roi Elessar et sur la guerre de l’Anneau, une histoire du passé qu’il affectionnait étant enfant. Son regard navigua à travers les étoiles. Il repéra la ceinture étincelante de Menelmacar et les brillantes étoiles de Soronúmë que son œil pouvait encore percevoir.

Alors que sa voix faisait écho dans la montagne, les souvenirs dérivaient lentement devant ses yeux. L’histoire de sa vie prenait forme dans la noirceur du ciel, les ombres de la lune et le scintillement des étoiles. Son enfance à Minas Tirith, sa jeunesse dans le petit fief froid des Hauts du Nord, au dessus de Fornost, qui appartenait à son père, les mauvais coups du destin et sa vie après…


Fils du Gondor et de l’Arnor

Le petit garçon courait dans les rues de Minas Tirith. Ses beaux habits gondoriens flottaient autour de lui. Ses cheveux blonds fouettaient le pourtour de son visage poupin mais il n’en avait cure et ses éclats de rire couvraient les bruits environnants.

« - Thalion ! Ne cours pas, tu vas tomber ! » rappela à l’ordre une douce voix féminine, sous laquelle perçait une pointe d'inquiétude.

« - Laisses-le donc faire, ma chérie. C’est ainsi qu’il apprendra. » répondit un ténor rocailleux teinté d’amusement.

L’enfant se retourna alors et jeta un coup d’oeil vers le couple qui se tenait derrière lui. Il y avait une belle femme à la blonde chevelure, souriante, qui lui adressait un regard bienveillant. Sa démarche noble était emprunte d’assurance et d’une calme fierté. A ses côtés, une main sur sa taille, se tenait un grand homme brun dont l’œil gauche était recouvert d’un tissu sombre. Il dégageait quelque chose de confus qui faisait prendre conscience que sa jeunesse n’était qu’apparente. Le sang de Nùmenor coulait dans ses veines à n’en pas douter.

Ses deux personnes portaient des noms qui n’étaient pas inconnus dans les deux royaumes jumeaux de la Terre du Milieu.
L’une était Vaewen, fille d’Aglaron et d’Yirawiel, également lointaine parente de l’antique Maison des Intendants du Gondor.
L’autre se nommait Aratan, fils de Duvain et de Meril, c’était un Dùnadan, un noble du royaume d’Arnor connu pour ses nombreux faits d’armes, Capitaine dans la Vieille Garde de la région de Fornost au service du Roi.
Tout deux s’étaient mariés voilà 5 ans entre les murs de la Cité Blanche et formaient, depuis, un couple heureux, lié par un amour profond et sincère. Bien des gens leur enviaient leur évidente complicité et la tendresse qu'ils témoignaient l'un envers l'autre.

Le garçon s’arrêta et adressa de grands signes de mains ses parents tout en riant à gorge déployée. Ses yeux gris brillaient de bonheur alors qu’il s’élancer de nouveau pour se jeter dans les bras ouverts d’Aratan. L’homme ébouriffa tendrement les cheveux de son fils, le fit tourner au dessus de sa tête, avant de le caler sur ses épaules sous le regard affectueux de son épouse.
Le ciel était clair et d'un bleu sans pareil au dessus d'eux. En ce temps-là, l'avenir semblait aussi radieux et brillant que le soleil de mai qui éclairait les pierres blanches de la grande cité des Hommes du Gondor. Aucun nuage ni aucune ombre ne vint gâcher cette magnifique journée de printemps.


La mort de Vaewen

Vaewen et son jeune fils de 10 ans avaient fait un long voyage depuis Minas Tirith pour rejoindre le petit fief de Kervras où les attendait Aratan. Comme tous les ans, au printemps, la jeune femme allait rendre visite à sa famille en Gondor. Parfois elle y allait seule, d’autre fois accompagnée de son fils ou encore avec son époux quand celui-ci réussissait à se libérer de ses obligations. Cette année-là, Thalion se tenait à ses côtés alors qu’elle descendait, comme à son habitude, à l’Auberge des 7 chemins, dernière étape de leur long voyage de retour.

Thalion se réveilla brusquement en plein milieu de la nuit, une sensation oppressante dans les poumons. Paniqué, il tenta plusieurs fois de reprendre sa respiration mais s’étouffa. Ce n’était pas une sensation, l’air était irrespirable ! L'enfant se releva violement. L’odeur âcre de la fumée emplissait la pièce et ses yeux grands ouverts découvrirent la danse des flammes devant la porte de sa chambre. Le bruit assourdissant du brasier lui emplit soudain les oreilles, le sortant du silence éthéré dans lequel l’avait plongé le sommeil. Le garçon cria. Mais les flammes étaient plus fortes, l’isolant de l’extérieur. Il toussa en reprenant son souffle. La fumée lui piquait atrocement les yeux et ses larmes l’empêchaient de voir autre chose que la lourde porte de bois transformée en torche. Sa gorge brûlait littéralement à chacune de ses tentatives d’appeler à l’aide. Une terreur sourde et primaire envahit chaque centimètre carré de son corps. Il ne voulait pas mourir ! Il ne voulait pas brûler !
L’enfant criait, pleurait et appelait sa mère encore et encore. L’épaisse fumée grise qui envahissait désormais toute la pièce lui tirait des quintes de toux interminables et douloureuses qui manquaient de l’asphyxier. Soudain, alors que la panique commençait à le rendre sourd à toute raison, il lui sembla percevoir une réponse à son appel. Un écho au-delà du mur de flammes. Une poutre craqua au dessus de sa tête. L’atmosphère brûlante et surchargée de cendres l’entourait comme un boa, prêt à l’étrangler de ses anneaux invisibles.
La réponse se réitéra, plus claire, plus proche. Paralysé de peur, le garçon trouva partant la force de crier une fois encore.

« - Thalion ! »

Il reconnu enfin la voix déformée par la peur qui l’appelait. Vaewen ! Toute proche ! A quelques mètres derrière le brasier infernal. Il toussa de nouveau, crachant quelques gouttes de sang. Sa vision brouillée ne distinguait rien d’autre qu’une lumière ardente uniforme et trop vive. Son corps ne ressentait plus que la chaleur mortelle de l’incendie et la brûlure insupportable de sa gorge. Il n’arrivait plus à répondre.

« - Tiens bon mon chéri, je viens te chercher ! » hurlait encore la voix paniquée de sa mère.

Tout était si flou. Elle était proche. Si proche. Il devait l’appeler… encore une fois. Essayer. Thalion ouvrit la bouche mais, au lieu d’emplir ses poumons d’air pour hurler, sa bouche aspira une pleine poignée de cendres fumantes. Il hoqueta, cracha et gémit de douleur avant de s’effondrer. Luttant pour garder conscience, il aperçu enfin une silhouette sombre dans les flammes.

« - Thalion ! Thalion ! THALION !!! »

Le sol craqua horriblement. Il y eut un cri, un autre craquement puis plus rien. La silhouette noire avait disparu, avalée par le trou béant qui s’était ouvert sous ses pieds. Alors l’enfant sombra, emporté par le silence salvateur que lui apportait la Mort.

Le garçonnet reprit connaissance une demi-heure plus tard, allongé en pleine rue et couvert d’une épaisse couche de cendres chaudes qui continuaient à tomber du ciel comme de la neige souillée. A une vingtaine de mètres seulement, l’Auberge des 7 chemins n’était plus que poutres calcinées et braises rougeoyantes. De ce désastre s’échappait une épaisse colonne de fumée noire qui faisait neiger autour d’eux ses flocons grisâtres. Une odeur âcre planait alentour. Le feu flamboyait encore ça et là au milieu des débris où s’agitait dans le plus grand désordre témoins, secours et badauds.
Quand le regard choqué de l’enfant se détourna de cette apocalypse, il prit soudain conscience de la douleur. Une douleur atroce qui lui enserrait le bras gauche et se diffusait dans tout son être. Une plaie béante faite de peau déchiquetée avait replacé son bras de l’épaule au biceps. Des dizaines d’échardes étaient fichées dans la chair à vif. Ses jambes elle-même n’étaient que souffrance. Un hurlement d’horreur lui déchira la gorge. Il retomba dans les méandres de l’inconscience.

Quatre jours avaient passés. Une douce et lointaine sensation chassa les ténèbres et ramena Thalion à la vie ; une main tendre qui caressait sa joue et la bienfaisante chaleur d’un baiser sur son front. Alors, il ouvrit de nouveau les yeux.
Il se trouvait dans un grand lit aux draps immaculés, soigneusement bordé. L’air sentait la fraîcheur du matin et les fleurs printanière. Le soleil resplendissait à travers la fenêtre ouverte sur un jardin intérieur. L’enfant referma les yeux, cherchant la raison de sa présence en ces lieux inconnus. Mais son esprit était brumeux et, très vite, un martèlement sourd dans sa tête le força à arrêter ses investigations mentales. Il se concentra alors sur son corps lourd. La douleur était présente mais supportable, comme un fantôme dans ses veines. Impossible à localiser ou à nommer, fuyante mais présente. Il sentait les attelles et les bandages sur ses jambes. Son bras blessé était immobilisé par plusieurs mètres de tissu pourtant, malgré l’épaisseur, une tâche rougeâtre s’étendait au niveau de son épaule. Autour de son crâne était enroulée une autre bande. Tout comme son poignet droit, lui aussi maintenu. L’enfant se sentait nauséeux et migraineux. Il respira lentement pour chasser le malaise et se redressa un peu.
Du coin de l’œil il remarqua alors une forme à ses côtés. Il y avait une femme aux longs cheveux blonds assise sur un fauteuil en bois. Elle semblait endormie. Sa tête reposait entre ses bras, posée sur le matelas de l’enfant. Son corps était également couvert de bandages. Elle sentait le millepertuis, la lavande et une odeur étrange et âcre que Thalion n’arrivait pas à déterminer mais qu’importe, il souriait. A ses côtés se tenait Vaewen, la main posée sur la sienne.

« - Maman ? » appela-t-il doucement.

Il n’eut pas de réponse. La peau contre la sienne avait la froideur du marbre. La Mort était passée. La douce Vaewen ne répondrait plus jamais à son appel.

On murmura longtemps dans les couloirs de la Maison de Guérison. Dans le silence des coursives, il se disait que Dame Vaewen avait échangé sa vie contre celle de son fils. Qu’elle avait survécu quatre jours durant à ses blessures mortelles dans l’unique but d’offrir à son enfant cet ultime cadeau.


L’entraînement d’Aratan

Suite la mort de Vaewen, Aratan, dévasté, délaissa la Cours du Roi ainsi son petit fief froid au nord de Fornost. Il confia ses terres à un ami de confiance pour reprendre sa vie de rôdeur comme aux temps de sa jeunesse. Avec lui partit Thalion dès que l’enfant fut en état de voyager.

La belle vie et le confort étaient finis. Dans le monde extérieur, dans les Terres Sauvages ou les montagnes hérissées, il n’y avait aucune place pour un faible. Dès lors, borné et d’une extrême exigence, le Dùnadan entraîna son fils jusqu’à l’extrême limite de ses forces. Ils ne dormaient que quelques heures par nuit, avançaient sans but sur la Terre du Milieu et passaient autant de temps à l’apprentissage de nombreuses techniques de combat et de survie qu’à avancer. Thalion se fatiguait de plus en plus à la tâche, soucieux de faire la fierté de son père, seul parent qu'il lui restait, alors que celui-ci ne cherchait que l’oubli qu’apporte l’épuisement des journées trop remplies.
La perte de sa mère tirait le garçon de son sommeil chaque nuit jusqu’à ce que la fatigue accumulée lui interdise tout rêve.

La vie avait terriblement changée. Aratan le père aimant avait laissé place à Aratan le militaire, le capitaine et l’entraîneur. Dans le cœur de l’enfant qui grandissait, l’amour, lui, cédait la place à la révolte et au sentiment d’injustice. Il n’avait pas eu le temps de faire son deuil, ni la possibilité de s’agenouiller devant la tombe de sa mère, et tout abandonné à cause du désir de fuite d’un seul homme. Le seul repos qu'il avait réussi à arracher depuis l’accident avait été semé de la douleur des blessures qui l’avaient immobilisé plusieurs mois après l’incendie.
Son père, qu’il avait toujours vu en héro, avait fait preuve de lâcheté et l’avait entraîné avec lui dans une fuite sans fin et sans but. Une fuite contre lui-même. Et pour ça, le jeune Thalion ne voulait pas pardonner. Il ne voulait pas comprendre, juste haïr. Parce qu’il faillait bien avancer encore et toujours, il avait besoin d’avoir quelqu’un à accabler.
Plein de rancœur, il ne cessait de le rappeler à Aratan sans comprendre que cela ne ferait qu’accélérer la fuite d'un homme déchiré par la douleur et le remord, que la souffrance rendait aveugle à tout et tous.


Les préceptes d’Hûndoron

Thalion avait près de 13 ans lorsque son père lui présenta Lainion Hûndoron. C’était un vieux Dùnadan aux tempes grisonnantes et au visage buriné. Mais le jeune homme fut persuadé, dès le premier coup d’œil, qu’il avait devant lui un homme bien plus vieux encore que ne le laissait présager son apparence... Quelque chose dans son regard lui rappelait son père sans que cela ne lui tire cette habituelle vague de haine qui l'assaillait à chaque allusion à son géniteur. Sur son épaule était perché un grand aigle noir aux yeux jaunes qui semblait répondre au nom de Meneldae. Hûndoron avait été le formateur d’Aratan bien des décennies avant la naissance de son fils. Sa connaissance du monde était vaste et sa sagesse profonde.
Au moment des présentations, l’homme lui adressa un sourire sincère auquel l’adolescent ne put s'empêcher de répondre. Pour aussi incroyable que ce fut, ce simple sourire partagé avait réussi à éclaircir la journée du jeune homme. Depuis combien de temps n’avait-il pas sourit ?… Il en avait perdu le compte. Dans sa vie, seules comptaient les performances et la survie. Nulle place alors pour le rire et la joie.

