[Passé] Le prix d'une vie (libre)

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Mardil
Espion de Rhûn - Grand Guru du Culte Nathanaïque
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Mer 30 Oct 2013 - 20:50
Mes yeux étaient fixés sur la cible, placée à 30 mètres de moi. Plus rien n’existait qu’elle et la tension grandissante dans mes bras. Je maintins la position aussi longtemps que possible, jusqu’à ce que je fusse certain de mon tir. Un léger vent faisait onduler mes cheveux longs. Enfin je lâchai prise et ma flèche s’envola et alla se planter juste à côté de la précédente, ainsi que je l’avais prévu. Je me tournai vers mon instructeur et vis la lueur approbatrice dans son regard. Il me sourit et me dit gentiment :

- Je crains que cela ne soit devenu trop facile. Il va falloir commencer à s’entraîner sur des cibles en mouvement.

Malgré son ton avenant, je ne pus m’empêcher de frissonner. Si les cibles en mouvement étaient bien ce que je pensais, je n’étais guère enthousiaste à cette idée. Néanmoins cet entrainement n’avait d’autre but que de m’apprendre à tuer. Et si le plaisir que j’éprouvais à tirer à l’arc était bien réel, je n’avais aucune envie de tuer qui que ce soit, bien que je sache que nos ennemis le méritaient.

Nos ennemis… Qui étaient-ils au juste ? N’étais je pas l’un des leurs ? Bien sûr que non. J’étais un enfant alors et aucun enfant ne saurait être tenu pour responsable des actes de ses aînés, si indignes fussent-ils. Alors qu’étais-je maintenant ? Du haut de mes 12 ans je ne pouvais guère être considéré comme un adulte.

C’est plongé dans ces pensées que je me dirigeais vers mes apprentissages suivants. L’escrime m’étant beaucoup moins naturelle que le tir à l’arc, je devais me concentrer davantage afin de progresser. J’essuyais les remontrances de mon professeur et bien qu’il serrât les poings à deux reprises, il ne leva pas la main sur moi. Sans doute se souvenait-il du sort réservé à son prédécesseur. Aucun d’entre eux n’avait la permission de me toucher et Rezlak entendait que cela restât ainsi. Mes premiers mois à Vieille-Tombe et les mauvais traitements que j’y avais subi me semblaient faire parti de l’existence de quelqu’un d’autre.

Enfin la leçon toucha à sa fin et je pris une collation bien méritée. L’après midi serait consacrée à des enseignements moins physiques : lecture, écriture, histoire. Puis des enseignements plus pragmatiques me seraient prodigués en ville : espionnage, dissimulation, menaces. J’accompagnais deux agents de Rezlak dans leurs sorties et j’apprenais. Et si, jusqu’à présent, ils ne m’avaient jamais demandé autre chose que de regarder et d’écouter attentivement, je savais bien qu’il serait bientôt temps de passer aux choses sérieuses.

J’appréhendais ce moment, tout en le sachant inéluctable. Rezlak ne m’avait pas rendu cruel, du moins pas à cette époque. Je ne le verrai que le soir venu, ignorant tout de ses allées et venues durant la journée. En revanche mes nuits lui appartenaient et mon apprentissage se poursuivait même à ces moments là.
J’étais à la fois impatient et terrifié à l’idée de l’avoir face à moi. Ses réactions étaient toujours imprévisibles et je ne savais jamais si des coups ou des caresses m’attendaient. Les deux, le plus souvent.

En rejoignant Ajark et Nehelac, les deux agents qui me servaient d’instructeurs, je passai devant Erior, qui m’adressa un timide sourire. Je répondis d’un hochement de tête rapide, conscient du regard des gardes. Cela faisait déjà un moment que j’étais conscient des tentatives de rapprochement du jeune esclave. Ne souhaitant guère risquer la colère de mon maître, à qui mes moindres faits et gestes étaient rapportés, j’avais jusqu’à présent gardé mes distances. Je ne savais au juste pourquoi ce dernier m’avait choisi, peut être car après lui j’étais le plus jeune membre de la maisonnée.

J’atteignis l’entrée de la demeure, où m’attendaient mes deux professeurs. Nehelac tenait des vêtements dans sa main gauche et me les tendit lorsque j’arrivais à sa hauteur.

