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Taorin
Capitaine des Chiens du Désert
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Taorin

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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyDim 17 Nov 2013 - 20:26
L’armée monta le camp. Dans deux jours, ils seraient face aux hauts remparts de pierre de Dur’Zork, capitale du Harondor, résidence de Radamanthe l’Usurpateur.  Dans deux jours, de nombreux hommes verseraient leur sang pour libérer le payx du joug d’un nordiste, pour offrir aux Neufs d’Umbar les richesses du voisin du Gondor.

Lorsque Taorin décida d’arrêter son inspection des troupes, sa tente avait été montée au cœur du campement par ses hommes, qui avaient planté leurs propres tentes autour de celle de leur capitaine, en un parfait exemple de discipline militaire. Contrairement aux hommes qui avaient été recrutés en hâte par les Neufs : les corsaires, peu habitués aux campagnes terrestres, s’étendaient dans un désordre qui aurait causé nombre d’arrêts cardiaques chez les sergents instructeurs de toute armée de métier ; les levées armées lors de leur progression vers le nord, bien qu’un peu plus disciplinées et encadrées par des hommes de confiance, manquaient d’expérience pour dresser de véritables camps défendables ; et les hommes des divers clans du désert restaient légèrement écartés du camp principal, formant un écran appréciable mais sans doute peu tenace. Enfin, en arrière-garde, entre l’armée et les trains de victuailles et autres denrées nécessaires à toute entreprise militaire, reposaient les Mumakîl, monstrueuses créatures plus grande que des maisons, qui, allongées sur le sable chaud, gardées par leurs cornacs venant du Sud profond, inspiraient la terreur à tout homme trop près, et l’admiration de ceux qui étaient suffisamment loin pour ne plus ressentir dans tout leur être les tremblements induits par leur lourde progression sur la terre durcie et poussiéreuse du désert du Harondor.

Le Chien Borgne pénétra dans sa tente, et s’attabla derrière la planche montée sur des trétaux où étaient étalées diverses cartes des environs immédiats de Dur’Zork et du Harondor. Il posa le lourd sabre de Castamir l’Usurpateur, ancien roi numénoréen qui, d’Umbar, revendiquait le trône du Gondor, sur la table improvisée, et s’asseyant sur un tabouret, appela une estafette. Il lui fallait appeler les Neufs qui accompagnaient l’armée en campagne afin de finaliser le plan d’action une fois les troupes faces aux ultimes défenses de l’Emir illégitime. L’homme, une fois les instructions comprises, quitta la tente du Chien Borgne, et ce dernier se redressa et observa les cartes, réfléchissant tout en attendant ses pairs…


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Thorondil
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyMer 20 Nov 2013 - 0:30
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Ashkan était partit d'Umbar par le dernier convoi de mercenaires faisant route vers l'armée de siège des Neufs Seigneurs. Le soleil se levait à peine et un long voyage les attendait tous vers le nord pour rejoindre le gros de troupes.

Sa petite vie tranquille avait été bousculée la veille même, à la nuit tombée, alors qu'il travaillait à la lueur d'une bougie sur une nouvelle formule prometteuse à base de sécrétion dermique de grenouille bleue.
Cette heure-là débarqua un jeune gamin des rues qu'il payait gracieusement comme intermédiaire et fournisseur d'informations. Tout l'art d'avoir vécu en invisible était de savoir regarder ceux que personne ne regardait, de savoir reconnaitre ceux qui pouvait entendre et voir sans être vu ni entendu. Les esclaves, les mendiants, les gosses perdus, ceux qu'une pièce déliait la langue et un regard garantissait la fidélité. C'était si facile.
Et puis il en fallait bien des gamins pour prendre soin de ses nombreuses bêtes et plantes durant ses absences. Celui-là particulièrement savait y faire, avec délicatesse et une grande prudence. Sans doute due au fait qu'il avait assisté à la longue agonie de son prédécesseur, empoisonné par la caresse de la feuille vénéneuse d'une petite plante khandéenne d'une extrême rareté.
Or l'enfant maigrelet et sale était arrivé en courant, sans frapper. La porte s'était ouverte à la volée, sans annonce d'aucune sorte. Il était essoufflé et avait commencé à bégayer un flot de paroles sans queue ni tête à une vitesse effarante. Et quand enfin il pu reprendre son souffle, tout s'éclaira :

« - Un message du Seigneur Riordan en personne, messire !!! Un message...urgent... important !
- Parles gamin, je perds patience ! » s'agaça aussitôt l'empoisonneur en laissant sa tâche.

La seule évocation du puissant seigneur éveilla l'attention de l'assassin. Quand Riodan en personne condescendait à lui confier une mission, celle-ci se révélait toujours d'un grand profit - financier cela va sans dire - et d'un intérêt non moindre.
Le gamin s'empressa de lui donner les quelques instructions qui lui avaient été confiées, un point de rencontre avec un intermédiaire à la solde du Seigneur celui-là, bien moins modeste que les siens.

Il lui fallu à peine une dizaine de minute pour traverser la cité comme une ombre et faire face à l'intermédiaire en question. Et cet homme parla : peu mais bien, comme l'appréciait Ashkan. Dans un premier temps, il fut déçu. Du mercenariat ? Rien à la hauteur de son talent somme toute. Mais quand on lui expliqua l'objectif, il retrouva un regain d'intérêt. Renverser et conquérir le Harondor, rien que ça. Les Seigneurs n'avaient donc pas perdu leur ambition... Et vu de là où il se trouvait, ce projet fou ne devait pas l'être tant que ça. Bien sûr, ses oreilles trainantes en avaient entendu parler, mais toutes les rumeurs n'étaient pas bonnes à croire disait-on. Et trop plongé dans ses recherches, il se rendait compte qu'il avait négligé l'extérieur et louper les importants mouvements de troupes. Cette idée même lui tira une grimace d'agacement. Avoir un temps de retard ne lui ressemblait pas. Heureusement, ce fameux coup du hasard le remettait sur la piste. Restait à savoir combien il pouvait tirer de toute cette aventure...
L'affaire fut vite entendue et quand le bâtard du Rhûn rentra chez lui, il ne mit qu'une petite heure à préparer son départ.

Et c'est ainsi qu'il arriva, après plusieurs longues journées de voyage, au campement de l'armée des Neufs.
Contrairement à bon nombre de ceux qu'il avait accompagné, il avait peu souffert des interminables marches dans le sable et des nuits glacées. Le sang des nomades du Rhûn coulait dans ses veines, allégeant la fatigue et la lourdeur des jambes. Et, il fallait bien se l'avouer, suivre la piste de la fumée et du sang l'avait beaucoup amusé. La marche d'une armée de conquête était facile à suivre.

Loin de ceux qui s'écroulaient sur leur arrière-train en soupirant de soulagement d'être enfin arrivé à destination, Ashkan chercha rapidement un coin où installer sa tente et poser son baluchon, de préférence loin de ce ramassis de lourdauds mal dégrossis et de piètre intelligence dont la compagnie lui avait déjà suffisamment coûtée.
Cette opération lui prit un peu de temps, l'ancien esclave considéra patiemment ses options ainsi que leurs inconvénients. Hors de question de se mêler aux tribus du désert. Leur campement formait la première ligne et, surtout, sa mauvaise réputation auprès de certaines d'entre elles lui aurait attirée bien trop d'ennuis. Les mercenaires ne lui inspiraient aucune sympathie et les Mumakil, bêtes peu intéressantes de son point de vue, étaient des voisins bien trop imposants pour un homme de sa carrure. Du reste, impossible de se mêler à l'armée "régulière" des Seigneurs d'Umbar. Ses choix se réduisaient tristement... Il finit pourtant par trouver un compromis et prit place à la frontière commune des camps des soldats et des mercenaires, un peu à l'écart des passages et loin des plus bruyants voisins.

Une fois installé, il sortit sur le pas de sa tente et entreprit d'entretenir son étrange dague en forme de dard de scorpion. Le poison avait un effet dévastateur sur l'acier de la lame si celle-ci n'était pas entretenue quotidiennement avec le plus grand soin, et comme toujours avec lui, la plus grande prudence. C'est donc assis en tailleur dans le sable, en train de frotter son arme avec un chiffon imbibé de produit rougeâtre, que l'on pouvait le trouver.

Il avait entendu dire que les Seigneurs devaient se réunir bientôt. Riodan attendrait donc avant d'avoir vent de son arrivée. Rien ne pressait. Il faudrait encore deux jours pour atteindre Dur’Zork, destination finale de ce voyage. Finale dans de nombreux sens du terme pour certains.


Dernière édition par Thorondil le Dim 26 Jan 2014 - 19:45, édité 1 fois
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Ryad Assad
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyMer 20 Nov 2013 - 1:03
Ah... Dur'Zork...

Au fond, ce n'était pas une ville désagréable. Surtout quand on avait fréquenté les pirates d'Umbar, et leurs manières de débauchés. A côté d'eux, les pires rustres de Rhûn ressemblaient à des princes, des modèles d'éducation et de savoir-vivre. Et dire que c'étaient eux qui menaçaient actuellement la capitale du Harondor... c'était à n'y rien comprendre. La cité était bien fortifiée, d'après ce que j'avais pu observer en déambulant ici ou là. Les murs, épais et hauts, semblaient être capables de supporter les assauts de la marée humaine qui allait bientôt s'abattre sur eux, et il semblait presque déraisonnable, de là où je me trouvais, de continuer à soutenir Taorin envers et contre tout. Mais malheureusement, il semblait qu'il n'y avait pas de bon choix à faire en ces jours troublés. Soutenir un vulgaire pirate, borgne qui plus est, c'était une pure folie. Il osait attaquer la ville avec un assortiment chaotique de pirates ivres, d'esclaves malingres, de tribus du désert incontrôlables, et d'autres créatures ramassées au fond des caniveaux. Très honnêtement, je n'aurais jamais parié le moindre sou sur eux. Alors parier ma vie... je devais être totalement fou. Mais de l'autre côté, il y avait ces Occidentaux prétentieux, suffisants, imbus d'eux-mêmes. Ces êtres qui prétendaient pouvoir donner des leçons à tous ceux qui les entouraient, et qui entendaient régir la vie de leurs voisins contre leur volonté. Non pas que j'éprouvasse la moindre inimitié contre eux, non. C'était simplement que depuis tant de siècles, ils nous méprisaient et cherchaient à nous envahir que les miens en avions conçu une haine farouche, qui persistait malgré tout. Il fallait dire que les Gondorien, les Rohirrim et autres peuplades sauvages ne faisaient rien pour casser cette image détestable. Lorsqu'ils avaient attaqué le Khand - où je me trouvais en mission à l'époque -, j'avais eu l'occasion d'entendre parler de leurs faits d'armes. Ils avaient assiégé Assabia, guère plus qu'un village, à peine un point sur une carte, et ils avaient trouvé le moyen d'échouer dans leur entreprise. C'était la première fois que j'avais éprouvé une certaine admiration - très mesurée et très éphémère - pour les gens du Khand.

Maintenant que je les voyais de près, ils m'apparaissaient encore plus pathétiques que je le croyais. Après un temps interminable, l'état d'alerte avait finalement été déclaré dans la cité. Pas officiellement, tout du moins, mais les contrôles aux portes étaient beaucoup plus stricts, les patrouilles avaient été doublées dans les rues, et il semblait qu'une sorte de frénésie paranoïaque s'était emparée des officiers de la garde - ils n'étaient déjà pas très sereins en temps normal, alors inutile de préciser que les choses ne s'arrangeaient pas. On aurait dit que la cité était en ébullition, comme si la menace était bien réelle... Si Radamanthe avait eu des espions dignes de ce nom, il se serait contenté de rassembler une armée, et de marcher droit sur l'armée coalisée. Avec une bonne attaque surprise, une charge de cavalerie sur les arrières de cette formation hétéroclite, il aurait probablement réussi à causer une panique suffisante pour les forcer à battre en retraite. Une frappe d'une précision chirurgicale, avec un minimum de pertes. Mais les Occidentaux étaient couards, et se réfugiaient trop facilement derrière la solidité - supposée - de leurs remparts. Ils croyaient dans la supériorité de leur architecture, plutôt que dans la supériorité de leurs bras. En même temps, il fallait dire qu'ils n'avaient pas de quoi se rengorger de ce côté-là. Quand je voyais leurs hommes patrouiller, je ne pouvais pas m'empêcher de me dire qu'ils avaient la préciosité d'une bande de courtisanes, mais avec un physique hypertrophié, un visage déformé par l'imbécilité, et une conversation que seul un mouton pouvait soutenir sans s'endormir.

Ces quelques considérations objectives mises à part, il fallait dire que les choses s'organisaient toutefois de manière relativement - relativement ! - intelligente. Radamanthe avait dû distribuer des ordres, et de toute évidence, ils étaient appliqués à la lettre. Les armes étaient emmenées aux forges pour y être affûtées, les commandes de flèches avaient augmenté... en flèche - hum hum -, et tous les corps de métier étaient sollicités pour participer à l'effort de guerre. On faisait rentrer autant de marchandises que possible, et le rationnement commençait à se mettre en place. Plus question de jeter la moindre denrée qui pouvait encore servir. A Melkor les chiens errants et les enfants des rues : les restes étaient donnés aux soldats, aux bataillons qui s'entraînaient quotidiennement, et tiraient inlassablement sur des cibles de paille, comme si cela allait leur sauver la vie le moment venu. Pathétique. Les patrouilles étaient de plus en plus vigilantes, et les guetteurs semblaient ne pas quitter l'horizon des yeux, comme s'ils s'attendaient à tout moment à voir apparaître des voiles noires sur le fleuve, ou bien les silhouettes de milliers d'hommes piétinant le sable autour de la cité.

Devenir Emir à la place de l'Emir Agathe10

- A quoi pensez-vous ? Me demanda Agathe. Vous avez l'air distrait.

- Distrrait vous dites ? J'étais simplement en trrain de rréfléchirr...

Elle fronça les sourcils :

- Et à quoi donc, si ce n'est pas trop vous demander ?

Je me permis un sourire discret, et me levai du banc sur lequel nous étions assis. Nous avions décidé de nous installer non loin de la muraille et de la porte principale, pour pouvoir l'observer sans attirer l'attention. Elle m'imita sans attendre, mais sa gestuelle trahissait l'impatience qu'elle éprouvait à recevoir la réponse :

- A l'avenirr, Agathe... A l'avenirr...

Elle ne répondit pas. Quelle réponse pouvait-on apporter, de toute façon ? Cela faisait plusieurs jours que je n'avais plus de nouvelles de Taorin, qui devait être très concentré sur la préparation, et la mise en marche de son armée. A Dur'Zork, même si on essayait de rassurer la population, des rumeurs circulaient de manière insistante. On racontait que des navires pirates avaient été aperçus au large des côtes du Harondor, remontant vers le Nord. C'était précisément le genre d'informations qui m'incitaient à penser que le moment d'agir était proche. Très bientôt, sans nul doute, la cité de Radamanthe fermerait ses portes, et se préparerait à résister au siège imposé par les forces d'Umbar. J'avais vu certains des Chiens de Taorin infiltrés dans la ville, et tous m'avaient demandé quand et comment ils devraient agir. Si j'avais su répondre à la seconde question avec grande précision, je m'étais montré  bien plus énigmatique quant à la première. Je leur avais simplement répondu qu'ils sauraient pertinemment quand le moment serait venu.

Je ne voulais pas leur communiquer un moment particulier, car c'était un risque bien trop important à prendre. Il n'y avait rien de plus dangereux que des unités autonomes, capables d'agir à n'importe quel moment. J'avais beau mépriser les espions du Harondor, il valait mieux rester prudent - la malchance pouvait frapper n'importe qui -, et puisque les Chiens n'étaient pas familiers des opérations de sabotage et d'espionnage, je préférais ne pas risquer de ruiner leur couverture. En outre, nous n'étions pas assez nombreux pour faire beaucoup de dégâts aux troupes de Radamanthe. Tout au plus pouvions-nous espérer assassiner un capitaine, un commandant si nous étions très chanceux. Nous pouvions éventuellement empoisonner une dizaine d'hommes, mais ce ne serait guère suffisant. Non. Notre principale tâche serait de semer la zizanie dans les rangs, par des actions d'éclat. Nul besoin, donc, d'agir simultanément. Au contraire ! Le premier qui se lancerait à l'action attirerait immanquablement l'attention sur lui. Les autres réagiraient forcément en conséquence. Des actions de sabotage menées à des moments différents avaient l'avantage de faire monter la pression, de créer un vent de panique. Si chaque individu de la cité devenait une menace potentielle, si l'ennemi ne se bornait plus à ceux qui se trouvaient face aux remparts de la cité, alors il serait plus aisé pour Taorin de prendre le contrôle de la cité.

- L'avenir... Je l'imagine sombre...

Je levai la tête vers les nuages qui s'amoncelaient dans le ciel. Dans l'absolu, il faisait encore relativement bon, mais en comparaison des températures caniculaires que supportaient habituellement les gens du coin, on pouvait dire que le temps avait nettement fraîchi. La faute à cet hiver interminable, que j'aurais préféré voir s'étendre au loin. Sûrement qu'ailleurs, il se manifestait par des chutes de neige, ou des pluies torrentielles. Mais ici, c'étaient simplement de gros nuages d'un noir inquiétant, qui paraissaient raccourcir les journées, et happer jusqu'au dernier rayon de soleil dans leur immense carcasse cotonneuse. De tels béhémoths - c'est une sorte de monstre, dans un livre très ancien que j'ai lu il y a longtemps - étaient de très mauvaise augure, et il n'était pas besoin d'être chaman ou devin pour comprendre que les temps étaient en train de changer. L'hiver s'étendait au-delà du raisonnable, les mers et les vents semblaient déchaînés par la colère de Melkor, et les germes de la guerre bourgeonnaient - à défaut de pouvoir dire éclore - aux quatre coins de la Terre du Milieu. Avec tous ces changements, il était donc envisageable de penser que la horde de pirates de Taorin avait une chance, après tout. Et cela, tenez-vous le pour dit, n'est pas un signe encourageant...

- Sombrre, c'est le mot... Rrentrrons nous mettrre au chaud, voulez-vous ? Le temps est à l'orrage...


