L'appel à l'égorgement

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Ryad Assad

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L'appel à l'égorgement EmptyJeu 14 Mai 2015 - 18:32



Le sergent abattit sa lame rageusement sur le crâne de son adversaire déjà à terre, mettant fin aux râles d'agonie qu'il laissait échapper. Posant le pied sur le torse de la créature de cauchemar qui venait de rendre l'âme, il tira brusquement pour déloger son épée de ce visage méconnaissable. Le sang noir qui tâchait l'acier splendide se mit à dégouliner, poisseux, sur la terre d'Ithilien où ils se trouvaient. Encore des Orcs qui ne verraient jamais Minas Tirith. Autour du sergent, une compagnie de Rangers achevait sa sinistre mission, qui consistait à nettoyer la belle forêt de toute menace qui osait y poser le pied. Les cris des monstres s'éteignaient peu à peu dans un fracas caractéristique de métal rencontrant la chair. La besogne n'était ni heureuse ni glorieuse, mais ils l'accomplissaient tout de même. C'était leur tâche, leur devoir et le fierté, si bien qu'ils ne reculaient jamais devant le danger, et qu'ils ne se plaignaient pas d'être envoyés de longues journées durant en mission. En tout cas, ils ne se plaignaient pas encore, car des signaux inquiétants leur parvenaient, et leurs effectifs pourtant conséquents ne suffisaient plus à assurer convenablement la défense de la région, stratégique pour la protection du Gondor. Les Orcs descendaient en masse, et ravageaient tout sur leur passage en se dirigeant vers le Sud de l'Ithilien. C'était là que la majeure partie des forces était rassemblée pour les arrêter. Le Nord était beaucoup moins sûr, mais pour l'heure rien ne menaçait véritablement la région. Le seul point par lequel les Orcs pouvaient décemment travers le fleuve était Cair Andros, mais la forteresse ne tomberait jamais aux mains d'une horde mal organisée, ne disposant même pas de la moindre échelle pour escalader ses murs. Il n'y avait aucun souci à se faire de côté.

Le sergent compta ses hommes rapidement : sur la douzaine à sa disposition, trois avaient été tués dans l'escarmouche, et sept autres étaient blessés plus ou moins grièvement, conséquence d'un affrontement particulièrement âpre contre les créatures du Mordor. Trois morts, c'était beaucoup trop, et il faudrait annoncer à leurs familles la tragique nouvelle, essayer de recruter des hommes qui seraient volontaires pour les remplacer, afin de maintenir une protection efficace. Les vagues d'Orcs, désordonnées et de toute évidence mal préparées, se succédaient en effet avec une régularité effrayante. Au départ, quelques petits groupes isolés avaient été repérés, maraudant dans les parages : ils avaient été éliminés rapidement par les archers d'Ithilien qui comptaient parmi les plus disciplinés du royaume. Contrairement à beaucoup d'autres provinces, eux avaient l'habitude de combattre en permanence, et ils faisaient leur travail à merveille, tendant des embuscades à de petites bandes armées qui sillonnaient le paysage. Mais depuis quelques temps, les choses avaient empiré.

Aujourd'hui, les bandes de trente ou quarante Orcs n'étaient plus rares, et les Rangers se retrouvaient souvent à un contre trois ou quatre, totalement dépassés en nombre. Leurs flèches décimaient toujours les rangs de leurs ennemis, qui parvenaient tout de même à engager le combat au corps à corps, et à prélever chaque fois leur lot de vies innocentes. Trois hommes cet après-midi, six la veille dans une autre unité… C'était trop peu pour qu'on pût parler de guerre ouverte contre le Mordor, et les officiers de Minas Tirith et d'Osgiliath se refusaient pour l'instant à envoyer des renforts conséquents. Déployer des forces en Ithilien serait un message inquiétant pour la population, et pour l'heure il n'y avait pas encore lieu de s'inquiéter. Les deux grandes villes avaient toutefois renforcé leurs défenses pour prévenir toute attaque, et on déconseillait les sorties nocturnes  à la population, qui de toute façon préférait se reposer après la folie du mariage d'Aldarion. Le rythme effréné des festivités avait été vraiment salutaire pour laisser derrière soi la période de l'hiver interminable, mais chacun désirait retrouver une vie normale, et personne ne se plaignait de devoir rester chez soi à la nuit tombée. S'ils savaient quels dangers les Rangers qu'ils adulaient devaient affronter quotidiennement pour leur permettre de dormir sur leurs deux oreilles… Il régnait parmi ce corps d'élite, dont l'histoire glorieuse de la lutte contre le Mordor s'étendait sur des siècles, une angoisse de moins en moins facile à dissimuler. Les hommes étaient épuisés, ils n'avaient presque plus le temps de prendre du repos, et ils devaient constamment se tenir prêts à partir au combat. Les blessures et la fatigue, qu'ils accumulaient rapidement, les rendaient inefficaces, et augmentaient sensiblement les pertes qu'ils subissaient. Après quinze jours de patrouille, de combats et d'escarmouches, ils n'étaient plus aussi lucides, et ils se laissaient engager alors qu'ils auraient dû privilégier un mouvement de retraite. Les trois morts que pleuraient déjà les hommes de son unité, le sergent le savait parfaitement, étaient de jeunes soldats qui manquaient encore d'expérience, et qui auraient dû parfaire leur formation. On avait cependant engagé toutes les réserves pour faire face à cette menace, et le résultat était désastreux…

- Occupez-vous de nos morts, lança le sergent qui commandait le groupe. Ramenez-les à Osgiliath. Vous deux, vous n'êtes pas blessés, venez avec moi.

- Sergent ? Nous devrions peut-être rentrer faire notre rapport… On pourrait avoir besoin de nous ailleurs.

L'intéressé essuya sa lame rageusement, et la rengaina dans son fourreau. Il contenait sa furie, et il faisait en sorte de se maîtriser, mais la perte de trois soldats sous sa responsabilité était un coup dur pour son moral. On sentait une envie de vengeance dans son regard, et il n'était pas question pour lui d'en rester là. Il répondit d'une voix tendue :

- Nous devrions, oui. Mais cela fait des semaines que nous affrontons les Orcs, que nous perdons des hommes, sans savoir d'où ils viennent ou ce qu'ils nous veulent. Nous allons pousser l'exploration vers le Nord, et nous verrons bien ce que nous découvrirons. S'il le faut, j'irais seul.

Cette dernière phrase acheva de convaincre ses hommes, qui comprenaient l'envie d'en savoir plus sur cette nouvelle menace, mais qui surtout ne voulaient pas laisser leur chef s'enfoncer en solitaire dans cette forêt dont ils étaient peu à peu dépossédés par les sombres créatures du Mordor. Ils saluèrent leurs compagnons, leur enjoignant à récupérer les chevaux, et à filer prestement à Osgiliath pour y trouver du repos, et prévenir leur chaîne de commandement des dernières évolutions. Puis, sans se retourner, ils s'enfoncèrent dans les bois, leurs capes vert sombre les faisant peu à peu disparaître dans le paysage qu'ils affectionnaient tant. L'Ithilien était une région aux collines douces, mais qui les forçaient tout de même à s'appuyer sur leurs arcs de temps en temps, pour franchir certains passages particulièrement difficiles. Pour tout autre qu'eux, l'endroit ressemblerait à un labyrinthe végétal au milieu duquel il était impossible de se repérer. Seul le soleil qui déclinait peu à peu au-dessus de leurs têtes leur fournissait des informations fiables, quand il n'était pas caché par le feuillage épais des arbres millénaires. Cependant, pour les Rangers, cet endroit était comme un second foyer, et ils se repéraient presque à l'instinct, reconnaissant les cours d'eau les plus anodins, les arbres aux formes curieuses, les rochers qui émergeaient du sol. Tout cela leur donnait de précieuses indications, et leur montrait qu'ils remontaient progressivement vers le Nord, tout en se rapprochant peu à peu des frontières du Mordor qu'ils ne pouvaient pas voir encore. Les sombres montagnes se dressaient à quelques lieues de leur position, mais ils prenaient bien soin de ne pas montrer trop de zèle à la tâche. La zone demeurait particulièrement hostile.

Le sergent et ses hommes marchèrent ainsi pendant quelques heures, sans rien découvrir de concluant. Ils avaient suivi les traces des Orcs tant qu'ils avaient été en mesure de le faire, avant de poursuivre en suivant la route la plus probable. De temps à autre, ils découvraient des indices de leur passage, mais la nature reprenait vite ses droits, et refermait ses griffes sur les traces que ces monstres laissaient derrière eux. Alors qu'il était sur le point de rebrousser chemin, profitant du couvert de la nuit tombante pour se faufiler à travers l'Ithilien sans être repéré, le sergent repéra quelque chose au loin, à travers les fourrés. On aurait dit une petite lumière vacillante, qui paraissait les appeler tous. A n'en pas douter, quelqu'un avait allumé un feu là-bas. Les Gondoriens se regardèrent : ils n'avaient pas conscience que les Orcs avaient besoin de lumière, eux qui étaient des créatures de l'obscurité, ce qui était passablement inquiétant. Aussi discrets que possible, les trois hommes se dirigèrent vers la source de cette lumière, cherchant à en apprendre le plus possible. Ils arrivèrent bientôt, et découvrirent un spectacle étrange. Deux hommes étaient agenouillés devant les flammes, en train de pratiquer un drôle de cérémonial. Ils tenaient un lapin encore vivant, qu'ils plaquaient fermement au sol. Sous les yeux des Rangers, ils lui plantèrent une flèche dans la gorge, et la retirèrent aussi vite sans se soucier des couinements de l'animal. Le sang qui s'écoulait de la plaie était d'un rouge vif, et ils le versèrent dans un bol, pour en faire les Valar savaient quoi. Celui qui tenait le lapin l'examina d'un œil critique en constatant qu'il était mort de sa blessure à la gorge – quoi de plus normal ? –, et jeta le cadavre au loin, comme s'il ne s'intéressait pas le moins du monde à sa chair. Qui étaient ces sauvages ?

Les Rangers sortirent subitement de leur cachette, arc bandé, mettant en joue les inconnus. Leur attitude était bizarre, mais quand ils les virent se lever, ils constatèrent que ce n'était pas la seule chose étrange chez eux. Ils avaient d'abord cru que leur visage était baigné dans l'obscurité, mais maintenant que les flammes avaient chassé les ombres de leurs traits, ils pouvaient voir qu'ils avaient la peau relativement sombre. Pas sombre comme les Haradrim du Sud, ces hommes étranges et dangereux. Non. On aurait dit qu'ils avaient passé les dix dernières années à travailler dans des mines, ou qu'ils s'étaient roulés dans la cendre avant de venir ici… Comme s'ils n'avaient pas pris le temps de se laver depuis de longues journées harassantes, passées sur les routes. Ils avaient l'air hirsutes et peu civilisés. Le second point qui attira l'attention des Rangers était leur tunique. Assurément, ils n'en avait jamais vue de pareille. On aurait dit qu'ils avaient une cuirasse faite de bric et de broc, d'un assemblage de couches végétales qui paraissaient former un ensemble cohérent. Rien qui pouvait rivaliser avec une cuirasse de bonne facture, comme celles que portaient les hommes du Gondor. Ces derniers, d'ailleurs, n'avaient pas dit un mot : ils se contentaient de les menacer de leurs armes, pour éviter que ces hommes curieux ne s'emparassent de leurs lances qui traînaient non loin d'eux. La tension était à son comble, mais pour l'heure personne n'avait perdu son calme.

Tout bascula pourtant très rapidement. Un des étrangers porta la main au poignard qui pendait à sa ceinture. Comment les Rangers auraient-ils pu deviner qu'il ne comptait pas s'en servir contre eux, mais qu'il souhaitait seulement le déposer à ses pieds en un geste de paix ? Un geste qui invitait à la discussion, et qui était censé mettre en confiance. A peine avait-il la main sur le manche qu'une flèche venait se ficher lourdement dans son thorax, le faisant basculer en arrière avec un bruit sourd. Son compagnon poussa un cri strident, et se pencha vers son ami qui paraissait avoir succombé à ce tir. Le sergent lui lança :

- Tais-toi ! Tais-toi enfin, tu vas attirer des Orcs !

Mais c'était trop tard. Déjà, dans les fourrés autour d'eux, des craquements indiquaient que des individus convergeaient sur leur position, venant de toutes les directions. Les Gondoriens paraissaient ne pas savoir quoi faire : la situation avait évolué d'une manière inattendue : à trois, ils risquaient fort de ne pas s'en sortir s'ils devaient tomber face à un groupe d'Orcs déterminé à les tailler en pièces. Alors que la panique commençait à les gagner, ils virent une première silhouette jaillir de la nuit… mais ce n'était pas un Orc. C'était un homme, et apparemment du même peuple que les deux autres. Il portait une armure conçue de la même façon, bien qu'elle ne ressemblât pas à celle de son compagnon étendu par terre qui…

- Bordel…

Le sergent n'en revenait pas, et ses hommes non plus. Sous leurs yeux, le type qu'ils venaient d'abattre venait de reprendre soudainement conscience. Il retira la flèche de son torse, et se redressa en se massant la tête, comme s'il avait seulement reçu un mauvais coup. Les Gondoriens ne savaient plus que penser. Ces choses, qui ressemblaient à des hommes, étaient-elles véritablement comme eux ? Cet homme avait-il réellement survécu à un tir mortel, ou l'explication se trouvait-elle ailleurs ? Ils n'eurent pas le temps de se poser davantage de questions, que d'autres étrangers arrivèrent. Deux, puis quatre, puis dix. Bientôt, ce fut une vingtaine de ces démons qui apparurent autour du feu. Et ils ne semblaient pas particulièrement pacifiques.

- On se replie ! Cria le sergent en tournant les talons.

Derrière lui, des cris lui répondirent, mais il courait déjà trop vite pour les entendre. Les Rangers étaient des soldats agiles, souples et rapides. Même en pleine nuit, ils devaient être capables de se déplacer avec célérité pour rejoindre un nouveau point d'embuscade. Il n'était pas particulièrement difficile pour ces trois hommes aguerris de se faufiler entre les arbres, d'assurer leurs appuis sur un sol inégal, et d'éviter les branches qui risquaient de les assommer s'ils n'y prenaient pas garde. Par contre, il était très surprenant de voir que derrière eux, leurs poursuivants tenaient le rythme. Pourtant, si leurs armures leur permettaient d'arrêter une flèche, comment pouvaient-ils être assez rapides pour tenir la cadence face à des forestiers entraînés. Des objets non identifiés sifflèrent dans l'air derrière le sergent, qui se déporta sur le côté pour les éviter. Un de ses hommes ne réagit pas assez vite, et son cri de douleur précéda de quelques secondes le bruit de sa chute. Dans l'obscurité, il était impossible de le retrouver, et il était sans doute déjà mort. D'autres sagaies s'écrasèrent non loin des deux derniers survivants, qui couraient pour leur vie. Elles se fichaient dans les arbres, se plantaient sur leurs talons là où ils s'étaient tenus quelques secondes auparavant, mais pour l'heure elles continuaient à les manquer. Les Rangers savaient où ils se trouvaient, et ils ne couraient pas au hasard, en dépit de leur angoisse grandissante. Ils savaient qu'ils avaient marché longtemps vers le Nord, et qu'ils prenaient la direction de l'endroit ami le plus proche : Cair Andros. A ce rythme, ils seraient bientôt arrivés dans un endroit dégagé où ils pourraient courir à toutes jambes. Il leur faudrait seulement espérer croiser une patrouille amie.

Miraculeusement, les deux hommes parvinrent à s'extirper de la forêt indemnes. Les hommes qui les suivaient n'étaient pas loin, mais ils n'avaient pas réussi à leur mettre la main dessus. Ils s'arrêtèrent un instant pour savourer leur chance, et repérer au loin Cair Andros qu'ils distinguaient nettement à la lueur de la lune. Toutefois, leur sourire de satisfaction s'estompa rapidement, alors que leurs yeux se posaient sur cette longue colonne sombre qui entourait progressivement la forteresse. Une armée ? Une armée ennemie sur les terres du Gondor ? Le sergent laissa tomber son arc, abasourdi, alors que ses yeux s'écarquillaient de stupeur. Mais qui étaient ces gens ? Etaient-ils des Orientaux venus porter la guerre à l'Ouest ? Etaient-ils une nouvelle menace que personne ne connaissait encore ? A perte de vue, on distinguait la lente marche d'une marée humaine interminable qui semblait se déverser depuis l'Est. Derrière eux, des bruits de pas les alertèrent, mais ils étaient trop désorientés pour réagir. Quand la lance en os se ficha entre les omoplates du sergent, celui-ci ne lâcha même pas un cri. Seules les larmes qui coulaient sur son visage trahirent la souffrance qu'il ressentait. La souffrance de savoir que l'équilibre du monde venait de basculer…


~ ~ ~ ~


La porte du pont central de Cair Andros était close, mais celle qui durant tant d'années avait garanti la sécurité de la forteresse paraissait aujourd'hui bien dérisoire face à ce qui se présentait face à la garnison réduite de l'île. Les soldats de garde s'étaient tous précipités sur les remparts pour observer de leurs yeux l'arrivée d'une armée qui avait pratiquement achevé de les encercler avant qu'ils eussent eu le temps de réagir. Le commandant lui-même avait été appelé pour venir voir ça de ses propres yeux, et lui qui d'ordinaire était si colérique et si expressif s'était muré dans un silence angoissant. La guerre était là, littéralement à leurs portes, sans qu'ils pussent savoir contre qui ils allaient se battre. Leurs ennemis n'arboraient aucun drapeau, n'avaient sonné aucun cor, et ne paraissaient même pas se déployer selon un modèle qu'ils auraient pu reconnaître. Il s'agissait simplement d'une masse considérable d'hommes qui avançait dans leur direction, calmement. Les ordres dans la cité avaient déjà été distribués. L'évacuation était impossible pour quiconque, étant donné que des mouvements suspects avaient été repérés du côté gondorien de la forteresse. Essayer de faire sortir les civils qui résidaient là risquait de se transformer en débâcle, en déroute, en massacre. Tenir à l'intérieur de la cité était leur meilleure chance. Mais comment ? Un mois auparavant, un incendie criminel avait ravagé leur stock de flèches, leurs précieuses munitions. Ils n'avaient certainement pas de quoi repousser les troupes qui se massaient sous leurs murs.

- Commandant ! Cria une sentinelle. Des cavaliers approchent !

L'intéressé se pencha, et put voir qu'en effet, un groupe de cavaliers approchait à vive allure. Ils s'arrêtèrent à une distance respectable du pont central, et élevèrent la voix pour se faire entendre. De manière stupéfiante, le timbre de stentor de leur messager résonna dans l'air et fut parfaitement audible par tous :

- Soldats de l'Île, soyez raisonnables ! Ouvrez vos nobles portes au peuple d'Elessar !

Le commandant fronça les sourcils. Qu'est-ce que c'étaient que ces balivernes encore. Ils croyaient que convoquer la mémoire d'un roi mort depuis des siècles allait les aider à s'emparer de la forteresse de Cair Andros ? Ils se mettaient le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Cette provocation obtint une réponse rageuse de la part du commandant :

- Que les Valar vous emportent, maudits Orientaux ! Jamais vous ne passerez !

Les défenseurs répondirent par des cris de joie et des insultes proférées à l'encontre des messagers, qui firent volte-face rapidement. La pluie de flèches qui aurait dû accompagner leur départ ne partit pas, cependant… Chacun savait que les munitions seraient précieuses, et qu'ils en auraient besoin avant la fin de cette nuit terrible. Le commandant enfila son casque, et descendit au milieu de ses hommes qui s'étaient réunis devant les trois portes. Ils ne tiendraient pas longtemps cette position, et ils savaient qu'ils devraient se replier au bastion et à la citadelle. Mais ici, dans ce passage étriqué, ils pouvaient infliger de lourdes pertes à leurs ennemis. Rugissant pour se faire entendre du plus grand nombre :

- Allez, tas de fainéants ! Ces Orientaux veulent la guerre ? Nous allons leur montrer que la garnison de Cair Andros tiendra coûte que coûte !


~ ~ ~ ~


Les cavaliers qui étaient venus porter le message de paix se dirigeaient vers le peuple d'Elessar, qui paraissait impatient de pouvoir trouver un endroit propice où se reposer. C'était la lourde tâche de ses dirigeants de leur annoncer que la forteresse du Gondor ne leur ouvrirait pas ses portes aussi facilement, et qu'ils allaient devoir s'en emparer par la force. En chemin, les principaux chefs discutèrent entre eux de ce qu'il s'était passé là-bas, devant le fleuve :

- Sont-ils fous pour nous rejeter ainsi ? Leur crainte leur a fait perdre la raison !

- La crainte… ou la lâcheté ! C'en est assez d'eux, maintenant ! Trop longtemps, nous avons été traités comme des moins que rien : emparons-nous de ce qui nous revient de droit. La Reine du Nord nous a donné des armes, il est l'heure de nous en servir !

- Oui… Rassemblez tous vos guerriers, et marchons sur ces traîtres. Ils semblent avoir oublié l'héritage d'Elessar, ce qui fait de nous le seul vrai peuple désormais. Notre devoir est de survivre.


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Evart Praven
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L'appel à l'égorgement EmptyLun 25 Mai 2015 - 15:23
Chevalier Klargus Praven, fils de Regan Praven de Delgas

Depuis qu'il était en garnison à Cair Andros, Klargus éprouvait un profond ennui. A la base, il était un chevalier appelé à manier les armes et, malgré son « jeune » âge, il s'était déjà couvert d'honneurs lors des combats contre la Couronne de Fer et voyait dans cette nomination à Cair Andros, une sorte de rétrogradation. Évidemment c'était une des plus belles forteresses du Royaume mais le garçon avait besoin du grand air, des chevauchées et de combat. Il avait donc passé les derniers mois à trouver des substituts à ce mortel ennui.

Avec l'accord du commandant, il avait multiplié les entraînements à l'épée, la hache et la lance, surtout depuis que la réserve de flèches de la garnison avait été incendiée. Cela lui avait donné un certaine réputation auprès des soldats. Fin bretteur et noble des meilleures lignées, le jeune chevalier était logiquement devenu un bon capitaine, enfin, il s'en persuadait. Bien qu'il trouvât le commandant trop cassant et vulgaire, il restait persuadé qu'il était un homme droit et compétent. Doté d'un sens des réalité certain et d'un flair, il avait logiquement nommé le jeune chevalier à la tête du bastion qui faisait face à la citadelle de Cair Andros.

Bien que plus petit que sa grande voisine, cette petite forteresse regroupait tout de même une garnison très importante et représentait un pion essentiel dans la défense de l'île. C'était une chance et un honneur pour le jeune homme qui avait même pas vingt ans mais déjà un commandement effectif. Plein d'ambition, et voulant se faire bien voir, il avait augmenté l’entraînement, avait expulsé les ribaudes et s'était lancé dans une discipline plus stricte. Certain que cela augmenterait la qualité de ses hommes, Klargus n'avait pas vraiment remarqué que la grogne montait petit à petit. Fort heureusement, il restait deux ou trois tonneaux de flèches pour la défense du château. En attendant un nouvel approvisionnement, le chevalier avait demandé aux archers de tailler de nouvelles flèches mais celles-ci étaient faites en bois lourd et dur. D'habitude on préférait du frêne qui allait souplesse et résistance, mais il fallait parer au plus pressé et être toujours prêt.

Tandis qu'il avait passé la matinée à s'occuper de menus problèmes d'intendance, Klargus prenait désormais son repas dans sa chambre. Comme tout bon noble, il s'était aménagé une chambre de belle taille avec tout le mobilier nécessaire à son rang. Un jeune page avait placé la table face au petit balcon qui donnait vers l'Ouest puis avait posé le couvert et de la nourriture. Aujourd'hui il mangeait sa chasse d'hier avec une perdrix au miel, de la potée, du fromage et du pain blanc arrosé d'un petit vin de la région assez goûteux. En train de manger, le chevalier pouvait admirer les Montagnes Blanches au loin. Décidément le temps était splendide, parfait pour faire un tour à cheval. Passant la main sur sa barbe, il tiqua. Il n'était pas encore habitué à la porter mais cela le vieillissait énormément, ce qui n'était pas rien lorsqu'on commandait une troupe de guerriers. Laissant vagabonder son esprit, il entendit une sorte de bruit sourd presque permanent comme un épais bourdonnement. Il fut rapidement suivi d'un coup net et précis à la porte du chevalier :


- Entrez !

C'était son page qui semblait presque affolé :

- Messire, il y a un problème. Je ne sais pas bien ce que c'est mais vous devriez venir sur les murailles.

Se jetant sur son manteau, il accourut à toute jambe sur la muraille pour voir de ces propres yeux l'origine de ce bourdonnement. Au loin, il y avait un épais nuage de poussière qui se levait. On ne pouvait se tromper, c'était une armée en marche ! Accourant vers la balustrade qui donnait sur la cour, il beugla :

- Sonnez l'alerte ! Tout le monde en armes !

Accourant au milieu de la cour, il tomba sur les principaux officiers de la garnison. Il commença par s'adresser à Elfyr Antheir, vieil officier qui était le plus gradé parmi les piquiers :

- Antheir, vous allez mobiliser deux compagnies de piquiers qui partiront sur le champ vers le pont sous l'autorité de votre second. Vous allez immédiatement préparer tout le monde et armer tous les hommes valides. Je vous charge aussi de gérer cinq de nos chevau-légers pour faire le lien avec la citadelle et le le pont !

Avec quatre-vingt hommes de pique, il espérait tenir le pont le plus possible mais il lui fallait aussi des hommes plus expérimentés sachant manier l'épée. Il commanda donc à une trentaine d'épéistes de rejoindre la porte avec les piquiers. Finalement il s'adressa à un groupe de quatre officiers des rangers :

- Messieurs, prenez vos hommes et rendez-vous au châtelet le plus vite possible !

Rejoignant les écuries, il enfourcha un cheval et rameuta les maigres troupes montées qu'il possédait. Il y avait une quinzaine de cavaliers lourds -chevaliers ou simple hommes d'armes-, cinq cavaliers légers et quelques officiers à cheval. Se jetant à bride abattue vers le châtelet, il distribua les ordres et organisa la défense du pont. On allait d'abord parer au plus pressé avec les cavaliers mais une fois les renforts arrivés, les cavaliers devraient se placer en couverture avec une dizaine de rangers mais aussi assurer une retraite honorable vers le bastion tandis que le châtelet ouest regrouperait une quarantaine d'hommes, une dizaine d'archers et autant d'épéiste sous le commandement unique d'un officier.

Plus loin, au châtelet Est, une vingtaine de piquiers, autant d'archers et une dizaine d'épéistes lourds devaient assurer la meilleure défense possible de ce pion central de la défense du pont. Dans la cour de la barbacane, il ordonna le stationnement d'une vingtaine de piquiers qui devraient couvrir la retraite une fois la barbacane perdue. Comme elle était relativement exiguë, il prévoyait qu'on manœuvre des chariots et des matériaux de construction de manière à créer une barricade qu'on pourrait enflammer au besoin le temps de se replier à l'intérieur de la grande porte.Enfin la première ligne de défense serait assurée par la barbacane sur laquelle il décida de placer une compagnie de quarante piquiers, une vingtaine de rangers et dix hommes d'armes.

Comme on manquait de flèches, on se concentrerait sur des tirs de précision devant tuer les cibles les plus dangereuses, les officiers ou les hommes d'armes. Par contre il ne manquait pas de projectiles, pierres et autres objets à lancer sur les assaillants depuis les assommoirs et mâchicoulis. Il prévoyait aussi de se replier vers le châtelet sitôt qu'une brèche trop dangereuse était percée dans la barbacane qui, trop basse, ne pourrait de toute façon pas tenir longtemps. Le premier châtelet faisait lui une défense tout à fait honnête et viable. Parallèlement, les patrouilleurs légers étaient eux chargés de faire le lien avec les autres ponts. Il ne servirait à rien d'en tenir un coûte que coûte alors que les autres étaient déjà tombés. Cela aurait même été très dangereux car cela pouvait bloquer une possible retraite vers les fortifications.

Expédiant ses ordres comme un fouet, il arriva enfin au pont fortifié qu'il traversa d'une traite pour arriver à la porte Ouest. Montant sur le chemin de ronde du châtelet, il observa la plaine alentour. Celle-ci se remplissait d'une horde qui lui parut presque inimaginable. Elle avançait comme une gigantesque vague, c'était une véritable marée humaine. A mesure qu'elle s'approchait, l'horizon se remplissait d'hommes. A la vue de cette gigantesque bande, Klargus crut défaillir. N'en croyant pas ses yeux, il était tout simplement bouche bée. Prenant le temps de souffler, il tenta de se rassurer comme il pouvait. A dire vrai, dans un siège, le nombre ne comptait pas tant que ça puisqu'on ne pouvait pas être dix mille à combattre sur un chemin de ronde où pouvait se tenir seulement une trentaine de guerriers. Puis cela ne pouvait être une véritable armée, personne ne pouvait mobiliser autant d'hommes sans que toute la Terre du Milieu ne soit au courant. Il y avait forcément une foule de vieillards, estropiés, femmes et enfants incapables de combattre. En plein dans ses réflexions, il fut interrompu par un sergent :


- Messire, que devons nous faire ?

- Préparez le plus d'éléments inflammables et chariots dans la basse-cour pour bloquer les accès à l'exception des deux directs vers le portail. Barricadez également les portes, personne ne doit pouvoir passer. Vous avez de la chaux ou de l'huile ici ?

- Non, messire. La chaux coûte trop cher pour l'intendant.

- Encore un incompétent de plus.
Klargus avait toujours eu une certaine condescendance vis-à-vis de ses hommes de finance qui prenaient un pouvoir qui ne leur était pas dû et qui, au lieu de se contenter de payer lorsqu'on leur commandait, prenaient des décisions qui influençaient la conduite de la guerre. Rageant, il continua : Ce n'est pas grave, préparez des stocks d'eau et commencez à les faire bouillir.

- Bien Messire.


Alors que le sergent du châtelet s'attelait à la tâche, le jeune capitaine remarqua l'arrivée des renforts au loin. Fort heureusement, ils devraient être là avant l'arrivée de l'ennemi sous les murs de la barbacane. Continuant de distribuer des ordres, il prépara ses hommes au mieux durant le peu de temps qui restait. Organisées et disciplinées, les troupes gondoriennes se mirent rapidement en place et se préparèrent à soutenir le siège …


Dernière édition par Evart Praven le Jeu 25 Juin 2015 - 20:48, édité 1 fois
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Nathanael
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L'appel à l'égorgement EmptyMar 26 Mai 2015 - 10:06
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Le vrombissement des mouches l’empêchait de dormir. Ces misérables petits insectes mettaient ses nerfs à vif depuis le début de sa sieste, se posant avec minutie sur le bord de ses lèvres, sur une paupière ou dans le creux de son oreille, véritable petite armée stratégiquement organisée pour lui ôter tout repos. Ses larges moulinets de bras étaient vains et il lui semblait même quelques fois entendre leur vrombissement croître après chaque tentative désespérée, comme un rire sardonique propre à leur espèce. Le capitaine Valmar finit par se lever, excédé, le front chargé de perles de sueur. Le printemps s’était brutalement mué en été précoce depuis le mariage d’Aldarion, comme si l’arrivée de quelques centaines d’hommes supplémentaires en Gondor avaient ostensiblement fait monter la température dans une pièce géographique. Le capitaine Valmar avait eu le droit de participer de loin à la cérémonie en grande pompe un mois auparavant, gracieusement invité par son père à rejoindre les festivités, loin de la puanteur des soldats et du fleuve. L’Anduin leur faisait quelques fois parvenir des relents de vases et de limons et la chaleur excessive n’arrangeait rien.

