Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel]

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Ryad Assad

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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyJeu 14 Mai 2015 - 4:42
- On ferait mieux de se tirer, je te dis. L'heure, c'est l'heure, point final.

La voix qui venait de s'élever était rauque et grave, celle d'un homme passant plus de temps à boire de l'alcool et à se vautrer dans les plaisirs de la vie qu'à arpenter le monde. Il acheva d'ailleurs sa phrase dans une quinte de toux grasse, qui contrastait avec son physique. Il était maigre comme une planche, pâle comme un linge, et ridiculement petit sans être un nain. Il compensait ce dernier point la présence de deux de ses associés, qui eux étaient d'une taille tout à fait respectable, et beaucoup plus normaux. Ils étaient frères, et en dépit de leurs quelques années d'écart, ils se ressemblaient énormément. Les mêmes cheveux bruns, les mêmes yeux noisette. On aurait dit des jumeaux dont l'un aurait eu un peu de retard à la livraison. Ils avaient d'ailleurs le même caractère posé et patient, qui leur permettait de travailler avec Le Pâle, comme on l'appelait en général pour éviter d'avoir à prononcer son nom compliqué. Ce dernier était impatient, et il ne supportait pas de devoir attendre quelqu'un qui prenait soin d'arriver en retard précisément pour l'énerver. Il savait que la personne qu'ils attendaient était haut dans la hiérarchie, et ils ne doutaient pas que leur prise pourrait leur valoir une belle promotion s'ils savaient la vendre. Afin de conclure rapidement l'échange, pour pouvoir repartir tranquillement à leurs activités, les deux frères renchérirent pour calmer leur compagnon, lui affirmant que ce n'était rien, et que l'or était plus important que les principes pour l'instant. Cédant à ce dernier argument, Le Pâle évacua sa nervosité en donnant des coups de couteau rageurs à un tronc d'arbre parfaitement innocent. Il y en avait peu des arbres dans la région, et encore moins qui avaient la forme très particulière de celui-ci : un superbe saule penché, qui ressemblait vaguement à une silhouette humaine courbée.

Alors que les minutes s'égrenaient, ils jetaient régulièrement un coup d'œil à leur prise, s'assurant que tout allait bien. Ils avaient pour ambition de la livrer intacte, et ils avaient pris grand soin de ne pas l'abîmer quand ils s'étaient rendu compte de sa valeur potentielle. Pourtant, Le Pâle avait bien failli passer ses nerfs dessus au début, croyant qu'elle ne valait rien. Il avait fallu l'intervention des deux frères pour lui faire entendre raison, et même alors, seule la perspective de gagner de l'or avait réussi à ramener le calme chaque fois qu'il s'était emporté. Leur message avait été envoyé dix jours auparavant, et ils avaient reçu une réponse trois jours plus tard, en leur confirmant le lieu du rendez-vous, une semaine après. Ils avaient veillé sur leur chargement pendant tout ce temps, s'assurant qu'il ne se détériorait pas avec l'humidité, le froid de la nuit et la chaleur des jours. Ils avaient dû l'arrimer pour qu'il ne tombe pas en chemin, et ils craignaient que le jeu des cordes ne finisse pas l'abîmer irrémédiablement. Ils avaient été satisfaits, en arrivant finalement au point de rendez-vous, de constater que non.

- Mais c'est pas vrai ! Ça fait déjà quinze bonne minutes ! On devrait se tirer d'ici, vite fait !

- Non, attends ! Réagit le cadet des deux frères. Un cavalier, là-bas ! C'est forcément notre homme !

Le Pâle se tourna rapidement, suivant la direction qu'indiquait le doigt tendu devant son nez. En effet, quelqu'un venait bien d'arriver. Le cheval allait à une allure raisonnable, mais serait là dans quelques minutes. Comment avaient-ils pu ne pas le voir avant ? Pourtant, le terrain n'était pas particulièrement vallonné : sûrement qu'ils n'avaient pas prêté attention, trop occupés à angoisser concernant leur paiement. Il fallait dire que les temps étaient difficiles. Certes, les champs étaient de nouveau fertiles, et le soleil paraissait être revenu pour de bon, mais les cicatrices de l'hiver étaient encore visibles un peu partout. Il y avait du travail pour qui souhaitait en trouver, mais il était payé une misère : il permettait de vivre, mais sans plus. Le Pâle et ses associés, eux, désiraient précisément ce « plus ». Ils étaient partis de rien, et avaient construit leur fortune durant le Rude Hiver, en négociant des marchandises spécifiques pour des clients spécifiques. Ils étaient efficaces, ponctuels, et assez peu chers – du fait de leur inexpérience, principalement. Ils n'agissaient pas sur commande, mais se contentaient de ramasser ce qui traînait ici ou là, et de le revendre comme ils le pouvaient. Ils n'étaient pas des voleurs, encore moins des meurtriers, mais il fallait dire que beaucoup de gens mouraient en route, tués par la faim, le froid ou les bêtes sauvage. Le Rude Hiver avait ouvert un nouveau secteur que le retour de l'été avait condamné aussi rapidement. Conscients qu'ils ne seraient plus en mesure de revenir à leur vie antérieure, ils avaient décidé de continuer malgré la difficulté, prospectant ici ou là. Le coup qu'ils venaient de réaliser était audacieux, très dangereux, et hors de leurs standards habituels. Ils avaient donc dû chercher un client désireux d'acquérir leur bien, ce qu'ils avaient trouvé à force de prospecter. Ce quelqu'un était très mystérieux, et il ne se déplaçait jamais en personne. Il appartenait à un groupe dont personne ne savait rien, personne ne connaissait son vrai nom, et aucun de leurs informateurs n'était en mesure de donner au moins une description de son chef. Il semblait simplement que ce groupe avait attendu son heure pour émerger, et ils s'implantaient désormais de plus en plus, lentement mais sûrement.

Le cavalier qui approchait toujours à une allure régulière finit par s'arrêter à quelques mètres des trois hommes, et par mettre pied à terre souplement. Son visage était caché par un capuchon qui préservait son identité, et il était impossible de déceler ses traits de là où ils étaient. Le Pâle sourit, en se disant que les sous-fifres qui parcouraient la Terre du Milieu pour exécuter les basses besognes de leurs maîtres se comportaient toujours ainsi. Ils se donnaient un genre, s'inventaient un personnage qu'ils voulaient rendre mystérieux et effrayant, pour peser davantage dans les négociations. De toute évidence, cette entrée faisait beaucoup d'effet à ses compagnons de route, mais lui-même ne se sentait pas particulièrement impressionné. Il en avait vu bien d'autres, et il savait comment cela allait tourner. Leur invité allait rester méfiant, et leur demander de lui montrer la marchandise de loin, pour se prémunir de tout coup fourré. Ils allaient ensuite lui demander le paiement, qu'il lancerait à bonne distance pour vérification. Honnêtes comme ils l'étaient, ils allaient lui faire parvenir son bien nouvellement acquis, et ils allaient en rester là, bien sagement. Dans le cas contraire… trois lames en valaient bien une. Sûr de lui, Le Pâle lança en forçant sur sa voix usée :

- Je suppose que vous voulez voir le colis, pas vrai ? On vous l'ammène !

- Pas la peine, répondit une voix douce comme du miel, mais glacée comme la mort.

L'envoyé de ce mystérieux client était en réalité une femme, et elle ne prit pas la peine de dissimuler son identité plus longtemps. Sous les yeux des trois hommes, elle rabattit sa capuche, et dégagea un visage aussi beau qu'inexpressif qui leur donna à tous un frisson incontrôlable. Ils ne s'attendaient pas à ça, sûrement pas. D'un pas tout à fait fluide, la jeune femme s'approcha d'eux, sans paraître éprouver la moindre crainte. Elle finit par s'arrêter devant Le Pâle, à qui elle rendait une bonne tête, et lui demander d'un simple haussement de sourcils où se trouvait ce qu'elle était venue chercher. L'intéressé demeura coi un instant, stupéfait par un détail qu'il venait à peine de remarquer. Il l'avait trouvée somptueuse dès qu'il l'avait vue à visage découvert, et il en comprenait la raison désormais. La créature qui se tenait devant lui était une Elfe. En chair et en os.

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Dans la région où ils se trouvaient, les Elfes n'étaient pas rares, mais en règle générale ils ne se mêlaient pas aux humains. Pas depuis quelques temps, tout du moins : ils se montraient méfiants, distants, et incroyablement discrets. On voyait parfois quelques feux briller à l'horizon, mais les rares à oser se rapprocher se retrouvaient face à des traces qui indiquaient leur passage, rien de plus. Le Pâle avait déjà eu l'occasion d'en croiser quelquefois, et la source de son étonnement provenait davantage de la nature de la transaction qu'il réalisait que des oreilles pointues qu'il avait en face de lui. La femme, passablement irritée par son hésitation, l'écarta d'un bras sans se soucier de son « hé ! » plaintif et se dirigea derrière eux, là où se trouvait la marchandise qu'elle était venue récupérer. Les frères lui ouvrirent le passage, et la laissant s'agenouiller pour observer de plus près son futur bien. Son œil d'experte, critique et acéré, remarqua immédiatement de menus détails qui lui parurent importants. Sans prendre la peine de se retourner, elle leur lança :

- Vous m'aviez dit qu'elle serait intacte, non ? Il y a des traces là, et là. Ici aussi.

Les trois hommes s'approchèrent, circonspects, et observèrent ce qu'elle leur désignait du doigt. Effectivement, elle avait vu juste, et ils auraient tout à fait préféré qu'elle ne remarquât pas ces quelques infractions à leur contrat, qui risquaient de faire sensiblement baisser la valeur de leur vente. Le Pâle réagit, promptement comme d'habitude :

- Vous rigolez ? On ne peut pas faire le transport sans qu'il y ait quelques difficultés. C'est vraiment un moindre mal, si vous voulez mon avis ! Alors payez la somme convenue, prenez-la, et partez !

La femme Elfe se redressa, et se tourna vers l'homme. Il plissa ses petits yeux, sans doute frustré de ne pas pouvoir la regarder dans les yeux, sans doute jaloux de ne pas être aussi charismatique et raffiné qu'elle pouvait l'être en cet instant. Froidement, elle répondit :

- Ecoutez, mon employeur paie pour un service de qualité. Vous avez précisé qu'elle était intacte, et elle ne l'est pas. Nous allons donc devoir renégocier le prix à la baisse, sinon vous partirez sans rien.

A ces mots, les deux frères devinrent aussi pâles que leur compagnon qui, lui, devint carrément livide. Sans argent ? Après tout ce qu'ils avaient traversé ? Après toutes les lois qu'ils avaient enfreints ? C'était impossible ! Ils comptaient trop sur ce travail pour s'en sortir, et ils devaient absolument empocher la somme qui leur était promise pour payer leurs dettes, payer leur loyer, et surtout financer leur prochaine expédition. Le Pâle renchérit, bouillant de colère à peine contenue :

- Et puis quoi encore ? On trimballe votre paquet depuis des plombes, ça nous a coûté un fric monstrueux ! Alors maintenant, allongez la somme. Si vous ne voulez pas, on la prendra de toute manière.

La menace plana dans l'air un instant, durant lequel chacun put prendre conscience de ce qui se jouait. La femme, seule, était clairement à la merci de ses trois adversaires. Seul l'un d'entre eux paraissait réellement belliqueux, les deux autres apparaissant plus timides et plus raisonnables. Elle pouvait tout à fait essayer de les rallier à sa cause, mais Le Pâle se jetterait sur elle avant qu'elle eût trouvé le temps de finir sa phrase. Il ne laisserait personne le doubler, et il se satisferait parfaitement d'un cadavre à cacher au milieu de nulle part, tant qu'ils empochaient l'argent promis. L'Elfe répondit avec un calme et une précision chirurgicales. Sa lame jaillit de son fourreau comme un serpent, et vint ouvrir la gorge d'un des deux frères, qui n'avait rien dit, rien fait, et qui était parfaitement innocent dans l'histoire. Il s'écroula en arrière, le visage figé dans une expression de stupeur. Le deuxième, abasourdi, n'eut pas le temps de réagir que déjà sa main se détachait de son bras. La guerrière, dans un mouvement d'une fluidité parfaite, ouvrit son crâne en deux et laissa son corps sans vie retomber sur le côté. Quant au Pâle, il était en train de courir pour sa vie. Ses jambes faiblardes ne le portaient pas assez vite, ses poumons ne pouvaient suivre le rythme effréné qu'il voulait imprimer à une course rendue ridicule par sa coordination catastrophique. Il allait mourir, et il le savait. L'Elfe ne prit pas la peine de le poursuivre : elle se contenta de sortir un couteau de lancer de la poche intérieure de son long manteau, ajusta sa cible en une fraction de seconde, avant de projeter son arme dans les airs. Celle-ci s'échappa de sa main, tourna en sifflant pendant un instant, avant de se ficher avec un bruit mat entre les épaules du malandrin. Terrassé par la douleur, il s'effondra en avant, agonisant. La mort viendrait le prendre bien assez tôt.


~ ~ ~ ~


Lorsque Qewiel ouvrit les yeux, elle était libre. Enfin. Ses poignets avaient été détachés, et les liens qui l'entravaient jusque là avaient été rompus par une lame amie, qui avait rejoint son étuis, à la hanche d'une guerrière Elfe de grand talent. Celle-ci était d'ailleurs assise non loin, bien en vue de la jeune fille qui paraissait désorientée. Qui pouvait dire combien de temps elle avait été trimballée par ces trois maraudeurs, qui étaient passés de la vente d'objets à la vente d'humains ? Qui pouvait dire quels sévices ils lui avaient infligé avant de se dire qu'ils pouvaient en tirer un bon prix ? Elle avait l'air affamée, épuisée, mais pourtant bien vivante. Autour d'elles, la nuit était tombée, et il commençait à faire froid. Sans un mot, la guerrière lança une couverture à la plus jeune, l'invitant à s'emmitoufler dedans. Les journées étaient certes chaudes, mais les températures descendaient brutalement la nuit, sur ces plaines, et il valait mieux se montrer prudent pour éviter d'attraper un mal difficile à guérir.

- Approche, lança la femme, en lui faisant un signe parfaitement compréhensible.

Elle venait d'allumer un feu, qui prenait doucement, mais qui déjà dégageait une douce chaleur. Il lui faudrait encore quelques minutes pour atteindre une taille respectable, mais déjà elles pouvaient sentir les bienfaits des flammes qui réchauffaient leurs mains et leurs cœurs. De toute évidence, de nombreuses questions passaient dans la tête de la prisonnière fraîchement libérée. Par exemple, « qui était la femme qui venait de la sauver ? ». Ou encore, « pourquoi les corps de trois hommes reposaient non loin d'eux ? ». Elle reconnaîtrait sans mal la silhouette de ses ravisseurs, qui n'avaient pas pris la peine de se cacher le visage quand ils étaient tombés sur elle, seule au milieu des vastes plaines du Rhovanion. La femme utilisa une branche pour vérifier que les flammes continuaient de grandir sans être étouffées, avant de reprendre, d'une voix apaisante :

- Alors c'est toi la petite fille qui parle une langue que personne ne comprend ? Ils espéraient bien tirer un bon prix de ta vente…

Elle se doutait bien que ses paroles devaient ressembler à du charabia pour son invitée du soir, mais il fallait bien commencer quelque part. Si elles voulaient réussir à communiquer un jour, il leur fallait apprendre à se connaître, et pour cela elle devait réussir à la mettre en confiance. Même si les mots lui étaient inconnus, elle reconnaîtrait facilement les sonorités et les intonations, qui lui démontreraient qu'elle n'avait rien à craindre. Après tout, elle était libre, en vie, et totalement en droit de partir si elle le souhaitait. Mais elle ne semblait pas en avoir particulièrement envie. La vue d'un quignon de pain et de fruits devait être ce qui la retenait encore. La guerrière capta son regard, et laissa un sourire amusé fleurir sur ses lèvres. Elle attrapa le pain, le rompit, et en garda une moitié pour elle-même. Ce faisant, elle se désigna du doigt, et dit intelligiblement :

- Validna. Validna.

De toute évidence, c'était son nom. Tendant l'autre moitié à la jeune fille, elle l'interrogea du regard. Ce serait son nom contre le morceau de pain, mais elle sentait déjà dans ce regard plein de vitalité qu'elle n'aurait pas besoin de la forcer pour obtenir une conversation…


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyDim 17 Mai 2015 - 19:16
Vers l'ouest. Toujours vers l'ouest. Bâton en main et épée dans le dos, je continuais ma marche vers un peuple que je ne connaissais que de nom, que d'Histoire, uniquement par une personne. Une personne qui me manquait d'ailleurs... raison de mes nombreux silences. Entre les arbres des marais ce silence aurait été plus que normal puisqu'il assurait une chance de survie en chaque instant. Ici, les animaux étaient bien moins dangereux et rares étaient les personnes que je croisai. Alors, fidèle à moi-même, j'aurais dû me mettre à chanter : les sons, chants et sifflotements m'avaient toujours accompagnée au village, égayant des journées parfois mornes et régulièrement pluvieuses. J'aurais dû... seulement les événements faisaient que mon cœur comme mon esprit n'étaient pas à ces sons, ces chants ou encore ces sifflotements ; mon père me manquait plus que tout, ma destination était floue et, plus que tout, j'avais honte. Honte de quoi ? D'avoir obéi, d'avoir tenu une promesse ? Non. J'avais plutôt honte d'être partie, d'avoir abandonné le combat sans savoir s'il restait encore d'autres personnes de mon clan en vie. Je ne sais pas, aussi il m'arrive de me retourner, de me demander si je ne devrais pas courir jusqu'à ma terre natale pour constater de mes propres yeux jusqu'où le massacre avait été, être la fille d'un chef désormais auprès des esprits. En somme, j'avais l'impression d'avoir manqué à mon devoir... et cela me pesait fortement sur les épaules.

Ce matin-là, une fine fumée grise dansait dans les airs au-dessus du petit tipi de bois et de mousse que j'avais construit pour allumer un feu. Assise à même le sol devant les brindilles qui peu à peu prenaient feu, je passais de temps à autres mes mains dans cette fumée tout en décrivant des formes tout aussi subtiles qu'invisibles, donnant ainsi du mouvement à la fumée. Ces gestes, je les avais appris il y a longtemps ; ils me permettaient d'entrer plus facilement en « communication » avec les esprits, d'avoir plus de chances de trouver des réponses à mes questions, de savoir quelles décisions prendre. Au fur et à mesure que mes doigts brodaient une toile invisible et que le feu prenait de plus en plus d'ampleur, pour une fois ma voix commença à s'élever, chantant dans ma langue maternelle. Les sons, les mots s'enchaînaient, tantôt lentement, tantôt modérément, tantôt rapidement... Ainsi était faite cette douce et belle langue que je parlais couramment, dynamique, emprunte de sens et jamais monotone. Une langue chantante empruntée à tous les animaux qui purent entourer mon peuple à travers les siècles voire les milliers d'années. La nature était régie par certains animaux. Leurs esprits nous guidaient et veillaient sur nous où que nous allions. Les esprits étant ceux d'animaux, il était logique que nous parlions une langue qu'ils pourraient comprendre afin de pouvoir communiquer avec eux. Repenser aux fondements mêmes de mon clan me fit mal. Une nostalgie me prit, des larmes semblèrent vouloir remonter à la surface pour après couler librement sur mon visage pâle par rapport à tous les visages humains que j'avais pu croiser. Mais elles ne vinrent pas, je ne leur en laissèrent pas l'opportunité. Mon chant appelait les esprits du cerf et du renard,  mon cœur devait tout entier être à leur écoute... même si au final je ne comprenais pas tout à fait leur message.

La journée continua comme tant d'autres depuis mon départ – au point que j'en avais perdu le décompte des jours. Enfin, cela dura un temps seulement puisqu'en fin d'après-midi je dus m'arrêter à cause d'un mauvais pressentiment. Jusque là, je voyageais seule... à cet instant précis, j'avais comme l'impression d'avoir un prédateur non loin de moi. Une sensation que j'avais déjà commencé à oublier... à croire que cette zone manquait réellement de danger ! Quoi qu'il en soit, cela me fit m'arrêter et regarder plus attentivement autour de moi. La zone était un petit peu boisée, bien moins que dans les marais mais assez pour qu'un animal se cache entre les arbres. Alors j'écoutais tout en regardant de mes yeux perçants ce qui m'entourait, doucement, tenant plus fermement mon bâton dans ma main gauche. Succession de gestes que mes prédateurs n'aimaient guère vu ce qu'il se produisit par la suite : une fois les deux gus aperçus je n'eus que très peu de secondes pour me protéger, esquivant le premier homme et donnant un coup de bâton au deuxième tout en me déplaçant avec agilité. Quelques coups s'échangèrent, je manquais de peu de donner un coup assez fort sur l'un des deux assaillants pour provoquer un mouvement trop brusque pour sa colonne vertébrale au niveau de sa nuque. Le coup le fit tomber à terre mais sans plus... dommage. Alors je me retournais vers le deuxième, trouvant tout de même le fait qu'ils m'attaquent ainsi fort étrange, et lui donna un coup à l'arrière du genou qui le déséquilibra assez pour que je puisse l'assommer et continuer mon chemin tranquille. C'est à ce moment-là qu'il apparut, plus vieux et certainement plus fourbe que les deux premiers, l'arc à la main et la flèche encochée dans ma direction. Je ne sus pas ce qu'il se passa exactement, mais cette vue en amena d'autres gravées dans ma mémoire : des orques armés de ces mêmes armes, des flèches fonçant droit sur les miens, les yeux de mon père s'éteignant alors que l'une d'entre elle perçait son cœur à jamais. Je sentis ma respiration se faire lourde et difficile, et mon corps tout entier se paralyser à la vie de cette simple mais meurtrière arme.

« Jeulè ! »

Trou noir. Un choc qui me fit des plus mal à la tête en me réveillant, tête que je ne pus même pas masser pour soulager la douleur. En effet, je me retrouvais dans un endroit complètement inconnu avec les mains attachées dans le dos. Les trois hommes se tenaient debout, regardant de plus près ce que je compris être l'épée de mon père. Je voulu crier ; un morceau de tissu coincé dans ma bouche m'empêcha de le faire, si bien que je ne réussis qu'à montrer à mes ravisseurs que j'étais réveillée. L'archer s'approcha de moi, il n'eut aucun mal à comprendre qu'il me faisait peur. Plus exactement, c'était son arme qui m'effrayait ! J'étais comme paralysée face à cet arc, et d'une méfiance absolue envers la personne qui la maniait. Cette personne n'était autre qu'un homme, un gars plus petit que ses deux confrères et dont la peau avait moins de couleurs que celle de tous ceux que j'avais rencontrés sur cette terre décidément bien étrange. Il me parla, d'une voix des plus rauques, ce qui me fit mal aux oreilles... sans compter que je ne compris strictement rien à ce qu'il baragouina. Cela sembla l'énerver. Mais ce qu'il tenait entre les mains reprit rapidement sa concentration et après quelques diatribes il me laissa enfin seule, me demandant encore ce qu'il m'arrivait... et ce qu'il allait faire de l'épée.

Tout le voyage fut difficile mais il me permit d'apprendre à connaître ceux qui m'avaient capturée. Les deux qui se ressemblaient (certainement des frères) se montraient calmes et posés, et faisaient souvent attention à moi : rares étaient les moments où je pouvais espérer me sortir de cette situation où j'avais l'impression d'être un animal que l'on nourrissait régulièrement jusqu'à temps d'être livré à une personne précise... ou d'être abattu le jour où il le faudrait. En somme, je n'avais aucune confiance dans cette situation, si bien que tout ce qui me venait à l'esprit était de trouver l'occasion et le moyen de fuir tout en récupérant l'épée de mon père. Si j'avais un intérêt pour les trois hommes ? Je n'arrivais pas à comprendre si c'était vraiment le cas. Mais il était hors de question qu'un inconnu prenne l'arme. Malheureusement pour mon désir de liberté, la seule occasion qui se présenta à moi pour enfin repartir vers l'ouest – puisque nous allions vers le nord – fut brisée en mille morceaux par un gros animal qui réveilla tout le monde avant même que je ne réussisse à défaire mes liens. La rencontre fut violente, il n'y eut malheureusement – ou heureusement, qui sait ? - pas de pertes côté humains mais, à charge de revanche, cette bête avait réussi à supprimer mon pire ennemi dans cette histoire : l'arc. Pour la première fois, j'eus un petit sourire... un sourire de soulagement.

Puis tout recommença, le temps passant aussi longuement que les précédents jours. Je n'avais plus de bâillon pour m'empêcher d'émettre le moindre bruit, j'étais trop sage. J'avais mal aux poignets, c'était inéluctable. Mais on faisait en sorte que je sois « bien entretenue », ce qui me donnait de plus en plus l'impression d'être l'animal chassé que l'on allait vendre ou offrir au clan voisin. Il y eut juste un incident qui me fit peur : après la rencontre et l'arc cassé, l'homme semblant fort être le chef but à un moment plus qu'il ne fallait, enfin de ce que je pus comprendre, et cela l'énerva. A comprendre pourquoi, il finit par s'en prendre à moi et il fallut que ses deux compères le retiennent de « m'abîmer » davantage. Peut-être avait-il remarqué que je me sentais mieux sans son arc... Quoi qu'il en soit, nous reprîmes la route et c'est épuisée qu'un jour nous nous sommes arrêtés au pied d'un arbre, au beau milieu d'un espace « vide ». Pas de marais, peu d'arbres, que de l'herbe. Je ne teins pas longtemps à les regarder discuter entre eux, visiblement plus soucieux que les autres jours. Ils s'étaient arrêtés plus tôt par rapport aux autres soirs, ce qui me faisait me poser plusieurs questions. Les nombreux regards et l'inspection de mon état me firent comprendre que l'heure où j'allais être livrée approchait grandement, si bien qu'au départ je voulu rester éveillée. Mais le sommeil ne tarda pas à me prendre dans ses bras, malgré toute l'inquiétude que je pouvais ressentir, ne me laissant retourner à l'instant présent que de nombreuses après... dans un paysage qui me sembla aussitôt avoir changé.

Lorsque j'ouvris les yeux la première chose que je vis fut un immense ciel noir couvert d'étoiles, sans nuages, indiquant que mon esprit avait décidé de se réveiller avant que le soleil ne se lève. Rien de bien spécial en somme, hormis que j'avais froid. Instinctivement je portais mes mains à mes bras pour les frotter, geste qui aurait dû être entravé au moins au niveau des poignets par une corde. Corde qui se voyait avoir été coupée et qui dorénavant gisait à quelques pas de moi. Ce brusque changement me réveilla complètement d'un énième cauchemar sur ce qu'il s'était passé dans les marais, me forçant quelque peu à me relever et à scruter ce qui m'entourait. C'est là que je la vis, cette personne complètement inconnue assise auprès du feu. Elle me remarqua, chose tout à fait normal, et me lança une couverture que je rattrapais au vol. Pendant que je m'enveloppais du bout de tissu bienvenu, la femme me fit un signe de la main que je ne compris tout d'abord pas tout en prononçant un mot. Ce geste consistait à aller d'un endroit de ma direction à la sienne, aussi je finis par me dire que peut-être qu'elle désirait que je vienne. Un regard derrière moi avant de la regarder à nouveau. Où étaient les trois hommes ? Étaient-ils partis comme ils étaient arrivés dix jours auparavant ou bien s'étaient-ils juste absentés ? Dans tous les cas, que faisait-elle là ? Était-ce elle à qui les humains souhaitaient l'apporter, si c'était bien le cas ? Ou bien... Mes yeux remarquèrent alors le petit tas de corps non loin. Je n'eus pas de mal à les reconnaître, je venais de les côtoyer pendant dix jours... les voilà morts, je n'avais aucun doute là-dessus. Pour le comment, le peu que je pouvais en voir ne me disait rien de bon : je venais d'un clan où les armes contondante étaient surtout utilisées, notamment pour les combats. Je n'arrivais pas encore à me faire à l'idée qu'ici les armes tranchantes étaient privilégiées quelles que soient les situations. Détaillant du regard les corps sans vie sans aucune émotion spécifique, j'essayais de retrouver de loin l'arme familiale... en vain.

Après ce petit temps où je ne fis pas vraiment attention à la nouvelle, je me retournais vers elle. Cette femme m'avait passé de quoi ne pas avoir froid, ce qui n'était pas rien, mais désormais je me méfiais de toute personne croisant mon chemin... de plus que je comprenais qu'elle avait « nettoyé » les lieux elle-même. Sans plus la quitter des yeux, je fis deux pas en sa direction, restant à distance respectable d'elle tout en faisant attention à me trouver de l'autre côté des flammes par rapport à elle. Ce n'est que là que je fis plus attention à elle. De longs cheveux bruns encadraient un visage clair mais ferme paré de deux yeux d'un vert profond ainsi que de deux oreilles pointues, avant de tomber sur tout un équipement que son corps revêtait bien. Du cuir, du tissu et des armes. Elle devait être adulte depuis pas mal d'années déjà. Ce qui me marqua le plus fut ce qui dégageait d'elle... une assurance, une façon d'être ? En tout cas sans pour autant être toute l'aura de mon père cela s'en rapprochait. Venait-elle de l'ouest elle aussi ou faisait-elle partie de l'un des peuples plus vers le nord de ces terres ? Que de questions que je ne savais oraliser de façon à ce qu'elles soient compréhensibles.

« Validna. Validna.

Le geste qu'elle fit me fit penser à celui de la jeune humaine que j'avais croisée il y a quelques temps déjà. Elle voulait se présenter... au moins ce n'était pas une mauvaise chose. De toute façon, avais-je le choix de l'interlocuteur ? Elle m'intriguait et je devais comprendre qui elle était et ce que je faisais ici. Ce ne fut pas le bout de nourriture qui me força à répondre – je n'appréciais pas vraiment l'échange de cette nourriture contre mon identité - mais bien plus toutes les interrogations qui me venaient à l'esprit.

-Qewiel. »

Je fis attention à prononcer ce mot lentement, m'assurer qu'elle comprendrait. Il fallait dire que ma langue natale était parfois bien plus rapide que celles de l'ouest, plus entraînante... Enfin soit ! Par où pouvais-je commencer ? Prendre ce qu'elle me tendait, peut-être. Mais ce serait me rapprocher. En même temps j'avais faim. Et quels gestes pouvais-je faire qui seraient en commun avec son langage, quels mots ? L'idée d'user du quenya me vint à l'esprit mais le manque crucial de confiance m'interdisait d'en dire trop long sur moi pour l'instant. Alors je ne voyais pas quoi faire d'autre que de passer par le dessin. Et pour cela il fallait qu'elle puisse voir. Alors je me décidais à approcher, tendant en premier lieu la main pour prendre ce qui était en réalité du pain. J'en mangeais une pleine bouchée, ce qui me fit du bien, avant d'oser mettre un genou à terre tout en prenant un bâton afin de pouvoir tracer dans le sol ce qui me servirait de support. Quelques coups sur une terre par trop dure et déjà se dessinait une approximation de la carte de la « Terre du Milieu ». Je me demandais d'ailleurs pourquoi ils l'avaient baptisée ainsi puisqu'à l'ouest se trouvait juste une immense étendue bleue. Certains traits représentaient des chaînes de montagnes, d'autres juste le contour. J'avais la chance de posséder une bonne mémoire si bien que je fus assez rapidement satisfaite de mon dessin, souvenir de tout ce qu'avait pu me raconter mon père. A partir de là je regardais Validna dans les yeux avant de regarder la carte tracée dans le sol et de poser à plusieurs endroits la pointe du bout de bois dessus et, enfin, de pencher la tête sur le côté tout en reportant mes yeux sur elle. Cela signifiait juste que je souhaitais savoir où je me trouvais... jusqu'où étions-nous remontés vers le nord ?

J'attendis que l'elfe me donne une réponse compréhensible avant de m'aventurer sur une autre question qui me touchait dans le fond autant qu'elle. D'un signe de tête je montrais les cadavres puis la regardais dans les yeux tout en penchant une nouvelle fois ma tête de côté. Et eux, qui étaient-ils ? Pourquoi les avoir tués ? Elle avait beau me faire penser au peuple premier de mon père, j'espérais qu'elle comprenait que je ne pouvais pas lui accorder toute ma confiance juste parce que c'était le cas... état de fait qui marquait toute la différence entre les marais et ici.
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Ryad Assad
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyLun 25 Mai 2015 - 14:38
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La jeune elfe était complètement perdue. Validna l'avait compris immédiatement, quand elle l'avait vue se réveiller, et qu'elle avait perçu à quel point elle était désorientée. La situation n'était pas la seule en cause, même s'il fallait bien reconnaître qu'elle avait dû subir des choses affreuses avant d'arriver là, et que cela aurait traumatisé n'importe qui. Elle émergeait soudainement de plusieurs jours de captivité pour se retrouver libre de ses mouvements, dans un endroit qui lui était de toute évidence parfaitement inconnu, auprès d'une femme qu'elle n'avait jamais vue. Déboussolée, elle l'était, et c'était parfaitement compréhensible. Toutefois, il y avait quelque chose de plus. Sa façon de se comporter, sa méfiance constante vis-à-vis du monde qui l'entourait… Elle était par trop différente ce que l'Elfe connaissait pour qu'elle n'y vît pas un signe troublant. En temps normal, un jeune Eldar dans une situation pareille se serait empressé de poser mille questions, et de demander l'aide d'une sœur et amie. Mais l'inconnue, qui paraissait ne pas comprendre un traître mot de Commun, était différente. Déterminée à garder le silence, elle se comportait comme un petit animal sauvage… comme si le monde entier était un danger potentiel pour elle. Et de fait, elle n'était pas loin de la vérité. Elle accepta la couverture de bonne grâce, répondant à un besoin primaire qui était de se protéger du froid ambiant, mais lorsque Validna lui demanda de se rapprocher, elle prit grand soin de rester de l'autre côté du feu, qui agissait comme une barrière naturelle entre elles.

La femme sourit. Elle trouvait cette attitude à la fois amusante et intrigante. En effet, elle avait tant d'années d'expérience derrière elle que ce n'était pas un simple feu de bois qui risquait de l'arrêter, si elle décidait de vouloir du mal à sa petite inconnue. Elle pouvait bondir souplement par-dessus les flammes qui s'élevaient en langues orangées, et fondre sur elle en moins de trois secondes. A la course, elle était redoutable, et même si la petite parvenait à la distancer, elle n'irait jamais plus vite qu'un cheval lancé au galop… surtout pas sur un terrain aussi plat et nu. Bref, elle n'avait aucune chance de lui filer entre les doigts. Il était toutefois intrigant de la voir essayer de se rassurer, se raccrocher au moindre petit détail pour tenter de retrouver une certaine forme de maîtrise de son environnement. Elle n'avait pas tardé à remarquer les corps étendus sur le sol, que Validna avait rassemblés et éloignés un peu, afin de ne pas laisser la puanteur de leur chair en décomposition les incommoder. La guerrière avait été particulièrement attentive à sa réaction, et avait parfaitement noté qu'elle n'était pas choquée outre mesure par la vue de ces trois individus étendus là. Etait-ce parce qu'elle avait une rancœur particulière à leur endroit ? Etait-ce parce qu'elle avait déjà eu l'occasion d'être exposée à une scène de violence qui avait rendu son âme insensible à ce genre de visions ? Difficile à dire pour l'instant, mais elle était demeurée quelques secondes à les observer fixement sans broncher, avec une froideur rare pour quelqu'un d'aussi jeune.

