Marche ou crève [PV Soupir]

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Sam 22 Nov 2014 - 1:17
- En rang ! En rang mécréants ! J'ai dit en rang !

Le capitaine Vomengorn donnait de la voix, et entendait bien se faire obéir par le détachement de volontaires qu'on lui avait confié. Oh naturellement, ce n'étaient pas de vrais volontaires. Pas tous, du moins. Il avait en face de lui une vingtaine d'hommes, dont une bonne dizaine étaient sans le moindre doute possible des prisonniers, des criminels. Quatre étaient des mercenaires, à en juger par leur mine sombre et leur équipement de bonne facture. Les six autres n'étaient ni plus ni moins que des civils à qui l'on avait dû forcer la main, et qui paraissaient regretter de se trouver là. L'officier posa sur eux tous un regard de profond mépris, pour ne pas dire de dégoût. Il avait l'impossible mission de transformer ce tas de fumier odorant en une unité combattante et efficace, sans vraiment savoir comment il allait s'y prendre. Il fallait dire qu'il n'avait jamais été entouré d'hommes aussi... inférieurs.

Vomengorn appartenait à la haute aristocratie du Harondor, et comme la plupart des officiers qui encadraient la formation des troupes de la cité, il avait tout perdu ou presque quand Dur'Zork avait été prise. Le joyau du Sud, capitale de l'Emirat de Radamanthe, avait été prise quelques mois plus tôt par les hordes innombrables des pirates d'Umbar. Ces derniers avaient réussi à s'emparer de la cité traitreusement, et avaient contraint l'Emir à se replier plus au Nord, dans la ville de Djafa, que le capitaine ne pouvait pas s'empêcher de considérer avec distance. Ce n'était pas là qu'il était né, ni là qu'il avait vécu. Ce n'était pas la ville pour laquelle il avait envie de mourir, ni celle dans laquelle il voulait vivre. Ce n'était qu'un vaste campement de fortune entouré de remparts, qui servirait de point d'appui pour l'opération de reconquête de sa chère Dur'Zork, pour l'heure toujours abandonnée aux mains du pirate Taorin, qui s'était revendiqué seigneur et maître de la cité.

Toutefois, les ordres appelant à marcher sur la capitale et à porter la guerre jusqu'au cœur du territoire des pirates ne venaient pas. On racontait partout que l'Emir préférait se montrer prudent, et qu'il fallait faire preuve de patience. On murmurait qu'il fallait compter davantage sur les négociations que sur une guerre frontale. On disait que le Gondor refusait d'aider son allié après le désastre d'Assabia, et que dans cette situation affreuse, le Harondor était seul. Le capitaine, depuis le temps qu'il attendait de voir venir les régiments du Gondor commandés par le Roi Mephisto en personne, pour venir châtier les misérables qui avaient osé s'en prendre à son allié indéfectible, s'était résigné. Personne ne viendrait épauler son cher pays, et personne ne viendrait l'aider à récupérer sa belle cité. Il devrait donc attendre, et travailler dur à former des hommes compétents capables de s'imposer face aux pirates lorsque le moment serait venu.

Son regard, qui s'était fait lointain, se posa de nouveau sur les hommes qui lui faisaient désormais face, alignés sur deux rangs, attendant qu'il prît la parole. Il jeta un œil à son second, le lieutenant Berthil, qui était un de ses proches compagnons d'armes lors de la bataille de Dur'Zork, à laquelle ils avaient réchappé de peu. Là-bas, ils avaient perdu plus d'une trentaine de leurs compagnons en quelques minutes, et appris à la dure quelles étaient les lois de la guerre. Cet épisode les avait marqués à vie, et ils n'oublieraient jamais ce qu'ils avaient vu. Ils avaient commencé cette guerre comme de jeunes chevaliers pétris d'idéaux, et en quelques mois ils étaient devenus des officiers aguerris et sombres. Même leurs corps paraissaient avoir pris dix ans, et ils ne s'exprimaient plus avec emphase et légèreté, mais bien avec rudesse. Ils étaient devenus des vétérans.

- Bienvenue sous mon commandement, mécréants ! Je suis le capitaine Vomengorn, et c'est à moi que vous allez obéir désormais. Voici le lieutenant Brethil, mon second. Ses ordres seront les miens, et vous lui devrez le même respect qu'à moi, c'est compris ?

Les hommes répondirent en maugréant, et en hochant la tête. Il ne fallait pas en attendre davantage de leur part, et Vomengorn ne se formalisa pas de leur manque d'enthousiasme. Quelques mois plus tôt, il leur aurait crié dessus jusqu'à obtenir de leur part une réponse forte et claire, criée avec le cœur. Maintenant, il savait que cela ne servait à rien. Ce n'était qu'artifice, poudre aux yeux, mystification destinée à donner l'impression qu'une unité était soudée et cohérente. Ce n'était pas ce qu'il recherchait. Il se fichait à présent de savoir si les hommes croyaient en ce qu'ils faisaient, il voulait simplement les voir tuer, tuer et tuer encore, sans s'arrêter avant d'être morts. Il les considéra un instant, avant de reprendre :

- Bon, vous avez l'air d'une belle bande de moins que rien, et j'ai pour mission de vous transformer en une unité d'élite. Pour ça, il me faudrait au moins deux ans, beaucoup de patience, et beaucoup d'efforts. Malheureusement, je n'ai pas tout ça. J'aimerais bien faire de vous des hommes loyaux et prêts à mourir jusqu'au dernier pour ce en quoi je crois, mais je sais très bien ce qui vous motive.

Du doigt il désigna les prisonniers, qui s'étaient mis spontanément ensemble, reconnaissant dans leurs semblables un groupe qui pouvait les protéger. Ils étaient un peu plus chétifs que les autres, mais certains avaient de belles qualités physiques évidentes, et ils paraissaient avoir déjà tué. Ils pouvaient former un noyau dur autour duquel fédérer les autres :

- Vous là, vous êtes là parce que vous voulez une remise de peine. On vous propose la liberté en échange d'un service militaire sous mon commandement. Ne croyez pas que vous pourrez vous échapper en cours de route, ou quoi. Vous savez très bien que vous n'avez aucune chance. Je vous en fais la promesse.

Puis il vint aux civils, qui ne faisaient pas les fiers. Aucun n'avait servi sous les drapeaux, de toute évidence, mais dans leurs yeux brillait une détermination féroce. Ces six là étaient volontaires, assurément, mais il leur manquait l'expérience et les qualités martiales. Ils étaient jeunes, pour la plupart pas plus de vingt-deux ou vingt-trois ans. C'étaient des gens chassés de chez eux après l'arrivée des pirates, qui souhaitaient prendre leur revanche. Vomengorn s'adressa à eux sans adoucir le ton de sa voix :

- Quant à vous, je sais ce qui vous motive. Vous venez de Dur'Zork, et vous pensez que vous reprendrez la ville à la force de vos bras. Avant de rêver à libérer votre pays, apprenez déjà à tenir une arme correctement, et à ne pas vous faire tuer. Dites adieux à vos idéaux, à vos rêves, et prenez ce que je vous donne. Parce que ce sera le seul moyen de vous en sortir en vie.

Enfin, il posa son regard sur les mercenaires. Ils étaient quatre, ils ne paraissaient pas se connaître. Tous avaient la mine patibulaire, certains étaient cachés derrière des capuchons qui les protégeaient du soleil, et qui dissimulaient le détail de leurs traits. Vomengorn s'en fichait éperdument. Tant qu'il avait des hommes compétents sous ses ordres, il prenait. Il n'y avait pas assez de bras pour faire la fine bouche. Il ne les aimait pas davantage que les autres, mais devait reconnaître que de tous, c'étaient probablement ceux qui avaient le plus d'expérience, et qu'ils tireraient le groupe vers le haut lors des exercices et des moments difficiles. Il ne deviendrait jamais ami avec eux, mais il pouvait s'en servir pour construire quelque chose autour de son unité.

- Vous, je sais ce qui vous motive. Vous êtes là pour l'or, et rien d'autre. Soit. Vous serez payé à la semaine, sans contrainte. Seulement, pour être payé, il vous faudra un billet de ma part, que je ne donnerai ni aux déserteurs, ni aux traitres, ni aux morts. Faites votre travail, restez en vie, et vous serez grassement payés à votre retour. C'est compris ?

Il n'attendait pas de réponse particulière, et n'en obtint d'ailleurs pas. Les mercenaires étaient en général des gens patibulaires, et ceux qu'il avait dans son détachement n'échappaient pas à la règle. Il y avait deux costauds qui avaient l'air d'être de vrais durs à cuir, un type un peu moins épais, au visage couturé de cicatrices, et - fait surprenant ! - un elfe. Vomengorn avait déjà eu l'occasion de voir des elfes, quand il leur arrivait de voyager dans le Sud, et celui-ci ne ressemblait en rien aux autres membres de sa race. Il avait perdu un œil, et son visage en demeurerait défiguré à jamais. Son attitude était sèche, froide, et il ne paraissait pas enclin à parler ou à rire. Il ressemblait à un tueur impitoyable, effrayant, mais sans doute très compétent. Le capitaine se félicitait d'avoir une telle arme à sa disposition, bien qu'il ignorât les motifs qui poussaient ce représentant des Eldar à rejoindre son groupe. Peut-être était-il simplement attiré par l'argent ? A moins qu'il ne fût là pour échapper à quelqu'un ? Il avait peut-être envie de sensations fortes et de combat, ou bien d'une vengeance personnelle qu'il ne pouvait trouver qu'ici. Quels que fussent ses motifs, ils étaient bons à prendre. Vomengorn les embrassa tous du regard, avant de lancer :

- Je vous ai dit que je n'avais pas le temps de vous former, mécréants, et c'est le cas. Nous avons reçu ordre de marcher vers l'Est, droit vers la zone de combats. Nos troupes, qui sont stationnées là-bas, sont en grande difficulté, et ont besoin de tous les renforts disponibles. Nous mettrons trois jours pour arriver au point de rendez-vous, et pendant ces trois jours j'essaierai de faire quelque chose de vous. C'est compris ?