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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptySam 30 Nov 2013 - 0:09
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Le nombre de feux de camp qui s'étendaient devant lui ne pouvait égaler celui des étoiles dans le ciel du désert, mais était néanmoins impressionnant. Asudai n'avait pas vu une armée pareille depuis des années. Chef d'un petit clan de la frontière occidentale du Khand, il combattait principalement dans les petites escarmouches et raids sur le territoire haradrim. Et pourtant il se trouvait a présent loin de ses terres natales, attiré par la récompense en acier du Gondor et vin de Harondor, ainsi que par l'opportunité de faire couler le sang de nouveaux ennemis.

L'occidental de Dur'Zork qui payait Asudai et ses hommes avait laissé des instructions claires. Semer la terreur et le chaos dans l'armée qui progressait vers la capitale. D'abord, il leur fallait choisir une cible. Le chef de clan fronca ses sourcils en regardant le campement des tribus de désert. Ses guerriers khandéens valaient beaucoup plus que ces misérables chacals...mais les hommes de tribu connaissaient bien le désert. Ils pourraient s'apercevoir de leur arrivée, et étaient habitués au combat dans ce terrain. Asudai avait seulement trente hommes avec lui, et les nomades devaient etre six ou sept centaines. Meme un lion ne mettait pas son museau dans une ruche d'abeilles...

Un sourire carnassier apparut sur les levres d'Asudai, noircies par une plante qu'il machait souvent, lorsque son regard se porta sur le campement des pirates. Leurs tentes étaient placées dans le désordre le plus complet, et ils avaient commencé a boire bien avant la tombée de la nuit. Le désert n'était pas leur allié et ils le savaient. Ils tentaient de noyer leur peur dans l'alcool...Asudai préférait les noyer dans leur propre sang.

Le chef de clan donna quelques ordres dans son dialecte natal. Les khandeens laisserent leurs petits chevaux ici, et descendirent la colline pour s'approcher du campement corsaire. Leurs capes brunes et grises les rendaient pratiquement invisibles dans la nuit.

Les quelques gardes laissés a la frontiere orientale du campement n'appréciaient clairement pas cette tache, et ne s'etaient pas privés de leur dose de boisson forte locale. Ils n'eurent pas le temps de donner l'alerte lorsque les fleches tirées avec les arcs courts des guerriers de clan percerent leurs corps.

Le raid fut rapide et brutal. Les pirates, surpris et ivres, n'offraient pas de résistance véritable; Asudai et ses compagnons semaient la mort avec leurs sabres. L'alerte générale fut donnée lorsque les premieres tentes prirent feu. Les khandeens disparurent dans la nuit avant qu'une force armée n'arrive, parmi le chaos et les cris des hommes blessés ou ceux qui essayaient de se débattre des tentes enflammées. Seul un khandéen fut tué par un pirate moins ivre qu'il paraissait.

***

Pendant ce temps, quelques cavaliers du clan tenterent un raid osé dans les arrieres du campement, la ou se tenaient les Mumakils. Rapides comme l'éclair, les khandéens reussirent a tirer des fleches enflammées sur une des betes, la rendant folle. Six des dix cavaliers payerent avec leur vie pour cet acte de bravoure, mais les dégats que le Mumak causa parmi les trains des victuailles étaient considérables...

***

Le nombre de morts dans l'armée qui avancait sur Dur'Zork était négligeable, contrairement a l'effet de l'attaque sur le moral des guerriers. Ceux qui pensaient que la prise de la capitale de Harondor se déroulerait facilement commencaient a présent a se rendre compte du contraire. Lorsque l'armée se mit en mouvement le lendemain matin, l'avant-garde put découvrir un spectacle déconcertant.

Trois chiens sauvages étaient pendus a un rocher sur le coté de la route. L'un d'eux avait les letres 'TAORIN' tatouées au fer blanc sur le front...


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Ryad Assad
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyJeu 19 Déc 2013 - 18:08
J'avais rarement eu l'occasion de voir une ville entière aussi agitée, et ce n'était pas peu dire. Ma longue expérience d'espion m'avait permis de me trouver dans des endroits dangereux de la terre du milieu. Dans les immenses plaines du Khand, j'avais eu l'occasion de voir les ravages causés par un raid d'un clan sur un de ses voisins. Même si les lois de ce pays encadraient fermement les conflits, aucune famille ne se sentait en sécurité lorsque résonnaient les cors de guerre, lorsque le bruit de centaines de sabots se faisait entendre, lorsque déferlaient, pareils à une vague implacable, des cavaliers en armes hostiles et sanguinaires. Les femmes et les enfants couraient à l'abri. Les vieillards essayaient de les gérer, de canaliser la peur pour la muer en efficacité. Pas question de céder à la panique la plus totale, quand bien même c'était fort tentant. Les hommes valides, eux, prenaient les armes, et essayaient d'organiser la défense. Le plus souvent, cela ne servait à rien, car ils n'étaient pas assez nombreux pour repousser efficacement leurs assaillants. Les clans du Khand étaient aussi retors que fourbes. Lorsqu'ils attaquaient, c'était toujours en très large supériorité numérique, après s'être assuré que le gros des troupes était au loin.

Mais malgré tout ce que j'avais pu observer, les drames humains qui s'étaient joué sous mes yeux, jamais je n'avais vu une telle frénésie s'emparer des habitants d'une puissante cité. Dur'Zork, c'était certain, tremblait dans ses fondations. Les étendards de l'armée du Sud étaient apparus quelques heures auparavant, et d'après les rares témoins qui colportaient partout la nouvelle, une immense armée avait envahi l'horizon. Les tambours, les trompettes et les cors sonnaient de toutes parts, et la plaine qui s'étendait devant la capitale du Harondor se peuplait chaque seconde un peu plus de guerriers, de tueurs sans pitié. La réaction de l'émirat n'avait pas tardé. Les portes avaient été condamnées, la garde triplée, et tous les hommes du rang avaient été mobilisés pour organiser la défense de la ville. Si Radamanthe avait été pris de court par les Haradrim, il n'en laissait rien paraître, et réagissait avec promptitude et précision. En un éclair, des centaines de soldats parés de leur armure de guerre avaient envahi les rues, quadrillant les artères principales, repoussant la population hors des voies stratégiques. Des colonnes de fantassins se déplaçaient en transportant des munitions vers les remparts. D'autres patrouillaient dans la cité, afin de donner l'impression que l'ordre régnait toujours.

Par l'impressionnante force qui se déployait sous les murs de Dur'Zork, Radamanthe ripostait par le tout aussi impressionnant arsenal de mesures destinées à rassurer la plèbe déchaînée. Des dizaines de marchands s'étaient rassemblé aux portes, demandant à pouvoir partir, à pouvoir quitter la ville par le Nord pour rejoindre le Gondor. Mais les gardes avaient obstinément refusé. Le risque était bien trop grand, et ils le savaient sans doute mieux que les commerçants avides d'or et terrorisés qui piaillaient et braillaient comme des marmots insatisfaits. L'endroit le plus sûr à des lieues à la ronde, c'était évidemment au milieu des murailles de la capitale du Harondor. Se trouver entre elles et l'armée de Taorin, c'était se trouver entre l'enclume et le marteau. Un marteau aux armes du Harad libre, d'après ce que l'on disait.

Les gardes avaient placardé partout des affiches appelant à la conscription générale. Tous les résidents de la cité étaient appelés à se présenter à la caserne, pour y recevoir des instructions détaillées. En fait d'instruction, on allait surtout les équiper, leur assigner un chef, et leur attribuer une section à surveiller, avec des directives précises concernant la sécurité de la ville. Certains avaient reçu une formation militaire, et on les éleva temporairement au rang de caporal. Ils commanderaient une petite unité, et serviraient surtout à encourager les hommes les moins vaillants à se sacrifier le moment venu. Car que pouvaient-ils faire d'autre, les bougres ? J'avais eu l'occasion de voir toutes sortes d'armées dans ma vie. Des glorieuses légions de l'armée du Rhûn aux hordes hétéroclites qui constituaient les forces de Taorin, il y avait un monde, mais au moins tous ces hommes savaient tuer. Qui parmi ceux qui étaient enrôlés, à qui l'on donnait ici une hache, ici une épée, avait déjà eu l'occasion de tuer quelqu'un de sang froid ? Qui avait déjà dû se battre pour sa vie, et prendre celle de l'adversaire pour espérer voir le soleil se lever à nouveau ? Ils étaient aussi impuissants que des enfants, et ils finiraient massacrés sans pitié par les brigands et marauds que Taorin avait fédérés.

Autour de la caserne, régnait une activité peu commune. D'un côté, une longue file d'hommes, encadrés par quelques militaires, avançait d'un pas mesuré sous l'étouffante chaleur. Les visages étaient accablés, perdus. Chacun regardait son voisin, espérant y trouver une réponse, une attitude à adopter. En vain, naturellement. Puis ils présentaient un document certifiant qu'ils étaient bien résidents de Dur'Zork - ils constitueraient un noyau dur de réservistes, ceux qui avaient à perdre plus que leur propre vie : celle de leurs proches et de leur famille -, et pénétraient dans le bâtiment. Ils en ressortaient de l'autre côté, vêtus de cottes de mailles légères, de plastrons de cuir frappés des armes de l'émirat. Casqués et gantés, ils tenaient dans une main une lance, et dans l'autre un bouclier. A la ceinture, pendait une dernière arme qui pouvait être une épée, une masse, ou une hache, le plus souvent. Si leur apparence avait évolué, leur regard n'était pas en reste. Comme si le simple fait d'être ainsi vêtus les avait fait passer du statut de mouton sur le point d'être égorgé à celui de guerrier. Ils quittaient le bâtiment en petits groupes, essayant de suivre le rythme imposé par le chef de leur section. Ils frappaient du pied sur le sol, comme si le bruit cadencé de leurs bottes pouvait chasser les démons qui se massaient sous leurs murs.

L'idée était là, certes, mais il leur manquait la discipline qui faisait une véritable armée. Quand une cohorte du Rhûn marchait en ordre de bataille, cela avait de l'allure ! Le claquement brutal des bottes ferrées sur le sol produisait un son unique, et craint de tous. Combien de rebelles avaient su leur dernière heure arrivée en entendant, de toutes parts, l'implacable marche des régiments de la Reine ? Combien avait compris que la mort était leur seule chance quand ils avaient senti la terre trembler sous le martèlement effroyable d'un millier de pieds frappant à l'unisson ? En comparaison, les troupes de l'émirat faisaient pâle figure, et paraissaient ne pouvoir opposer aucune résistance... Toutefois, je savais qu'il ne fallait pas sous-estimer l'attachement que les Occidentaux portent à leurs foyers. Les défaire en rase campagne était une chose, mais les attaquer dans leurs demeures en était une autre. Ils semblaient trouver une inépuisable source de courage dans la peur de perdre leurs biens, quand celle-ci devenait de plus en plus tangible. Une manière de penser fort curieuse.

Pour être tout à fait honnête, je n'aurais pas cru qu'il était possible d'armer si rapidement une cité. Radamanthe devait avoir anticipé ce cas de figure, et s'il n'avait rien laissé paraître, ce devait être pour mieux tromper Taorin et ses guerriers. Peut-être voulait-il leur faire croire qu'il était vulnérable, pour mieux le faire tomber dans un piège ? A moins que je le surestimasse grandement, et que je lui attribuasse une clairvoyance dont il n'était pas doté. Mais cela n'avait pas d'importance, car quel que fussent ses estimations, elles devaient être bien loin de la réalité. Les troupes de Taorin étaient certes constituées de pirates et d'esclaves, mais pas uniquement. Il avait réussi à rassembler autour de lui des alliés redoutables, comme les tribus guerrières du Sud qui avaient accepté de lui prêter leur concours. En outre, les immenses Mûmakil qui marchaient aux côtés de ses hommes constituaient des atouts de poids - littéralement. Qui aurait pu prédire cela quelques mois auparavant ? Qui aurait pu avancer qu'un Seigneur Pirate parviendrait à unir autant d'intérêts différents contre l'émirat du Harondor, seule source de stabilité dans ce Sud chaotique ? Pas moi, c'était certain.

- Salem, nous allons attirer l'attention si nous continuons...

C'était Agathe, et elle avait raison. Depuis que les troupes de Taorin avaient fait leur apparition, son attitude avait un peu changé. Elle était plus tendue, moins à l'aise. Comme si la perspective de la bataille sanglante qui se préparait la terrifiait... ou comme si la possibilité que des pirates assoiffés de sang la confondissent avec une habitante l'inquiétait. Il était vrai que le chaos serait total au moment de la bataille, et qu'il faudrait prendre garde aux méprises. C'était dans ce genre de situations que le rôle d'espion se révélait dangereux. Mais avant de penser à la bataille, nous devions penser à notre mission, et c'est pourquoi nous nous levâmes. Nous prîmes la route de la porte principale, celle que Taorin devait attaquer.

J'avais réussi à lui faire parvenir un bref message, dans lequel je l'avais informé de mon intention de prendre le contrôle de la porte Sud, et qu'il devrait y masser toutes ses forces. Elle était bien gardée, comme je l'avais prévu, mais c'était précisément ce qui nous offrait un avantage. Personne ne s'attaquait à une porte bien gardée, normalement, et il fallait être fou pour essayer de forcer l'entrée qui faisait immédiatement face à l'armée pirate. Mais fou, nous l'étions, et il nous fallait absolument remporter une victoire décisive. Les Chiens à ma disposition n'étaient guère nombreux, mais nous avions plus d'expérience, et l'avantage de la surprise. Lorsque viendrait le moment, nous serions prêts à frapper avec une brutale efficacité. Et si tout se passait comme prévu, alors Dur'Zork serait prise avant l'aube.

La journée passa à une lenteur affligeante, et fut probablement catastrophique pour les autorités militaires de la ville. En effet, la nouvelle de l'arrivée des forces de Taorin n'était pas la seule mauvaise nouvelle qu'on leur annonça. De toute évidence, les Chiens avaient estimé que le moment était bien choisi pour agir. Le premier à bouger empoisonna la nourriture des officiers, et cinq capitaines durent être conduits en soin d'urgence. J'appris, en dépit de toutes les tentatives qui furent faites pour étouffer l'affaire, que l'un d'eux n'avait pas survécu. Au sein de l'armée, un vent de panique commença à naître, et les officiers durent user de toute leur patience et leur persuasion pour remettre de l'ordre. Le deuxième Chien à bouger balança une carcasse de chien errant dans un puits. Un message très ironique, mais surtout une belle manière de terroriser la population. Les gens commençaient à avoir peur, à se méfier de leurs voisins, des inconnus. Le troisième, plus spectaculaire que les premiers, parvint à déclencher un incendie à l'autre bout de la ville. Un incendie qui mobilisa plusieurs dizaines d'habitants, et autant de soldats pendant plusieurs heures. Il fallut lutter pour éviter la propagation, et lorsqu'on annonça, en fin d'après-midi, que le foyer avait été maîtrisé, une fumée noire s'élevait en volutes au-dessus de la capitale du Harondor. Un mauvais présage que Radamanthe, de là où il se trouvait, ne pouvait pas manquer. Sa cité était au bord de l'explosion, et j'étais persuadé que l'attaque de Taorin ne serait qu'une formalité... si nous réussissions à prendre la porte.

- Ce ne sera pas une partie de plaisir que de nous emparer de cette porte, m'avait lancé Agathe alors que nous étions sur le chemin du retour. Pas plus que de la tenir suffisamment longtemps pour permettre à nos alliés de entrer. Surtout pas pour un simple intendant...

Je n'avais pas pu m'empêcher de sourire. A l'heure la plus sombre, alors que la guerre était imminente, elle trouvait encore le moyen d'essayer de percer ma couverture. Quelle sacrée tête de mule ! Mais son opiniâtreté était autant une qualité qu'un défaut : il suffisait de savoir l'orienter dans la bonne direction pour en faire un outil d'une grande utilité.

- Ne vous en faites pas, Agathe... Si tout se passe comme je l'ai prrévu, alorrs nous devrrions pouvoirr prrendrre le déjeuner dans les plus belles salles du palais de Rradamanthe.

Elle baissa la tête, songeuse. De toute évidence, la perspective d'un bon repas était encore bien loin de ses préoccupations premières. Quand elle aurait vécu autant de batailles et vu autant de morts que moi, elle finirait par penser la même chose, à n'en pas douter. Le soir vint rapidement après que l'incendie fut maîtrisé, et Agathe et moi en avions profité pour nous préparer à notre mission du soir. J'avais revêtu ma tenue de voyage, sans oublier mon sabre au côté, dont j'allais probablement avoir l'usage un peu plus tard. Ma coéquipière, pour sa part, avait soigneusement affûté ses dagues, qu'elle tenait prêtes à l'emploi pour lorsque la situation l'exigerait. Bientôt, quand la nuit serait noire, et que la ville serait endormie, plongée dans des cauchemars tourmenteurs, nous rejoindrions les autres, et passerions à l'action. C'était ce soir qu'allait se jouer le sort de Dur'Zork. J'en étais certain...


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Taorin
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyDim 22 Déc 2013 - 17:55
Taorin se réveilla en sursaut lorsque le Chien de garde devant sa tente entra, le prévenant de l’attaque que subissait le campement. Des bruits de combat provenaient d’au-delà les murs de toile. Attrapant son sabre posé sur la table, le Chien Borgne sorti rapidement à l’air libre pour examiner la situation. Autour de lui, les Chiens se réveillaient, pestant mais vifs, et se regroupaient en petites troupes. Voyant Ezhel accourir, Taorin hocha la tête, et le premier lieutenant de la compagnie cria ses ordres, organisant la petite centaine d’hommes pour faire face à cette attaque subite mais vraisemblablement peu importante.

Tout autour, des cris retentissaient, mettant en branle l’armée. Mais les assaillants avaient bien choisi leur moment pour attaquer : seules quelques sentinelles étaient restées éveillées, le reste des hommes dormant autour des braises des feux de camps. Une petite troupe bien entraînée pouvait ainsi agir rapidement et repartir avant que les régiments ne se soient formés, que les hommes assoupis se soient réveillés et aient pris place dans les formations. Taorin pesta, et espéra que ses hommes réussiraient à repousser sans lourdes pertes ces attaquants.

