Quitte ou Double [PV Kryss]

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Jeu 1 Aoû 2013 - 22:06

Dans la vie, certains jours ont une saveur particulière, comme s'il était écrit dans le grand livre du destin que cette journée là serait nécessairement une bonne journée. Une durant laquelle tout se passe très exactement comme prévu, une où chaque chose est à sa place, où il n'y a pas la moindre contrariété. La perfection absolue. Zak, qui n'était pas particulièrement croyant dans ces choses, ressentait pourtant cette euphorie d'une journée qui commence bien, et il marchait bon train dans les rues d'Osgiliath, faisant son petit circuit habituel. Il s'était d'abord rendu au port de la ville, qui fourmillait d'activité à cette heure matinale. A croire que la moitié du Gondor s'y trouvait, pour charger et décharger les marchandises à bord des imposants navires qui faisaient escale, avant de se rendre vers les terres exotiques du Sud, où chez les peuples du Nord : hommes de Dale, Nains ou Elfes. L'Anduin avait beau être gelé par endroits, cela ne gênait pas particulièrement les marins, qui se disaient qu'il y avait beaucoup à gagner à passer outre les glaces. Et même les navires qui subissaient d'importantes réparations après avoir abîmé leur coque sur les tronçons où l'eau était congelée ne suffisaient pas à décourager les plus impétueux, qui s'enorgueillissaient de prendre la mer tôt le lendemain matin. Mais ce n'était pas la vie des marins qui intéressait particulièrement, Zak, bien qu'ils fussent essentiels dans son affaire. En effet, ils constituaient une clientèle très importante pour lui, et il leur proposait une marchandise spéciale, qui attendait d'ailleurs sur le port, chacune à sa place, exactement là où il s'attendait à les trouver.

- Bonjour ma jolie, dit-il en guise de salut à une demoiselle qu'il aborda franchement.

- Bonjour m'sieur Zak, répondit-elle tranquillement.

Elle était jeune, sans doute dix-sept ou dix-huit ans, et elle était plutôt belle. Un peu trop maquillée, peut-être, mais c'était comme ça que Zak les appréciait, et comme ça qu'elles attiraient les clients les plus fortunés. Avant même qu'il lui demandât quoi que ce fut, elle glissa dans sa main une bourse contenant à l'évidence un beau pactole. Ah...il n'était jamais déçu par la petite Sara, qui risquait de le rendre très riche avant la fin de cet hiver épouvantable, si elle continuait ainsi. Il empocha la somme rondelette avec un sourire éclatant, et lui posa chaleureusement une main sur l'épaule, comme un père l'aurait fait avec sa fille. Et de fait, sa fille, elle l'était :

- C'est magnifique ! Tu es vraiment la meilleure, tu le sais ça ? Aucune autre ne t'arrive à la cheville ! Combien en as-tu fait, dis-moi ?

Elle s'était mise à rougir, ce qui avait le don de la rendre encore plus charmante. Si elle réagissait ainsi aux compliments de son patron, il était certain qu'elle devait avoir l'air encore plus gênée avec les marins de passage, qui devaient littéralement fondre d'adoration pour elle. Ah... s'il en avait eu dix comme elle ! Après quelques secondes passées à calculer mentalement, elle finit par répondre :

- Vingt-trois, monsieur.

Il afficha une mine surprise et impressionnée. Il était que vingt-trois, c'était un chiffre exceptionnel. La plupart de ses filles ne passaient pas plus de quinze clients par jour, vingt lorsqu'elles étaient chanceuses. Vingt-trois, c'était formidable ! Il ouvrit sa propre sacoche, et lui tendit quelques pièces dorées, qui firent briller ses yeux superbes. Visiblement, elle n'en revenait pas, mais Zak était un homme de parole, et il récompensait l'exception. A celles qui travaillaient bien, une récompense, aux autres, rien. Il glissa les pièces dans son corsage avec un sourire complice, et s'éloigna en direction des autres filles du port, qui l'attendaient. Il était persuadé que la petite Sara ferait du bon boulot aujourd'hui aussi, et qu'avec ce genre d'encouragements, elle pourrait lui faire gagner beaucoup d'argent. Il espérait simplement que personne ne viendrait l'abîmer, ou la lui voler !

Son petit tour dura toute la matinée, car il avait un réseau tentaculaire, disséminé sur l'entièreté de la ville, et il travaillait seul. De sept heures à midi, il avait le temps de faire le port, puis de se diriger vers la garnison d'Osgiliath, où ses filles réalisaient quelques passes également. Les soldats étaient pour la plupart tenus en laisse, mais certains officiers célibataires, qui avaient des chambres à part, ne se privaient pas pour rentrer au bras d'une jolie donzelle, pas trop chère de préférence. Enfin, Zak terminait son tour par les quartiers défavorisés du Nord et du Sud. Il commençait d'abord par la rive Ouest, et terminait par la rive Ouest. Là, les filles qu'il employait obtenaient de moins bons résultats, car les gens étaient moins riches, mais il y avait une clientèle fidèle, qui n'était pas repoussée par les préjugés à l'encontre des prostituées. Pour certains, se payer une femme pour un soir était une preuve qu'ils s'en sortaient mieux que leurs voisins. Là, les prix étaient plus bas, ce qui permettait à plus d'hommes de profiter des charmes mis en vente. Il valait mieux gagner peu, plutôt que de nourrir des filles qui ne travaillaient pas de la journée.

Après avoir terminé sa récolte, venait l'heure de manger, et Zak ne se privait pas pour faire bonne chère. Il mangeait en général dans une auberge, une différente tous les midis, même s'il avait ses préférées. Il choisissait toujours une table libre, au fond, qui faisait face à la porte d'entrée, et il se mettait à table tout en faisant ses comptes. Il calculait combien chaque journée lui rapportait, le notait dans un petit carnet qui lui servait de pense-bête, avant de recopier le tout dans son épais livre de compte, qui demeurait caché, sous clé, dans sa demeure. Il passait en général deux bonnes heures à manger, avant de repartir, sur les coups de quatorze heures, vers les autres affaires qui l'attendaient. Cette fois-ci, il avait quelques emplettes à réaliser, aussi se dirigea-t-il dans le quartier marchand.

Il devait choisir une robe pour une de ses filles particulièrement belle, qui avait tapé dans l'œil d'un nobliau local. Il avait expressément demandé à Zak de la lui fournir pour la soirée, et le marchand tenait à ce que sa marchandise soit la plus présentable possible. Il devait donc lui trouver des atours qui raviraient le client, et qui l'inciteraient à consommer plus souvent. Dans cette catégorie de la population, malheureusement, les fidèles étaient rares, et il fallait souvent une perle pour inciter un homme de bonne famille à faire le premier pas. Il fallait aussi éviter qu'il ne décidât de racheter purement et simplement la jeune fille pour en faire son épouse, ou autres bêtises du genre. Cela n'arrivait en général que dans les contes les plus stupides, mais plus d'un marchand sceptique s'était retrouvé bien bête lorsque sa poule aux œufs d'or avait filé avec un sang bleu... Pour éviter ça, Zak avait trouvé quelques parades : ses filles les plus jolies n'étaient pas placées dans les quartiers les plus riches, mais se trouvaient souvent sur le port, là où les marins revenant de mission avec un beau pactole se mettaient à la recherche de la plus belle créature des lieux. Ce n'était pas l'endroit où on retrouvait beaucoup les nobles. Il évitait aussi qu'elles soient seules trop souvent, et elles demeuraient sous la surveillance constante de leurs camarades, qui, pensant bien faire, leur racontaient les histoires sordides de prostituées charmées par des nobles, et qui au final terminaient misérablement, abandonnées sur le bas-côté, ou tuées pour certaines. Des histoires qui comportaient une part de légende, mais qui comportaient aussi une part de vérité. Et vu qu'elles n'étaient pas capables de discerner le vrai du faux, elles finissaient souvent par renoncer aux belles promesses, pour s'accrocher à l'argent facile.

Zak espérait que celle qu'il allait habiller ne subirait pas le sort que tous les hommes comme lui redoutaient. Alors qu'il se trouvait, pensif, devant un marchand de tissu qui lui vantait les qualités d'une robe particulièrement belle, mais aussi prodigieusement chère, son œil exercé avisa une silhouette féminine qu'il lui sembla reconnaître. Il interrompit d'un geste la tirade du commerçant qui, sans se vexer, s'en retourna à d'autres clients. Pendant ce temps, l'homme se dirigea vers la jeune femme, en s'interrogeant. "Etait-ce vraiment celle qu'il croyait ?", "Ne rêvait-il pas purement et simplement ?". Il décida de tenter le tout pour le tout, et il s'approcha de l'inconnue discrètement. Non pas pour l'espionner, car sa somptueuse tunique rouge ne lui conférait en aucun cas la discrétion dont il aurait eu besoin, mais simplement pour apercevoir son visage. Elle marchait d'un pas tranquille, en regardant les étals de droite et de gauche. Elle s'arrêta finalement, et se pencha pour observer quelque chose que Zak ne pouvait pas voir. Elle semblait hésiter, regardant sur le côté, et laissant ses cheveux dissimuler les traits que le marchand de plaisir désespérait de voir un jour. Et puis brutalement, elle tourna la tête dans sa direction, plongeant son regard gris dans le sien.

Avait-elle détecté sa présence depuis longtemps ? Etait-ce simplement le fruit du hasard ? Quoi qu'il en fût, Zak fut soulagé de la reconnaître. Elle semblait avoir changé, mais il était trop loin pour savoir dans quelle mesure. Et puis le temps pouvait modifier une personne en profondeur, il en était persuadé. Le reconnaîtrait-elle, d'ailleurs, tant il avait changé ? Maintenant qu'il s'habillait en rouge, qu'il marchait avec une belle canne, qu'il se coiffait et qu'il taillait soigneusement sa barbe, il avait davantage l'air d'un bourgeois ou d'un de ces canards de la Compagnie du Sud que d'un maquereau. Pour éviter tout malentendu, il lui adressa un grand signe de la main, et plaqua sur son visage son sourire le plus étincelant. Elle ne pouvait pas se méprendre sur le destinataire de ces salutations extravagantes.

Il fendit la foule dans sa direction, marchant d'un pas allègre, et il arriva finalement à sa hauteur. Elle était quelque peu différente de la dernière fois qu'il l'avait vue... un peu moins chétive, peut-être, mais sinon elle gardait le même visage, et les mêmes yeux d'une beauté renversante. Elle n'avait pas grandi d'un pouce, et elle lui arrivait toujours au niveau de l'épaule. Avec une joie évidente, il lança :

- Alors comme ça, tu ne me reconnais pas ? Mais c'est moi ! Zak !

Il éclata d'un rire franc, amusé qu'elle ne se souvînt pas :

- Mais si, tu sais bien ! Vous m'avez sorti d'une drôle de bagarre, il y a quelques années de ça. C'était dans cette petite auberge...comment elle s'appelait déjà...? Mince, impossible de m'en rappeler !

Visiblement, elle ne s'en souvenait pas. Il commença à douter lui-même de son histoire. Peut-être qu'il y avait méprise sur la personne, après tout. Et pourtant, il était convaincu au fond de lui-même qu'il ne s'était pas trompé. Comment oublier ce teint de poupée, ces yeux uniques, et cette fragilité apparente ? Il n'avait pas croisé deux femmes comme elle dans sa vie, ça non ! Sûr de lui, il revint à la charge :

- Regarde-moi bien... Tu ne te souviens pas ? J'étais un peu plus amoché que ça, mais nous avions quand même gagné, Gahlaad et moi, pour sûr !

Cette fois, elle sembla réagir. De toute évidence, elle était en train de se rappeler, ce qui tira un sourire d'intense satisfaction à Zak. Ainsi, il ne s'était pas fourvoyé. Cela lui faisait plaisir de croiser des gens qu'il avait rencontrés bien longtemps auparavant. Cela lui rappelait sa jeunesse, et son ancienne vie. Que de souvenirs !

- Mais en parlant de Gahlaad, où est ce gredin, dis-moi ? Il ne te quittait pas d'une semelle, il ne peut pas être bien loin !

Il éclata de rire, mais s'interrompit en voyant que la jeune femme ne partageait pas sa bonne humeur et son accès d'hilarité. Il posa alors sa main sur son épaule et lui murmura :

- Oh, non...Dis-moi qu'il n'est rien arrivé de grave, Lehaly...


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Kryss Ganaël
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Jeu 1 Aoû 2013 - 23:23

    Osgiliath….

    Une silhouette se dessinait, accroupie en haut des remparts décrépis de l’ancienne ville, comme une ombre floue vêtue de noir.

    Après sa chute des toits qui avait failli lui être fatale, elle s’était réveillée un beau matin, l’esprit enfin débarrassé de la fièvre, et c’était retrouvée seule. Elle n’avait pas su voler… C’est pour cela que l’homme qu’elle avait pris pour maître l’avait abandonné. Non, il n’avait laissé ni de mot, ni d’explication, mais son départ en lui même faisait résonner cette certitude, et cette vérité lui fit plus mal encore que ses multiples contusions dues à son échec. Il lui fallut en tout deux semaines pour s’en remettre. L’homme était resté là pour la soigner, et dès que le danger de mort fut écarté, parti. Elle se rééduqua seule dans sa chambre miteuse louée dans le grenier d’une auberge du même gabarit.

    Une fois remise sur pied physiquement, mais jamais dans l’âme, elle prit sa jument, et partit. Elle voulait mettre le plus de distance entre elle et ses murs de malheur. Elle avait redonné sa confiance, presque du moins, à un homme, et on l’avait bafoué encore une fois. Ce fut les yeux humides et un rictus de rage aux lèvres qu’elle s’en fut au galop. Des nuages de vapeur sortaient de sa bouche, et le vent glacial laissait une traînée de feu dans sa gorge. Elle ouvrit en grand les bras, une fois qu’elle ne voyait plus ces maudits murs, et explosa de rire, gorge déployée, jusqu’à s’effondrer sur l’encolure de sa compagne fidèle. Pour une femme du Rohan, sa jument était tout ce qui lui restait de son ancienne vie, et cela restait de loin la plus précieuse chose qu’elle possédait. Elle caressa avec affection la bête, s’excusant de l’avoir délaissé ces derniers temps. La jument hennit et s’ébroua avant de se caler sur un petit trot.

