Il sonne pour toi

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Nivraya
Assistante de l'Intendant d'Arnor
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~ GRIMOIRE ~
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Lun 31 Mar 2014 - 20:53
La journée touche à sa fin, en même temps que la dernière chandelle allumée, qui vacille péniblement dans la pièce, agitée par la légère brise venue de la fenêtre entrebâillée. Il fait frais, mais pas froid, en dépit des températures glaciales qui règnent au dehors. Mais dans la petite pièce remplie de paperasse, il fait bon, et il est agréable de travailler tard le soir entre ces murs, quand plus personne ne s'y rend, et quand un silence agréable y règne. Un silence qui rime avec solitude, propice à l'étude et au travail. Seule assise à son vaste bureau, empêtrée dans des documents qui semblent vouloir monter à l'assaut du plafond, perdue au milieu d'un océan de parchemins et d'actes juridiques complexes rédigés dans une calligraphie à peine lisible, une jeune femme est penchée, les sourcils froncés, absorbée dans la lecture d'un document qui semble occuper l'entièreté de ses pensées. Elle caresse du doigt une plume installée négligemment non loin d'un encrier, machinalement, sans même y faire attention. Puis, après avoir pris une moue légèrement perplexe, elle plonge et retire l'instrument du petit récipient où repose paisiblement le noir liquide. Avec une souplesse acquise par l'habitude, elle imprègne le parchemin, rédige quelques lignes d'une écriture soignée et élégante, puis appose sa signature, referme le pli, et y appose son sceau. Une missive de plus rédigée, et probablement pas la dernière de la soirée, à en juger par le nombre incalculable de demandes qu'elle doit traiter.

L'hiver infernal qui s'est abattu sur l'Arnor, et sur toute la Terre du Milieu à en croire les nouvelles, a ravagé l'économie déjà fragile de certaines régions proches d'Annùminas. Les paysans incapables de cultiver leur terre se sont exilés en ville, et ils constituent désormais un contingent de pauvres, de miséreux et de malades conséquent, que les autorités de la ville ont le plus grand mal à gérer. La jeune femme, dans le cadre de son office, a déjà eu l'occasion d'observer leurs conditions de vie, et elle les a trouvées proprement indécentes : une dizaine de personnes logeant fébrilement, les uns sur les autres, dans un réduit ridicule. Et malheureusement, elle a pour mission de leur soutirer le peu d'argent qu'ils arrivent à gagner, pour rembourser des créanciers inquiets de jamais récupérer le moindre sou de la part d'une population mourante. La capitale d'Arnor, durement frappée par les conditions climatiques, est en effet abandonnée par sa tête, dont les pensées sont tournées exclusivement vers les intrigues politiques de la plus basse espèce.

Elle se tenait là, dans les rangs du Sénat, quand l'annonce publique a été faite, et que la nouvelle est tombée comme un couperet. Le Roi Aldarion serait mort, et son fils et légitime successeur doit donc être couronné pour préserver le trône. "Serait" mort, car en dépit du discours officiel servi par l'entourage du Prince, beaucoup de choses étranges se trament à l'insu de tous. La population n'est pas au courant, et a simplement entendu l'annonce tragique de la mort de son souverain, qui a soulevé une foule d'interrogations, et une certaine peine. Toutefois, les nobles qui se tenaient présents lors de l'annonce ont tous vu que les choses ne semblaient pas être aussi simples qu'on voulait le leur faire croire. L'intervention du Tribun de la Plèbe a jeté un pavé dans la mare, et a refroidi les ardeurs de la jeune noble, qui pendant un instant a vu l'opportunité de s'élever rapidement dans la hiérarchie nobiliaire de son Etat, en se rapprochant autant que possible du Prince et futur Roi. Mais la contestation de la part du Tribun a été trop vive et trop étrange pour n'être que l'expression de la folie d'un homme, et la réaction des fidèles du Prince bien trop ferme pour ne pas attirer l'attention de la jeune femme. Le Tribun Derulan a été chassé de la ville, en lieu et place d'être exécuté, ce qui a été interprété comme une marque de magnanimité de la part de l'héritier, mais qui en réalité cache peut-être des manigances plus sombres. Afin de vérifier son intuition, la jeune femme a envoyé une des deux seules personnes en qui elle a confiance enquêter sur les suites de cette affaire, mais elle n'a reçu aucune nouvelle depuis...

Les choses, quoi qu'on puisse en penser, sont compliquées pour la noblesse d'Arnor. Si le Roi est bel et bien mort, cela signifie que le Prince est désormais investi des pleins pouvoirs de commandement sur le royaume, mais eu égard à son jeune âge, il devra probablement les céder en partie à son mentor Caleb : un homme énigmatique aux motivations qui le sont encore davantage. Pour toute l'élite de la capitale, et a fortiori pour toute l'élite du pays, la recomposition de la tête de l'Etat implique de renouer des alliances avec les nouvelles figures fortes, pour maintenir sa position. Certains commencent déjà à se rapprocher de Caleb pour essayer de l'amadouer, en lui promettant soutien et assistance pour la régence. D'autres - dont Nivraya - se refusent à se positionner immédiatement, et continuent à entretenir le flou. Fort heureusement, elle appartient à la petite noblesse, et son ralliement n'est pas prioritaire. Mais lorsqu'on viendra la convoquer à un entretien avec le Prince, elle sera bien obligée de faire un choix. Il n'existe pour l'heure aucune opposition officielle au parti du Prince, car chacun sait que si la mort d'Aldarion est confirmée, alors c'est la mort qui attend les comploteurs.

En revanche, si sa mort n'est pas avérée, comme l'a laissé entendre le Tribun Derulan... alors les choses sont bien plus compliquées qu'il n'y paraît. Cela signifie dans un premier temps que l'ensemble des forces qui actuellement gouvernent le pays sont complices d'un coup d'Etat magistral. Une nouvelle particulièrement désagréable, car quand on a eu l'occasion de voir - même brièvement - le Roi Aldarion, on sait qu'il n'aura de cesse de retrouver son trône, dût-il éliminer tous ses opposants à mains nues. S'il parvient à revenir en force, une purge de grande ampleur se prépare, et tous ceux qui auront eu le malheur de choisir le mauvais camp seront décimés. Une situation particulièrement tendue, qui se lit dans les yeux de chacun. Nul n'ignore que dans les prochains jours, lorsque le sacre du Prince aura eu lieu, plus rien ne pourra empêcher Caleb de prendre le pouvoir absolu, et de régner comme il l'entend. Certains lui prêtent un caractère fort et un sens tactique aigu, qui pourraient lui permettre de renforcer considérablement la position de l'Arnor vis-à-vis des gobelins. D'autres ne le perçoivent que comme un manipulateurs mégalomane, et se méfient comme la peste de lui. Nivraya, quant à elle, est très partagée.

Peut-on réellement dire qu'elle n'est pas attirée à l'idée de se rallier parmi les premiers au futur nouveau gouvernement ? Un soutien aussi inconditionnel serait récompensé comme il se doit, et sa famille gagnerait en puissance et en prestige. Elle-même pourrait gravir les échelons, et se tailler une place confortable parmi ses pairs. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Est-il bon de tout sacrifier sans avoir la certitude d'en retirer quelque chose ? Car si Aldarion doit revenir, sa seule option sera de tout abandonner et de quitter le pays... une chose à laquelle elle ne peut se résoudre. Repartir sur les routes, retrouver une vie de roturière ? Jamais de la vie !

Alors qu'elle est absorbée par ses pensées, la plume suspendue au-dessus du papier, on frappe subitement à la porte. Si subitement, en réalité, qu'elle en sursaute et laisse tomber une grosse tâche d'encre sur le papier. Elle s'empresse de l'essuyer, mais le mal est fait : quelle horreur ! Cela lui apprendra à se laisser aller à rêvasser quand elle doit achever son travail. Revenant à la réalité, elle se fend d'un "entrez !" sec et cassant, reflet spectaculaire de son état d'esprit du moment. Elle est fatiguée, guère disposée à faire la conversation à Freyloord pour lui demander d'expliquer aux gardes qu'elle ne fait rien d'illégal en demeurant dans son office au palais après la nuit tombée. Mais au fond d'elle-même, elle espère secrètement voir rentrer Alyss, la jeune femme qu'elle a envoyée chercher des informations à propos du Tribun Derulan, et qui n'a toujours pas donné signe de vie. C'est la seule raison pour laquelle elle a accepté de répondre, sans quoi elle aurait purement et simplement gardé le silence, faisant comprendre au colosse qui barre l'entrée que les visiteurs qui qu'ils soient doivent repasser.

La porte s'ouvre donc, tandis que la jeune femme achève de remettre un peu d'ordre dans sa coiffure, pour se donner une allure. Freyloord pénètre dans la pièce avec la souplesse d'un chat... Un chat de près de cent kilos, haut de plus de deux mètres, affublé d'une musculature de titan. A côté de lui, même le plus grand des orques ressemblerait à un adolescent boutonneux. C'est l'incarnation de la force tranquille, et son visage calme et posé ne se pare jamais d'aucune expression. On dirait un énorme morceau de roche à qui on aurait donné forme humaine, et qui par quelque magie serait doué de vie. Un golem, en somme. Il incline légèrement la tête, et s'explique sans attendre, conscient que son devoir est d'être efficace avant tout. De sa voix caverneuse et pourtant assez plaisante, il lance :

- Ma Dame, quatre individus veulent vous rencontrer. Ce sont des... voyageurs. Ils ont beaucoup insisté pour vous parler, et je pense qu'ils ne partiront pas sans vous avoir vue.

Aucune question, aucune demande, simplement une stricte et claire énonciation des faits. Nivraya apprécie considérablement son économie de mots, et sa précision linguistique. Cet homme, dont le physique imposant cache remarquablement la brillante intelligence et la belle éducation qu'il a reçue, est le serviteur idéal. Satisfait de peu, il ne demande jamais rien, et fait toujours son travail avec une grande efficacité. En échange, la jeune femme lui offre le gîte et le couvert, le paie suffisamment pour qu'il puisse vivre sa vie, et lui laisse assez de temps libre pour qu'il puisse se plonger dans les livres qu'il affectionne tant. Elle le regarde droit dans les yeux, toujours surprise d'y lire autant de perspicacité, et analyse en un instant sa déclaration laconique, et pourtant pleine de sens. Elle n'a pas besoin de lui demander si les quatre "individus" sont dangereux, sans quoi il les aurait déjà renvoyé prestement. Comme il ne s'est pas donné la peine d'entrer sans attendre sa réponse, c'est qu'il ne s'agit pas d'un personnage important qu'elle devrait faire rentrer sans attendre. En outre, puisqu'il n'a annoncé aucun nom, ce n'est probablement pas un autre noble, ou encore un bourgeois venant lui demander de régler un problème. Des voyageurs a-t-il dit ? Il n'a pas mentionné leur provenance, ce qui signifie très certainement qu'ils n'ont pas voulu le lui dire. Quant à leur insistance, elle est des plus surprenantes, et ne peut qu'éveiller la curiosité de la jeune femme.

Après tout, elle n'est qu'une petite noble, femme de surcroît, et personne ne vient jamais la voir dans son office, lorsqu'elle y travaille. Pourquoi subitement quatre individus viendraient frapper à sa porte et lui demander audience ? Elle préfère ne même pas songer aux réponses possibles. Quoi qu'il en soit, si Freyloord a pris la peine de la déranger pour ça, c'est qu'il estime quelque part qu'elle a intérêt de les rencontrer, et qu'elle pourrait trouver ce qu'ils ont à dire intéressant. Elle claque des doigts, plus par habitude que pour manifester un ordre quel qu'il soit, et lui répond simplement :

- Faites-les entrer, si c'est ce qu'ils demandent.

Le géant s'incline, et quitte disparaît derrière la porte. Il est sans doute en train d'appliquer la procédure habituelle, à savoir demander aux quatre visiteurs de déposer leurs armes à l'entrée avant de pénétrer dans la pièce. Les consignes sont en général claires, et le gabarit du mastodonte n'invite pas à la désobéissance. Jamais. Une minute passe, avant que la porte ne s'ouvre à nouveau, pour laisser passer les quatre individus. Nivraya les dévisage soigneusement, un par un. Le premier à entrer est un homme d'âge mûr, une grosse barbe poivre et sel, mais l'air toujours vif de corps comme d'esprit. Son maintien est droit, mais il a l'air d'un vagabond avec ses cheveux en bataille, sa moustache épaisse, et ses traits tirés. Le malheureux a l'air fatigué, et on dirait qu'il vient de passer les pires jours de sa vie pour arriver jusque dans son bureau. Elle ne peut s'empêcher de se demander pour quelle raison.

- Maître Thiemond, lâche Freyloord sans hausser le ton.

Le deuxième à rentrer est un homme trapu, au visage parcouru de cicatrices dues à la rencontre avec l'acier. Il a l'air d'un pillard des plaines glacées, avec ses cheveux sombres hirsutes, et la barbe d'un voleur traqué, mais il semble venir de plus loin. Il ressemble à Freyloord, dans un sens, et la jeune femme se souvient que son homme-lige est originaire des grandes étendues désertiques du Nord, là où tout est gelé. Ce n'est pas un Lossoth, mais il a grandi près d'eux, et c'est probablement ce qui explique le regard légèrement plus amical qu'il pose sur ce guerrier imposant au moment d'annoncer :

- Maître Njall.

Le troisième est aussi différent des deux autres qu'il est possible de l'imaginer. Grand, et relativement longiligne, il a encore plus de cicatrices que les autres individus qui l'ont précédé. Ses traits semblent avoir été forgés dans les flammes de la guerre, sculptés à la hache ou à la pointe de la lance, et il semble accuser le coup de bien des blessures... dont une à l'œil qui lui donne un regard particulièrement étrange. Nivraya se demande un instant s'il est aveugle ou non, mais ravale son interrogation, et décide de faire preuve de patience. Une vertu noble.

- Maître Thorondil.

Le quatrième, ou plutôt la quatrième, tire instantanément une expression de surprise aussi brève qu'intense dans les yeux de la jeune noble d'Arnor. Qu'on lui présente trois hommes, des guerriers vétérans, des mutilés de guerre, cela va encore, mais une étrangère ? Elle connaît trop bien le Sud pour attribuer à ses traits et à cette peau des origines haradrim, ce qui ne laisse qu'une seul option : l'Est. Les Orientaux et l'Arnor ne sont pas en guerre, mais ils sont loin d'être les meilleurs alliés, et on ne peut pas dire que les représentants de leur race soient légion à venir visiter la capitale de la région. On en voit parfois, qui accompagnent des caravanes de marchands, mais ce sont pour la plupart des exilés qui se sont reconvertis dans le mercenariat. Freyloord dit qu'ils viennent du Khand ou du Rhûn, les deux terres que ces barbares appellent royaumes.

- Et voici Dame Shaïa.

Nivraya pose les yeux sur la petite compagnie, le quatuor qui a dû traverser bien des épreuves pour arriver jusqu'à elles, avec un message à lui délivrer. Tous sans exception ont l'air éreinté, et elle devine sans peine qu'ils ont derrière eux une voire plusieurs longues journées de cheval. Leurs visages sont sales, les tenues couvertes de neige et de terre, leurs mains crasseuses. Des âmes égarées depuis une semaine au milieu du Désert du Harad n'auraient pas eu une mine plus abattue. La jeune femme les dévisage longuement, avant de déclarer d'une voix teintée d'impatience :

- Maintenant que je sais vos noms, j'aimerais savoir qui vous êtes réellement. Et expliquez-moi quelle est la très bonne raison de votre présence ici à cette heure indécente. Vite, si possible. Et soyez convaincants, ou je fais appeler la garde.

La menace a été lâchée sur un ton parfaitement calme, et n'est de toute façon pas nécessaire. Sans armes, même à quatre, ils seraient bien incapables de se débarrasser de Freyloord qui peut probablement les briser les uns après les autres sans la moindre difficulté. Il se tient d'ailleurs derrière eux, silencieux, ses immenses bras croisés autour de sa poitrine large et musclée. Mais il est vrai que dans le pire des cas, elle peut toujours en appeler aux hommes qui patrouillent dans le palais, pour régler leur compte à ces étrangers, si d'aventure ils n'avaient pas de motif légitime de se trouver ici. Il n'y a nulle agressivité dans les paroles de la jeune noble, toutefois. Seulement le désir de connaître la vérité le plus rapidement possible, et de pouvoir rentrer se coucher à une heure raisonnable. Elle se met donc à observer tour à tour les quatre voyageurs, cherchant lequel va prendre la parole en premier.
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Thorondil
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Mer 2 Avr 2014 - 1:16
Le groupe était arrivé en toute fin de journée à Annùminas. Le soleil n'éclairait déjà plus leur route que d'un léger trait sanguin. Les voyageurs étaient fatigués et las.
Si la première journée de voyage s'était passée au mieux, le lendemain fut bien plus pénible. La nuit et matinée glacées avaient entamé la motivation de la curieuse compagnie qu'ils formaient... à part peut-être le lossoth qui en avait vu de bien pire au cours de sa vie. Ils ne s'arrêtaient que pour reposer leurs montures, mangeant et dormant le plus souvent à cheval. Sans parler du fait que Thalion n'arrivait absolument pas à fermer l'œil en sachant cette mercenaire à ses côtés. Il ne pouvait tout simplement pas lui faire confiance. Et ce vent, ce vent qui transperçait toutes les couches de vêtements et sifflait dans leurs oreilles si fort qu'aucune conversation n'était possible. Et dire que l'hiver était sensé toucher à sa fin...
La dernière journée de voyage avait sonné la séparation du groupe. Une partie de la matinée avait consisté à avancer péniblement dans la boue collante et neigeuse d'un chemin de traverse mais il était désormais temps de se disperser comme l'avait exigé le roi. Chacun rentrerait de son côté dans la cité pour ne pas attirer l'attention. Après avoir fixé un point de rendez-vous discret mais facilement repérable par les étrangers de la troupe, le fauconnier, sans concertation, s'octroya l'entrée nord. C'était de ce point qu'il connaissait le mieux la ville, ainsi bifurqua-t-il avant d'être en vue des avant-postes d'Annùminas pour suivre ses propres raccourcis.

Depuis qu'ils avaient quitté le reste des troupes du Roi, Thorondil était inquiet. Si la situation en elle-même ne lui inspirait rien de bon, autre chose occupait son esprit. Il craignait aussi pour Aratan, son père, et son demi-frère Elendîn. Si la mort du Roi avait été annoncée, nul doute que tous les sénateurs avaient été conviés à cette assemblée exceptionnelle. Aratan était peut-être en ville, ou était-il repartit ? Connaissant son père, il avait dû voir le coup venir d'une façon ou d'une autre, ce vieux renard avait beaucoup d'instinct dans ce genre d'affaire et n'était pas né de la dernière pluie, loin s'en faut. Et puisqu'apparemment, d'après les dires de Lestar, les enfants royaux se trouvaient à Fornost, il y avait fort à parier qu'il s'y rende au plus vite si ce n'était déjà fait. Dans tous les cas, impossible qu'il ait courbé l'échine devant un héritier disparu et brusquement ressortit de derrière un paravent de façon aussi "opportune".
Autre source d'inquiétude, bien qu'il se faisait moins de soucis sur ce sujet, était la disparition d'Elei. La jeune faucon avait profité de la nuit de repos accordé par Aldarion pour détruire ses liens de cuir et s'enfuir. Le volatile têtu allait sans doute bouder quelques jours de plus pour son mauvais traitement avant de revenir. Mais il n'aimait pas ça. Sans ce poids rassurant sur son épaule ou cette présence au dessus de sa tête, il sentait qu'il manquait quelque chose. Elei faisait, d'une certaine façon partie de lui, et souvent, elle était ses yeux, son éclaireur et son guide. La savoir loin lui était pénible plus qu'il n'aurait voulu l'avouer.

Après avoir passé la garde sans difficulté, Thorondil avait confié son cheval, versant la moitié de sa maigre bourse dans la main du palefrenier en lui faisant promettre les meilleurs soins à sa jument qui peinait de plus en plus à se remettre de sa jambe blessée. Puis, comme une ombre, il s'était enfoncé dans les ruelles, évitant les lieux et les passages où certains auraient pu le reconnaitre. Le roi avait recommandé la plus grande discrétion, et si son père avait agit comme il l'imaginait, sa famille ne devait pas être en odeur de sainteté. Il régnait dans la cité une atmosphère étrange que l'homme identifia facilement comme celle du deuil. On avait annoncé au bon peuple la mort de leur souverain et ils n'avaient aucune raison de mettre cela en doute. Pour les quartiers pauvres cela ne changeait pas grand chose si ce n'est la crainte d'un souverain cruel, mais pour les bourgeois et les nobles c'était un vrai bouleversement : l'économie, les alliances et les intrigues, il fallait tout revoir, de quoi mettre la moitié de la ville en émoi. Et au milieu de tout ça, Thalion et ses compagnons passaient totalement inaperçu, noyé dans la masse de la capitale d'Arnor.
Bien sûr, le fauconnier à force de tours et détours stratégiques, était arrivé bon dernier.

Ils furent accueillit dans la demeure de Gardelame par un homme dont la carrure semblait plus proche de celle d'un troll que d'un être humain. Une lueur de profonde intelligence faisait briller son regard mais ce n'était pas vraiment la première impression qu'on avait en voyant ce titan. Même Thorondil, pourtant le plus grand des quatre, devait lever la tête pour pouvoir le regarder. L'homme qui lui avait coûté ses yeux lui-même n'était pas aussi imposant. Ce devait être un terrible adversaire et un homme à ne contrarier pour rien au monde si l'on n'était pas prêt à perdre beaucoup. Pour un vétéran de guerre comme le dùnadan c'était un jeu d'enfant de voir, de deviner, le nombre de combats qu'il avait mené - et gagné ! - au cours de son existence. Et ce n'était pas vraiment rassurant.
Après avoir prit connaissance de leurs intentions, le serviteur les laissa dans le hall avec l'ordre de ne pas bouger. Comme tout le monde dans pareil cas, il commença à balayer la salle du regard, admirer la décoration, écouter les bruits et les silences, profiter d'un moment de calme et de chaleur entre les murs de pierres. Pas longtemps. Le serviteur revint très rapidement en annonçant que Dame Nivraya allait les recevoir mais il lui fallait leurs noms et leurs armes. A ces mots, la grimace sur le visage du fauconnier fut des plus parlantes. Il eut la plus grande répugnance à laisser Sûliavas et fut tenter de défier le géant pour la garder à son flanc... mais les enjeux de cette rencontre étaient trop importants. Il soupira profondément et posa délicatement sa magnifique épée, les dents serrées.

Enfin Adaes, Njall, Shaïa et lui furent introduit auprès de la maîtresse de maison avec cérémonie. La pièce était mal éclairée et le fauconnier peinait à distinguer ce qui l'entourait au milieu des pyramides de paperasses diverses et des ombres mouvantes qui ondulaient au rythme de la flamme d'une bougie. Thalion fronça les sourcils sans parvenir à améliorer sa vision, ce qui ne fit que l'agacer plus encore. Et visiblement il n'était pas le seul. Au ton de sa voix, Nivraya n'appréciait que très moyennement d'être dérangée à une heure si tardive mais à vrai dire, il s'en fichait royalement, après un tel trajet, il ne comptait pas céder au bon vouloir d'une petite noble... encore plus si c'était pour le menacer.

- Maintenant que je sais vos noms, j'aimerais savoir qui vous êtes réellement. Et expliquez-moi quelle est la très bonne raison de votre présence ici à cette heure indécente. Vite, si possible. Et soyez convaincants, ou je fais appeler la garde.

Thorondil s'avança de plusieurs pas vers la jeune femme et commença à parler, le dos crispé par la présence du géant derrière lui. Il n'aimait pas savoir hors de vue ce colosse capable de lui broyer la nuque d'une seule main et sans se fatiguer avec ça. Mais il n'avait pas non plus la patience d'attendre que ses compagnons se décident sur qui prendra la parole. Sa voix grave roula dans la pièce.

« - Vous devez être Dame Nivraya de Gardelame... Nous somme ici à la demande de Tar-Aldarion, du tribun militaire Vilyan et de Lestar qui parle au nom du tribun de plèbe Derulan. »

En temps normal, homme de peu de mots qu'il était, Thalion se serait contenté de signaler qu'ils venaient au nom du Roi, mais il connaissait la petite noblesse et leur soif de s'élever. Plus il citait de noms, plus il s'assurait de l'intérêt de son interlocutrice et, de plus, prouvait sa bonne foi. Le fait qu'elle ait été mentionnée comme "mourant d'envie de pouvoir prouver sa fidélité au Royaume" lors de la réunion d'information avait eu de quoi faire tiquer le fauconnier... et puis c'était une femme. Pas que Thorondil ait quelque chose contre les femmes en règle générale, quoiqu'il ne pouvait nier une certaine réticence dans le domaine militaire en particulier, mais son expérience personnelle le mettait toujours en garde contre les femmes ambitieuses. Elles lui rappelaient trop Morrigan et sa trahison.
De plus il avait prit soin d'accentuer le nom du Roi. Si, comme beaucoup, elle croyait à la mort d'Aldarion, le doute était désormais dissipé sans explications superflues. Il alla droit au but.

« - Le Roi vous offre l'occasion à vous, Nivraya de Gardelame, de prouver votre loyauté. Il n'y a qu'une question qui se pose maintenant : allez-vous nous aider ou préférez-vous continuer à nous menacer ? »

Il y avait une certaine autorité dans son maintien et dans sa voix, comme si les jours de voyage n'avaient pas existé. On aurait presque pu croire à un représentant officiel ou un ambassadeur dans cette tête fière, ce dos droit et cette aura de noblesse.
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Nivraya
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Mer 2 Avr 2014 - 17:36
La question posée avec beaucoup de fermeté appelle plusieurs réponses diverses. Parmi toutes les raisons qui peuvent motiver quatre individus franchement louches à venir sonner à son bureau à cette heure-ci, elle imagine plusieurs options logiques et possibles, mais certainement pas celle que lui sert l'aveugle - ou en tout cas presque aveugle, si on en juge par sa difficulté à fixer son regard sur la jeune femme. Elle marque un temps d'arrêt en entendant ses premières paroles, prononcées d'une voix grave empreinte de majesté. Il n'a même pas hésité une seule seconde quant à savoir lequel d'entre eux devrait porter la parole du groupe, et pourtant il semble difficile de le désigner comme le chef. Tous semblent très différents, et réunis par autre chose que les liens de respect de serviteurs envers leur commandant. Il y a bien davantage, et il est tentant de croire à l'explication fournie par cet individu.

La jeune femme fronce très légèrement les sourcils en entendant les noms qu'il prononce. Elle n'est pas particulièrement impressionnée à la mention de Tar-Aldarion et du Tribun Vilyan. Après tout, ce sont des personnes connues de tous en Arnor, et il n'est pas difficile pour un homme de guerre de mobiliser leur nom et leur prestige pour paraître plus crédible qu'il ne l'est en réalité. Il se peut même qu'il ait eu l'opportunité de rencontrer les deux hommes, au cours d'une quelconque campagne militaire, et qu'il soit en mesure de les décrire physiquement, sans pour autant leur avoir jamais adressé la parole. Comment savoir où est la vérité, et où est le conte ?

Elle est bien davantage intriguée par la mention de Lestar. Lui, elle ne pense pas que quiconque puisse le mentionner sans avoir une très bonne raison de le faire. Il accompagne d'ordinaire le Tribun Derulan, le même qui a eu le malheur de s'opposer à l'annonce de la mort du Roi, et qui a dû quitter la ville précipitamment. Le même de qui Nivraya n'a aucune nouvelle, et qu'elle soupçonne d'avoir voulu soulever un tapis sous lequel se cachent une armée de vilains petits secrets, et que l'on a fait taire par un moyen ou un autre. Mais là encore, elle n'a aucune preuve. Toutefois, ce qui est troublant, c'est que Lestar est un ami de son mari, Justar. Les deux hommes se connaissent plutôt bien, et entretiennent des relations de confiance qui s'étendent naturellement à l'épouse du dernier. Nivraya a eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer Lestar, et elle en a gardé le souvenir d'un homme noble et droit, qui ne serait probablement pas impliqué pour faire chuter son propre roi... Tout du moins le croit-elle. La seule mention de son nom suffit à donner des accents de vérité au discours des quatre individus, qui paraissent tout à coup beaucoup moins étranges. Ils ont plutôt l'air d'hommes de confiance forcés de passer au travers d'épreuves difficiles pour se rendre incognito jusqu'à la capitale, afin de délivrer leur précieux message.

En tout cas, si on voulait la persuader que tel est le cas, on n'aurait pas envoyé escorte différente. C'est d'ailleurs cela qui la retient de les croire sur parole, car après tout, quelle preuve a-t-elle de leur bonne foi ? Il existe bon nombre de gens qui seraient prêts à la faire tomber rien que parce qu'elle est une femme. Dans les temps troublés qu'ils vivent actuellement, le nombre de ses ennemis a probablement doublé voire triplé, et elle n'imagine même pas ce qu'il en est des proches du Prince, qui cherchent à vérifier quels sont les soutiens d'Aldarion. Chaque mot doit être pesé, mesuré, et il n'est pas question de faire confiance sans crainte, comme si le monde était peuplé uniquement de gens de bien. La jeune femme a bien trop l'expérience des intrigues de cour pour oser croire encore que la bonté existe naturellement chez les siens.

Alors qu'elle réfléchit intensément, l'homme la presse sans douceur, s'ouvrant sans crainte et présentant sa requête explicitement, et dans des termes qui ne laissent pas de place au doute. Une occasion de "prouver sa loyauté" ? Elle ne peut cacher qu'elle en rêve depuis longtemps, pour le bien de sa famille et pour son propre prestige. Mais les choses semblent trop belles, et trop bien agencées. Un piège se serait présenté sous cette forme, à n'en pas douter. Alors, le guerrier la met face à un choix dichotomique simple : aider ou appeler la garde. Elle inspire profondément, quoique sans laisser paraître son trouble - noblesse oblige -, et lève une main impérieuse pour intimer le calme et le silence à son interlocuteur. Elle n'a pas véritablement l'intention de se montrer désagréable, mais elle a l'habitude d'être obéie au doigt et à l'œil par la roture, et en dépit de l'allure noble et fière de son interlocuteur, il demeure quand même inférieur socialement. Une place qu'il doit apprendre à respecter :

- Pour commencer, maître Thorondil, il n'y a pas qu'une question qui se pose.

Elle passe une main dans ses cheveux d'un roux flamboyant, davantage pour dissimuler - avec brio ! - son trouble que pour réellement remettre de l'ordre dans sa coiffure impeccable. En vérité, elle ne sait pas vraiment pas où commencer. Il y a tellement de points qui lui semblent peu clairs, tellement de blancs dans une histoire qui paraît chaque seconde un peu plus complexe. Aucune décision ne peut être prise dans la précipitation, tout mouvement doit être réfléchi, calculé, anticipé mille et une fois pour ne pas faire d'erreur. D'ordinaire, la jeune femme a l'habitude de marcher sur la corde raide, mais cette fois elle doit faire le grand saut, et franchir un grand espace vide, sans filet, pour atterrir sur une plate-forme qui peut à tout moment se dérober sous elle. Elle doit trouver un moyen d'éprouver sa fiabilité et sa solidité, sans quoi elle risque malheureusement de perdre tout ce qu'elle a mis tant d'années à construire.

- Vous déclarez être ici au nom de Sa Majesté le Roi, mais la nouvelle de sa mort nous a été apportée, et le couronnement du Prince est prévu dans quelques jours. On pourrait interpréter votre visite comme une tentative séditieuse, et je suis persuadée que le Tribun Militaire Dondos vous exécuterait sur-le-champ pour haute trahison, ou n'importe quel motif qui trouvera grâce à ses yeux...

Elle marque une brève pause, mais lève la main pour leur intimer la patience. Elle sait ménager ses effets, et bien que cela ne paraisse pas sur son visage fin et délicat, elle prend un certain plaisir à cela, en dépit du fait que la situation soit incroyablement tendue :

- En outre, vous vous présentez au nom du Tribun de la Plèbe Derulan, condamné à mort puis finalement gracié et banni d'Annùminas pour avoir soutenu la même thèse que vous. Je pourrais vous faire arrêter immédiatement, vous livrer au Prince, et "prouver ma loyauté", comme vous dites...

