Une histoire d'aventure

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Dolan
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Rôle : Vagabond Charmeur et Mythomane

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Jeu 8 Aoû 2013 - 22:20
Dolan se présenta aux portes de la ville, menant Estenal par la bride. Il semblait d'ailleurs plus s'y retenir que mener réellement sa monture. Apercevant les gardes qui jetaient dans sa direction des regards appuyés, le jeune homme se redressa. En réalité à présent, il paraissait bien plus âgé qu'il ne l'était réellement. La barbe le vieillissait terriblement. Il semblait avoir passé la quarantaine alors qu'il n'avait que vingt-huit ans.

Alors qu'il s'apprêtait à franchir les portes, les gardes se mirent en travers de son passage.

-Que venez-vous faire à la Cité Blanche ?

-Ce que j'viens faire ? Allons, mais j'viens me r'poser bien sûr ! J'ai six jours de voyage dans les pattes, et pas du voyage tranquille, si vous voyez c'que j'veux dire. J'ai ben mérité un peu d'repos.

Le garde eut un mouvement de recul en respirant l'haleine de Dolan.

-Vous ne pouvez pas entrer dans la cité dans cet état.

-Cet état ? Quel état ? J'suis sobre, jeune homme. J'ai juste entamé une bonne bouteille ya pas une heure avant qu'j'arrive ici. Pour m'donner du courage. Mais j'fais rin d'mal ! Je chercher pas les ennuis moi. J'vais vous dire, mon intention, c'est de m'trouver une bonne auberge où j'puisse faire un bon r'pas avant d'aller m'pieuter. Allons, vous pouvez bien comprendre ça, non ?

Repoussant le jeune homme, le garde haussa la voix.

-Bon, passez, mais faites attention, je vous ai à l'œil. Si jamais j'entends que vous avez causé du soucis, je vous fait enfermer pendant un bon bout de temps, vous pouvez me croire.

-Merci, jeune homme, fit Dolan en souriant. Les valars vous le rendront !

Une fois dans la ville, Dolan, laissant son cheval à la première écurie qu'il vit, récupéra ses fontes, les passa sur ses épaules, et se dirigea vers une taverne de la ville où il n'avait encore jamais mis les pieds. Mais il savait qu'on disait qu'elle était fréquentée par les pires malfrats. Pour ce qu'il avait à faire, il n'avait pas besoin de guerriers très expérimentés. Il avait juste besoin de gens motivés par l'appât du gain. Le jeune homme entra dans la salle. La plupart des tables étaient occupées, mais la salle était encore loin d'être bondée. Il s'approcha du bar. Un individu grand et maigre, au nez crochu et portant un tablier sale s'y tenait. Il était occupé à nettoyer des verres à l'aide du même tablier.

-Patron, y'm'faut une bière et un repas chaud.

-Je m'en occupe tout de suite.

-J'aurais aussi besoin compagnie pour cette nuit.

Dolan n'aurait pour rien au monde eu recours à une prostituée venant de ce taudis, mais cela faisait partie de son personnage et il fallait que son rôle soit parfait.
Il fouilla dans ses fontes et en sortit une poignée de piécettes qu'il montra discrètement au tavernier.

-Ça peut s'arranger. Blonde ou brune ?

-Brune pour les deux. Dites, vous connaissez des gars sérieux qui s'raient intéressés pour avoir des fontes aussi bien remplies qu'les miennes ? Des gens dans l'besoin ?

Le tavernier leva les yeux et parcouru la salle du regard.

-Si votre affaire c'est vraiment du sérieux, allez voir Ash et sa bande, fit-il en désignant un groupe d'individus à la mine maussade qui étaient attablés non loin du bar. Je crois qu'ils ont eu quelques déboires financiers ces derniers temps.


-Ah oui ? Alors j'm'en vais leur proposer un marché honorable, fit Dolan en adressant un regard complice à l'aubergiste.

Le jeune homme récupéra sa bière et, toujours de sa démarche chancelante, il se dirigea vers le groupe indiqué par le tenancier.
Ils étaient quatre hommes silencieux, les yeux fixés sur leurs bières, paraissant en intense réflexion. Dolan signala sa présence par un rire bruyant.

-Alors les jeunes, on a des ennuis ? Eh, faites pas ces gueules, on croirait qu'le monde s'est écroulé autour d'vous !


Dolan tira une chaise à lui et s'assit avec eux, posant sa bière sur la table, s'appliquant à en renverser un peu sur le bois.

-Je m'présente. J'm'appelle Trainduc. Et j'ai p'têt ben un boulot à vous proposer. Un boulot qui rapporte gros. Le type derrière le bar m'a dit qu'vous pourriez être intéressés, mais attention, c'est pour des gens qu'on les tripes biens accrochées, j'aime autant prév'nir. Qu'est-ce z'en dites ?

Quand il s'assit à leur table, les quatre hommes le fixèrent de leur regard blasé. Ils devaient avoir à peine plus de vingt ans. Et apparemment, ils en avaient vécu de dures ces derniers temps.
Après avoir bu une longue gorgée, Dolan rota bruyamment et s'essuya la bouche du revers de la manche.

-Je ne sais pas de quoi se mêle le tavernier, grommela l'un d'eux, un grand type blond portant une barbe mal taillée et avec de grosses cernes sous les yeux. On s'en sort très bien tout seuls.

-Oh, oh, mais j'en doute pas, mon gars
, fit Dolan que cette conversation rendait réellement jovial. Mais vous pourrez pas dire non à ma proposition quand vous l'aurez entendue, approchez-vous, inutile que tout le monde soit au courant...