Ils acquiescèrent. Les mercenaires paraissaient sereins, les civils terrifiés, et les pirates partagés. Mais aucun ne se désista, ce qui était déjà une bonne chose. Vomengorn ne leur en avait pas dit davantage sur leur mission, car il ignorait lui-même de quoi il retournait. Il savait simplement que, depuis quelques jours, des détachements partaient quotidiennement vers l'Est, sans que le problème fût apparemment réglé. Ils n'avaient aucune idée de ce qu'ils affronteraient là-bas, mais il était clair qu'ils allaient devoir tirer l'épée, et qu'ils mériteraient leur solde, s'ils rentraient en vie. Le capitaine soupira en pensant à une époque pas si lointaine où la situation était stable dans le pays. Les pirates agissaient sur les côtes, et étaient habilement repoussés par la marine gondorienne. Les hommes du Khand étaient calmes, et respectaient globalement les frontières gardées par l'armée du Harondor. Il était désormais loin le temps de la paix et de la prospérité. Il avait cédé la place à une ère de troubles et de combats, pendant qu'à Minas Tirith, on organisait une grande cérémonie pour un mariage royal. La délégation du Harondor était partie là-bas, et le capitaine espérait sincèrement qu'elle reviendrait avec des renforts et de bonnes nouvelles. Peut-être que de vive voix, Radamanthe parviendrait à convaincre le Roi Mephisto de lui prêter assistance.

- Bon, maintenant que vous savez dans quoi vous vous embarquez, voici vos paquetages. Ils contiennent une couverture, une cuirasse, un casque léger et des bottes. Vous aurez chacun une épée, un arc et un bouclier de bois. Vous avez signé, et vous êtes donc à moi : je vous donne quinze minutes pour vous équiper, et pour vous tenir prêts au départ, exécution !

Les hommes commencèrent à s'égayer, attrapant leurs paquetages, et enfilant leur cuirasse. Les mercenaires examinèrent leur équipement, choisissant s'ils allaient prendre ou non le matériel qu'on leur offrait. La plupart avait déjà le nécessaire, tant au niveau des armes que des biens personnels. Ils ne désiraient pas s'encombrer outre mesure. Vomengorn laissa son second, Brethil, aller parler aux prisonniers et aux civils, tandis qu'il se dirigeait d'un pas souple vers les hommes les plus expérimentés de son groupe :

- Je pense que vous l'avez compris, vous constituerez le fer de lance de notre groupe. Je ne sais pas jusqu'à quand vous continuerez à nous suivre, mais en attendant, voici vos rôles. Vous (il désignait l'elfe borgne), je vous charge d'ouvrir la voie et de nous servir d'éclaireur. Nous allons vers des terres inhospitalières, et je ne veux pas tomber dans une embuscade, c'est compris ? Vous trois, vous vous occuperez de protéger les flancs et de fermer la marche. Je formerai les hommes en soirée, mais je vous invite à donner des conseils à ces malheureux qui sinon vont y laisser la peau. Des questions ?


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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Soupir
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Mar 9 Déc 2014 - 0:10
Comme s’il se réveillait d’un long cauchemar, Soupir n’était pas encore conscient du monde qui l’entourait. Voilà plusieurs semaines qu’il voyageait sans réfléchir, sans but, sans volonté, a été tiraillé par la soif, la faim et la solitude, a rencontré des bandits, des marchands et des pèlerins. Leurs os doivent être en train de sécher au soleil. Il est resté dans un régime cathartique, sans aucune pensée cohérente. Il n’a que peu de chose dont il se rappelle.

Il y a des semaines, peut-être des mois, Soupir  a dû quitter précipitamment la ville. Sa mémoire, étant déficiente, ne lui offre que peu d’information sur les raisons de son départ mais il pouvait compter sur de bien meilleur indice…

Le chef de l’unité qu’il avait rejoint hurlait des ordres à qui voulait l’entendre. Il lui rappelait une époque simple où obéir était encore facile, une époque où il se remettait à d’autre pour diriger sa vie. Soupir n’écoutait qu’à moitié, comme s’il entendait à travers une cloche en cristal épurée.

…. De bien meilleur indice oui… Son corps était douloureux, en souvenir d’un combat ou plus probablement de tortures. Ses mains étaient noircies comme du charbon et se pliaient avec raideur. Ses jambes étaient couvertes d’hématomes autour des genoux, et s’ils n’empêchaient pas de marcher, courir ou sauter, une mauvaise réception ou une chute lui faisait encore serrer les dents. Ses cheveux étaient coupés court. Chose étonnante puisqu’il laissait ceux-ci descendre sous la nuque. En passant la main sur son crâne, Soupir sentait des excroissances surgir de sous la surface. Des cicatrices mal soignées probablement. Son épaule était encore raide par moment, souvenir d’une flèche qui s’était brisé et qu’un médecin avait soigné sur la route…. Tout du moins l’on pouvait penser.
Son bras portait des traces de morsure. Dix-sept pour être exacte. La forme ressemblait à un serpent près à vomir. Soupir savait que c’était une façon de compter quand il savait qu'il allait perdre la notion du temps. Surement une durée, mais de quoi ?

Le chef semblait avoir fini son discours. Se dirigeant vers son groupe, il échangea quelques mots et Soupir crut sentir qu’il mettait un certain effort pour rester courtois. Cela n’était pas étonnant, s’il se voyait lui-même, Soupir ne s’adresserait pas la parole…. Du moins, moins qu’avec d’autre.
Le chef se tourna vers Soupir et lui demanda de partir en éclaireur, seul. Tant mieux, Soupir avait soif de solitude. Après tout, même les loups s’isolent pour lécher leurs blessures. Se déplaçant rapidement, Soupir s’éloigna dans la lande sèche.

Il y avait d’autres éléments plus préoccupant, au sujet de sa fuite de la ville. Soupir est un assassin, et se bat toujours avec deux lames dont il peut reconnaitre et nommer au touché. L’une de ses lames lui était inconnue. La sortant pour l’observée, Soupir la fit voler entre ses mains, autant pour s’exercer que pour l’analyser. L’arme était polie et taillée en croissant de lune et portait une insigne représentant un quartier de lune blanc dans un cercle noir.

« Nuit », Tu seras « nuit » dans mes mains. Fait tomber les ténèbres pour moi.


Cette phrase sauta dans son esprit comme un chat hors de l’eau. Des images de combat nocturne lui revinrent en mémoire pour disparaitre ensuite.
Ce n’était pas la première fois qu’il perdait une arme. Sa seconde lame « ombre » était une arme obtenu sur le cadavre d’un puissant gladiateur qu’il a dû abattre y il a des éons de cela. La perte de « sommeil » était désagréable mais cela faisait parmi les blessures de missions, il se soignait et vivrai avec. Non le problème venait du fait qu’il ne se rappelait pas d’où elle venait.
La lame glissait entre ses doigts, elle était aiguisée, légère et semblait se faire à sa main assez naturellement. D’où venait-elle ? Soupir sortit ses mémoires.

L’œil vagabonda dans ce paysage morne. L’environnement, étant dégageait à des lieux à la ronde, Soupir se permit de laisser son regard vagabonder  de-ci de-là. Du sable et du soleil. C’est tout ce qu’on pouvait distinguer ici. Pas d’arbre proche, pas de cours d’eau, pas d’animaux, ce manque de « vie » passa une barre de mélancolie sur son visage balafré. L’air était sec mais plaisant, et la brise qui portait un peu de sable lui promettait de nettoyer ses poumons encrassés par la pollution de la ville. Soupir aime la nature sous toutes ses formes, et celle-ci, bien que hostile et austère, se complaisait dans une majesté brute et indomptable.

Ses « Mémoires » au sens propres du terme. Le livre qu’il tenait entre ses mains contenait toute la mémoire de Soupir. L’univers, dans son infini sagesse, a pourvu Soupir d’une mémoire des plus absolus tant qu’elle se cantonnait à quelques heures. Après ce laps de temps, sa mémoire disparaissait pour être remplacée par d’autre détail de sa vie. Son maitre lui appris à écrire rapidement et forcé à raconter ses journées sur manuscrit, afin de n’en perdre aucune trace. Bien évidemment, les livres finissent inévitablement par être plein et Soupir doit se résoudre à les remplacer par d’autres. C’était pénible mais nécessaire.
En ouvrant le livre, Soupir lu le message de son maitre.