Le silence qu'entretenait jeune fille fut rompu peu après le pain, et Validna fut satisfaite de voir qu'elle pouvait tout de même s'exprimer. Elle avait été mise au courant que l'Elfe ne parlait pas de langue connue, mais elle avait soupçonné que ce n'était qu'un artifice de la part d'un trafiquant d'êtres vivants, qui lui aurait fait passer une muette pour une rareté. Les Elfes incapables de parler étaient rares, certes, mais ce n'était pas pour cela qu'elle était venue. Ainsi donc, Qewiel était son nom. Intéressant. Elle avait articulé chaque syllabe avec une attention toute particulière, mais Validna – qui avait beaucoup voyagé au cours de sa longue vie – nota immédiatement qu'il y avait dans ses mots un accent chantant et pas désagréable à l'oreille, qu'elle n'avait pas entendu depuis des lustres. Pourtant, elle avait rencontré beaucoup d'Elfes, et très peu d'entre eux avaient ce timbre très particulier, qui l'avait instantanément fascinée quand elle l'avait entendu pour la première fois. Cela remontait à des années maintenant, à une époque où sa vie était très différente. Les vagues surmontées d'écume qui s'échouaient en chuchotant sur le sable fin d'une plage interminable, la silhouette élancée d'un navire à l'horizon dont les voiles d'un blanc immaculé claquaient au rythme du vent de la côte, les chants des marins qui paraissaient donner vie à cet édifice de bois et de cordes qui ondulait sous leurs pieds en se laissant porter par les flots. Ses mains cueillaient les embruns par-dessus le bastingage, et ses cheveux sentaient le sel. C'était il y a bien longtemps…

Validna s'était perdue dans ses rêveries quelques secondes, comme cela lui arrivait parfois lorsqu'elle songeait avec nostalgie à ce passé, ce « avant », qui était à la fois meilleur et bien pire. Elle y réfléchissait de temps en temps, en se demandant si elle ne préférait pas sa vie d'alors. Elle se souvenait de son insouciance, de son ingénuité qui tirait des sourires aux hommes autour d'elle. Elle était la petite Val, leur petite princesse. Ils n'étaient plus, désormais. Ils continuaient à vivre dans son souvenir, et c'était de cette façon qu'ils avaient atteint l'immortalité. Leurs sourires, leurs voix et leurs chansons continuaient à exister dans sa mémoire, et ne s'éteindraient pas tant qu'elle serait capable de respirer.

- Qewiel… répéta Validna après ce silence étrange. Enchantée.

Elle revint à ses affaires – qui consistaient pour l'heure à éplucher une orange –, et laissa la jeune Elfe croquer dans le morceau pain qui n'était plus aussi tendre qu'au premier jour, mais qui était loin d'être sec. C'était consistant et revigorant à défaut d'être véritable goûteux. Elle l'avait acheté deux jours auparavant, et avait été capable de l'économiser jusque là, elle qui avait pour habitude de se contenter d'un minimum, et de vivre une vie presque ascétique. La vie de campagne, sans nul doute. Elle leva les yeux, en voyant que son invitée étrange ne s'éloignait pas immédiatement comme elle l'avait supposé, et déposa les pelures sur les braises rougeoyantes, là où les flammes étaient les moins voraces. Presque par magie, l'air s'embauma d'une douce odeur fruitée, qui tira à la guerrière un demi-sourire. Elle glissa un quartier entre ses lèvres, et observa silencieusement la jeune fille qui s'était mise à dessiner dans le sol à l'aise d'un bâton.

Elle avait dans son attitude un quelque chose qui n'était pas de l'ordre de l'enfant, et elle ressemblait bien plus à une adulte en mal de communication qu'à une jeune fille perdue. Elle ne dessinait pas une maison, un soleil, ou bien la représentation de ses parents. Ce qui apparaissait progressivement sous les yeux de Validna, c'était une carte de la Terre du Milieu. Quelque peu maladroite, quelque peu imprécise, mais tout de même assez bien réalisée pour qu'il fût possible de reconnaître l'Anduin qui allait du Nord au Sud, les différentes chaînes de Montagne qui découpaient le continent, et les principales forêts qui l'occupaient. Elle finit par mettre un point final à son croquis, avant d'indiquer la carte et de lancer un signe de tête à Validna. Celle-ci mit une poignée de secondes à comprendre que cette façon d'incliner la tête était sa manière à elle de l'interroger frontalement. Elle comprit en voyant son regard insistant, et finit par tendre la main pour qu'elle lui donne son instrument de dessin. En le récupérant, la guerrière le garda en main un instant, et l'agitant légèrement devant elle, elle dit :

- Bâton. Bâton.

Puis, joignant le geste à la parole pour mimer ce qu'elle voulait dire, elle ajouta :

- Petit bâton. Petit.

Elle laissa la jeune fille assimiler ces quelques mots qui lui seraient bien inutiles en société, mais qui seraient la base de leur communication. Car si elle voulait s'en sortir sur ces terres parfois inhospitalières, elle devrait fatalement apprendre à parler une langue que quelqu'un pouvait comprendre. Ne serait-ce que pour demander son chemin, pour mendier de la nourriture si elle se retrouvait isolée. La guerrière n'envisageait pas de lui faire un lexique complet, mais c'était précisément le genre de détails qui faisait la différence entre la vie et la mort. Quand elle avait voyagé en pays étranger, au cours de ses nombreux périples, elle avait toujours pris soin d'apprendre quelques mots basiques pour pouvoir se débrouiller, afin de ne pas se retrouver complètement démunie. Le Commun était parlé partout, mais dans certaines régions les dialectes locaux avaient pris le pas sur la langue des Hommes, et il fallait pouvoir s'adapter. Répondant aux interrogations pressantes de la jeune fille, Validna les désigna d'un geste large de la main, embrassant l'entièreté du paysage autour d'eux. Elle désigna enfin un point de son bâton, qui représentait environ où ils devaient se trouver. Le Sud du Rhovanion, grosso modo.

Etait-ce là qu'elle pensait se trouver ? Etait-ce l'endroit où elle souhaitait se rendre ? Etait-elle proche de sa famille ? Validna n'avait pour le moment aucun moyen de l'interroger plus avant, et elle se résolut à faire preuve de patience. Si des gens étaient à la recherche de la jeune fille – des gens qui auraient pu être bien intentionnés à son égard –, elle n'en avait pas entendu parler. Elle savait seulement que dans certains milieux dans lesquels elle laissait traîner ses oreilles, la rumeur d'une jeune Elfe « étrange » avait circulé. Impossible de savoir qui avait eu vent de la nouvelle, et encore moins de savoir si en ce moment même des individus étaient en train de les chercher. C'était la raison pour laquelle Validna avait préféré ne pas tarder, et s'empresser de récupérer la mystérieuse inconnue, afin de la mettre en sûreté. Depuis la chute de l'OCF, des forces étaient en mouvement partout, et il valait mieux prendre l'initiative plutôt que de se laisser avoir par des concurrents de plus en plus agressifs et de plus en plus dangereux. Pour l'heure, elle pouvait se satisfaire d'avoir été la première à la découvrir, ce qui n'était pas du luxe. Les choses auraient pu tourner tout à fait différemment…

De toute évidence, cette réponse parut suffisante à Qewiel, qui n'était certainement pas en état d'en comprendre davantage. Validna aurait pu lui indiquer l'endroit où elle avait reçu le message l'informant de l'existence de la petite rousse, lui montrer l'endroit où elle comptait l'emmener pour la mettre en sécurité, ou même lui repasser le bâton pour lui demander de quelle région elle était originaire. Mais sans mots, c'était encore une communication trop difficile, et trop imprécise. Elles risquaient de partir sur un quiproquo, et il valait mieux ne pas trop s'aventurer sur un terrain glissant quand faire preuve de patience était tout aussi efficace. La guerrière était âgée et expérimentée, elle n'avait pas un besoin pressant de comprendre le monde qui l'entourait, et elle savait que tôt ou tard elle finirait par obtenir les réponses qu'elle cherchait. Et si elle n'y parvenait pas, quelqu'un d'autre saurait. Celui qui savait toujours. Qewiel, toutefois, paraissait vouloir encore des renseignements, et sa question muette porta assez logiquement sur le corps des individus qui étaient étendus par terre. L'Elfe les avait disposés sans grâce, l'un à côté de l'autre, et n'avait pas pris la peine de les recouvrir. Elle avait vu tellement d'horreurs dans sa longue vie que ce n'étaient pas trois corps qui allaient la repousser. La plus jeune, néanmoins, paraissait soucieuse de comprendre quel avait été leur sort. Validna prit la parole, même en sachant pertinemment que c'était peine perdue :

- Oui, j'ai tué ces hommes.

Sa voix était froide, et on sentait une profonde détermination derrière chacun de ses mots. Son invitée ne pouvait avoir aucun doute sur ce que cette voix glaciale révélait : ce n'était pas la première fois qu'elle prenait une vie, assurément, et elle ne regrettait pas son geste le moins du monde. Pourtant, au regard d'un individu normal, il s'agissait d'une véritable boucherie. Elle reprit :

- Ils te voulaient du mal. Ce n'étaient pas des gens bien. Pas des… Mince, comment te faire comprendre ça…

Elle haussa les épaules, résignée. Il faudrait du travail pour pouvoir entretenir une véritable conversation avec la jeune fille, mais elle paraissait vive et éveillée, particulièrement réceptive. Les Elfes étaient généralement doués pour les langues, et elle devait déjà s'habituer aux sonorités particulières du timbre de Validna. Elle comprendrait bientôt le sens de ces syllabes qui pour l'heure devaient ressembler à du charabia pour elle :

- Je suppose que c'est à toi, pas vrai ?

En parlant, la guerrière attrapa un objet qui se trouvait derrière elle, et le présenta à Qewiel, de sorte qu'elle pût le voir. Il s'agissait d'une superbe épée ouvragée, indubitablement de facture elfique. Un objet que n'auraient pas pu obtenir ces trois malandrins, même après dix vies de leur travail répugnant. Ils avaient dû le dérober à la jeune fille, dont la réaction indiqua très clairement que l'arme ne lui était pas étrangère. Avant qu'elle eût le temps de dire ou de faire le moindre geste, Validna éloigna l'arme de sa légitime propriétaire, et la dégaina à demi, pour observer la lame. Elle était en très bon état, quoiqu'il paraissait évident pour un œil exercé qu'elle n'avait pas servi depuis quelques temps. Le fil était toujours tranchant, cela dit, résultat des heures de travail d'un maître forgeron sur l'acier qui constituait désormais cette lame de belle facture. Légère et équilibrée, elle devait avoir une histoire aussi riche que celle qui la portait actuellement. Elle avait vu des batailles, et fait couler le sang, mais pour une raison inexplicable, elle se trouvait à présent dans les mains d'une enfant. Validna avait toujours eu un contact particulier avec les armes. Un claquement sec retentit lorsqu'elle rangea la lame dans son fourreau, avant d'enchaîner :

- Pour le moment, je vais la garder avec moi. Je préfère éviter de voyager avec une inconnue armée à mes côtés. Tu peux conserver le reste, si tu veux.

Les mots étaient peu clairs, mais les gestes étaient explicites. L'épée retrouva sa place auprès de la guerrière, loin de Qewiel, tandis que la première indiquait du doigt à la seconde un petit sac qui se trouvait non loin. En fouillant à l'intérieur, elle y trouverait ses effets personnels, que les bandits avaient pris soin de garder avec eux pour en tirer un bon prix. Ils avaient au moins eu l'intelligence de ne pas les vendre à la pièce, conscients que si leur protégée était réellement un prix de choix, alors ils avaient tout intérêt à la vendre avec tout ce qu'elle emportait sur elle. De riches collectionneurs pouvaient dépenser une véritable fortune pour un bijou apparemment anodin. Parmi les effets personnels que pourrait retrouver la petite Elfe aux cheveux de feu, il y avait son bâton de marche et son poignard. Si Validna avait jugé utile de la priver de son épée, elle avait de toute évidence considéré qu'armée d'un couteau, l'inconnue ne représenterait pas vraiment une menace pour elle. Fallait-il y voir une marque d'arrogance ? Ou peut-être était-ce de l'inconscience ? A moins que ce ne fut un moyen de gagner la confiance de Qewiel. Seule la jeune fille pouvait le décider.

Revenant à des considérations plus urgentes, la guerrière s'empara d'une pomme dans son sac, et la jeta à son invitée. Elle en saisit une pour elle-même, et croqua dedans d'un air distrait, la gardant de temps en temps entre ses dents pour réchauffer ses mains auprès des flammes. Il faisait tout à coup très frais au dehors. Un vol de corbeau passant de la lune brillante attira leur attention, et la guerrière resta un moment à les observer, comme si elle cherchait à déchiffrer leur ballet complexe et magnifique. Manger leur fit du bien, et occupa quelque peu leurs pensées, les détournant du silence gênant qui s'installait entre elles. L'impossibilité de communiquer entièrement pouvait poser problème, mais c'était paradoxalement un bon moyen de savourer le calme et la paix de la nuit environnante, qui les entourait de ses bras ténébreux. De nombreux dangers devaient rôder non loin, mais pour l'heure elles n'avaient rien vu et rien entendu. La fonte des glaces avait fait retourner les loups du Nord sur leurs territoires de chasse habituels, et les prédateurs naturels ne se déplaçaient d'ordinaire pas dans de telles étendues dépourvues d'arbres. Ils risquaient bien davantage de tomber sur des menaces bipèdes, que la guerrière ne craignait pas particulièrement. Elle avait l'habitude de voyager seule, et elle savait se défendre. Les trois cadavres qui dormaient non loin en étaient la preuve. Après avoir partagé un dîner frugal, les deux femmes ne tardèrent pas à s'allonger pour dormir. La fatigue gorgeait leurs muscles, et elles devaient prendre du repos pour le lendemain. Validna savait que Qewiel devait avoir ses propres plans – enfin, probablement –, mais elle n'avait pas d'autre choix que de l'emmener avec elle. Et pour cela, pas besoin de la forcer : elle avait deviné au premier coup d'œil qu'elle suivrait immanquablement la destination de son épée, à laquelle elle paraissait attachée. Pour cette raison, la guerrière décida de s'endormir en la gardant entre ses bras, de sorte que si son invitée avait dans l'idée de partir, il lui faudrait forcément la réveiller.

C'était en même temps une sorte de test. Validna était curieuse de connaître le caractère de la jeune Elfe qui l'accompagnait, et elle était persuadée que celle-ci tenterait quelque chose à la nuit tombée. Après tout, elle avait un poignard, et elle pouvait s'emparer du cheval de l'Elfe pour filer. Elle avait l'air farouche et dégourdie, si bien qu'il n'était pas inenvisageable de la voir tenter sa chance toute seule. Aurait-elle le cran d'aller défier celle qui était venue la sauver ? Préférerait-elle faire preuve de patience en attendant une opportunité plus propice ? Elle serait rapidement fixée. Ce qui était certain, c'était que la redoutable combattante était une habituée de ce genre de situations, et son sommeil était particulièrement léger. Elle pouvait se réveiller en une fraction de seconde, et se tenir prête au combat. Qewiel n'avait pas la moindre chance d'échapper à des siècles et des siècles d'entraînement constant, qui avaient fait de Validna une arme vivante. Cette dernière lui avait toutefois laissé toute latitude pour agir… simplement pour voir de quoi elle serait capable…


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptySam 30 Mai 2015 - 16:31
J'essayais de faire en sorte que mes interrogations soient les plus claires possibles mais, malheureusement, nos codes gestuels n'étant même pas les mêmes il m'était difficile de me décentrer assez pour trouver comment faire pour que Validna me comprenne. J'eus d'ailleurs peur de m'être trompée lorsqu'elle prit le bout de bois et commença à l'agiter en prononçant distinctement le mot "bâton". Que faisait-elle ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Il fallut qu'elle fasse d'autres gestes pour que je comprenne ce qu'elle était en train de faire : m'apprendre sa langue. "Bâton", c'était le bout de bois... "petit" devait signifier sa taille, enfin j'espérais. Me doutant qu'il allait falloir que j'apprenne à parler une troisième langue le temps d'arriver sur la terre de mes aïeuls paternels, je fis attention à retenir ces deux mots sans pour autant chercher à les prononcer. Mon esprit avait bien plus envie de connaître la réponse de l'inconnue quant à l'endroit où nous étions. Réponse qui me contenta, me permettant de voir que même en étant allée vers le nord que je pouvais toujours repartir vers l'ouest, en déviant quelque peu mon chemin par contre. Le problème qui risquait d'aller se poser était la présence de Validna : quel intérêt avais-je pour elle ainsi que ce qu'elle projetait me concernant. Si elle m'emmenait dans un tout autre endroit il faudrait que je puisse m'y retrouver. Mais ce serait pour plus tard, chaque chose en son temps. Aussi en venais-je à ma deuxième question.

La première chose que je notais fut le ton froid avec lequel elle me répondit, dans son dialecte toujours incompréhensible. Ce ne fut pas pour me rassurer. Ou plutôt, le fait qu'elle n'essaya pas de passer par le langage corporel afin que je puisse comprendre ses intensions ne me rassura pas. J'étais donc en droit de me demander s'il était bon que je reste avec elle ou non. C'est alors qu'elle prit un objet jusque là situé hors de ma vue, arme que je reconnus tout de suite : l'épée de Laurelien - mon père. Instinctivement je me relevais, rapidement interrompue par l'éloignement de cet objet si précieux à mes yeux, avant que je ne sente mon souffle se couper. Interloquée, je me sentis comme paralysée alors qu'elle prenait en quelque sorte possession de l'arme. Elle semblait s'y connaître, contrairement à moi... ce qui n'était pas anormal puisqu'elle se battait avec des armes tranchantes. Il se passa un long moment avant qu'elle ne rengaine l'arme, la reposant loin de moi. Je baissais les yeux. Le fait de la savoir si proche de moi et pourtant inaccessible me dérangeait, étrangement bien plus que je ne l'aurais imaginé. Et le fait de ne pas comprendre l'explication que Validna semblait vouloir me donner faisait monter en moi une peur que je n'avais pas ressentie jusqu'à présent. J'avais du mal à comprendre... état qui fut amplifié lorsque je vis qu'elle désignait d'un geste un sac se trouvant de l'autre côté, avec lequel était mon bâton. Elle gardait l'épée mais me rendait mon arme... que pouvait-elle bien avoir de si spécial ?

Le reste de notre courte "conversation" se passa sans que rien de spécial n'arrive. Validna garda l'épée tout en mangeant une pomme, personnellement je me contentais de manger la mienne tout en laissant mon regard plonger dans le feu. Quelques corbeaux firent un bal puis, la fatigue revenant, il fut l'heure de dormir.

Cette étrange impression que j'avais de ne pas être tranquille tant que le souvenir de mon père se trouvait entre les bras d'une inconnue m'empêcha un long moment de dormir. Allongée auprès du feu, traçant des sigles ayant plus ou moins de signification sur le sol, j'essayais de faire passer le temps et de m'endormir. Inutile. Je relevais les yeux vers Validna et aperçu qu'elle dormait toujours, l'épée avec elle. Il fallait que j'arrête d'y penser, sinon je ne tiendrais pas les prochains jours. Alors je pris la décision de me lever, faisant bien attention à ne pas faire de bruits. Je m'agenouillais auprès du sac et entrepris de reprendre mes quelques affaires, faiblement éclairée par le feu qui s'éteignait petit à petit. Couteau, ceinture, besaces avec quelques rares objets dedans... tout y était, y compris le collier de ma mère. Mon esprit se perdit dans la contemplation du pendentif fait principalement de bois sculpté mais qui était prendre des reflets dorés, comme s'il avait pu exister un alliage permettant de donner au bois cet aspect ou, au contraire, de faire croire qu'il y avait du bois dans la composition. Elwoe... femme dont je ne me souviens même plus le visage, Ulra après son père et avant celui qu'elle aimait. Qui lui-même aurait dû être Ulra avant sa propre fille. Si seulement il avait réellement su faire son deuil... j'aurais peut-être pu faire partie des gardiens du clan, terminer de grandir physiquement et qui sait peut-être partir faire plus ample connaissance avec les deux esprits qui me guidaient, Kenod et Cervan. Je pense qu'il aurait réagi différemment face à la mort, que jamais il ne m'aurait demandé de fouler les terres de l'ouest, que... Une larme perla le long de ma joue et je me recroquevillais sur moi-même, le pendentif au creux de mes mains. J'avais mal.

Lorsque Validna se réveilla, elle put voir que le feu de camp allumé la veille brûlait toujours et que je me trouvais à coté de lui, une pierre assez grande et à peu près plate posée devant mes genoux, en train de découper quelque chose dessus. J'étais restée, je n'avais pas tenté de reprendre ce qui m'appartenait et encore moins essayé de fuir. J'avais eu le temps de réfléchir et bien que je ne pouvais pas encore vouer ma confiance à l'elfe, je préférais rester auprès d'elle - pour l'instant du moins - avant de repartir vers l'inconnu. De plus, je m'étais doutée que je ne récupérerais pas l'épée sans la réveiller : certains avaient le sommeil léger, d'autres arrivaient carrément à faire croire qu'ils dormaient... une technique de chasse ou de survie comme une autre. Concernant le fait de fuir et en prenant en compte le fait qu'elle aurait pu se réveiller à ce moment-là, vu le terrain je n'aurais certainement pas été loin. Je ne savais pas à quoi lui servait la grosse bête attachée au niveau de l'arbre mais même sans parler de vitesse je n'aurais eu aucun endroit pour me cacher. Enfin bref... les faits étaient que j'étais toujours là, en train de couper de la viande chaude sur une pierre, une peau longue se terminant par une tête écrasée à côté de moi. Ressentant qu'elle bougeait, je me tournais vers elle et lui tendit des morceaux de cette viande qui n'avait pas une allure spécialement belle. C'était loin d'être mon plat préféré mais malgré le fait que c'était assez "caoutchouteux", ça avait bon goût. Pour lui montrer que c'était mangeable de mon autre main je pris un morceau le mis dans ma bouche, prenant le temps de le mâcher. J'eus l'impression qu'elle ne savait pas de quel animal il s'agissait... alors pour lui faire comprendre j'émis un son particulier, une sorte de "tssssss" qu'elle avait certainement déjà dû entendre dans sa vie. Du serpent, tout simplement. Il m'avait surprise en fin de nuit, par réflexe je lui avais écrasé la tête avec mon bâton et donc il fallait bien qu'il serve à quelque chose. Et ce n'était pas comme si manger de la viande devait forcément se faire à des heures précises de la journée.

Je regardais au loin, toujours agenouillée sur le sol, tout en mangeant ma portion pas bien grande vu la taille relativement petite de l'animal. C'était l'ouest que je regardais, ou plutôt que je voyais puisque mon regard était dans le vague, façon que j'avais de me reposer sans pour autant m'endormir. J'avais fini par réussir à me recoucher au cours de la nuit, après avoir tracé à la cendre sur le visage des trois cadavres le signe d'un arbre aux nombreuses branches. Lyod, l'arbre protecteur ; esprit qui sauvegardait les âmes afin que les Valar ne les capturent pas à leur tour. Je n'aimais pas particulièrement ces trois humains, voire je ne les aimais pas du tout, mais les savoir en proie au mal ne m'avait pas laissée indifférente.

Enfin, après un long moment reposant, je tournais la tête vers la guerrière, fit un hochement comme si je voulais la désigner avec le nez puis de ma main fit comme elle la veille, c'est-à-dire montra la grande surface d'herbe devant nous avec la main. Je terminais en penchant ma tête sur le côté, seul moyen pour moi d'indiquer que je lui posais une interrogation. Je n'étais peut-être pas claire... mais où irait-elle ? Où... voulait-elle m'emmener ?
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyMer 3 Juin 2015 - 13:19
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Ainsi donc elle n'avait pas décidé de venir reprendre son dû. Validna s'éveilla au petit matin, étirant son corps longiligne en étouffant un bâillement. Chevaucher des jours durant avait tendance à épuiser même les organismes les plus résistants, et en dépit de sa grande expérience elle ne faisait pas exception. Qewiel s'était réveillée avant elle, et avait entrepris de leur trouver un repas qui n'avait absolument rien d'appétissant. La petite inconnue lui tendit une part de ce repas frugal, que la jeune femme accepta avec un signe de tête reconnaissant. Même en observant de plus près, elle ne comprit pas qu'il s'agissait d'un serpent qui avait cuit trop longtemps près du feu. Elle devina tout de même qu'il s'agissait d'un animal sauvage, tué récemment. Curieux. Les Elfes étaient des créatures qui apprenaient vite, bien davantage que les humains : à l'âge de Qewiel, ils étaient en général déjà plus sages que la plupart des mortels, et ils avaient assimilé de nombreuses connaissances que leur temps libre leur permettait d'ingurgiter sans fin. Les langues, la géographie, l'histoire, ils lisaient de tout, connaissaient tout, et se préparaient à entrer pleinement dans leur vie d'adulte. La jeune fille aux cheveux roux, curieusement, ne semblait pas avoir reçu une telle éducation. Bien qu'elle eût dessiné avec un certain talent la carte de la Terre du Milieu, elle était incapable de se repérer, et elle paraissait perdue dans cet environnement différent. Pourtant, elle n'était pas incapable, comme le prouvait le repas qu'elle avait commencé à manger, et dont elle donna la composition à Validna en sifflant entre ses dents. Ainsi donc, elle avait occis un reptile. Elle avait tué ce serpent et l'avait fait cuire avec un esprit de débrouille tout à fait impressionnant, qui indiquait qu'elle avait soit vécu très longtemps seule, soit été élevée ailleurs que dans un des grands royaumes elfiques. A la connaissance de Validna, il n'y avait pas d'enfants Eldar hors des frontières des royaumes, et ils étaient si peu nombreux qu'ils étaient chéris et protégés par tout un chacun. Toutefois, en dépit de sa fascinante capacité à survivre, Qewiel ne paraissait pas jouir d'une grande expérience de la vie en solitaire. Elle avait de bons réflexes, mais ils ne l'avaient pas empêchée de se faire capturer par ces trois hommes sordides. Il y avait un élément qu'elle ne maîtrisait pas, une donnée qui lui échappait…

Décidant de reporter ces questions à plus tard, la guerrière avala le repas que lui tendait la jeune fille. S'attendait-elle à ce que son aînée éprouvât du dégoût pour cette viande peu goûteuse ? Si la réponse était oui, alors elle risquait d'être déçue, car ce fut sans un mot ni une seule mimique trahissant ses pensées que Validna avala son repas. Elle avait déjà eu meilleur, mais elle avait surtout eu bien pire. Elle se souvenait encore d'un épisode particulièrement douloureux de sa vie, où, isolée et contrainte de marcher à travers des plaines hostiles et surtout désertes, elle en avait été réduite à manger des galettes de terre. Les dégâts sur son organisme avaient mis des années à se réparer. Son passé n'était pas toujours reluisant, et elle avait parfois l'impression d'avoir déjà expérimenté les pires moments qu'il était possible d'imaginer. Elle se sentait incroyablement âgée, particulièrement lorsqu'elle se retrouvait face à face avec une personne si jeune et si inexpérimentée. Elle ne souffrait pas de la comparaison, contrairement aux Hommes qui cherchaient en permanence à repousser le moment de la vieillesse et de la mort, mais elle se sentait parfois lasse d'avoir tant fait et de se rendre compte qu'il restait encore tant à faire. Sa seule perspective radieuse était auprès de lui, car il était le seul qui ne s'était jamais montré décevant. Elle sourit légèrement sans même y penser, alors que son image lui revenait en mémoire. Il veillait toujours sur elle, où qu'il pût bien se trouver aujourd'hui. Elle savait que son esprit n'était jamais loin, et cela lui procurait un certain réconfort.

Validna termina rapidement son repas, et lança une gourde d'eau à Qewiel qui l'attrapa au vol. Elles n'avaient pas pris soin de s'arrêter auprès d'une petite rivière ou d'une source, si bien que ce serait leur seule ration avant qu'elles ne regagnassent le village le plus proche, qui se trouvait environ à une journée de cheval, un peu moins. Elles y seraient dans la soirée en allant à un rythme tout à fait tranquille, si bien qu'elles n'étaient pas particulièrement pressées. La guerrière s'approcha de sa monture, qu'elle gratifia de quelques caresses sur l'encolure, tout en lui donnant une carotte à grignoter. La bête était de belle taille, trapue et puissante. Ce n'était pas un cheval elfique, mais bien un destrier humain qu'elle avait récupéré l'année passée auprès de ses anciens employeurs. Ils ne lui avaient pas donné l'autorisation formelle de le prendre, mais ils étaient trop occupés pour se soucier de quoi que ce fût, si bien qu'elle s'était permise de le récupérer sans difficulté. Désormais, il était son compagnon de voyage, et elle s'estimait tout à fait satisfaite. Obéissant et docile, il n'en demeurait pas moins courageux et endurant. Il n'avait pas l'intelligence des chevaux dressés par les Elfes, mais il compensait par un physique avantageux qui faisait de lui un étalon splendide. Il porterait sans peine les deux cavalières, légères comme des plumes. Validna le sella, et vérifia soigneusement les sangles et les sacs dans lesquels se trouvaient les menus effets qu'elle emportait avec elle en règle générale. Rien de personnel, seulement de l'utilitaire. Une pierre à aiguiser, des ficelles, quelques onguents et plantes, un nécessaire pour allumer un feu. Rien de très original.

Cependant qu'elle s'affairait, elle jeta un regard en coin aux cadavres qui s'étaient départis de leurs couleurs pendant la nuit. Leur visage était d'un blanc pâle, macabre, alors que leurs yeux vides fixaient bêtement le ciel bleu et le soleil brillant. Pareils à deux orbites nacrés, ils demeureraient figés ainsi jusqu'à ce que quelqu'un les trouvât et vînt leur donner une sépulture décente qu'ils ne méritaient de toute façon aucunement. Validna aurait pu les enterrer, mais elle avait appris à économiser ses forces quand cela n'en valait pas la peine. Ces trois malandrins l'auraient tuée sans hésiter, et elle avait passé l'âge de prendre en pitié les gens qu'elle éliminait froidement. Ils demeureraient posés là, et dépériraient peu à peu. Elle constata non sans une certaine surprise que leurs visages avaient été colorés de traits charbonneux qui formaient des symboles complexes. A quoi pouvaient-ils bien servir ? C'était forcément la jeune fille qui les avait dessinés, mais dans quel but ? Etaient-ce des malédictions ? Aucun Elfe ne croyait décemment dans ces choses-là, donc qui pouvait bien avoir appris ces runes à son invitée ? Un Homme ? Un Nain ? Elle penchait pour cette dernière explication, les Naugrim étant particulièrement intrigués par les runes, et par un mysticisme d'un goût douteux. Elle ne les détestait pas comme certains de ses congénères, mais elle trouvait tout de même leurs coutumes bizarres, et leurs croyances parfois délirantes. Etaient-ce eux qui avaient élevé la jeune fille ? Lui avaient-ils uniquement appris leur langue étrange, le Khuzdûl ? Malheureusement, la combattante n'en parlait pas un mot, et ne pourrait même pas essayer de lancer une phrase pour voir si cela faisait réagir la petite fille rousse.

Dans un bruissement de plumes d'un noir pénétrant, un vieux corbeau vint se poser sur le torse du plus petit des trois corps, et poussa un cri strident qui attira l'attention de Validna et de Qewiel. La première se rapprocha de l'animal, qui curieusement ne cherchait pas à faire du défunt son repas. Il la regardait avec des yeux brillant d'intelligence, et ne paraissait pas la craindre. Bien sûr qu'il ne la craignait pas. La jeune femme s'approcha de lui, s'agenouilla et lui tendit une main. Il bondit doucement dessus, apparemment parfaitement en confiance. De sa main libre, la guerrière le caressa légèrement. La scène était des plus surprenantes, car comment un animal sauvage pouvait se montrer aussi proche d'un bipède ? Qewiel s'avança d'un pas, mais le corbeau prit peur, et s'envola rapidement rejoignant le ciel et ses congénères qui attendaient l'heure du festin. Glissant ce qu'elle avait récupéré subrepticement dans sa poche, Validna se retourna vers la petite Elfe rousse, qui regardait le ciel. Effectivement, leur danse aérienne, les cercles concentriques qu'ils dessinaient sans même s'en rendre compte, étaient de toute beauté, même s'ils annonçaient bientôt le moment d'un festin funèbre.

Qewiel cessa son observation rapidement, et interrogea Validna avec sa gestuelle particulièrement expressive. Elle semblait lui demander des précisions sur où elles se dirigeaient, tout du moins c'était la conclusion logique à laquelle la guerrière arrivait en éliminant les autres possibilités. La plus jeune savait déjà approximativement où elle se trouvait, et puisqu'elle ne pouvait pas aller son chemin, elle devait s'interroger sur la destination qu'on lui imposait. Répondant sans même hésiter un seul instant sur la direction à prendre, la plus âgée désigna de son bras le Sud-Ouest. Elles iraient par ce chemin jusqu'à trouver le village dans lequel elle avait fait halte la nuit passée. Elle n'était pas particulièrement heureuse de devoir faire escale deux fois dans le même village à si peu de jours d'intervalle, mais c'était sa seule chance, car en s'éloignant davantage vers le Nord, elle risquait de s'égarer en route, et de perdre un temps précieux. Elle devait faire vite, et ne pas traînasser. Qewiel avait rassemblé ses affaires, et Validna donna bientôt le signal du départ en effaçant soigneusement le plus gros de ses traces. Puis, se tournant vers son invitée, elle lui désigna du doigt le quadrupède qui paissait placidement. Devant son incompréhension, elle la poussa gentiment vers le cheval, qui – il était vrai – était assez impressionnant de par sa taille. De toute évidence, la jeune fille n'était jamais montée sur l'un d'entre eux, et elle devait se sentir bien ridicule devant un tel mastodonte qui, s'il paraissait calme pour l'instant, pouvait effectivement déployer une force stupéfiante et la piétiner sans difficulté. Toutefois, ce n'était pas un destrier agité, et elle n'avait rien à craindre.

- Cheval, lui dit Validna pour poursuivre son éducation. Cheval.

Avant de faire approcher Qewiel de la selle, elle entreprit de lui faire faire connaissance avec la créature à laquelle elle n'avait pas donné de nom. Un an qu'ils voyageaient ensemble, et elle ne l'avait toujours pas baptisé. Peut-être parce qu'elle savait qu'il avait déjà un nom, et qu'elle ne voulait pas le déposséder de celui-ci. Peut-être parce qu'elle n'en avait jamais eu besoin, et qu'elle se contentait de ce qu'il pouvait lui apporter avant de le jeter et d'en changer. Etait-elle si insensible ? Le cheval cessa un moment de fouiller l'herbe à la recherche de brins particulièrement appétissants, et leva son immense tête devant la jeune fille, reniflant puissamment ses vêtements. Une main dans le dos de cette dernière, Validna essayait tout à fois de l'empêcher d'avoir un mouvement de recul, mais aussi de la réconforter. Il ne lui ferait rien. Le cheval termina son inspection sommaire en exhalant avec ses naseaux un air chaud et odorant en plein dans le visage de la petite Elfe, dont les cheveux s'écartèrent de son visage sous la force de ce souffle. Validna attrapa un autre morceau de carotte, et le déposa dans la main de Qewiel. En lui montrant avec force gestes de garder ses doigts tendus, et de présenter sa paume tout à fait ouverte, elle l'invita silencieusement à gratifier leur monture d'une friandise. C'était toujours un moment particulier que de nourrir un cheval pour la première fois, car se mêlaient une forme de peur et d'excitation. Quand elle comprendrait que l'animal était tout sauf menaçant, elle aurait certainement moins peur de grimper sur son dos.