    Les paysages étaient méconnaissables. Kryss regarda autour d’elle sans vraiment les reconnaître. Maintenant qu’elle avait quitté cette ville, où allait elle se rendre ? Depuis des mois, elle n’avait plus aucune nouvelle du passage de sa jumelle dans les alentours, et elle désespérait de retrouver un jour ses traces… Bien qu’elle fût encore en convalescence, et que l’amertume n’avait en rien quitté son âme, elle retrouva quelque sérénité à chevaucher sur le dos de sa monture. Ses pas se dirigèrent comme par réflexe vers son pays natal, le Rohan. Par ces temps hivernaux, elle ne pouvait se donner le luxe d’ignorer les villages sur sa route, ainsi s’arrêta t elle un bon nombre de fois avant d’atteindre les frontières de son pays. Etant une bannie, elle n’en longea que les bords, regardant au loin, une nostalgie lui enserrant le cœur.

    Il y a encore moins d’un an, même si cela lui sembla une éternité, ses aspirations étaient toutes autres. Elle rêvait de devenir un de ces fidèles cavaliers du Rohan, sur leurs destriers élégants, avec leurs armures qui reflétaient la lumière de l’astre diurne. Elle aurait combattu pour les gens de son peuple, pour la justice, mais aussi pour la gloire. Dans son rêve, elle faisait la fierté de ses parents, et en particulier de son père. Dans son rêve, elle chevauchait avec ses compagnons d’armes aux quatre coins de sa terre natale, et provoquait l’admiration des gens libérés du joug d’un quelconque criminel. Son destin aurait été noble, et sans aucune tâche. Puis Lehaly changea la donne… Elle, calculatrice, comédienne, hypocrite, l’avait jeté dans la gueule d’un loup perfide et pervers, et était partie avec le seul homme qu’elle avait jamais aimé, à qui elle avait tout donné même la chose la plus précieuse chez une femme : sa virginité.

    Des larmes coulèrent sur ses joues pâles comme l’hiver. Sa gorge se noua à ses souvenirs douloureux, et sa vue se brouilla. Ses lèvres tremblèrent, et sa prise sur les rênes se fit moins sûre. Sa rage et son agressivité n’étaient qu’une barrière pour protéger une femme brisée, à qui on avait enlevé toute innocence et espoir. Depuis lors, elle s’était résolue à se venger de sa sœur en lui faisant verser chaque goutte de sang que sa trahison lui avait coûté. Sa jument partit sans en avoir reçu l’ordre, éloignant sa maîtresse bouleversée du lieu de ses trop nombreuses désillusions. La jeune femme se laissa faire, les épaules basses, la poitrine douloureuse. Ce voyage lui faisait du bien malgré les apparences. Il lui avait permis de relâcher la pression de ces derniers mois, et à enfin comprendre les dégâts que cela avait causé au plus profond de son être.

    Elle revint sur ses pas. Elle ne pouvait abandonner ses dernières sources qui lui disait qu’ils n’étaient pas passés loin de Minas Tirith, et qu’ils se dirigeaient vers Pelargir avant les grandes glaces. Refusant néanmoins de retourner dans la capitale, elle arrêta son chemin à Osgiliath. Sa jument avait souffert du froid, et elle même était encore trop faible pour pousser encore plus loin pour le moment. Il lui fallait du repos, et de nouvelles pistes. Elle se demandait si elle était faite pour autre chose que courir après des fantômes et vivre de bas larcins, mais elle n’avait guère le choix. Son dernier espoir en date était d’apprendre à voler pour devenir assassin, et son maître lui avait fait comprendre son incompétence en la laissant seule un beau matin. C’est la mort dans l’âme qu’elle s’arrêta dans une auberge, la plus proche des anciennes ruines.

    Elle aimait les ruines. Elle trouvait en elles une quelconque similarité avec son état intérieur. Elle philosophait donc souvent ces derniers temps, en haut de ces remparts délabrés, dès l’aube, et revenait suivre la descente du soleil à l’horizon.
    Elle tâchait de s’entraîner seule, même si elle n’aurait jamais l’honneur de se voir intégrée dans la communauté de l’ombre. Elle s’améliorait même, ou du moins, elle arrivait à faire de meilleures prises, et pouvait donc se permettre de cajoler d’avantage sa seule compagne d’infortune. Malheureusement, toujours aucune nouvelle de sa cible qui ne quittait pas une seule seconde son esprit. Elle volait pour elle, elle égorgeait pour elle, elle s’enfonçait davantage dans les abysses pour mieux pouvoir la rejoindre.

    Elle naviguait justement entre les étalages des petits commerces, à l’affût d’une babiole de valeur qui ferait parti de son butin journalier, quand elle sentit un regard pesant dans son dos. Elle ne se retourna pas de suite, et poursuivit son chemin, emmenant ni vu ni connu son poursuiveur dans une rue un peu moins peuplée. Elle se pencha sur une étole de qualité médiocre bien que la couleur fut chatoyante, et bifurqua son regard vers la droite, où elle vit un homme, un peu bedonnant, habillé d’un rouge vif qui, la voyant, lui fit de grand signe.
    Il manquait plus que cela ! Elle tâcha de poursuivre sa route, mais déjà l’homme l’avait rejointe. Il essaya tant bien que mal de lui expliquer d’où ils s’étaient déjà rencontrés, mais la jeune femme n’écouta que d’un air distrait, persuadée qu’il s’agissait d’une manière très gauche de l’aborder.

    Lorsqu’il parla de bataille, déjà, son esprit fut davantage attiré, bien qu’elle ne se souvienne pas avoir déjà sauvé un homme lors d’une frisque de taverne. Le dernier en date fut Héli, qui l’avait lâchement abandonné par la suite. Elle s’éloigna un peu, se pencha en arrière pour se tenir à l’écart de l’homme qui débordait de vitalité et agrémentait ses paroles de gestes larges. Cet homme, aucune discrétion, tout ce qu’elle détestait. Par contre, quand le prénom de Gahlaad sortit de sa bouche, elle se figea, et un frisson glacé parcourut son dos. Elle écarquilla les yeux lorsqu’il prononça celui de sa sœur, et soudain, ses réflexes reprirent le dessus. Elle mima la réjouissance, et réprima son dégoût en sautant au cou de cet homme ventru et visiblement opulent. Même s’il n’avait plus aucune idée de ce que sa sœur était devenue, elle pourrait toujours faire main basse sur sa bourse qui semblait bien remplie.



    - Ah Zak ! Cela fait si longtemps !


    Elle lui offrit un sourire radieux et se pencha à son oreille avant de poursuivre d’une voix glaciale, un poignard pointé contre son abdomen :


    - Finis les jeux, tu vas me dire tout de suite où tu as vu ces dénommés Gahlaad et Lehaly sinon je te dépouille et je laisse ton cadavre moisir dans un recoin de ruelle, compris ?


    Le ton de sa voix ne souffrait d’aucun doute, aucun remord. Ce n’était que l’élocution froide d’une vérité déjà bien rodée. Il y avait beaucoup de monde dans ces rues marchandes, mais même s’il tentait un acte de bravoure, elle aurait le temps de l’achever avant de prendre ses jambes à son cou.
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Ryad Assad
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Ven 2 Aoû 2013 - 1:12

Le sourire de Zak semblait accroché à son visage comme on aurait cloué une pancarte sur une porte. Ses yeux pétillaient de malice, et cette journée qui avait commencé de manière formidable semblait lui réserver des surprises de plus en plus agréables. Lehaly ! C'était Lehaly ! Cela faisait peut-être un an qu'ils ne s'étaient pas croisés, mais en Terre du Milieu, un an pouvait signifier beaucoup. Lui-même avait beaucoup évolué, et il ne doutait pas que ce couple fantastique eût emprunté des chemins inattendus. Pendant un bref instant, il avait cru s'être trompé de personne, devant son absence de réaction. Il avait déjà entendu parler de gens qui perdaient la mémoire, qui oubliaient leurs amis, leurs connaissances, et il avait lu dans le comportement de Lehaly une méfiance envers lui qu'il avait cru être le symptôme d'une amnésie partielle ou totale. Mais brusquement, son souvenir s'était imposé à elle, et son visage s'était immédiatement transformé. Illuminé de joie, elle s'était jetée à son cou pour une étreinte aussi spontanée que surprenante.

Le marchand était vraiment au comble du bonheur. Retrouver une vieille amie avait déjà de quoi le rendre particulièrement heureux - car des amis vivants, il n'en avait plus des masses -, mais en plus prendre dans ses bras une femme aussi charmante... Il ne voyait à la situation que des avantages, et il aurait volontiers prolongé cette embrassade si la jeune femme qu'il tenait chaleureusement contre lui n'était pas passée en quelques secondes de Lehaly, sa bonne vieille camarade, à Lehaly la menaçante. Et pour cause, elle venait de dégainer un poignard qu'elle venait de coller contre lui. Il baissa les yeux vers l'arme qui lui chatouillait le nombril, provoquant en lui une sensation de malaise fort compréhensible, avant de plonger un regard interrogateur dans les yeux de la jeune femme. Il ne la reconnaissait pas. La Lehaly qu'il avait connue était une jeune femme vive, énergique, dynamique, qui parfois semblait contrariée, mais cela ne durait en général pas longtemps. Celle-ci semblait tendue, crispée, à bout physiquement et nerveusement. Il avait toujours une main posée sur son épaule, et il sentait le tremblement de son corps. Si c'était de la peur, elle le cachait prodigieusement bien derrière un masque d'une froideur extrême.

Il connaissait trop bien cette expression pour la tourner en dérision. Certes, Lehaly n'était pas bien grande, mais il voyait en elle la force d'une détermination à toute épreuve. S'il la poussait à bout, elle n'hésiterait pas à le tuer sur-le-champ. Elle venait de créer une bulle autour d'eux, et elle se fichait complètement des passants qui déambulaient autour - et qui ne prêtaient en retour aucune attention au couple fort étrange qu'ils formaient. Elle était parfaitement capable, à cet instant, de lui enfoncer quinze centimètres d'acier dans l'estomac, sans éprouver le moindre remord. Qu'était-il arrivé à la Lehaly qu'il connaissait ? Cette jeune femme prit la peine de lui fournir un début d'explication.

Ainsi, elle n'était donc pas Lehaly ? Cela pouvait expliquer beaucoup de choses, à commencer par le fait qu'elle ne l'eût pas reconnu, et qu'elle lui pointât un poignard sur le ventre. Mais comment cela était-il possible ? Etait-ce un double maléfique ? Une invocation melkorite qui aurait mal tourné ? Etait-ce la réincarnation de Lehaly, venue pour lui faire expier ses crimes. Pendant un instant - un bref instant seulement -, il songea à marmonner une prière aux Valars pour se faire pardonner. Mais il songea ensuite que ses derniers mots devaient être plus dignes que ça, et qu'il ne pouvait pas mourir comme un vulgaire prêtre, gémissant des suppliques à des êtres fictifs. S'il devait mourir par la main de cette jeune incarnation, il le ferait en toute dignité.

Avec une pointe de sarcasme qui cachait merveilleusement bien son inquiétude, il lâcha :

- Je suppose que je n'ai pas le choix...

Il avait voulu détendre l'atmosphère, et essayer de la faire parler, mais en vain. Visiblement, elle avait posé ses conditions, et elle n'avait pas envie de prolonger la conversation. Elle était en position de force, et elle avait quelques arguments à faire valoir... dans sa main droite, notamment. Mais lui non plus n'était pas totalement démuni. Après tout, elle lui avait demandé des informations, et qu'était Zak le Rouge sinon un marchand ? Il pouvait monnayer sa vie, certes, mais il avait l'impression que les renseignements qu'il pouvait détenir sur Lehaly et Gahlaad valaient bien plus, sans quoi il serait déjà mort, probablement. Aussi, il décida d'imposer ses conditions. Avec majesté, mais en veillant à ne faire aucun geste brusque, et en gardant les mains bien en évidence, il se déplaça légèrement sur le côté et lâcha :

- Je ne parlerai pas ici. Pas au milieu de toutes ces oreilles indiscrètes. Trouvons une ruelle abandonnée, et si ce que j'ai à vous dire ne vous plaît pas, au moins vous aurais-je épargné la peine de traîner mon cadavre jusque là-bas.

Cette fois, il ne rit pas, et demeura au contraire très sérieux. Il sentait qu'il ne pouvait pas la dérider, et il préférait éviter de lui donner une raison supplémentaire de l'expédier chez ses ancêtres. Sans vraiment lui laisser le temps de dire oui ou non, il se retourna, gardant les mains dans le dos pour qu'elle pût les voir en permanence, calant sa canne pour ne pas heurter de passant, et se mit à marcher. Il connaissait bien Lehaly, et il était rusé. Il savait que, plus petite, elle avait toujours du mal à le suivre lorsqu'ils allaient côte à côte. Il espérait légitimement qu'il en serait de même avec cette créature qui avait emprunté son apparence, et qu'elle peinerait à le suivre à la trace dans les rues bondées. Il faisait en sorte de marcher au milieu de la foule, allant de gauche et droite pour éviter les passants qui arrivaient en sens contraire. Il espérait casser la distance, et bénéficier d'assez d'espace pour filer. Cependant, son plan se transforma en échec complet. Il l'entendit peiner, trotter pour le coller alors qu'elle se sentait sur le point de le perdre, mais jamais elle ne lâcha. La Lehaly qu'il connaissait aurait été distancée depuis longtemps, bousculée involontairement par des hommes qui auraient ralenti sa progression. Cela signifiait bel et bien que ce n'était pas la femme qu'il connaissait. Cette créature était-elle donc douée de pouvoirs surnaturels ?