Voilà, vous connaissez la plaine de Dagorlad ? reprit Dolan plus bas. Oui, j'vois à vos yeux exorbités qu'vous savez d'quoi j'parle ! Et ben, sachez qu'j'en reviens juste ! Et j'reviens plus particulièrement du cim'tière de Dagorlad...

Les quatre hommes, qui jusque là écoutaient l'affabulateur de mauvaise grâce, relevèrent la tête.

-Impossible, fit le grand blond. On dit que depuis la bataille, tous ceux qui y sont rentrés n'en sont pas ressortis. C'est plein de magie elfique là-dedans. Ils protègent leurs morts.

Dolan fronça les sourcils et fusilla son interlocuteur du regard en entendant ce redoutable mot.

-Imbécile, tu sais pas qu'ce mot doit plus être prononcé ? J'm'demande si j'me suis adressé à la bonne personne. Y m'faut des gars qu'ont plus de jugeote que toi, p'tit !

Mimant la colère, Dolan se leva brusquement, rejetant sa chaise en arrière.

-J'sais pas c'qui vous as am'né dans cette situation, mes p'tits gars, mais vou'l'méritez sur'ment !

Le grand blond se leva précipitamment à sa suite.

-Attendez, je... j'suis désolé. Je ferais plus attention maintenant. Je m'appelle Asherstin. Mes amis m'appellent Ash. Vous voulez pas nous en dire plus sur ce que vous savez ?


Dolan fit mine d'hésiter. Puis, avec une lenteur calculée, il tira à lui la chaise qu'avait quitté Ash et se rassit. Sur un geste de Dolan, le pauvre Ash alla ramasser la chaise que le roublard avait fait tombée.

-Bien... Ash, fit Dolan. D'accord, reprenons. Mais faites attention, à la prochaine gaffe de c'genre, j'vais m'chercher des vrais hommes. Compris ?

Les quatre hommes opinèrent silencieusement du bonnet.

-Alors j'étais en train d'vous dire que j'avais visité l'cim'tière de Dagorlad. Et j'en suis ressortit vivant. En fait, j'suis immunisé contre les enchantements de ce lieu. Grâce à cette marque que vous voyez là.

Dolan retroussa sa manche et exhiba son tatouage en elfique.

-Un ami qui connait quelques p'tites choses en magie elfique m'a fait ce tatouage et l'a enchanté. Ce tatouage inhibe les sortilèges elfique. Pratique, non ? Hé hé ! En fait, je cherche quelqu'chose de bien précis. Mais c'est tell'men l'foutoir dans c'tombeau que j'suis pas arrivé à mettre la main d'ssus. Alors j'ai b'soin d'aide. Vous l'aurez compris, c'est pas un boulot d'femme. Remuer des squelette ça n'a jamais fait rire personne, mais croyez moi ça en a rendu riche plus d'un !

Les quatre hommes écoutèrent avec attention, puis s'entre-regardèrent. Le dénommé Asherstin prit la parole.

-Mais nous ne portons pas de tatouages, nous. Comment seront-nous protégés.

-Mon ami m'a certifié qu'cette protection s'étendrait à mon entourage. Si vous restez près de moi, tout s'passera bien. Mais attention, si quequ'chose v'nait à m'arriver là-bas... le seul conseil que j'peux vous donner, c'est d'prendre vos jambes à vos cous sans perdre une seconde. D'après c'que j'ai compris, la protection fonctionne que si j'suis vivant et en pleine possession d'mes moyens.

Dolan préférait s'assurer la loyauté de ces hommes par un autre moyen que leur parole d'honneur. Après tout, ils n'étaient que des voleurs et probablement des assassins.

-Vous voyez, c't'expédition comporte queques risques. Mais croyez moi elle en vaut la peine. Si vous voulez bien m'suivre jusqu'en haut, j'vous montrerais c'que j'ai d'jà ram'né d'mon premier voyage...

Les quatres jeunes hochèrent la tête et suivirent Dolan dans la chambre que le gérant de la taverne lui indiqua. Là, il sortit de ses fontes toutes les pièces qu'il avait gagnées au jeu lors de sa dernière visite à Minas Tirith. Il en restait assez pour représenter une somme plutôt impressionnante aux yeux de jeunes fauchés. Il sortit également ses anciens riches vêtements qu'il présenta comme ayant appartenu à un grand prince elfe, et finit par sortir le fourreau ouvragé de son ancienne épée. Il s'agissait d'une véritable pièce d'art.

-Regardez c'te merveille. Rien qu'en vendant c'fourreau, j'pourrais rach'ter c'te taverne si j'voulais ! Malheureusement, j'ai pas trouvé l'épée qui va d'dans. Pourtant, elle doit être magnifique. Et voyez : on dirait qu'il est comme neuf ! J'l'ai nettoyé, bien entendu, mais vu qu'il a pas servi depuis plusieurs années, il est en excellent état ! Regardez... et ce n'est qu'une infime fraction de c'que j'ai aperçu dans ce lieu. Alors... vous m'suivez ?

Dolan sourit de toutes ses dents savamment jaunies. Les quatre jeunes gens étaient ébahis. Ils n'avaient probablement jamais vu autant de richesses de leur vie.
Ash hocha la tête d'un air entendu. Apparemment, c'était lui qui prenait toutes les décisions pour le groupe.

-Bien... Ash. J'suis content qu'on s'entende si bien, fit Dolan. Alors rendez-vous demain à l'aube. Trouvez vous des montures, j'veux pas avoir à vous attendre.

