Les bons comptes font les bons amis

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Kathryn Prospéris
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Dim 30 Juin 2013 - 21:57

Assise dans un couloir aux murs fuligineux, Kathryn fulminait. Cela faisait presque une demi-heure qu’elle attendait là, et malgré son épais manteau de vair et Makhai qui s’était mise en travers des courants d’air qui balayaient l’endroit, elle frissonnait de froid. Phonoi était debout non loin d’elles, raide comme toujours et ne daignant pas même frissonner. Les mains croisées dans  le dos et les lèvres pincées, elle maintenait son regard de glace fixé sur les pierres du mur, mortellement. Kathryn commençait sérieusement à se demander s’il ne vaudrait mieux pas s’en aller, lorsqu’un jeune homme apparut dans le couloir, et après un vague signe de tête, fuyant le regard furieux de Kathryn, et celui, polaire, de Phonoi. Makhai tenta de le rassurer d’un sourire, mais sans succès. À gestes maladroits, il leur indiqua une pièce, et leur ouvrit le battant de bois, s’effaçant devant elles pour leur laisser le passage, puis referma après qu’elles soient passées, disparaissant dans un soupir de soulagement. Kathryn s’avança à grands pas dans la pièce, droit vers l’homme qui, derrière son bureau, se leva pour l’accueillir. D’apparence bourrue, il respirait cependant la bonhommie, ce qui ne dérida pas Kathryn, offusquée d’avoir attendu un si long temps. Elle se contint tout de même, consciente qu’administrer d’emblée des reproches à cet interlocuteur pourrait grandement lui desservir. Elle serra brièvement la main de l’homme, qui se présenta en tant que capitaine, coupant court à ses interrogations tacites – devait-il lui baiser la main, s’incliner ? –, avant de s’installer sur l’un des deux sièges qui faisaient face au bureau. Phonoi prit place avec une élégance figée sur le second, tandis que Makhai se plaçait derrière Kathryn, le visage modestement baissé vers le sol.

Une fois installés, le capitaine, sans doute intrigué par cette solennelle délégation, demanda, avec une circonspection à peine dissimulée, la raison de la venue de Kathryn. Celle-ci toussota avec emphase, rajusta sa fourrure sur ses épaules, avant de commencer :

- Vous n’êtes pas sans savoir la nature de mes activités, je pense… Comme vous savez sans doute que des caravanes transportent des marchandises estampillées Prospéris dans tout le pays, et au-delà.

Sur cette introduction prudente, Kathryn croisa les doigts sur ses genoux, et, prenant une inspiration, se prépara à plaider sa cause, martelant le rythme de son récit du son de ses bagues s’entrechoquant.

- Il se trouve que l’un de ces convois à été la victime d’une attaque il y a de cela une semaine, alors qu’il longeait l’Anduin vers le nord. Une embuscade les a pris d’assaut, tous les marchands de la caravane ont été assassinés, et l’ensemble de la marchandise a été dérobée. Les bandits qui ont fait cela ont réussi à brouiller leur piste, mais ils ont eu la maladresse de fanfaronner et de vendre quelques pièces de la cargaison à leur propre compte. Malheureusement, la qualité des étoffes Prospéris est de réputation exceptionnelle, et les marchands d’Osgiliath qui collaborent avec moi ont eu tôt fait de me prévenir que des individus inhabituels se trouvaient étrangement en possession de tissus d’excellente facture. J’ai alors envoyé quelqu’un à Osgiliath constater la situation.

Du coin de l’œil, Kathryn vit que le ‘quelqu’un’ en question était resté parfaitement immobile, impliqué dans son rôle, l’air altier et détaché. Sans marquer plus longue pause, la marchande continua :

- Cet agent de confiance a rapidement pu observer la valeur des informations qui nous avaient été délivrées, et, en remontant la trace grossière laissée par les brigands, est parvenu à intercepter l’un d’entre eux et à la capturer discrètement.

L’opération avait en effet été très discrète, mais Kathryn préféra à raison taire l’usage de drogues qui avait permis l’enlèvement du bandit. C’était là le genre d’information que le capitaine n’avait pas réellement besoin de connaître.