Un sourire sans joie étire ses lèvres, à mesure qu'elle aide ses interlocuteurs à prendre conscience de la situation terriblement difficile dans laquelle ils se trouvent. En réalité, elle veut leur faire prendre conscience que ce genre de discours est particulièrement dangereux, et qu'il n'est pas de bon ton de s'exprimer ainsi à quelqu'un que l'on rencontre pour la première fois. Mais puisqu'ils ont pris ce risque librement, et qu'ils ne semblent pas être des brutes sans cervelle, c'est qu'ils estiment que le jeu en vaut la chandelle... ou bien qu'ils sont protégés par un patron puissant qui cherche à attirer la jeune noble dans un piège. Essayant de rester dans le politiquement correct, et de ne pas commettre d'impair, elle ajoute d'une voix claire et pure :

- Cependant, je ne peux pas ignorer vos paroles. Si elles contiennent une once de vérité, vous n'êtes pas sans savoir que les conséquences peuvent être très graves pour l'ensemble du royaume, et vous êtes peut-être les seuls à pouvoir éviter une guerre civile meurtrière.

Elle se tourne vers les trois autres compagnons de l'aveugle, pour chercher dans leur regard un indice concernant leur sincérité. Il est difficile de lire quelque chose dans ces yeux épuisés, durcis par les épreuves, et elle n'aurait de toute façon pas pu se fier à son jugement. Pas cette fois. Pas alors qu'il y a tant en jeu. Les choses prennent un tour assez inattendu, et elle doit faire preuve de beaucoup de maîtrise pour ne pas se laisser aller à les croire sur parole. Il lui faut être sûre d'elle. Elle n'aura pas de deuxième chance. Si le Tribun Militaire apprend qu'elle complote contre lui, il la fera décapiter dans l'instant, sans procès. Elle est déjà suffisamment inquiète à l'idée que son envoyée se soit fait prendre, et elle ne tient pas particulièrement à attirer l'attention de ceux qui peuvent l'envoyer six pieds sous terre en un clin d'œil.

- Je suppose que vous ne vous attendiez pas à ce que je vous croie, et que vous avez amené de quoi me convaincre. Je suis fidèle au Roi d'Arnor, et si vous m'amenez la preuve que Sa Majesté est toujours vivante, je suis à votre service, et vous pourrez compter sur mon appui. Sinon, je n'aurai d'autre choix que de vous placer en état d'arrestation et de remettre votre sort entre les mains du Prince.

Elle croise les mains, et plonge son regard dans celui des deux hommes qui n'ont pas encore pris la parole - évitant pour l'instant celui de la femme de l'Est, créature trop étrangère pour le moment. Au regard que leur lance Thorondil, il est certain que l'un d'eux doit normalement avoir de quoi étayer leur demande. Reste à espérer pour le salut de leur tête qu'ils n'ont pas égaré ladite preuve, sans quoi leur séjour à Annùminas risque d'être aussi bref que douloureux. Au fond d'elle-même, Nivraya attend avec impatience de découvrir si tout cela n'est qu'un immense mensonge destiné à la tester, ou si c'est là la plus grande opportunité dont elle pouvait rêver pour accroître son pouvoir et son influence. L'effort de volonté qu'elle doit faire pour ne pas céder à la tentation de croire en la seconde option est au moins aussi conséquent que celui que doivent faire ses interlocuteurs pour rester calmes malgré le danger qui pèse sur leurs épaules.
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Njall l'Indomptable
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Mer 2 Avr 2014 - 20:30
Depuis quelques jours déjà, tout s'enchainaît pour le Lossoth et ses compagnons de fortune. Son pélerinage prenait des airs de formidable aventure à mesure que les jours passaient et que les événements se succédaient. Il était désormais planté devant une porte en bois, fixant la lourde poignée de fer à quelques centimètres de son bras. Il n'avait plus qu'un geste à faire : soulever l'anneau et frapper à la porte de ce bâtiment dont les fenêtres étaient éclairées malgré l'heure tardive. En effet, le soleil déclinait déjà quand Njall était arrivé au point de rendez-vous, et les rues se vidaient de leur agitation, petit à petit. Ce petit geste insignifiant lui taraudait pourtant l'esprit. Depuis quelques minutes déjà, il se demandait comment il avait atterris ici, comment il en était venu à être impliqué dans une histoire bien trop importante pour son statut insignifiant dans ce monde dont il ne connaissait rien.

Il avait fallu deux jours de voyage pour atteindre la cité après que le roi Aldarion ne leur ait confié une mission d'ordre capital. Bien entendu, Njall n'avait pas tout compris lors de l'entrevue qu'il avait eu le privilège d'avoir avec le seigneur de ces terres. Enfin, ce n'était pas réellement son privilège, il avait plutôt partagé celui d'un petit groupe d'individus auquel il avait été mêlé du fait de son implication dans les affaires de Lestar, le messager du tribun sauvé plus tôt. Des noms et des lieux dont il ignorait tout avaient été évoqués, et quelques heures plus tard, après un repos bien mérité, il était sur une monture en direction de la cité d'Elendil. En somme, il venait de faire un aller-retour entre la capitale de l'Arnor et sa campagne mais ce second trajet était bien plus lourd émotionnellement, car le lossoth se rendait peu à peu compte de l'ampleur de ce qu'il se passait autour de lui. Tout d'abord au travers de ces rencontres solennelles, il venait de rencontrer un Roi, dont il avait observé les moindres traits, puis enfin, il suffisait de contempler le visage grave d'Adaes, son ami, pour comprendre que rien de tout ça n'état très joyeux. Bien entendu, il saisissait les gros traits de l'Histoire, car c'est bien maintenant que celle-ci se jouait. Allons, lui qui avait toujours rêvé de grandes choses dans son petit pays gelé, allait-il frémir quand l'aventure s'imposait à lui ? Faisant preuve de son calme habituel, le chasseur et désormais guerrier avait fait preuve de sang froid et avait chevauché dans le plus grand silence.

Les conditions climatiques s'étaient légèrement détériorées mais demeuraient peu pénible pour Njall, qui, en plus de sa résistance naturelle au froid, portait des habits où se mêlaient cuir et fourrure, et ne craignait donc pas la morsure du froid.

Ils devaient rejoindre Annuminas pour quérir l'aide d'une noble de la cité, en mesure de mobiliser le peuple de la cité en faveur du roi qui avait perdu son trône. Une fois aux portes de la ville, ils durent se séparer et Njall fut pris d'une légère angoisse. Il ne connaissait rien de la cité, si ce n'est le lieu de rendez-vous. Heureusement, avant de disparaître, Adaes lui confia quelques indications et repères utiles.

Njall abandonna sa monture à une écurie miteuse à l'extérieure de la ville, qui vida sa bourse déjà peu remplie. Il espérait désormais vivement que cette aventure serait l'occasion d'avoir un gîte et un couvert...

Il avait ensuite pénétré dans l'immense cité, seul et livré à lui-même pour quelques temps, afin de ne pas éveiller les soupçons des gardes en présence. Il évita soigneusement l'endroit où il avait affronté précédemment les gardes pour sauver Lestar et arpenta à pas prudents et réfléchis la ville. Quelques badauds se retournèrent sur lui, au vue de son apparence originale, mais de manière générale il resta relativement inaperçu dans la foule arnorienne, perturbée par les récents événements. Quand il atteignit enfin le point de rendez-vous, où ils devaient rencontrer ladite Nevraya, Njall ne savait s'il était le premier ou le dernier arrivé et était légèrement stressé. Etait-ce le bon endroit ? Il n'osait pas encore frapper et réfléchissait. S'il était le premier, qu'allait-il dire ? Il ne connaissait pas les coutumes de ce pays et serait bien incapable de justifier sa présence s'il fallait rester discret quant à leur mission. Son attente lui donna raison car bientôt Adaes parut et ils entrèrent tous deux après avoir frappé, accueillis par un homme d'une carrure impressionnante. Il dominait de très loin le lossoth, plus trapu, qui observa l'homme, impressionné par sa carrure. Ce dernier lui adressa néanmoins une esquisse de sourire auquel Njall ne sut répondre.

Les autres membres de la petite compagnie arrivèrent dans les secondes qui suivirent et ils furent introduits par le colosse à la maîtresse des lieux. Njall marchait la tête en l'air pour se rendre dans son bureau, observant les plafonds, tapisseries et moindres objets de décoration avec une gourmande curiosité. Mais une fois devant la noble, le sérieux de la scène et la tension qui gagna l'assemblée le força à se concentrer sur tout ce qui se déroulait devant lui. Il n'osait bouger et resta silencieux tandis qu'elle les questionnait. Il se sentait légèrement à part aux côtés du grand Arnorien aux yeux estropiés et Adaes, car il était étranger et ne savait rien de ce pays. Il y avait bien cette femme au teint mât, qui semblait elle aussi étrangère - et l'était selon les dires de tous, qui semblaient étrangement méfiants envers elle - mais il n'avait pas encore eu l'occasion de s'intéresser à elle ni même lui parler. En effet, il n'avait prononcé que très peu de mots depuis leur chevauchée avec Lestar. Et il lui semblait qu'il était plus judicieux de procéder de la même façon cette fois encore, et d'observer, écouter avec précision tout ce qui se passait.

L'Arnorien prit la parole pour eux devant les questions de Nevraya, et le fit admirablement bien. Njall ne put s'empêcher d'hocher légèrement la tête devant le pragmatisme et la détermination de son camarade. Mais son intervention ne suffit pas à convaincre la noble de les aider dans leur quête. Njall comprenait la situation, et commençait aussi à entrevoir les moeurs de cette société très moderne, éloignée des moeurs plus traditionnels de son peuple, de son point de vue en tout cas. Ici se jouaient des intrigues qui n'avaient pas lieu d'être chez les lossoth, et il allait falloir être particulièrement convaincant pour que la femme, qui semblait légèrement hautaine au lossoth, ne trouve son intérêt à les aider. C'était du moins comme ça que Njall cernait les choses. D'ailleurs, elle ne tarda pas à faire comprendre au petit groupe qu'ici et maintenant, c'était elle qui les tenait et pas eux. Il était vrai qu'ils n'avaient aucun moyens de prouver leurs dires, et quand elle réclama une preuve, Njall frémit légèrement, jetant des regards à la femme à leurs côtés tout comme à Adaes. Il fallait à tout prix fournir à cette femme un élément qu'elle n'attendait pas pour la convaincre définitivement, sinon ils couraient certainement à de graves ennuis. De plus, vu la carrure de l'homme qui leur avait ouvert - son mari ? - le combat leur serait plus que défavorable. Njall regretta subitement d'avoir laissé ses armes à l'entrée. Lui se sentait impuissant. Jusqu'à l'évocation de preuve, où Njall commença à reprendre prestance. Il redressa légèrement les épaules, et l'arnorien se tourna vers lui. Hochant la tête, Njall porta la main à son épaulière dont le cuir avait été affublé d'une épaisse touffe de fourrure blanche et grise. Il la décrocha d'un geste habile et la retira de son plastron, la retournant, dévoilant un papier coincé à l'intérieur. La lettre était légèrement froissée à cause des péripéties du lossoth mais le sceau royal qui la scellait était reconnaissable entre tous. Njall se souvenait non sans fierté du moment où un officier du roi lui avait remis, juste avant leur départ. Il ne connaissait pas le contenu de cette lettre, si ce n'est qu'elle était écrite de la main du roi et suivie d'un court message de Lestar qui semblait en connaître long sur la noble. On devinait à l'intérieur de l'enveloppe une forme ronde, en plus de la lettre, et pesant bien plus lourd que du papier. C'était là une des bagues du roi, dont il avait accepté de se délester pour prouver l'identité de l'auteur de la lettre au cas où la noble se montrait encore méfiante.

Il s'avança alors, cette enveloppe entre ses doigts crasseux et baissa instinctivement le regard quand il salua la femme qu'il avait en face de lui. Il ne connaissait pas les coutumes et les protocoles en vigueur ici, et il pensait que c'était là une marque de respect certains. Une fois qu'il eut saluée celle qu'il désignait comme "Dame Nevraya", car c'était tout ce dont il se rappelait de son identité, il tendit d'une main sûre l'enveloppe.


- Vous trouverez ici une preuve de notre sincérité,
dit-il, relevant la tête pour ancrer ses deux orbites d'un bleu glacé dans ceux de la femme qu'il avait en face de lui.

Il espérait que ces documents et ce bijou ne fasse l'effet escompté. Ils avaient été rédigés en urgence par leurs deux auteurs, et Njall craignait que la jeune femme crut que la bague du roi était une preuve de sa mort. Mais pourquoi l'auraient-ils ammener à elle, si c'était le cas ? Inutile de perdre son temps à cela si le roi était bien mort ! Il ne savait pas si ses autres compagnons possédaient d'autres preuves, car on l'avait pris à part pour lui donner celle-ci, mais il espérait de tout coeur qu'ils aient une solution de rechange au cas où cela ne marchait pas. En tout cas, la naïveté de Njall, due à son incompréhension du monde des "gens du Sud" comme il les appelait le rendait particulièrement sincère dans chacune de ses interventions, et même parfois candide, ce qui pouvait lui prêter préjudice. Mais cette innocente honnêteté pouvait aussi être un point fort et il espérait que ce fut le cas à cet instant. Ayant donné l'objet à Nevraya, il se recula, observant une distance respectable entre elle et lui, se plaçant plutôt près de l'homme qui avait parlé en leur nom, le dénommé Thorondil, puis s'appliqua à remettre en place son épaulière. Il reprit une dernière fois la parole avant de se taire :


- Le temps ne joue pas en notre faveur. Si votre... Roi a cru bon de nous envoyer ici vous quérir, ce n'est pas pour rien.

Il réfléchit un court instant, peu habitué à prendre la parole. Il le faisait plus couramment dans son pays, mais il craignait de dire une sottise à chaque mot ici, ainsi il prenait le plus grand soin lors de ses déclarations.


- Ce n'est pas une simple question d'intérêts. C'est le sort de tout ce pays qui se joue.

En effet, Njall commençait à avoir une vision légèrement critique de ce qu'il observait. Cette demeure était somptueuse, mais la discussion qu'il regardait et toutes ces intrigues lui laissait l'impression que tout ce faste et cette luxure cachait une quête perpétuelle d'avantages sur une scène politique complexe qui ne laissait guère de place à l'amour de ses pairs et à l'unité réelle, celle qui conférait une force et une volonté collective. Quelque chose d'invraisemblable pour un lossoth, peuple guère ambitieux, qui passerait certainement ici pour arriéré. Heureusement, le goût du voyage de Njall lui donnait une relative ouverture d'esprit et il effleurait juste la culture locale, avec maladresse mais volonté. Une fois son intervention terminée il revint à son calme naturel, attendant la suite des événements, espérant qu'ils soient en leur faveur.

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Adaes Thiemond
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Mer 2 Avr 2014 - 22:35
Au-dessus ? Le ciel. En-dessous ? La terre ? Autour ? Des hommes. Voilà une situation qui pourrait semblait banal sans en connaître le contexte. Un homme marchant au milieu de la foule, d'un pas calme et sérieux. Un visage dur et ridé, une tunique matelassée, une cape légère et une épée. Voilà un attirail qui n'attire en rien l'attention, les voyageurs sont nombreux en ces terres, d'autant plus lorsque le manteau de l'hiver recouvre les terres et que la neige rend difficile chaque voyage.

La rencontre avec le Roi ne put être que courte, Adaes se doutait bien que la situation était difficile. Lestar les avait menés dans une situation les dépassant. Ancien soldat qu'il était le vieux guerrier fut habitué à combattre et à suivre des ordres, mais les intrigues politiques du royaume n'était pas son terrain de jeu favori. Le vétéran avait suivit les ordres, comme chacun des quatre personnes choisies pour cette tâche.

Le vieux guerrier avait à ses côtés Njall, compagnon de fortune qu'il considérait désormais comme un ami. Celui-ci ne savait rien des coutumes ni des terres qu'il visitait, mais était embarqué dans une aventure comme celle-ci, le vieux guerrier le trouvait courageux il arrivait dans une terre à laquelle il ne devait rien mais la défendait, et pour le coup mettait sa propre vie en jeu pour des choses qui ne le concernait, une preuve de noblesse et de bonté.

Le petit groupe avait accueilli deux autres membres, un homme de stature assez impressionnante assez balafré, au vue de son attitude il connaissait les terres un homme qui inspirait confiance au maitre d'arme. Néanmoins le quatrième membre le faisait bien moins. Une jeune femme au teint rappelant vaguement l'est, au vu de ses souvenirs tout du moins. L'homme balafré semblait s'en méfier, le maître d'arme lui n'avait aucune raison de le faire, néanmoins il n'avait pas pour habitude de s'allier ainsi au moindre venant.

Pour ceci sa méfiance existait encore, n'épargnant que le Lossoth aux côtés duquel il avait déjà combattu. Néanmoins la mission devait se faire. Le petit groupe reparti du campement et fit de nouveau route vers le cité d'Elendil. Celui-ci ne fut guère ressemblant au précédent, bien que de même longueur les conditions du second jour furent bien plus difficile, les conditions combinés à la méfiance de l'ancien soldat ne lui autorisèrent que peu de repos.

Son arrivée à le cité se fit dans le calme néanmoins, chacun avait ordre de se séparer des autres pour éviter d'être repéré, le vieux guerrier laissa à son ami du nord des informations sur la ville, afin de lui permettre de s'y diriger en l'absence de guide. Puis Adaes fit à son tour route vers une entrée différente de la ville. Il y rentra l'air calme, laissant à l'extérieur son cheval avec quelques pièces. Ceci fait il put passer les portes calmement, se mêlant à la foule.

Ce retour était comme tant d'autres, le vieil homme essayait de s'en persuader, d'ordinaire le retour le faisait sourire, repensant à sa demeure ainsi qu'à son assistant, à ses jours calme et au quotidien ordinaire. Néanmoins il ne pouvait faire de même, chacun de ses pas mettait en danger sa vie, il ne voyait plus sa ville sous le même regard, elle était pareil d'apparence mais les nouvelles graves des derniers jours et les actions perturbaient le maître d'arme.

La garde était sous l'autorité de traitres, son pas naturel ne trahissait pas son caractère inquiet, néanmoins il reposait sa main sur le pommeau de sa vieille épée, car malgré tout la méfiance avait sa place ici. La foule était son bouclier, le nombre impressionnant de personnes dans la ville n'était pas sans lui rappeler ses autres retour, la seul différence était la raison de celui-ci. Le calme ne semblait pas revenir de si tôt dans la vie du barbu.

De nombreux détail voyageait dans l'esprit du maître d'arme, il avait prit sa retraite pour pouvoir vivre en paix, mais une fois de plus il mettait sa vie en jeu dans un combat qu'il n'avait guère l'habitude de mener. Néanmoins sa vie avait déjà failli basculé à plusieurs reprises, ce n'était pas le sujet qui occupait le plus ses pensées. Outre l'inquiétude vis à vis de son ami dont il se sentait malgré tout responsable Adaes pensait à l'intrigue dans la cour d'Arnor.

Tant de manigances et d'intrigues pour le trône, un danger lourd pesait au-dessus de l'Arnor. Adaes le savait. Néanmoins plus il avançait plus il se disait que cette histoire prenait des proportions incommensurable. Le vieil homme était tendu, il n'y avait pas que des soldats et des traitres autour de lui, nombre de civils étaient embarqués dans cette affaire contre leur gré, une situation déplaisante si jamais combat il devait y avoir ils seraient les premiers à en subir les conséquences.

Mais pour le moment il devait cesser de s'inquiéter pour toutes ses choses, une mission était en cours et il devait œuvrer pour qu'elle réussisse. Le petit groupe devait prendre contact avec une noble, aux dires de Lestar elle mourrait d'envie de prouver sa loyauté au Royaume. Adaes restait malgré sceptique, il n'avait guère une très bonne opinion de la majorité des nobles, excepté ceux qui servent dans l'armée ou comme le Tribun de la Plèbe.

Les petits nobles étaient bien bas dans son estime, que ce soit pour leur arrogance qu'il n'a jamais apprécié ou pour leur soif de pouvoir et d'influence. Plus que jamais pour le maître d'arme ils manquaient à leur devoir. Bien que réduit à l'absence de terre la lignée des Thiemond descendait d'une famille de basse noblesse, et pour lui les nobles se doivent de protéger leur royaume et leur roi au péril de leur vie, plus que tout autre soldat.

Mais passons, Adaes arriva sur les lieux du rendez-vous, le premier arrivé fut Njall, attendant dehors. Le maître d’arme ne pensait pas voir son ami en premier ici, et pourtant ce fut le cas. Il semblait hésiter à pénétrer dans la demeure de la noble qu'ils venaient voir, Nivraya de Gardelame. Un grand gaillard haut et large faisait l’accueil, peu après ils rentrèrent dans le bâtiment rejoints de peu par les autres membres du groupe.

Le géant demanda au groupe de déposer leurs armes et de donner leurs noms. Bien que peu ravi d'abandonner ses armes le maitre d’arme déposa Thie et son couteau. Une fois les noms donnés ils purent entrés, et firent face à la noble. Celle-ci n'avait pas l'air ravi de voir un groupe d'hommes arrivé à l'heure tardive pour demander audience. Le premier à parler fut le dénommé Thorondil, qui expliqua la raison de la venue de manière clair et précise, le vieil homme esquissa un léger sourire en coin, il était franc et cela était une qualité non négligeable.

La jeune femme avait un comportement hautain, noble et gracieux mais néanmoins assez hautain pour qu'Adaes garde ses préjugés sur la majorité des nobles comme véridiques. Pour terminer ses paroles elle demanda une preuve de se qu'annoncer Thorondil. Celui-ci se tourna vers Njall et Adaes, le maître d'arme ne bougea pas, il n'avait pas sur lui de chose pouvant étayer leur parole, si ce n'est sa voix à son tour.

Njall en revanche disposait de quelque chose. Il remit un morceau de papier disposant du sceau royal à la noble, de tout le groupe le Lossoth était peut-être celui qui savait le moins de chose sur les terres et celui qui était le moins apte à être soupçonner, tout bien réfléchi lui donner à lui était un choix réfléchi et habile. Il prit même la parole afin d'adjoindre ceci à la preuve qu'il venait d'offrir à la noble. Il comprenait la situation, malgré que ses compagnons avait expliqué à merveille la situation Adaes prit la parole, ne pouvant s'empêcher de parler, sa voix rude et fatigué s'éleva alors dans les airs, du ton le plus grave qu'il n'ait eu depuis bien longtemps.


« Nous croire peut sembler difficile, néanmoins la situation est réelle, j'espère que cette preuve suffira à vous convaincre de notre sincérité. Évidemment nous ne sommes peut-être pas la plus démonstrative des délégations, si néanmoins vous portez encore quelque soupçons sur nous je ne puis que vous offrir la parole d'un vieux soldat en guise d'assurance. La situation est des plus graves aujourd'hui, le peuple, le roi, l'armée, la noblesse tout ceci risque fort d'être bouleversé si nous n'agissons pas. Le roi et Lestar ont jugés que vous étiez une personne respectable et loyale, par conséquence nous sommes ici, et nous parlons franchement, perdre du temps en présentation et en jeu de devinette ne ferait que faire descendre l'épée de Damoclès au-dessus de la tête de notre royaume. »


Notre, bien qu'il n'était pas connu de la haute noblesse, ni même de la basse en soit le vieux maître d'arme avait malgré tout du sang noble en ses veines, il le portait fièrement et faisait de son pouvoir pour défendre la devise et l'honneur de sa famille, ainsi que de son royaume. Le Maître d'arme, la mine sombre sortit de sa poche un vieux médaillon brodé, avec le symbole d'un bouclier et d'une épée en fer dessus, recouvrant la partie en tissu. Symbole des Thiemond celui-ci ne veut aujourd'hui plus dire grand chose, le titre de noblesse étant peu connu et les terres en piteux état.

Malgré ceci il était aisé de reconnaître que le médaillon était un vieux sceau de la noblesse, inutilisé depuis bien longtemps celui-ci avait été dégradé par le temps, et n'est aujourd'hui plus que l'ombre de ce qu'il fut pour la famille du maître d'arme, mais aujourd'hui encore il est la marque de l'appartenance du vieillard à la noblesse, bien que l'on puisse plus le qualifier de noble roturier et que de véritable noble. Malgré cela il espérait fort bien que ceci puisse apporter un peu plus de poids à sa parole, en temps que petit noble.

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Eliah Tandoril
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Lun 7 Avr 2014 - 18:07

Depuis sa conversation avec le roi déchu, Shaïa n'avait plus adressé la parole à aucun autre homme de cette compagnie. La réponse du roi lui avait suffit, d'ailleurs il ne semblait pas enclin à en dire d'avantage et aucun autre personnage ici présent ne valait la peine qu'elle ne gaspille sa salive pour lui. Il faisait bien assez froid pour qu'elle se perde dans de telles futilités que de discuter. Elle était néanmoins resté non loin de l'homme qu'elle servait, car il fallait bien garder à l'esprit que c'était de lui et de lui seul qu'elle recevait ses ordres et s'était empressé de détailler les hommes les plus proches. Tous plus ou moins bien bâtis, certains l'air hagard ne savait pas trop bien ce qu'ils faisaient là, d'autres l'air plus sévères qui semblait mieux cerner le sérieux de toute cette situation. Puis il y avait les hommes fidèles qui donneraient tout pour la vie de leur roi, par loyauté ou couardise. Par bonté d'âme ou par ambition. Son regard se posa soudain sur l'homme au faucon qu'elle avait d'abord trouvé sans intérêt et totalement agaçant avec ses airs de sainte ni-touche, puis regardant de plus près, elle avait froncé les sourcils. Il n'était pas comme les autres hommes ici, et son faucon n'était peut-être pas seulement un animal de compagnie après tout. Mais il n'avait pas grand intérêt à ses yeux, de telle sorte que pendant un long moment, elle continua à avancer, simplement en mettant un pied devant l'autre et parfois en montant son cheval afin de le ménager. Elle ne se laissait toutefois pas distancer par les hommes.

La jeune mercenaire avait un fort sentiment de satisfaction. Elle avait entendu comment le roi l'avait présenté et elle sentait de lourds regards peser sur elle. Elle n'était qu'une femme et pourtant ces hommes, aussi nombreux qu'ils soient la craignaient, se méfiaient d'elle comme de la peste. D'autres fuyaient son regard ou se détournaient quand elle les surprenait à la détailler avec un peu trop d'insistance. Qu'ils essayent de l'approcher un peu pour voir et elle leur apprendrait les bonnes manières !
Mais l'heure n'était plus aux jeux et très vite, la jeune femme comprit qu'ils devraient passer à l'action et il semblait même qu'ils devaient se séparer pour une mission. Elle avait été choisie pour aller avec trois autres hommes, dont le fauconnier pour une mission étrange. Ses autres compagnons étaient un homme de forte carrure qui ne paraissait pas venir d'Arnor pour le moins qu'elle puisse juger un un homme quelconque un peu plus vieux que les autres. Il paraissait le plus intelligent des trois et celui qui inspirait le plus confiance à Shaïa.

Ils devaient aller voir une personne qui connaissait le roi, ou que le roi connaissait et cette personne était censé leur venir en aide. La jeune femme n'avait pas l'étoffe de ces personnes qui tirent des plans et décident des choses compliquées pour avoir l'avantage. La plupart du temps, elle se contentait de se battre car c'était ce qu'elle savait faire de mieux. Elle ne préférait pas se lancer dans de nouvelles activités qui pourraient lui attirer plus d'ennuies que d'avantages. La demoiselle se contenta donc de suivre les ordres du roi et s'en alla vers une ville qu'elle ne connaissait pas, avec des hommes qu'elle ne connaissait pas et qu'elle n'avait pas envie de connaître, vers un destin dont elle n'avait aucune idée. Mais après tout, elle avait été grassement payée, elle pouvait faire un effort bien qu'elle aurait préféré rester auprès du roi. Mais puisqu'il lui avait sommé de partir avec eux, lui assurant que c'était une mission importante, elle avait suivi les ordres.

Néanmoins, elle suivit et en silence comme à son habitude. Durant la marche, la longue marche jusqu'à la cité, il y eut peu d'échanges de paroles et l'atmosphère était glaciale. Et ce n'était pas seulement l’œuvre du vent frais qui s'abattait sur eux comme un cours d'eau torrentiel. La jeune femme s'était enroulée dans sa cape, afin de se protéger du froid mais aussi de passer inaperçu dans cette ville ou les gens à la peau colorée ne devaient pas être nombreux. Si leur mission était d'être discrets, elle devait éviter de trop parler et de trop se faire remarquer. Quand on était étranger, quand on venait d'un pays aussi lointain que le sien, il était plus facile de se faire remarquer. Elle se contenta de suivre ses compagnons tranquillement, jusqu'à ce qu'il faille se séparer d'eux.

Laissée seule, livrée à elle même, la jeune femme se sentie tout d'un coup perdue. Cette ville qu'elle ne connaissait pas était pleine de dangers pour une étrangère telle que Shaïa et elle n'avait aucune idée de l'endroit où pouvait bien se trouver le point de rencontre. Elle avait eu un plan assez détaillé des environs, mais elle avait du mal à retrouver ses repères. Trop de monde, trop de bruit. Mais elle finit tant bien que mal à s'y retrouver et arriva après les trois hommes qui se tenaient devant la porte, qu'un colosse au visage impénétrable venait d'ouvrir. Elle ne dit pas un mot et avança, se contentant encore une fois de suivre ses compagnons en silence. Ils durent laisser leurs armes avant de rentrer et une fois à l'intérieur, la femme du Rhûn se sentit d'ores et déjà prisonnière. Elle n'avait aucune peur, malgré la présence du garde derrière eux, mais elle n'aimait pas l'atmosphère de cette pièce qui était trop chaude pour des voyageurs qui venaient de marcher des heures dans le froid mordant. Et quand elle posa les yeux sur la maîtresse de maison, son impression fut immédiatement renforcée. Le roi connaissait-il vraiment cette femme ? Car elle n'avait en rien l'air d'une dame qui pourrait les aider. En fait tout ce dont elle avait l'air, c'était d'une femme qui voulait s'aider elle-même. Elle l'observa durant tout le temps où elle avait parlé et continua quand ses compagnons prirent la parole.

Elle avait l'art de retourner chacune des sages paroles de Thorondil afin de les présenter sous un autre angle. Elle faisait bien comprendre à cette compagnie que ses intérêts étaient les plus importants. Car si le roi était bel et bien mort, elle n'hésiterait pas à rejoindre le prince qui serait bientôt couronné. Pour la première fois, une expression prit vie sur le visage de Shaïa et un sourire plein de dégoût se dessina sur ses lèvres. Elle n'avait jamais côtoyé la haute société, la noblesse comme ils aimaient à se faire appeler, mais elle les avait servit plus jeune et elle les connaissait. Il n'étaient rien, mais essayer de persuader le monde et surtout de se persuader soit même qu'ils étaient au dessus des autres. Ils étaient égoïstes, ambitieux, parfois machiavélique et souvent indignes de confiance. Cette femme ne paraissait pas manquer à cette définition bien qu'elle paraissait bien plus intelligente que les autres nobles que la Rhûnienne avait pu rencontré. Et c'était encore pire.
De plus, les tentatives de ses compagnons pour essayer de la convaincre la mettait hors d'elle. C'était comme un chat qui jouait avec sa souris avant de lui arracher la tête. Une simple distraction. Voilà ce qu'ils étaient pour cette femme. Elle en avait assez des blablas et des politesses à toutes les phrases qui finalement, ne menaient à rien !

Mais elle remarqua qu'étrangement, le regard de la dame Nirvana ou Nirvaya ou un nom du même genre ... ne se portait guère sur elle. Shaïa porta la main à sa ceinture et la petite bourse offerte par le roi teinta d'un doux bruit. Ses yeux se baissèrent immédiatement et elle passa des doigts amoureux son précieux trésor. Elle regarda ses compagnons et se demanda si elle aussi devait intervenir ou si cela n'était pas nécessaire au vue des preuves qu'avaient fourni les hommes. La brune avait l'habitude de mettre les pieds dans le plat, mais après tout, avaient-ils vraiment le temps pour tout ce charabia et tout ce théâtre feint ?
Shaïa buta sur la dernière phrase de la maîtresse des lieux. Elle se disait fidèle au roi d'Arnor ...