Les deux adultes discutèrent longuement au coin du feu pendant que Thalion, discret et silencieux, sculptait un morceau de bois tendre en prêtant une oreille distraite à leurs dires. La lune arrivait déjà à mi-course lorsque les paroles se muèrent en bourdonnement et qu’il tomba endormi sur le rocher qui lui servait de siège. Aratan se leva, et, avec délicatesse, recouvrit le jeune garçon de sa cape.

« - Ton fils ressemble beaucoup à sa mère sur bien des points Aratan, mais je pense c’est de toi qu’il tient le plus… »

L’ancien capitaine regarda son fils endormi et soupira :

« - Il se peut en effet… Je ne sais pas comment m’y prendre avec lui. Je ne sais plus… Quand sa mère a disparue j’ai cru mourir. Je ne pouvais plus rester là-bas… Et je ne pouvais pas abandonner mon fils… Le laisser à une bande de percepteurs ramollis qui en aurait fait un tas de graisse tout juste bon à donner de la voix. Je veux qu’il devienne comme moi ! Qu’il préserve l’Arnor et ses terres. Qu’il se batte pour le Roi et sa patrie !... »

Le vieil homme fronça les sourcils.

« - Mais lui as-tu seulement demandé son avis ?… Je crois que cet enfant t’en veut vraiment, Aratan, pour ne pas avoir séché ses pleurs à la mort de sa mère et pour vouloir sans cesse faire de lui un guerrier. Tu n’en tireras plus rien de bon. Je ne crois pas que ton fils puisse entrer dans l’armée vois-tu… pas pour l’instant du moins. Je l’ai observé tout à l’heure. Jamais il n’en acceptera l’autorité… » constata-t-il d'un ton de reproche.

Aratan baissa la tête comme un enfant pris en faute, blessé par la vérité qui se cachait derrière ces paroles sévères. Il y eut un grand silence durant lequel aucun des deux hommes ne parla. Le plus vieux reprit :

« - Confies-moi ton fils, Aratan, comme ton père t’as confié à moi durant tes jeunes années. Je lui apprendrais ce que je sais. Cela vous fera le plus grand bien à toi comme à lui. »

Aratan se pencha en arrière, les bras croisés, un petit rictus entre amusement et nostalgie sur le visage.

« - Oui, vos fameux préceptes. Je m’en souviens encore… »
Il soupira.
« - Pourtant vous avez peut-être raison… Il me semble que plus je m'accroche à lui plus il me déteste... Mais je vous en pris, Maître, gardez-le en vie… Il est tout ce qu’il me reste de Vaewen. Et quoi qu’il en dise, quoi qu'il puisse croire, c’est mon fils et je l’aime. »

Puis la conversation dériva doucement et continua encore longtemps, jusqu’à ce que l’est ne se colore des nuances dorées de l’aube.

Ce jour-là, aux premières lueurs, Thalion partit aux côtés du vieux Dùnadan, laissant derrière lui son père et sa rancœur. A cet instant il se sentit plus libre qu’il ne l’avait jamais été. Sans les démons d’Aratan il pouvait prétendre mener une vie, non pas normale car déjà il avait changé, mais du moins différente. Monté en croupe du cheval d’Hûndoron, il pouvait enfin observer les merveilleux paysages qu’offrait le soleil levant sur la Terre du Milieu. Et, en cette journée d’automne 278 du Quatrième Âge, le matin était beau et lumineux aux yeux d’un jeune garçon en route vers l’inconnu.


Un détour par Mirkwood


Il y avait un elfe à leur gauche, accoudé contre un vieux chêne. Il semblait être apparu de nulle part et souriait à la manière de son peuple en observant les deux hommes.

« - Alors Hùndoron, tu nous ramène encore un poussin tombé du nid ? Quoique… j’avouerais volontiers que celui-ci semble plus débrouillard que le premier. » termina-t-il en penchant la tête sur le côté.

Le vieux dùnadan sourit avant de donner une accolade au nouveau venu auquel l’elfe répondit avec un peu plus de distance.

« - Daeron ! Je te croyais aux frontières de l’est à cette époque de l’année ! Comment vas-tu, mon ami ? »

« Je m’estime satisfait de ce que la vie m’offre. » répondit vaguement le sylvain « Je suis ici car Eril a mit au monde notre fils lors des dernières pluies et cette épreuve fut très éprouvante pour elle. J’ai présenté à mon capitaine la demande de rester à ses côtés le temps qu’elle se remette de la naissance. »

Le dénommé Daeron s’avança enfin dans le cercle de lumière que formait la clairière. Il était grand et pourvu de toute la beauté de sa race, sa chevelure était d’or et une aura de farouche guerrier l’entourait. Il impressionna beaucoup de jeune Thalion. Si, à 14 ans, il avait déjà vu et discuter avec des elfes, il n’avait que rarement eut l’occasion de côtoyer les guerriers de cette noble race.

« - Comment s’appelle-t-il ? » demanda soudain le garçon, surpris de sa propre initiative.

L’elfe haussa un sourcil perplexe.

« - Qui donc ?
- Votre fils !
- Nous l’avons nommé Tinros, répondit simplement l’elfe en le dévisageant d’un air amusé.
- Dis-moi mon garçon, pourrais-tu aller nous chercher un peu d’eau à la source que nous avons dépassée tout à l’heure ? » demanda le plus vieux des hommes à son apprenti.

L’adolescent se hâta d’accéder à la demande de Lainion, non sans un regard insistant en direction du nouvel arrivant. Il ne put cependant s'empêcher de se sentir vexé d'être écarter de la conversation comme un gamin trop curieux.
Il fut rejoint quelques minutes plus tard par l’elfe qui l’observa remplir les gourdes.

« - Tu as trouvé un bon maître, jeune dùnadan.
- Vraiment ? interrogea-t-il, réellement curieux.
- Je connais Lainion Hûndoron depuis plus d’un siècle, c’est peu mais suffisant pour se faire une idée de ce qu’est un homme et…
- Plus d’un siècle ?! » s’exclama, surprit, le jeune garçon.

L’elfe eut de nouveau ce sourire amusé un peu mystérieux. Il s’assit avec élégance aux côtés de Thalion et parla. Il lui raconta alors que Lainion était né seulement une vingtaine d’années avant la mort du roi Elessar et, qu’effectivement, pour un homme cela pouvait paraître très vieux mais pour un elfe comme lui, ce n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan. Voyant le fils d’Homme pendu à ses lèvres, l’archer prit plaisir à lui conter diverses anecdotes de la vie de Lainion, ce qui lui avait valu de surnom d’Hûndoron – Cœur-de-Chêne – et bien d’autres récits passionnants. Curieux, Thalion posait de nombreuses questions sur le moindre des sujets évoqués et, visiblement amusé de cet intérêt, l’elfe expliquait, contait, chantait et répondait avec talent à toutes les interrogations de son jeune ami. Cela dura jusqu’à ce que le soleil se couche derrière la cime des arbres. Quatre heures avaient passées sans que le garçon n'ait pris conscience du temps qui passait. Le dernier mot laissa planer derrière lui un long silence durant lequel l’elfe ne bougea plus, fixant un point invisible bien au-delà de la vision de l'humain. Daeron finit par se lever avec grâce et regarda son jeune compagnon en soupirant.

« - Hûndoron vient de partir pour quelques affaires urgentes dans l'Est. Il t’a confié à moi pour les mois d’hiver. Sans doute a-t-il cru que je ne faisais de mes journées que de la poésie. Je ne peux cependant pas lui refuser cette faveur...
- Pourquoi ?
- ... Il est venu au secours de ma bien-aimée il y a de cela 4 décennies alors que sa vie était en grand danger. Je lui dois ma vie et celle des miens. »
L'elfe sembla de nouveau perdu dans ses pensées avant de reprendre :
« - Nous verrons demain si tu possèdes vraiment ce que je vois en toi, jeune Thalion. »

Et il prit congés dans le silence le plus total, laissant l’adolescent dans l’étonnement et la confusion, incertain de ce qu’il devait faire.


Thorondil, un nouveau départ

3 ans s’étaient écoulés depuis son départ de la Forêt Noir. Il avait grandit et était devenu fort sous les conseils avisés de ses professeurs ponctuels et de son mentor. Lainion était sévère mais juste. Son meilleur précepte était sans nul doute celui-ci : « Apprend toujours ! Avance toujours ! »... "Avance toujours" était en réalité la devise de sa famille depuis des générations, à l’époque où les Rôdeurs traversaient sans bruit les territoires désertés de l’Arnor déchu pour sauvegarder du Mal de l’Est ce qui pouvait encore l’être. Et tous les jours que Thalion passait auprès de l’Homme du Nord, il s'appliquait à cette devise.

« - Tu ne fais plus d’efforts ! » gronda le vieux dùnadan, l’épée pointée sur son disciple à terre, couvert d’ecchymoses.
Celui-ci voulu répliquer mais son maître continua, impitoyable :
« - Ne le nies pas ! Tu ne t’améliores plus ! Tu n’as plus aucune combativité ! Un des pantins du vieux Wil' serait plus offensif et vif que toi ! »

Le jeune homme se releva péniblement, vexé par ces paroles. Il voulu récupérer son arme mais c’est alors qu’Hûndoron l’empoigna fermement par le bras et le guida dans une longue marche. Il l’entraîna dans la montagne, à part, loin de toute influence, et, sans la moindre explication, lui ordonna de chercher les nids de rapaces dans les hauteurs. Pendant qu’ils regardaient vers le ciel à la recherche de tas de branches entrelacées, Lainion pris la parole, le ton grave.

« - Dis-moi mon garçon… pourquoi te bats-tu ?
- Pardon ? »

Thalion l’observait à présent sans comprendre.

« - C’est simple pourtant, je te demande pourquoi tu te bats ? »

Le plus jeune s’agita comme s’il cherchait une réponse dans le paysage sec alentour. En fait oui, pourquoi se battre ? Il y avait bien les réponses toutes faites qu’on apprenait aux soldats ou dans les vieux contes de devant la cheminée « Pour mon pays », « Contre le Mal », « Pour protéger ma famille. »… tant de choix faciles mais tout autant vides de sens pour lui. Il regarda son maître, ouvrit la bouche plusieurs fois et la referma d'autant sans mot dire. Puis il finit par dire :

« - Pour devenir meilleur que mon père ! »

Hûndoron soupira et son élève comprit tout de suite que la réponse était mauvaise.

« - S’il n’y a que la rancœur pour guider tes pas tu n’iras pas loin I Tarlanc … C’est pour ça que tu ne progresses plus… »

Il montra du doigt un point au dessus de leur tête.

« - Voilà ! Choisis un aiglon parmi ceux que tu peux atteindre, ramène-le ici ! »

Sans vraiment comprendre, Thalion grimpa au sommet d’une corniche pour cueillir au nid un jeune aiglon et, tenant le bruyant animal contre lui, descendit des hauteurs. Il serait toujours la boule soyeuse contre son cœur lorsque le cri de sa mère perça le silence. L'animal perça l'air à une vitesse folle dans leur direction. Les deux dùnadain déguerpirent aussi vite que possible. Ils riaient encore lorsqu’ils retournèrent à leur campement. Pendant qu’ils reprenaient leur souffle, le plus âgé reprit la parole. Son regard était fixé sur l’aiglon déniché entre les mains de son apprenti.

« - Deviens son fauconnier, mon garçon ! Tu devras le nourrir et l’élever avec beaucoup de soin, de fermeté mais aussi de compréhension sans quoi il s’envolera loin de toi à la première occasion ou s’éteindra comme la flamme d’une chandelle.
- Quoi ?! Non ! Mais je ne pourrais jamais ! » protesta Thalion, une lueur de panique dans les yeux, en tendant l'oiseau vers son maître comme s'il allait exploser entre ses mains.
- Bien sûr que si ! Tu n’es pas plus bête qu’un autre ! Et il t’apprendra les responsabilités ! »

Le jeune homme baissa la tête vers le petit animal. L'aiglon piaillait, le bec grand ouvert. Comment était-il concevable qu'une si petite chose puisse faire autant de bruit ? Si petite et si fragile. Ses pouces caressaient inconsciemment les plumes duveteuses couleur crème. Dans un soupire, il accepta sa charge.

« - Il va désormais falloir que tu lui trouves un nom. Notre identité, ce qui nous défini, c’est avant tout notre nom. Alors choisis-le bien… Pendant ce temps, je vais faire cuire le magnifique lapin que mon Meneldae a attrapé tout à l’heure. »

Il laissa son jeune protégé méditer sur ses paroles. Pendant plus d’une heure, Thalion resta immobile à caresser la petite boule de plume nicher dans sa paume. Quand il revient près de feu, Lainion l’attendait avec une assiette remplie de lapin rôti.

« - Je lui ai trouvé un nom, commença timidement le jeune homme. Je vais le nommer Palantir… Mais... il ne servira pas Thalion, fils d’Aratan… Il obéira à Thorondil le Fauconnier ! » finit-il en levant le menton, plein de défi.

Lainion Hûndoron dissimula son sourire derrière son écuelle. Revêtu de sa nouvelle identité, son élève finirait bien par retrouver un but dans la vie et une véritable raison de se battre.


Aux Champs de Pelennor, les premières armes et le sang

Deux hommes se tenaient sur les hauteurs des étendues de Pelennor. L'endroit n'avait pas une grande altitude mais on pouvait y voir aussi loin que l'horizon, à des kilomètres. Sur leurs épaules trônaient deux magnifiques rapaces. Et, derrière eux, le camp des elfes tressaillait de l'agitation étrange qui secouait tous les alentours. Une odeur particulière flottait dans l'air, une odeur d'acier et d'excitation, d'agitation et de peur, de concentration et de fureur guerrière. Thorondil sentait tout ça. Il le ressentait de toute son âme et tremblait. D'angoisse ? D'anticipation ? Il ne savait pas. Il n'arrivait pas à se décider.
A ses côtés, Hûndoron dégageait une étrange aura de calme et de paix, presque déplacée dans une pareille situation.

« - Vous n'avez pas peur ? » finit par demander le jeune homme après dix longues minutes d'observation silencieuse.

Le dùnadan se tourna tranquillement vers lui et le regarda avec insistance. Le genre de regard qui transperçait jusqu'à l'âme.