- Enfile ça ! Tu ne serais pas accepté dans cette tenue là où nous nous rendons ce soir.

Je pris les étoffes plutôt luxueuses qu’elle me tendait et ce n’est qu’alors que je remarquais qu’Ajark et elle étaient vêtus de la même manière. Je me débarrassais de mes habits, frissonnant quelque peu à cause de la fraîcheur du soir, et me changeais rapidement.

- Nous venons d’une tribu à l’extrême nord du pays afin de vendre nos produits. Nous avons rendez-vous avec quelqu’un qui pourra écouler nos marchandises ici.

- Et quelles sont elles ?
Demandais-je.

- Essentiellement des bijoux ; l’artisanat du nord est assez réputé.

- Quel est mon rôle ?

- Tu seras notre fils,
répondit Ajark.

J’examinais attentivement mes compagnons, me demandant à quel point cette couverture était plausible. Je ne ressemblais guère aux orientaux, ce qui pouvait passer à Vieille-Tombe car la ville était bien plus ouverte aux étrangers que le reste du pays. Nehelac, en revanche, ne pouvait renier ses origines. Sa beauté, presque sauvage, était typique des régions de l’est. Ajark pouvait plus facilement passer pour mon père tant son physique était passe partout, ce qui était un atout non négligeable pour un espion. Mais ils étaient tous les deux trop connus en ville pour que qui que ce soit puisse croire à une telle fable. Soit nous sortions de Vieille-Tombe, soit notre cible était nouvelle en ville.

J’eus rapidement ma réponse lorsque nous pénétrâmes dans la plus fameuse auberge de la ville. Celle-ci était majoritairement fréquentée par des étrangers ou de riches marchands venus des tribus de l’est. Nous nous installâmes à une table, jouant notre rôle de petite famille propre sur elle. Comme d’habitude j’étais stupéfait du changement de comportement d’Ajark. Lui d’habitude si taciturne, s’était transformé en homme bavard et débonnaire. Nehelac restait calme à ses côtés, telle une épouse obéissante.

Rapidement elle m’indiqua un homme d’une quarantaine d’années, assis quelques tables derrière nous. Elle se rapprocha de moi et me parla à voix basse.

- L’ambassadeur de la tribu des Ragnars.

Elle nota mon regard d’incompréhension et précisa.

- Une tribu d’importance moyenne favorable au rapprochement avec l’ouest. Nous craignons que leur influence augmente auprès du roi. Ce problème sera réglé par d’autres que nous mais en attendant nous devons découvrir les raisons de sa présence à Vieille-Tombe. Ce soir c’est à toi de jouer. Débrouille toi pour nous ramener cette information d’ici à demain.

Ainsi donc le moment était venu. Il était temps pour moi de faire mes preuves.
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Ven 1 Nov 2013 - 17:49
Il faisait nuit noire mais je savais qu’on m’attendrait à mon retour. Je ne savais, en revanche, comment avouer mon échec mais cela n’avait que peu d’importance. J’étais persuadé qu’ils étaient déjà au courant, qu’Il était déjà au courant. C’est donc la tête basse que je franchis le seuil de la demeure de Rezlak. Tout était pourtant bien parti. Alors que le nombre de clients avait fortement diminué, j’avais approché l’ambassadeur et engagé la conversation. Mais rapidement ce dernier m’avait mis mal à l’aise. Ce n’était pas tant ses insinuations plus que douteuses que la façon à la limite de l’obscène qu’il avait de me dévisager. J’avais fini par couper court à la conversation et je m’étais éclipsé. Non je m’étais littéralement enfui à vrai dire.

La mort dans l’âme, je me dirigeais vers les appartements de Rezlak, préparant mentalement mes excuses. Ajark se trouvait devant la porte. J’allais le contourner mais il se plaça entre moi et la poignée.

- Il ne désire pas te voir cette nuit.

Je restais interdit. L’espion agissait sûrement de sa propre initiative. Je ne pouvais croire que Rezlak ne souhaitait pas ma venue. J’essayais de passer en force mais il m’empoigna et me maîtrisa sans la moindre difficulté. Je criais le nom de mon maître afin qu’il intervienne mais Ajark me plaqua contre le mur sans ménagement. Sous le choc, je me mordis la lèvre et sentis le goût âcre du sang dans ma bouche.