Dolan se réveilla au petit matin dans sa chambre de la taverne. La fille qu'il avait demandée au tenancier était partie depuis bien longtemps et le jeune homme s'était endormi comme une masse moins d'une minute après son départ. Il avait mis tout son cœur à se conduire comme un goujat avec elle et il devait bien avouer qu'il avait beaucoup apprécié cela. Jouer les grands seigneurs était beaucoup plus gratifiant, mais laisser libre cours à ses instincts les plus primaires avait également un certain intérêt.
Dolan se vêtit rapidement et descendit dans la salle principale. L'aubergiste était déjà en train de s'activer derrière le bar pour servir les premiers poivrots qui y étaient accoudés. Le jeune homme le salua de la main et lui commanda un verre d'eau de vie de mûre. Se retournant pour l'ingurgiter, il s'appliqua à en renverser la moitié sur sa tunique. Résistant à la vapeur alcoolisée qui s'en échappait, il secoua la tête énergiquement.

-Ah ! Ya rind'mieux qu'une bonne eau d'vie opur bien s'réveiller au matin !Ca met les idées dans l'bon sens !

-Ha ha ! Vous avez bien raison, répondit l'aubergiste. Et sinon, la chambre était-elle à votre goût ?


Bien entendu, le tavernier le questionnait plus sur la prostituée qu'il lui avait fournie que sur l'état de la chambre, mais il était de coutume de ne pas parler directement de ces choses là dans la cité blanche.

-J'ai connu pire, répondit laconiquement Dolan. Dites, v'savez où ils s'cachent les rigolos que j'ai entretenu de mes affaires hier soir ? J'leur avait dit d'être prêts c'matin.

-Ash et sa bande ? Vous êtes vraiment arrivés à en faire quelque chose ? Pas encore vus.

A peine avait-il prononcé ces mots que les quatre hommes dont il était question entrèrent dans la pièce et se dirigèrent vers Dolan.

-Nous sommes prêts, messire Trainduc. Nous avons des montures. Nous pouvons donc partir quand vous voulez.

-Messire Trainduc !

Dolan éclata d'un rire bruyant.

-Ha ! Ha ! Celle là on ne me l'avait jamais faite ! Messire ! Elle est bien bonne celle là !


Puis reprenant son sérieux il continua :

-Eh petit, j't'apprécie. Alors on passe au tutoiement et plus jamais tu m'appelle messire, c'est clair ? On part tout de suite.


Instaurer un peu de complicité avec ses associés pouvait être salvateur. Surtout avec des personnes de cette engeance. Cela, Dolan l'avait appris il y a bien longtemps. Il s’apprêtait a continuer de se les mettre dans la poche lorsque derrière lui un bruit sourd retentit…
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Ryad Assad
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Ven 9 Aoû 2013 - 22:15
Minas Tirith, la grande cité du Gondor. Capitale du Roi Mephisto, et rempart infranchissable contre les armées du Mordor. La Cité Blanche, comme on l'appelait souvent, s'élevait comme un phare contre le ténèbres, et avait acquis la réputation de par le monde d'un endroit de pureté et de beauté, où les hommes étaient braves et nobles. Un pieux mensonge qui attirait de nombreux visiteurs, touristes en quête d'une histoire glorieuse et révolue. L'histoire d'un âge désormais disparu, où face à la pire des menaces, la race des Hommes avait su s'unir, et lutter vaillamment. Un épisode qui avait un début et une fin, et qui n'avait jamais fait des Gondoriens des gens meilleurs que les autres. Et même la puissante forteresse, toute blanche qu'elle pût apparaître lorsqu'on l'apercevait, majestueuse, au loin, recelait sa part d'ombre, sa part sombre. Il existait derrière ces murs épais des lieux que les bonnes gens ne connaissaient pas, et que même les mauvaises gens hésitaient à fréquenter. Des endroits dangereux, marginaux, où se discutaient meurtres, enlèvements, pillages, vols et autres actions délictueuses.

C'était dans une de ces tavernes qu'il avait décidé de s'installer, afin d'échapper temporairement à la justice du Roi. En effet, il avait commis quelques actes répréhensibles, qui ne plaisaient pas à la plupart des sujets de Sa Majesté, et cela avait suffit à ce que son portrait fût diffusé dans quelques villages. Là, il s'était fait attraper bêtement, et n'avait échappé au bourreau que grâce à une évasion aussi spectaculaire que rocambolesque. Mais il savait qu'il n'était pas passé loin d'avoir de sérieux ennuis, et il avait préféré rejoindre Minas Tirith clandestinement, pour se cacher dans un des endroits les plus mal famés que la Terre du Milieu eût porté. La taverne était crasseuse, miteuse, les repas infects, la bière avait un goût d'urine, et il n'aurait pas laissé un chien coucher sur le lit qu'il occupait, pour lui éviter de se briser la colonne vertébrale. Mais il n'était pas seul à vivre ce quotidien insupportable, accompagné qu'il était par un jeune homme d'une vingtaine d'années tout au plus, qui répondait au nom de La Mouette. Un drôle de surnom qui était apparu comme une moquerie au départ, mais qu'il revendiquait désormais avec une certaine fierté.

La Mouette et lui étaient donc assis à une table, dans cette auberge, en train de consommer du bout des lèvres un repas qui n'avait rien d'agréable, et qui paraissait avoir été fait dans un autre âge. Infâme, il n'en demeurait pas moins nourrissant, essentiellement grâce au pain épais et sec qui accompagnait la soupe de légumes qu'on leur avait servi. Soupe de légume que quelqu'un avait dû mâcher puis recracher, à en juger par la texture et l'odeur. Rompant le silence qu'entretenaient les deux hommes au milieu des discussions qui allaient bon train dans la salle, La Mouette s'éclaircit la gorge, et parla :

- Dites, m'sieur... Vous comptez rester longtemps dans c't'endroit ? J'veux dire... Ça va pas vous aider à trouver c'que vous cherchez, si ?