« - Et toi, mon garçon, tu as peur ?
- ... Un peu... Je crois... Oui...
- C'est bien... Un peu c'est bien.
- Pourquoi ?
- Vois-tu, la peur est une arme puissante, à double tranchant. Ceux qui sont terrorisés ne survivent pas longtemps sur un champ de bataille. Ils sont comme paralysés, trop lents à réagir. C'est fatal...
- Alors, c'est une mauvaise chose ?
- Si tu cessais de m'interrompre peut-être comprendrais-tu que non ! ricana Lainion.
- Pardon.
- Donc, je disais : trop de peur est fatal... Mais pas assez l'est tout autant.
- Mais, comment ça ?! s'exclama Thalion, étonné.
- La peur est un réflexe de survie... Les sans peur sont des inconscients suicidaires. Rappelles-toi bien ce que je vais te dire Thorondil ! Le jour où tu cesseras d'avoir peur à l'approche d'une bataille, il sera temps de poser l'épée. Il y a deux choses dont un guerrier ne doit jamais se départir : la peur et la pitié. Si tu perds ça... alors tu deviens comme eux. »

Et d'un coup de menton il désigna la direction des lignes ennemies qui commençait à former une masse grouillante dans l'horizon dégagée.

« - Mais je croyais pourtant que c'était bien là deux émotions à bannir !
- C'est ce que beaucoup d'hommes croient malheureusement...
- Mais si je n'achève pas un ennemi, il me poignardera une fois que j'aurais le dos tourné ! Doit-on avoir pitié des orques et des gobelins ? Des Mauvais Hommes qui rejoignent des causes sombres ?
- Tu interprètes mes paroles, c'est bien... Mais tu le fais mal. Tu comprendras le moment venu, ne t'inquiètes pas. Pour le moment, taches surtout de rester en vie.
- Mais vous n'avez pas l'air d'avoir peur, vous ! protesta le jeune, bien décidé à ne pas lâcher l'affaire si facilement.
- C'est dans ses moments-là que je me rappelle pourquoi je t'ai appelé I Tarlanc, soupira l'ancien. Ce n'est pas parce que j'ai peur que je dois montrer cette peur... Ce n'est pas parce que je ressens la peur que je dois la laisser me contrôler.
- Je ne comprends plus rien !!! » gémit le garçon.

Hùndoron se contenta de rire avant de reporter son regard sur le champ de bataille mythique où allait bientôt se rejouer l'histoire.

« - Voyez cela… Tu as donc mené I Tarlanc avec toi, Lainion Hûndoron ! »

Les deux Hommes se retournèrent de concert pour se trouver nez à nez avec Daeron, l'elfe de Mirkwood, qui souriait. Celui-ci interpella les eldar alentours.

« - Mes amis ! Laissez-moi vous présenter le nouvel apprenti du sage Hûndoron. Le dùnadan le plus obstiné qu'Endor, peut-être Arda même, est portée en son sein. »

Les elfes rirent et l’un deux, aux longs cheveux brun, lança, entre amusement et mépris :

« - Qu’entends-tu par "obstiné", Daeron ? Qu’il serait le plus fou des Mortels ou le plus idiot ? »

Thorondil serra les poings et allait répliquer mais son professeur elfe fut plus rapide. Il répondit avec le sourire.

« - A ta place je ne le raillerais pas trop, Faerthurin. Ce jeune humain risque de faire preuve de plus de courageux que toi sur le champ de bataille. »

L’elfe brun eut un reniflement de mépris.

« - Nous verrons cela… Curuven nous servira d’arbitre. Ses yeux sont perçants, il ne loupera aucun des exploits de ton protégé. Quand le dernier sang aura été versé nous ferons les comptes. »

Thalion se tourna vers son mentor, paniqué, tandis que Daeron concluait le pari. Mais Hûndoron ne semblait pas le moins du monde ébranlé par le jeu des elfes. Il s’en amusa même d’un sourire.

« - Ne t’inquiète pas I Tarlanc, le rassura son ami elfe en lui tapotant l’épaule. Tu ne risque rien à gagner ou perdre ce pari. Tu n’es qu’un Homme après tout, personne ne s’attend à ce que tu réussisses ce genre de défi face à un elfe… Mais Faerthurin est jeune, arrogant et imbu de lui-même, une bonne leçon ne lui ferait pas de mal. »
Il regarda au loin avant d’ajouter :
« - Qu’Eru veille sur vous au coeur de la bataille mes amis. Je vais vous quitter, Geldor m’attend. »

Puis il les laissa après un signe de main.

« - Geldor est le frère d’Eril, l'épouse de Daeron, tu te rappelles ? expliqua Hûndoron à son élève. Ils ont combattu côté à côté sous les ordres de Gil-galad en 3441 du Second Âge, lors de la première chute de Sauron. Et ils ont survécu à la bataille où Isildur prit l’Anneau Unique pour lui. Depuis ils ne se sont plus séparés. Lorsqu’ils combattent ensemble ils sont l’épée et le bouclier. Si tu en as l’occasion, admire leur technique, cela te sera très instructif. »
Il y eut un silence puis il ajouta :
« - Allons, viens mon garçon, il est temps d’aller rejoindre les Hommes. Ce n’est pas parmi les elfes qu’il nous faut combattre. Les Champs de Pelennor nous appellent... Mon père y a combattu avant le couronnement du Roi Elessar. Ton arrière-grand-père également. Il est temps de leur montrer que nous somme digne d’eux et de leur héritage ! »

Deux heures plus tard, on sonna la charge. Deux heures plus tard, les champs de Pelennor étaient de nouveau sang et chaos. Les lanciers orques étaient fauchés à chaque passage de la cavalerie Rohirrim dont les chants de guerre et les cors raisonnaient jusqu’aux murs blancs de Minas Tirith. Au milieu des enchevêtrements de morts et de vivants, brillaient et tranchaient inlassablement les haches des Nains, qui jurait dans leur langue que nulle peau verte ne survivrait à leur avancée. Dans leurs scintillantes armures maculées de rouge, les Elfes virevoltaient autour de leurs ennemis, tuant avec une précision chirurgicale les créatures malfaisantes. Les Gondoriens, épées au clair, hurlaient leur rage, sapant les vies des fantassins adverses sans jamais faiblir.
Thalion ne pensait plus à rien. Son esprit était vide. Il était autre, il était son épée. Il était la bataille et le fléau de ses ennemis. Seul comptait l’adversaire à abattre, la prochaine bête sous sa lame. Il avait perdu le compte, celui de ses adversaires tombés, celui des minutes passées, celui des entailles qui recouvraient son corps et celui des coups d’épée encore et encore. Tuer ou être tué. Juste la bataille, le combat, et rien d’autre. Le sang lui battait dans les tempes créant une mélopée monocorde qui frappait le rythme de ses coups. Quand il regardait autour de lui, il ne repérait que quelques connaissances dans la foule compacte de guerriers.
Lainion était un fauve, aussi précis et mortel. Elevé pour la guerre, dressé pour la guerre, le mentor de Thorondil décapitait les têtes hideuses et perçait l’épais cuir de leur peau avec une aisance morbide. Il ne dégageait plus cette aura de bienveillance. Il était terrible, maître de guerre.
Daeron et Geldor allaient en duo, affrontant chaque ennemi comme une seule personne. Les deux elfes semblaient être devenus un démon à deux têtes dont les quatre bras se prolongeaient en lames perçantes et aiguisées, ne laissant que des corps sans vie sur leur passage.

Combien de temps tout cela avait-il duré ? Combien de morts ? Tout était flou. C’était fini… Il n’y avait plus que des cadavres au sol que les survivants triaient, pleurant leurs morts et chantant leur victoire. Thalion était assis à même le sol, ne se souciant guère du sang qui s’imprégnait dans le tissu de son pantalon déchiré, ni de sa chemine imbibée de liquide poisseux à l’odeur de mort. Son épée gisait à ses pieds, la lame d’un côté, et le pommeau de l’autre, brisée en deux à une demi paume de la garde. Ses bottes, son visage et ses cheveux étaient couverts d’une boue rougeâtre au goût ferreux. Sur ses joues, quelques sillons pâles avaient été laissés là par les larmes de douleur et d’épuisement qu’il n’avait pu retenir. Il se sentait vidé. Il ne savait plus très bien où sa propre peau avait été entaillée. Le coup qu’il avait reçu sur le crâne ne l’aidait pas à remettre ses idées au clair. Il gémit en frottant sa tempe teintée d’un bleu-violet soutenu.

« - Et oui, Homme du Nord ! Pourquoi croyez-vous que nous, les Nains, nous fabriquons des casques ? Ce n’est pas pour faire joli ! Si vous en aviez porté un, cela aurait sans doute épargné votre belle caboche ! »

Il leva la tête. C’était un jeune nain qui s’était posté devant lui, les jambes ancrées dans le sol, son lourd marteau de guerre posé sur l’épaule. Un sourire goguenard ornait le visage bourru. Thorondil grogna.

« - Je le conçois bien Maître Nain, mais je n’ai guère la dextérité de m’en créer de la qualité du vôtre. Ni la bourse pour m’en procurer un d’ailleurs. »

Le Nain approuva d’un signe de tête.

« - Il se dit que vous avez tenu pari avec un elfe sur cette bataille. Les enchères sont-elles closes ou accepteriez-vous qu’un nain vous battes à ce jeu-là ?
- Et bien, cher ami, je crois que se faire distancer par un représentant de votre race serait une défaite autrement plus cuisante pour cet elfe. Votre participation est la bienvenue. »

Avec un sourire si grand que sa barbe n’arrivait plus à le dissimuler, le Naugrim tendit la main au Dùnadan pour l’aider à se relever.

« - Borin Marteau-Fendu, fils de Norin, annonça-t-il fièrement.
- Thorondil… »

Le nain sembla attendre le lien de parenté qui suivait naturellement le nom de l’homme puis, voyant que rien ne venait, reprit la parole.

« - Bien… Allons donc faire nos comptes avec l’elfe, Thorondil fils de personne ! » finit-il dans un rire guttural.


Sûliavas, le Vent d’Automne




Thorondil regardait avec peine, et une certaine résignation, le tronçon d'épée taché de sang séché qu'il tenait à la main. Il n'avait jamais été un grand matérialiste mais voir sa première arme brisée de la sorte remua quelque chose en lui.
L'espace d'un instant il fut tenter de lui donner un nom, aussi détruite et inutile fut-elle. Il n'avait pas envie que sa fidèle compagne ne soit qu'une simple épée, un bout de métal tout au plus... Oh, bien sûr, il savait qu'on ne nommait que les épées prestigieuses, qui avaient connues de glorieuses batailles ou d'illustres héros. Il le savait mais sa chère épée ne pouvait décemment rester anonyme. Il soupira et souffla :

« - Tu seras Minmeldis, La Première Amie. Tu m'as bien servie... »

Ce baptême improvisé lui allégea le cœur alors qu'il jetait le fragment au milieu d'une pile d'acier broyé où gisaient pêle-mêle boucliers disloqués, casques fendus, lances brisées, épées fêlées et armures détruites. Il n'arrivait pas à effacer cette pointe de tristesse qui lui tenait la gorge à l'idée de son seul bien partant se faire "recycler" dans quelques lointaines forges naines pour une poignée de piécettes.

Il ne fallut pas longtemps pour que Hûndoron rejoigne son côté devant la pyramide de métal. Son vieux maître claudiquait légèrement, accidentellement blessé à la jambe par la lance d'un Rohirrim tombé pendant la bataille.

« - Je te l'ai pourtant appris I Tarlanc, nommer les choses ne se fait pas à la légère.
- ...
- Allons, quel nom lui as-tu donné ?
- ... Minmeldis
- Hum... Plutôt bien trouvé en la circonstance, je dois l'avouer. Mais ne recommence pas. Les choses sont ce qu'elles sont pour de bonnes raisons. Les noms ont des pouvoirs tu sais, des pouvoirs importants. Rien n'est anodin dans ce monde, mon garçon, rien.
- Je sais, Maître.
- Aller, viens avec moi... Retournons au camp, j'ai quelque chose à te montrer. »

Arrivé devant la tente, de duo fit halte sous l'impulsion de l'aîné. Lainion obligea le jeune homme à lui faire face. D'un geste vif, il tira son épée du fourreau, faisant sursauter Thalion. Avec lenteur, il passa la lame entre leurs deux visages pour permettre à son élève de l'admirer. Cette lame avait une forme assez semblable aux épées des rohirrim, se maniant d'une main, mais elle ne portait aucune des marques caractéristique de ses consœurs de la Marche. Cette épée était de toute évidence de facture elfique. Le jeune dùnadan n'avait jamais réellement prêté attention à l'arme de son mentor. Bien sûr, il avait déjà remarqué la tête d'aigle, la fusée noir charbon et le fourreau décoré d'ailes mais il n'avait jamais admiré la délicatesse des finitions, la précision des détails, le tranchant effilé plus fin qu'un cheveu ou même les reflets du soleil sur l'acier brillant. Maintenant qu'il lui semblait autorisé de le faire, il ne se lassait pas de parcourir ce chef-d'œuvre du regard, du moins c'est ainsi qu'il le percevait.

« - Tu vois mon garçon, cette épée a mérité son nom il y a de cela des siècles déjà, affirma Hùndoron avec fierté en la regardant scintiller au soleil. Elle se nomme Sûliavas. Le Vent d'Automne dans le langage des Hommes. Elle fut offerte à mon ancêtre, Naurion le Gaucher par un forgeron elfe de son temps du nom d'Angruin, un exilé du Gwaith-i-Mírdain avant sa destruction. Il avait sauvé son fils aîné... - Longue histoire... Je suis sûr que Daeron se fera un plaisir de te la raconter. Il s'est amusé à en écrire un lai entier... sans doute parce que je lui ai interdit de le faire - Enfin... Cette épée lui sauva mainte fois la vie lorsqu'il combattit trois mois plus tard durant la Bataille de Dagorlad et les sept années de la Dernière Alliance des Elfes et des Hommes qui mit fin pour la première fois au règne de terreur de Sauron sur les Peuples Libres.
Elle ne brille pas à l'approche des orques comme les lames du Premier Âge mais elle est sans l'ombre d'un doute de la superbe facture du Second Âge, tu peux me croire !
Essayes-la, mon garçon, et dis-moi ce que tu penses de cette lame. »

Hùndoron tendit l'arme en direction de son élève qui la saisit avec vénération. Lentement, il la fit tournoyer dans les airs, jaugeant son poids, son équilibre, sa finesse... Tout ce qu'il découvrait faisait briller un peu plus l'éclat de ses yeux : une véritable vénération. Il semblait admirer Anduril elle-même. Il admira le superbe pommeau surmonté d'une tête d'aigle parfaitement ciselée dont les yeux d'un noir profond cerclait un gris presque blanc le fascinaient.