- Ecrit tous ce qui te passe par la tête, même si c'est en pleine journée.
- Relie ce que tu as écrit le soir avant de dormir.
- Fait tes exercices chaque jour.
- Ne donne jamais ton nom.
- Méfie toi de tout le monde.
- Récite toi les comptines que je t'apprends jusqu’à les connaitre par cœur.
- Ne cherche jamais, JAMAIS, qui est ton père.
- Cache le bien


Cette dernière phrase lui semblait hors contexte. Comme si l’on l’avait rajouté à son insu. Le fait que ce soit son écriture ne parvint pas à le rassurer. Rarement se permettait-il de réécrire dessus et encore plus ces règles qu’il gardait sur une feuille qu’il passait de livre en li….
L’évidence le frappa. Ce n’était pas sur une des vieilles feuilles blanchit par le temps, la lumière et la manipulation, c’était écrit directement sur le livre. La nouvelle l’ébranla tandis qui marchait sur des branches mortes et noircies par le soleil. Elles craquèrent comme des os sur des pavés.
S’il avait dû écrire directement, c’est qu’il avait perdu les volumes précédents. Soupir feuilleta rapidement le volume quasi-vierge, en proie à un début de panique. Les premières pages racontaient son début d’aventure à travers le sud et d’autres péripéties sans grands intérêt. En fin de livre, un message écrit au doigt

« Protège le livre »


Soupir ne comprenais pas ce qui avait pu le pousser à écrire une telle évidence. Tous ceux qui s’approchaient de ses mémoires finissaient par n’être plus que des paragraphes dans celle-ci.
En rouvrant le livre, la première page se décolla de la couverture et révéla un dernier message.

« Samarah doit mourir »


Une autre phrase, écrite probablement un autre moment se cachait dans un repli.

« Suit la lune, elle t’y mènera »


Soupir maudit son amour de la poésie et son incapacité à s’expliquer simplement ce qu’il s’était passé. Enfer, il ne savait même pas de quelle ville il venait.

Maugréant dans sa barbe, Soupir faillit marcher sur un tas de sable. Celui-ci n’avait rien de spécial mais il attira son regard avec force. Un scorpion d’un noir brillant sorti du sable, suivit par un scorpion blanc, bien plus gros.
Soupir jeta un dernier coup d’œil aux alentour, le désert ne lui renvoya que solitude. Il s’accroupi au-dessus du duel et attendit.

Les deux scorpions se tournaient autour. Battant des pinces et faisant virevolter leurs queues mortelles. Le scorpion noir sembla se lever, ses pinces pointant vers le ciel, comme si la grenouille essayait de se faire bœuf. Il en serait presque ridicule s’il ne risquait pas sa vie. Le blanc lui répondit de même, en le dépassant largement, claquant ses pinces de manière agressives. Tous deux tournèrent en cercle comme s’il s’agissait d’une dance au code connu d’eux seul. Leurs paires de pinces se frappaient et faisaient le même bruit qu’une chaine contre une autre.
Tournant, s’entrechoquant, tournant à nouveau, la dance continua un temps certain. Le noir était petit et avait bien du mal à monter comme le blanc. Celui-ci surpassait son adversaire  et le repoussait souvent. Mais toujours le noir se redressait pour montrer ses pinces. Sa pugnacité était admirable.
Le blanc claqua ses pinces bien au-dessus de lui et chargea. Il réussit à attraper une de ses pinces et ne semblait pas vouloir chasser. Comme un danseur expérimenté, le blanc dansa avec son homologue. La queue du noir battait l’air pour chercher une prise mais ne rencontra que du vent. Le blanc cherchait à ramener le noir vers lui pour le piquer mais le noir tirait pour sa vie. La ronde dura encore un moment.
Sans crier gare, le noir se dégagea, et se leva face au blanc, qui pour la première fois, recula. Peut être fatigué ou intimidé, le blanc ne semblait plus aussi grand qu’au début, semblait perdre conviction. Le noir tourna et, au lieu de guider à son tour, fonça, attrapa l’aiguillon blanc et frappa avec le sien. Le blanc se figea et bougea en même temps, puis tomba. Le soleil était à une heure de se coucher.

Soupir observa le soleil embrasant le ciel d’un orange sombre. Il se rappela sa mission. De son sac, il sortit un bocal qui contenait quelques plantes remplaçables. Il jeta le contenant, attrapa le scorpion noir par la queue et l’enferma dans le bocal. Soupir put l’observer de près.
Sa carapace était rayée et ses pinces semblaient ne plus pouvoir fermer. Mais il se leva, se gonfla et se tenait prêt à affronter la créature qui le regardait. Soupir sourit de sympathie, rangea le bocal et rebroussa chemin.
Il tomba sur un campement de fortune dressé par ses collègues de mission. Se dirigeant vers le feu, Soupir s’assis, sortit son livre et y raconta son après-midi.
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Ryad Assad
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Mer 10 Déc 2014 - 16:23
Marcher dans le désert était une tâche prodigieusement difficile à cette heure de la journée. La chaleur était écrasante, et le soleil paraissait s'être assis sur les épaules de chacun, pesant de tout son poids. Toutefois, personne ne se plaignait. Un hiver épouvantable s'était abattu sur la région, si brutal et si soudain que personne n'avait pu s'y préparer. Des tronçons de l'Harnen, le grand fleuve du Harondor, avaient été gelés, et les maigres récoltes que l'on faisait pousser dans ces terres inhospitalières avaient été emportées en quelques semaines. Les habitants étaient démunis, et on avait dû confectionner des vêtements en fourrure pour se protéger des soirées glaciales qui avaient duré des mois, en attendant de pouvoir importer du bois de chauffage du Gondor. Certains oracles avaient annoncé que l'épisode allait durer des siècles et des siècles, accroissant la panique d'une population soumise à rude épreuve. En effet, c'était ce moment que les armées du Sud avaient choisi pour lancer leur campagne contre l'émirat, qui avait subi de terribles pertes, et un revers spectaculaire à Dur'Zork, la capitale de Radamanthe désormais devenue siège du gouvernement de Taorin. Fort heureusement, l'hiver s'en était allé comme il était venu, obéissant aux logiques du ciel qui étaient propres aux Valar, cédant la place à un été chaud et sec comme on y était accoutumé ici.

Les hommes transpiraient, leur pas était lourd, leur démarche hésitante, mais ils avaient l'habitude de ces températures extrêmes, et ils savaient comment les gérer. Leur corps s'était endurci à force de travailler sous ces latitudes, et ils préféraient de loin affronter les rayons du soleil que des pluies diluviennes qui les glaçaient jusqu'aux os, et les faisaient attraper de terribles maladies. Le soleil était brutal, mais il n'était pas perfide, au moins. Forte de cette pensée, la compagnie de Vomengorn allait à travers les étendues désertiques, traversant des régions qui avaient jadis été des lieux de passage fréquentés par les marchands et les caravaniers, mais qui étaient désormais abandonnés. Les négociants contournaient bien plus au Sud désormais, là où le passage était sûr, pour éviter les zones de tension qui se multipliaient au Nord-Est du pays. C'était un détour qui arrangeait considérablement Taorin, et qui affaiblissait d'autant les lambeaux de l'émirat que les officiers du Harondor essayaient de sauver péniblement.

Les soldats de fortune, guère plus qu'une poignée de combattants hétéroclites affublés d'uniformes de même couleur et d'un chef, se déplaçaient à pied, ce qui les ralentissait considérablement. Ils n'avaient pas le choix toutefois, car les chevaux se faisaient de plus en plus rares, et on gardait les destriers en sécurité, pour les allouer à la cavalerie de l'Emir, qui devait se reconstituer depuis les pertes qu'elle avait subie à la bataille. Les Pirates ne disposaient pas d'une cavalerie professionnelle, et c'était une arme qui pouvait réellement faire la différence, si elle était bien utilisée. D'après ce que l'on disait à Dur'Zork, si les renforts pirates n'étaient pas venus du Nord, de manière providentielle, les hommes de Radamanthe auraient pu remporter la victoire. Il était donc logique de conserver les montures pour l'heure de la reconquête. Pour ce genre de missions, on leur allouait deux ânes, chargés autant que possible, pour transporter leur matériel, des vivres, et du ravitaillement pour le poste-avancé où ils se rendaient.

C'était un chargement précieux par les temps qui couraient, et tous avaient conscience de constituer une cible privilégiée, qui risquait d'attirer la convoitise. Il y avait un temps où les ennemis du royaume auraient hésité longuement avant de tenter de s'en prendre à un tel cortège, protégé par une vingtaine d'hommes. Désormais que la guerre avait fait rage, et que les deux entités politiques étaient exsangues, les raids étaient monnaie courante, et il fallait se montrer extrêmement discret et prudent. Ils étaient des soldats du Harondor, et ils devaient aller comme des souris, craignant d'être happés par un aigle à l'œil acéré. Quand avaient-ils cessé d'être des prédateurs ? Vomengorn l'ignorait, mais il refusait de se laisser abattre. Si un groupe ennemi fondait sur eux, il entendait bien les disperser sans pitié, pour leur faire comprendre qu'il restait encore de l'honneur dans le cœur des hommes de l'Ouest. Ces suderons n'étaient que des barbares, après tout...

La marche dans le désert se faisait en silence, car chacun épuisait rapidement ses forces à vouloir parler, et il était préférable de se concentrer sur ses pas, sur son rythme, et de méditer sur les pensées qui venaient naturellement à l'esprit dans un tel moment. Il n'était guère possible de discuter beaucoup, et le cerveau avait du mal à se mettre en veille, si bien qu'il devait trouver un état intermédiaire : la réflexion était souvent cet état. Chacun se surprenait à avoir des absences, en se rendant compte qu'il avait arrêté de respirer depuis quelques secondes, ou bien qu'il avait dévié de la trajectoire suivie par la colonne. Alors il se morigénait, secouait la tête, et se jurait de rester concentré. Cela ne durait pas plus qu'une poignée de secondes, en règle générale.