“Si vous êtes fidèle au roi d'Arnor, vous devriez être heureuse de la nouvelle que nous vous apportons. Pourtant vous n'êtes que suspicion”

La voix de Shaïa raisonna dans la pièce et son accent roula aux oreilles de ses interlocuteurs comme le tonnerre dans le ciel. Personne ne devait s'attendre à ce qu'elle prenne la parole, car elle sentit des regards se tourner vers elle. La jeune femme repoussa son manteau et dévoila sa bourse bien remplie, puis elle reprit la parole calmement.

“Vous devez certainement savoir que ce pays est en crise, comme tout les autres d'ailleurs. Pensez-vous qu'in simple soldat aurait pu m'offrir une telle somme ? Seul un roi pourrait débourser autant pour assurer sa protection. Et je n'assure pas la protection de n'importe qui...”

Elle se tut quelques secondes, plongeant son regard pénétrant dans celui de leur “hôte”, puis elle rajouta un petit sourire aux lèvres.

“Et si vous aviez vraiment peur que nous soyons des compagnons de ceux qui ont prononcé la mort du roi, que nous étions là pour vous piéger, vous n'auriez pas avouer être fidèle en la personne du roi. Pourtant vous l'avez fait... Il est peut-être temps de nous accorder une réelle audience.”

S'agissait-il d'une menace à peine voilée, ou d'une simple constatation perspicace, elle même n'aurait pu le dire. Quoi qu'il en soit, elle espérait avoir marqué un point en leur faveur et avoir permis de débloquer la situation. Et elle espérait également en son for intérieur, avoir irrité quelque peu cette femme trop imbue de sa personne pour être agréable. Une fois de plus elle se tut et referma son manteau, attendant comme les autres la sentence. Même sans armes, elle se battrait jusqu'à son dernier souffle. Et ils étaient quatre. Le garde pouvait être aussi costaud et fort qu'il le voulait, il aurait tout de même du fil à retordre. Bien qu' Shaïa n'éprouve aucune sympathie pour ses compagnons, elle devait reconnaître qu'ils n'étaient pas sans intérêts, surtout s'il devait y avoir un combat.
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Nivraya
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Lun 7 Avr 2014 - 21:54
Il est extrêmement difficile de se faire une idée claire d'une situation, face à une compagnie aussi hétéroclite, et dont chaque membre représente une véritable énigme. Nivraya n'a pas l'habitude de travailler avec des étrangers, ses principales fonctions l'amenant essentiellement à côtoyer le peuple d'Annùminas et de ses environs. Elle ne sait donc que penser de ces guerriers débraillés et sans noblesse venus la déranger pour essayer de l'embrigader dans une affaire qui peut s'apparenter à de la haute trahison. Quel que soit son choix, qu'elle décide de soutenir le jeune Prince en décidant de croire à la mort du Roi Aldarion, ou qu'elle opte pour l'option proposée par ce quatuor mystérieux, elle est coincée, forcée de rejoindre un camp qui n'a pas l'assurance de remporter la victoire. Et elle voit bien dans les yeux de ses interlocuteurs qu'ils méprisent son hésitation, qu'ils crachent sur sa considération propre. En retour, elle leur adresse un regard neutre, empli de l'immensité de l'indifférence qu'elle éprouve à leur endroit. Qui sont-ils pour elle, sinon de simples messagers ? Ils sont moins précieux que les meubles de goût qui ornent ce bureau austère dans lequel elle est contrainte de travailler, moins importants à son quotidien que la plume et l'encrier qui trônent fièrement à côte de sa main. La seule chose qui les autorise à rester debout face à elle, c'est le nom de Tar-Aldarion, qu'ils prononcent comme s'il s'agissait d'un personnage que l'on peut invoquer pour le plaisir. Ils ne semblent pas mesure quelle est la fonction réelle du Roi d'Arnor. Plus qu'un simple monarque dépourvu de pouvoir, comme on doit en trouver dans les contrées exotiques d'où sont originaires le guerrier trapu et la femme, il s'agit du second personnage le plus puissant de la Terre du Milieu, héritier du trône de Gondor. Comment, dès lors, penser à prendre les choses à la légère ? Les affaires qui se jouent dépassent de loin le simple jeu de pouvoir, mais peuvent remettre en cause l'équilibre profond du monde entier ! Sots qu'ils sont, seulement focalisés sur le tranchant de leur épée, ils semblent ne pas comprendre quelle importance leurs informations ont.

L'homme du Nord est le premier à faire un pas dans sa direction. Il a détaché son épaulière, et cachée dessous, une missive scellée aux armes de Sa Majesté. Nivraya chasse toute trace de surprise de son visage en recevant le billet des mains du guerrier, et essaie d'éluder les questions qui peuvent la tarauder, les doutes qui veulent l'assaillir. Il peut s'agir d'une contrefaçon, d'une copie, ou bien d'une véritable lettre qui a été falsifiée pour en changer les termes. La paranoïa, toutefois, ne l'avance à rien, et elle dégaine une fine lame, ouvrant le pli avec un geste fluide et élégant. Reposant soigneusement l'objet, elle ouvre le document, et le parcourt avec une grande attention, sans mot dire :

Citation :
Nivraya,

S'il y a un jour où vous devez croire en votre Roi, c'est celui où cette lettre vous parviendra. Je suis en vie, et je requiers votre pleine coopération. Les hommes que j'ai envoyés ont besoin d'assistance, d'un abri, et d'être guidés pour accomplir une mission de la plus haute importance : rétablir la justice en évitant que le sang d'Arnor ne coule.

Croyez en eux, croyez en votre Roi, et croyez dans ce que vous dit votre cœur. L'heure n'est plus au doute. Pour attester de la véracité de ces mots, veuillez trouver une preuve de mon identité que vous reconnaitrez certainement.

Nivraya a en effet recueilli dans sa main un bijou en or d'un poids conséquent, qu'elle ne peut confondre avec aucun autre. C'est une bague royale que le monarque porte lors de certaines sessions du Sénat. Un bijou unique qu'elle a déjà eu l'occasion de voir lorsqu'elle a été présentée à son souverain, et lorsqu'elle l'a salué. C'est à cette bague que les sénateurs rendent hommage, et il ne peut pas s'agir d'un double, elle en est persuadée. Le léger frémissement qu'elle éprouve à ce moment là n'est perceptible que du nordiste, debout à moins d'un mètre d'elle. C'est donc vrai ! Le Roi est en vie, et il lui demande son concours pour retrouver son trône. Elle veut se lever pour faire les cent pas, ce qui l'aide à réfléchir, mais se retient. Ce n'est pas convenable en public, et elle préfère ne pas se donner en spectacle ainsi. Au lieu de quoi, elle dissimule son trouble en plongeant dans la lecture du second message, plus court, mais écrit d'une main qu'elle connaît bien.

Citation :
Dame Nivraya,

Je suppose que mon écriture vous est familière, et que je n'ai nul besoin de vous préciser mon nom. Sachez simplement que votre époux me fait confiance depuis plus de quinze ans maintenant, et je vous demande d'en faire autant. En ces heures sombres, nous avons besoin de vous plus que jamais.

Lestar... Elle ferme les yeux un instant, et accepte tranquillement le poids de ce qu'il vient de lui révéler par écrit. Si elle a pu douter du Roi un bref instant, elle ne peut pas ne pas croire Lestar, l'ami de son mari, une des premières personnes avec qui elle s'est vraiment entendue lorsqu'elle a changé de vie radicalement. Un homme loyal jusqu'à la mort, qui ne soutiendrait pas un faux roi, et qui ne prendrait pas le risque de plonger son pays dans la guerre civile pour acquérir du pouvoir. En lui, elle peut avoir une confiance presque aveugle, et c'est un fait assez rare pour être souligné. On compte sur les doigts d'une main les gens qui rentrent dans cette catégorie.

Nivraya lève la tête, toujours silencieuse, et écoute les arguments qu'avancent les trois individus qui n'ont pas encore pris la parole, craignant que les preuves ne soient toujours pas suffisantes. Le premier, cet homme du Nord, lui parle avec une certaine déférence relativement plaisante. Il n'a pas les bonnes manières, mais il a les bonnes intentions, et c'est déjà beaucoup pour un homme de sa condition. Elle note toutefois qu'il croit que toute cette affaire n'est que question d'intérêts pour elle, et elle fronce légèrement les sourcils, plongeant son regard d'un vert troublant dans les yeux bleus de cet individu étrange. Elle se retient de lui répondre quelque chose de désobligeant. C'est d'ailleurs une bonne chose, car cela laisse le champ libre aux deux autres pour s'exprimer à leur tour, et lui faire part de leur avis sur ses hésitations.

Le deuxième se révèle - à la grande surprise de la jeune noble - appartenir à une ancienne famille de la noblesse arnorienne. Impossible pour Nivraya de déterminer laquelle exactement, car le blason est ancien et usé, mais le sang bleu coule éternellement dans les veines de ses membres, et sous cette apparence rustre se cache en réalité un cœur de gentilhomme. Un homme éduqué, qui lui parle avec respect, calme, et tranquillité. Un homme qui comprend que malgré la gravité de la situation, le respect des codes est un gage de stabilité. L'action est une chose, la réflexion et la prudence en sont une autre. Dans ces conditions, rien ne sert de courir et de se presser comme la plèbe. La noblesse, quoi qu'ils puissent en penser, joue un rôle central dans la vie quotidienne du royaume, en ce sens qu'elle tempère les ardeurs changeantes de la foule inculte. Si on laissait les passions dévorantes du peuple gouverner, on irait droit au chaos, et seule la tempérance de l'élite peut assurer la pérennité d'un royaume aussi vaste que l'Arnor.

De toute évidence, cette conception ne fait pas l'unanimité, et la troisième à intervenir ne s'embarrasse pas des politesses de ses prédécesseurs. Avec une franchise frisant l'injure, elle attaque impitoyablement Nivraya, qui demeure assise, stoïque et calme, maîtrisant ses émotions au point de ne pas laisser une once de colère remonter à la surface. Son maquillage parfait dissimule idéalement la rougeur de ses joues, et à part la très légère contraction de sa mâchoire, on ne note aucun signe d'agacement ou de contrariété. Elle laisse courtoisement la femme de l'Est terminer sa diatribe, s'accordant même un sourire sur la fin lorsque celle-ci demande avec impertinence d'être reçue à une véritable audience. Alors, comme un chat resté trop longtemps sur la défensive, et sortant les griffes pour riposter, Nivraya ouvre la bouche. Les mots sont son arme, la connaissance son cheval de bataille, et la noblesse son bouclier impénétrable. Avec une suffisance et une froideur extrêmes, elle rétorque :

- Que vaut l'avis d'une barbare, dans des affaires qui concernent les gens d'Arnor ? Quelle leçon de morale dois-je recevoir d'une mercenaire exhibant son or, et parlant de fidélité ? Vous avez vendu votre lame à une noble cause, mais cela ne vous rend pas noble, et pas digne de vous adresser ainsi à la noblesse d'un royaume qui n'est pas le vôtre.

Elle claque des doigts avec majesté, signifiant par là que le débat est clos. Elle n'a pas envie de s'étendre plus avant sur le sujet, et de débattre éternellement avec cette femme de l'Est sans honneur qui cherche de toute évidence à la provoquer. Se désintéressant purement et simplement de sa personne, et la laissant encaisser comme elle le désire cette réponse cinglante, elle revient à Adaes, qui lui paraît bien davantage ouvert à une conversation raisonnable entre gens éduqués :

- Je suis fidèle au Roi d'Arnor, comme tout sujet se doit de l'être. Le couronnement n'a peut-être pas été effectué, mais à l'annonce de la mort de Tar-Aldarion, son fils est automatiquement considéré comme tel, et même si nous l'appelons Prince, il jouit de l'autorité royale. Le trône ne saurait rester vide...

Une tradition de continuité royale qui permet d'éviter que des être mal intentionnés ne s'emparent du trône pendant une période de vacance trop longue. Le couronnement n'est qu'une cérémonie officielle destinée à contenter le peuple, mais si pour une raison ou une autre il ne peut avoir lieu, nul ne peut considérer que le trône est réellement vacant, et qu'il lui est possible de s'y asseoir. Voilà pourquoi Nivraya a paru hésiter, et voilà pourquoi n'importe qui aurait hésité à sa place. Pour l'heure, il y a virtuellement deux rois sur le même trône, et la question est de soutenir le bon. Elle reprend, avec un soupir résigné :

- Vous m'avez toutefois apporté plus de preuves que nécessaire de la véracité de vos propos, et je suis partagée. Que le Roi Aldarion soit en vie me remplit de joie, mais la perspective des épreuves à venir et les raisons d'agir des hommes qui encadrent le Prince me plongent dans le désarroi. Nous devons tout faire pour éviter une guerre civile, et Annùminas ne doit sous aucun prétexte devenir un champ de bataille.

Elle les dévisage tour à tour, même Shaïa, avec le plus grand sérieux. Tout différend d'ordre personnel est écarté pour le bien du plus grand nombre, et s'ils ont pu penser qu'elle n'agissait que dans son propre intérêt, il sont désormais en droit d'en douter. Certes, elle sait que participer au retour du Roi est une chance unique pour elle d'être généreusement récompensée, mais elle est suffisamment consciente des risques pour mesurer avec précision ce qui adviendra d'elle s'ils viennent à échouer. Ces individus n'ont rien d'autre à perdre que leur propre vie. Ils s'investissent pour des raisons qui n'appartiennent qu'à eux dans une entreprise qui les dépasse, et de très loin. Nivraya, en revanche, a beaucoup plus à perdre. C'est probablement ce qui explique son visage fermé et son ton à la hauteur de la gravité de la situation. Claquant des doigts, elle change brutalement de sujet :

- Freyloord, raccompagnez nos amis jusqu'à la Chambre, et mettez-les aussi à l'aise que possible. J'ai à faire avant de rentrer.

Elle croise les mains, et laisse ses invités prendre congé, suivant le colosse jusqu'au seul endroit sûr de la capitale.


~~~~


La Chambre est en réalité plus grande qu'une simple chambre au sens commun du terme. Il s'agit d'un petit pavillon sur un seul niveau, que la noble habite avec ses deux servants. L'endroit est de taille relativement modeste et tranche avec le luxe affiché dans les bâtiments officiels où les quatre aventuriers ont été reçus. On ne peut toutefois pas qualifier l'endroit de pauvre, et c'est un véritable havre de paix et de calme, propice à la méditation et au travail. Sur deux des murs, on trouve des rayons entiers de livres, qui constituent une richesse particulièrement enviée. Ce n'est certes pas tout le monde qui peut avoir accès à la culture, et encore moins qui peut s'offrir une bibliothèque privée. Parmi les nobles, notamment ceux qui sont davantage portés sur le combat, beaucoup considèrent que c'est un luxe superficiel et inutile. La jeune femme est d'un autre avis, et exhibe avec ostentation ses ouvrages rares et précieux, ses traités juridiques complexes, ses précis de géographie incroyablement intéressants, et certains ouvrages de médecine qu'elle lit à ses heures perdues. Les autres murs sont occupés par des tableaux de paysages évoquant de vastes plaines balayées par une brise légère, ou bien des champs baignés de soleil où travaillent des paysans rendus minuscules par la distance. On pourrait les croire faits par la main d'un artiste, mais c'est en réalité Nivraya elle-même qui les réalise lorsqu'elle rentre dans son domaine, loin des obligations administratives et des contraintes de la capitale.

Quelques commodes aux courbes soignées, recouvertes de broderies de luxe, supportent des chandeliers qui éclairent doucement la pièce, complétant la lumière dispensée parcimonieusement par un feu de bois sur le déclin. Dans un coin, un bureau de travail jonché de feuilles sert d'annexe au bureau officiel de la noble. Deux portes sont visibles. La première donne sur une petite chambre où se trouvent deux lits, dont l'un, massif, est de toute évidence réservé au géant dénommé Freyloord. L'autre semble réservé à une femme qui n'est pas présente pour l'heure. La seconde porte donne sur les appartements privés de Nivraya, qui sont fermés à clé à toute autre qu'elle et son serviteur.

Ce dernier les introduit dans la Chambre, en regardant par-dessus leur épaule - leur tête, en vérité -, pour voir s'ils ne sont pas suivis par des individus indésirables. L'espionnage est monnaie courante entre nobles, et il vaut mieux faire preuve de discrétion. Sur le chemin depuis le Palais, ils n'ont pas échangé un mot, et ils entrent dans le pavillon comme une armée de voleurs revenant à leur cachette. A l'intérieur, l'atmosphère chaude est beaucoup plus agréable, et ils peuvent se délester de leurs lourds manteaux de fourrure, et se mettre à l'aise. Il n'y a certes pas assez de place pour tout le monde, mais le colosse qui les accompagne semble être un véritable maître de maison, et il s'occupe de rendre l'espace habitable. Il ravive le feu en y ajoutant quelques bûches de belle taille, pousse les meubles dans un coin, et roule le tapis particulièrement cher pour éviter de le salir. Il désigne l'espace ainsi dégagé, et annonce :

- Nous dormirons ici. Vous (il s'adresse à Shaïa) pouvez utiliser cette pièce (il lui montre la porte de gauche, celle où se trouvent les deux lits).

Pendant que chacun s'installe pour passer la nuit, avec une mécanique proche de celle d'un véritable campement, Freyloord puise dans les réserves du garde-manger pour sustenter les voyageurs, et leur permettre de reprendre des forces. A leur mine, ils n'ont pas eu de véritable nuit de sommeil, et la chaleur des lieux semble attirer le sommeil qu'ils paraissent appeler de leurs vœux. Sans cérémonie, Freyloord apporte les restes d'un repas à peine entamé, de la viande et du pain frais, un fromage de bonne qualité, et deux bouteilles de vin ainsi qu'assez de verres pour l'assistance. Avec une élégance que personne ne peut s'attendre à trouver chez un titan de sa stature, il dispose assiettes et couverts, verres et bouteilles, sert ses convives et les met à l'aise en prenant lui-même place par terre, à leurs côtés.

- Allons, mangez, lâche-t-il d'une voix bourrue mais sans agressivité aucune.

Les laissant attaquer leur assiette avec appétit, et les resservant s'ils désirent quelque chose, il finit par rompre le silence pour en savoir un peu plus sur la situation. Il sait que Nivraya lui demandera un rapport complet, et il entend bien obtenir des informations pour se faire une idée claire de ce qu'attend le Roi. Regardant les quatre individus assis sur le parquet hors de prix, savourant une nourriture d'une qualité bien supérieure à ce qu'ils ont dû avaler ces derniers jours, il leur lance :

- J'ai besoin de savoir ce que vous savez. Si le Roi compte sur quatre hommes et Dame Nivraya pour reprendre son trône, nous devons connaître ses plans pour établir le nôtre.

Il parle distinctement, et on sent derrière sa voix grave que le moindre détail est important. Avec qui marche le Roi ? Une armée de mercenaires comme eux ? Des hommes qui lui sont fidèles ? Combien sont-ils ? Y a-t-il des hommes connus qui lui ont prêté leur soutien ? S'il était exigeant, il demanderait même sur-le-champ où se trouve le Roi, mais il conçoit que ce puisse-t-être une information délicate. Plus elle demeurera secrète, moins les risques d'assassinat seront élevés. Toutefois, pour jouer franc-jeu, il ajoute :

- Et en retour, posez-moi franchement n'importe quelle question, et j'essaierai d'y répondre.

La sincérité qu'on lit dans ses yeux est troublante, et il est impossible de ne pas faire confiance à cet être particulièrement doux, en dépit de son physique. Il serait capable de détruire n'importe quel meuble de la pièce d'un seul coup de poing, mais il tient son verre avec une délicatesse extrême, et ses couverts avec la même distinction qu'un riche bourgeois. Cet homme à lui seul est un curieux paradoxe, et il est certain que ce n'est pas la seule chose qui doit intriguer les quatre voyageurs.


~~~~


Sitôt la porte claquée, Nivraya s'empresse de soupirer pour laisser retomber la pression. Ses pensées sont confuses, et elle s'accorde une minute pour y remettre de l'ordre. Une part d'elle-même considère que sa décision n'est que folie : elle a décidé de mettre en jeu l'ensemble de ce qu'elle possède, et même ce qu'elle ne possède pas, entre les mains de ces quatre inconnus. De la réussite de leur mission dépend le succès du Roi Aldarion, et du retour du Roi dépend sa propre survie. Cela fait beaucoup de paramètres, beaucoup de choses qui peuvent échouer pour un rien, et les condamner tous autant qu'ils sont à la potence. Avec de la chance, ils ne seront pas torturés avant. Mais d'un autre côté, la jeune femme n'a pas eu le choix. Que faire devant une demande directe de la part de son souverain ? Fuir ? Se défiler ? Jamais de la vie ! Premièrement, car elle n'est pas femme à fuir ses responsabilités, et qu'elle ne craint pas de devoir faire face à l'adversité. Elle a déjà survécu à des situations périlleuses grâce à son intelligence, et ce n'est qu'un défi de plus. Secondement, car la perspective de jouer un rôle décisif dans la victoire d'Aldarion n'est pas pour lui déplaire. Si victoire il y a, elle espère bien faire partie des noms dont le suzerain de ces terres saura se souvenir. Mais ce n'est pas encore l'heure de penser à l'après, il faut penser au moment présent. Elle a confié à ces voyageurs qu'elle avait à faire, et elle n'a pas menti. Il y a quelqu'un qu'elle doit voir de toute urgence.

Après avoir rangé ses affaires avec un empressement qui ne lui ressemble pas, elle s'est emparée de son manteau d'hiver, en fourrure d'un blanc immaculé, et a pris la direction d'une demeure dans laquelle elle ne s'est jamais rendue, mais qu'elle saurait retrouver entre mille. La personne qu'elle doit voir compte parmi les gens les plus importants du royaume, fort heureusement il réside au Palais, ce qui épargne à la jeune femme de devoir supporter les affres de l'hiver trop longtemps. Elle traverse une cour pavée, pénètre dans une aile luxueuse en passant devant des gardes en faction qui contrôlent brièvement son identité, avant de la laisser aller, puis accède enfin aux appartements d'un des personnages les plus puissants du Royaume, l'Intendant Aleth Enon.

Si elle l'a choisi lui, c'est parce qu'elle a eu l'occasion de voir ce qu'il a fait pour épargner le Tribun Derulan. Une action audacieuse et non nécessaire pour lui, qui était celle d'un partisan du vrai Roi. S'il a agi pour protéger le Tribun, c'était probablement pour protéger les fidèles d'Aldarion. S'il y a quelqu'un vers qui se tourner lorsqu'on est en quête de soutiens, c'est forcément vers lui. Nivraya a décidé de lui rendre visite immédiatement, avant qu'on commence à s'intéresser de près à la visite de quatre individus franchement louches venus frapper à la porte d'une petite noble sans éclat. Dans une période aussi troublée que celle-ci, la moindre vague peut être annonciatrice d'une catastrophe de grande ampleur, et il est certain que les fidèles du Prince finiront par entendre parler de ce genre d'événements inhabituels.

Protégé par la garde royale, l'Intendant Enon n'a nul besoin de maintenir un homme en faction devant sa porte, et c'est de manière triviale que Nivraya doit frapper trois coups secs à l'aide du petit heurtoir. Elle essaie de contenir son impatience, mais n'entendant aucun bruit à l'intérieur, elle frappe de nouveau. Cette fois, enfin, une réaction : une voix ensommeillée qui lui répond avec agacement. Elle ne comprend pas les propos exacts, mais comprend que l'individu en question est particulièrement contrarié d'être sorti du lit alors qu'il devait être en train de commencer à s'endormir. Nivraya, essayant de se retenir de regarder autour d'elle comme une conspiratrice, se penche vers la porte, et souffle :

- Eminence, je dois m'entretenir avec vous d'une affaire de la plus haute importance ! Je vous en conjure, ouvrez-moi...

Elle se mord la lèvre, craignant que cela ne soit pas suffisant pour justifier de déranger ainsi un personnage d'un rang aussi élevé à une heure aussi tardive, et ajoute aussi bas que le lui permet le lourd battant de bois qui la sépare de son interlocuteur :

- C'est au sujet du Roi... De grâce, ouvrez !

Resserrant son manteau autour de ses frêles épaules pour se protéger du froid ambiant, elle attend avec une impatience terrible la réponse de l'Intendant, seul à même de la conseiller pour savoir quoi faire.
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Aldarion
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Ven 11 Avr 2014 - 10:43
Cependant, à ses supplications, la jeune noble ne reçoit pour toute réponse qu'un bruit sourd puis le silence. Aleth n'a pas refusé de la recevoir, il n'a pas accepté non plus, il se contente de la laisser dehors dans un couloir glacial.

Alors que les minutes se font longue et le silence pesant, résonnent en provenance d'un couloir lointain, les pas lourds aux résonances métalliques caractéristique d'une troupe de garde.Comme pour confirmer ce diagnostic, au coin du couloir de longues ombres éclairées par une torche se dessine : on vient.

" Tu m'diras bien pourquoi on doit patrouiller... Y z'ont pas des gardes en Arnor ?"

La voix est grave, rocailleuse. Une autre voix lui répond, à peine plus douce.

" Tu sais bien que le tribun Dondos n'a aucune confiance en la garde... Il n'y a que nous qui pouvons débusquer les rats qui complotent."

En temps normal, il n'y aurait aucune raison d'empêcher une jeune femme, noble de surcroit, d'attendre à la porte de l'Intendant. De nombreuses éminences grises aiment à recevoir en pleine nuit des jeunes femmes au moeurs légères... même si Aleth Enon est loin d'être un client régulier. Cependant, en ces temps troublés et face à de pareils gardes, la position de Nivraya s'avère nettement plus délicate et nettement moins justifiable. Soudain, alors que les pas se rapprochent dangereusement et que la jeune femme hésite à fuir, un petit bruit, comme un craquement, se fait entendre dans son dos.

Avant même qu'elle ne se retourne, la jeune femme se fait happer "dans le mur". En quelques secondes elle se retrouve coincée dans un endroit étroit et humide totalement plongé dans le noir. Une main chaude et sèche se pose sur sa bouche l'empêchant de crier. Une autre la dirige vers l'arrière. La démarche maladroite, elle heurte à plusieurs reprise les parois de ce qui ressemble à un couloir étroit. Le sol semble descendre doucement mais surement vers les profondeurs du palais. Au bout de quelques minutes, la main se retire de sa bouche.

" Nous ne sommes plus à portée d'oreilles, néanmoins évitons de crier..."

Comme pour confirmer cette sécurité retrouvée, le propriétaire des mains allume un petit briquet finement ouvragé qui diffuse une lumière douce et chaleureuse. La jeune femme reconnaît directement son interlocuteur.


Aleth Enon en personne.

" Dites moi tout..."


Invité, n'oublie pas que le regard des Rois d'Arnor porte au delà des frontières de leurs royaumes.[/center]

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Thorondil
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Ven 11 Avr 2014 - 15:20
Thorondil resta impassible face aux contres et aux mises en doute de Nivraya à ses paroles. Il se contenta, quand tous les doutes de la jeune femme furent exposés, de se tourner vers les autres, dans l'espoir que l'un d'eux ait une preuve suffisante. Cependant, il dissimula à grand peine un soupire de profond agacement tandis que, les uns après les autres, ses compagnons tentaient d'argumenter avec la dame. Non, décidément, il détestait les femmes ambitieuses. Mais voilà, ils étaient là, soumis à son bon vouloir et ses menaces. Sans arme face au géant, même à quatre, ils auraient du mal à s'en sortir et après... jetés dans une ville qui se révèlerait sans doute hostile, envoyés dans les geôles pour haute trahison ou passés par le fil de l'épée sans la peine d'un procès... S'ils n'arrivaient pas à convaincre cette femme, il y avait peu de chance pour qu'ils s'en sortent à vrai dire.
Il y eu d'abord Njall avec en main la preuve de leurs bonnes intentions et de leur honnêteté. Le pauvre lossoth semblait perplexe face à cette étrange situation. Chez ce peuple, l'ambition était à peine présente, la colère honteuse et tournée en ridicule, et surtout le groupe primait sur la personne en toute circonstance. C'était là-bas une question de survie. Toutes ces tergiversations ne devaient pas avoir beaucoup de sens pour lui. Quand il vint se placer à côté de lui, Thalion regarda l'homme des neiges en haussant les épaules. Il aurait bien aimé lui dire le fond de sa pensée dans sa langue mais il n'avait pas les mots justes pour une telle situation, et jamais il ne se risquerait à parler en westron au risque de s'attirer les foudres de leurs hôtes.
Puis ce fut au tour d'Adaes de prendre la parole, mettant son honneur de noble, par le biais du blason de sa famille, en gage de leur honnêteté. Voyant ça, le fauconnier grimaça, autant de sang bleu dans cette pièce risquait de le faire démasquer. Il prit note de cacher, sitôt son épée recouvrée, les symboles qui en ornaient le fourreau : la tête d'aigle de profil, blason de son maître, et l'étoile cerclée d'une chaîne au maillon brisé, blason de sa famille et accessoirement plus connu que celui de la famille Thiemond. A vrai dire, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu à faire avec des personnes susceptibles de reconnaitre en lui l'héritier de Kervras, et cette situation avait tout pour lui déplaire.
Enfin, ce fut au tour de la femme orientale. Elle parlait sans déférence et avec un aplomb qui avait peu de chance d'être apprécié par Dame Nivraya. Il manquerait plus que les deux femmes commencent à se crêper le chignon et c'en était fait de leur mission, aussi capitale soit-elle.

Finalement, il semblait que cette dame ait suffisamment de sang-froid pour laisser glisser sur elle toutes les paroles insultantes de Shaïa et il fut même impressionné - légèrement - par une telle retenue... Quoique la tirade qui suivit en disait long sur l'offense qui lui avait été faite. Et puis, s'il avait voulu être parfaitement objectif, il était vrai qu'aucun d'eux ne faisait vraiment envoyé du roi ou même personne de confiance. En y réfléchissant qui confierait le destin d'un royaume à deux étrangers, un vieil homme et un chien de guerre trop souvent blessé, tous épuisés et sales. Joyeuse compagnie en effet ! Mais cette constatation ne changea en rien la façon dont Thorondil voyait cette femme : dès les premiers échanges il l'avait classé dans ce groupe de personnes qu'il ne pourrait jamais apprécier et, qu'importe ce qu'elle faisait pour le roi et l'Arnor, qu'importe l'importance de sa contribution, il travaillerait de concert avec elle puisqu'il le devait... mais il n'avait pour rien au monde l'intention de reconsidérer son jugement. Ce n'était pas dans sa nature.

Enfin... enfin, la dame accepta de leur accorder sa confiance et, avec le soulagement, la fatigue du voyage s'abattit sur les épaules du fauconnier. Une seule vraie nuit de sommeil ne pouvait effacer toutes ces journées de pénible voyage qui l'avaient mené de la Lorien à Annùminas. Naturellement, il se garda bien de montrer le moindre signe de son épuisement mais ses yeux peinaient encore plus à se focaliser.
Ce fut totalement silencieux qu'il regarda Nivraya s'adresser à Adaes. Apparemment, elle tenait à s'adresser au plus élevé de rang parmi toute la bande. Si elle savait... En d'autres circonstances, il aurait sans doute ricané de l'ironie. Il avait camouflé Thalion fils d'Aratan derrière Thorondil le fauconnier pour s'affranchir de son père et en profiter pour faire de même avec les conventions si épuisantes de la noblesse dans laquelle il ne se reconnaissait plus. Alors voir cette dame le traiter comme un roturier, oui, cela l'aurait sans doute bien amusé s'il n'avait pas à ce point hâte que la conversation prenne fin. Il ne souhaitait plus qu'une chose, pouvoir relâcher son attention quelques heures, quelques malheureusement petites heures. Au lieu de ça il sentait toujours la présence inquiétante du géant derrière son dos, l'esprit furibond de l'orientale et la froideur encore perplexe de leur contact. Il se contenta seulement de conclure l'échange par une phrase sincère et annoncée simplement. Mais ses bras croisés ne cachaient pas qu'il avait pris l'éventualité d'une guerre civile comme une offense personnelle. Ce n'était pas parce qu'il était guerrier qu'il était dénué d'esprit, croyait-elle que sous prétexte qu'ils étaient des gens d'épée, cela signifiait qu'ils fonceraient bêtement tête baissée dans la mêlée sans réfléchir aux conséquences désastreuses d'un conflit armé.