Un homme arriva, essoufflé, et annonça que l’ennemi se repliait après avoir mis le feu à une partie du campement des nouvelles recrues, et détruit deux ou trois chariots de ravitaillement. Soudain, des barrissements retentirent, et Taorin se retourna, regardant vers le sud, là où étaient parqués les Mumakîl : ils étaient réveillés, et, affolés, s’agitaient violemment dans leur enclos. Le Chien Borgne cracha par terre, enragé par les dégâts occasionnés par cette attaque. Il faudrait des heures pour remettre de l’ordre dans l’armée, pour évaluer les pertes ! Les hommes seraient exténués lorsqu’ils arriveraient devant les murs de la capitale du Harondor…

*** *** *** *** ***

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Le spectacle était époustouflant : des milliers d’hommes marchant en formation, descendant des basses collines qui bordaient la plaine de Dur’Zork, marée humaine qui recouvrait les terres fertiles jouxtant la fière cité harondorim. Taorin regardait les hommes prendre position autour des hauts remparts de pierre protégeant les habitations et palais en compagnie des autres Seigneurs Pirates. Les quelques fermes et cottages parsemant la plaine avaient été abandonnés plusieurs jours auparavant, alors que la rumeur de l’armée en approche se faisait de plus en plus insistante. Néanmoins, de petits détachements investissaient les lieux, vérifiant qu’aucun individu ne s’y cachait. Dans un même temps, des troupes de cavaliers haradrim se déployaient, encerclant la ville, se postant face aux portes afin de couper toute communication et ravitaillement.

« Notre offre de reddition leur parviendra dans une heure » dit Taorin. « Nous leur offrons une journée pour déposer les armes. Du moins est-ce ce que nous leur dirons. Mes agents à l’intérieur de la ville prendront le contrôle de la porte sud : nous attaquerons donc sous le couvert de la nuit, et prendrons l’Usurpateur par surprise ! Ses hommes n’auront pas le temps de réagir que nous seront déjà à l’intérieur de ses murailles ! D’ici demain, notre étendard flottera sur les tours de ses palais, et ses richesses seront nôtres ! » Le Chien Borgne scruta de son œil unique ses pairs. « Nous enverrons tout d’abord une petite troupe de cinquante ou cent hommes sécuriser la porte discrètement avant de pénétrer en force dans la ville. Je compte sur vos hommes pour cela : les recrues ne sont pas encore prêtes à une mission d’une telle importance, et des cavaliers seraient trop vite repérés. » Il fit une pause, puis reprit : « Il nous faudra aussi donner le change : que les fantassins se déploient et commencent à fortifier leurs campements. Je veux que la ville soit encerclée, qu’ils soient totalement coupés du monde extérieur ! Mais gardez vos hommes prêts à passer à l’action à tout moment. Il nous faudra être prêt à agir à n’importe quel moment. Cela vous convient-il ? »

Taorin aurait aimé pouvoir se passer de l’accord de ces pirates qui n’entendaient pas grand’chose à la guerre terrestre, et cela pouvait se ressentir au ton légèrement abrupt qu’il avait adopté, mais qui pouvait être interprété comme révélateur de la tension qui habitait le capitaine des Chiens du Désert, mais vexer ses alliés, en ce moment crucial, aurait été suicidaire. Ils n’étaient réunis que dans l’appât du gain. Une meute de loups affamés, prête à se disputer le cadavre de la proie dès cette dernière tuée. Des hommes à manipuler avec précaution. Des hommes qu’il faudrait faire plier une fois l’Emir destitué…


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Thorondil
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyMer 1 Jan 2014 - 23:37
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Entouré de toutes parts par de bruyants voisins peu soucieux du bien être d'autrui et trop habitué lui-même au silence, Ashkan eut bien du mal à trouver le sommeil cette nuit-là. L'approche de la grande bataille emplissait l'atmosphère d'une agitation presque palpable. Beaucoup restaient debout, d'autres buvaient, chantaient, voir se battaient. Maudits pirates ! Force était de constater qu'il avait trouvé pire que ses compagnons de voyage précédent...

Alors qu'il avait enfin réussi à grappiller quelques heures de sommeil voilà qu'un chaos incroyable le tira violemment de ses songes. Debout d'un bond, le Scorpion se saisit de sa dague. La lame au clair brilla d'un éclat carmin sous les rayons pâles de la lune. Qu'importe ce qui pouvait bien se passer, quelqu'un allait mourir sous sa lame ce soir, d'une façon ou d'une autre !
De vives lueurs orangées illuminaient le camp des pirates accompagnées du crépitement sinistre des feux de campements. Il y avait des cris d'alertes, des "au feu", des ordres, des hurlements guerriers, d'autres de profonde terreur. Les yeux révulsés d'un homme paniqué qui courait dans le sens inverse en disait long sur la situation. Aucun de ces minables n'avait compris ce qui leur arrivait. Les brumes de l'alcool n'ayant fait qu'amplifier plus encore l'affolement et la débandade qui suivirent.
Ashkan accouru vers les incendies, mais il le savait, c'était déjà trop tard. Ce genre d'escarmouches ne durait jamais suffisamment de temps pour qu'il ait le temps d'apporter son tribu à La Mort. A sa droite un barrissement d'effroi et d'autres cris le contredirent. Les craquements et les grincements des chariots sous les pieds massifs de la bête raisonnaient dans le désert et recouvraient même l'affolement des hommes autour de lui. L'esprit intelligent de l'ancien esclave commençait à assembler les pièces d'un puzzle complexe. Tant de points faibles que l'ennemi pouvait exploiter, il venait de le prouver. Comment les Seigneurs pourraient-ils continuer à maintenir la cohésion d'un groupe si hétéroclite si ils continuaient à être harcelés de la sorte jusque devant les murailles de Dur'Zork ? Les pirates, déjà déstabilisés par l'air trop sec, trop chaud et le sable, se retrouvaient fauchés par un type d'adversaires totalement inédit pour eux. Les frappes éclairs en mer n'avaient certainement pas le même impact que ce qu'ils venaient de vivre. Et les autres ? Les mercenaires de métier, plus habitués à suivre des armées rangées qu'un lot de truand mal dégrossis. Les tribus pouvaient facilement les abandonnés à leur sort si leurs chefs venaient à douter. Et Ashkan s'inquiéta. Ce n'était pas vraiment de la peur, il préférait appeler ça son "instinct de conservation". Et celui-ci lui soufflait de sa voix sifflante qu'il espérait bien que les Seigneurs avaient dans leurs manches quelques atouts plus convainquant...

Le lendemain, quand il fallu constater les dégâts à la lueur du jour et laisser les morts derrière eux, le moral des assiégeants en avait pris un coup comme on pouvait facilement s'y attendre. La fatigue également courbait leurs épaules. Il y avait moins de chants et de rire lorsque le long convoi se remit en marche. Les nouvelles de la nuit se colportaient à voix basse de proche en proche, prenant là des proportions inquiétantes, et ailleurs perdait tout intérêt. Suivant l'interrogé il y eut cette nuit-là 100 morts alors qu'un autre plus loin cru à une fausse alerte dû à la crise de folie d'un des Mûmakil. Une rumeur circula même que deux mercenaires soûls se seraient battus et auraient eux-mêmes mit le feu... Au milieu de tous ces chuchotements toujours plus éloignés de la vérité, enjolivés ou assombris, Ashkan restait sans rien dire. Fidèle à lui-même, bouche fermée et oreilles aux aguets.

Heureusement pour Taorin et ses compagnons, le moral remonta dans les rangs à la vue des remparts de la grande cité du Harondor. Les hommes s'enorgueillirent à chaque nouvelle maison vide qu'ils croisaient, particulièrement fiers de la peur qu'ils suscitaient chez leurs ennemis. Le sourire dédaigneux de l'empoisonneur en disait long sur sa façon de penser. Il aurait donné cher pour quitter le voisinage de ceux qui se vantaient de faire fuir une poignée de paysans. Il se retint pourtant de souligner le pathétique de leurs paroles. Qu'ils en profitent tant qu'ils en avaient le temps, La Mort est particulièrement friande des vantards sur les champs de bataille.

Dur'Zork était une cité magnifique. Elle respirait la richesse et l'abondance... et la peur. De là où il se trouvait, le Scorpion pouvait voir une flopée de petites tâches noires s'agiter sur les remparts mais tout était étrangement silencieux derrière les épais murs ocres. Il ricana. Ses adversaires du jour sentaient le danger imminent. Ils n'étaient pas si confiants... Parfait. Finalement, il ne regrettait pas d'avoir répondu à l'appel. Dire qu'il aurait pu louper un tel moment à disséquer des grenouilles ! Il se fendit d'un rire aussi bref que sinistre qui tira la chair de poule à ses plus immédiats voisins et, bien que ceux-ci le dépassaient d'une bonne tête et demi, ils firent un pas de côté prudent. Il avait l'habitude qu'on le prenne pour un fou dangereux, qu'on le traite comme un animal sauvage qui pouvait se retourner à tout moment contre celui qui passerait à proximité... Et il y avait fort à parier qu'il aimait ce statut.

Mais au delà de ça, Ashkan se sentait las. Las de côtoyer ces hommes sans intérêt ni importance. On l'avait certes fait venir pour participer au siège imminent mais il n'était pas payé assez cher pour qu'on l'oblige à se contenter de cette piètre compagnie. Si au moins il pouvait trouver un comparse d'égale intelligence pour passer les heures et les jours à venir... Il perdait son temps et gâchait son talent, voilà tout. Il allait falloir y remédier ! A cette constatation, il se mit en quête des têtes pensantes. Pourquoi pas les Seigneurs eux-mêmes après tout ? Outre Riordan qui ne se plaignait jamais de ses services et le faisait mander avec une régularité confortable pour ses finances, il fallait admettre que pour les autres dirigeants d'Umbar, il n'inspirait que vague intérêt, indifférence voir mépris pour les plus à cheval sur les règles de l'honneur.
Il se trouva rapidement bloqué devant la tente de commandement par deux soldats zélés qui lui interdirent l'accès malgré ses vociférations. "Les Seigneurs sont occupés. Personne n'est admis !"... pour changer ! Mais cette fois-ci, Ashkan était bien décidé à obtenir gain de cause. C'est donc avec patience et détermination qu'il fit le pied de grue devant la tente.
Le temps lui paru interminable, n'ayant rien d'autre pour s'occuper que regarder les hommes circuler sur les remparts de la cité au loin. Une épaisse fumée noire s'élevait de derrière les grands murs. Un incendie qui tombait bien mal, le destin s'acharnait sur la ville. Si tant était que le destin est sa part dans l'affaire. Pour sa part Ashkan restait persuadé qu'il suffisait de deux jours, une semaine tout au plus, pour faire tomber une cité de cette taille rien qu'en empoisonnant les puits.

Quand enfin quelqu'un sortit de la tente, le Scorpion fut sur lui en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Il expédia presque les convenances, la politesse et les présentations avec le strict minimum et poursuivit :

« - Il doit bien y avoir une étape dans votre plan d'attaque où mes compétences seraient bien plus utiles ? En toute amitié, votre argent serait plus sagement dépensé à profiter de l'étendu mon art plutôt que de me mêler aux moins glorieux de vos mercenaires. »

Ses paroles étaient pleines d'aplomb et rien dans son attitude ne laissait entrevoir la moindre intimidation face à son interlocuteur. Les hautes personnalités n'étaient pour lui que des clients comme les autres. Le poids de leurs bourses était le seul à justifier le "Monseigneur" mais, aux yeux de l'empoisonneur, c'était le seul détail et traitement de faveur qui les différenciait à sa clientèle du quotidien.


Dernière édition par Thorondil le Dim 26 Jan 2014 - 19:45, édité 1 fois
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Radamanthe
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyMar 21 Jan 2014 - 0:50
"...vons toujours pas de nouvelles du capitaine Amaricsen et sa troupe, Votre Altesse .Il semble cependant que les Khandiens et les autres hommes de ce fameux Jorkil aient cessés leur incursions, il semblerait que Amaricsen ait sévèrement entamé leurs forces, même si sa propre survie est incertaine."


Tant mieux songea Radamanthe. Les hommes de Méphisto avaient causés assez d'ennuis ainsi. S'il avait péri en important le faux Jorkil avec lui, c'était déjà le meilleur service qu'il pouvait lui rendre. Il cessa de porter attention au rapport. A vrai dire, il n'écoutait plus que d'une demi-oreille depuis que l'émissaire avait été interrompu pour qu'on lui apporte le message qui le fascinait depuis lors. L'Emir se fendit d'un petit rire sans joie tout en chiffonnant le parchemin avant de la jeter négligemment dans le brasero sophistiqué installé près de son siège. Risible, c'était parfaitement risible. Le Chien Borgne espérait-il vraiment une victoire aussi facile ? Les quelques personnes présentes dans la salle échangèrent un regard circonspect. La situation n'était clairement pas à la rigolade. Il n'y avait pas grand monde de présent. A vrai dire, à chaque nouvelle réunion de crise, il semblait que le cercle se faisait de plus en plus restreint. L'Emir était méfiant. Les derniers événements en ville avaient démontrés que les pirates avaient des hommes à l'intérieur. Artegor n'avait manifestement pas réussi à éliminer tous les espions qui avaient pu infiltrer Dur'Zork, et Radamanthe s'en était retrouvé bien contrarié. C'était donc sans surprise qu'il se méfiait particulièrement et veillait à ce que de son conseil de guerre ne filtre aucun secret, d'où la présence de moins en moins d'officiers. Un d'entre eux, d'un ton mi irrité, mi gêné, fini par demandé ce qui avait provoqué l'hilarité de l'Emir. L'hilarité était un bon grand mot pour désigner le ricanement émis par Radamanthe, mais l'autre n'avait manifestement pas trouvé d'autre terme en Commun. Furtivement, il se demanda si la question de la langue pouvait influencer un homme lorsqu'il s'agissait de choisir son cas. Assurément oui. Il se contenta de répondre.

"Il se trouve que le traître et ses pirates nous laissent une journée pour nous rendre. Une journée pour déposer les armes, alors qu'il vient tout juste d'arriver sous nos murailles. S'imagine t-il vraiment que cela allait être aussi facile ? Que nous allions tous déguerpir et pisser dans nos chausses dès lors qu'il allait pointer le bout de son nez avec son semblant d'armée ? Dur'Zork ne tombera pas ainsi face à une bande de pirates désorganisés... Il ne lui sera pas facile de nous assiéger avec une pareille bande de vauriens..."

A nouveau, l'Emir se fendit d'un petit rictus son joie, avant de boire une gorgée à sa coupe. De la piquette. Maudit soit cet hiver. L'approvisionnement était mauvais. Ce sinistre vin de la frontière Khandienne ne valait pas les grands-crus du Rhûn qui n'avaient pas pu arriver. Mais il y avait plus préoccupant que la réserve personnelle du seigneur de ces lieux, bien sûr. Un siège prolongé serait de fait problématique pour la ville.

"J'en conclut donc qu'il n'espère pas vraiment une reddition aussi facile. Et, s'il nous accorde une et une seule journée, je suppose également qu'il autre chose en tête qu'un siège prolongé. Artegor, j'espère que tu as des nouvelles, et des bonnes."

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La majordome était resté en retrait jusqu'alors, et il ne s'avança cependant pas spécialement pour prendre la parole. Si il n'était pas resté dans l'ombre, les autres convives auraient pu remarquer que l'homme qui était de coutume très propre sur lui avait un accoutrement assez négligé. Son visage se faisait en outre plus vieux que d'habitude, et de lourds cernes marquaient ses yeux. Artegor n'avait manifestement pas chômé ces derniers temps.

"Vous serez heureux d'apprendre que l'individu qui a provoqué l'incendie qui a animé la journée d'hier. Nous ne l'avons bien évidemment pas interpellé. Il est à présent sous surveillance en permanence par plusieurs agents qui suivent chacun de ses faits et gestes. Je suis en effet convaincu que la vague d'incidents des derniers jours n'est pas l'oeuvre d'un seul homme. Et je suis également convaincu que si ils veulent frapper plus fort, ils devront se réunir pour agir ensemble. L'idée est donc d'attendre que cela se passe pour intervenir. J'ai donc pris la liberté d'assigner une fraction de l'armée à la vigilance permanente, de sorte qu'il puisse intervenir aussi tôt qu'un de mes agents les prévienne..."

Radamanthe resta songeur un instant. Si une personne présente était indigne de confiance, cela pouvait ruiner tout se petit stratagème. Mais il était évident que son maître espion faisait également surveillé tous les invités de cette réunion. Après avoir vidé son verre de vinaigre, l'Emir conclut.

"Bien. Artegor, je veux que tu prennes la direction de cette unité à partir de maintenant. Les heures qui vont suivre sont être critiques et il va falloir être particulièrement vigilant. Nous pouvons supposer que le chien va frapper dès son ultimatum expiré. Ou même avant, peut-être. C'est un pirate après tout..."
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Ryad Assad
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyMer 22 Jan 2014 - 1:32
De même que les heures avant l'aube sont toujours les plus noires, les heures avant l'action sont toujours les plus difficiles. Il faut savoir faire preuve de patience, canaliser son anxiété et son impatience dans des gestes simples, et les répéter inlassablement, jusqu'à libérer son esprit des troubles à venir. C'était ainsi que j'avais pris soin d'affûter la lame de mon sabre, avec un mouvement lent et régulier, calant ma respiration sur le crissement fort agréable que produisait l'acier. C'était un excellent moyen de se détendre, tout en faisant quelque chose d'utile. Je levai un œil discret vers Agathe, qui était allongée sur son lit, les mains croisées derrière la tête. Elle avait les yeux grands ouverts, et elle paraissait songeuse. Je décidai de ne pas la déranger pendant qu'elle-même rassemblait son énergie, et essayait d'apprivoiser la peur, l'appréhension qui devaient sans doute lui nouer l'estomac. C'était une force formidable, cette crainte, qui pouvait paralyser ou donner des ailes. Tout dépendait si on avait réussi à la contrôler ou non. Pour ma part, c'était chose faite depuis bien longtemps, et j'avais servi suffisamment d'années sous les drapeaux, fait face à suffisamment d'ennemis, de rebelles, que j'avais oublié ce qu'était la peur qui fige. Pour moi, c'était un sentiment grisant, qui me permettait de me surpasser. Le métier d'espion offrait son lot d'inquiétudes, et je n'avais pas à m'en plaindre, mais l'excitation d'une bataille à venir était quelque chose d'unique. Celui qui ne s'est jamais battu pour sa vie ne peut pas savoir de quoi je parle.