Au bout d'un moment, il trouva une ruelle objectivement déserte. Il ne pouvait pas faire comme s'il ne l'avait pas vue, cette fois, aussi prit-il la décision de s'y engouffrer, la jeune femme sur les talons. Elle semblait en forme, malgré ce que Lehaly aurait considéré comme une véritable épreuve, mais comment dire ce qu'elle pouvait bien ressentir ? Derrière le masque marmoréen qui lui servait de visage, quelles émotions pouvaient bien s'agiter ? Y en avait-il d'ailleurs ? Il aurait payé cher pour le savoir. Zak avança dans la ruelle, jusqu'à un point qui lui paraissait satisfaisant. Ils s'étaient éloignés du quartier marchand, et se retrouvaient dans une zone assez peu favorisée. A cette heure, les lieux devaient être déserts : les hommes et les femmes en quête de travail, les enfants partis chiper quelques pièces ou quémander quelques morceaux de pain. Ils ne risquaient pas d'être dérangés par les gardes, qui ne passaient pas particulièrement souvent ici. Il avait intérêt à être convaincant, car il ne recevrait d'aide de personne.

Le marchand se retourna face à elle, et le son de sa canne résonna sur le sol lorsqu'il la déposa. Il posa ses mains l'une sur l'autre sur le pommeau, et prit la parole en premier, bien décidé à ne pas lui laisser l'avantage :

- Maintenant que nous sommes seuls, je pense que nous pouvons parler plus librement. Mais avant toute chose, je vous en prie, ne me faites pas de mal. J'ai femme et enfant, et je n'aspire qu'à les rejoindre. Laissez-moi vivre.

Il avait joué la carte de l'homme faible et misérable. S'il avait eu une femme et des enfants, cela aurait pu paraître crédible. Mais en l'occurrence, son discours sonnait faux, et il vit l'impatience se lire sur les traits de la jeune femme. Un premier coup dans l'eau. Il devait faire mieux s'il voulait s'en sortir :

- Bon, écoutez... Vous voulez en savoir plus sur Lehaly et Gahlaad... Je les ai rencontré il y a de ça près d'un an... je ne sais pas si ce que je vais vous dire sera très utile pour vous...

De toute évidence, son second argument avait eu autant d'effet que le premier. Il gagnait du temps, cela se voyait, et elle le savait. Il jeta un regard emprunt de crainte à la lame qu'elle tenait toujours pointée face à lui, et il déglutit péniblement. Un léger filet de sueur se mit à couler le long de son front, ses mains s'agitaient frénétiquement, il parlait vite. Autant de signes qui trahissaient son anxiété. Avec empressement, il abattit sa dernière carte :

- De toute façon, je ne suis même pas certain que vous retiendriez quoi que ce soit ! Vous avez l'air ailleurs, à cause de cette bosse sur votre tête !

Cette fois, il avait mis tout son talent d'acteur dans cette dernière réplique. Intonation parfaite, subtile dose de panique et de crainte mêlées, le tout lancé au moment parfait. Elle avait attendu son prochain argument, et s'attendait sans doute à tout sauf à quelque chose de totalement sans queue ni tête. Alors, elle avait fait un peu moins attention à la main qu'il avait levée et au doigt qu'il avait dressé. Après tout, le lien était évident. Il lui parlait d'une bosse, il fallait bien qu'il la lui montrât. Mais ce faisant, il venait de réaliser un coup de maître. Alignement parfait entre sa tête à elle, sa main, et sa tête à lui. Est-ce qu'elle remarqua la bague qu'il portait à l'index, dont le bijou avait disparu, et qui avait laissé place à une poudre orangée ? Peut-être qu'elle la remarqua, une fraction de seconde avant qu'il ne soufflât de toutes ses forces sur ladite poudre, qui se dispersa en un nuage coloré que la jeune femme inhala bien malgré elle.

Profitant de cette diversion bienvenue, Zak bondit en arrière pour éviter un éventuel coup de couteau, et se saisit à deux mains de sa canne, qu'il utilisa pour frapper durement la jeune femme à la tête. Il n'atteignit pas la tempe comme il le voulait, mais il était certain qu'il allait lui laisser une vilaine bosse. Toutefois, si elle s'effondra sur un amas de caisses en bois dont une craqua sous son poids, déversant des bouteilles vides qui roulèrent sur le sol, elle continua à bouger, prouvant par là qu'elle n'avait pas sombré dans l'inconscience. En même temps, la poudre utilisée n'était que du curry : une épice du Sud qui pouvait surprendre quand on la respirait, et qui avait des chances de l'aveugler, mais qui ne provoquait en général qu'un étourdissement temporaire. Rien de mortel ou de particulièrement handicapant. Il avait davantage compté sur son coup droit pour l'assommer, mais visiblement la créature était une dure à cuire ! Ignorant sa dangerosité, Zak recula d'un pas, brandissant son bâton comme une épée. Un rire nerveux sortit de sa gorge, alors qu'il tentait par là de se donner du courage :

- Haha ! Arrière vile créature ! La prochaine fois, je ne retiendrai pas mon bras, et ce n'est pas d'une bosse que j'habillerai ta jolie petite caboche ! Haha !

Seulement, sa confiance en lui était un peu ébranlée par le fait que pour l'instant, le sosie de Lehaly se tenait toujours entre lui et la sortie de cette ruelle. Et il avait beau se pavaner, et la menacer, il doutait de pouvoir faire le poids contre un démon tout droit sorti de ses cauchemars. Mais il y avait un domaine où il savait pouvoir l'entraîner et espérer s'en sortir. La négociation. Avec un sourire de renard des affaires sur le visage, il lança :

- Maintenant, faisons un marché. Ce corps que tu habites peut me rapporter gros. Travaille pour moi, et en échange je te parlerai sans réserve !

Il doutait que la créature eût compris exactement quelle était la nature de ses activités - car après tout, il n'avait pas vraiment l'allure d'un proxénète -, mais il savait que sa proposition était osée. Toutefois, il entrevoyait toutes les possibilités. Sa beauté et son côté fragile pouvaient séduire une clientèle très spécifique, et surtout très riche qu'il ne pouvait pas atteindre avec les filles ordinaires. Dans sa tête, les perspectives de gains étaient terriblement alléchantes, et il devait proposer tant qu'il le pouvait. Il avait l'initiative, à lui de s'en saisir pleinement !


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Kryss Ganaël
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Mar 13 Aoû 2013 - 22:43
    Dans cette ruelle, pleine de vie, pleine de monde, où les senteurs et les sons étaient aussi multiples qu’ils pouvaient l’être, le temps s’était arrêté entre deux individus. Un homme, grand, imposant, ainsi qu’une femme frêle, enlacés près d’un étalage de châles. Pour eux, seuls comptaient leurs souffles et les signes corporels que pouvait dégager leur adversaire. La femme retenait un dégoût du à cette proximité, bien trop hargneuse pour se laisser décourager par si peu. Avec une prise sûre, elle menaçait l’homme d’un poignard dans la main, discrètement mais avec assez de précision pour le mettre dans de fâcheuses positions. Après un essai assez maladroit de plaisanterie pour essayer de détendre les nerfs de Kryss, il se résolut en comprenant qu’elle était une bombe qui ne pouvait qu’exploser, et non pas être désamorcée.

    Elle tiqua face à la deuxième tentative. Elle craignait qu’il n’ait des compagnons qui l’attendraient sagement dans la dite ruelle, mais, étant donné qu’il avait déjà bougé, elle n’eut d’autres choix que de grogner et le suivre. Sa méfiance ne baissa pas pour autant, même si elle nota qu’il avait pris le soin de mettre ses mains dans son dos, bien en évidence, gage de bonne foi. Elle se faufila comme une anguille entre les passants, quelque peu habituée à cette activité qu’elle avait régulièrement lors de ces larcins. Même si elle peina un peu, elle ne tarda pas à entrer dans le rythme et ne le lâcha pas d’une miette. Il devait s’en rendre compte, car elle le sentait tendu. Peut être était il seul après tout, et avait tout misé sur cette foule abondante. Sa chère sœur, trop fragile et maniérée, aurait tôt fait d’être perdue et affolée par cette fourmilière. Kryss, en revanche, aimait ce bouillon de vie qui lui permettait la plupart du temps de passer inaperçue. Elle ne luttait pas contre la foule, elle jouait avec elle. Elle glissa, feinta, et se noya dans le flot, ne faisant qu’un avec.

    Elle fixait le dos de sa proie, prise de réflexion. Elle se méfiait des hommes, encore plus des femmes. Ils étaient vils, pervers, faux, lâches. Une rage gronda au fond d’elle, qu’elle tâcha de maîtriser pour garder son esprit clair. Que pouvait il bien être ? Il semblait riche, mais elle doutait fortement qu’il appartienne à la noblesse. En quelles circonstances avait il connu Gahlaad et Lehaly ? S’étaient ils côtoyé longtemps ? Elle renforça sa prise sur le manche de sa dague, sous sa cape, et s’engouffra à sa suite dans une ruelle perpendiculaire à l’axe principale. Les murs étaient hauts et noirs de saletés. Plus loin, on apercevait les déchets de quelques éméchés, notamment des caisses de bouteilles vides, quelques déchets de nourriture, tissus déchirés. L’odeur était écœurante. Elle se ficha à une distance raisonnable. Trop loin pour une attaque directe, pas assez pour lui laisser l’occasion de fuir. Elle bifurqua légèrement vers le mur, pour ne pas se faire surprendre par de potentiels nouveaux arrivants.

    Là commença la réelle discussion. Un premier essai fut un plat complet. Il n’avait pas la tête d’un homme marié avec enfants, et même si c’était le cas, cela n’arrêterait en rien son geste. Non, décidément, l’argument bonne famille, bonne vie, bonne situation, ne l’amadouait pas du tout. Pire, ces paroles avaient tendance à l’irriter. Ensuite, il changea de tactique. Elle ne démordait toujours pas. Elle avait cherché depuis déjà beaucoup trop de temps pour se passer d’une occasion pareille. Un homme, avait rencontré les gens qu’elle recherche, après qu’ils aient fui Edoras. Même sous la torture, elle ne reviendrait pas sur sa décision. C’était devenue sa seule raison de vivre. Elle ne pensait même pas à l’après, une fois qu’elle les aurait tué de ses mains. Même effleurer le sujet était inadmissible. Après ? Il n’y aura rien. Rien du tout. Ce sera la fin, et elle pourrait mourir. Jusque là, elle utiliserait toute son énergie et les possibilités qui s’offraient à elles pour les retrouver.

    Sous l’affirmation qui suivit, elle recula, perplexe. Il avait réussi à percer une faille dans sa concentration extrême, et ce faisant, dégagea une poudre orangée qu’il s’empressa de souffler sur elle. Elle n’eut pas à temps le réflexe de retenir sa respiration que déjà, elle inspira, et la poudre se logea également dans ses yeux. Feulant de rage, elle s’accola au mur, et c’est ce qui la sauva. Aveuglée aussi bien par la poudre que par la colère, s’étouffant en essayant d’avaler sa salive pour faire cesser cette sensation, elle ne put se défendre contre le coup de canne. Ce sont les murs de pierre qui dévièrent le tir, la frappant sur la fossette. Elle perdit l’équilibre et alla s’écraser durement sur les caissettes de bois. Une planche alla se nicher dans ses cotes, lui coupant le souffle. Elle se releva néanmoins avec un râle de colère.

    Les effets de la poudre commencèrent à se dissiper, ou du moins, sa vue se dégagea. Elle en reconnut l’odeur. Du curry. Cette épice lui rappela Héli, qui sentait le Sud et le soleil. Son visage se transformât en un rictus de rage, et elle refusa d’apposer une main sur ses cotes, cachant le fait qu’elle soit blessée. La nouvelle proposition de l’homme ne réussit qu’à la faire exploser de rage.


    - Me prends pas pour une idiote ! Je suis pas ma sœur, compris ?! Je n’accepterai jamais de travailler pour un homme, jamais !


    Elle cracha un filet de sang par terre, la rage colorant ses joues de porcelaines d’un rose prononcé. Elle ne savait pas que le poste qu’il lui proposait était celui d’une fille de joie, et si c’était le cas, elle n’aurait pas manqué de l’attaquer de suite. Elle savait seulement qu’elle n’accepterait plus aucun maître, qu’elle ne dépendrait jamais d’un homme. Elle s’approcha de lui, feulant comme un chat enragé, et le poussa contre le mur.


    - Tveut savoir ce que je compte faire de ta mignonne ?


    Elle apposa la lame contre sa gorge dénudée, et poursuivit d’un ton glacial.


    - Je compte la faire saigner comme un porc, et la voir se vider de son sang en implorant à mes pieds. Si tu veut pas la rejoindre de manière prématurée, dis moi ce que tu sais.


    Ses yeux étaient rougis par l’irritation que lui avait causé le curry. Elle s’empara de la canne de l’homme, et la jeta à terre plus loin. S’il voulait sauver sa vie, il devrait être un peu plus convaincant, et lui proposer un marché qui lui serait favorable en ce sens. Tuer, et trouver sa sœur. Voilà le sens de sa vie. Ce qu’il en reste du moins.
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Ryad Assad
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Mer 14 Aoû 2013 - 19:46

Zak Le Rouge, marchand de plaisir dans la belle cité d'Osgiliath, s'était toujours vanté d'être un homme intelligent. Bon, tous ne s'accordaient pas à dire qu'il l'était, mais il fallait bien reconnaître qu'il s'en sortait plutôt pas mal pour un homme travaillant seul, et qu'il avait du flair en ce qui concernait les affaires. Il ne se trompait pas souvent, et lorsque cela arrivait, c'était en général des erreurs mineures, qu'il pouvait réparer ou compenser assez rapidement. Il s'était souvent demandé, dans ses moments d'ennui profond, comment il réagirait s'il était menacé, s'il devait négocier pour sa vie. Arriverait-il à se transcender pour proposer le marché le plus audacieux, ou perdrait-il tous ses moyens pour finalement se faire déplumer comme un vulgaire novice. Peu désireux de finir comme ça, il avait réfléchi à la situation plusieurs fois, et avait fini par convenir qu'il préférait tenter le coup, et mourir dans l'honneur, plutôt que de vivre dans la déchéance. Ce qu'il avait construit ici à Osgiliath, il ne pouvait pas le recommencer ailleurs. Pas après avoir subi un cuisant échec. Il s'était fait un nom, une certaine réputation, et cela prenait des années à créer. Recommencer ça ailleurs, cela signifiait devenir le plus vieux proxénète de la Terre du Milieu. Et comment travailler seul avec des cheveux gris ? Comment travailler seul quand la canne ne sert plus uniquement de décoration ? Il ne pouvait décemment pas l'envisager.