- Après avoir ramené le captif en lieux sûrs, notre agent a pu le faire parler, et ainsi accéder à des informations capitales sur l’affaire.

Bien évidemment, tout ne s’était pas déroulé aussi simplement. Phonoi avait ramené le prisonnier ligoté et bâillonné au manoir Prospéris, et, avec l’aide de Nikea, l’avait transporté dans l’atelier de Ponos. Celle-ci avait alors patiemment et méticuleusement procédé à ses ‘opérations’, et, en quelques heures, le prisonnier était disposé à raconter jusqu’à ses plus intimes secrets. Il avait alors pu être interrogé, et avait finalement révélé l’identité du commanditaire de l’attaque.

- La personne qui a orchestré cette attaque sur des marchandises de ma propriété est Ivan Jetis, un négociant en de multiples domaines, qui a décidé il y a quelques années d’ajouter le commerce de tissus à la longue liste d’activités dans lesquelles il est médiocre. Il semblerait qu’il lui soit devenu nécessaire de faire usage de la force pour faire tourner son entreprise, mais je ne saurais tolérer que les marchandises Prospéris soient arraisonnées par un tel escroc !

La voix de Kathryn avait monté en puissance avec cette tirade, l’allure militaire de la musique de ses bijoux s’accélérant, atteignant l’apothéose, pour finir dans un véritable feulement de rage. Il était vrai que cette attaque impudente à son endroit la mettait dans un courroux terrible, mais il lui fallait garder les idées claires pour organiser la récupération de ses biens dans le court laps de temps qu’il lui restait. Se reprenant, elle se dégagea de sa pelisse d’un haussement d’épaules, son éclat de voix l’ayant subitement réchauffée. Ecartant du bout des doigts une mèche de cheveux blonds qui s’était échappée sur son front, elle reprit, avec plus de calme :

- Je vous prie d’excuser mon état de nerfs, capitaine, mais c’est celui d’un honnête marchand qui voit son labeur ignominieusement dérobé par un misérable voleur… fit Kathryn d’une voix néanmoins amère. Toujours est-il que je sollicite l’aide des rangers pour arrêter ces malfaiteurs qui battent la campagne en transportant des biens qui m’appartiennent. Selon les informations que j’ai obtenues, un bateau partira dans les jours qui viennent en direction de Pelargir. Seulement, l’Anduin est pris par les glaces au niveau de son principal méandre, voire même plus haut, aussi devront-ils mettre pied à terre afin de continuer leur voyage, jusqu’à rejoindre un autre navire, plus bas, qui les mènera jusqu’à leur destination finale. Aussi est-il primordial de les intercepter lorsqu’ils seront sur la terre ferme, car dès lors qu’ils seront à bord du bateau, il sera impossible de les arrêter.

Le capitaine des rangers, appuyé contre le dossier de son fauteuil, contemplait Kathryn, attentif, mais surtout pensif. Il intervint finalement :

- Vous savez, ma Dame, il n’est pas vraiment dans les habitudes des rangers de l’Ithilien de s’occuper des règlements de comptes de ce genre, sans vouloir vous offenser. Je comprends parfaitement votre position, à titre personnel, mais en tant que capitaine, je ne peux pas accéder à votre demande.

Kathryn inspira brutalement, prête à répondre et à insister, mais il l’interrompit, avec un regard compatissant qui lui donna la nausée, et alors qu’il parlait, la mélodie féroce du métal reprit, gonflant lentement comme le souffle d’un fauve.

- Comprenez que je ne peux pas dépêcher des hommes pour intercepter un convoi de tissus, ma chère. Vous avez des moyens importants, vous n’avez qu’à faire appel à des mercenaires, ils vous rendront ce service avec zèle. Si vous y mettez le prix, bien sûr, mais rien qui soit hors du raisonnable pour vous, j’en suis certain.