La soirée approchait, et toujours pas trace de l'elfe borgne. Ce drôle de personnage, qui avait été envoyé en éclaireur, n'avait rapporté aucun mouvement suspect jusqu'alors, ce qui pouvait signifier deux choses : soit il avait été pris ou tué, soit il n'y avait rien à signaler. Dans les deux cas, ils ne pouvaient que continuer et découvrir ce qu'il en était. Ils finirent toutefois par s'arrêter, exténués, et par commencer à mettre en place un campement. Ce n'était guère plus que des poteaux de bois plantés dans le sol, pour attacher les chevaux, et quelques couvertures disséminées autour du feu pour dormir. Rien de très agréable, mais ils n'auraient pas mieux pendant les jours qui suivraient. Les plus expérimentés se mirent à entasser du sable pour se construire un matelas aussi confortable que possible, et enseignèrent aux autres la façon dont il fallait s'y prendre.

- Aucun signe de notre éclaireur ?

Brethil, qui se trouvait toujours près de son supérieur, fit non de la tête :

- Il reste encore du temps. Allez vous reposer, je vais monter la garde et je vous transmettrai son rapport.

Vomengorn était épuisé, et il s'empressa d'aller aider les hommes à préparer le feu, car il voulait se coucher tôt. Il distribua les tours de garde sans discrimination. Vingt hommes, quatre tours avec cinq sentinelles. Chacun serait mis à contribution, et il n'y aurait pas de favoritisme. Pas même pour lui, qui s'était greffé sur un des groupes. Il entendait bien montrer à ses hommes qu'il n'était pas un leader qu'en parole, et qu'ils pouvaient lui faire confiance pour faire sa part du travail. Gagner le respect d'un groupe pareil n'était pas une mince affaire, et il entendait bien y parvenir d'ici la fin de leurs trois jours de marche, sans quoi ils risquaient de se retrouver malmenés une fois arrivés à destination. Vomengorn lui-même n'avait aucune idée de ce qui les attendait, mais il présumait que ce ne serait pas joli à voir.

Brethil était en train d'organiser une session d'entraînement pour ses hommes, qu'il alignait par groupes pour une demi-heure d'entraînement au combat. Il n'imaginait même pas en rêve pouvoir en faire une unité combattante efficace, mais il espérait réussir à les faire travailler de concert. Parfois, la discipline tactique valait davantage que la force individuelle, et il espérait qu'ils réussiraient à compenser leur manque cruel de qualité par une organisation impeccable. Il avait organisé la distribution de lances, que les ânes portaient normalement. Cela ne faisait pas partie de l'équipement standard de ses troupes, mais il estimait qu'il valait mieux s'y préparer, car ils risquaient avant tout de faire face à une attaque de cavaliers légers que leurs épées ne pourraient pas menacer. Une formation de lanciers, en revanche, pouvait faire des merveilles.

- Allez, allez, du nerf ! Ce sont des armes, pas des brindilles ! Saisissez-les, et attaquez ! Voilà !

Il haranguait en permanence, ne les lâchant pas. Les hommes étaient épuisés, mais pendant que les mercenaires plus expérimentés ramassaient du bois, et préparaient le repas, il les maintenait sous son emprise, leur apprenait le vocabulaire militaire indispensable, et les préparait mentalement à la pression d'un véritable combat. Parmi ses hommes, certains avaient encore des progrès à faire, mais globalement tous laissaient entrevoir des perspectives intéressants. Une dizaine de prisonniers qui voulaient absolument prouver leur valeur pour obtenir la liberté, et une demi-douzaine de volontaires motivés et déterminés à donner le meilleur d'eux-mêmes. Il y avait pire, comme unité.

- Lieutenant ! Quelqu'un approche !

Brethil interrompit l'exercice, et alla à la rencontre du nouveau venu. C'était l'elfe, naturellement, qui de toute évidence n'avait vu aucun danger potentiel. Il avait l'air perdu dans ses pensées, absorbé par des considérations qui lui étaient propres. L'officier l'arrêta cependant :

- Alors, vous avez vu quelque chose ? Aucune menace ?