Le capitaine s’affaira tout l’après-midi à régler quelques détails administratifs, à signer un ou deux ordres de mission pour quelques clampins qui avaient besoin d’exercice, à lancer un ou deux ordres d’un ton claquant et incisif pour rappeler qui était le supérieur et à plaisanter aimablement avec le commandant de l’île avec qui il partageait une intransigeance exacerbée. Valmar lorgnait depuis quelques mois sur le poste de commandant, attendant patiemment que son père lui achète la place et lui ouvre les portes d’une vie lucrative et administrative loin des combats et des manœuvres de terrain. Il s’en était jusqu’à présent très bien sorti, évitant de justesse le massacre à Assabia en se faisant muter à Cair Andros au même moment, assigné à des tâches purement fonctionnelles qui lui seyaient à merveille. Le poste lui allait comme un gant, il pouvait ouvertement manifester son esprit exigu et son étroitesse d’esprit à qui en redemandait à travers des ordres grotesques et inutiles et imposer son autorité et son point de vue à ses subalternes en les assignant à des tâches d’entretien de la citadelle. Ses hommes ne l’aimaient guère et il leur retournait régulièrement cet amour vache. Il était réputé pour distribuer plus facilement des corvées d’épluchage de patates que pour mener des hommes à l’entraînement. On ne le voyait d’ailleurs guère s’exercer lui-même et quand on lui posait la question avec politesse il répliquait qu’il disposait d’un espace suffisant dans ses appartements pout manier l’épée en solitaire. Les boutades allaient bon train à son propos. Les soldats feignaient l’obéissance devant le capitaine Valmar, mais une fois le dos tourné ils semblaient rivaliser d’ingéniosité pour lui attribuer des sobriquets ridicules et douteux.

La soirée s’annonça fraîche et reposante lorsque le voile sombre de la nuit recouvrit le ciel et fit paraître les premières étoiles.  Le pépiement des oiseaux qui nichaient sur les balcons et dans les recoins de pierre se tut, et le capitaine savourait déjà la promesse d’un repas bien mérité lorsque le tintement des armes et la foulée de multiples soldats au pas de courses brisèrent son espoir. Des pas précipités dans le couloir, le martèlement de coups rudes sur la porte, le visage rouge et anxieux de son second qui respirait avec difficulté.

- Capitaine, on est attaqué ! Une armée engage le combat aux portes de l’île sur notre flanc est. Ils sont des milliers !

Le capitaine Valmar regarda, incrédule, son second à bout de souffle comme s’il s’agissait d’une chimère. L’information semblait manquer d’élan pour parvenir à ses fonctions cérébrales. Le capitaine restait sans bouger, tétanisé par la nouvelle, incapable de prendre une décision. Les lèvres entrouvertes, il regardait son second comme s’il attendait une suite à sa déclaration. L’homme à la porte ne savait plus quoi faire, étonné par le manque de réaction de son supérieur.

- Mon capitaine ? Il faut faire sonner les cors et organiser les troupes !

Le sang du capitaine ne fit qu’un tour, un tour de trop peut-être, car il se sentit soudainement fébril, prit de vertiges et de nausées. Il devait néanmoins garder la face, prendre ses responsabilités, il aviserait en fonction de ce qui se passerait ensuite. Le protocole, il fallait suivre le protocole ! Il fit un effort démesuré pour se souvenir de ses longues heures de cours sur les sièges et l’organisation des combats lorsqu’on était assiégé soi-même. Mais son esprit affolé ne parvenait pas à se raccrocher à quoi que ce soi de tangible et les ordres lui venaient aléatoirement, sans succession logique. Il bégaya une phrase toute faite, une ineptie qui lui paraissait néanmoins la construction la plus sensée en ce moment même.

- Tout le monde à son poste !

Les yeux déjà exorbités de son second semblèrent prêts à quitter leur logement face à tant  d’incompétences.

- Quel poste mon capitaine ? L’armée en marche s’approche déjà des ponts sud et est, ils seront bientôt sur le pont nord également !
- Bordel, tout le monde à son poste j’ai dit ! Si vous ne savez pas où est votre poste, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Est-ce que vous voudriez en plus que je vous explique comment faire votre métier, soldat ?
- Euh… oui, bien mon capitaine…


Le second sortit totalement coi de cette entrevue, ne sachant plus où aller ni que faire. Il fallut quelques minutes supplémentaires au capitaine Valmar pour prendre pleinement conscience de ce qui se passait. Il rejoignit le commandant sur les murailles qui beuglaient des ordres à tout va pour organiser les troupes et préparer le siège. Le commandant se retourna en voyant arriver le capitaine, s’arrêta net dans sa distribution d’ordre et son visage sembla exploser quand il comprit que le pont Sud n’était sous la direction de personne.

- Valmar ! Foutre-Eru, qu’est-ce que vous glandez sur les murailles ? Y a près de quatre cents soldats qui attendent vos ordres aux portes du pont Sud ! Bougez-vous !

Le capitaine Valmar était tétanisé. Il n’avait jamais vu le commandant sortir de ses gonds de la sorte, l’homme n’était pourtant pas avare de ses colères, et plus pour fuir son commandant que pour prendre en main ses hommes, le capitaine Valmar dévala les marches en courant comme s’il avait Morgoth aux trousses et rejoignit les rangs des soldats en armes qui se tenaient déjà devant la porte Sud. Son second s’y trouvait déjà ayant organisé du mieux qu’il pouvait les escouades malhabiles qui s’amassaient devant le pont. Le capitaine beugla un ordre abstrait, les soldats le comprendraient bien comme ils voudraient, on ne pourrait somme toute pas lui reprocher de ne pas avoir pris d’initiatives.

- Soldats, tenez les rangs, préparez-vous à défendre votre situation.

« Et qu’Eru vous bénisse » ..
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Mardil
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L'appel à l'égorgement EmptyJeu 28 Mai 2015 - 18:42
Cela faisait maintenant deux semaines que Vern et Joras avaient rejoint Cair Andros. Vern était content que son compagnon l’accompagnât pour cette nouvelle mission. Ils étaient tous deux d’âge et d’expérience semblables au sein des rangers de l’Ithilien et, au cours des dix dernières années, avaient souvent eu l’occasion de patrouiller ensemble. Ils s’entendaient bien et étaient assez complémentaires, ce qui n’avait pas échappé à leurs supérieurs qui, du coup, les envoyaient régulièrement ensemble en mission.

Les rangers avaient particulièrement souffert du Rude Hiver, qui avait rendu leurs conditions de vie et de travail à la limite du supportable. Ceux d’entre eux qui étaient restés de longues périodes de temps dans l’Ithilien malgré le froid glacial avaient été rappelés à la capitale afin de seconder les soldats de l’Arbre Blanc qui assuraient la sécurité du mariage du roi Aldarion. Joras et lui-même étaient de ceux-là.

Même si Vern ne pouvait nier qu’après les mois éreintants qu’ils avaient passé à geler sur place il était plus reposant de surveiller les festivités, cette mission l’avait ennuyée au plus haut point. Il ne se sentait vraiment utile que lorsqu’il patrouillait dans l’Ithilien, repoussant les attaques sporadiques des orcs et surveillant les frontières du Gondor. Et puis, il y avait eu ce qu’on appelait maintenant l’affaire Mardil.

Vern savait bien que tous ses compagnons d’armes n’étaient pas des modèles de droiture mais le fait de découvrir que l’un des leurs était un criminel de la pire espèce avait été un sacré choc. Les rangers étaient supposés être un corps d’élite et ils jouissaient d’un respect amplement mérité mais ce traire avait causé un grand tort à l’ensemble de ces brillants soldats. Et cela Vern ne pouvait l’accepter.

Il était convaincu qu’en tant que protecteur du royaume, il se devait de montrer l’exemple à tous. Pour lui, l’honneur n’était pas simplement un mot que l’on ressortait lorsqu’on était offensé mais une vertu bien réelle qui devait être défendue à chaque fois qu’elle était attaquée. Il ne supportait pas de voir le glorieux corps d’élite auquel il appartenait être souillé par la faute d’un seul et unique individu, si abject soit-il.

Alors, lorsqu’il avait appris que les incursions orcs en Ithilien nord s’étaient intensifiées et qu’on avait besoin de volontaires, il n’avait pas hésité une seconde et avait demandé à être affecté de ce côté-là du royaume. Il avait été heureux de voir que Joras faisait parti de ceux qui l’accompagnaient pour cette mission. C’est ainsi qu’ils étaient arrivés à Cair Andros deux semaines plus tôt.

Ils n’étaient que peu restés dans la forteresse depuis lors. Ils avaient passés dix jours à parcourir en tous sens la région, repoussant les orcs lorsqu’ils en croisaient. Vern avait pu se rendre compte par lui-même que la situation s’était considérablement dégradée depuis la dernière fois qu’il avait été affecté à la défense de l’Ithilien nord, quelques deux ans auparavant. Il était resté dans le sud de l’Ithilien bien longtemps et il se demandait maintenant pourquoi leurs supérieurs n’avaient pas jugé utile de renforcer leur présence au nord.

Cependant il n’était pas dans ses attributions de critiquer les décisions prises par ses supérieurs. Il croyait dur comme fer aux vertus de la chaine de commande hiérarchique. Son supérieur actuel, le capitaine Praven, semblait parfaitement compétent même si Vern n’avait pas encore eu le loisir d’en juger plus en détails. Il faut dire que sa présence sur l’île n’avait pas excédée quelques jours et qu’il avait à peine croisé le capitaine du bastion, à la défense duquel il avait été affecté lorsqu’il se trouvait dans la forteresse.

Au moment où tout bascula, Vern se trouvait dans la salle commune du bastion, en train de manger la maigre pitance réservée aux soldats, en compagnie de plusieurs de ses camarades. Cela lui suffisait amplement car la nourriture tenait au corps et prendre un repas chaud était déjà un luxe après des jours à crapahuter dans la forêt. L’alerte fût soudain lancée dans tout le bâtiment et, sans chercher à comprendre ce qu’il se passait, Vern se leva et s’équipa aussi vite que possible, ce qui ne lui prît pas bien longtemps, car il n’avait qu’à s’emparer de son arc, son carquois et son épée.

Tout ce qu’il avait compris c’était qu’on avait besoin de défendre le pont nord. Il n’était pas encore inquiet mais il se doutait qu’il s’agissait de plus qu’une bande d’orcs désorganisés pour que l’alarme générale soit ainsi lancée. Il s’élança donc au pas de course vers le pont nord et ce n’est que lorsqu’il déboucha à la sortie du chemin qui serpentait entre les collines qu’il se rendit compte de l’armée colossale qui se rapprochait, bien trop vite, de la forteresse.

A peine fût-il arrivé à la hauteur du châtelet ouest qu’on l’envoya de l’autre côté du pont. Il était affecté à la défense du châtelet est en compagnie d’une vingtaine de ses compagnons rangers, d’autant de piquiers et d’une dizaine d’épéistes. Il traversa le pont au pas de course et prît place en haut du châtelet. De là, il pouvait voir ses camarades en bas qui organisaient la défense de la barbacane. Mais il avait surtout une très bonne vue sur la marée humaine qui approchait inexorablement. Cette dernière paraissait sans fin et ce n’est qu’à ce moment-là que Vern se rendit compte que l’impensable était en train de se produire. Le Gondor était envahi par ses ennemis. Une guerre que personne n’avait prévue venait de débuter et ils n’étaient absolument pas prêts à faire face à ce genre de danger.

En temps normal, il aurait déjà bandé son arc, prêt à tirer du sommet du châtelet sur les ennemis qui tentaient de passer la barbacane mais ils n’avaient que peu de flèches à leur disposition aussi devaient-ils les économiser. L’incendie dont la forteresse avait été victime quelques temps auparavant ne pouvait être une coïncidence. Cette évasion était de toute évidence prévue de longue date. Etaient-ce les soldats orientaux qui se décidaient à passer à l’attaque ? Etait-ce une menace inconnue ? Il l’ignorait et, pour dire le vrai, cela n’avait aucune importance.

Tout ce qu’il savait c’est que le soleil se couchait dans son dos et qu’il n’était pas sûr de voir la lumière du jour le lendemain matin. Un léger frisson descendit le long de sa colonne vertébrale tandis qu’il observait la plaine en face de lui se remplir peu à peu d’hommes qui semblaient bien décidés à entrer dans la forteresse. Il ferma les yeux un instant et fît le vide dans son esprit, se préparant à défendre sa vie aussi bien que son pays.
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Thorseld Eodsen
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L'appel à l'égorgement EmptySam 30 Mai 2015 - 17:10
– Lâche ça avant que j’ten colle une !
– Bah viens m’en mettre une si t’y tiens, Viens-y !
Le banc de bois tomba à l’envers alors que les deux soldats en venaient aux mains pour une simple chopine de bière…

Le tumulte tira Joras de son petit somme. Le ranger releva la capuche sur son front pour observer ceux qui causaient tout ce bazar. Elle est aussi bonne qu’un verre de pisse !, pensa-t-il bien étonné qu’on s’empoigne pour un breuvage si mauvais.

Cela ne faisait qu’une petite quinzaine de jours qu’il était arrivé à la garnison de Cair Andros, mais il avait déjà appris à connaître et à se méfier de cette bière crasseuse et saumâtre qu’on pouvait y boire.
Au contraire de ses compagnons rangers et de lui, les soldats de la garnison de Cair Andros sortaient peu. Les missions étaient rares et n’éloignaient les hommes que trop peu du périmètre de surveillance de la citadelle pour leur offrir une activité physique suffisamment intense pour les garder de ce genre d’écart-là.

Toujours fermement accrochés l’un à l’autre, les deux hommes venaient de rouler au sol et se trouvaient maintenant entourés de quelques soldats que le spectacle navrant avait attirés. Je te les enverrais patrouiller un peu plus loin quelques semaines, moi, ces deux-là !, maugréa le ranger pour lui-même…

Depuis deux semaines qu’ils étaient arrivés à Cair Andros, Joras et son camarade Vern avaient été plus souvent en patrouille de surveillance que planqués derrière les remparts de la forteresse. Les incursions d’orcs se déplaçant en bande nombreuse étaient de plus en plus fréquentes en Ithilien. Et les combats plus intenses, pour les rangers en patrouille lorsqu’ils tombaient sur l’un de ces groupes lors de leurs fréquentes missions de surveillance.
Vern et Joras avaient rencontré et tué beaucoup de ces répugnantes créatures en seulement quelques jours passés ici.

Mais si les deux amis patrouillaient toujours ensemble, ils étaient en revanche souvent séparés à l’intérieur de la forteresse gondorienne. Vern avait en effet été affecté au bastion alors que son ami avait quant à lui été nommé sergent à la citadelle. Et Joras regrettait bien souvent l’absence de son frère d’arme durant les longues heures qu’il passait là.
Les deux bagarreurs avaient roulé jusqu’au coin de pièce dans lequel Joras s’était laissé aller à sa petite sieste, poussant le ranger à se sortir de là en râlant et avec une pensée pour Vern qui devait avoir la vie plus confortable au bastion…

Mais très vite, le tumulte de la petite bagarre fut englouti par une agitation sans pareille dans les couloirs entourant la grande salle. La dispute cessa au moment où une sentinelle entra en trombe pour lancer une alerte inattendue.

– Alerte ! Nous sommes assiégés ! Le commandant a donné l’ordre de tenir les portes !

Après quelques secondes d’hébétude, tous les soldats présents dans la salle se mirent à courir en tous sens pour rassembler leurs protections et leur arme avant de se précipiter dans les couloirs menant à l’extérieur.

Dehors, la cohue était telle que la forteresse toute entière semblait plongée dans le désordre et l’incompréhension. Pourtant, tout le monde se hâtait à une tâche bien précise et se pressait à regagner un poste qui lui avait été désigné.
Pour Joras, qui dépendait de l’autorité directe du Capitaine Valmar, les choses n’étaient aussi simples. Et en l’absence d’ordre précis de ce dernier, le ranger d’Ithilien qui détenait aussi le grade de sergent de la citadelle interpella certains de ses subalternes qui passaient sous son nez.

– Hé, vous trois ! Rassemblez les hommes, nous allons nous rassembler près de la porte sud ! Les soldats s’exécutaient à peine lorsqu’il s’adressa à un robuste soldat hirsute qui lui avait été présenté comme son bras droit lors de son arrivée.

– Caporal Olaf, rassemblez-moi toutes les flèches que vous pourrez trouver rapidement ! Allez ! Le ranger était un bon épéiste et pouvait se débrouiller une lance en mains. Mais s’il était un domaine dans lequel il excellait, c’était bien le tir à l’arc. Et quelques flèches de plus à ajouter à celles de son maigre carquois ne seraient pas de trop face à l’immense armée inconnue qui se massait de l’autre côté des remparts.
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Dwolin
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L'appel à l'égorgement EmptyDim 31 Mai 2015 - 16:30
C'était l'heure du déjeuner et un petit vent frais soufflait doucement sur le bastion. Raus était avec ses camarades artilleurs et partageait un moment fort convivial avec eux après une dure matinée de révision et de réparation du matériel. Contrairement aux archers, eux avaient encore des munitions :

-Ah la bande de débiles ! Ils se trimbalent toujours fièrement avec leurs arcs qui leur servent plus à rien !


Un fou rire général s'en suivit. Raus surenchérit :

-De toutes façon on a pas besoin d'eux, on a une puissance de tir largement nécessaire pour défaire n'importe quelle bande d'orques qui oserait venir ici.

-Ouais, enfin on gaspillerait des munitions, on est pas illimité non plus...


-Au final, on se complète bien, on en tue un maximum et eux ils font le sale boulot à achever les derniers fuyards.

-Mais si ce n'est pas une bande d'orque mais une armée rangée ? On aurait bien besoin des archers.


-Oui si on prend les extrêmes forcément... De toute façon, le nouveau stock devrait arriver d'ici peu et je crois qu'ils en ont fabriqué quelques-unes avec le stock de bois au-cas où...


-Enfin, c'est pas demain la veille où on verra une armée inquiétante dans le coin !


-C'est vrai, qui voudrait nous affronter ici ? La forteresse est quasi-imprenable aussi bien gardé.


Chacun approuva la dernière remarque et continua de manger. Un soldat rajouta la bouche pleine :

-Remarque, on aurait l'air bien con si on se faisait attaquer maintenant...


La phrase à peine finie, l'alerte générale se fit entendre dans tout le bastion. Raus et ses comparses se levèrent et coururent regarder ce qu'il se passait à l'horizon. L'ambiance retomba d'un coup. Chacun fut comme paralysé  devant cette foule immense qui se dirigeait tout droit vers eux. Toute pointe  d'ironie disparue alors de leurs visages pour laisser place à une bouche ouverte et béante : la guerre était là.

Après quelques secondes ils reprirent leurs esprits et se dépêchèrent d'aller chercher leur équipement avant de préparer les balistes. Seul Raus resta tétanisé face à la scène jusqu'à ce qu'un de ses compagnons ne le secoue :

-Hé ! Réveille toi ! Plus le temps de rêver, prépare toi !


-Se préparer... Ah ! Oui ! Tout de suite !


Le soldat reprit le contrôle de son corps et courut dans une direction avant que son cerveau ne se réveille également et qu'il change de direction vers son équipement. La guerre était là, à leur porte. Pas la guerre qu'on voyait à l'entraînement qui se passait loin. Pas avec des mannequins en guise de cible. La vrai guerre, ou à chaque instant on pouvait prendre des vies et y laisser la sienne. Raus avait attendu cela depuis longtemps. Mais il avait plutôt pensé à une dizaine d'orques déjà en déroute et un peu perdus venant s'écraser sur les murailles. Mais là, c'était une armée immense d'origine inconnue.

Ses gestes se faisaient imprécis et il mit un temps fou à être prêt. La panique menaçait déjà de prendre le pouvoir, lui ordonnant de partir, n'importe où, mais loin. La sensation du bois de la lance dans sa main le rassura un peu et il se hâta vers les balistes. Elles étaient déjà quasiment-prêtes.

-Où est-ce que tu étais ? On a plus le temps de jouer à cache-cache ! Aller !

Il se mit à son poste. La proximité de ses compagnons et la vue des balistes le soulagea un peu plus. Après tout ils étaient en haut du bastion et l'ennemi n'y parviendrait sûrement jamais, il serait détruit en chemin. Mais ils étaient si nombreux, comment en être sûr ? Des cavaliers passant par là coupèrent ces réflexions existentielles.

-Artilleurs ! Il désigna Raus et Joff, son coéquipier. Le capitaine Praven désire avoir une baliste qui puisse atteindre les troupes ennemis arrivant sur le pont, nous sommes chargés de la transporter au plus vite sur place !

Sans prendre le temps de réfléchir ils attachèrent la baliste aux chevaux qui partirent en avant.  De leurs côté, les deux artilleurs partirent prendre des munitions avec une demi-douzaine de lancier chargés de  leurs protection. Car si les choses tournaient mal, si le repli était mal anticipé, il faudrait qu'on leur donne du temps pour remonter la baliste afin qu'elle ne tombe pas entre de mauvaises mains.

Le bastion était en pleine effervescence, des piquiers et des rôdeurs accouraient aux châtelet pendant que d'autres préparaient la défense du bastion-même. Dans l'adrénaline de la situation, Raus commençait à reprendre confiance, leurs soldats étaient nombreux et bien organisés, ils avaient toutes les chances de résister à cet assaut. Après être sortis du bastion ils retrouvèrent les cavaliers  qui déposèrent la baliste au point prévu et repartirent à leurs postes.

Tout le monde était déjà en place. Raus déposa son fardeau par terre et régla la baliste en direction des adversaires. Il se sentait en sécurité entouré d'autres soldats, ils pourraient se retirer tranquillement dans le bastion le moment venu. Mais d'ailleurs, comment allaient-ils faire sans chevaux ?

-Hé ! Comment on va rentrer la machine sans rien pour la tirer ?

-Mince j'avais oublié ça... Hé soldat !
Dit Joff en désignant un piquier. Rentre au bastion chercher un cheval, il doit y en avoir quelques-uns affectés au transports qui devraient encore être là.

Et le soldat s'en alla de suite. Les deux artilleurs chargèrent la baliste avec une munition contondante très utiles contre les armes de sièges en tout genre. L'adversaire pouvait désormais venir, ils avaient de quoi les recevoir.
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Elwën
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L'appel à l'égorgement EmptyDim 31 Mai 2015 - 20:05
Corbey se trouvait consigné dans les immenses cuisines de la garnison, avec pour tout compagnon, un vieux chat qui passait d'écuelle en écuelle pour en laper le fond. Tout ça parce qu'il avait eu le malheur d'être surpris en train de goûter un agréable vin du pays pendant son tour de ronde. Il fallait préciser que ce vin était à l'origine destiné à l'un des capitaines et qu'il n'avait fait qu'en prélever un peu à la source, c'est-à-dire aux cuisines. Mais personne n'était obligé de connaître ce détail.... Toujours est-il que cette mésaventure l'avait directement conduit devant le capitaine Valmar. Il n'était pas près d'oublier cette entrevue, s'étant fait passer un sacré savon, repartant avec  la promesse que, s'il s'avisait de recommencer, il était quitte pour un jugement disciplinaire. Pour le moment, il n'avait écopé que d'une liste de corvée longue comme le bras, ce qui, de son modeste point de vue, était déjà largement suffisant pour pardonner son crime.

Alors qu'il s'évertuait à laver les écuelles sales du repas du soir, des éclats de voix lui firent prestement lever le nez de sa tâche. Était-ce une bagarre qui se déclenchait dehors ? Enfin un peu d'animation dans cette garnison ! Vérifiant que personne n'était en vue – on ne savait jamais, l'un de ses camarades lèche-bottes pourrait avoir la bonne idée de le dénoncer au sergent – il quitta prestement la cuisine et remonta les quelques degrés de pierre qui le séparait de la cour intérieure.
Humant avec bonheur la fraîcheur de l'air nocturne, agréable après les odeurs rances de cuisson qui flottaient continuellement dans les cuisines, il constata que la cour était vide. En revanche, il avait l'impression que la moitié de la garnison était agglutinée sur les murailles. Certainement pour observer une patrouille de rangers qui rentraient au bercail.  Déçu, il s'apprêtait à retourner à son travail, lorsqu'une alarme stridente retentit dans tout le fort.

Abasourdit, il observa ses camarades accourir à toutes jambes vers les baraquements, se ratatinant contre un mur afin d'éviter de se faire piétiner. Une fois la vague passée, il leur emboîta le pas et se retrouva dans une file de soldats attendant de récupérer leur équipement. Il en profita pour interroger son plus proche voisin sur ce qui se passait. Celui-ci lui répondit d'un vague haussement d'épaule en ajoutant qu'il ne faisait qu'appliquer la procédure associée au signal d'alarme. Une fois son équipement enfilé, son arme à son côté et son encombrant bouclier dans la main gauche, Corbey se sentit pataud. C'est que cette armure n'était vraiment pas pratique ! Et il devait peser une tonne avec ça sur le dos....

Entendant un sergent rugir que les soldats d'infanterie de la quatrième unité devaient se rendre sur le champ au pont Sud, il s'y dirigea sans véritable enthousiasme. Mais l'homme semblait être dans tous ses états et mieux ne valait pas le contrarier en obéissant promptement. Il aurait tout de même bien aimé qu'on lui explique ce qui se passait ! Pour nécessiter toute cette agitation, on devait se trouver au bord d'une grande catastrophe. Ou peut-être était-ce le capitaine Valmar qui organisait des manœuvres d'entraînement ? Cela ne le surprendrait guère venant de sa part. Il n'aimait rien tant qu'infliger des exercices humiliants ou sans intérêt à ses hommes. Il devait en ce moment même se trouver à l'une des fenêtres tout en prenant un plaisir malsain à les observer se démener et à s'agiter dans tous les sens tel des poules en cage.

Devant la porte Sud se trouvait une véritable marée humaine, dont les éléments se déplaçaient en électrons libres, sans discipline aucune. En bref, c'était une joyeuse pagaille que le second du capitaine Valmar et quelques vaillants sergents essayaient tant bien que mal d'organiser en lançant des ordres à tout va. Une fois installé dans le rang, le jeune recruté surprit ses camarades de ligne en grande conversation sur l'origine de la menace.

-Paraît qu'il sont des milliers à être massés sous les murailles !
-Des Orcs ?
-Mais non imbécile, on l'aurait su depuis longtemps si des Orcs s'approchaient d'ici ! Y en a qui disent qu'ils viendraient du Sud, d'autres que ce s'raient des Orientaux.
-Ce n'est donc pas un simple exercice inventé par Valmar, intervint Corbey, une pointe d'angoisse dans la voix.
-Sûr que non ! Regarde, le voilà qui arrive, annonça le soldat tout en pointant son doigt vers la droite.

Effectivement, le capitaine avançait vers eux d'un pas pressé. L'organisation n'étant visiblement pas à son goût, il se mit à crier ce qui ressemblait à des instructions. Au bout de plusieurs minutes, les unités commencèrent à être véritablement en ordre et l'agitation retomba progressivement. Si bien que Corbey put entendre distinctement le capitaine les appeler à tenir leurs rangs et à défendre leur situation. Mais contre qui, ou quoi au juste ? Évidement, personne n'aurait jamais songé à leur donner des informations claires et précises, ça non ! Ils n'étaient que de simples soldats, tout juste bon à donner des coups d'épées, mais incapable de penser ! Alors quel intérêt pour eux de savoir s'ils allaient se battre contre des archers, des orcs, des cavaliers, ou que sais-je encore, des éléphants ? Serrant les dents pour étouffer un juron qui lui vint spontanément aux lèvres, Corbey se prépara à découvrir qui seraient leurs adversaires.
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Ryad Assad
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L'appel à l'égorgement EmptyDim 7 Juin 2015 - 12:58
Cair Andros fourmillait d'une activité intense, alors que les officiers répartissaient leurs hommes en braillant des ordres à peine audibles par-dessus le vacarme assourdissant que produisaient des dizaines de bottes ferrées martelant le sol. Pour beaucoup des hommes qui arboraient l'uniforme du Gondor aujourd'hui, c'était leur première bataille, pour ne pas dire leur première expérience du combat. Davantage que les militaires, tous les serviteurs, écuyers, commis et pages en âge de se battre avaient été mobilisés. Ils arrivaient en groupes dispersés, cherchant à retrouver leur unité. Ils ne savaient pas vraiment qui les commandait, et le plus souvent on leur demandait de se placer derrière les bataillons déjà formés, et de « faire comme eux ». Comprendre : attendre, attendre, et attendre encore. Ils trépignaient d'impatience pour certains, de peur pour la plupart. Beaucoup n'avaient pas compris ce qu'il leur arrivait, et ils se retrouvaient dans une situation où ils n'auraient jamais voulu se retrouver. Face aux portes, au sein d'une formation défensive qui se préparait à affronter un ennemi dont personne n'avait connaissance, que pouvaient-ils faire ? « De votre mieux », répondaient les sergents quand ils leur posaient la question, ces derniers ayant la même leur paniquée dans le regard que les bleus. Parce qu'ils ignoraient eux-aussi qui était l'ennemi à affronter, ou bien parce qu'ils savaient au contraire précisément quelle était la nature de la menace ? Qui pouvait le dire ? La nuit était tombée désormais, et l'obscurité enveloppait tout et chacun dans un linceul ténébreux qui donnait à la scène un aspect irréel. De nombreuses torches avaient été disposées, et la lumière des flammes se reflétait sur les armures, projetant un halo mordoré aux alentours. Si la situation n'avait pas été aussi critique, davantage de soldats se seraient permis de contempler ce spectacle, et d'admirer les arabesques fascinantes que dessinaient les jeux d'ombre et de lumière sur leurs plastrons métalliques. Pour l'heure, toutefois, ils étaient occupés à rester tranquille, à résister à la tentation de prendre leurs jambes à leur cou pendant qu'ils le pouvaient encore. Chacun essayait de se concentrer, en attendant les ordres qui viendraient immanquablement.

Au loin, dans l'ombre, la masse grouillante dissimulée par la nuit se mettait en branle.