« - Pourquoi se nomme-t-elle ainsi ?... »

Lainion rit à la question.

« - Troisième partie du Lai de Sûliavas par Daeron, il te la contera donc mieux que moi... Puisque tu veux le savoir, je peux toujours te le raconter comme je le lui ai raconté mais je te préviens je suis un bien piètre conteur.
Cela ce passa en 3440 du Second Âge, l'année qui précéda la victoire de la Dernière Alliance.
Mon ancêtre, Naurion le Gaucher, combattait dans l'armée d'Elendil, 500 hommes sous ses ordres. Le siège de Barad-dûr n'avait déjà que trop duré. Le moral des soldats était au plus bas, chaque jour apportait son lot de sang et de mort. Imagine un peu, si chaque jour de ton existence, pendant sept ans, n'était ponctué que de batailles plus sanglantes et violentes encore que celle d'aujourd'hui. Imagine que tu n'es pas revu femme et enfants depuis six ans, que chaque seconde que tu passes sur des terres inhospitalières réduit de moitié tes chances de les revoir, tes chances de voir se lever un autre jour. Imagine que chaque jour tu doives regarder mourir un ami, un père ou un frère... Maintenant tu peux avoir une idée de ce qu'était la vie de ces pauvres hommes. »
Un frisson glacé parcouru le dos du jeune homme et Hûndoron continua :
« - C'était la mi-automne. Un puissant vent d'ouest balayait depuis deux jours le plateau de Gorgoroth, soulevant des nuées de poussière de souffre et de cendre, formant un épais écran plus noir que la fumée de l'Orodruin, la Montagne du Destin. Les hommes de Naurion y veillaient, à la merci des éléments et dans l'odeur nauséabonde.
Par le plus grand des hasards, et, je dois le dire, presque par miracle, une minuscule accalmie permit à l'un d'eux de repérer une petite colonne d'orques, tout juste une avant-garde, des éclaireurs. Une vingtaine en tout. Les créatures profitaient des nuages de cendres tourbillonnants pour infiltrer les lignes du siège. Sans doute pour y voler de la nourriture ou encore pour compromettre le ravitaillement.
Naurion prit avec lui quarante de ses hommes pour leur barrer la route. La progression était difficile. Les bourrasques avaient reprit, encore plus violente. La poudre de basalte à pleine vitesse leur griffait le visage, les aveuglait et s'infiltrait dans leurs poumons. Le sifflement du vent dans les aspérités du terrain empêchait toute communication et étouffait tous les bruits. Si bien qu'ils se perdirent et se retrouvèrent, sans l'avoir prévu, précisément face aux orques qu'ils pourchassaient. Pour tout dire, ils ne s'en aperçurent que lorsque Naurion entra violement en collision avec le chef orque. Régna alors une terrible confusion. Les ordres des uns comme des autres se perdaient dans le blizzard de cendre, personne n'était capable de distinguer son ennemi. Une bonne partie des orques s'entretuèrent d'eux-mêmes tandis que les hommes s'occupèrent de saper, immobile, tout ce qui se précipitait sur eux. Naurion fut un des seuls à avancer au milieu de la troupe, fauchant ceux qui se tenaient encore debout.
Dans le chaos, il crut entendre une des créatures hurler de terreur. Rendu fou par la peur et l'impossibilité de voir ce qui avait tué ses compagnons, elle criait que le vent les tuait, qu'il n'y avait personne, que le vent les tuait.
Ce ne fut pas une bataille très glorieuse. Avec le recul, on pourrait même en conclure que ce fut la victoire la plus ridicule et comique de cette guerre... mais mon ancêtre était connu pour son sens inné de l'ironie et de la poésie. C'est ainsi qu'il nomma son épée du "vent" qui mit à bas l'ennemi ce jour-là et qui redonna à ses hommes, pendant quelques semaines, le sourire et la bonne humeur. »

Thorondil rendit l'épée à son mentor mais, au lieu de reprendre en main son bien, l'homme entreprit de se défaire de son fourreau. Enfin, il récupéra Sûliavas et la glissa avec respect dans sa gaine noire. Les mains caressaient le cuir d'ébène avec ce qui semblait être une profonde affection. Puis il tendit l'ensemble à son élève avec cérémonie. Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent de stupeur

« - Vois-tu Thorondil, je n'ai plus de famille et je n'ai pas eu d'enfants... Je ne tiens pas à ce qu'on m'enterre avec. Ce n'est pas dans la tradition de ma famille. Tu es mon dernier élève, il n'y en aura plus d'autre après toi. Je commence à être vieux, très vieux. J'ai connu dans mon enfance la fin du règne d'Elessar, j'ai survécu à bien des batailles, parcouru bien des lieux... Je n'aurais plus la patience d'apprendre à de jeunes têtes brûlées. »

Le plus jeune releva la tête avec inquiétude.

« - Oh, rassures-toi, je serais encore à tes côtés pour quelques batailles, car tout ceci est loin d'être fini... Mais je souhaite que tu sois le porteur de Sûliavas désormais. Je te la lègue ! Elle sera entre de bonnes mains, je le sais. Prends-en grand soin et elle veillera sur toi comme elle a veillé sur mes ancêtres... Mais il faut que tu me fasses une promesse en échange. Cette lame a une noble et honorable histoire, ne la trahis jamais ! »

Thalion resta sans voix, complètement sous le choc de l'honneur qui lui était fait. Il regarda encore une fois l'épée qui avait vu passer plus de deux âges avec ce même éclat d'admiration qui frôlait la vénération dans l'œil. Il avança une main tremblante n'osant pas vraiment s'en saisir. La seconde d'après pourtant il serrait l'arme contre son torse comme un trésor précieux. Il pouvait sentir le métal vibrer contre lui sans parvenir à distinguer l'illusion de la réalité. Son cœur battait étrangement vite dans sa poitrine.

« - Je... Je vous le promets ! » répondit-il, la lèvre tremblante, s'étranglant à demi sous le coup de l'émotion.

Lainion souriait avec fierté.

« - Vas te reposer maintenant, tu l'as mérité. Je m'occuperai de Palantir pour ce soir... »


Dernière édition par Thorondil le Jeu 8 Aoû 2013 - 19:21, édité 4 fois
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Thorondil
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Thorondil le fauconnier EmptyMar 18 Juin 2013 - 23:15
Elendîn le bâtard

Sous le soleil bienveillant du mois d’août, un jeune homme se fraya un chemin dans les ruelles encombrées d’un petit village carrière des Hauts du Nord du nom de Síla-Gathrod. C’était la fin de l’après-midi. Les femmes rentraient chez elles partager une tisane avec leurs amies et se plaindre de leurs époux, les enfants jouaient dans la rue avec des balles en cuir remplie de son et les hommes se rejoignaient à la taverne pour discuter rumeurs, politique, qualité des pierres et prévisions sur les récoltes à venir.

Thorondil hésita à frapper à la lourde porte de la maison de pierre devant laquelle il se tenait enfin. Il repensait à ce qui l’avait mené dans ce petit village à quelques milles de la demeure seigneurial de son père, des rumeurs qui persistait depuis de nombreuses années. On disait dans les rues que vivait ici l’ancienne amante du seigneur de ces terres. On disait de cette couturière qu’elle ressemblait à Vaewen, son ancienne épouse, et qu’il l’avait longtemps courtisée avant de la laisser seule, enceinte et sans ressources. Il se disait aussi qu’il refusait de la voir elle ou son fils et ce, malgré les suppliques de celle-ci. Mais était-ce vrai ? Cette question rongeait Thalion depuis qu’il avait remit les pieds, incognito, dans le fief de son père.
Il se décida enfin à frapper : quatre coups secs sur le battant de bois massif qu’il entendit raisonner dans la maison. Une femme d’une trentaine d’années lui ouvrit la porte. Il en fut surpris car, si elle était effectivement blonde, la ressemblance avec sa mère s’arrêtait là. Il remarqua à peine que la dame s’était figée sur place en le dévisageant.

« - Tu es son fils, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle d’une voix blanche qui fit immédiatement sortir le dùnadan de sa rêverie.

Que dire ? Il se contenta d’acquiescer et entra aussitôt qu’elle s’effaça pour lui laisser la place.

« - Tu as ses yeux… » continua la femme en refermant la porte.

Elle ne le regardait plus. Ses mains caressaient le bois alors qu’elle tentait de masquer sa gêne évidente. Mal à l’aise, Thalion se racla la gorge.

« - Pardonnez mon intrusion, Madame… Mais il me faut savoir… Y a-t-il du vraie la rumeur qui se murmure de village en village depuis que j’ai posé pied sur ces terres ?
- Tout dépend ce qui se dit… Sans doute du vrai et du moins vrai, comme dans toutes les rumeurs. Mon nom est Aline. Venez ! »

Sans plus de cérémonie, elle l’entraîna dans une autre pièce, lui fit monter un escalier et bifurqua à gauche. De là, par une fenêtre, on avait vu sur une petite cours intérieure pavée. Aline lui désigna alors quelqu’un en bas.

« - Il se nomme Elendîn. Je l’ai nommé dans le langage des elfes, à la façon des dùnedain pour qu’il n’oublie pas ses origines… Son sang ne pourra pas mentir. Même si Aratan a refusé de le reconnaître, il n’en ait pas moins son fils.
- Elendîn ?... Etoile silencieuse ?
- Je ne parle pas le quenya, on me l'a suggéré.
- Pourquoi ?
- Il ne pleurait ni ne criait jamais... » se contenta de répondre la femme dans un murmure en haussant les épaules.

Thorondil plissa les paupières pour regarder attentivement ce fameux Elendîn. C’était un tout jeune homme, plein de fougue et de charisme. Il devait avoir 12 ou 13 ans tout au plus. Son physique semblait plutôt banal, malgré une certaine prestance qui semblait se dégager de sa personne. Il était assis sur une banquette en pierre et lisait un épais volume relié de cuir usé. Lui aussi avait les cheveux blonds. Il semblait qu’Aratan n’était pas destiné à léguer sa chevelure brune à ses descendants. Le jeune homme finit par lever la tête et Thorondil croisa pour la première fois les yeux cobalt étonnants de son jeune frère. Elendîn se remit sur ses pieds lentement, fixant toujours du regard l’héritier d’Aratan. Puis, soudain, il se précipita dans la maison, abandonnant dans sa précipitation son ouvrage. Thalion l’entendit monter les escaliers quatre à quatre et le vit arriver, le souffle court, dans le couloir où sa mère et lui s’étaient installés.

Aline eut alors un échange silencieux avec son fils. Un échange dont le dùnadan se sentit complètement exclu. Elendîn eut un minuscule mouvement de tête et reporta son attention sur son aîné. Ses yeux parcouraient avec curiosité et intérêt le visage fermé qui lui faisait face.

« - Alors tu es le fils de Vaewen ? »
Il continua sans attendre sa réponse :
« - J’ai espéré te rencontrer souvent. Cela fait des années que l’on te dit disparu, peut-être mort dans les Terres Sauvages... Mais moi je n'y aie jamais crut ! J'étais sûr que tu reviendrais ! »

Le solitaire qu’était Thorondil fut à la fois extrêmement surpris et touché par la joie et l’admiration qu’il lisait dans le regard du plus jeune. Cela fini par lui tirer un de ses rares sourires. Il soupira en regardant le sol pour se redonner contenance et prit un long temps de réflexion sur ce qu’il devait faire. En toute honnêteté, il ne s’attendait pas réellement à trouver un bâtard de son père en ces lieux. Il soupira une nouvelle fois et finit par relever la tête. Il répondit lentement, encore incertain, de sa voix grave si caractéristique.

« - Heureux de faire ta connaissance, mon frère. »

Aline sourit.

Il passa trois jours avec cette joyeuse famille.
Un soir, après le repas, Aline s’installa à ses côtés devant l’âtre. Le feu y crépitait vaillamment, offrant avec bienveillance sa chaleur et sa lumière. Ils restèrent un long moment en silence à se regarder dans les yeux. Thorondil fit passer toutes ses interrogations dans ce long échange. Alors la couturière se lança dans un long récit.