De fait, il était obligé de négocier avec cette furie qui lui faisait face, et qui avait résisté vaillamment à son curry et à son coup de canne. Il n'aurait pas cru un corps aussi frêle - en apparence - capable de résister à ça. Décidément, il s'était bien fourvoyé. Il fallait simplement espérer que cette tentative pathétique ne l'énerverait pas davantage. Il crut à cet espoir jusqu'à voir le visage qu'elle arborait en se relevant. Alors, il comprit qu'il l'avait vraiment fâchée, cette fois. Elle gronda comme un fauve prêt à attaquer. Un fauve avec trente deux dents émoussées, et une sacrée canine dans la main. De quoi lui faire une belle entaille dans la gorge... ou ailleurs. Tout dépendrait si elle voulait le faire souffrir ou non avant de l'expédier. Elle paraissait ne même pas avoir souffert de sa chute sur les caisses, et avançait désormais vers lui avec la détermination d'un démon destructeur. Elle était aveugle, et prête à l'écraser sans considération pour ce qu'il avait à lui offrir.

De fait, sa proposition - un peu osée, certes, mais il fallait tenter le coup -, elle la rejeta bien vite, d'une chiquenaude. Tellement rapidement qu'il se demanda si elle avait bien saisi ce dont il voulait parler. Elle était à ce point concentrée sur lui, sur lui faire mal, lui faire payer, qu'elle n'écoutait qu'à moitié ce qu'il disait. Et d'un côté, c'était peut-être heureux, car à voir comment elle réagissait à l'idée de travailler "pour un homme", elle aurait probablement pris feu sur place si elle avait compris qu'il lui proposait de travailler "sous un homme". Bah... De toute façon, vu l'état dans lequel elle était, un peu plus ou un peu de moins de colère ne pouvait pas changer grand-chose. Néanmoins, Zak demeura attentif à ses paroles, car il espérait trouver là la clé pour se sortir de ce mauvais pas. Dans son esprit, il essayait de faire des connexions, ce qui n'était pas facile avec une lame sous le nez. Il comprit qu'elle ne voulait pas travailler pour un homme, c'était certain, mais elle l'avait dit avec une telle hargne qu'il n'avait pas été difficile pour lui de conclure qu'il y avait quelque chose de plus derrière. Quelque chose qui la faisait souffrir avant tout. Et ce quelque chose était lié à sa sœur, d'une manière ou d'une autre. Ce fut probablement la raison pour laquelle elle voulait la retrouver. Pour s'expliquer avec elle.

Alors que Zak était en train de réfléchir à comment contacter Lehaly pour apaiser cette folle furieuse, elle cracha un filet de sang par terre. Il se demanda alors s'il ne l'avait pas ébranlée plus qu'il ne le supposait. Il jeta un coup d'œil furtif à son flanc. Elle semblait ne pas ressentir de douleur due à sa chute, mais était-elle à ce point enragée qu'elle ignorait la peine ? Cela ne signifiait pas pour autant qu'elle n'avait pas mal, et c'était un point à exploiter. A exploiter rapidement, d'ailleurs ! En effet, elle s'était rapprochée perceptiblement, et lui avait reculé d'autant, brandissant sa canne comme une épée. Elle ressemblait davantage à une brindille face à la volonté inflexible de cette tempétueuse jeune femme, et elle ne lui serait d'aucun secours si elle décidait de mettre fin à ses jours. Tout au plus pourrait-il lui faire un autre bleu avant qu'elle ne l'achevât.

Pourtant, alors qu'elle avançait, elle se mit soudainement à parler. Zak haussa un sourcil interrogateur, se demandant pourquoi. La plupart des tueurs qu'il avait rencontrés - et il en avait rencontré un paquet - étaient des gens taciturnes. Ils parlaient peu, tuaient vite, et ne s'embarrassaient pas de détails. Certains avaient une histoire à raconter, un truc un peu débile, qu'ils disaient avant d'envoyer quelqu'un six pieds sous terre. Un type du nom de Jo racontait tout le temps à ses victimes qu'il allait les tuer, puis faire un enfant à leur femme pour se venger. Il disait qu'il en avait au moins une cinquantaine à travers le monde, et que plus il en aurait, meilleur il serait. Quand il fut finalement zigouillé - heureusement, car c'était un sacré taré ! -, on se rendit compte qu'il était eunuque, et qu'il avait menti à toutes ses victimes simplement pour les faire souffrir, et pour se faire un nom dans le milieu. Ah, sacré Jo !

Mais pour en revenir à la jeune femme, Zak était convaincu que son histoire n'était pas qu'une simple invention destinée à lui faire peur, ou à le forcer à parler. Il lisait dans son regard que c'était la vérité, qu'elle allait vraiment la faire souffrir, et qu'elle allait prendre son temps pour lui faire payer. Le marchand de plaisir n'avait jamais été très famille, mais ce n'était pas véritablement de cette manière qu'il concevait les relations sororales, surtout pas entre jumelles. C'étaient pas elles qui devaient tout partager, qui devaient être "plus que sœurs", et qui devaient s'entraider toute leur vie ? C'étaient pas elles qui, parfois, ne pouvaient pas vivre sans leur double, et qui ressentaient la même chose au même moment ? "Ou pas", se dit-il en voyant la rage dans le regard de cette diablesse.

Conscient qu'il avait abattu toutes ses cartes, et qu'il était désormais dos au mur - au sens propre -, il devait faire preuve d'inventivité pour s'en sortir. Une petite pirouette dont il avait le secret pouvait bien le sortir de ce mauvais pas, mais cette fois il jouerait sans filet. La chute, c'était la mort, et la mort, c'était pas bon. Zak avait toujours aimé les choses claires. Il décida donc de prendre son temps pour réfléchir, et il leva les mains pour implorer un peu de temps pour réfléchir. La bougresse en profita pour le désarmer. Par les Valar, elle avait de la force ! Elle jeta sa canne au loin, le laissant aussi désarmé qu'un nouveau né. Un nouveau né avec une barbe. Les mains ouvertes, il tenta un sourire pour l'amadouer, et constata de lui-même l'ampleur de son échec en croisant le regard d'acier qu'elle lui lançait. Cette fois, fini de jouer, il devait parler, sans quoi il devrait se taire à jamais, ou une bêtise comme ça :

- D'accord, d'accord, on peut toujours s'arranger, non ? Dit-il pour gagner du temps. Vous êtes du bon côté de cette ruelle, moi pas. Vous avez une arme, moi pas. Vous avez une bosse, moi pas...mais j'en veux pas, hein.

Il baratinait, réfléchissant à toute vitesse :

- Bon, je crois avoir compris ce que vous voulez. Vous voulez retrouver votre sœur, Lehaly, pour la faire saigner comme un porc. Et je suppose que c'est pas avec une entaille au doigt que vous allez être satisfaite, hein ?

Il voulut rire, mais il se retint devant son air fermé.

- A... Attendez... Je sais comment on pourrait s'arranger. Écoutez... vous êtes visiblement déterminée, mais vous ne serez jamais capable de tuer Lehaly comme ça, vous comprenez ?

Il perçut une légère modification de son attitude, sans parvenir à l'expliquer totalement. Visiblement, toutes les informations "stratégiques" concernant Lehaly étaient utiles pour elle. Peut-être pouvait-il tirer profit de son obsession. Retrouvant un peu de confiance - même si elle était basée sur une supposition - il poursuivit :

- Vous n'y parviendrez jamais pour trois raisons. La première, c'est que vous êtes seule. Isolée. Lehaly sait s'entourer...Gahlaad est presque toujours avec elle, et elle saurait trouver de l'aide chez n'importe quel passant pour vous arrêter. Elle a cette façon d'utiliser ses yeux, et c'est irrésistible, et elle fait cette moue avec sa bouche, ça me... hum... je m'égare... Je veux dire que vous n'aurez jamais une ouverture suffisante pour réaliser votre plan. Il vous faut de l'aide.

Il était en train de placer ses billes peu à peu, sans trop insister dessus pour le moment. Il les utiliserait lorsqu'il sentirait que ce serait opportun. En attendant, il devait faire en sorte de ne pas la brusquer, sans quoi elle se rétracterait. Elle était comme un fauve, sauvage et méfiante. Il devait gagner sa confiance, en usant d'abord des mots, pour ensuite réussir à se placer hors de portée de ses griffes et de ses crocs. C'était un travail de précision, presque chirurgical. Il était en quelque sorte un chirurgien verbal. Cela lui plut, mais il revint rapidement à sa diablesse, pour ne pas l'impatienter :

- La deuxième raison qui fait vous échouerez, c'est que vous n'êtes pas suffisamment bien préparée. Je...Allons, ne faites pas cette tête ! Regardez la vérité en face. Je suis un vieil homme, et j'ai quand même réussi à vous mettre en difficulté. Pour un instant, certes, mais un instant peut décider si vous êtes vivante ou morte. Un instant peut suffire à Lehaly pour s'enfuir à jamais. Pensez-y. Et imaginez que ce soit un garde qui vous tombe dessus. Ou bien un homme dans la force de l'âge. Vous imaginez être stoppée par un vulgaire passant, un mécréant, un miséreux, un gueux, un... d'accord je me tais.

Il lisait sur son visage une certaine forme d'intérêt - même s'il avait du mal à discerner jusqu'à quel point il avait ferré son poisson -, mais également la précarité de sa situation. Elle avait gardé son arme en main, et elle n'avait pas jugé utile de la baisser. Elle le tenait toujours en respect, et attendait une bonne raison de le tuer. S'il commençait à s'éloigner du sujet, à se laisser emporter par son côté commercial, et sa verve légendaire, il risquait fort de s'attirer des ennuis. Il ferma les yeux un instant, revenant à ce qui semblait être une démonstration d'une logique imparable, mais qui en réalité était une improvisation théâtrale dont la représentation, selon qu'elle fût bancale ou non, déterminerait s'il vivrait ou non. Sacré défi !

- Et la troisième chose... La chose la plus importante... C'est... C'est que vous ne pourrez jamais retrouver Lehaly à partir des informations que je vais vous donner !

Il était tout fier de sa phrase au moment de la prononcer, et un grand sourire avait fleuri sur ses lèvres, jusqu'à ce qu'il se rendît compte exactement ce qu'il venait de lui envoyer comme message. Vivement, il se reprit alors :

- Mais, mais, mais, car il y a un mais, moi je peux vous aider à la retrouver. Songez à cela : je vais vous dire qu'ils sont passés à Osgiliath, qu'ils m'ont sorti d'une sale histoire, et que nous avons sympathisé. Ils sont restés quelques temps, puis ils sont partis. Point final. Cependant, car il y a aussi un cependant, ils vont forcément revenir ici. Osgiliath est une ville qui bouge, il y a des choses à faire, des choses à voir, et de l'argent à gagner. Vous avez vu le port ? Il fourmille d'activité ! Et vous avez vu les quartiers comme ils sont beaux, désormais ? Ils finiront par revenir ici, je vous l'assure. Et ce jour-là, que feront-ils, à part du tourisme, ou bien des affaires ? Devinez. Vous ne devinez pas ?

Il fit une moue amusée, comme un enfant. Il la titillait quelque peu, pour tester ses réactions. Il fallait croire qu'elle était intéressée par ses dires, car elle ne le tua pas sur-le-champ. Il voulut pousser son avantage, et essayer des charades ou des devinettes, mais il comprit en voyant que le poignard était toujours là qu'il valait mieux ne pas jouer avant la chance qu'il avait pour l'instant. Il reprit alors sur un ton complice :

- Ils viendront voir leurs vieux amis, voyons ! Ils viendront voir Zak - c'est moi, au cas où vous l'auriez oublié -, et on discutera, et on va se rappeler des souvenirs du bon vieux temps. On va sans doute boire, manger, et peut-être même qu'on ira... D'accord, je fais vite. Bref, ils viendront à moi plus facilement que vous à eux. Et là, vous aurez votre meilleure chance. Parce que de la chance, vous en avez déjà ma belle...euh...mademoiselle. Vous êtes tombé sur le seul homme de tout Osgiliath qui peut vous aider sur ce coup. Eh oui !

Cette fois, il jouait son va-tout. Si elle ne se laissait pas convaincre par ça, alors elle allait le tuer. Il en tremblait d'excitation de peur, car il sentait que c'était cinquante-cinquante. Sa proposition était tentante, mais comme un pêcheur craint toujours de ramener son hameçon trop vite, il craignait de tenter le coup trop rapidement, et de la contrarier. Il fallait y aller franchement, mais pas trop franchement :

- Si nous travaillons ensemble, vous ne serez plus seule, déjà. Je vous fournirai une couverture... deux si vous avez froid. Euh... oubliez ça. Je vous offrirai un toit, un abri, et surtout l'accès au formidable réseau de renseignement dont je dispose. Grâce à lui, je pourrai savoir si Lehaly est en ville, et éventuellement obtenir des informations de la part de marins. Ils voyagent partout, et ils peuvent en apprendre beaucoup. Cela pourrait avoir un prix, mais je suis prêt à faire cet effort, pour vous en exclusivité. Mais en plus, et ça c'est promotionnel, je vous donnerai quelques tuyaux pour apprendre à vous défendre. Il se trouve que j'étais moi-même un excellent assassin dans le passé.