Après que l'elfe eût terminé de s'expliquer sur ses récentes aventures, Brethil le laissa aller trouver une place au coin du feu, tandis que lui-même allait porter cette information à Vomengorn. Le capitaine était occupé à préparer le repas avec ses hommes, et il annonça bientôt qu'ils pouvaient venir manger. De loin, il regardait ses troupes lancer le bras en avant, pourfendre un ennemi imaginaire, se retirer, se déplacer sur le côté, en cercle, en arrière. Des manœuvres complexes dont ils ne se souviendraient plus d'ici le lendemain, mais qu'ils auraient peut-être retenu avant leur premier combat. Ils étaient fragiles, misérables, et pourtant le capitaine avait de la sympathie pour ces hommes. Il comprenait leur trouble, leur incompréhension. Lui-même avait été aveugle, en son temps, et son aveuglement avait conduit à un désastre qu'il ne se pardonnerait jamais. C'était pour cette raison qu'il serait sur leur dos jour et nuit, qu'il ne les laisserait pas aller au combat sans avoir tout fait pour les préparer à ce qu'ils allaient y découvrir : car la guerre ne pardonnait pas le moindre faux-pas.


~~~~


Au matin, la petite compagnie était repartie sans laisser de traces que ne désert n'aurait effacé quelques heures après leur passage. Ils avaient relativement bien dormi, mais ils savaient qu'ils n'avaient plus qu'une nuit à passer dans ces conditions atroces, avant de pouvoir enfin rejoindre un avant-poste ami. Ils avaient passé cette première journée sans la moindre difficulté, et Brethil s'estimait satisfait des progrès de ses hommes, qu'il commençait à mieux cerner. Vomengorn avait observé un peu les mercenaires, et essayait de dresser un profil dans sa tête. Les deux costauds paraissaient être de solides gaillards, habitués au combat. Ils marchaient ensemble de toute évidence, car ils avaient passé la soirée à jouer aux cartes tous les deux, vite rejoints par des pirates. Ils pariaient leur solde future, et discutaient des modalités s'ils étaient blessés au combat. Le type sec restait dans son coin, occupé à prendre soin d'un arc qu'il entretenait amoureusement. Il avait donné son nom complet, mais celui-ci était bien trop compliqué à retenir. Il venait de l'étranger, et son accent était redoutable, si bien qu'on l'avait surnommé Zibzib. Il n'avait pas eu l'air de trop apprécier, mais il n'avait pas eu le choix, et le nom était resté.

Le dernier, l'elfe, était le plus étrange des quatre. Pas seulement parce qu'il n'appartenait pas à la même race, même si cela jouait beaucoup. Il avait une façon de se tenir qui était dérangeante, et on aurait dit qu'il était absent la plupart du temps. Ceux qui n'avaient jamais vu d'elfes de leur vie le craignaient visiblement, et se tenaient loin de lui, mal à l'aise. Ceux qui avaient déjà rencontré des Eldar prenaient peut-être encore plus leurs distances, redoutant de voir cet être défiguré se transformer en un fou furieux que rien ne pourrait arrêter. Pour le moment, toutefois, il paraissait calme, et il occupait son temps libre à écrire dans son journal, sans que personne ne vînt le déranger. Vomengorn lui avait donné son repas, et avait essayé d'engager la conversation, mais il avait très vite compris qu'il dérangeait. Il reviendrait plus tard.

Ils étaient donc en route, traversant toujours le désert impitoyable, occupés par leurs pensées. L'elfe était reparti devant, en tant qu'éclaireur, tandis que le reste de la colonne suivait inlassablement. Vomengorn marchait machinalement, songeant avec un brin d'inquiétude à ce qu'ils risquaient de trouver sur place, quand ils arrivaient au lieu-dit. Il savait que les combats et les escarmouches continuaient de faire rage. Si l'on envoyait des renforts, c'était parce qu'il manquait des hommes pour aller au combat, ou bien que l'on voulait sécuriser une position. Dans les deux cas, cela signifiait du sang. Mais le pire était d'imaginer ce qu'il se passerait s'ils arrivaient trop tard, si les Haradrim avaient balayé les troupes Harondorim. Ils se retrouveraient en infériorité numérique, et ils avaient toutes les chances du monde d'être tués ou capturés. Cette perspective n'aidait pas Vomengorn à savoir quoi faire : forcer l'allure en priant pour arriver dans à temps, ou bien ralentir pour éviter de tomber dans un piège ?

- Cavalier ! Cavalier au Nord !

Le capitaine fut tiré de sa rêverie par un cri d'alarme. Il tourna la tête, et avisa rapidement ce qui avait alerté l'attention de la sentinelle. Au loin, à peut-être cent cinquante ou deux cent mètres, se tenait un cavalier solitaire, juché sur une monture noire, de la même couleur que sa cape. Il ressemblait à une apparition fantomatique, immobile. Brethil organisa la compagnie en position de défense, lances dressées pour faire face à n'importe quelle menace, d'où qu'elle vînt. La tension venait de monter d'un cran, et tous les organismes étaient bouillants : de peur ou d'excitation, cela dépendait de chacun :

- Faites sonner le cor ! Lança Vomengorn. Rappelez notre éclaireur !

Brethil sortit le splendide cor de chasse qu'il portait sur lui, et souffla trois coups. Le signal se propagea dans le désert, et atteignit certainement les oreilles de l'elfe, qui allait revenir immédiatement, sauf s'il était tombé sur quelqu'un... ou si quelqu'un lui était tombé dessus... Préférant ne pas penser au sort d'un de ses meilleurs éléments, Vomengorn décida de rester immobile, et d'attendre une manifestation du cavalier, qui ne bougeait toujours pas. De longues minutes passèrent, dans l'attente d'un assaut qui paraissait ne pas vouloir venir, et pourtant le cavalier noir demeurait là, les regardant. Ce n'était pas un mirage, car chacun pouvait le voir, et tous paraissaient avoir reconnu une silhouette similaire. Ce n'était pas une statue ou un piquet, car le cheval bougeait légèrement, bien que son cavalier demeurât parfaitement immobile.

Au bout d'un moment, l'elfe surgit de nulle part, courant pour rejoindre les rangs des défenseurs, qui s'écartèrent pour le laisser passer. Brethil lui tendit une lance, sans ménagement, et sans même lui demander s'il en voulait une. Pour le moment, il fallait assurer la défense de la compagnie. Vomengorn, qui regardait toujours le cavalier solitaire, hurla :

- Ohé, l'elfe, vous avez vu quelque chose ? Pourquoi avez-vous mis si longtemps à revenir ?

A peine ces mots furent-ils prononcés que le cavalier noir s'agita. Il fit faire volte-face à sa monture, et partit au galop, disparaissant derrière une dune plus grande que les autres. Vomengorn était sur le point de donner l'ordre à son unité de rengainer, quand il se souvint qu'il n'avait pas obtenu la réponse qu'il voulait de la part de l'elfe. Il se retourna vers lui, et l'interrogea du regard. Etait-il temps de repartir, ou bien devaient-ils se préparer à subir un assaut ?


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Soupir
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Jeu 11 Déc 2014 - 20:08
Soupir sentit le regard de la troupe sur lui. Peu importe, il avait une mission en cours d’exécution et il comptait la tenir. Se retourna et serrant la lance qu'on lui avait tendu, il se dirigea vers la réserve de nourriture, en extirpa une étoffe blanche et sale. Il la frappa plusieurs fois pour en retirer la poussière et le sable du désert qui s'en était fixé. Le chef de groupe, un dénommé Vomengorn le rejoint en quelques enjambés. Avant qu'il puisse ouvrir la bouche pour demander la raison de tout ceci, Soupir lui tendit un bocal en verre. Le capitaine le pris machinalement, se questionnant sur son contenu ou son utilité. C'était un simple bocal de sable du désert, reconnaissable à sa couleur cuivré. Soupir commença à fouiller et jeter sur le côté quelques sacs de victuaille sans que l'on comprenne pourquoi.

Mais qu'est ce qui se passe ici ?


Le capitaine faisait de grands gestes de la main. Soupir garda le silence et planta l'étoffe blanche au sommet de la lance. La secouant violemment, le pauvre tissu fatigué tomba paresseusement, s’arrêtant à la pointe de la hampe. Une fine brise fit flotter le petit drapeau blanc que Soupir venait d'improviser.
Le capitaine regarda Soupir installer l'étoffe sans rien dire. Il sentit que le bocal bougeait, comme s'il se réveillait. Un regard dessus lui montra une forme sombre qui sortit du sable. Par réflexe plus que par peur, Vomengorn ouvrit sa main et laissa s'échapper l'objet. Une barre de bois s'interposa pour arrêter puis pousser le bocal dans un tas de sable épais, à un pas d'ici. Soupir s'était servi du drapeau pour éviter que le bocal ne se brise. Un regard s'échangea entre les deux hommes.

Nous aurons besoin de ceci.


Soupir désigna du regard le bocal à moitié enfouit dans le sable. Un scorpion aussi sombre que la nuit s’extirpait du sable qui servait de linceul à sa prison. Ce faisant, il fit sortir le cadavre d'un mulot du sable, certainement les restes de son dernier repas. Le capitaine regarda à nouveau Soupir qui s’affrétait à distribuer deux sacs de nourritures et d'autres fournitures à des hommes proches. Ceux-ci les prirent avec réticence, questionnant du regard autour d'eux pour savoir quoi faire. Soupir attrapa l'instrument à corde qu'il avait laissé dans la caravane depuis le début. L'accordant rapidement, Soupir le posa avec délicatesse sur le sable à côté des sacs.
Vomengorn ramassa le bocal du scorpion et s'approcha de Soupir. Il parla bas pour éviter d'être entendu par les autres, cela même qui s'inquiétaient de l'arrivée plus qu'étrange de l'elfe ainsi que de son silence plus que dérangeant.

Que se passe-t-il ?


Soupir releva le regard vers son supérieur. Il n'aimait pas obéir mais les clients des contrats ont leurs mots à dire sur la teneur du contrat et ses méthodes si.... particulière de les remplir. Installant un sac sur son épaule, posant une main sur son épaule, Soupir murmura :

Des nomades. Les lois du désert demandent un échange


Soupir n'avait aucune idée de comment il connaissait ces règles, mais il en était certain, ces nomades n'attaqueront pas si un échange de ressource à lieu. Soupir se redressa, attrapa la lance drapeau et, en regardantles deux brutes pris une voix étonnamment grave pour un corps aussi fin.

Brock, tu surveilles le camp, Hiril, tu nous suis avec trois homme à distance.


Soupir regarda l'archer.

Ezigdryngheid, tu les accompagne avec ton arc si besoin.