« - J’ai rencontré ton père il y a de cela 15 ans. A cette époque c’était toujours son intendant qui gérait ces terres et tout le monde ignorait où notre seigneur pouvait bien se trouver. Cette rencontre était placée sous le seau du hasard. Ce soir-là j’avais dû rester bien plus tard qu’à l’accoutumer à l’atelier à cause d’une robe de mariée qu’il me restait à finir pour le lendemain. Il était assis dans la ruelle que j’empruntais habituellement pour rentrer chez moi, entre un sac de grain et un tonneau vide.
Au début, je l’avoue, je l’ai prit pour un ivrogne mais, en me rapprochant je l’ai enfin reconnu. Comment ? A vrai dire, quand j’étais plus jeune, mon père avait souhaité que je sois présente à l’enterrement de Dame Vaewen.
Lorsque ta mère est morte, nous avons été très nombreux à la pleurer, tu sais. C’était une femme généreuse et toujours souriante. Elle ne craignait pas de discuter avec les gens du peuple et avait toujours un mot gentil pour chacun de nous. Une vraie dame !... C’est là que j’avais vu le seigneur Aratan pour la première fois et c’est ce souvenir, profondément ancré dans ma mémoire, qui m’a permit de le reconnaître quand je me suis penchée vers lui.
Il avait l’air épuisé, sa tunique était déchirée à maints endroits et il avait le regard vide. Il a dû errer des heures dans les rues comme une âme en peine. Je ne pouvais pas le laisser là, je m’en serais voulu toute ma vie… alors je l’ai invité ici. Depuis la mort de mes parents, je vivais seule dans cette maison.
Finalement il est resté. Et durant près d’une semaine il n’a pas dit un mot. Il n’a pas quitté la maison. Il restait assis des heures dans la cours ou à la place même où tu te trouves. Il fixait le vide, ne souriait jamais, rien. J’en étais venu à me demander si j’avais vraiment eut une bonne idée en l’amenant ici. Tout noble seigneur qu’il était, il ressemblait à un spectre et m’effrayait. Quand je partais le matin il était assis sur le banc, et quand je revenais le soir il n’avait pas bougé d’un pouce.
Et puis un jour, en plein repas, je lui ai servit un bol de soupe et… il a sourit et m’a dit merci… j’ai vraiment ressentit un immense bonheur. Il avait enfin parlé ! Ce n’était pas grand-chose car il est vite redevenu silencieux mais pour moi c’était une grande victoire.
Petit à petit, les jours qui suivirent, j’ai mis tout en œuvre pour lui faire retrouver un peu de vitalité, le faire parler et s’exprimer par autre chose que de vagues grognements. Je fêtais chaque petite victoire comme l’avènement d’un roi… »
A ces souvenirs elle eut un sourire amusé.
« - J’y mettais toute mon ingéniosité pour l’obliger à demander telle ou telle chose, à prendre des initiatives ou encore m’aider à quelques menues tâches du quotidien.
Cela faisait presque une saison que nous vivions sous le même toit, la première fois où nous nous sommes embrassés… C’était inévitable je pense. Nous étions devenus dépendants l’un de l’autre. Chaque journée de nos deux vies était planifiée l’une en fonction de l’autre. Nous nous sommes vraiment aimé je crois. Cela a duré une demie année tout au plus. Puis il est partit. Il voulait retrouver ses responsabilités et sa vie d’avant. Je ne l’ai pas retenu.
J’ignorais encore que j’étais enceinte. Mais quand j’ai ressenti les premiers signes de ma grossesse j’ai commencé à paniquer. Tout le village connaissait mon aventure avec ton père. Peu l’ont approuvée… alors si je mettais au monde un bâtard, je savais qu’on jaserait dans mon dos et qu’Aratan aurait des problèmes. J’ai donc dépêché un messager de confiance lui délivrer la nouvelle. »

Thorondil se pencha en avant, pendu aux lèvres de cette femme qui avait donné le jour à son frère.

« - Il m’a renvoyé un message. Il ne voulait pas reconnaître l’enfant. Il n’avait qu’un seul fils et tant qu’il n’aurait pas son accord il lui était hors de question de le remplacer… Ce sont ses mots, à quelques détails près. Il m’avait beaucoup parlé de toi. Je savais que tu comptais beaucoup pour lui. Le choix ne se posait même pas. Pourtant, depuis ce jour, il m’a toujours offert un soutien financier pour pouvoir élever Elendîn convenablement. Il n’a jamais voulu le rencontrer mais il ne nous a jamais abandonné comme le prétendent les commères ici.
J’ai eut des moments difficiles. Je l’ai parfois maudit, haï, mais au fond, je crois que je lui suis reconnaissante. Je n’ai jamais trouvé d’époux mais ce qu’il m’a offert, ce solide et beau garçon, est le plus beau cadeau que j’ai pu recevoir de toute ma vie.
Elendîn ne lui en a jamais voulu, au contraire. Il avait vraiment hâte de te rencontrer. Je sais qu’au fond il espère que tu l’acceptes et que tu lui permettes de rencontrer son père. Et puis, tu es son grand frère. Il en a rêvé de t’avoir à ses côtés quand on l’insultait ou le traitait de bâtard. Je ne l’ai jamais vu si heureux que le jour où tu l’as appelé frère. Je ne te remercierais jamais assez pour ce bonheur que tu nous offres. »

Le fauconnier avait froncé les sourcils.

« - Vous dites que mon père a refusé de le reconnaître à cause de moi ? »

Elle acquieça.

« - Il t’aime beaucoup. »

Un grognement agressif, semblable à un aboiement, claqua dans l'air. Aline eut un mouvement de recul face à la violence de ces mots. La rancœur que le jeune dùnadan était bien au dessus de ce qu'elle aurait pu imaginer. Les yeux gris de l'homme viraient au noir sous la colère. Ses poings se tenaient serrés à s'en craquer la peau. Les muscles de sa mâchoire saillaient.
La femme souffla en secouant la tête de droite à gauche. Elle prenait la mesure de difficultés relationnelles entre le père et le fils. Sans doute s'inquiétait-elle aussi pour son propre enfant. Elle tenta une autre approche.

« - Peut-être qu'il n'a pas vraiment su te le montrer... »
Mais Thalion lui coupa la parole.
« - Il y des années, j’aurais aimé croire à vos paroles… Plus maintenant. Cet homme m’est complètement indifférent désormais. Je ne tiens pas à le revoir.
- Tu es son héritier, il faudra bien un jour que tu retournes dans le manoir de Kervras.
- Au plus tard ! Je n’y tiens pas ! Qu’y ferais-je ? Je n’aurais qu’à noyer mon isolement, ma désolation et mon incompétence politique dans l’alcool et la bonne chair. Très peu pour moi, Madame. Je ne suis pas de ces hommes à qui les paroles siéent mieux que les actes. Regardez-moi ! Regardez mon visage, mes bras, mes mains ! Je suis un guerrier, je ne connais que la guerre et seul le combat me fait vivre. Ce qu’il aura à m’offrir je n’en veux pas !
- Ton grand-père a passé tout ce qu’il lui restait de vie pour restaurer cette région, et tu comptes l’abandonner ?
- Elendîn sera excellent dans ce rôle. »
Aline secoua la tête.
« - Mon fils est un bâtard, il n’aura jamais l’estime qu’on accorde aux légitimes… Si tel est ton souhait, vous pourrez régir Kervras côté à côté… Mais seul, cette tâche aurait raison de mon fils, et ça, je le refuse !
- Quoi qu’il en soit, mon père n’est pas mourant. Cette histoire ne me concerne pas !
- … Bien… »

Une autre question brûla les lèvres de Thalion.

« - Vous a-t-il laissé assumer ça toute seule ?
- Certes non ! s’insurgea Aline. Outre l’argent qu’il m’a toujours fait parvenir pour subvenir à nos besoins, il a veillé à ce qu’Elendîn reçoive une éducation digne de ce nom, lui a fait parvenir un percepteur et plusieurs livres de sa collection personnelle, et, depuis toujours, a mit un point d’honneur à s’enquérir de ses progrès et de sa santé ! »

Un instant, Thalion sentit la colère et la jalousie déferlées comme une vague sur son cœur. Voilà qu’il découvrait son père plus prévenant avec son cadet qu’il ne l’avait jamais été avec lui. Mais il parvint, malgré le voile de rancœur qui obstruait toujours sa vision, à se raisonner. Là où Hûndoron et lui-même se trouvait, il aurait été impossible à son père d’envoyer des missives pour demander de ses nouvelles… Et pour être totalement honnête, il n’aurait pas apprécié le geste. Il soupira.

« - Mais alors … Quand vous avez dit, le premier jour, qu'on vous avez suggéré son nom... Vous vouliez dire... Mon père l'a nommé lui-même ? finit par comprendre Thorondil
- Bien sûr, répondit doucement Aline avec un sourire. Rappelles-toi, je ne parle pas l'elfique, aucune langue elfique... Je souhaitais tant que mon bébé garde une trace de ses origines, même sans la reconnaissance de son père. Alors, j'ai écrit à Aratan, je lui ai parlé de lui, de ses progrès, de son caractère, de son visage et de ses yeux, de son silence aussi qui m'inquiétait. Et je lui ai demandé de nommer mon enfant.
- Il vous a bien écouté... »

Le silence s'étira paresseusement dans la pièce, à côté du feu ronronnant. Thalion était songeur. A la lumière du récit d'Aline, toute son histoire prenait une lumière différente. Son père avait-il réellement autant souffert de sa perte ? De la perte de son épouse ? De son fils ? Il avait vu Aratan comme un lâche qui avait fuit ses responsabilités et un égoïste qui avait cessé de l'aimer. Mais à présent, n'avait-il pas simplement été un homme qui souffrait trop ? Il en avait entendu des histoires de ces elfes qui, ne supportant pas la perte d'un être cher, mourait de chagrin... alors pourquoi pas un homme ?...
Il soupira. Ses doigts pianotaient sur une pierre de la cheminée alors que ses yeux voltigeaient partout dans la pièce. Plusieurs fois, il sembla sur le point de parler puis se ravisa. Soudain, il se leva, regardant la femme de toute sa hauteur.

« - Bien... J'irais lui parler. Je partirai demain, à l'aube. J'emmènerai Elendîn avec moi. Nous irons voir notre père ensemble.
- N'est-ce pas un peu délicat pour des retrouvailles après tant d'années ? Tu n'as pas revu ton père depuis 13 ans, d'après ce que j'ai cru comprendre.
- Elendîn n'a pas vu son père depuis aussi longtemps.
- Lui ne l'a jamais vu ! Vos situations sont différents ! Ne chercherais-tu pas plutôt à éviter ces retrouvailles ?
- C'est possible, grogna Thalion, un peu agressif. Et alors ? »

Quoiqu'il se soit passé, Thorondil était encore loin de réussir à pardonner pour tout ce gâchis et toute cette souffrance. Peut-être qu'au fond c'était plus facile : haïr sans se poser de question, pour donner au moins un sens à tout ça.

« - Bien, fais comme il te paraitra le plus juste, apaisa immédiatement Aline, le voyant se braquer. Mais je t'en pris, ne mêle pas mon fils à votre histoire. Je peux comprendre ta rancœur mais Elendîn n'a rien à voir avec ça ! »

Sous la bienveillance de la femme se cachait une véritable autorité maternelle comme Thalion n'en avait plus fait l'expérience depuis bien longtemps. Il en fut complètement déstabilisé.

« - ... Heu... Oui... Vous... vous avez raison..., marmonna-t-il, penaud. Je... j'y veillerais, Madame. »

L'arnorienne sourit de nouveau et prit congés. Resté seul, Thorondil prit enfin conscience de tout ce qu'impliquait son choix. La nuit, pour lui, allait être longue et angoissante.


Le lourd tribu de la Bataille Finale

Au milieu d'un étrange chaos de campements organisés à la va-vite, s'agitait hommes, elfes et nains de tous horizons et de toutes convictions. Les ennemis d'alors devenus alliés d'aujourd'hui se croisaient et se recroisaient dans une tacite mais fragile entente.

Thorondil se tenait à l'écart, étrillant sa monture en silence. L'air glacé du grand Nord engourdissait ses doigts et des volutes de buée épaisses s'échappaient de son nez et de sa bouche à chacune de ses respirations. Sur son épaule patientait Niphredil, son faucon de gerhault d'un blanc de neige. Habitué à ces climats, l'oiseau se contentait de regarder les paysages alentours sans agitations particulière.
Le vent sifflait en bourrasque, balayant des flots de neige qui retombaient en cercles lents jusqu'au sol. Thalion resserra autour de lui les pans de son épaisse cape. Elevé dans une région froide de la Terre du Milieu et grand voyageur il n'était guère frileux mais, à ces latitudes l'épais vêtement n'était guère de trop. Pas plus que son pantalon en peau de loup, ses surbottes en fourrure retournée et sa grosse veste en poil d'ours offerte par un de ses compagnons de voyage... Le froid était si intense que ses longs cheveux blonds étaient parsemés de perles de glace, rigide à casser.
Il se resserra contre les flancs fumants de sa jument, profitant de la chaleur de son corps.

« - Et bien ma belle, je ne sais pas bien ce qui nous attend mais... je compte sur toi pour surveiller mes arrières. Je me demande si le veil Hûdoron est là, quelque part parmi tous ces gens... Quand tout ça sera régler, j'essayerai de le pister un peu, qu'est-ce que t'en pense ma belle ? »

Ce fut son dernier moment de paix et de calme. Quelques heures plus tard tout n'était que rage et sang, fracas des armes et hurlements. La glace et le feu. Le Chaos. Ce fut des heures terribles et que de cadavres jonchant le sol.
Et au milieu de la masse de folie meurtrière, de haine et de vengeance, se tenait Thorondil le fauconnier, seul et à pied. Luttant avec acharnement pour sa vie contre des ennemis venant de toutes parts, il se sentait faiblir. Combien de temps tiendrait-il encore ? Cela faisait longtemps qu'il luttait contre un unique adversaire, les autres ne faisant que passer et mourir.  C'était un géant, un colosse oriental qui pesait sans doute le double de son poids. L'homme agitait autour de lui une hache de guerre à double tranchant de la taille d'une femme. La force brute qui guidait l'arme compensait amplement son manque de précision. Et bien que celle-ci ait été la clé de la survie de Thorondil jusqu'alors, il sentait bien que ses esquives ralentissaient alors que le géant, lui, ne semblait pas perdre son rythme. Lui qui pensait ainsi épuiser son adversaire se retrouvait prit à son propre jeu sans aucune porte de sortie. La Mort le frôlait de plus en plus près à chaque seconde, guidée par le sifflement sinistre de la hache à proximité de ses oreilles.
Thorondil se préparait au pire. Et il avait raison. L'arme s'abattit comme un couperet. Pendant un bref instant, il crut avoir évité le coup. La seconde d'après, une douleur plus terrible qu'une brûlure au fer rouge lui traversa le crâne. Un flot de sang lui obstrua la vue. La seconde suivante son œil semblait vouloir s'arracher de son orbite. Il tituba en hurlant de douleur et de rage. Un grognement de victoire jaillit de la gorge de son adversaire, raisonnant comme une condamnation à mort. Soudain, il la sentit. La peur. Elle était là, s'insinuant comme un odieux serpent gluant et glacé à travers chaque centimètre carré de son corps. Le coup avait tranché arcade, cornée et pommette d'un coup net, manquant de peu de lui ouvrit le crâne.
Totalement aveugle, il entendit le rire gras de son assaillant. Un autre coup viendrait. Poussé par son instinct de survie, malgré la douleur et la terreur, Thalion se concentra sur le son de la hache fendant l'air. Mais le bruit de la bataille couvrait son adversaire. Il ne perçu le danger que trop tard. Il sauta en arrière mais l'arme, de nouveau, fit son œuvre. Sa clavicule claqua. La lame découpa sa peau et ses muscles comme du beurre, ripant sur les côtes, tailladant son torse de part en part. Un autre flot de sang gicla, brûlant et poisseux. La douleur quant à elle, il n'en sentait même plus la localisation. Son corps entier n'était que souffrance. Il était comme un condamné sur l'échafaud. Ses forces le quittaient, emportées par le sang qui coulait encore et encore. Thorondil tomba à genoux, résigné à attendre le coup de grâce : la hache en travers du coup, sa tête qui roulerait par terre, piétinée par les ennemis comme les alliés durant la bataille.
C'est alors qu'un miracle se produisit. Un cri perçant retentit dans le ciel. Un faucon blanc fondit en piqué sur le géant, visant les yeux, plantant ses serres dans les joues de l'oriental, frappant ses oreilles de puissants coups d'ailes. Un hurlement de douleur atroce échappa à l'adversaire. Ce fut la dernière chose qu'entendit le dùnadan avant de s'écrouler, persuadé que le Grand Nord avait eut raison de lui.