« - Je vous rassure sur ce point, Dame Nivraya, ce n'est le souhait d'aucun d'entre nous de mettre cette ville ou ce pays à feu et à sang. Nous ne sommes pas venus dans ce but et ce ne sont pas plus les intentions du Roi que les nôtres. »

La populace serait déjà bien assez perturbée de voir leur roi, qu'ils croyaient mort, revenir pour chasser son fils du trône, ce fils même que tous avaient cru perdu à jamais...En réalité, ils marchaient en terrain dangereux, le moindre faux pas entrainerait une avalanche dévastatrice qui entrainerait tout sur son passage. Le fier Rohan peinait à se relever d'une telle situation, qu'en serait-il quand il s'agirait d'un des royaumes pilier de la Terre du Milieu ?

- Freyloord, raccompagnez nos amis jusqu'à la Chambre, et mettez-les aussi à l'aise que possible. J'ai à faire avant de rentrer.

Thorondil salua la dame d'un geste de tête avant de prendre congés. "Chambre", voilà un mot qui sonnait doux comme du miel aux oreilles du dùnadan. Un repos entre quatre murs, sur un lit et sous un toit, devant la chaleur bienfaisante d'un feu de cheminée. Il retint un soupire d'aise en récupérant sa précieuse épée et son poignard à la pensée de ce bienfait tant attendu. A vrai dire, il s'était presque attendu à se faire raccompagner dehors, dans l'obligation de trouver une auberge miteuse encore ouverte à cette heure plus qu'avancée. Les paillasses grouillantes de vermines, très peu pour lui, il préférait encore la belle étoile sous la neige.

Le géant les guida jusqu'à la fameuse Chambre, qui n'était visiblement pas une "chambre" dans le sens strict du terme. C'était bien plus que ça. Une vague de chaleur accueillit les visiteurs dès leur arrivée. Thorondil en profita pour se débarrasser de son épaisse cape en laine imbibée par l'humidité glacée de la nuit.
Le fauconnier laissa courir son regard sur la superbe collection de livres qui s'étalait sur plusieurs murs, des livres particulièrement précieux pour certains. Elendîn donnerait n'importe quoi pour ne serait-ce qu'une journée au milieu de tous ces ouvrages. Son jeune frère mettait un point d'honneur à remplir la bibliothèque familiale, ayant déjà lu tous les vieux manuscrits qui s'y trouvaient, mais c'était un travail long et fastidieux quand on habitait la majorité de l'année à l'extrême limite nord du pays, presqu'au milieu de nulle part. Mais à ce rythme, jamais il n'accumulerait autant d'ouvrages qu'à cet endroit. Thorondil ne pu empêcher un sourire de fendre son visage à l'idée de son frère, vert de jalousie, face à une telle collection.
Finalement le dénommé Freyloord fit de son mieux pour aménager le petit espace et leur permettre de dormir à leur aise... Bon, pas de lit... mais après tout un petit coin près du feu, au sec et à l'abri du vent, que demander de mieux. Avec la vitesse de l'habitude, le fauconnier prépara son couchage avant de prendre la nourriture qui lui était proposée avec reconnaissance.

Naturellement, tous les convives s'étaient installés en un cercle approximatif pour le repas, de cette façon chacun pouvait voir d'un seul coup d'œil l'ensemble de ses compagnons. La nourriture fraiche et de bonne qualité glissa sur les papilles du dùnadan comme du caviar. C'était délicieux ! Personne ne disait mot, à part quelques remerciements... jusqu'à ce que le colosse prenne la parole :

- J'ai besoin de savoir ce que vous savez. Si le Roi compte sur quatre hommes et Dame Nivraya pour reprendre son trône, nous devons connaître ses plans pour établir le nôtre... Et en retour, posez-moi franchement n'importe quelle question, et j'essaierai d'y répondre.

Thorondil reposa son morceau de pain et s'humidifia les lèvres en réfléchissant, pesant ses mots. Il n'était pas sûr de vouloir tout révéler dès à présent.

« - Le Roi est en route avec suffisamment d'hommes pour reprendre la cité par la force s'il le faut... Notre mission... Notre mission est qu'une telle extrémité ne soit pas nécessaire. La seule façon d'y arriver c'est de s'assurer que le peuple soutienne Tar-Aldarion dès son retour... mais c'est un plan qui demande de prendre beaucoup de risques. Une simple erreur de timing et... Trop tôt cela risquerait de faire plonger cette ville dans le chaos, trop tard et c'est le Roi qui serait en grand danger. »

Il s'arrêta un instant. Devait-il parler de l'ébauche de plan qu'avait mis en place Aldarion dans l'Auberge où il l'avait recruté ? D'un autre côté, l'utilisation des dix coups de cloches pour annoncer le retour du roi ne pouvait être d'une étape, et il aurait préféré parler de tout ça directement avec cette femme qu'on leur avait conseillée plutôt que de commencer à faire passer le mot de bouche à oreille... Mais puisque, visiblement, la noble avait confiance en cet homme, il n'avait pas beaucoup d'alternatives. Le fauconnier passa une main dans ses cheveux pour les replacer en arrière. Ses yeux gris fixaient Freyloord avec insistance.

« - Si tout se passe au mieux, le peuple n'aura même pas à savoir que ses dirigeants se livrent une guerre de pouvoir et la rumeur de la mort du roi passerait pour une information mal interprétée. Tout le monde s'en portera mieux... ... ... Nous utiliserons les cloches dès que le roi arrivera en vue de la cité »

Cela dit, il reprit son repas sans rien ajouter. Sa main gauche caressait la surface du médaillon qui ornait la garde de son épée. Comme il l'avait prévu, il avait dissimulé les armes familiales du fourreau sous un ruban de tissu sitôt qu'il l'avait de nouveau eut en main... Entre ses doigts, il sentait le petit écrin de métal se réchauffer. Merilin allait lui en vouloir pour son retard, il ne fallait jamais sous-estimer la colère d'une gamine de trois ans. Surtout pas celle-ci, elle n'était pas sa fille pour rien après tout.
Il profita du moment pour observer plus attentivement ses compagnons et tenter de compléter les faibles connaissances qu'il avait d'eux. Le lossoth, particulièrement, l'intriguait. Qu'est-ce qu'un homme du grand nord pouvait bien faire en Arnor et se retrouver dans ce tourbillon d'évènements ?

« - Sur quel soutien pourrons-nous compter entre ces murs ? » marmonna-t-il, à moitié pour lui-même, pendant que les autres discutaient.

Déjà, il se sentait pris d'une certaine somnolence.
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Nivraya
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Sam 12 Avr 2014 - 1:44
Il y a bien des choses à quoi on peut s'attendre lorsqu'on vient frapper à la porte d'un des personnages les plus puissants de son royaume, à une heure particulièrement suspecte, avec des nouvelles de la plus haute importance. Nivraya, pourtant relativement imaginative, a songé à un garde qui l'aurait fait entrer de manière discrète dans les appartements privés de l'Intendant, pour qu'elle puisse parler librement. Elle aurait peut-être dû revenir plus tard, avec un code spécifique à renseigner pour être admise dans le cercle de comploteurs qu'elle contribue grandement à créer. Le parallèle avec les histoires qu'elle lit est relativement fort, et elle a du mal à ne pas se comparer aux héros - tous des hommes, naturellement - qui font face à de grands dangers, et qui au mépris des menaces qui planent sur leur vie, vont au bout de leur action. La bravoure est alors toujours récompensée, les sacrifices aboutissent à une victoire glorieuse, et la peine est oubliée aussitôt que l'adversité est surmontée. Mais ces romans sous-estiment la peur du moment présent, celle qui prend en tenaille l'esprit, celle qui broie les tripes et qui fait que l'on ne peut plus avancer.

C'est cette peur qui s'empare de la jeune femme lorsque, sortant de nulle part, un individu inconnu la saisit par surprise et la tire en arrière, dans une pièce sombre, ridiculement étriquée, qui ressemble à une cave ou au boyau d'une caverne. Son cri, première réaction naturelle, est étouffé par une main venue se plaquer sur sa bouche. Celui qui la tient, et qui la tire dans les profondeurs de la terre, à en juger par la déclivité, doit sentir son souffle extrêmement rapide, doit avoir conscience de sa terreur rien qu'à la tension dans ses muscles. Ainsi tirée en arrière, elle est déséquilibrée et incapable de faire quoi que ce soit, mais sa main n'est pas loin d'attraper l'arme discrète qu'elle cache toujours sur elle : une dague effilée, aussi coupante que peut l'être une lame. A l'aveugle, elle peut facilement trouver le corps de son adversaire, le frapper jusqu'à ce qu'il lâche prise ou qu'il crie grâce. Il lui faut juste attendre le moment propice, et ne pas hésiter.

Le trajet dure un temps infini, et ils continuent à se déplacer vers le bas, dans un couloir qui paraît interminable. Nivraya se cogne plusieurs fois contre les parois qui paraissent rétrécir à mesure qu'ils progressent. L'ambiance est oppressante, étouffante, et pas uniquement à cause de la main plaquée sur sa bouche. Il fait lourd, l'air est chargé, et respirer est un véritable calvaire. La tête lui tourne, alors que la crainte s'empare d'elle de plus en plus. Elle n'a toujours pas été en mesure de dégainer son arme - il lui faut, pour cela, réussir à remonter sa robe suffisamment pour s'emparer de la dague accrochée à sa cuisse -, et s'inquiète de plus en plus de savoir ce qu'on lui réserve. Qui voudrait assassiner un jeune noble insignifiante en prenant de telles précautions ? Et surtout, comment ? Elle commence à délirer, et à imaginer ce qu'elle va trouver au bout du chemin : une horde d'assassins déterminés à ne lui laisser aucune chance ? Un de ses ennemis, souriant au possible, prêt à lui annoncer qu'il va la tuer sans que personne ne sache où elle se trouve ? Ou pire ? Elle n'en sait rien, mais doit faire de gros efforts pour éviter son corps de réagir brutalement et de se débattre bien inutilement. Pour le moment, elle n'a détecté aucune arme chez son agresseur, ce qui lui donne un avantage. La sous-estimer, c'est faire preuve de sottise, et beaucoup ont subi de cruels revers en se fiant aux apparences.

Et puis aussi soudainement qu'elle est apparue, la main se retire, et la jeune femme se retrouve libérée de toute entrave, seulement accompagnée par un frisson de terreur, et par la voix apaisante d'un homme. Elle se retourne vivement, parant son visage fier d'un masque à mi-chemin entre la crainte - réelle - et le défi qu'elle adresse à son agresseur. En effet, elle n'est pas prête à se rendre sans combattre, et sa main glisse déjà vers sa cuisse, au moment où une flamme jaillit dans les ténèbres. Son éclat, si brusquement apparu dans les ténèbres, éblouit brièvement Nivraya, qui doit plisser les yeux pour voir enfin l'identité de l'homme qui l'a traînée de force dans cet endroit sordide. Et lorsqu'elle pose les yeux sur son visage, son univers intérieur s'effondre subitement. La crainte de la mort s'envole immédiatement, remplacée par des interrogations, des doutes, une part de soulagement, et une part d'inquiétude. Un mélange détonant qui abasourdit la jeune femme. Celle-ci porte une main choquée à sa gorge, et elle accuse le contrecoup de la crispation d'un peu plus tôt. Ses épaules s'affaissent, ses jambes se dérobent presque sous elle, et elle ne trouve qu'un mot à dire :

- Éminence !

Toutes ses émotions mêlées passent dans ce seul mot, tandis qu'elle pose un genou au sol, baissant la tête humblement, indifférente à l'endroit où elle se trouve, et au risque qu'elle a de salir ses magnifiques vêtements. La situation exige la plus profonde déférence, et elle est si bouleversée que pour elle, retrouver des marques connues constitue un excellent moyen de stabiliser ses pensées, de revenir à des situations qu'elle maîtrise. Le souffle court, elle écoute la voix posée de l'Intendant, qui la fixe avec une autorité bienveillante, pour autant qu'elle a pu en juger avant de river son regard droit sur le sol devant les bottes de ce puissant seigneur. Sa réponse est prononcée avec concision et précision, car elle sait que le temps d'un homme aussi important qu'Aleth Enon est précieux :

- Je suis l'épouse de Justar Alen de Gardelame, sire...

Elle a préféré donner le nom de son mari, bien qu'il ne réside pas à la capitale, car elle sait que parmi la noblesse Arnorienne, beaucoup ne connaissent pas l'identité des femmes nobles, et n'ont entendu parler d'elles qu'à travers leurs maris. Nivraya fait un peu exception, en ce sens qu'elle est une des rares à exercer des fonctions sans que son mari ne se trouve dans les parages, mais cela ne signifie pas que son nom est parvenu jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir. Considérer qu'un homme de la stature de l'Intendant Enon puisse avoir entendu parler d'elle est un rêve auquel elle n'ose croire. Poursuivant, elle ajoute :

- Je viens d'obtenir la confirmation que Sa Majesté est vivant. Le Roi Aldarion prépare son retour, et bien que j'ignore où il se trouve, je pense qu'il agira avant le couronnement du Prince...

Cette dernière information est pure supposition, et elle n'a pas de fondement autre que celui de sa propre logique. Elle n'est pas une guerrière, et elle a parfois du mal à se mettre dans l'esprit d'une combattante, mais elle imagine sans peine que la situation peut être réglée plus facilement s'il n'y a qu'un seul Roi officiel. Après le couronnement, la situation peut devenir particulièrement difficile pour le royaume, et au conflit juridique risque de se superposer un conflit militaire d'une grande violence. L'idée de voir Annùminas à feu et à sang doit être aussi déplaisante à Aldarion qu'à Nivraya, et elle ne voit pas quelle raison pourrait le pousser à attendre que le couronnement ait lieu.

- Les hommes du Roi sont une poignée, mais ils peuvent sans doute faciliter son retour. Quant à moi, je suis pleinement au service de Sa Majesté. Nous avons simplement besoin d'informations, Éminence. De grâce, expliquez-nous comment aider notre seul vrai Roi à retrouver son trône.

Tête basse, elle attend patiemment les consignes de l'Intendant, consciente qu'elle doit retenir chaque mot, chaque minuscule détail. De ces données dépend peut-être l'avenir de tout un royaume, et d'une bonne partie de la Terre du Milieu. Le simple fait de penser aux conséquences d'un éventuel échec lui retourne l'estomac, et elle doit user de toute sa volonté pour respirer calmement, et faire preuve d'une apparente sérénité.


~~~~



Freyloord écoute d'une oreille particulièrement attentive les dires de Thorondil, analysant les informations avec méthode et rigueur, comme le lui a appris Nivraya. Il semble absorber tout ce qu'on lui dit comme un sol désertique absorbe la moindre goutte d'eau, et ses yeux pétillants d'intelligence s'illuminent à chaque nouvelle donnée pertinente. Observer de si près un titan avec de l'esprit est un phénomène plutôt unique, et il faut dire que ce géant n'est pas un être banal. Son parcours de vie est tout ce qu'il y a de plus atypique, et s'il ressemble à un gladiateur - ce qu'il a été dans les arènes de Kryam, dans le lointain Khand -, il est désormais un érudit plein de sagesse, apaisé par les années. Au cours de son séjour dans l'Est, il a vu et fait couler assez de sang pour toute une vie, et plus encore, et il se consacre désormais à l'étude et à la culture. Un drôle de mélange.

Ses immenses mains croisées sur ses genoux, il hoche la tête à la fin de l'explication de l'homme aux cicatrices, signe qu'il a digéré tout ce qu'on vient de lui dire. Sa voix résonne alors dans le petit cercle, toujours aussi impressionnante même lorsqu'il essaie de parler doucement :

- Les cloches... c'est fin, oui... Mais je suis dubitatif quant au nombre d'hommes dont dispose le Roi. La cité est puissante, et plusieurs régiments d'élite se trouvent en garnison ici, récemment arrivés pour assurer la sécurité du Prince lors du couronnement. Je pense que notre mission est davantage qu'une simple alternative à la guerre... c'est peut-être la seule chance pour Aldarion de reprendre le pouvoir...

Son ton grave et son air parfaitement sérieux sont largement suffisants pour convaincre n'importe qui de l'importance de la mission, même s'il est probable qu'aucun des quatre compagnons ne soit au courant des tenants et des aboutissants. Toutefois, les rappeler à voix haute a parfois du bon, et permet de galvaniser les cœurs, de permettre à chacun de puiser en lui des ressources insoupçonnées. Se tournant vers Njall, Adaes et Shaïa, il lance :

- Y a-t-il quelque chose d'autre que vous voudriez ajouter, ou que vous voudriez demander ? Toute information est bonne à prendre, même s'il ne s'agit que de la manière dont vous êtes arrivés là. Si nous voulons que les renseignements qu'est partie chercher Dame Nivraya soient utiles, nous devons ne rien omettre.

En parlant de Nivraya, ses sourcils se froncent légèrement, comme s'il était contrarié à son propos. Il jette un regard furtif vers la porte, comme s'il espère qu'elle va s'ouvrir d'un instant à l'autre, ce qui n'est bien évidemment pas le cas. Pendant un bref instant, il est absent de la conversation, focalisé sur des pensées qui n'appartiennent qu'à lui, et qui pourtant son indéniablement liées à la jeune femme noble. Toutefois, il est impossible de lire quoi que ce soit sur ce visage de marbre, et donc de comprendre quelle est la nature de sa contrariété. Il cligne des yeux, et revient subitement à ses interlocuteurs, et en particulier à Thorondil, qui soulève un point particulièrement intéressant. Sans hésiter, il répond :

- Aucun soutien. Dans le meilleur des cas, d'autres agiront en parallèle en même temps que nous, mais nous n'avons ni le temps ni les moyens de nous organiser mieux. N'oubliez pas que toute action violente sera interprétée comme une volonté de s'en prendre au Prince : peu de gens vous croiront sur parole, même si vous leur apportez des preuves concrètes. Et parmi ceux qui sauraient déceler le vrai du faux, tous ne sont pas aussi intègres que...

Il jette un nouveau coup d'œil appuyé à la porte, qui ne s'ouvre toujours pas, avant de conclure :

- ...que Dame Nivraya.
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Aldarion
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Dim 13 Avr 2014 - 15:48

Aleth n'était pas vraiment surpris de ce que lui annonçait la jeune noble. Il n'avait jamais réellement cru à la thèse de la mort d'Aldarion. Tout cela tombait trop bien pour ceux qui avaient mystérieusement fait réapparaitre l'héritier du trône. Néanmoins, il n'avait aucune certitude et dans le doute il avait préféré adopter une posture qui lui permettait d'agir de l'intérieur. Bien lui en avait pris.

Il fixa Nivraya, songeur. Il lui fit un signe et, sans un mot de plus il recommença à avancer dans le couloir qui continuait à descendre. A la lumière du briquet, il apparaissait désormais évident qu'en fait d'un unique couloir, il s'agissait de multiples embranchements qui partaient à gauche et à droite. Un labyrinthe dans lequel l'intendant paraissait se retrouver parfaitement.

Au bout d'un moment, il arrivèrent dans un endroit plus vaste.

"Attendez ici."

Aleth alluma alors plusieurs lampes à huile opportunément disposées dans la pièce ronde. Celle ci paraissait aménagée, des tables et des chaises étaient disposés dans un coin. Il y avait également bon nombre de parchemins et d'étagères remplies d'objets étranges.

"Nous voici dans l'ancien bureau de Saemon Havarian et de Maître Veddle auparavant."

Le visage de Nivraya dissimulait assez mal son étonnement face au manque de convivialité du lieu. Aleth éclata de rire.

" Rassurez-vous, il avait également un bureau au palais pour les affaires plus officielles."

L'intendant se dirigea alors vers une des chaises et invita Nivraya à faire de même.

" Ce que vous me dites ne m'étonne pas. Le Roi Aldarion n'a pas dit son dernier mot. Cependant il est temps pour lui d'agir. L'Ordre, parce que c'est bien de l'Ordre dont il s'agit, est affaibli. Je ne sais pas pourquoi, mais Caleb, l'homme qui est à leur tête, semble de plus en plus nerveux. Il est comme un fauve en cage. Il me somme quasi quotidiennement de faire accélérer le couronnement. J'ai réussi à argumenter en expliquant que le protocole était strict et qu'il valait mieux éviter d'affaiblir encore davantage la crédibilité du petit prince. "

Même s'il ne l'avait pas dit et s'il n'était pas dans sa nature de s'en vanter, Aleth prenait des risques énormes pour faciliter le retour d'Aldarion.

"La situation actuelle repose sur un fragile équilibre : l'absence d'opposition à Aelas et l'absence de contestation du pouvoir militaire du tribun Aeldon Dondos. L'Ordre ne dispose que de quelques hommes bien placés pour faire tenir l'ensemble. Si Aldarion revient ou si Vilyan s'oppose à Aeldon, la garde risque d'être totalement divisée. Les officiers d'Arnor sont loyaux et ont pour la plupart un honneur à toute épreuve. Tant qu'Aldarion est le seul roi officiellement couronné, ils le suivront. Une fois qu'Aelas aura également été désigné Roi, nous risquerons la guerre civile."

Même dans cette situation, Aleth était persuadé qu'Aldarion parviendrait à prendre le dessus. En effet, si certains sénateurs contestaient son pouvoirs, il était grandement apprécié par l'armée et les militaires en général. Néanmoins, il y aurait des morts par dizaines.

" Il faut donc qu'il revienne avant le couronnement. Pour que sa mission puisse réussir, il faut que l'armée et le peuple soient mis au courant de son retour et que lui même soit vu dans la ville. Je suppose qu'il a un plan pour le second point, il faut qu'il s'approche suffisamment près pour être visible sans être vulnérable. Il faut qu'il soit suffisamment escorté pour pouvoir résister sans coup férir à l'attaque des hommes de l'Ordre. Cette attaque est souhaitable car elle permettra à tous de voir le vrai visage des traitres."

Aleth s'était levé et faisait désormais les cent pas.

" Néanmoins, la ville est grande et tout le monde ne sera pas témoin de ce qu'il se passe sur la place. La rumeur va courir, mais nous devons aider le peuple à comprendre... Il faut sonner le glas de l'Ordre !"

Il s'arrêta brusquement.

" Voilà ! Le glas ! Les cloches ! Aldarion y a sans doute pensé... Qu'en ont dit ses messagers ? Trois coups pour annoncer sa mort, dix coup pour annoncer son retour ! Il faut prendre le contrôle des cloches du palais et modifier le signal. Le peuple comprendra alors qu'il a été dupé. "

L'intendant fouilla alors dans un tas de papier et en ressorti un plan extrêmement compliqué.

" Voici les plans des souterrains où nous nous trouvons. Ils courent sous le palais et une partie de la ville. En passant par là, vous n'aurez aucune difficulté à atteindre le bas de la tour des cloches. Néanmoins vous devrez atteindre le sommet et éliminer les quelques gardes... "

Le plan semblait bien huilé, la responsabilité pour les messagers d'Aldarion était grande, mais en passant par les souterrains ils avaient largement les moyens de le mener à bien.


Invité, n'oublie pas que le regard des Rois d'Arnor porte au delà des frontières de leurs royaumes.[/center]

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Eliah Tandoril
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Mer 30 Avr 2014 - 19:50

Shaïa n'avait que faire des doléances de leur hôte et ses exigences ou autres désirs et absurdités ne l'intéressaient guère. C'est pourquoi les insultes à peine dissimulées de cette femme à son égard lui passèrent au dessus de la tête, la laissant indifférente. A vrai dire, la jeune femme plongée dans ses pensées n'avait presque rien entendu. Elle s'était arrêtée à la première phrase de la noble et lui avait donné raison quelque part. Après quoi elle avait mené une longue réflexion sur le sujet. En effet, elle n'était pas vraiment à sa place ici ... n'était-elle pas une étrangère, quelque peu barbare il fallait l'avouer ? Elle était bien moins venue et bien moins à l'aise ici que les hommes qui l'accompagnaient à l'exception peut-être du plus baraqué qui semblait un étranger lui aussi et peu informé des coutumes locales, tout comme la guerrière. Elle ne connaissait pas les traditions, elle n'avait pas l'intention de les apprendre et elle n'avait rien d'une dame qui pouvait s’immiscer dans les mondanités de la royauté. Elle était une guerrière, elle savait se battre. Elle n'aimait pas employer le terme mercenaire, même si parfois, son comportement aurait pu s'adjoindre à cette stricte définition. Aujourd'hui, elle avait offert ses armes au roi certes, mais il aurait pu s'agir de n'importe quel homme qui aurait pu lui donner une aussi grosse somme d'argent. Enfin... cet argent et ... la possibilité d'arriver à ses fins. Peut-être que finalement, le pouvoir du roi d'Arnor ne lui était pas indifférent.

Toujours perdue dans ses pensées et muette, elle suivit ses compagnons qui devaient dormir dans une chambre gentiment “prêtée” par la dame. Au fond d'elle la Rhûnienne se demandait s'il ne s'agissait pas là d'un piège et qu'ils allaient directement se jeter dans la gueule du loup. Mais quand le colosse qui lui servait de garde leur rendit leurs armes, elle se sentit rassurée. Elle était en terrain ennemi ici, elle était entourée d'inconnus et se rattacher à quelque chose de connu était toujours rassurant. En l’occurrence, la seule chose à laquelle elle pouvait se rattacher, c'était ses propres affaires. Et ses armes étaient celles qui étaient les plus précieuses à ses yeux, ainsi que son cheval bien entendu.

Elle suivit donc les quatre hommes et ils arrivèrent dans une sorte de petite dépendance, ce qui était loin d'être une simple chambre comme la femme Niv... Nirv... la femme ! Le leur avait indiqué. Visiblement sa vision des choses étaient quelque peu décaties ! Shaïa laissa son regard courir sur cet endroit où il faisait chaud, où il faisait bon. C'était agréable de sentir cette douce sensation sur ses joues. Cela faisait très longtemps qu'elle n'était pas rentrée chez elle, si du moins on pouvait appeler ça chez elle. Depuis sa fuite de chez son maître, elle avait vécue dans un camp d'amazone et on ne pouvait pas à proprement parler d'un chez soi. Mais cet endroit ressemblait fortement à ce qu'elle aurait pu considérer comme un chez elle. Et cet endroit agréable la mit mal à l'aise presque immédiatement qu'elle y mit les pieds. On s'y sentait bien mieux qu'au dehors, mais elle aurait tout donné pour ne pas se trouver ici. Non elle voulait marcher dans les plaines, s'éloigner de tout ce luxe, de toute cette illusion. Rien n'était vrai ici, tout n'était que mensonge, parole aguicheuse, traitrise. Elle avait l'impression d'être dans une cage dorée. Elle fut prise de panique l'espace de trois secondes avant de se reprendre et que son visage devienne de nouveau de marbre. Toujours silencieuse, elle écouta attentivement ce que ce “Lord” avait à leur dire. Quand il s'adressa à elle, c'était pour lui intimer l'endroit où elle dormirai. Cela la fit écarquiller les yeux avant de jeter un oeil à la chambre (la vraie cette fois) et au lit. Elle ne dit mot, restant un moment interdite puis elle jeta son manteau à terre, près du feu et s'y assit calmement en tailleur.

Les flammes se reflétaient sur sa peau et l'enveloppait d'un délicieux halo doré, l'entourant d'une divine source de lumière. Ainsi assise, droite et immobile, dévisageant les hommes elle avait l'air d'une statue de bronze qu'on avait légèrement vêtue pour la rendre plus réaliste. Mais elle était loin d'être une statue qu'on pouvait placer et déplacer à sa guise comme une vulgaire poupée. Elle regarda Lord avec impertinence avant de parler.

“Je ne dormirai pas là” elle hocha la tête en direction du lit pou qu'il comprenne de quoi elle voulait parler.

“Ici près du feu ça ira très bien.”

Elle ne donna pas plus d'explication et pour mettre un terme à cette conversation, elle détourna le regard et le plongea dans les flammes. Il était hors de question qu'elle dorme dans un lit. Elle avait fait une promesse et elle la tiendrait jusqu'au bout. Tant qu'elle n'avait pas retrouvé son fils, vivant ou mort, elle n'aurait pas de repos. Et dormir sur un lit douillet avec des couvertures, faisaient parti du repos et représentait bien trop de confort pour qu'elle puisse s'accorder ce luxe. Elle avait peur, si peur de céder au désespoir et qu'elle ne puisse plus partir, retrouver la rage pour continuer à se battre. Car au fond d'elle, l'espoir s'amenuisait de jour en jour...
Mais évidemment elle ne pouvait pas leur dire cela, ils ne comprendraient pas, ils ne pouvaient pas comprendre. Même Sirka ne comprenait pas ... alors ce n'est pas ces étrangers qui le pourraient. D'ailleurs, rester avec les hommes ne la dérangeait nullement, car elle en avait tout simplement l'habitude. La plupart du temps elle voyageait seule, mais parfois elle se joignait à des campements de mercenaires ou de soldats pour une nuit, ou plus en fonction de son humeur et des avantages qu'elle pouvait tirer de ces rencontres. Elle avait donc l'habitude de se retrouver au milieu d'hommes qui parfois d'ailleurs n'étaient que très peu fréquentables. Mais elle savait se défendre et certains d'entre eux avaient gardé un souvenir cuisant de la jeune femme qu'ils garderaient à vie. L'envie ne leur prendrait plus de venir déranger une femme dans sa couche au beau milieu de la nuit. La pensée des tortures qu'elle avait fait subir à certains de ces marauds lui décochèrent un sourire que personne ne pouvait voir néanmoins, son visage était toujours à moitié caché par son bandana. Après quelque instant de réflexion, elle décida d'ailleurs qu'il était temps pour elle de le retirer. Après tout ici, dans cette pièce, que pouvait elle risquer ? De pire ...

La jeune femme retira la tissu rouge qu'elle plia et rangea soigneusement dans la pochette intérieure de son manteau au côté d'autres objets hétéroclites. Puis elle revint à l'instant présent, se concentrant sur ce qui se passait, en l’occurrence le service du repas. Avant de voir la nourriture devant elle, la jeune femme ne s'était pas aperçue à quel point elle était affamée. Le repas n'était pas aussi luxueux que le lieu dans lequel ils le prenaient (selon elle tout du moins) mais ce soir la brune le trouva divin. Quand Lord leur demanda de manger, elle ne se laissa guère prier et déchiqueta pain, fromage et viande, faisant passer le tout à grande gorgées de vin. Elle ne doutait pas que ce soir elle allait bien dormir. Comme à son habitude, elle ne participait pas réellement à la conversation. Elle écoutait néanmoins d'une oreille attentive. Elle trouvait les paroles superflues, les mots grotesques et les conversations trop souvent versatiles et ennuyeuses. Tout cela pour brouiller les pistes des vrais sentiments. Il y avait trop de serpents qui savaient manier les mots à leur avantages et trop de sots qui ne savaient pas manier les mots à leur grand désarroi. Parfois on ne mesure pas le poids de ses mots, parfois ils sortent sans crier gare, sans vous laisser le temps de réfléchir (c'était d'ailleurs souvent son cas, de tempérament impulsif, les rares paroles qu'elle prononçait étaient souvent injurieuses ou vexantes). Et alors même que ce n'était pas le but de départ, ces mots blessaient, étaient mal interprétés, mal dirigés ou révélaient plus de choses qu'on ne l'aurait voulu. Mais elle aimait écouter les autres parler. Elle avait plus jeune, voulu faire vœu de silence, une sorte de promesse pour les Dieux, afin qu'ils l'aident à retrouver son sang, sa chair, son coeur. Mais elle savait que si elle arrivait à le retrouver, elle ne pourrait plus s'arrêter toutefois de parler. C'était il y avait des années déjà. Mais il n'était jamais trop tard....

Quand elle fut revenue du tréfonds du labyrinthe de ses pensées, elle entendit le fauconnier parler à Lord ouvertement des plans du roi. Shaïa qui s'était un peu plus rapprochée des flammes, posa son verre et se pencha pour écouter les paroles de l'homme. La brune était novice dans tout ce qui concernait les plans, les stratégies et tout ce qui s'ensuivait, mais cela l'étonna tout de même et renforça ses préjugés sur les paroles des Hommes. Elle regarda le bavard comme s'il était en train de commettre un crime grave, intriguée par sa démarche. Le roi lui avait-il permis de révéler leur mission à tout garde sympathique ou seulement à cette femme grincheuse imbue de sa personne et de pouvoir ? La brune était presque certaine qu'il avait parlé de la femme et personne d'autre, bien que ce ne soit pas en ces termes négatifs. Alors pourquoi cet homme lui dévoilait autant de détails ? Ces occidentaux n'avaient pas de cervelles ou peu (pas) le sens du devoir. A moins que ce ne soit elle qui ait manqué quelque chose, un chapitre de l'histoire ou le moment important ou le roi leur avait donné carte blanche lors de cette mission. Pouvaient-ils après tout faire confiance à l'homme de main de la dame ? Lui faisait-elle confiance elle-même ? Il était évident que Shaïa ne donnait pas aussi facilement sa confiance. Mais la réponse de l'homme semblait sincère, il servait très certainement sa noble loyalement et désirait les aider. Du moins à première vue !

Il semblait même se faire du soucis pour elle, ce qui exaspéra Shaïa. Il s'était tourné vers eux attendant d'autres informations, d'autres confidences. L'orientale n'avait strictement rien à lui dire, néanmoins, elle aurait bien aimé lui poser quelques questions. Prenant Lord aux mots qelle lança un beau sourire aux lèvres, changeant complètement le ton de la conversation.

“Mais vous, que pouvez-vous nous apprendre sur ce qui se passe ici ? Pouvez-vous vraiment nous aider à changer tout ça ?”

Elle fit une pause un moment et posa la question qui lui brûlait les lèvres. Tant pis pour la prudence.

“Comment en êtes vous venu à servir une femme telle que celle-là ? Je pensais qu'ici les hommes aimaient leur liberté...”

Ce n'était pas de la provocation pour une fois, même si cela pouvait en avoir l'air. Non elle trouvait réellement “Lord” plutôt sympathique (contrairement à La Femme) et sa curiosité l'avait poussé à poser cette question. Comment un homme COMME LUI, c'était ce qu'elle voulait dire, pouvait servir, une femme COMME ELLE. C'était très exactement le sens de sa question. Sa question venait de faire basculer le ton de la conversation, faisant oublier un moment les intentions du roi. Elle n'était pas totalement consciente de son désir de détourner l'attention sur les différentes méthodes pour que le roi arrive à ses fins, mais elle savait au fonds qu'elle allait en exaspérer plus d'un. Et une chose était sure, ceux-là qui l'accompagnaient étaient ils finalement réellement aux faits de ce que le roi avait réellement prévu ? S'ils le savaient, ils ne seraient pas là à attendre le retour de la maitresse de maison. Car après tout, c'était un peu elle, la clé de toute cette histoire. À moins qu'elle n'ait rien compris à l'affaire, ce qui était effectivement aussi une possibilité. Haussant les épaules, elle plongea son regard pénétrant dans ceux du gorille de Nirva... argh. De la femme.
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Nivraya
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Jeu 1 Mai 2014 - 2:45
N'importe quel être humain serait impressionné de se trouver dans des lieux aussi étranges que le bureau officieux de Saemon Havarian, personnage énigmatique du Royaume d'Arnor, dont le seul nom fait trembler sans que personne ne sache véritablement pourquoi. Nivraya n'échappe pas à la règle, et elle regarde avec circonspection autour d'elle, tandis qu'elle progresse à la suite de l'Intendant Enon, l'un des personnages les plus puissants du Royaume, dans un boyau sombre et humide à la recherche d'un endroit plus confortable. En dépit des rumeurs, jamais elle n'aurait imaginé que le palais royal renferme autant de secrets, autant de salles cachées aux yeux du plus grand nombre. Le fait de faire partie des rares élus à en connaître l'existence, désormais, lui parait à la fois un grand honneur et une grande responsabilité, surtout eu égard à la situation difficile dans laquelle ils sont plongés.

Une situation que l'Intendant Enon, de toute évidence, connaît beaucoup mieux que la jeune femme. Ils s'installent autour d'une petite table, prenant place sur des chaises relativement propres en comparaison du reste, et elle l'écoute lui raconter tout ce qu'il sait : des nouvelles qui inquiéteraient n'importe quel ami du royaume d'Arnor, et des Peuples Libres en général. Avec une surprise non feinte, elle apprend ainsi que c'est l'Ordre de la Couronne de Fer qui agit en sous-main pour le couronnement d'Aelas. Elle a déjà entendu parler de ces hommes, mais davantage comme des rumeurs colportées par des étrangers que comme des faits réels. Après tout, qui peut croire spontanément à des histoires voulues terrifiantes, relatant avec quelle facilité des armées sans patrie parcourent les pays, mettent le Rohan à feu et à sang, et s'emparent de Fondcombe, la cité des elfes ? Elle a beaucoup douté de ces récits, les classant naturellement dans la catégorie des inventions pures et simples, mais devant l'assurance de l'Intendant Enon, toute trace de doute disparaît, pour laisser place à une incrédule prise de conscience.

Leurs ennemis, les hommes qu'elle a eu l'occasion de voir entourer le Prince, des inconnus qu'elle a pensé être des gardes du corps étrangers, sont en réalité des membres d'une organisation puissante, structurée, aux moyens colossaux. Oser imaginer qu'ils sont à deux doigts de renverser le Roi Aldarion est, en soi, une preuve de leur dangerosité. Une preuve suffisante qui convainc Nivraya de se fier entièrement à l'Intendant, et d'écouter chacun de ses conseils avec une grande attention. Après avoir compris les tenants et les aboutissants des jeux de pouvoir qui se trament au plus haut niveau, elle mesure pleinement l'importance du rôle qu'elle va avoir à jouer dans cette histoire. Un rôle particulièrement dangereux, qui risque fort de lui coûter la vie si elle n'y prend pas garde. Mais un jeu nécessaire pour le bien du royaume, et potentiellement immensément bénéfique pour sa famille, si le roi Aldarion réussit à reprendre son trône.

Et par chance, l'Intendant Enon semble avoir un plan pour cela. L'illumination lui vient presque par hasard, et il se redresse en évoquant les cloches de la ville. Bien entendu, dans toute ville qui se respecte, un beffroi de belle taille sert à indiquer les heures, ou bien à marquer les événements importants. Les coups de cloche, qui obéissent à des codes précis, peuvent être interprétés comme autant de messages différents, selon leur agencement. Des coups frénétiques et ininterrompus peuvent indiquer une attaque, par exemple. Trois coups sourds, lents et pesants, servent à indiquer la mort d'un monarque. Dix, en revanche, marquent son retour à la ville après une absence plus ou moins longue. Comprenant immédiatement la finesse de cette stratégie, qui ne nécessite pas beaucoup d'hommes pour être mise en place, la jeune femme hoche la tête avec ferveur, pour marquer son assentiment :

- Je n'ai pas eu l'occasion de discuter plus en détails de leurs plans, Éminence, mais votre plan semble judicieux, et je présume que si Sa Majesté leur a donné des consignes, elles doivent rejoindre en quelque point votre suggestion.

Pendant qu'elle lui répond, l'Intendant s'est levé et s'est mis à fouiller dans un tas de dossiers. De dos, ainsi voûté, il ressemble à un archiviste perdu dans ses manuscrits. Il est difficile de le voir autrement, alors qu'il est vêtu d'une tenue de nuit, les cheveux en bataille et l'air particulièrement concentré à la lueur ténue de la flamme qui danse près de lui. Pourtant, c'est un des hommes les plus puissants d'Arnor, et certainement un des plus intelligents. Croisant les mains autour de son sceptre, symbole de sa fonction de perceptrice, Nivraya se penche en avant pour observer la carte que l'homme vient de trouver et de dérouler sur la table. Un enchevêtrement de traits, de formes complexes, et d'annotations minuscules prend place sur ce morceau de papier qui représente le plan des souterrains. Pas de tous les souterrains, bien entendu, car il serait imprudent de recopier sur le même document l'ensemble des passages secrets, mais bien la partie qui les intéresse. La jeune femme récupère le précieux document, précieux en soi mais aussi précieux pour la mission qu'ils ont à accomplir. Assurée, elle dévisse la tête de dragon qui orne son sceptre, révélant une cavité à l'intérieur de laquelle elle glisse la carte, roulée sur elle-même. De son avis, il s'agit de l'endroit le plus sûr où ranger des documents précieux, et elle est persuadée que l'Intendant est de son avis. Levant les yeux vers lui, elle plonge son regard dans le sien, et lui souffle :

- Merci, Éminence... Nous ferons tout pour nous montrer digne de votre confiance.

Avec un respect non feint, elle se lève et s'incline gracieusement, fidèle aux bonnes manières qui sont les siennes. En toute circonstance, même les plus terribles, la noblesse se doit de rester au-dessus de la vulgarité. C'est ce qui la différencie, croit-elle, de la roture - même riche - qui cède facilement aux bas instincts, aux peurs primaires, et qui s'égaie comme un oiseau chassé par un chat. Raccompagnée par l'Intendant, elle se coule hors du passage secret qui se referme silencieusement derrière elle, et se retrouve comme par enchantement à l'extérieur, dans un corridor de pierre où ses pas, comme par miracle, recommencent à résonner. Pendant un instant, les sons ont été étouffés, et elle éprouve la curieuse sensation d'entendre tout avec mille détails. Le bruit du vent qui s'engouffre dans les couloirs, le délicat cliquetis des gouttes de pluie qui tombent en cascade sur les murs du palais, ou encore les pas des gardes qui arpentent les lieux par groupes de deux, veillant à la sécurité des personnages les plus importants du royaume.

Relevant ses robes, elle se hâte de rejoindre la porte, indifférente aux gardes qui ne l'appellent pas pour contrôler son identité, froide sans être hautaine avec ceux qui la hèlent pour vérifier ses traits. Elle n'est pas connue, mais les femmes nobles travaillant au palais sont relativement rares, et encore plus celles dont les cheveux sont d'un roux aussi éclatant. La garde, efficace et cordiale comme à son habitude, la laisse repartir sans encombre, habituée à la voir travailler assez tard. Néanmoins, les deux ombres qui lui emboîtent le pas une fois qu'elle s'est suffisamment éloignée des portes paraissent beaucoup moins amènes. Leurs longs manteaux noirs dégoulinent d'eau, tandis que leurs capuches dissimulent habilement leurs traits. Un souffle de vent un peu plus fort que les autres révèlent fugacement un poignard accroché à la ceinture. L'air de rien, ils gagnent du terrain, peu à peu...