Il lui adressa un sourire paternel qui la désarçonna, et Kathryn ne sut un instant que répondre. Il était vrai qu’un groupe de mercenaires serait bien plus conciliant, et peut-être plus efficace si elle rajoutait quelques pièces, mais si elle s’était présentée à la caserne des rangers, c’était pour une raison bien précise. Des mercenaires, même s’ils tuaient les brigands qui l’avaient dépouillée, même s’ils récupéraient la marchandise, ne seraient toujours qu’un autre type de bandits, et donneraient à son opération une allure de simple vengeance, sous cape et sans scrupules. Non, elle désirait l’aide des rangers justement pour que cela soit officiel, pour que cet incident soit inscrit sur la réputation d’Ivan Jetis, et ainsi l’éliminer définitivement de la concurrence. Car même s’il était absolument minable en tant que marchand, il n’en restait pas moins agaçant, et cet outrage était celui de trop.

- J’ai bien peur que vous ne compreniez pas, en réalité, si je m’allouais les services de mercenaires, j’aurais l’air de mener une simple vendetta, répondit finalement Kathryn d’une voix durcie par sa résolution, le visage fermé. Je suis dans mon droit, et je veux le montrer. Et plus que tout, je veux montrer à cet infâme voleur et à n’importe quel autre marchand qui prendrait un jour la décision de me voler, que s’en prendre à Kathryn Prospéris, s’est s’exposer à de sévères représailles. Je ne souhaite pas seulement récupérer ce qui m’appartient, je tiens également à dissuader quiconque à faire de même. C’est pourquoi j’ai impérativement besoin de vos rangers. Ils ne sont pas seulement des soldats, ils représentent aussi l’autorité, et c’est cette autorité qu’il me faut associer à cette opération.

Le capitaine secoua doucement la tête, et se leva.

- Je suis désolé, Dame Prospéris, je ne peux vraiment pas accéder à cette requête, commença l’homme d’une voix douce mais ferme, en se dirigeant vers la porte.Trouvez des mercenaires, déguisez-les en rangers, et…

- Je vous interdis de faire ne serait-ce qu’un pas de plus.

La voix de Kathryn claqua comme un fouet, brûlante et glacée à la fois. Le capitaine se retourna lentement vers la jeune femme, qui se leva à son tour et lui fit face. Makhai, derrière elle, avait levé la tête, et gardait la main le long du corps, nonchalante, mais prête à s’élancer devant sa maîtresse. Phonoi s’était également levée, et gardait son regard métallique braqué sur le capitaine.

- Excusez-moi ? fit ce dernier d’une voix lente, incrédule et outragé.
- Vous m’avez bien entendu, répliqua Kathryn. Vous ne sortirez pas de cette pièce avant d’avoir accédé à ma demande.
- Je vous ai dit et redit que je ne pouvais pas, ma Dame. Allez et cherchez quelqu’un qui acceptera.
- Ne me faites pas croire que tous vos rangers sont en mission actuellement, insista Kathryn comme s’il n’avait rien dit. Ces criminels ont assassiné cinq hommes et femmes, ainsi qu’une enfant de treize ans à peine qui les accompagnait. Je n’aurais de cesse qu’ils n’aient payé pour leurs actes, et refuser d’intercéder afin de faire justice à ces morts innocents serait un manquement grave à l’honneur du poste de capitaine que vous occupez et de la fonction de ranger que vous représentez.

Le capitaine avait tenté de couper la jeune femme, mais celle-ci était déterminée, et rien n’aurait pu interrompre son injonction péremptoire. Lorsqu’elle eut fini, il la regarda, puis, dans un soupir, finit pas céder :

- Un seul. Je ne peux vous accorder qu’un seul homme.
- Cela suffira. Qu’il se présente demain à midi devant la caserne, dit seulement Kathryn, et, dans une envolée de robes, de capes, de fourrures, elle sortit de la pièce, suivie de Makhai et de Phonoi.


Elles sortirent dans la rue, et Kathryn partit d’un petit rire de gorge. Ses deux compagnes se tournèrent vers elle, moue étonnée pour Makhai, sourcil levé pour Phonoi.