~ ~ ~ ~


Pont Central


Le Commandant de la forteresse avait enfilé son casque, et sorti son épée de son fourreau. Elle ne lui servait à rien pour le moment, mais il lui semblait que donner des ordres en ajoutant cette tige de métal au bout de son bras lui conférait un surcroît d'autorité pour tenir en laisse les punaises qui servaient sous ses ordres, et qui ne manqueraient pas de mettre à mal la stratégie qu'il avait prévu d'employer. Il était convaincu de l'efficacité de sa démarche, observant avec quelle rapidité on filait pour exécuter ses directives, sans vraiment se rendre compte qu'on fuyait surtout les grands moulinets qu'il faisait dans l'air, et qui avaient déjà menacé d'éborgner un de ses lieutenants. Le pauvre avait baissé la tête au bon moment, sans quoi la première victime de cette sinistre bataille aurait été chantée par les bardes pendant mille ans encore. Le Commandant se tourna vers ses hommes, qui continuaient d'affluer, et qui étaient répartis par les officiers subalternes. Quelle bande de pouilleux, loin des hommes qu'il aurait aimé diriger en cette soirée qui s'annonçait sanglante. S'il avait eu avec lui un bataillon de gardes de la citadelle, ou même une unité d'élite de Minas Tirith, il aurait pu tenir cette forteresse avec trois fois moins d'hommes, sans risquer de voir l'ennemi venir fouler le sol de la citadelle. Au lieu de quoi, il devait se contenter d'une armée inexpérimentée, qui n'arrivait même pas à se placer correctement en formation. Beuglant pour se faire entendre de ses officiers, le commandant s'époumonait :

- Allez, allez ! En rangs ! Sergent… euh… Comment il s'appelle celui-là déjà ?

- Lequel, mon commandant ? Ah lui ? C'est Arion, mon commandant. Arion fils de…

Un moulinet interrompit l'officier qui s'était approché, et qui battit prestement en retraite pour glaner quelques minutes sur cette terre :

- Fils de chien, sans doute ! Encore un incapable… Arion ! Bon sang, Sergent Arion, vous allez ouvrir vos esgourdes !?

L'intéressé, qui rassemblait ses hommes et leur donnait des directives, tourna finalement la tête vers le chef militaire de Cair Andros, que l'on ne pouvait pas manquer. Il était le seul à paraître canaliser sa peur par encore plus d'énervement, ce qui était prodigieusement effrayant, dans un sens. Désignant le pont de la pointe de son épée, il ordonna :

- Trouvez des haches, et abattez-moi le pont ! Mais attendez, nous avons des hommes qui tiennent le corps de garde de l'autre côté de la rive, ne les laissez pas tomber !

Ce n'était pas une invitation, et en dépit du caractère suicidaire de la mission, Arion devait obéir. L'idée en soi n'était pas complètement stupide. Le pont central était le moins fortifié des trois, et il était construit en bois, afin de pouvoir être détruit facilement. L'objectif était de forcer l'armée ennemie à se déployer sur trois fronts, pour ensuite la priver de ce point d'accès qui risquait de semer la désorganisation. Le temps que les officiers eussent vent de la nouvelle, et qu'ils trouvassent un moyen de redéployer leurs troupes, ces dernières demeureraient inutiles, au milieu du champ de bataille, gênant la transmission des ordres. Avec quelques haches, et une équipe déterminée, il était possible de creuser rapidement des trous dans le pont, mais en abattre une portion suffisante pour empêcher des hommes de sauter par-dessus serait une autre histoire. De très longues minutes éreintantes seraient nécessaires, pendant lesquelles ils seraient totalement exposés, risquant à tout moment de voir leurs compagnons du corps de garde revenir en courant. Sur la rive orientale, en effet, se trouvait une petite construction en pierre, qui gardait une grille protégeant l'entrée du pont. Bien moins fortifiée que celle du pont Sud et du pont Nord, elle tomberait facilement si leurs ennemis étaient bien organisés, mais ces hommes ne comptaient de toute façon pas pour grand-chose.

On y avait envoyé les moins hommes les moins expérimentés, les porteurs de vivres, mules humaines affectées au transport des rations, et les éplucheurs de pommes de terres comme ce Lorain  d'Osgiliath. Ils n'avaient même pas d'arcs, les pauvres, et ils devraient se contenter d'essayer d'ébouillanter leurs adversaires les plus immédiats, de leur jeter des pierres, puis de fuir à toutes jambes en racontant ce qu'ils avaient vu. Les informations qu'ils pourraient – peut-être – ramener étaient cruciales pour la suite de la bataille, mais leur mission était si dangereuse qu'on ne pouvait pas se permettre d'envoyer des hommes importants pour cela. Courir, slalomer entre une pluie de flèches, poursuivis par des hordes d'ennemis… Personne n'avait vraiment envie de se porter volontaire pour une telle mission, et il avait fallu les asticoter pour les pousser à partir. Douze désignés et un officier à cheval, qui aurait regagné son poste à l'abri sur l'île avant que certains de ses hommes eussent réussi à descendre du corps de garde où ils étaient perchés, avec une vue imprenable sur la marée humaine qui leur faisait face. La nuit était si noire qu'ils n'en voyaient pas l'ampleur réelle, mais ceux qui se présentaient face à eux formaient déjà une cohorte impressionnante, forte de plusieurs milliers d'hommes.

Rapidement, les premiers cris de guerre se firent entendre, et la terre se mit à trembler quand des centaines d'hommes surgirent de l'obscurité, courant comme des enragés face à la construction qui paraissait ridicule face à eux. Certains agitaient des frondes, et ils décochèrent leurs pierres qui partirent à toute vitesse, forçant Lorain et ses compagnons à se baisser pour éviter d'en recevoir une dans l'œil. Ce n'était certainement pas aussi efficace qu'une flèche, mais eu égard à leur nombre, le danger était bien réel. L'huile bouillante était prête, mais il faudrait prendre le risque de se mettre à découvert pour la lancer sur les orientaux qui déjà s'étaient jetés sur la grille, amenant des cordes et des crochets pour l'arracher purement et simplement. Et toujours les frondeurs continuaient leur pilonnage méthodique, s'étonnant de rencontrer une si faible résistance…


~ ~ ~ ~


Pont Nord, au même moment…


Le pont Nord était sans doute le plus fortifié de tous, probablement car il était relativement isolé, et que les autres ponts ne pourraient facilement leur envoyer des renforts. Le déploiement de forces du capitaine Praven avait été suivi relativement précisément par ses hommes, les plus expérimentés guidant ceux qui l'étaient moins. Chacun essayait de rejoindre son poste, se répartissant entre le châtelet Ouest et le châtelet Est, d'autres allant à la barbacane, laquelle allait subir de plein fouet l'assaut. La rapidité de réaction du jeune officier en charge de la défense du pont avait été remarquable, et ses troupes réussirent à s'organiser convenablement avant le début de la bataille qui promettait d'être sanglante. Il fallait dire qu'il distribuait ses ordres à tour de bras, allant et venant, arrêtant des officiers pour leur transmettre des consignes particulières. Les hommes s'écartèrent pour laisser passer un groupe de cavaliers, qui traînaient sur un chariot de fortune une des balistes, détachée du bastion. C'étaient les ordres du capitaine, et nul ne fit de commentaire, mais certains se demandaient déjà s'il était bien prudent de faire amener les armes de siège si près de l'ennemi, alors qu'on ignorait tout de celui-ci. La nuit était noire, viser serait compliqué, et le risque de voir une baliste se retourner contre eux n'enchantait guère les hommes du rang, qui essayaient de se convaincre qu'un tel désastre n'arriverait pas. Les officiers savaient ce qu'ils faisaient.

Alors que les hommes continuaient de se préparer, un cri d'alarme retentit. L'ennemi était déjà là ! Des éléments isolés s'étaient approchés à la faveur de l'obscurité, et avaient été découverts bien tard. C'étaient des archers pour la plupart, et ils décochèrent leurs premiers traits sur les sentinelles qui patrouillaient sur les remparts de la barbacane. Deux hommes firent les frais de leur zèle à observer le lointain, l'un d'entre eux succombant immédiatement à ses blessures, le second s'écroulant avec un trait dans l'épaule. La bataille commençait. Les rares archers dans les rangs gondoriens, dont Vern Klayre faisait partie, attendirent l'ordre de tir, pendant que sous leurs yeux leurs ennemis se déployaient. Les assaillants faisaient montre de beaucoup plus de prudence que leurs compagnons du pont central, et ils avançaient derrière de lourds chariots qui leur servaient de protection. Ceux-ci étaient tirés par des créatures dont il était difficile de déterminer la nature. Quadrupèdes, assurément, elles étaient au moins aussi grandes qu'un cheval, mais bien plus trapues. Leurs cornes immenses pouvaient sans peine empaler un homme en traversant son armure. Leur corps était large et massif, et l'ombre dissimulait les cuirs qui avaient été déposés sur leurs flancs et leur tête pour les protéger des flèches. Il en était de même pour les chariots, qui avançaient à un rythme soutenu en abritant des hommes. Derrière, le gros des forces suivait, brandissant des boucliers de fortune qui paraissaient tout de même leur offrir une protection convenable.

Arrivés à une distance respectable, les chariots s'immobilisèrent, et les hommes qui se cachaient derrière lancèrent une charge audacieuse. Fait surprenant, ils couraient avec ce qui semblait être des paniers en osier sur la tête. Des paniers qui les protégeraient efficacement des pierres, un peu moins des flèches, et qui se révéleraient inutiles face aux liquides bouillants qu'on pourrait leur jeter du haut des remparts. Ils avaient l'air de ne pas vraiment s'en soucier cela étant, alors qu'ils attaquaient bravement les Gondoriens, courant en droite ligne comme s'ils ne craignaient pas d'éventuels tirs de la part des défenseurs. Ils étaient des centaines, habillés tous différemment, et il était impossible de deviner lequel était un simple soldat, et lequel était un officier. Tous convergeaient vers la barbacane, en essayant de faire aussi vite que possible. Ils transportaient des échelles, des grappins de fortune, et il était clair qu'ils avaient la ferme intention de prendre possession de la barbacane par le haut. Leurs archers, bien abrités derrière les solides chariots, eux-mêmes recouverts de peaux humides qui les rendaient ininflammables, continuaient à étriller les défenseurs qui essayaient d'assurer une protection convenable des remparts, en repoussant les échelles et en essayant de couper les grappins. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne perdissent la première ligne de défense du pont Nord, que défendait seulement une poignée de braves contre une horde innombrable.

Pendant que les combats faisaient rage sur la barbacane, Raus Brorcil et Joff observaient tout ce qu'il se déroulait depuis leur poste d'observation, dans le châtelet. Ils se tenaient prêts à tirer copieusement sur les ennemis qui parviendraient à s'emparer de la première ligne de défense. Les balistes étaient des armes puissantes, avec une cadences bien plus soutenue que les catapultes. Ils pourraient couvrir la retraite de leurs compagnons efficacement. Toutefois, alors qu'ils opéraient une dernière vérification de leur matériel, ils découvrirent avec horreur un problème tout à fait critique. Une des cordes servant à propulser les lourds projectiles en direction de l'ennemi approchant avait été abîmée dans le transport ! Elle n'était pas encore sectionnée, mais chaque tir l'affaiblirait jusqu'à ce que la machine cède. Le véritable dilemme auquel étaient confrontés les deux hommes était le suivant : s'ils décidaient de tirer quand même, et que la baliste se brisait, des pièces importantes du mécanisme complexe risquaient d'être endommagées par un retour de force non prévu, rendant l'arme inutilisable. A l'inverse, changer la pièce leur prendrait du temps, et surtout les obligeait à faire un choix décisif. Ils pouvaient trouver des cordes suffisamment solides à deux endroits : dans le bastion, qui se trouvait loin de leur position, ou dans la barbacane, qui menaçait d'être prise d'un instant à l'autre. S'ils voulaient réellement faire fonctionner l'arme de manière optimale dans les plus brefs délais, l'un d'entre eux devrait se porter volontaire pour courir chercher une corde de remplacement au plus près des combats, et espérer revenir vivant de cette dangereuse mission. Raus et Joff le savaient tous les deux, mais lequel prendrait sur lui de risquer sa vie…


~ ~ ~ ~


Pont Sud


L'incompétence du capitaine Valmar avait fait prendre un retard considérable aux préparatifs défensifs du pont Sud, si bien qu'alors que l'ennemi était en vue, les archers étaient toujours au pied des remparts, attendant de recevoir des ordres plus précis. Fallait-il sécuriser la rive orientale, en tenant la première ligne de défense, ou laisser l'ennemi se masser sur le pont pour ensuite le cribler de traits ? Etait-il préférable de combattre sur le pont, là où les formations de combat disciplinées des Gondoriens pourraient compenser leur cruel désavantage numérique, ou bien était-il plus judicieux de laisser l'ennemi s'empaler sur le corps de garde qui protégeait l'entrée Sud de la forteresse ? Nul ne semblait le savoir, pas même le capitaine qui inquiétait plus encore ses hommes que l'ennemi approchant. Un ennemi qui ne se fit pas prier. Seulement une trentaine d'hommes défendait la rive orientale, et ils furent rapidement submergés. Privés d'archers, n'ayant pas reçu de pierres ou d'eau bouillante pour attaquer leurs ennemis, ils se retrouvèrent bientôt à court de solutions, et on les vit soudainement revenir en courant à toutes jambes, agitant les bras pour prévenir leurs compagnons de leur ouvrir la porte :

- Capitaine, ils sont des nôtres !

On se tourna vers Valmar. C'était à lui seul qu'appartenait la décision, et même si personne n'aurait décemment laissé des alliés du mauvais côté des remparts, il fallait que ce soit le capitaine qui ordonnât l'ouverture des portes. Dans une telle situation, ce pouvait en effet être très dangereux, et aucun officier subalterne ne pouvait assumer une telle décision seul. Pourtant, l'intéressé paraissait réfléchir à la question, et son ordre tarda à venir. Un craquement sec retentit au loin, et détourna l'attention des hommes qui sinon auraient commencé à gronder sévèrement après leur capitaine. Un groupe de fantassins, au nombre desquels on pouvait compter le soldat Corbey, se précipita en haut du petit corps de garde qui défendait la porte, pour découvrir avec horreur que l'ennemi était déjà sur le pont. Un chariot renforcé venait de défoncer une partie de l'arcade qui soutenait l'entrée, après que la grille eût été arrachée par l'action combinée de dizaines d'hommes tirant de toutes leurs forces sur les cordes qu'ils y avaient attachés. La créature de cauchemar qui tractait l'immense chariot s'engagea sur le pont, suivie par une colonne de soldats portant haut des lances brillantes qu'un des hommes du rang avait déjà vues :

- Ils ont les mêmes armes que les Orientaux qui étaient au mariage. C'est le Rhûn qui nous attaque ! Capitaine !

Les ordres manquaient cruellement, et en bas du fort, la trentaine d'hommes regardait, paniquée, l'avancée de leurs ennemis. Le chariot se rapprochait inexorablement, tiré par cette créature qui mugissait sous l'effort. Ils se mirent à hurler, appeler à l'aide, tambouriner à la porte, ne comprenant pas pourquoi on refusait de leur ouvrir. Certains vociférèrent des insultes, et deux d'entre eux préférèrent se jeter à l'eau dans l'Anduin que d'être piétinés par leurs ennemis. Les flèches ennemies n'eurent pas raison d'eux, le poids de leurs armures si. Ils avaient pensé pouvoir rejoindre la berge avant d'être emportés au fond par l'acier qu'ils avaient sur le dos, mais leur prise était mal assurée sous leurs doigts gantés, et ils avaient disparu sous les yeux de leurs camarades épouvantés.

Corbey et ses compagnons étaient à quelques mètres à peine du mécanisme d'ouverture, qu'ils pouvaient actionner facilement. Toutefois, s'ils prenaient cette décision, ils engageaient la vie de tous les autres, et probablement celle de tout Cair Andros par la même occasion. En revanche, s'ils ne faisaient rien, ils condamnaient très certainement leurs frères d'armes qui se trouvaient entre eux et l'armée ennemie. Le capitaine n'avait pas encore donné ses ordres, mais il était évident maintenant qu'actionner le lourd mécanisme ne se ferait pas suffisamment rapidement pour permettre d'ouvrir et de refermer les battants avant que les orientaux fussent là. Les hommes en haut des remparts se lancèrent un regard lourd de sens. Certains étaient prêts à prendre le risque pour sauver les leurs, d'autres préféraient sauver leur peau et n'étaient pas prêts à agir. Ce qui était certain, c'était que si quelque chose devait être fait, cela devait être fait sur-le-champ…

Les Rangers, au milieu de toute cette cohue, ne savaient toujours pas comment se déployer. Il était évident, toutefois, que leurs flèches ne leur serviraient à rien s'ils restaient au niveau du sol, et qu'ils auraient de plus grandes chances de contribuer à la défense de l'île s'ils se hissaient sur les remparts. Toutefois, en l'absence de directives précises, beaucoup de sergents étaient paralysés. Fallait-il essayer de raisonner le capitaine, pour le ramener à la raison ? Était-il préférable de passer outre ses ordres et agir pour le mieux, ce qui pouvait signifier insubordination et dégradation ? Chacun craignait « l'Intransigeant » Valmar qui pouvait devenir fou s'il voyait son pouvoir lui échapper, mais qui risquait de les faire courir à leur perte si personne ne le secouait, ou ne donnait d'ordres à sa place. Le choix appartenait aux officiers, notamment les sergents des Rangers comme Joras, que leurs hommes pressaient du regard de faire quelque chose. Vite. Vite avant que la bataille ne fût totalement perdue.


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L'appel à l'égorgement EmptyDim 7 Juin 2015 - 23:06
[désolé du retard]

Le sang d'Arion battait ses tempes avec la furie d'une tempête hivernale. Il ne parvenait pas à en croire ses yeux et ses oreilles : il était plongé dans l'action. Elle l'enveloppait tout entier, perturbait ses sens et troublait son jugement. Les trompettes de la gloire tintaient déjà à ses oreilles. Lui qu'on appelait de manière sarcastique « La légende », il allait enfin pouvoir montrer ce qu'il valait ! Son esprit s'emplissait d'actes de gloire. Il se voyait déjà triompher d'un dragon, lui tranchant le cou d'un geste vif, son fidèle acier gondorien décrivant un arc élégant dans l'air, avant que …

- Arion !

Une voix peu amène le tira de ses rêveries. Le capitaine de la citadelle, qui l'encourageait à mener ses hommes. Alors, la brume des songes se dissipa violemment, et il se vit tel qu'il était. L'un des petits rochers auxquels devaient se raccrocher les soldats pour que la ligne ne se brise pas. L'un de ces petits maillons faillibles qui devaient transmettre les ordres et le courage de supérieurs qui, eux, n'avaient pas besoin de titres pour prétendre à la légende … Arion eut soudain conscience de sa propre faiblesse, de son incurie. Les ordres du capitaine lui traversèrent l'esprit comme un trait fulgurant. Il entendait les hurlements, le tumulte de la guerre. Tout cela était beaucoup moins beau que ce qu'il s'était imaginé.

Il songea un moment à s'enfuir.

A laisser les quelques hommes qu'il avait en charge se débrouiller seuls. A les laisser se battre pour leur vie, alors même qu'elle était déjà perdue. Il chancela. Et sentit alors, glissé contre sa poitrine, son petit carnet. Celui-là même dans lequel il se rêvait une autre vie, celle de la Légende. Les chants qu'il y avait consigné emplirent son esprit, couvrant la réalité d'un voile héroïque qui lui permit de reprendre pied.

- Bien, commandant, ce sera fait !

Il avait répondu d'une voix forte, qu'il espérait sans tremblements. Il allait devoir faire ses preuves, entrer dans la légende. Devenir celui qu'il avait toujours rêvé d'être – même avec quelques kilos en trop et un faible pour la bonne bière. Mais le poids de l'inexpérience pesait lourd sur ses épaules pourtant musculeuses. Il avait peur de faire un faux pas, mais il n'avait pas le choix. Regardant autour de lui, il harangua brièvement ses hommes pour les rassembler. Il réfléchit un instant. S'il fallait couper le pont avant que le bastion cède …

- Allez, messieurs ! Quatre prennent des haches. Murs de boucliers pour protéger les sapeurs !

Les hommes tremblaient. Ils savaient que la mission qu'on leur avait confiée n'était pas des plus sûres. Ils savaient que leurs chances étaient faibles de survivre. Arion jeta un œil du côté du corps de garde. Il semblait si frêle, si mal protégé. Comme une barque ballotée sur les flots déchaînés d'une mer noire et profonde. Arion savait que si le petit bâtiment tombait – et il allait tomber – ce serait la débandade, une fuite totalement anarchique, qui serait fatale à la mission des sapeurs. Il fallait tenir le corps de garde assez longtemps pour permettre aux sapeurs d'achever leur tâche. Il fallait – Arion en eut l'intime conviction, peut-être faussée, mais au moins honnête – qu'il aille en personne leur apporter son aide. Qu'il se montre digne du grade de sergent qu'il n'avait jamais réellement mérité – le pensait-il.

- Vous deux, avec moi. Boucliers autour de moi ! Et vous deux, aussi. En carré, messieurs, et filons au corps de garde !

L'adrénaline semblait avoir anesthésié tout réflexe d'autoprotection chez Arion. Il leva son arme, inspiré, pour encourager ces quatre hommes qui partiraient au charbon avec lui. Deux d'entre eux, il les connaissait depuis longtemps. Auprès du feu, ils s'échangeaient leurs histoires, leurs rêves. Arion se sentait coupable de mettre ainsi leurs vies en danger. Mais en même temps, il préférait tomber à leurs côtés, tout pénétré des idéaux de gloire héroïque qu'il était. Les deux hommes lui emboîtèrent le pas sans rechigner. Les deux autres, il fallut les convaincre un peu plus habilement. Arion aurait bien rallié plus d'hommes à sa mission, mais il n'était pas sûr de pouvoir en convaincre plus. Il s'en remettait à leur bonne volonté.

Dépassant les sapeurs d'un pas rapide, il se dirigea vers le corps de garde en courant, à moitié couvert par ses hommes. S'ils arrivaient tous sains et saufs jusqu'au corps de garde, ils pourraient répliquer de quelques flèches. Les hommes positionnés là-bas étaient chichement équipés. Sans aide de soldats entraînés, ils ne tiendraient vraiment pas assez longtemps. Arion eut le sentiment que tout cela était bien vain. Bien désespéré. Mais les individus en face semblaient déterminés. Autant leur montrer de quoi Gondor était capable.

Le sergent jeta un bref coup d'oeil en arrière. Les sapeurs et leurs protecteurs semblaient faire du bon boulot – même s'ils avaient mis du temps à se mettre en position. Il se sentit fier de ses hommes, des soldats sans expérience qui, pourtant, n'hésitaient pas à mettre leur vie en jeu pour suivre ses ordres. Plein de fierté, il se sentit un peu plus digne de son titre humoristique. Envahi par un soudain sentiment étrange, mêlé de peur et de colère, Arion hurla, levant son arme à bouts de bras. Les quelques hommes qui l'entouraient tentèrent de conjurer la peur de la même manière, dans cette grande fuite en avant qu'on appelle la guerre. Hommes contre hommes. Et le corps de garde, toujours plus près.
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Evart Praven
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L'appel à l'égorgement EmptyJeu 25 Juin 2015 - 22:58
Chevalier Klargus Praven, fils de Regan Praven de Delgas

HRP : Sincèrement désolé pour le retard, je pensais que Dwo devait poster avant moi et lui l'inverse ^^ Mes excuses pour nous avoir mis en retard ...

En haut du châtelet, Klargus regardait ses troupes se mettre en place comme on pouvait l'attendre. Sans vraiment sans rendre compte, il manquait d'expérience et se contentait de réagir comme on l'attendait de lui en plaçant ses hommes comme on lui avait appris. Moins génial qu'appliqué, il était plutôt un exécutant zélé traditionnaliste, preuve en était avec l'arrivée d'une baliste qui, pourtant, n'était pas d'un grand avantage tactique en pleine nuit. Alors que tout le monde se mettait en branle, d'un coup d’œil, Klargus remarqua que la baliste était sur le point de franchir le pont pour rejoindre la barbacane. Du haut des fortifications, il beugla :

- Qu'est ce que vous faites !? Le premier étage du châtelet peut les abriter ! Attrapant une jeune recrue, il lui dit : Allez les aider, rappelez-vous premier étage, tour Sud qu'ils passent par l'escalier à l'arrière du bâtiment.

Ayant reçu ses ordres, le jeune garçon se mit à trotter pour aller les délivrer au plus vite. C'était l'avantage avec les fraîches recrues, ils n'avaient pas l'habitude des lames mais étaient motivés, s'exécutaient rigoureusement et le plus vite possible. A mesure que le bruit de l'armée ennemie se faisait plus forte, Klargus se rendait compte que sa position n'était pas idéale. Si elle permettait une circulation plus facile de l'information, l'empêchait d'acquérir des renseignements précieux. Embarquant au passage cinq jeunes recrues qui s'occupaient de transporter les directives du capitaine, le jeune chevalier dévala les escaliers et se retrouva rapidement dans la cour de la barbacane. Croisant un coursier, il lui demanda d'aller aux nouvelles depuis les autres ponts puis à un second de partir dix minutes plus tard, le troisième lui devait porter quelques ordres pour préparer la défense du bastion. Par bonheur, la petite compagnie de piquiers se mettait au travail et se préparait à couvrir une éventuelle retraite. Des chariots commençaient se rapprocher pour réaliser une barricade. Alors qu'il se dirigeait vers les murs, le jeune officier fut arrêté par un vieux lieutenant :

- Messire, retournez au châtelet.

- J'ai besoin de savoir ce qu'il se passe et je ne peux le voir de là-haut.

- Capitaine, si vous allez là-bas. Vous allez soit combattre et risquer votre vie inutilement, soit devoir vous replier et cela pourrait déclencher une déroute. Si vous faites un pas de plus, il n'y aura pas de retour possible.


Dans un mouvement de râle, Klargus se dégagea de la conversation pour se rapprocher de la tour centrale. Ne se rendant pas compte du danger qu'il prenait et qu'il faisait courir pour tout le monde, il avançait sûrement avec l'idée qu'il lui fallait certes plus d'informations mais aussi il fallait qu'il prouve à ses hommes qu'il ne les envoyait pas à la mort et, en outre, il éprouvait une sorte de besoin égoïste à montrer qu'il n'était pas là pour rien, à faire ses preuves en somme. Montant quatre par quatre les marches dans la tour, il arriva enfin sur le parapet pour se rapprocher des créneaux.

Au loin, on pouvait distinguer une horde innombrable qui semblait comme se protéger derrière de lourds chariots caparaçonnés. Ceux-ci étaient tirés par des bêtes infernales très hautes au garrot, massives et portant de grandes cornes. Elles rappelaient au jeune homme les histoires sur les anciens taureaux nommés aurochs. Alors qu'il se penchait pour essayer de mieux distinguer la tactique adoptée par les adversaires, Klargus eut la frayeur de voir une flèche s'écraser sur la pierre juste à gauche. Se reculant brutalement, il échappa de peu à un autre projectile qui fendit l'air au dessus de son casque. Malheureusement pour lui, un de ses compagnons n'eut pas cette chance et le carreau lui transperça le crâne de part en part. Reculant de quelques pas, il se mit à donner des ordres.

Archers, vous devez tirer pour tuer. Nous avons peu de munitions. Plus bas, il attrapa une recrue. La baliste devrait déjà embrocher des ennemis, va voir ce qu'il se passe ! Puis il alpagua les sergents qui étaient sur les remparts. Dites à vos hommes de faire attention aux flèches ennemies, si un rempart vous semble perdu, il faut vous replier jusqu'à la tour et nous ne pouvons pas la quitter avant que le signal soit reçu. Tant qu'on tient ses murs, ils ne pourront pas avancer plus.

Retournant à ses recrues, il continua de donner les derniers ordres jusqu'à la charge de leurs adversaires inconnues. Contrairement à ce qu'il pensait, ceux-ci ne tentèrent pas de défoncer les portes de la barbacane mais préférèrent se jeter à l'assaut des remparts. C'était une folie d'agir de la sorte, il y avait des douces larges qui ne seraient pas faciles à franchir mais les hommes affluaient sans se soucier de leurs pertes. Certes les archers du Gondor n'étaient pas nombreux et bien approvisionnés mais, une fois les échelles posées et les grappins lancés. Il ne fallait pas beaucoup d'efforts aux gondoriens pour les renvoyer ou tuer ceux qui montaient. Leur seul problème allait être l'afflux continuel de nouveaux adversaires. Ceux-ci d'ailleurs étaient bien étranges. On ne pouvait pas distinguer leurs officiers du reste, ce qui n'était pas pratique pour les tuer et certainement pas pratique pour diriger cette horde. Plus encore, ils portaient tous ou presque d'étranges paniers en osier sur la tête dont on se demandait bien à quoi ils pouvaient servir.

N'ayant guère le temps de réfléchir, Klargus se lança dans la défense de la barbacane. Tirant l'épée de son fourreau, le chevalier se plaça derrière un créneau et, alors qu'un soldat ennemi, approchait du parapet, il fit lui fit face et lança un coup d'épée qui toucha son bouclier. Déstabilisé par ce coup puissant, l'homme menaça de perdre l'équilibre et, pour ne pas tomber, dut baisser sa garde. En profitant, Klargus enfonça son épée dans le panier en osier qui s'enfonça ensuite dans son crâne. Le cadavre de l'homme chuta dans l'eau quelques mètres plus bas et il ne fallut pas longtemps pour qu'un nouveau guerrier se présenta. Encore une fois, il ne fallut pas longtemps au jeune chevalier pour s'en débarrasser. Comment pouvaient ils continuer cet assaut au regard des pertes que les valeureux guerriers gondoriens leurs imposaient ? Ils ne semblaient pas compter leurs pertes -ce qui n'était pas totalement illogique au regard de leur nombre-. Alors qu'il se replaçait encore une fois face à l'échelle, un homme qui semblait plus fort résista à plusieurs reprises aux coups acharnés du fougueux jeune homme qui ne parvint pas à lui faire baisser sa garde. Alors qu'il s'approchait dangereusement du parapet, Klargus craignait de voir devant lui le premier homme à poser le pied sur le mur. Fort heureusement pour son honneur, un piquier parvint à planter son arme entre le bouclier et le créneau puis à l'enfoncer dans le cœur de l'adversaire qui chuta en arrière en gênant l'ascension irrésistible de la colonne.

Profitant de cet instant de répit, le chevalier se retourna pour évaluer la situation générale. Contrairement à ce qu'il pensait, la défense n'était pas aussi inébranlable qu'il pensait et des barbares commençaient à poser le pied sur des parties de la muraille. Tandis que le tronçon Nord tenait bien, Klargus laissa ses hommes se débrouiller pour rejoindre la tour centrale pour venir aux nouvelles. Une des recrues était là :


- Bon Dieu, pour cette baliste ne tire-t-elle pas !?

- Messire, une corde a été endommagée. Les artilleurs disent qu'il est trop dangereux de l'utiliser ainsi et cherchent une corde de remplacement.

- Quoi !?!
Dit-il en s'étranglant. Où est ce qu'ils la cherchent ?

- Je ne sais pas, messire.

- Tachez de savoir, nom d'Eru !