~~~~


Freyloord hausse un sourcil en voyant avec quelle assurance et quelle décontraction la femme de l'Est rejette sa proposition de dormir dans une chambre à part. Cela fait bien longtemps qu'il n'a pas croisé de femmes avec un tel caractère... s'il fait exception des deux qui partagent sa vie, bien entendu. Ici, en Arnor, les représentantes du beau sexe sont souvent effacées, discrètes, délicates pour ne pas dire fragiles. Il n'éprouve pas de sentiment particulier à leur égard, mais peine à les considérer réellement. Les femmes de l'Est, en revanche, présentent un tempérament plus sanguin et on ne peut pas dire qu'il apprécie davantage. Il reconnaît toutefois leur valeur guerrière, pour avoir dû plus d'une fois en tuer de ses mains. Des épisodes particuliers de sa vie qu'il n'aime guère se remémorer, mais qui font partie de lui. En fait, ce sont les femmes du Sud qui présentent le plus de charme à son goût. Des femmes fières et courageuses, qui n'oublient toutefois pas leur place, et qui en ce sens lui paraissent plus civilisées. L'influence du Gondor, probablement.

Quoi qu'il en soit, il se contente de hausser les épaules en voyant la jeune femme prendre la place près de la cheminée. C'est son choix, et il le respecte parfaitement, bien qu'il lui paraisse saugrenu de refuser une bonne nuit de sommeil quand on peut s'en offrir une. Mais elle semble déjà ailleurs, songeuse, et il se détourne d'elle, pour revenir aux affaires plus urgentes, à savoir la défense de l'Arnor, son pays d'adoption. Le propos est grave, sérieux, et personne ne prend la peine de se détourner de la conversation, même si la femme de l'Est demeure légèrement à l'écart, silencieuse, observatrice. Elle semble ne pas en perdre une miette, mais préfère pour le moment garder le silence, attendant certainement d'avoir un élément pertinent à apporter avant de formuler le moindre mot. Une attitude sage qui plaît au mesuré et très calme Freyloord, avare de mots lorsqu'il n'est pas contraint de parler.

Mais finalement, elle intervient avec à la bouche des questions tout à fait intéressantes, certes, mais qui ne sont pas véritablement en rapport avec le sujet qui les intéresse tous. Et pourtant, elles sont légitimes. Comment partir au combat dans une mission risquée si on ne sait pas sur qui compter ? Il vaut mieux se connaître avant de tirer l'épée ensemble, surtout au vu du danger qui plane sur eux. C'est probablement la raison pour laquelle Freyloord prend sur lui de répondre, essayant de lui expliquer la situation aussi précisément que possible, pour parer à toute éventuelle mauvaise interprétation :

- Moi, je ne pourrai pas vous aider... Comme vous pouvez le voir, je n'ai pas d'armes, et je ne tiens pas à m'en servir.

En effet, s'ils ne l'ont pas encore remarqué, ils peuvent désormais constater que le géant ne porte aucune arme sur lui. Ni épée, ni même poignard. Il est vrai que sa carrure est impressionnante, et que sa musculature de titan doit suffire à écraser la plupart des individus qui se mettent sur sa route, mais le ton de sa voix semble indiquer que l'idée même de combattre lui est étrangère. Pourtant, les cicatrices qui sont visibles sur son corps attestent d'un passé guerrier, pas aussi vieux qu'il veut le faire croire. Afin de rassurer les quatre aventuriers, il lâche :

- Mais il y a quelqu'un qui pourra vous apporter une aide plus tangible. Nous attendons son retour. Quant à ce que je peux vous apprendre... hmm... Peu de choses, si ce n'est que le Prince est entouré par des hommes étrangers pour certains, des hommes d'un certain Caleb. L'annonce de la mort du Roi a été un choc, et le Sénat est quelque peu divisé, aussi ne faut-il pas compter sur son soutien. Quant à la population, l'annonce de la mort d'Aldarion a jeté un froid, mais elle essaie de se consoler en organisant une grande fête pour le couronnement. Nul n'a idée de ce qu'il se trame en réalité.

Son regard appuyé plonge tour à tour dans les yeux des quatre compagnons, pour bien insister sur le fait qu'ils risquent de se retrouver fort seuls, le moment venu. Aucun habitant ne viendra les aider s'ils sont pris en flagrant délit d'intrusion, surtout pas s'ils crient haut et fort que le Roi Aldarion est vivant. Il vaut mieux compter sur une bonne lame que sur un peuple affaibli, perdu dans les affaires politiques complexes, et parfois violent à l'égard des étrangers. Pensant avoir satisfait la jeune femme, il s'arrête un moment, puis part d'un rire discret en entendant sa question. L'entendre rire est aussi surprenant que d'entendre un ours bâiller à s'en décrocher la mâchoire. On dirait vaguement le bruit de lourds rochers venant s'écraser au bas d'une très haute falaise. Faisant disparaître son sourire aussi vite qu'il est apparu, laissant la place à sa neutralité habituelle, il lui répond :

- Je suis libre, Dame Shaïa. Plus libre que je ne l'ai jamais été. Ici, j'ai accès à tous les livres que je veux. Je suis bien nourri, bien logé, et mon travail se résume à quelques services quotidiens que je rends. En échange de la paix de l'âme, de la sérénité, du calme, c'est bien peu de choses. Je vous souhaite de trouver cela un jour...

Il a parlé avec une grande sincérité, sans arrière-pensée et sans jugement de valeur, mais ses paroles ont de quoi donner à réfléchir. Sa vie simple, sans désirs superflus, est un exemple d'humilité et de simplicité. On sent chez lui qu'il n'y a aucun désir de pouvoir, de prestige, de puissance, autant de choses qui conduisent les hommes à s'entredéchirer. Faut-il y voir un lien avec son désir de ne pas porter d'armes et de ne pas se battre ? Laissant les quatre compagnons tirer leurs propres conclusions, il reprend :

- Quant à Dame Nivraya... Je suppose que vous ne l'aimez pas, et que vous vous demandez ce que nous faisons ensemble. En fait, nous ne sommes pas si différents elle et moi. Elle a plus de ressources que vous pouvez le soupçonner, et je pense que si on vous a envoyé vers elle, c'est parce que quelqu'un en haut lieu partage mon avis. Je ne peux pas en dire plus, mais ne soyez pas trop durs avec elle. Ses qualités sont nombreuses, et elle est parmi les personnes qui comptent le plus, pour moi.

Refusant d'en dire plus, il se contente de hocher la tête, comme pour leur affirmer physiquement sa confiance dans la jeune femme. Pourtant, il demeure difficile d'imaginer quelles qualités peut trouver un homme-lige particulièrement fidèle à une jeune aristocrate un tantinet froide et mordante. A priori, leur collaboration semble contre nature, mais pourtant quand on les voit ensemble, on note la même intelligence pénétrante dans le regard, la même volonté inflexible, teintée de sagesse chez le premier, de fougue chez la seconde. Deux caractères proches et pourtant diamétralement opposés, qui s'attirent inexorablement. Comme un coup du destin, on gratte à la porte à ce moment précis. Ce ne sont pas véritablement des coups, ou bien frappés avec si peu de force qu'ils ressemblent à des frottements insistants. Le géant se remet lourdement en station verticale, dominant désormais de près de deux mètres de muscles ses invités, avant de les enjamber sans paraître faire d'efforts, pour aller ouvrir le battant.

Et la surprise est de taille. Tombant littéralement dans ses bras, c'est une Nivraya méconnaissable qui pénètre dans la pièce. Sa coiffure impeccable est complètement défaite, et ses cheveux cascadent désormais en une multitude de mèches rousses et soyeuses, autour de son visage. Et quel visage ! Un filet de sang coule de son nez, tandis qu'une marque rouge occupe sa joue gauche, attestant d'un coup porté avec violence sur la jeune femme. Pour le reste, ce n'est que désolation. Sa robe sublime est en lambeaux, tailladée par ce qui semble être une lame, peut-être un couteau. Elle saigne d'ailleurs du flanc, et à voir la taille de la trace rouge sur sa magnifique robe, l'estafilade doit être de belle taille. Ses vêtements trempés sont maculés de boue, et elle paraît avoir traversé un champ de bataille en rampant, plutôt que de revenir d'une simple visite de courtoisie.

Le regard de Freyloord, d'ordinaire stoïque, se fait soudainement inquiet, et il rattrape la jeune femme dans ses bras avec autant de délicatesse que si elle était en cristal. Ses mains immenses paraissent démesurées à côté du corps de la noble, et on peut craindre qu'il ne la brise en deux en essayant de la protéger, tant il est massif. Elle porte la main à son visage, et regarde un instant ses doigts maculés de sang, avant de demander :

- Dites-moi que mon nez n'est pas cassé, pitié !

L'intéressé, beaucoup moins rassuré qu'il veut le faire croire, examine rapidement la jeune femme, avant de lui répondre qu'elle n'a rien de cassé, et qu'elle va s'en remettre. Voyant que les quatre compagnons derrière lui se sont levés, il leur fait signe de rester cachés, et s'empresse de fermer la porte du coude, avant de soulever la femme noble, pour la poser sur le sol, plus confortablement.

- Le parquet, Frey... De grâce ! Lâche-t-elle.

Il hoche la tête, essayant de cacher l'anxiété que ses gestes précipités dévoile pourtant, et file récupérer un vieux drap qu'il étend par terre, avant de faire glisser la jeune femme dessus. Même dans une telle situation, elle pense encore au sang qui risque de s'incruster dans le parquet exquis qu'elle a fait poser. Le colosse revient soudainement à la réalité, et se rend compte qu'il n'est pas seul dans la pièce, et que malgré son désir imminent de vérifier l'état de santé de Nivraya, il doit parer à d'autres problèmes. Il se tourne vers les quatre aventuriers, et ordonne d'un ton militaire :

- Fermez les volets, et arrangez-vous pour que personne ne vous voie au dehors ! Maître Njall, maître Adaes, savez-vous soigner ce genre de plaies ? Je vais avoir besoin de vous.

Il vient de déchirer la robe de la jeune femme au niveau de la hanche, sans la moindre considération pour le prix exorbitant du tissu, de toute façon entièrement ruiné. Il révèle ainsi la peau nue de la jeune noble, ouverte sur près de dix centimètres, sans être trop profonde. Une blessure faite par un coup de poignard porté d'estoc, mais qui manque sa cible d'un cheveu. Un poignard probablement similaire à celui que porte la jeune femme dans la main, et qu'elle n'a pas encore lâché. L'arme, qu'elle garde habituellement à la cuisse, est rougie par le sang de quelqu'un d'autre. Un individu qu'elle a dû blesser avant de le mettre en fuite. Le mastodonte récupère délicatement l'arme, malgré les protestations de la jeune femme, avant de la poser sur une commode :

- Frey, pour l'amour des Valars, ne faites pas cette tête. Je vais bien...

- Vous n'allez pas bien.

Peu habituée à se faire reprendre, elle marque un temps d'arrêt, et après avoir jeté un regard aux quatre autres individus dans la pièce, elle repose la tête sur l'oreiller improvisé, qui est en réalité un sac de voyage plein de vêtements chauds. La soirée ne s'est pas déroulée exactement comme prévu, et en dépit de son air serein, la douleur dans sa hanche est cuisante, et elle se sent déjà somnoler à cause de la perte de sang. Elle a eu de la chance de s'en sortir, car les deux hommes qui l'ont attaquée l'ont sous-estimée, et cela a probablement coûté la vie de l'un d'entre eux. Toutefois, elle a bien failli y passer, et pour garder le secret précieux qu'elle porte, elle a dû se démener comme une diablesse, et mettre en fuite le second agresseur. Une performance tout à fait honorable pour une jeune noble apparemment sans défense. Repoussant le récit quelque peu traumatisant de son agression, elle souffle à l'attention des envoyés d'Aldarion :

- Mon sceptre, dévissez-le...

Elle leur tend ledit objet, un ouvrage magnifique orné d'une tête de dragon, à l'intérieur duquel se trouve leur meilleure chance d'arriver jusqu'aux cloches de la ville en un seul morceau.
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Njall l'Indomptable
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Jeu 8 Mai 2014 - 20:47

    Njall eut l'impression que le temps s'était arrêté lorsque Nivraya s'empara des preuves qu'il lui confiait. Son cœur battait avec vitesse, ses tempes en étaient douloureuses. Il demeurait silencieux, observant les réactions de la noble devant les lettres et l'objet qu'il lui avait remis, et il ressentit son choc. Etait-ce positif ou négatif ? Impossible de le savoir à ce moment précis. En tout cas elle avait été surprise des preuves tangibles avancées par le petit groupe et c'était déjà ça de gagner. Njall commençait à croire qu'ils allaient réussir, même s'il n'en avait jamais douté auparavant, il ne prenait conscience de la gravité de la mission depuis quelques heures seulement, et il savait parfaitement que tout ceci n'était que les prémices de grands événements à venir. Après cette unique intervention, le Lossoth retourna dans sa silencieuse observation.Tout se passa très vite ensuite : la légère accroche verbale entre la femme du Sud et la noble, qui ne manqua pas d'exaspérer Njall. Ce dernier n'arrivait pas à savoir laquelle des deux étaient en tord, certes la femme de leur groupe était pour le moins arrogante, du moins du point de vue de la noble, mais peut-être n'avait-elle tout simplement juste pas la langue dans la poche. Quant à la noble elle se sentait agressée par une femme qui n'était même pas de sa patrie et se retrouvait dans des intrigues où se jouait le sort de celle-ci, son amertume était compréhensible. Impossible donc pour le lossoth de prendre partie dans son jugement, et il se contenta donc d'observer la scène en silence, avec un visage neutre mais attentif. Finalement, Nivraya se laissa convaincre. En réalité, Njall pensait qu'elle n'avait guère le choix. Il avait pu apprécier avec plus de profondeur l'audacité et la prestance de ses compagnons, si elle les avait trahie, ils s'en seraient certainement sortis, même face au colosse. Elle devait être en proie à d'infernales conflits intérieurs et devait se questionner sur ses intérêts et non réellement sur celle de la patrie, qui n'étaient guère bien représentées par cette troupe hétéroclite de guerriers. Seulement la moitié de la troupe portait l'Arnor dans son cœur, Njall n'était qu'un pèlerin naïf et curieux mais à la paire de bras et à la combativité utile, et la femme au teint mat semblait plutôt peu encline à se lier au destin du pays et à ses compagnons. Là où Njall ressentait de l'empathie pour le Roi, il craignait qu'elle ne voit que des ennuis à supporter avant de toucher des gains, si ce qu'on disait sur elle était vrai. Il restait néanmoins prudent sur tout jugement, elle demeurait relativement interdite et mystérieuse. Cela avait un certains charme, il devait l'avouer. D'ailleurs, le lossoth se sentait bien aventurier, entouré de tels guerriers, après avoir rencontré un Roi – vous vous rendez compte ! - et maintenant prenant part à une telle expédition secrète. La noble les congédia, visiblement elle avait quelque chose en tête, et le colosse les emmena dans un abri où ils seraient logés et nourris. La perspective était plutôt réjouissante pour Njall qui n'avait pas connu un abri chaleureux depuis plus d'une semaine, et la seule fois où il s'était trouvé sous un toit c'était dans l'écurie où il avait dû affronter la garde félonne d'Annunimas. Quand ils furent devant de la nourriture, un véritable festin en réalité aux yeux du lossoth qui devait avouer être affamé par son manque de vivres et ses nombreuses aventures. Il avait bien besoin d'un repas consistant, pour accélérer la guérison de ses blessures et reprendre des forces qui lui seraient indéniablement utiles dans un avenir très proche. Le dénommé Freylood, qui les avait guidé jusque là et c'était montré un bon hôte aux goûts de l'humble invité qu'était Njall leur demandait désormais des informations. Njall demeurait silencieux, avalant avec gourmandise un morceau de pain. Il avait peu à dire en réalité, et jetait un regard à Adaes puis à l'autre arnorien. Il savait juste ce qu'il avait appris ces derniers jours et savait qu'il n'était pas le plus apte à prendre la parole. Décidément il prenait peu d'initiatives, mais il saurait déceler quand il aurait à le faire. Pour l'instant il devait se gaver d'informations, suivre Adaes et répondre valeureusement aux attentes du roi d'Arnor à qui il prêtait temporairement son allégeance. Il s'agissait jusque là de parlementer et ce n'était guère un don du patient guerrier et chasseur, mais lorsqu'il faudrait agir enfin il pourrait montrer ses capacités. Njall ne savait pas précisément ce qu'on allait lui demander : saboter, créer de l'agitation, attaquer la garde ? Il était prêt à tout tant qu'il savait sa cause juste, et pour l'instant il était persuadé de faire bonne route. Qui aurait crû que sauver un messager en renversant de vulgaires tonneaux de vin le mènerait jusqu'ici ?


Il écouta donc les échanges entre les différents intervenants. Thorondil visait juste, on pouvait se demander qui serait de notre côté dans la ville, car jusqu'ici, le petit groupe semblait cruellement isolé pour organiser le soutien du Roi. Njall se permit alors une remarque au vue des doutes du géant quant aux chances d'avoir du soutien à l'intérieur de la cité :

- Alors nous agirons seuls. Nous pouvons compter sur la surprise et notre discrétion. Pouvons-nous espérer saboter quelque chose dans l'espoir d'handicaper nos adversaires, ou ralentir leur mobilisation quand le Roi sera là ? Peut-être aussi les troupes félonnes changeront de camp à l'annonce de la venue du Roi ; l'agitation va être très grande. Distinguer l'ami de l'ennemi va devenir difficile quand l'abcès éclatera... Il nous faut être les mieux préparés possible !


La discution fut rapidement écourtée peu après l'intervention de l'étrangère. On venait. Et quelle ne fut pas la surprise de Njall quand il distingua la noble mal en point en se hissant sur la pointe des pieds pour voir quelque chose de derrière Freyloord. Mais rapidement il fit quelques pas en arrière, se dissimulant comme l'ordonnait l'homme à la carrure si imposante et pourtant si paisible.
Bientôt, on le rappelait et le lossoth accouru, observant avec calme la blessure au flanc de la femme.
Njall savait soigner les blessures légères qui étaient très régulières chez les chasseurs solitaires du grand Nord, qui vivaient parfois esseulés pendant plusieurs jours avant de ramener leur butin au village. Il se pencha sur la jeune femme, posant ses mains froides sur sa peau encore tremblante du stress et de l'adrénaline de l'agression qui venait certainement de se dérouler dans les rues désertes de la cité endormie. Njall agissait rapidement, avec des gestes précis et sûrs.

- Ce n'est pas très grave, ne vous inquiétez pas.

Il se redressa, saisissant une serviette en tissue, inutilisée, que lui tendait Adaes qui était resté attentif et avait réagis avec logique, sachant que Njall allait lui demander de quoi éponger le sang qui coulait de la belle entaille. Il la nettoya rapidement et fit couler de l'eau dessus, empoignant le pichet que lui tendait son compagnon. Il n'y avait guère de risque d'infection, c'était plus impressionnant que dangereux car la plaie était superficielle et peu profonde, mais il en avait fallu peu, et vu la netteté de l'entaille, l'arme avait du être très aiguisée. On ne l'avait pas attaqué pour voler, mais bien pour tuer, ce qui était inquiétant quant à la suite du plan. Ramassant un pan de tissu préalablement déchiré par Freyloord quand il avait dévoilé la plaie, il banda rapidement cette dernière.

- Le bandage est primitif et la plaie saignera à nouveau très bientôt, je n'ai rien sur moi permettant de la traiter efficacement. Vous devez avoir des plantes utiles dans votre pays pour cicatriser ou nettoyer les plaies, il nous en faudrait. Mais même sans cela, la blessure cicatrisera rapidement. Il faudra juste un vrai bandage, pour que la plaie reste propre, et changez-le régulièrement.
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Adaes Thiemond
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Ven 9 Mai 2014 - 14:44
Le vétéran attendait calmement que la noble dont ils étaient venus soliciter l'aide accepte ou refuse de les aider, décide en grande partie du tournant de la mission. Peu après son intervention la mercenaire venue de l'est prit la parole. Celle-ci n'avait pas la langue dans sa poche et ne manqua pas de faire comprendre son point de vue, et une certaine tension s’établit entre les deux femmes lorsque leur hôte répondit avec fermeté, sur un ton qui se voulait malgré tout calme.

Adaes ne s'impliqua pas, la noblesse administrative n'était pas les personnes avec lesquels il traitait le plus souvent, et bien qu'il n'approuvait pas la méfiance il la comprenait et ne souhaitait pas la rendre plus forte. Finalement Dame Nivraya se trouva être bel et bien fidèle au Roi d'Arnor et accepta de croire les membres du petit groupe, et avec de la chance de leur apporter son soutien. Le maître d'Arme recula calmement, satisfait.

La jeune femme demanda alors au géant de l'entrée, dénommé Freyloord des les accompagner à la chambre ainsi que de les mettre à l'aise. Celui-ci s’exécuta et guida le petit groupe jusqu'à la fameuse chambre. Sans oublier au passage de restituer à leurs propriétaires leurs armes. Le vieux guerrier garda à la main le fourreau de son arme, rangeant au passage le symbole de sa famille. Il rangea son couteau à sa ceinture et suivit ainsi que le reste du groupe le géant.