- Je suis simplement soulagée que ce soit fait, répondit Kathryn à leur interrogation tacite, le sourire aux lèvres et l’air enjoué, ce qui ne lui ressemblait pas. Il aurait fallu revoir tout notre plan, ce qui aurait gâché de précieux jours, et aurait pu faire échouer totalement cette opération.

Les trois femmes rentrèrent à l’auberge luxueuse qui accueillait leur bref séjour à Minas Tirith, et montèrent directement dans la suite qu’elles occupaient. Kathryn s’installa à la table, et, d’un signe invita les deux autres à faire de même. Son air joyeux s’était transformé en une expression prédatrice, et ses lèvres affichaient un sourire carnassier. Elle croisa ses longs doigts avec une lenteur inquiétante, et, d’une voix basse, commença à parler :

- Bien que réduit, nous bénéficions du soutien des rangers, ce qui nous octroie une légitimité inespérée. Cependant, la suite des évènements sera plus délicate encore. Makhai, ce ne sera plus la peine de te faire passer pour ma suivante, donc tu voyageras en tenue de combat, car on vous opposera sans doute de la résistance. Phonoi, tu te feras passer pour mon émissaire, mais je compte sur toi pour garder tes outils à portée de main, et à ne pas hésiter à mettre à mort les survivants, sauf si le ranger qui vous accompagnera te semble trop attentif à ce genre de détails, il faut absolument rester discrète. Dans le pire des cas – en ce qui nous concerne – , vous ramènerez des prisonniers, auquel cas je pourrais obtenir de décider de leur sort, et ainsi demander à Ponos de les interroger pour la forme.

Kathryn gloussa à cette pensée, sous le regard inquiet de ses comparses. Sans y faire attention, elle continua à donner ses instructions :

- Pas la peine de vous rappeler à quel point cette opération est importante, et combien un échec désappointerait Dame Kathryn, n’est-ce pas ? ajouta-t-elle d’un ton lourd de menaces. Makhai, fais tenir deux montures prêtes pour vous, et allez préparez vos affaires. Demain, vous rencontrez le ranger, et vous partez.

Penchée en avant, elle les tenait captives de son regard turquoise et de sa voix sombre et pressante.

- Je compte sur vous pour réussir.


Assise dans un fauteuil confortable prêt du feu, Kathryn regardait la robe purpurine du vin tournoyer dans son verre. L’inquiétude lui rongeait le ventre. Elle-même savait comment Dame Kathryn réagirait à un échec… Cependant, elle transcendait son appréhension pour planifier, ce qui la mettait dans cet état d’euphorie. Le lendemain à midi, Phonoi serait partie, Makhai serait partie, et elle devrait rentrer seule au manoir Prospéris, pour attendre sans savoir quand elles reviendraient, et comment elles reviendraient. Elle but une gorgée de vin pour chasser ces pensées, mais rien ne saurait la distraire de ce qui la tourmentait. Malgré ce qu’elle avait pu dire au capitaine des rangers, c’était bien une vendetta. Et elle comptait rendre à Ivan Jetis la monnaie de sa pièce.
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Mardil
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Lun 1 Juil 2013 - 19:03
Je finis de ranger mon maigre paquetage et me dirigeai vers l’entrée de la caserne. Mon entrevue avec le capitaine avait été courte et j’avais un arrière goût amer dans la bouche. Néanmoins je m’estimais heureux de pouvoir à nouveau quitter la cité blanche. Je pensais qu’après plusieurs jours de patrouille en Ithilien, ma paranoïa aurait diminué mais au contraire dès que je me trouvais à l’intérieur de la capitale, je sentais des yeux se poser sur moi où que j’aille.

Même si j’étais conscient qu’il était plus qu’improbable que je sois surveillé, je ne pouvais m’empêcher de me sentir épié en permanence. Alors que j’étais sur le point de pénétrer dans la cour intérieure de la caserne, les circonstances qui m’avaient amené à quitter Minas Tirith m’apparurent plus clairement.