L'homme attablé en face de La Mouette leva les yeux au ciel, comme s'il réfléchissait à ce qu'il pouvait bien répondre à cela. Il finit par renoncer, et il se contenta d'un soupir éloquent, avant de repousser d'une main son assiette. Le jeune garçon au surnom étrange comprit qu'il n'était pas utile d'en demander davantage, et que lorsque les décisions seraient prises, il le saurait. En attendant, il devait obéir aux ordres, et rester patient. L'action viendrait bien assez vite. Et elle ne tarda pas en effet. Alors que tous discutaient assez calmement - pour une auberge de malfrats - le fracas d'une chaise que l'on renverse se fit soudainement entendre. Tous tournèrent la tête dans la direction du bruit, croyant qu'une bagarre risquait d'éclater. Les deux hommes posèrent les yeux sur l'individu qui venait de se lever et dont le visage usé semblait profondément contrarié. Il se trouvait par un hasard heureux que la scène se déroulait non loin de la table qu'occupait La Mouette et l'homme qui l'accompagnait, ce qui leur permit de saisir la teneur de la conversation qui venait d'attirer l'attention de toute la salle. Ce fut la raison pour laquelle, alors que tous les autres clients s'en retournaient à leurs préoccupations, déçus qu'il n'y eût aucune rixe sur le point d'éclater, quatre oreilles indiscrètes décidèrent de traîner et de capter ce qu'elles pouvaient capter. Et ce qu'elles entendirent se révéla prodigieusement intéressant.

Ainsi, ce vieil aventurier était en train de recruter une équipe de jeunots, de types aussi expérimentés que riches, et aussi intelligents que talentueux. Ils écoutaient avec attention les paroles que leur servait le gars qui s'était levé, et qui les déclamait sur un ton de conteur doué. Il était littéralement en train de les charmer comme un flûtiste charmerait un quatuor de serpents, et leur servait sur une nappe de vérité un mensonge des plus gros, qu'ils semblaient pourtant gober goulûment. Et ils en redemandaient, en plus ! Tout dans leur attitude trahissait leur attente d'en savoir plus : leur silence respectueux, la façon dont ils étaient penchés en avant, dans l'attente d'une nouvelle bribe d'information, d'un nouveau rebondissement, d'une nouvelle révélation cruciale. Et l'homme en face, parfaitement à l'aise dans son mensonge ou parfaitement stupide pour croire à ses rêveries, continuait à leur expliquer avec force détail comment il s'était protégé des enchantements elfiques de Dagorlad, comment il avait réussi à pénétrer dans les tombeaux d'anciens seigneurs elfes, et comment ils pouvaient tous devenir riches s'ils s'unissaient pour aller piller ce vaste cimetière. Puis, après les avoir conquis avec son histoire à dormir debout, l'homme les invita à le suivre pour voir des preuves de ce qu'il racontait. En braves et dociles petits chiens, ils lui emboitèrent le pas.

L'homme rumina ces pensées pendant un moment, réfléchissant à ce qu'il convenait de faire par rapport à ces hommes. Dagorlad... c'était un lieu chargé de mystère et probablement qu'on pouvait y trouver de nombreux secrets. Quels pilleurs de tombe auraient accepté d'aller remuer les restes d'un des plus gros carnages de l'histoire de la Terre du Milieu ? Assurément, si trésor il y avait, personne n'avait encore mis la main dessus. Mais fallait-il pour autant suivre cet aventurier étrange, qui trompait son monde avec une audace frisant l'insolence ? S'il tendait un piège à ces quatre hères, y avait-il intérêt à rejoindre son groupe, et risquer de devenir à son tour une victime ? L'homme demanda à La Mouette ce qu'il pensait de tout ça, et le jeune garçon réfléchit intensément, pour essayer de donner une réponse satisfaisante :

- Je crois, m'sieur, qu'c'est d'belles conn'ries. Pff... Le cim'tièr' de Dagorlad ? Et pis quoi encore ? Mais vu la tête des types, j'pense qu'ils s'ront prêts à l'suiv' jusqu'là-bas. Pour s'rend' compte qu'i's'sront fait rouler.

L'homme sourit largement, révélant des dents parfaites d'une blancheur éclatante. D'une voix amusée, il répondit :

- Exactement, mon cher. Prépare les chevaux, nous partons demain à l'aube.

- Monsieur ? Interrogea La Mouette, perdu.