- Ferme là ! Qui crois-tu donc être ? Ce n’est pas parce que tu as quelques privilèges qu’il faut te croire différent. Tu es soumis à la volonté de Rezlak, comme tout le monde ici. Et il ne désire pas te voir. Me suis-je montré suffisamment clair ?

Je me calmai et il desserra son étreinte. Je fis demi-tour et tâchai de réfléchir posément. Il était clair que j’avais déçu le maître. Je n’étais pas sûr d’avoir le droit à une seconde chance et si tel était le cas, je ne savais pas non plus la punition qu’il ne manquerait pas de me réserver. Mais qu’attendait-il de moi ? Comment aurais-je pu amener cet homme à me révéler ce qu’il savait ? Je retournais ces questions dans ma tête en cherchant une réponse. Mais celle-ci ne venant pas, je finis par sombrer dans un sommeil agité.

Le lendemain, mes activités reprirent comme à l’accoutumée. C’était comme si les évènements de la veille n’étaient jamais arrivés. Ce n’est que vers le midi que j’appris par l’une des servantes que la ville était sous le choc de la découverte d’un cadavre horriblement mutilé, apparemment celui d’un ressortissant d’une tribu de l’est. Je ne fus pas bien long à faire le rapprochement. J’avais failli à ma mission et un homme était mort. Serait-il toujours en vie si j’avais accompli ma tâche ?

Je passais le reste de la journée dans un état de grande confusion, mangeant à peine et n’écoutant que d’une oreille distraite les leçons dispensées par mes professeurs. Le soir venu, Nehelac me conduisit sans un mot jusqu’à la porte du maître. Je pris une profonde inspiration puis frappai et entrai doucement. Il se tenait au centre de la pièce, décorée avec goût, et me fixait du regard. Comme d’habitude je me sentais rétrécir en sa présence. C’était un homme plutôt grand et plaisant à regarder. Il n’avait pas encore 30 ans mais son autorité naturelle lui donnait un charisme peu commun. Pour l’heure ses traits étaient fermés et les reflets cuivrés dans ses yeux lançaient des éclairs. Je baissais les yeux, n’osant pas le regarder en face. C’est alors que sa voix grave retentit.

- Déshabille-toi !

Je risquais un coup d’œil prudent vers lui mais tout dans son attitude me disait qu’il ne valait mieux pas discuter. Aussi enlevais-je mes habits un à un jusqu’à me retrouver aussi nu qu’au jour de ma naissance.

- Allonge-toi sur le divan.

Je passai devant lui et fis comme il me demandait.

- Non, sur le ventre !

Je me retournais, anxieux de ne plus l’avoir dans mon champs de vision. Je l’entendis alors décrocher un objet suspendu sur le mur du fond et je sus ce qui m’attendait. Je serrai les dents et me promis de ne pas pleurer, qu’importe le temps que durerait la punition. Il s’approcha de moi lentement. Même si je ne pouvais voir son visage, je savais que sa bouche arborait un pli cruel et qu’il se délectait du sort qu’il me réservait.

C’est alors que le premier coup de fouet atteignit mon dos et je ne pus retenir un cri. Les suivants s’abattirent de plus en plus rapidement et de plus en plis violemment sur mon dos, mes fesses et mes cuisses. Je sentais le sang ruisseler sur ces dernières et je me dis que le divan allait être complètement ruiné. Si la douleur n’avait pas été si intense, j’aurais probablement éclaté de rire à l’idée d’une pensée aussi saugrenue en ces circonstances. Pour l’heure, seuls des sanglots s’échappaient de ma gorge et malgré la promesse que je m’étais faite, je pleurais à chaudes larmes.

Rezlak dût alors penser que la punition était suffisante car les coups s’arrêtèrent. Je l’entendis demander de l’eau chaude à une servante et il se rapprocha de moi. Je me tournais lentement et, à la vue de mon visage baigné de larmes, il ouvrit les bras, comme pour me consoler du mal qu’il m’avait lui-même infligé. Je me précipitais dans ses bras, heureux du réconfort qu’ils m’apportaient et à la fois honteux et en colère contre moi-même pour y avoir cédé si facilement.