Le garde mena les envoyés d'Aldarion jusqu'à cette fameuse chambre, le nom semblait un peu trop petit aux yeux du maître d'arme, un pavillon assez important bien que sans étage. Adaes y rentra à son tour et observa les lieux. Bien que décoré de manière plus modeste que le bureau de la noble cet endroit restait charmant et fort beau il fallait bien l'avouer. Sur les murs de nombreux livres étaient impeccablement rangés.

En avançant le vétéran observa les livres, certains écrits étaient rares et précieux, bien qu'ancien soldat et combattant aguerri aujourd'hui le maître d'arme aimait parfois se plonger dans des textes intéressant. Les traités sur les étagères n'étaient que rarement de son goût, mais certains ouvrages de géographies pourraient s'avérer assez intéressant à lire malgré tout, si le temps et la mission le permet le maître d'arme nota de demander à pouvoir les lire.

Le géant amena le groupe de voyageur autour d'une cheminée, bien que l'espace était encombré le garde du corps, valet, homme de maison fit place assez rapidement. Ses gestes et son attitude n'étaient pas vraiment habituels pour un homme de sa carrure, Adaes le regarda faire calmement, bien souvent les colosses comme lui sont des guerriers redoutables, mais aussi extrêmement violent. Bientôt il leur proposa d'établir un couchage, bien qu'il n'y est pas de lit cela était amplement suffisant.

Le maître d'arme s'attela à la tâche rapidement, déployant un sac de couchage au sol, puis le reste de l'installation vint rapidement. Un repas leur fut proposé, Adaes laissa en arrière son arme et vint s'installer pour le repas, cachant sa faim dévorante – ainsi que sa soif – il mangeait calmement ce qui lui était proposé. Des plats de bonne qualité était à disposition, de quoi prendre des forces. Mais surtout du vin de bonne qualité, ça manquait au vétéran qui avait une gourde bien vide depuis quelques temps, il ne manqua pas de boire le breuvage au goût si délicat.

Celui-ci écoutait les interventions de chacun calme, la bouche souvent pleine de vin ou de viande. Chacun y apporta son grain de sel, posant une question ou commentant la situation comme le fit Njall. Chaque personne écoutait avec intérêt la situation progresser, si ce n'est que la jeune mercenaire restait en retrait. Njall commenta la situation, malgré l'éloignement de sa culture il comprenait la situation tout comme semblait le faire la jeune femme.

Le vétéran s'apprêta alors à prendre la parole pour tout de même parler un peu et non juste écouter, mais il fut coupé dans son élan par un léger bruit provenant de la porte, le colosse se leva alors, allant ouvrir celle-ci pour savoir qui arrivait. Une fois ouverte l'on vit une silhouette féminine tomber dans les bras du colosse. Dame Nivraya était rentrée, hélas par dans l'état où on l'aurait souhaité, une entaille était visible sur son corps. Adaes réagit au quart d'un tour, d'un mouvement il se retourne et s’empare du fourreau de Thie tout en se levant d'un bond il dégage la garde de l'extrémité du fourreau et porta sa main au manche.

Finalement aucun autre individu n'arrive et le colosse referme la porte avant d'allonger au sol la jeune femme et de distribuer des tâches. Njall et Adaes doivent l'aider à soigner la blessure de la dame, le lossoth réagit en premier allant examiner la blessure, le maître d'arme posa rapidement au sol son arme et alla chercher une serviette propre ainsi que le pichet d'eau, afin d'offrir le matériel à Njall pour soigner l'entaille.

Celui-ci nettoya puis banda la blessure avec une habilité étonnante avant de prodiguer ses conseils à la jeune noble. Adaes se releva alors, réfléchissant quelques instants. Celle-ci avait été blessé gravement et la situation n'était pas à sous-estimé, au vue de la situation il y avait fort à parier que les responsables risquaient fort de ne pas être alliés du petit groupe. Le vétéran entendit alors la jeune femme leur parler, demandant de prendre le sceptre et de le dévisser.

Adaes se saisit de l'objet calmement, éviter de brusquer une personne blessée. Conformément aux instructions de la jeune femme il dévissa la tête du sceptre, avant de la poser au sol. Il sortit du sceptre un plan qu'il déroula sans plus attendre. Un large plan complexe, il représentait des souterrains assez impressionnants, une partie d'entre eux semblaient mener au palais. L'ancien soldat regarda le plan rapidement avant de prendre la parole.


« Merci Dame Nivraya, j'ignore comment vous avez réussi à obtenir un tel plan. Mais nul doute possible, celui-ci nous sera des plus utiles. »


Adaes regardait le plan en parlant, cherchant un moyen efficace d'accéder à leur objectif. Ces souterrains semblaient de plus en plus compliqués au fera mesure qu'il observait leur tracé. Ce petit bout de papier était un atout inestimable pour la suite des évènements, maintenant il ne restait plus qu'à trouver le chemin le plus adéquat pour remplir leur mission en évitant autant que possible les zones gardées.


« Reprenons la soirée, nous aurons besoin de repos pour mener notre tâche à bien. Reposez-vous Dame Nivraya, votre aide nous est très précieuse, nous allons faire bon usage de ceci, il nous faudra juste un peu de temps pour étudier le plan. »


Adaes regarda tour à tour ses camarades, la machine était en marche il ne restait plus qu'à finaliser les préparatifs et à prendre suffisamment de force pour se lancer dans l'action.
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Nivraya
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Lun 12 Mai 2014 - 14:12
Vingt-quatre heures se sont écoulées depuis l'attaque. Vingt-quatre heures pour le moins étranges dans le quotidien d'ordinaire très tranquille de la Chambre. Après tout, ce n'est pas tous les jours que la jeune noble d'Arnor, guère plus qu'une juriste mariée à un aristocrate en fin de compte, est impliquée dans une course pour empêcher un coup d'Etat, agressée physiquement dans la rue par des inconnus, et obligée d'accueillir dans le plus grand secret des individus plus que louches censés contribuer à la révélation des agissements de l'OCF au grand jour. Beaucoup de changements et de dangers dans le quotidien d'une femme plutôt concernée par la conservation de son pouvoir, et par le maintien de sa position sociale. Le risque, quand on appartient à la noblesse, n'est pas quelque chose de positif, contrairement aux bourgeois qui tentent par tous les moyens de s'élever. On peut toujours reconstruire une fortune, même à l'échelle d'une vie humaine, mais la réputation d'une famille peut mettre des siècles à se redresser d'un mauvais calcul politique. Les Gardelame pourraient être dépossédés de leur pouvoir, si d'ordinaire elle venait à commettre la moindre erreur, et le poids de cette responsabilité pèse comme une armure de plomb sur ses frêles épaules. Allongée dans son lit, seule dans la pièce qui lui est réservée, et qu'elle peut appeler chambre sans majuscule, elle ferme les yeux et essaie de méditer sur les derniers événements en date, qui n'ont rien de rassurant.

Au premier chef, en dépit de son caractère trivial, elle peut citer son agression. C'est la réaction des aventuriers, et celle de Freyloord surtout, qui lui a fait prendre conscience de ce à quoi elle a échappé presque par miracle. Les voir s'affairer ainsi autour d'elle, le regard inquiet pour sa santé ou préoccupé par les conséquences possibles de cet acte brutal, a eu le don de lui remettre les pieds sur terre, et de lui faire prendre conscience des risques réels et concrets de son engagement en faveur d'Aldarion. Elle se souvient encore très bien de l'application du nordique lorsqu'il s'est empressé de bander la plaie superficielle mais incroyablement nette. Elle se souvient encore très bien de sa crispation en sentant le tissu rêche et sec frotter contre sa chair à vif, et le frisson involontaire en sentant l'eau glacée couler sur sa peau nue pour en retirer le sang frais. Pas un travail de docteur en la matière, mais le mieux qu'il a pu faire avec le peu de moyens de temps à sa disposition.

- Vous avez fait merveilleusement avec le peu à votre disposition, maître Njall, et je vous en remercie.

Ses paroles pleines de sincérité et de douceur tranchent avec le ton parfois hautain ou sarcastique qu'elle peut utiliser de temps en temps. Néanmoins, nul faux espoir du côté du valeureux nordique, dont les mains sont désormais couvertes d'un liquide chaud et rouge. Sa blessure ne lui a pas fait décrocher un sourire pour autant, et son expression est toujours aussi inflexible. Bien que bandée et sortant d'une agression, elle paraît garder la maîtrise de ses nerfs, comme si la situation ne lui était pas particulièrement étrangère. Derrière cette façade aristocratique et distinguée, il n'y faut pas voir une faible femme attendant d'être séduite et protégée par le premier chevalier galant venu - en atteste l'alliance qu'elle porte à son doigt. A mesure qu'on en apprend sur elle, on découvre que son caractère est bien plus complexe à saisir qu'il y paraît, et que derrière ses manières impeccables, son éducation parfaite, elle semble cacher de lourds secrets. Lesquels doivent absolument rester enfouis, c'est certain, mais les situations extraordinaires ont tendance à faire resurgir la nature véritable des individus, hélas...

Explorant un peu plus ses souvenirs, elle poursuit son aventure mentale pour remonter jusqu'à l'intervention d'Adaes, et sa surprise en découvrant le plan souterrain de la cité. Son esprit de militaire, impossible à cacher malgré l'apparence rustre qu'il se donne, a alors immédiatement repris le dessus, et ses yeux ont parcouru le document avec une attention soutenue, comme un général observe le champ de bataille pour déterminer la meilleure stratégie. Ses compliments, étrangement, ont fait chaud au coeur de la jeune femme étendue sur le dos. Au moins, elle a réussi à ramener une information de valeur, récupérée auprès d'un des personnages les plus puissants du royaume, en qui elle a eu raison de placer sa confiance. Et réciproquement, car même en sous-nombre face à des individus armés et visiblement déterminés, elle n'a pas eu un seul instant la tentation de leur révéler ce qu'elle avait récupéré de l'entretien. Peut-être parce qu'au fond, elle a la certitude bien établie que Freyloord est capable de continuer son oeuvre sans elle, et qu'il aurait pensé à chercher dans le sceptre.

En parlant de Freyloord, comme à son habitude, c'est lui qui s'est montré le moins disposé à la conversation. Devant la menace faite à sa dame, son esprit protecteur a repris le dessus immédiatement, en même temps qu'une certaine forme de culpabilité face aux événements. Après tout, c'est probablement son absence qui a donné l'opportunité à ces malfrats de s'en prendre à Nivraya. Quelle idée de laisser une femme sortir seule à cette heure tardive, par les temps qui courent ? Sauf que cette femme n'est pas comme les autres, et que sa force de caractère et de conviction font souvent oublier la réalité. Douée pour établir des plans, géniale pour contrecarrer les tactiques les plus élaborées, elle n'a pas toujours conscience des obstacles les plus simples : une paire de tueurs engagés pour la poignarder anonymement dans la rue. Heureusement qu'elle est plus que ça. Devant le masque d'inquiétude de son homme-lige, et l'interrogation des aventuriers qui semblent partagés entre le "que s'est-il passé ?" et le "comment se fait-il que vous soyez encore là ?", elle a consenti à leur donner des explications détaillées, tout en éludant les passages non nécessaires à la compréhension de l'histoire :

- Je suis allée voir une personne en qui nous pouvons avoir toute confiance, et j'ai reçu de sa part ce document. Mais de toute évidence, on l'a placé sous surveillance, et j'ai été pistée par deux hommes. Je... Je ne pense pas qu'ils voulaient me tuer spécialement, mais seulement me questionner. Ils ont voulu m'enlever, mais je me suis débattue, et l'échauffourée a dégénéré. J'ai réussi à les mettre en fuite, et le reste vous êtes au courant...

Avec un brin de gêne, elle se remémore le "aïe" étouffé qu'elle a produit en touchant son nez meurtri duquel dépasse encore un morceau de tissu destiné à arrêter la coulée de sang. La gifle magistrale qu'elle a reçue a mangé la moitié de son visage, et elle a cru s'être brisé quelque chose tant elle a eu mal. C'est comme si on l'avait prise par les épaules, et secouée d'avant en arrière jusqu'à ce qu'elle perde complètement la notion d'espace, jusqu'à ce qu'elle en oublie même son propre nom, seulement concentrée sur la douleur terrible, et sur le moyen d'y échapper. Heureusement que ce n'a pas été un coup de poing, sans quoi son visage aurait pris une affreuse teinte violacée, immonde et ignoble.

S'en est suivi une série de décisions prises entre les six personnes présentes dans la pièce, au nombre desquelles l'alitement forcé de la jeune femme. Le poids de Freyloord dans la décision finale a été indéniable, et par son seul charisme il a réussi à contrer tous les arguments qu'elle lui a opposé, se contentant de hocher la tête négativement comme un père patient devant une enfant récalcitrante et capricieuse. Finalement vaincue, elle a accepté de mauvaise grâce de rester à demeure et d'envoyer son homme-lige avertir qui de droit de ce qui lui était arrivé. Rendre public l'agression dont elle avait été victime a semblé la solution la plus intelligente pour repousser d'autres tentatives. Et cela lui permet également, en cas de besoin, de faire passer les quatre aventuriers pour des gardes du corps supplémentaires. Il faut simplement espérer que personne ne se montrera trop regardant quant à leur identité, sans quoi il pourrait apparaître que cette compagnie bien hétéroclite est arrivée en ville quelques heures auparavant son attaque.

Laissant les guerriers à leurs occupations militaires, Nivraya a donc regagné sa chambre, et c'est là qu'elle se trouve désormais, seule avec ses pensées, et avec le temps nécessaire pour déployer sa formidable intelligence tactique, et sa roublardise à peine refoulée. Dans sa tête bien pleine, elle reconsidère toutes les options, et essaie de définir la meilleure possible pour favoriser le succès de la mission du Roi. D'après ce qu'elle en sait, le couronnement a lieu le lendemain, et il est marqué par une sécurité renforcée. Les rues de la ville sont probablement d'ores et déjà parcourues par des gardes attentifs, conscients que s'il arrive malheur au Prince, leur honneur risque d'être terni de manière définitive. On a déjà vu des officiers quitter l'armée, rongés par la culpabilité. Même de jeunes guerriers à l'avenir tout tracé et aux cheveux blancs. Du fait de l'enjeu, la détermination des soldats risque d'être au plus haut niveau, proportionnellement inverse à leur capacité à entendre les affaires politiques complexes. Dans le meilleur des cas, s'ils tombent sur les quatre aventuriers, ils peuvent les arrêter, les retenir le temps du couronnement, et ensuite écouter ce qu'ils ont à dire. Dans le pire des cas, ils les tuent sans sommation, invoquant en cela le caractère exceptionnel de la situation. Cela exclut donc toute action individuelle, car la réussite de leur opération dépend de leur capacité à arriver ensemble au pied du beffroi. Le succès d'un seul des membres ne suffirait pas à leur assurer la victoire.

Trouvant finalement la force de se relever, peut-être tirée du lit par l'appel du dîner que son estomac réclame bruyamment, elle noue ses cheveux en une élégante queue de cheval qui dégage son visage légèrement marqué par l'affrontement de la veille, et s'enveloppe dans une robe de chambre de belle facture, d'un bleu sombre. Son regard croise le miroir posé face à sa commode, et elle s'arrête sur son visage un instant. Elle a les traits tirés et la peau pâle, conséquence de sa perte de sang et des émotions par lesquelles elle est passée. Toutefois, elle est loin d'avoir l'air faible et vulnérable, et on lit dans ses yeux d'un vert absinthe l'immensité de la volonté de cette jeune femme, blessée dans sa chair mais inflexible dans son esprit. Inspirant profondément, et essayant de garder une attitude digne, elle s'empare du sceptre qui symbolise sa fonction, et le caresse presque tendrement. L'addiction au pouvoir dans sa plus pure expression. Quittant la pièce, elle pénètre dans ce qui sert de salon, et salue de la tête les quatre aventuriers, les interrompant en pleine conversation. Ils sont probablement en train de revoir leur plan d'action pour s'emparer du beffroi dont les marches étroites et les différents paliers à franchir constituent la principale difficulté. A moins qu'ils soient en train de faire connaissance, pour savoir comment livrer bataille contre des hommes entraînés, qui auront l'avantage du nombre sitôt que les renforts seront arrivés. Ou peut-être qu'ils sont en train de peaufiner leur connaissance du plan donné par l'Intendant. En effet, Nivraya leur a ordonné de ne pas l'emporter, car s'il venait à être perdu au cours de l'opération, il pouvait tomber en de mauvaises mains, et mettre en danger la sécurité de la famille royale. Il sont des secrets qui doivent rester cachés aux yeux mal intentionnés.

- J'apprécie votre prévoyance, lâche-t-elle en voyant leurs armes de guerre.

En effet, ce n'est pas de simples couteaux de bandits dont ils vont avoir besoin pour l'emporter, mais bien de matériel plus sophistiqué. L'effet de surprise peut assurément leur donner l'ascendant pour s'emparer de la tour, mais le plus compliqué risque d'être d'en sortir en vie. Dans la confusion qui suivra l'annonce du retour du Roi, les troupes fidèles au Prince risquent de paniquer, et de tout tenter pour reprendre le contrôle de la situation, quitte à éliminer des hommes qui ont déjà rempli leur mission.

- Rappelez-vous que vous devez arriver au beffroi juste avant qu'ils ne sonnent les cloches, pour qu'ils n'aient pas le temps de réagir. Et souvenez-vous que trois personnes sont nécessaires pour faire résonner la grande cloche, la seule capable de prévenir toute la ville en même temps. Dix coups à donner, pas un de plus, pas un de moins.

Elle s'immobilise pour réfléchir, cherchant quoi ajouter pour ne rien oublier, agissant comme si la moindre information pouvait augmenter significativement leurs chances de succès. Ce qui, incidemment, est le cas. Ses réflexions sont interrompues par le bruit de la porte extérieure qui s'ouvre, laissant passer l'immense silhouette de Freyloord, les bras remplis de nourriture. Il fait déjà nuit noire, bien qu'il ne soit guère tard, et le vent frais qui s'engouffre dans la pièce glace la jeune femme jusqu'à l'os, la forçant à refermer ses bras autour d'elle. Pendant un bref instant, on dirait qu'elle va défaillir, mais elle tient bon et se redresse fièrement sitôt que le battant s'est refermé. Le colosse lance un regard contrarié à la noble, comme pour lui dire "vous deviez rester allongée", auquel celle-ci par un regard profond et calme, signifiant "nous avons des choses plus importantes à faire que rester allongés".  L'échange silencieux s'achevant, Freyloord s'empresse de déposer les repas qu'il est allé chercher dans une taverne non loin, comme il en a l'habitude :

- Voilà pour vous. Prenez des forces, vous en aurez besoin.

Son ton paternel a quelque chose d'apaisant avant la bataille, mais certainement pas autant que la vue du magnifique gigot qu'il est allé chercher. La pièce de viande, délicieuse à voir et à sentir, trouve rapidement un chemin dans leurs assiettes, accompagnée d'un bon vin pour faire descendre le tout. Elle est cuite à merveille, trempée dans une sauce parfumée, et servie avec un assortiment de légumes, dont certains sont assez rares pour la saison. Le luxe de leurs assiettes contraste de manière terrible avec le sordide de la mission qu'ils vont devoir accomplir. Le voir comme un dernier honneur avant de les envoyer vers une mort certaine n'aurait pas été exagéré. A ceci près que Nivraya n'a pas l'intention de les voir échouer, et qu'elle fonde tous ses espoirs sur leur réussite. Les mots sont rares désormais, économisés comme s'ils étaient une denrée précieuse. Freyloord pose une main chaleureuse sur l'épaule de Shaïa et de Thorondil, avant de lever les yeux vers la noble :

- Des nouvelles de... ?

- Aucune, tranche Nivraya avec rudesse.

De toute évidence, la question que l'homme-lige s'est apprêté à poser est délicate, et son interlocutrice n'a pas particulièrement envie d'y répondre. Peut-être parce qu'au fond d'elle-même, elle craint le pire. En tout cas, elle dissimule merveilleusement ses émotions derrière un masque de neutralité aristocratique qui peut parfois être insupportable, mais qui en l'occurrence semble révéler une part de fragilité... quelque chose de rare chez la dame. Changeant brutalement de sujet, elle  relance :

- Que dit-on en ville ?

- Des rumeurs circulent. On dit ici ou là que les troupes de Vilyan sont stationnées en dehors de la ville, et qu'elles arborent l'étendard d'Aldarion. Les avis sont partagés. Certains ont peur qu'on conteste la légitimité du Prince. D'autres se rappellent du tribun Derulan, et s'interrogent, mais loin des oreilles des gardes.

Nivraya est impressionnée par son Roi. Avec beaucoup d'intelligence, il a choisi de se positionner suffisamment près d'Annùminas pour faire parler de lui, tout en ne prenant pas le risque d'attaquer de manière frontale la cité. Pour l'heure, il doit attendre un faux pas de la part des hommes de l'Ordre, qui risquent de perdre leur sang-froid. Si le peuple est partagé, les choses peuvent être gérées de manière politique, et la roture ayant une tendance naturelle à oublier les éléments dérangeants, il n'est pas difficile de penser à un plan pour occulter "l'anecdote Vilyan". La véritable question reste celle de la légitimité de l'armée. Pour l'Ordre, ne pas envoyer de troupes à la rencontre de l'étendard royal est suspect. Mais qui envoyer ? Un général fidèle à Aldarion reviendrait en rapportant que ce dernier est en vie. Un général fidèle à l'OCF prendrait le risque inconsidéré de se présenter à visage découvert à son Roi... au risque de le payer très cher par la suite. La jeune femme ne sait trop quoi penser de tout ceci, et de toute évidence les quatre aventuriers sont en train de tirer leurs propres conclusions, en train de mesurer la portée de ces nouvelles.

- Restons concentrés, rappelle la noble avec fermeté, mais sans méchanceté. Si Tar-Aldarion se trouve aux portes d'Annùminas, nous sommes la clé qui lui permettra de reprendre sa capitale. Rien ne doit nous détourner de la mission qui nous a été confiée.

Son ton solennel est peut-être trop théâtral pour certains, mais la situation mérite de faire preuve de sérieux, et elle est parfaitement consciente que son avenir risque de se jouer dans les prochaines heures. Si elle a parié sur le bon cheval - avec tout le respect dû à Sa Majesté, bien entendu -, elle sera récompensée à la hauteur de ses espérances, et probablement plus encore. Une motivation suffisante pour quiconque, mais particulièrement pour elle. En revanche, si ce sont les partisans du Prince qui l'emportent, la vengeance des hommes de l'Ordre risque d'être sans merci. Dès qu'elle ferme les yeux, elle voit le domaine familial brûlé, pillé, saccagé... Son mari exécuté publiquement, les domestiques torturés pour l'exemple, les bêtes éventrées, les récoltes anéanties, les tableaux qu'elle peint déchirés, les jardins qu'elle aime tant cisaillés, les livres qu'elle collectionne jetés au bûcher. Une vision d'horreur qu'elle préfère écarter en gardant l'oeil alerte, et en repoussant le sommeil.

Laissant chacun à ses pensées et à ses conversations, elle s'installe dans un fauteuil pour y manger sa part, avec un flegme très aristocratique. Elle pique sa fourchette dans la viande, porte le morceau à sa bouche, et le mâche lentement. "Incroyable comme le goût des choses change quand on les mange peut-être pour la dernière fois", se dit-elle soudainement. Elle dévore son repas, tout en faisant la liste mentale de tout ce à quoi elle tient particulièrement, et qu'elle n'aura plus l'occasion de goûter si sa vie part en cendres le lendemain. Les pommes de terre grillées, les carottes, les poireaux... le pain chaud, sorti du four du boulanger, le goût sucré des tartes aux poires, celui de l'alcool de poire, aussi. L'odeur des arbres fruitiers, la couleur des fleurs quand revient le Printemps, la caresse du vent frais par une chaude journée d'été, le picotement de l'hiver quand on sort de chez soi... la Chambre, l'odeur et la texture des vieux livres, la douceur du papier sous les doigts, la couleur de l'encre à la lueur d'une bougie... le calme d'un bureau isolé quand se déchaîne la tempête au dehors, le rugissement de l'orage qui déchire le ciel, le rire des enfants de son domaine qui courent après sa calèche, le souffle puissant des chevaux, le brillant d'une armure polie avec soin, Justar...

Mille morceaux.

L'assiette qu'elle a tenu en main, et fort heureusement vidée de son contenu, vient de quitter ses doigts subitement, et de se fracasser sur le parquet en mille morceaux. Combien de temps s'est écoulé depuis qu'elle est partie dans ses pensées ? Impossible à dire. Les regards se tournent vers elle, et elle a brutalement l'impression qu'ils percent son armure. Pendant un instant, il est vrai, un éclat d'inquiétude traverse son regard, avant d'être remplacé par le masque de la noble supériorité, la condescendance affichée et justifiée par son statut. Elle se lève sans prévenir, et s'éloigne des éclats, comme s'il s'agissait du corps d'une personne décédée qu'elle ne voulait surtout pas toucher. Incapable de trouver quoi que ce soit à leur dire, considérant que "bonne nuit" est trop banal, "désolée" trop pitoyable, et "nettoyez-moi tout ça" trop agressif, elle se replie dans sa chambre sans rien ajouter, les laissant décider comment ils voudraient passer leur dernière nuit de sommeil avant le grand jour.

Plongeant dans ses oreillers comme une enfant désespérée, Nivraya ferme les yeux, et essaie de convoquer une image positive à son esprit, sans être capable d'y arriver. Le poids de ce qu'elle s'apprête à faire, à savoir s'opposer à toute une ville pour la sauver d'une tyrannie, s'efface en comparaison d'un autre poids plus important : le risque de perdre ceux auxquels elle tient, à commencer par son mari.

- Mais qu'ai-je fait, Justar ? Qu'ai-je fait ?


~~~~


Le soleil n'est pas encore levé, mais les hommes oui. Dans La Chambre, on ne perçoit aucune parole, simplement le bruit de frottement des cuirasses, le cliquettement des pièces métalliques, le crissement des épées que l'on vérifie une dernière fois. Deux groupes se font face : d'un côté, Nivraya et Freyloord, la première a retrouvé quelques couleurs, et semble en meilleure forme que la veille au soir, bien qu'elle ne soit pas plus détendue, au regard de ce qui les attend. Le second, quant à lui, est égal à lui-même, imperturbable. C'est probablement le plus serein de tous, et en cet instant, tout le monde doit regretter qu'il ne participe pas à l'opération. Nivraya comprise. En face, les quatre compagnons, voyageurs, aventuriers, et si les Valar le veulent "sauveurs du royaume". La jeune femme sent qu'elle doit dire quelques mots, et se lance avec tout le naturel du monde, dissimulant bien son malaise :

- L'heure est arrivée. Vous avez entre vos mains le destin de ce royaume, et il ne vous est pas permis d'échouer. Pas quand tant d'espoirs reposent sur vos épaules. Je vous en conjure, fils ou amis de l'Arnor... revenez vainqueurs.

Elle s'approche de chacun d'entre eux, et leur prend la main avec ferveur, comme pour leur transmettre physiquement la confiance immense qu'elle place en eux. Le temps leur est désormais compté. Quelques heures seulement les séparent de la cérémonie, qui doit prendre place en milieu de matinée, et ce temps précieux leur appartient. A eux de l'utiliser au mieux pour remplir leur mission, qu'importe le danger, l'adversité, qu'importent les souffrances ou les peurs. Les abandonnant à la froideur du dehors, les laissant disparaître au coin d'une ruelle pour rejoindre l'entrée secrète du souterrain, elle s'éloigne d'un pas mesuré pour rejoindre sa chambre. Le calme revenu, il lui appartient désormais de se préparer pour le couronnement. Elle passe prudemment la main sur le bandage neuf qui entoure sa hanche, et jette un coup d'œil au petit poignard qu'elle a dû utiliser la veille pour se sortir de ce mauvais pas. Cette fois encore, elle devra l'emporter, et se tenir prête au milieu de la foule des nobles à agir si la situation l'exige... en espérant sortir vivante d'un éventuel affrontement.


~~~~


Au moment où les quatre aventuriers sortent du souterrain, couverts de poussière, la surprise est de taille. Devant eux se dresse un bâtiment de taille modeste, une auberge très commune et pour l'instant vide de gens. De toute évidence, ils se sont trompés... Trompés de sortie, trompés de passage, ils ont peut-être manqué un embranchement, ou bien c'est la carte qui n'est pas fiable. Toujours est-il qu'ils ne sont pas au bon endroit, et que les cloches peuvent sonner d'une seconde à l'autre. En levant la tête, ils peuvent apercevoir, quelques centaines de mètres derrière l'auberge, le sommet du beffroi qui surplombe le quartier. Désormais, le temps leur est compté, et pour accomplir leur mission, ils doivent franchir les deux cent mètres de ruelles qui les séparent de l'édifice, et neutraliser les gardes qui se trouvent là, avant qu'ils n'aient le temps de sonner le couronnement du Prince, sans quoi, les griffes de l'Ordre se refermeront sur eux impitoyablement.

_______

HRP : J'ai fait un peu avancer la situation, pour vous permettre d'arriver directement aux combats, mais n'hésitez pas à décrire de votre point de vue tous les passages que j'ai éludés Wink.
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Aldarion
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Mar 13 Mai 2014 - 11:28

Aeldon fixait le lointain, le regard perdu. L'heure du couronnement approchait, l'heure du triomphe et de la vengeance. Cependant, il faudrait par après se débarrasser des gêneurs afin d'assurer définitivement la victoire d'un nouvel ordre pour l'Arnor. Face aux remparts sur lesquels il se tenait, l'un d'entre eux paraissait bien décidé à venir jouer les fauteurs de trouble. Depuis la veille, un campement militaire était dressé sur la plaine d'Annuminas. A la tête de cette bande, le tribun militaire Vilyan, un homme droit et intègre qui avait l'immense défaut de ne pas être corruptible.

" Il vous inquiète ?"

Le tribun militaire Aeldon Dondos fit volte face pour diriger son regard vers son interlocuteur.


Luorn Hoest n'était pas vraiment convaincu par les théories fumeuses de l'Ordre tout comme Aeldon doutait des intrigues de son interlocuteur. Cependant, Hoest était de plus en plus las de la politique autoritaire d'Aldarion. Il représentait la noblesse et il tenait à conserver ses privilèges. Si cela passait par un changement de régime, il était tout à fait disposé à faire quelques compromis.

"Il ne m'inquiète pas en lui même. Son armée m'inquiète bien davantage... S'il entre dans la ville, il pourra aisément surpasser ma garde en nombre. Les gardes du Lac risquent d'être divisés entre les deux tribuns militaires..."

Luorn Hoest balaya l'idée d'un revers de la main.

"Cela provoquerait un bain de sang, des pertes parmi les civiles... Vilyan est trop noble pour s'abaisser à ça. Il ne fera rien, il attend désespérément le retour de son Roi."

Un sourire mauvais s'afficha sur le visage d'Aeldon.

"Il peut toujours attendre... Sellig veille à ce que cela n'arrive pas. Néanmoins, nous ne devons pas lui permettre d'entrer dans la ville."

Luorn secoua la tête en signe de désapprobation. L'ensemble du plan reposait sur la légalité de façade de la procédure. Toute entorse aux lois d'Arnor offrait une brèche aux contestataires, il fallait à tout prix respecter les règles.

" Vilyan a été élu tribun militaire. Le Roi est mort et un nouveau Roi va monter sur le trône. Il est normal qu'il vienne lui rendre hommage. Il est également normal qu'il vienne mettre son armée à son service. Le peuple ne comprendrait pas que vous lui refusiez l'accès à la ville."

Aeldon n'aimait pas du tout ça, il avait le sentiment d'introduire beaucoup trop d'inconnues dans l'équation.

" Il est l'heure Aeldon, il est temps pour nous de rejoindre le Palais."

***

Quelques secondes d'hésitations, longues, très longues. Puis, enfin, la lourde grille des portes de la cité s'était soulevée doucement. Les cavaliers qui formaient la tête de la longue colonne étaient passés au pas, rapidement suivis par le reste des troupes. Devant Vilyan son héraut avançait, présentant à la population ce nouveau venu aux intentions difficiles à cerner.

"Place pour le Seigneur Vilyan d'Evendim, Tribun Militaire du Royaume d'Arnor."