L'archer écarquilla les yeux, se repris rapidement. Il se leva et prépara ses affaires. Soupir avait pris peine de marquer son nom dans son livre. Le prononcer à haute voix avait ceci de poétique, il éveillait bien des sensations en lui. La synesthésie, une des autres maladies dont était victime Soupir lui donnait la capacité de stimuler tous ses sens avec un simple stimulus. Son nom lui faisait imaginer les Fjords du nord, ces grandes falaises de glace qu'il a pu imaginer d'après ses lectures. Avec elle, vient le froid, mordant et secs des étendus glacés, le hululement des vents du nord, les cris des loups chassant en meutes une nuit de clair de lune, le bruit et la sensation de la neige poudreuse qui crisse sous ses pieds. Soupir en vint à frissonner.

Se reprenant, il regarda le capitaine. Sans provocation ni moquerie dans le regard. Il attendait simplement. Vomengorn se retourna.

Vous avez entendu tous ? Bougez-vous !


Le camp se mis en branle, chacun rassuré d'avoir quelque chose à faire. Les groupes se firent rapidement, les deux brutes rassemblant les hommes avec une voix forte. Soupir partit vers la sortie du camp. Il attendit avec son sac, sa violine et sa lance, le capitaine arrivait avec deux autres soldats, d'ancien prisonnier, sûrement à leur démarche basse.
Laissant passer son supérieur, il indiqua, de la pointe de sa lance, une dune plus élevée que les autres et se mirent en route. Vomengorn gardait le scorpion du bout des doigts, comme si son occupant aurait pu en sortir à tout moment. Il demanda comment Soupir avait rencontré les nomades.

Pendant la marche.

La réponse fut aussi brève qu'évidente. Elle ne répondait en rien à la question mais était tout de même une réponse. La marche dura une dizaine de minutes. Le groupe d'Hiril les suivait de loin, ne se cachant pas.

Tant mieux, se dit Soupir, se montrer de manière évidente était bien plus efficace que de mal se cacher. Les nomades savaient sûrement qu'il était suivit de toute façon.

Vomengorn questionna l'éclaireur et finit par avoir quelques réponses. Il les avait croisés plus loin à une petite oasis qui n'était pas indiqué sur les cartes. Il avait essayé de le chasser. Après avoir montré le scorpion capturé, ceux-ci avait accepté de le laisser approcher. Vomengorn devrait rencontrer leur chef. C'était court, concis mais la situation était plus claire.

Passant derrière une dune, Soupir arrêta le groupe. Il planta la lance dans le sol et sortit sa violine. Il commença à en jouer, doucement, comme s'il avait peur d'être entendu. Le groupe le questionna du regard. Soupir leur rendit leurs regards.

Pour le groupe de derrière.


D'un signe de tête, Soupir pointa une direction entre les dunes. Le groupe avança au son des accords mélodieux de Soupir. Après quelques minutes de marches dans le sable chaud et une gourde vide, quelques feuilles de palmier firent leurs apparitions. Au lieu de se réjouir, les soldats semblaient nerveux. Quelques minutes de marches de plus, ils arrivèrent en vue d'une sentinelle. C'était un homme recouvert de tissu, dans le style de tous les nomades. Seule l'épée courbe à sa hanche semblait potentiellement hostile. L'homme cria quelque chose. Soupir lui répondit une formule dans un argot étrange. La sentinelle semblait satisfaite et leur pointa l'oasis. De la fumée d'un feu de camp s'élevait au-dessus de celui-ci. La vue était plaisante.

Un camp contenant deux grandes tentes pour les hommes étaient dressées dans le coin ombré de l'oasis. Les bêtes de sommes pataugeaient dans l'eau pour se désaltérer ou se reposaient à l'ombre des arbres. Quelques enfants jouaient à s'arroser, baignant d'innocence. Certaines femmes lavaient des draps ou d'autres tissus et les laissaient au soleil. Ils seront secs dans l'heure. Les hommes vaquaient de droite à gauche. Soupir expliqua que les hommes important devaient fumer dans la grande tente, qu'ils devaient attendre qu'on les y invite. Ils leurs appris aussi que l'hospitalité étaient sacré pour ces gens-là et qu'il était aussi facile de s’en faire des amis que des ennemies. Vomengorn demanda d’où venaient toutes ces connaissances sur les nomades du désert.

Je n'en sais rien.


et le cavalier noir ?


une ombre du passée


Un homme vint à leur rencontre. D'un mouvement du bras, il les invita à pénétrer dans le camp. Il se révéla très intéressé par l'instrument de Soupir. Semblerait-il qu’ils appréciaient la musique, même au fond du désert. Soupir joua un air calme mais triste, attirant la mélancolie. Sur le chemin jusqu'à la tente du chef, de plus en plus de gens s’attroupait autour d’eux. D’abord des enfants, pour qui ces airs étaient inconnus, puis les femmes et les hommes travaillant autour du feu. Soupir s’arrêta à quelques pas du feu. Les notes montaient, sifflaient une mélodie piquante évoquant l’aventure. Le silence se faisait en cercle autour de lui, comme si le temps s’était figé. Et Soupir jouait, jouait et jouait encore.

Quand il eut finit, il vit le capitaine en train de discuter à l’entrée de la tente du chef. Celui-ci lui fit signe de le rejoindre. Il confia sa violine à l’un des porteur, sachant qu’il était lui aussi musicien. S’il jouait pour ces gens, il ne risquait pas de problème ici.

Entrant dans la tente froide, Soupir vit cinq personnes assise en tailleur ainsi que Vomengorn autour d’une pipe à tabac. Du thé était servi pour chacun et une tasse fumante l’attendait.

Sucré, comme vous l’aviez demandé tout à l’heure.


L’homme qui parla était sans doute le plus vieux et, de faites, le chef des nomades. Des symboles de scorpions sombres étaient cousus sur de nombreuses tenues et tapis.

Pas étonnant qu’ils se soient calmés avec le scorpion.


Soupir s’assis avec Vomengorn. Un homme apporta une lampe à huile fumante à l’odeur d’épices. Il attendait près de son chef.

Votre scorpion.


Le chef tandis la main en signe d’invitation. Vomengorn donna le bocal au chef. Celui-ci dévissa le couvercle et plongea sa main sans hésitation. D’un geste adroit, il tira le scorpion par la queue et le maintenait au-dessus de la fumée. Le scorpion se débattit, bougeant de droite à gauche, cherchant à pincer. Il se détendit totalement par la suite.

Votre main


Soupir tendit sa main vers le chef. Le silence était d’or. Le scorpion atterrit doucement dans sa main. Une lueur de frayeur passa sur les traits de Soupir. Le scorpion se contenta de grimper le long du bras de Soupir. Le bras tendu, Soupir le regarda s’installer sur son épaule. Il regarda le chef. Celui-ci répondit avant la question.

La tribu du scorpion ne craint pas leurs piqures. Ces herbes habitueront le scorpion à votre contact. Buvez-les en infusion et plus jamais vous n’aurez peur d’eux.


Un serviteur apporta des herbes étranges, comme des racines sèches. Soupir les prit et les rangea en faisant attention au scorpion mortel perché sur son épaule. Le chef s’en amusa. Il écarta grands les bras et parla d’une voix douce.

Les porteurs de scorpions seront toujours nos invités. Maintenant buvons.
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Ryad Assad
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Mer 17 Déc 2014 - 16:46
Quelques mois auparavant, Vomengorn aurait fustigé l'elfe pour avoir pris des initiatives sans son consentement, et pour s'être arrogé un rôle qui n'était pas le sien. Il y avait des dangers incroyables dans le désert, des menaces permanentes qui pouvaient se manifester sous des formes diverses. Qu'il s'agît du soleil, des animaux dangereux, ou des bandes armées qui circulaient dans la région, il valait mieux faire preuve de prudence, ne pas prendre de risques inutiles, et surtout référer au chef de l'expédition. Quelques mois auparavant, il l'aurait remis à sa place, lui aurait rappelé à la hiérarchie, lui aurait expliqué qui commandait, et en aurait fait un exemple pour tous les autres qui auraient été tentés de lui désobéir. Quelques mois auparavant... Mais entre temps, il y avait eu Dur'Zork. L'épisode l'avait marqué, pour ne pas dire traumatisé, et il avait vieilli soudainement. Fini le discours plein de romantisme et d'esprit chevaleresque. Finies les certitudes et les convictions ancrées. Il était désillusionné, bien plus pragmatique qu'avant, et ce fut pour cette raison qu'il écouta l'elfe lorsque celui-ci décida de les conduire jusqu'à ce qu'il avait trouvé.

Il était certainement la créature la plus étrange que Vomengorn avait jamais rencontrée. Jamais ce qu'il faisait ne semblait avoir de sens, et pourtant il agissait avec beaucoup de méticulosité, comme si cela faisait partie d'un tout cohérent. Le bocal, le drapeau blanc, qu'est-ce que tout cela pouvait bien signifier ? Quand le capitaine lui demanda davantage d'explications, l'elfe ne trouva qu'à donner une réponse sibylline. Les lois du désert... Pff... Le capitaine connaissait les lois du désert, et pour lui elles se résumaient à "tuer avant d'être tué". Il ne voyait aucun honneur dans les hommes qui vivaient dans le sable, ces nomades puants qui allaient et venaient. Tantôt ils faisaient paître leurs troupeaux paisiblement, et apparaissaient comme des commerçants sympathiques, et le lendemain ils se transformaient en guerriers brutaux, sauvages, avides de sang et de carnages. Ils allaient et venaient, tuaient tout sur leur passage, et repartaient en laissant des mares de sang. Et lorsqu'on envisageait une riposte, ils se mettaient à piailler, avançant qu'ils n'étaient que des marchands sans défense. Depuis longtemps, Vomengorn n'avait que mépris à leur égard... encore davantage depuis qu'ils avaient pris sa merveilleuse cité, et tué tant et tant de gens.

Toutefois, s'ils étaient réellement cernés par des nomades, ils n'avaient pas le choix, ils devaient négocier. Il n'y avait pas de place à la guerre quand on disposait d'une unité composée d'une vingtaine d'hommes guère formés au combat. L'elfe paraissait savoir ce qu'il faisait, et bien qu'il donnât des ordres avec un peu trop de zèle et de confiance en lui, il fallait reconnaître qu'il était assez charismatique pour être suivi par tous. En deux temps trois mouvements, les autres mercenaires se rallièrent à lui. Les deux costauds ne parurent pas trop apprécier d'être commandés comme ça, mais ils ne firent aucun commentaire. Le dénommé Brock, de loin le plus massif des deux, demeura au campement. Hiril, qui paraissait un peu moins menaçant mais tout aussi redoutable, fit signe à trois hommes de lui emboîter le pas. Il avait sélectionner trois anciens prisonniers avec qui il avait fait connaissance la veille, et qui paraissaient savoir se servir d'une arme. Quant à l'archer, il n'avait de toute évidence pas du tout aimé de se faire traiter comme un sous-fifre. Il serra les mâchoires, de toute évidence crispé, et s'empressa de rassembler son équipement. Lui était là pour l'or, pas pour les contraintes.