Sans un mot, il attrapa un linge propre et le plongea dans la bassine d’eau chaude apportée par la servante. Avec précaution, il lava mes plaies, tâchant de me faire le moins mal possible. Puis il appliqua un baume sur les entailles. Je ne savais pas de quoi ce dernier était composé mais je n’avais jamais la moindre cicatrice. Lorsqu’il eût terminé, il s’assît à mes côtés et prît la parole.

- Pourquoi n’as-tu pas fait ce que j’attendais de toi ?

- Je ne savais pas comment j’aurais pu m’y prendre pour l’amener à me parler.

- Oh je crois que si, tu le savais. Je t’ai choisi pour cette mission car il était presque de notoriété publique que cet homme avait un goût prononcé pour les très jeunes garçons.

- Si je l’avais fait, serait-il toujours en vie ?

- Non. Quand bien même lui aurait donné la plus belle nuit de sa vie, il ne t’aurait jamais révélé les plans de son maître. Il faut des moyens plus persuasifs pour obtenir ce genre d’informations.

- Mais alors, pourquoi…

- Pour voir si tu le ferais. Et force est de constater que tu m’as déçu sur ce point. Alors je repose la question. Pourquoi n’as-tu pas fait ce que je t’ai demandé ?

- J’ai eu peur. Avec vous, c’est une chose mais à l’idée que cet homme pose ses mains sur moi… Je ne pouvais pas l’envisager.

Ma réponse eût l’air de le satisfaire car son regard s’adoucît.

- Sache que la seule chose qui importe, c’est l’information. Les moyens de l’obtenir peuvent différer, cela n’a pas d’importance. Ce n’est qu’un rôle comme un autre qu’il te faut jouer. Tu devrais déjà avoir appris ça.

Je hochais la tête en silence, m’imprégnant de ses paroles. Je me promis de faire mieux à l’avenir afin de ne plus décevoir mon maître. Celui-ci caressait lentement mes cheveux et je finis par m’endormir entre ses bras, reconnaissant pour tout ce qu’il m’apportait.
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Dim 3 Nov 2013 - 16:20
La vie reprit son cours et je fis de mon mieux pour effacer les derniers événements de ma mémoire. C’était un petit exercice pour lequel je m’étais révélé très doué ces dernières années. Je préférais me persuader que j’avais eu énormément de chance d’être recueilli par Rezlak, bien que je sache que « recueilli » était un bien curieux euphémisme pour qualifier mon arrivée à Vieille-Tombe. Il était plus facile de ne pas penser à la douleur et à la peur des premiers mois. Et, si ces deux sentiments n’avaient jamais disparus, je tâchais de me convaincre qu’ils ne représentaient rien face à l’affection de mon protecteur.

Mes efforts d’auto persuasion volèrent en éclats un après midi du mois de novembre. Le temps était maussade et il faisait de plus en plus humide. Les gens de la ville tombaient malades les uns après les autres et nous ne sortions pour ainsi dire pas de la propriété du maître. Alors que je passais devant les réserves, j’entendis des sanglots étouffés. Je passais la tête par l’encadrement de la porte et restais un moment sans réaction devant le spectacle que j’avais sous les yeux.

Erior était étendu à même le sol, gisant dans son propre sang. Je m’approchais lentement de lui et lui touchais légèrement l’épaule. Je le sentis se raidir et lorsqu’il se rendit compte qu’il s’agissait de moi, il se détendit quelque peu. Il tourna son visage tuméfié vers moi et je pus réaliser l’ampleur des dégâts. Son œil gauche était enflé à l’extrême et il avait l’arcade sourcilière ouverte. Du sang s’écoulait de sa bouche et je remarquais qu’il avait au moins deux dents cassées.

Mais le pire restait le reste de son corps. Pas une parcelle de peau qui ne portait de marques. Son agresseur l’avait littéralement roué de coups. Je risquais un œil vers sa tunique, largement ouverte et ce que je vis finit de me convaincre que les coups n’avaient pas été le pire. Un fort sentiment de culpabilité me prit à la gorge. Pendant que j’étais occupé à me voiler la face, un jeune garçon avait subi de vraies atrocités. Un jeune garçon à qui je n’avais pas même daigné faire un sourire. Une autre victime, arrachée à ses parents et qu’on s’était acharnée à souiller jusqu’au plus profond de sa chair.