Fort de cette très mauvaise nouvelle, Klargus se lança sur le tronçon Sud où leurs ennemis prenaient sérieusement pied. Fort heureusement, le nombre était une variable moins contraignante sur des murs où tout était exigu. Se frayant un chemin parmi ses hommes qui travaillaient à repousser échelles et assaillants, il approcha du segment qui était déjà tombé et se lança dans de grands moulinets. Le premier assaillant lui sauta dessus en tentant de l’embrocher avec sa lame mais le jeune homme parvint à l'esquiver en s'écrasant lourdement contre le créneau tandis que l'homme, emporté par son élan, fut simplement cueillit par deux soldats qui eurent simplement à lui planter une épée dans le dos pendant que Klargus continuait son combat. Le nouvel adversaire n'eut pas beaucoup plus de chance puisque le jeune chevalier parvint, non sans mal, à lui planter son épée au niveau du foie. Obnubilé par le combat, il ne se rendait pas compte qu'il se fatiguait. Cette réalité se rappela rapidement à lui lorsqu'une lame lui toucha la jambe et lui laissa une vilaine entaille qui le destabilisa. Voyant leur capitaine en difficulté, les deux soldats derrière lui chargèrent :

- Pour le Gondor !

La charge des deux hommes repoussèrent rapidement l'assaillant qui alla s'écraser au sol à l'intérieur de la barbacane. Se relevant, Klargus commença à faire reculer ses hommes. Pour que tout le monde soit au diapason, il chargea un de ses deux compagnons d'ordonner la retraite vers la tour tandis que lui le couvrait avec le garde restant. Ironiquement, ils gagnèrent presque trop de temps puisque quasiment tout le monde avait déserté le parapet alors que Klargus et son homme de main n'étaient même pas aux portes de la tour. Alors qu'il combattait, le chevalier entendit tout à coup un bruit derrière lui. Se retournant, il y avait un soldat gigantesque qui était à deux doigts de l'égorger quand il affaissa pour dévoiler une des jeunes recrues. Le garçon devait avoir à peine plus de quatorze ans et se rendant compte de la situation, ils détalèrent. Par chance, des rangers avaient encore des munitions et ils purent couvrir leur retraite vers la tour dont on barricada l'entrée qui donnait sur le rempart Sud.

Montant au sommet, Klargus en profita pour prendre connaissance de la situation des artilleurs. Malheureusement, le garçon ne les avait pas trouvé et ne savait donc où ils étaient. Peut-être dans la barbacane, peut-être au bastion. Si c'était le cas, le capitaine pria pour qu'ils aient pensé à prendre un coursier... Arrivé au sommet, il ne lui fallut pas longtemps pour évaluer la situation qui était difficile. La section de mur entre la porte Sud et la tour centrale était perdue, les combats sur la section Nord continuait mais les gondoriens reculaient. Il ne pouvait pas donner plus de quelques minutes aux artilleurs avant d'ordonner le repli vers les hauts murs du châtelet. Rapidement la situation s'aggrava encore puisque sur le flanc Sud, seule la tour restait en possession de l'Arbre Blanc. Ne pouvant conserver longtemps cette position, Klargus se résolut à donner l'ordre de se replier vers les tours dans un premier temps. Elles seules contrôlaient l'accès à la cour de la barbacane -à moins que les assaillants ne se décident à faire un saut de plusieurs mètres-. Profitant de ce repli rapide, les portes furent barricadées. Il devait faire un choix rapide car s'ils attendaient trop, ils risquaient de tout perdre. De toute façon, cette ligne était perdue. Au sommet de la tour, on lança :

- Repli ! Repli !

Ordonnant à deux des jeunes recrues d'aller s'assurer que les hommes des tours Nord et Sud aient bien entendu l'ordre, Klargus se concentra sur le repli. Présent pour organiser la fuite de la tour centrale, le chevalier ordonna aux piquiers de les couvrir de leurs boucliers pour éviter que des traits ne touchent notamment les rangers qui étaient plus faiblement protégés. Ainsi préparés, ils purent atteindre le pont du châtelet sans trop de difficultés. Les hommes de la tour Nord semblaient se replier dans un ordre relativement correct mais ce qui l'inquiétait le plus était la tour Sud. Depuis le début ils étaient dans une position difficile et lui-même ne pouvait se porter à leur secours. Cela aurait été très, trop, risqué. Néanmoins, la barricade prenait forme. Sitôt que tous ses hommes furent passés, un chariot fut placé pour bloquer le passage et, à mesure que les troupes affluaient de tous les coins de la barbacane, les ouvertures se refermaient. Seule celle au Sud restait encore ouverte dans l'espoir que les hommes aient entendu et parviennent à se rejoindre la cour.

A mesure que le temps s'écoulait, la situation devenait de plus en plus périlleuse. Les hommes de la première ligne était rentré se mettre à l'abri tandis que Klargus et les piquiers de la cour couvraient la retraite. Il ne fallut pas trop longtemps pour enfin voir des assaillants dans la cour. Le chevalier n'avait plus le choix, il ordonna à ses hommes de mettre le feu aux chaumières et chariots. Il ne restait plus qu'un passage pour les hommes de la tour Sud et il priait pour qu'ils passent. Par contre, Klargus était convaincu que le chatelet serait plus difficile à prendre. D'abord il y avait une lourde porte de bois qu'il ordonna qu'on ferme -en gardant trois hommes et une petite porte ouverte pour laisser passer les traînards s'ils avaient survécu mais qui se refermaient si les ennemis arrivaient-. Derrière, un pont levis baissé puis une porte qui était elle aussi fermée -à part, là encore, une porte de service-.

Comme dans tout siège, Klargus s'attendait à voir les ennemis forcer la porte et se heurter à la puissante porte suivante qui les attendrait comme un piège. S'ils parvenaient à enfoncer celle-ci aussi, il suffirait aux gondoriens de faire descendre la lourde et solide herse pour empêcher l'afflux d'assaillants, massacrer ceux qui étaient là et se replier vers le pont. Prenant une seconde de pause à l'intérieur, le jeune chevalier compta ses hommes. Ceux de la cour n'avait pour le moment connu aucune perte mais cinq rangers manquaient à l'appel, deux épéistes et près d'une quinzaine de piquiers. Les moins expérimentés étaient tombés comme des mouches mais il n'avait pas le temps de s’apitoyer. Montant au plus vite au sommet du châtelet, il voulait évaluer au plus vite la situation tactique...
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Mardil
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L'appel à l'égorgement EmptySam 27 Juin 2015 - 16:03
Du haut des remparts du châtelet est, Vern avait une vue imprenable sur les combats se déroulant au niveau de la barbacane en contrebas. La nuit était désormais tombée sur ce qu’il fallait bien appelé le champ de bataille. De là où il se trouvait, le rodeur distinguait une marée humaine sans fin qui se précipitait dans les douves, emportant armes et échelles avec eux. Ils devaient être fous ou désespérés pour agir de la sorte car il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un suicide de masse. Cependant ils étaient si nombreux qu’ils semblaient n’avoir cure de voir les leurs tomber comme des mouches.

L’accès au pont était plus que bien défendu et, même s’ils réussissaient à passer les fortifications (ce que Vern jugeait totalement impossible), ils ne seraient jamais assez pour s’emparer de la citadelle ou du bastion. A moins que quelque magie ne soit à l’œuvre durant la nuit, Cair Andros n’était pas prête de tomber.

Alors qu’il surveillait toujours l’évolution des combats sur la barbacane, il vit le capitaine Praven traverser la cour de la barbacane à toute allure et se diriger vers les fortifications de la barbacane. Ce dernier était-il devenu fou ? Ne se rendait-il pas compte que sa sécurité était primordiale ? S’il venait à se faire tuer, qui coordonnerait la défense du pont nord ? Qu’essayait-il de prouver en agissant de la sorte ?

Vern se désintéressa alors de la vue d’ensemble et encocha une flèche. Ses yeux ne quittaient pas le capitaine Praven ne serait-ce que pour une seconde. Il savait bien qu’une seconde d’inattention était tout ce qu’il suffisait pour passer de vie à trépas. Cependant il n’était pas idiot et il savait bien qu’à cette distance et dans l’obscurité ambiante, malgré la lueur des torches se reflétant dans le fleuve et dans les armures de ses camarades, il n’avait quasiment aucune chance d’atteindre sa cible. Il n’avait plus qu’à espérer que les soldats qui entouraient son supérieur hiérarchique sauraient le protéger en cas de menace trop importante pour sa sécurité.

Rapidement, le capitaine disparut à sa vue et Vern étudia la situation. Les combats faisaient rage sur les remparts de la barbacane et au niveau des tours nord et sud. Les ennemis avaient pris pied sur les remparts mais les hommes les repoussaient avec efficacité. Cependant, contrairement à eux-mêmes, l’armée ennemie ne manquait pas de flèches et il vit les corps de certains de ses camarades disparaître dans la nuit noire, touchés par un trait mortel ici ou là.

Il devînt rapidement évident que la barbacane ne pourrait résister bien longtemps face au déversement continu de nouveaux ennemis. Ces derniers finirent par pénétrer dans la cour de la barbacane et Vern vît ses compagnons se hâter de traverser la cour afin de se mettre en sécurité au châtelet. Le feu fût alors mis aux chariots qui encombraient la cour afin de ralentir la progression ennemie et les hommes se dépêchèrent de prendre pied dans le châtelet.

Les derniers hommes qui combattaient sur le rempart sud n’avaient pas eu le temps de se replier et ils ne tardèrent pas à succomber sous les coups de leurs adversaires. Ces derniers envahirent la cour de la barbacane et se précipitèrent vers le pont qui menait au châtelet mais la porte était désormais fermée et il ne serait pas aisé pour eux de l’enfoncer.

En temps normal Vern aurait commencé à tirer sur les ennemis qui étaient maintenant à portée de flèche mais il savait qu’il fallait économiser les munitions. Il avait un impressionnant stock de pierres à ses pieds mais ces dernières ne seraient utiles que lorsque les ennemis seraient directement au dessous d’eux. Les archers ennemis entrèrent alors en action et une première volée de flèches partit dans leur direction. Vern se baissa à temps mais tous ses camarades ne furent pas aussi rapides. Il vit l’un des rangers avec qui il avait patrouillé quelques jours auparavant basculer par dessus les remparts et s’écraser avec un bruit mat sur le pont levis. Vern se rendit compte que l’homme avait posé son carquois à ses pieds et récupéra les flèches en vitesse, se réjouissant que ces dernières ne soient pas tombées des remparts également. Il chassa le sentiment de culpabilité qu’il ressentit immédiatement à cette pensée. Dans une bataille, il n’y avait pas de place pour de telles émotions.

Il risqua un coup d’œil entre deux pierres et vît que leurs ennemis étaient maîtres de la barbacane et qu’ils avaient ouverts les portes des tours nord et sud en grand. Il repéra immédiatement le bélier que portait une dizaine d’ennemis. Ces derniers avaient bien l’intention d’enfoncer la porte et il ne voyait pas comment les arrêter. Il aurait pu user toutes ses flèches à tuer les porteurs mais ils étaient si nombreux que d’autres prendraient leur place et il serait bien plus rapidement à court de munitions que eux d’hommes.

Il savait que si la porte cédait, ils pourraient alors remonter le pont levis pour empêcher leurs ennemis d’arriver jusqu’au châtelet. Une fois le pont levis remonté, il serait impossible d’atteindre la porte qui gardait le passage au châtelet. Les douves étaient profondes à cet endroit de l’Anduin et Vern ne voyait pas comment leurs ennemis pourraient les combler de manière à atteindre la porte. Et quand bien même ils réussiraient un tel exploit, ils seraient reçus par des pierres et des jets d’eau bouillante.

Vern était confiant. Cair Andros ne pouvait tomber.
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L'appel à l'égorgement EmptyVen 3 Juil 2015 - 16:43


Raus observait au loin. Les ennemis approchaient doucement mais sûrement de la barbacane et bientôt ce serait à leur tour de jouer. Les lanciers qui étaient avec eux s'étaient rendus sur les murs les laissant seuls avec leur baliste. Il échangea un regard avec Joff et vérifia une dernière fois la baliste. Quelque chose n'allait pas, la corde était déjà trop abîmé pour être correctement utilisée et elle pouvait craquer en rendant la baliste hors d'usage. Le déplacement sur le châtelet avait dû l'endommager. Les deux artilleurs restèrent sans rien dire pendant un moment. Les fracas provenant de la barbacane les sortirent de leur torpeur, l'assaut avait commencé. Ils étaient sensés tirer maintenant mais que faire ?

-Où est-ce qu'on peut trouver de la corde ?
Commença Joff.

Raus restait pétrifié, ce petit imprévu avait déjà réussi à le plonger dans une panique relative. Ses membres refusaient de répondre. Joff le secoua :

-Oh ! C'est pas le moment de rêver ! Où est-ce qu'elle est cette putain de corde !


-Euh... Je réfléchissais. En haut du bastion avec le reste du matériel je crois.


-Trop loin ça ne servirait à rien !

-Peut-être dans la cour de la barbacane ou dans les tours je ne sais pas...

-Il faut y aller, sans cette corde on ne pourra pas couvrir la porte !


-Mais tu es fou ! Et si la barbacane tombe !


-L'assaut vient de commencer, on a encore un peu de temps. On va fouiller la cour et si il y en a pas j'irai voir dans la tour Sud pendant que tu ira au Nord.


Malgré la réticence de Raus, ils descendirent du châtelet sans un mot. Les combats commençaient à s'intensifier sur les murs, ils devaient se dépêcher. Ils arrivèrent dans la cour et s'attelèrent à la fouiller. Après quelques instant, il devint évident que la corde ne s'y trouvait pas. Ils se dispersèrent alors chacun dans une des tours après avoir convenu de se retrouver dans la cour avant de se replier. Les adversaires devenaient nombreux sur les remparts et les défenseurs n'allaient pas tarder à se replier. Néanmoins ils avaient encore juste le temps qu'il fallait pour leurs recherches. Le capitaine lui même menait une défense acharné contre les mystérieux envahisseurs.

Raus monta alors dans la tour Nord, il essaya de demander aux soldats présents où pouvait être la corde mais ceux-ci étaient trop occupé par le combat. Rien qui ne ressemblait à son objectif ne traînait par ici, il hésita un instant et malgré sa peur, il avança vers les combats pour continuer ses recherches.

Sur le mur les soldats renvoyait des échelles au sol et repoussait des ennemis toujours plus nombreux. L'étrange panier sur la tête de ces derniers attira son regard un instant si bien que lorsqu'il se retourna, il fut très surprit d'en voir un qui combattait un soldat. Tétanisé, il ne se porta pas au secours du soldat en mauvaise posture qui perdit son duel. C'est au moment où le vainqueur s'avança vers lui qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas prit sa lance, il recula donc impuissant. C'est à se moment qu'une lame décapita son vis-à-vis par derrière. Raus bredouilla un remerciement alors que son sauveur repartait combattre. Il repartit sur ses pas bien plus vite qu'il n'était venu. Cette partie du mur n’abritait pas de corde et il était bien résolu à retourner dans la cour attendre son comparse.

Une fois arrivé, il fut fut déçu qu'il ne soit pas là, il aurait aimé se replier au plus vite. C'est alors que le repli fut ordonné, Raus fut tenté de suivre les soldats, après tout Joff avait pu prendre de l'avance pour réparer la baliste. Non, il l'aurait attendu. Raus, contre toute attente grimpa dans la tour sud pour y trouver son ami. Apparemment, le repli avait été ordonné trop tardivement car la plupart des soldats avaient péris. La tour était encore tenue par quelques braves qui ne tiendraient pas longtemps.

Après avoir résisté à son instinct de survie qui lui commandait de partir très loin, Raus repéra Joff. Il était dans un état critique, une flèche dans le ventre. D'après la mare de sang à côté de lui, il n'en avait plus pour longtemps. Raus se rapprocha de lui, il respirait encore. Paniqué, il essaya de le soulever pour l'emmener en sécurité. A ce moment il ouvrit les yeux et dit :

-C'est trop tard... Dans la caisse.


Il désigna une caisse juste à côté puis soupira une dernière fois. Raus l'ouvrit et en sortit la corde recherchée. Les soldats qui le séparaient des envahisseur venaient de tomber et ces derniers commençaient à s'intéresser à Raus. Il sortit aussi vite qu'il put de la tour la corde enroulée autour de lui, traversa la cour et alla se réfugier dans le châtelet avant qu'on ne coupe les accès à celui-ci.
Alors qu'il avait rejoint son poste, l'adrénaline était descendu, il réalisa ce qui venait de se passer. Il était sur le point d'éclater en larme mais se ressaisit, c'était la guerre et il y avait des morts. Il avait signé pour ça. Il se remit donc au travail, remplaça la corde et chargea la baliste. Tout seul cela serait évidement plus lent que prévu. Il sentit alors une douleur en haut de son bras. Il examina un instant et se rendit compte qu'une flèche ennemie l'avait égratigné lors de sa fuite. Après tout ce n'était pas bien grave et il continua de viser avec la baliste. Il aurait au moins la satisfaction d'avoir tué des ennemis. Il vérifia une dernière fois que tout allait bien et tira.
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L'appel à l'égorgement EmptyDim 5 Juil 2015 - 20:11
Une larme solitaire coula sur la joue du vieillard. Il regardait devant lui, essayant sans succès de percer le noir qui avait recouvert le champ de bataille avec l’arrivée de la nuit. Il entendait cependant les bruits qui provenaient des fortifications. Les cris atroces des blessés, le bruit métallique des armes, et celui des corps tombant dans les eaux sombres de l’Anduin. Le son de son peuple, mourant.

-Pourquoi…pourquoi ils se jettent ainsi contre ces murs, avec si peu d’intérêt pour leurs propres vies !?

-Ils sont furieux et déçus, Chef Kaara. Une fois de plus, les hommes du Gondor nous ont ignorés et humiliés. Cette fois, il est temps pour eux d’en souffrir les conséquences…vous connaissez Alaric et ses hommes, ils sont d’une férocité sans pareille, je ne suis pas étonné que la Reine du Nord a préféré les armer et les voir partir vers l’Ouest plutôt que continuer à perdre ses esclavagistes sur nos frontières.

-Maudits soient les hommes du Gondor…de causer ce combat fraternel.

***

La nuit était noire et dense comme le goudron. La lune se cachait derrière les nuages, refusant de partager sa lumière avec les hommes engagés dans un combat fratricide. Pour les défenseurs, le poids psychologique devenait presque insoutenable. Ils ne savaient rien sur leurs assaillants hormis qu’ils étaient innombrables et d’une férocité incomparable à tout ce qu’ils avaient pu connaitre jusqu’à là, hormis peut-être les Uruks Noirs du Mordor.

Les premiers combats s’étaient avérés brutaux. Les soldats Gondoriens se trouvant en première ligne n’étaient pas des vétérans, mais bien des simples blancs-becs pour la plupart, et ils tombèrent comme des mouches face à ces guerriers qui portaient des armures étranges, légères mais résistantes.
A présent, la situation devenait plus compliquée. Les défenseurs avaient mis feu à des chariots dans la cour, rendant tous les assaillants s’y trouvant une cible visible aux archers et surtout à la baliste qui venait d’être réparée. Le lourd projectile tiré par Raus empala un guerrier ennemi, l’emportant à plusieurs mètres plus loin. Sous les ordres d’un grand homme barbu, les assaillants  s’éloignèrent des chariots brûlants, disparaissant à nouveau dans l’obscurité.

Le silence s’empara temporairement du champ de bataille. Les défenseurs n’avaient aucune cible visible pendant que la barricade brûlait rapidement. Quelle nouvelle diablerie les envahisseurs préparaient-ils dans la nuit ?

Soudainement, un bruit incroyable perça l’air. Celui de milliers de cors, tous aussi puissants que celui de Boromir lui-même, qui jadis faisait reculer les plus audacieux des Uruks de la Main Blanche. La terre même semblait en trembler, et les moins expérimentés des défenseurs se mirent à claquer des dents malgré la chaleur estivale. Les vétérans quant à eux échangeaient des regards inquiets. Non seulement la nuit rendait les actions des envahisseurs invisibles, mais le boucan actuel couvrirait sans aucun problème le bruit de pas ou même d’un engin de siège sur roues. Sourds et aveugles, même les meilleurs guerriers d’Ithilien devenaient impuissants.  

***

-Vous êtes certain que c’est une bonne idée, Chef Kaara ?

-Elle est nécessaire, Threvedir. Combien de nôtres tomberont dans un assaut frontal ? Et si les défenseurs tiennent trop longtemps, et des renforts arrivent, ce sera la fin de notre peuple. Nous t’avons suivi, mon fils, mais maintenant nous n’avons nulle part où rentrer. Les eaux de ce fleuve sont sombres et rapides, mais s’il y a un homme qui saura les naviguer c’est Rokko. Il a traversé les Quatre Fleuves ainsi que la Grande Eau en long et en large, et il a passé des longues heures à étudier les courants de cet endroit…Nous devons essayer.

Alors que le vieillard s’approchait de la rive, un groupe d’hommes devint visible, tous torse nu, leurs corps recouverts de peinture sombre. Seuls leurs yeux et leurs dents brillaient dans l’obscurité. Le dénommé Rokko sourit avec enthousiasme lorsque le Chef Kaara donna l’ordre. Sans un mot, les hommes se mirent à pousser une quinzaine de pirogues à balancier dans l’eau, sans presque aucun bruit. Ils sortirent des rames courtes, et les longs bateaux disparurent rapidement dans l’obscurité, se dirigeant rapidement dans la direction de l’autre rive…


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Ryad Assad
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L'appel à l'égorgement EmptyVen 10 Juil 2015 - 14:45
Marl courait à en perdre haleine, essayant d'éviter les hommes qui se déplaçaient pour se porter là où on avait besoin d'eux. A savoir partout. L'assaut de cet ennemi inconnu avait mis à mal les défenses de Cair Andros, et il apparaissait maintenant que la défense de l'île avait trop longtemps été laissée au hasard. Les ordres circulaient mal, les passages n'étaient pas libres pour les cavaliers qui entendaient rallier les différents ponts pour coordonner une défense acceptable. Rien à faire... en dépit des ordres braillés et de toutes les directives, les soldats commençaient à paniquer et à perdre leur cohésion. On avait déjà perdu la trace d'une douzaine d'épéistes, qui s'étaient soudainement volatilisés, comme ça, sans explication. Personne ne voulait encore parler de désertion, mais les officiers peinaient à donner des explications cohérentes, et la peur s'emparait peu à peu du cœur des moins braves, tandis que les plus expérimentés gardaient le silence, les yeux fixés vers l'horizon et cette nuit noire d'où semblait jaillir un nombre incroyable d'ennemis. Au Pont Nord, les combats sur la barbacane avaient été sanglants, et en dépit de la résistance des défenseurs, le premier rempart avait été emporté en quelques minutes seulement, submergé par la furie des guerriers qui s'étaient jetés dessus furieusement. Il fallait dire que les Gondoriens n'avaient pas le cœur à se battre. Beaucoup avaient de la famille à Minas Tirith, et ils auraient tout donné pour pouvoir se replier là-bas, rejoindre le gros de l'armée et se rallier sous les ordres du Haut-Roy. Avec à leurs côtés les fameux Gardes de la Citadelle, les régiments d'élite de la capitale, renforcés chaque jour par des bataillons venus du Lossarnach, de Pelargir, les fiers chevaliers de Dol Amroth, ou encore les archers de Pinnath Gelin… Oui, ils auraient trouvé le courage de livrer bataille jusqu'à la fin à leurs côtés. Mais que représentait leur sacrifice à l'échelle de cette guerre qui paraissait débuter ? Ils n'étaient rien, et ils mourraient pour rien. Beaucoup doutaient, beaucoup craignaient, et le départ du Capitaine Praven pour la barbacane avait balayé les derniers garde-fous de certains.

Ici ou là, des hommes s'éclipsaient sans rien dire, profitant du couvert de l'ombre. Ils rangeaient l'épée au fourreau, et se dépêchaient de filer vers la sortie de la forteresse, invisibles et indétectables. Quand ils en rencontraient d'autres qui, comme eux, fuyaient plein de honte le champ de bataille, ils n'échangeaient pas la moindre parole. Ils préféraient ne rien dire, ne pas commenter leur acte lâche et vil. Au fond d'eux-mêmes, ils trouvaient toutes les excuses du monde pour justifier leur comportement. Celle à laquelle ils se raccrochaient avec le plus de force était qu'il fallait absolument prévenir Minas Tirith de ce qu'il se passait. Il fallait avertir le Haut-Roy, et donner des nouvelles pour organiser la défense. Cair Andros gagnerait un peu de temps, trop peu, et l'essentiel était de penser à l'après. Quand la forteresse serait tombée, où pourraient bien aller ces sauvages orientaux, sinon sur la capitale du Gondor ? Marl courait donc, n'écoutant pas les appels qui auraient pu lui être destinés pour quitter le plus rapidement possible cet enfer. La crainte de la mort l'avait d'abord figé sur place, avant de lui transmettre soudainement une violence énergie. Il ne sentait plus le poids de son armure, ni même celui de la fatigue consécutive à cette longue journée d'entraînement qu'il avait derrière lui. Non. Il courait pour sa vie, et personne ne le rattraperait. Suivant son exemple, quelques hommes avaient quitté leur poste avec lui, et ils le flanquaient alors qu'ils approchaient des portes de la forteresse. Quatre hommes la gardaient, et ils hélèrent les arrivants en levant la main :

- Halte là ! Halte ! Où allez-vous comme ça ?

- Nous avons ordre… ordre de rallier Minas Tirith ! Cria Marl essoufflé.

Les autres n'avaient pas la force de dire autre chose, et il se rallièrent à son excuse. Les gardes plissèrent les yeux, pleins de suspicion. De toute évidence, ils ne croyaient pas tellement à ce qu'on leur disait. Ils répondirent :

- Sans chevaux ? Vous allez pas y arriver tout de suite. Vous êtes certains qu'on vous a envoyé ? Aussi nombreux ?

La tension s'éleva d'un cran, alors que Marl et ses compagnons se rendaient compte qu'ils étaient peut-être piégés. Ils n'avaient certainement pas envie de rester au milieu de la forteresse, car quand elle serait prise, tous ceux qui s'y trouveraient mourraient. Tout simplement. Pourtant, que devaient-ils faire ? Que se passerait-il si les gardes de la porte refusaient de leur ouvrir ? Devraient-ils se battre contre eux pour gagner leur liberté et leur salut ? Devaient-ils aller jusqu'à tuer leurs compagnons d'armes qui ne faisaient que leur devoir ? Seraient-ils encore des soldats du Gondor s'ils commettaient un acte aussi impardonnable ? Tant de questions s'imposaient dans leur esprit qu'il leur était difficile de savoir quoi faire, comment réagir. Ils n'avaient jamais prévu de se retrouver dans cette situation, et comme beaucoup de jeunes recrues, ils avaient rêvé de combats héroïques contre les hordes d'orcs stupides. Ils avaient rêvé de récolter la gloire à la pointe de leur épée, pour ensuite impressionner les jolies filles qui vivaient dans la campagne environnante. Oh que oui, ils en avaient rêvé. Leur première vraie cicatrice, comme ces vétérans qui ne les montraient jamais, mais que l'on devinait parfois quand ils ôtaient leur armure. Mais maintenant, ils prenaient conscience que pour avoir cette cicatrice, il fallait se tenir très près de l'ennemi : si proche qu'on ne pouvait pas être certain que la lame n'allait pas glisser trop profondément dans la chair, pour atteindre un organe vital. Au lieu de laisser une balafre dont on pouvait être fier, elle ôtait la vie sans autre forme de procès. Le jeu en valait-il la chandelle ? Etait-il judicieux de prendre le risque quand, à seulement vingt ans, on avait d'autres rêves dans la vie que de mourir sur un champ de bataille ? Marl sentit une froide détermination s'emparer de lui. Son poing se referma, et il jeta un regard en biais à ses voisins. Ils étaient aussi déterminés que lui. S'il attaquait les gardes, il serait suivi. Il leur suffirait ensuite d'ouvrir la porte, de se glisser à l'extérieur, et de rejoindre Minas Tirith. Ils aviseraient ensuite, et assumeraient les conséquences de leurs actes plus tard.

Au moment précis où Marl se trouvait sur le point de dégainer son arme pour charger ses compagnons, un bruit assourdissant retentit en provenance de la plaine, loin derrière eux. C'était le son conjugué de centaines de cors qui tiraient la même note grave et puissante. Les orientaux rassemblaient sans doute leurs forces, à moins qu'ils ne fussent d'ores et déjà en train de célébrer la prise des trois ponts. A l'heure actuelle, les hommes se repliaient peut-être déjà sur la citadelle et le bastion dans l'espoir de gagner encore du temps en attendant des renforts en provenance de Minas Tirith. Le jeune soldat, ramené à la réalité par la terreur que lui insuffla cet appel à l'égorgement, se tourna vers les gardes et leur lança d'une voix autoritaire :

- Vous entendez ça ? Les orientaux sont là ! Ouvrez cette porte, vite !

Les gardes étaient terrifiés eux-aussi, et en dépit de leurs réticences, ils ouvrirent les portes et furent les premiers à se glisser par l'entrebâillement, suivis par les déserteurs qui leur emboîtèrent le pas. Ils coururent sur le pont, comme pour échapper à la vigilance de sentinelles qui, de toute façon, devaient se trouver rassemblées avec les autres pour défendre la forteresse. Ils ne cessèrent de galoper qu'une fois arrivés sur la terre ferme, synonyme de liberté et de sécurité. Marl souriait, sans savoir pourquoi, et il écarta les bras pour inspirer profondément l'air frais et sec de la nuit qui l'entourait. Au loin, les lueurs provenant de Minas Tirith l'attiraient, et il désigna la cité du doigt à ses compagnons :

- Allons, nous avons une longue route pour rejoindre la cité. Dépêchons-nous.

- Attends, attends. Personne ne retourne à Minas Tirith. Tu sais très bien qu'on n'y sera pas les bienvenus.

Marl fronça les sourcils, sans comprendre :

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Il faut les prévenir. Le Haut-Roy pardonnera notre fuite si nous venons nous rallier à ses hommes, et si nous lui apportons de précieuses informations. Cair Andros est condamnée, mais le Gondor a besoin de nous. Allons, ne traînons pas.

- Hey ! J'ai dit non, point final. On se sépare ici, et que chacun trouve un endroit où se cacher. Si vous êtes pris, ne vendez pas les autres, d'accord ?