Vomengorn observa l'elfe, qui le dévisageait en retour. Il se dit soudainement qu'il n'aimerait jamais cette race. Ils étaient si... supérieurs. Dans tous les sens du terme. A la fois, on ne pouvait que s'incliner devant leur majesté. Même celui-ci, qui n'était pas le spécimen le plus esthétique de sa race, avait ce quelque chose d'éthéré et de magique. Il était une créature venue d'un rêve, un individu trop parfait pour marcher aux côtés des humains. Pourtant, ils étaient loin d'être sans défauts, et on ressentait en eux cette condescendance vis-à-vis des mortels, cette faible considération qu'ils pouvaient avoir pour la vie d'autrui, et ce monopole de la sagesse qu'ils revendiquaient détenir. Etait-ce de la jalousie ? Peut-être. Qui n'aurait pas été jaloux face à un elfe immortel, si âgé qu'il avait vu des choses merveilleuses, si splendide que le monde s'inclinait sous ses pas. Pourtant, qu'ils s'appréciassent ou non, ils étaient alliés, et ils devaient faire front commun. Vomengorn, qui détenait la décision finale, autorisa ce déploiement, et quitta lui-même les hommes pour participer aux négociations, laissant à Brethil le commandement de la troupe.

Et puis ils avancèrent. Tendus comme la corde d'un arc, prêts à réagir au moindre signe de danger, ils étaient conscients de leur cruelle infériorité numérique, et du danger qui menaçait de s'abattre sur eux. Ils pouvaient tout aussi bien tomber dans un piège, et finir criblés de flèches, massacrés comme des chiens pour le peu de vivres qu'ils avaient à leur disposition. Mais c'étaient les lois du désert, celles de Vomengorn du moins. Les réponses de l'elfe furent tout sauf éclairantes, et le capitaine cessa bientôt de l'interroger. Le mercenaire était mystérieux, et il ne souhaitait de toute évidence pas en dire davantage. Soit. Pour le moment, il n'avait pas agi contre l'intérêt du groupe, et il était plus prudent de ne pas le brusquer, et de pouvoir continuer à compter sur sa lame. Mais il n'avait pas intérêt à les mener dans un piège, sans quoi il risquait d'être le premier à le regretter. S'ils devaient tomber par sa faute, le capitaine s'assurerait de lui planter personnellement quarante pouces d'acier entre les côtes avant de trépasser.

Portés par la douce musique jouée par l'elfe, qui paraissait adoucir les mœurs de leurs hôtes, les Harondorim furent introduits au sein du campement des nomades, sans que le sang fût versé. Vomengorn tourna le regard de droite et de gauche, à mesure qu'on sortait pour les accueillir. Il y avait là des femmes et des enfants, intrigués par les notes discrètes mais agréables à l'oreille qui leur parvenaient. On se rassembla auprès d'eux, et dans les regards il y avait certes une forme de méfiance, mais aussi une curiosité plus innocente que l'on voyait surtout dans le regard des enfants. Ils paraissaient émerveillés devant ces hommes en armes qui étaient venus les trouver. Paradoxalement, Vomengorn trouva qu'ils avaient l'air beaucoup plus impressionnés que lorsqu'il se promenait dans les villages juché sur son destrier, dans son armure impeccable et étincelante. Alors, on le regardait souvent comme un étranger, comme un conquérant ou comme un homme méprisant. Ici, retranché dans sa cuirasse usagée, on le regardait comme un grand seigneur. Il en fut perturbé, mais ne pipa mot. Il avait des choses plus urgentes à traiter.

Alors que l'elfe continuait de jouer, un homme s'approcha de Vomengorn et des deux prisonniers qui lui servaient d'escorte. Il les détailla tous les trois, et comprit rapidement qui commandait. D'une voix posée, il énonça :

- Vous voilà. Voudriez-vous entrer et discuter ?

Le capitaine leva une main pour couper court à tout malentendu :

- Sauf votre respect, monsieur, je suis capitaine dans l'armée Harondorim. Nous sommes en chemin pour rejoindre notre bataillon, à qui nous apportons des vivres. Nous sommes actuellement sur le territoire de l'Emir Radamanthe. Je pense que vous ne comprenez pas...

Sans se départir de son petit sourire en coin et de son air détendu, le chef des nomades l'interrompit :

- Je pense que c'est vous qui ne comprenez pas, jeune homme. Sur vos cartes et vos plans, nous sommes peut-être sur le territoire de votre Emir, mais ici personne ne règne sinon le désert. Les armées passent, et chacun survit comme il peut. Considérez que vous êtes en territoire étranger. Je souhaite simplement négocier une taxe avec vous, mon ami.

Vomengorn faillit s'étranger. C'était purement et simplement du racket, du vol ! Il était sur les terres de son suzerain, et ce chef de tribu aurait dû s'incliner devant lui et lui proposer humblement de bien vouloir accepter les vivres qu'il avait à lui proposer. Pas l'inverse ! Contenant à grand peine sa réaction outragée, il fit un effort de volonté pour se raisonner. Il n'était pas en position de faire plier par la force cet homme qui paraissait bien sûr de lui, et il devait pour l'heure faire le dos rond. Quand la situation s'arrangerait, quand ces maudits pirates auraient été chassés, et que le Seigneur Radamanthe reprendrait le contrôle de ses terres, Vomengorn s'occuperait personnellement de cet homme, pour lui faire apprendre ce qu'il en coûtait de trahir ainsi son royaume et son suzerain. Pour l'heure toutefois, il devait suivre le mouvement, et faire en sorte de sortir en vie de ce drôle de traquenard.

- Allons, entrez donc, vous serez mieux pour discuter.

Vomengorn accepta, et fit signe à son escorte de demeurer à l'extérieur. Il n'était pas besoin de leur faire comprendre d'être prudents et de ne pas faire de gestes brusques. A deux contre toute une tribu, ils n'avaient de toute façon pas beaucoup de chances. Le capitaine pénétra dans la tente, et se retrouva dans une atmosphère plus fraîche, l'ombre dissipant la chaleur des rayons du soleil. Il y avait là des hommes qui le regardèrent avec sévérité, et à qui il rendit un regard glacial. Il n'était pas en terre amie ici, et il le savait. Prenant place là où le lui indiquèrent des jeunes femmes arrivées discrètement auprès de lui, il attendit patiemment l'arrivée de son hôte, qui le rejoignit accompagné de l'elfe. Les hommes s'installèrent, autour d'une pipe à tabac. Le thé était déjà servi, et de toute évidence, le mercenaire avait eu une très longue conversation avec le chef de tribu, pour qu'ils en vinssent à parler boisson. Le regard que jeta Vomengorn au Premier Né était éloquent, mais il ne fit aucun commentaire. Ce n'était pas le moment.

Ce ne fut pas plus le moment de faire un commentaire quand se déroula sous ses yeux la scène du scorpion. Si on la lui avait racontée, il n'aurait sans doute pas voulu le croire, et il aurait congédié l'intéresser en lui disant de moins forcer sur la boisson. Sans montrer la moindre crainte, le chef des nomades s'empara de la créature au venin mortel qui se débattit quelque peu entre ses doigts, avant de s'immobiliser totalement. Et puis, sans prévenir, il déposa l'animal pourtant incroyablement dangereux dans la main de l'elfe. Vomengorn porta instantanément la main à son poignard, prêt à le dégainer sans trop savoir ce qu'il allait en faire. Entendait-il d'abord tuer le scorpion, ou bien plonger sa lame dans le cœur du chef ? Malheureusement, il n'était pas capable de répondre à cette question, et cela le troubla. Alors qu'il hésitait, le scorpion se mit en marche, et remonta tranquillement le long du bras de l'elfe, qui paraissait craindre sa morsure, et qui n'osait pas chasser la créature de peur de l'agiter et de recevoir une piqure mortelle.

Et puis, comme s'il avait trouvé là un endroit parfait d'où il pouvait surplomber l'assistance, et bien que ses pinces continuassent d'être suspendues à quelques centimètres du visage de l'elfe, il semblait calme. Le chef se fendit d'un commentaire pédagogue, et offrit à l'elfe des plantes particulières, un mélange spécifique que devaient concocter les membres de cette tribu pour apprendre à apprivoiser les scorpions. Pour Vomengorn, c'étaient des racontars et du charlatanisme, rien de plus qu'un peu de chance et beaucoup de conviction qui aboutissaient parfois à des résultats qui pouvaient passer pour spectaculaires. Toutefois, il valait mieux éviter de discuter avec les hommes du Sud, ils étaient bornés et obtus. Tout au plus était-il possible de parler commerce et guerre avec eux. Pour le reste, ils étaient aussi étrangers au capitaine que pouvaient l'être les Nains ou les Elfes : proprement incompréhensibles.

Une fois la démonstration achevée, le chef les invita à boire, et ils se saisirent d'un verre de thé qu'ils portèrent à leurs lèvres. Il provenait de la même carafe, et Vomengorn attendit soigneusement de voir son hôte boire avant de tremper lui-même les lèvres dans le breuvage. Il se rendit compte soudainement que, si le thé avait été empoisonné par du venin de scorpion et que son interlocuteur était réellement immunisé, il venait peut-être de signer son arrêt de mort. Adressant une prière muette aux Valar, il avala sa gorgée, attendant à chaque instant de voir la mort s'emparer de lui. Mais, comme les convulsions violentes et les douleurs atroces ne venaient pas, il finit par prendre la parole, comme l'exigeait son rang :

- Merci pour votre hospitalité, monsieur. Merci vraiment. Cependant, nous n'avons guère le temps de nous éterniser. Nous devons faire jonction avec le reste de nos troupes, et nous sommes attendus. Nous souhaiterions simplement pouvoir passer, et continuer notre chemin, sans encombres.

Le chef sourit :

- Je suis persuadé que nous trouverons un moyen pour que vous puissiez rejoindre vos compagnons, ne vous en faites pas. La situation est difficile pour tout le monde, voyez-vous. Nous manquons de beaucoup de choses, et la guerre... elle ne nous permet plus de commercer comme avant. Tragédie, n'est-ce pas ?

Vomengorn jeta un regard à l'elfe, en serrant les poings. Dans quel odieuse négociation l'avait-il traîné, celui-là ? Le chef nomade paraissait ne pas vouloir faire le premier pas et rentrer dans le vif du sujet. Peut-être étaient-ce les "lois du désert" qui impliquaient de tourner autour du pot pendant des heures, pour ne pas parler des vraies choses, et mettre en mots ce qui n'était qu'une réalité au fond. Le capitaine, qui avait certes du tact et de la diplomatie, mais qui ne concevait pas de se faire dépouiller sur sa propre juridiction, enchaîna d'une voix cassante :