Les souvenirs que j’essayais si fort de refouler déferlèrent sur moi et me submergèrent. Je ne savais que trop ce que le jeune esclave devait ressentir en cet instant. Je le pris dans mes bras et le pressais contre mon corps. Il se mit à trembler et m’agrippa comme si sa vie en dépendait. Après tout cela était peut être le cas. Je le berçais doucement dans une piètre tentative de réconfort. Enfin lorsqu’il se fût un peu calmé, je nettoyais ses plaies avec un linge propre. Quand je jugeai qu’il était capable de parler, j’entamai la conversation.

- Je suis désolé… J’aurais dû…

Je m’interrompis, ne sachant au juste pas ce que j’aurais dû ou aurait pu faire. Il valait mieux se contenter de questions plus pragmatiques que de se lamenter, aussi enchaînai-je.

- Qui t’as fait ça ?

Une peur panique s’empara de lui et je dus le prendre à nouveau dans mes bras, surtout pour éviter qu’il ne se fasse du mal par inadvertance. Il finit par se calmer au son de mes paroles rassurantes et me confia dans un souffle le nom de son tortionnaire. Ce dernier ne me disait rien mais il s’agissait clairement de l’un des gardes. Erior me dit alors qu’il le violentait depuis des mois. Puis il me révéla que le garde en question se vantait de m’avoir fait subir la même chose lorsqu’il le violait.

Deux évidences me frappèrent alors. Premièrement que le jeune esclave, malgré son jeune âge et sa faiblesse, avait prononcé le mot que, pour ma part, je n’osais même pas m’avouer à moi-même (comme si le fait de ne pas appeler les choses par leur nom pouvaient les rendre moins réelles). Il était, à sa manière, bien plus courageux et fort que je ne l’étais. Ensuite, je me rendis compte à quel point j’avais pu être naïf. Non seulement les hommes qui m’avaient maltraités travaillaient toujours pour Rezlak mais ils vivaient sous le même toit que moi. Le maître les avait juste tenu loin de mon regard.

Et, si je considérais Rezlak comme mon sauveur pour m’avoir sorti de l’enfer dans lequel j’étais à mon arrivée, je n’avais que trop rapidement occulté que c’est lui qui m’y avait plongé en premier lieu. Ce n’est qu’alors que la stupidité et la faiblesse de mon comportement me sautèrent aux yeux. Et c’est en regardant Erior que je sus ce qu’il me restait à faire. Je ne savais pas si j’avais encore mon libre arbitre mais je me promis une chose : si tel était le cas alors il me fallait tout faire pour sauver la vie du jeune esclave.
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Sam 9 Nov 2013 - 14:58
Plusieurs jours passèrent durant lesquels, si le temps ne montrait aucun signe d’amélioration, l’épidémie survenue en ville semblait vouloir se calmer. Chaque jour, je trouvais le moyen de m’éclipser pour prendre soin d’Erior. Au fur et à mesure que je me rapprochais de lui, je me rendis compte que nos histoires se ressemblaient à bien des égards. Je ne pouvais m’empêcher d’avoir pitié de lui. Je pense que je voulais croire que, si j’arrivais à le sauver, alors tout ne serait pas perdu pour moi. Mais en réalité, je savais bien que, quoique je fasse ou quoique je dise, tout était déjà fini pour moi. Car je devais bien m’avouer que ma haine pour mon maître n’avait d’égale que mon amour pour lui. Je commençais seulement à me rendre compte de combien je dépendais de lui, de combien je serais perdu sans lui. Et malgré tout le mal qu’il m’avait fait et continuais à me faire, je ne pouvais m’empêcher de l’aimer.

Les jours passés auprès d’Erior me permirent d’apprendre à connaître un peu plus le jeune garçon. Il était d’une bonté extrême, ce qui rendait d’autant plus injuste le sort qui lui était réservé dans cette demeure. Je lui avais redonné espoir et il me regardait comme si j’étais son sauveur. En réalité, j’avais autant besoin de lui que lui de moi. Car si je parvenais à sauver sa vie, alors peut être resterait-il un peu d’espoir pour moi.