Le capitaine avait été bref et je savais uniquement que deux femmes m’attendaient devant la caserne, toutes deux travaillant pour une riche marchande du nom de Kathryn Prospéris, nom qui m’était totalement inconnu. D’après le peu qu’on m’avait confié, la marchandise de cette femme avait été dérobée et il nous fallait intercepter les voleurs avant qu’ils ne puissent embarquer pour le Pelargir, après avoir contourné la partie de l’Anduin qui était prise par les glaces.

Il était évident que cette mission était un pis allé et l’attitude du capitaine avait été radicalement différente que lors de la précédente mission qu’il m’avait confiée. Même si le caporal Fenrir avait pris le blâme à notre place, nous n’étions pas vraiment en odeur de sainteté ces temps ci et nous nous retrouvions tous avec des assignements désagréables ou insignifiants, quand ce n’était pas les deux en même temps. Cette mission me paraissait insignifiante, j’espérais au moins qu’elle ne serait pas désagréable.

Je fis un détour par les écuries afin de prendre un cheval et j’eus le plaisir de constater que le palefrenier m’avait mis de côté la jument qui me servait de monture à quasi chacune de mes missions. Celle-ci possédait une robe d’une nuance baie cerise et j’aimais beaucoup chevaucher avec elle, car c’était un cheval très calme, à l’aise sur tous les terrains. Même si je n’avais pas les moyens de me payer Alaza, car tel était son nom, le palefrenier essayait de me la laisser de côté le plus souvent possible. J’économisais pour pouvoir la racheter et ainsi ne plus avoir à la partager avec d’autres rangers.

Je me hissais sur son dos et me dirigeais vers l’endroit où devait m’attendre les deux femmes. Mon regard scrutait la foule, à la recherche d’un visage froid, couvert de cicatrices, mais personne ne correspondant à cette description n’était en vue. Je vérifiais que j’avais bien mon rapport dans la poche intérieure de ma tenue de ranger et une fois de plus, m’étonnais de sa minceur. Il faut dire que j’avais été peu dans la cité et que c’était d’habitude l’endroit idéal pour trouver des informations.

Néanmoins il n’y avait qu’en montant en grade que j’étais susceptible de transmettre des informations réellement indispensables. Et c’était loin d’être à l’ordre du jour. Si je n’avais pas suffisamment de valeur aux yeux de mes employeurs, combien de temps encore s’embarrasseraient-ils de moi ? Je ne pouvais croire que Rezlak pourrait chercher à me supprimer mais je n’avais aucune confiance en mon contact.

Je chassais ces pensées stériles de mon esprit et m’approchais de deux femmes qui semblaient impatientes de se mettre en route. Même si je n’avais pas de description physique de mes futures compagnes de route, elles étaient les deux seules femmes dans la cour de la caserne et il aurait été difficile de se tromper. Elles attiraient le regard des hommes présents et même certains quolibets.

La plus petite des deux était en tenue de combat et je surpris trois rangers qui se moquaient de sa taille, semblant penser qu’elle faisait sûrement un piètre combattant. Je n’aurais pas été si catégorique. Etant moi-même plutôt petit, je savais que nous compensions ce désavantage par une plus grande rapidité, d’autant plus que nos adversaires avaient tendance à nous sous estimer. Elle avait un visage ouvert et semblait au premier abord plutôt sympathique.

Tout le contraire de la seconde femme à ses côtés. Beaucoup plus grande elle se tenait extrêmement droite et semblait n’avoir qu’une seule et unique expression neutre figée sur le visage. Ses yeux en revanche m’apprirent tout ce que j’avais besoin de savoir sur elle. C’étaient des yeux d’assassin, et de ce que je pouvais en voir, d’assassin confirmé. Elle paraissait aussi antipathique que sa compagne semblait enjouée et pleine d’entrain. En vérité le contraste entre les deux femmes était saisissant et je me dis qu’elles devaient faire une équipe redoutable.

Soudain je me demandais ce que je venais faire dans cette galère, ces deux femmes ayant l’air plus que capables de gérer cette mission toutes seules. Peut être n’étaient elles pas familières avec la région ou bien elles avaient juste besoin d’une figure représentant l’autorité de Minas Tirith. Quoi qu’il en soit je n’avais pas l’intention de me les mettre à dos mais je ne voulais pas pour autant leur laisser toutes les décisions.