Validna laissa la jeune fille savourer ce premier contact aussi longtemps qu'il lui parût nécessaire, avant de lui indiquer qu'il était temps de partir en lui tapotant l'épaule. Qewiel avait-elle remarqué la guerrière avait profité de cet épisode pour casser la distance ? Profitant de ce qu'elle était obnubilée par le cheval, elle avait instauré un contact physique léger entre elles, pour gagner peu à peu sa confiance. Cela semblait fonctionner assez bien, et même si Validna était de toute évidence une guerrière émérite et une tueuse expérimentée, elle faisait preuve d'une grande douceur dans ses gestes envers la petite elfe. Jamais de brusquerie, jamais de précipitation, elle l'apprivoisait patiemment, consciente que ce serait un travail de longue haleine que de l'habituer au monde qu'elle paraissait découvrir un peu plus à chaque seconde. L'emmenant près de la selle, Validna lui indiqua du doigt qu'elle allait devoir grimper là-haut. Sans prises, sur le dos d'un animal mouvant qui lui rendait au moins dix ou quinze centimètres, c'était une tâche ardue, et le sourire de l'Elfe s'élargit en voyant la réaction de la jeune fille. Avec une force surprenante, et sans vraiment lui laisser le temps de protester, la guerrière s'empara de Qewiel sous les aisselles, la souleva du sol sans paraître éprouver la moindre difficulté, et la déposa sur le dos du cheval qui ne broncha pas. Devant sa tête impayable, Validna se mit soudainement à rire. Elle ne se laissait pas souvent aller à ce genre de démonstrations, mais cette fois elle ne put s'empêcher, tant la situation lui paraissait cocasse. Cette petite jeune fille mal à l'aise au possible, juchée sur le dos d'un destrier immense qui n'avait pratiquement pas senti qu'on lui ajoutait un cavalier. Elle s'interrompit rapidement, presque honteuse d'avoir dévoilé ainsi une partie de son intériorité, et profita des étriers pour s'installer derrière Qewiel. Cette dernière aurait une vue imprenable sur le paysage aux alentours, mais surtout elle serait protégée de tout risque de chute par les bras de Validna qui l'enveloppaient. C'était la position la plus sûre.

Tirant légèrement sur les rênes pour indiquer à son étalon que l'heure du repas était terminée et lui faire relever la tête, elle le dirigea doucement vers le Sud-Ouest, l'emmenant à un petit trot qui allait lui dégourdir les jambes, et surtout leur faire gagner à l'arrivée de précieuses heures. Malheureusement pour Qewiel, le chemin était particulièrement monotone. Elles se retrouvaient dans un des endroits les moins habités de la Terre du Milieu, au centre de landes désolées dépourvues d'habitants. L'hiver était terminé, et d'aucuns étaient repartis essayer de retrouver leurs maisons, mais on trouvait encore beaucoup de fermes abandonnées, les murs en ruines, les cultures ravagées par le gel. Pire encore, la fonte des neiges avait laissé fleurir des cadavres un peu partout, dont beaucoup n'avaient pas été ramassés. Certains portaient des marques de crocs ou de griffes, attestant de la violence des attaques d'animaux, descendus des montagnes en quête de proies. D'autres, pas beaucoup plus chanceux, portaient les stigmates de coups de poignard ou de pointes de flèches qui avaient traversé leur pourpoint. Les bandits et voleurs avaient sévi plus qu'à leur tour dans cette région, et si beaucoup avaient retrouvé une vie normale, après avoir été contraints de voler pour survivre, d'autres avaient pris goût à la chasse, à l'argent facile, et surtout au meurtre. La région n'était pas sûre. Elle ne l'avait jamais été, naturellement, mais actuellement elle était particulièrement dangereuse, et elles devaient faire très attention.

Leur chemin était parfaitement rectiligne, coupant à travers la plaine sans effectuer le moindre détour, sinon pour éviter de petits obstacles que Validna ne souhaitait pas forcer son cheval à sauter. Cela pouvait ressembler à une sinécure, mais en réalité la guerrière était préoccupée. Ainsi exposée, le danger pouvait surgir de partout, et surtout de partout à la fois. Il n'y avait pas une seule direction d'où un groupe de cavaliers ne pouvait surgir, et cela lui faisait douloureusement prendre conscience de leur vulnérabilité. Toutefois, elle ne vit personne aux alentours, et leur chemin se poursuivit sans la moindre anicroche jusqu'à leur destination…


~ ~ ~ ~


- Trois corps. Tous tués par une arme tranchante. Du beau travail, les pauvres n'ont eu aucune chance.

L'homme qui venait de prendre la parole cracha sur le sol, avant de revenir à la silhouette juchée sur un cheval qui lui faisait face. Il se sentait dominé, ce qui était présentement le cas, et il ne devait pas faire preuve d'une confiance excessive. A cause de ses mauvaises informations, ils avaient perdu vingt-quatre heures à errer, et ils avaient raté leur cible. Ce n'était pas pour plaire aux autres, qui lui avaient jeté des regards peu amènes. Ils étaient arrivés sur les lieux vers midi, après avoir dépassé de très loin le point de rendez-vous, ce qui les avait contraints à descendre depuis un village situé assez loin au Nord. Ils avaient chevauché toute la nuit durant pour rattraper leur retard, mais c'était peine perdue. On les avait doublés. Le silence du cavalier fut éloquent, et il ne fut pas besoin de dispenser coups et cris. Le cheval pivota, et le guerrier remonta en selle prestement, trop content d'être encore envie après un tel échec. Il entendait bien se rattraper, sans quoi il risquait de voir sa chance tourner…

- Les traces, on dirait qu'elles vont vers le Sud-Ouest. A ma connaissance, il n'y a qu'un seul point où on peut se reposer dans cette direction, il est à un jour de cheval. Moins si on force l'allure.

Il s'apprêtait à lancer la chasse, mais une main fine se leva devant lui, et il s'interrompit net dans son mouvement, conscient que trop d'esprit d'initiative n'était pas pour lui plaire. Rien ne l'horripilait davantage que les gens qui mettaient dans bâtons dans les roues de son plan. Tout devait fonctionner parfaitement, sans accroc, sans quoi la furie des Valar risquait de se déchaîner sur le grain de sable venu gripper le mécanisme parfaitement huilé. Pour l'heure, il avait plutôt intérêt à suivre ses directives à la lettre pour rattraper sa grossière erreur. Il déglutit perceptiblement, et baissa la tête quand la voix du commandement s'éleva dans l'air :

- Faisons en sorte d'arriver dans ce village à la nuit tombée, et gardons des forces. J'ai l'impression que nous allons rencontrer une certaine résistance.

- A vos ordres !

Les cavaliers s'ébranlèrent, et lancèrent leur monture au petit trot, tout en se répartissant les rôles de sentinelle. Ceux qui n'étaient pas de garde préféraient dormir en selle pour récupérer de leur nuit de chevauchée. Ce n'était pas idéal, mais ils avaient l'air d'avoir déjà affronté de telles conditions, et ils ne paraissaient pas gênés le moins du monde. De vrais durs à cuire, qui ignoraient encore être bien plus nombreux que les deux Elfes qu'ils recherchaient.


~ ~ ~ ~


Validna et Qewiel arrivèrent en vue du village qu'elles avaient choisi pour destination bien plus tôt que prévu. En fin d'après-midi, alors que le soleil était encore loin de se coucher, elles le repérèrent au loin, parfaitement identifiable au milieu de ces plaines vides d'hommes. Des champs où poussaient des céréales s'étendaient tout autour, et elles pouvaient voir de là où elles se trouvaient de petites silhouettes qui s'affairaient au milieu du blé et de l'orge. Quelques ânes transportaient le fruit de la récolte jusqu'aux maisons environnantes, et quelques enfants jouaient ici et là. Par mesure de sécurité, et avec un geste plein de tendresse, Validna essaya de dissimuler tant bien que mal les oreilles pointues de sa petite protégée derrière sa cascade de cheveux roux. C'était presque mission impossible, et de toute façon les Hommes remarqueraient très rapidement la grâce naturelle de Qewiel, qui si elle n'égalait pas celle des Eldar qui avaient vu la lumière des deux arbres, demeurait toutefois inhumaine à bien des égards. Il fallait seulement espérer que de cette façon, elles réduiraient le nombre de badauds à tourner la tête dans leur direction. Elles traversèrent donc les champs en empruntant le sillon habituel par lequel les hommes allaient et venaient sans piétiner leurs cultures, observant les dos courbés de ces derniers qui récoltaient les pouces avec force difficulté. Deux ou trois levèrent le nez en les voyant, mais ils ne marquèrent pas d'arrêt particulier, et se contentèrent de les laisser aller leur chemin.

Validna connaissant déjà les lieux, elle se dirigea instinctivement vers le centre du village, où elle savait pouvoir trouver une auberge, la seule du coin. C'était un taudis miteux, où on dormait mal, et où l'eau était sale, mais c'était mieux que rien. Au moins elles auraient un toit au-dessus de la tête, et le prix du repas était ridicule. Ridicule comme sa qualité, d'ailleurs. La guerrière ne pouvait pas voir les réactions de Qewiel, qui se trouvait devant elle, mais elle devinait que la jeune fille observait son environnement, et se posait des questions. Il y avait quelques femmes ici et là, qui battaient les blés pour en extraire les grains, et qui riaient ce faisant. Une bonne humeur agréable régnait ici. Le cheval fit halte devant un bâtiment qui ne payait pas de mine, et les deux Elfes mirent pied à terre, un peu fourbues d'avoir chevauché si longtemps. Elles se dirigèrent vers les boxes qui jouxtaient l'auberge, en trouvèrent un qui était vide, et enfermèrent temporairement leur monture à l'intérieur. En passant, elles attirèrent immanquablement l'attention des autres chevaux qui se trouvaient là, et qui tendirent leurs naseaux pour les renifler, montrant les dents pacifiquement dans l'espoir de glaner une friandise de leur part. Validna caressa une jument particulièrement joueuse, qui de toute évidence préférait les pommes aux cajoleries. Quand Qewiel passa à sa portée, elle essaya de happer ses cheveux avec ses lèvre, sans méchanceté aucune. La guerrière passa la main dans le dos de la mystérieuse jeune fille et l'invita à presser le pas, si bien qu'elles rejoignirent rapidement le dehors.

Le puits n'était pas très loin, et plusieurs enfants jouaient alentour en riant. Ils devaient avoir une douzaine d'années, environ, et ils avaient sans aucun doute terminé d'aider leurs parents, si bien qu'ils avaient la fin de journée pour eux, pour dépenser leur surplus d'énergie. Validna désigna le puits à Qewiel, et lui mima le geste de boire. En effet, elles avaient chevauché sans s'arrêter, et leurs maigres rations d'eau s'étaient épuisées très rapidement, si bien qu'elles avaient la bouche sèche. Leur cheval pourrait profiter d'un baquet d'eau fraîche pour se désaltérer, mais à l'intérieur de l'auberge on servait plutôt une bière infâme qu'il faudrait en plus payer. Si elle voulait boire quelque chose de sans alcool, elle devait remonter le seau et se désaltérer elle-même. Le geste pouvait difficilement être plus explicite, et Validna se doutait que sa protégée ne s'éloignerait pas. Elle avait trop envie de rester auprès de celle qui détenait son épée pour cela. Pour la rassurer quelque peu, la guerrière lui fit comprendre qu'elle-même allait rentrer dans l'auberge, et qu'elle ne serait donc pas loin. Toujours à portée de voix. Après s'être assurée que tout était clair, elles se séparèrent, allant chacune vaquer à leurs affaires.


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyJeu 4 Juin 2015 - 23:11
Je sortis de ma contemplation de paysage lorsque je vis du coin de l’œil quelque chose venir vers moi, chose vers laquelle je me tournais et que je n'eus pas de mal à attraper au vol. Une gourde avec de l'eau dedans, tout simplement. C'est vrai que je n'avais pas vraiment bu depuis ma "rencontre" avec Validna, aussi appréciais-je son geste. Pour autant je ne pris pas beaucoup d'eau, à la fois par habitude de ne pas pouvoir boire énormément, à la fois parce que je ne savais pas combien de temps nous devrions tenir avec une gourde pour deux déjà entamée. Lorsque j'eus bu je lui relançais la gourde puis fit attention aux gestes de l'elfe de la Terre du Milieu. La guerrière s'approcha de l'étrange animal à quatre pattes et commença à enrouler au niveau du dos comme du ventre un objet en cuir, auquel étaient déjà attachées certaines choses. Ce fut le cri perçant d'un corbeau qui me fit me retourner, ainsi que Validna ; l'oiseau s'était posé sur l'un des trois cadavres et semblait regarder l'elfe brune, elfe qui s'approcha de lui et qui put le prendre aisément sur sa main. Cela me surprit, sachant les oiseaux craintifs ou du moins méfiants envers nous, aussi me demandais-le si Validna n'avait pas un don avec les animaux. A moins qu'il n'ait été habitué à la présence elfique ? La réaction qu'eut l'oiseau lorsque je m'approchais de lui fut sans appelle, non il n'était pas habitué aux Elfes... du moins pas à tous les Elfes. Je le suivi du regard, remarquant alors que plusieurs de son espèce commençaient à se regrouper au-dessus de nos têtes, ce qui me fit imaginer quel charnier mon clan avait dû être suite à l'attaque des orques, puis posais ma question silencieuse à ma... compagne de fortune. Elle m'indiqua le sud-ouest, geste que je n'eus pour une fois aucun mal à comprendre.

Puis il fut temps de partir. Affaires rassemblées, traces effacées - aurait-elle peur d'être suivie ? - ... et maintenant me voilà face à face avec le grand animal. J'étais impressionnée, je ne savais pas trop quoi penser de lui... même s'il ne paraissait pas agressif. Le mastodonte leva la tête vers moi, ce qui provoqua chez moi un mouvement de recul, aussitôt interrompu par la main de Validna. Je levais un instant les yeux vers elle, me demandant ce que je devais penser de tout cela, avant de me confronter à ce qu'elle appelait un "cheval". Au passage il me sembla voir quelque chose dans son attitude, une façon d'être qui me renvoya immédiatement à ma condition physique : parce que mon corps prenait trop de temps à se développer, elle croyait que j'étais une enfant. Or j'étais adulte. Alors que le cheval me reniflait pour voir si je possédais une odeur qu'il connaissait, je m'enfermais dans les limbes de mes pensées. J'avais horreur que l'on me considère encore comme une enfant et, malheureusement, le fait que je ne puisse pas dialoguer pleinement avec Validna n'aidait pas à lui faire comprendre que j'étais tout sauf ça. Que pourrais-je faire, comment lui montrer avec mes maigres bras que je n'étais pas celle qu'elle devinait ? Un puissant souffle en pleine figure me répondit, faisant danser un court instant mes cheveux rouges. Je fis mine de sourire, la joie ne guidant pas mon cœur à ce moment-là. Puis l'elfe me donna un bout de légume, que je compris être pour l'animal. Elle me montra par un geste répété de lui présenter la nourriture, paume vers le ciel et doigts tendus. Je le fis, quelque peu craintive, mais surtout les épaules lourdes par le rappel de cet état de fait qu'était ma petitesse et la naissance seulement de mes quelques formes. Une fois la carotte mangée je pris le temps de rester auprès de lui, faire plus ample connaissance. J'écoutais les sons qu'ils produisait afin de retenir quel était son langage, de le comprendre un minimum, tout en caressant doucement sa tête ainsi que les longs poils provenant de son cou. Lui au moins ne devait pas se soucier de la taille ou de l'âge que j'avais. Enfin... un tapotement sur mon épaule me fit me retourner ; Validna me faisait signe qu'il fallait y aller. Je m'approchais donc elle, mon bâton à la main, pour voir qu'elle me désignait du doigt le dos de l'animal. Hum... comment dire... aller dessus ? Pourquoi et comment ? Je n'eus pas le temps d'essayer de formuler quoi que ce soit qu'elle me prit sous les bras et m'éleva au-dessus du sol jusqu'à ce que j'atterrisse là où elle voulait. Je fis une tête pas possible sans même réfléchir, ce qui fit éclater de rire la guerrière avant qu'elle ne me rejoigne sur le dos de l'animal. Une longue journée se profilait devant nous.

Au départ je regardais le paysage, ballotée par le cheval et retenue de tomber par les bras de la cavalière, m'étonnant toujours plus des différences flagrantes qu'il y avait entre "ici" et "chez moi". Les deux avaient leur partie de désolation mais celui dans lequel j'avais grandi me semblait beaucoup moins vide. Des fois il y avait d'étranges bâtiments, perdus au milieu de nulle part. Puis la fatigue commença à se faire ressentir, ce qui était normal vu la nuit que j'avais eue, aussi je ne tardais pas à m'endormir pour une bonne partie de la journée. Validna avait eu la présence d'esprit d'attacher mon bâton à la selle, de sorte à ce que je ne le perde pas en dormant. Un sommeil qui ne fut pas tout à fait réparateur mais qui, pour une fois, ne fut pas chargé de longs et pénibles souvenirs.

Lorsque nous arrivâmes à ce qui semblait être le territoire d'un clan, j'eus encore plus l'impression d'être dans un autre monde. Les gens avaient des oreilles rondes, ils étaient donc tous ce que papa appelait des humains et en plus ils étaient habillés bizarrement. Leurs demeures étaient toutes rectangulaires et construites avec du bois, bois qui devait provenir d'arbres bel et bien en vie avant abattage. Je sentis mon cœur se serrer et la peine me prendre, en plus d'une grande méfiance envers ce milieu que je trouvais tout aussi étrange que non naturel. J'avais peur de comprendre pourquoi il y avait si peu d'arbres près de chez eux...

Validna entra directement dans le village, semblant être habituée à ce type d'environnement, et me fit descendre de cheval une fois la monture arrêtée auprès d'autres. C'était dans l'un de ces bâtiments de bois, visiblement réservé aux chevaux. L'animal cloîtré entre trois murs il fallait juste refermer le quatrième sur le premier, le quatrième étant nettement plus petit que les autres ; sorte d'entrée que l'on bloquait pour être sûr que les montures ne partiraient pas. Je n'aimais pas l'idée personnellement, ayant toujours vu des animaux libres lorsqu'ils n'étaient pas en cage pour servir par la suite de repas. J'avais limite envie de les libérer les pauvres. Mais ce monde n'était pas le mien et je ne souhaitais pas faire de bévue, pas maintenant du moins. Après avoir repris mon bâton je suivi Validna, esquivant une morsure de cheval au passage, avant de sortir de l'enclos. Alors l'elfe me fit signe d'aller boire tout en m'indiquant un petit édifice en pierre auprès duquel jouaient des enfants qui avaient à peu près ma taille, voire même étaient un peu plus grands. Des enfants ? Oui, je le voyais à leur façon d'être, sans compter le fait que mon père m'avait expliqué que les Humains grandissaient différemment de nous et qu'ils n'acquéraient généralement pas une grande maturité d'esprit très rapidement. Je suivi Validna du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse de mon champ de vision puis me retournais vers les enfants et le cylindre de pierre. Nullement à l'aise, je m'avançais sans faire de bruit.

Les jeunes humains -que des garçons - n'eurent pas de mal à m'apercevoir, surtout avec ma couleur de cheveux qui ne devait pas être plus fréquente ici que là d'où je venais. A mon grand malheur, ils s'arrêtèrent de jouer et commencèrent à parler. Entre eux, à moi... du moins supposais-je. De ce que je pouvais comprendre, ils croyaient également à cause de ma taille que j'étais au même stade qu'eux de mon développement psychologique. Ils ne semblaient pas craindre le fait que j'étais armée non plus. Au contraire même, certains s'autorisaient le fait de pouvoir me regarder comme si j'étais un animal apparu pour la première fois sur cette terre ! N'ont-ils jamais vu de personne de leur vie ? En quoi pouvais-je être différente ? Pour avoir la paix, je tapotais à plusieurs reprises mon index gauche contre mon cou, de manière horizontale, pour faire comprendre que je ne pouvais pas parler - ça n'avancerait à rien, eux-mêmes ne parlant pas la même langue que moi. Puis je me retournais vers le cylindre de pierre, avant que l'un d'eux ne me force à me retourner en m'agrippant le bras. Le seul retour qu'il eut de ma part fut un regard glacial et chargé d'énervement, celui qu'un adulte envoyait à un enfant pour le remettre à sa place. Il se passa quelques courtes secondes avant que le garçon ne recule et qu'ils s'en aillent tous, me regardant d'une drôle de façon. Je les regardais filer, puis je portais mes yeux sur ce qui était en fait un puits puis sur les maisons de bois : j'étais vraiment une étrangère... j'avais envie de rentrer chez moi, maintenant que j'avais un premier aperçu de la vie à l'ouest.

Quelques minutes plus tard j'entrais avec plus ou moins d'assurance quant à la porte d'entrée - système que je ne connaissais pas jusqu'alors - et me faufila à travers les gens, sans faire de bruit, jusqu'à Validna. Je ne pouvais m'empêcher de détailler du regard tout ce qui m'entourait, tellement cela était étrange pour moi. Je m'asseyais en face d'elle et la regarda faire ce qu'elle faisait, attendant patiemment que quelque chose se produise.

La soirée se passa sans encombres, si ce n'est émotionnellement parlant : à plus d'une reprise je me retins de crier sur la première personne qui me regardait comme si je n'étais qu'une gamine de vingt ans, une enfant qui accompagnait sagement un membre de sa famille. Ah si j'avais seulement pu parler leur langue, j'aurais eu une discussion avec Validna ou toute autre personne qui aurait fait comprendre que mes sujets de conversation n'étaient pas les jeux mais la gestion du clan, le rôle de chacun, les terres de l'ouest... ils auraient arrêté de me regarder ainsi ! Mais non... je devais malheureusement faire avec et tout cela ne faisait que me mettre d'humeur maussade, regrettant l'endroit que j'avais aimé toute ma vie ainsi que ceux qui y habitaient. Et une promesse ainsi qu'une épée me liaient à ces territoires inconnus, pour couronner le tout.

Enfin, après avoir mangé un repas qui me parut bon (goût qui pouvait être fossé par le fait de n'avoir pas mangé de vrai repas depuis des semaines), nous sommes montées jusque dans une pièce où nous pourrions dormir, deux couchages attendant sagement que des personnes viennent les utiliser. Tout ce qu'il manquait, dans le fond, était un cours d'eau pour pouvoir s'y baigner. Comprenant que nous allions passer la nuit là je m'assis sur le lit, essayant d'abord de calmer ma colère avant de me coucher. J'eus du mal, surtout en ne passant pas par l'extériorisation de cette colère par le corps. Le seul moyen que j'eus trouvé fut, tout bêtement, de chanter d'une voix douce, sans y aller fortement. Je crois que c'était la première fois que Validna m'entendait chanter et je suppose qu'elle m'écoutait, puisque je n'entendis rien pendant tout le temps où je m'évertuais à me calmer avec des chansons des marais. Ce que j'adorais chez elles, c'était les formes qu'elles prenaient dans mon imagination, les sensations qu'elles donnaient grâce aux rythmes des mots : l'une me faisait penser à la pluie, l'autre au vent caressant mon être, faisant voler mes cheveux et prenant la forme d'une personne aimée... J'avais toujours imaginé ma mère pour cette chanson, Elwoe, même si je ne me souvenais aucunement de ce à quoi elle ressemblait. Aujourd'hui, je me demandais si le vent ne prendrait pas la forme d'un couple désormais réuni, Elwoe et Laurelien. Ils me manquaient tous les deux... mon père plus que tout. C'est sur ces pensées, les larmes aux yeux, que je réussis à m'endormir... pour à nouveau m'enfoncer dans la noirceur de mes cauchemars.


Encore... allongé sur le lit qui m'avait été attribué, mon corps n'était pas tranquille. Si Validna faisait attention, elle verrait que je me bougeais beaucoup, même si ce n'étaient que par tous petits mouvements, et que mon visage se crispait au fil de la nuit de plus en plus souvent et de plus en plus brusquement. De tout cela, je ne m'en rendais pas compte. Mon esprit était agité, comme enfermé dans un cycle qu'il ne pouvait briser lui-même. Des images, des sons, des odeurs, des sensations, tout y était comme si c'était réel. Mais étrangement, pour une fois quelque chose était différent, un je ne sais quoi me prenait encore plus par les sentiments, m'assaillait de toute part jusqu'à me donner l'impression d'être rongée à la fois de l'intérieur, à la fois de l'extérieur. Au bout d'un moment mon corps commença à bouger, plus que jusque là, roula un coup de trop et tomba en un *bom* sourd sur le plancher. Alors je me réveillais, enfin, tremblotante et couverte de sueur. La première chose que je ressentis fut l'aspect dur du sol, avant de ressentir un froid-chaud désagréable ainsi qu'une douleur au niveau de l'épaule droite (côté où j'étais tombée). Les quelques sons que j'entendis semblaient provenir de fort loin, comme si on avait mis de la mousse dans mes oreilles. Quant à ma vue... c'était brouillé, il fallut que je cligne plusieurs fois des yeux pour retrouver une vue à peu près normale. Cela suffit à complètement me désorienter, même à me faire paniquer. A peine sortie des horreurs de mon cauchemar, j'atterrissais dans un corps qui n'était pas dans son état normal. J'avais peur. Ce fut la raison pour laquelle mes lèvres se mirent en mouvement afin de prononcer un mot :

"Va... Validna ?"
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Ryad Assad
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyVen 12 Juin 2015 - 16:25
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- Oh, vous revoilà ! Je croyais que vous deviez continuer votre chemin longtemps vers le Nord. C'est un plaisir de vous revoir !

L'aubergiste était un homme affable, et Validna rangea son agacement derrière un visage qu'elle voulut amène. Elle aurait largement préféré qu'il ne la reconnût pas, et qu'il se contentât de la laisser prendre une chambre discrètement. Savoir qu'elle avait déjà été repérée par les habitués n'était pas pour lui plaire, surtout qu'elle avait conscience que la petitesse du village risquait de faire circuler l'information assez rapidement. Il ne devait pas y avoir cinquante Elfes dans le coin, et elle devrait faire avec. Parfois, cela lui pesait d'être étrangère à cet univers, et d'apparaître toujours comme une curiosité. Non pas qu'elle en éprouvât un chagrin personnel, non, mais cela avait tendance à entraver ses déplacements, à la déranger dans ses opérations. La discrétion était souvent de mise, et elle ne pouvait décemment passer inaperçu quand elle s'arrêtait quelque part, si bien qu'elle devait toujours se remettre en route rapidement et incognito dans le mesure du possible. Les badauds laissaient toujours traîner leurs yeux et leurs oreilles là où ils n'avaient pas à le faire, ce qui était particulièrement désagréable. Réussissant à contrôler son visage à merveille, elle répondit d'une voix neutre comme seuls les Eldar savent le faire :

- J'ai décidé de revenir sur mes pas, et de repartir vers le Sud finalement. Le Nord me paraît être un endroit bien dangereux, actuellement.

- Ah vraiment ? Racontez-moi ça !

Cependant qu'ils parlaient de tout et de rien, qu'elle lui racontait l'impression dérangeante qu'elle avait eue en arpentant les plaines du Rhovanion, le sentiment de toujours être épiée et que des hommes mal intentionnés pouvaient surgir à tout moment, il s'empressa de lui servir une chope de bière et de lui fournir les clés d'une chambre, qu'elle paya d'avance. Elle n'était pas du genre à boire de l'alcool en toute circonstance, mais c'était certainement la boisson la moins chère qu'ils avaient ici, et cela lui évitait d'avoir à sortir de l'argent de la bourse bien remplie qu'elle gardait toujours sur elle. C'était une sécurité, et cela évitait d'attirer trop l'attention. Les Elfes étaient réputés pour transporter sur eux de grandes richesses, et il était vrai que les chevaux elfiques valaient une fortune, que le moindre de leurs objets était d'une beauté stupéfiante, et que mettre la main sur une de leurs lames était comme trouver un trésor. Validna voyageait sur une monture élevée de main d'hommes, et faisait en sorte de ne pas afficher ostensiblement de biens qui auraient pu paraître précieux aux yeux avides de paysans qui pouvaient tenter leur chance. Elle n'aurait pas apprécié d'être réveillée en pleine nuit par des malandrins qu'elle aurait dû occire prestement. S'éloignant avec son breuvage, laissant d'autres clients prendre commande, elle essaya de faire abstraction de leurs regards pervers posés sur son corps svelte lorsqu'elle ne les regardait pas. Elle s'y était habituée depuis longtemps, et sa nature elfique l'avait souvent protégée, mais elle savait que les Hommes – a fortiori ceux du commun – éprouvaient souvent une fascination pour les Eldar, qu'ils voyaient comme des incarnations de la perfection. L'aura qui se dégageait de Validna était aussi impressionnante que séduisante : quand elle les dévisageaient, ils baissaient la tête pleins de honte et de révérence, mais quand elle avait le dos tourné, ils la lorgnaient avec gourmandise, comme si elle n'était qu'une friandise. L'épée à son côté était là pour leur rappeler que la rose avait quelques épines avec lesquelles il fallait compter.

La jeune femme traversa donc la pièce, jetant au passage un morceau de papier dans l'âtre qui réchauffait la pièce. Elle le regarda se consumer entièrement, puis s'installa à une table éloignée de l'entrée, et attendit sagement que Qewiel revint. La petite Elfe apparut bientôt dans un éclair de cheveux roux, se frayant un passage à travers la foule. Quelques hommes lui jetèrent un regard étonné, mais ils comprirent rapidement avec qui elle voyageait, et nul ne vint l'importuner de crainte de déclencher l'ire de sa protectrice. De toute évidence, la petite fille muette paraissait découvrir avec beaucoup de surprise le monde qui l'entourait, et elle posait des yeux pleins de questions sur des choses du commun pour Validna. Les vêtements, les attitudes, les postures des gens devaient l'interloquer, mais elle se garda bien de tout commentaire – que son interlocutrice n'aurait de toute façon pas compris – pour prendre place à la table en essayant de ne pas commettre d'impair. De toute évidence, elle avait été bien élevée, cela se voyait à la manière dont elle se tenait, et davantage encore lorsque l'aubergiste finit par leur apporter le plat du jour : une soupe de légumes rehaussée de pain sec qu'il fallait tremper pour rendre comestible. Qewiel mangea patiemment, sans se presser, et surtout avec civilité. Cet indice était particulièrement intéressant, et la guerrière le nota dans un coin de sa tête, l'ajoutant à la liste des questions qu'il faudrait explorer. Alors qu'elle remerciait le propriétaire des lieux d'un signe de tête, celui-ci ne put s'empêcher de demander :

- C'est votre fille ? C'est la première fois que je vois une enfant Elfe.

Validna interrompit son geste, laissant retomber lentement la cuillère dans le bol encore chaud. Son regard acéré plongea dans celui de l'homme, qui comprit immédiatement que ce n'étaient pas ses affaires, et qu'il ferait mieux de filer rapidement hors de la vue de la jeune femme, sans quoi il risquait de s'attirer des ennuis. Elle le suivit du regard encore de longues secondes, ses sourcils fins légèrement froncés dans une expression qui n'était même pas au stade de la colère, mais qui avait tout de même réussi à faire décamper l'aubergiste en moins d'une seconde. Revenant à la normale, elle reporta son attention sur Qewiel, qui n'avait rien manqué de la scène. Que penserait cette dernière de tout ceci ? C'était bien difficile à deviner pour l'heure, et Validna se contenta de manger tranquillement pour reprendre des forces : la journée du lendemain s'annonçait longue et difficile, et elle devait savourer le confort tout à fait relatif que lui offraient les lieux avant de devoir replonger dans l'inconnu et les chevauchées interminables. Essayant de formuler des mots aux sonorités apaisantes, elle souffla tout de même à la jeune fille :

- Ce n'est rien, rassure-toi. Allez, mange.

Elle mima le geste de porter la cuillère à sa bouche, une fois, puis une autre, tout en répétant :

- Manger. Manger.

Nouveau mot qui pouvait être d'une importance capitale. Le retenir pouvait vraiment se révéler utile, et la petite fille rousse ne s'y tromperait pas, étant loin d'être sotte. Elle avait dans les yeux une lueur d'intelligence poussée qui contrastait beaucoup avec la vive curiosité des Eldar à son âge, probablement du fait qu'elle avait dû apprendre à survivre dans la nature, probablement seule. Cela lui conférait à la fois une innocence pleine de charme, et une dureté dans son attitude qui n'était pas naturelle. Fatalement, le mélange donnait une petite créature sauvage et méfiante qui n'en demeurait pas moins tentée de connaître son environnement. Pour l'heure, toutefois, c'était surtout la colère qui l'emportait sur le reste. Elle avait l'air de ne pas apprécier d'être ainsi le centre de l'attention, et le regard glaçant de Validna ne suffisait pas à détourner tous les yeux qui se posaient sur le duo bien étonnant qu'elles formaient. Il fallait s'y attendre, naturellement, mais pour Qewiel tout cela devait être bien étrange. N'avait-elle donc jamais rencontré d'humains auparavant, pour réagir de la sorte ? Il fallait croire que c'était le cas. Consciente que plus elles resteraient, plus elles attireraient d'interrogations, la guerrière attendit patiemment que Qewiel terminât sa part plutôt copieuse, avant de la conduire dans la chambre qu'elles allaient devoir partager pour l'occasion. Elle avait eu la chance de disposer d'une pièce avec deux lits, si bien qu'elle s'épargnerait de devoir dormir par terre, ce qui ne serait pas du luxe. Elle y était habituée, bien entendu, mais elle savait que les jours à venir risquaient d'être un peu plus compliqués au niveau du confort, et elle voulait profiter d'une bonne nuit reposante, une dernière fois.