La pluie tombait maintenant sans discontinuer depuis deux jours. Les chevaux étaient fatigués et les hommes énervés. Même si j’ignorais pourquoi les gardes étaient plus tendus qu’à l’ordinaire. Ce fût Néhelac qui finit par m’expliquer que le mauvais temps avait empêché une cargaison d’arriver à Vieille-Tombe. Une cargaison vitale pour le « commerce » du maître. J’essayais de la questionner plus avant pour savoir de quel genre de commerce il s’agissait mais elle resta muette. Toujours est il que l’humeur de Rezlak n’était pas au beau fixe et qu’il avait fait torturer l’un des gardes pour une simple broutille. Chacun était tendu, anxieux à l’idée d’être le prochain sur la liste. Moi plus que quiconque. Le maître continuait de me voir chaque nuit et il se montrait brutal et impatient. J’encaissais sans mot dire, ne désirant pas lui donner un motif pour exercer sa colère. Et c’est alors que je compris que c’est exactement ce que je devais faire.

Il était temps de me rappeler ce que j’apprenais en ces lieux : observer et écouter. Et j’avais appris deux choses plus qu’utiles. Le maître détestait plus que tout être trompé or j’avais aperçu l’un des gardes sortir discrètement une caisse des entrepôts, dans lesquels ni eux ni moi n’avions le droit de pénétrer. Il était temps d’utiliser cette information à bon escient. Le plan était simple. Un tel crime méritait un châtiment. Et, pour Erior et moi, ce serait une parfaite diversion.

Le soir venu, je mis mon plan à exécution et, au détour de la conversation, j’informais Rezlak de mes soupçons sur le garde en question. Sa réaction fût encore plus violente que je ne l’espérais. Il ordonna à Ajark de lui amener le garde qur le champs pour « l’interroger ». Je ne savais que trop ce que cet euphémisme signifiait pour le malheureux mais cela m’était égal.

Je profitais de la diversion ainsi créée, l’ensemble de la demeure n’ayant d’yeux que pour ce qui se passait dans les appartements du maître, et discrètement me rendis auprès d’Erior. Il était assoupi et je le secouais doucement pour le réveiller. Il fixa ses yeux ensommeillés sur moi et me sourit gentiment.

- Dépêche toi ! Il faut y aller. Nous n’avons que peu de temps.

Il comprit sur le champs et, telles deux ombres, nous nous éclipsâmes jusqu’au mur d’enceinte. Je vérifiais qu’il n’y avait personne et l’aidais à escalader la façade. Nous nous laissâmes ensuite glisser de l’autre côté et nous réceptionnâmes dans la boue. Il pleuvait à grosses gouttes et la visibilité était très réduite. Cela ne pouvait que nous servir. Je sortis de ma poche tout l’argent que j’avais pu réunir et lui tendit.

- Maintenant tu dois partir le plus loin et le plus vite possible. Ces hommes te rechercheront.

- Tu ne viens pas ?

- Non, c’est ici qu’est ma place désormais.

- Tu es fou ! Tu sais ce qu’ils te feront s’ils viennent à découvrir ton rôle dans ma fuite !


Oui je le savais. Rezlak détestait être berné. Je ne voulais même pas imaginer ce qui m’attendait. La mort probablement. Et pourtant cette perspective ne m’effrayait pas autant que je l’aurais cru. Elle m’effrayait, en tous cas, moins que celle d’être séparé de lui.

Erior vit dans mes yeux que ma décision était prise. Des larmes brillaient dans ses yeux mais il ne pleura pas. Il n’avait pas besoin de me remercier et tout avait été dit. Alors il m’enlaça puis partit en courant sous la pluie battante.

Je retournais sans un bruit dans ma chambre, conscient qu’il était probable que mes actions me causent de gros ennuis si je venais à être découvert, mais heureux pour la première fois depuis longtemps. J’étais peut être dépendant de mon maître mais je disposais toujours de mon libre arbitre. Si j’avais su les souffrances qui m’attendaient pour avoir osé défier l’autorité de Rezlak, il est probable que j’aurais agi différemment.
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Ven 15 Nov 2013 - 17:03
Je n’étais pas assoupi depuis une heure qu’on me sortit de mon lit sans ménagement. Ajark m’agrippa le bras et me le tordit brutalement. Je criais sous le choc et tentais de me débattre mais il était bien plus fort que moi. Il m’emmena ensuite, non pas dans les appartements de Rezlak, mais vers une pièce au fond de la demeure ; une pièce dans laquelle j’étais très rarement entré et il s’agissait là d’un endroit que j’aurais voulu ne jamais revoir.