Il suffisait de regarder sa tenue de bourgeois parvenu, sa manière de parler avec affectation, ses gestes de vendeur de tapis, et son air roublard pour comprendre que si c'était vrai, c'était un passé révolu depuis longtemps. Il poursuivit sa tirade avec un peu moins de passion :

- Bon, je ne dirais pas excellent, mais je connais plein de trucs qui pourraient vous être utiles. Et je suis persuadé de pouvoir vous trouver un peu de matériel. Je dois avoir des armes qui traînent, et je vous en achèterai si vous en avez besoin. Vous ne manquerez de rien, dans la mesure de mes moyens bien entendu. Et enfin, quand Lehaly reviendra en ville, je vous fournirai l'opportunité nécessaire pour la tuer. Cela, personne d'autre ne pourra vous l'offrir. Et en échange...

Cette fois, il hésita un bref instant. La jeune femme n'était probablement pas bête, et elle devait savoir qu'il allait tenter de tirer son épingle du jeu. Si elle avait été attentive, elle avait forcément pu noter ses appels du pied, dans son intonation, dans ses insinuations. Elle-même devait comprendre qu'avec un tel homme, il n'était pas possible d'avoir des informations sans rien. En plus de ça, il venait de lui donner plusieurs raisons pour ne pas le tuer... pas tout de suite, du moins. Dans sa position, Zak se devait d'exiger quelque chose en contrepartie, sans quoi il perdrait la face. Il avait réfléchi à tout ça pendant qu'il baratinait - ce qui lui avait laissé pas mal de temps, il fallait le dire -, et il en était arrivé à une conclusion qui lui paraissait honnête. Et pour lui, une conclusion honnête, c'était plutôt rare. Il s'empressa donc de terminer :

- En échange, vous allez me rendre quelques petits services. Nous travaillerons ensemble, et vous ne serez pas sous mes ordres. Vos talents de tueuse auront besoin d'être exercés, et quel meilleur cible qu'une cible humaine ? Je me débrouillerai pour trouver des contrats, et vous les remplirez. J'empoche l'argent, vous vous faites la main, tout le monde est content ! Mais attention, hein ! Je ne vous force à rien, et vous ne ferez que les contrats que vous accepterez. Si le boulot est trop dur, vous pouvez toujours abandonner. Vous avez intérêt à rester en vie, et moi aussi.

Sur cette dernière phrase dont le sens pouvait paraître bien moins sympathique qu'il apparaissait, Zak se laissa aller à un sourire de vendeur qu'il avait travaillé tant d'heures devant son miroir, et qui lui donnait l'air faussement affable qui, croyait-il, pouvait amadouer n'importe qui. Avec  la sensation d'avoir tout tenté dans cette conversation, d'avoir été à son meilleur niveau, d'avoir utilisé tous les arguments en sa possession, il lança enfin :

- Alors... Acceptez-vous ?


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Kryss Ganaël
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Mar 22 Oct 2013 - 19:45

    Il semblait qu'enfin il la prenait au sérieux. Elle avait mal mais avait démontré sa motivation. Son souffle était rauque, et elle serrait les dents pour ne pas laisser échapper un gémissement de douleur du à sa blessure au flanc. Elle en avait vu d'autre depuis qu'elle avait quitté le nid familial, et ce n'était pas cette éraflure qui la ferait flancher si près du but. Enfin, elle allait avoir des informations. Peut être même arrivera t-elle a en tirer davantage. De l'argent, notamment. Vu ses attributs, elle pensait bien pouvoir vivre aisément plusieurs semaines voir des mois en étant raisonnable. Peut être retournera t-elle à Minas Tirith pour acheter cette lame sur laquelle elle avait jeté son dévolu, dans le magasin des ombres? Déjà dans ses yeux, elle revoyait cette lame douce et froide, avec une légère incurvation. Une lame de style oriental, avec une superbe poignée finement ciselée, et son ruban d'un rouge sang.

    Malgré ses pérégrinations spirituelles bien que toujours aussi sombres, elle écoutait les dires de l’homme, en restant sur ses gardes. Même si son orgueil était une foi de plus bafoué, il fallait reconnaître qu’il savait appuyer ses arguments. Elle était trop aveuglée par la haine pour se discipliner, et seule, elle n’y arriverait pas. Elle n’avait jamais songé à la possibilité que ses deux proies ne soient pas seules quand elle les trouverait. Elle imaginait toujours les égorger dans une ruelle sombre, après avoir longuement joué avec eux. Mais si cela ne se passait pas comme cela ? Lehaly était une comédienne experte. Elle arriverait à faire rejoindre absolument tout le monde à sa cause : que cela soit des nobles, ou des mendiants. Kryss l’avait toujours jalousé pour ce talent inné. Enfin, une fois qu’elle s’était libérée de son emprise.

    Même quand on ferme les yeux… on continue à voir cette lumière tâchant nos paupières, brûlant nos pupilles. Pour rejoindre l’obscurité, elle avait du descendre bien bas, et souffrir de mille tourmentes, mais enfin…enfin, elle avait un regard neuf. Le fameux Zack tenta quelques dentelles dans son discours, une légère blague, une inclinaison ? Mais elle lui répondit par un soupir ennuyé, assez pour lui faire comprendre que dans sa tête, le compteur était en marche, et il était bien plus proche de 0 que de 100. Elle le voyait avancer petit à petit dans son discours. Plus il lui promettait la lune, plus elle se demandait quel en serait le prix. Elle était peut être aveuglé mais pas folle. Pas encore tout à fait du moins.

    Il lui proposait beaucoup… mais qu’avait il à gagner ? Juste l’argent des contrats qu’elle accepterait bien d’accomplir…? Ou lui cachait il encore quelque chose…? Elle fronça les sourcils. Ce qu’il lui proposait n’était pas du tout quantifié. Qu’entendait il par logement ? Nourriture ? Equipements ? Elle laissa un long moment de silence avant de répondre. Juste assez pour observer des perles de sueur sur le front de son interlocuteur, et jouir de sa position de force actuelle.



    - Je ne te crois pas, quand tu parles de ton passé. Ou alors… tu n’incarnes pas du tout la vision que j’ai de mon avenir dans le domaine.


    Première remarque. Comment la prendrait il ? Il faudrait qu’il s’habitue à son franc parler, et à sa rudesse, s’ils venaient vraiment à devenir « associés ».



    - Va pour les services : logement, nourriture, équipement. J’ai une jument. Son entretien s’ajoutera à tes frais personnels, et je te jure que je la surveillerai de près. Ensuite… Je prends les contrats, ou je les jette… Soit. Tu seras payé, mais je me réserve le droit de piller les victimes pour mon propre compte.


    Elle commençait à s’éloigner de lui pour le laisser respirer, mais… pensant à une dernière chose, elle se rapprocha vivement de lui, la dague sous la gorge.


    - Et ne pense pas te débarrasser de moi facilement. Je suivrai tes moindres mouvements, t’accompagnerait partout où tu iras. Je serai dans ton ombre, et à la moindre écartade, je te laisse deviner le châtiment…


    Son regard était d’un acier poli, aussi froid que s’il avait été préalablement trempé dans de la glace. Elle recula d’un pas, s’empara de la main de l’homme, et y traça avec la pointe de sa dague une longue traînée de sang sur la paume. Elle en fit de même pour elle.


    - Accord scellé. Maintenant, montre moi ce que tu as promis.


    Elle recula au milieu de l’impasse pour le laisser se dégager totalement, rengaina sa lame, mais laissant néanmoins sa main droite dessus. De sa main gauche, qui pendait à son flanc, goûtait une à une, les perles de sang de leur serment. Elle attendit qu’il se mette en marche, et se mit derrière lui, sur son côté droit, afin d’observer tout mouvement suspect de sa main droite, puisqu’il était visiblement droitier. Avait elle fait le bon choix ? Le temps en décidera. Du temps, elle en avait… pour l’instant. Selon les termes passés, elle demeurait libre. Cela lui plaisait, comme idée. Peut être arriveront ils à s’entendre… En tout cas, elle comptait bien lui montrer qu’elle avait du potentiel, et surtout… qu’elle n’aura jamais de maître.



    Chat guettant dans un coin d’ombre,
    griffes affûtées,
    il attend.
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Ryad Assad
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Jeu 24 Oct 2013 - 2:14

La bougresse semblait retorse, et cela n'échappait pas au regard acéré de Zak. Le vendeur en avait vu passer, des comme elles, et il n'appréciait jamais vraiment de se trouver en face d'eux. C'était précisément ce type de personne qui était capable de faire échouer sa meilleure vente, alors qu'il arrivait au moment fatidique. Des gens dont les yeux semblaient capables de déceler le mensonge à cent lieues, contre le vent, et qui parvenaient sans mal à déterrer l'entourloupe, même quand elle était soigneusement cachée derrière un sourire travaillé, une phrase aux angles arrondis, et une proposition apparemment extrêmement alléchante. C'était le regard déterminé d'un prédateur face à une proie qui utilisait ses dernières forces pour se sortir du piège mortel dans lequel elle était tombée. Un regard qui désarmerait n'importe quel marchand, et qui lui aurait fait perdre ses moyens, tout simplement.

Mais Zak n'était pas n'importe quel marchand. Dans la catégorie des baratineurs, il s'en sortait plutôt bien, et il n'avait rien à envier aux joueurs pathologiques pour ce qui était de bluffer dans les pires situations. Malgré la situation quasiment désespérée dans laquelle il se trouvait - après tout, il était coincé dans une ruelle sombre, menacé par une femme armée qui risquait de le tuer à tout moment -, il trouvait encore le moyen d'essayer de tourner la situation à son avantage par un audacieux coup de maître qui, s'il réussissait, lui procurerait autant de satisfaction personnelle que de bénéfices matériels. Et son degré d'auto-satisfaction pouvait atteindre des sommets, quand il frôlait la mort et qu'il parvenait à s'en sortir in extremis.

A mesure qu'il parlait, sur un rythme parfaitement calculé, il observait les réactions de la jeune femme qui lui faisait face. Il sentait précisément quand ses mots faisaient mouche, et il savait se rétracter quand il lisait en elle que ses arguments menaçaient de produire l'effet inverse. Il appuyait ainsi là où il voyait une faiblesse, et enfonçait méthodiquement la cuirasse qu'elle avait dressée autour d'elle, s'insinuant insidieusement dans les failles de sa carapace avec la détermination et la patience de la mer s'attaquant à une forteresse de sable. Inlassablement, vague par vague, il lançait ses arguments là où il entrevoyait une ouverture, et adaptait sa stratégie à la jeune femme en face de lui. Lorsqu'il aborda le sujet sensible, celui de sa sœur, il la vit réfléchir à toute vitesse. L'argument lui était venu comme ça, comme un éclair de génie, et il se sentait particulièrement fier d'avoir réussi à le trouver. Il avait immédiatement compris que cette pensée l'avait mis sur le chemin de la victoire. Plus que tout au monde, cette tueuse déterminée cherchait à éliminer Lehaly. Lui faire miroiter l'échec était une tactique extrêmement risquée, mais elle pouvait produire des effets prodigieux. Soit elle le croyait, et elle marchait avec lui en acceptant au passage de le laisser en vie - ce qui était une bonne chose ! - ; soit elle refusait de le croire, s'enfermait dans la certitude qu'elle trouverait un autre moyen, et donc considérait qu'il était inutile et lui avait fait perdre assez de temps comme ça. Une solution moins agréable, et passablement plus douloureuse.

Il abattit sa dernière carte avec emphase, et lui laissa la main, attendant impatiemment sa réponse. L'anxiété se lisait sur son visage presque autant que l'excitation. Pour lui, le jeu était presque aussi passionnant que la mise, et il se sentait particulièrement bien dans cet environnement. Si l'issue d'une défaite n'avait pas été la mort, il se serait même plu à envisager de la voir remporter cette joute verbale. Mais pour l'heure, il attendait sa réponse qui tardait à venir. Il l'observait en détail, à la recherche du moindre indice qui eût pu lui confirmer qu'il était sur la bonne voie, mais son visage marmoréen ne semblait pas décider à laisser filtrer la moindre émotion. Pareille à un félin, elle le dévisageait, le laissant goûter à l'étendue de la puissance que contenaient ses muscles tendus et prêts à l'action. Derrière ces lèvres hermétiquement closes, elle lui laissait entrevoir quelle pouvait être le tranchant des crocs qu'elle cachait, et le laissait rêver à la brutalité de l'estocade qu'elle lui porterait, si telle était sa volonté. Si telle était sa volonté. C'était peut-être le seul message qu'elle souhaitait lui faire passer, et il le saisit parfaitement. Il n'avait aucune chance de s'en sortir si elle décidait du contraire, et elle désirait être certaine qu'il avait compris.

C'était le cas.

Elle se décida finalement à ouvrir la bouche, et la milliseconde avant que les mots ne s'échappassent de leur prison aux barreaux d'ivoire, ne s'entrelaçassent pour mettre en musique le destin de Zak, et ne se volatilisassent en une brise glissant sur les murs nus de la cité, le marchand se dit que tout s'arrêterait peut-être en cet instant précis. Mais ses craintes furent dissipées immédiatement, grâce à ses premiers mots qui lui firent l'effet d'une douche d'eau bien glacée en plein désert. Un bien fou ! Avec une spontanéité que lui reconnaissaient tous ceux qui le côtoyaient, il éclata franchement de rire. C'était nerveux. Trop de tension accumulée, trop d'enjeux pour cet accord qui mettait sa vie en danger. Il avait besoin de se détendre, et son corps procédait de lui-même à cet ajustement qu'il n'était pas en mesure de faire consciemment. Il rit donc, brièvement, et avec davantage de soulagement que de joie. Elle devait s'interroger sur sa santé mentale, en le voyant ainsi les larmes aux yeux alors qu'elle n'avait toujours pas affirmé clairement qu'elle lui laisserait la vie sauve. Il s'expliqua :

- Comme je vous comprends ! Moi non plus, je ne me trouverais pas impressionnant, et encore moins dangereux.