Il avait bien cru ne jamais revenir de ces Etendues Glaciales du Nord, au-delà des Monts d’Angmar. Il s'était réveillé, comateux, sur un brancard de fortune tiré par sa jument palomino épuisée, arborant une grande plaie sur le flanc. A sa droite reposait le cadavre d'un oiseau blanc de neige, le cou transpercé d'une flèche haradrim. Son faucon. Sa Niphredil qui lui avait sauvé la vie.
Cette scène lui en rappela une autre, plus ancienne, plus terrible. L'image d'une femme aux cheveux blonds replaçant le rapace. L'air glacé céda sa place à l'odeur du printemps et du millepertuis. Thorondil redevint Thalion... et sanglota. Il s'endormit et ne se réveilla plus avant une semaine entière.


Les remords de Malfind


Il n'y eut pas de fête à Kervras pour célébrer la Victoire du Nord. Des deux cent hommes que le petit fief avait envoyés, seul vingt-trois revinrent en vie et quatre moururent dans la semaine qui suivit. Sept autres demeurèrent estropiés, sourds, aveugles ou manchots. Le bilan était lourd et les deuils nombreux. On ne comptait plus les veuves et les orphelins qui pleurèrent dans les rues et les maisons après ces funestes jours.

Thorondil s'était réveillé dans une chambre du petit manoir familial. Il ne l'avait pas quitté depuis lors : un bandeau sur les yeux, des mètres de tissus autour du torse, cloué dans un lit. Deux guérisseurs elfes mandatés par son père se relayaient auprès de lui, lui administrant soins, magie et drogues médicinales. Il se sentait devenir fou. L'inaction, sa paralysie prolongée, sa cécité à la guérison incertaine... tout le rendait plus irritable et acariâtre de jour en jour. Même son frère, habituellement privilégié, n'avait pas été épargné. La mort de son faucon n'avait pas arrangé les choses. Peu de personnes osaient encore l'approcher et encore moins tentaient de lui parler.

Puis, un jour, il reçut une étrange visite. Cette journée avait commencé par une morne matinée brumeuse. Thalion sculptait à l'aveugle un petit carré de bois clair, assis dans son lit. Le feu ronronnait doucement dans l'âtre pour réchauffer la pièce aux murs froids. Alors que la tête d'aigle commençait à prendre forme sous ses doigts, il entendit de violents éclats de voix en provenance de l'étage inférieur. Les voix, étouffées par la pierre, étaient déformées, ne laissant filtrer que quelques mots épars.
Stoppant son ouvrage, Thorondil tendit l'oreille. Il reconnu d'abord le ténor rocailleux d'Aratan, grondant comme le tonnerre. Son père semblait furieux et s'adressait violement à un autre homme, un invité sans doute car sa voix lui était totalement inconnue. Il s'étonna. Son père, ne devait pas revenir d'Annùminas avant trois jours. Les funérailles de la reine Elaera et la réunion de crise suite à l'enlèvement du Prince Aelas aurait dû prendre bien plus de temps. Quelque chose devait s'être produite. Connaissant son père, quelque chose de grave et de vitale pour le royaume, pour qu'il manque ainsi à ses devoirs.
Le jeune dùnadan se concentra sur la deuxième voix. Bien qu'il ne pu en déchiffrer les mots, il reconnu facilement le timbre caractéristique de l'accent des Hommes de la Marche pour l'avoir entendu sur mainte et mainte champs de bataille. Pourtant il y avait quelque chose dans ce baryton râpeux qui lui semblait familier sans qu'il ne parvienne à définir en quoi. Un timbre, une façon particulière de prononcer certaines phrases peut-être ? Un ton qui rappelait en lui de vieux souvenirs. Il se revoyait avec sa mère, assit à la longue table en chêne d'une somptueuse demeure de Minas Tirith. Il revoyait les silhouettes floues qui s'agitaient. Et le brouhaha. La voix flutée de la grand-tante Arna, le crissement désagréable et suraigüe de la cousine Aglaë, les sifflements graves du vieil Oromir, le ténor furieux d'Aratan se disputant au baryton violent... Non, ça, ce n'était pas son souvenir. C'était à cet instant même, se déplaçant dans les escaliers de pierres à sa rencontre.

« - Tu ne m'empêchera pas de le voir, Aratan !
- Malfind ! Je t'interdis ! Tu es ici chez moi ! Et je t'interdis d'approcher mon fils !
- Parce que tu crois pouvoir...
- Tais-toi ! Tu as refusé de le voir ou de le connaitre depuis la mort de Vaewen ! Il ne te connait même pas !
- Ne parle pas de Vaewen !
- Tu lui as pourtant mis sa mort sur le dos ! C'était un gamin !
- Oh, c'est sûr que de la part de celui qui l'a trainé par monts et par vaux sans se soucier qu'il soit infirme, convalescent et en deuil... Ton exil était ce qu'il y avait de mieux pour lui, pas vrai ?! Le grand Aratan, donneur de leçons... Tu n'as pas changé ! Je veux voir mon neveu et je n'ai pas l'intention de revenir bredouille par ta faute !
- Que m'importe tes états d'âmes ! Qui veut réellement le voir à Minas Tirith qui attende qu'il soit blessé au front en héro pour soudain se soucier de son existence ?! »

Les cris résonnaient entre les murs et, soudain, la lumière se fit dans l'esprit du blessé. Malfind, le frère aîné de sa mère, son unique oncle dont on lui disait si souvent dans sa jeunette qu'il lui ressemblait tant. Une sorte d'angoisse naquit en lui. Une peur incompréhensible. Il était allé au devant d'un demi-frère bâtard et caché sans une once de crainte. Il avait défié mille et une épreuve et adversaires sans jamais avoir ressentit cette étrange excitation mêlée d'angoisse. Malfind avait refusé, comme toute sa famille maternelle, tout contact avec lui depuis la mort tragique de Vaewen dans l'incendie de l'Auberge des 7 chemins. Pourquoi revenir maintenant ? Etait-ce vraiment pour renouer le contact ou était-ce purement intéressé ? Par quoi alors ? Qu'aurait eut à gagner Malfind à le revoir maintenant, adulte, misanthrope et, cette fois-ci, réellement infirme ? C'était à n'y rien comprendre.
Le temps de sa réflexion, la dispute avait cessée. Les voix s'étaient tues. Thorondil attendit. Il attendit. Il attendit les trois coups bourrus qui annonçaient l'arrivée d'Aratan. Ils survinrent rapidement. Comme à son habitude, son père entre sans attendre.

« - Thalion ? laissa échapper une voix qui, elle n'était pas d'Aratan.
- Oncle Malfind. » répondit froidement le jeune homme, faisant remarqué par là même qu'il avait suivit la houleuse conversation qui avait précédée.
Un silence gêné lui fit écho jusqu'à ce qu'Aratan prenne la parole.
« - Un mot de ta part et je le fais jeter dehors, fils.
- Non, ça ira. Merci.
- Bien, répondit sèchement le seigneur de Kervras. Des affaires m'attendent, je vous laisse. Je dois retourner dès demain à Annùminas. »
Et il quitta la pièce en claquant la porte.
« - Hum... fit le baryton de Malfind. Thalion...
- C'est Thorondil maintenant, mon oncle.
- ... Je vois...
- Trêve de politesse ! Qu'est-ce qui t'amène donc à Kervras, si loin de la Cité Blanche ? Certes pas pour m'adresser quelques mots de prompt rétablissement qui aurait été plus à propos il y a plus d'une décennie maintenant !
- Et pourtant c'est en partie pour ça que je suis là... Bien que tu aies été négligé par tous si longtemps, tu n'en reste pas moins l'un des nôtres. De plus je ne viens pas du Gondor.
- Rohan ?
- Comment... ? s'étonna Malfind
- Je suis actuellement aveugle, pas sourd ! Tu as pris l'accent des hommes de la Marche, mon oncle.
- Bonne oreille. En effet, j'ai épousé une Rohirrim en secondes noces que j'ai suivit dans son retour au pays.
- N'est-ce pas à l'épouse de suivre son mari ?
- Pas avec elle, contra Malfind entre tendresse et tristesse. Elle était si fière et si forte. Elle portait un tel amour pour son pays qu'elle me l'a transmis. J'ai prêté allégeance aux souverains du Riddermark il y a de cela presque 20 ans maintenant, affirma son oncle aux cheveux de paille en secouant la tête.
- Soit, mais tu éludes la question ! Pourquoi parcourir tant de lieux pour me rencontrer. Braver la colère d'Aratan et supposément, la mienne ?
- Et bien..., Malfind semblait gêné. C'est à cause de Beorgan...
- ... ?
- Mon fils... L'aîné de mes enfants... J'ai deux enfants maintenant.
- Aux faits ! s'agaça à nouveau Thorondil, peu troublé de se découvrir deux cousins.
- Un capitaine de l'Eastfold qui a combattu aussi durant la Grande Bataille, a demandé à Beorgan si son frère s'était remis de ses blessures. Comme je n'ai qu'un fils, il a protesté mais ce capitaine lui a expliqué y avoir vu un homme parmi les blessés qui me ressemblait comme un fils, avec des cheveux blonds et une épée de cavalier. Quand il m'a raconté ça, j'ai tout de suite su que c'était toi ! J'en étais persuadé ! Alors j'ai fait des recherches, il fallait que je saches. j'ai dû aussi tout expliquer à mon fils. Il était furieux. Il a même qualifié l'attitude de notre famille de déshonorante vis-à-vis de toi... »
Thalion resta parfaitement immobile et silencieux. Malfind reprit son explication, encore plus gêné.
« - Il avait raison... Si la famille t'avait soutenu en ce temps-là, au lieu de te blâmer pour un accident dont tu n'es pas responsable... Tu ne pouvais pas empêcher Vaewen de venir à ton secours, tant bien même l'aurais-tu voulu. Une mère est prête à tout pour sauver son enfant... C'est ce qu'Ellen m'a apprit. J'aurais aimé avoir la sagesse de mon fils à cette époque-là... Dans un sens je ne vaux pas mieux que ton père...
- Suffit ! Ce qui est passé, est passé ! Si j'ai bien compris, tu n'es là que pour t'excuser et vérifier que je ne suis pas mort..., constata amèrement l'arnorien.
- ... Je comprends... J'espère que tu sauras un jour en mesure de me pardonner.
- Qu'en est-il du reste de la famille, interrogea malgré tout Thalion.
- Je l'ignore. Depuis la mort de ta mère et mon mariage avec une femme rohirrim - sans noblesse qui plus est - je n'ai pas vraiment de rapport avec eux. Je ne suis plus convié aux réunions de famille. Je suis aussi exclu que toi désormais. »

La migraine commençait à reprendre Thorondil. Il ne répondit rien et entreprit d'ignorer superbement son oncle. Au bout de deux minutes de long silence, Malfind prit congé.
Le jeune homme resta complètement immobile un long moment. Il se sentait mal et, cette fois, cela n'avait rien à voir avec ses blessures. Sans qu'il en ait vraiment conscience, deux larmes s'étaient mises à couler le long de ses joues, brûlant de leur sel sa plaie encore à vif. Il revoyait Vaewen et son sourire, sa voix douce et ses gestes gracieux, pendant l'une des réunions familiales à Minas Tirith. Il revoyait Malfind, alors veuf de sa première épouse, morte en couche, sourire malgré ses yeux rouges alors qu'elle lui parlait.
Soudain, après tout ce qu'il avait vécu, toutes ces peines et ces douleurs, malgré ses 29 ans, il avait envie de hurler le nom de sa mère, sentir ses bras rassurants autour de lui et l'entendre chantonner ses airs préférés.


Les fleurs de Morrigan

Une embuscade ! Ce n'avait été qu'une maudite embuscade !
Thorondil trainait avec difficulté sur le terrain accidenté du Sud de l'Arnor. Son flanc le faisait souffrir. Sous les vieilles cicatrices d'un chat à neufs queues, qu'il avait récolté d'un voyage en Umbar, s'étendait un large hématome noirâtre aux contours irréguliers. Son bras droit était maculé de sang séché qui couturait tant bien que mal ses plaies superficielles. sa tête semblait sur le point d'imploser, prise dans un étau, comme cela lui arrivait souvent depuis ses blessures dans le Nord.
Les elfes l'avaient prévenu, ses yeux étaient condamnés. Dans une dizaine d'année, peut-être un peu plus avec de la chance, il devrait faire avec l'obscurité totale. En attendant ce jour fatidique, des marteaux nains semblaient mettre consciencieusement son crâne en morceaux.
Il continua à avancer en boitant. Sans doute une entorse, rien de bien grave. Heureusement, les brigands ne lui avaient dérobé que sa bourse, qui ne contenait que quelques piécettes. il avait réussit à mettre la clique en fuite avant qu'elle n'ait pu en emporter plus.
Lith, sa jument, avait pris la fuite, son chargement sur le dos. Mais, pour elle, il ne se faisait aucun souci. Elle reviendrait bientôt, une fois le calme revenu. L'animal avait été plus traumatisé que lui par la bataille du Nord et ne supportait plus la proximité des combats.
Elei planait dans le ciel autour de sa tête en décrivant de larges cercles dans le ciel.