La colère de Marl éclata soudainement, alors qu'il réalisait ce que ses compagnons étaient en train de planifier. Ils voulaient fuir lâchement, et aller se terrer au loin comme des souris fuyant un chat. Certes, le jeune soldat n'était pas courageux, mais il avait au moins le sens de l'honneur. Il échappait à une bataille perdue d'avance, pour mieux lutter par la suite. Même si son raisonnement était bancal et peu convaincant, il avait l'impression de ne pas être un déserteur, de simplement repousser le moment fatidique à un jour plus propice. Mais les autres, eux, étaient de véritables couards qui n'avaient aucune excuse. Il gronda :

- Non ! Fuyez si vous voulez, mais moi je pars à Minas Tirith ! Ils ont besoin de savoir, et…

Ses derniers mots ne franchirent jamais ses lèvres, préférant s'échapper par la blessure béante dans son cou, qui saignait abondamment. Le pauvre soldat s'écroula sur le dos, pleurant de douleur et d'incompréhension, alors qu'il était agité de spasmes incontrôlables. Il n'était pas mort sur le coup, et il lui faudrait quelques secondes avant de s'étouffer dans son propre sang. La mort était cruelle et douloureuse, mais elle n'attira pas même la compassion de son meurtrier, un de ses compagnons de fuite qui n'avait pas envie de voir s'éterniser le débat. Il rangea son poignard dans son étuis, et fit un signe de tête aux autres, comme pour leur dire qu'il n'avait pas le choix. Sans rien ajouter, il prit la direction des Montagnes Blanches, faisant le pari que les orientaux ne viendraient pas le chercher dans les villages perdus aux plus hauts sommets. Il pourrait s'y cacher quelques temps, avant de refaire sa vie ailleurs. Abandonnant un cadavre et leur honneur derrière eux, les déserteurs s'égayèrent comme un vol d'oiseaux surpris par un chien de chasse, et disparurent dans les ténèbres. Ils n'étaient que les premiers, et déjà derrière eux d'autres hommes franchissaient la porte avec circonspection, surpris de ne voir personne aux postes de garde.


~ ~ ~ ~

Pont Nord


Jago leva bien haut son bouclier, et recula avec ses autres compagnons, au signal que leur imposa Drar le Hirsute. C'était lui le meilleur guerrier sur place, et il avait naturellement assumé le commandement de la masse grouillante qui s'était jetée à l'assaut des premiers murs. Les hommes du Gondor avaient fait preuve de zèle, défendant chèrement chaque pouce de terrain, mais ils avaient fini par succomber. Nombre d'assaillants étaient tombés sous leurs coups, mais beaucoup se relevaient déjà, simplement blessés, sonnés après une mauvaise chute, en pansant leurs plaies ou bien en tenant leur bras ou leur jambe touché. Les pertes étaient importantes, mais il y avait bien davantage de blessés que de morts, fort heureusement. Les hommes d'Alaric étaient réputés pour être de farouches guerriers, habitués à faire couler le sang. Ils avaient chargé en première ligne, entraînant avec eux d'autres clans qui leur avaient emboîté le pas, inspirés par leur extraordinaire courage et leur détermination sans faille. Drar était l'un d'entre eux. Un véritable géant, qui paraissait serré dans son armure épaisse mais légère, mais qui n'en demeurait pas moins prodigieusement charismatique. Il avait été parmi les premiers à s'imposer sur les remparts, et sa grande épée avait nettoyé les alentours, permettant à toujours plus de guerriers de prendre pied au cœur de la défense des fils d'Elessar.

Quand le premier mur avait été pris, les hommes en armure d'acier avaient reculé dans la plus grande hâte, essayant de se protéger tant bien que mal des traits qui pleuvaient sur eux, moins dru du fait que les archers se trouvaient toujours au loin et qu'ils n'osaient pas tirer à l'aveugle, au risque de toucher leurs compagnons. Le premier assaut était un franc succès, et beaucoup d'hommes souhaitaient continuer, aller de l'avant. Jago était de ceux-là. En dépit de son jeune âge, il était talentueux, et il avait déjà tué un Gondorien aujourd'hui. Sa lance ne demandait qu'à se planter une fois de plus dans le corps d'un de ces traîtres. Devoir reculer ne lui plaisait pas particulièrement, mais il fallait dire qu'ils n'avaient pas trop le choix : les hommes en acier avaient incendié des chariots recouverts de branchages pour couvrir leur retraite pleine de lâcheté, et ils s'étaient repliés dans une imposante construction qui bloquait l'accès au pont. Charger une telle construction n'était ni raisonnable ni utile, si bien que Drar – qui pourtant était audacieux et tumultueux – préféra mettre ses troupes à l'abri le temps de réfléchir à une solution. Le temps pressait, cela dit. Non pas que les renforts du Gondor les inquiétaient, car de toute façon ils n'avaient aucune autre alternative que de se battre jusqu'au dernier, mais il était clair qu'une grande majorité de leur peuple appelait à la guerre et au sang. C'était de leur furie guerrière qu'il fallait se méfier.

Jago et ses compagnons s'approchèrent de Drar, qui était en pleine discussion avec deux autres hommes. Ceux-ci avaient réussi à s'emparer des remparts par l'accès Nord, et ils transmettaient ce qu'ils avaient vu, dans un silence de plomb. Le seul bruit qui leur parvenait était celui des flammes qui crépitaient en projetant des ombres inquiétantes, devant ce château qui les dominait. Et, plus loin, les échos d'une bataille toujours en cours : les combats continuaient de faire rage sur les autres ponts. Drar envoya deux hommes prévenir le gros des forces, et réorganisa ses troupes pour la phase suivante. Les hommes d'Alaric, braves parmi les braves, prirent place en première ligne. Leurs regards étaient sauvages et ils piaffaient d'impatience comme des bêtes sauvages enchaînées, attendant de pouvoir se jeter férocement à l'assaut d'une proie qui s'agitait sous leur nez. Derrière eux, les autres étaient galvanisés par leur courage, et rêvaient de les imiter et de les rejoindre dans une gloire sans pareille. Un coureur arriva bientôt, bien trop tôt pour être celui qui avait été envoyé par Drar. Ce devaient être de nouvelles instructions de Kaara, qui se décidait enfin à jeter toutes ses forces dans la bataille. Chacun se tut, pour mieux entendre ce qu'il en était. Le messager s'immobilisa face au géant, et lui lança en reprenant son souffle :

- Ainsi a parlé Kaara : le pont tombera d'ici peu. Epargnez vos forces, et trouvez un moyen d'ouvrir les portes. Que vos guerriers se tiennent prêts, et que vos cors retentissent.

Drar hocha la tête, mais sur son visage on lisait une part de frustration. De toute évidence, l'idée de devoir attendre avant de reprendre le combat lui déplaisait souverainement, mais il obéirait. Il n'était pas fou au point de croire que ses combattants allaient réussir à enlever des murs de pierre et des tours lisses sur lesquelles il était impossible de grimper. Il faudrait ruser, et surtout faire preuve de beaucoup de courage pour remporter la victoire. Il n'eut pas besoin de répéter l'ordre, car déjà la rumeur se répandait dans les rangs, et les hommes se remirent en ordre de bataille :

- Archers, prenez position dans ces tours que nous avons conquises, et que nul de vos traits ne manque sa cible ! Allez !

Des dizaine d'hommes se hissèrent discrètement le long des échelles, invisibles aux yeux des hommes qui défendaient le châtelet. Ces derniers, pour l'instant, ne pouvaient observer que l'immobilité et le silence de l'obscurité, tandis que quelques fumées en provenance des chariots leur bouchaient la vue. Les archers, aussi rapides que furtifs, grimpèrent dans la tour couteau au poing, s'attendant presque à rencontrer une quelconque résistance. Mais il fallait croire que leurs ennemis avaient véritablement abandonné ces positions, car ils purent prendre place subrepticement au sommet  de la construction, s'offrant un angle de tir tout à fait satisfaisant sur le châtelet. A cette distance, les traits seraient relativement précis, mais surtout ils pourraient abattre des hommes qu'ils n'auraient pas pu tuer depuis le sol. Allongés par terre, pour demeurer invisible, ils attendirent le signal qui viendrait immanquablement.

Jago, quant à lui, venait de se voir confier une mission. Heureusement qu'il n'était pas loin de Drar, car il avait pu se porter volontaire en poussant du coude ses concurrents pour s'imposer et être en vue du grand barbu qui l'avait désigné du doigt. On lui avait jeté quelques regards empreints de jalousie, et lui s'était pris à bomber le torse fièrement. Très peu avaient été sélectionnés, et c'était un honneur pour lui que de faire partie des rares privilégiés. Obéissant aux consignes telles qu'elles étaient distribuées par leur supérieur, il s'était dépêché de rejoindre l'arrière pour chercher son matériel, avant de revenir auprès de leur chef. Ils étaient une quinzaine, tous volontaires et tous incroyablement déterminés. C'étaient pour la plupart des hommes rapides, des pisteurs qui avaient l'habitude de se déplacer parmi les étendues sombres et rocailleuses pour y traquer leurs ennemis. Ils avaient le pied léger et sûr, tout en étant pour la plupart de taille modeste. Des chasseurs discrets qui n'auraient aucun mal à se couler au plus près de l'ennemi. Ils déposèrent leurs armes, ne gardant que leur poignard, un petit marteau et leur panier d'osier sur la tête, avant de se déployer dans la cour centrale en restant le plus près possible des remparts toujours baignés dans l'obscurité, invisibles. Les flammes étaient leur pire ennemi, car elles risquaient de les trahir. Fort heureusement, le halo de celles-ci était facile à mesurer, et ils n'avaient qu'à s'arranger pour évoluer dans les zones sombres qui se trouvaient en périphérie des chariots. Ils firent de leur mieux pour les esquiver, cherchant un passage à travers cette barrière non naturelle qui n'en finissait plus de brûler. Même s'ils étaient encore relativement loin, ils pouvaient sentir la chaleur des flammes sur leur visage, et beaucoup transpiraient déjà. Ils finirent par trouver ce qu'ils cherchaient, près de la tour Sud. Un espace à peine assez large pour laisser passer deux hommes de front, que les défenseurs avaient sans doute laissé ouvert intentionnellement. C'était peu, mais bien suffisant pour qu'ils pussent s'engouffrer dans la brèche. Cela signifiait, néanmoins, devoir passer à côté des flammes et s'exposer au moins pour un temps à la lumière. Les coureurs s'allongèrent sur le sol et commencèrent à ramper, s'immobilisant là où ils étaient toujours invisibles, prétendant être des cadavres. Ils attendirent alors le signal.

La bataille continuait de faire rage sur les autres ponts, et pour attiser la bravoure de ses combattants, Kaara avait ordonné qu'on sonnât tous les cors pour rallier la ferveur des hommes. Drar fut le premier à souffler dans le sien, rapidement imité par tous ses compagnons et voisins. Tous ceux qui le pouvaient portèrent un cor à leur bouche et en tirèrent une note unique et puissante, tandis que les autres criaient de toutes leurs forces, frappant leurs armes sur leur bouclier et tapant du pied. Le vacarme était prodigieux, et sans nul doute que les Gondoriens devaient être complètement désorientés en même temps que tout à fait effrayés. Jago et ses compagnons savaient que c'était le signal pour eux, et ils commencèrent de ramper en avant, toujours plus rapidement. Ils se glissèrent derrière les chariots qui leur offraient une certaine protection, grâce aux fumées qui s'élevaient. Ils avaient fait le plus facile, mais maintenant ils devaient filer à pied s'ils voulaient avaler les derniers mètres qui les séparaient de la porte. Le jeune chasseur vérifia que la corde qu'il avait passée en bandoulière était toujours assez longue puis, imitant ses compagnons, il se redressa et s'élança sans regarder autour de lui. L'adrénaline gorgea ses muscles instantanément, et il oublia tout le reste. Des cris retentirent autour de lui, suffisamment perçants pour passer outre le barrage sonore des cors qui continuaient de rugir à l'unisson. Ses jambes le portaient si rapidement qu'il ne voyait plus les détails des constructions autour de lui. Il jaillit derrière les barricades enflammées, et s'empressa de s'éloigner de ses compagnons pour ne pas offrir une cible trop facile. Un de ses compagnons tomba devant lui en hurlant, percé de trois traits. Un dans la tête, un dans le bras et un dans la jambe. Jago s'écarta prestement, rentra la tête dans les épaules, et accéléra l'allure.

S'il avait pu observer autour de lui, il aurait noté que les archers qui avaient pris position sur les trois tours qui défendaient le mur abandonné par les Gondoriens s'étaient relevés et étrillaient joyeusement les Rangers qui se trouvaient au sommet du châtelet. Plusieurs avaient été pris par surprise, étonnés de voir des traits fendre l'obscurité et venir faucher leurs rangs avec aisance. Quatre hommes s'étaient effondrés, mortellement touchés, tandis que les autres devaient s'accroupir pour laisser passer l'orage. Cela donnait un maigre répit aux coureurs qui n'étaient déjà plus très nombreux. Jago vit deux chasseurs arriver auprès d'une petite porte, mais les défenseurs l'avaient déjà refermée soigneusement, et ils ne trouvèrent pas le moyen de l'ouvrir. Par une ouverture pratiquée au-dessus d'eux, on leur déversa de l'huile bouillante, qui les recouvrit totalement et les brûla de manière odieuse. Les guerriers frémirent et évitèrent cette porte, préférant se concentrer sur l'autre, la principale qui leur faisait face. Protégés des archers par leurs propres compagnons qui les couvraient, ils cassèrent la distance rapidement et réussirent à se jeter contre les lourds battants de bois. Des trappes s'ouvrirent, mais ils étaient prévenus, et ils s'écartèrent pour ne pas être ébouillantés. Des cris résonnaient au-dessus de leurs têtes, et les défenseurs commencèrent de leur lancer des pierres pour les assommer. L'une d'entre elles rebondit sur le casque en osier de Jago sans lui faire de mal. Il réajusta celui-ci, et s'empressa d'ôter les cordes qui étaient enroulées autour de lui. Au bout de celle-ci, se trouvait un hameçon particulièrement grand. Il se pencha pour le glisser sous la porte, forçant quelque peu à l'aide du marteau qu'on leur avait confié et le retourna pour accrocher le battant. Ses compagnons firent de même, certains plantèrent leur hameçon directement dans le bois de la porte. Les pierres ne leur faisaient pas grand-chose, mais on finit par amener un second récipient plein d'huile qu'on leur versa sur la tête. Sur les quatre hommes restants, deux furent touchés et s'écroulèrent en hurlant. Jago avait accompli son devoir, et il s'empressa de se porter au secours de ses compagnons, qui souffraient le martyr. Il était trop tard pour eux, toutefois, et il ne pouvait rien faire pour les aider. Jetant un regard suspicieux à cette fente qui le surplombait, il s'approcha de nouveau des cordes, et tira dessus trois fois. C'était le signal.

Au loin, derrière les premières défenses, de puissantes bêtes de somme sentirent la traction de Jago dans leur cou. Tous les hommes qui tenaient ces cordes à bout de bras la ressentirent également, et ils commencèrent de tirer de toutes leurs forces. Les créatures cornues étaient encouragées de la voix à reculer toujours plus, et on voyait qu'elles donnaient tout. La tension brutale des cordes, que les hommes avaient laissé courir derrière comme un filin de sûreté, balaya promptement une partie des chariots enflammés. Drar n'avait pas songé à un tel résultat, mais il ne pouvait que se féliciter d'avoir réussi à déblayer un peu le passage. Certaines cordes brûlèrent dans l'opération, et on vit ici ou là un groupe d'hommes soudainement jeté à terre quand le chanvre lâchait. D'autres hameçons n'avaient pas dû être assez bien fixés, et ils s'arrachèrent de la porte sans causer trop de dégâts. En trois points, cela dit, la corde et l'hameçon tenaient bon. Sur ces trois points, les hommes concentrèrent toutes leurs forces. Ils étaient des dizaines, secondés par les bêtes de somme, et au lieu de faire avancer le bélier comme ils l'avaient prévu au départ, l'idée d'arracher les portes leur avait paru plus appropriée et moins coûteuse en vies. L'opération était un brillant succès, et un des battants lâcha purement et simplement, arraché de ses gonds. L'autre résista mieux, et les hameçons se décrochèrent en enlevant des morceaux de porte. Il y avait une voie…

Le duel d'archers continuait pendant ce temps, et tournait en la défaveur des Gondoriens qui n'avaient pas assez de munitions pour rivaliser avec leurs ennemis. Les traits filaient pratiquement à sens unique, et clouaient littéralement les Rangers au sol, les rendant incapables de riposter ou de défendre le pied du châtelet contre les hommes qui s'en étaient approchés. La situation était critique, mais pas encore désespérée. Seule la première porte avait été enfoncée, et il restait encore de l'espoir. Beaucoup plaçaient leur sort entre les mains des renforts qui viendraient bientôt de Minas Tirith, et tenaient la ligne en attendant de voir surgir les hommes du Général Cartogan, qui arriverait forcément pour conduire une contre-offensive déterminante et décisive. Tous les officiers parlaient en ce sens, et encourageaient leurs hommes à tenir pour donner le temps à leurs compagnons de la capitale de les rejoindre. Toutefois, à mesure que le temps passait, le doute commençait à s'installer : on ne voyait toujours pas trace d'une avant-garde rapide envoyée pour exhorter les combattants à la lutte en attendant le gros des forces. Minas Tirith demeurait muette et silencieuse… ce qui n'était pas le cas du châtelet Ouest.

Au sommet de celui-ci, les hommes attendaient en frémissant l'heure du combat. Ils étaient parmi les moins expérimentés, gardés en réserve pour faire le nombre, même s'ils espéraient secrètement ne pas avoir à tirer l'épée. Les Rangers les encadraient assez bien, forts de leur expérience, mais beaucoup étaient blessés et avaient été postés là parce qu'ils n'étaient pas aptes à combattre sur le front principal. Le châtelet Ouest contrôlait l'entrée de l'île à proprement parler, et c'était un point stratégique de première importance, même si pour l'heure les combats se canalisaient autour de la barbacane et du châtelet Est. Le son des cors ennemis résonnait fort dans les oreilles des défenseurs les plus éloignés des combats, qui observaient la situation en essayant de deviner ce qu'il en était. Ils voyaient la lueur de flammes qui brûlaient dans la barbacane, sans doute un piège dressé par le capitaine Praven pour essayer de retenir ses ennemis. C'était bien pensé, et cela permettait surtout de gagner un temps précieux. S'ils avaient eu à leur disposition assez de munitions pour cribler leurs adversaires, ils auraient pu tenir cette place-forte sans la moindre difficulté, mais la situation était bien plus compliquée que prévu, et ils devaient se résoudre à reculer le plus lentement possible, en emportant avec eux autant d'ennemis que possible. Une tâche ingrate pour des hommes qui avaient été éduqués et entraînés à avancer et à conquérir du terrain.

L'officier en charge du châtelet se tenait au sommet de la construction, légèrement penché en avant, les yeux plissés pour essayer d'y mieux voir. Ses hommes faisaient de même, et étaient attentifs à tout individu qui se serait approché en provenance du châtelet Est. Les archers auraient tôt fait de prendre pour cible les hommes qui courraient dans leur direction, et ne débanderaient leurs arcs qu'après avoir obtenu confirmation qu'ils étaient des alliés. Mais pour l'heure, aucune demande de renfort, et aucun repli. C'était bon signe, cela signifiait qu'en dépit de la perte de la barbacane, la situation demeurait globalement sous contrôle. Un premier coup d'arrêt pour cette marée humaine, qui allait se frotter à la résistance légendaire des hommes de Gondor. L'officier souriait largement, mais soudainement son sourire disparut, et se figea en une grimace contrariée. Sa respiration resta bloquée dans sa gorge, et sans un mot, il bascula en avant, tomba du haut du châtelet sous les yeux de ses hommes, abasourdis :

- Lieutenant !

Ceux qui se penchèrent pour voir ce qu'il venait de se produire eurent soudainement une vision d'horreur. Le cadavre de leur officier n'avait pas basculé en contrebas sans raison, et il était actuellement percé d'un javelot qui était venu se ficher dans son thorax. Un javelot lancé par un homme qui était désormais penché sur le corps, en train de… Les soldats plissèrent les yeux… Non, ça ne pouvait pas être vrai ! Un cri d'horreur sonna l'alerte générale, repris en chœur :

- Ils mangent les cadavres ! Les orientaux mangent les cadavres !

On s'ébranla de toutes parts, mais il était déjà trop tard. L'homme solitaire, le torse nu et peint, avait retiré son arme du corps du lieutenant, et s'élança à travers les portes grandes ouvertes du châtelet. Celles-ci étaient censées accueillir les blessés qui pouvaient éventuellement avoir besoin de rentrer à l'abri. Si un ennemi était aperçu sur le pont, alors on devait fermer aussi rapidement que possible les lourds battants, et organiser la défense. Mais aucune sentinelle n'avait remarqué ce guerrier : d'où venait-il ? Ses seules peintures ne pouvaient pas l'aider à se camoufler de la sorte, et il n'était pas invisible. Alors que des gardes descendaient déjà pour l'intercepter, d'autres hommes firent leur apparition, et les cris des sentinelles se répercutèrent en écho dans le châtelet Ouest :

- Ils viennent du fleuve ! Ils viennent du fleuve !

Désorientés, les hommes ne comprenaient pas. Ils ne pouvaient que constater que des hommes se hissaient sur le pont en grimpant le long de ses piliers, et qu'ils arrivaient donc au plus près des fortifications sans avoir été repérés. Le guerrier solitaire qui était rentré le premier fut accueilli par deux soldats terrorisés. Il réussit à tuer le premier, et bondit souplement sur le côté pour esquiver le second. Désarmé, il attrapa la lance du Gondorien, et repoussa ce dernier contre un mur. Le guerrier en armure, surpris par cette manœuvre, se trouva étourdi lorsque son casque heurta la pierre. Encore davantage lorsque les poings déchaînés du sauvage vinrent s'abattre sur sa tête. Du genou, du poing, du coude, l'homme frappait sans forme, sans technique, sans maîtrise, mais avec une violence incroyable. Le pauvre soldat du Gondor périt sous les coups terriblement brutaux qui lui étaient assénés, son visage couvert de sang. Ses compagnons firent tout pour venir le secourir, mais d'autres sauvages incroyablement déterminés se jetèrent sur eux et leur infligèrent le même sort. Privés d'officier commandant, placés face à des ennemis féroces et impitoyables, les hommes commencèrent à reculer, tandis que la peur s'emparait de leurs cœurs. Entre les désertions et l'afflux constant de ces monstres au corps peint qui ne portaient même pas d'armures, le moral des défenseurs était bien atteint, et ils perdaient du terrain constamment. Ils n'arrivaient même pas à refermer la porte, que bloquaient déjà plusieurs guerriers occupés à détruire le mécanisme. Un des sergents, qui avait un peu plus de présence d'esprit que les autres, se hissa en courant au sommet du châtelet, et sonna de toutes ses forces dans son cor d'alarme. Il n'était pas certain que le Capitaine Praven entendrait cet appel, à cause des cors orientaux qui continuaient de résonner inlassablement, mais s'il percevait la détresse de son arrière-garde, il comprendrait que la situation était critique.

S'il ne ralliait pas rapidement le châtelet Ouest avec ses hommes, il risquait de demeurer prisonnier du pont où il avait souhaité attendre de pied ferme ses ennemis. Car qui pouvait dire avec certitude combien d'hommes avaient contourné sa défense, tandis qu'il se concentrait sur le gros de l'armée ennemie ?


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Pont central, au même moment


Les hommes qui tenaient la petite porte qui défendait le pont central se retournèrent en entendant des cris dans leur dos. Ils étaient convaincus qu'ils allaient enfin recevoir le soutien qu'ils attendaient tant, et que le Commandant lui-même allait les rallier pour porter la contre-attaque la plus audacieux du Quatrième Âge. Cavaliers en tête, suivis par une infanterie d'élite qui piétinerait sans pitié les misérables qui osaient attaquer la glorieuse forteresse du Gondor, ils transperceraient les rangs de leurs ennemis, et les repousseraient jusqu'aux confins de l'Est lointain qui les avait vomis. Ils déchantèrent rapidement, cela dit. Seuls cinq hommes venaient les rejoindre. Cinq soldats du Gondor en armure, qui chargeaient comme s'ils emportaient avec eux l'ensemble de l'armée de Minas Tirith. Pourtant, même en y regardant de plus près, il n'y avait personne. Arion et ses compagnons, cependant, s'en fichaient. Ils couraient avec le bouclier levé, et sentaient rebondir dessus des pierres jetées violemment contre la forteresse par les frondeurs ennemis. Des frondes ? Ces armes étaient dérisoires, et n'étaient pas dignes d'une armée moderne. Qui étaient-ils donc ? Les cinq combattants arrivèrent en renfort de la trentaine d'hommes qui était déjà en position. Ils avaient depuis longtemps abandonné les murs ainsi que l'eau bouillante qu'on leur avait demandé de renverser sur leurs ennemis, quand ils avaient compris qu'ils n'auraient jamais le temps de s'en servir. Les crochets accrochés aux grilles allaient arracher la herse d'une minute à l'autre, et ils pourraient tout au plus arroser deux ou trois hommes avant d'être pris en tenaille au sommet de la fragile construction. D'un commun accord, ils s'étaient retranchés derrière des barricades de fortune, et attendaient, lance ou épée en main, le moment du choc. Un officier héla Arion et ses compagnons :

- D'autres hommes vont vous rejoindre ? A-t-on ordre de tenir cette place coûte que coûte ?

Il y avait un peu de crainte dans la voix de ce sergent, qui visiblement voulait tout sauf rester là. Le temps de donner une brève réponse à son interlocuteur, et déjà un craquement sec et effrayant retentit, suivi par le hurlement du métal tordu. La herse venait de céder, et déjà les premiers guerriers s'engouffraient dans la brèche. Les défenseurs s'étaient positionnés dans l'endroit le plus étroit qu'ils avaient pu trouver, et ils se tenaient épaule contre épaule, prêts à se soutenir. Leurs boucliers dressés derrière les barricades de fortune leur offraient une protection apparemment confortable. Apparemment. Car lorsqu'ils virent leurs ennemis fondre sur eux, leur résolution faillit, et beaucoup manquèrent de tourner les talons. Les guerriers qui se trouvaient en face d'eux surgissaient par dizaines, franchissant la brèche à toute vitesse, en se jetant contre eux sans crainte leurs lames argentées dressées dans leur direction. Le premier choc fut d'une violence inouïe, et le sang coula des deux côtés dans cette confrontation brutale. Les orientaux faisaient preuve d'une abnégation terrifiante : ils grimpaient sur les barricades sans se soucier de leur propre vie, et ils frappaient de leur lance impitoyablement, cherchant à blesser et à tuer même s'ils devaient se sacrifier dans l'entreprise. Qu'est-ce qui pouvait bien pousser des hommes à faire preuve de si peu de considération pour leur propre vie ? Les Gondoriens ne pouvaient que reculer face à ces monstres.

La ligne de défense, particulièrement bien agencée, céda rapidement sous la pression des ennemis bien supérieurs en nombre. Les combattants cédaient du terrain, et faisaient tout pour essayer de conserver la cohérence de leur ligne, ce qui n'était pas une mince affaire. Déjà une demi-douzaine des leurs avait péri, et les autres accusaient déjà de sévères blessures qui n'étaient pas graves, mais qui risquaient de s'accumuler. Le sergent déjà en place avant l'arrivée d'Arion décida que c'en était trop pour lui. Il fit volte-face, et partit à toute allure pour rejoindre le gros de la forteresse. Un vent de panique s'empara des hommes, et certains commencèrent à reculer plus vite, cherchant un moyen de filer également. Arion et ses quatre compagnons, qui se battaient férocement, savaient toutefois qu'ils ne pouvaient pas encore se replier. Le pont devait être abattu pour protéger l'ensemble de la forteresse, et ils devaient tenir encore un peu. En tant que plus haut gradé parmi les vingtaine de soldats qui restaient, c'était à la Légende de rassembler le peu de courage qui restait à ses voisins, pour les inciter à tenir encore un peu. Il devait trouver la force de les inspirer et de les rassurer, alors que lui-même n'était pas dans une meilleure posture qu'eux. En effet, un oriental particulièrement belliqueux venait de surgir et de s'emparer de son poignet droit, celui qui tenait son épée. Un duel de force s'engagea entre les deux, alors que le jeune sergent tenait le poignet de son adversaire pour éloigner un poignard qui menaçait de lui rentrer entre le cou et l'épaule. Les deux hommes appuyaient de toutes leurs forces pour remporter la victoire, et leurs visages étaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Suffisamment proches pour que le Gondorien pût voir que derrière la peau charbonneuse de son ennemi, qui était comme recouverte de suie, on pouvait discerner deux yeux d'un bleu intense. Dans ce regard azur, on devinait une profonde détermination, qui n'avait rien de commune avec celle qu'on pouvait lire chez les hommes de l'Ouest. Cet étranger ne reculerait devant rien, et il se battrait jusqu'à la mort tant qu'il aurait une chance de remporter la victoire.

Arion devrait se battre lui aussi de toutes ses forces, tandis que les sapeurs continuaient leur travail. Il ne restait plus qu'à espérer qu'ils le préviendraient lorsqu'ils auraient achevé leur ouvrage, et qu'ils laisseraient un dernier passage pour le repli de l'avant-garde. Une planche suffisamment solide pour permettre la traversée d'un homme en armure serait amplement suffisante pour les évacuer, et les autoriser à rejoindre l'île. Il faudrait simplement espérer qu'ils penseraient non pas uniquement à leur survie, mais bien à celle de leurs compagnons qui luttaient pour leur donner le temps dont ils avaient besoin…


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L'appel à l'égorgement EmptySam 11 Juil 2015 - 11:41
La tempête saisit Arion alors qu'il s'y attendait le moins. Tout explosa autour de lui, dans un maelstrom brûlant de fureur et de sang. Arion ne savait pas ce qu'était le feu, mais maintenant, il y était. Face à ses rêves, à ses souffrances. Face à ses démons et à ses terreurs. S'il s'était inventé comme Légende, c'était car il se sentait seul. Oublié, muté dans une garnison où il pourrirait toute sa vie. Au début, il en avait été ravi. Dans sa tête, un plan de carrière parfait, tranquille, simple et sans anicroches. Lui, le fabulateur. L'Homme qui Racontait. L'Homme qu'on Ecoutait. Le sourire aux lèvres bien entendu, parfaitement conscient que ce n'étaient que des fables. Maintenant, la Légende devait s'extraire de sa gangue de mensonges et de mythes. La Légende devait muer, ne plus être cet imposteur qui le dégoutait.

Arion allait leur montrer que la Légende pouvait se battre. Arion allait leur montrer que … Le goût du sang coula dans sa bouche. Sous la fureur de l'assaut ennemi, la barricade de fortune que la trentaine d'hommes en place avaient élevée rapidement vola en éclats. Arion sentit des échardes lui brûler la joue, telle la marque infamante d'un soufflet furieux. Arion sentit que les maigres effets de sa charge, qui se voulait brillante et avait pour but principal de soutenir les hommes – tout en arrivant sains et saufs, bien entendu – venaient d'être dissipés par la violence du choc.

- Tenez bon ! Pour Gondor !