Durant la journée, j'avais pris soin de contacter les Chiens de manière discrète, de sorte à leur annoncer que ce soir était le moment où nous devions passer à l'action. Je leur avais donné rendez-vous dans endroit reculé de la ville, où nous pourrions - plutôt je pourrais  - établir un plan d'action pour nous emparer de la porte. Quel que fût notre chance, nous allions de toute façon finir par être repérés par les gardes, aussi nous fallait-il faire preuve d'un excellent timing. Ecraser les gardes de la porte ne serait pas une mince affaire, et une fois que nous aurions déclenché notre assaut, il ne serait plus possible de faire marche arrière. Il nous faudrait aller jusqu'au bout. Je savais que les choses risquaient d'être difficiles, mais j'avais ma petite idée en tête quant à la façon de procéder. Dans mon esprit, il s'agissait de nous poster le plus proche possible de la porte, et la garder bien en vue. Ensuite, nous devrions simplement attendre de percevoir l'agitation parmi les gardes qui se tenaient en haut des remparts. J'avais côtoyé assez de gardes pour savoir comment ils fonctionnaient en règle générale. Ils verraient d'abord des silhouettes bouger dans la nuit, et ils s'interrogeraient entre eux. Puis ils se rassembleraient, et se consulteraient. Enfin, quand la menace aurait été confirmée, ils souffleraient dans un cor d'alarme, et feraient pleuvoir une volée de flèches sur les assaillants. Ils procéderaient ainsi pour deux raisons : la première, c'était qu'en dépit du fait qu'ils étaient menacés par une armée de pirates, encerclés et coupés du monde, ils tenaient quand même à faire leur travail bien, et à ne pas alerter toute la ville pour rien. La peur individuelle d'être sanctionnés les conduirait à hésiter le temps qu'il nous faudrait pour rompre la distance, pendant que quelques Chiens ajusteraient une flèche vers ceux qui portaient des cors. Ensuite, ce ne serait qu'une violente escarmouche qu'il nous faudrait remporter en bien peu de temps. Tuer les quelques défenseurs, et ouvrir la porte. Même si les troupes de Taorin subissaient quelques pertes, ce serait pour la bonne cause. Les hommes qui nous rejoindraient sécuriseraient les lieux, et le reste de l'armée fondrait sur la ville offerte. Ensuite, ce serait massacre, pillage, viol et carnage pour tout le monde. La fin classique.

La nuit venait de tomber sur la capitale de Radamanthe, et les premiers feux étaient en train d'être allumés par les lanterniers qui déambulaient en silence. Il faisait froid pour la saison et pour la région, mais nous y étions habitués depuis le temps. Les habitants rationnaient le bois, car ils n'en produisaient pas beaucoup, et ils ne savaient pas combien de temps l'invasion de cet étonnant hiver allait durer. Mais bientôt, leur ville connaîtrait un regain de chaleur soudain, quand les flammes de la guerre viendraient lécher les âtres, et emporter avec elles les corps et les biens, les âmes et les rêves. Agathe et moi marchions d'un bon pas. A force de faire le trajet, nous le connaissions par cœur, et nous savions exactement où faire attention à ne pas être repérés, où nous étions susceptibles de pouvoir nous cacher dans une zone d'ombre, où nous étions totalement à découvert. Nous avancions selon un rythme très irrégulier. Parfois, nous marchions comme si de rien n'était, parfois nous courrions quand l'obscurité nous fournissait un couvert suffisant. Il aurait fallu être prodigieusement alerte et discret pour nous suivre sans se faire remarquer. Je doutai qu'aucun des agents de Radamanthe fût en mesure de nous pister. Mais ce n'était pas le cas des autres, les Chiens, que je n'avais pas eu l'occasion de former. C'étaient des soldats, et en tant que tels, ils agissaient comme tout bon soldat : prudence et obéissance, sans jamais prendre de risque, et sans jamais réfléchir. Agathe et moi arrivâmes au point de rendez-vous : une ruelle apparemment anodine, mais qui en réalité en son centre comportait une autre petite rue, à peine assez grande pour faire passer un homme de front. C'était notre voie de sortie, et la seule manière pour nous de nous échapper si jamais nous étions poursuivis. Toutefois, elle avait l'avantage d'être difficile à repérer, difficile à emprunter, et de déboucher sur une artère peu fréquentée où nous pouvions - si nous avions de la chance - nous volatiliser.

Agathe et moi attendîmes à l'intérieur de la ruelle sombre, et finalement les premiers bruits de pas se firent entendre sur les pavés. Quelle indiscrétion ! Ces damnés Chiens voulaient donc nous faire repérer ? Je montai la garde à un bout de la rue, Agathe à l'autre, et nous accueillîmes les troupes avec empressement, en les enjoignant à faire moins de bruit. Comme je l'avais anticipé, ils se déplaçaient comme des soldats : rythme constant et lent, position trahissant immanquablement qu'ils allaient commettre une action illégale, regard inquiet et suspicieux. L'archétype de l'attitude louche. Afin de ne pas me compromettre inutilement, j'avais demandé à Agathe d'expliquer le plan aux Chiens, au centre de la ruelle, pendant que je m'occupais de monter la garde. Je n'avais pas vraiment envie d'être surpris par les troupes de Radamanthe, et si je savais qu'un Chien pouvait faire une bonne sentinelle, je préférais assumer moi-même cette tâche ingrate, pour être sûre qu'elle soit accomplie avec diligence.

Sans prétention aucune, je pense qu'aucun des Chiens n'aurait localisé la silhouette furtive que j'aperçus assez loin, m'observant. J'étais suffisamment dans l'ombre pour qu'elle ne reconnût pas mon visage, mais j'eus tout le loisir de voir qu'elle portait une longue capuche noire, qui couvrait sa tête et occultait son visage. Ça, ce n'était pas un Chien. Et dans une ville sur le point d'être assiégée, la probabilité de rencontrer un individu suspect ne faisant pas partie de notre unité, à cette heure de la nuit, était vraiment faible - nulle, en vérité. Inutile de préciser que la conclusion s'imposa à moi-même : un de nos hommes avait été suivi, et il était sur le point de compromettre toute notre opération. J'ignorais de qui il s'agissait, mais je savais simplement que ces individus n'étaient pas passé à l'attaque pour le moment. Ils devaient savoir quel était notre plan - qui, en soi n'avait rien de très original -, et ils attendaient le bon moment pour nous cueillir. Si j'avais été à leur place, j'aurais filé les infiltrés, je leur aurais tendu un piège au moment où ils passaient à l'attaque de la porte, coinçant ainsi les troupes à l'intérieur de la ville, et écrasant au passage le détachement envoyé par Taorin. Un premier assaut repoussé, des ennemis en moins, et un regain de moral de la part des défenseurs, tout en ayant la certitude d'avoir éliminé, au moins en partie, les dangers intérieurs. C'était un coup de génie. Heureusement que j'avais été là, sinon nous serions probablement tous morts.

Il me fallut faire un effort de volonté pour me montrer patient, et attendre qu'Agathe terminât son explication. Je ne tenais pas à alerter nos poursuivants. Ils devaient savoir que nous allions projeter une attaque, et ils entendaient probablement nous suivre. Nous pouvions leur jouer un sale tour si je m'y prenais assez vite, mais cela revenait à prendre des risques énormes - pas moi, naturellement -, et à modifier considérablement notre plan. Je pesai un instant le pour et le contre... la réussite de notre mission et la victoire des troupes de Taorin d'un côté ; la vie de quelques Chiens misérables, incompétents, et de toute façon prêts à mourir de l'autre. Hmm... Le choix fut rapidement fait. Je m'éloignai de mon poste de garde, et rejoignis le cœur de la ruelle, m'armant de toute l'autorité dont je disposais :

- Changement de prrogrramme, notrre plan initial est trrop dangerreux.

Les Chiens se tournèrent vers moi, l'air menaçant. Je n'eus même pas un haussement de sourcil face à leur pathétique démonstration de force :

- Vous avez peur ? Vous pourrez rester en arrière si vous le voulez.

Ils rirent, les sots. Je repris, d'une voix toujours aussi calme :

- Disons cela, oui... Peurr que notrre assaut échoue si nous tombons surr une patrrouille. Nous sommes trrop nombrreux, et pas assez discrrets. Je pense que nous devrrions nous séparrer, et rrejoindrre la porrte parr deux voies différrentes. Agathe vous a expliqué quelle était la marrche à suivrre une fois là-bas ? Si un des grroupes n'a pas atteint la porrte, agissez selon le plan prrévu. Vous êtes tous prrêts à mourrirr pour Taorrin, alors n'hésitez pas. Jamais.

Ils m'avaient écouté cette fois, conquis par les arguments tout à fait plausibles que je leur avais servi. De toute évidence, c'étaient de bons soldats, car ils hochèrent la tête sans dire un mot, redevenus soudainement sérieux. Je fis les groupes de manière parfaitement arbitraire. Agathe avec moi, ainsi que trois autres Chiens que j'estimais compétents. Les autres, au nombre de cinq également, seraient commandés par un homme particulièrement peu intelligent, qui parut prendre comme un grand honneur le fait d'avoir été choisi. Ses quatre compagnons durent se dire que j'étais devenu fou, ou que l'obscurité m'avait fait confondre les visages. Ni l'un ni l'autre. Nous nous séparâmes alors, nous souhaitant mutuellement bonne chance, et mon groupe emprunta l'étroite ruelle de secours, pendant que j'ordonnai au deuxième de filer du côté de la rue où je n'avais pas vu d'espions. Une fois que nous eûmes quitté la moitié des nôtres, j'imposai à ceux qui me suivaient un rythme infernal pour quitter les lieux. Ils ne devaient pas comprendre où je voulais en venir, mais je n'avais pas le temps de le leur expliquer. Si jamais les troupes de Radamanthe avaient compris que nous nous étions séparés, ils nous feraient suivre, et j'aurais aggravé inutilement la situation.

Nous sortîmes de l'étroit passage, et ce fut au pas de course que nous rejoignîmes un endroit plus abrité, un dépôt pour vieilles caisses de marchandises, derrière lesquelles nous nous cachâmes. J'entendais la respiration lourde des Chiens, recroquevillés, mais je ne pouvais pas leur en vouloir. Ce climat n'était pas le leur, et je n'étais moi-même pas très à l'aise - cela ne m'empêchait pas de rester maître de ma respiration, et totalement capable de demeurer silencieux. Je me tournai vers Agathe, qui attendait la suite, et lui ordonnai (très) fermement, tout en griffonnant plusieurs notes à la va-vite, sur lesquelles je consignai toujours la même chose :

- J'ai une mission pourr vous. Vous allez porrter ces messages au pigeonnier le plus prroche, et les envoyer. C'est une question de vie ou de morrt ! Je me fiche de la rrésistance que vous trrouverrez là-bas, je me fiche que vous deviez tuer les garrdes, ces messages doivent parrtirr. C'est comprris ? Faites aussi vite que possible, et rendez-vous ensuite à notrre auberrge !

Elle dut comprendre, au ton de ma voix, que je ne faisais pas ça pour plaisanter. La situation était bien trop grave, et trop de vies en dépendaient. Elle hocha la tête silencieusement, récupéra les messages, et s'éloigna d'un pas rapide en direction du pigeonnier qu'elle connaissait bien, pour y avoir porté plusieurs missives à Taorin. Le plan que j'étais en train de mettre en place était particulièrement audacieux, et très risqué, mais je n'avais pas le choix. Cinq lettres, cinq pigeons, cela voulait dire cinq messages susceptibles d'arriver jusqu'au camp des Seigneurs Pirates. Par directement, bien entendu, mais ils avaient des sentinelles postées un peu partout. Et si la nuit était noire en ville, à cause des bâtiments, le ciel était relativement dégagé. Cinq pigeons quittant leur promontoire seraient peut-être repérés par une sentinelle - c'était tout de même le moyen de communication privilégié des gouvernements pour communiquer avec leurs alliés en temps de guerre -, et le cas échéant, on lancerait peut-être quelques rapaces. Un seul pigeon aurait pu échapper à l'encerclement de Taorin, et se faufiler malheureusement : mais sur cinq tentatives, au moins un de mes messages parviendrait jusqu'au camp. Il fallait espérer que cela se fît rapidement. Pendant ce temps, les trois Chiens et moi-même prîmes une autre direction.

- Ce n'est pas par là que se trouve la porte principale, monsieur.

- Je sais, répondis-je d'une voix tranquille. Mais les plans ont changé.


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Devenir Emir à la place de l'Emir Agathe10

Agathe arriva auprès du pigeonnier, toute essoufflée d'avoir couru dans les rues. Elle avait fait vite, évité deux patrouilles qui étaient passées juste à côté d'elle sans la voir, puis avait détalé sans demander son reste, profitant de chaque zone d'ombre pour se dissimuler. Elle avait probablement eu de la chance de ne croiser personne, mais ce genre d'opérations ne fonctionnait que parce que les gens qui y participaient étaient chanceux. Elle s'arrêta un instant, pour retrouver un peu ses esprits, et avisa la situation. Les pigeons de Radamanthe se trouvaient dans une tour légèrement gardée. Naturellement, si des espions voulaient faciliter une attaque, ils n'envisageraient pas d'attaquer un pigeonnier, car la plupart avaient été entraînés pour rejoindre les villes du Harondor. Quel intérêt auraient-ils eu à cela ? C'était probablement ainsi qu'avaient raisonné les capitaines lorsqu'ils avaient décidé de ne placer qu'un homme à la surveillance de la porte. Agathe ne savait pas trop comment l'approcher. Devait-elle ruser ? Devait-elle tenter de le séduire ? En avait-elle le temps ? Elle n'avait pas regardé les missives, mais elle savait que les choses avaient changé radicalement, et le facteur temps était crucial alors. Ce fut la raison pour laquelle elle sortit sa dague, et entreprit de contourner le bâtiment. Il était circulaire, et elle n'eut aucune difficulté à se rapprocher par derrière du garde, qui ne la voyait pas.

Pour le distraire, elle jeta un petit caillou non loin de lui, attirant immédiatement son attention. L'homme, de toute évidence peu entraîné, avança sans prendre le temps de baisser sa lance. Avant qu'il eût compris ce qu'il lui arrivait, une jeune femme lui sautait dessus avec violence. Elle lui asséna un redoutable coup sur la nuque, qui aurait dû l'assommer, mais il était visiblement très costaud, et elle très inexpérimentée. Il s'effondra net, mais entreprit de se relever malgré tout. Agathe, terrorisée, lui donna un coup de pied dans les côtes qui leur tira un grognement à tous les deux. Son armure était plus dure que prévu. Elle se mordit la lèvre, en constatant qu'il ne voulait toujours pas sombrer dans l'inconscience. Elle avait prévu de l'assommer et de le cacher dans un coin, comme elle l'avait déjà vu faire à de nombreuses reprises, et elle n'avait pas prévu que ce serait la première partie de son plan qui échouerait. Elle ne voulait pas le tuer, pas un innocent qui ne faisait que défendre un pigeonnier ! Mais elle savait au fond d'elle-même que sa survie, la survie de Salem, et celle de tous les hommes de Taorin dépendait de son geste. Alors, fermant les yeux pour ne pas trop en voir, elle retourna l'homme et lui trancha la gorge. Elle sentit le garde se débattre encore : elle n'avait pas tranché suffisamment ! Elle avait involontairement retenu son geste, et n'avait que coupé la peau, ce qui laissa à son adversaire le temps de s'emparer d'elle et d'essayer de la déséquilibrer. Paniquée, elle trancha de nouveau, mais cette fois en y mettant toute sa force. La lame, elle la vit, s'enfonça distinctement dans les chairs, dans la gorge, et un flot de sang lui gicla au visage, dans la bouche, dans les yeux. Elle frémit d'horreur, et repoussa le cadavre soudainement devenu très lourd de ce qui avait été un être humain.

Elle faillit se pencher pour vomir, mais elle sut qu'elle n'avait pas le temps pour ça, et elle tira le corps du malheureux à l'intérieur du pigeonnier. Elle tremblait de tout son être, et ce fut d'un pas très mal assuré qu'elle gagna l'étage où roucoulaient les volatiles. Peut-être fut-ce à cause de l'odeur de sang qu'elle dégageait, ou bien à cause de ses nerfs mis à rude épreuve, mais quoi qu'il en fût elle eut grand peine à attraper les pigeons qui semblaient se dérober sous ses doigts rendus poisseux par le sang. Elle glissa les messages dans de petits cylindres de métal, essayant de ne pas les couvrir de taches rougeâtres, puis les accrocha d'une main fébrile aux pattes de oiseaux, qu'elle envoya dans les air. L'opération lui prit fort peu de temps, mais elle eut l'impression que cela durait une éternité. Et quand enfin, le dernier pigeon se fut envolé, elle se laissa aller contre le mur, et s'écroula assise. Elle l'avait fait... elle avait tué un homme de sang-froid. Un innocent. Elle avait un goût amer dans la bouche, la sensation d'avoir franchi une barrière qu'elle s'était toujours refusée à sauter. Peut-être avait-elle en plus surestimé sa hauteur. A chaque fois qu'elle l'avait vu faire, elle avait cru qu'il s'agissait d'un jeu d'enfant. En réalité, tuer était beaucoup plus difficile qu'il n'y paraissait. Elle inspira profondément, et essaya de chasser le sang de sa bouche, à l'aide de sa manche. Puis elle se releva. Elle n'était pas en sécurité, ici.


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Nous atteignîmes la porte Ouest de la cité une vingtaine de minutes après avoir quitté Agathe. Nous avions fait bien attention à ne pas nous faire repérer, et nous avions donc pris notre temps pour nous faire discrets. De toute façon, désormais, du temps nous en avions. Les messages pour Taorin avaient dû partir depuis un moment, et il était probable qu'il les eût intercepté. Si ce n'était pas le cas, nous n'aurions qu'à aller nous recoucher bien sagement. Mais j'avais l'intuition que les choses allaient mieux se passer. La grande question était : combien de temps faudrait-il à Taorin pour armer un groupe suffisamment important pour attaquer la porte, et l'envoyer jusqu'ici. Je tablai sur un peu moins d'une heure, environ. Il nous faudrait donc patienter.