Nous entrâmes dans la haute pièce, au centre de laquelle trônait une statue de Melkor grandeur nature. Rezlak était assis sur un fauteuil, ressemblant presque à un trône, et fixait des yeux les personnes rassemblées autour de la statue. Lorsque je regardais à mon tour, je détournais les yeux, me concentrant pour ne pas vomir.

- Ne détournes pas ton regard, tonna mon maître. C’est ton œuvre après tout.

Le garde que j’avais dénoncé était entravé à la statue du Vala. Autour de lui, une mare de sang et des morceaux de corps humains s’étendaient. Son sang et des morceaux de son propre corps. Et pourtant il respirait toujours.

- Sais-tu combien de morceaux on peut retirer à un homme avant qu’il ne meure ? Cette peine est interdite au Rhûn depuis des générations. Mais dans les temps immémoriaux, elle était réservée aux pires criminels. Désormais elle participe à la générosité de notre Dieu à notre égard. Et les chiens se régalent de ce que Melkor ne veut pas.

La folie de Rezlak éclatait au grand jour dans toute sa démesure. Même dans mes pires cauchemars, je n’aurais pu imaginer une mort aussi atroce. Mais mon « bienfaiteur » n’avait pas encore fini son petit discours.

- Bien sûr, nous utilisons divers produits afin de nous assurer que notre offrande reste consciente le plus longtemps possible. L’un des nombreux produits que cet homme m’a dérobé. Je dois donc te remercier de m’avoir signalé sa trahison. Quel dommage que tu ne l’aies fait que pour me trahir à ton tour. Oh certes, la perte d’un esclave vaut moins que la perte de la marchandise, mais cela reste une énorme trahison. Surtout après tout ce que j’ai fait pour toi.

Je ne pouvais rien dire pour me défendre, les gémissements du condamné résonnant dans mes oreilles et empêchant toute pensée cohérente. Rezlak me fixait du regard et je me sentais comme liquéfié. Je ne sentais même plus l’emprise d’Ajark sur mon bras. Je tremblais de tout mon corps, ne cessant de me demander le sort que mon maître me destinait. Celui-ci ne dit pas un mot mais d’un simple mouvement de tête il fit signe à Ajark. Alors je fus traîné de force par l’espion jusque dans la cour intérieure. Il pleuvait toujours des trombes d’eau et je m’affalais dans la boue.

Avant même que j’ai pu faire le moindre mouvement, Ajark était sur moi. Le premier coup m’atteignit au ventre et fût si violent que j’eus momentanément le souffle coupé. Je cherchais à rouler pour éviter sa prochaine attaque mais il me rattrapa sans problème et continua de me rouer de coups. Bientôt je ne fus même plus capable de lever les mains pour me protéger le visage et j’encaissais alors sans rien dire. Je n’avais pas la force de crier ou de demander grâce et je me contentais de pleurer sans discontinuer.

Les coups cessèrent aussi abruptement qu’ils avaient commencé. Rezlak s’avança lentement vers moi et s’accroupît à mes côtés. Il écarta mes cheveux, poisseux de sang, de mon visage et m’étudia longuement. Son expression était indéchiffrable mais toute colère semblait l’avoir déserté. Il ne prononça que quelques mots mais ils me firent plus mal que tous les coups que j’avais reçus de l’espion.

- Tu m’as énormément déçu…

Il se releva ensuite et s’adressa à ses deux âmes damnées.

- Emmenez le hors de ma vue !

Néhelac et Ajark s’approchèrent de moi et l’espion me releva, tout en me maintenant solidement. Rezlak se détourna et ne m’adressa pas même un regard. Alors Néhelac me força à ouvrir la bouche et à avaler un liquide au goût amer. Je sombrais presque immédiatement dans l’inconscience.



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