Arion venait de basculer dans le monde des légendes. Il ne sentait plus l'homme qu'il avait été, il abandonnait sa couardise pour devenir celui qu'il avait toujours rêvé d'être. Il voyait en lui et ses cinq compagnons le fer de lance d'une contre-attaque glorieuse, cinq héros de l'Ancien Temps ressuscités, une sainte colère animant leurs membres tremblant de rage et de désir sanglant. Arion se sentait en rédempteur, portant la fureur de Gondor contre celle de l'Orient, la juste contre la dévoyée, la fière contre la vile, l'honnête contre la vicieuse. Blanc contre Noir, deux couleurs sans nuances. Et un voile rouge couvrant la scène.

Et puis, peu à peu, il reprit conscience des hommes qui l'entouraient. Il les sentait, peu à peu, faillir. Ses quatre hommes, eux, tenaient bon. Blessés pour la plupart, ils se battaient comme des lions désespérés dont on aurait décimé la portée. Ils portaient en eux la conscience de la défaite, mais, touchés par les sentiments d'Arion qu'ils côtoyaient depuis des années, avaient eux-aussi basculé dans ce monde des légendes, rêvant de chants en leur honneur. Puisqu'ils savaient qu'ils allaient mourir.

Non, ceux qui faiblissaient, c'étaient ces trente hommes qui avaient dû depuis le début de l'assaut endurer la vue de ces guerriers sauvages, animés par une étrange bestialité, et que le sentiment de la défaite ne rendait pas héroïques. Ils n'étaient pas assez désespérés ni fous pour cela, ils restaient humains. Arion était déjà une bête traquée, un animal acculé, au pied du mur et de la mort. Celle-là même qui le toisait au travers du regard profond d'un puissant Oriental qui avait immobilisé son épée et tentait de l'emporter dans la tombe. Arion oscillait entre l'effroi et le respect. L'homme qu'il avait en face de lui semblait mû par une volonté indéfectible, une rage de vaincre qui égalait celle du sergent.

Il avait l'impression de vivre un combat de légende. De se battre contre quelque Seigneur des Ténèbres, contre un lieutenant d'un Mal antique. Arion se battait de toutes ses forces. Il fallait qu'il parvienne à se sortir de là. Impossible de faire appel à ses hommes, qui tous étaient aux prises avec plusieurs adversaires. Impossible aussi d'appeler ceux qu'il était venu défendre, ils commençaient à fuir. Il fallait absolument qu'il arrive à gagner du temps pour les sapeurs. Il devait rallier les troupes. Il se sentit désespéré, puis furieux. Arion sentit quelque chose grandir en lui, une fureur presque bestiale. Sa rage de vivre.

Lâchant soudain le poignet de son adversaire, il s'élança vivement contre lui. Alors même que le poignard se glissait entre deux plaques de son armure, et qu'il perçait son épaule, Arion se jeta au cou de son adversaire et le mordit de toutes ses forces, lui arrachant un bout de chair charbonneuse. Le goût du sang se fit plus fort alors que, de surprise, l'homme relâchait le bras armé d'Arion et se jetait en arrière, se tenant le cou. Du sang filtrait entre ses doigts, et la rage couvait dans ses yeux.

Un moment de grâce. Arion avait réussi à se ménager un espace de liberté. Ses hommes, qui luttaient toujours, formèrent un cercle de protection autour de lui. Arion se retourna vers les fuyards. Quelques uns avaient assisté à l'étonnant duel. Conscient de l'importance du moment, Arion composa sa réaction le plus possible. Il prit la pose, cracha le bout de chair qui lui était resté entre les dents, et héla les froussards.

- Allez-y, courez, peureux ! Pendant que la Légende mord l'ennemi à cœur ! Tous se rappelleront que vous avez tourné le dos aux récits héroïques ! Tout le monde se souviendra de votre couardise, pire encore que l'oubli !

Certains commençaient à tourner la tête. S'il parvenait à en rallier quelques uns, ce serait déjà une petite victoire sur la débâcle. Les quatre hommes qu'il avait emmenés avec lui, tous blessés, tous fatigués et fourbus, hurlèrent à l'unisson, et Arion se retourna, la fureur dans les yeux. Laissant tomber son bouclier, qu'il ne pouvait plus utiliser à cause de la terrible blessure que lui avait infligé l'Oriental, il leva bien haut sa lame, hurla lui aussi, et reprit le combat. La fatigue commençait à gagner. Petit à petit, sa rage s'estompait.

Il ne restait plus rien de cette bestialité qui l'avait porté jusqu'au front. Celle-là même qui lui avait fait mordre l'ennemi, qui avait laissé l'animal briser le vernis de civilisation qui craquelait trop souvent par temps de guerre. Des rumeurs couraient parmi les soldats. On aurait vu des Orientaux dévorer les cadavres. Arion n'y croyait pas, mais Arion ne croyait plus à rien. Ses forces l'abandonnaient, comme celles de ses soldats. Certes, ils étaient bien équipés. Mais ils faiblissaient face au poids des hommes face à eux. Arion chancela et manqua de chuter. Le grand Oriental qui l'avait pris à parti quelques instant plus tôt tournait derrière ses hommes, comme une bête en cage. Ce qui sourdait de son visage était très clair.

Tu es à moi, et je t'égorgerai, petit Gondorien. A mains nues.

Arion sentit le poids du désespoir faire éclater la Légende. Sans ralliement des troupes, il allait tomber. Les sapeurs avaient presque fini leur ouvrage, mais il fallait tenir encore. Et Arion savait qu'il devait laisser ses hommes se replier avant lui. Il n'y croyait plus.

Puis il sentit qu'on le poussait dans le dos. Quelques uns des défenseurs initiaux du bastion étaient revenus. Ils lui souriaient. D'un sourire tragique, d'un sourire de mort, mais plein de l'espoir de celui qui meurt pour une cause. Ils relevèrent Arion, deux d'entre eux le soutinrent, l'amenèrent en retrait des lignes pour lui faire boire de l'eau, et bander rapidement son bras. Arion se laissa aller à l'engourdissement l'espace d'une seconde. Ils gagnaient du temps. Tout se dissolvait dans le chaos, mais ils gagnaient du temps.
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Nathanael
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L'appel à l'égorgement EmptyMar 21 Juil 2015 - 12:02
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Il fut incapable de déterminer si le frisson qui lui parcourait l’échine était de la peur ou une excitation malsaine face au combat qui s’engageait. Il lui était impossible de le savoir car, non, il n’avait jamais mis le pied sur un champ de bataille, il n’avait jamais dégainé l’épée autrement que devant des sac remplis de sable à l’entraînement. Pas plus qu’il n’avait donné d’ordre pendant les guerres qu’il prétendait avoir traversé la tête haute, plein de courage et de zèle. Sa position, il le savait, n’était que la résultante de pots de vins versés au bon moment, cadeaux paternels pour lui assurer une position confortable et longévité certaine. Cair Andros devait être un lieu calme et paisible où sa carrière prendrait un autre tournant avant de parvenir aux hautes sphères de la Cité Blanche.

Il déglutit avec difficulté tandis qu’il se rendait compte de la situation réelle, de la menace effective qui se trouvait à quelques encablures au-delà des remparts, à une distance suffisante pour mourir d’une flèche bien lancée. Mourir … L’idée ne lui avait jamais traversé l’esprit.  La mort ne devait pas faire partie des questions existentielles d’un homme vigoureux et plein de santé dont l’âge frisait à peine avec la trentaine de printemps. Mourir … Et ce fut comme un coup de pied au cul, un coup d’estoc dans les côtes, et cette idée le fit tressauter sur place. Il fallait faire quelque chose, absolument, pour éviter la mort. Le frémissement qui gagnait les rangs de ses soldats lui fit prendre conscience qu’il n’était pas le seul à se faire cette réflexion. Mais pour être certain de s’en sortir, il faudrait bien que d’autres meurent à sa place. Cette pensée s’ancra dans son esprit et c’est avec une détermination inattendue qu’il reprit possession de son bon sens.

- Archers ! Sur les remparts, criblez moi ces salopards de toutes les flèches qu’il vous reste ! Crevez moi cette saloperie de bœuf aux cornes de Morgoth ! Envoyez les par le fond et faite leur goûter aux joies de la noyade dans l’Anduin !

Il se tourna vers Joras comme si le sergent était responsable de tout ce malheur et de la désorganisation qui contaminait les rangs. Il le foudroya du regard tandis qu’il gravissait lui-même les marches quatre à quatre afin de se rendre mieux compte de la gravité de la situation. Malgré les regards suppliants et les cris de terreur des soldats pris au piège derrière la lourde porte, il interdit de leur ouvrir.  « Pour être certain de s’en sortir, il faudrait bien que d’autres meurent à sa place ». Valmar l’Intransigeant, la légende de son autorité sans faille, de sa démesure et de son implacable absolutisme fit frémir les rangs plus encore que la menace extérieure. Les hommes se rendirent compte alors que Valmar les placerait sur l’autel du sacrifice sans sourciller. Et le regard qu’il porta sur ses subalternes ne laissa aucun doute à ce sujet.

Planté sur les remparts, il put constater l’avancée frénétique des hordes sauvages qui se rapprochaient inexorablement des portes. L’énorme bête qui tirait un chariot, pas à pas, gagnait du terrain et avec elle un groupe de barbares de grands chemins venus importuner l’armée Gondorienne aux portes de leur royaume. Malgré l’obscurité, l’opacité de la nuit, il se rendit compte de la démesure des forces opposées et de leur hargne implacable pour prendre l’île coûte que coûte. Plus au Nord il devinait le Pont Central dont la situation semblait aussi critique qu’au Pont Sud. Et bien que la côte l’empêchât de voir ce qui se passait au Pont Nord, il devinait que le Bastion devait faire face à la même marée humaine. Que pouvait faire quatre cents soldats contre des milliers de bras acharnés ?

Les premières flèches furent tirées, tuant à peine une dizaine d’hommes dont les cris moururent, emportée par les eaux tempétueuses du fleuve. L’énorme animal continuait quant à lui son avancée, lente mais sûre. Valmar se reprit à tempêter des ordres en tout sens, y compris aux pauvres hères qui se trouvaient pris en tenaille entre les portes et leurs ennemis.

- Su aux pendards de basse fosse de l’est ! Prenez vos couilles dans une main, votre courage dans l’autre, et allez leur mettre les tripailles à l’air bon sang ! Allez ! Allez ! Si l’un de vous se permet de franchir les portes vivants, je m’occuperai moi-même de vous crevez comme des porcs, bougres d’idiots !

Et la harangue de Valmar fut si forte, si menaçante, que les soldats qui tambourinaient sur les lourds battants furent pris d’une étincelle de bravoure. Au jeu de la peur et de la mort, Valmar savait encore comment faire frémir les plus tenaces et pousser à la vaillance les plus fébriles. Les hommes se retournèrent, conscients que de nombreux yeux les jugeaient en cette heure pour estimer leurs actes. Les chants parleraient sans doute longtemps de leurs gestes et de leur hardiesse au combat. Valmar poussa un cri, dégaina son épée dans un tintement de métal audible par tous, et poussa la trentaine de soldats à reprendre le combat. A l’intérieur des fortifications, il fit rugir les soldats qui patientaient, les exhorta à soutenir leurs compagnons d’armes, à crier leur colère et leur détermination. Au-dehors, de nouvelles recrues venaient remplacer les ennemis tombés dans le fleuve, couverts d’étranges paniers. Mais le cri de liesse qui franchit les remparts pareille à une crue indomptable fit ralentir les assiégeants. Une nouvelle salve de flèches, enflammées celles-ci, accompagna les cris des soldats, et beaucoup des hommes portant des paniers firent demi-tour. Dans la plaine quelques uns d’entre eux courraient en tout sens pour éteindre les flammes de leurs maigres boucliers, comme autant de torches humaines. Chacune de ces petites flammèches permirent de découvrir l’étendue du nombre d’hommes qui attendaient leur tour pour monter à l’assaut des hautes murailles. Et plus loin, combien étaient-ils encore ?

La trentaine de soldats sur le pont menèrent une charge suicidaire efficace. Agitant leurs épées comme des damnés, ils firent peur à l’énorme bête qui se trouvait devant eux, la poussant à faire demi-tour, dans un galop effréné qui mit à nu les hommes qui se cachaient derrière le chariot. Mais les sauvages ne furent pas décontenancés pour autant. Tandis que Valmar beuglait comme un veau nouveau-né pour acclamer la réussite de cette petite escouade, les assaillants rugirent à leur tour et chargèrent en courant les soldats du Gondor. S’attendant à tout sauf à une contre-attaque aussi fulgurante, les hommes de Valmar furent submergés. Ils se défendirent comme ils purent, vaillamment, mais vainement, et leur courage fut enseveli dans une mare de sang. Sur les remparts, le sang de Valmar se figea, et cette fois, il sut que le frisson qui lui givrait la nuque était une peur viscérale. Sa seule chance de survie provenait des centaines de soldats à ses pieds, à ses ordres, qui pour l’amour de leur patrie, pour l’honneur de leur royaume, seraient prêts à en découdre pour sauver leur position.

- Archers ! Continuez de tirer. Percez les comme des outres, que l’Anduin coule rouge de leur sang de malgripes ! Archers !

Mais les flèches diminuaient. Les salves étaient moins soutenues. Et Joras, malgré toute sa bonne volonté, ne pouvait pas ordonner à ses hommes l’impossible. Les arcs devenaient inutiles. L’un des rangers de l’Ithilien crut bon de faire passer l’information au capitaine Valmar, mais grand mal lui en prit. L’Intransigeant le fit passer par-dessus les remparts, son corps atterrissant avec fracas au milieu des ennemis qui s’écartèrent, surpris de voir tomber des hommes alors qu’ils n’avaient pas encore commencé à placer leurs échelles.

- Trouvez autre chose comme excuse ! Si vous n’avez plus de flèches lancez leur vos épées  en pleine figure, couper les en morceaux, trouez les de part en part, coupez leur les membres, donnez leur envie de ramper comme des serpents !

Et, du haut des murs, il se tourna vers les hommes derrière la porte, qui, pire que tout, imaginaient ce qui se passait sans en connaître les détails, sans voir la menace, sans savoir contre quoi, ou contre qui, ils allaient battre le fer.

- Ce ne sont que des corniauds de l’Est, des chiens errants qui viennent montrer les dents mais ils gueulent plus qu’ils ne mordent ! Tenez-bon, tenez-vos rangs !

Mais la colère et la fureur de Valmar n’eurent pas l’impact escompté. Au même moment, à proximité de Valmar, un soldat hurla à la mort, percé de part en part par une lame étrange. Les envahisseurs avaient réussi à gagner les hauteurs des remparts, à prendre pied sur les murailles, et déjà, plusieurs autres suivaient, grouillant comme des fourmis sorties de leur nid pour piquer à vif l’honneur du Gondor. Et, tandis que les combats au corps à corps s’engageait, le chant glacial de centaines de cors étreignit l’âme des hommes. Un chant mortel, lugubre, et sans espoir.
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Thorseld Eodsen
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L'appel à l'égorgement EmptyVen 31 Juil 2015 - 20:15
La situation semblait de plus en plus désespérée. Les cors rauques chantaient la mort en approche. Les cris et le tumulte régnait en tous lieux, le désordre était grandiose. Rien n’aurait pu être pire.

Rien ? Ah si. Il n’aurait plus manqué que le Capitaine Valmar déboule au milieu de ce chaos comme un chien fou dans un jeu de quille.
Cela aurait été le pompon ! Le comble si ce… Mais… Les cris retentissant qui grandissaient derrière le Ranger le firent se retourner. Et la stupeur étreignit le sergent de la Citadelle. Il ne manquait plus que cela ! Voilà une arrivée qui risquait bien de causer plus de ravage que n’importe quel bataillon d’orientaux ! Valmar apparu était là-haut, désorienté et comme pris de folie, et voilà qu’il vomissait des ordres à tous les hommes coupables de traverser son champ de vision. Qu’ils soient affairés ou non, qu’ils soient efficace ou non, vaillant ou peureux, tous en prenaient pour leur grade. Et le sergent Ranger en premier lieu !

S’ils ne disposaient plus de presque aucune flèche, qu’y pouvait-il, lui ? N’était-ce pas là la tâche d’un capitaine, que de s’assurer que ses hommes disposassent d’armes et d’équipement en bon état et en suffisance pour pouvoir œuvrer comme leurs supérieurs l’entendaient ?

Mais qu’importait. Personne n’avait le temps de reprocher quoi que ce soit à ceux qui l’entouraient.

Les combats faisaient maintenant rage de toutes parts. La présence des troupes ennemies était écrasante et la masse qu’elles semblaient constituer semblait telle que Joras eut soudain l’impression que Cair Andros était telle une petite île perdue aux confins du monde battue par un océan déchaîné. On entendait souvent dire qu’après l’orage arrivait le ciel bleu. Un frisson parcourut l’échine du Ranger. Submergés comme ils l’étaient, ils ne verraient peut-être jamais plus les rayons du soleil. Ce jour serait peut-être leur dernier. A eux tous. A tous ceux qui se battaient vaillamment comme au Capitaine Valmar qui beuglait ses ordres revêches et vachards du haut de la tour au sommet de laquelle il se planquait.

Il fallait prendre des initiatives sous peine de mourir à coup sûr. Et quitte à mourir, Joras préférait encore choisir comment. Il tenta de rallier à lui tous les archers alentour et de regrouper ainsi les dernières flèches disponibles afin de dispenser une nouvelle consigne.

– A moi l’archerie ! Que tous ceux qui disposent encore de flèches se positionnent sur les hauteurs pour arroser tous ceux qui franchiront les portes !

D’un coup d’œil circulaire, il tenta d’embrasser tous ceux de ses hommes qui avaient répondu à son appel et s’étaient rassemblés autour de lui. Tant pis pour les autres. Que les pleutres fassent la courte-échelle aux faibles pour se pendre !

– Les autres, puisque vous ne disposaient plus de flèches, allez chercher de la pailles et de la poix ! Tapissez-en rapidement la porte et tous ses pourtours ! Ainsi que le goulet d’accès sur cent pieds. Et dégagez vite de là ! Que personne de la garnison n’emprunte cette issue pour l’heure ! Que ces chiens d’orientaux osent franchir ce seuil et ils flamberont tous comme des torches !

Il fit un large mouvement du bras à l’attention de ceux de ses hommes qui disposaient encore de flèches.

– Nouez des linges empoissés autour des pointes de vos dernières flèches ! Nous allons nous payer des grillades !

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Evart Praven
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L'appel à l'égorgement EmptyMar 11 Aoû 2015 - 0:08
~ Chevalier Klargus Praven, fils de Regan Praven de Delgas ~

Le combat faisait rage au châtelet Est et Klargus comprenait bien que la situation était désespérée et qu'il faudrait rapidement se replier vers l'autre fortification du pont. Les traits pleuvaient sur le chemin de ronde et les rangers étaient paralysés, ils ne pouvaient évidemment pas répliquer au regard de la disproportion des forces mises en jeu. Seuls ceux qui étaient protégés par les meurtrières du châtelet pouvaient maigrement répliquer. Néanmoins et malgré leur courage, il faudrait bientôt se replier. Tout à coup, il y eu un grand bruit. Fort heureusement la forteresse n'était pas sans défense et les machicoulis permettaient au capitaine Praven de voir l'étendue du problème. Ces barbares avaient arrachés les portes à l'aide de grands crocs, le châtelet allait tomber plus vite qu'il ne l'imaginait. Essayant d'évaluer la situation, Klargus ne s'intéressa à un petit homme en habits sombres qui l'avait vu et venait de bander son arc. Heureusement, la nuit aidant, l'archer ne put tirer juste. Quelques centimètres à coté, le projectile aurait simplement percé le crâne de Klargus de part en part. Au lieu de ça, la flèche heurta le moellon et ricocha. Tentant d'éviter cette flèche, le jeune homme fit un mouvement vers l'arrière. Bien que cela soit une action logique et instinctive, ce geste empira la situation. Alors qu'elle aurait sûrement ricoché à nouveau contre le plastron du jeune chevalier, le projectile se planta dans son œil. Manquant de force, il se contenta d'éborgner le jeune homme qui cria de douleur.

Se tenant la tête, Klargus n'était plus le capitaine et chevalier qu'il rêvait mais un homme comme les autres. A ce moment, il ne ressentait plus que la douleur et ne se préoccupait plus de rien d'autre que ça. Submergé par cette profonde sensation de douleur et de vide, il ne ressentit pas qu'une main venait de l'attraper par le bout de l'armure pour le traîner à l'abri des traits adverses. Noyé sous ses émotions, celui qui était normalement un preux et valeureux chevalier du Roi n'était maintenant plus qu'un jeune homme apeuré. Ses sens étaient saturés, il ne voyait qu'un noir gigantesque parsemé de points blancs, n'entendaient qu'un épais bourdonnement et ne ressentait plus rien. A cet instant précis, il n'avait plus envie que de mourir.

Tout à coup, une violente douleur au ventre le fit sortir de sa torpeur. Ouvrant peu à peu son œil, il constata que ce n'était pas un des barbares qui l'avait frappé mais bien un de ses propres hommes. En fait, il s'agissait d'un des rangers qui avait provoqué un choc suffisant pour que Klargus reprenne ses esprits. Dans la pénombre de la nuit, il ne parvenait pas à distinguer son visage mais, d'une voix presque apaisante, il lui dit :


- Ne vous inquiétez pas, la flèche n'a pas pénétré profondément. Je peux la retirer sans vous causer plus de soucis.

Finissant à peine sa phrase, il ne laissa pas le temps au jeune homme de se rendre compte de ce qui se passait et il retira d'un cou sec la flèche dont la pointe fit un étrange crissement en frottant contre l'os de son arcade. Goûtant très légèrement la pointe tout juste retirée, le ranger continua de le rassurer :

- N'ayez crainte, elle n'était pas empoisonnée.

Profitant de quelques bibelots qui étaient à portée de main, le ranger lava la plaie à l'eau claire et appliqua une compresse à l'aide d'un mouchoir qu'avait le capitaine à sa ceinture. Ainsi bandé, il était plus ou moins prêt à continuer le combat mais, alors qu'on l'aidait à se relever, un bruit assourdissant de dizaines voire de centaines de cors retentit dans la plaine. Encore sous le choc de sa blessure, Klargus resta pétrifié un moment puis le son perçant d'un cor assez caractéristique lui vint aux oreilles. Ce n'était pas celui de ces barbares mais bien le signal d'alerte des forces gondoriennes. Le châtelet de l'autre coté de la rive était en difficulté. S'ils ne voulaient pas tout perdre maintenant, il fallait se replier et vite. D'un ton sec, Klargus ordonna :

- On se replie ! Vous, dit-il en pointant un groupe de rangers, vous prenez la tour Nord et aidez les gens à s'en sortir, au passage, brulez moi ce putain de chatelet qu'ils ne puissent pas l'utiliser !

Alors que tout le monde s'égayer, les gens dévaleaient les escaliers. La première action de Klargus était de descendre dans la salle de la herse où il ordonna à des hommes de faire tomber la lourde grille et leur ordonna  de se replier par la suite. Puis il descendit à l'étage où se tenait l'artilleur et il l'alpagua :

- Vous avez deux minutes pour remballer votre matos, on s'en va. Attrapant quelques miliciens qui passaient par là. Vous, aidez le, vous êtes sous ses ordres pour le moment. Lorsque vous aurez fini, vous mettrez le feu à cette tour ! Bougez vous, nom d'Eru !

Descendant cette tour, le capitaine Praven n'avait pas le temps de s'occuper de la retraite mais il ne comptait pas laisser tout tomber. Par chance, il croisa un lieutenant. C'était un de ces vieux soldats de la roture à l'expérience solide et au courage éprouvé. Rapidement il l'informa de la situation :

- Lieutenant Edalys, les rangers sont en train d'évacuer la tour Nord et vont y mettre le feu. Les artilleurs tentent d'extraire leur baliste avant de se replier, vous ferez bien attention à mettre le feu aussi à cette tour. Surtout ramenez le maximum d'hommes en vie, nous avons besoin d'eux !

Prenant son cheval, Klargus fila sur le pont pour rejoindre l'autre chatelet. La cour semblait prise dans une certaine panique mais l'énergique capitaine borgne ne comptait pas se laisser piéger sans rien faire. D'une voix forte, il cria :

- A vos postes, misérables où je vous tue de mes propres mains !

De manière étrange, cela remit un peu d'ordre dans tout ce bazar et les hommes semblaient se ressaisir. Déjà quelques uns des rangers qui avaient survécu au combat de l'autre coté de la rive arrivaient et Klargus leur demande de préparer la retraite vers le bastion. Une fois qu'il eut achevé l'ascension des murs, il put évaluer la situation. Des soldats ennemis étaient en train d'entourer le châtelet ouest. Le jeune chevalier ne savait pas vraiment d'où venaient ses hommes. Les autres ponts seraient-ils tomber ? Avaient-ils traversé le fleuve pour les contourner ? Quoiqu'il en fut, il fallait se sortir au plus vite de ce guêpier et ordonner la retraite.

D'ici cinq minutes et l'arrivée des derniers défenseurs du châtelet sur l'autre rive, ils partiraient pour le bastion. La tactique de sortie de Klargus allait être simple. Face aux lignes qui entouraient, une colonne avait l'avantage de pouvoir la percer facilement et rapidement. L'idée était donc simple, à l'avant, il placerait ses meilleurs hommes qui formeraient le marteau capable d'enfoncer les lignes ennemis. Au centre on placerait les rangers seraient protégés pour éviter les pertes inutiles et pourraient assurer une retraite en bon ordre. Sur les cotés, les piquiers et leurs lourdes protection assureraient la cohésion et la protection de l'ensemble. Enfin une solide arrière garde de piquiers expérimentés et épéistes, renforcés des quelques rangers possédant encore des flèches, s'assureraient qu'on leur filerait pas au cul. Aidé des quelques cavaliers et rangers restés en retrait, les hommes du Gondor devraient pouvoir s'en tirer au mieux.

Courant dans toute la citadelle pour préparer la retraite, encourager les hommes et informer les officiers et sergents du plan, Klargus n'attendait plus que l'arrivée des hommes du premier chatelet. Il ne leur laissait que cinq minutes, pas une de plus...
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Mardil
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L'appel à l'égorgement EmptyMar 11 Aoû 2015 - 23:52
Vern enrageait de ne pouvoir utiliser ses flèches. Un flot continu de projectiles s’abattait autour de lui et il ne pouvait décemment pas quitter son abri sans se faire trouer le corps. Alors qu’il s’apprêtait à risquer une sortie afin de rejoindre un meilleur poste d’observation (et de tir cela allait sans dire), il entendit un terrible craquement et comprît instantanément que la porte du châtelet est venait de céder.

Ignorant la peur de prendre une flèche, il se précipita vers les escaliers alors qu’il entendait le signal de la retraite. Il dévala les marches quatre à quatre, manquant tomber et se rompre le cou dans la précipitation. Il ne pût se retenir d’éclater de rire à l’idée d’une mort aussi stupide en pleine bataille. Partout ses compagnons d’armes faisaient de même et Vern crût entrapercevoir le capitaine Praven qui filait vers le châtelet ouest.

Il s’apprêtait à faire pareil mais il remarqua alors que la herse était toujours relevée. Un groupe de soldats combattait leurs ennemis au niveau de la porte éventrée en deux mais ce n’était qu’une question de minutes avant qu’ils ne ploient devant l’assaut inexorable de cette marée humaine qui déferlait contre les murs du châtelet est. Il se précipita vers le mécanisme de la herse.

Deux soldats étaient encore en train de combattre mais lorsqu’ils comprirent ce que le ranger allait faire, ils firent demi-tour au plus vite, leurs ennemis sur leurs talons. Vern ne pouvait pas risquer de voir ces derniers prendre pied sur le pont aussi ferma t’il la herse, entendant ses compagnons le maudire en des termes qui auraient fait rougir même les prostituées les plus aguerries.

- Je suis désolé.

C’était la vérité mais cela ne changeait pas grand chose. Les soldats furent massacrés bien avant d’atteindre la herse et une lueur orangée éclaira leurs visages hostiles. On venait de mettre le feu à la tour nord et le châtelet ne tarderait pas à brûler entièrement. Leurs assaillants reculèrent, ne souhaitant guère rester là et brûler vifs mais ce n’était que temporaire. Vern et une dizaine de soldats s’élancèrent alors sur le pont et refermèrent également la herse centrale.

C’est alors qu’ils se rendirent compte qu’ils n’étaient pas seuls sur le pont. Certains de leurs assaillants avaient réussi à prendre pied sur le pont et se dirigeaient vers le châtelet ouest. C’était sans compter sur Vern et ses camarades qui avaient désormais la position parfaite pour les attaquer. Pris entre les défenseurs du châtelet ouest et les derniers hommes en provenance de l’est, la quinzaine d’assaillants, malgré leurs qualités guerrières incontestables n’avait pas la moindre chance de survie.

Vern banda son arc et sa flèche se planta dans le dos sans protection d’un ennemi. Aussitôt les autres se retournèrent pour faire face à cette nouvelle menace mais les défenseurs du châtelet ouest en profitèrent pour les assaillir de flèches également. Le temps n’était plus à l’économie. Il fallait à tout prix tuer tous ceux ayant pris pied sur le pont s’ils voulaient éviter qu’ils n’aillent remonter les herses qui pour l’instant empêchaient leurs compagnons de les rejoindre sur le pont.

L’un de leurs ennemis préféra se jeter dans les eaux noires de l’Anduin et Vern pesta contre pareille lâcheté. Seulement c’était sans compter sur la force extraordinaire et la volonté hors du commun de celui-ci qui réussit à s’accrocher à l’une des arches soutenant le pont. Lentement il se mit à escalader l’arche. Il lui faudrait 5 minutes avant de prendre pied sur le pont.

Vern et ses compagnons avaient fini de massacrer les autres guerriers et venaient de rejoindre le châtelet ouest. Seuls quatre d’entre eux avaient survécu sur la dizaine qui avait quitté le châtelet est. Ils ne virent pas leur ennemi se diriger vers la herse centrale.

Le lieutenant Edalys faisait parti des rares survivants et sitôt qu’ils pénétrèrent dans le châtelet il alla faire son rapport au capitaine Praven qui se trouvait dans la cour, l’informant qu’ils étaient venus à bout des ennemis se dirigeant vers le châtelet. Vern ne pût que remarquer le bandage sur son œil droit. C’était un miracle que lui-même soit encore indemne. Il entendit la conversation des deux hommes qui préparaient la retraite vers le bastion. Vern ne comprît pas que l’on ne tentât pas de défendre le châtelet ouest alors que leurs assaillants étaient encore de l’autre côté du fleuve. Peut-être que le capitaine avait reçu des rapports des autres ponts et que ces derniers étaient tombés.
Un cri retentit soudain au-dessus d’eux.

- La herse centrale est relevée.

Vern se retourna et vît distinctement leurs ennemis émerger du châtelet est et envahir le pont. Aussitôt les accès au châtelet ouest furent coupés. On ferma les portes et baissa la herse. Ceux d’entre eux qui se situaient en haut des remparts se préparaient à utiliser l’eau bouillante et les pierres dont ils disposaient mais tout cela ne pourrait que leur faire gagner quelques minutes.