Il pouffa, mais reprit son sérieux presque immédiatement, et ajouta en levant l'index :

- Mais vous apprendrez un jour à ne jamais vous fier aux apparences. Disons que ce sera votre première leçon.

Son sourire naturel semblait être revenu définitivement, et il écouta avec grande attention les termes que la jeune femme souhaitait préciser dans leur accord. Il hocha la tête à plusieurs reprises, trouvant que malgré sa rudesse et son côté sauvageon, elle n'en demandait pas énormément. Ou peut-être que c'était précisément à cause de ça qu'elle ne lui demandait pas la lune. Il ne se permit toutefois pas de laisser transparaître la moindre trace de soulagement, et reprit plutôt derrière elle :

- Je ferai en sorte que votre jument soit traitée comme une reine, soyez-en certaine. Les chevaux ne sont pas ma spécialité, mais je connais un excellent palefrenier en qui j'ai toute confiance. Il saura la bichonner comme il se doit. Quant aux contrats, il est tout naturel que vous puissiez toucher votre part. Vous pourrez prendre tout ce que vous souhaitez sur vos futures victimes, pour peu que vous ne touchiez pas à ce que nous demanderons explicitement nos clients. Pour le reste, considérez cela comme vôtre.

Il trouvait l'accord prodigieusement profitable. Après tout, elle le laissait bénéficier entièrement de l'argent du contrat, ce qui était une aubaine. Il s'était attendu à devoir lui céder au moins trente pourcent de la somme qu'il toucherait pour ces petits meurtres. Trente pourcent après négociations, naturellement, car il aurait imaginé qu'elle allait partir sur cinquante pourcent. Après tout, c'était elle qui faisait tout le boulot, et ils étaient censés être associés. Mais apparemment, elle n'était pas du genre à être intéressée par les gains matériels. A part tuer sa sœur, elle ne paraissait pas avoir beaucoup d'ambition dans la vie...

"La pauvre fille, se dit Zak, avec son aplomb et son sens de la persuasion, elle pourrait faire de grandes choses... Tant de talent gâché dans une quête futile, que c'est triste !"

Plus étrange encore que cette pensée qui ne lui ressemblait guère, il était sincèrement désolé de la voir ainsi s'enfermer dans la noirceur de sa vengeance. Celle-ci ne la mènerait au final qu'à la ruine et à la destruction. Il trouvait bien triste de la voir chercher à rattraper inlassablement son passé, en étant convaincue qu'elle marchait vers l'avenir. Mais lui était un homme de projets, et il entendait bien gagner de l'argent, qu'elle en profitât ou non. Alors qu'il était en train de songer avec avidité à tout l'argent qu'il pouvait gagner, il fut surpris par la réaction de la jeune femme, qui lui sauta pratiquement dessus, poignard tendu, comme si elle allait l'égorger. Un éclair de panique passa dans les yeux du marchand rouge, qui n'eût le temps de rien faire. Si elle l'avait voulu, il se serait retrouvé étalé dans la rue, la gorge béante. Mais elle avait interrompu son geste au dernier moment, les laissant dans une proximité étrange et presque gênante. Lui, plus grand et plus costaud, respirant vivement sous la pression de cette langue d'acier qui lui titillait le cou ; elle plus petite et apparemment plus calme, qui paraissait maîtriser totalement la situation.

- Je comprends... Vous allez voir, vous ne regretterez pas de travailler avec moi. Je vous l'assure. Au fait... Comment vous appelez-vous ?

A peine avait-il fini de parler qu'elle s'empara de sa main pour y tracer une ligne sanglante à la pointe de sa dague. Elle s'attendait peut-être à ce qu'il criât, mais il n'en fit rien. Il se contenta de serrer les mâchoires, mais aucun son ne s'échappa de sa bouche. Fallait-il y voir la preuve qu'un jour, dans un passé lointain, il avait effectivement été un assassin formé à supporter la douleur ? Cela paraissait tout de même difficile à croire. La jeune femme s'infligea le même traitement, et lui signifia que l'accord était scellé par leur sang versé. Il hocha la tête avec lenteur, appréciant le symbole bien davantage que le geste.

- Nous voilà liés, mademoiselle. Pour le meilleur et pour le pire. Et maintenant, si vous voulez bien avoir l'obligeance de me suivre...

Et il s'éloigna. Il avait retrouvé son côté vendeur charmant, ainsi que son sourire affable. A croire que pour lui, c'était comme une seconde nature. Il sentit la jeune femme se placer dans son dos, légèrement sur le côté de sorte à pouvoir toujours l'avoir en vue. Zak ne lui en voulait pas. Il avait l'impression d'avoir rencontré une drôle de bestiole particulièrement sauvage. Il avait réussi à la convaincre de ne pas le manger, maintenant restait à la domestiquer. L'apprivoiser totalement, jamais, mais il escomptait bien lui apprendre les bonnes manières. Midi était passé depuis un moment déjà, mais les étals étaient toujours bondés, et le marchand avait toujours des courses à faire, lui qui avait été interrompu dans le fil de son quotidien bien rangé par l'arrivée inopinée de la sœur de Lehaly. Il se dirigea de fait vers le marchand qu'il avait déjà repéré un peu plus tôt, et observa les robes qu'il avait à sa disposition. Il y avait de nombreux tons différents, tous plutôt jolis, et surtout très chers. Mais Zak connaissait bien ses filles, et il savait que le bleu irait mieux à sa perle. Puis il se tourna vers son associée, et lui déclara avec un sourire enjoué :

- Je dois régler mes affaires du jour, mais nous reviendrons vous trouver quelque chose de plus seyant... qui vous mette un peu plus en valeur que ces... hum... choses que vous portez.

Son sourire s'élargit, mais il n'attendait pas de réponse particulière, et il s'empressa de payer son bien avant d'entraîner la jeune femme dans les rues de la cité. Ils quittèrent le quartier marchand et le brouhaha ininterrompu de la populace qui s'y massait dans l'espoir d'y faire quelque belle trouvaille à bon prix. Ce n'était pas chose aisée, avec cet hiver effroyable qui s'abattait sur la région. Les denrées arrivaient plus difficilement, et même les commerçants les plus renommés peinaient à remplir leurs étals. Inutile de dire que dans ce cas, les prix s'envolaient naturellement. Une chance pour certains, une misère pour les autres. Fort heureusement, cela profitait à Zak. Ses marchandises à lui étaient toujours là, et elles récoltaient l'argent qui n'était pas dépensé dans les autres boutiques.

Il guida sa nouvelle amie dans les rues de la cité, la menant droit vers le port. En chemin, il prit soin de lui montrer les différents endroits à connaître, afin de lui permettre de se faire une idée. Il faisait la conversation sans vraiment attendre de réponse, et cherchait surtout à gagner sa confiance en abordant des sujets légers. Il se doutait qu'il ne serait pas simple de lui faire accepter qu'il ne lui voulait aucun mal, mais il fallait bien commencer quelque part. En chemin, ils s'arrêtèrent chez un apothicaire. Zak y acheta des simples et une pommade qui, d'après son vendeur, était très efficace. Le marchand en rouge l'acheta sans même regarder à la dépense, et se tourna vers la jeune femme afin de lui fournir une petite explication :

- C'est pour votre bosse... à la tête. Je pense que ça vous fera du bien. Je vous dois bien ça.

Il lui confia les remèdes, et s'empressa de continuer son chemin. Sa canne martelait le sol au rythme de ses pas cadencés. Il marchait relativement vite, pour rattraper son retard, sans vraiment se soucier de savoir si la sœur de Lehaly suivait. En fait, c'était une forme d'entraînement. Il savait qu'elle serait obligée de forcer l'allure - la faute à sa taille -, et il se doutait bien que pour elle, ce serait un véritable calvaire que de ne pas pouvoir marcher, et de ne pas pouvoir se laisser aller à courir. L'allure intermédiaire était difficile à tenir sur une longue durée, même pour les plus entraînés, et il espérait secrètement qu'elle lui demanderait de ralentir. Mais il se doutait que ce n'était pas son genre, et relégua son espoir au second plan.

En arrivant au port, Zak respirait la bonne humeur. Il lui paraissait avoir fait visiter à son associée une bonne partie d'Osgiliath - ce qui représentait tout de même une sacrée promenade ! -, et il devait désormais régler ses affaires en cours. Il savait très exactement où trouver celle qu'il cherchait, grâce à une mémoire prodigieuse et à un instinct hors du commun. Il avança en droite ligne vers une zone où se retrouvaient les initiés, et à l'intérieur de laquelle les autorités fermaient un peu les yeux. Là, se retrouvaient pas mal de filles, qui saluèrent l'homme en rouge de la main, alors qu'il avançait. Zak tenait à inspirer un climat détendu vis-à-vis de son outil de travail, et il essayait de casser la relation de domination qui existait, sans toutefois les laisser croire qu'il n'était pas ferme quand il le fallait. Si elles travaillaient, elles avaient le droit à ses faveurs, et à des cadeaux, en plus d'une vie globalement plus agréable que celle des autres prostituées. Si elles essayaient de le rouler, elles perdaient tous leurs avantages, et s'exposaient à de sévères punitions. Il se trouvait assez juste. En déambulant au milieu des catins, il ne se posa même pas la question de savoir ce qu'en penserait la jeune femme qui le suivait toujours. En fait, pour tout dire, il s'en fichait. Il acceptait la manière dont elle lui parlait, elle devrait accepter son boulot, même s'il était en général peu valorisé socialement.

Il finit par trouver la jeune femme qu'il cherchait. Très honnêtement, c'était une perle rare. Somptueuse, avec de longs cheveux bruns, elle avait à peine vingt ans, et une fraîcheur sur le visage qui faisait plaisir à voir. Choyée par ses aînées, elle avait surmonté sa peur des hommes avec une aisance incroyable, et semblait apprécier son métier. Oh, certes, toutes les filles paraissaient apprécier leur boulot - ça attirait davantage le client ! -, mais Zak était intimement convaincu qu'elles étaient sincèrement chanceuses, par rapport à toutes ces miséreuses qui se tuaient la santé dans les champs, ou qui mendiaient au bord des routes. Au moins, ici, elles étaient protégées, bien à l'abri. En le voyant arriver, sa perle sut tout de suite que le cadeau était pour elle, et ses yeux se mirent à briller. Zak, un immense sourire aux lèvres, lui tendit son cadeau avec ostentation.

- Et voilà ma chérie ! Ce soir, tu seras la plus belle, et tu vas faire tourner des têtes ! Je te rappelle que c'est un gros client, et qu'il ne dépend que de toi de le rendre fidèle... si tu vois ce que je veux dire.

Il partit d'un rire léger, avant d'ajouter :

- Rendez-vous à vingt-deux heures trente, à l'auberge habituelle. Sois un peu en retard, ça leur laisse le temps d'être frustrés, et ils adorent ça.

- D'accord, monsieur ! Vous ne serez pas déçu.

- J'en suis sûr. A demain !

Et il s'éloigna, cette drôle de petite femme sur les talons. Elle n'avait pas dit mot, mais qu'en pensait-elle au juste. Maintenant qu'il venait de lui révéler sans vraiment le dire quel était son métier, il se demandait ce que pouvait bien analyser son cerveau de prédateur. Elle n'appréciait certainement pas son travail, comme la plupart des gens, mais qu'y pouvait-il ? Il fallait bien quelqu'un pour faire le sale boulot, sinon les marins n'auraient pas de quoi s'amuser, les nobles pas de quoi se dévergonder, et les pauvres pas de quoi oublier leur pauvreté pour un temps. Il se considérait lui-même comme une sorte de distributeur de bonheur, qui apportait par l'entremise de ses filles un peu de joie aux âmes en peine. Moyennant quelques pièces, il offrait à tous les hommes qui le souhaitaient une nuit à Valinor. Et pour ceux qui travaillaient dur et qui se tuaient à la tâche, c'était précisément le genre de réconfort qui leur fallait. Sans lui, se disait-il, l'économie de la ville s'effondrerait : les hommes seraient démoralisés, les marins ne voudraient plus accoster ici, et tout le monde fuirait cet endroit. Son métier était presque d'utilité publique !

Ils quittèrent donc le port, non sans avoir salué d'autres filles qui s'étaient rapprochées, à mesure que le soir tombait. Elles devaient être en quête des marins qui projetaient de s'amuser ce soir, et entendaient bien les réchauffer pendant de longues heures, tant qu'ils payaient. Zak prit la direction de sa maison, car l'heure du repas approchait, et il sentait la fin le tenailler. Ils pénétrèrent dans des quartiers aisés sans être tout à fait nobles, et se retrouvèrent face à une petite maison individuelle qui avait tout le charme d'une bâtisse de campagne, avec tout le confort et le luxe de la ville. Tout ce que pouvait s'offrir le marchand, tout du moins. Ce fut un majordome qui leur ouvrit la porte. Une cinquantaine d'années, grand, droit et sec, son visage neutre surmonté de cheveux poivre et sel respirait la tranquillité et la paix. Il avait l'air parfaitement sympathique. Il débarrassa Zak de sa canne et de sa veste, s'approcha ensuite de la jeune femme qui le suivait, et lui demanda poliment :

- Mademoiselle, puis-je vous débarrasser ?

- Seulement la cape, mon brave. Je suppose qu'elle préférera garder le poignard sur elle. Notre amie va rester quelques temps, auriez-vous l'obligeance de l'installer dans la chambre d'ami ?

Le majordome s'inclina légèrement, et entreprit de montrer à l'invitée de marque où se trouvaient ses appartements. La maison n'était pas immense, en vérité. Un grand hall, une salle de réception de taille modeste, où se trouvait une grande table et une quinzaine de chaises. Non loin, une salle plus privée, où on trouvait des fauteuils confortables et une table basse. De l'autre côté du hall, la cuisine où s'affairaient des petites mains chargées de concocter un repas alléchant pour le maître des lieux. Enfin, à l'étage, un bureau où travaillait Zak, une chambre attenante, et deux chambres pour les invités. Le majordome conduisit la sœur de Lehaly dans l'une d'entre elles, et il l'aida à s'installer tranquillement. La pièce était de belle taille, avec un lit à baldaquins suffisamment grand pour y dormir à quatre, un fauteuil près d'une petite cheminée, une table basse et une commode. De quoi se sentir à l'aise. La pièce était chauffée par un feu qui brûlait doucement, et une odeur d'orange flottait étrangement dans l'air.