Pendant ce temps, je partis faire un peu de reconnaissance, et j'envoyai un des Chiens chercher Agathe. Nous aurions besoin d'elle avant la fin. J'observai les remparts, et en profitai pour analyser le rythme des sentinelles. Il y avait douze hommes autour de la porte, ou susceptibles de s'en approcher. Notre objectif serait de les neutraliser le plus rapidement possible. Cinq flèches, cela voulait dire à peu près trois morts, à cette distance. Le temps pour les autres de réagir, nous aurions probablement déjà tiré une seconde salve, qui serait encore un peu moins efficace. Bref, il resterait sans doute deux adversaires pour chacun de nous à l'issue des tirs, et cela représentait un défi de taille qu'il allait falloir surmonter. J'inspectai également les environs, pour voir s'il y avait des patrouilles. Par chance, la plupart des troupes de Radamanthe surveillaient les points stratégiques : la caserne, le palais, la porte Sud, etc... Patrouiller la nuit par ce temps, et quadriller la ville, c'était employer des hommes à traquer des chimères, les fatiguer et les démoraliser inutilement. Et puis... il était probable qu'il n'imaginât pas les pirates suffisamment malins pour le prendre au piège, et qu'il eût toute confiance dans son réseau d'espions. Toutefois, même si nous avions la possibilité de nous emparer de la porte plus ou moins discrètement, l'arrivée de nos renforts poserait un problème de taille. Ils seraient repérés par d'autres sentinelles, et auraient du mal à tenir la place. Toutefois, ce n'était pas mon problème.

Lorsque je revins de mon tour, l'heure était presque arrivée, et Agathe nous avait rejoint. Elle s'était nettoyé le visage et les mains, de toute évidence, mais une tâche plus sombre maculait le haut de sa tunique. De toute évidence, elle avait croisé la route d'un garde qu'elle avait dû supprimer. Son visage était baigné par les ombres, mais je crus y déceler un léger malaise. J'aurais peut-être dû en tenir compte, mais je n'étais pas là pour faire dans le sentimentalisme.

- La porrte ici est moins bien garrdée que la porrte Sud. Nous pouvons nous en emparrer parr la forrce, mais il nous faudrra êtrre prrécis et efficaces. Êtes-vous prrêts ?

Ils me firent signe que oui. Je déployai les hommes, et chacun s'empara de l'arc qu'il avait passé en bandoulière. C'étaient de petites armes discrètes, rien d'aussi puissant que les arcs longs des hommes de l'Ouest, mais ils feraient leur office. Après tout, les protections des Harondorim n'étaient pas très épaisses. Une fois en place, je pris une inspiration, et ajustai une des sentinelles que je m'étais désigné, et tirai. Je n'avais jamais été particulièrement doué à l'arc, mais je n'aurais pas pu manquer ce garde. Il marchait à un rythme régulier, lent et mesuré. Il m'avait simplement fallu me caler dessus pour l'abattre, et à cette distance c'était un jeu d'enfant. Mon trait le frappa en pleine poitrine, et il bascula par-dessus les remparts, emporté par son élan. Les autres tirs eurent un succès mitigé, et il y eut un autre mort, mais deux blessés. Les gardes se mirent alors à crier des ordres, cherchant d'où venaient les tirs. Nous eûmes de la chances qu'ils regardassent en premier au bas des remparts. Je ne compris pourquoi que lorsque je vis une flèche emporter un des hommes, alors que nous n'avions pas encore tiré. Les troupes de Taorin étaient déjà là !

Alors, nous tirâmes une autre salve, et chargeâmes. Cette fois, ils nous localisèrent, et portèrent la main à leurs épées pour nous défier. Ils avaient l'avantage de la hauteur, nous avions l'avantage de la détermination. En tête, je bloquai le coup de taille du premier, attrapai son col et le jetai à bas des escaliers. Ce n'était pas très loyal, mais efficace. En trois pas, je me retrouvai en haut des remparts, pour prendre à revers les autres guerriers. S'en suivit une mêlée d'une intensité rare, où nous subîmes deux pertes, mais de laquelle nous sortîmes victorieux - naturellement. J'avais pour ma part occis trois hommes, en plus de celui que j'avais abattu à l'arc, ce qui était plutôt honnête pour une mise en jambes. Je laissai le Chien aller crier à ses compagnons de cesser le feu, et je descendis avec Agathe m'occuper d'ouvrir la porte. Le mécanisme était ancien mais bien entretenu, et s'il grinça perceptiblement, ce n'était pas le pire que j'avais dû pousser. Toutefois, il nous fallut tous nos efforts pour arriver à ouvrir complètement les battants, et nous bénéficiâmes de l'aide bienvenue des soldats de Taorin, qui tirèrent sur les battants de toutes leurs forces.

Il n'y eut cependant aucune exclamation de joie, aucun cri de victoire, au lieu de quoi le chef de groupe se présenta à moi :

- Bien joué, me cracha-t-il avec un accent à couper au couteau. On se charge du reste. (puis à ses hommes). Prenez position là-haut, et surveillez cette rue, et celle-là aussi ! Que Melkor vous emporte si vous les laissez passer !

Les hommes obéirent avec une efficacité assez intéressante. Ce n'était pas une avant-garde choisie au hasard, de toute évidence. D'anciens militaires, peut-être. Le chef revint à moi, et ajouta :

- Les Harondorim ont massacré une partie de ceux qui ont voulu prendre la porte Sud. Je parle de vos hommes, bien entendu. C'était un sacrifice nécessaire.

- En effet.

Je n'ajoutai rien. Comment lui dire que ce n'étaient pas mes hommes, que je n'avais rien à faire de leur vie, et que j'avais plus ou moins commandité leur assassinat par procuration, en les envoyant à une mort certaine avec un chef incompétent ? Il n'aurait pas compris la logique derrière tout ça. Une fois en place, les hommes allumèrent une torche de belle taille, qu'ils agitèrent comme un phare dans la nuit. Sa lueur devait apparaître jusqu'au camp des Seigneurs Pirates. Ce devait être le signal attendu, car bientôt une clameur féroce se fit entendre. La bataille commençait officiellement. Et bientôt, sur cette petite porte ridicule, fondraient les forces d'Umbar et du Harad d'une part, et de Dur'Zork d'autre part. La pensée de me retrouver au milieu de ces deux vagues déferlantes, croyez-le ou non, me tira un sourire ravi.

Les choses devenaient enfin intéressantes.


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Dernière édition par Ryad Assad le Lun 7 Avr 2014 - 17:56, édité 1 fois
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Taorin
Capitaine des Chiens du Désert
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyDim 26 Jan 2014 - 19:17
Taorin sortit de la tente de commandement, une fois le plan d’attaque déterminé. Une première vague de cent mercenaires endurcis s’approcheraient discrètement des murailles, et sécuriseraient la porte sud une fois cette dernière occupée par les Chiens infiltrés dans la cité. Ensuite, une centaine de cavaliers des tribus du désert pénétreraient dans la ville, suivis d’un demi-millier d’esclaves et de recrues arrachées à leurs foyers dans les villes occupées. Viendraient ensuite autant de corsaires et de mercenaires, aguerris par des années de combats, et prêts à éliminer toute résistance qui n’aurait pas été balayée par la vague hurlante de soldats de fortunes. Le reste des troupes suivrait ensuite, et prendrait le contrôle d’une ville sans défenses, prête à être pillée.

Le sabre de Castamir l’Usurpateur battait son flanc, cognant contre la cuissarde de cuir qui était passée sous l’ample tunique blanche qu’avait revêtu le Chien Borgne par-dessus son armure. Un bandeau rouge sang cachait l’œil dévasté et une partie de la cicatrice qui traversait la moitié gauche du visage du capitaine des Chiens du Désert, se perdant ensuite sous le turban noir qui ne quittait jamais, d’après les rumeurs, le sommet du crâne de Taorin, retombant ensuite sur son épaule gauche. Une barbe de trois jours couvrait la mâchoire du Seigneur Pirate, tâche noire sur une peau déjà sombre.

Un homme bondit sur l’initiateur de l’invasion dès qu’il mit un pied hors de la tente, et l’assaillit de ses paroles. Après avoir passé le plus rapidement possible les civilités d’usage, il attaqua la raison de sa venue : cet homme, engagé par l’un des Neufs, semblait croire que ses talents étaient mal utilisés, et souhaitait se voir confier une mission plus adaptée à ses compétences. Taorin le toisa quelques instants, puis lui fit signe de le suivre. Après un hochement de tête en direction d’un Chien qui attendait son capitaine, il avança d’un pas vif, se frayant un passage au milieu du campement en direction d’une colline un peu à l’écart, le mercenaire sur les talons, le Chien suivant quelques mètres derrière.

« Vous êtes cet empoisonneur qu’a engagé Riordan, n’est-ce pas ? Il m’a glissé quelques mots à votre sujet. » Sans attendre la réponse d’Ashkan, il continua. « J’ai une mission pour vous. Vous accompagnerez les troupes d’assaut cette nuit, parmi la première vague, et vous profiterez du chaos pour vous infiltrer dans Dur’Zork. Vous prendrez ensuite contact avec nos agents de l’intérieur. Ils seront prévenus, si nous en avons l’occasion, mais il se peut aussi que vous vous retrouviez seul. Auquel cas, vous aurez pour mission d’assassiner les officiers ennemis, d’empoisonner la soldatesque pour l’empêcher de combattre, bref, de tout mettre en œuvre pour affecter l’ennemi et nous faciliter la tâche. Si néanmoins vous parvenez à prendre contact avec nos hommes de l’intérieur, vous suivrez leurs instructions. Elles devraient néanmoins être similaires aux miennes. Ceci ne vaut que si notre assaut échoue, bien sûr. S’il réussit, vous serez payé et vous vous serez épargné une lourde besogne. » Taorin s’arrêta, regarda Ashkan, et poursuivit : « Vous aurez une prime pour chaque officier mis hors d’état de nuire. Sachez que nous pouvons nous montrer très généreux envers nos alliés… » Le Chien Borgne repartit, montant à grandes enjambées la pente de la colline, l’empoisonneur toujours sur les talons. Il se retourna une fois arrivé en haut, et conclut : « Vous pouvez disposer. »

*** *** *** *** ***

Taorin restait immobile, dressé sur sa monture, entouré des Seigneurs Pirates eux aussi à cheval, escortés par les Chiens du Désert au complet et quelques dizaines de corsaires de confiance. Aucun vent ne soufflait sur la plaine, laissant les bannières pendre des étendards. Juchés au sommet d’une petite colline, un peu décalé par rapport à la porte Sud, l’état-major de l’armée qui assiégeait la capitale du Harondor supervisait l’assaut. La première troupe de mercenaires était déjà en route, progressant aussi discrètement que possible, les armes noircies au charbon, tâche sombre mouvante sur la terre noire. Dans le camp, la première vague se préparait : les régiments se mettaient en formation, les officiers admonestant leurs troupes pour leur faire former des rangs convenables, rappelant les consignes, leur précisant qu’il leur faudrait parcourir au pas de course le petit kilomètre qui les séparait des murs de Dur’Zork. Les hommes, anxieux, vérifiaient que leurs épées sortaient facilement du fourreau, que leurs vouges étaient bien aiguisées, que leurs bottes étaient bien lacées. Sur leur gauche, les clans haradrim mettaient le pied à l’étrier, formation quelque peu chaotique mais aguerrie par des années de combats dans le désert. Taorin sourit : tout se déroulait comme prévu.

Soudain, des éclats retentirent au contrebas, dans le camp éclairé par la lune et les nombreuses étoiles. Des hommes s’agitaient, et, peu après, un cavalier arriva au galop vers les Neufs. Hors d’haleine, il tendit un morceau de papier, de ceux que l’on fixe aux pattes des pigeons voyageurs, au Chien Borgne, tenant le cadavre du volatile de l’autre main. Taorin attrapa le papier, le lut, et, le visage pâle, se retourna vers les estafettes, et leur dit :

« Allez prévenir la troupe d’assaut, le plan a changé ! Il faut qu’ils prennent possession de la porte Ouest, et non plus de celle du Sud. Prévenez aussi le reste des troupes : je veux que deux cents hommes de la première vague marchent sur la porte Sud comme il était prévu de le faire, et fasse du bruit. Qu’ils la prennent si possible, mais surtout, qu’ils attirent le plus de troupes ennemis sur leur position avant de rompre le combat. Vous leur direz que des renforts les soutiendront rapidement. Prévenez le reste des hommes de se dépêcher de se mettre en position. Allez ! »

Les cavaliers partirent au triple galop, dévalant la pente de la colline en direction du camp et des mercenaires déjà bien avancés dans la plaine. Les Neufs et leurs gardes du corps se mirent en branle, changeant de poste d’observation afin de pouvoir au mieux coordonner leurs troupes et la chute de Radamanthe.

*** *** *** *** ***

Devenir Emir à la place de l'Emir 468407conanartwolfofthesteppes

Baidaq avait dégainé ses deux sabres lorsqu’il pénétra dans la ville qu’il était venu piller, attiré par les promesses d’or et de rapines qu’avaient fait diffuser les maîtres d’Umbar. Avec ses quelques compagnons, ils formaient une petite compagnie de lames à louer, et n’avaient pas de contrat lorsqu’ils avaient entendu l’appel des pirates. Venu du lointain Khand, Baidaq avait travaillé dans toutes les terres du Sud, tuant contre de l’or pendant près de vingt ans. Il s’était rangé sous les drapeaux de l’Empereur lorsque le Harondor avait été envahi par les Bleus, il s’était battu sous ces mêmes remparts, près d’une dizaine d’années plus tôt. Aujourd’hui, il y revenait, au service d’autres hommes, pour renverser ceux qui avaient pris la place des Estriyya lorsqu’ils avaient quitté le pays.

Entouré par ses compagnons de longue date, formant une petite escouade d’une petite dizaine de combattants endurcis, Baidaq avait pour mission de sécuriser plusieurs ruelles menant à la place qui s’étendait derrière la porte en attendant l’arrivée du gros des troupes. Des trompes avaient déjà sonné, et le vacarme de centaines d’hommes en marche allait faire accourir rapidement l’ennemi. Le khandéen sourit à l’idée de verser le sang de nouveau.

Ils s’avancèrent dans la petite rue déserte. L’Oriental fit signe à ses compagnons de se disperser, et il s’approcha d’une porte, qu’il défonça d’un violent coup d’épaule. Ses sabres au clair, il pénétra dans la bâtisse, une petite boutique de cordonnier, et, secondé par un autre mercenaire au visage dur, entreprit tirer les habitants de leur sommeil, pendant que, dans tout le quartier, des groupes de fantassins pénétraient dans les bâtiments pour s’assurer du contrôle total de la porte. Des cris retentirent alors que des civils étaient découverts cachés sous leurs lits, apeurés, par des brutes sorties de la nuit.

Ne trouvant guère qu’un vieillard trop malade pour gêner le moindre combattant des troupes des Neufs, Baidaq ressortit, déçu de n’avoir pas pu humidifier ses lames du sang d’un imprudent. Soudain, des bruits de bottes retentirent : des hommes d’arme arrivaient en courant, un petit groupe d’une dizaine d’hommes, vraisemblablement des gardes qui patrouillaient déjà dans le quartier. Baidaq cria afin de prévenir ses hommes qui n’étaient pas encore ressortis de leurs visites surprises aux habitants de la capitale de Radamanthe l’Usurpateur, et se prépara à combattre, un horrible rictus sur le visage.

Les gardes pilèrent quand ils virent les mercenaires lourdement armé sortir des bâtisses bordant la rue, puis, après avoir repris leurs esprits, s’élancèrent en hurlant leurs cris de guerre. Les hommes de Baidaq n’en attendaient pas tant, et s’élancèrent à leur tour, hurlant, enivrés d’adrénaline. Les deux groupes se heurtèrent violemment, et Baidaq sentit l’une de ses lames crisser sur la cotte de mailles d’un des gardes. Ce dernier, sonné, n’eut pas le temps d’éviter le coup qui suivit, et qui lui lacéra le visage, le projetant à terre, mourant. Riant presque, pareil à un démon tout droit sortit des enfers, Baidaq se plongea dans la mêlée, sans entendre les hurlements du cor d’alarme dans lequel soufflait l’un des soldats de Radamanthe resté en arrière…


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Thorondil
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyMer 5 Fév 2014 - 18:03
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Dans le groupe d'assaillants qui chargeait la porte ouest à la faveur de l'obscurité, Ashkan se tenait un peu en retrait, maintenant de grandes enjambées pour ne pas se faire distancer par les gaillards qu'il accompagnait. Suivant les consignes de Taorin, sa mission était de se faufiler à l'insu de tous au cœur de la ville pour y porter ses propres coups. A lui donc de jauger le moment décisif où il devrait se défaire du gros des combattants pour suivre sa propre direction. Et une direction fort rentable d'après ce que le Chien Borgne avait laissé entendre. Une prime pour chaque officier à terre... Des mots qui avaient valu à Taorin une révérence de remerciement au moment de prendre congés. Les Pirates n'étaient pas des individus réputés pour la fiabilité de leurs paroles, mais en affaire l'ancien esclave savait mener sa barque et craignait peu une traitrise des Seigneurs. Malheur à celui qui songerait à le doubler. C'est donc l'esprit à ses plans d'assassinats que le Scorpion passa la Porte Ouest aussi ouverte que pour accueillir un prince allié.