Enfin, il arriva en face d'une bâtisse un peu à l'écart du village que l'on voyait à l'horizon. C'était une grande maison en pierre solide et élégante, décorée de clématites grimpant le long des murs. Deux rangées de ruches délimitaient de part et d’autre le jardin. Tout l’espace extérieur, à l’exception de la petite allée de pierre et d’un élégant puit de roche grise, était recouvert de multiples parterres de fleurs aux couleurs envoûtantes et aux parfums délicieux. Là des rosiers sagement alignés, là des étendues de coquelicots et de luzernes, ici une petite haie de lilas soigneusement taillée laissant apparaître ci et là des liserons grand ouverts, et là encore un tapi de myosotis au bleu incroyablement sombre et d’anémones pâles… mille autres espèces encore arrangeaient le jardin. Certaines étaient simplement décoratives, d’autres dégageaient de sublimes odeurs, les dernières étaient d’espèce particulièrement mellifères. Le tout entretenu avec grand soin.
Seul raisonnait le bourdonnement des abeilles au travail et les chants d’oiseaux du printemps, pouvait se faire entendre.

Thalion fronça le nez. Les odeurs printanières lui en rappelaient d'autres, de sinistre mémoire. pas qu'il n'appréciait pas les fleurs, mais le millepertuis qui poussait en bouquet à côté du portillon le mettait mal à l'aise. Il claudiqua jusqu’à l’entrée de la propriété. Il entendit les aboiements d’alerte d’un chien entrecoupé de grognements agressifs. Sa tête semblait sur le point d’exploser. Sa vision était troublée d’immenses tâches noires.

« - TAIS-TOI ! hurla-t-il au gros molosse noir qui tirait sur sa corde »

Cela n’eut comme résultat que de redoubler aboiement de l’animal qui se démenait comme un diable pour pouvoir lui sauter à la gorge. Ses oreilles bourdonnaient, et, alors que sa migraine lui signalait avec une affreuse précision les limites de son crâne, le reste de son corps lui semblait une entité floue délimité par une douleur diffuse mais persistante. Ainsi ne protesta-t-il pas en sentant un gros bras lui entourer la taille pour le guider dans un lieu plus frais. Le chien cessa son raffut. Une voix d’homme, puis celle d’une femme, résonnaient faiblement autour de lui. Bien qu’il était persuadé de parler la même langue, il ne lui semblait pas en comprendre un seul mot. Devant ses yeux, deux silhouettes floues apparaissaient par intermittence. L’une était épaisse et courte, une panse large et des bras épais, sur lesquels était vissée une petite tête aux cheveux sombres en épis qu’une barbe fournie dissimulait à demi. Sa démarche était étonnamment légère pour un individu de cette corpulence. L’autre semblait plus fine qu’une tige de bambou en comparaison, une jeune femme à en juger les courbes harmonieuses et le pas gracieux. Une longue cascade de cheveux de jais entourait une face mangée par deux yeux d’améthyste. C’était tout ce qu’il était en état de distinguer.

La femme lui présenta un bol. C’était une mixture épaisse à l’odeur sucrée. Sans réfléchir il la but d’un trait. Un goût vaguement amer, que le miel n’arrivait pas à dissimuler, lui resta sur la langue. L’homme l’aida à grimper quelques marches et le dùnadan se retrouva allonger sur un lit moelleux. Déjà, sa tête le faisait moins souffrir. Quelques secondes plus tard, le sommeil vint le cueillir. Il n’avait pas bougé d’un pouce.

Quand il se réveilla, il retrouva la détestable sensation, qui devenait bien trop familière à son goût, de reprendre conscience dans un lieu inconnu, sans savoir ni comment, ni pourquoi il y était arrivé. Avec une facilité qui relevait de l’habitude, il entreprit de ressembler ses souvenirs et de déduire sa position en regardant tout autour de lui. L’attaque, la douleur et sa marche difficile pour trouver de l’aide lui revinrent rapidement.
Thorondil se redressa pour parcourir la pièce du regard. Il se trouvait au premier étage de la maison, allongé sur un lit à baldaquin aux draps soyeux de couleur crème. La pièce était sobrement décorée. Outre une petite table de chevet pour accueillir un petit bougeoir et une rose rouge sang dans un vase, un coffre de bois et un petit meuble sur lequel trônait une jarre d’eau et un grand récipient, la pièce ne contenait rien. Des vêtements propres avaient été soigneusement posés au pied du lit.
Sa tête était encore un peu lourde mais ne le faisait plus souffrir.

Une jeune femme entra alors dans la pièce. C’était une belle demoiselle qui devait tout juste approcher la vingtaine, sa longue robe bleue dansait autour d’elle. Ses cheveux noirs faisaient ressortir sa peau d'albâtre et ses lèvres roses. Et par-dessus tout, il reconnu les yeux qui s’étaient penchés sur lui la veille.

« - Vous êtes réveillé ? s’étonna-t-elle. Vous devez être incroyablement solide ! Les remèdes de mon père sont efficaces, mais ils assomment généralement pour plusieurs heures. »

Alors qu’il la regardait sans rien dire, elle continua avec un franc sourire :

« - Je suis Morrigan. Vous êtes chez mon père, Hecal. Pardonnez la lenteur de notre réaction tout à l’heure, mais nous croyions que vous étiez un brigand et Père était prêt à vous lâcher Colosse aux trousses, ajouta-t-elle d’un rire cristallin.
- Je suis heureux qu’il ne l’ait pas fait, ronchonna-t-il en repensant au chien massif qui gardait la propriété.
- Nous avons aussi récupéré votre cheval. Il est arrivé dix minutes après vous. Je crains qu’il n’ait ruiné mes marguerites. » s’attrista Morrigan avec une petite moue.

Thalion s’agaça.

« - Si vous l’avez bien traité, je vous rembourserais vos fleurs !
- Olà, messire, ne vous énervez donc pas. Ses fleurs n’ont aucune valeur ici. Je les cultives juste par plaisir et non par profil. »

L’homme se clama aussitôt, conscient de son attitude envers les personnes qui lui étaient venues en aide. Il grogna en baissant la tête, contrit.

« - Nous vous attendons en bas pour le repas. Faites attention à vos blessures, prenez votre temps et n’hésitez pas à appeler si vous avez besoin de quoi que ce soit. »

Et elle quitta la pièce.

Thorondil resta un mois entier auprès de cette joyeuse famille le temps de retrouver un usage normal de sa cheville. Invité de bon cœur malgré son attitude taciturne, jamais les membres de la famille ne lui reprochèrent son silence et son besoin de solitude. Doucement, il se réconcilia avec les odeurs du printemps.
Hecal était un hôte généreux et jovial, toujours un mot agréable ou une chansonnette. Ce veuf bon vivant vivait largement de la vente de fleurs et de miel. C'était un commerçant prospère et habile négociateur, qui savait toujours se faire des alliés. Bien que son éducation soit lacunaire, sa conversation était des plus agréables. Son amour pour les pâtisseries était proverbial dans la région et, à ce sujet, comme sur beaucoup d'autres, il ne connaissait pas la modération.
Quant à Morrigan, elle se montrait si douce et prévenante, que Thalion se laissa séduire par sa beauté. Mais voilà, la jeune femme était fiancée depuis plus de cinq ans déjà un riche bourgeois gondorien, dont la famille avait conclu un accord avec Hecal. Un mariage arrangé en somme... Cependant, quand la dernière nuit, Morrigan se glissa dans sa chambre, Thorondil ne se laissa pas encombrer de ces considérations. Et il n'avait jamais été aussi sincère que lorsqu'il lui promit de revenir la chercher, et, lorsqu'il réglerait enfin sa dette vis-à-vis d'Hecal, de demander sa main.


Un petit rossignol

Thorondil avait longtemps voyagé, mais n’oublia jamais sa dette envers Hecal. Cela faisait presque un an qu’il avait quitté l’homme et sa fille pour repartir sur les routes de la Terre de Milieu. En regardant le paysage autour de lui, il pouvait constater que rien n’avait changé dans ce petit bout d’Arnor. Il inspira, traversa l’allée bordée de ruches. Il remarqua qu'il n'y avait plus aucune trace de Colosse, le dogue noir. Il ne s'en plaignait pas, le chien ne l'avait jamais aimé. Même au bout d'un mois, l'animal avait toujours tenté de le mordre lorsqu'il passait dans le jardin.

De passage dans la région, il venait solder ses comptes auprès du sympathique bourgeois et tenir la promesse qu'il avait faite à la belle Morrigan. Il frappa à la porte de la demeure d’Hecal. On ouvrit.

« - Hecal, mon ami, je… » commença le dùnadan.

Mais il ne pu continuer. Le visage de l'apiculteur pris une violente couleur écarlate et il claqua le battant sous les yeux ahuris du fauconnier. Son ouïe fine lui permit d’entendre clairement l’homme monter d’un pas lourd et rapide les escaliers. Il y eut un fracas, un cri de protestation qu’il identifia comme celui de Morrigan suivit d’un grondement de colère et d’un flot de paroles qu’il ne pouvait déchiffrer. Une dispute éclata à l'étage. Il fronça les sourcils, inquiet. Une cavalcade dans les escaliers plus tard la porte s’ouvrit de nouveau, laissant apparaître le propriétaire des lieux soufflant comme un bœuf. Il tenait un objet dans chaque main, mais avant qu’il n’ait eut la moindre chance d’analyser clairement la situation, Hecal lui balança violement le paquet de linges blancs qu’il tenait dans la main gauche. Thorondil le réceptionna in extremis. Un voile blanc tomba du dessus du paquet, révélant une petite tête ronde aux yeux clos. Un bébé y dormait paisiblement, nullement déranger par les secousses dont il était victime.

« - Vu la somme qu’j’ai payé l’accoucheuse pour qu’elle se la boucle, j’ai pas intention d’laisser ta sale bâtarde empêcher l’mariage d’ma fille ! Et si j’l’ai pas noyée c’est qu’elle s’y est r’fusée ! Mais si j’te revois dans les parages toi ou l’mioche, j’hésiterais pas une seule seconde à vous planter mon couteau dans l’cœur !... »

Oublié le langage aimable et la voix agréable de la première fois. Les mots hachés de colère, grossiers, lui donnaient l’accent des voleurs de grands chemins. Mais le dùnadan ne remarqua même pas le lourd couteau de cuisine affûté qui le menaçait. Ni les yeux fous de celui qui le tenait. Ni même, les cris du nourrisson réveillé par les mugissements de haine de l'apiculteur. Son regard se portait à la grande fenêtre du deuxième étage. Là, une jeune femme aux cheveux de jaie l’observait. Il croisa les yeux améthyste mais il n’y vit aucune émotion, ils ne reflétaient rien. Les deux jeunes gens restèrent là, à se regarder sans un geste. Après cet échange silencieux, la demoiselle se détourna. Quelques secondes qui semblèrent une éternité pour Thalion. Pas une hésitation ni un regard en arrière. Le Dùnadan en fut terriblement blessé. Finalement, Morrigan n’était qu’une fille-mère qui avait sautée sur l’occasion de se débarrasser de cet enfant indésirable pour épouser son riche marchand gondorien. Dégoûté par cette constatation, l’Arnorien porta enfin son attention sur l’homme qui le menaçait toujours, s’agitant si bien que la sueur dégoulinait de son front et de son crâne dégarni. Il faisait de grand moulinet avec son couteau en continuant de pester ses menaces.

« - J’t’ai accueillit sous MON toit, soigné, nourri ! Et tout ça pour qu’tu déshonores MA fille !... Tu n’es qu’un sale ingrat ! Un sale petit … »

Thorondil serra le bébé contre son cœur et recula d’un pas. A ce moment-là seulement, il lança à son ancien bienfaiteur un regard tel que celui-ci en fut pétrifié. Il y fit passer toute sa haine, sa rancœur et sa colère, dans ce regard d’acier plus tranchant qu’une lame. Le bras graisseux d’Hecal retomba mollement sur le flanc, tandis qu’il déglutissait avec difficulté, cessant de déverser son flot venimeux. La fureur du fauconnier le fit trembler. Ses yeux devinrent fuyants et sa voix perdit toute assurance.

« - V… V-Vas-t-en ! Ne reviens j-jamais ici !... » lança-t-il une dernière fois en reculant vers la porte, couteau en avant.

Le lourd battant de bois se referma violement et Thalion se retrouve seul, l’enfant en pleurs serrée contre lui. Un léger vent de panique s’insinua dans tout son être. Jamais il ne s’était sentit si impuissant que face à un nourrisson à peine âgé de quelques mois qui hurlait à pleins poumons.
En s’éloignant de la bâtisse il la berça, chantonnant une des berceuses elfiques qu’il avait entendu de la bouche de la belle Eril lorsqu’elle berçait son fils Tinros, à Mirkwood. La mélodie et les vibrations du torse de son père finirent par apaiser l’enfant qui émit une série de gazouillis qui ressemblait à un chant d’oiseau avant de s’endormir profondément.
Le guerrier la regarda tendrement.

« - Une petite fille… Ma fille… Mon petit rossignol… Merilin… »

Et le bébé eut un sourire dans son sommeil.

(nb : merilin est le mot sindarin pour rossignol)


Un départ sous la lune

Thorondil sortit enfin de ses pensées. Combien d’heures s’étaient écoulées ? Le feu s’était transformé en tas de braises rougeoyantes surmontées d’une bûchette éteinte. Les étoiles avaient perdue de leur scintillement et la pleine lune baissait à la limite des montagnes, continuant à éclairer de sa douce mais froide lumière les paysages alentours. L'air était glacé. Il resserra les pans de sa cape autour de son corps.