Ils traversèrent la ville en quelques minutes, arrivant sur la place face au Palais. De part et d'autre, contenant la foule, la Garde du Lac semblait nerveuse. Des archers avaient pris place sur les toits, prêts également à intervenir en cas de problème.

Les cloches allaient sonner, le Prince se présenterait à la foule et, à ce moment là, Vilyan pourrait présenter ses hommages.


Invité, n'oublie pas que le regard des Rois d'Arnor porte au delà des frontières de leurs royaumes.[/center]

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Thorondil
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Mer 21 Mai 2014 - 16:52
[Après 4 jours de maux de tête Thorondilesque, je m'excuse si vous trouvez des tournures bizarres dans mon texte. J'ai essayé de relire un maximum mais rester trop longtemps devant l'ordi m'est encore un peu difficile donc, si vous voyez des coquilles ou autres, n'hésitez pas à me le dire que je corrige.]

Après avoir exposé l'ébauche de plan qui les avait menés jusqu'ici, Thorondil resta relativement silencieux, ne se contentant que d'acquiescer à quelques remarques par de faibles grognements même lorsque le géant répondit directement à sa demi-question. Il profitait de la tranquillité des lieux tant qu'il le pouvait encore... les prochains jours risquaient d'être bien agités, et terriblement dangereux. Mais il était loin de se douter quand et surtout comment cette tranquillité allait être perturbée.
Leur hôte, échevelée, sous le choc et maculée de boue et de sang, avait fait une étonnante entrée dans la pièce, s'écroulant dans les bras de son serviteur venu lui ouvrir. Mué par leurs réflexes, chacun des invités réagit dans la seconde. Tandis que le colosse se précipitait pour amortir la chute de son employeuse, le fauconnier tira Sûliavas de son fourreau dans un sifflement métallique. Il était déjà à mi-chemin de la porte encore ouverte quand Freyloord claqua le battant de bois, l'obligeant à reculer. Sans rechigner, l'orientale et lui entreprirent de sécuriser le bâtiment, fermer tous les volets et vérifier d'un coup d'œil l'extérieur tandis qu'Adaes et le lossoth soignaient la pauvre femme. Dehors, tout semblait calme, Nivraya avait visiblement réussi à semer ses agresseurs. Cela mettait Thalion hors de lui. Il avait beau ne pas spécialement porter la noble dans son cœur, il y avait une règle primordiale dans son code d'honneur : on ne s'attaquait pas aux femmes, jamais, sauf en cas d'extrême nécessité. Ceux qui s'en étaient pris à elle étaient des lâches ! Il aurait rêvé tâcher Sûliavas de leur sang. Un autre regard vers la noble lui fit prendre conscience de la situation. A peu de chose près, ils l'auraient retrouvée à demi-morte dans un caniveau le lendemain ou plus tard encore. Son visage tuméfié et la longue estafilade en disaient long sur la violence de l'agression et sur l'instinct de survie qui avait poussé la victime à se débattre. Le poing de l'homme se serra à s'en blanchir les jointures sur le pommeau de son arme.

Enfin, tout le monde fini par se réunir autour du sceptre de la jeune femme. Le plus vieux en sortit alors le sésame pour la réussite de leur mission, un plan souterrain de la cité d'une grande précision et d'une complexité de labyrinthe. Avec un tel atout en manche, ils réduisaient les risques de moitié au moins. Le fauconnier lança une œillade impressionnée à la noble encore allongée. Comment avait-elle pu se procurer un tel document ? Sur cette question, il rengaina son épée et s'installa en face pour l'étudier.

Après un temps, Nivraya consentit à expliquer dans les grandes lignes sa mésaventure et par là même, encore plus vaguement, comment elle avait réussi à obtenir la carte. Finalement, contrairement aux craintes de Freyloord, ils avaient des alliés dans la cité. Pas du genre à intervenir de leurs mains, mais n'était-ce pas pour cela qu'Aldarion les avait recrutés eux ? Après cela s'en suivit un débat houleux entre les deux habitants des lieux pour obliger la blessée à se reposer.


Une journée entière s'écoula lentement. Les envoyés d'Aldarion purent se reposer enfin tandis que la maîtresse des lieux se remettait - de fort mauvaise grâce - de son agression et de ses blessures. Ce sommeil avait soulagé la tension dans le crâne de Thalion et sa vue était un peu plus nette depuis son réveil. Un bon présage. Après un repas léger, ils s'étaient tous réunis autour du précieux plan dévoilé la veille pour peaufiner leur trajet et leurs actions. En tailleur, son épée sur les genoux, Thorondil pointa trois points sur la carte, indiquant des sorties qu'il pensait trop risquées. Ecoutant en même temps suggestions des uns et des autres. L'expérience variée de chaque membre de ce groupe hétéroclite eut l'avantage indéniable de diminuer grandement le risque d'imprévu. Mais bien sûr tout le monde avait en tête que, dans ces circonstances, aussi millimétré que soit leur plan d'action, le moindre grain de sable inattendu les mettrait tous en danger. Cette conscience collective était le meilleur ciment pour les souder le peu de temps qu'ils auraient à travailler de concert. Ils avaient fait le point sur leurs capacités respectives, leurs points forts et leurs points faibles afin de se prémunir au mieux des revers de fortune et surtout, rester tous en vie pour accomplir leur mission.

A l'heure du diner, sortit enfin de sa chambre Dame Nivraya, droite et noble dans sa posture, malgré son teint bien pâle, son nez encore un peu gonflé et une légère teinte bleu-violacée là où la gifle l'avait frappée de plein fouet. Sitôt arrivée, elle prit la parole, récapitulant les points les plus importants. Son aplomb avait quand même de quoi impressionner. Une femme de sa carrure aurait pu ne pas survivre à sa récente mésaventure, au lieu de ça la dame mettait un point d'honneur à agir comme si rien ne s'était passé. Cette attitude gagna le respect de Thorondil sans pour autant affecté son jugement premier car ce n'était pas dans sa nature. Il ne pouvait ignorer l'intérêt personnel que cette femme avait désormais à les voir échouer. Après tout, elle risquait bien plus que sa propre tête dans cette histoire.
A peine plus de temps plus tard, arriva le colosse, les bras chargés de denrées à l'odeur délicieuse. Un véritable repas de fête. Le fauconnier ricana un peu en voyant la profusion, la qualité et la rareté de certains produits. Le dernier repas du condamné ? Quitte à mourir, autant mourir les meilleurs souvenirs en tête après tout. Avec un certain entrain, il entreprit de se servir une copieuse part. L'attitude bienveillante de Frey réchauffait autant les cœurs que la nourriture, leur estomac. C'était parfait avant un combat. Un certain silence régnait dans la pièce, ni lourd, ni dérangeant. Chacun profitait juste du moment présent autant qu'il était possible. Ils n'étaient pas sans ignorer qu'il était possible qu'aucun d'eux ne revienne vivant, mission accomplie ou non. Et qu'importe si leurs funérailles seraient grandioses ou juste des cadavres jetés du haut d'un rempart, aucun ne souhaitait la mort. Le fauconnier leva son gobelet devant lui, à hauteur de tête.

« - A notre réussite et au Roi !... Et à la chance. » trinqua-t-il sans extravagance avant de faire couler une gorgée de vin dans sa gorge.

Il releva la tête de son assiette en saisissant le nom de Vilyan dans la conversation de leurs hôtes. Ainsi le tribun allait faire son entrée par la grande porte comme si de rien était. Intéressant. Risqué, intelligent, inattendu mais très intéressant.
Le reste du repas se fit dans le calme, quelques échanges de conversations polis et surtout une dégustation silencieuse et méditative.
Un fracas à la fin du repas fit lever toutes les têtes. Les regards convergèrent vers la noble debout à côté de son assiette brisée au sol. Elle regardait les morceaux d'une étrange façon, le masque tombé laissa entrevoir le temps d'un battement de paupière les véritables émotions qui luttaient elle. Elle disparue vite dans sa chambre, tentant de ne pas avoir l'air de prendre la fuite sans grand succès... Le dùnadan jeta un regard de pitié vers la porte close de la chambre. C'était toujours dans des moments comme ceux-là que l'on réalisait pleinement toutes les conséquences. Une femme de son rang ne devait pas avoir souvent eut à faire avec ce genre de sensations. Il interrompit son repas pour aider Freyloord à ramasser les morceaux de vaisselle brisée pour se changer les idées.
La nuit, de toute façon, allait avoir une atmosphère spéciale qu'il n'était pas pressé de voir venir. Il dormait toujours peu les veilles de bataille. Cela faisait ressurgir ses vieux cauchemars.


Comme prévu, la nuit traina terriblement en longueur. Incapable de trouver le sommeil plus de deux heures d'affilées, le fauconnier s'adossa contre les pierres de la cheminée et entreprit de s'occuper. Dans le silence, il nettoya sa lame, son fourreau, fit briller les blasons qui l'ornaient avant de replacer la bande de tissu pour les camoufler. Ses doigts retracèrent l'étoile et les maillons de la chaine brisée puis la tête d'aigle pour enfin retrouver la sensation familière du bijou. Avec mille précautions, il ouvrit le petit écrin et admira les minuscules miniatures à la lueur du feu. Quelque soit l'issue du lendemain il rejoindrait l'une des deux femmes représentées au creux de sa main. Son visage se tordit en un étrange sourire. Quelle ironie ! Il s'endormit encore, juste là où il se tenait, et se réveilla de nouveau... Il était peut-être deux heures du matin tout au plus. Un son attira son attention. Dehors, à quelques toits de là, il pouvait entendre un cri qu'il reconnaitrait entre mille. Elei était de retour, sans doute perchée sur le toit de l'écurie qui hébergeait son autre compagne de voyage. La présence de l'animal dans les parages eut un effet radical sur l'homme. Ses épaules se détendirent, il se sentit plus serein. Tout allait bien maintenant... A l'heure du levé, il finalisait de la pointe de son couteau le tracé des plumes d'un petit oiseau de bois tendre qu'il avait taillé durant le sommeil de ses comparses.

Au moment du départ, il faisait encore nuit noire à l'extérieur. Les envoyés du Roi avaient laissé leurs bagages superflus dans la Chambre, ne se chargeant que du strict nécessaire : leurs armes et leurs protections. Ils avaient révisé leur plan d'action au petit-déjeuner, le reste s'était déroulé dans le plus grand silence et se tenaient à présent fin prêt devant la porte de sortie.

Dame Nivraya leur livra un petit discours d'encouragement et se présenta devant chacun d'eux. Dans chaque poignée de main elle semblait transmettre tous ses espoirs et toutes ses forces. Quand vint son tour, Thorondil inclina la tête presque imperceptiblement.

« - Madame. Prenez soin de vous. »

Il l'aurait bien remercié pour son courage et son aide précieuse mais, resté malgré tout sur sa première impression de la dame, les mots avaient bien du mal à franchir le seuil de sa gorge, si bien qu'il laissa le soin à un autre de se charger de ça. Sans doute Adaes, ou le lossoth peut-être. La mercenaire du Rhûn, il avait peu de chance malgré tout. Enfin, il se contenta de ces quelques mots qu'ils avaient prononcés avant de prendre congés. Surtout avant de céder à la tentation de demander à cette femme si elle avait des nouvelles de son père et de son frère alors qu'il en ignorait le sort. Mais dévoiler son secret à la noble ne l'enchantait guère. Et puis finalement, il préférait ne pas savoir maintenant, pas à quelques instants d'une mission cruciale. Ses doigts s'égarèrent de nouveau sur le pendentif accroché à son épée. Tant que sa petite fille était à l'abri, le reste n'avait pas d'importance pour l'instant. Et dans les Hauts du Nord, ce qui se déroulait ici ne sera que l'écho d'une vague rumeur.
En passant devant le géant, il s'arrêta néanmoins. Il lui serra la main avec respect.

« - J'aurais aimé pouvoir me battre à vos côtés. »

Il s'interrompit, sembla réfléchir et tendit à l'autre homme le petit rossignol de bois clair qu'il avait créé la nuit même.

« - Si je venais à ne pas revenir, donnez ceci à ma fille..., commença-t-il. Voyant l'interrogation dans le regard de son vis-à-vis il ajouta : Vous n'aurez pas à la chercher, vous saurez. »

Sans doute, si les choses venaient à mal tourner, il serait le seul des quatre voyageurs dont on récupèrerait le corps. Adaes ne devait pas avoir grande famille pour se retrouver ici en ce moment, quant aux deux étrangers qui pouvait bien savoir dans leur pays où ils étaient tombés... Du moins dans le meilleur des cas. Dans le pire, sa famille ne serait pas plus à l'abri que Nivraya elle-même. Après tout, il avait beau ne pas s'approcher de la politique et se dissimuler sous un autre nom, il n'en était pas moins l'héritier d'un sénateur et il y en aurait plusieurs pour le reconnaitre, condamnant sa famille d'un même coup. Ils n'avaient pas le droit à l'erreur, pour l'Arnor, le Roi et sa famille, leurs alliés et leur propre famille. Tant de vies reposant dans les mains de quatre guerriers anonymes. Sans doute le pari le plus risqué de Tar-Aldarion.
Ils prirent tous congés et disparurent dans la nuit tel des fantômes.


Malheureusement pour eux, il s'avérait que les tunnels n'étaient pas aussi nets et bien orientés que sur le plan original. Certains passages, moins entretenus que d'autres s'étaient en partie écroulés, les obligeant à l'escalade ou aux détours. Mais, plus rassurant, l'ennemi ne semblait pas avoir eu vent de l'existence de ce réseau souterrain. Aucune trace de passage hostile, ni même aucune forme de passage, n'était perceptible. Leur progression, certes plus lente que prévue, ce fit pourtant avec constance. Poussés par le temps mais incapable de la juger convenablement de là où ils se trouvaient, ils entreprirent plusieurs fois de presser le pas jusqu'à courir. Tout était une question de timing, d'une précision chirurgicale et pas la moindre marge de manœuvre. Et quelle ne fut pas leur horreur en constatant, après s'être extirpés d'un boyau étroit envahi de toiles d'araignées et de poussière, qu'ils n'étaient absolument pas sortit au bon moment. L'espace de quelques secondes, ils s'entre-regardèrent, jetant des regards à droite à gauche pour se repérer. Le beffroi était là, si près et pourtant trop loin encore. Ils auraient dû en sortir au pied. Ils évaluèrent alors leurs possibilités déjà restreintes par les impératifs du moment. Ayant envisagés de retourner dans les souterrains et continuer plus avant, ils abandonnèrent vite l'idée. Et s'ils se perdaient de nouveau tout serait perdu. Il ne leur restait plus qu'une solution. Avancer à la surface, presque à découvert, jusqu'à la cloche. Ils allaient devoir tuer, avancer vite et en silence, c'était maintenant inévitable.

« - La ruelle là-bas ! » montra le fauconnier en désignant le plus étroit et le plus sombre des passages.

Si ses souvenirs étaient bons, elle continuait droit vers le bâtiment qu'ils cherchaient à atteindre. Suffisamment large pour s'y déplacer deux à deux, épaule contre épaule, elle leur donnerait l'avantage s'ils venaient à croiser des adversaires supérieurs en nombre pour les affronter un à un et éviter de se faire encercler. Il s'y précipita aussitôt.
En traversant la petite place déserte, il fut attirer par du mouvement au dessus de sa tête. Son faucon faisait de très larges cercles au dessus de la cité. Parfois elle tentait un piqué mais remontait bien vite, comme si une force invisible empêchait sa descente. Thorondil jura.

« - Il y a des archers. Des archers sur les toits. »

Il fit un geste de main en direction de l'animal qui s'éloigna plus haut encore dans le ciel, décrivant des cercles aussi larges que possible.
Alors qu'ils s'engageaient dans le passage, il expliqua aux autres d'un ton très bas.

« - Je lui ai appris à les craindre pour sa sécurité. Je pense qu'ils sont répartis surtout autour de la place où sont regroupé la populace et dans certains quartiers stratégiques. Je ne pense pas que nous en croiseront beaucoup sur le chemin... »

Prudent, il saisit néanmoins son épée, la dégaina et, la saisissant à l'envers, plaqua la lame contre son bras. Dissimulée par sa cape, la lame était invisible mais pourtant prête à frapper à la moindre alerte. Autour d'eux, un peu plus loin, on entendait l'agitation. Le couronnement était proche. Ils se mirent à courir. Il devait absolument arriver à temps.

Etrangement ils ne rencontrèrent aucune espèce de résistance durant leur course dans la ruelle. Ils durent bien se cacher durant quelques minutes dans un renfoncement, écrasés les uns contre les autres, pour échapper au regard scrutateur d'un soldat zélé mais jusque là tout se passait plutôt bien. C'était bien sûr trop optimiste.
La ruelle déboucha sur une large rue qui traversait presque la cité de part en part, impossible d'échapper aux regards en passant par là. En se faisait le plus discret possible, ils avaient peut-être une chance de ne pas se faire attraper. Resterait alors un petit passage de traverse pour atteindre la petite place circulaire au milieu de laquelle trônait le beffroi. Place protégée évidement par des archers. Et encore les étages de la tour sans doute eux aussi gardés.
Thorondil se tourna vers ses comparses.

« - Des idées ? »

Malgré sa cotte de mailles, il savait qu'il ne résisterait pas longtemps si les archers venaient à les prendre pour cible. Et le temps de l'hésitation était restreint.
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Nivraya
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Jeu 22 Mai 2014 - 2:17
Le beffroi, comme dans toute ville digne de ce nom, est protégé et surveillé par une petite compagnie de gardes, qui fort heureusement pour les quatre aventuriers ne sont pas les meilleurs hommes que compte la garnison d'Annùminas. On craint principalement une attaque contre le jeune Prince, et on a affecté à sa sécurité la garde de la Rose, ainsi que les meilleurs éléments des différents régiments qui sont venus lui présenter leurs hommages. Ces hommes aguerris espèrent pour certains pouvoir entrer au service personnel de leur futur monarque, mais ils souhaitent surtout qu'il soit couronné sans la moindre anicroche, sans que rien ne vienne gâcher la cérémonie. Ce genre d'événements attire du monde, une foule compacte et hétéroclite qu'il faut gérer, pour lui permettre de voir le Prince, le saluer, tout en assurant une protection efficace du monarque. Les toits sont donc quadrillés, et des archers aussi talentueux qu'impitoyables scrutent la marée humaine à la recherche d'un ennemi du royaume, prêts à l'abattre sans sommation. Les autres, ceux qui patrouillent autour du beffroi par exemple, ont la tâche ingrate de surveiller les endroits les plus déserts de la ville, sans pouvoir assister aux réjouissances.

Mais même ainsi, il est difficile d'imaginer les prendre par surprise. En hauteur, ils ont l'avantage de surplomber les lieux, et de ne pas pouvoir manquer un quatuor allant à pied, surarmé, se dirigeant vers le beffroi avec la ferme intention de s'en emparer. Pour la petite équipe, leur meilleure chance de parvenir au bout de leur mission dans le temps qui leur est imparti est bien entendu de bénéficier d'une diversion, et c'est ce à quoi a songé leur aide providentielle, qui traverse actuellement les rues à grandes enjambées, insensibles aux regards interloqués sur son passage. Pendant près de trois jours, Nivraya a attendu le retour de sa meilleure carte, se demandant si elle reviendrait jamais dans son jeu. Et par le plus grand des hasards, elle vient de faire son apparition, deux heures seulement après le départ des quatre guerriers. Sans tarder, la noble lui a expliqué la situation en quelques mots, et lui a confié une nouvelle mission de première importance. Pas le temps de se reposer, pas le temps de se poser des questions, c'est le sort du royaume qui en dépend.

Les quatre aventuriers sont recroquevillés, attendant de trouver une solution à leur problème, quand soudainement un grand vacarme se fait entendre au-dessus de leurs têtes. Une porte qu'on défonce, des appels alarmés, puis le bruit d'une volée de flèches qu'on tire. Dans la seconde, un des gardes passe par-dessus le bord du toit, et s'écroule plusieurs mètres plus bas, s'écrasant lourdement sur le pavé. Il n'est pas mort, mais il a au moins la jambe cassée, et il est complètement sonné. En levant la tête, les guerriers peuvent voir une silhouette solitaire se jetant comme une furie sur les gardes, quelque peu désarçonnés. Avec une vitesse prodigieuse, l'inconnu propulse son pied dans le visage d'un des hommes qui lui fait face, et le met hors-jeu sur le coup. Les autres reculent d'un pas, sortant leurs épées de leurs fourreaux pour répondre à cette menace. La diversion parfaite.

Sur les autres toits qui entourent la place, les gardes ont les yeux rivés sur la scène surréaliste, incapables d'appuyer leurs collègues sans risquer de les blesser par inadvertance. Les capitaines sont déjà en train d'envoyer plusieurs de leurs hommes en renfort, pour neutraliser la menace, dégarnissant considérablement les rangs de leurs archers. La silhouette solitaire, qui a déjà neutralisé trois hommes, et qui a attiré sur elle l'attention de tous les autres, retire la cape qui dissimule son identité et s'empare d'une paire de poignards accrochés à sa ceinture. C'est une jeune femme aux cheveux d'un noir d'encre qui fait face à ces brutes épaisses, mais elle n'a rien à leur envier, au contraire. Apercevant du coin de l'œil du mouvement en contrebas, elle comprend que ses alliés entendent profiter de son action. A elle d'occuper le plus d'ennemis possibles, et de gagner de précieuses secondes, pour leur permettre de rompre la distance qui les sépare de la porte du beffroi.

Dos à la porte qui mène vers les étages inférieurs, elle se déplace sur le côté, de sorte à pouvoir avoir en visuel les hommes qui finiront immanquablement par arriver en renfort, tout en attirant le regard de ceux qui lui font face dans une direction qui ne leur permet pas de regarder la place. Ils se rapprochent, pas à pas, dans un bel ensemble. Elle recule au même rythme, focalisant toute son attention sur les lames acérées qui s'approchent d'elle imperceptiblement. Soudain, un cri d'alarme venu d'un autre toit retentit, quand un des gardes aperçoit les quatre combattants venus s'emparer de la tour. Les archers changent de cible, visent, et tirent immédiatement. Toutefois, ils sont moins nombreux depuis qu'une bonne moitié a déserté pour venir prêter main-forte à leurs collègues. Leurs tirs sont toujours susceptibles de toucher les compagnons, mais il s'agit désormais d'une course de vitesse. S'ils sont assez rapides pour gagner l'abri du beffroi avant d'être criblés de flèches, alors ils peuvent espérer l'emporter. Sinon, Nivraya et ses hommes auront agi en vain, Aldarion ne récupérera jamais son trône, et l'Ordre de la Couronne de Fer l'emportera en Arnor.

La jeune femme, seule sur son toit, profite de la distraction des gardes pour leur lancer les poignards qu'elle tient en main. Ambidextre, elle touche deux cuisses avec une facilité déconcertante, et dans la seconde qui suit, une autre paire de poignards a fait son apparition entre ses mains, tandis qu'elle plonge dans l'espace qu'elle vient de se ménager. Deux lames se croisent pour lui barrer la route, mais elle saute par-dessus, et se réceptionne d'un élégant roulé-boulé. A peine relevée, ses lames sont déjà en l'air, la première fichée dans le dos du garde, au niveau de l'omoplate droite, tandis que la seconde est venue se planter au niveau de son genou. Le malheureux s'écroule avec un cri déchirant, peut-être déjà conscient qu'il ne pourra plus se servir de sa jambe. Malheureusement, les consignes de Nivraya ont été de tuer le moins possible, et pas de s'assurer que tous les gardes pourraient repartir en parfaite santé.

Après s'être débarrassée des quatre gardes restant, la jeune femme aurait souhaité pouvoir souffler un peu, mais on ne lui accorde pas le moindre répit. Une flèche siffle dans sa direction, et elle doit se jeter de côté pour l'éviter. Sa réception est parfaite, et elle se relève comme un chat, fonçant vers les quatre victimes de ses lames acérées. Sans ménagement, elle récupère les armes en question, et les remet dans leur fourreau, consciente qu'elle va en avoir besoin dans un avenir très proche. Au moment où elle récupère la seconde paire, des pas se font entendre dans l'escalier qui mène au toit. Des pas nombreux, signe qu'au moins d'une demi-douzaine de gardes se porte à sa rencontre. Elle s'élance sans réfléchir, et claque la porte sous leur nez, pour essayer de les ralentir, de se donner un peu de temps. Au même moment, sur les toits voisins, les archers sont partagés entre tirer sur cette femme indubitablement hostile, et ces quatre individus qui pour le moment n'ont rien tenté. C'est peut-être ce qui sauve les envoyés d'Aldarion.

La femme aux cheveux bruns essaie de trouver une porte de sortie, mais n'en visualise aucune pour l'instant. Elle bande ses muscles pour résister à la première charge des hommes qui se trouvent quelques centimètres derrière elle, retenus par une porte qui tout à coup semble très fragile. D'ailleurs, ils finissent par comprendre que leurs épaules n'ouvriront pas le battant, et que l'acier est bien plus efficace. Leurs épées entreprennent de défoncer le battant, et quand la première lame traverse le bois, leur adversaire solitaire comprend qu'il est temps pour elle se filer. Elle se met à courir à en perdre haleine, gagne de la vitesse et de l'élan, avant de se propulser dans les airs pour franchir l'espace déraisonnablement étendu qui sépare les deux maisons. Alors qu'elle se trouve entre les deux, les gardes derrière elle réussissent à briser la porte et à se déverser sur le toit, tandis que ceux qui l'attendent en face se tournent dans sa direction, prêts à l'accueillir d'une volée meurtrière. Leurs flèches partent, ciblant l'endroit exact où son pied doit se poser... mais leurs espoirs sont déçus, et leurs traits vont se perdre dans le lointain.

La chute est rude pour la jeune femme, qui a manqué le rebord d'un cheveu, et qui s'est écrasée violemment contre le mur. Elle encaisse le choc tant bien que mal, puis essaie de se raccrocher à quelque chose pour freiner sa chute, en vain. Au dernier moment, ses doigts agrippent un le renfoncement d'une fenêtre, mais lâchent aussitôt, emportés par le poids du corps qu'ils veulent soutenir. Toutefois, cela permet à la combattante de ne pas se briser les os sur le pavé, mais de simplement faire une mauvaise chute qui écorche les bras, les mains, et qui la laisse avec l'arcade ouverte. Rien de méchant. Remise sur pied avant d'avoir pris conscience de la douleur consécutive à sa dégringolade, mue par les réflexes d'une vie de combats, elle s'oriente grossièrement dans la direction du beffroi, et jette ses dernières forces dans cette course désespérée vers l'abri le plus proche. Elle court de droite et de gauche, aléatoirement, change de direction aussi souvent que possible sans toutefois ralentir. Elle entend les flèches claquer contre les pavés derrière elle. Ses poumons sont en feu, ses jambes manquent de se dérober sous elle, mais la terreur de recevoir un trait mortel dans le dos la pousse en avant, lui donne des ailes.

- Attendez ! Crie-t-elle d'une voix désespérée à la porte du beffroi qu'elle voit se refermer devant elle.

Ont-ils réussi ? Sont-ils tous à l'intérieur ? Elle n'a pas le temps de s'en occuper. Peut-être que derrière elle, les cadavres des membres de la mission observent le sol fixement, se demandant pourquoi une tige de bois dépasse de leur nuque. Tant pis si c'est le cas, elle n'a pas le choix. Elle doit aller de l'avant, et se mettre à l'abri, coûte que coûte. Avalant les mètres comme si le sort d'un royaume dépendait de sa mission, elle en oublie de feinter, de leurrer les archers, obnubilée par la vision de la porte si proche, par la perspective de se barricader à l'intérieur, et d'enfin cesser de courir. Mais au moment où elle est sur le point de franchir le battant, la porte bascule soudainement, avant de tomber sur le côté lourdement. La jeune femme hurle de douleur quand son cerveau reçoit l'onde de souffrance, comprenant simultanément que c'est elle qui vient de s'écrouler devant le beffroi, à cause de la flèche qui vient de lui traverser le mollet.

- Merde ! Jure-t-elle tout haut, en tendant la main vers le seuil, qu'elle peut presque toucher du bout des doigts.

Elle gémit en sentant la flèche boucher entre ses chairs, lui déchirant l'esprit et envoyant des étoiles danser devant ses yeux. "Ça y est, c'est la fin", songe-t-elle. Elle s'imagine à la place des archers, observant de loin cette silhouette étendue sur le sol, attendant d'être achevée comme un petit animal sauvage se débattant contre une mort certaine, comme le petit écureuil, vif et agile, essayant d'échapper aux serres du puissant grand duc et à ses yeux à qui rien ne peut se soustraire. Elle entend déjà l'ordre de tirer, la vibration caractéristique de la flèche dans l'air, puis le son mat de la pointe qui vient se ficher dans son dos. Pendant une seconde, son professionnalisme vacille, et elle se laisse aller à des larmes qui ne sont pas de douleur.

Et puis la seconde d'après, elle reprend courage en sentant des mains puissantes s'emparer de son poignet, et la tirer brusquement à l'intérieur. Ses yeux sont fermés, mais elle entend le bruit caractéristique d'une porte que l'on ferme, qui couvre pendant une milliseconde le fracas d'un duel en fond. Qui que soit son sauveur, elle lui rugit :

- Allez aider vos compagnons ! Je m'occupe de la porte !

La mission d'abord. Se retournant péniblement, elle plaque son dos contre la porte, et appuie son pied contre la marche la plus proche, se transformant en une barre de taille humaine. Elle ne pourra certes résister à la charge d'un individu en pleine forme, mais elle espère que parmi ses quatre compagnons, l'un d'entre eux viendra lui prêter main-forte lorsqu'ils auront terminé de nettoyer le beffroi. Car déjà, sans doute, les archers sont en train d'aller quérir des renforts, tandis qu'une partie des leurs s'élance vers la tour avec l'intention d'en déloger les assaillants. Et pour ne rien arranger, au-dessus de leurs têtes, un grincement feutré les pousse à accélérer. Les cloches ont commencé à bouger, le premier coup est pour bientôt, et il faut être trois pour les actionner. Quand il sera porté, le sort de l'Arnor sera scellé.

Il reste désormais à savoir, quand Annùminas entendra la cloche, pour qui sonne le triomphe et pour qui sonne le glas.
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Njall l'Indomptable
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Sam 31 Mai 2014 - 19:50
Dominant les toits de la cité, le beffroi se dressait fièrement dans le ciel, bâtisse impressionnante et d'une lourdeur architecturale royale, elle ne pouvait qu'impressionner le lossoth chaque jours surpris des découvertes qu'il faisait. Toute la cité lui renvoyait une image majestueuse et de puissance, accompagné d'une luxure déraisonné et d'un surpeuplement effrayant. Il avait l'impression de découvrir un monde féerique et prenait conscience de l'autarcie de son peuple, alors qu'un monde formidable existait à leurs portes. Un monde dont il n'aurait jamais imaginé une telle apparence, lui qui n'a connu que la sobriété heureuse d'une vie simple et rude. Il n'enviait pas pour autant le peuple d'Arnor et il observait d'un œil circonspect certains aspects de la vie « civilisée ». Mais à l'instant où il observait le beffroi, son esprit était bien loin de toute considération anthropologique.

Recouvert de poussière, le dos brisé par une course effrénée dans des souterrains parfois impraticables, il portait avec difficulté sa masse de guerre, accrochée dans son dos et dépassant de sa cape. Il était certainement le moins discret de la bande et le savait, c'est pourquoi il compensait son apparence originale par un silence et une discipline auto-imposée. Il observait et suivait avec attention ses compagnons, économisant ses paroles.

Ils prirent rapidement une ruelle pour se rapprocher de leur objectif, de toute façon ils n'avaient guère le choix. Il leur fallait désormais presque courir dès qu'il leur était possible car le temps tournait et il n'était pas en leur faveur. Tout pouvait basculer d'un moment à l'autre. Ils devaient à tout prix atteindre le beffroi, et le cœur de Njall battait à toute vitesse, plus à cause de l'angoisse et de l'adrénaline qu'à cause des efforts physiques. Ils se rapprochaient de plus en plus, sans rencontrer de problèmes, guidés par Thorondil dont le faucon arpentait le ciel, leur permettant de tirer de précieuses conclusions quant à l'emplacement d'archers. Ils étaient désormais plus proches que jamais mais ils seraient obligés d'être à découvert bientôt. Il fallait réfléchir vite. Ils touchaient au but.