La prise de l'entrée s'était déroulée en un temps record et dans une agitation si brève qu'elle n'aurait pu à elle seule donnée l'alarme à la ville. Les archers, avec une efficacité aléatoire avaient malgré tout sapé les quelques gardes à porté, tandis que ceux de l'intérieur fauchèrent les autres. A peine entrés dans la ville, certains se répartir les maisons les plus proches, avec une soif de sang presque malsaine et le besoin de tuer dans les yeux. D'autres, au contraire, restèrent sécuriser la porte, remplaçant les gardes occis aux emplacements stratégiques.
Mais ce calme relatif ne dura pas. La véritable bataille commença lorsqu'un homme, armé d'une lourde torche, déclencha le signal tant attendu. Taorin ne fut pas le seul à le voir, Dur'Zork trembla bientôt sous les cors d'alarme et les cloches de détresse.
Ashkan se fendit d'un ricanement sans son dont les vibrations 'ressemblaient fort à celles d'un crotale. Il les entendait déjà crier à l'ennemi, aux secours, à l'invasion... Bientôt les rues, les ruelles, les passages étroits seraient engloutis sous des marées humaines enferraillées et hurlantes qui viendront s'écraser l'une contre l'autre dans le sang et la rage. Le Scorpion inspira à plein poumon l'air frais de la nuit, les yeux fermés. Il entendait, venant de derrière la colline, les troupes de Taorin excitées par la bataille dont les cris et les hurlements ne formait qu'une seule et puissante clameur guerrière. Il entendait, venant de la ville, la cavalcade de centaines d'hommes prêts à tout pour défendre leurs demeures et leur patrie, accourant dans l'urgence. Il entendait les bottes et les fers battre le pavé, la terre et le sable. Il entendait la respiration rapide de ses compagnons et le sifflement bas des armes tirées de leurs gaines. Ashkan ouvrit les yeux et saisit sa dague. Elle émit un étrange crissement en sortant de son fourreau, semblable à nul autre. Les reflets rouges du poison sur la lame appelaient déjà la Mort.

Puis un premier groupe de soldats Harondorim arriva à leur niveau. Ils étaient peu nombreux, des gardes à n'en pas douter. Ils pourraient facilement les défier à un contre un. Certains étaient déjà blessés, sans doute par un des groupes partis en avant dès l'ouverture des lourds battants. Une détermination farouche se lisait pourtant sur leurs traits. Un cor d'alarme raisonna encore dans la nuit, plus pressant que jamais. Le cœur d'Ashkan s'accéléra brusquement. L'adrénaline, la peur et une joie malsaine de se trouver dans la bataille se mêlaient dans ses veines, pulsant dans ses oreilles, aiguisant ses yeux et ses réflexes. Son instinct de survie lui dictait de s'échapper de la trajectoire des soldats mais, écoutant sa raison, il ne bougea pourtant pas. Pas encore, pas encore. Armé de sa seule dague, il ne pouvait faire front comme ces mercenaires lourdement armés qu'il avait suivi jusqu'ici. Il devait jouer plus finement et avec beaucoup plus de prudence. Et soudain ce fut le moment. D'un bond, l'artisan des poisons fut sur son adversaire. Une fulgurante détente le mena droit sur sa cible. Le bras gauche brandit l'arme incurvée qu'il tenait fermement et s'abattit d'un coup sûr et puissant dans le défaut de l'armure, juste au dessus de l'aisselle. La dague fendit la chair, les tendons et les nerfs jusqu'à ce que la pointe ripe sur l'os. L'homme cria d'une douleur innommable. Son bras fut agité de tremblements et il s'écroula, raide mort. Presque immédiatement, la peau autour de la plaie prit une teinte charbonneuse. Le Scorpion prit le temps de s'accroupir pour admirer son œuvre, le visage neutre du savant plongé dans ses recherches. Mais la deuxième vague arrivait déjà, plus nombreuse. Les yeux d'ambre se rétrécirent. Si les renforts n'arrivaient pas vite, ils ne tiendraient pas longtemps face à la déferlante d'hommes en arme. Les cavaliers alliés étaient tout proches mais pas suffisamment pour repousser la deuxième salve. La Mort réclamait son dû une fois de plus.
Ramassé sur lui-même, Ashkan attendit, une fois de plus le dernier moment pour s'élancer. Sa dague érafla la jambe d'un adversaire avant de déchirer l'aine de celui qui vint après lui. De nouveaux hurlements. S'il en avait été capable, l'ancien esclave aurait sans doute ressentit de la pitié pour ses victimes : ce mélange particulier qui ornait sa lame provoquait des brûlures internes digne des flammes du Mordor telle que ceux qui l'expérimentaient mourraient littéralement de douleurs en quelques secondes. Un de ses chef-d'œuvres qu'il réservait pour les meilleures occasions, une distillation complexe et onéreuse de produits rares. Un seul homme à sa connaissance avait survécu, après deux jours de souffrance atroce et une amputation, le malheureux était devenu fou.

Le Scorpion regarda autour de lui. L'armée de Taorin était là et à l'opposé de la place, la troisième vague des défenseurs accourait. Il ne lui fallait pas longtemps pour comprendre qu'il était temps pour lui de s'éclipser, de laisser aux brutes le travail de brutes. Il lui fallait mettre la main sur son contact. Difficile au milieu de ce chaos de trouver un visage. Pire encore, il n'avait de cet homme qu'une très vague description, un prénom et un lieu de rencontre éventuel. Autant chercher une vipère des sables dans le désert à midi !
L'empoisonneur se glissa comme une ombre dans la plus sombre des ruelles adjacentes. Là, dans ce minuscule espace, s'entassaient gravats et tonneaux vides, loin des regards. Mais une large main se saisit brusquement de son poignet et le tira avec violent. L'articulation protesta et, sous la poigne, il lâcha la dague. En face de lui, un soldat le dévisageait d'un air mauvais. Le haut du crâne du haradrim arrivait tout juste à l'épaule de l'agresseur. Cette différence notable semblait donner confiance à l'autre homme qui se décidait à jouer un peu avec sa proie. Il le croyait à sa merci.

« - Où comptes-tu donc aller, chacal du sud ? » grogna-t-il.

Un grand sourire malsain se dessina sur le visage d'Ashkan. Un fanfaron ! De tous les soldats qui auraient pu lui tomber dessus et le tuer dans la seconde sans la moindre somation, il était tombé sur un fanfaron. C'était là sa chance. Un chaton qui se prenait pour un fauve à jouer ainsi avec un scorpion... et tout le monde sait ce qui arrive aux chatons imprudents... Sans sa dague, il devait passer au plan B. Si vif que le soldat n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il attrapa la nuque de celui-ci à pleine main.

« - Où je vais, esclave du Gondor, je ne sais pas encore... mais moins loin que toi en tout cas ! » ricana-t-il entre ses mèches folles qui lui recouvraient à demi le visage.

Il nota sous ses doigts les épaules du soldat se crisper. Alors il retira lentement sa main. Entre son index et son majeur, il tenait une longue et fine aiguille qui s'extirpait avec lenteur de la chair de sa quatrième victime de la soirée. Entre le casque et l'épaulière, si proche de la carotide... Plus rien ne pressait, le poison avait déjà fait son œuvre.
Le soldat était désormais totalement tétanisé. Ses yeux le fixaient avec une surprise choquée. Bientôt il pourrait y lire le questionnement, la peur, puis l'horreur. L'empoisonneur en connaissait parfaitement les symptômes : les paupières et les cordes vocales tout d'abord cesseraient de fonctionner, puis le diaphragme ne se contracterait plus, stoppant la respiration, puis les autres muscles se relâcheraient et l'homme s'écroulera encore vivant, incapable de bouger ou de respirer, obligé de regarder son asphyxie dans la plus totale impuissance. Les yeux sous les paupières closes rouleraient de terreur, son visage deviendra rouge, puis bleu et le monde autour de lui disparaitra dans le bourdonnement de ses oreilles. Et enfin, la mort dans un dernier frémissement.
Aconit, curare, datura, digitale, ciguë... toutes des valeurs sûres que chacun connaissait mais que peu savaient reconnaitre et encore moins utiliser. Et rare étaient ceux qui, comme Ashkan, connaissaient chaque substance, chaque procédé pour les sublimer, les rendre plus violentes, plus rapides et plus sûres. C'était pour cela qu'on faisait appel à lui, c'était pour cela que cet homme-là n'avait eu aucune chance.

Le corps dissimulé parmi les déchets de la ruelle, le Scorpion récupéra son arme au sol et resta un instant songeur dans l'ombre. Devait-il prendre l'uniforme et l'équipement ? Mais rien ne lui garantissait que les Chiens infiltrés ne soient pas capables de le confondre avec leurs adversaires ! Il se contenta donc de lui faire les poches, jetant les babioles et autres porte-bonheur dans un coin, ne gardant pour lui que l'or et quelques menus effets d'une valeur relative.
Sur la place qu'il venait de quitter, l'agitation était encore là, signe que tous les hommes n'étaient pas encore tombés. Une autre vague encore arriverait bientôt, plus organisée.
Assis sur un tonneau, Ashkan réfléchissait. S'il ne parvenait pas à trouver ce fameux Salem, les choses deviendraient bien plus difficiles. Soit, il était patient et organisé, il trouverait facilement à s'occuper en ville mais la tâche confiée par le Chien Borgne n'allait pas être aisée. Pas que les cibles soient plus ardues à atteindre que d'autres, non. Mais leur quantité et l'impératif de temps serait un défi en soi. Les défis étaient stimulants et Ashkan s'en frottait les mains d'avance.  Son esprit affuté prenait déjà les dispositions nécessaires à l'élaboration de ses plans. Restait pourtant un énorme problème à résoudre, si Salem demeurait introuvable, il aurait bien du mal à trouver les points stratégiques dans cette grande ville inconnue et perdrait un temps précieux... Et avec ça beaucoup d'argent. C'était intolérable ! Ne sachant qu'à peine lire, une carte lui serait d'un bien piètre secours. Il lui faudrait donc chercher dans les bas quartiers, parmi la population terrorisée, un gamin débrouillard mais naïf pour lui servir de guide. Restait donc à espérer que l'homme en question le trouverait vite.

Se délestant de sa veste tachée de sang pour n'arborer que sa tunique délavée, il vérifia soigneusement si son bandeau et ses manches camouflaient efficacement les stigmates et tatouages de son passé de melkorite. Il était inutile de rendre ces braves gens à cran plus soupçonneux encore à son égard. Dans une ville assiégée la populace était sur des charbons ardents et n'avait aucun scrupule à lapider de sang-froid un traitre ou supposé tel. Et, en toute honnêteté, Ashkan ne tenait pas à en faire les frais.
Il se tenait là à se préoccuper de son apparence alors qu'à quelques pas seulement, nombres d'hommes tombaient sous les coups des armes au clair. Certains l'auraient traités de lâche, d'autres encore de termes bien moins flatteurs encore mais il n'en avait cure. Il savait ce qu'il en retournait et c'était suffisant. On l'avait payé pour un travail précis et, mort ou blessé, il perdrait toute utilité. Autant se concentrer sur l'important et laisser les géants de muscles se charger de fendre et de broyer. D'un soupire, laissant la bataille derrière lui, il s'enfonça dans les ruelles étroites plus profondément dans la ville.
Si seulement il pouvait mettre la main sur Salem rapidement... Il savait qu'il n'était pas le seul, dans le premier groupe, à avoir reçu cette mission particulière, chacun avec sa spécialité devait porter un coup décisif à la défense ennemie. Et le Scorpion était bien curieux de savoir comment son contact allait pouvoir diriger et gérer une formation aussi hétéroclite pour fournir un résultat satisfaisant. Sans aucun doute un homme intelligent et fin stratège. Voilà qui serait pour le mieux.


Dernière édition par Thorondil le Ven 28 Mar 2014 - 0:17, édité 2 fois
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyMar 25 Mar 2014 - 22:12
L'homme du Nord s'étira et renfila sa chemise; l'air nocturne était frais. Il regarda avec désapprobation les draps froissés lors de l'heure passée avec une compagne de luxe. Les moments de passion lui permettaient de se détendre et vider ses pensées. A présent, il avait à nouveau l'esprit clair. L'homme s'appelait Felix, le Chanceux. Effectivement, jusqu'à là la Fortune lui avait toujours souri. Originaire de Dale, il était un des commandants mercenaires les plus réputés en Terre du Milieu. Il ne perdait jamais ses batailles; certains disaient qu'il était tout simplement chanceux. L'homme de Dale ne partageait pas leur avis sur la matière. Il étudiait longuement chaque offre d'emploi et acceptait seulement les contrats qui avaient une chance considérable de réussite.

Il avait longuement hésité en lisant la missive de Radamanthe trois mois plus tôt. La guerre à l'Est était une chose très différente de celle que pratiquaient les Peuples Libres. Les codes d'honneur, les frontières mal définies, le manque de discipline et de hiérarchie militaire...un véritable cauchemar. Rhûn était la seule contrée orientale que Felix respectait et la destination d'un pèlerinage futur. La raison principale pour laquelle le commandant avait accepté le contrat à Dur'Zork était qu'il s'agissait d'une guerre défensive. Une armée faible mais plus ou moins disciplinée pouvait repousser des assaillants féroces mais peu habitués aux sièges.

L'homme de Dale n'aimait pas le Harondor. Les femmes d'ici étaient exotiques et douées, mais la ville manquait de verdure, contrairement à son royaume natal. Les généraux étaient corrompus et colériques, la nourriture trop épicée. Il ne comprenait pas comment Radamanthe avait pu abandonner le Gondor pour cet endroit...Qu'est ce que les hommes ne feraient pas pour un titre royal.

La porte de la pièce s'ouvrit brusquement, le tirant de ses pensées. Il reposa son poignard en voyant un de ses messagers, rougi et essoufflé.

-Commandant, ça a commencé. Porte Ouest!

Felix enfila une tunique sans dire un mot, et attacha sa rapière à sa ceinture. La Porte Ouest...elle était petite et solide, les généraux de Radamanthe ne s'attendaient pas à une attaque de ce côté là, ayant posté leurs troupes dans d'autres endroits de la ville. Le commandant quant à lui avait préféré prévoir une réponse à chaque scénario possible. Les hauts-gradés du Harondor s'étaient moqués de lui deux mois auparavant lorsqu'il leur avait annoncé qu'une milice des citoyens de la ville serait la clef de leur victoire. Les artisans, marchands, esclaves et serviteurs n'étaient pas des guerriers après tout.

Ils avaient raison. Ce n'était pas des guerriers. S'ils se retrouvaient face à face avec un corsaire assoiffé de sang, les citoyens de Dur'Zork ne tiendraient pas une seconde. Cependant, si on leur donnait une pique de trois mètres de long pour tenir le pirate hors de portée, la chose serait différente. Deux mois d'entrainements quotidiens avaient suffit pour leur enseigner les bases du combat en formation. C'était simple après tout...une rangée double, deux hommes par pique, et orienter le côté pointu vers les assaillants. Il ne manquait plus qu'un stimulus suffisamment puissant pour les empêcher de fuir. Pour un guerrier professionnel, la présence d'un proche ou de quelque chose de précieux était une distraction fatale. Pour un milicien, c'était la source principale de motivation. Les hommes stationnés auprès de la Porte Ouest étaient ceux dont les maisons et boutiques se trouvaient dans le même district. Ils avaient le choix entre repousser l'ennemi ou voir leurs biens pillés, leurs femmes violées, et leurs maisons brûlées.

Cinq minutes plus tard, Felix était arrivé sur place. La porte était ouverte, et une force conséquente ravageait les alentours. Cependant ils ne s'étaient pas encore enfoncés dans la ville. Ils attendaient sans doute des renforts...Les forces des généraux de Dur'Zork n'étaient pas encore sur place. Mal organisées et distraites par une manoeuvre de l'ennemi sans aucun doute. Le commandant avait eu raison de ne pas se fier à eux.

Les miliciens arrivaient à présent, avertis par ses messagers. Les visages pâles, les mains tremblantes, et les regards déterminés.

-Barricades. En position!

L'ordre du commandant eut son effet. Ils exécutèrent la même routine qu'ils répétaient encore et encore aux entrainements quotidiens. Les chariots, préparés auparavant, bloquèrent les rues menant vers le coeur de la ville. Felix appréciait énormément les rues étroites orientales, tellement faciles à boucher...

Cependant les assaillants ne comptaient pas les laisser faire comme ça. Les cris des miliciens massacrés par les hommes de Taorin se firent entendre dans l'air nocturne. C'était le moment de la vérité...

-EN FORMATION MILICIENS! EN FORMATION SI VOUS VOULEZ PAS QUE LES CHIENS DU DESERT VOUS FASSENT COCUS CE SOIR!

Des rangées d'hommes furent formées, tant bien que mal, des piques dirigées vers l'Ouest. Les quelques dizaines de miliciens laissés en réserve furent envoyés dans les ruelles où les ennemis prenaient le dessus.

Ils attendaient à présent l'arrivée des soldats professionnels de Dur'Zork, surtout les archers. Le souci était que les adversaires attendaient eux aussi des renforts. Il fallait resserrer le noeud, boucher la faille dans leurs défenses. La porte était petite, et seuls quelques guerriers pouvaient la franchir à la fois. S'ils arrivaient à bloquer la plupart des forces de Taorin à l'extérieur, la bataille serait gagnée.

-En avant...marche!

Les rangs des miliciens, adossés aux barricades, furent un pas en avant, en agrippant désespéramment leurs piques. Quelques uns tombèrent sous les projectiles ennemis, mais heureusement pour eux, les hommes de Taorin n'avaient pas beaucoup d'archers avec eux.

Si la défense de la ville avait été laissée entièrement aux généraux haradrims, Dur'Zork serait déjà perdu. Et pourtant Felix était loin de jubiler. La bataille n'était pas gagnée, il avait seulement réussi à ralentir la progression des ennemis. Quels renforts arriveront en premier...?


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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyJeu 27 Mar 2014 - 16:42
L'armure impeccablement briquée, chatoyait à la lumière des torches vacillantes, projetant alentour des reflets orangés sublimes, et des ombres formant des motifs tribaux élégants sur le visage des hommes les plus proches. L'épée étincelante quitta son fourreau avec un chuintement sinistre, qui résonna longtemps dans l'air, repris en écho par cinquante lames sœurs, qui pointèrent vers le ciel étoilé, comme en quête d'une assistance providentielle, d'une bénédiction des Valars au nom desquels elles allaient pourfendre chair et acier, semer la crainte et la désolation. Les chevaux piaffaient d'impatience, renâclant et exhalant par leurs naseaux une vapeur qui créait un nuage aussi éphémère qu'effrayant autour de leur tête massive. Leurs yeux respiraient le calme et la sérénité : ils savaient ce qui les attendaient, et n'avaient pas peur. En tête de colonne, le capitaine Vomengorn incarnait la jeunesse dorée de l'armée harondorim. Vingt-cinq ans, né noble et éduqué pour devenir le parfait officier, il avait grandi dans l'idéal des chevaliers, bercé par le récit de leur courage héroïque, de leur détermination sans faille et de leur vaillance à toute épreuve. Il avait étudié la guerre à partir de traités et de romans, et en avait hérité une conception théorique qui ne souffrait, dans son esprit, d'aucune faille. La guerre n'avait qu'une seule issue : la victoire de la cavalerie lourde sur l'infanterie.