Lasses toutes les deux, elles s'installèrent sur leur couchage respectif avec un soupir de soulagement. La colère de la jeune fille, toutefois, ne retombait pas, et elle paraissait crispée. Validna, qui s'affairait autour d'elle, ne comprenait pas vraiment l'origine de cette réaction, et elle préférait ne pas se lancer dans un dialogue de sourds complexe qui n'aurait de toute façon mené à rien. Qewiel avait ses propres raisons de se trouver dans cet état, et elle devait y faire face seule pour l'instant, car tant qu'elle ne saurait pas parler une langue connue, personne ne pourrait l'aider. Alors que la guerrière déposait son sac, et observait par la fenêtre pour essayer de distinguer quelque chose à l'horizon, la jeune fille se mit à chanter. La surprise de la plus âgée lui fit légèrement hausser les sourcils, et elle se retourna à demi pour observer sa petite protégée qui paraissait chanter toute la tristesse de sa pauvre âme. Les mots n'avaient aucun sens pour la guerrière, mais la mélodie et la voix n'avaient pas besoin de traduction. Il y avait de la mélancolie dans cet air qu'elle entonnait lentement, laissant le verbe rouler sur sa langue pour former des sonorités aussi étranges que bouleversantes. Déconcentrée de sa tâche, Validna essaya en vain de saisir plus que des groupes de sons. Elle regretta sincèrement, à cet instant, de ne pas pouvoir comprendre quelle était l'histoire de Qewiel. Elle espérait qu'il saurait. Terrassée par la fatigue, la petite fille aux cheveux de feu trouva le sommeil bien rapidement, bercée par sa propre voix qui devint bientôt un murmure, avant de se muer en une respiration profonde et régulière. Les larmes qu'elle avait réussi à retenir tant qu'elle était consciente se mirent soudainement à couler le long de ses joues, alors qu'elle plongeait dans le monde des rêves. Se levant, la guerrière la borda doucement, sans la réveiller, avant de poursuivre sa préparation. Elle avait davantage qu'un mauvais sentiment, elle avait la conviction intime que quelque chose n'allait pas. On lui avait porté la nouvelle que des concurrents étaient sur sa piste, et elle savait que dans ce genre d'affaires, les choses ne se réglaient que d'une seule manière…

Profitant de ce que la jeune fille dormait à poings fermés, elle ferma la porte à clé, et laissa la fenêtre entrouverte. Le froid rentrerait dans la pièce, mais au moins elle pourrait entendre les bruits venant du dehors. Ce n'était qu'une maigre précaution, car elle savait que si danger il y avait, sa meilleure option restait encore la fuite. Alors, s'installant sur son lit en tendant tous ses sens pendant qu'elle relaxait son corps, elle plongea dans un demi-sommeil qu'elle connaissait désormais très bien, espérant de toutes ses forces qu'elle avait assez d'avance pour partir aux premières lueurs du jour le lendemain, sans être repérée… Un espoir déraisonnable…


~ ~ ~ ~


Les cavaliers arrivèrent en vue du village peu avant la tombée de la nuit, apercevant de loin les premières maisons. Ils n'auraient besoin que d'une petite heure pour rejoindre le centre de celui-ci, et pour commencer leur inspection. Pressés ils l'étaient, mais ils avaient reçu l'ordre de ne pas forcer l'allure, et de ménager leurs montures. Ils étaient assez nombreux pour se lancer dans une chasse à l'homme, et ils devaient miser davantage sur l'endurance que sur la vitesse pure. Ils pouvaient se relayer, encercler et mettre à mort qui ils souhaitaient. Ils n'avaient qu'à faire preuve de patience. Au petit trot, ils arrivèrent en vue des premières maisons, qui se trouvaient près des champs. C'étaient là que vivaient les fermiers, qui travaillaient toute la journée durant, et qui avaient peut-être vu quelque chose. Cinq silhouettes mirent bien à terre, et allèrent frapper à la porte d'une bâtisse à l'intérieur de laquelle on s'affairait visiblement. Ils attendirent quelques secondes, avant qu'un homme vînt leur ouvrir, l'air méfiant. Il ne devait pas avoir l'habitude de voir des étrangers par ici. Encore moins des étrangers qui s'arrêtaient chez lui, et qui avaient une mine aussi patibulaire. Sans le saluer, l'un d'entre eux prit la parole d'une voix rauque :

- Nous recherchons une jeune fille, elle a été enlevée récemment. Vous ne l'auriez pas vue ? Elle est muette.

Le paysan considéra ses interlocuteurs d'un œil critique pendant deux longues secondes, avant de leur répondre d'un ton bourru :

- Jamais vu, jamais 'tendu parler. Allez voir quelqu'un d'aut', moi j'sais rien.

Alors qu'il allait refermer le battant sèchement, un des hommes cala son pied dans l'entrebâillement, et se fraya un chemin à l'intérieur d'un bras musculeux. Ils n'étaient pas décidés à faire preuve de patience, et ce fut sans un mot qu'ils s'engouffrèrent dans la pièce à vivre, à la très grande surprise de l'épouse du travailleur, qui recula. On racontait que des brigands s'en prenaient parfois à des fermes isolées, mais la leur ne se trouvait pas si loin du village : aurait-on osé venir les agresser ici ? Ils étaient tous les deux terrifiés, d'autant plus qu'ils avaient vu les armes que les mercenaires portaient au côté : des épées, des dagues, des poignards. De quoi semer la mort. Pour l'heure, ils n'avaient encore fait montre d'aucune violence, mais ils paraissaient commencer à perdre patience. Quatre des individus entreprirent d'examiner les lieux, tandis que le cinquième continuait de parler au fermier :

- Vous êtes certain que vous n'avez vu personne ? Ils seraient arrivés aujourd'hui, en fin d'après-midi certainement. Allons, rappelez-vous… Mes gars n'aiment pas qu'on leur fasse perdre leur temps.

- Mais j'vous jure qu'j'sais rien ! Si j'savais, j'vous dirais tout, mais j'ai vu personne. Je travaillais, moi !

Le regard du mercenaire se fit soudainement très dur. Il perdait peu à peu ses nerfs, et il avait l'impression qu'on se fichait de lui. Cet homme avait certainement dû voir arriver un ou plusieurs cavaliers qui venaient de la même direction qu'eux. Il ne pouvait pas les avoir ratés, auquel cas il devait leur mentir. Il allait passer à la vitesse supérieure, quand une voix fluette s'éleva d'un recoin que personne n'avait fouillé. Un gamin au visage effrayé sortit de sa cachette, et lança :

- Moi j'sais !

Il craignait de toute évidence pour ses parents, qui s'approchèrent de lui pour le protéger. Ils avaient peur que le mercenaire devînt soudainement violent. Toutefois, ce dernier paraissait avoir retrouvé sa sérénité. Calmement, trop peut-être, il s'approcha du gosse, et l'interrogea plus avant :

- J'l'ai vue. C'est une fille. C'est une elfe ! Euh… Elle a des cheveux rouges, comme le feu ! Et elle parle pas. Elle est bizarre.

- C'est très intéressant tout ça… Et tu sais où elle est allée maintenant ? Tu sais si elle est accompagnée ?

Le môme terrifié hocha la tête positivement. Il avait l'impression que tant qu'il continuait à parler, les lames resteraient dans leurs fourreaux, et il était prêt à tout confesser, même le petit pain au miel qu'il avait chipé chez le boulanger l'année passée, si cela pouvait apaiser ces hommes étranges :

- Elle était avec une femme. Je crois qu'elles sont à l'auberge. C'est tout ce que je sais !

Le sourire du mercenaire s'élargit, et il ébouriffa affectueusement les cheveux du jeune homme, avant de se fendre d'un « merci » parfaitement sincère. D'un signe de tête, il rappela ses chiens de chasse, qui n'avaient touché à rien, qui n'avaient rien dérangé. Quand ils quittèrent la pièce quelques secondes plus tard, c'était comme s'ils n'étaient jamais passés, sinon dans l'imagination des parents, qui tombèrent dans les bras de leur garçon, et entreprirent de se barricader en attendant le lendemain matin. Ils étaient terrifiés. Au dehors, les cavaliers retournèrent en selle, et rendirent compte à leurs compagnons qui avaient attendu patiemment. Ils s'élancèrent vers le village à un rythme mesuré, sachant pertinemment qu'ils arriveraient rapidement à retrouver leur proie. Une seule femme pour la défendre ? Ils en viendraient à bout…


~ ~ ~ ~


Le sommeil de Qewiel était agité, mais Validna ne pouvait rien faire pour l'aider à se départir des cauchemars qui venaient la hanter. A quoi pouvait-elle bien rêver, engoncée dans ces couvertures qui avaient au moins le mérite de la maintenir au chaud, mais qui semblaient ne pas la préserver des démons qui tendaient leurs doigts griffus sur son esprit ? Dormir à côté d'elle était impossible, et la guerrière finit par se lever, emmitouflée dans son propre duvet. Elle tira silencieusement une chaise à côté de la fenêtre, et observa. L'horizon était obscur, mais le soleil n'était pas couché depuis si longtemps, si bien qu'elle pouvait encore voir convenablement. Fixer du rien n'était pas particulièrement amusant, mais elle savait que sa tâche était importante. Très importante. La fatigue la gagna néanmoins, et elle se mit à somnoler, oscillant entre la consciente aiguë de l'univers autour d'elle, et des phases plus ou moins longue d'absence totale. Elle sentait sa tête basculer en avant, et avait l'impression de revenir à elle dans la seconde, sans se douter qu'un intervalle bien plus long s'était écoulé. Ce petit manège dura de longues minutes, peut-être une grosse demi-heure, avant qu'elle ne fût ramenée à la réalité par des bruits caractéristiques d'un groupe de cavaliers arrivant en ville. A cette heure-ci, le doute n'était pas permis. Ils l'avaient retrouvée. Elle tendit l'oreille un bref instant, sans percevoir autre chose que les chevaux qui renâclaient, et qui grattaient la terre de leurs sabots. Aucun ordre n'avait été donné, ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose pour une guerrière aussi expérimentée que Validna : elle avait affaire à des gens qui connaissaient leur métier, et qui étaient donc bien plus dangereux.

La guerrière jeta un œil à Qewiel, qui dormait toujours, et quitta la pièce souplement en se saisissant des deux épées. Elle ne comptait pas affronter tous les cavaliers seule, mais elle se savait prise au piège. Sortir n'était pas vraiment une option, et elle n'avait d'autre choix que de réfléchir intensément à la bonne façon de leur échapper. Elle se morigéna, en se rappelant qu'elle n'avait pas pris le temps de choisir avec soin le box de son cheval. Elle aurait dû sélectionner le plus pratique pour filer prestement, au lieu de quoi elle avait simplement pris le premier venu. Comme quoi, en dépit de siècles d'expérience, on pouvait encore commettre des erreurs. Courroucée, elle descendit rapidement l'escalier pour se retrouver dans la salle commune, déserte. Le patron dormait sans doute, elle était donc parfaitement seule. Circulant entre les tables, elle vérifia le loquet de la porte d'entrée : il était en place. Ils devraient défoncer la porte pour entrer. Il n'y avait pas de lumière à l'intérieur, et elle se déplaçait uniquement grâce aux rayons qui filtraient par les fenêtres, en essayant de ne pas alerter les hommes qui se trouvaient à l'extérieur. Alors qu'elle vérifiait les volets, elle entendit des bruits de pas devant l'entrée. Des bottes sur le bois. Une main essaya de tourner la poignée, mais la porte résista. Ils étaient déjà là. Reculant rapidement, Validna se dépêcha de rejoindre la chambre, en se souvenant qu'elle avait laissé la porte ouverte. Ils n'étaient qu'au premier étage, rien qui empêcherait un cavalier de se hisser là-haut à la force des bras. En arrivant à l'avant-dernière marche, elle entendit un bruit sourd provenant de l'endroit où se trouvait Qewiel. Au moment où elle ouvrait la porte, elle entendit la voix de cette dernière appeler son nom. Toutefois, elle fut totalement insensible à la jeune fille qui gisait par terre, et qui paraissait surprise de la voir. Ce qui attira immédiatement son attention, ce furent les deux mains qui avaient agrippé le rebord de la fenêtre, qui soutenaient un corps en train d'escalader la paroi. Au moment où le visage fit son apparition, Validna était déjà là. Rapide comme l'éclair, elle détendit son talon qui alla percuter le nez du malheureux. Son gémissement de douleur fut emporté par le fracas de son corps retombant cruellement sur le sol, un étage plus bas. Dommage pour la discrétion !

Au dehors, il y eut des cris, et des bruits sourds commencèrent à se faire entendre alors qu'ils essayaient de défoncer la porte d'entrée. Validna passa l'épée de Qewiel dans son dos, attrapa la main de la jeune fille, et la tira vers l'extérieur sans ménagement. Il n'était plus temps pour la discussion désormais, elles devaient fuir, fuir pour leurs vies ! Au lieu de se diriger vers le rez-de-chaussée, comme il aurait pu sembler logique de le faire, la guerrière s'enfonça dans l'étage supérieur, allant jusqu'à une porte qui se trouvait à l'opposé de leur chambre. D'un brutal coup de pied, elle arracha le loquet fragile, et s'engouffra dans la chambre d'un voyageur qui hurla de terreur, particulièrement surpris de voir deux femmes débarquer comme des furies dans son sommeil. En bas, la porte venait de céder sous les coups, et on entendit distinctement les cris de l'aubergiste qui essayait de défendre son bien. Ses appels moururent bientôt, remplacés par un concert de protestation de la part des autres clients qui cherchaient à comprendre l'origine de tout ce vacarme. Validna, qui tenait toujours fermement sa petite protégée, ouvrit la fenêtre de la chambre où elles se trouvaient. Elle regarda en bas. Personne. Sans attendre l'avis de Qewiel, elle s'empara d'elle, et la força à tenter une désescalade qui risquait surtout de se transformer en chute. La hauteur pouvait paraître impressionnante, mais elles s'en sortiraient sans trop de mal si elles devaient tomber. Pressée par le temps, la guerrière s'élança à la suite de la jeune fille, essayant de s'accrocher comme elle le pouvait aux irrégularités du mur. Sa précipitation la fit glisser toutefois, et elle termina en bas bien avant Qewiel, retomba lourdement sur le dos.

Il lui fallut un grand effort de volonté pour ne pas hurler, alors que la poignée de l'épée de la jeune fille s'enfonçait cruellement dans son omoplate droite. Elle serra les dents de toutes ses forces, essayant de se concentrer sur l'idée de fuite plutôt que sur la douleur qui étrillait son cerveau de messages d'alerte. Devant ses yeux, des points lumineux apparurent, et elle dut secouer la tête pour les chasser temporairement. La petite Elfe devait être paniquée d'avoir été tirée de son sommeil de la sorte, pour être immédiatement emportée dans un course poursuite. Elle ne présentait toutefois aucune blessure, ce qui pouvait signifier qu'elle avait terminé la descente sans problème, ou bien qu'elle avait chuté sans gravité. Qu'importe ! Validna lui indiqua du geste de courir droit devant, dans les champs. Les pouces étaient encore hautes là-bas, et les arbres un peu plus nombreux. Elle pourrait se cacher sans trop de mal. La guerrière refusa son aide, et lui lança un regard autoritaire pour la forcer à courir seule. Un regard qui signifiait « ta vie vaut plus que la mienne ». Qewiel s'élança alors, non sans une dernière poussée de la main de la guerrière, qui la regarda disparaître dans les ténèbres. Il fallait qu'elle se cache, mais elle comprendrait certainement la nécessité d'échapper à ce danger qu'elle n'avait même pas eu l'occasion de voir de ses propres yeux. Elle n'irait pas loin cela dit, sans vivres et sans les armes qu'elles avaient laissé dans l'auberge. Le tout serait de la retrouver avant les poursuivants. Validna, grimaçant de souffrance, trouva la force de se relever avant que les hommes arrivassent. Ses dents serrées ne suffisaient à endiguer la douleur, mais elles lui permirent néanmoins de rejoindre un abri de fortune quelque peu humiliant pour une guerrière de son talent. Elle se fondit dans un tas de foin placé sous un auvent, en priant pour que personne ne songeât à mettre quelques coups de pique dedans pour vérifier sa présence. Sitôt qu'elle fût cachée, elle s'attacha à demeurer parfaitement immobile, ce qui n'était pas une sinécure compte tenu de son état.

L'épée de Qewiel lui avait sérieusement endommagé l'omoplate, pas au point de la fracturer heureusement, mais elle avait sans doute un énorme hématome. Elle était presque incapable de lever le bras, et le picotement qu'elle sentait au bout de ses doigts n'était pas bon signe. Pas bon signe du tout, même. Autour d'elle, il y eut des éclats de voix. Les habitants qui cherchaient à obtenir des explications à ce qu'il venait de se produire, tandis que les mercenaires essayaient d'apaiser la situation. Deux cavaliers partirent à la poursuite de la jeune fille, mais d'après ce qu'elle put entendre, un seul prit une direction qui menaçait de l'emmener près de la petite Elfe. Dans le noir, dans les champs, il avait toutes les chances de ne pas la voir… si elle acceptait de demeurer cachée. Dans le cas contraire, il faudrait qu'elle fût particulièrement discrète pour… Mais pour faire quoi d'ailleurs ? Que pouvait-elle bien faire pour aider Validna qui se trouvait actuellement en fort mauvaise posture ?


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyMar 16 Juin 2015 - 0:41
"Va... Validna ?"

Alors que mes propres mots résonnaient encore dans ma tête, je sentis qu'on me prenait fortement par le bras et qu'on m'obligeait à me relever malgré la couverture qui ne servait plus à rien. Je suais, j'avais froid, et mes yeux avaient du mal à ne pas voir flou. Je n'eus même pas le temps de cligner des yeux que Validna me força à la suivre en courant, me serrant le poignet, montant des escaliers dans lesquels je me pris plusieurs fois les pieds par maladresse qu'autre chose. Ma vue allait de mieux en mieux, le reste non. Ce fut une gamine - physiquement parlant - tremblotante que l'elfe fit passer par la fenêtre, m'obligeant à m'accrocher à la paroi alors que de plus en plus de bruits parvenaient à mes oreilles, me faisant grimacer de douleur puisque ces plaintes étaient comme des masses qui frappaient sans cesse mon cerveau. Pas le temps de réfléchir, pas le temps de comprendre, il fallait juste que je descende le mur, objet auquel je n'avais jamais été habituée. Fort heureusement pour moi, j'avais appris à grimper tous types d'arbres quel que soit le temps et quelle que soit la prise. Je n'eus donc pas trop de mal à m'accrocher au mur, instinctivement, et à faire attention à ce que le poids de mon corps repose bien sur mes pieds. Validna ne tarda pas à descendre à son tour le mur, rapidement... trop rapidement. Je la vis me dépasser en silence en tombant, s'écrasant brusquement sur le sol ; ce qui ne me rassura aucunement. Le froid ambiant fit que je ne m'attardais pas à la regarder, et les cris des différentes personnes de cet endroit me donnèrent plus qu'envie de partir. Je descendis donc, cherchant fébrilement des appuis, la mauvaise impression que mes doigts continuaient à suer à grosses gouttes finissant par me faire tomber. De pas bien haut, par chance.

Il se passa quelques secondes avant que je n'arrive à me relever. Validna était toujours au sol, les dents serrées comme si une forte douleur la prenait. Je m'approchais d'elle, voulus l'aider, mais elle me fit signe d'aller dans la direction opposée à l'auberge. Je la regardais, je ne comprenais toujours pas : il y avait un danger, certes, mais lequel ? S'il était grand, mon état me permettrait-il de survivre ? Et elle ? Sous son regard insistant ainsi qu'une main directive, je finis par courir sur de longs mètres à travers champ, découvrant en même temps l'effet de se faire fouetter par du blé. J'eus un regard en arrière pour celle qui venait de me faire penser à mon père, contribuant sans le vouloir à me faire croire que j'étais toujours prise dans mon cauchemar, qu'il changeait juste de temps. Je la vis se relever et aller se cacher non loin. Je me vis perdre pied et m'étaler nonchalamment sur la terre ferme. Boum. Allongée sur le ventre, je sentis le temps s'arrêter autour de moi, ma respiration lourde et saccadée prendre tout l'espace sensoriel encore libre que mon esprit pouvait accepter, et une fine brise faire se mouvoir la nature dans laquelle j'étais tombée tout en me frigorifiant. La fièvre, la sueur et le vent ne s'aimaient guère, aussi je fus obligée de me mordre la main pour éviter de claquer des dents ou encore de pleurer à cause du froid. Pourquoi de la fièvre, d'ailleurs ? Nous n'étions pas censés pouvoir en avoir, sauf cas extrêmes...

Des bruits se firent alors entendre, bruits que je reconnus sans problèmes : un cheval au galop. Deux même, l'un semblait plus lointain que l'autre. Comprenant qu'il s'agissait de ce qui avait provoqué la course de Validna je mordis alors plus ma main afin de concentrer mon attention sur autre chose que le froid qui s'était emparé de moi, enfonçant mes dents dans la chair et faisant perler quelques gouttes de sang. Au moins cela me permit d'arrêter de gémir ainsi que d'éviter d'avoir trop de tremblements. Déjà que mon corps devait dégager une forte odeur, si en plus je faisais en sorte de bouger les hautes herbes plus que ne le faisait le vent j'étais sûre d'être repérée. Le son du galop se fit plus fort, plus fort, plus fort encore jusqu'à s'arrêter soudainement, me faisant comprendre que "l'ennemi" se trouvait non loin de moi ; il était même à portée de vue. Continuant toujours à me mordre la main je tournais la tête, lentement, tout en faisant attention à ne pas bouger outre mesure. En levant les yeux je pus voir à travers les hautes herbes la tête ainsi que les épaules d'un homme, signe qu'il ne devait être qu'à quelques mètres seulement. Heureusement le vent était en ma faveur, si bien que ni lui ni le cheval ne me sentaient. Il ne bougeait pas. J'avais peur. Je revoyais passer certaines images devant mes yeux, des images de lames et de morts, d'orques... Je fermais mes paupières, espérant les chasser pour de bon de mon esprit. Le temps, qui me semblait déjà s'être arrêté, sembla cette fois-ci se rallonger comme pour annoncer qu'il finirait par faire en sorte que je sois prise, que mon chemin s'arrêterait là. Le silence. Le hennissement du cheval. Le son de sabots, la vibration sur le sol. Le silence encore... puis le cavalier partit, se disant certainement que j'avais réussi à aller plus loin.

Alors le temps reprit son cours, ma mâchoire se décrispa, mon corps se décida enfin à se réchauffer quelque peu et les sons du vent et des gens qui criaient au loin prirent à nouveau leur place dans mon monde. Ma respiration, qui s'était presque arrêtée, reprit son cours calmement aussi. J'avais toujours froid mais j'étais bien, là allongée sur le sol. C'était étrange. Je regardais vers le ciel et découvrit seulement un immense espace étoilé, faisant comme un long voile noir où étaient accrochées de nombreuses bougies plus ou moins grandes. Cela avait quelque chose d'apaisant et permettait souvent à l'esprit de se poser pour pouvoir réfléchir. C'est ce qu'il se passa pour moi : pendant que le cavalier cherchait plus loin, s'éloignant toujours plus, je repensais aux dernières images que m'avait laissées Validna : tout comme mon père, elle m'avait fait signe de fuir... et son regard me faisait comprendre que j'avais une certaine importance à ses yeux, à savoir laquelle. Relvais-je d'une importance matérielle ou d'une importance affective ? Devait-elle m'emmener pour me donner à quelqu'un d'autre ou pour me protéger de personnes comme le cavalier ? Et si les "bonnes personnes" étaient en réalité ceux qui me cherchaient ? Trop de questions, trop d'incertitude... et pourtant je me voyais obligée de prendre une décision, là maintenant. Soit je fuyais loin de tous de sorte à reprendre ma route vers l'ouest, risquant de me séparer de la seule personne qui semble vouloir me protéger un minimum... et surtout m'éloigner de l'épée de mon père. Hors de question, il me fallait aller au bout avec elle pour pouvoir faire le deuil de celui qui m'avait élevée et aimée. Soit je me rangeais du côté des inconnus, faisant en sorte de récupérer mes affaires. Pourquoi pas, mais dans ce cas, comment savoir s'ils ne me voulaient pas de mal ? Sinon je restais auprès de Validna et l'aidait à se défaire des autres. Même question, je ne pouvais pas connaître ses réels sentiments. Quitte à rester auprès d'inconnus dont je ne connaissais pas les intentions, il valait mieux que je reste auprès de la personne que je connaissais le mieux, Validna. Où qu'elle n’emmène, j'avais plus de chances de ne pas avoir de problèmes à cause d'elle qu'autre chose. Le sort en était jeté, j'avais pris ma décision.

Je me retournais sur le dos et me relevais lentement, faisant bien attention que plus personne ne se trouvait dans les parages. Le cavalier était assez loin, l'autre n'était pas visible à cause de la pénombre. Je me levais alors assez difficilement pour me diriger dans un premier temps vers les arbres protecteurs pour me raviser, me disant que s'il y avait une cachette à laquelle des traqueurs penseraient pour une elfe serait bien la hauteur des arbres. Et une fois là-haut, comme je n'étais pas du tout dans une forêt, s'ils me trouvaient je serais obligée de me rendre. Tout en m'éloignant des bruits de chevaux ainsi que des arbres je réfléchissais à quelle posture, quelle tactique adopter. Le fait que tout le monde me prenne pour une enfant à cause de ma taille m'avait franchement énervée et m'énervait toujours, mais si les poursuivants étaient également persuadés que j'étais une enfant alors ils réagiraient comme si j'en était une : m'enfuir au loin, rester cachée dans le premier endroit trouvé, ne plus bouger à cause de la peur, ne pas me rapprocher du danger à partir du moment où je comprenais qu'il y en avait un. C'était ce que j'avais réussi à comprendre des enfants dans ce domaine, ils ne réagissaient pas de manière à protéger de façon efficace leur vie. Donc s'ils me prenaient pour l'une d'entre eux, il fallait que je réagisse à l'opposé, comme un adulte habitué à tout cela. En un sens, il fallait que je me remette dans la peau de l'un de mes rôles : gardienne de l'ouest du marais. je n'étais pas dans le bon milieu mais au moins cela m'aidait psychologiquement parlant. Je frissonnais un coup à cause du froid et, étant désormais assez près pour pouvoir observer le lieu où j'étais tombée avec la guerrière, je m'agenouillais dans la drôle d'herbe.

Des lumières avaient été allumées, de l'autre côté du bâtiment des gens semblaient être sortis. Je n'arrivais pas à voir s'il y avait d'autres cavaliers parmi eux. De toute façon ils avaient pu descendre de cheval, et en plus je n'avais strictement aucune idée de combien ils étaient. Par contre certains s'étaient rapprochés de l'endroit où nous étions descendues, arme à la main. L'un se baissa pour regarder nos traces, tâta... à savoir pourquoi mon cœur se serra lorsque je le vis faire ; peut-être était-ce la peur, ou tout simplement le fait de savoir qu'une telle réaction engendrait généralement la découverte de la cible. Sans même réfléchir je me mis à genou sur le sol et mis mes mains devant ma bouche de sorte à pouvoir produire le son d'un animal, son qui faisait partie des signaux que nous utilisions au marais. Un son long, aigu, sinistre et faisant penser à des jappements. Cela suffit à intriguer les autres qui regardèrent dans ma direction, hochèrent de la tête et dont deux s'approchèrent. Mon cœur commença alors à battre plus fort, le froid ne me gênait plus. Je ne pouvais au vu de mon état ni escalader les murs ni les combattre. Je ne pouvais pas rejoindre Validna et il valait mieux que je disparaisse aux yeux des cavaliers sans chevaux. L'adrénaline monta en moi et après avoir refait de façon beaucoup plus succincte le cri, je me plongeais parmi le blé en essayant de faire le moins de bruit possible. Ma direction ? La foule. Un enfant ne se baignerait pas dedans. Au passage je trouvais une pierre que je lançais pas trop loin en face des deux hommes en espérant qu'ils ne verraient pas le projectile et que ce dernier leur montrerait une mauvaise direction. Quelle que soit leur direction, je continuais à marcher à la manière d'un loup, sans trop de précipitation, pour enfin être assez proche du brouhaha pour comprendre ce qu'il se passait. Enfin je crois... Plusieurs étaient en train de discuter avec deux hommes armés... qui n'avaient pas l'air commodes. Cachée par le bâtiment, ils ne me voyaient pas. Les gens en général étaient tournés vers eux, me faisant dos. Un moment propice pour rentrer dans l'auberge et reprendre mes affaires. Je fis un premier pas et vis l'un des enfants du puits avec ceux qui devaient être ses parents. Cela me fit comprendre que l'idée d'entrer dans la foule sans comprendre ce qu'il se disait exactement n'était pas la meilleure solution et que me diriger vers l'auberge était peut-être ce qu'attendaient les guerriers : s'ils étaient entrés dans la chambre ils avaient dû se rendre compte qu'au moins mes affaires y étaient restées et donc qu'il y avait des chances pour que j'essaie de les récupérer. Il me fallait donc aller à un endroit où ils n'y penseraient pas... je regardais tout ce qui se trouvait autour de moi et me décidais pour un bâtiment plus petit que l'auberge dont je pouvais distinguer une petite ouverture, pas très loin de mes poursuivants (c'est bien souvent lorsque la personne recherchée se trouve à côté de soi que l'on ne la trouve pas). Faisant bien attention à ne pas être vue je m'éloignais pour disparaître dans l'ombre, sans un bruit, et faire un grand tout afin d'éviter le "clan" réuni non loin du puits. J'espérais y trouver une cachette en attendant que les choses se tassent.
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Ryad Assad
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyJeu 25 Juin 2015 - 15:39
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Le cavalier qui passa à côté de Qewiel, recroquevillée par terre, s'éloigna sans la repérer, par chance. Son regard était porté au loin, où il s'attendait presque à voir une jeune fille courir pour sa vie, inconsciente de la puissance et de la vitesse d'un cheval lancé au galop. L'obscurité était telle, toutefois, qu'il ne voyait pas grand-chose à plus de vingt mètres. Dans les champs de blé, elle avait tout le loisir de se cacher, et de lui échapper, ce qui n'était pas tolérable. Conscient qu'on ne lui pardonnerait un pas un tel échec, il lança sa monture en avant, debout sur ses étriers pour y voir mieux. Pendant qu'il cherchait, son compagnon faisait de même, en prêtant plus attention à ce qui se trouvait derrière lui cependant. Il lui paraissait saugrenu de considérer que la jeune fille était encore là, mais d'après les dires des villageois, leur cible n'était pas seule, et ils devaient se méfier. Le risque de tomber dans un piège était assez élevé. Alors qu'il observait, comme régulièrement, le village derrière lui, ses yeux de faucon accrochèrent un mouvement dans les ténèbres. Oh, ce n'était rien de bien gros, et il aurait pu s'en détourner si sa vigilance de tous les instants n'avait pas été aiguisée par l'appel de la chasse. Il était un traqueur, et il ne pouvait pas s'empêcher de se poser des questions sur cette ombre qui venait déjà de s'éclipser devant lui. Descendant de cheval, il attacha sa monture à l'arbre le plus proche, et se glissa dans les champs en s'approchant du village. Sa trajectoire d'approche était courbe, se contentant d'envelopper l'ombre comme un rabatteur pousserait un cerf effrayé vers les chasseurs. Sauf que la petite bête qu'il avait dans l'idée d'attraper était bien moins naïve qu'un cerf. Il s'immobilisa soudain, invisible, bien caché par l'obscurité, et attendit d'en voir et d'en savoir davantage.

Sa proie du moment avait sans doute appliqué le même raisonnement, poussée par l'inquiétude. En effet, les lumières du village s'allumaient peu à peu, et des gens descendaient dans la rue. C'était toujours la même histoire, avec les civils, et il fallait leur expliquer mille fois qui ils étaient. Il imaginait très bien le second s'adresser au chef du village, en lui disant comme d'habitude qu'ils recherchaient un jeune enfant – en l'occurrence une jeune fille – qui n'avait pas de famille, et qui était aux mains d'un individu ou d'un groupe peu recommandable. « Mais qui êtes-vous donc, pour la rechercher ainsi ? » demanderaient-ils d'une voix inquiète. Plein d'assurance, il leur serait répondu : « nous sommes des hommes du Roi, en mission, et nous allons avoir besoin de votre pleine et entière coopération ». Ils n'en croiraient pas un mot, puis se rangeraient devant un ordre de mission et la perspective de voir une jeune fille être enlevée par leur faute. En plus cette fois, il y avait trois cadavres, qui servaient à justifier ce déploiement de forces. Leur meurtrier, une fois retrouvé, serait livré aux autorités compétentes, et les villageois auraient le sentiment d'avoir accompli leur devoir. Tout le monde serait content, finalement.

Alors que les hommes du village continuaient de discuter pour obtenir les éclaircissements qui leur paraissaient nécessaire à la bonne compréhension de toute cette affaire, la jeune fille - car qui d'autre qu'elle pouvait se rapprocher aussi subrepticement des maisons, à l'affût du moindre mouvement, en prenant bien soin de ne pas être repérée ? - lança un son qui ressemblait à celui d'un animal. Un son si bien imité que tous les guerriers qui s'étaient massés au centre de la petite place tournèrent la tête, alertés. N'exauçant pas le souhait muet de leur compagnon, toujours tapi dans l'ombre, ils envoyèrent deux camarades à la recherche de l'origine de ce bruit. La gamine, quel que fût son âge, faisait preuve d'une vive intelligence. Le chasseur siffla entre ses dents :

- Futée, la gamine...

Elle reprit sa route, et il la suivit sans faire de bruit, conscient qu'il ne fallait pas brusquer le moment fatidique de la rencontre, celui où prédateur et proie avaient tout le loisir de se regarder droit dans les yeux, avant que le second tentât d'échapper au premier en courant désespérément droit devant lui. Tout était question de patience, et il savait qu'il n'avait pas encore parfaitement refermé ses griffes autour de la gorge de la jeune fille. Elle pouvait toujours lui échapper, et il devait faire preuve de beaucoup de concentration et de discipline : surtout ne pas se précipiter. Respirer. Rester calme. Attendre.

Sa cible continuait de le surprendre. Elle continuait son déplacement, évitant soigneusement de se trouver dans le champ de vision de quiconque - sauf du sien, bien entendu - et elle se permit même de lancer quelque chose qui détourna l'attention des sentinelles. Diantre, qu'ils étaient stupides ! Ils mordaient à l'hameçon comme des débutants, se jetaient dans le piège alors même que leur cible se trouvait à peine à quelques mètres, parfaitement invisible à leurs yeux idiots qui cherchaient au loin un signe de sa présence. Réussissant encore une fois à se faufiler comme une petite souris au milieu d'un repaire de chats, elle s'approcha de la foule et pour la première fois se jeta à découvert, se dissimulant derrière un bâtiment. L'homme qui la suivait demeura à couvert, se donnant le temps de la détailler. C'était bien une enfant, mais il y avait dans son attitude un petit quelque chose qu'il n'arrivait pas à expliquer. Elle avait peur, cela se voyait bien, mais elle parvenait à dominer son émotion primaire pour continuer à raisonner, et essayer d'obtenir des renseignements. Il la vit hésiter longuement, se questionner quant à la marche à suivre, avant de décider de s'éloigner de la foule. Effectivement, une jeune Elfe ne passerait pas inaperçue au milieu d'un groupe, même s'il était vrai qu'il y avait du monde. Elle préféra la prudence à l'audace, ce qui était tout à son honneur eu égard à la situation dans laquelle elle se trouvait, et décida de battre en retraite, et de chercher une cachette. Il l'observa tranquillement, souriant de plus en plus à mesure qu'il comprenait où elle voulait en venir.

Son raisonnement n'était pas stupide, loin de là : se cacher au plus près de ceux qui la recherchaient était le meilleur moyen de leur échapper. Lors d'une traque, on avait tendance à oublier de vérifier immédiatement à côté de soi, et plus d'un chasseur avait été surpris de voir décoller sous ses pieds un envol de faisans jaillissant d'un buisson en piaillant, alors que lui-même était convaincu d'avoir réussi à les surprendre. Lui ne commettrait pas cette erreur. Il s'immobilisa, observant la jeune fille qui se rapprochait d'une maison en particulier. A l'arrière de celle-ci, une porte inclinée s'ouvrait en donnant sans doute sur une cave où devaient être stockés des vivres, des tonneaux et des bouteilles. Elle y trouverait facilement une cachette, et personne ne songerait à venir la rechercher là, c'était certain. Tout du moins, pas immédiatement. Mais ce qu'elle ignorait, c'était que l'endroit était fatalement clos, et que s'il s'engouffrait derrière elle, il la coincerait facilement. Son sourire carnassier dévoila ses dents, alors qu'il répétait avec délectation :

- Futée la gamine... Mais pas assez...

Une lame argentée brilla sous l'éclat froid et nu de la Lune qui les éclairait de sa pâle lueur. Une main puissante ouvrit silencieusement le battant de bois, jeta un rai de lumière à l'intérieur de la cave, où il n'y avait pas le moindre bruit. Qewiel devait se terrer, terrorisée, terrifiée, regardant de manière erratique depuis le recoin où elle s'était recroquevillée. La porte se referma, et un déclic qui n'était pas anodin indiqua qu'un cadenas venait d'être mis en place de l'intérieur. Enfermées. Quelque chose se traîna à l'intérieur en soufflant sous l'effort. De toute évidence, l'individu en question n'avait pas particulièrement l'intention de se montrer discret. Une voix résonna soudain dans l'obscurité complète qui régnait dans les lieux, si complète que même des yeux non humains ne pouvaient la percer :

- Qewiel ? Bon sang, Qewiel, c'est moi... Je sais que tu es là !