Il nous faut traverser cette avenue quoi qu'il advienne. Il faut nous séparer momentanément, nous mêler aux passants pour ressortir de l'autre côté et prendre la ruelle.

Njall pointait du doigt l'autre côté de la rue, accompagnant ses paroles de quelques gestes fluides.

Ensuite... Il va être difficile d'échapper aux archers. Nous pouvons avancer jusqu'au beffroi en espérant qu'ils ne tirent pas et préfèrent nous arrêter, et nous pourrons engager le combat. Mais vu notre allure il est plus probable qu'ils nous tirent dessus à vue...  J'ai un arc. Suis-je le seul ? Je vais rester en retrait et couvrir votre avancée. Ensuite je resterai en bas du beffroi, dans l'entrée pour empêcher tout renfort d'entrer pendant que vous irez jusqu'au sommet. La porte d'entrée me permettra de les affronter seul de face, à moins qu'un autre volontaire veuille m'aider ?

Avant même qu'il n'ait finis de parler, du grabuge sur les toits le fit taire. Instinctivement il se courba en avant, le menton relevé, aux aguets. Une silhouette se battait avec les archers, attirant leur attention. Pendant ce qui sembla être éternité, le groupe demeura figé, muet dans la surprise et l'incompréhension.

Maintenant ! Hurla Njall, prenant soudainement conscience que c'était leur chance et se mettant à détaler, traversant à vive allure la distance les séparant du beffroi tandis que leur aide inconnue se battait avec les gardes.

Des flèches volaient en désordre, les gardes tirant sur le combattant nouvellement arrivé et hésitant à tirer sur les aventuriers qui profitaient de l'aubaine. Rapidement, ils gagnèrent le beffroi et en poussèrent la porte. Alors qu'ils commençaient à monter, Njall qui était désormais le dernier de la file, ayant tenu la porte à ses compagnons qui s'empressaient de monter pour exécuter leur mission jeta un dernier regard derrière lui, au moment ou un cri féminin retentissait. Leur sauveuse était là, au sol, une flèche dans le talon. Se ravisant, Njall bondit en dehors du beffroi et se saisit avec force des poignets de la jeune femme, la tirant à l'intérieur avec peu de ménagement. Ce n'était pas vraiment délicat mais la situation l'exigeait. Une fois qu'il l'eut lâché à l'abri des murs du beffroi, il referma la lourde porte, mais il n'eut rien le temps dire, elle lui exhortait d'aller aider ses amis. Il acquiesça mais doutait de sa capacité à retenir la porte. Il serait bien rester l'aider, mais il se devait aussi d'aller combattre avec ses compagnons. Jetant un coup d’œil aux alentours, il trouva quelque chose qui pourrait certainement aider un tant soit peu. Il souleva la barre de bois permettant de verrouiller la porte : elle était vieille et relativement fine, mais cela serait déjà un gain de temps non négligeable. Il la glissa dans le verrou et partit pour rattraper ses compagnons.
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Gallen Mortensen
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Dim 1 Juin 2014 - 16:55


Caleb fixait le vitrail qui reflétait en une myriade de couleurs les rayons de soleil. Qu'est ce qu'il aimait le soleil. Puis son regard sombre tomba sur le jeune Aelas stoïque qui s'apprêtait à devenir roi de L'Arnor en lieu et place de feu Aldarion. L'OCF allait s'emparer de ce royaume grâce à lui. . de son regard expérimenté il fixa les point stratégiques du sénat, ses meilleurs hommes y étaient postés au cas où un sénateur deviendrait récalcitrants: Caleb en doutait mais il aimait le travail bien fait. Enfin il se vengeait de l'Arnor, lui qui était maitre d'armes d'un des plus puissants Seigneur avait été déshonoré, juste parce qu'il aurait trahi à cause de dettes d'argent. Aldarion alors jeune roi avait signé son exil en une seconde, Caleb se doutait qu'Aldarion n'avait aucun souvenir de cet acte qui avait scellé sa vie et son déshonneur. Depuis Caleb haïssait ces rois capables de briser des vies selon leur bon vouloir sans même être certains du bien fondé de leurs décisions.

Trois sons de cloches et L'Arnor tomberait

Caleb avait un réseau important de renseignement dans la capitakle, 2 passeurs dont un elfe avaient été repérés et maitrisés par l'Ordre. Mais inquiet par l'approche du triomphe Caleb restait vigilant, il était intrigué par la jeune Nivraya qui avait demandé une audience, Alcyon le jeune sénateur qui avait fait rentré le "loup" dans la bergerie lui avait confié que ce n'était qu'une arriviste sans intérêt. Caleb y compatit bien, il haussa donc les épaules. Par contre il y avait des mouvements de troupes mais Caleb était confiant, Vilyan bluffait il en était certain. Cet état de fait fit sourire le canthui.

Il éprouva une douleur à la pommette droite, séquelle de son combat sauvage contre Erco Skaline à Esgaroth.


Trois sons de cloches et L'Arnor tomberait....


Il fixa alors les sénateurs, Alcyon les yeux enflammés inconscient de sa "trahison", Ordurion qui scandait il y encore quelques heures des discours populistes, était sous la menace de quelques hommes de l'OCF, Caleb le faisait chanter habilement. Pétrocle le puis influant semblait plus réservé mais Caleb l'avait cerné c'était un pragmatique il se rangerait à ses cotés, sinon....

Caleb regard de nouveau Aelas, il aurait pu aimer cet enfant mais c'était un enfant de roi donc gangréné...

Trois sons de cloches et L'Arnor tomberait....

Le Canthui regarda la rosace de nouveau. Il se leva de son siège et invita le futur roi à rejoindre la place du sénat c'est à cet endroit que le sacre s'effectuera. Les hommes de Caleb se mirent en action . Le brouhaha commença chacun se rendit vers l'extérieur. Caleb se permit un sourire fugace, il touchait du doigt, sa vengeance. 20 ans de sa vie, oui 20 ans à ruminer et à vociférer mais le triomphe lui tendait les bras. Et Surtout l'Ordre vaincrait comme toujours.

Trois sons de cloches et L'Arnor tomberait....


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Adaes Thiemond
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Lun 2 Juin 2014 - 9:14
Le repos réparateur, du moins sur le papier, le vieux guerrier ne réussit pas à trouver le sommeil autant qu'il le voulait, fréquemment il sortait de ses rêves pour revenir à la réalité, allongé comme il le pouvait il jetait de petits coups d’œil à ses camarades d'aventure. Chacun risquait ici sa vie, et les enjeux étaient de taille. Pour une fois Adaes rêvait de revenir à l'époque où il n'avait qu'à tirer l'épée et foncer, sans se soucier du reste. Mais il y avait tellement en jeu cette fois-ci. Lorsqu'il combattait par le passé il se motivait en disant qu'énormément reposait sur ses épaules, que sa tâche était cruciale. Mais là qu'il avait réellement une tâche des plus importante c'était différent, la pression était lourde, très lourde. Maintenant qu'il était dans cette situation il enviait l'époque où sa mort dans la bataille n'aurait été qu'une parmi tant d'autres.

Finalement la nuit passa, le vieux guerrier n'avait pas autant récupéré qu'il l'aurait souhaité, mais ceci ne suffirait pas à le décourager dans sa mission. Le petit groupe d'aventuriers retourna alors autour du plan obtenu par la maîtresse des lieux, cherchant à découvrir le meilleur itinéraire pour leur mission capitale. Chaque erreur pouvait être fatale et chacun le savait, néanmoins il était obligé que chaque personne face son devoir afin d'y parvenir, et que chaque homme et chaque femme soit motivé à aller jusqu'au bout, même si cela implique la perte de la vie, car malgré la taille de leur groupe, malgré les inégalités de taille et la discrétion de leur tâche ils étaient tous des soldats dans un conflit dépassant leur propre vision du royaume, les conséquences pourraient être désastreuses et affecter bien plus que simplement le royaume du nord.

Tandis que le petit groupe étudiait avec attention leur billet d'entrée au beffroi dame Nivraya sortit finalement de sa chambre, peu de temps avant le repas. Malgré ses blessures elle vint rappeler aux aventuriers l'importance de leur tâche, ainsi que l'importance de la situation. Elle leur offrit un dernier récapitulatif de leur mission expliquant bien ce qu'il y avait à faire pour accomplir leur mission. Elle était encore blessée et c'était visible, Adaes resta calme et impassible en l'entendant parle, elle faisait ce qu'elle pouvait pour ignorer la tentative de meurtre contre elle la veille au soir. Mais pour le vétéran ce genre de comportement était loin d'être bénéfique, surtout pour elle. Elle avait remplie sa part de la mission, aujourd'hui elle devrait être au repos et non pas en train d'en faire plus qu'elle ne le devait.

Après que la jeune femme ait finit de rappeler la mission le colosse revint, les bras chargés de denrées rares afin de leur offrir un repas digne de ce nom avant cette mission. Il déposa aux aventuriers leur repas, calmement le maître d'arme se saisit de la nourriture qu'il mangea calmement, se versant un verre de vin pour faire passer le tout. Néanmoins l'enthousiasme avec lequel il avait mangé hier soir avait disparut, son esprit était tourné vers leur mission et vers le plan que l'on pouvait encore voir. Malgré la qualité de la nourriture il n'y prêtait pas attention, il y avait bien trop en jeu pour se déconcentrer. Ainsi le repas du maître d'arme fut léger, il releva la tête en entendant le fauconnier lever son verre, il l'accompagna légèrement, sans plus de conviction.

Le vieux guerrier perdu dans ses pensées saisit quelques mots de la conversation des hôtes, le Tribun Vilyan était non loin, ils n'attendaient que la validation du petit groupe pour parvenir à remettre sur le trône le seul véritable Roi d'Arnor, ceci n'était pas pour diminuer la pression qui écrasait déjà l'ancien soldat. Alors que le repas se faisait dans le calme le fracas d'une assiette au sol mit un terme à la domination du silence, comme ses camarades Adaes leva la tête et vit la jeune noble, le visage pendant un instant dominé par les émotions. Elle endurait gros pour remettre Aldarion sur le trône, mais parfois se voiler le visage n'était pas la bonne solution. Le repas se termina au calme, puis de nouveau une nuit semblable à la précédente arrive, le maître d'arme contempla le plafond de longs instants durant sa nuit, immobile et confiant en extérieur mais tiraillé et agité à l'intérieur.

Le petit matin arriva, alors que la pénombre était toujours dehors le petit groupe devait se préparer. Adaes enfila sa vieille armure matelassée et aiguisa une dernière fois Thie avant leur combat, celle-ci risquait fort d'avoir à prendre la vie encore aujourd'hui, malheureusement pour que la vérité soit faite le sang devra couler, il en était ainsi et l'on ne pouvait pas s'y tromper. Nivraya les salua une dernière fois avant de partir, leur demandant de revenir vainqueur, saluant tour à tour chaque membre de la compagnie. Quand son tour fut venu Adaes répondit à la demande d'espoir de la jeune noble.


« Vous avez fais votre part du travail Madame, et mieux que personne d'autre ne l'aurait fait, à notre tour de suivre votre exemple. Vous savez j'ai toujours dis une chose, l’erreur est permise quelque soit la situation, mais l'échec ne l'est pas. Pour cette fois cela vaut plus que jamais. »


Ceci dit le vétéran s'en alla, il ne cachait pas son inquiétude malgré tout, son corps était énervé comme il ne l'avait pas été depuis une éternité, ses mains tremblaient légèrement et son esprit était anxieux. Mais il disait la vérité, il n'échouerait pas ou alors ce le sera l'épée entre les mains et le corps ensanglanté. Ceci fait le petit groupe prit la route, empruntant les tunnels tracés sur la carte. Ceux-ci étaient anciens et obscurs, certains passages étaient sombre d'autres effondres s'y diriger parfaitement était difficile. Mais finalement ils parvinrent à sortir pour avoir une vision d'horreur, le beffroi qui aurait dut être face à eux était loin de là. L'espace d'un instant Adaes pensa à reculer, mais il s'y résigna en se rappelant que le sablier était leur ennemis.

Thorondil prit alors la tête de l'expédition, menant le petit groupe à travers les ruelles. Son faucon habile éclaireur finit par les prévenir de la présence d'archers, par l'intermédiaire de son maître qui transmit les informations du rapace au petit groupe. Une fois à la sortie de la ruelle les hommes d'aldarion purent apercevoir des archers en position haute et une longue rue à découvert. Il leur fallait trouver une alternative, Njall proposa une solution astucieuse. Un soutien se manifesta alors, une jeune femme arriva sur les toits, défiant les archers et leur surveillance, c'était une faille à exploiter et le groupe se lança alors dans une course effrénée vers leur destination.

Ils y parvinrent, Njall en premier qui fit rentrer ses camarades, Adaes fonça sans se retourner, il tremblait encore et au fond de lui il était soucieux. Derrière Njall aidait leur soutien à survivre, acte de bonté et de noblesse. Mais la route était encore là, Adaes dégaina son épée, ils étaient repérés et la discrétion n'était désormais plus de mise et si un garde devait se mettre sur leur route alors ils n'auraient d'autre choix que de le passer par le fer. Leur route les mena alors au sommet du beffroi, la cloche était en action. Arrivés face à la cloche le doute n'était plus de mise, quelques hommes étaient en train de l'actionner, il fallait trois hommes pour le faire. Sans hésitation Adaes porta un violent coup du plat de sa lame dans le ventre du premier homme venu, il n'y avait pas le temps pour expliquer et peut-être étaient-ils aussi dangereux que l'ordre lui-même.

L'homme se plia en deux sous le coup et le vieux guerrier enchaîna d'un coup d'épée dans le dos, faisant sortir le sang à l'impact, puisse-t-il trouver le repos. Le temps était compté, il avait des alliés. Une fois ceci fait il lança au sol son épée plus loin, n'ayant pas le temps pour rengainer. Il prit position alors là où l'homme qu'il avait affronté était auparavant, il fallait être trois pour l'actionner, un était déjà en position et il prit la parole d'un ton lourd et exigeant.


« Maintenant, aidez-moi à actionner la cloche ! »


Il se préparait déjà à tirer, car ceci devait être fait. Dix coups pour annoncer le retour de sa majesté.

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Aldarion
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Mar 3 Juin 2014 - 14:24
Le Prince arrive sur la place du palais Royal d’Arnor. Dans son dos, la silhouette imposante de Caleb, celui qui tire les ficelles, celui qui réclame vengeance et qui est, pour cela, prêt à détruire un des royaumes les plus nobles de la terre du milieu. Derrière lui, les sénateurs suivent au petit trot, ne pouvant, malgré le recueillement de circonstance, s’empêcher de jacasser.

Ils prennent place dans la petite tribune installée à côté de l’estrade sur laquelle le Prince vient de prendre place. Caleb se tient en retrait, dans l’ombre d’Aleth Enon, l’Intendant d’Arnor. Il faudra sans doute s’en débarrasser sans tarder, sa fidélité reste à éprouver. Pour l’instant, il est encore utile pour assurer la transition et la légitimité de la cérémonie. Il s’avance et prend la parole.

« Citoyens et sénateurs d’Arnor, si nous sommes réunis c’est d’abord pour nous recueillir. En effet, notre Roi Aldarion semble nous avoir quitté et, le trône ne pouvant rester vacant, son fils Aelas est amené à lui succéder. »

Caleb n’a pas aimé le mot « semble » mais pour le reste l’intendant à parfaitement tenu son rôle. Néanmoins, il n’en reste pas là et poursuit son discours.

« Malheureusement, nous avons appris ce matin que ce drame s’accompagnait d’un autre. Dans des circonstances qui restent à élucider le Prince Neolias et la Princesse Ordenia ont été sauvagement assassinés. Avant que notre Prince ne soit couronné, que les cloches sonnent trois fois en l’honneur de feu notre souverain. »

A l’énonciation de la mort de Neolias et d’Ordenia, le regard noir de Caleb cherche celui d’Aleth. Cela se paiera à un moment donné. Cependant, le regard d’Aleth est captivé par un autre regard, beaucoup plus noir encore. A cet instant, il regrette sa bravade.

DONG

Vilyan s’avance, suivi de deux de ses capitaines. Il vient rendre hommage au futur nouveau souverain. Aleth espère, il prie pour que sa révélation ne porte pas à conséquence.

DONG

Vilyan est encore à quelques mètres. Trop loin pense Aleth. Instinctivement, Caleb pose sa main sur l’épaule du Prince. Un geste de trop.

DONG

« Ne le touche pas ! »

Un des deux capitaines enlève la capuche qui lui masque le visage, révélant ceint sur son front une pierre qui ne laisse aucun doute sur son identité. Comme pour le confirmer, son épée légendaire jaillit hors de son fourreau.

DONG

Quatre coups, la confusion dure quelques instants. Caleb a compris, son visage blêmit. Pourtant, il réagit au quart de tour, sans prendre le temps de dégainer il empoigne Aelas et s’enfonce vers l’intérieur du Palais. Aleth tente désespérément de le retenir mais un coup de poing bien senti l’envoi valser en bas de l’estrade.

« Arrêtez-le ! »

Les gardes du Sénat ne savent pas vers qui doit se tourner leur allégeance. Cependant, ils connaissent l’Intendant depuis longtemps et cet étranger vient de le bousculer violemment. Ils réagissent, mais trop tard, Caleb et Aelas sont déjà à l’intérieur de l’hémicycle.

DONG

Aldarion se lance directement à sa poursuite mais, alors qu’il s’apprête à descendre de l’estrade, Aeldon Dondos, tribun militaire s’interpose, l’épée au poing. C’est un bretteur hors pair et il affiche enfin son vrai visage.
D’un mouvement puissant, il ramène son épée au dessus de sa tête et l’abat sur le Roi. Aldarion évite prestement le coup. L’épée du renégat s’enfonce dans l’estrade.

DONG

D’un coup puissant de son pied botté de fer, Aldarion brise le poignet de son adversaire qui tente de dégager son épée. Il hurle de douleur, lâche son arme et ramasse de sa main valide un siège dont il tente de se servir comme bouclier.

DONG

Aldarion frappe et frappe encore. La chaise se brise. La peur se lit dans le visage d’Aeldon. Il a trouvé plus fort que lui et, celui qui vit par l’épée craint toujours le moment ou cela arrive.

DONG

Le coup d’estoc est rapide et précis. L’épée royale traverse la gorge de l’ancien tribun, elle trace un sillon sanglant. Aldarion n’a pas un regard pour sa victime, il se lance à la suite de Caleb qui a déjà pris de l’avance.

DONG

Dans le palais, les gardes ont pris le traître en chasse. Ils l’ont acculé, il a pris l’escalier en direction de la tour où se trouvent les cloches. Il n’y a pas d’issue.

DONG

Sur la place, le calme est presque revenu. Les hommes de Vilyan ont encerclé le palais et, avec l’aide de la Garde du Lac, ils ont mis les dignitaires de l’Ordre aux arrêts. Les dix coups ont sonné, on ne pleure plus la mort d’un roi, on fête son retour.
Pourtant, dans le palais, tout reste encore à jouer.


Invité, n'oublie pas que le regard des Rois d'Arnor porte au delà des frontières de leurs royaumes.[/center]

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Gallen Mortensen
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Mar 3 Juin 2014 - 22:03




Caleb avançait dans les coursives du sénat, il arriva enfin dans la salle des débats qui ressemblait en cet instant à une arène. Le canthui ruisselait de sueur, la peur le taraudait, il avait échoué. Il entendit le bruit caractéristique des combats. Caleb stoppa au milieu de ce lieu symbole de L'Arnor. Il ferma un instant les yeux et les rouvrit en un bref instant . Il perçut les myriades de rayons du soleil qui traversait la rosace principale et s'abattaient sur lui en un faisceau de lumière translucide. Cette merveille de la Nature extrapolé par la main humaine le rassura. Caleb retrouva son calme intérieur. Il se retourna tout doucement et découvrit donc le roi Alsarion. Toujours ce regard arrogant.....Puis des soldats du roi arrivèrent. Ses propres hommes avaient dû pếrir.Il était acculé. Mais Caleb eut la satisfaction de découvrir qu'un grand nombre de "chevaliers" arnoriens portaient des stigmates de ce combat rapide et violent.

Mais Aldarion ne bougeait pas. Caleb comprit que sa main droite posée apparemment nonchalamment derrière le cou d'Aelas restait sa meilleure défense. Caleb afficha un sourire enigmatique

Aelas semblait émerger d'un rêve pu plutôt d'un cauchemar. Il fixa son mentor Caleb, jamais il ne l'avait vu ainsi, hésitant. Puis il regarda l'homme à la mine renfrognée, menaçant avec son épée à la main, mais il lui disait quelque chose mais quoi??

Caleb savait que le temps jouait contre lui. Un archer doué voire un Sirion avec une arbalète de poing pourrait l’exécuter sans toucher l'enfant. Il devait faire vite.

De sa voix suave.

Il expliqua

"Malin Aldarion,... Malin .....Mais tu n'es rien face à la puissance de l'Ordre"

Il avala sa salive et poursuivit rapidement

"Tu penses avoir gagné, mais vous avez tous perdu, vous les nobles at autres rois de pacotille. Notre foi va s'abattre sur tous les royaumes. Tous comprendront que vous n'incarnez pas le vrai pouvoir mais uniquement vos désirs. le vrai pouvoir est aux peuples et à L'ordre qui par sa puissance imposera la paix "

Caleb risqua un regard vers la rosace. Voir une dernière fois les rayons du soleil. C'était risqué mais Aldarion ne tenterait rien.

"Sais tu qui je suis Aldarion? Tu ne te souviens pas je suis sûr. Pourtant tu as anéanti ma vie en un instant . Avec une bafouille. Nom nom est Priam Ressor. Mais ce n'est plus important, je suis en ce jour Caleb canthui de l'OCF. "

La voix de Caleb montait presque dans les aiguës. Ses gestes devenaient éparses. Aelas en fut troublé et impossible pour le jeune garçon de quitter les yeux ténébreux du guerrier en face de lui qui restait impassible , mais prêt à bondir, les mâchoires serrées.

Caleb fixa Aldarion. Puis Aelas se rappela

Sa bouche prononça le mot "Père". Il avança d'un demi pas.

Caleb fixait toujours Aldarion et sa main se referma sur le cou gracile avec vivacité et puissance. Un simple petit bruit désagréable d'os brisé. Le regard d'Aelas devint terne.

Caleb fut étonné ce fut plus facile que ce qu'il avait imaginé Pourtant il avait apprécié être avec l'enfant. Il était vraiment mort à l'intérieur.

Avant qu'Aelas tel un pantin désarticulé ne s’effondre. L'épée ouvragée de Caleb était sortie et l'ancien maître d'armes, l'écume aux lèvres fonçait sur le roi de l'Arnor en hurlant

"Fini de jouer Aldarion. Contemple ton erreur !!"

Aelas n'était plus. Caleb allait certainement mourir mais l'Ordre avait frappé fort en Arnor.


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Nivraya
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Mar 3 Juin 2014 - 22:53
Dix coups de cloche. Quand on y réfléchit, ce n'est presque rien. Dix coups portés sur un morceau de métal, dix fois la même note grave et mélodieuse qui se répand dans la ville comme une vague soulevant à chaque nouvel appel un flot d'interrogations, de doutes, de craintes ou d'espoirs. Au troisième coup de cloche, la foule a commencé à s'émouvoir, désireuse de célébrer le couronnement du Prince avec une joie au moins égale à la douleur consécutive à la perte de leur précédent souverain. Et puis il y a eu le quatrième coup, aussi pesant que si un géant avait abattu sans pitié son marteau sur le sol. Un coup qui a assommé le peuple, les nobles, et tous les traîtres au royaume se trouvant à l’intérieur du Sénat, bien déterminés à empêcher le retour du roi Aldarion. Nivraya, debout au milieu de cette immense scène de théâtre sur laquelle se joue le destin de tout un peuple, assiste en tant que spectatrice à une tragédie digne des plus grands auteurs. L’ensemble des sénateurs, elle y compris, reste coi devant la tombée des masques. Qui peut se féliciter tout haut de la réapparition du Roi, quand elle se produit parallèlement à celle de l’enlèvement du Prince ? Qui peut s’insurger contre la présence de l’Ordre de la Couronne de Fer quand de toutes parts les épées sont tirées, et les gardes perplexes.

Nivraya, au milieu de ce chaos, bénéficie de la chance immense de savoir de quel côté il est légitime de se porter. Au dixième coup de cloche, au dixième battement de cœur, une forme de panique s’empare du Sénat. Ceux qui ont toujours cru dans leur roi crient à la trahison, et commencent à descendre de leurs sièges pour prêter main-forte au monarque. Ceux qui ont, à l’inverse, soutenu Caleb et ses manigances, commencent à craindre pour leur vie et se dirigent vers la sortie pour se placer le plus loin possible du courroux de leur suzerain. Mais Nivraya est plus rapide, et elle se porte vers les gardes du Sénat, qui s’avancent vers elle pour lui barrer le passage. Imperturbable, elle leur ordonne d’un ton péremptoire :

- Barrez cette porte, et ne laissez personne quitter les lieux ! Il appartient au Roi de juger les traîtres. Qu’aucun ne s’échappe !

Derrière elle, c’est la cohue, et les sénateurs entassés dans les travées sont rapidement encerclés par les gardes qui pointent sur eux leurs lames. Il s’agit simplement d’une mesure de précaution, tandis que les officiers du Sénat se rendent auprès du Tribun Militaire Vilyan, pour comprendre de quoi il retourne. Sa présence aux côtés du Roi Aldarion ne leur a pas échappé, et ils se placent spontanément sous ses ordres, puisque de toute manière il est le dernier Tribun militaire encore en vie. Nivraya, quoique diminuée par sa blessure au flanc, descend rejoindre le seigneur Vilyan et ses hommes, qui se sont massés sur l’estrade. Déjà, des renforts sont partis assister le Roi, tandis que les noms de premiers traîtres sont donnés. Les gardes se mettent à leur recherche, et procèdent à leur arrestation immédiate.

Nivraya se fraie un chemin parmi la noblesse de la capitale et des environs, venue présenter ses hommages au futur Roi le jour de son couronnement, et prise bien malgré elle dans une chasse aux traîtres. Deux gardes viennent la stopper une nouvelle fois, mais elle leur ordonne d’une voix claire :

- Je dois parler au Seigneur Vilyan, de toute urgence.

Les deux hommes se jettent un regard appuyé, mais ne semblent pas convaincus par la jeune femme qu’ils ont en face d’eux. Il ne s’agit pas d’une noble d’importance, puisqu’ils ne connaissent pas son identité, et la tuméfaction sur son visage, dissimulée tant bien que mal par des fards, ne leur donne pas particulièrement confiance dans cette inconnue. Toutefois, au moment où Nivraya désespère de les voir un jour prendre l’initiative d’aller au moins porter sa requête au Tribun, une voix amie résonne :

- Laissez-la passer, soldats.

Trois paires d’yeux se tournent vers l’estrade, où se trouve l’Intendant Enon, remis du coup de poing qui l’a envoyé à terre quelques minutes plus tôt. Nivraya lui adresse un sourire reconnaissant, et sans attendre que les gardes se soient écartés, elle se fraie un chemin entre eux, et grimpe rejoindre les hauts dignitaires du royaume. Vilyan est en train de distribuer ses ordres, et d’envoyer ses principaux capitaines s’assurer qu’aucun traître caché dans la ville ne pourra s’échapper. Nivraya l’interrompt presque, et s’incline rapidement comme l’exige le protocole, tandis que l’Intendant la présente en deux mots :

- Vous êtes l’amie de Lestar, n’est-ce pas ? Que puis-je pour vous ?

Elle brûle de demander des nouvelles de Lestar, qui après tout a été celui sans qui elle n’aurait jamais pris part à cette histoire insensée, jamais reçu ce maudit coup de poignard à la hanche, jamais eu à affronter tous ces dangers, tous ces doutes. Mais elle ne lui en veut pas le moins du monde, au contraire. Elle veut surtout le remercier, lui dire à quel point elle lui est reconnaissante de la confiance qu'il a placé en elle. Toutefois, elle sait qu'avant de pouvoir se laisser aller à retrouver ses proches, et à parler de tout cela comme d'un épisode étrange, elle doit d'abord penser au présent, et à la vie de ceux qui ne sont pas encore en sécurité. Regardant droit dans les yeux le Tribun, elle lui lance :

- Seigneur, je vous conjure d’envoyer vos hommes au beffroi de la ville. Les hommes de Sa Majesté y sont peut-être encore, et ils ont sans doute besoin d’aide pour échapper aux gardes qui ne manqueront pas de vouloir les arrêter.

De toute évidence, il comprend de quels hommes elle parle sans qu’elle ait besoin de le lui expliquer en détail. Il a probablement assisté à leur départ, et il doit connaître les quatre individus envoyés par le Roi pour accomplir une mission périlleuse, destinée à assurer le retour d’Aldarion sur son trône. Nivraya n’a pas eu le temps de réaliser à quel point leur succès est un soulagement pour elle, pour le royaume, et probablement pour la Terre du Milieu. Elle ne réalise pas à quel point ils sont passés près d’une fin toute différente, et d’un épisode sanglant et tragique que l’on n’aurait pas oublié de sitôt. Au lieu de quoi, son esprit analytique et calculateur est tout entier tourné vers l’avenir immédiat, à savoir l’arrestation des traîtres, et surtout le sauvetage du Prince Aelas.

Non loin d’eux, s’ouvre le couloir par lequel se sont successivement engouffrés Caleb et Aelas, talonnés par un détachement de gardes, eux-mêmes suivis de près par leur Roi. On n’entend déjà plus les échos de bruits de pas précipités, mais on devine aisément que dans une des salles au loin se joue un combat terrible dont l’issue sera nécessairement fatale au renégat. Comment, après tout, échapper à la furie d’un homme qui a d’ores et déjà perdu deux de ses enfants, morts assassinés ? Mais ce qui inquiète Nivraya, et qui doit probablement inquiéter également tous les dignitaires du pays, c’est de savoir qu’Aelas est le dernier héritier du trône d’Arnor, et que sa vie est actuellement entre les mains d’un homme traqué et désespéré, capable de tout.

Chassant ces sombres pensées, et préférant se concentrer sur l’action, elle demande sans ambages au Tribun Vilyan ce qu’elle peut faire pour l’aider. Elle n’est certes pas une guerrière, et elle serait bien incapable d’aller débusquer les malfrats de l’Ordre pour les traîner devant la justice du Roi, mais elle est toute disposée à aider dans la mesure du possible. Le Tribun, toutefois, ne semble rien avoir à lui confier. Sa principale mission pour l’heure est de veiller à la sécurité de la cité, en attendant de recevoir de nouvelles instructions de la part de son Roi. Sa tâche est à la fois un immense honneur et un grand déchirement, car on lit sur ses traits le désir de prendre part aux côtés de son suzerain à la traque et à l’élimination de Caleb.

C'est l'Intendant qui répond toutefois, d'une voix apaisante :

- Venez m'aider ma chère, j'ai besoin de votre aide pour rédiger la proclamation...

Elle s'exécute sans rien demander de plus, imaginant à raison qu'il s'agit du texte destiné à être lu devant le peuple pour lui relater les faits, le rassurer, lui expliquer pourquoi son Roi est revenu au moment du couronnement. Le choix des mots, dans ce cas, est particulièrement important, et c'est là que réside la fierté de la noblesse : la capacité à guider la roture dans les moments les plus éprouvants d'une vie. Elle s'installe à un bureau non loin, et s'empare de la plume et de l'encrier, posés là. L'Intendant doit être conscient de sa formation juridique, et il doit faire confiance à son écriture impeccable. Dictant comme à un greffier, il énonce :

- Aujourd'hui, le Roi Aldarion a mis fin personnellement à un complot visant à renverser sa personne. Les conjurés ont été placés en détention, et ceux qui ont résisté ont tous été tués. Le Prince Aelas...

Nivraya laisse sa plume suspendue au-dessus du papier, plongeant son regard d'un vert obsédant dans les yeux las de l'Intendant. De toute évidence, elle n'est pas la seule à avoir un mauvais pressentiment...
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