Il n'obtint aucune réponse, l'homme avait déjà rejoint sa chambre, où il entendait bien profiter d'une bonne nuit de sommeil avant un voyage qui risquait d'être agité.


~~~~


Comme prévu, la rencontre entre l'aventurier et sa bande de malfrats eut bien lieu au petit matin. Les hommes semblaient motivés, et ils s'étaient débrouillés pour trouver des montures. Pour des hommes sans le sou, cela pouvait signifier qu'ils les avaient acquises illégalement, mais puisque personne ne posait la question, ils n'étaient pas tenus de répondre. Ils auraient pourtant répondu si leur protecteur au tatouage leur avait demandé de s'expliquer à ce sujet, au regard du respect qu'ils semblaient éprouver envers lui. Tout naturellement, le chef de bande, le dénommé Ash, avait appelé Trainduc "messire", renonçant donc plus ou moins officiellement à revendiquer le statut de chef des affaires. Il était fou de voir comment un mensonge bien servi pouvait forcer les gens à laisser ce à quoi ils tenaient pourtant énormément. Cette situation avait bien de quoi amuser le voyageur qui, il était vrai, n'avait rien d'un sire. Ses vêtements étaient usés, tâchés de l'eau de vie qu'il avait bue, et c'était davantage une tenue de voyage pratique et confortable, plutôt qu'une parure princière. Alors qu'il leur intimait de ne plus l'appeler ainsi, et de le tutoyer, et après qu'il eût décidé que l'heure du départ était venue, Ezendirakban décida de faire son entrée.


Le bruit sourd qui retentit fut celui de son bâton de marche qui résonna sur le parquet abîmé de la taverne. Ne dérogeant pas à ses habitudes, il portait une tunique indéniablement haradrim, colorée et chatoyante, qui contrastait avec son teint pâle, maladif. Comme d'habitude, il portait une multitude de bijoux, des boucles d'oreille aux bagues en passant par un diadème orné d'une pierre précieuse. Son regard perçant était braqué sur le chef de l'expédition sur le départ, et son visage était fendu d'un sourire immense et indéchiffrable. Alors qu'il captait l'attention des cinq hommes, il prit la parole d'une voix forte, en dépit de la faiblesse évidente de son corps :

- Trainduc, Trainduc, mon bon ami ! Ne partez pas sans nous ! Je me présente, Ezendirakban, à votre service. Et voici La Mouette, mon... assistant. C'est un surnom, bien entendu, mais tout le monde l'appelle comme ça, alors... (il agita la main pour faire signe que ce n'était pas important). Mais je m'égare, revenons à ce qui nous importe vraiment : votre voyage, bien entendu !

Il marqua une pause théâtrale, les bras écartés et les pétillants de joie comme ceux d'un enfant ravi, avant de reprendre :

- Oh allons, ne faites pas l'innocent avec moi ! J'ai entendu ce que vous racontiez hier soir, et je meurs d'envie de vous accompagner, par pitié ! Explorer un dangereux cimetière, aller à la rencontre de l'inconnu, c'est tout moi, je pourrai vous être utile !

Cette affirmation sonnait creux, au regard de son air malade, de sa mise de bourgeois, et de sa manière de s'exprimer un tantinet trop... décalée. On aurait davantage dit un jeune homme souffrant, désirant s'offrir une aventure comme on en entend dans les histoires, afin de satisfaire sa curiosité et sa soif de nouveauté. En rien il ne ressemblait à un aventurier. Désireux de convaincre, il s'empressa d'ajouter :

- Oh je vous en prie, Trainduc, soyez indulgent ! Je vous assure que je ne vous ralentirai pas, et je vous laisserai ma part du trésor ! Je n'ai nul besoin d'argent, naturellement, seulement d'aventure, de grand air, de voyages et de paysages ! Dagorlad, quelle merveilleuse idée ! Et puis j'ai hâte d'entendre le récit de vos péripéties, c'est certain ! Vous commencerez par me raconter l'histoire de ce tatouage magique que vous possédez : j'ai toujours été fasciné par la magie des elfes. Oh, allez Trainduc, faites un effort, je vous en prie... pitié...

Ezendirakban trépignait littéralement sur place, et sa voix s'était faite suppliante. Il était évident qu'il s'était préparé à toute cette expédition, car La Mouette qui le suivait portait une tenue de voyage en cuir, et avait à ses pieds un sac prêt à être emporté. Les deux hommes étaient armés, comme pour montrer qu'ils étaient disposés à affronter le danger, et à voir la mise du plus bavard des deux, il y avait fort à parier pour qu'ils eussent chacun leur monture. Ils avaient tout prévu pour convaincre l'aventurier de les accepter dans son petit groupe.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Dolan
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Mar 27 Aoû 2013 - 12:59
Traversant au galop la plaine de Minas-Tirith, Estenal semblait danser avec le vent. La puissance de ses muscles, le propulsant avec une aisance remarquable sur les vertes prairies, était indiscutable. Juché sur son dos, Dolan était paré d'une tenue rouge de celle que portent les pauvres pour se donner une impression de noblesse et surtout, en premier lieu, donner à leur entourage cette idée.
Dire qu'il menait son destrier serait altérer la vérité, il se laissait guider par l'animal qui semblait savoir parfaitement quoi faire et quelle voie suivre sans besoins de validations. Dolan et lui avait connus tant de voyages qu'il semblaient se comprendre mutuellement.
Dolan tourna la tête, ses compagnons de fortune le suivait toujours. Il croisa le regard de Ash, ce qui ressemblait le plus au chef des brigands. Il plongea ses yeux dans ceux du couard, y perçu beaucoup de naïveté et de fierté, un soupçon d'adrénaline et une infime trace de crainte. Et tous avaient ce regard, semblant partager un esprit commun. Les pigeons parfaits pour un arnaqueur de la trempe de Dolan.
Le Duo qui les précédaient était tout autrement plus intéressant. Paré d'une multitudes de colifichets, le meneur semblait attiré par cette aventure comme un enfant par un jouet. Nulle trace de crainte dans ses yeux. Dolan avait, en fait, même du mal à déchiffrer ce regard énigmatique. Dolan savait que cet homme n'était pas ce qu'il paraissait. Sa prestance et sa vigilance à la vie était celles d'un homme qu'on dupe plus. Un véritable guerrier.