Elle avait murmuré, mais on sentait un certain empressement dans son ton, lequel était motivé par plusieurs facteurs, dont l'un était particulièrement évident. La jeune fille découvrit, sitôt que Validna eût trouvé à tâtons une torche, et qu'elle l'eût embrasée à l'aide d'un briquet à amadou - ce qui lui prit tout de même de longues minutes -, que cela tenait à ce que cette dernière n'était pas rentrée seule dans la cave. Elle avait amené avec elle un corps inerte, dont le pourpoint s'ornait d'un trou entouré de carmin. Une plaie perforante qui ne pouvait avoir été faite qu'avec une lame. C'était le quatrième en deux jours. La guerrière Elfe, qui ne paraissait pas s'émouvoir outre mesure du sort qu'elle avait réservé à sa pauvre victime, avait jeté son cadavre en vrac sur le sol, et s'était elle-même adossée fébrilement contre un tonneau, de toute évidence éreintée. Transporter un homme adulte sans se faire remarquer était déjà difficile, mais son épaule droite n'était pas au mieux de sa forme, et elle avait largement puisé dans ses maigres forces pour dissimuler son forfait. Il leur fallait encore cacher le corps, si elles voulaient être tranquilles, mais c'était secondaire pour le moment.

Apercevant la jeune fille qui sortait timidement de sa cachette, Validna se leva en grimaçant et s'approcha d'elle. Elle s'agenouilla, et s'inquiéta immédiatement de sa santé. Oh qu'il était difficile de ne pas parler la même langue, de ne pas pouvoir lui demander pourquoi elle avait commis la folie de revenir. Pourquoi n'avait-elle pas trouvé une cachette très loin d'ici, où la guerrière aurait pu la rejoindre dès que possible ? Pourquoi était-elle revenue se jeter dans la gueule du loup, alors qu'elle avait eu l'occasion d'échapper à ses terribles mâchoires. L'épée devait expliquer en grande partie cette décision, et quelque part Validna était satisfaite de l'avoir gardée avec elle, ne fût-ce que pour s'assurer que Qewiel ne partirait pas au bout du monde sans elle. Mais à quel prix ? Toutefois, en dépit de toutes ces questions, la guerrière devait bien reconnaître que l'assistance de la jeune fille lui avait permis de s'en sortir. En détournant l'attention de ces hommes étranges, elle avait donné quelques précieuses secondes à la guerrière, qui en avait profité pour décamper sans demander son reste. C'était en rejoignant le couvert des champs qu'elle avait repéré l'homme qui lui-même l'avait menée à la jeune fille. Coïncidence heureuse.

La main de Validna écarta une mèche de cheveux qui tombait devant le visage de la jeune fille, pour s'assurer qu'elle n'avait pas été violentée ou qu'elle ne s'était pas blessée dans sa fuite. Apparemment, non, ce qui était bon signe. Au moins l'une d'entre elles paraissait en état de prendre la fuite. Elle avait l'air en état de marcher, de courir, et de toute évidence elle ne s'était rien cassé, tordu ou foulé. Un certain soulagement se peignit fugitivement sur les traits de la guerrière, qui se laissa aller en arrière, retrouvant une position assise qui lui paraissait moins inconfortable. Elle souffrait, c'était évident, mais elle faisait de son mieux pour ne pas le montrer. Son courage était exemplaire, mais elle ne pouvait pas se voiler la face : elle n'avait aucune chance de les tirer de ce mauvais pas seule. Pas dans cet état. Elle ignorait le nombre exact de cavaliers, mais elle en avait repéré au moins une dizaine, et peut-être que d'autres se trouvaient dans les environs. Alors qu'elle réfléchissait en silence, essayant de mettre son bras dans une position aussi indolore que possible, les portes de la cave vibrèrent sous l'effort d'un homme qui essayait de les ouvrir. Les deux Elfes se turent, et se retournèrent brusquement, craignant d'avoir été découvertes. Une voix s'éleva toutefois :

- Rien ici monsieur le capitaine, c'est fermé.

La guerrière soupira de soulagement. Elle avait bien fait de verrouiller les battants. Elle rassura Qewiel du geste, l'invitant à se détendre et à reprendre quelques forces pendant qu'elles le pouvaient. Elles étaient coincées dans le village, mais au moins elles étaient en vie et elles pouvaient réfléchir tranquillement à un plan d'action. Ce serait malcommode à cause de la barrière linguistique, mais elles n'avaient d'autre choix que de parvenir à une solution commune, sans quoi elles risquaient d'y passer. Validna planta la torche dans le sol meuble, et requit l'aide de la jeune fille pour basculer le cadavre qu'elles avaient pour seule compagnie dans un tonneau de vin. Le précieux liquide serait gâché à jamais, mais au moins le corps ne se décomposerait pas sous leur nez, et son odeur n'attirerait pas de visiteurs impromptus, bipèdes ou non. C'était un moindre mal. Elles refermèrent le couvercle soigneusement, et retournèrent près de la petite source de lumière qui n'était pas du luxe dans ces ténèbres étouffantes. L'état de Validna était quelque peu inquiétant, mais en l'absence de baume ou de cataplasme pour la soigner, elle allait devoir serrer les dents et endurer jusqu'à des jours meilleurs. Elle avait vu pire, mais cela ne rendait pas la douleur moins vivace pour autant, hélas.

Un silence gênant s'installa entre elles, alors qu'elles avaient mille choses à dire, mille questions à poser, mille idées à formuler. Mais pour l'heure, elles ressentaient la tension de la bête traquée, la peur insidieuse et glaçante qui s'emparait du coeur de l'animal recroquevillé dans son terrier autour duquel gravitaient des prédateurs en nombre. Aucune chance de sortir pour l'instant, alors elles devaient faire profil bas, et surtout rester calmes. C'était pourtant précisément dans ces moments-là qu'on avait envie de s'exprimer, de raconter sa vie, ses sentiments une anecdote pour détendre l'atmosphère. Mêmes les Elfes éprouvaient parfois le besoin de se confier, de chercher du réconfort dans la présence d'autrui. Validna savait que Qewiel ne pourrait pas lui apporter grand-chose de ce côté-là, car son expérience de la guerre devait être nulle vu son âge, mais elle aurait simplement aimé pouvoir l'entendre lui raconter une histoire, n'importe laquelle. En retour, elle lui aurait dit que tout allait s'arranger, qu'elle avait vu pire - ce qui était vrai - et qu'elles allaient s'en sortir. Tout cela lui rappelait la bataille pour Imladris. Elle n'avait pas ressenti la même peur, car elle était beaucoup plus confiante lors des combats, mais elle avait éprouvé la même sensation de déséquilibre, celle d'être en infériorité numérique, et encore une fois elle avait dû incarner l'espoir auprès de ses compagnons. Bien peu étaient rentrés en vie après le premier assaut, et à sa connaissance, aucun n'avait réchappé du second. Elle était parmi les dernières, maintenant. Survivante accrochée à la vie comme un Nain à son or. Il allait lui falloir jouer de cette qualité encore une fois.

Alors qu'elles réfléchissaient chacune de leur côté à la meilleur manière de sortir de là, Validna étant pour sa part en train de se demander dans quelle mesure les cavaliers allaient identifier son cheval et l'isoler pour l'empêcher de fuir avec sa propre monture, des éclats de voix se firent entendre au-dessus de leurs têtes. Elles retinrent leur souffle, et tendirent l'oreille. C'était un couple qui se disputait, apparemment. Le mari disait :

- Mais puisque je te dis que ce sont des soldats ! Ils recherchent cette fille, et on n'a pas le choix, on doit les aider.

La femme répondit avec fermeté :

- Des soldats ? Eux ? A moins que le Roi Mephisto recrute des brutes épaisses, ça m'étonnerait. Ces loubards ressemblent bien davantage à des mercenaires qu'à des soldats, si tu veux mon avis.

- Ils font partie d'un régiment spécial, ils ont dit. Ils recherchent des gens enlevés, et c'est pour ça qu'ils ne portent pas d'uniforme.

Elle ne lâchait pas prise, et Validna lui en sut gré intérieurement :

- C'est ce qu'ils ont dit ? Eh bien moi je suis la fille illégitime du Roi d'Arnor. C'est fou hein ? Ils ont tout aussi bien pu mentir, et à mon avis c'est précisément ce que diraient des mercenaires pour se donner un genre. Tu sais au moins ce qu'ils vont faire à cette pauvre fille s'ils la trouvent ?

Le mari avait une voix penaude :

- La ramener à ses parents, je suppose. En tout cas ils ont dit qu'ils allaient faire le nécessaire pour qu'il ne lui arrive rien.

- Et ils ont besoin d'être à quinze pour ça ? Pour une seule petite fille innocente ? Il n'y a que les bandits qui voyagent aussi nombreux : les bandits et les marchands, ce qui revient au même à mon avis. Je te dis que cette histoire ne sent pas bon.

Ils continuèrent à argumenter quelques temps, jusqu'à finalement se séparer. La nuit était bien avancée, mais de toute évidence personne n'avait envie de dormir maintenant, et ils continuèrent à déambuler dans la maison. Validna était presque soulagée, mais rapidement des bruits de pas dans l'escalier qui descendait à la cave se firent entendre. Les marches de bois ne trompaient pas, quelqu'un approchait, et de toute évidence il serait là dans quelques secondes, guère davantage. Réagissant avec une promptitude surhumaine, la guerrière dégaina un poignard surgi de nulle part, et le tendit à Qewiel. Son regard était dur, froid, mais c'était peut-être aussi dû à son état d'épuisement. Désirait-elle vraiment que la jeune fille mît à mort la personne qui allait débouler dans la pièce ? C'était peut-être plus pour se défendre au cas où. A moins que ce ne fût pour menacer et négocier une sortie. Qewiel ne parlait pas un mot de Commun, et elle allait devoir improviser. Elle avait l'air mal à l'aise avec le poignard extrêmement affûté, bien plus tranchant que toutes les lames usuelles qu'elle avait dû avoir en main jusqu'à présent. Le planter dans la chair serait un jeu d'enfant, mais aussi un acte lourd de sens et de conséquence. Il n'était pas particulièrement plaisant de se retrouver couvert du sang d'une personne que l'on venait de tuer de sang-froid. La jeune fille triompherait-elle de l'appréhension qu'éprouvent tous les novices face à la perspective de faucher une vie, ou bien parviendrait-elle à trouver un moyen de négocier ? Quelle que fût sa décision, elle devait faire vite et bien, sans un bruit. Elle n'avait pas le choix, de toute façon, car déjà la porte s'ouvrait. Un halo de lumière accompagna l'entrée d'une bougie tenue à bout de bras par une main féminine. Lorsque l'huis s'ouvrit en grand, le visage de l'épouse se décomposa devant la scène qui se jouait devant elle, et elle n'eût le temps de lâcher qu'un "oh" de pure surprise.


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyMar 14 Juil 2015 - 19:12
Faire le tour pour éviter toutes les personnes regroupées au centre du village ne fut pas bien difficile, les ombres de la nuit jouant en ma faveur. Tous mes sens étaient encore en alerte et savoir qu'un lieu était ouvert pour que je puisse m'y cacher me donnait le courage d'aller jusqu'au bout. De temps à autres je prenais le temps de regarder derrière et autour de moi, ne remarquant jamais de personne m'ayant repérée. Alors je continuais, sans bruit, me déplaçant d'un pas rapide et agile. Lorsque je posais la main sur ce qui permettait de fermer l'entrée de ce qui semblait être une pièce souterraine, je me rendis seulement compte que mon bras tremblait avec force, signe que mon corps était à bout. Je fis un premier pas pour entrer dans la pièce, m'arrêtant immédiatement : à l'intérieur ce n'étaient que des murs de bois et, contrairement aux bâtiments situés à hauteur normale, je ne pourrais plus me dire que l'air libre serait proche. Les grottes n'étaient pas fermées, cet endroit si. La non-habitude que j'avais quant à ce type de lieux me donnait en plus l'impression que les murs allaient m'engloutir, comme si le fait qu'ils ne soient pas naturels faisait d'eux des monstres. Je voulu reculer, changer d'endroit ; ma jambe lâcha et je me retrouvais à tomber dans les escaliers, ne m'arrêtant heureusement pas bien loin.

La porte était tout juste entrouverte, j'avais fait exprès d'entrer sans l'ouvrir davantage qu'elle ne l'était déjà. Mon esprit avait déjà envie de fuir de cet endroit alors que ma raison me poussait à écouter et que mon corps, lui ne tenait plus en place. Mes oreilles s'ouvrirent grand, un silence répondit à ma question silencieuse. Peu confiante en cet endroit où j'avais voulu pénétrer (où j'étais pénétrée même), je descendis les quelques marches menant à la pièce souterraine et cherchais à tâtons un endroit pour me cacher, le temps que les cavaliers repartent. Un trou derrière d'épais tonneaux suffit, sans demander mon reste je m'y assis et refermais mes bras autour de mes jambes que je sentais dorénavant faibles, fermant les yeux et posant ma tête sur mes genoux. Il se passa quelques temps, puis le froid revint m'enlacer de ses bras glacés.

Le froid me faisait de temps à autres laisser échapper de petits bruits que j'aurais préféré éviter. J'avais beau essayer de me réchauffer avec les quelques forces qui me restaient, cela ne faisait rien : cela venait de moi-même et je ne savais pas quoi faire pour éviter que mon état empire. Il se passa un temps où je restais complètement repliée sur moi-même, mon esprit ne faisant que revoir toutes les images de la nuit, depuis mon réveil à l'entrée dans cet endroit. Ce fut long. Puis soudainement la porte s'ouvrit, amenant du bruit dans la pièce, me faisant sursauter.

"Qewiel ? Bonssan, Qewiel, cè moa... Jeu ces que tuai la !"

Validna ? Je retournais ma tête en direction de la voix, me retrouvant bêtement face à un tonneau. J'attendis qu'elle reparle dans un premier temps mais comme le son de sa voix ne revint pas et qu'au lieu de cela quelques bruits se faisaient entendre, je me décidais à passer furtivement ma tête par là où j'étais entrée. J'aperçus une ombre dans le noire en train de s’affairer, vers ce qui devait être le centre de la salle, puis quelques étincelles virent le jour avant que je ne rentre dans ma cache. Il me semblait avoir vu une deuxième ombre, aussi je ne savais si elle était venue seule et surtout de son plein gré : et si les cavaliers étaient vraiment des gens "mauvais", voire même des adeptes des Valar ? S'ils avaient réussi à trouver Validna et à l'obliger à venir me chercher ? Pouvais-je vraiment donner ma confiance au peu que je pouvais voir ?

La lumière illumina la pièce et j'entendis une personne s'asseoir, lâchant un soupir. Rien d'autre. J'avais la possibilité de rester cachée, mais je sentais que vu mon état ainsi que du manque de paroles qu'il valait mieux que je me montre. Au pire je me ferais prendre, et je ne saurais jamais quel camp était le meilleur pour moi. Je repassais donc ma tête pour montrer que j'étais là et remarqua tout de suite que la deuxième ombre aperçue était un corps sans vie... du moins semblait-il. Si c'était vraiment le cas, de toute façon, cela ne me dérangeait aucunement. Par contre le simple fait d'imaginer une épée entrer dans le corps de l'individu pour y ôter la vie me donnait une sorte de gifle intérieur, m'enfermait encore plus dans mon malaise. La vue du sang ne m'aida pas dans ce sens... Pourquoi les gens ne pouvaient-ils pas tuer autrement, ici ? Je ne sais pas, briser le cou, enfoncer la pomme d'Adam dans la gorge ou encore... enfin... ce n'était pas si compliqué que ça non ? Pourquoi toujours passer par le tranchant d'une lame ?

Validna m'aperçut et sembla contente de me retrouver. Elle se leva avec une grimace que je compris être de douleur et vint vers moi, s'agenouilla et en un geste protecteur replaça une mèche de cheveux qui était tombée en travers de mon visage. Malgré mon mal-être j'eus un mouvement de recul pour me dégager de ce geste affectif, détestant hautement que l'on me prenne pour une enfant et donc toutes ces attentions. Validna ne s'en formalisa pas ouvertement et se rassit, s'adossant contre les tonneaux derrière lesquels je m'étais cachée. Je sortis pleinement de mon trou et la regardais un instant, debout à la lumière de la torche, et vit de par l'attitude de la grande elfe qu'elle semblait vraiment avoir mal, au niveau de l'épaule je dirais. Alors un fort bruit vint m'arracher à mon court examen, me faisant plus peur qu'autre chose. Quelqu'un essayait d'entrer et, n'y arrivant pas pour je ne sais quelle raison, parla. Je m'assis alors, évitant de tomber sur moi-même plus qu'autre chose, et regarda Validna. Après seulement peu de temps il fallut que je me relève pour l'aider à cacher le corps du cavalier dans un tonneau à liquide rouge, puis je pus me rasseoir contre le mur, cette fois-ci en me recroquevillant complètement sur moi-même. J'avais toujours froid, pourtant il n'y avait pas de vent. Non en fait j'avais chaud aussi. Ou les deux. En fait, à mesure que le temps passait où plus personne ne parlait, je me rendais compte que je recommençais à transpirer. Mauvais signe.

A nouveau des sons de voix, venant d'au-dessus. Comme d'habitude, je ne compris rien. De toute façon je n'étais en état d'essayer de décrypter quoi que ce soit... Cela dura un moment, puis plus rien. Encore le silence. Je regardais Validna, partagée entre l'envie de lui faire comprendre que je n'allais pas bien et celui d'essayer de communiquer avec elle sur ce qu'il se passait au-dehors. Tout d'abord je ne voyais pas comment passer la barrière de la langue, ensuite je n'avais pas envie qu'elle prenne cela pour une attitude d'enfant. Et puis il valait mieux rester silencieuse, ce n'est pas parce que le prédateur semble parti qu'il l'est vraiment.

Un nouveau bruit, provenant de l'autre côté de la pièce cette fois. Je n'eus pas besoin de me retourner pour comprendre ce qu'il se passait : quelqu'un descendait par l'autre escalier et Validna ne désirait pas qu'elle sache qu'elles étaient ici. D'un geste lent je pris le couteau que l'elfe me tendait et regardais l'entrée par laquelle nous n'étions pas passées. Je n'étais pas bien sûre de vouloir faire ce qu'elle me demandait silencieusement, enfin de pouvoir faire était la bonne expression. Peut-être s'était-elle rendue compte de mon état, que ce soit par mon expression ou par le contact avec ma main moite... j'espérais... En attendant je m'approchais de l'escalier, eus un peu de mal à monter sur une caisse et me tint prête à viser la gorge ou la poitrine de celui qui nous voudrait du mal ; parce que je n'aurais aucun mal à m'en prendre à un cavalier, à une autre personne... comment savoir si elle était bonne ou mauvaise, si je ne tuais pas quelqu'un d'innocent ? Mes yeux se portèrent à ce moment sur la lame que venait de me passer Validna, prenant mon âme un court instant.

Je m'accrochais au mur derrière moi pour essayer de ne pas tomber alors que de nombreuses images défilaient soudainement devant mes yeux : la terre de ma naissance, mon clan, l'apprentissage pour devenir adulte et surveiller le côté ouest du marais, la bataille, la fuite... Je ressentis tous mes sens être pris par les souvenirs, être assaillis par les émotions, être coupés de ce que je savais être la réalité. Alors je compris, enfin. Je compris qu'une âme avait dû s'en prendre à moi, m'accompagner tout au long de ma route au lieu de rechercher le repos auprès de Llyod. Et là seul Agnhë savait faire en sorte que cette âme me quitte. Je fermais les yeux, eus peur, sentis mon esprit se décomposer suite à cette lumière. Un froid intense me prit alors, de grosses gouttes coulèrent dans mon dos ainsi que sur mon front.

"Oh !"

J'ouvris mes yeux. Retour à l'état de flou visuel. Celle qui se tenait devant moi était visiblement une femme qui ne portait aucunement les mêmes habits que les autres qui nous recherchaient ; elle ne m'avait pas vue. Ouf. Je ne sais pas ce que je voulus faire à ce moment précis mais je vis ma main tenant l'arme s'avancer vers la femme, relâcher prise et tout mon être s'écrouler sur le sol, heurtant de plein fouet le mur ainsi que la caisse sur laquelle j'étais jusqu'alors. J'émis un petit bruit à cause de la douleur qui se transforma bien vite en un frémissement. Je sentais mon esprit revenir au passé... je ne le voulais pas... Tremblante, assaillie de l'intérieur, je me refermais sur moi-même, allongée sur la terre poussiéreuse.
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Ryad Assad
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyMer 15 Juil 2015 - 16:14
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Validna ouvrit les yeux, sa main se refermant par réflexe sur le manche du poignard qu'elle conservait contre sa cuisse. Simple mesure de sécurité, qu'elle ne se résoudrait pas à abandonner, tant qu'elle se trouverait dans cette délicate situation. Ses oreilles avaient perçu l'ouverture de la porte qui se trouvait à seulement quelques mètres de là où elle était allongée, et elle porta son regard dans cette direction. Une jeune femme passa la tête par l'entrebâillement et, constatant que l'Elfe était réveillée, fit quelques pas à l'intérieur pour s'agenouiller auprès du lit qui occupait une bonne partie de la pièce. Son visage, à quelques centimètres de celui de la guerrière, exprimait un certain soulagement, et elle annonça immédiatement la nouvelle qu'elle avait sur le bout de la langue :

- La petite s'est réveillée… Pas longtemps, j'ai à peine eu le temps de la faire boire. Elle s'est rendormie, mais sa fièvre a baissé.

La femme aux oreilles pointues hocha la tête. C'était une bonne nouvelle. Qewiel l'avait inquiétée plus que jamais quand elle l'avait vue s'effondrer au moment où la jeune femme était rentrée dans la pièce. Cette scène surréaliste aurait pu leur coûter la vie, et Validna s'en voulait d'avoir confié sa sécurité à une jeune fille à peine capable de marcher seule. Elle était bien plus malade qu'elle en avait l'air, mais il fallait dire qu'il n'était pas courant de croiser des Premiers Nés capables de souffrir de tels symptômes. Cela avait mis la guerrière sur la piste de l'identité de sa mystérieuse compagne de voyage. Une Elfe capable de tomber malade, qui ne parlait pas un traître mot de Commun, et qui avait l'air de ne pas connaître le monde où elle évoluait… Une Elfe qui ne lui paraissait pas avoir été touchée par la grâce des Valar, qui avait l'air plus rustique et moins éthérée que ses congénères ayant vu Valinor… Assurément, elle était de ceux qui n'avaient pas effectué la traversée. C'était un maigre indice, qui ne permettait pas de savoir précisément d'où elle venait, mais qui permettait au moins de comprendre la source de bien des mystères la concernant. Cela ne lui donnait que davantage de valeur, et il était certain que ceux qui la pourchassaient et ceux qui s'intéressaient à elle risquaient de redoubler d'efforts s'ils apprenaient un jour ce secret. Validna s'était donc résolue à ne rien dire. Pour le moment, l'information devait demeurer secrète.

Harlinde mesura le silence de la guerrière Elfe, qu'elle savait désormais taciturne et peu portée sur la conversation. Elle avait cru que cette dernière était en colère, et ses premières visites avaient été empreintes de crainte et de prudence. Mais, les jours passant, elle avait fini par comprendre que l'inquiétude et la mélancolie de Validna étaient à l'origine de son attitude. Elle n'était pas méchante en soi, elle était simplement lasse et fatiguée. L'Eldar parlait peu, en règle générale, mais se montrait toujours attentive aux informations concernant l'état de santé de Qewiel, qui s'était amélioré progressivement, après s'être dégradé les deux premiers jours. Elle était solide, et elle avait su surmonter la fièvre, grâce aux traitements prodigués par la jeune femme Rohirrim. Cette dernière s'était dévouée corps et âme pour sauver la jeune enfant, sans se soucier de l'avis de son mari, qu'elle avait convaincu de ne rien dire. Il fallait dire que celui-ci avait tiré une drôle de tête lorsqu'il avait vu son épouse revenir de la cave avec les deux fugitives que tout le monde recherchait activement dans le village.

- Eolf, je t'en prie, parle moins fort… l'avait-elle supplié, alors qu'il jurait déjà dans toutes les langues qu'il connaissait.

Il avait baissé d'un ton, mais avait continué à invectiver son épouse :

- Mais tu ne te rends pas compte ? Elles sont recherchées ! Si ces hommes les retrouvent chez nous, tu sais ce qu'ils risquent de nous faire ? Tu disais toi-même que c'étaient des brutes, je n'ai pas envie de les voir s'en prendre à toi… Harlinde, elles ne peuvent pas rester…

Son argumentaire était à la fois plaintif et autoritaire, effrayé et menaçant. De toute évidence, il craignait largement les cavaliers qui avaient fait irruption dans le village, et il n'était pas du tout d'accord pour prêter main-forte à des inconnues qui, pourtant, en avaient bien besoin. Son épouse s'était approchée de lui, et l'avait apaisé en lui passant une main sur le bras. Il avait baissé la tête, résigné à l'écouter, sachant déjà qu'elle avait emporté ce duel. Elle parla cependant, d'une voix douce :

- Eolf… Tu connais les Elfes, ce sont des gens de bien. Les pauvres sont blessées, et la plus jeune est très malade. Si nous ne les aidons pas, elles risquent de mourir. Je sais que nous avons peu de choses, et que nous prenons un risque, mais nous ne pouvons pas les abandonner à leur sort. Nous ne pourrions jamais laisser quiconque mourir sur le pas de notre porte, tu le sais. J'ai peur également, mais je sais que nous pouvons surmonter cela. Donnons-leur simplement le temps de se remettre de leurs blessures.

Validna s'était approchée, et l'homme avait levé un regard méfiant vers elle. Méfiant mais dénué de toute méchanceté. Il avait surtout peur de la voir lui forcer la main, mais il ne pouvait que prendre en pitié cette femme à la beauté irréelle qu'il voyait blessée. Elle se tenait l'épaule en essayant d'étouffer la douleur, mais elle ne pouvait pas le tromper bien longtemps. D'une voix calme mais déterminée, elle lui fit une promesse :

- Nous partirons dès que la petite ira mieux. Je peux chevaucher avec un bras invalide, mais elle doit pouvoir tenir en selle et se défendre. Dès qu'elle aura récupéré, nous essaierons de fuir, et vous n'entendrez plus parler de nous. Je vous demande simplement de nous cacher quelques jours.

Il avait accepté en baissant les épaules, et s'était empressé d'aller chercher Qewiel qui se trouvait toujours en bas des marches. Validna avait déposé son corps fragile sur le flanc, dans une position un peu plus confortable, et avait récupéré le poignard qu'elle lui avait prêté. Elle était déterminée à conserver ses armes, et ni Eolf ni Harlinde n'étaient prêts à l'en empêcher. Le mari avait conduit la petite dans la chambre de leur fils, qui était parti chercher du travail au Rohan. Il l'avait installée au chaud, et dans son sommeil elle s'était agrippée à lui en répétant le même mot inlassablement. Un mot que le couple ne comprenait pas, et que Validna elle-même était surprise d'entendre dans la bouche de la jeune fille. Ils s'étaient tournés vers elle, en murmurant :

- Qu'est-ce que cela signifie ?

- Je l'ignore, avait-elle menti.

En réalité, cela signifiait « papa ». Mais le plus étonnant était qu'elle l'avait dit en Quenya, la langue traditionnelle des Elfes, que plus personne n'employait couramment au Quatrième Âge. Au Troisième Âge déjà, elle était tombée en désuétude, et il était particulièrement improbable que quelqu'un eût appris cette langue à cette jeune fille sans lui enseigner le Commun. Sauf si elle n'avait pas grandi dans les terres où on parlait Commun, sauf si elle appartenait à un clan d'Elfes qui entretenaient les anciennes traditions au détriment des nouvelles. Décidément, cette jeune fille était pleine de surprises, et la guerrière savait qu'elle n'avait fait que gratter la surface. Revenant au présent, Validna se tourna vers Harlinde et lui demanda d'une voix claire :

- Sont-ils toujours là ?

Elle faisait bien entendu référence aux cavaliers qui les traquaient toujours. Elle avait espéré que les hommes continueraient leur poursuite, mais ils étaient loin d'être idiots, c'était le moins qu'on pouvait dire. Ils avaient l'intuition que leurs fugitives allaient avoir besoin de revenir pour récupérer leur cheval, qu'ils avaient placé sous bonne garde sans pour autant lui faire du mal. Ils savaient qu'en blessant l'étalon, ils risquaient de pousser leurs proies à s'échapper pour de bon. Tant qu'ils leur conservaient une porte de sortie, ils les faisaient douter, et les poussaient à tenter leur chance. Validna avait beau savoir que c'était un piège, elle ne pouvait pas s'empêcher de considérer l'option. Si elle réussissait à les surprendre, elle pourrait s'enfuir avec Qewiel sans difficulté, alors que si elles décidaient de s'enfuir à pied dans la campagne, elles avaient toutes les chances d'être reprises ou de mourir d'épuisement sur la route. Elles n'étaient pas en état de se lancer dans une telle aventure sans monture. Autre élément, les cavaliers avaient perdu un des leurs. Son cadavre se trouvait au sous-sol de chez Eolf, dans un tonneau de vin qu'il faudrait soigneusement éviter de consommer. Ils avaient enregistré sa disparition au petit matin, et avaient lancé des recherches actives pour trouver sa trace. Ils avaient rapidement compris qu'il était mort, mais son cheval était toujours là, ce qui signifiait que les fuyardes n'avaient pas filé. Autant d'indices qui avaient poussé leur chef à s'implanter dans le village et à attendre. C'était un duel de patience, mais Validna savait avoir un avantage sur eux. Elle pouvait suivre leurs déplacements et apprendre leurs habitudes, tandis qu'ils s'épuisaient à lancer des battues aux environs pour les dénicher. Harlinde baissa la couverture qui recouvrait la guerrière Elfe, et examina son épaule, en répondant :

- Toujours. Ils surveillent les entrées de la ville, et ils sont de plus en plus méfiants vis-à-vis des gens. J'ai peur qu'ils ne lancent une nouvelle inspection des maisons d'ici peu.

Deux jours auparavant, ils avaient décidé de se lancer dans une grande fouille à l'échelle du village, et les deux Elfes n'y avaient échappé que grâce à la réactivité d'Eolf. Lui qui n'avait pas été très enthousiaste à l'idée de les accueillir s'était en fait révélé être leur premier défenseur. Il leur avait montré un petit passage qui menait vers un faux plafond, un endroit où personne ne penserait à les chercher, et qui était difficile d'accès. Faire grimper Validna avait été délicat, mais faire monter Qewiel avait été prodigieusement difficile. Fort heureusement, elles avaient pu se placer à l'abri, silencieuses, pendant que les cavaliers entraient en force dans la maison pour procéder à l'inspection. Fort heureusement, ils n'avaient pas trouvé le cadavre de leur compagnon dans le vin, sans quoi les choses auraient pu tourner tout à fait différemment. Validna, qui sentait toujours une vive douleur dans son bras, rassura celle qui la soignait :

- Je ne pense pas. Ils ont perdu beaucoup d'énergie, et plus ils resteront, moins ils seront soutenus. Est-ce qu'on ne se demande pas déjà pourquoi ils ne partent pas ?

Harlinde hocha la tête positivement :

- Les gens commencent à poser des questions, oui. Mais leur chef reste muette, et refuse de discuter. Tous ses ordres passent par ses hommes. J'ai appris qu'elle s'appelait Thyia, cependant.

Validna haussa un sourcil :

- Une femme ?

- Oui, c'est ce qu'on m'a rapporté. C'est un problème ?

L'Elfe eut un sourire sans joie. Un de ces sourires dont on sait pertinemment qu'ils annoncent plus de malheurs que de rires. Elle répondit avec gravité :

- Vous en connaissez beaucoup des militaires commandés par une femme ? Je n'ai jamais rien vu de tel au Gondor ou au Rohan, encore moins en Arnor…

Harlinde n'avait jamais vraiment voyagé, mais il lui apparaissait maintenant qu'il n'était pas naturel qu'une femme commandât à des hommes. Elle ne s'en était pas inquiétée outre mesure, car le respect et l'obéissance des cavaliers pour leur chef écartait d'emblée ces questions, mais en y réfléchissant bien, il lui semblait en effet que quelque chose clochait. C'était probablement la raison pour laquelle cette mystérieux Thyia refusait de se présenter au chef du village. Le mystère autour de ces cavaliers s'épaississait à mesure que Validna essayait de le dissiper, mais elle ne pouvait pas faire grand-chose d'autre que de continuer à se renseigner, formuler des hypothèses, et essayer de les comprendre pour mieux les surprendre.

Alors que les deux femmes continuaient d'échanger des informations – pouvait-on réellement parler de conversation ? –, Eolf toqua à la porte et se glissa dans la pièce en regardant autour de lui. Ses yeux ne trouvèrent de toute évidence pas ce qu'il cherchait et il regarda derrière lui, une pointe d'inquiétude au fond des yeux. Les sourcils froncés, il se tourna vers les deux femmes et leur demanda :

- La petite n'est pas avec vous ? Son lit est vide pourtant et…

La réaction de Validna fut immédiatement. Elle rejeta ses couvertures et se redressa sans attendre. Elle avait dû abandonner sa tunique de cuir pour une chemise de nuit qui lui descendait jusqu'à mi-cuisses. Pieds nus, l'épaule fraîchement bandée, elle distribua ses ordres d'une voix sèche :

- Bloquez les sorties, dépêchez-vous ! Si elle sort, nous sommes tous morts.

Son ordre était glaçant, et le couple s'empressa de se diriger vers la porte principale et la porte de la cave, qui constituaient les deux seules issues par lesquelles Qewiel aurait pu sortir confortablement. Pour le reste, Validna partit examiner la chambre de la jeune fille, à la recherche du moindre indice. Celle-ci n'avait pas pu filer bien loin, et elle devait encore se trouver dans les parages. Les chambres où dormaient les deux Elfes se trouvaient à l'étage, et si la jeune fille avait descendu les escaliers, quelqu'un l'aurait forcément entendue. Elle était donc toujours là. La guerrière s'apprêtait à quitter la chambre, quand elle repéra quelque chose qui attira son attention. Un détail, un minuscule détail. Un reflet roux derrière un meuble où il devait être difficile de se cacher. Il fallait se recroqueviller largement pour pouvoir échapper à un examen sommaire, mais Qewiel n'était pas bien grosse. Validna se retourna et s'assit sur le lit en soupirant :

- Qewiel, je sais que tu es là…

Elle s'interrompit, puis lui vint une idée. Cela ne coûtait rien d'essayer, même si elle dut faire un effort pour retrouver une formulation naturelle. Quand on n'avait pas pratiqué depuis des dizaines d'années, pour ne pas dire des siècles, il était normal d'être un peu rouillé. Reprenant en Quenya, elle essaya :

~ ~ Qewiel ? Est-ce que tu me comprends ? ~ ~


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyJeu 16 Juil 2015 - 12:50
"D'accord. Mais dans ce cas promets-moi de vraiment faire le deuil de mère. Parce que vouloir est une chose, il faut maintenant que tu te décides à franchir le pas...
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
-Le collier de mère. Tu ne l'as jamais réellement quitté.
-Cet-à-dire ?
-Tu agis toujours comme si elle te manquait, tu as beau me l'avoir passé ce n'est pas la première fois que tes yeux s'arrêtent dessus. Ce n'est pas normal, n'importe qui aurait réussi à...
-Tu ne sais pas de quoi tu parles, Kenodei.