Je comblais la distance qui me séparait d’elles et choisis de m’adresser à la plus petite des deux, la deuxième semblant de toute façon peu encline à la conversation.

- Bonjour, vous êtes les employées de Kathryn Prospéris je suppose ? Je me nomme Mardil et c’est moi qui aie été désigné par le capitaine pour diriger cette mission. J’aurais deux questions avant de nous mettre en route. Quelle est la marchandise qui a été dérobée et combien d’avance les voleurs ont-ils sur nous ?
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Kathryn Prospéris
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Mer 17 Juil 2013 - 11:06
Dans la voiture qui la ramenait chez elle, Kathryn avait tiré les épais rideaux de velours, et contemplait d’un air morne les plaines enneigées qui s’étendaient aux alentours. Le menton appuyé dans sa main, elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter, malgré qu’elle accordât une grande confiance en les compétences de Makhai et Phonoi. Peut-être aurait-elle du engager des mercenaires en plus pour accompagner leur groupe, finalement. Trois auraient suffit, et elle aurait été plus rassurée sur la réussite de l’opération, autant que sur la sécurité de ses compagnes.

Maintenant qu’elle s’en retournait chez Dame Kathryn, elle ne pouvait s’empêcher de songer comme le silence qui l’entourait était pesant. La respiration calme de Makhai semblait manquer à l’atmosphère, et une immense solitude l’étreignait, qui se teintait d’angoisse à mesure que le temps passait. C’était comme pour un chevalier se séparer de son armure, elle se sentait vulnérable et exposée, et ce n’était pas le genre de sentiment qu’il lui plaisait de ressentir. Elle avait l’impression d’avoir tiré deux flèches vers ses ennemis à travers la forêt, en escomptant les toucher en comptant seulement sur leur pointe acérée, et en espérant qu’aucune des deux ne se fracasserait contre un arbre.

Maintenant, Phonoi était partie, Makhai était partie, et elle ne savait pas quand elle les reverrait. À vrai dire, elle ne savait pas si elle les reverrait un jour. Elle se rendait maintenant compte qu’elle avait fait preuve d’imprudence, mais il était trop tard pour y changer quoi que ce soit. Mais dans l’immédiat, il ne lui servait à rien de s’inquiéter outre mesure pour elles. Elle avait surtout grand intérêt à réfléchir à ce qu’elle dirait à Dame Kathryn…




Makhai
Plantée dans la cour de la caserne, Makhai et Phonoi attendaient leur guide. Phonoi avait en effet insisté pour arriver un peu en avance. Elle n’avait pas expliqué pourquoi, mais Makhai savait bien que sa compagne assassin aimait à dominer toute situation, quelle qu’elle soit.
Cependant, de petits flocons tombaient depuis le début de la matinée déjà, et sous sa combinaison de cuir souple, la jeune combattante réussissait à grand peine à dissimuler ses tremblements. Phonoi en revanche, bien que vêtue d’un long et riche manteau brodé négligemment ouvert, ne semblait pas tenir compte du vent glacé et empêtré de neige qui balayait son cou nu et blanc comme une colonne de marbre.

Affichant toujours son expression impénétrable, elle scrutait la foule de ses yeux gris et froids, d’un air de lassitude qui lui était familier lorsqu’elle devait côtoyer la populace. Pas plus qu’aux bourrasques elle ne semblait prêter attention aux réflexions tantôt railleuses tantôt égrillardes des hommes qui les observaient avec curiosité, tandis qu’ils vaquaient à leurs occupations. Makhai, en revanche, ne pouvait s’empêcher de se retourner avec étonnement, plutôt habituée à l’entourage raffiné et courtois de Dame Kathryn qu’à ce genre de comportements rustres.