A contrario, son acolyte qui portait le doux pseudonyme de "Mouette" était doté d'un regard totalement vide d'émotions. Uniquement et exclusivement une loyauté qui promettait ne connaître aucune limite. Lui aussi plus énigmatique et plus jeune que ces victimes toutes prêtes.
Porté par sa monture, Dolan se pris à se rappeler, se rappeler un journée qu'il n'était d'ailleurs pas prêt d'oublier



Les effluves de cette taverne putride n'avait cessé d'incommoder Dolan durant la nuit, désireux de réussir sa supercherie, il n'en avait rien laissé paraitre mais il lui pressait de lever le camp. C'est ce moment précis qu'IL avait choisis pour entrer en scène. Ezendirakban, il n'avait eu qu'a prononcer quelques mots et révéler son nom pour que Dolan se rende compte que la situation se compliquait. Cette homme jouissait d'atout qui, bien que camouflés derrière d'évidente qualités d'acteur, prouvait qu'il n'était pas homme à se laisser enfumer par un beau discours. Et le voilà désormais à  supplier littéralement le fourbe de le laisser rejoindre cette joyeuse aventure.
Dolan n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir quoi répondre, il s'apprêtait à refuser catégoriquement lorsque l'homme repris la parole pour ajouter un détail plus que surprenant. Il ne souhaitait pas garder le moindre des trésors qu'il pourrait dénicher durant le voyage. Dolan se mit à réfléchir.
Pourquoi un homme, sain d'esprit à première vue, commencerait par espionner un groupe de cinq hommes tous plutôt bien bâtis et puant, pour finir par vouloir les rejoindre, accompagnés d'une "Mouette" d'à peine plus de 20 ans, si on en croit la couleur encore étincelante de sa peau, et tout ceci sans vouloir en retirer la moindre somme d'argent ou un quelconque trésor.

Un des hommes de Ash, comme une véritable brute sans cervelle, tira l'épée. Vide de compréhension, il ne voyait qu'une part de plus dans le butin, il avait alors décider de trancher dans l'homme plutôt que dans l'or. Ash réagis immédiatement en lui intimant l'ordre de remettre au fourreau le morceau d'acier lui servant d'épée. Cette situation permis à Dolan d'observer plusieurs choses intéressantes. L'homme qui lui faisait face ne tressaillit pas un seul instant et Dolan cru distinguer chez l'acolyte un mouvement qu'il interrompît immédiatement. Mais ce qui attira l'attention de l'aventurier c'est l'absence de quelque chose. En lieu et place de surprise et de crainte sur le visage des nouveaux, il y discerna une assurance et une confiance à couper le souffle. Il choisit ce moment pour répondre.

-Messieurs, c'est gentil d'vouloir vous joindre à nous pour c't'épopée, mais j'me demande la… qu'est- ce qu'on y gagne nous aut' ? Parce qu'il faut bien reconnaître que m'avez pas l'air d'être les plus puissants lieutenant du Gondor si vous voyez ce que je veux dire.

Plongeant ses yeux au plus profond de ceux de Ezendirakban, il laissa s'esquisser sur sa bouche un début de rictus, puis éclata d'un rire gras et tonitruant. Ouvrant les bras il tapa dans le dos de Ash Ha ! Elle est bonne celle la non ? Celui-ci vacilla sous l'impact mais eu l'air amusé de la réplique de celui qu'il qualifiait déjà de chef.

Non ! Je plaisante l'ami ! Mes hommes et moi ne voyons aucun inconvénients a ce que vous vous joignez à nous. Hein les gars ?! Tous acquiescèrent cérémonieusement. Pis vous avez l'air d'jà prêt, c'est parfait ça. Je suppose qu'vu que tu as fureté près de nous hier soir tu sais que ça va pas être de la tarte ce cimetière.

Laissant aux deux hommes le temps d'assimiler ça, Dolan les scruta de haut en bas encore une fois. Il allait falloir faire preuve de ruse et de malice mais ces deux nouveaux convives était de la meilleure espèce. Il ne restait plus qu'à voir s'il pouvait s'en faire des alliés dans cette mascarade montée de toute pièces pour détrousser les malandrins de Ash. Tout ceci évidement sans se découvrir trop tôt pour se protéger de l'éventualité ou Ezendirakban et " la Mouette" ne seraient pas prompt à une petite arnaque.

Bienvenue dans la troupe de Trainduc ! Nous rest' plus qu'à lever le camp compagnons !



Dolan leva la tête, son fidèle destrier n'avait pas faillis a sa tâche, il avait amené la petite compagnie plus loin dans la plaine alors que se bousculait les souvenirs dans la tête de Dolan. Dolan, Trainduc ils multipliait les noms et ne devait surtout jamais se trahir mais il sentait que cette aventure ci, allait le pousser dans les plus profonds retranchement de sa fourberie.
La nuit menaçait de tomber d'un moment à l'autre. Les joyeux compagnons avaient voyagés toute la journée à travers le Gondor et était à présent à la lisière d'une forêt. Dolan décida qu'ils s'arrêteraient là. Il fît ralentir l'allure, méditant sur la manière d'aborder la soirée et mis pied a terre.

On va s'arrêter là pour s'piauter les copains !
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Ryad Assad
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Jeu 29 Aoû 2013 - 11:50

Ezendirakban avait affiché un sourire ravi lorsque Trainduc avait accepté de les incorporer à son petit groupe. Un sourire qui dissimulait habilement les questions qui se bousculaient dans son esprit. En vérité, il était très surpris d'avoir réussi à convaincre le chef de leur expédition aussi rapidement. Il s'attendait à devoir faire preuve de persuasion, et lorsque son interlocuteur lui avait ouvertement demandé ce qu'ils pensaient pouvoir lui apporter, il avait commencé à rassembler les arguments dans sa tête. Tout d'abord, La Mouette était un jeune homme dans la force de l'âge, et sous ses airs calmes et dociles, se cachaient en réalité une puissance et une agressivité qui l'avaient désigné pour servir de garde du corps. Il était très certainement capable de mettre au tapis chacun des sous-fifres de Ash. Même s'ils l'attaquaient tous en même temps. C'était un argument fort, et La Mouette se serait fait un plaisir de faire la démonstration de ses qualités. A son âge, il était normal de vouloir se mesurer à l'autre, pour éprouver sa force. Ezendirakban avait d'ailleurs senti que son garde-du-corps avait réagi avec promptitude, lorsqu'un des hommes recrutés par Trainduc avait dégainé l'épée. Mais il avait rapidement interrompu son geste, réconforté par l'absence de crainte de son employeur, et par le signe d'apaisement du chef de l'expédition.