- Je vais faire monter du bois pour alimenter l'âtre toute la nuit. Je vais aussi vous faire préparer un bain, si vous le souhaitez. Le souper est servi à sept heures trente, dans la salle. Je vous ferai monter des vêtements propres, afin que vous puissiez vous changer.

Le majordome était militaire dans son style, et il ne parlait pas pour ne rien dire. Chacun de ses mots contenait des informations précises et directes. Il s'inclina doucement, et quitta la pièce sans mot dire. Dix minutes plus tard, on faisait monter une petite baignoire qui semblait prodigieusement lourde, et des baquets d'eau. Ce fut l'occasion pour l'invitée de marque de rencontrer deux femmes, qui paraissaient être des servantes autant que des cuisinières. Elles avaient contribué à porter la baignoire dans l'escalier, et attendaient maintenant que l'apprentie assassin se déshabillât pour récupérer ses vêtements et les laver. Une fois fait, la première s'empara du linge et le descendit sans rien dire, tandis que la seconde déposait sur le lit une robe simple dans laquelle devrait se glisser la jeune femme au sortir de son bain. La servante ajouta une serviette propre, et un pain de savon parfumé, avant de quitter prestement la pièce.


~~~~


La petite cloche venait de retenir, signifiant que le repas était prêt. Zak reposa la plume qu'il tenait, et examina d'un œil critique le papier qu'il tenait en main. Dessus, une liste de noms était écrite. La liste des gens qu'il allait contacter pour leur proposer les services d'un assassin. Répartis sur deux colonnes, il y avait plus d'une cinquantaine de personnes qui étaient susceptibles de dire oui. Beaucoup refuseraient, assurément, mais parmi le lot, un certain nombre accepterait, et ce serait l'occasion de gagner un peu d'or. Satisfait de son plan, le marchand se glissa hors de son bureau, et se retrouva nez à nez avec son associée. Il se figea une seconde, surpris par son apparence, avant de lancer joyeusement :

- Vous progressez, ma chère... Au fait, puis-je vous appeler par votre prénom ? Ce serait plus commode à l'avenir...

Puis, avec galanterie, il laissa la jeune femme descendre en premier, afin d'aller goûter à leur succulent dîner.


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Kryss Ganaël
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Mer 16 Avr 2014 - 22:48
    Un nom… Le sien. Fallait-il vraiment qu’elle le lui dise ? Un nom signifiait tant… Une identité, une personnalité, un nom derrière un visage. Il pouvait tout révéler de tout, et vous mettre à nu, vous rendre vulnérable. Dans le doute, elle décida de s’abstenir et s’enferma dans un silence de plomb en le suivant.  Ils ressortirent de la ruelle comme si de rien n’était. Il aurait fallu beaucoup d’observation et de déduction pour deviner quel marché s’était conclu dans cette ruelle, et le prix du sang versé. Ce contrat avait commencé dans le sang, et il était fort possible qu’il finirait ainsi également. Pour l’instant, la jeune femme essaya de calmer son flot de questions qui bousculait son esprit et se dit que le suivre au fil de la journée était le meilleur moyen d’en connaître davantage sur son… bienfaiteur? Non, nous n’irons pas jusque là. Disons un… non rien en fait. Ils avaient besoin l’un de l’autre et cela s’arrêtait là.

    Elle leva les yeux et le détailla silencieusement. Rien qu’en observant, on pouvait déduire tellement de choses sur une personne : son âge, sa classe sociale, ses habitudes, ses craintes aussi… Elle décida donc d’ouvrir en grand les yeux et d’attendre dans l’ombre afin de mieux exploiter les faiblesses de Zak. C’est en partant de cette affirmation qu’elle se releva pour carrer ses épaules, pleine d’assurance. C’était elle qui tenait les rênes, pas lui. Et si jamais elle voulait mettre fin à leur entente, elle n’avait qu’à dire non. Plus même, si elle voulait lui causer des ennuis, elle en avait les moyens. Elle pouvait faire foirer ses contrats, lui attirant ainsi les foudres de ses clients.

    Un sourire se dessina sur son visage. Un sourire de prédateur. Elle pencha la tête sur le côté, imaginant toutes sortes de stratagèmes pouvant lui faire amèrement regretter son accord. Non, assez… Elle avait aussi besoin de lui. Elle avait besoin de la retrouver, elle et lui, et ainsi, tout sera enfin terminé. Seulement après cela accompli, elle pourrait partir à la recherche d’une nouvelle proie. Oui, elle s’était enfin trouvée dans cette sale histoire. Elle était un prédateur, et il n’y avait rien de plus alléchant qu’une bonne traque. Jouait elle à chat ? Peut être bien. En tout cas cette nouvelle perspective la remplissait d’enthousiasme.

    Elle le suivit donc, tâchant néanmoins de rester attentive à l’extérieur. Il y avait encore la possibilité qu’il ait des complices qui n’attendaient que la foule pour agir. Cela aurait été mesquin de ne pas réagir quand leur patron en avait le plus besoin mais sait on jamais ! Les désirs des patrons sont parfois bien étranges. Kryss se demandait toujours ce qu’il a à retirer de leur contrat. Est ce que le marché des meurtres est il encore plus florissant qu’elle ne pouvait le penser ? Qu’importe remarque, tout ce qu’il l’intéressait, c’était ne plus se préoccuper d’où dormir le soir, quoi manger, et elle était sûre que sa jument ne manquerait de rien. Après tout son objectif était de retrouver sa sœur, pas de se faire une fortune. Peut être que cela deviendra son objectif plus tard, qui sait… Au moins à ce moment là elle aurait toutes les cartes en main pour bien débuter et avoir le sens des affaires.

    Ils s’arrêtèrent dans une boutique où il acheta une robe dans les tons bleus, et à un prix exorbitant. Avait il une femme ? On ne dirait pas. Pour qui était cette robe ? Par pour elle en tout cas, du moins elle l’espérait ! Quand il lui fit la remarque que son tour viendrait, elle tiqua. Cela faisait déjà des années qu’elle ne portait plus de robes. Ce n’était pas pratique, et non… cela ne lui ressemblait pas. Elle le fusilla du regard pour bien lui faire comprendre le message mais il fit comme si de rien n’était. Elle se promit de déchirer en lambeaux les robes qu’il lui offrirait, aussi coûteuses soient elles. Un pantalon, bien cintré, il n’y avait rien de mieux, surtout au vu de ses activités.

    Elle se mura dans un silence renfrogné et le suivit dehors, sans réfléchir à quel pouvait bien être la seconde étape de son itinéraire. Le prochain arrêt se fit chez un apothicaire où elle s’aventura à regarder ce qu’elle pouvait bien acheter avec ses maigres moyens pour soulager sa douleur au niveau des côtes surtout. Une pommade ? Arf… mais tout est cher dans cette ville ou quoi ? Elle fronça les sourcils et avant qu’elle n’eut le temps de peser le pour et le contre d’une telle dépense, ou encore d’envisager la possibilité de le voler in extremis, elle reçut un paquet de la part de Zak. Elle n’eut le temps de réagir qu’il était déjà parti, elle à ses trousses. Devait elle être reconnaissante ? Exprimer de la gratitude ? Cela faisait bien longtemps qu’on ne lui avait pas offert de cadeau… Puis elle se souvint que cela faisait tout simplement parti du contrat et se permit d’attacher le sachet à son ceinturon sans exprimer la moindre culpabilité à cause de cette marque d’égard.

    Elle sentait bien qu’il essayait de l’amadouer mais il en faudrait un peu plus pour adoucir les mœurs de notre sauvageonne au cœur dur. Elle le laissa déblatérer sans y prêter grande attention. Elle s’évertua à esquiver les gens venant du sens inverse afin de ne pas se laisser distancer. Il marchait assez vite, une démarche assurée et, elle présumait, assurée due à son rang. Mais quel était il, son rang, d’ailleurs ? Elle se tint deux pas derrière lui, toujours légèrement à sa droite, et loua les profits de l’entraînement qu’elle avait reçu d’Héli, aussi bref fut il. Elle répugnait à penser à lui, mais elle n’avait pas le choix, tant ce petit défi que lui imposait Zak ressemblait aux méthodes d’Héli. Elle sentait encore son parfum d’épices, et voyait encore son teint hâlé du Sud… Regret ? Remord. Mais on n’y pouvait rien, il fallait bien avancer, dans ce monde de brutes épaisses. Elle changea son amertume en détermination et réussit à suivre Zak sans paraître gêner outre mesure. Mais elle se fit la réflexion qu’elle devrait à l’avenir appuyer son entraînement sur l’endurance…

    Après avoir parcouru une bonne partie de la ville, ils se retrouvèrent au port où Zak n’hésita pas un instant avant de trouver ce qu’il cherchait. Voyant toutes les femmes qui le saluaient, et surtout leurs allures, Kryss blêmit. Une nausée même montât en elle. Avant de connaître ses compétences, il envisageait vraiment de lui faire CE métier ? Prostituée ?! Fille de joie ?! Elle fulmina et hésita sincèrement à se jeter à sa gorge en hurlant. Elle n’en fit rien mais s’écarta un peu plus de lui, passant à un bon trois pas d’écart, si ce n’est plus. Son regard changea lorsqu’il se reposa à nouveau sur lui. Il était... un mac. Elle comprit de suite d’où venait ses revenus et eut pitié un instant de toutes ces jeunes femmes. Elle se promit une fois de plus de ne jamais finir ainsi. Travailler pour un homme, quoi que ce ne soit pas vraiment le cas, passe encore. Mais… être réduite à ça… Elle ne trouvait pas les mots.

    Cependant, les jeunes filles n’avaient pas l’air si mal au point que cela. Plus même, elles avaient l’air heureuses de leurs conditions. Cette vision rendit Kryss perplexe et pensive. Elle observa d’un œil morne l’effusion joyeuse de la jeune femme à qui était destinée la robe et ensuite, se mura dans ses réflexions. Elle s’y perdit un moment avant de couper court à toutes ces pérégrinations spirituelles. Après tout, qu’est ce qu’elle en avait à faire ? Dès qu’elle se dit ces mots magiques, son esprit se libéra d’un énorme poids. Assez de pensées philosophiques pour la journée, il fallait se reconcentrer sur ses objectifs. Elle se remit à le suivre sans rien montrer de ses précédentes réflexions et ils se dirigèrent vers un pavillon modeste mais bien entretenu. Le domicile d’un commerçant, quoi qu’un peu bourgeois aussi peut être. Kryss y vit là un reflet de l’ambition de Zak et un petit sourire apparut sur son visage. Peut être résidait là sa faiblesse, la frustration de ne pas pouvoir totalement s’élever d’un point de vue sociale. Elle ne put réprimer un petit ricanement qui mourut vite lorsque le majordome voulut la débarrasser de sa cape. Avant que son nouvel associé ne l’éjecte dans sa chambre, elle l’arrêta par le bras avant de lâcher :


    - Marteau fumant. Et tâchez de ne pas la faire attendre. C’est une pouliche Halfinger, box au fond à gauche. Et ramenez aussi le sac bandoulière noir.


    Sans même un remerciement, elle se retourna et suivit le majordome d’apparence militaire, laissant Zak légèrement pantois, à moins qu’il ne fût choqué par le ton qu’elle a employé ? L’entretien de sa pouliche faisait parti du contrat, et elle ne voulait pas retarder le début de son application. Elle monta l’escalier et quelques pièces plus loin, on la fit rentrer. Elle hésita d’ailleurs à le faire. La chambre était plus grande que leur pièce principale au Rohan, et la présence d’un feu dans la cheminée lui rappela pleins de souvenirs de famille. L’hiver, ils se réunissaient tous dans la pièce principale autour du feu pour dormir. Oui, ils avaient chacun leurs chambres, mais cela coûtait trop cher à faire chauffer toutes les pièces. Mais cela n’avait aucune importance. Ils faisaient des veillées, racontaient des histoires et s’endormaient très tard, après avoir beaucoup rit. Souvent d’ailleurs, les deux sœurs continuèrent à pouffer sous leurs draps en cachette, pour ne pas réveiller leur père.

    Un voile se posa devant les yeux de la jeune femme qui entra timidement dans la pièce, démesurément grande pour elle. On lui fit apporter un bain dans lequel elle s’y glissa non sans soupir de contentement, mais se raidit vite lorsqu’elle vit une servante embarquer ses vêtements.


    - Rendez les moi ! Tout de suite !


    Mais ses protestations furent vaines… Lorsqu’elle sortit du bain après s’être entièrement décrassé de la tête aux pieds, elle vit avec effroi une robe sur le lit. Cela faisait…des années qu’elle n’en avait pas porté ! Elle la prit dans ses mains, sceptique, puis la reposa pour aller en quête de nouveaux vêtements dans sa chambre. Bien entendu, elle ne trouva aucun vêtement masculin. Elle marmonna, exaspéré, et finit par dénicher, par esprit de contradiction, une autre robe au fond d’un coffre, dans des tons beaucoup plus sobres et sombres que celle qu’on lui avait désigné sur le lit. Il verrait bien ainsi qu’il n’a pas le droit de choisir à sa place ! Elle l’enfila avec dégoût, mais elle n’allait tout de même pas sortir de la pièce dénudée… A peine l’eut elle enfilée que le signal d’alerte retentit devant sa porte, annonçant l’heure du souper.

    Lorsqu’elle sortit de la pièce, elle se retrouva nez à nez avec son associé qui se figea en la voyant. Ah ah ! Alors, surpris par son apparence ? Jamais, jamais vous ne la dominerez ! Kryss leva le menton en prenant un air fier, et lui répondit au tac au tac :


    - Red.


    Oh bien sûr ce n’était pas son vrai nom, et alors ? Elle n’était en rien obligée à le lui révéler. De plus, si véritablement elle avait à œuvrer dans l’ombre, mieux valait ne pas se présenter sous sa véritable identité. Elle lui sourit effarouchement, sans cacher qu’elle lui avait ouvertement menti sur ce point, et sans même attendre son invitation, descendit les escaliers. Elle s’assit en bout de table après qu’une domestique l’y ai fait s’asseoir et essaya de ne pas paraître surprise par tout le débordement de faste que présentait le souper. Sans même attendre que la discussion s’installe, elle lâcha de but en blanc :