Tentant d’oublier les remarques qui fusaient, Makhai laissa se perdre son regard dans la danse des cristaux de neige, et ses pensées dans les dernières heures qui s’étaient écoulées…


Toute la soirée précédente, Makhai avait rassemblé les bagages de Dame Kathryn, s’assurant de nombreuses fois qu’elle n’oubliait rien. Bien qu’elle se refuse à l’admettre, la commerçante semblait tendue. Pour la marchandise ou pour son voyage retour, ou pour les deux, ça elle seule le savait, mais toujours était-il que son anxiété déteignait sur sa garde du corps. Celle-ci tentait de conserver sa bonne humeur, mais elle semblait ce soir là bien plus pensive que d’habitude.

Elle aussi se sentait mal à l’aise à l’idée de quitter Dame Kathryn. Cela faisait maintenant des années qu’elle était officiellement devenue garde du corps de Dame Kathryn, et autant de temps qu’elle ne l’avait plus quittée d’une semelle, ne serait-ce qu’un jour. Lorsqu’elles étaient au manoir, Makhai restait toujours dans les parages, et quand elles en sortaient, elle était systématiquement trois pas derrière elle, attentive et protectrice. Bien qu’elle sache que les risques que sa maitresse se fasse attaquer sur le chemin du retour étaient minimes, elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter, et de se sentir mal à l’aise.


Un imperceptible changement dans l’attitude de Phonoi fit sortir Makhai de ses pensées. En effet, un jeune homme monté sur un cheval bai s’approchait d’elles. Lorsqu’il mit pied à terre, Makhai ne put s’empêcher de remarquer qu’il semblait très différent des autres rangers qui se pressaient dans la cour.

Il n’était pas très grand, ni solidement charpenté non plus, et affichait une expression simple et discrète qui contrastait avec l’attitude goguenarde de ses pairs. Son visage imberbe le faisait paraitre très jeune, et Makhai se demanda si le capitaine des rangers leur avait volontairement envoyé le cadet de ses hommes. Cependant, elle savait qu’il valait mieux ne pas se fier aux apparences – elle en était la preuve –, et elle doutait de toute façon que le capitaine envoie quasiment seul en mission un soldat incapable.

Il s’avança vers les deux femmes, et, sans préambule, se présenta en tant que Mardil, et, se tournant vers Makhai, questionna de suite sur la cargaison volée et l’avance prise par le convoi. La jeune femme se troubla un peu lorsqu’il lui adressa la parole, plutôt habituée à son rôle de suivante. Phonoi, elle, qui était pleinement imprégnée de son statut, confié il y a bien des années, d’ « émissaire » – une pointe d’ironie propre à Dame Kathryn – prit la parole d’une voix à la fois hautaine et nonchalante, imitation parfaite de l’attitude de la noblesse.

- Ranger Mardil, je suis Phonoi, chargée du rôle d’émissaire de Dame Kathryn Prospéris, et voici Makhai, également au service de notre maîtresse.

Le dos très droit, elle regardait Mardil dans les yeux. Puis, elle croisa ses mains aux longs doigts fins, et se mit à observer le vide semblait-il, avant de continuer d’un air solennel.

- Un marchand du nom de Ivan Jetis a eut le front d’attaquer un convoi de marchandises appartenant à Dame Kathryn, en tuant l’ensemble des membres du convoi. Une faible partie de la marchandise a été écoulée à Osgiliath, mais le reste est parti hier au soir par bateau. Nous ne savons pas avec certitude la quantité d’étoffes qui sont transportées, mais il est primordial d’en récupérer l’intégralité.

Se retournant de nouveau vers le ranger, sa voix et son regard plus froids encore, elle acheva :

- Cette opération est très importante pour notre maitresse, et doit être menée avec célérité et précision. Je suggère que nous nous mettions en route de suite. En espérant que vous vous montrerez à la hauteur, ranger.

Sur ces mots, Phonoi se détourna et se mit en marche vers la porte de la cour. Gênée, Makhai adressa un sourire contrit à leur guide, avant d’ajouter à mi-voix :

- Ne prenez pas ça au pied de la lettre, Mardil, elle est comme ça avec tout le monde, même avec moi, alors que je la connais depuis je-ne-sais combien d’années, lui glissa-t-elle. Mais elle a raison, il est temps de partir.
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Jeu 18 Juil 2013 - 14:44
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