Ses hommes étaient une cinquantaine, tous nés dans de bonnes familles ou dans la bourgeoisie aspirant à prendre les armes. Leur équipement était de qualité supérieure, leurs armes forgées par les meilleurs artisans à des lieues à la ronde. L'armure de Vomengorn venait même du Gondor, et aurait été forgée au temps d'Elessar, une époque bénie pour sa famille qui avait migré dans les terres du Sud, en quête de gloire. Les cavaliers, juchés sur de puissants destriers, étaient suivis par une cohorte de trente fantassins, des serviteurs personnels de ces petits seigneurs, pour la plupart, qui accompagnaient leurs maîtres à la guerre et avaient pour tâche de les épauler si une difficulté devait survenir. Par difficulté, ils entendaient un accident commun : une épée qui se coince dans un ennemi, un cheval qui se blesse sur le sol inégal, une sangle qui se desserre. C'était bien là le pire qui pouvait survenir, après tout.

- Cavaliers ! Cria le capitaine, d'une voix qu'il voulait forte et claire.

Il attira à lui le regard des hommes qui le flanquaient, et il se glorifia un instant de l'admiration qu'il lisait dans leurs yeux. Certains étaient plus jeunes que lui, une vingtaine d'années tout au plus. D'autres - beaucoup ! - étaient moins riches, et voyaient dans la proximité qu'ils entretenaient avec lui la possibilité d'obtenir des avantages pour leur famille. Il attira également l'attention du régiment de miliciens, qui marchait au pas, temporisant face à l'ennemi. Les pauvres devaient craindre pour leur vie, et tremper leurs chausses alors qu'ils allaient au contact de pirates assoiffés de sang. Vomengorn croisa le regard du meneur de cette petite compagnie, et lui adressa un salut de la tête qui voulait dire : "ne vous inquiétez pas, nous nous chargeons du reste". S'il avait déjà participé à une bataille dans sa vie, il aurait compris que les gestes de son interlocuteur n'étaient pas des encouragements à charger frontalement les rangs de pirates organisés, à un contre dix, en terrain parfaitement découvert.

- Chargez !

Il n'eût pas le temps d'en dire davantage, et son discours fut avalé par le bruit de tonnerre que firent cinquante montures lancées au triple galop, fracassant les pavés sous leurs pas. Le sol se mit soudainement à trembler, et les pirates se focalisèrent sur cette nouvelle menace. Les cavaliers rompirent la distance en quelques secondes à peine, et s'enfoncèrent comme une lame acérée au milieu des rangs ennemis. C'était ça, la guerre ! Vomengorn jubilait. Son épée se leva bien haut, et s'abattit férocement sur son adversaire, qui bloqua péniblement avec son bouclier de bois. Le métal vainquit le végétal, et heurta le bras du brigand qui poussa un cri de douleur en tombant au sol. Pas mort, certes, mais cruellement blessé. Il roula au sol pour éviter les sabots du fidèle destrier sur lequel était juché le capitaine, qui avançait au mépris de toute considération pour sa survie, au milieu des lignes ennemies. C'était vraiment comme dans les romans ! La cavalerie avançait, et ouvrait une brèche dans la défense adverse, détruisant tout sur son passage.  Le nobliau s'attendait peut-être même à faire succomber davantage d'ennemis, et en réalité, à part le malandrin chanceux qui n'avait écopé que d'une sévère blessure, il n'avait pu porter de coup à personne.

Il arrêta donc sa monture, imité en cela par les cinquante cavaliers et les fantassins qui venaient de les rejoindre péniblement, à court de souffle. Ce fut alors qu'ils reçurent la réponse de leurs adversaires, et qu'ils comprirent réellement ce qu'était la guerre. Les chevaux bougeaient légèrement, et depuis le sol, on avait l'impression que les cavaliers oscillaient de droite à gauche, comme s'ils étaient sur le pont d'un bateau. Ce fut probablement ce roulis équestre qui sauva la vie de Vomengorn, quand une flèche ennemie fila en trombe, passa à cinq centimètres de sa poitrine, et alla se ficher profondément dans l'armure de son voisin. Le trait, tiré à une distance trop courte pour être considéré comme une simple piqure de moustique, avait transpercé l'armure, et s'était enfoncé quelque peu dans la chair. Pas plus que la longueur d'une phalange, mais l'impact se situait au niveau du poumon.

Le malheureux se mit à hurler, et en une fraction de seconde, l'inquiétude gagna les rangs des cavaliers. Leur compagnon était toujours en selle, occupé à essayer de retirer ce projectile bien malencontreusement fiché dans son torse, sans y parvenir à cause de ses gants peu pratiques. Il essaya de tirer dessus, mais son armure ramena la pointe vers sa chair, et pénétra un peu plus profondément, lui tirant un nouveau hurlement de souffrance absolue. Et si aucun de ses compagnons n'agissait pour l'aider, c'était parce qu'en face d'eux, le piège des pirates venait de se refermer, et qu'ils devaient essuyer une charge face à laquelle ils ne pouvaient rien.

Deux cent hommes leur foncèrent dessus, certains usant d'arcs pour les occuper, tandis que les autres surgissaient de toutes parts, armés de cimeterres, de haches, de lances et de piques. Les traits étaient déviés par les épais boucliers que chacun portait, mais les armes d'hast constituèrent une difficulté supplémentaire, à laquelle nul n'était préparé. Les fantassins qui accompagnaient leurs seigneurs, arrivés les derniers, constituaient de fait la première ligne, et ils furent balayés en quelques secondes seulement par la furie des pirates. Les coups de ces monstres, de ces tueurs, étaient précis et déterminés. Ils ne s'embarrassaient pas de respecter l'art du duel, de saluer leur adversaire et de se battre courtoisement. Ils frappaient du pied et du poing pour prendre l'ascendant, usaient de toutes les ruses et les subterfuges qu'ils avaient à leur disposition. Certains mettaient les mains dans le visage, d'autres frappaient à l'entrejambe. Tout était bon pour l'emporter. Les serviteurs, qui n'avaient qu'une formation très sommaire du combat, furent dépassés, surclassés, et finalement massacrés. Leur mort fut aussi douloureuse que vaine, et ils n'emportèrent dans le trépas que bien peu de leurs opposants.

Les cavaliers, qui pour la plupart avaient perdu de leur superbe, semblaient perdus, hésitants, décontenancés par la tournure que prenaient les événements. Les pirates leur semblaient tout à coup bien plus nombreux qu'ils ne l'avaient cru au premier abord. Ils ne ressemblaient plus guère à une horde de bandits et de mécréants, mais bien à des troupes dangereuses et entraînées, commandées par des chefs expérimentés qui donnaient de la voix pour coordonner les opérations. Les harondorim ne parlaient pas bien les langues du Sud, mais ils pouvaient reconnaître les harangues gutturales et barbares, les appels à la mise à mort, et les menaces très imagées qu'on leur criait. Il semblait que plus ils restaient immobiles, plus les hommes perdaient confiance en eux. Les chevaux leur paraissaient tout à coup être des armes moins redoutables, maintenant qu'elles étaient immobilisées, et il leur apparaissait que, en surplombant le champ de bataille, ils s'offraient également à n'importe qui voulait les désarçonner. Vomengorn, quelque peu déboussolé, leva la tête et avisa la forêt de lances et de piques qui continuait à avancer en direction des pirates : les régiments de la milice, leur seule chance de survie. Il n'avait pas vraiment d'autre option que de rejoindre les rangs de ses plus proches alliés, pour coordonner avec eux une manœuvre destinée à reprendre la porte... ce qu'il aurait probablement dû faire dès le départ. Mais l'heure n'était pas aux regrets et aux considérations futiles : il était le capitaine, et il devait sortir ses hommes du guêpier dans lequel il les avait fait tomber. Levant bien haut l'épée, pour retrouver la foi qu'il espérait ensuite réussir à transmettre à ses compagnons, il poussa un hurlement de rage et de peur mêlées, un hurlement déchirant et qui n'avait rien de fier ou de noble. C'était le hurlement d'un condamné à mort qui appelle la corde de ses vœux, le cri d'un marin face à la vague titanesque venue s'abattre sur son frêle esquif, le cri de ceux qui défient la mort de réussir à venir leur arracher leur dernier soupir.

Les cavaliers répondirent dans un bel ensemble, chassant leurs démons et leurs craintes par la voix, chassant leur hésitation par le geste, chassant leur honte dans l'honneur d'un face à face avec une défaite quasi certaine. Les chevaux étaient lourds, les haradrim trop près, et le choc fut rude. Les lanciers s'approchèrent sur les flancs des cavaliers, et les assaillirent avec une rare violence. Les lames acérées glissèrent sur les boucliers, ripèrent sur les plaques d'acier. Et puis, comme si elles étaient animées d'une vive propre, elles réussirent à se frayer un chemin ensanglanté à travers les failles de l'armure, à travers les mailles de la cotte, frappant à la taille les hommes qui, vaille que vaille, se jetaient éperdus dans le feu de la bataille.

Ils tombèrent alors, valeureusement. Les pirates étaient innombrables, et ils étaient pareils à une vague de chair et de fer, engloutissant corps et biens sous leur poids. Ils tranchaient les jarrets des montures, perçaient la gorge des pauvres bêtes effrayées, jetaient à bas les cavaliers qu'ils poignardaient ensuite, encore et encore, jusqu'à avoir assouvi leur soif de sang. Et puis ils les dépouillaient ensuite, récupérant ici une épée, ici une pièce d'armure. Ils n'avaient aucune considération pour la noblesse et la beauté de ces guerriers. Dans la mort, la naissance n'avait plus d'importance. On profanait, on souillait, on insultait la mémoire de ces chevaliers jeunes et vigoureux, tombés pour leur cité, leur famille, leurs proches. Ils étaient mis à mort de la moins noble des manières, sur le dos comme des chiots qu'on égorge, transpercés par des lames trop nombreuses pour voir être parées par leurs mains tendues, depuis longtemps vides d'épée ou de bouclier. Tous les symboles de leur gloire les avaient abandonnés en même temps que la vie, et bien qu'ils raconteraient que leurs amis et compagnons d'armes étaient tombés en héros au champ d'honneur, aucun de ceux qui survivrait à cette journée n'oublierait ce qu'il avait vu aujourd'hui : la mort dans son expression la plus cruelle et la plus pure, qui multipliée à la dizaine donnait le combat, et à la centaine donnait la guerre. Ils comprirent avec douleur que c'était ça, la guerre. Ni une opposition politique entre deux factions incapables de s'entendre, ni un acte noble par lequel tout jeune garçon devait passer pour faire ses preuves. Non. Ce n'était qu'une immense pièce de théâtre, dans laquelle le hasard piochait des personnages qu'il retirait pour toujours de la scène. Des centaines de morts, des milliers mêmes : rien de plus. Les idéaux qu'on plaquait sur cette triste réalité n'enlèveraient jamais le goût du sang, l'odeur de la mort, et la vision de ces visages déformés, mutilés.

Lorsque Vomengorn sortit du rang des pirates, il n'en revint pas. Sa lame était rougie du sang des ennemis qu'il avait pourfendu, par réflexe ou par chance, et bien qu'il arborât plusieurs blessures légères, et que son armure fût rayée et enfoncée en plusieurs points, il était en vie. Ce simple constat lui procura une sensation de joie terrible, doublée d'une culpabilité d'une intensité au moins égale. Culpabilité d'avoir survécu alors que dans le feu du combat, il avait vu plusieurs des siens être engloutis par la marée humaine qui avait déferlé sur eux. Culpabilité d'avoir éprouvé du soulagement, de s'être réjoui d'avoir échappé à la mort, alors qu'il aurait dû l'appeler de ses vœux. Sans regarder en arrière, il poussa sa monture au maximum, et vint se réfugier auprès des fantassins de la milice urbaine, qui continuaient à avancer inlassablement. Ils progressaient lentement, mais ils forçaient les pirates à reculer, à se réorganiser, et incidemment à céder un terrain précieux. Chaque mètre gagné était un mètre de plus vers la victoire. Le capitaine Vomengorn s'approcha de l'officier qui commandait cette petite troupe. Il avait perdu de sa superbe, et là où il se serait d'ordinaire adressé à lui avec mépris et moquerie, il se contenta de parler avec beaucoup de déférence :

- Monsieur, mes hommes et moi-même sommes à vos ordres...