La vérité apparaissait clairement à Vern désormais. Ils n’étaient tout simplement pas assez nombreux pour tenir le châtelet. Le capitaine avait raison, leur seul espoir était de se replier sur le bastion dès maintenant. Le ranger espérait seulement que les autres ponts avaient tenu et que leur retraite ne serait pas interrompue par leurs ennemis.

Soudain il prît conscience qu’ils avaient échoué. Même s’ils se barricadaient dans le bastion et qu’ils arrivent à tenir ce dernier pendant un certain temps, rien n’empêchait désormais leurs ennemis de traverser l’île et de menacer le reste du royaume. Il n’avait plus qu’à espérer que les messagers dépêchés vers Minas Tirith arrivent suffisamment tôt pour permettre l’élaboration d’une nouvelle ligne de défense. Cependant, ce qu’il avait vu de leurs ennemis le rendait confiant. Jamais ils n’auraient les moyens de s’emparer du royaume. Si les armées du Gondor se réunissaient à temps, ils seraient balayés par plus nombreux et bien mieux armés qu’eux.

Vern venait aussi de comprendre autre chose. Il ne rêvait plus que de vengeance, de voir cette armée écrasée sous la botte du Gondor. Mais s’il rêvait de vengeance c’est qu’il savait qu’ils venaient de perdre cette bataille. Il venait de comprendre qu’il ne quitterait jamais cette île vivant. Et bien qu’il en soit ainsi. Il s’arrangerait pour emporter avec lui dans la tombe autant d’ennemis qu’il le pourrait.
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Ryad Assad
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L'appel à l'égorgement EmptySam 5 Sep 2015 - 21:55
HRP : On a pris pas mal de retard avec les vacances, et je suis le premier responsable de tout ça, hélas ! Mais je ne vais pas vous laisser vous en tirer à si bon compte, petits filous Wink.


Pont Central


Lorsqu'Arion ouvrit les yeux, la situation lui apparut avec une soudaine clarté. Cair Andros devait tomber. Tout autour de lui, ce n'était que mort et désolation. Le pont avait été largement abattu, ce qui avait freiné l'avancée des immenses bêtes sauvages que leurs ennemis orientaux faisaient marcher devant eux. Toutefois, ce n'était pas suffisant pour empêcher des colonnes de fantassins de progresser sous les traits des archers du Gondor. Les flèches s'étaient épuisées depuis longtemps, et on se contentait de jeter tout ce qui pouvait l'être sur les ennemis qui, eux, paraissaient ne pas tomber à court de traits. Les hommes qui se levaient pour jeter des pierres ou de l'huile bouillante par-dessus les remparts du châtelet qui protégeait l'entrée de l'île étaient pris pour cible principalement. L'un d'entre eux avait reçu un projectile si puissante qu'il avait traversé son armure et l'avait arrêté dans son geste. La bassine qu'il tenait en mains lui avait échappée, et l'autre soldat qui l'aidait à la soulever avait basculé dans le vide. Le liquide qu'elle transportait s'était répandu sur quatre fantassins qui défendaient la porte. Les pauvres hurlaient à la mort, alors que leurs chairs brûlaient littéralement sous les yeux de leurs camarades impuissants. On avait réussi à rapatrier Arion et les rares compagnons qui avaient survécu à la déferlante, et les portes avaient été refermées prestement. La Légende faisait partie de ces blessés qui pouvaient encore servir, et sitôt qu'il afficha les signes d'un léger rétablissement, on lui fourra une lance entre les mains, en l'exhortant à se relever :

- On a besoin de tout le monde, les portes sont sur le point de céder.

Et c'était vrai. Arion fut pris dans la cohue de soldats qui rejoignaient leur poste, silencieux, tremblant de peur. Ils paraissaient avoir conscience que leur fin était proche. Les orientaux avaient fait venir un bélier de fortune, et ils s'acharnaient méthodiquement sur la porte de bois qu'une douzaine de soldats essayaient péniblement de renforcer de l'autre côté. Madriers, poutres, planches, tonneaux pour barrer l'entrée… Tout ce qui pouvait servir à ralentir la progression de leurs ennemis était exploité autant que possible. Arion prit place dans les rangs, comme les autres. Bouclier, lance, épée au côté. Il n'était pas différent des autres à ses côtés, qui allaient mourir eux aussi. Soudainement, devant leurs ébahis, la porte droite se fractura largement, laissant apparaître les visages hideux de leurs futurs bourreaux venus réclamer leur sang. Il y eut des hurlements de joie de l'autre côté, tandis que le bélier continuait son œuvre destructrice. Les sergents, de toutes parts, hurlaient des ordres pour serrer les rangs :

- Tenez bon ! Tenez bon ! Les renforts arrivent bientôt !

Le mensonge était gros, mais chacun essayait de s'y raccrocher. On n'avait pas vu le moindre signe venu de Minas Tirith. Les hommes ignoraient depuis combien de temps ils se battaient à la lueur de ces torches vacillantes, mais ils savaient d'instinct que si du secours avait dû leur être envoyé, il aurait déjà dû faire son apparition. Nul soutien ne viendrait de la capitale. On les avait abandonnés…

- Tenez les rangs ! Tenez les rangs !

Ils répétaient ces harangues en boucle, passant dans les rangs en regardant leurs hommes dans les yeux. Ils les connaissaient pour la plupart personnellement, sergents qu'ils étaient, et ils lisaient la terreur au fond de leurs pupilles. Combien avaient résisté in extremis à la tentation de partir en courant ? Combien avait vu un voisin fuir comme un couard, et n'avait pas osé lui emboîter le pas ? Parmi ceux-là, tous devaient regretter de n'avoir pas pris la poudre d'escampette, maintenant que la bataille était là, maintenant que leur sort allait se jouer.

- Arion, c'est ça ? Demanda son voisin, qui ne devait pas avoir plus de vingt ans. Vous étiez de l'autre côté des remparts… Est-ce qu'on a une chance de l'emporter ? Les officiers ne veulent pas nous dire combien ils sont…

Il y avait tellement d'inquiétude dans sa voix, et tous les autres qui avaient entendu l'interrogation tendaient l'oreille, avides de nouvelles. Allaient-ils mourir pour quelque chose ? Ils se savaient condamnés, mais ils voulaient tomber pour une noble cause. Etait-il alors préférable de leur mentir, ou bien de leur dire la vérité ? Cela avait-il une réelle importance ? Il y eut un nouveau craquement sinistre, à faire trembler même les hommes les plus endurcis, et soudainement les portes s'ouvrirent, balayées par la puissance du bélier. Des flèches partirent en sifflant, et les boucliers furent dressés pour les absorber. Leurs assaillants n'étaient pas particulièrement méthodiques ni talentueux, mais leur nombre compensait largement ce désavantage, et lorsque leurs premiers guerriers se firent empaler par les lances argentées brandies devant eux, les autres ne s'arrêtèrent pas et firent immédiatement reculer la ligne de défense des Gondoriens.

Arion fut instantanément pris au milieu du chaos. On ne tuait pas beaucoup dans un tel corps à corps, et la mêlée ne permettait pas de manier son arme convenablement. On transperçait un premier ennemi, on essayait de garder la formation pour accueillir le suivant, mais on était rapidement obligé d'abandonner l'arme d'hast pour se saisir d'une bonne vieille lame. L'épée en main, les Gondoriens subirent de plein fouet la charge d'un bataillon particulièrement déterminé, qui  disloqua la formation. Tout n'était plus que cris, sang versé, larmes. Par-dessus le vacarme, on entendait le Commandant de la forteresse qui exhortait ses troupes à davantage, à mieux. Il allait sur son cheval de bataille, secondé par ses officiers, et essayait de maintenir la cohérence de leur défense. Mais ils étaient vraiment dépassés en tout point…

- Battez-vous ! Battez-vous jusqu'au bout ! Repoussez-les !

Ce furent ses derniers ordres. Alors que la bataille faisait rage, des archers ennemis avaient réussi à prendre position sur les murs du châtelet, d'où ils avaient une vue plongeante impeccable sur les combats. Les Gondoriens avaient déjà perdu plus d'une quinzaine de mètres en quelques minutes seulement, et ce n'était pas encore terminé. Un des tireurs les plus précis des orientaux avisa un cavalier solitaire qui distribuait des consignes avec beaucoup de grands gestes. Malgré la distance et l'obscurité, il le prit pour cible. Son premier trait échoua, mais le second frappa sa cible avec une précision effroyable. Le projectile se ficha dans la gorge du Commandant, qui chuta lourdement de sa selle, immédiatement entouré par ses seconds qui cherchèrent à vérifier l'état de sa blessure. Pas besoin d'être spécialiste, toutefois, pour comprendre qu'il était mort. Ils allaient bientôt tous l'être.

Alors qu'Arion luttait pour sa vie, un guerrier particulièrement farouche le prit par surprise, et manqua de le tuer. Son poignard ripa sur la solide cuirasse de la Légende, qui se retourna et put constater qu'il venait de retrouver son vieil ennemi. Un Oriental à la peau couverte de cette étrange charbon, qui avait une terrible blessure à la base du cou. Il était venu chercher sa vengeance. Insensible à tout ce qui pouvait se dérouler autour de lui, il marcha droit vers la Légende, déterminé à lui faire payer son geste, et à le conduire droit au tombeau. Le second épisode de leur duel héroïque s'engageait, même s'il paraissait évident aux deux combattants que le sort de la bataille était déjà joué. Pourtant, aucun d'entre eux n'avait envie de perdre. Aucun ne voulait mourir avant d'avoir vu l'autre trépasser. Au milieu des combats qui pullulaient, il leur faudrait seulement faire attention à ne pas recevoir un coup d'épée malencontreux dans le dos.

- Repli ! On se replie ! Cria quelqu'un.

Un officier ? Un simple soldat ? Personne ne le savait, mais les Gondoriens commencèrent à reculer plus franchement. Arion devait désormais choisir entre sa victoire ou sa survie. Mais restait à savoir si son adversaire lui donnerait le temps de faire ce choix…


~ ~ ~ ~


Pont Sud


Une demi-douzaine d'Orientaux venait de mourir dans les flammes que les hommes de Joras avaient fait allumer. Leurs hurlements déchirants, ainsi que la vision de leurs chairs consumées, l'odeur insoutenable qui se dégageait de ce spectacle absolument horrible… C'en fut trop pour certains des défenseurs, qui partirent à toutes jambes, abandonnant leurs armes quittant les rangs malgré les consignes. Le Capitaine et les hommes qui défendaient le bastion avaient été contraints de reculer au bas des marches, abandonnant la position à leur ennemi, qui ne pouvait toutefois pas emprunter l'accès par la porte. Toute leur immense armée était donc contrainte de se frayer un chemin par les échelles, ce qui réduisait considérablement la vitesse de leur avancée.

- Joras ! Joras ! Joras ! Scandaient les hommes, reconnaissant là l'ingéniosité de celui qui avait réussi à leur donner un peu de répit.

Ils avaient besoin d'une figure vers qui se tourner, d'un homme qui leur inspirait quelque chose, qui leur promettait plus qu'une mort certaine et horrible. Même si ce n'était qu'une illusion, même si ce n'était que pour quelques temps. Ils avaient besoin d'espérer et de croire. L'intéressé avait ordonné aux archers de se déployer en retrait, pour étriller tous ceux qui déferleraient par le mur. Sa stratégie fut couronnée de succès. Les premières lignes orientales furent fauchées sans merci, et leurs hommes refluèrent pour quelques temps, donnant le temps à Valmar et ses gardes de se replier soigneusement derrière les rangées de soldats qui lui servaient de bouclier. Toutefois, la chance ne dura pas, et rapidement les orientaux firent monter des troupes équipées de boucliers épais et solides, qui arrêtèrent les traits. Il ne leur fallut que quelques minutes pour prendre position, et former un mur d'acier impénétrable. Agenouillés, ils constituaient une protection tout à fait satisfaisante pour les renforts qui grimpaient derrière eux.

Puis, sitôt que les Orientaux furent assez nombreux, ils descendirent les marches du châtelet dont ils venaient de s'emparer, et chargèrent impitoyablement les défenseurs, sautant sur eux comme des animaux enragés. Les premières lignes de soldats réguliers furent submergées. Ces hommes n'étaient pas assez expérimentés, pas assez talentueux pour être capables de repousser un assaut alors qu'ils étaient si peu. Et les Rangers, qui eux avaient l'expérience du combat, n'étaient pas en mesure de constituer une force suffisante pour faire pencher le cours de la bataille en leur faveur. Etait-ce réellement tout ce qu'ils pouvaient faire ? Reculer, reculer encore, et attendre d'être cueillis par la mort qui leur tendait les bras ? Apparemment, oui…

Joras fut rejoint par un sergent, qui aurait dû être son supérieur en grade, mais qui paraissait effrayé. Il ne se mit pas au garde-à-vous, ce qui aurait été le comble du ridicule, mais il lui demanda sur un ton où perçaient des accents d'inquiétude indignes d'un officier :

- Joras, notre aile droite est sur le point de flancher ! Est-ce que nous devons nous replier à la Citadelle ? Vous pensez que le Pont Central tient toujours ?

C'était le plan de bataille classique en cas d'assaut ennemi. Se replier jusqu'à la Citadelle et faire jonction avec les troupes du Pont Central, pour coordonner une nouvelle défense. Pendant ce temps, les troupes du Pont Nord pouvaient reculer jusqu'au Bastion, où il était plus facile de se retrancher. Hélas, la principale difficulté était de réaliser cette opération de repli dans de bonnes conditions, en faisant en sorte de ne pas battre en retraite si le Pont Central n'était pas lui-même tombé. Le cas échéant, cela revenait à condamner les troupes du Centre, et donc à condamner les espoirs de défendre la Citadelle…

Hélas, les messagers étaient introuvables, et il n'y avait pas assez d'hommes pour envoyer des coursiers. D'ailleurs, la bataille évoluait si rapidement qu'il était difficile de dire avec certitude quelle serait la situation quand les ordres reviendraient. Le Commandant pouvait bien ordonner de tenir la position, et être lui-même repoussé quelques minutes après. Et à cause des cors de leurs ennemis qui continuaient à résonner comme un bourdonnement constant et agressif, ils étaient incapables de distribuer leurs directives convenablement par des signaux sonores. Ils étaient livrés à eux-mêmes, dans l'impossibilité de communiquer. Et Joras héritait de cette situation. Ou plutôt, il héritait d'un choix délicat. S'il ordonnait le repli, il pouvait sauver une partie de ses hommes, assurément. Ils manquaient de munitions, et ils ne tiendraient plus longtemps de toute façon. Mais dans le même temps, s'il faisait cela, il pouvait être considéré comme un déserteur par Valmar, dont les sanctions expéditives étaient bien connues. Il n'hésiterait pas à se débarrasser d'un soldat trop zélé pour maintenir l'illusion du pouvoir. Même si cela devait tous les conduire à la mort.

Alors qu'il réfléchissait, il y eut un tonnerre assourdissant, suivi d'un fracas terrible. Les portes volèrent en éclat comme si elles avaient été percutées par le bélier de Sauron. En fait de bélier, c'était plutôt une de ces étranges créatures qu'on avait lancé à toute vitesse en direction de la porte. Elle portait des œillères, et ne devait donc rien voir d'autre que sa cible. Son arrivée eut plusieurs conséquences inattendues. Premièrement, cela ouvrait un passage nouveau pour les Orientaux, qui pouvaient désormais pénétrer sur l'île en masse, et non seulement à l'aide de leurs échelles de fortune. Cependant, cela avait également eu pour effet de déstabiliser complètement l'assaut en cours, d'éparpiller les hommes qui s'étaient jetés à terre pour esquiver la charge. C'était plutôt une bonne chose, et il était peut-être possible de reprendre la main. Enfin, la bête qui aurait dû s'arrêter en percutant les battants de bois décida de continuer sa course malgré tout. En voyant les flammes sur ses flancs, elle accéléra et traversa la mêlée sans se soucier de qui elle fauchait. Tête baissée, cornes dressées, elle brisa net la ligne de défense, emportant avec une demi-douzaine d'assaillants, et au moins autant de défenseurs. Ces derniers, grâce à leurs armures, ne mourraient pas sur le coup, mais ils étaient tout de même salement amochés.

Cette nouvelle menace quadrupède était terrible : son corps était recouvert d'une sorte de cuirasse de bois, elle-même renforcée de cuir humide pour absorber les flèches et protéger des flammes. Il était impossible de raisonner la créature, et il serait délicat de la mettre à mort, vu sa taille. Immense, rapide malgré son poids colossal, elle ne paraissait pas prête de s'arrêter. D'ailleurs, Joras était sur sa trajectoire. Alors que les hommes étranges franchissaient la porte pour être cueillis par les dernières salves des archers Gondoriens, le Ranger put contempler la titanesque créature qui le chargeait en droite ligne. Il avait de nombreuses décisions à prendre, désormais, mais la première consistait à savoir quoi faire pour sauver sa vie de cette nouvelle menace…


~ ~ ~ ~


Pont Nord


La défense du Capitaine Praven avait été exceptionnelle, et au regard des troupes et des munitions dont il disposait, il avait réellement fait de son mieux. Mais le pont était perdu. Les Rangers l'avaient compris depuis bien longtemps, eux qui avaient l'expérience de la guerre, et ils avaient immédiatement su comment se replier. Il avait été un peu plus difficile de mettre en ordre les soldats du rang, qui avaient fini par accepter la situation, et par mener une charge audacieuse contre les troupes qui s'étaient essayées à attaquer leurs arrières. Charger ces étrangers, les massacrer pour la plupart, ou les voir sauter dans l'eau pour échapper à une mort certaine était un réconfort grisant. C'était une petite victoire qu'ils savourèrent par de vifs hourras, et par des cris de joie quand ils furent rejoints par les troupes du Châtelet Ouest. Toutefois, les nouvelles n'étaient pas très bonnes. Les officiers approchèrent, et transmirent les informations, sans se soucier de la présence des hommes du rang autour. Il n'était plus temps de cacher quoi que ce fût à ces braves qui se battaient pour leur vie, et qui avaient le droit de savoir :

- Capitaine, toujours aucun signe Minas Tirith. Par contre, nous avons de bonnes raisons de croire que le gros des embarcations ennemies a contourné l'île, pour nous prendre à revers. Si nous cherchons à tenir le châtelet, ils risquent de s'emparer d'un bastion vide duquel nous aurons toutes les peines du monde à les déloger.

Et c'était vrai. Les Orientaux avaient envoyé leurs pirogues contourner l'île, et déjà leurs troupes prenaient pied sur l'autre rive. Ils n'étaient pas très nombreux, guère plus d'une cinquantaine pour l'heure, mais d'autres viendraient assurément. Si ces cinquante s'emparaient du bastion, ou encore des balistes, ils pouvaient faire de très gros dommages et compliquer sérieusement la tâche des défenseurs. Mais quelle que fût la décision à laquelle on pouvait songer, elles étaient toutes mauvaises. Il s'agissait de choisir entre abandonner le bastion, abandonner le pont, ou abandonner purement et simplement la défense de l'île. Il y aurait forcément des sacrifices à faire, mais aucune information ne venait des autres ponts.

- Capitaine, nous croyons que le Pont Central est tombé. Nous n'en sommes pas certains, mais nous avons cru voir des torches qui prenaient la direction de la Citadelle. Nous espérons qu'il s'agit du Commandant, qui rallie ses hommes. Nos messagers ne sont pas revenus, probablement pris dans les combats. Pour l'heure, nous sommes seuls.

Klargus, grâce à sa stratégie, avait acheté un peu de répit qui lui permettait de décider ce qu'il était le plus judicieux de faire. Suivre le plan initial, et rejoindre la position qu'il devait défendre ? C'était la chose à faire si on voulait être un officier exemplaire, mais en même temps tout le monde savait que le bastion était un cul-de-sac. Y entrer était difficile, en sortir était impossible. S'ils se retranchaient là-bas, ils devraient compter en définitive sur l'aide de Minas Tirith, ou bien attendre de mourir de faim ou d'épuisement. Les autres options n'étaient pas non plus reluisantes : devaient-ils tenter de rejoindre le Pont Central pour prêter main-forte à leur Commandant ? Ce serait désobéir formellement aux ordres, mais ils étaient peut-être les seuls à savoir que des troupes avaient pris pied de l'autre côté, et s'apprêtaient à leur barrer toute retraite. Ils pouvaient aussi fuir, lâchement. Abandonner leur poste, essayer de rejoindre Minas Tirith, et comptant sur le fait que les autres feraient de même… Quel honneur y avait-il à mourir pour une cause perdue, quand on pouvait vivre pour des combats qui faisaient la différence ? Beaucoup de soldats ici étaient prêts à endurer les moqueries et l'infamie s'ils pouvaient voir le soleil se lever de nouveau… Mais pour l'heure, cette décision appartenait au Capitaine borgne, qui paraissait avoir pris trente ans. L'obscurité, sa blessure et ses traits tirés lui donnaient l'air d'un vétéran.

Un des Rangers interrompit la conversation des officiers, et prit la parole en ces termes :

- Ecoutez, je suis aussi Capitaine, et même si je n'ai techniquement pas autorité sur vous, voici ce que je vais faire. Je vais prendre une demi-douzaine de mes gars, et on va aller voir ce qu'il en est de ces fameux hommes qui ont contourné nos lignes, d'accord ? Si on peut s'en débarrasser, on le fera. Sinon…

Il ne finit pas sa phrase. Pas besoin. Ce n'était pas vraiment une requête, et il n'attendit pas que Klargus lui donnât l'autorisation pour ce faire. Certains le connaissaient ici, et ils savaient bien qu'il n'était pas du genre à déserter. Il voulait simplement se rendre utile, et mettre ses troupes dans des conditions qu'elles connaissaient mieux : l'infiltration, et la discrétion. Les batailles rangées et à court de munition n'étaient pas faites pour eux. Il désigna plusieurs hommes qui se trouvaient près de lui, au nombre desquels Vern. Il était en forme, n'avait pas reçu de blessure apparente, et il était donc tout désigné pour cette opération. Sans attendre, les hommes partirent avec leurs maigres stocks de flèches, disparaissant dans les ténèbres.

Alors qu'ils s'éloignaient des combats, un silence pesant s'installa entre eux. Ils n'osaient pas le dire, mais la perspective de se retrouver si proches de la liberté et de leur salut était une tentation à laquelle il était difficile de résister. Mais personne n'avait parlé de désertion, et personne n'avait envie de le faire. Le reste de l'île était désert, et ils le traversèrent en courant sans user toutes leurs forces, rapides mais mesurés pour ne pas tomber dans un piège et ne pas s'épuiser inutilement. Tout était sombre, et bientôt ils croisèrent la silhouette menaçante du Bastion, qui faisait face aux remparts de la citadelle. Des remparts bien trop bas et trop fragiles pour repousser longtemps les assauts qu'elle subirait. Ils ne s'arrêtèrent pas.

Rapides comme le vent, ils finirent par arriver à proximité du pont. L'espace semblait dégagé, mais ils se tapirent tout de même pour ne pas être pris en embuscade. Tout avait l'air très calme, et c'était à se demander si les officiers ne s'étaient pas trompés. De là où ils étaient, ils avaient même l'impression de voir les portes qui barraient la sortie de Cair Andros ouvertes, comme une invitation à s'échapper de cet enfer. Personne ne pipa mot. Ils restèrent ainsi à observer un instant, avant que le Capitaine des Rangers ne tapât sur l'épaule de Vern :

- Allez voir. Discrètement.

Celui-ci s'exécuta. Lorsqu'il arrivât près des portes, sans avoir croisé aucun ennemi, il se dit que la voie était dégagée. Mais elle ne l'était pas. Deux paires d'yeux avaient suivi son déplacement furtif, et bien qu'il eût pris toutes les précautions du monde, il ne pouvait pas échapper bien longtemps à des hommes qui se tapissaient là, et qui l'attendaient. Une torche sortit de nulle part, vola dans les airs, et retomba non loin du Ranger, l'offrant pour cible à deux autres sinistres personnages surgis de l'ombre. Deux archers qui tirèrent au jugé, essayant d'aligner Vern. Une flèche le toucha au niveau de la cuisse, mais elle ne pénétra guère profondément. La pointe était en os, et elle était moins perforante que si elle avait été en acier, ce qui était une bonne nouvelle. La mauvaise, c'était que cel avait tout de même déstabilisé le guerrier qui s'écroula au sol. Par chance, il tomba sur le bas-côté du chemin, dans ce qui ressemblait à une petite tranchée peu profonde, laquelle lui fournissait un abri contre les tirs. Mais sa situation n'était pas brillante, et il devait traverser au moins une trentaine de mètres à découvert, avec des tireurs embusqués qui ne le manqueraient pas. Ramper était possible, mais restait à savoir qui viendrait le chercher en premier… ses alliés, ou ses ennemis.

- Vern ! Par Manwë, vous êtes vivant ?

C'était le Capitaine. Dans les ombres, les deux groupes ignoraient de quelles forces disposait l'autre, et aucun ne se risquerait à attaquer frontalement. L'heure était à la manœuvre, à la ruse et à la débrouillardise. C'était tout à fait dans les cordes des Rangers d'Ithilien.


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Mardil
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L'appel à l'égorgement EmptyDim 13 Sep 2015 - 16:36
Le pont était perdu. Il fallait maintenant décider de la marche à suivre mais aucune solution n’était bonne. Cair Andros tomberait quoi qu’il advienne. Même si le gros des troupes se repliait à la citadelle et au bastion, ils n’avaient pas de quoi soutenir un siège bien longtemps. Ce n’était plus à la défense de l’île qu’il fallait penser maintenant mais à celle du royaume.

Le capitaine des rangers décida alors de se déporter de l’autre côté de l’île. Il semblerait que leurs ennemis avaient déjà pris pied là-bas. La menace était bien trop importante pour être ignorée. S’ils leur coupaient la retraite, tout était perdu. Vern ne pensait pas à déserter mais Minas Tirith devait être prévenue. Il fallait couper la route à ces hordes maléfiques avant qu’ils ne puissent entrer profondément au Gondor.

Mais, avant de penser à cela, il fallait s’assurer que la route était dégagée. Sinon ils seraient bel et bien piégés sur l’île où ils ne pourraient rien faire d’autre que d’attendre de mourir. Et, si Vern était prêt à périr pour sa patrie, il souhaitait que sa mort ait un sens. Se faire massacrer alors que Cair Andros était tombée n’entrait justement pas dans cette catégorie.

Il suivit le capitaine des rangers à travers l’île, étrangement calme. Il était difficile de croire qu’à l’instant même, une bataille faisait rage si près de là où ils se tenaient. Le bruit des lames qui s’entrechoquaient, les cris des hommes et le bourdonnement sourd des tambours finirent par s’évanouir alors qu’ils approchaient des portes ouest, qui plus que jamais, ressemblaient à une promesse de liberté.

Bien que rien ne semblait bouger dans les ombres, tout était bien trop calme. Qui pouvait savoir ce qui se tenait dans le noir, entre eux et les portes conduisant au pont ouest ? Cependant, ils ne pouvaient pas juste rester là à attendre et le capitaine désigna Vern pour aller en éclaireur. S’accrochant plus que jamais à son arc, celui-ci se déplaça furtivement jusqu’à l’ouverture mais ne fût manifestement pas assez discret.

Une torche enflammée sortie de nulle part s’écrasa presque à ses pieds, faisant de lui la cible parfaite. Il n’eût pas le temps de réagir que les flèches volaient déjà dans sa direction. Une seule fît mouche et il lâcha un cri de douleur alors qu’il s’écroulait dans le fossé. Avec un râle de souffrance il arracha la pointe en os de la flèche. Il avait entendu l’appel du capitaine mais ne lui répondit pas. Il valait mieux que ses alliés et ses ennemis le croient inconscient ou mort.

Il arracha une bande de tissu à sa tenue et s’en servit comme d’un garrot afin de limiter le saignement. Ce n’était pas optimal mais c’était mieux que rien. Cependant, il valait mieux éviter de courir, sans même parler d’en être capable de toute façon. A part la torche qui brûlait toujours près des portes, tout était noir et les deux camps restaient aussi silencieux que possible mais on entendait des pas discrets dans l’herbe. Quelqu’un se déplaçait et se rapprochait de l’endroit où il se trouvait.

Il fallait agir vite et bien. Il s’empara d’une pierre et la lança vers la droite. Aussitôt deux flèches volèrent vers le bruit. Il savait maintenant où se tenaient les assaillants. Il se releva et cria :

- Près des deux arbres rabougris à gauche des portes.

Il banda son arc et tira à l’aveuglette, tout comme ses camarades rangers. Ils entendirent distinctement un cri de douleur et ils s’élancèrent dans cette direction. Un des orientaux était mort, une flèche l’ayant atteint en pleine tête, et l’autre se tordait de douleur sur le sol, une flèche plantée dans l’abdomen. L’un des rangers lui régla rapidement son compte.
Cependant, la victoire était loin d’être acquise et ils entendirent le reste des orientaux qui convergeait vers eux. S’ils voulaient atteindre le pont, il leur faudrait défendre chèrement leurs vies.
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Nathanael
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L'appel à l'égorgement EmptyMer 16 Sep 2015 - 19:34
L'appel à l'égorgement Capita10

Cor à cor. Les Orientaux ne cessaient de faire répéter la même litanie morbide à leurs instruments tandis que les hordes innombrables de leurs compatriotes envahissaient l’île en une masse informe. Le Capitaine Valmar avait vu la bête sans nom défoncer la porte et passer sous les hauts murs. Il avait entendu également les hommes scander le nom de Joras, un petit freluquet qui voulait jouer les hommes braves pour gagner en grade. Et bien qu’il monte ! Il lui laissait volontiers sa place. Les remparts étaient noirs d’ennemis, et noirs ils semblaient l’être véritablement, car leur peau n’avait pas l’or des Orientaux du Rhûn, et à la lueur du brasier qui consumaient ses hommes en contrebas, il se rendit compte que ceux contre lesquels ils se battaient n’étaient pas des Orientaux. Incontestablement des gens de l’Est, mais qui ? Il n’était pas temps de se poser des questions, pas plus que de faire de l’ethnographie en cette heure. Du tranchant de sa lame il se tailla un véritable passage jusqu’aux escaliers étroits qui menaient au plancher des vaches. Et en matière de bovidé, l’animal fou qui semait le trouble parmi ses troupes avait tout l’air d’un taureau furieux dont les cornes gigantesques avaient causé quelques trous dans les armures des soldats. Un homme, au sol, se tenait les entrailles en gémissant, regardant fuir entre ses doigts tripes et boyaux dans le sang et la douleur.

Joras ! Le grand Joras. Que son courage l’emporte !  Et c’est ce qui adviendrait sans doute car le monstre aux flancs enflammés prenait la droite ligne pour l’encorner ou l’écraser.  Le capitaine Valmar profita de la situation pour s’éclipser. Il fendit quelques ennemis de plus, non pas pour la gloire, pas plus que pour défendre l’île, non ! Mais pour sauver sa propre vie, quant à son honneur, sur l’heure, il ne s’en souciait plus. Cherchant à mettre toujours plus d’hommes entre lui et la mort, il reculait obstinément vers les lignes arrière pour regagner la rive ouest de l’île et s’épargner ainsi bien des douleurs inutiles. Néanmoins il ne pouvait se permettre de fuir comme un lâche, un pleutre maudit. Et, qui plus est, seul, il risquait d’être une cible facile pour les archers ennemis, qui, eux, ne manquaient pas de munitions. C’est donc après une réflexion toute personnelle, et non dans l’intérêt de ses soldats, qu’il ordonna le repli.