Pendant cet épisode légèrement tendu, Ezendirakban en profita pour observer les hommes qui se trouvaient en face de lui, et il ne fut pas déçu. Ceux qui avaient l'air idiot l'étaient totalement, pour ne pas arranger leur cas, tandis que celui qui semblait le plus suspect était en train de se révéler bien plus intéressant encore. Au lieu de paniquer, il observait avec une grande attention la réaction de son vis-à-vis. Les deux hommes se faisaient face comme deux prédateurs, comme deux duellistes voyant clair dans le jeu de l'adversaire. Le plus âgé des deux savait que derrière ces oripeaux et cette attitude rustre se cachait un homme intelligent, un roublard capable de mentir avec un aplomb terrible. Ce dernier devait en outre deviner que celui qui se présentait comme un bourgeois un peu naïf féru d'aventure devait avoir quelque chose d'autre en tête, qu'il devait représenter un défi bien plus grand.

Ce fut la raison pour laquelle Ezendirakban fut surpris de voir Trainduc accepter avec tant de facilité. Il semblait s'être laissé convaincre par l'argument financier, et il était vrai qu'il était difficile de dire non à un homme qui refusait sa part du butin. Mais ce genre de retournement de veste était bon pour les sbires qu'il avait à ses côtés, idiots du village pour qui le mot "plan" avait un sens presque mystique, et pour qui obtenir de l'or paraissait être l'aboutissement suprême d'une longue quête intérieure. Cependant, il y avait forcément autre chose qui avait motivé cette décision : une raison plus obscure et plus intrigante, que le chef ne connaissait peut-être même pas lui-même. S'il avait des doutes quant aux véritables intentions des deux nouveaux arrivants, envisageait-il en ce moment un plan pour s'en débarrasser en cours de route ? Ou bien espérait-il les escroquer comme il était en train de le faire avec les types aux sourires goguenards qui le suivaient docilement ? A moins qu'il ne se fût senti un peu pris au piège par l'insistance dont avait fait preuve l'homme du Sud, et qu'il n'eût pas vraiment trouvé quoi répondre d'autre sur le moment. Après tout, c'était une manière comme une autre de gagner du temps.

Il incorpora donc les deux nouveaux à son groupe, et les félicita d'avoir pris la précaution de se tenir prêts au départ. Ezendirakban, démonstratif comme à son habitude, s'empressa de lui serrer la main avec à la bouche des remerciements colorés qu'il lançait comme on lançait des couronnes de fleur sur le passage d'une joyeuse procession. Il finit par libérer Trainduc de son emprise, et alla saluer de même les autres membres de l'expédition. La Mouette, quant à lui, demeura en retrait, affichant une neutralité soigneusement travaillée. Il se contenta d'un signe de tête discret qui pouvait tout aussi bien signifier "je suis heureux de faire partie de votre compagnie, et je vous remercie de nous avoir accepté" que "au moindre signe suspect, je vous étripe". Mais c'était une ambigüité qui semblait ne déranger personne, puisque des deux il était évident que c'était le plus âgé qui commandait.

Les hommes se mirent donc en route, se déployant en colonne. Ezendirakban se porta à la hauteur de Trainduc, car s'il reconnaissait apparemment ce dernier comme meneur, il espérait bien pouvoir faire un peu la conversation, et en apprendre davantage sur les détails de leur mission. Il entendait laisser libre court à sa curiosité naturelle, sans toutefois donner l'impression qu'il fouinait là où il ne fallait pas. Derrière lui, La Mouette ne le quittait pas d'une semelle, et se tenait prêt à intervenir au moindre signe de danger. Il paraissait évident que, même au sein de leur septet, il n'estimait devoir protéger qu'une seule personne. A ses côtés s'était positionné Ash, qui devait surveiller les deux nouveaux. La confiance allait devoir se construire peu à peu, et en attendant qu'elle fût là, il faudrait s'attendre aux regards de travers, et aux réactions légèrement tendues de part et d'autre. Fermaient la marche les trois autres individus, qui discutaient de choses et d'autres distraitement.

Quittant la cité blanche, abandonnant la relative sécurité des murs de la capitale du Gondor, le groupe s'élança dans les vastes plaines qui l'entouraient. Il y faisait froid, et cet hiver interminable semblait avoir pris ses quartiers dans ces terres d'ordinaire plus tempérées. La neige et la pluie avaient cessé de tomber pour un temps - ce qui représentait une amélioration notable du climat -, mais avaient laissé la place à un vent froid et perfide qui s'insinuait partout, et qui ne laissait pas de répit aux pauvres voyageurs. Il était difficile de communiquer dans ces conditions, et tous se décidèrent à suivre Trainduc. Celui-ci, visiblement pressé de se rendre à destination - ou d'éviter une éventuelle conversation -, lança sa monture à un galop régulier, sur lequel les autres pouvaient se caler sans trop fatiguer leurs bêtes respectives. Avec une certaine élégance, Ezendirakban lança le bel étalon qu'il avait emprunté pour l'occasion, tandis que La Mouette le suivait tant bien que mal, de toute évidence très mal à l'aise en selle. Il serrait à s'en faire blanchir les jointures les rênes auxquelles il s'accrochait comme si sa vie en dépendait :

- Détends-toi ! Profite de la promenade ! Lâcha son employeur d'une voix chantante.

L'intéressé ne perçut pas distinctement les paroles, mais il comprit le sens général, et fit un effort pour se décrisper. Un effort qui provoqua l'hilarité d'Ezendirakban dont le rire clair et spontané fut emporté par le vent tourbillonnant.