La phrase pouvait paraître pompeuse, mais le ton ne trompait pas. Le capitaine était réellement humilié, mais plus que ça, il se sentait affreusement responsable de l'échec de cette charge désastreuse. Les hommes qui quittaient en vie les rangs des pirates étaient bien peu, et sur la cinquantaine de cavaliers lancés frontalement face à ce bloc humain, seule une petite quinzaine en sortit en vie. Des chevaux réussirent à s'échapper, et des hommes restaient parfois accrochés... traînant à l'arrière en produisant un crissement de métal assourdissant et profondément insupportable. Non, il n'y avait aucune fierté dans les paroles du jeune officier, dont les traits révélaient plus que jamais son manque d'expérience. Il reposait son sort entre les mains de cet officier expérimenté, mais surtout il lui confiait le sort de la belle cité qu'il aimait tant. Le temps des regrets, que la victoire fût remportée ou non, viendrait bien assez tôt...


~~~~


Pendant que la bataille faisait rage, et alors que la plupart des renforts se déployaient en direction de la porte attaquée pour combler la brèche réalisée dans les défenses, un homme seul se dépêchait de s'éloigner du théâtre des opérations. Le Scorpion, tueur de premier ordre parmi les combattants qui assaillaient la cité, avait été envoyé dans ces ruelles qu'il ne connaissait pas pour y semer la mort. Ses cibles étaient bien particulières, et il devait se dépêcher de les localiser pour trancher la tête de la chaîne de commandement de Radamanthe, et ainsi faciliter l'attaque des troupes de Taorin. Mais les choses ne devaient jamais se passer comme prévu dans un tel chaos, et alors qu'il faisait en sorte d'être aussi discret que possible, le Scorpion eut le malheur d'être repéré par une patrouille.

Elle n'aurait jamais dû le localiser en vérité. Il faisait sombre, et les hommes étaient en général bien trop pressés pour se permettre de regarder dans tous les coins alors qu'ils étaient encore loin de l'endroit où ils allaient devoir user de leur épée - ce qui constituait d'ailleurs là une erreur en soi. Mais au Harondor, royaume particulièrement proche du Gondor dans ses mœurs, il n'y avait pas que des hommes. En réalité, il y avait quelques elfes de passage, des marchands venus commercer jusque dans le Sud lointain. Ils n'étaient pas particulièrement nombreux, mais il fallut que le Scorpion tombât sur un groupe mené par un de ces elfes. On l'avait assigné à la tête d'un détachement d'une vingtaine d'hommes inexpérimentés, pour réussir à coordonner leur action et à les mener au combat. Le Premier Né s'était porté volontaire, car il savait que s'il ne participait pas à la victoire de Radamanthe, il risquait de ne jamais quitter la cité en vie. La guerre, il connaissait, et il pouvait très bien ne pas y prendre part... mais les pirates, c'était autre chose : il avait vu de quoi ils étaient capables du temps de Sauron, et il imaginait mal que le temps eût adouci leurs coutumes envers les prisonniers.

C'était donc pour cette raison qu'il était à la tête de ce détachement, équipé d'une solide armure de cuir et d'une épée elfique de belle facture. Une arme personnelle de grande qualité, qui paraissait dangereuse même dans son fourreau. Et là où n'importe quel humain aurait vu une tâche sombre pas différente des autres, l'elfe nota quelque chose d'étrange, une forme qui se dissimulait derrière les ténèbres, et qui avait donc probablement quelque chose à cacher. L'elfe s'immobilisa, et levant le poing, fit cesser la marche à sa troupe :

- Qui va là ? Cria-t-il d'une voix impérieuse.

Ses hommes commençaient déjà à porter la main à leurs armes, incapables de voir à qui s'adressait leur supérieur. Soudain, l'elfe vit la forme tourner les talons et s'enfuir. Son sang millénaire ne fit qu'un tour, et il sortit son arme d'un seul mouvement fluide :

- Avec moi, vite !

Et il s'élança. Même à pleine vitesse, il n'aurait pas pu rattraper l'homme qui visiblement ne tenait pas à être pris par la milice, mais il se débrouilla pour ne pas perdre sa trace. Il allait assez vite pour voir quel chemin il empruntait, et pour orienter ses troupes qui suivaient péniblement. La vérité était qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il allait découvrir au bout du voyage : un homme seul et peu dangereux, ou bien tout un détachement ennemi infiltré dans la ville qui allait les massacrer ? Il ne pouvait pas le savoir, mais il était de son devoir de vérifier, même s'il devait ensuite fuir pour rapporter ce qu'il avait vu. Au bout d'un moment, il tourna à une ruelle, et ne vit trace nulle part de l'homme qu'ils poursuivaient. Il s'immobilisa, et observa les environs. Impossible qu'il se fût totalement volatilisé : il devait être là, dans un coin, en train de chercher une issue discrète par laquelle s'échapper. L'elfe fit un grand geste avec la main, et l'accompagna de consignes claires :

- Par deux, allez ! Quadrillez le secteur, il est là ! Il ne doit pas s'échapper, vous comprenez ? Sa mission, quelle qu'elle soit, risque de contribuer à la chute de la ville. Si vous tenez à elle et à ce qui s'y trouve, mettez la main sur lui, et éliminez-le sans poser de question.

L'ordre était sans appel, et les hommes se dispersèrent déjà. En temps de guerre, refuser d'obtempérer devant l'ordre d'une milice était passible de mort, et l'individu finirait probablement avec une lame dans le ventre pour avoir fui ainsi. L'elfe rejoignit un groupe de deux - rassuré de le voir à leurs côtés -, et commença les recherches, en regardant bien partout. Il était certain que son adversaire était bien dans les parages, et même s'il devait attendre des jours pour le débusquer, il finirait par l'avoir...


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Thorondil
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptyJeu 24 Avr 2014 - 23:57
[Etant depuis quelques temps à côté de mes pompes, j'attendais sagement la réponse de Toto, ayant zappé son post dans les absences. Désolée pour le retard occasionné u_u]

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Alors qu'il détalait, Ashkan siffla entre ses dents, ce qui, pour lui, valait mille jurons. De toute cette cité, il ne devait pas y avoir plus d'une poignée d'elfe et une minuscule fraction d'entre eux souhaitant prendre part à la bataille. Et de tous les Premiers Nés qu'il aurait pu croiser, il fallait que ce soit l'un de ceux-là... il jouait de malchance, il n'aimait pas ça.
Traqué comme un lapin, il n'était rien de moins que mort si ces types le rattrapaient. Et pire s'il était possible, ils avaient l'avantage du terrain. Plus jamais il n'accepterait de mission au pied levé, sans repérage préalable ! L'étude du terrain et des cibles était un point essentiel à toute réussite, il avait été trop confiant pour s'en souvenir.
L'empoisonneur commençait à regretter l'aide qu'il avait proposé au Chien Borgne... Mais d'un autre côté, cette poussée d'adrénaline qui pulsait dans ses veines l'enchantait. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas prit de vrais risques dans un assassinat. Il aurait presque crut que cela lui manquait. Il entendait son cœur battre dans ses oreilles. Ses pieds semblaient survoler le sol tant il forçait ses muscles à la vitesse. Chaque intersection lui faisait craindre un cul-de-sac ou un autre corps armé pour lui barrer la route. Il n'allait pas mourir comme un rat ! Jamais ! Le fait était qu'il n'avait pas peur de la mort, pas réellement... mais il ne pouvait supporter de mourir aussi bêtement. Il estimait que sa vie valait mieux que ça, bien plus que celle de ces misérables crédules qui croyait en la loyauté et en l'amitié. Misérables pantins !

En vitesse il se savait capable de distancer ces types, même l'elfe sans doute, mais bientôt ce serait l'endurance qui lui manquerait vu le rythme décousu de sa course. Entre poussées de vitesse, arrêts nets, demi-tours brutaux et virages serrés, Ashkan commençait à comprendre que la course-poursuite ne pourrait pas durer. Il devait se sortir de là et vite. Et ce maudit elfe qu'il entendait guider ses poursuivants derrière lui comme un bon chien de chasse... La peste soit des elfes, de leurs oreilles affutées et de leurs yeux perçants ! Et aussi longtemps que ces hommes le traqueraient, il pouvait dire adieu à son contact, quant à réussir sa mission, cela relèverait de l'utopie pure et simple.
Enfin, il trouva une issue. Une succession de coudes et d'embranchement qui le dissimulèrent l'espace de quelques précieuses secondes à la vue de son principal traqueur. D'un mouvement leste, il bondit par dessus un mur bas pour ensuite se glisser tant bien que mal dans un minuscule espace à ras de sol, visiblement creusé par un chien fugueur dans la terre sablonneuse. Sans surprise, il se retrouva dans une sorte de cour privée, ou bien une petite terrasse fermée, à l'abri des regards depuis la ruelle qu'il venait de quitter mais exposé de l'autre côté à cause de plusieurs ouvertures en forme de fenêtres. La maison sur sa gauche était petite et aucun bruit ne lui parvenait de l'intérieur. Les habitants devaient être soit partis soit profondément endormis.
Le Scorpion pouvait entendre ce qui se passait de l'autre côté du mur. Dans le passage qu'il venait de quitter, la patrouille semblait agité d'avoir perdu sa trace. Essayant de discipliner sa respiration et le tremblement de ses mains, Ashkan tendit l'oreille. Il allait devoir éliminer ces gêneurs, il n'avait plus le choix puisqu'ils n'avaient pas l'intention de le laisser en paix. Seul contre tout ce groupe, il ne faisait pas le poids, il en avait conscience. Le corps à corps en infériorité numérique n'était pas son point fort, d'autant plus la courte portée de son arme, aussi mortelle soit-elle. Fort heureusement, l'elfe sembla mettre un point d'honneur à lui faciliter la tâche, divisant ses troupes par groupe de deux... De deux !... Quelle générosité ! L'elfe ne savait pas à qui il avait affaire visiblement et allait bientôt payer son erreur. Des groupes de deux... C'était presque trop facile ! Ashkan affichait désormais un rictus mauvais.

Pour éviter que l'un des membres de chaque binôme ne donne l'alerte il allait devoir frapper, vite et fort, et surtout de manière parfaitement coordonnée. Le moindre faux pas, la moindre anicroche serait sa perte.
L'ancien esclave entendit distinctement le groupe se dissoudre, une cavalcade de pas lourds se dispersant à travers les ruelles étroites. Il compta dans sa tête. 1... 2... 3... 4... 5... Et il s'élança de nouveau. Comme léopard, il bondit à travers la petite cour pour atteindre les ouvertures dans le mur d'en face. Il s'y glissa en silence et atterrit souplement dans une autre ruelle en contrebas. Il pouvait encore entendre les pas réguliers des binômes qui quadrillaient le pâté de maison.
Lentement, prudemment, le Scorpion avança dans l'ombre. Les hommes, ces lourdauds, étaient facile à suivre à l'oreille. Sa seule véritable inquiétude était de se faire prendre à revers par l'elfe. Maudits, maudits elfes ! Il ignorait si celui-ci était parti seul de son côté, avec un groupe de deux ou avec un seul compagnon. Cette race était trop discrète et aérienne pour son ouïe, la plus mortelle des menaces. Mais c'était le dernier de ses prédateurs, les autres étaient devenus des proies. Proies qu'il traquait à présent avec la détermination d'un carnivore affamé en suivant les sinueux passages entre les maisons de Dur'Zork.

Un premier groupe passa quasiment à côté de lui sans le remarquer. Occupés à fouiller les recoins sombres, ils n'avaient même pas levé la tête pour l'apercevoir, perché au rebord d'une fenêtre borgne. Les deux malheureux n'eurent pas le temps d'un cri que déjà ils étaient morts. Ashkan les jeta sans ménagement dans un recoin noir sans plus de considération qu'un sac d'ordures.
Où aller désormais ? Si son sens de l'orientation était relativement fiable, les ruelles qui l'entouraient l'étaient beaucoup moins. Il n'y avait aucune logique dans leur agencement, comme le sont généralement ces parties de ville construites après coups pour accueillir de plus en plus de populations. Toutes ces maisons bâties au petit bonheur la chance formaient un inextricable labyrinthe pour les non-initiés. Mais suivant ce qu'il avait mémorisé de son trajet précédent et de sa folle course-poursuite, il avait de fortes probabilités de tomber sur une impasse ou un goulot très bientôt. Il leva la tête. Si seulement il trouvait un passage pour monter sur les toits, il ferait d'une pierre deux coups, trouvant son chemin et échappant au regard de ceux qui croyaient le poursuivre. Impossible depuis cet endroit. La meilleure des solutions serait encore de pénétrer dans une maison pour accéder aux terrasses supérieures. Un risque énorme qu'il n'était pas encore certain de vouloir prendre.
Il finit par opter pour la plus simple des solutions : remonter le chemin jusqu'à retourner à son point de départ. Une fois sur le lieu de séparation de la patrouille, il serait à l'endroit le plus sûr de la ville pour lui et tous ces ennemis lui tourneraient théoriquement le dos.
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Taorin
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Devenir Emir à la place de l'Emir EmptySam 7 Juin 2014 - 20:06
Entouré de sa garde personnelle et de son état-major, Taorin supervisait l’évolution des combats aux alentours de la porte Ouest, des estafettes arrivant et repartant en permanence. Plusieurs centaines d’hommes étaient restés en réserve, pendant que les premières vagues d’assaut se heurtaient aux troupes ennemies dans les rues étroites de la capitale du Harondor. La première percée semblait s’essouffler, incapable de progresser davantage. Sur un mouvement de tête du Chien Borgne, une nouvelle compagnie se mit en branle, avançant au pas de course vers l’entrée béante de la ville afin de relancer l’avancée de l’armée des Neufs.

De longues minutes passaient, pendant lesquelles des troupes prirent position face aux remparts, hors de portée des flèches ennemies mais suffisamment prêtes pour pouvoir monter à l’assaut des murs de pierre grâce à leurs grappins et échelles de fortunes. Derrière, les Mumakîl commençaient à s’agiter, énervés par le bruit des hommes en train de mourir. Mais tout ne se passait pas comme prévu. Les hommes des Neufs reculaient ! Les milices et autres soldats à la botte de l’Usurpateur repoussaient peu à peu les corsaires et mercenaires engagés dans le dédale de ruelles de Dur’Zork. Taorin hésitait à engager encore plus d’hommes. Là-bas, le nombre ne conférait plus aucun avantage. Néanmoins, il ne fallait pas perdre la tête-de-pont que la surprise leur avait offerte : plusieurs compagnies d’esclaves et de mercenaires engagés à peu de frais furent dépêchées pour renforcer les combattants dans la cité. Ces combats permettraient de séparer le bon grain de l’ivraie, de débarrasser l’armée de bras inutiles, et formeraient les survivants à l’art d’ôter la vie d’un autre homme.

Plusieurs heures passèrent, sans qu’aucune avancée notable ne soit faite. Plusieurs bâtisses avaient été incendiées, illuminant le quartier occidental de la capitale de lueurs infernales. Mais, peu à peu, les troupes des Neufs reculaient. Tous les rapports indiquaient des pertes effrayantes. Plusieurs compagnies entières avaient été anéanties, plusieurs centaines d’hommes massacrés. Epuisés, désavantagés, les troupes d’Umbar commençaient à perdre courage, à céder de plus en plus facilement du terrain. Bien que près de trois quart des hommes n’aient pris part aux combats, Taorin fit sonner la retraite afin de limiter les pertes inutiles. Il faudrait un certain temps à l’armée pour se réorganiser après ces pertes sévères : le Chien Borgne espérait que Radamanthe en profiterait pour panser ses blessures, et qu’il ne se lancerait pas dans une contre-offensive meurtrière.

Les derniers soldats d’Umbar quittèrent la ville à l’aube, extenués, pressés par les forces loyalistes. Les Neufs avaient placés leurs réserves de manière à parer à une éventuelle sortie tout en permettant aux troupes à peine désengagés de récupérer quelque peu. Les pertes s’annonçaient sévères : les premiers rapports, maintenant que l’essentiel des hommes engagés et survivants avaient pu revenir, faisaient état d’au moins un demi-millier de morts ou disparus. Un sévère revers pour une armée de cinq mille âmes environ.

Environ une heure après la fin de la retraite, alors que les troupes d’Umbar commençaient à relâcher leur vigilance et à retourner à leurs positions de repos, l’armée encore loyale à l’ancien Intendant du Gondor sortit par la porte occidentale, se déversant sur la plaine comme un fleuve aux reflets métalliques et aux bannières de l’Emirat. L’alerte fut aussitôt donnée dans le camp des Seigneurs Pirates, les officiers réveillés alors qu’ils prenaient un peu de repos suite à cette nuit si agité. Mais avant qu’ils ne puissent s’organiser, l’armée de Radamanthe fondait déjà sur eux.

Les deux marées humaines se rencontrèrent avec fracas à quelques centaines de mètres de remparts de Dur’Zork. Les pirates, placés au sommet des quelques basses collines, avaient l’avantage du terrain, mais étaient totalement désorganisés suite à cette attaque subite. Plusieurs milliers d’hommes étaient sortis de la ville, dont l’Emir lui-même, accompagné de sa garde personnelle de soldats gondoriens aux armures éclatantes. Lorsque Taorin l’aperçut, entouré de ses Chiens, il sourit, et se dépêcha de donner ses ordres : il fallait prendre l’ennemi à revers, profiter de la supériorité numérique pour le couper de la cité, et, peut-être, la guerre pourrait se terminer plus rapidement que prévue ! Mais les réserves étaient encore loin, désorganisés, alors que l’ennemi, bien qu’exténué lui aussi par la nuit de combats, s’était bien préparé à cette contre-offensive.

Après plusieurs heures de combats, les deux camps avaient mobilisé toutes leurs réserves, sans réussir à prendre un avantage décisif. La charge des Mumakîl sur le flanc gauche avait été dévastatrice, avait repoussé la ligne de front d’une centaine de mètres vers les remparts, mais, une fois immobilisés par la marée humaine, blessés par les innombrables flèches enflammées qui les visaient, les mastodontes s’étaient révélés presque aussi meurtrier pour les troupes des Neufs que pour l’ennemi. Deux des gigantesques pachydermes gisaient déjà, morts, au milieu de la zone de combat. Mais l’ennemi progressait au centre, massacrant les corsaires et mercenaires peu entraînés aux batailles de cette envergure. Les Chiens avaient rejoint les combats, accompagnés du Chien Borgne, afin de maintenir la stabilité de la ligne en attendant que les cavaliers haradrim dépêchés sur le flanc droit de l’armée repoussent les troupes de l’Usurpateur.

Les hommes étaient exténués, mais tenaient toujours la ligne face aux assauts des troupes harondorimes. La terre était devenue une boue rougie par le sang des morts, parsemée de cadavres mutilés et de blessés gémissant par-dessus lesquels les hommes se battaient. Taorin s’était retiré du cœur des combats, épuisé, utilisant ses Chiens comme compagnie volante chargée de combler les brèches dans les lignes d’Umbar. Le sabre ayant appartenu à Castamir toujours au ping, la lame ruisselant du sang d’un quelconque soldat ennemi, le Chien Borgne releva la tête, la sueur ruisselant sur son visage, alors que retentissaient des trompes au nord. Il frissonna, et, faisant volte-face, pressa sa monture pour gagner le sommet d’une colline légèrement à l’écart de manière à observer ce retournement de situation : s’agissait-il de renforts ennemis venus du Nord ? Reznor avait-il échoué à prendre Arzawa ? Si oui, ils étaient perdus : les hommes perdraient courage et rompraient les rangs, permettant aux forces de l’Emir de les tailler en pièces.

Arrivé en haut, cachant le soleil brûlant de la mi-journée de sa main droite, Taorin scruta le nord de son œil valide, et éclata de rire : Reznor, cet imprévisible individu, arrivait avec un demi-millier d’hommes, prenant Radamanthe à revers ! De quoi faire pencher irrémédiablement la balance du côté des Neufs !

L’armée de défense de la capitale n’eut pas le temps de se réorganiser pour faire face à cette nouvelle menace, et subit de lourdes pertes avant de pouvoir reformer ses rangs pour lutter contre les corsaires qui accompagnaient Reznor. Mais le mal était fait : coupées de la protection des remparts par plusieurs centaines d’ennemis, démoralisées, désorganisées, en cruelle infériorité numérique, les troupes de Radamanthe n’avaient plus aucun espoir de remporter la bataille. Tout au plus pourraient-elles parvenir à s’échapper du piège en train de se refermer sur elles, de se replier vers une place-forte encore loyale, afin de préparer la suite de la guerre. L’Usurpateur dû avoir les mêmes pensées, car, lentement mais sûrement, son armée commençait à se désengager. Rageant de ne plus avoir de réserves capables de tailler en pièce les fuyards, mais admirant la qualité des officiers qui parvenaient à maintenir les rangs lors de cette manœuvre particulièrement délicate et éprouvante, Taorin dépêcha quelques estafettes prévenir ses confrères de leur victoire prochaine, et les incitant à presser l’ennemi au maximum. Mais les hommes épuisés des Neufs ne pourraient pas poursuivre les survivants ennemis bien longtemps, et devraient bientôt se tourner vers la ville désormais sans défenses…

*** *** *** *** ***

Dur’Zork fut prise et pillée. Les rares poches de résistances furent rapidement éliminées, laissant le champ libre aux soudards avinés et victorieux. Les Neufs et leurs équipages personnels s’offrirent le palais de Radamanthe, dont sa fameuse cave d’alcools en tous genre mais tous excellents. Assurément, la prise de la ville avait enrichi les Neufs au-delà de leurs attentes.

La fièvre de la victoire passées, et les umbarites solidement implantés en ville, les Neufs, suite à une proposition du Chien Borgne, annoncèrent des élections pour la nomination d’un gouverneur chargé de redresser le pays avant qu’un gouvernement oligarchique basé sur le modèle de la Cité du Destin ne soit mis en place. Un conseil ne pouvait en effet convenir à ces temps de crises, où la rapidité et la fermeté étaient de mise. Les élections se tiendraient deux semaines après l’annonce de la prise de la ville, et tous seraient libres d’y participer. Lors du vote, chaque individu verserait dans une urne consacrée au candidat de leur choix une quantité quelconque d’argent : le vainqueur serait celui ayant amassé le plus grand trésor. Et, à la fin, tout l’argent collecté serait reversé au Trésor pour financer la reconstruction, dans la volonté officieuse de faire paraître les nouveaux maîtres de la ville comme des libérateurs et non pas des occupants.

Suite à de nombreuses tractations entre les Seigneurs Pirates et les principaux marchands et nobles de la ville, dont le don de son siège en faveur d’Ezhel, son bras droit et second des Chiens du Désert, la plupart des électeurs d’importance se mirent d’accord pour élire celui qui avait dirigé l’armée lors de la prise de la capitale. Mais nombreux étaient ceux qui attendaient patiemment le moment de bondir pour grappiller un peu plus de pouvoir, un peu plus de richesses.

Les élections eurent lieu, et, sans grande surprise, Taorin fut élu gouverneur du Harondor conquis. Il lui faudrait à présent terminer la guerre contre Radamanthe désormais retranché à Djafa, pacifier les terres conquises, et reconstruire une nation durement frappée. Mais les troupes manquaient pour poursuivre l’offensive vers le nord-ouest, aussi les Neufs décidèrent-ils de se retrancher dans leur moitié du pays, et de panser leurs plaies. Le nord, de Djafa à Arzawa, resterait aux mains de l’ancien Intendant du Gondor, tandis que l’est et le sud rejoindraient Umbar. La côte, quant à elle, bien que libérée de l’essentiel des troupes des Neufs, resterait vulnérable aux raids des nefs noires, toujours à l’affût de proies juteuses et peu protégées…


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Capitaine des Chiens du Désert et Seigneur (Pirate) d'Umbar.
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