    - J’espère pour toi que tu ne me feras pas attendre, quand à mes exigences.


    Le ton était froid, mais il devait déjà commencer à s’y habituer. C’était à peu près sa seule manière de parler après tout. Difficile de parler de manière plus courtoise quand on a autant de haine dans le cœur. Elle enchaîna :

    - Je vérifierai les dispositions prises à propos de ma jument après le repas.


    Elle releva la tête, le dévisageant du visage. Elle n’avait plus rien à dire. C’était désormais à lui de parler. Une fois de plus, elle s’efforça à se tenir droite malgré sa douleur vive aux côtes. La robe lui serrait les côtes, et décidemment, elle n’avait pas l’habitude d’avoir les jambes nues, sans contact avec le tissu rassurant d’un pantalon. Y pensant, elle ajouta un dernier détail :


    - Et je veux des pantalons.


    Elle le défie du regard de tout commentaire ou même marque de moquerie. Son couteau trancha vivement un morceau de viande afin d’appuyer son argument. Et, avec une profonde inspiration, enfourna le morceau dans sa bouche. En réprimant un rictus de douleur, elle se promit d’essayer avant d’aller se coucher, le baume qu’il lui avait donné précédemment. A moins qu’il n’essaye de lui nuire… ? Pouvaient ils vraiment se permettre de se méfier l’un de l’autre dans un tel contexte ? Cela risquait fortement à nuire à leurs affaires… Elle se plongea dans de profondes réflexions, attendant qu’il détaille le programme des jours à venir.
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Ryad Assad
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Jeu 24 Avr 2014 - 11:32

Zak n'était pas dupe. Jamais une femme assassin du calibre de celle qu'il avait en face de lui ne lui aurait révélé son véritable nom d'entrée. Red, comme elle avait choisi de se surnommer, était toutefois révélateur de son caractère. Un nom court, monosyllabique, efficace et aussi aisé à retenir qu'à oublier. Sous sa moustache impeccable, un léger sourire vint révéler ses dents d'une blancheur éclatante. Elle lui rappelait lui, dans ses grandes heures. Avec de la chance, elle suivrait un chemin similaire au sien, et parviendrait à s'en sortir malgré les difficultés qui ne manqueraient pas de survenir sur sa route. La vie d'un assassin était faite de combats rudes, de sacrifices et de souffrances. La chaîne de la vengeance initiée par le premier meurtre était parfois impossible à rompre, et plus on tuait, plus on se faisait d'ennemis désireux de faire couler le sang. Zak, parce qu'il était particulièrement malin, particulièrement chanceux ou particulièrement doué, au choix, avait réussi à s'en sortir. Son exemple ne devait pas être pris à la légère, pas davantage que le personnage excentrique qu'il était devenu. Assurément, sa puissance provenait de son argent, mais il semblait y avoir quelque chose de plus derrière ce sourire bonhomme et cet air affable. Une sorte de danger latent, de menace cachée, qui incitait à la prudence. Autant d'exubérance ne pouvait cacher qu'une grande stupidité, ou une grande confiance en soi. L'un et l'autre pouvant se révéler dangereux.

Mais pour l'heure, l'homme avait endossé le costume de l'hôte parfait, et il s'installa de l'autre côté de l'immense table, séparé de la jeune femme par des plats succulents, en quantité suffisante pour qu'elle pût manger à s'en faire vomir et en avoir encore assez pour le lendemain. Il y avait des plateaux de fruits exotiques, qui remontaient l'Anduin depuis les terres du lointain Sud, des viandes parfumées et succulentes venues des pâturages proches de Minas Tirith, des légumes de saison qui avaient bien meilleure mine que ceux que l'on trouvait dans les étals populaires d'Osgiliath. Au milieu, des assiettes de fromages divers et variés, et deux bouteilles d'un bon vin du Harad, pour agrémenter le tout. Inutile de dire, dès lors, que la vaisselle était à la hauteur du repas, et que couteaux, fourchettes et cuillères étaient fondus dans un argent lourd et finement travaillé. Au milieu de tout cela, Zak paraissait incroyablement à son aise, et il agissait comme si ce confort était parfaitement naturel. Une attitude qui pouvait passer pour du mépris, mais qui en réalité trahissait plutôt une volonté d'impressionner sa jeune invitée. De toute évidence, il avait mis les petits plats dans les grands pour lui montrer qu'elle avait bien choisi son protecteur, et lui montrer à quel point elle était importante pour lui.

Aussi, lorsqu'elle lui demanda de respecter sa part du marché, il accueillit sa réflexion avec un petit rire amusé, s'attendant précisément à ce genre de réactions de sa part. Il avait l'impression de se trouver face à un chat sauvage sur la défensive, prêt à déployer griffes et crocs s'il percevait une menace. Il se laissait toujours amadouer, mais non sans gronder, pour montrer qu'il était toujours indépendant. Une attitude que le marchand trouvait presque mignonne, et s'il ne tournait pas en ridicule Red, qu'il savait pouvoir lui sauter à la gorge et le tuer sans hésiter, il ne pouvait pas s'empêcher d'être attendri par son comportement. Agitant la main pour dissiper ses craintes, il répondit avec lenteur :

- Vous n'avez pas à vous en faire, Primo s'occupera de votre monture avec tous les soins nécessaires. Si vous avez des demandes particulières, maintenant ou plus tard, n'hésitez surtout pas à lui en faire part. Il se fera un plaisir de vous mettre à l'aise.

Le majordome, planté dans un coin de la pièce, inclina légèrement la tête comme pour confirmer les propos de son employeur. Il leva ensuite le menton et s'introduisit dans la conversation avec la discrétion d'un courant d'air :

- A ce propos, mademoiselle... J'ai fait monter votre sac dans votre chambre.

Il n'ajouta pas un mot de plus, estimant que son intervention était parfaitement claire. Zak ne savait pas trop de quoi il retournait, ni ce que contenait ledit sac, et à vrai dire il n'en avait cure. Des affaires personnelles, peut-être, des armes probablement. A moins qu'elle ne conservât sur elle des objets d'une valeur plus sentimentale. Comment savoir ce que dissimulait ce masque de porcelaine qui lui servait de visage ? Revenant à des considérations plus matérielles, Red lui rappela qu'elle désirait des pantalons pour se vêtir. Il l'observa un instant d'un œil expert, et nota - ce qui n'avait en soi rien de difficile - qu'elle était terriblement mal à l'aise dans des vêtements féminins. En dépit du regard acide qu'elle lui lança en cet instant, Zak ne put s'empêcher d'éclater de rire. Un rire franc et joyeux qui lui tira même une larme, qu'il essuya d'un doigt.

- Bien sûr, bien sûr, vous aurez des pantalons... (Il pouffa, amusé). Mais tant que vous resterez en ma compagnie, vous porterez robes et bijoux, parures et dorures.

Il guetta sa réaction, persuadé qu'elle allait s'insurger. Après tout, elle avait davantage l'air d'une guerrière que d'une princesse, et elle ne paraissait pas avoir récemment pris soin de sa toilette ou de son apparence. Vivre au jour le jour, ne regarder que l'aspect pratique des choses, tel devait être son quotidien. Avant qu'elle n'eût le temps de répondre, il lança :

- Vous voulez être une tueuse de talent, apprenez donc à ne pas l'être, pour commencer. Je veux qu'on vous voie, je veux qu'on vous remarque à mon côté. Je veux qu'on puisse se dire "mais qui est cette jolie jeune femme aux côtés de Zak le Rouge ?".

Il avait prévu de commencer la leçon plus tard, de la laisser profiter du repas, mais puisqu'elle avait décidé de se lancer sur le sujet, il ne pouvait faire autre chose que de la suivre et d'accepter de rentrer dans le jeu. Levant un doigt impérieux pour couper court à toute protestation, il s'expliqua :

- Je ne doute pas que vous soyez capable de tuer quelqu'un, certes non. Je doute simplement de votre capacité à approcher la personne que vous voudrez tuer. Au risque de vous surprendre, certains individus ne font pas confiance aux femmes en pantalons, qui portent des armes, et qui ont dans les yeux le mot "meurtre" gravé en lettres de sang. Surprenant, n'est-ce pas ?

Il sourit largement. Il savait qu'elle n'était pas du genre à se laisser faire, et il serait curieux de voir sa réaction alors qu'il la prenait de haut. Il s'attendait à la voir en colère, l'envoyer promener sans sommation. Tout du moins, c'est ce qu'elle aurait fait naturellement si elle n'avait pas eu cruellement besoin de lui. Il avait déjà une idée de quelle tueuse elle pouvait être, restait à savoir quelle élève elle serait. Reprenant tout en caressant son verre du pouce :

- Tout le monde peut tuer, vous savez...  Un enfant, un vieillard, une femme... Pas besoin d'être un grand guerrier ou un assassin de renom. Tout est question de fenêtre. Un champion peut être poignardé par le dernier des mendiants, parce qu'il aura baissé sa garde une seconde de trop : il aura laissé une fenêtre. L'art de l'assassinat, ce n'est pas tant celui de plonger une lame dans la chair - autant aller voir un boucher -, mais celui de repérer, de créer et d'exploiter les fenêtres. Et figurez-vous que les gens sont relativement prudents, et qu'ils ferment la fenêtre aux individus louches tels que... eh bien... vous-même, par exemple.

Il lui adressa un clin d'œil malicieux, en la voyant mal à l'aise dans ses vêtements féminins. Elle avait l'air aussi détendue que si on avait rempli sa tunique d'insectes en lui demandant de rester immobile. Se gardant bien de sourire ouvertement, pour éviter de perdre le fil de son explication, il acheva :

- Je ne vais pas vous apprendre à ouvrir les fenêtres de force - autant aller voir des mercenaires -, mais à faire en sorte qu'elles se déverrouillent d'elles-mêmes devant vous. Mais pour l'instant...

Il s'empara de son verre où flottait le vin vermillon versé par le majordome, toujours aussi invisible, et le leva devant son visage, en plongeant les yeux dans ceux de Red avec une insistance presque dérangeante :

- Trinquons ! Trinquons à notre rencontre, et à notre beau partenariat !

Il but une gorgée, fit une moue satisfaite et changea le verre contre les couverts, prêt à attaquer le repas que la jeune femme avait déjà entamé. Il commença à manger avec appétit, laissant Red dans ses pensées, réfléchissant à la première leçon qu'il venait de lui donner. Il n'avait jamais été professeur lui-même, et n'avait jamais appris auprès d'un maître qui lui aurait donné ses précieux conseils tout faits. Non, il avait dû apprendre lui-même, sur le terrain, et avait fait ses propres expériences. Ce qui le différenciait des autres assassins, c'était qu'il réfléchissait a posteriori sur ce qu'il faisait, et qu'il essayait d'en tirer des enseignements réellement pertinents. La réussite n'avait pas toujours été au rendez-vous, mais puisqu'il était toujours en vie, on pouvait considérer qu'il ne s'en était pas trop mal sorti.

Le repas était bon, mais ce n'était certainement pas la seule raison du silence qui s'installa entre les deux associés. La première avait ses propres motifs de ne pas s'exprimer. Elle devait être occupée avec ses propres pensées, ou bien se délectait-elle de ce qu'elle avait dans son assiette ? Zak, de son côté, ne souhaitait pas prendre la parole immédiatement, appréciant cet instant de calme et de tranquillité. D'autant qu'il était lui-même perdu dans ses pensées, occupé à réfléchir à son propre marché. Ses filles travaillaient bien, mais elles devaient faire face à la baisse de la demande : les navire qui remontaient le fleuve étaient moins nombreux qu'auparavant, à cause du froid, et il fallait faire attention à ce que la concurrence qui existait entre les principaux maquereaux ne se transforme pas en guerre ouverte. On avait vu des gens s'égorger pour moins que ça, et à ce petit jeu, Zak était certainement le moins bien armé. Contrairement à ses collègues, il n'avait pas de garde personnelle, pas d'assassins surentraînés payés à prix d'or pour assurer sa protection. Enfin... il avait Red, mais il était probable qu'elle ne risquerait pas sa vie pour lui. Ils étaient associés, pas interdépendants.

Chassant ces sombres pensées qui risquaient de lui faire perdre l'appétit, il accrocha son plus éclatant sourire sur son visage, et leva la tête vers la jeune femme qui lui fournissait une compagnie loin d'être désagréable, en dépit de ses manières un peu rustres. En fait, c'étaient surtout ses manières qui le faisaient rire, et il était amusé par son inventivité et son caractère. Si elle avait accepté de travailler pour lui, si elle avait accepté de mettre sa froide beauté et son esprit bouillant à son service, elle l'aurait rendu immensément riche. Les femmes comme elles ne couraient pas les rues, hélas. Il décida de ne pas revenir sur le sujet, considérant qu'il pourrait toujours l'amener à revoir sa proposition le moment venu. Au lieu de quoi, il amena un sujet qui intéresserait certainement davantage la tueuse :

- Alors, le repas est-il à votre convenance ? Vous devriez goûter ces drôles de petites brioches à la crème, vraiment ! Au fait, vous m'avez dit vouloir des armes, mais de quoi vous servez-vous généralement pour vos meurtres ? Oh non, racontez-moi plutôt vos derniers contrats ! J'ai toujours apprécié les bonnes histoires pendant les bons repas.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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