Les cavaliers avaient chevauché longtemps, accordant un peu de repos à leurs montures plusieurs fois dans la journée, et faisant une brève halte à la mi-journée pour leur permettre de se désaltérer dans l'eau fraîche qui s'éparpillait en flaques un peu partout. Les hommes en avaient aussi profité pour manger un morceau, et se réchauffer après avoir affronté le vent de face qui semblait s'accrocher à leur peau, comme pour la déchirer, la griffer. Et puis ils étaient repartis rapidement, chevauchant à un rythme soutenu durant l'après-midi. Le ciel, invariablement gri durant ce qui apparaissait comme la journée, malgré la faible luminosité, avait rapidement commencé à prendre une teinte sombre alors que la soirée ne faisait que commencer. La durée des jours semblait avoir été réduite de moitié, ce qui rallongeait d'autant leur voyage. Mais il aurait été fou de continuer dans l'obscurité.

A cause de l'hiver, les plaines étaient parcourues par des bandits, seuls ou en groupe, qui cherchaient à s'emparer d'un butin facile. Sept hommes armés n'étaient pas forcément une cible aisée, mais la nécessité l'emportait par trop souvent sur la raison, et il valait mieux être prudent. D'autant que ce n'étaient pas les seuls dangers que l'on répertoriait sur la route. Certains, à voix basse, racontaient des histoires étranges : des animaux d'une taille prodigieuse, descendus des montagnes pour s'en prendre aux voyageurs. Des loups immenses, aux crocs en acier aussi longs qu'un avant-bras humain. Des ours gigantesques, dont le seul rugissement pouvait renverser cheval et cavalier. Ils traquaient la nourriture loin de leurs habitats naturels, et s'aventuraient de plus en plus loin. Certaines fermes dévastées semblaient avoir été attaquées par de telles créatures, mais personne n'avait le courage de régler le problème. On attendait simplement la fin de l'hiver, en conseillant aux habitants des régions les plus touchées de se barricader chez eux à la nuit tombée, et de se montrer prudents.

Ezendirakban croyait moyennement à tout cela, mais il avait vu trop de choses étranges dans sa longue vie pour se montrer totalement sceptique. De grands prédateurs pouvaient fort bien exister, et descendre là où ils ne venaient pas d'ordinaire. De là à les croire capables de dévaster toute une ferme pour se nourrir, c'était une autre affaire. Mais qui pouvait dire que ces actes n'étaient pas l'œuvre de bandits particulièrement déterminés et particulièrement fourbes ? Certains n'hésitaient pas à profiter de la situation chaotique pour s'enrichir, quitte à tuer tous les témoins en faisant passer cela pour l'acte de monstres de légende.

C'était à cela qu'était en train de songer le vieil homme qui ne faisait pas son âge, lorsque Trainduc les héla, pour leur indiquer qu'ils allaient enfin s'arrêter. Il avait désigné l'orée d'une forêt proche, qui leur fournirait un peu d'abri contre les vents qui semblaient avoir redoublé d'intensité. Mais les lieux ne paraissaient pas particulièrement accueillants, et les bois sombres semblaient former un mur compact, rigide, s'opposant à ce que l'on vît ce qui pouvait bien vivre en ces lieux. Tout le monde devait penser la même chose, mais personne n'osa le dire à haute voix, de peur de passer pour un lâche. Etait-ce une forme de test de la part du chef de l'expédition, qui souhaitait voir si ses hommes étaient déterminés ou non ? Ou bien était-ce une phase de son plan, qui consistait à les escroquer ? Difficile à dire.

Quoi qu'il en fût, ils mirent pied à terre à l'endroit indiqué, et commencèrent à monter le camp. De petites tentes de fortune furent montées, essentiellement pour parer aux intempéries éventuelles qui pouvaient s'abattre sur eux pendant la nuit. Mais il était difficile d'ériger des tentes à cause des arbres, des branches basses, et du terrain irrégulier. Le vent posait un problème, également, mais personne n'était partisan de s'enfoncer davantage dans l'obscurité de la forêt pour y remédier. Afin de combattre un peu les ténèbres environnantes, les hommes de Ash s'attelèrent à allumer un feu, qui prit joyeusement au bout de quelques minutes d'efforts, et qui provoqua des rires rassérénés. Il était fou de constater à quel point un peu de lumière pouvait égayer l'atmosphère, et redonner confiance aux âmes les moins courageuses. Ezendirakban, pour sa part, décida de rester près de l'âtre pour se réchauffer, le temps du repas, mais il installa son couchage dans l'ombre, dans un endroit que n'éclairaient pas les flammes. Simple mesure de précaution.

Alors que tous s'affairaient à cuisiner quelque chose, et que l'odeur d'un bon repas commençait à parvenir à leurs narines, Ezendirakban se dirigea vers Trainduc, et l'aborda franchement :

- Alors mon ami, comment allez-vous ? Cette journée de cheval m'a rompu, mais je ne regrette en rien ! Ah... Respirer le grand air, galoper sans se soucier du reste du monde... C'est formidable !

Il marqua une pause dans son récit, tandis qu'il se ménageait une petite place assise au coin du feu, visiblement désireux de faire durer la conversation :

- Allons, puisque nous sommes compagnons de route, que diriez-vous d'apprendre à mieux nous connaître ? Par exemple, qu'est-ce que vous faites dans la vie ? D'où venez-vous ? Ce genre de choses !

La politesse eût voulu qu'il se présentât en premier, mais il s'était débrouillé, en parlant vite et en choisissant soigneusement ses tournures, pour prendre l'initiative. Cependant, il ne souhaitait pas se montrer trop inquisiteur, et il ferait tout pour s'adapter à la réaction de son interlocuteur. Une réaction qui, certainement, lui en apprendrait beaucoup...


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

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Dolan
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Ven 30 Aoû 2013 - 12:49
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