Je ne répondis pas, le ton employé par mon père étant assez froid pour ne pas oser remettre en question ses dires. Je continuais cependant à le fixer droit dans les yeux, montrant ainsi que je pouvais continuer cette conversation d'adulte à adulte.

-Je m'inquiète pour toi, c'est tout. Ne veux-tu pas m'expliquer, qu'est-ce que je devrais savoir ?

Toujours en quenya, Laurelien s'évertua alors à m'expliquer un concept sur lequel il ne s'était jamais étendu jusqu'alors, malgré le fait qu'il m'avait souvent parlé de son peuple natal : le lien entre l'amour entre deux êtres et leur longévité de vie. C'était bête, mais le simple fait que là d'où il venait il y avait moins de risques de mourir qu'ici faisait qu'ils s'attachaient bien plus à la personne à laquelle ils se liaient qu'au sein du clan. Le problème était que si plusieurs centaines voire plusieurs milliers d'années s'écoulaient entre la rencontre et le départ de l'un, l'autre n'arrivait pas toujours à surmonter l'épreuve et soit se tarissait, soit quittait ce monde quelques temps plus tard. Papa l'avait aimée, comme on peut aimer là-bas. Et de ce que je pouvais voir, sans pour autant désirer la rejoindre il n'avait jamais su totalement s'en remettre. Je baissais alors les yeux, comprenant que le monde de l'ouest était encore plus différent que je ne le pensais et que mon père était encore en proie à de profonds sentiments envers ma mère.

-Papa ?"

Puis les choses changèrent. Les images devinrent floues et j'entrais une nouvelle fois dans la série de cauchemars que je faisais depuis que les orques avaient attaqué le clan et que j'avais dû tenir ma promesse. Les cris, les pleurs, la douleur... Agrippée par je ne sais quel mauvais esprit ou hantée par je ne sais quelle âme, il fallut je ne sais combien de répétitions d'événements pour qu'enfin une lumière au loin ne finisse par briller. C'était la bataille ou elle. Comme je savais ne pouvoir changer le cours du passé, je me dirigeais donc vers cette étoile.

~~~~~~


J'ouvris les yeux. La première que je sentis fut l'air qui entrait dans mes narines puis, forcément, l'état bancal dans lequel j'étais : même si quelque chose de dur était sous moi j'avais l'impression de tanguer, j'avais soif, faim, chaud. J'étais relativement faible aussi. Ne pouvant rien faire pour l'instant, je pris donc le temps de regarder autour de moi : des murs en bois, une sorte de grand coffre, une petite table, un bol, une dame... une dame ? Celle-ci ne mit pas longtemps à remarquer mon réveil et me parla - je ne compris rien de ce qu'elle dit - tout en prenant le bol posé sur la table. Elle s'approcha de moi, fit passer l'un de ses bras sous mes épaules de sorte à ce que sa main soutienne ma tête et me fit me pencher afin de pouvoir verser le liquide dans ma bouche. Je refusais au départ, n'ayant strictement aucun souvenir de qui pouvait bien être cette personne, mais la soif eut bientôt raison de moi. C'était juste de l'eau. Ça faisait du bien... Mes yeux se fermèrent une nouvelle fois.

~~~~~~

"Papa, papa !
-Kenodei ?
-Viens, j'ai quelque chose à te montrer !


Mes petits bras d'enfant prirent la grande main d'adulte de Laurelien, sales du fait que nous étions dans la partie boisée des marais. La dernière fois mon père m'avait appris comment utiliser la boue pour la chasse, cette fois-ci il allait m'apprendre autre chose. Mais ce que j'avais trouvé, de mes yeux d'enfant déjà trop mature pour mon âge, valait le coup de faire un détour. Je fis limite courir mon père pour qu'il n'arrive rien à ma trouvaille tant qu'il ne l'avait pas vue. Arrivés auprès de deux grands arbres je me penchais et caressais le tout petit végétal qui était né entre eux.

-Une fleur étoilée ! Agnhë nous en a parlé il y a quelques jours, elles sont très rares.
-En effet,
soutint mon père en riant.
-Pourquoi ris-tu ?
-Pour rien... c'est toujours plaisant d'en trouver une sur son chemin. Et j'apprécie toujours de te voir sourire comme ça !


Il me prit sans m'avertir, me faisant éclater de rire. Je restais un moment contre lui, appréciant beaucoup être entre ses bras. D'un ton beaucoup plus posé, je repris la parole.

-Papa ?
-Oui ?"


~~~~~~


*Si je dois partir, Kenodei... il faudra que tu l'acceptes. Mais si tu veux je veillerai sur toi, tant que je le pourrai.*


J'ouvris à nouveau les yeux. Retour dans la salle avec la dame. Sans la dame, en fait. Seule.Où était Validna ? Que m'était-il arrivé ? Avais-je été prise par les cavaliers ? J'avais un vague souvenir d'avoir été avec l'elfe dans une salle sous terre, mais je n'arrivais plus à me rappeler de ce qu'il s'était passé exactement. Et ce n'était pas pour me rassurer... Préférant me retrouver seule que fasse à des gens dont je ne savais même pas s'ils me voulaient du bien ou non, je décidais de me lever et de partir de là. Il fallait que je retrouve Validna, l'épée, et que je continue ma marche vers l'ouest. Mes pieds nus se posèrent doucement sur le sol, en essayant de faire le moins de bruits possible. Je me rendis alors seulement compte que je n'étais plus dans mes vêtements habituels mais dans une sorte de robe blanche, un peu trop grande pour moi, m'allant jusqu'à mi-jambe. Ah... nouveau problème, il allait falloir que je récupère mes affaires. Je fis quelques pas vers la porte avant de m'arrêter, entendant des bruits de pas lourds - du moins comparé à ceux auxquels j'avais l'habitude - venant dans ma direction. Je regardais vite fait autour de moi et plongea derrière l'un des rares meubles de ce lieu, me recroquevillant sur moi-même de sorte à ce que depuis l'entrée on ne puisse pas me voir. Les pas se rapprochèrent, s'arrêtèrent, repartirent. Il ne fallut pas attendre longtemps avant que des personnes ne viennent à parler et que tout le monde s'agite. Puis des bruits de pas se refirent entendre, cette fois-ci beaucoup plus légers, lents.

"Qewiel, jeu ces que tuai la...

Validna. J'eus un soupir intérieur en me disant qu'au moins je ne devais pas être dans un endroit où je ne voudrais absolument pas être. Dans ce cas je pouvais sortir. J'allais me relever lorsque j'entendis des paroles qui me coupèrent dans tout élan de par la langue qui était usée.

-Qewiel ? Est-ce que tu me comprends ?

Deux larmes coulèrent alors sur mes joues, larmes que je ne retins pas pour éviter de faire le moindre bruit. Cette langue, le quenya... Je me mordis la lèvre inférieure pour éviter de prononcer un mot qui aurait été plus que caduque dans cette situation : "papa". Il avait toujours été le seul à me parler dans cette langue mais il était mort et ce n'était pas sa voix. Sa voix, je l'entendais dans ma tête. Comme dans un lointain souvenir, elle semblait lointaine mais chaque mot percutait mon esprit comme s'il était toujours là. Il me disait qu'il fallait que j'accepte si jamais il venait à partir, mais qu'il veillerait sur moi tant qu'il le pourrait. Je compris. Je séchais rapidement mes larmes et en première réponse à la guerrière fis pivoter le meuble de sorte à lui faire comprendre que j'étais bien là. Puis je me levais.

Elle était assise sur le lit, elle aussi habillée d'une robe blanche. Elle m'attendait, ou attendait une réponse parlée de ma part. Tout ce qu'elle eut fut le fait de me rapprocher d'elle et de rester face à elle, la regardant droit dans les yeux. Bien sûr que je la comprenais. Je me demandais juste comment elle était venue à savoir. J'aperçus sous la robe des bandages au niveau de l'épaule, ce qui me fit relever les sourcils d'étonnement avant de me rappeler qu'avant que je ne perde connaissance Validna semblait souffrir à cet endroit-là. Doucement je posais une main dessus et me détourna pour regarder plus attentivement ce qu'il en était. Il ne me fallut pas longtemps pour constater que si je voulais vraiment voir la plaie que je serais obligée de défaire le bandage. Alors je m'assis juste à côté d'elle, entourant mes genoux des mes bras, sans dire mot.

Arriva à ce moment-là sur le pallier une femme à longue robe, qui eut un sourire en me voyant. Elle demanda - de ce que je pus comprendre de son intonation - quelque chose que je ne compris pas à Validna, qui lui répondit calmement, puis s'éclipsa. La dame de tout à l'heure ? Peut-être. Je regardais un long moment Validna, me posant de nombreuses questions sur le comportement que je devais adopter envers elle et sur qui elle était exactement. Peut-être valait-il mieux pour moi que ne n'en sache rien, peut-être était-il préférable qu'elle n'ait jamais confirmation sur le fait que je parle le quenya. Et pourtant... trop de questions demandaient des réponses, trop pour que je ne puisse pas utiliser le seul langage que nous semblions avoir en commun. A moi après de faire attention à ce que je dirais.

-Je ne pensais pas que tu parlerais cette langue...

Je me relevais et fis le tour de la pièce, appréciant de pouvoir ressentir le contact de mes pieds nus sur quelque chose de non dangereux. Puis je me retournais pour à nouveau lui faire fasse, la regardant une nouvelle fois droit dans les yeux.

-Cette blessure... c'est à cause de la chute ? Cela fait combien de temps ?"
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Ryad Assad
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyMar 21 Juil 2015 - 3:11
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Validna avait vu juste, et elle soupira de soulagement en se rendant compte qu'elle ne s'était pas trompée. Si par malheur Qewiel avait réussi, d'une manière ou d'une autre, à s'échapper de cette chambre qui représentait pour elle un univers étranger et potentiellement dangereux, elle les aurait tous conduits à la mort. Trouvée la première, elle aurait révélé l'endroit d'où elle s'était échappée. La guerrière Elfe aurait été la suivante : sa farouche résistance aurait été anéantie par le nombre, et elle aurait fini au mieux avec une lame entre les côtes qui l'aurait envoyée dans les Cavernes de Mandos prestement. Au pire, ils lui auraient mis la main dessus alors qu'elle était toujours vivante, et ils l'auraient interrogée brutalement, jusqu'à se rendre compte qu'elle ne parlerait jamais. Tant de souffrances inutiles, pour au final la laisser pourrir pour l'éternité dans un sombre cachot qu'ils oublieraient eux-mêmes. C'était parfois un malheur que d'être immortel. Harlinde et Eolf seraient venus ensuite sur la liste. Complices, ils auraient subi un châtiment exemplaire : ils seraient sans doute pendus haut et court, leurs corps exposés à la vue de tous, avant qu'on les descendît dans une fosse commune. Une fin ignoble qu'ils ne méritaient certainement pas. La jeune fille n'avait pas connaissance de tout cela, et elle ne se rendait sans doute pas compte à quel point la savoir encore à l'intérieur de ces murs était rassurant.

Cette dernière sortit de sa cachette, et s'approcha en face de la jeune femme, sans rien dire. Elle paraissait encore un peu méfiante, mais ses yeux pétillants montraient qu'elle avait recouvré une partie de ses forces. Le reste reviendrait quand elle aurait mangé, qu'elle aurait passé une vraie nuit à dormir, et qu'elle aurait fait un peu d'exercice pour réhabituer ses muscles au mouvement. Les deux femmes s'observèrent l'une l'autre, comme deux animaux qui savaient n'avoir aucun intérêt à se battre, mais qui ne se quittaient jamais bien longtemps. La plus âgée était comme ces grands prédateurs, si imposants et si massifs que même blessés, ils demeuraient impressionnants. Elle n'avait pas besoin d'avoir des crocs ou des griffes pour tuer, et l'absence de son épée ne la rendait pas moins effrayante. Peut-être même cela la rendait-il plus terrifiante, d'ailleurs, car elle affichait toujours le même regard neutre et calme, comme si elle s'apprêtait à passer à l'attaque. En face, Qewiel était de ces petits animaux rapides et malins, qui s'ils n'étaient pas capables de tuer facilement et de s'imposer par la force, étaient prêts à vendre chèrement leur peau s'ils devaient en passer par là. Elle était courageuse et combative, même si elle ignorait tout de l'endroit où elle se trouvait, et de ce dans quoi elle avait mis les pieds.

Ses yeux s'attardèrent un bref instant sur la blessure de la guerrière. Le bandage était sommaire, mais efficace. Elle avait déjà récupéré une bonne partie de sa mobilité, et si elle conservait l'atèle, c'était surtout pour accélérer le processus de guérison. Elle savait pourtant que si duel il y avait, elle peinerait à encaisser dans son épaule les chocs répétés de sa lame sur l'acier ennemi. Alors il valait mieux attendre encore, faire preuve de patience, et affronter les dangers au maximum de ses capacités. Il y avait tant d'hommes qui les traquaient qu'elles n'auraient pas deux opportunités de leur filer entre les doigts. Si elles s'attaquaient à eux sans être aussi remises que possible, elles ne s'en sortiraient pas. Conservant toujours le silence, la plus jeune vint s'installer aux côtés de la guerrière, ramenant ses genoux contre elle. Elle avait l'air perdue, et les événements des derniers jours devaient l'avoir pas mal secouée. Physiquement, sa fièvre inquiétante avait dû la brusquer pas mal, et après tout ce qu'elle avait subi… les mauvais traitements, son réveil, la chevauchée, la fuite en pleine nuit, et la traque… Elle avait été sous pression des jours durant, sans interruption, et elle était très courageuse pour réussir à affronter tout cela stoïquement. Cependant, Validna savait que le fait de ne pas en parler finirait par l'oppresser un jour. Elle ne pouvait pas la forcer, mais viendrait fatalement un moment où elle atteindrait ses limites. Il fallait espérer que ce ne serait pas au pire moment.

Alors qu'elles étaient toutes deux silencieuses, quelqu'un fit son apparition dans la pièce. Harlinde, qui venait annoncer à Validna qu'elle n'avait pas réussi à retrouver la mystérieuse petite Elfe. En voyant cette dernière assise aux côtés de la guerrière, son sourire s'élargit, et elle lança sur un ton soulagé :

- Vous l'avez retrouvée, ouf ! J'avais craint le pire…

- Elle est là, tout va bien. Dites à Eolf de ne pas s'inquiéter, tout est sous contrôle. Il vous reste de la soupe ?

La femme hocha la tête vivement, et s'éclipsa pour aller la faire chauffer. La jeune Elfe allait en avoir besoin rapidement, car son organisme avait manqué de nourriture pendant les derniers jours, et elle avait besoin de s'alimenter pour reprendre rapidement des forces. Forces qui ne seraient pas de trop pour surmonter les épreuves qui les attendaient. Sitôt qu'Harlinde fût partie, Qewiel se détendit. Elle ne paraissait pas savoir si elle devait considérer la femme comme une alliée ou une ennemie, mais la conversation avec Validna lui avait fourni des éléments de réponse. Puisque la guerrière ne s'était pas levée, prête à se battre, c'était qu'il n'était pas utile de se tenir sur le pied de guerre. Des pas dans l'escalier les avertirent que l'épouse bienveillante descendait, et elles entendirent bientôt sa voix résonner, alors qu'elle appelait son mari pour lui dire de cesser les recherches. Eolf, qui était peut-être le plus inquiet des deux, serait rasséréné de savoir qu'ils ne craignaient rien, et qu'ils avaient tous échappé au pire. Ce fut alors que Qewiel ouvrit la bouche, et que pour la première fois ses mots eurent un sens pour son aînée.

Quel plaisir que celui de pouvoir enfin communiquer librement. Validna éprouva un soulagement certain en voyant que la jeune fille la comprenait. Ainsi donc, c'était le Quenya. La passerelle qui leur permettrait d'échanger davantage que de maigres informations, confinant au ridicule tant elles étaient limitées. Manger, boire, dormir… Elles étaient davantage que des animaux aux besoins primaires, et si elles voulaient survivre, établir des stratégies pour échapper à leurs poursuivants, elles devaient être capables de converser, de discuter, de réfléchir ensemble et de se concerter. Les choses étaient délicates, quand Qewiel demeurait encore un mystère insondable, une âme inatteignable. Désormais que ce premier pont avait été jeté, il était possible d'envisager l'avenir un peu plus sereinement. Validna sentit une vague de confiance l'envahir progressivement. Elles pouvaient s'en sortir. Oui, elles avaient des chances de s'en tirer vivantes, et d'échapper un jour à ce traquenard qui s'était refermé sur elles. La guerrière, assise sur le lit, avait eu raison de laisser la jeune fille approcher, s'ouvrir peu à peu. Celle-ci paraissait encore un peu éreintée, mais elle était clairement en meilleure forme que les derniers jours. Sa première réflexion tira un sourire pincé à la plus âgée, qui répondit d'une voix involontairement glaciale :

~ ~ Nul ne la parle couramment, mais nombreux sont ceux qui la comprennent. Des Elfes, surtout. Quelques Hommes, également. ~ ~

Elle marqua une pause, en affichant un air un peu contrarié. C'était léger, et on ne pouvait pas dire avec certitude ce qu'elle ressentait, mais il était évident que quelque chose la dérangeait. Elle n'ajouta rien, et se contenta d'observer la petite Elfe qui marchait dans la pièce, paraissant retrouver quelques sensations. En réalité, Validna était préoccupée par son passé, qui semblait ressurgir de plus en plus. Depuis qu'elle avait fait la connaissance de Qewiel, elle voyait de plus en plus souvent des bribes d'une vie qui lui paraissait lointaine émerger des tréfonds de sa mémoire millénaire. Des visages, des voix, des chants, des personnes oubliées depuis longtemps. Ces souvenirs étaient à la fois bons et mauvais, heureux et tristes. Elle n'aurait su comment les qualifier. Elle se souvenait douloureusement des moments joyeux de son existence, et se rappelait péniblement de tout ces petits bonheurs qu'elle avait connus avant… avant tout ça. La petite Elfe lui rappelait une époque révolue, une époque oubliée. Une époque qu'on lui avait prise.

Qewiel finit par s'immobiliser, et se tourna de nouveau vers elle, forçant Validna à la fixer droit dans les yeux pour soutenir le poids de son regard. Elle avait l'air partagée entre plusieurs émotions, plusieurs sentiments, et surtout plusieurs questions. En l'observant, il était possible de suivre le flot de ses pensées bondissantes, sans toutefois pouvoir comprendre quel en était le sens. C'était comme observer le ballet complexe d'un vol de corbeaux, sans comprendre pourquoi ils dessinaient des arabesques dans le ciel, ou pourquoi ils décidaient subitement de tous virer dans la même direction. La guerrière n'ajouta rien, et ce fut de nouveau la plus jeune qui revint à l'attaque. De toute évidence, ses questions étaient pressantes, mais elle les réservait pour plus tard, essayant d'abord de mesurer à quel point elle pouvait faire confiance à Validna. Qu'elles fussent en mesure de communiquer ne signifiait pas qu'elles étaient devenues plus proches, et il restait toujours une distance que rien pour l'heure ne venait combler. La plus âgée regarda son épaule, en suivant l'interrogation de son interlocutrice. Elle remit négligemment une mèche de cheveux derrière son oreille, et glissa :

~ ~ Tu es restée inconsciente trois jours. Tu étais très faible… ~ ~

Ce n'était pas une question, pourtant elle n'acheva pas sa phrase, comme si elle laissait en suspens le fond de ses pensées. Le fait était qu'elle ne comprenait pas comment une telle chose avait pu se produire. Si elle ne l'avait pas vu de ses propres yeux, elle n'y aurait pas cru. Une Elfe fiévreuse, cela s'était déjà vu par le passé, naturellement. Toutefois, une Elfe terrassée par la fièvre, c'était une autre affaire. Les Eldar étaient en règle générale immunisés contre la plupart des maladies, et s'ils pouvaient souffrir du poison ou de certaines substances toxiques, Qewiel n'avait sans doute rien ingéré de tel durant son séjour. L'explication à son état demeurait un mystère, aussi bien que celui de sa guérison. Avait-elle seulement eu besoin de repos ? Cela cachait-il quelque chose de plus grave ? Validna préféra ne pas se prononcer, et changea de sujet en revenant à sa propre blessure :

~ ~ C'est la chute qui m'a fait ça, oui. J'ai perdu la main. ~ ~

Il y avait en effet un temps où elle était habituée à passer de longues heures au-dessus du sol, sur des surfaces bien moins stables qu'une maison. Avait-elle donc chevauché si longtemps qu'elle en avait oublié d'où elle venait ? C'était inquiétant. Son regard n'était pas des plus rassurants, et elle s'empressa d'ajouter, pour ne pas alarmer la jeune fille :

~ ~ Je serai bientôt remise. Tout va bien. ~ ~

Elle omettait de raconter en détail ce qu'il en était des cavaliers, de la traque, et de leurs effets personnels, mais c'était secondaire. L'essentiel était qu'elles étaient en vie, et en relative bonne santé. Harlinde remonta l'escalier, et toqua à la porte avant d'entrer. Sa prévenance était délicieuse. Elle s'approcha du lit, et tendit un bol de soupe à Qewiel. Il était chaud sans être brûlant. Le tout n'était sans doute pas excellent, mais c'était très nourrissant, et surtout c'était la seule chose qu'elles avaient à leur disposition. Il y avait aussi du pain, mais après avoir jeûné pendant si longtemps, il valait mieux que la jeune fille se contentât de quelque chose de léger, au risque de se donner mal au ventre. La femme fit un sourire à la petite Elfe, plein de timidité, avant de détourner le regard. Elle s'était occupée d'elle pendant trois jours, et elle avait l'impression d'avoir veillé sur son propre enfant. Son attachement pour la gamine aux cheveux roux était sincère. Se tournant vers Validna, elle lui demanda :

- Je vous ai entendu parler, est-ce que… ?

- Elle parle une langue que vous ne comprendriez pas. Mais cela doit rester secret. Je suis certain que les hommes qui la cherchent seraient très intéressés par cette information. N'en parlez même pas à votre mari.

La gravité du ton de Validna poussa Harlinde à hocher la tête. Il n'était pas toujours simple de savoir si elle craignait plus les cavaliers étranges et menaçants, ou la mystérieuse et dangereuse guerrière Eldar. Elle devait être partagée, mais en tout cas cela l'incitait à garder le silence quand on lui disait de le faire. Elle s'éclipsa en silence, discrète comme un papillon, laissant les deux immortelles seules. La plus âgée prit la parole sobrement :

~ ~ Elle a veillé sur toi pendant que tu récupérais. Elle s'appelle Harlinde. ~ ~

Validna se leva souplement, son bras toujours en écharpe, et s'approcha de l'unique fenêtre de la pièce pour observer au dehors. Il n'y avait personne dans la rue, mais elle savait grâce aux informations récoltées par Eolf que des gardes patrouillaient aux différentes entrées. Une demi-douzaine d'hommes qui assuraient une surveillance de tous les instants. Ils étaient relevés à la fin de la journée par une autre équipe qui faisait la nuit. Les hommes restants étaient envoyés en dehors du village, en battue, à la recherche des fuyardes, ou bien ils restaient se reposer au village en attendant des nouvelles. Sortir ne serait pas aisé, mais c'était faisable…

~ ~ Les cavaliers sont toujours là. ~ ~ Lança la guerrière, devançant une des questions que Qewiel allait sans doute lui poser. ~ ~ Il faudra collaborer pour sortir d'ici… Est-ce que tu sais te servir d'une arme ? ~ ~

Elle ne s'était pas retournée pour poser sa question, continuant de fixer le lointain en se tenant légèrement sur le côté pour éviter d'être vue depuis l'extérieur. A chaque fois qu'elle observait au dehors ainsi, elle se disait qu'il serait plus facile pour tout le monde si leurs poursuivants acceptaient d'abandonner la traque et de rentrer chez eux. Mais chaque jour supplémentaire passé à attendre ne faisait que renforcer son impression que les choses seraient difficiles. Des adversaires déterminés n'étaient jamais évidents à vaincre, hélas. Les yeux dans le vague, elle attendit patiemment la réponse de Qewiel, en se demandant si elle pourrait compter sur la jeune fille dans cette lutte qui s'annonçait…


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptySam 8 Aoû 2015 - 23:11
"Nul ne la parle couramment, mais nombreux sont ceux qui la comprennent. Des Elfes, surtout. Quelques Hommes, également. Tu es restée inconsciente trois jours. Tu étais très faible… C'est la chute qui m'a fait ça, oui. J'ai perdu la main. Je serai bientôt remise. Tout va bien.

Je haussai les sourcils d'étonnement lorsque Validna m'apprit que j'étais restée en mauvaise posture pendant trois jours... Etrange, vraiment. Cela ne m'était jamais arrivé et je ne me souvenais pas que ce soit déjà arrivé à l'un des miens. Mais je la laissai continuer, répondant à ma question concernant sa blessure. J'eus du mal à me concentrer pour l'écouter tant j'essayai de démêler l'histoire dans laquelle je sombrai petit à petit... Trois jour, cela faisait beaucoup ; et la seule chose que j'arrivais à voir était que les morts ne laissaient pas les vivants en paix ou, plus précisément, que la promesse faite à mon père gardait un lien trop fort entre moi et lui. Si je voulais qu'il puisse reposer entre les racines de Llyod, je ne voyais pas d'autre solution respectable que de tenir ma promesse. Rejeter l'épée était tout simplement impensable à mes yeux. Un soucis de plus dans cette aventure que j'aurais préféré ne jamais commencer.

A ce moment arriva à nouveau la femme à la longue robe, portant cette fois-ci dans ses mains un bol d'où s'échappait quelques vapeurs. Mon regard se détourna pour la fixer elle, le temps qu'elle fut dans la pièce, et fut bien surprise de la voir me tendre le bol une fois qu'elle eut discuté avec Validna. Encore sur mes gardes, je ne dis rien. Il fallut que la guerrière m'explique que c'était cette femme qui s'était occupée de moi pour que je reprenne la parole.

- Est-ce une gardienne de la sagesse ?

Sans attendre de réponse je m'assis par terre, dos contre le mur, le bol chaud toujours en mains. Je mis quelques temps avant de reporter mon attention sur ce qu'il y avait dans la pièce. J'humai doucement le liquide qui se trouvait dans le récipient avant de le goûter. Une simple habitude qui était loin de montrer une quelconque impolitesse dans mon clan. Au contraire même, cela signifiait que l'on appréciait autant l'odeur que le goût ou, si on n'avait pas encore goûté au plat, que l'on ouvrait tous nos sens à ce met. Lorsque le liquide arriva à mes lèvres, je me permis un instant de fermer les yeux ; j'eus tout de suite l'impression que le simple fait de boire quelque chose m'avait manqué et mon estomac me fit bientôt comprendre que ce n'était pas qu'une impression. Le gargouillement qu'il fit fut bruyant et un peu douloureux. Alors que Validna se levait du lit pour se diriger vers une source de lumière, je lui demandai

- Comment remercie-t-on, dans votre langue ?

Je m'adossai un peu plus contre le mur, posant en même temps le récipient sur le sol et soufflant profondément. Je sortais de fièvre et elle n'était pas encore guérie, je commençai déjà à le ressentir. Je fermai les yeux et remis en ordre les quelques informations que j'avais pu avoir depuis que j'avais rencontré l'elfe ; l'une me sauta alors aux oreilles, me faisant soudainement rouvrir les paupières : personne ne parlait couramment le quenya ? C'était impossible, c'était la langue natale de mon père ! Ou alors y avait-il quelque chose dans ce monde dont je ne me souvenais plus, quelque chose d'important ?

- Les cavaliers sont toujours là. Est-ce que tu sais te servir d'une arme ?

Je restai silencieuse quelques minutes, réfléchissant à la question ainsi qu'à l'affirmation qu'elle venait de me donner. Les cavaliers du soir, trois jours plus tard... même des orques ne resteraient pas si longtemps dans un lieu pour chercher du gibier ! Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?

- Je sais me servir de mon bâton... pour le reste il semblerait que je n'en fasse pas la même utilisation que toi... ou vous, même. Donc si tu pensais aux épées et autres armes tranchantes : non.

Plusieurs questions me venaient à l'esprit, mais je me mordis les lèvres pour éviter de prononcer la première, celle qui concernait le quenya. Je ne voulais pas que l'elfe se pose trop de questions sur moi.

- Où sont mes affaires, au fait ? L'épée ? Et qui sont ces cavaliers ? Pourquoi me cherchent-ils ? Je n'ai rien avec moi qui pourrait un temps soit peu les intéresser... et toi, qui es-tu exactement ?"
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Ryad Assad
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyJeu 13 Aoû 2015 - 15:30
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~ ~ Une gardienne de la sagesse ? ~ ~ Interrogea Validna à haute voix, sans cacher son étonnement.

Ses fins sourcils se froncèrent très légèrement, alors qu'elle paraissait chercher intensément pour trouver à quoi pouvait bien correspondre ce que la jeune Elfe lui désignait. Certes, le Quenya était une langue ancienne, mais il existait naturellement un mot plus simple pour parler des guérisseurs. Etait-ce là qu'elle voulait en venir ? Etait-ce ce qu'elle avait voulu dire, en employant un vocabulaire  riche et imagé ? La guerrière avait envie d'y croire, mais cette enfant soulevait tout de même un grand nombre de questions, et elle se demandait s'il n'y avait pas quelque chose de plus, quelque chose d'autre derrière tout cela. Après tout, elle paraissait venir de très loin, d'un pays où on ne parlait même pas le Commun, et il était fort possible que ces « gardiennes de la sagesse » représentassent une institution, ou bien une organisation puissante d'où elle était originaire. Un groupe dont Validna n'avait pas connaissance, mais que d'autres qu'elle pouvaient peut-être identifier. Il faudrait lui poser la question. Elle haussa négligemment les épaules, et se fendit d'une réponse laconique :

~ ~ J'ignore ce dont il s'agit. C'est une simple humaine. ~ ~

Elle n'ajouta rien, et se contenta de laisser la jeune fille s'asseoir tranquillement, et goûter à son breuvage. De toute évidence était de toute évidence affamée – en témoignait son estomac qui l'implorait de se jeter sur la soupe qui dégageait un délicat fumet – mais elle prit son temps refusant de toute évidence de se précipiter. C'était une sage décision, car il fallait faire preuve de prudence quand on avait été privé d'une alimentation digne de ce nom si longtemps. Certaines personnes mourraient d'avoir cédé à leur gourmandise, et il était avisé de la part de Qewiel de faire preuve de mesure. Validna répondit distraitement à la nouvelle question de sa jeune protégée :

~ ~ En Commun, ça se dit « merci ». Mais tu n'en auras sans doute pas l'utilité. Les gens à remercier sont rares. ~ ~

Elle ne donna pas davantage de précisions, mais il était certain que dans cette période difficile, il n'était pas bon de croire que son prochain était une aide potentielle. Il valait mieux faire confiance à son bras, à son intelligence et à sa ruse, plutôt qu'à la bienveillance d'un passant et la compassion d'un quelconque individu. Les Hommes étaient faillibles, et bien que leur espérance de vie fût courte – ou peut-être à cause de cela – ils étaient sujets à de terribles changements de personnalité. Ils étaient instables, et ils pouvaient du jour au lendemain devenir fous, sans raison apparente. Violents, sans motif valable. Monstrueux, sans explication satisfaisante. Ils changeaient plus vite qu'aucune autre créature d'Arda, et quelque part ils échappaient à la compréhension de Validna, qui ne voyait en eux qu'un danger potentiel, latent, attendant d'être réveillé. Elle ne les craignait pas, car elle ne craignait pas grand-chose, mais elle ne leur faisait pas non plus confiance. Elle veillait à limiter les contacts qu'elle pouvait avoir avec eux, pour éviter d'être victime d'une de leurs sautes d'humeurs. Qewiel était peut-être encore trop jeune, et trop désorientée, pour comprendre ce point de vue, même si elle avait déjà eu l'occasion de faire face à la cruauté des Hommes, à leur malveillance. De tels individus ne méritaient que la mort.

Une mort que, de toute évidence, la jeune fille n'était pas en mesure de leur donner proprement et efficacement. Ainsi donc, elle ne savait pas se servir d'une arme tranchante… Elle se promenait avec une épée, mais elle n'était pas en mesure de l'utiliser pour sa destination première. Curieux… Validna ne fit aucun commentaire, s'abstenant de juger et surtout préférant concentrer ses pensées sur le plus urgent. Il y avait beaucoup de mystère entourant cette petite tête rousse, et elle n'avait ni le temps ni les moyens de les dissiper entièrement. Pour elle, il était préférable de se focaliser sur la survie, et ensuite viendrait l'épisode des questions et des réponses. Mais pour l'heure, elles étaient toujours enfermées, bloquées, privées de leurs montures et traquées par des cavaliers étranges qui paraissaient vouloir les trouver à tout prix. Elle murmura, presque autant pour elle-même que pour la jeune fille :

~ ~ Seulement le bâton… C'est à peine s'ils seront assommés par un coup. Il nous faudra beaucoup de chance pour nous en tirer… ~ ~

Elle ne voulait pas inquiéter outre mesure Qewiel, mais de toute évidence ses réflexions n'étaient pas pour la rassurer, et elle se mit à l'interroger en batterie, comme si elle avait trop longtemps retenu ses questions, et qu'elle n'en pouvait plus désormais de se taire. Il lui fallait savoir beaucoup de choses, pour comprendre l'univers dans lequel elle évoluait, ce monde qui de toute évidence lui paraissait étrange et hostile. Des gens qu'elle ne connaissait pas qui l'enlevaient, une inconnue qui la libérait et la conduisait dans une ville où elle rencontrait encore d'autres personnes suspectes. Il y avait de quoi être perdu, et elle s'en sortait remarquablement bien au regard de son jeune âge. Elle faisait preuve d'une grande maîtrise, qui laissait à penser à Validna que la vie lui avait imposé de grandir plus vite que les enfants Elfes qui avaient le privilège de grandir dans la quiétude et la paix. Elle avait dû affronter des épreuves difficiles, et pourtant elle demeurait toujours horrifiée lorsqu'elle voyait la mort frapper. Paradoxalement. La simple vue d'une arme la mettait mal à l'aise, et la guerrière devait incarner pour elle une sorte de repoussoir, un anti-modèle auquel elle ne devait pas vouloir ressembler. Tant pis, songea cette dernière, car il faudrait bien qu'elle accepte que c'était la seule façon de se sortir de cette situation désastreuse. Frapper ou être frappé, tuer ou être tué. Il n'était pas de choix plus fondamental.

Validna leva la main pour interrompre le flot de questions que se posait Qewiel, et s'assit sur le lit. De sa main valide, elle caressa son épaule, comme pour estimer à partir de quand elle pourrait retrouver le plein usage de son bras. La grimace qui lui échappa, et qui tordit un bref instant son beau visage, n'était pas bon signe. Elle soupira légèrement, comme si la perspective de partir sur un long exposé l'ennuyait, mais elle se résolut à répondre aux questions de sa protégée du moment, au moins pour l'apaiser quelque peu, et lui permettre de se concentrer pleinement sur la suite des événements. Elle risquait d'être inefficace si ses pensées étaient parasitées par des questions de moindre importance, et l'inefficacité, dans leur situation, signifiait la mort. Posément, elle répondit donc :

~ ~ J'ignore pour quelle raison ces cavaliers sont après toi. J'ignore également leur identité, mais je sais que ce sont des gens dangereux. J'ignore ce qu'ils feront de toi s'ils nous capturent, mais je sais qu'ils se débarrasseront de moi. Ils n'auront aucune pitié. Aucune. ~ ~

Son ton grave était inquiétant, mais il correspondait bien à leur situation, laquelle était fort délicate. Qewiel devait bien comprendre les enjeux de tout ceci, et les risques qu'elles encouraient. La guerrière reprit :

~ ~ Ce sont eux qui détiennent nos affaires. C'est un piège dans lequel ils espèrent nous voir tomber. Ils les gardent auprès d'eux, et attendent que nous tentions de les récupérer. Nous n'avons pas le choix, cependant, et je suis convaincue que leur surveillance n'est pas infaillible… Quant à l'épée… ~ ~

Elle leva les yeux, et dévisagea intensément la jeune fille, essayant de lire en elle ce qu'elle se refusait à lui dire :

~ ~ Elle n'est pas tombée entre leurs mains. Mais j'aimerais savoir : que représente-t-elle pour toi ? ~ ~

Cette question détournait habilement la conversation, et permettait à Validna de ne pas répondre à l'interrogation de la jeune fille. Elles avaient toutes deux leurs secrets, et il n'était pas encore venu le moment de les partager. Elles étaient liées d'une manière bien étrange, et le destin les forçait à coopérer, mais l'absence de confiance était réciproque, et la guerrière n'était pas femme à se confier facilement, encore moins à une personne aussi pleine de mystères. Il n'y avait qu'une personne à qui elle pouvait encore parler sans réserve…


~ ~ ~ ~


Eolf entra dans la pièce au rez-de-chaussée, et referma soigneusement la porte derrière lui, comme s'il craignait d'avoir été suivi. Pendant un instant, il regarda à l'extérieur par une petite fenêtre, comme un fugitif en fuite. Son attitude plus que perturbante poussa son épouse à abandonner ce qu'elle était en train de faire pour s'approcher de lui. Elle était effrayée, et lui prit le bras doucement pour attirer son attention :

- Que s'est-il passé ?

- Rien… Je suis allé chercher de l'eau au puits, et j'ai eu l'impression qu'on m'épiait. Je crois que tout le monde est à cran.

Harlinde caressa l'épaule de son mari, en espérant que ce simple geste suffirait à l'apaiser quelque peu. Il paraissait sincèrement troublé, et il reprit un ton plus bas, en regardant l'escalier qui menait au premier étage avec inquiétude :

- Ecoute, si quelqu'un découvrait la vérité, tu sais ce que ces soldats nous feraient ? Nous serions complices à leurs yeux, et…

- Ce ne sont pas des soldats, Eolf, elle nous l'a dit…

Il attrapa la main de sa femme, et la serra fort. Il n'avait pas envie de la perdre. Ils se connaissaient depuis l'enfance, et elle représentait tout pour lui. Ils s'étaient mariés très récemment, et n'avaient pas encore eu leur premier enfant, si bien qu'il leur restait toute encore à construire. Une famille, un avenir pour leur descendance. Ils avaient encore des rêves et des espoirs, et la perspective de les voir anéantis du jour au lendemain effrayait l'époux considérablement. Il répondit, sur un ton un peu cassant :

- C'est sa version. Au dehors, il y a une quinzaine d'hommes qui prétendent le contraire. Et s'ils avaient raison ? Si elle était une prisonnière en fuite, ou une traîtresse… Si elle appartenait à l'Ordre de la Couronne de Fer…

- Ne sois pas ridicule, tu as vu cette petite fille ? Tu crois vraiment qu'elle pourrait faire partie de ces monstres ? Tu crois vraiment que cette femme est une traîtresse et une ennemie du royaume ? C'est une Elfe, Eolf…

Elle avait dit ça comme si c'était un argument irréfutable, et son époux serra les poings pour ne pas se laisser emporter. Ils n'avaient pas la même vision des choses à ce sujet, et elle était beaucoup plus idéaliste que lui. Pour elle, les Elfes étaient des créatures sages et bonnes, qui faisaient toujours le bien. Lui avait une opinion différente à leur sujet, et il se méfiait d'eux. Il avait entendu des histoires les concernant, et même s'il n'y croyait qu'à moitié, c'était amplement suffisant pour qu'il ne fit pas spontanément confiance à ces créatures bien étranges. Magiciens, embrouilleurs d'esprits, voilà comment on les qualifiait. Grâce à leurs pouvoirs, ils pouvaient tuer qui bon leur semblait, et certains murmuraient que les monarques humains leur étaient soumis car ils craignaient pour leur vie. Des racontars destinés à effrayer le petit peuple, sans doute, mais comment ne pas se montrer vigilant alors, surtout dans leur situation ? Il grinça :

- Une Elfe, une Elfe… Qu'est-ce que ça prouve ? Rien du tout ! J'ai peur qu'ils ne nous attirent de gros ennuis…

La jeune femme allait répondre quand l'escalier craqua derrière eux. Un vieil escalier de bois qui leur annonçait que quelqu'un venait à leur rencontre. Validna. Cette dernière, le bras toujours en écharpe, descendit souplement en affichant une expression neutre qui ne la quittait pas. Elle ne paraissait pas avoir entendu leur conversation, et elle les interrogea du regard sur la raison de leur mine inquiète et de leur silence pesant. Harlinde répondit :

- Eolf est inquiet, il craint qu'on ne vous retrouve bientôt… Comment va la petite ?

La guerrière se laissa détourner de la conversation que le couple entretenait sans résister, et réagit à la question avec un naturel désarmant, qui rasséréna ses interlocuteurs :

- Elle se repose. Elle a encore besoin de récupérer, et surtout de calme.

C'était vrai. Qewiel avait beau être forte, elle devait encore prendre soin d'elle. Fort heureusement, les Elfes étaient plus solides que les humains, et mettaient moins de temps à se remettre de leurs blessures et de leurs faiblesses passagères. Elle serait bientôt sur pied, normalement. Elle avait abandonné la jeune fille à ses réflexions et débats intérieurs, qu'elle pourrait mener plus confortablement dans le confort d'une chambre silencieuse où on respecterait son intimité. Elle devait avoir bien des choses à penser. Alors que tout le monde s'apprêtait à partir vaquer à ses occupations, une forme sombre passa devant une des fenêtres du rez-de-chaussée, faisant sursauter Harlinde et Eolf, tandis que Validna se contentait de chercher spontanément la garde de son épée, qu'elle ne trouva pas. La silhouette s'immobilisa devant la fenêtre, et ils purent alors voir de quoi il s'agissait. Un corbeau se tenait là, le plumage aussi noir que la nuit. Il croassa de manière lugubre, avant de prendre son envol puissamment, disparaissant à la vue des trois êtres qui se trouvaient dans la pièce. Eolf pesta :

- C'est un très mauvais présage…

- Au contraire, rétorqua Validna. Au contraire…


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyDim 23 Aoû 2015 - 17:43
Tout en buvant ma soupe, appréciant pleinement ce repas qui réveilla complètement mes sens, j'écoutais Validna. Je fus surprise qu'elle ne sache pas ce qu'était un gardien de la sagesse - ou Aghnë au sein de mon clan - et je me demandais donc comment ils appelaient leurs sages... parce qu'ils en avaient, c'était sûr, mon père me l'avait appris. Sans rien dire, je regrettais intérieurement de n'avoir jamais posé de questions très précises sur la terre natale de mon père et sur son peuple d'origine. J'étais loin de me douter, à l'époque, que cela me servirait à ce point ! En attendant je conclus par les mots catégoriques de l'elfe que la dénommée Harlinde ne devait pas avoir de fonction particulière au sein de son village, donc qu'elle avait dû s'occuper de moi par simple bonne volonté. Ou par obligation. Quoi qu'il en soit, il était à la fois naturel et un devoir de la remercier pour ses soins. Trois jours...

"En Commun, ça se dit « merci ». Mais tu n'en auras sans doute pas l'utilité. Les gens à remercier sont rares.

Merci... Mes lèvres se formèrent afin de prononcer silencieusement ce mot, le retenir pour quand j'aurai l'occasion de revoir l'humaine. Mon esprit s'attarda un moment sur le fait que je n'aurais certainement pas à prononcer ce mots. Je ne posais aucune question là-dessus, mais je voyais déjà une objection à ses dires : j'avais à remercier pour une aide. Aurais-je un jour à remercier Validna ? Je n'en savais rien. Je n'étais pas sûre qu'elle puisse faire partie de ces "rares personnes à remercier". Alors je me replongeais dans mon bol.

- Seulement le bâton… C'est à peine s'ils seront assommés par un coup. Il nous faudra beaucoup de chance pour nous en tirer…

Je m'arrêtais un moment, la fixant dans les yeux. Je savais que j'étais petite, trop pour mon âge même, mais je savais manier un bâton autrement que pour vérifier que le chemin était bien stable. Alors quoi, assommer seulement ? C'était à cela qu'elle pensait ? Pas moi... quoique. De toute façon la question était vite réglée puisque jusqu'aux dernières nouvelles je n'avais plus rien. Je posais alors mes questions, plutôt nombreuses, m'arrêtant lorsque Validna leva la main. Voulait-elle juste m'interrompre ou souhaitait-elle me signifier que quelqu'un nous écoutait ? Je n'étais pas sûre de la signification de son geste. De toute façon j'avais posé les questions les plus importantes à mes yeux, aussi j'attendis sagement qu'elle se soit rapprochée du lit, s'y soit assise et ait repris la parole. Tout en terminant la soupe j'écoutais attentivement, percevant une pointe de stress monter en moi lorsqu'elle m'expliqua que nos affaires étaient aux mains de l'ennemi. Quant à l'épée...

- Elle n'est pas tombée entre leurs mains. Mais j'aimerais savoir : que représente-t-elle pour toi ?

J'eus un soupir de soulagement, que je ne cherchais même pas à cacher. Je tenais à l'épée de mon père, ma fièvre était liée à elle, à mon père... je ne pouvais me permettre qu'elle tombe entre des mains qui s'en serviraient pour faire ce que certains appelaient "le mal". Pour moi, cela revenait à servir les Valar, mais de ce que mon père me disait c'était plus compliqué et subtil que cela. Personnellement lorsque les orques sont arrivés dans les marais, je ne me suis pas posé la question. Enfin... Je restais silencieuse un bon moment, à la fois rassurée de savoir que l'arme était à portée de main, à la fois consciente qu'il ne fallait pas que j'en dise trop sur son ancien porteur... ce que de toute façon je n'avais pas envie de faire.

- Une promesse.

Et je tenais toujours mes promesses... même lorsqu'elles étaient compliquées. Ne pas tenir ses promesses était montrer que le clan ne pouvait pas avoir confiance en soi et donc qu'on n'était pas adulte. Or j'étais adulte et même si le clan n'existait plus... je devais continuer comme si je vivais toujours parmi eux. Je sentis la tristesse envahir mon cœur et se peindre un court instant sur mon visage, chose que Validna remarqua certainement. J'aimerais lui dire à quel point cette épée est importante pour moi. Mais je me doutais que je ne pouvais pas le faire... elle ne comprendrait pas ou l'utiliserait contre moi.

- Maintenant que tu sais que je ne suis pas un danger pour toi avec, pourrais-tu me la rendre ?

Il n'y eut pas de réponse. Au lieu de cela, la guerrière se leva et se dirigea vers la porte. Je sus que la réponse était non. Pas besoin d'avoir plusieurs siècles pour le comprendre. Alors qu'elle franchissait la porte je l'appelais, la regardant avec attention et sérieux.

- Validna !

Elle ne m'avait pas répondu sur une question : qui elle était. A savoir pourquoi je me retins au dernier moment de le lui faire remarquer, lançant juste

- Les bâtons... ils ne servent pas qu'à assommer."

Puis elle partit. Je laissais mes yeux se poser dans le vide, réfléchissant à la première discussion que je venais d'avoir avec l'elfe. Si seulement les différents choix qui s'offraient à moi n'étaient pas aussi dangereux...