- Ecoutez... Je ne veux pas être impoli, mais je pense que nous connaissons tous la vérité (il jeta un regard autour de lui, vers les autres hommes dans la pièce. Oui, ils savaient tous comment cela risquait de finir). Vous cherchez à nous extorquer des ressources, des vivres, peut-être même des armes ou de l'eau, que sais-je ? Ce que je vous dis, moi, c'est que nous sommes des soldats du Harondor, de l'Emir Radamanthe, suzerain de ces terres et votre seigneur à tous. Je n'ai aucun moyen de vous forcer à nous laisser poursuivre notre route, mais il vous faudra notre consentement si vous voulez vous emparer de nos vies et de nos biens. J'ai avec moi un bataillon d'élite, et vous verrez couler le sang si vous ne nous prenez pas au sérieux...

Nouveau regard vers l'elfe. Le mensonge était gros. Il fallait espérer que le mercenaire n'avait pas vendu la mèche, en révélant qu'en fait, il s'agissait d'un groupe de volontaires plus ou moins motivés, qui n'avaient qu'une expérience très limitée du combat, et qui seraient écrasés en quelques minutes s'ils subissaient un assaut. Pourtant, il fallait jouer la carte du bluff et espérer que cela allait fonctionner. Le chef nomade accusa le coup de cette réplique cinglante, plus acide qu'il ne l'attendait, sans doute. Il jeta un regard à l'elfe, comme pour lui dire qu'il déplorait que les choses eussent tourné de cette façon, et répondit d'une voix toujours apaisée, bien que son regard parût moins enjoué :

- Je vois que vous n'êtes pas un homme du désert. Mais au moins, vous avez l'honnêteté d'admettre que vous êtes cernés, condamnés à mourir si telle est ma décision. Puisque vous êtes un homme des villes, un homme du Nord, je vais vous parler comme tel. Je veux la moitié de votre chargement : vivres, armes, et un de vos ânes. Donnez-moi ce que je demande, et je vous laisserai partir. Sinon, eh bien nous attendrons patiemment que le soleil ait raison de vos hommes, et nous viendrons prendre notre dû.

Vomengorn demeura le visage grave, mais intérieurement il était soulagé. Il avait mordu à l'hameçon, et il croyait vraiment qu'il risquait d'avoir affaire à des soldats surentraînés. S'il avait su, il aurait sans doute ri au nez du militaire, et lui aurait demandé beaucoup plus. La moitié, c'était déjà énorme, mais cela ne mettrait pas en péril la mission. Ils arriveraient à destination, et auraient encore de quoi déposer un chargement utile aux hommes qui les attendaient. Le capitaine, toutefois, ne pouvait pas s'empêcher de se demander pourquoi il en était rendu là. Comment une telle chose pouvait-elle être possible ? Il n'en revenait tout simplement pas. Lentement, il réagit :

- Vos conditions sont inacceptables... Pourtant je n'ai d'autre choix que de les accepter. Parce que je tiens à éviter un bain de sang. La guerre a frappé à de nombreuses reprises, et le Harondor a perdu beaucoup de valeureux soldats. Je suppose que votre tribu n'a pas été épargnée par les conflits non plus...

Le chef parut s'assombrir un instant :

- Non, en effet. Beaucoup des nôtres ont été recrutés pour défendre Dur'Zork. Aucun n'est revenu. Morts, ou réduits en esclavage, sans doute. Quoi qu'il en soit, je vois que nous avons un accord. Faites prévenir vos hommes. Dès que nous aurons notre chargement, vous pourrez partir.

- J'ai votre parole ?

Le chef exécuta un signe rituel, qui semblait vouloir confirmer sa promesse. Vomengorn se frappa la poitrine du poing, prêtant serment à la manière des militaires, avant d'appeler ses hommes qui se trouvaient à l'extérieur de la tente. Il leur expliqua précisément ce qu'ils devaient faire, ce qu'ils devaient dire, et les envoya au pas de course pour porter les directives le plus rapidement possible. Brethil, qui commandait au reste des troupes, ne manquerait pas d'être étonné par ces consignes, mais il connaissait son chef, il connaissait la situation, et il ne tarderait pas à faire le lien. L'homme s'éclipsa sous le regard en coin des gardes du corps du chef, tandis que la conversation repartait d'un ton plus léger. Vomengorn, qui appréciait de moins en moins cet endroit, termina son thé d'une traite, même si cela lui brûla la gorge avant de laisser ses pensées vagabonder. Il laissa le reste de la conversation, le côté culturel et diplomatique, à l'elfe qui l'accompagnait, et qui paraissait trouver du plaisir à converser avec un étranger, un ennemi et un voleur de surcroît.

Il fallut près d'une heure avant qu'on entendît enfin les premiers signes de l'arrivée de l'âne, chargé des biens que les hommes du Sud avaient demandé. Vomengorn, l'elfe et le chef de tribu sortirent de la tente, pour observer le tout. Brethil avait exécuté les ordres à la lettre, et il avait donné la moitié de leurs armes et de leurs vivres, sans même essayer de tricher ou d'en cacher une partie. On ne pouvait jamais savoir. Le nomade examina soigneusement ce qu'il venait de trouver. Il regarda les sacs de farine, qu'il ouvrit pour voir si on ne l'avait pas trompé. Il regarda les armes, afin de voir si elles n'étaient pas brisées ou abîmées. En silence, il fit le tour de sa nouvelle acquisition, avant de revenir à ses interlocuteurs, visiblement satisfait :

- Ces vivres vont aider les miens à survivre.

- Maintenant que nous avons donné notre part, pouvons-nous rejoindre nos hommes et repartir ? Nous sommes pressés, la guerre n'attend pas.

Le chef s'écarta de leur chemin, et Vomengorn s'en alla sans un au revoir, sans même lui serrer la main. Il ne pouvait pas concevoir un quelconque geste amical envers celui qui venait de lui extorquer des biens appartenant à l'armée, et qui s'était volontairement soustrait à l'autorité de l'Emir pour mieux le voler. Un traître de plus, comme il y en avait tant actuellement. Les jours étaient sombres, tout comme l'étaient les cœurs. Quand il se retourna, il vit que le nomade avait attrapé le bras de l'elfe, comme pour lui dire quelque chose. Ils lui firent signe de continuer à avancer, et de toute évidence ils voulaient discuter en privé, sans être interrompus. Le capitaine haussa les épaules et s'éloigna avec le reste de son groupe, traînant les pieds dans le sable, avec la désagréable sensation d'avoir perdu le peu de dignité qu'il lui restait. S'il en était rendu à se faire racketter par les nomades du désert, où était sa fierté de chevalier ? Il aurait dû charger l'épée à la main, périr de la même façon, et s'écrouler criblé de flèches comme les héros de jadis. Quelques mois auparavant, il l'aurait fait, sans doute. Il aurait mené sa compagnie à une mort digne d'être chantée dans les légendes, et bien que le désert aurait avalé son corps et n'en aurait laissé aucune trace, son nom serait resté gravé dans les mémoires. Quelques mois auparavant...

En le voyant revenir, les hommes de la troupe accoururent vers lui pour avoir des nouvelles. Brethil les fit taire d'un geste, et dévisagea son capitaine droit dans les yeux, en attente de réponses. Il était aussi curieux que ses subalternes, il se contentait simplement de le montrer avec beaucoup plus de dignité. Le capitaine s'éclaircit la gorge :

- Nous avons été volés, soldats. Volés par les hommes du désert qui ne reconnaissent plus l'autorité de l'Emir notre suzerain. Hélas, nous ne sommes plus en territoire ami, et nous allons devoir nous méfier. Cependant, je ne pense pas que nous retomberons sur pareils bandits. Nous sommes à un jour de marche de notre destination, et je pense qu'on ne nous attaquera pas si près de la zone de combats. Pas pour des vivres et des armes, tout du moins. Et maintenant, préparez-vous ! Nous n'avons que trop traîné !

Les hommes s'exécutèrent en se jetant des regards peu rassurés. Tout à coup, ils ressentaient l'immensité du désert, et la catastrophe dans laquelle ils risquaient de tomber s'ils entraient en conflit avec un groupe de pillards. Qui, alors, viendrait les sauver ? Personne, assurément ! On les abandonnerait au milieu du désert, charognes puantes dévorées par les chacals. Ils n'avaient pour l'heure aucun espoir de voir des renforts arriver, et s'ils voulaient dissiper l'impression de malaise terrible qui les saisissait, il leur fallait avancer, se rapprocher d'hommes portant le même blason, même si cela signifiait se rapprocher également d'une mort plus que probable. Alors que tous étaient en train de se préparer, de charger leurs paquetages sur leur dos, et de s'emparer de leur matériel qu'ils avaient ôté à l'âne qu'ils avaient sacrifié pour pouvoir continuer, l'elfe revint.

Vomengorn le vit arriver du coin de l'œil, et il marcha droit dans sa direction, ses pas lourds s'enfonçant dans le sable de la dune que l'Eldar descendait sans la moindre difficulté. Arrêtant le Premier Né, le capitaine de la troupe le prit à parti sèchement, encore tremblant de rage après la scène à laquelle il venait d'assister :

- Vous auriez pu tous nous faire tuer ! Lança-t-il sans préambule. Plutôt que de négocier avec eux, vous auriez dû venir nous rapporter leur position, et nous aurions pu définir un plan, une stratégie. S'ils vous avaient éliminé, nous aurions continué à avancer sans crainte, et nous aurions pu tomber dans un piège. Ils ne nous auraient laissé qu'avec nos chausses pour vêtements, et nos larmes pour seul breuvage. Nous dépendons de vos rapports, rappelez-vous-en !

Le ton de Vomengorn était brutal, mais il n'était pas méchant. Simplement, c'étaient ses émotions qui parlaient, et qui retombaient peu à peu. Ils étaient passés à deux doigts du désastre, véritablement. Reprenant sur un ton plus calme et plus apaisé, presque complice, il glissa à l'elfe :

- Mais en tout cas, vous vous êtes bien débrouillé avec eux. Nous avons dû céder une grande partie de nos biens, mais si cela nous permet de tous arriver en vie, c'est préférable. Félicitations.

Il adressa une tape fraternelle sur l'épaule de l'elfe, avant de jeter un regard en arrière vers sa compagnie. Brethil, qui prenait à bras le corps son travail de lieutenant, arrangea les hommes, disposa les sentinelles, et définit la direction à prendre par rapport à la course du soleil qu'il avait pu observer à loisir pendant que se démêlait la situation dans laquelle était empêtré son chef. Il donna ses premières consignes, et les hommes se mirent en marche péniblement, mais bien heureux de quitter la région et ses dangers. Vomengorn revint à l'elfe, et lui demanda :

- Au fait, que vous voulait le chef ? Après que l'on soit parti, je veux dire. Il avait l'air de vouloir vous dire quelque chose... D'ailleurs, je me rends compte que je ne sais même pas comment vous appeler, soldat. Vous avez bien un nom, je suppose.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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