Le sommeil l’avait fuit pour de bon, inutile de s’attarder d’avantage. Il siffla sa vieille jument qui accouru en trottinant et commença à rassembler ses maigres affaires.

Il repensa à ce fameux jour où, après un voyage difficile qui avait mis ses nerfs et son corps à rude épreuve, il avait laissé sa fille à la bonne garde de son demi-frère Elendîn et de sa jeune et récente épouse, Sigil. 3 ans… 3 longues années à parcourir le monde. Il ne la voyait pas souvent, sa petite merveille, son trésor, mais chacun de ses sourires était un baume qui lui réchauffait le cœur. Les cheveux de jais et les yeux d’améthyste de la petite Merilin ressemblaient à ceux de Morrigan mais ses sourires et ses moues étaient si semblables à ceux de Vaewen que même Aratan s’en était trouvé surpris. C’était sa fille, son trésor, elle était unique !
Mais lui, combien de guerres, de combats et d’escarmouches avaient vallonnés son chemin depuis que, pauvre enfant blessé, il s’était réveillé aux côtés du cadavre de sa mère ? Il compta. Il ne s’en souvenait plus, il y en avait tellement. Tant de sang et de morts mais l’adrénaline et ce sentiment de puissance qui envahissaient tout son être aux moments où il dansait, Sûliavas à la main, au milieu des champs de batailles.
Sa première bataille, à presque 19 ans, au côté de son mentor et de l’armée gondorienne, pour reprendre Osgiliath.  Il était resté à l'arrière. Il n'avait même pas eu le droit de s'approcher du campement des guerriers. Juste observer, avait précisé Hûndoron avant de partir sur le champ de bataille. Oh bien sûr, il avait bien essayé de désobéir et de se faufiler en douce... mais Lainion était quelqu'un de prévoyant. Son mentor lui avait trouvé une nounou : un vieux vétéran de guerre unijambiste au nom imprononçable dont il n'avait jamais réussi à déjouer la surveillance.
Puis il y avait apprit l’excitation des batailles à l'aube de ses 23 ans à Pelennor, le premier sang versé et la sensation des lames qui perçaient sa chair. Après ça le duo de dùnadain était partout où l’on se battait, portant assistance aux peuples libres aux grès des rumeurs qui les guidaient. Et il apprenait toujours. Et jusqu'à l'horreur de la Grande Bataille au milieu des hordes d’ennemis et tout ce qui s’y était passé était gravé dans sa mémoire au fer rouge. Le dùnadan frissonna à ce souvenir. Il lui avait fallu des mois, aux bons soins de guérisseurs elfes mandatés par son père, pour s’en remettre complètement... ou presque complètement. A cette pensée, il passa les doigts sur la cicatrice qui barrait son œil. Pendant combien de temps encore verrait-il ? Déjà, beaucoup de choses lui échappaient dans sa vision.

Et puis il y avait Malfind, son oncle du Rohan, a qui il avait fini par pardonner, bien plus vite qu'Aratan. Finalement, il s'était trouvé bien des points communs avec cette famille tombée dans l'oubli. Particulièrement Beorgan, son jeune cousin, qui l'avait harcelé de questions à l'accouchement de sa femme. Il jurait que sa petite Cyrtenes serait une excellente amie de Merilin. Quant à Malwen, sa soeur, elle avait épousé un noble du Gondor qui, comble de l'ironie s'avérait être en très mauvais terme avec l'époux de Morrigan. Les deux femmes se détestant cordialement, Thorondil ressentait une affection supplémentaire envers sa cousine.

Le voyageur ceignit Sûliavas à sa taille, serra la boucle de son épaulière de fauconnier et, pour finir, y déposa délicatement Elei endormie. L’oiseau s’agita un peu avant de refermer ses serres sur le cuir et retomber dans des rêves dont on ignore tout. La jument se rapprocha encore et le poussa du bout du nez. Thorondil flatta l’encolure offerte et murmura quelques paroles apaisantes. Lith hennit calmement. Il sauta en douceur sur le dos nu de sa monture et la lança au trot en direction du sud. Il ne laissait derrière lui qu’un petit tas de cendre encore fumantes et des traces de sabots s’éloignant vers l’horizon dans l'épaisse neige blanche.

Et c’est ainsi que Thalion, fils d’Aratan, connu sous le nom de Thorondil le fauconnier, s’en alla à la rencontre de son destin. Et, si Eru le permet, qu’il trace longtemps sa route en Terre du Milieu !


Dernière édition par Thorondil le Mer 19 Juin 2013 - 14:43, édité 5 fois
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Thorondil
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Thorondil le fauconnier EmptyMar 18 Juin 2013 - 23:18

Domaine de Kervras :

Etymologie : Du sindarin  Cerch (faucille) et Ras (corne) en raison de la forme caractéristique de deux pitons rocheux nus qui délimitent le territoire au nord et au sud.

Seigneur : Aratan de Kervras, fils de Duvain
Héritiers dans l'ordre de succession :
- Thalion de Lossost, fils d'Aratan
- Elendîn de Síla-Gathrod, fils d'Aratan

Localisation : Sur les contreforts des monts les plus au nord des Hauts du Nord.
Relief : Collines, étendues neigeuses, prairies, petits lacs, ruisseaux, carrières, forêt de conifères.
Climat : Rude, neigeux et froid.
Chef-lieu :
- Lossost : Petite ville fortifiée en pierre construite sur la plus haute colline du fief avec comme point centrale le petit manoir des seigneurs de Kervras. La réputation et le talent des tailleurs de pierres et des sculpteurs de Lossost est proverbiale. On y trouve aussi de très bons guides et la ville reste une étape de choix, pour les commerçants.
Villages :
- Ramuilos : Petit village fortifié à flanc de colline le plus en aval du domaine de Kervras qui doit son nom à la grande paroi de pierre naturelle qui délimite la frontière sud-ouest du village. L'activité principale de ce village est l'élevage ovin, bovin et caprin car le dénivelé rend difficile les cultures
- Helegrim : Minuscule village, plus proche d'un hameau, construit à côté d'un petit lac giboyeux à moitié gelé une bonne partie de l'année et entouré de conifères. Les habitants y vivent majoritairement de la chasse et de la pêche, et très minoritairement de l'élevage de quelques chèvres.
- Síla-Gathrod : Deuxième plus grande bourgade de Kervras, elle en délimite la frontière sud. Elle fournit la majorité des emplois du domaine grâce à la grande carrière de pierre de la colline d'Amon Calen. Composée en grande partie de carriers, la population est obligée d'importer des villages alentours les denrées alimentaires et du matériel de première nécessité.

Economie :
- Carrières et travail de la pierre (taille, sculpture...)
- Elevage (lait, fromage, viande, laine, peau)
- Chasse (viande, fourrure, corne, griffe, os)
- Commerce
- Guide
Richesse : Moyenne
Effectif militaire : 200 hommes majoritairement fantassins et archers.

Petite histoire :
Totalement abandonnée dès les premières incursions du Roi-Sorcier d'Angmar, ces terres sont restées inoccupées jusqu'à la fin du Troisième Âge. Ce n'est qu'après l'avènement du roi Elessar que Duvarn, fils Asafurin, se vit offrir ces terres par le Roi lui-même en remerciement des nombreux services rendus en tant que Rôdeur du Nord mais également pour avoir été de ceux qui, au détriment de leur propre vie, se sont tenus aux côtés du Roi lors de la Bataille de la Morannon qui marqua la véritable chute de Sauron.
Pourquoi choisir ces terres en particuliers, froides et peu hospitalières sur bien des points ? Ce fut en réalité une question d'héritage retrouvé. En effet Duvarn souhaita reprendre possession du domaine qui avait jadis été sous la gestion de ses ancêtres avant la chute de l'Arnor. En échange, il jura au Roi de toujours garder un œil vers le nord, suppléant la puissante Fornost.
Il rebâtit sur les ruines de la vieille forteresse de Lossost une petite ville fortifiée pour devenir le centre de son nouveau fief. Avec lui, il amena une poignée de familles qui remirent en état les terres à l'abandon et reconstruisirent les villages. A force de patience, le petit fief retrouva un peu de sa vitalité d'antan.
Mais ce ne fut qu'après sa mort, lorsque son fils, Duvain, reprit les rênes, que Kervras devient un lieu de passage intéressant pour nombre de professions. Il relança véritablement l'économie et la démographie du petit domaine, lui permettant de prospérer malgré les conditions climatiques difficiles.
A la mort de Duvain, la gestion du fief revint à son fils unique, Aratan, alors capitaine dans la Vieille Garde stationné à Fornost. Celui-ci se retira de l'armée pour s'installer à Lossost avec sa famille et se consacrer exclusivement à la gestion de Kervras.
Aratan abandonna un temps la gestion de ses terres à Bern, son intendant, à la mort de sa femme pour n'y revenir qu'une demi-douzaine d'années plus tard. Il en est l'actuel seigneur.


~~~~~

Comment trouves-tu le forum ? : Ab-so-lu-ment génialissime !!!
Comment as-tu connu le forum ? : Et bien... disons qu'avant, dans une autre vie, j'étais Aelyn du Rohan, guérisseuse de son état.
PS : Je me permets de faire remarquer que, après avoir étudié la chronologie, j’en ai déduis qu’en l’an 299 du 4ème Âge, les prisons de Minas Tirith étaient devenues de véritables passoires.
PPS : Pitié, ne me haïssez pas pour la longueur ! J’ai été atteinte de folie créative impossible à réfréner >< ‘ ! L'univers de Tolkien et celui du forum est tellement grand et complet que ça aurait été du gâchis de ne pas l'exploiter, non ? Il ne me reste plus qu’à espérer que vous aimerez malgré tout cette looongue lecture.
PPPS : Je tiens à signaler au staff que je n'ai aucune intention de le faire hériter... Pas de fortune pour le fauconnier ^^


Dernière édition par Thorondil le Dim 23 Juin 2013 - 19:46, édité 3 fois
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Ryad Assad
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Thorondil le fauconnier EmptyMer 19 Juin 2013 - 2:11
Eh bien eh bien, par où commencer ? ^^.

Tout d'abord, par te souhaiter de nouveau la bienvenue sur le forum. Cela fait toujours plaisir de voir d'anciens membres revenir, surtout avec autant de talent !

Ensuite, par un grand bravo. C'est une fiche qui, au-delà de sa taille, est rédigée avec qualité et avec soin, pour ne pas dire avec affection. On y plonge avec plaisir, pour en ressortir attristé que ça se termine, et impatient de voir la suite en RP !

Dans l'écriture, on sent du style, et quel style ! C'est fluide, c'est vivant, c'est harmonieux, et ça se lit sans faim.

L'histoire est à la fois complexe et cohérente, avec un personnage dont les épreuves ne sont pas simplement là pour faire joli : elles participent entièrement à son évolution, et sont déterminantes dans ses choix. Elles sont narrées de manière juste, avec la dose de mystère suffisante pour se faire sa propre idée, faire ses propres suppositions, qui sont confirmées ou non dans la partie suivante.

Quant au fief, je laisse aux autres colorés le soin de me contredire s'ils le souhaitent, mais au regard de la qualité de la fiche, je ne trouve pas grand-chose à redire.

Du coup, c'est avec grand plaisir que je valide ta fiche, et que je t'invite à faire une demande de métier, puis à commencer le RP !

En espérant te voir rapidement arpenter les vertes collines Wink.

Ryad.


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Thorondil le fauconnier EmptyMer 19 Juin 2013 - 3:19
Ryad, je te déteste...x) Je passe plusieurs dizaines de minutes à lire une fiche, et j'ai même pas droit au plaisir de la valider, devancé par un bleu.

Plus sérieusement, je rejoins l'avis de mon confrère sur tout ça. Superbe fiche, peu de fautes, histoire fascinante, personnage très équilibré, et le fief ne pose pas de soucis étant donné que tu ne comptes pas l'hériter.

Petite question, par curiosité: pourquoi as tu abandonné ton personnage précédent? 

En espérant te croiser en RP,

Fofo'

PS Tout à fait pour la prison de Minas Tirith, on peut supposer que le responsable a été viré depuis pig

Edit Ryad : langue


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Thorondil le fauconnier EmptyMer 19 Juin 2013 - 12:22
Embarassed Embarassed Embarassed
Merci !

Très contente que vous ayez apprécié la lecture ^^
(D'hab' je parle au masculin avec des persos masculins mais bon, étant donné que j'ai répondu au "test MT" de Sirion hier soir, c'est pas la peine Laughing)

Forlong : Ta question rapporte à pourquoi j'ai abandonné Aelyn à l'époque ou pourquoi je l'ai pas récupérée maintenant ?
Je vais répondre aux deux, comme ça t'es sûr d'avoir ta réponse :
Pour la première bah je dirais que j'avais bien plus à me préoccuper IRL à l'époque et puis, étrangement, c'était un personnage assez compliqué à jouer. Donc, le tout additionné, j'ai perdu ma motivation pour le jeu...
Pour la seconde, le forum a évolué sans Aelyn, j'ai évolué sans Aelyn... Elle est perdue dans le temps on peut dire =/. Je ne pourrais plus la rejouer maintenant.

A bientôt en RP donc avec grand plaisir,
Thor (Je crois que je vais garder le surnom Ryad, ça fait classe Wink)

Sur ce je m'en vais faire ma demande de métier ^^
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Thorondil le fauconnier EmptyDim 23 Juin 2013 - 19:57
J'ai fait une petite édition dans le chapitre "Aux champs de Pelennor, les premières armes et le sang" et surtout dans l'histoire du domaine de Kervras.
Il se trouve qu'en m'occupant de faire une petite fiche pour mes PNJs associés je me suis rendue compte d'un petit-mini-énorme soucis d'ordre chronologique :fantôme.
Donc, pour reprendre : ce n'est pas son grand-père qui a combattu durant la Guerre de l'Anneau mais bien son arrière-grand-père.

Sur ces paroles et avec mes excuses pour ma nullité en maths, je retourne à mes PNJs x)
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