~~~~~~

Je m'étais allongée mais n'avais pas trouvé le sommeil. Mon esprit réfléchissait trop, me faisant presque oublier ma fatigue, et ce fut prise par mes réflexions que je finis par me lever et me servir de l'eau se trouvant dans la chambre pour me laver sommairement. Ce fut rapide, sans bruits, et je revêtis enfin mes propres vêtements, bien mieux que la sorte de robe que l'on m'avait passée. Lorsque je passais la tête dans le couloir j'aperçus au bout la tête brune de Validna descendre, l'elfe descendant visiblement les escaliers. Je ne pris pas le temps de réfléchir, n'ayant qu'une idée en tête je me mis en quête de trouver un certain objet. Habituée à marcher rapidement et sans prodiguer le moindre son je ne fis aucun bruit, passant rapidement de pièce en pièce jusqu'à ce que j'aperçoive les affaires de Validna. Ce ne fut pas très compliqué, elle avait laissé ses armes dans la chambre. Dès que je vis celle Laurelien je la pris, vérifia rapidement que c'était bien la bonne lame et commença à sortir. C'est alors que j'entendis du bruit du côté des escaliers, me faisant m'arrêter immédiatement. Ce n'étaient pas des pas lourds... alors ce pouvait être l'elfe qui remontait... mince. Me doutant qu'il y allait avoir querelle entre nous deux à un moment ou à un autre à cause de cette arme que je devais garder - et pas elle -, je pris alors les lanières de cuir me permettant de lier le fourreau à mon corps et entrepris rapidement d'attacher l'épée à mon dos. J'eus à peine le temps de vérifier qu'elle tenait bien en place que la porte s'ouvrit sur une elfe qui ne fut pas très heureuse de mon coup de tête d'orque*.

Mes yeux se levèrent en direction de ceux de Validna et, pour bien marquer le fait que j'avais pris ma décision et que je ne reviendrais pas dessus, je tins son regard. Qu'elle pense ce qu'elle veut. Qu'elle dise ce qu'elle veut. Afin de mettre les choses au clair je pris la parole, d'un ton et d'un air qui faisaient largement comprendre que ce n'était pas une enfant capricieuse qui parlait, mais bien une adulte.

"Je ne suis pas une enfant, Validna. J'ai fait une promesse et je la tiendrai, quoi qu'il arrive. Je t'ai dit que je n'étais pas un danger pour toi avec... et pour l'instant je n'ai pas à en être un. Par contre, si tu souhaite faire en sorte que je ne puisse pas la tenir... alors je suppose que l'une de nous deux mourra.

Je me doutais de la quelle ce serait... et je n'avais pas peur plus que de raison. J'eus envie de baisser les yeux à cause des mots que je venais de prononcer, mais je me devais de la regarder droit dans les yeux afin de montrer toute ma sincérité et tout le sérieux de cette conversation.

- Je n'aime pas dire ces mots... mais je me devais d'être claire, maintenant que nous pouvons parler une langue commune. J'espère que tu comprendras."


*Vous pouvez remplacer, en l'occurrence, la tête d'orque par la tête de mule (si ça peut vous aider^^).
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyMar 1 Sep 2015 - 17:36
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Qewiel était bien étrange, décidément. Validna avait cru qu'en établissant une communication directe avec elle, les choses s'éclairciraient progressivement, mais elle se rendait désormais compte qu'il serait un peu plus compliqué que prévu d'obtenir les renseignements voulus. Premièrement, parce que la jeune fille semblait fermée. Elle communiquait, mais elle était en permanence sur la défensive, se méfiant de tout et de tout le monde. La guerrière ne pouvait pas lui en vouloir, étant donné qu'elle aurait probablement agi de la même manière si leurs rôles avaient été inversés. Toutefois, cela n'en rendait pas les choses plus faciles pour autant, et la petite Elfe paraissait ne pas comprendre que le danger était bien réel. Ou plutôt, elle se méprenait sur ce qui les pourchassait. Pensait-elle qu'il s'agissait seulement de brigands venus pour l'enlever ? Elle n'avait aucune idée de ce que ces monstres étaient capables de faire, et il n'était pas souhaitable de tomber entre leurs mains. Il valait mieux une mort rapide à une existence captive entre leurs griffes.

Autour de la chape de mystère qui entourait la fille aux cheveux roux, il y avait cette épée bien étrange, qui semblait être d'une importance vitale pour elle. Elle s'était renseignée à son sujet presque immédiatement après être sorti d'un coma de plusieurs jours, et il était évident que l'attachement à cette arme était davantage qu'utilitaire. Elle représentait quelque chose dans sa vie. Quelque chose qu'elle s'évertuait à cacher. « Une promesse », lâcha-t-elle presque à contrecœur en découvrant un peu du voile qu'elle tendait autour de ses secrets. Elle tenait à rester énigmatique, et la guerrière expérimentée savait qu'il n'était pas la peine d'essayer de la faire parler. Dans ce genre de situations, la force brute n'amenait rien de bon. Elle aurait pu la torturer ou la menacer pour la contraindre à révéler ce qu'elle savait, mais elle n'aurait dès lors plus aucune chance de gagner sa confiance. Non, elle devait faire preuve de patience, et continuer à tolérer son passé nébuleux qu'elle ne dévoilait que par bribes.

Validna nota toutefois que la jeune fille irradiait une grande tristesse. Elle avait de toute évidence perdu quelque chose… ou quelqu'un. Elle s'attachait à cette épée comme au dernier souvenir de temps révolus, ce qui était parfaitement compréhensible. Par contre, il était beaucoup moins évident de comprendre comment une telle lame avait pu se retrouver dans les mains de cette jeune fille. Elle avait l'air d'une sauvageonne, et elle paraissait découvrir entièrement le monde qui s'ouvrait devant elle. Elle ressemblait… elle ressemblait à ces Elfes qui n'avaient jamais vu Valinor, et qui n'avaient ni la grâce ni la beauté de leurs pairs. Oui. Elle était vraisemblablement de ceux-là, héritière de ceux qui n'avaient pas eu le courage ou l'envie de poser le pied sur la terre des Valar, et qui demeureraient toujours seconds. Mais cela n'expliquait en rien pourquoi elle était si perdue et si désorientée dans un environnement qui n'avait rien d'exotique. Un village, une chambre, des paysans… elle avait l'air de poser les yeux sur tout cela pour la première fois, même si elle s'efforçait de ne pas trop le laisser paraître.

Consciente qu'il y avait beaucoup à apprendre de la jeune fille, Validna se résolut à conserver sur elle un moyen de pression. Il fallait absolument qu'elle conservât l'épée loin de Qewiel, qu'elle l'empêchât de mettre la main dessus, sans quoi celle-ci prendrait probablement la fuite à la première occasion. Cela aurait des conséquences désastreuses. Elle avait de bonnes chances d'être attrapée par les hommes qui les traquaient dans ce village, en premier lieu, et même si par miracle elle parvenait à leur échapper, où irait-elle ? Elle semblait connaître grossièrement la géographie de la Terre du Milieu, mais cela ne lui donnait pas davantage d'indications. Si elle allait vers le Gondor, elle se retrouverait immanquablement sur la route d'autres Hommes dont les intentions ne seraient pas nécessairement plus pures. Il était loin le temps où les Edain étaient honorables et fiers. Les derniers représentants de ce noble peuple qui s'était opposé à Sauron avaient disparu, laissant place à des couards et des lâches. Les Nains n'étaient pas en reste, retranchés dans leurs montagnes comme des dragons s'enfermant dans leur caverne pour protéger leur or. Ils ne toléraient qu'à peine les étrangers, et ils se montreraient impitoyables avec une Elfe aussi étrange, qui ne parlait même pas le Commun.

Alors, quand Qewiel lui demanda pleine d'espoir si elle pouvait récupérer son arme, la guerrière sut que la conversation était terminée. Elle aurait pu lui répondre un « non » franc et honnête, mais elle n'en avait pas envie. A quoi bon les mots, quand les attitudes et les postures étaient tout aussi éloquentes ? Elle n'avait pas envie de débattre sur la question, pas envie d'entendre des arguments et des suppliques. C'était un non ferme et définitif. Elle se leva donc, calmement, et quitta la pièce sans un bruit. Elle s'immobilisa sur le seuil, au moment où la jeune fille l'appelait. Elle crut un instant que celle-ci allait essayer de négocier, ou bien lui révéler un élément de son passé pour montrer sa bonne foi, mais il n'en fut rien. Elle se contenta de la provoquer une nouvelle fois, essayant de lui prouver qu'elle était capable de se défendre toute seule. La guerrière, inexpressive au possible, songea à lui répondre. Et puis elle se dit que ce n'était pas nécessaire. Elle apprendrait assez vite que dans ce monde, on ne pouvait pas se permettre le luxe de se battre avec un simple bâton. C'était tuer ou être tué. S'il était possible de mettre à mort quelqu'un avec une arme contondante, il fallait bien plus de muscle que ce que Qewiel avait. Même Validna, et ses années d'expérience, savait qu'elle aurait toutes les peines du monde à y parvenir. Quand la mort se pencherait sur elle, et qu'elle se retrouverait face à ses derniers instants, elle trouverait la réponse par elle-même. Le bâton ou le poignard… son choix serait rapide.


~ ~ ~ ~


Au moment où Validna retourna dans la chambre, elle comprit que le choix en question avait été un peu plus rapide que prévu. Qewiel se tenait là, avec l'arme attachée dans le dos. L'épée était trop grande pour elle, et elle aurait bien du mal à la dégainer confortablement, mais de toute évidence elle ne paraissait pas prête à s'en servir. Du moins, c'était ce que son attitude laissait entendre. En effet, on ne faisait pas ce genre de menaces sans prendre la précaution d'avoir au minimum un avantage de son côté. Or, de quoi disposait la jeune Elfe qui pouvait la sauver, en cet instant ? Elle n'avait pas d'armes en main, ce qui signifiait qu'elle était au même niveau que son interlocutrice. Validna était de toute évidence terriblement dangereuse, et au moindre geste elle bondirait comme un fauve, et s'occuperait de régler son compte à Qewiel. La jeune fille comptait-elle sur la clémence et la bonté d'âme de la guerrière millénaire ? Elle se trompait lourdement si elle croyait que cette dernière ferait preuve de miséricorde à son égard. Elle n'avait jamais eu de pitié pour ceux qui s'opposaient à elle, et elle n'allait pas se laisser attendrir par le jeune âge de son adversaire. Elle s'était déjà débarrassée de personnes bien plus jeunes…

Elle laissa donc finir la fille aux cheveux roux, la laissant essayer d'expliquer vainement les raisons de son geste. Elle n'avait pas particulièrement peur, mais elle était tout de même consciente du désavantage terrible qu'elle subissait, et elle faisait preuve de beaucoup de maîtrise pour oser la défier du regard ainsi. Validna répondit finalement, d'une voix calme mais paradoxalement incroyablement hargneuse. On sentait de la colère dans son ton… une colère d'Elfe, froide mais ô combien menaçante :

~ ~ Tu n'es plus une enfant ? Qu'est-ce qui te permet de l'affirmer ? Quand je t'ai trouvée, tu avais été ligotée et bâillonnée par trois idiots, qui ont réussi à te prendre au piège. Si tu crois que c'étaient des adversaires dignes d'être mentionnés, tu te trompes. Des bandits maladroits et gauches, rien de plus. Ceux qui sont là, dehors, sont infiniment plus dangereux…

Alors tu n'es plus une enfant ? Quel âge as-tu ? Un siècle, à peine ? Tu penses que ton âge arrêtera les flèches, stoppera les lames ? La vérité, Qewiel, c'est que pour moi tu es une enfant. J'ai vu et fait des choses que tu ne peux même pas imaginer, mille ans avant ta naissance. Tu as encore tout à apprendre, si tu veux survivre ici. Mais je vais t'enseigner une leçon : ne jamais menacer quelqu'un qu'on n'a pas déjà vaincu… ~ ~


Sur ces mots, elle bougea à une vitesse prodigieuse. Durant toute sa tirade, elle s'était avancée vers Qewiel, qui ignorait que la femme Elfe avait posé sa dague non loin, dans un tiroir d'une table de chevet. Elle ouvrit le meuble avant que la jeune fille comprît de quoi il retournait, et glissa son arme sous la gorge de celle-ci. Le tout n'avait pas duré plus de deux secondes, un délai bien trop court pour permettre à la petite Elfe de dégainer son arme. Comprenait-elle enfin que l'acier l'emporterait toujours ? Les lames gagnaient contre les bâtons, contre les mots, contre les idées et contre les sentiments. Ainsi allait la vie. Elle conserva sa lame sous la gorge de la jeune fille un instant, avant d'abaisser son bras, très lentement, pour mieux compléter :

~ ~ Surtout pas quelqu'un qui essaie de te sauver la vie. ~ ~

Elle fit tourner l'arme dans sa main, et la fit glisser souplement dans le fourreau où elle avait sa place. La tension était montée et retombée si rapidement qu'il restait dans l'air un goût désagréable et indescriptible. Validna, qui avait l'habitude de ce genre de situations, savait relativiser et retrouver une attitude normale. Elle s'approcha de la fenêtre de la chambre, tournant légèrement le dos à Qewiel, avant de lui souffler :

~ ~ Tu peux garder l'épée, maintenant que tu as mis la main dessus. Mais prépare-toi à t'en servir… ~ ~

La guerrière traversa la pièce, laissant la jeune Elfe venir observer au dehors à son tour. Effectivement, les ennuis venaient à eux bien plus tôt que prévu. De là où elles se trouvaient, elles pouvaient voir les villageois rentrer chez eux précipitamment en se cachant, tandis que les quinze hommes convergeaient comme un seul en direction de la maison d'Eolf. Leurs tenues sombres et inquiétantes ne dissimulaient pas les lames qu'ils portaient au côté, ni le sourire sardonique accroché à leur visage mauvais. Ils se déplaçaient comme des prédateurs en meute, conservant un écart optimal entre eux pour ne pas être isolés, mais pour couvrir un maximum d'espace. Ils attiraient certainement l'attention, mais ils s'en fichaient.

Validna libéra son bras blessé de l'atèle, et fit quelques mouvements pour voir comment se comportait son épaule. Elle avait toujours mal, mais elle n'avait pas vraiment le luxe de s'en préoccuper pour l'instant. Elle avait plus urgent à penser. Avec une souplesse féline, elle glissa hors de la robe gracieusement prêtée par Harlinde, et se retrouva nue, dos à Qewiel. Il n'était pas besoin d'observer attentivement pour remarquer que son corps comportait de petites cicatrices, fines et régulières. Des indices attestant de sa vie mouvementée. Sur son dos, une balafre plus importante que les autres courait entre sa colonne vertébrale et sa hanche droite. Elle n'était pas récente, de toute évidence, mais la guerrière avait dû souffrir le martyr en la recevant, assurément. Les cicatrices disparurent lorsque Validna acheva de s'habiller. D'un mouvement fluide, elle rejeta ses cheveux en arrière, et se saisit de son épée, qu'elle dégaina.

La lame brilla un instant, avant que la guerrière ne fermât la porte. Au même moment, en bas, quelqu'un toqua lourdement sur le battant d'Eolf, qui répondit d'une voix où perçaient des accents inquiets :

- Qui est-ce ?

- Ouvrez la porte, ou nous l'enfonçons !

La guerrière fronça les sourcils, et désigna la fenêtre à Qewiel, en lançant :

~ ~ Soit nous sauvons Harlinde et Eolf, soit nous nous sauvons nous-mêmes. Puisque tu es une adulte, cette décision t'appartient. ~ ~


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyMar 1 Sep 2015 - 22:38
J'avais sincèrement espéré qu'elle comprendrait... qu'elle comprendrait que je n'étais plus une enfant et que ce n'était pas par simple volonté de gamine mais bien parce qu'en tant qu'adulte je me devais de tenir une promesse qui commençait à me dépasser. Mais non. Au lieu de cela, ce fut un ton froid qui me répondit, ton que mon père n'avait utiliser que de rares fois, lorsque quelque chose de contraire aux règles du clan s'était produite. Je faisais donc un acte qui était en contradiction avec les règles posées par Validna, ce à quoi je m'étais doutée en prenant l'arme de mon père. Les paroles de Validna étaient dures, j'avais envie de lui répondre, de lui dire que j'avais passé la cérémonie du Vewm, que j'étais vraiment une adulte malgré ma taille, que je prenais part à la vie du clan, que...

"[...] Alors tu n'es plus une enfant ? Quel âge as-tu ? Un siècle, à peine ? Tu penses que ton âge arrêtera les flèches, stoppera les lames ? La vérité, Qewiel, c'est que pour moi tu es une enfant. [...]

De tout ce que l'elfe prononça, ce furent ces mots qui m'attaquèrent le plus. Elle me renvoyait toutes mes craintes en pleine figure, me brisait en me montrant clairement que j'étais trop petite pour elle. Parce qu'elle me parlait d'âge, mais qu'est-ce que cela pouvait bien avoir à voir avec le fait que je sois adulte ? Non... j'avais encore la taille d'une enfant et donc pour elle j'étais forcément une gamine. Mes lèvres s'entrouvrirent sous le choc et la douleur, mes yeux se surent plus s'ils devaient encore fixer ceux de Validna ou non. J'étais troublée, pas seulement par l'attaque verbale qu'elle venait de faire, mais également par le fait qu'elle ait compris que je venais de la menacer. Ce n'était pas mon intention, j'avais juste désirer être clair avec elle... même si c'était moi qui devait passer dans un autre monde, méconnu des vivants. Aussi lorsqu'elle s'avança, je n’esquissais aucun mouvement. Un court instant mes yeux ne firent qu'apercevoir vaguement ce qu'il se passait, et ce fut au contact froid d'une lame au niveau de mon cou que je repris pleinement mon esprit. Des images passèrent dans ma tête, souvenirs douloureux des rares moments ou des armes tranchantes avaient été utilisées. Cela ne me donna aucunement envie de pleurer. Pourtant, je sentis des larmes chaudes couler sur mes joues, et mon regard revint vers celui de Validna.

- Surtout pas quelqu'un qui essaie de te sauver la vie.

Son bras se baissa et je sentis la lame glisser sur ma peau avant de se détacher, retournant dans le fourreau qui lui était associé. La guerrière s'en alla vers la fenêtre, me tournant légèrement le dos. Sans sécher ces larmes ridicules qui me mouillait le visage, je baissais enfin le regard, ma tête suivant. Mes lèvres voulurent former quelques mots, sans savoir pourquoi, avant qu'il ne se passe quelques secondes et que des mots viennent réellement traverser mes lèvres, sans que mon esprit ne souhaite les prononcer, juste parce que le cœur a besoin de se vider, coupant presque l'elfe dans sa prise de parole. J'avais mal et je n'étais pas habituée à l'exprimer.

- Tu dis que l'âge fait l'être, le rend adulte. Tu crois que l'âge, le corps et l'esprit sont liés alors que ce n'est aucunement le cas... et ce ne seront pas tes armes qui prouveront quoi que ce soit parce que de toute façon la seule chose à quoi elles servent est de répandre la mort de manière barbare. Alors ne pense pas qu'être plus petite que je ne devrais l'être me plait et que cela me donne l'impression de pouvoir passer à travers les flèches et autres armes de ce genre.

Mon ton était sombre mais tout à fait calme, aucunement emprunt de pleurs. Ma protectrice s'écarta de la fenêtre comme pour me laisser voir ce qu'il se tramait à l'extérieur, mais je n'en avais aucunement le coeur. Tout ce que je désirais maintenant était de m'allonger et de trouver le sommeil qui n'avait pas voulu venir à moi quelques minutes plus tôt. Je me dirigeais donc vers la porte, l'ouvris et me retourna pour ajouter quelques mots. Ces derniers ne sortirent aucunement, voyant l'elfe dégainer son épée, prête pour le combat. Je fronçais les sourcils, ne comprenant pas... c'est alors que j'entendis du bruit en bas. En voyant Validna s'approcher vivement de la porte je me reculais, voyant désormais où elle voulait en venir.

- Soit nous sauvons Harlinde et Eolf, soit nous nous sauvons nous-mêmes. Puisque tu es une adulte, cette décision t'appartient.

Mon regard se durcit, mon bras sécha les quelques restes de larmes. Mes yeux se dirigèrent un moment vers l'endroit où se trouvaient les deux pauvres humains, avant de retourner vers une Validna qui avait eu le temps de s'habiller normalement.

- Un jour il faudra que tu m'expliques pourquoi tu tiens à me protéger...


Je m'approchais de la fenêtre et fit en sorte de regarder rapidement sans me faire voir. Des cavaliers... ils avaient finalement fini par apprendre que nous étions là. Ma première pensée alla à celle qui m'avais guérie : je ne pouvais pas la laisser se faire tuer, je lui étais redevable.

- Combien sont-ils environ ? Je suppose que ce sont eux qui ont frappé à la porte... Que feront-ils aux deux humains ? Et que nous feront-ils à nous, s'ils nous trouvaient ?

J'attendis que Validna réponde à mes questions de manière concise, me doutant déjà que que ce soit pour nous ou pour Harlinde ils ne seraient pas bons avec eux. J'avais peur qu'ils ne leur fassent beaucoup de mal, comme les orques étaient capables d'en faire. Quoi qu'il en soit à peine l'elfe eut-elle répondu que je repris la parole, sûre de moi.

- Nous montrer ne ferait qu'aggraver les choses pour eux, si j'ai bien compris la situation, et nous nous mettrions dans une zone de combat par laquelle nous ne pourrions pas vraiment sortir. Le mieux est de passer par en-haut (elle désigna le toit d'un signe de tête) sans se faire voir. Par contre je n'ai pas encore assez grandi pour pouvoir utiliser l'épée... Après le bâton le mieux que je sais manier est le couteau.

Sans plus rien demander je m'approchais du meuble qui servait de rangement pour vêtements et autres et monta agilement dessus - depuis le massacre de mon clan j'avais eu le temps d'apprendre à grimper aux arbres avec une épée dans le dos - pour regarder comment était fait le couvert de ce foyer. J'avais remarquer que ce n'était rien de très dur, donc dé-faisable, mais je ne connaissais pas encore sa structure exacte. Après une très rapide observation je tendis une main vers Validna, lui demandant par ce geste de quoi trancher. Cela pourrait paraître absurde... mais trancher des liens et trancher un être vivant dans le but de le tuer sans auparavant qu'il soit grandement blessé étaient deux choses fort différentes. Et un couteau, ça servait à trancher des liens ou à empêcher à un animal blesser d'avoir une lente agonie. Une fois l'arme en main, je me dépêchais d'enlever des paquets de paille pour pouvoir passer. Puis j'entrepris de monter sur ce qui était en réalité un toit, me mettant au passage plein de paille dans les cheveux. Alors il y eut des éclats de voix à l'intérieur même du foyer, m'effrayant un moment. J'aidais Validna à monter avec ses quelques affaires et, une fois toutes les deux à l'extérieur, je me dépêchais de refermer le trou et de m'aplatir sur la surface dure et irritante pour la peau. Mon cœur battait fort. Je regardais en bas en espérant que personne ne nous ait vues, puis je fis signe à la l'elfe millénaire.

- Je suppose qu'en mille ans, tu as pu monter sur ce genre d'habitat ?"

Ce n'était qu'un murmure... mais, je ne sais pourquoi, il fut accompagné d'un sourire.
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Ryad Assad
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyJeu 3 Sep 2015 - 18:52
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Les larmes se mirent à couler déraisonnablement sur le visage de la petite aux cheveux roux, et bientôt la lame se retira sans lui faire de mal. Il était toujours perturbant de voir un Elfe pleurer… encore davantage quand cela n'était pas accompagné de véritables sanglots ou d'oraisons funèbres. Elle se tenait bien droite, immobile, mais pourtant elle venait de craquer ne fût-ce qu'un peu. Quels douloureux secrets refermait son esprit, pour qu'une simple fissure dans sa cuirasse parvînt à la déstabiliser à ce point ? Elle avait dû vivre des choses terriblement difficiles, qui expliquaient sans doute pourquoi elle se trouvait sur ces terres qui lui paraissaient inconnues, pourquoi elle était si attachée à l'épée et à la promesse qu'elle représentait. Il y avait fort à parier que tout était lié d'une manière ou d'une autre, et il suffisait simplement de trouver quel était le lien évident entre ces différents éléments. Toutefois, ce n'était pas la préoccupation première de la guerrière.

Validna ne comprenait pas le raisonnement de Qewiel. La jeune fille ne pouvait même pas être considérée comme une adulte auprès des Elfes, mais elle prétendait tout de même avoir atteint un stade de maturité suffisant pour se déclarer l'égale d'une femme qui avait eu de nombreux siècles pour se perfectionner, s'aguerrir et s'endurcir. Cette dernière se fendit d'un sourire à mi-chemin entre la pitié et la condescendance, reprochant par l'attitude ce qu'elle percevait comme de la prétention. Elles ne tomberaient jamais d'accord sur ce point. Jeune, Validna aussi avait été mûre très tôt, peut-être plus rapidement que la plupart des individus à son âge, c'était du moins ce qu'elle voulait croire. Elle était alors convaincue d'avoir compris le monde, et d'être en mesure de se défendre toute seule. Elle avait travaillé dur pour être reconnue comme une adulte, mais pendant de longues années, on l'avait appelée « ma petite » affectueusement. Qu'elle haïssait cette façon de la qualifier ! Elle voulait être considérée à la mesure de son intelligence et de ses capacités, qu'elle surestimait encore très largement. Et puis tout avait basculé, le rêve s'était brisé, et ses yeux s'étaient ouverts d'eux-mêmes devant la réalité du monde. Sa violence, surtout. Elle avait appris douloureusement qu'elle n'était qu'une toute petite chose, une bouteille à la mer, ballottée par les flots, qui errait sans but à travers le temps et l'espace. Elle avait regardé son passé avec mépris, pleurant sur sa propre stupidité. Tant qu'elle avait clamé haut et fort être une adulte, elle s'en rendait compte désormais, elle n'était qu'une enfant capricieuse et impétueuse. C'était le jour où elle avait souhaité quitter ce monde le plus vite possible qu'elle était réellement rentrée dans l'âge adulte. Sa nature ne lui permettait pas de succomber de vieillesse, et elle n'avait jamais trouvé le courage de s'ôter elle-même la vie. Il avait fallu qu'elle le rencontrât pour que son avenir s'éclaircît, et qu'elle trouvât enfin un sens à donner à son existence. Qewiel pensait que sa taille était un inconvénient… C'était le cas, mais ce n'était pas le principal problème. Elle était bien davantage handicapée par son esprit qui lui dictait que se servir d'une lame était une chose non souhaitable. Âge, corps, esprit. Ces trois choses étaient indissociables, même si la jeune fille ne pouvait pas encore le comprendre pour l'instant.

Leur conversation s'acheva alors qu'elles se rendaient compte que leurs ennemis venaient de les localiser. Ils arrivaient au plus mauvais moment. Qewiel venait à peine d'émerger d'un long coma, et elle était encore affaiblie, tandis que Validna n'avait toujours pas récupéré complètement de sa blessure. A deux, il leur faudrait beaucoup de chance ou d'ingéniosité pour s'en tirer, d'autant plus qu'elles n'avaient pas beaucoup de temps pour concocter un plan digne de ce nom. Aussi surprenant que cela pût paraître, la plus expérimentée des deux décida de laisser malicieusement le choix à la plus jeune. C'était un bon moyen de la tester, et surtout de voir ce qu'elle ferait dans la situation. Le choix était difficile, mais la jeune fille aux cheveux roux sécha courageusement ses larmes, et s'approcha de la fenêtre pour observer la situation, et essayer de trouver une solution qui pourrait les sauver.

Eludant facilement les doutes de Qewiel quant aux raisons qui poussaient la guerrière à protéger de toutes ses forces cette jeune inconnue, Validna lui transmit toutes les informations dont elle disposait sur leurs ennemis. Elle avait eu le temps de se renseigner, et son travail précieux leur permettrait peut-être de survivre quelques heures de plus à cette traque interminable. Il fallait dire que ceux qui les pourchassaient étaient particulièrement déterminés à leur mettre la main dessus… presque aussi zélés que Validna pouvait l'être à sauver la vie de la jeune fille qui l'accompagnait. Curieusement.

~ ~ Apparemment, ils sont une quinzaine au total, et j'ai l'impression qu'ils sont nombreux à venir ici. Au moins une douzaine. Ils savent que nous sommes ici... ~ ~

C'était d'ailleurs très surprenant. Comment avaient-ils pu soudainement obtenir leur localisation, alors que jusqu'à présent l'endroit où elles se cachaient était demeuré secret ? Les deux principales explications qui venaient à l'esprit de la combattante n'étaient guère rassurantes. Soit quelqu'un avait réussi à les voir depuis l'extérieur, et les avait dénoncées auprès de ceux qui les recherchaient, soit elles avaient purement et simplement été trahies par un des membres du couple. Il n'était pour l'heure pas temps de chercher à savoir laquelle des deux alternatives était vraie, et elle choisit de ne pas formuler ses pensées à haute voix, préférant répondre aux autres questions de la petite adulte.

~ ~ S'ils nous découvrent, je pense qu'ils me tueront. Et s'ils ne nous trouvent pas, c'est Harlinde et Eolf qui en subiront les conséquences. Ils vont probablement les torturer en essayant de les faire parler, puis ils les élimineront. C'est comme ça qu'ils fonctionnent. ~ ~

Elle n'avait pas répondu concernant ce qu'ils pourraient faire à Qewiel s'ils lui mettaient la main dessus. Peut-être parce qu'elle ignorait exactement quel était le sort qui lui était promis… ou bien parce qu'au contraire elle savait très bien ce qui allait advenir d'elle si elle était capturée. Dans un cas comme dans l'autre, elle avait de très bonnes raisons de ne pas s'être étendue sur le sujet, mais cela n'avait rien de rassurant. La petite parut ne pas s'en émouvoir, et elle para au plus urgent en essayant de trouver une solution. C'était tout à son honneur que de savoir rester focalisée sur le moment présent, et de ne pas se laisser distraire par des questions annexes qui pouvaient lui faire perdre de vue l'essentiel. Et pour l'heure, l'essentiel était de survivre.

Validna dégaina son poignard affûté, et le tendit en le tenant par la lame à celle qui en faisait la demande, observant ses gestes en levant le nez. En effet, Qewiel avait grimpé sur une commode avec la souplesse d'une Elfe sylvaine, et elle entreprenait désormais de découper un passage dans le toit de chaume, assez grand pour qu'elles fussent toutes deux en mesure de se hisser par là. La guerrière rassembla ses maigres possessions, grimpa sur la commode, et attrapa la main qui lui était tendue pour se retrouver bientôt sur le toit, à l'extérieur. Son épaule tirait un peu, mais elle serra les dents et endigua la douleur, la faisant refluer derrière une muraille de volonté inébranlable. Pendant qu'elle dominait sa souffrance, la petite s'était attelée à refermer le passage par lequel elles s'étaient échappée de leur chambre, et elle s'allongea à plat ventre pour ne pas être vue depuis en bas. Déjà, des bruits de pas montaient l'escalier en trombe. De lourdes bottes en cuir qui n'annonçaient rien de bon. Des voix fortes prirent la parole non loin :

- Où sont-elles ? Parlez !

- Nulle part ! Répondit une voix suraiguë , terrifiée.

Harlinde était de toute évidence en larmes, et s'il était impossible de savoir si un quelconque mal lui avait été fait, il était certain qu'elle était très choquée. L'homme qui venait de s'adresser à elle gronda quelque chose d'incompréhensible, et il y eut soudainement un bruit sourd, suivi du bruit caractéristique d'une personne chutant sur le plancher. La voix reprit :

- Tu vas parler ! Dépêche-toi !

Nouveau coup sourd, suivi de halètements. Puis Harlinde finit par lâcher :

- Dans la chambre, là-bas… Elles ne sont que deux, blessées… Je vous en prie, ne leur faites pas de mal…

Il n'y eut pas de réponse. Validna tourna la tête vers sa petite protégée, qui écoutait tout cela sans vraiment comprendre. Si elle avait eu une maîtrise suffisante du Commun, elle aurait pu comprendre pourquoi la guerrière lui avait dit que les gens à remercier étaient rares. Bien peu étaient capables de se battre jusqu'au bout pour leurs idées, pour ce en quoi ils croyaient. La plupart du temps, ils prenaient une décision, et ils tenaient de beaux discours, mais lorsqu'on les menaçait un peu, ils changeaient rapidement d'avis, et se soumettaient à la force brute. Il y avait beaucoup moins de héros qu'on pouvait le penser… surtout parmi les Hommes, race faible qui craignait particulièrement la mort, et qui était prête à tout pour grappiller quelques secondes d'existence. La porte s'ouvrit à la volée, et de nombreux individus pénétrèrent dans la chambre, renversant les meubles, soulevant le lit à la recherche des fugitives, qu'ils ne trouvèrent pas.

Validna rendit un bref sourire complice à Qewiel, avant de l'inciter à bouger. Si la plus jeune ignorait pourquoi, la plus âgée, elle, savait ce qui allait suivre. Ils venaient de vérifier la chambre de la guerrière, et ils allaient maintenant examiner l'autre qui se trouvait en face, avant de jeter un œil au dehors. Elles n'avaient que quelques secondes pour fuir, profitant de ce que leurs ennemis avaient leur attention détournée. Elles se levèrent donc, mal assurées sur le sol pentu, fragile et qui menaçait de céder à tout moment sous leurs pas. La petite adulte devant, elles se déplacèrent latéralement jusqu'à approcher du toit de la maison adjacente. Elles devaient sauter pour passer de l'une à l'autre, et franchir un espace qui faisait un bon mètre de large. Cela pouvait sembler assez peu, mais puisque leurs appuis n'étaient pas très fermes, elles craignaient de trébucher au moment de l'impulsion, et de s'écrouler misérablement entre les deux maisons. Validna prit la main de sa protégée, et elles bondirent ensemble, réussissant à atteindre l'autre toit de chaume.

Le fragile entrelacs de tiges ne résista pas au poids combiné des deux femmes, et il s'écroula lourdement sous elle. Elles atterrirent par chance sur un lit qui absorba leur chute, mais se brisa néanmoins en libérant un immense nuage de poussière. Le chaos qu'elles avaient laissé dans la chambre avait forcément attiré l'attention, et très rapidement la combattante se redressa, aidant Qewiel à faire de même, avant de la pousser en avant. Elles devaient sortir d'ici au plus vite. Traquées et repérées, elles n'avaient pas d'autre choix que de courir pour leur vie, et d'essayer d'atteindre le cheval de Validna, pour s'enfuir. Au fond d'elle-même, la guerrière savait que cela ne les sauverait pas, mais elle devait tenter quelque chose, et ne pouvait pas simplement rester à rien faire. Elles descendirent en toute hâte un escalier grinçant, dévalant les marches en manquant plusieurs fois de trébucher, et empruntèrent la porte principale pour se retrouver dans la rue. Plusieurs villageois s'étaient rassemblés pour assister à l'interpellation, mais ils s'enfuirent rapidement en voyant débouler les deux Elfes échevelées, dont une brandissait tout de même une épée étincelante. Craignant pour leur vie, la plupart ne leur opposèrent aucune résistance, et se contentèrent de piailler de peur comme des poules terrorisées.

D'autres, plus hardis, tentèrent bien de les stopper. Un se présenta avec une fourche, et tenta de charger Validna pour l'empaler. Cette dernière esquiva son assaut maladroit et par trop prévisible, avant de lui trancher la main gauche. Le malheureux tomba à genoux en hurlant de douleur, regardant son moignon qui vomissait du sang plus que de raison. Elle ne lui laissa pas le temps de s'apitoyer sur son sort, et lui ouvrit la gorge impitoyablement d'un revers de son arme. Il n'aurait jamais dû se dresser face à elle. Ceux qui avaient des velléités similaires s'arrêtèrent net dans leur course, et partirent en sens inverse, rejoignant le gros du troupeau qui s'égayait dans toutes les directions. La seule menace, désormais, se situait derrière elles. Une douzaine de combattants acharnés qui couraient sur leurs talons, arme au poing, prêts à en découdre. Validna avait beau courir de toutes ses forces, elle savait qu'elle ne parviendrait jamais à rejoindre les écuries et à libérer son cheval avant d'être reprise par ses poursuivants. Il lui fallait faire un choix. Un choix terrible et douloureux.

A mi-chemin des écuries, elle s'immobilisa net, et se retourna, faisant face au danger. Blessée, isolée face à tant d'ennemis, elle n'en demeurait pas moins d'une bravoure extraordinaire. A moins que ce ne fût de la folie. Qewiel ralentit légèrement, mais elle lui cria avec autorité :

~ ~ Ne t'arrête pas ! Trouve mon cheval, et enfuis-toi ! Je me charge de ces hommes… ~ ~

Elle avait ajouté cette dernière phrase pour elle-même, alors qu'elle songeait déjà au combat à venir. Elle fit tourner son arme dans sa main, et se campa sur ses positions. Bientôt, ils allaient la rejoindre, l'encercler et essayer de contourner le mince barrage qu'elle érigeait de son corps. Elle lancerait alors son poignard sur le premier qui tenterait de passer, et engagerait les autres à l'épée, dignement. Cependant, lorsque sa main essaya de trouver le manche de son couteau, elle ne trouva que du vide. Un éclair de lucidité passa dans son esprit : c'était Qewiel qui détenait toujours son poignard ! Elle sourit pour elle-même, en espérant que la jeune fille saurait s'en servir au moment dit. Elle n'espérait pas mourir pour quelqu'un qui se laisserait capturer parce qu'elle refusait de tuer. Elle ne le supporterait pas. Alors, privée de son seul moyen de les intimider à distance, elle changea subitement de stratégie, et chargea dans leur direction en poussant un cri de guerre au moins aussi redoutable que celui qu'ils poussèrent tous les douze. Le destin était scellé désormais…


~ ~ ~ ~


Qewiel arriva finalement aux écuries, et franchit une porte dérobée qui menait à l'intérieur. Il y régnait une pénombre guère désagréable, et on sentait l'odeur du foin et des bêtes. Plusieurs chevaux étaient parqués là, dans des boxes individuels. Toutefois, il fut très simple de reconnaître celui de la guerrière Elfe. En effet, les autres équidés n'étaient pas gardés par un homme habillé de sombre, qui observait la porte principale avec sévérité. En entendant la jeune fille aux cheveux roux arriver, il se retourna, et eut un bref instant de surprise. Pour sûr, il ne s'attendait pas à la voir débouler ainsi, surtout pas seule. Il dégaina son épée et s'approcha d'elle à pas feutrés, comme un prédateur :

- Tout doux, pas de bêtises… Pose cette épée, et lève les mains bien haut…

Il n'avait pas conscience de ne pas être compris. Les options de la jeune fille étaient très réduites, plus qu'avant. Elle se trouvait dans un couloir unique, duquel il était impossible de sortir. En droite ligne, il la rattraperait facilement si elle tentait de fuir, et il ne paraissait pas être du genre à se laisser avoir. Validna lui avait parlé de ces mercenaires, de ces hommes bien plus entraînés que les bandits et les voleurs de grand chemin. Il ne se laisserait pas assommer ou maîtriser facilement. Il faudrait frapper pour tuer… et même ainsi, il représenterait un adversaire formidable pour une jeune Elfe bien chétive. Le temps pressait, et le corps-à-corps inévitable ne pouvait pas tourner en la faveur de ce pseudo-soldat. Cela ne devait pas être…

Sinon cela signifiait que Validna sacrifiait sa vie pour rien.


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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyJeu 3 Sep 2015 - 22:51
Les voix résonnèrent à l'intérieur de la maison, emplies de peur et de hargne. Je craignais ; je craignais pour celle qui m'avait soignée, et encore plus d'entendre le bruit singulier d'une arme qui transperce un corps. Des gens arrivèrent dans la pièce où nous étions quelques secondes plus tôt, signifiant que nous avions bien fait de passer par le haut et de reboucher le trou. Le bruit de l'arme en acier que l'on plante dans une personne ne vint pas. Validna me sourit, et moi je soupirais silencieusement. Sans poser de questions je la suivis, cherchant mes repères sur cette surface pleine de paille et pentue, tout en commençant à accuser le coup des dernières journées. J'étais encore faible, ce qui ne nous aiderait pas... même si je me savais capable de repousser les limites de mon corps jusqu'à ce qu'il ne puisse plus tenir et que je perde connaissance. Je l'avais déjà fait... et ce plus fortement encore que depuis que ma route avait croisé celle de la guerrière qui me tenait la main. Je me demandais seulement si mon esprit arriverait à prendre assez l'ascendant sur mon corps pour qu'une telle chose se reproduise.

Nous sautons sur le bâtiment d'en face. Le toit s'écroule, ma respiration s'arrête sous la surprise, ma main lâche celle de Validna. La chute me parait longue... et la rencontre avec le lit difficile. Je toussais à cause du fort taux de poussière et regardais l'elfe qui, cette fois-ci, était correctement tombée. Elle se releva rapidement, me faisant signe de me dépêcher, et me poussa à travers la maison dans laquelle nous étions. J'étais un peu perdue, ne me retrouvant plus dans le dédale de pièces de chez Harlinde, mais dans un autre où se trouvait tout de même un escalier. Du bruit, nous en faisions. Des ratés au moment de courir dans les escaliers, j'en ai eu - heureusement d'ailleurs que Validna était là pour faire en sorte que je ne tombe pas tête la première sur la terre ferme. Reprenant à peine mon souffle, ma protectrice ouvrit à la volée la grande porte, provoquant des cris à l'extérieur. Lorsque je passais à mon tour le chambranle je vis des gens, tous humains, s'écarter loin de nous, certainement par crainte. Il fallait dire que Validna avait de quoi impressionner avec son regard froid, glacial même, l'épée au clair. D'autres voulurent s'attaquer à nous, dont l'un qui avait une arme que je n'avais jamais vue auparavant : un grand bâton pourvu d'une partie en métal à trois piques. Ce n'était pas un cavalier, mais il s'approcha. Là fut son erreur, puisque Validna lui trancha la main avant de l'achever au niveau de la gorge. J'eus un mouvement de recul, instinctif, avant de me mettre à courir dans le même sens qu'elle. Je ne savais pas où nous allions exactement mais étant donné que nos poursuivants savaient et pouvaient monter sur des chevaux, il ne m'étonnait pas que Validna souhaitait reprendre le sien afin d'aller plus vite. Une course de vitesse... que je pensais déjà achevée lorsqu'elle se retourna pour faire face à nos ennemis. Je n'eus pas le temps de m'arrêter que déjà elle m'ordonnait de continuer le plus rapidement possible, de prendre son cheval puis de partir. Qu'elle se chargerait d'eux... ces cavaliers qui étaient à plus de dix contre une. Dans ma tête revinrent les horribles images du massacre de mon clan, les armes qui transperçaient les chairs, les corps de ceux que je connaissais et aimais qui tombaient pour toujours dans le marais... J'obéis. Je n'avais pas encore le temps de réfléchir, aussi je passais la porte de l'écurie en courant.

En le voyant, je m'arrêtais immédiatement. Ma bouche s'ouvrit sans vouloir prononcer un quelconque mot, béat devant ce que je voyais : un homme en noir, avec un habit de cuir pour le protéger, se tenait près d'un cheval que je reconnaissais. Il se retourna vers moi, visiblement aussi surpris de me voir là. Mais lui sembla être plus assuré que moi concernant la conduite à tenir : il dégaina son épée et s'approcha, sûr de lui, me parlant sans que je comprenne quoi que ce soit. C'était un cavalier... un danger. J'étais seule, surprise, ne comprenant toujours pas dans quelle situation j'étais exactement. Il s'approcha encore. J'avais la dague de Validna à la main. Je ne réfléchis pas : je pris une grande inspiration et commença à crier, visage tourné vers le ciel, de toutes mes tripes un son des plus aigus et puissants. Un cri qui fit vibrer les murs autour de moi, qui fit hennir les chevaux, qui commença à me faire mal aux oreilles du fait que je me retrouvais dans un espace clos relativement petit et qui, enfin, fit lâcher l'arme du cavalier pour qu'il puisse coller ses mains sur ses oreilles. Pendant que mon cri se terminait, mon corps se mit alors de lui-même à courir vers l'humain, dague bien en main et pointe vers son genou. Le coup fut rapide, le fit tomber, et la petite arme vint aussitôt se planter dans le cou de l'ennemi. J'avais arrêté de crier... ma main relâcha la poignée du poignard et je tombais à genoux sur le sol. Sur les côtés les chevaux s'emballaient, certains - en fait tous - arrivaient même à sortir de leur enclos pour sortir au-dehors. Je dus me relever subitement pour ne pas me faire écraser et pour essayer de faire en sorte que le cheval de Validna ne disparaisse pas lui non plus. Je me positionnais devant lui, reprenant le maximum de mon courage pour me montrer ferme, main tendue vers sa tête.

"Qevel kwed noroe esdim melanor, towo tugdhu mesreiya !"

Le cheval sembla s'arrêter quelque peu, redevenir un temps soit peu calme. Je continuais à lui parler, comme si je parlais à un animal de chez moi, utilisant un ton de plus en plus calme pour l'accompagner... jusqu'à ce qu'il se soit arrêté. Alors je repris l'arme toujours plantée dans la gorge du cavalier et, me rappelant l'une de nos traditions guerrières, je glissais mon doigt sur la lame ensanglantée afin d'en récolter le liquide de couleur vermeille et de tracer des symboles sur mon visage avec. Les traces du renard, le premier animal dont j'étais sous la protection, pour qu'il puisse me donner sa ruse ; et les traces du cerf, animal qui avait décidé de me guider depuis le jour où j'avais passé la cérémonie du Vewm. Puisse-t-il m'aider à combattre et à prendre des décisions honorables. Mon esprit se concentra alors plus sur l'instant présent, sembla se renforcer. Mes yeux se durcirent. Il allait falloir que je fasse quelque chose.

En me relevant j'aperçus un bâton ainsi qu'une ceinture où se trouvaient deux escarcelles, que je reconnus tout de suite. Les esprits devaient être de mon côté en ce jour ! Un regard vers l'entrée à la porte défoncée par les chevaux, où ne se trouvait personne, et je repris mes affaires ainsi que celles de Validna que je pouvais prendre. Elle se battait de l'autre côté, je devais aller la chercher. Passant l'arme toujours tachée de sang sous ma ceinture j'entrepris de monter sur le grand animal, ayant du mal tout en faisant en sorte de tenir correctement dessus. Ayant déjà observé l'elfe millénaire faire avancer sa monture j'essayais de l'imiter, ce qui marcha plus ou moins... après quelques tentatives l'animal partit au galop, et je dus m'accrocher à sa crinière pour ne pas tomber. En essayant de ne pas lui faire de mal j'essayais de l'orienter, mais en vain. Je pu remarquer à mon grand désarroi que là où s'était arrêtée un instant plus tôt Validna qu'elle ne s'y trouvait plus et que seulement la moitié des cavaliers étaient encore là, fatigués voire même effrayés. Je blêmis. Où était-elle ? Pourquoi n'entendais-je plus le son des lames ? Pourquoi les cavaliers ne courraient-ils pas vers une direction, pour aller la chercher ? Je...

*Les gens à remercier sont rares.*

C'étaient ses paroles... et je comprenais que j'avais à la remercier elle, sans savoir exactement pour quoi. J'eues envie de crier, mais mes mots restèrent coincés dans ma gorge. Elle m'avait crié de partir et je savais que je devais le faire pour que sa bataille ne soit pas veine. Mais je ne lui avais pas fait de promesse à elle, et je ne voulais pas être de ces personnes que l'on ne pouvait remercier. Je n'étais pas spécialement attachée à elle, mais je voulais qu'elle vive, malgré le fait qu'elle tuait avec des armes barbares. J'avais besoin qu'elle vive, dans le fond. Je voulu arrêter le cheval, faire en sorte d'aller vers le village, mais celui-ci me força encore plus à m'accrocher à lui et prit de la vitesse. J'avais peur, je voyais le sol défiler... je lui criais de s'arrêter, mais il ne me comprit pas ou n'en fit qu'à sa tête. Je ne pouvais pas sauter comme ça, à cette vitesse à laquelle je n'étais pas habituée. Encore une fois, des larmes coulèrent sur mes joues.



J'avais l'impression de l'avoir abandonnée. Cela me pesait sur le cœur, un peu comme l'abandon que j'avais ressenti lorsque j'avais fui le champ de bataille aux marais. Après quelques minutes de course effrénée, le cheval avait enfin réussi à accepter de s'arrêter. J'étais descendue tant bien que mal par terre, les fesses endolories et le cœur en miettes. Je voulais retourner au village... je ne voulais pas l'abandonner. Alors je m'assis contre le tronc d'un arbre, ne sachant plus quoi faire. Que le cerf me vienne en aide...
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Les rencontres forgent le caractère [PV Qewiel] EmptyDim 6 Sep 2015 - 12:28
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Le cheval de la petite Elfe partit au triple galop, bien trop vite pour que quiconque pût réagir. Les cavaliers étaient en l'occurrence privés de leurs montures, et ils ne purent que jeter des regards dépités à leur proie qui s'enfuyait. Oh, elle n'était pas encore si loin, et s'ils s'en donnaient les moyens, ils pouvaient encore la talonner, et lancer une traque qui durerait des jours et des jours pour finalement la capturer. Cependant, ils n'étaient pas partis pour le faire. La femme qui les commandait ne leur fit pas signe de se lever, de sortir de leurs cachettes pour aller courir après cette gamine rousse. Elle ne valait pas la vie de sept de ses hommes, ça non. Enfin… Tous n'étaient pas des hommes qu'elle connaissait personnellement, bien entendu, et sur les sept cadavres qu'elle abandonnerait derrière elle, seuls deux étaient membres. Les autres, payés pour cette mission apparemment facile, seraient de l'or en moins à dépenser. Mais l'humiliation, elle, était bien là. Pour attraper cette Elfe muette, ils avaient déployé des moyens conséquents, à la hauteur de l'or qu'elle était censée leur faire gagner. Mais au lieu d'un boulot facile, ils se retrouvaient dans les ennuis jusqu'au cou. Même si elle n'aimait pas abandonner, elle était pragmatique, et elle savait qu'en s'acharnant elle ne tirerait rien de bon de tout cela. Elle avait besoin de retourner à Minas Tirith, et de discuter avec ses supérieurs de cette affaire. C'était bien la première fois qu'un de leurs boulots tournait aussi mal.


~ ~ ~ ~


Validna était allongée sur le côté, immobile. Sa peau était plus pâle que d'ordinaire, et elle était de toute évidence grièvement blessée. Outre son épaule meurtrie, elle avait reçu un violent choc à la tête qui lui avait ouvert l'arcade, et une lame lui avait entaillé la poitrine, juste sous la clavicule droite. Et pourtant, aussi miraculeux que cela pût paraître, elle respirait encore. A peine, cela dit. Elle était au-delà de la souffrance commune, et elle avait l'impression que son corps avait perdu toute notion de sensation. Elle était déconnectée de son propre organisme, ce qui lui permettait de survivre un peu plus longtemps, sans pour autant être en mesure de bouger. Elle demeurait dans la position où les guerriers l'avaient abandonnée, croyant vraisemblablement qu'elle allait bientôt mourir de ses blessures. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi ils l'avaient abandonnée. Elle avait entendu un grand cri qui ne pouvait provenir que de Qewiel, puis les hennissements d'un cheval affolé.

Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?

Elle était incapable de le dire. Avant même qu'elle ne comprît pour quelle raison, ses paupières s'ouvrirent doucement. Le monde était tordu devant son regard flou. Ses cheveux lui tombaient dans les yeux, fines stries obscures qui lui donnaient le sentiment d'être en cage. Oui, elle était prisonnière de ce corps ruiné, réduit à néant, incapable. Ses iris effectuèrent douloureusement la mise au point, et se figèrent une silhouette debout devant elle. Son ombre la recouvrait totalement, et elle ne voyait pas son visage, complètement enténébré. Un arc reposait entre ses mains, elle en voyait très nettement la silhouette, tout comme celle de la flèche encochée qui lui était probablement destinée. Un animal agonisant qu'il fallait achever. Voilà ce qu'elle était.

Etrangement, elle n'en conçut pas de crainte particulière. Elle avait bien vécu, et même si elle aurait aimé partir dans d'autres conditions, elle savait qu'elle avait fait de son mieux pour protéger Qewiel. La jeune fille était désormais seule, livrée à elle-même, mais elle avait sans doute appris des choses. Il fallait espérer qu'elle aurait retenu la leçon. On ne pouvait jamais se fier aux humains, créatures trop fragiles et changeantes. En règle générale, on ne pouvait pas se fier à grand monde, de toute façon. Il valait mieux faire confiance à une bonne lame, l'entretenir avec soin pour qu'elle tuât toujours proprement et efficace. Si Qewiel refusait d'utiliser des armes tranchantes, elle tomberait fatalement sur quelqu'un qui la forcerait à le faire. Le monde était cruel, sur les routes, en dehors des villes où les soldats patrouillaient régulièrement. Les villageois apprenaient à défendre leur bétail et leurs terres contre les brigands, qui sillonnaient les coins les moins civilisés de la Terre du Milieu en quête de butin et de profit. Tuer ne leur faisait pas peur, mais mourir oui. La plupart du temps, les gens ne portaient pas l'épée ou le poignard pour tuer, mais pour dissuader quiconque de s'en prendre à eux. Les gens désarmés étaient des victimes désignées. Validna cligna des yeux en avalant sa salive. Elle avait un goût métallique désagréable. Il fallait espérer que Qewiel apprendrait, et survivrait. Il le fallait…

L'homme qui observait toujours Validna posa son pied sur sa cuisse, et la remua légèrement, comme pour vérifier si elle était encore vivante. Ce simple geste lui tira un gémissement de douleur qu'elle ne put réprimer. Elle inspira, mais sa cage thoracique émit un stridor sonore et pénible qu'elle toussa bruyamment, comme si elle cherchait à l'expulser de ses voies respiratoires. Le pied se retira, et une voix prit la parole :

- Validna… Regarde-toi. Dire que je pourrais t'achever d'un simple geste…

Elle connaissait cette voix. Ses lèvres s'étirèrent en un bref sourire, et elle ne formula qu'un seul nom :

- Zaël…


~ ~ ~ ~

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Les cavaliers étaient repartis. La femme à leur tête avait relevé son capuchon, et sa mine était particulièrement sombre. Beaucoup de questions lui venaient en tête, mais une tournait en boucle dans son esprit : qui étaient ces gens qui s'étaient dressés contre elle ? Au départ, elle avait cru naïvement qu'il s'agissait d'une Elfe zélée qui entendait protéger cette pauvre gamine perdue. Peut-être même un membre de sa famille dont il serait facile de se débarrasser. Certains résistaient parfois, et c'était pour cela qu'elle s'était entourée d'une force conséquente. Toutefois, cette arrivée inattendue avait considérablement fait pencher la balance en leur faveur. Elle ne se l'expliquait pas. Alors que ses hommes venaient péniblement à bout de la guerrière Elfe, des traits avaient volé, et ses combattants avaient été fauchés dans le dos par des archers camouflés. D'où venaient-ils ? Comment savaient-ils où les trouver ? Appartenaient-ils à la même organisation ? Etaient-ils des concurrents ? Elle n'avait aucune réponse, et cela l'ennuyait au plus haut point. Aucune piste, pas même l'ombre d'une idée. Ce qu'elle pouvait dire avec certitude, cependant, c'était que ces hommes étaient bien renseignés, bien équipés, au moins aussi déterminés qu'elle pouvait l'être.

- Thyia ?

Elle leva la tête, et invita le cavalier qui s'était rapproché d'elle à parler :

- Qu'allons-nous dire, en rentrant ?

- La vérité, Sidh. La vérité. Que nous avons un ennemi mystérieux, et qu'un jour je leur ferai payer toutes ces morts…

Il hocha la tête. Oui, c'était sans doute ce qu'il y avait de mieux à faire…


~ ~ ~ ~


Qewiel galopa longtemps, jusqu'à ce que son cheval s'épuisât et qu'elle comprît grossièrement qu'en tirant sur sa crinière, il s'arrêtait. C'était déjà un bon début. Les heures avaient défilé, et la nuit tombait déjà, si bien que faire une pause n'était pas une si mauvaise idée que cela. Quand on n'était pas habitué à monter, de telles chevauchées pouvaient être particulièrement douloureuses, surtout quand on ne ménageait pas l'allure de sa monture. La pauvre bête était en nage, couverte de sueur, et elle avait besoin de souffler avant de reprendre le lendemain. Fort heureusement, elle paraissait solide et dure au mal. Comme son ancienne propriétaire. La jeune Elfe n'avait rien à avaler en propre, mais elle trouva dans les fontes de la viande séchée et du pain sec depuis longtemps. Des rations de voyage qui étaient mieux que rien dans cet environnement hostile. Validna avait vraiment tout le nécessaire, notamment un couchage pour se protéger de la froideur de la nuit, ce qui n'était pas idiot. Il avait beau faire chaud pendant la journée, les températures pouvaient chuter dramatiquement dès que le soleil disparaissait.

Aux dernières lueurs du jour, Qewiel découvrit par hasard un objet d'une grande beauté dans les affaires de la guerrière. Il s'agissait d'une grosse pierre qui avait grossièrement la forme et la taille d'un œuf. Elle était rouge, et laissait passer la lumière, si bien qu'auprès d'une source assez puissante, elle devait lancer des reflets tout à fait saisissants. Parfaitement lisse sous les doigts de la jeune fille, elle était chaude et douce. Une véritable merveille, qui n'avait sans doute pas de prix. A supposer, bien entendu, que la notion d'argent eût une quelconque signification pour la petite Elfe rousse. Elle aurait pu la remettre à sa place, mais elle décida de la garder. Les raisons de ce geste lui appartenaient en propre, mais il était certain que cette pierre lui serait utile un jour ou l'autre…

Qewiel mangea, s'endormit, et se réveilla le lendemain matin pour reprendre la route, continuant vers l'Ouest. Elle marcha toute la journée, sans croiser personne, jusqu'à un fleuve immense, mais dont les eaux ne semblaient pas particulièrement rapides. Son cours était lent et régulier, toutefois il était difficile d'estimer sa profondeur, et donc de penser à le traverser à la nage. Alors qu'elle le longeait, cherchant un passage où il serait possible de traverser à gué, elle avisa une silhouette qui la regardait, apparemment sans crainte. La créature était superbe, puissante mais élégante, et ses bois de très belle taille. C'était un cerf splendide, qui la dévisageait en ruminant les brins d'herbe qu'il était venu brouter près du cours d'eau appelé l'Anduin. Lorsque la jeune fille s'approcha, il ne s'enfuit pas, et se contenta de s'éloigner paisiblement. Il enfonça ses pattes dans l'eau, et traversa le fleuve tranquillement. Comment connaissait-il ce passage ? Il était impossible de le dire. Une fois arrivé de l'autre côté, il s'ébroua pour chasser l'eau sur son pelage d'un joli brun, et fixa de nouveau son regard intense vers la petite Elfe.

C'était une invitation qu'elle ne pouvait pas refuser…


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