- Soldats ! Repliez-vous ! Repliez vous vers la Citadelle.

Le Pont Central ? Il s’en moquait. Il était impossible d’estimer l’étendue des dégâts sur l’ensemble de l’île, mais il avait l’intime conviction que la situation ne pouvait pas être meilleure au Nord. L’armée ennemie s’écoulait comme une vague meurtrière par-dessus les murailles, les ponts et les différentes tourelles, emportant tout sur son passage. L’Anduin n’avait jamais connu crue si puissante, une véritable marée humaine.

- Repliez-vous bande de corniauds ! Repliez-vous !

Le capitaine saisit au col un jeune officier dont les yeux écarquillés reflétaient une peur démente. Il avait un cor attaché à la ceinture et il aurait déjà du en sonner les quelques notes qui ordonnaient le repli. Valmar s’en saisit avant de coller son poing dans la figure du jeune soldat. « Je vous apprendrai la discipline moi ! ». Le capitaine inspira profondément et porta le cor à ses lèvres pour sonner l’ordre de quitter la position et rejoindre la Citadelle. Les hommes entendirent enfin le cor, avec soulagement sans doute, car il n’y eut pas besoin d’un second rappel pour que les troupes ne prennent leurs jambes à leur cou et s’engouffrent sur l’unique allée qui menait aux contreforts du bâtiment central. Dans la panique générale certains hommes furent jetés au sol, piétinés par les bottes de leurs compagnons qui ne se souciaient plus guère que de leur survie. La débandade était pathétique, quoi que Valmar la considérât comme réussie. Dans la masse, il se fraya un passage pour atteindre la citadelle parmi les premiers où, déjà, s’organisait un semblant de résistance suicidaire. « Les fous » ! Sur place il rejoignit d’autres officiers qui semblaient à peine plus au courant de l’état des choses. Un de ses compagnons d’arme, avec lesquels il avait prit du grade, le hella.

- Valmar ! Capitaine ! Il faut organiser la retraite et sonner du cor pour ordonner aux hommes de se regrouper ici pour réorganiser les troupes et défendre la citadelle. C’est notre seul moyen de repousser les troupes ennemies.
- Et bien, faites-le !


Valmar le bouscula et continua sa route comme si de rien n’était après lui avoir refourgué le cor qu’il avait récupéré. « Que Melkor les emporte ! ». Epée à la main, il ressortit du bâtiment pour faire mine d’aider les derniers à gravir remparts et escaliers. Certains sentaient l’urine à plein nez et devaient patauger dans des chausses mouillées après s’être pissés dessus. La glorieuse armée du Gondor ! Les plus solides avaient gagné la Citadelle les premiers, les plus vaillants prêtaient main forte aux blessés et aux plus faibles, les plus intelligents avaient pris la fuite depuis longtemps. Le capitaine attendit le bon moment pour faire faux bond à son armée et quitter les lieux sans autre cérémonie. La nouvelle fut annoncée que le pont central et le pont sud étaient tombés aux mains des barbares venus de l’Est. Deux officiers ordonnèrent une nouvelle formation, réorganisèrent les troupes, les archers ici et l’infanterie là, les rares cavaliers étaient réunis devant les portes. Profitant des mouvements des troupes, Valmar disparut par un escalier dérobé qui menait à une tour de garde au sud-ouest de la Citadelle, allant toujours plus loin en prétextant aider d’autres soldats à se regrouper.

Il se retrouva bien vite dans l’obscurité la plus totale, seul, et avec une volonté acharnée de survie. L’épée à la main il fit tomber deux orientaux qui cherchaient à prendre la Citadelle à revers. Il se rendit bien vite compte que l’île était encerclée de toute part et que le front se déplaçait d’est en ouest. Mais d’autres hommes attendaient devant les grandes portes occidentales. Décidemment, bien des soldats désiraient sauver leur peau cette nuit, et tous les stratagèmes étaient bons pour grappiller quelques bouffées d’air supplémentaire. Valmar reconnut un des capitaines parmi les rangers. Mais bigre ! Pourquoi fallait-il toujours que quelqu’un se mît en travers de son chemin ? « Pour être certain de s’en sortir, il faudrait bien que d’autres meurent à sa place ». Bienheureux étaient ces braves soldats qui joueraient les boucliers humains pendant qu’il courrait jusqu’à l’autre rive. Il s’annonça de la manière la plus brave qui soit en décapitant un homme qui s’approchait du groupe à revers. Il se retrouva nez à nez avec le capitaine des Rangers d’Ithilien qui manquât de peu lui ôter la tête également avant de se rendre compte qu’ils appartenaient au même camp. Valmar hoqueta un « Fichtre ! » avant de cracher au sol.  Il avait sentit son sang se recroqueviller dans ses orteils.

- Capitaine Valmar au rapport ! Le Pont Sud est perdu. Je viens en soutien pour déstabiliser l’ennemi qui vient du pont ouest. Peu de mes hommes ont survécu et les rares valides prient Eru à la Citadelle.

S’il y avait eu quelques morts et beaucoup de blessés, Valmar exagéra sans doute les pertes de sa compagnie pour se soustraire à tout questionnement gênant. Un officier sans homme était soit un héro menant une charge suicidaire, soit un couard qui fuyait comme un rat. L’idée de Valmar était de mimer la charge pour s’enfuir aussitôt qu’une ouverture aurait été faite entre les rangs ennemis. A défaut d’avoir le courage nécessaire, il était rempli d’espoir.


***************************************

Sur les ponts plus à l’est, les Orientaux ne cessaient de s’engouffrer sur l’île. Malgré leur nombre et les premières charges brutales, ils s’organisèrent rapidement pour mener d’une main de maître les assauts suivants. Les derniers hommes de Valmar qui étaient restés auprès de Joras pour l’aider à lutter contre la bête énorme qui avait défoncé les portes tombaient comme des mouches. Quelle ne fut pas leur surprise quant, derrière l’imposant quadrupède au souffle saccadé, s’avancèrent non pas des hommes, mais des femelles noires qui dardaient sur eux des yeux plein d’une ardente déraison.  Elles tenaient des piques aux pointes brûlées, certaines présentaient des coutelas faits d’os taillé, et, dans leur regard, on y lisait une crainte épouvantable doublée d’une fureur sans nom. Elles semblaient prises dans une transe guerrière indéfinissable qui rompait catégoriquement avec l’image que les Gondoriens avaient de la femme et de sa place dans la société. Les hommes resserrèrent les rangs, certains d’avoir à se battre contre des êtres faibles et sans grande défense. Grand mal leur en pris. L’une des femmes se jeta sur un soldat dans un grand cri strident, les autres suivirent et les derniers survivants furent rapidement mis en déroute. Les Orientales se jetaient sur les hommes sans se soucier ni de la morsure des lames ni de l’obstacle que représentaient les boucliers et les armures pour leurs faibles armes. L’os grinça contre le métal, les chairs furent meurtries, mais leur folie transforma leur élan en charge meurtrière et deux soldats furent mortellement blessés avant qu’une Orientale ne leur ôte la vie en leur coupant la jugulaire. Chaque fois qu’un homme était au sol, elles recommençaient le même rituel, les saignait, et repartait en chasse. Un soldat s’enfuit devant cette nouvelle menace et bientôt, parmi les hommes, se répandit la rumeur folle de femmes assoiffées de sang aux ailes de chauve-souris et au regard de démons.
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Evart Praven
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L'appel à l'égorgement EmptyMer 30 Sep 2015 - 0:39
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Par chance, la manœuvre envolée de Klargus avait été une vraie réussite. Ils avaient réussi à repousser à l’eau les orientaux et, ainsi, la route pour le reste de l’île était libérée. Les hommes avaient bien besoin de victoires tant la défaite qui s’annonçait immense. Cependant ce n’était que temporaire et ils devaient immédiatement fuir de ce piège qui risquait de se refermer. Le capitaine n’avait plus aucune illusion sur leur capacité à gagner cette bataille. Le mouvement de ces barbares semblait impossible à arrêter. S’il voulait espérer survivre un peu, Klargus devait se replier vers l’intérieur de l’île. Le choix le plus raisonnable aurait été d’abandonner l’ile et sauver le plus grand nombre d’hommes en fuyant vers Minas Tirith mais le capitaine ne pouvait faire ce choix. Se faisant il aurait condamné à la mort toute la garnison de la citadelle alors qu’on pouvait toujours espérer l’arrivée de renforts depuis la cité blanche. En outre il aurait porté le déshonneur sur toute sa famille et Klargus ne pouvait supporter cette idée. La seule solution était maintenant de se replier vers le Bastion, de le tenir le plus longtemps possible pour protéger la citadelle et d’espérer des secours rapides depuis Minas Tirith ou Osgiliath.

Courant dans tous les sens, Klargus distribuait les ordres à tout va. Une partie de ces troupes avaient déjà désertées et il ne voulait surtout pas que tout cela recommence. Il y avait encore pas mal de troupes dans le petit bastion mais il valait mieux éviter des pertes inutiles. Au moins, une fois dans la forteresse, ils seraient contraints de se battre jusqu’au bout et ils ne pourraient plus fuir lâchement. Pendant un instant, le capitaine fut pris d’une violente douleur au crâne et d’un réflexe de vomissement. La blessure qu’il avait à l’œil lui faisait un mal de chien et il sentait son sang couler malgré l’épais tissu qui pansait, certes sommairement, son œil borgne. Le capitaine des rangers interrompit ce mauvais moment en lui proposant d’aller défendre les berges de l’île pour éviter un encerclement dévastateur. Prenant à peine le temps de lui répondre par l’affirmative, Klargus continua.

Dans un premier temps, il avait envoyé un officier en qu’il avait toute confiance préparer la retraite. Avec une cinquantaine d’hommes expérimentés et solides, il devait barrer la route au Nord de l’île avec plusieurs missions, d’abord éviter que des troupes ennemies ne leur barrent la route et, secondement, éviter que les jeunes recrues ne fuient et ne se replient pas vers le Bastion. Pendant ce temps, les officiers et les hommes du châtelet commençaient à sortir du bâtiment alors que le gros de la troupe était en train de se replier. Malheureusement pour Klargus, ses hommes ne se repliaient pas convenablement, les jeunes recrues allaient un peu dans tous les sens, n’écoutaient que peu les ordres des officiers et abandonnait même parfois des pièces de leur paquetage pour aller plus vite. Dans de désordre était une honte pour l’armée pourtant forte et puissante du Gondor, Klargus se demandait comment le Roi avait pu laisser les choses pourrir à ce point. Lui n’était là que depuis quelques mois et il avait déjà eu fort à faire mais, en plus, il devait composer avec de jeunes recrues voulant uniquement avoir le gîte et le couvert, des sergents et caporaux vieux et ivrognes, des officiers issus de la plus petite roture incompétents et idiots qui abâtardissait leur classe.

Malgré cette troupe qui se débandait, Klargus restait à l’arrière avec les dernières troupes, les plus expérimentées. Il organisait la fin de la retraite et voulait éviter une débandade complète ou, pire, une percée massive de ces barbares au beau milieu de ces hommes. Avec eux, Klargus reprenait espoir, il s’agissait de vrais guerriers sûrs, expérimentés, bien équipés et organisés. En attendant que l’essentiel des hommes aient pu avancer, ils devaient tenir la position. Au début, tout devait bien se passer. Les orientaux auraient dû prendre assez de temps à ouvrir les portes et ils devaient être ralentis par les barricades et chausse-trappes dans le châtelet. Malheureusement, c’était à croire que les malheurs appelaient les malheurs. Soit les orientaux avaient été plus vite que prévu, soit les défenses avaient mal été préparées, peut-être même les deux mais, dans tous les cas, les orientaux débarquaient dans la cour arrière alors que les hommes du Gondor n’étaient pas prêts.

Comme à son habitude, Klargus prit une décision rapide. Les hommes à pied devaient se dépêcher de repartir vers le bastion et pousser le reste des troupes à rentrer au plus vite. De l’autre côté, la quinzaine de cavaliers qu’il avait sous la main devaient couvrir la retraite. C’était peu mais cela devrait faire l’affaire. Pour le moment, les barbares tentaient de se regrouper dans la cour avant de poursuivre leur assaut et c’était bien la chance des gondoriens. Quand ils n’étaient pas de vrais cavaliers, les hommes d’armes n’avaient pas de vrais chevaux de guerre et ils ne pourraient combattre que tant que leurs ennemis ne s’étaient pas regroupés et organisés. Ils avaient dû croire qu’il leur suffirait de poursuivre bêtement les hommes de l’Ouest mais ce n’était visiblement le cas. Pour le moment, les hommes pouvaient traverser la cour en large et en travers à toute vitesse en couvrant les orientaux de moulinets d’épées.

Evidemment il ne fallut pas longtemps aux barbares de l’Est pour s’organiser. A mesure que le temps passé, des escouades de soldats sortaient en rangs serrés armés de piques et autres lances. Pendant ce temps, des archers étaient montés au sommet du châtelet et commençaient à les arroser de traits. Il ne fallut pas longtemps aux hommes du Gondor pour comprendre que la cour était perdue et qu’il fallait fuir. Il ne restait plus qu’à espérer que leurs hommes aient pris suffisamment d’avance pour ne rien risquer. C’est alors que les cavaliers se lancèrent sur la route du Nord de l’île.

Tandis qu’ils commençaient à s’éloigner, la pluie de flèche se faisait de plus en plus drue. Tout à coup, Klargus ressentit une vive douleur dans le dos. Une flèche s’était plantée au milieu de la colonne vertébrale. La pointe fine avait transpercé la cotte de maille sans trop de difficulté. La souffrance qui irradiait son dos le fit basculer. Tombant de son cheval, il s’écrasa lourdement au sol. Pris dans leur galop, aucun des autres cavaliers n’avait remarqué l’absence de leur capitaine. Dans la poussière et la boue, le capitaine ne sentait presque plus ses jambes. Une seconde flèche se ficha dans son omoplate. Elle avait probablement été tirée au hasard mais la douleur était immense. Le temps commençait à se déliter et Klargus perdait la notion de l’espace.

Etrangement, il eut l’impression d’être retourné. Ce devait être les barbares qui venaient soit pour finir le travail, soit pour le capturer. Dans tous les cas, il se défendrait jusqu’au bout. Attrapant son épée, il profita du mouvement qu’on lui imposait pour donner un grand coup de taille au visage du premier homme puis, continuant dans son mouvement, il planta son épée dans le corps du second. Moins de quelques secondes plus tard, son épée lui fut arrachée puis il reçut une sorte de grand coup dans le ventre. Ensuite, Klargus bascula dans une sorte de trou noir.
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Thorseld Eodsen
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L'appel à l'égorgement EmptyLun 12 Oct 2015 - 0:43
Le plan avait parfaitement marché. Tout du moins, pour ce qui était des premiers instants. Car bien vite, les quelques orientaux en proie aux flammes voraces issues traits des archers sous les ordres de Joras furent suppléés par des combattants frais et porteurs d’immenses boucliers face auxquels les dernières flèches gondoriennes faisaient pâle figure.

L’odeur de brûlé et de mort régnait maintenant partout et, malgré les dégâts que Joras et ses hommes étaient parvenus à occasionner chez l’ennemi, ceux-ci faisaient apparaître toujours plus de combattants pour prendre le relai de ceux qui succombaient. Il y avait là un côté implacable et rageant que les forces défensives devaient à tout prix tenter de balayer de leur esprit au risque de voir celui-ci flancher définitivement. Il valait mieux éviter de trop réfléchir et frapper, cogner, décocher, envoyer, esquiver, contre-attaquer et tout recommencer inlassablement sous peine de succomber sous le nombre.
La fatigue grandissait et le moral chutait douloureusement. Surtout à présent que les défenseurs du bastion avaient été contraints d’abandonner leur position stratégique à l’ennemi qui gravissait désormais les marches qui menait à la petite place forte.

Les cris d’acclamation des hommes qui ovationnaient Joras avaient beau avoir eu le mérite d’insuffler un petit regain de confiance à chacun, personne n’était dupe et, le Ranger le premier, tous savaient que le bref répit obtenu grâce à l’usage des flèches enflammées prenait déjà fin alors que l’ennemi se barricadait derrière un large mur de boucliers.

Et le pire était à venir. De derrière la palissade de boucliers dressés par les orientaux agenouillés émergeaient déjà de nouveaux enragés prêts à en découdre. Le choc fut très violent et chacun devait ferrailler avec ténacité pour seulement préserver sa vie !
La défense consistait finalement en une lente et inévitable retraite. Peu à peu, très lentement, les gondoriens perdaient leurs positions et inexorablement les assaillants avançaient, moins disciplinés mais redoutablement supérieurs en nombre.

Joras tentait d’imaginer une stratégie afin de tenter de remédier au problème lorsqu’un sergent l’interpella. L’aile droite semblait ne plus devoir être en mesure de tenir longtemps et la question du repli se posait à présent clairement. Toutes les hypothèses se bousculèrent alors dans l’esprit du Ranger qui, face à la mine déconfite de son homologue, comprenait aussi qu’il lui faudrait décider et agir rapidement sous peine de voir toute la défense de ce côté-ci de la citadelle s’effondrer comme un château de cartes. Devait-on céder du terrain pour l’heure afin de mieux maîtriser les accès de la citadelle et leur défense ? Fallait-il au contraire tenter de tenir encore et toujours les positions afin de procurer plus de temps à ceux qui, à l’arrière, étaient censés se préparer à prendre le relai de la résistance héroïque des hommes des premières lignes ? Chaque option comportait autant d’avantages que d’inconvénients et il n’existait aucune ligne de conduite qui préservât les chances de réussite plus qu’une autre.

Joras jeta quelques coups d’œil alentour comme pour chercher un élément qui lui aurait échappé et qui serait à même de lui suggérer l’option la plus favorable. Le chaos était partout et rien ne permettait d’y voir plus clair. Joras eut une pensée pour Vern, son frère d’arme chez les Rangers d’Ithilien. Etait-il encore vivant ? Et si oui, où pouvait-il bien se trouver ? Et dans quelle posture ? Aucune nouvelle ne parvenait plus du reste de la citadelle depuis bien longtemps. Les coursiers avaient été abattus, blessés, retardés par les combats ou avaient fui, tout simplement. Mais le pont sud semblait totalement déconnecté du reste de la forteresse du Gondor. Isolée, esseulée… Etait-ce également le cas ailleurs ? Ou étaient-ils les seuls à se trouver en aussi fâcheuse posture ?
D’une certaine façon, ne rien savoir permettait finalement d’espérer. Et l’espoir était peut-être alors la seule chose qui leur restait et qui les maintenait tous en vie et unis les uns aux autres.

Ce regain d’espoir finit par convaincre Joras de la décision à prendre. – Gardez vos positions ! Restez côte à côte ! Tranchez ! Tuez ! Battez-vous jusqu’à la mort ! C’est un ordre ! Personne ne se replie ! Personne ! Il était trop tard pour envisager de céder du terrain. Cela viendrait bien assez tôt. Et les orientaux semaient déjà suffisamment la panique dans les rangs gondoriens pour se proposer de leur tourner le dos.

Après un bref moment d’hésitation ourlé de peur, les défenseurs tentèrent de se resserrer afin d’offrir un meilleur bloc pour poursuivre la résistance jusqu’à la mort. Ils se savaient perdus. Mais entre mourir ici en hommes ou fuyant en lâche, le choix paraissait simple.

C’est alors qu’un vacarme assourdissant accompagna l’explosion des portes du bastion. Des débris de bois volèrent en tous sens et une bête titanesque semblable à un taureau colossal s’extirpa de la trouée béante.

La masse sauvage lancée à vive allure fauchait tout sur son passage et l'effet de surprise et la vision d'horreur que son arrivée inattendue avaient créés lui conférait un avantage décisif. Elle arrivait pleins fers, fondant sur Joras qui allait être obligé de ne plus penser qu'à une seule chose : la survie.
Dans le même temps, le Ranger entendait le capitaine Valmar ordonner le repli. Les décisions de Valmar avaient bien évidemment priorité sur celles du sergent des Rangers de l'Ithilien et il n'entrait pas dans les intentions de ce dernier de les contester à ce moment précis (sa vie dépendait plutôt de sa confrontation avec la bête furieuse qui fonçait sur lui) mais elles n'en demeuraient pas moins fondamentalement opposées aux ordres donnés par Joras quelques minutes auparavant.
Si le Ranger avait tenté d'insuffler dans le cœur de ses hommes le peu de rage et de courage qu'il lui restait, le capitaine Valmar risquait de dégonfler la frêle baudruche par ses insultes et ses ordres de retraite.

Mais en l'état actuel des choses, Joras ne pouvait plus rien y faire et seule sa survie lui importait désormais.

Le taureau était à présent quasiment sur lui lorsque Joras décida de faire face jusqu'au dernier moment afin de s'assurer le plus de chance de faire mouche avec les quelques flèches qui lui restaient.

Il en encocha deux à la fois et décocha un premier tir violent en direction des yeux. Avait-il touché la bête ? Il ne prit pas le temps de constater si tel était le cas et encocha deux nouvelles flèches qu'il tira comme les première juste avant que la bête soit sur lui. Était-ce ses tirs qui avaient fait mouche ou était-ce quelque chose sur lui qui attirait le monstre en sa direction ? Il ne prit pas le temps de chercher à comprendre et roula sur le côté juste avant d'être encorné. Il espérait que sa glissade à l'ultime instant le sauverait. Il avait plongé tel un chat, agile et rapide en direction des hautes marches qu'il espérait rejoindre pour se mettre en sécurité, en hauteur, loin du danger...
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Ryad Assad
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L'appel à l'égorgement EmptyVen 16 Oct 2015 - 18:57
Pont de la rive occidentale


Les deux Orientaux furent mis à mort sans la moindre pitié par les Rangers, dont le Capitaine ne pouvait que célébrer cette victoire, mais déplorer son prix. Vern avait pris une flèche dans la cuisse, et ses hommes avaient épuisé leurs dernières munitions pour arriver à se débarrasser de seulement deux sentinelles qui avaient réussi à les piéger. Le feu de la torche qu'ils avaient lancée au milieu du chemin brûlait toujours, mais les discrets forestiers s'étaient cachés sur le bas-côté, se rapprochant de leur compagnon blessé pour le protéger. Ils furent alors tous surpris par l'arrivée inopinée d'un officier venu d'un autre pont, qui leur annonça la terrible nouvelle. Les ponts avaient été pris, les troupes étaient en déroute, et l'ennemi continuait d'avancer. Les Rangers se regardèrent. Le fol espoir qu'ils avaient pu entretenir que leurs compagnons d'infortune feraient mieux qu'eux au centre et au Sud venaient de s'effondrer. La défaite était désormais inéluctables. Mais ils devaient parer au plus urgent, pour l'heure. Vern était toujours étendu par terre, et ils n'étaient pas tirés d'affaire. Les Rangers tirèrent le Capitaine Valmar à l'abri, et se firent le plus discrets possibles. L'un d'eux examina la blessure de Vern, en lui posant précautionneusement une main sur la cuisse. Il n'y voyait pas très clair, mais il se risqua tout de même à rendre un verdict :

- La blessure n'a pas l'air trop grave… Le garrot va tenir, mais vous ne pourrez pas marcher tout de suite…

Quant à courir, c'était encore plus impensable. Et pourtant, le danger ne s'était pas éloigné d'eux, et ils devaient rester mobiles, ne pas s'arrêter. Le Capitaine des Rangers observait les cadavres avec attention, comme s'il pouvait découvrir chez eux des secrets pour les vaincre. Il remarqua rapidement que les hommes en question ne portaient pas d'armures, ils se déplaçaient torse nu comme des sauvages, et avaient le corps recouvert de peintures de guerre. En passant la main sur leur peau sombre, on gardait sur la paume une trace noirâtre, comme s'ils s'étaient roulés dans la suie avant de s'infiltrer. Cela leur avait certainement permis de se faufiler au travers des lignes du Gondor sans se faire repérer. Assurément, ces hommes étaient bien du même acabit que ceux qui avaient tenté de couper leur retraite en attaquant le châtelet Ouest. Ils avaient été prodigieusement rapides pour pouvoir se frayer un passage jusque là, et malheureusement les deux éclaireurs qu'ils avaient éliminés n'étaient pas venus seuls.

Les cris, le fracas des armes et les râles d'agonie avaient attiré l'attention des autres, qui convergeaient dorénavant vers leur position. Vern et ses compagnons repérèrent rapidement des silhouettes qui se déplaçaient furtivement dans l'ombre, et dès lors qu'ils commencèrent à bouger pour s'en éloigner, ils furent pris pour cible par des archers embusqués. Les projectiles sifflèrent dans l'air, et les hommes se jetèrent au sol pour ne pas être étrillés :

- Rampez, rampez ! Grogna le Capitaine en se déplaçant lui-même le plus loin possible.

Il conservait son arc en main, même si celui-ci était inutile pour l'heure, car il n'arrivait pas à récupérer la moindre flèche tirée dans sa direction. De toute façon, cela ne lui aurait servi à rien, car la nuit était si sombre qu'il n'aurait pas réussi à ajuster le moindre tir de riposte. C'était d'ailleurs ce qui les sauvait : leurs ennemis paraissaient avoir toutes les difficultés du monde à les localiser également, et ils n'osaient pas se jeter sur eux frontalement. Ils croyaient sans doute qu'ils avaient encore de quoi répondre, et ils préféraient éviter de se jeter à découvert. S'ils avaient su. Un des Rangers tirait Vern pour mieux l'aider à se déplacer. La douleur devait être à la limite du supportable, mais s'il laissait échapper le moindre cri, ils seraient repérés, et condamnés. Pendant ce temps, le Capitaine des Rangers avait pris le commandement de la situation au détriment de Valmar, qui avait normalement plus d'autorité que lui, mais qui paraissait bien désemparé pour l'heure. Ramper dans la bouge était loin de son quotidien, de toute évidence.

Loin dans la nuit, il y eut des cris et des ordres braillés. Les tirs cessèrent, et des bruits de pas furtifs se firent entendre. A la lueur de la torche qui continuait à se consumer, les hommes de l'Ouest purent voir que leurs adversaires commençaient à les encercler. Ils les rabattaient comme des chasseurs rabattaient leurs proies pour les pousser dans un piège, et il était évident que leur supériorité numérique leur confiait un grand avantage. Pourtant, ils n'attaquaient toujours pas. Par crainte ? Difficile à dire. Le Capitaine, cessa de ramper, et observa silencieusement les environs, avant de se retourner vers ses hommes. Aucun n'était rassuré :

- On va s'en sortir…

Il n'en croyait pas un mot, mais ils n'étaient pas obligés de le savoir. Le plus important était de transmettre un peu de confiance, même s'il en manquait cruellement lui-même. Allongé, son épée était difficile à sortir, mais il s'empara de son poignard et se redressa quelque peu pour se préparer à engager un corps à corps terrible avec ces sauvages qui menaçaient de leur fondre dessus, pareils à une horde de charognards attirés par l'odeur du sang. Mais contre toute attente, ce ne fut pas ce qui se produisit. Ils entendirent distinctement une voix s'élever dans la nuit… une voix qui n'avait rien de sauvage, assurément :

- Hommes de Gondor ! Hommes de Gondor ! Cessez le combat sans délai, et constituez-vous prisonniers ! Déposez les armes sur-le-champ, et nul mal ne vous sera fait. Je vous en donne ma parole !

Les Rangers se regardèrent, désarçonnés par la manœuvre. Que faire ? Le Capitaine, tout en restant vigilant vis-à-vis des déplacements de leurs ennemis, souffla à ses hommes toujours allongés dans les ombres :

- Nous ne sommes pas assez nombreux, les gars, mais…

Il n'était pas du genre à se rendre, ce n'était pas un lâche, mais il devait bien regarder la réalité en face. En sous-nombre, avec un blessé, ils ne pourraient pas résister très longtemps si combat il y avait. Leurs vies valaient-elles d'être sacrifiées ainsi ? Dans le même temps, ils étaient liés par leur serment auprès du Gondor, et bien des hommes dépendaient des informations qu'ils avaient à ramener. S'ils prévenaient le Capitaine Klargus de la situation, peut-être pourrait-il envisager une retraite pour ses troupes aux prises avec le gros des troupes orientales. Mais aucun homme ne pouvait décider facilement du sort de ses compagnons dans une telle situation. Il ne s'agissait plus d'un officier et de ses subalternes, mais bien d'hommes qui ressentaient la même chose, la même peur, la même angoisse.

- Si quelqu'un a une opinion, qu'il l'exprime.

Un des plus jeunes parmi les Rangers baissa le front, et laissa échapper :

- Capitaine, l'île est prise… Minas Tirith n'a pas encore envoyé le moindre renfort et…

- Ils viendront ! Réagit brusquement un des hommes.

Le premier reprit, très las :

- Ils devraient déjà être là… Cartogan nous a abandonnés… Je dis simplement que dans cette situation, nous… eh bien…

Impossible de le formuler, mais tout le monde avait bien compris. Les Rangers se regardèrent, et regardèrent également Valmar qui paraissait hésitant. Ils n'avaient que peu de temps pour se concerter, mais ils devaient aboutir à quelque chose, prendre une décision et agir d'une manière ou d'une autre.


~ ~ ~ ~


Pont Nord


- Le Capitaine ! Où est le Capitaine, par tous les Valar !?

Un des seconds de Klargus tempêtait, hurlait après les hommes du rang et les officiers éreintés, dans l'espoir d'obtenir une réponse. La terreur le disputait à la fureur dans son regard, et il ne faisait qu'inquiéter encore davantage ses hommes, lesquels avaient finalement réussi à regagner le bastion. Leur fuite désordonnée avait été une véritable débâcle, mais le charisme des meneurs avait réussi à éviter de nouvelles désertions. Tous connaissaient la structure du bastion, et ils savaient qu'ils y seraient à l'abri pour un temps. Leur principale inquiétude était de savoir quand on allait venir les aider, car ils ne tiendraient pas très longtemps avec de maigres réserves et de nombreux blessés sur les bras. Minas Tirith attendait sans doute le lever du jour pour leur envoyer des renforts. Oui, c'était forcément ça.

Les officiers qui restaient se concertèrent, sans savoir quelle décision prendre. Devaient-ils tenir le bastion quoi qu'il leur en coûtât, ou bien maintenir des chances raisonnables d'évacuer l'île ? Pour le moment, les Orientaux n'avaient pas encore complété leur encerclement, et il restait des chances de faire sortir la garnison. Les ordres de leur Capitaine avant sa disparition n'étaient pas clairs, et personne n'osait en décider sans lui. Restait aussi ce groupe, qui considérait que leur chef n'était pas mort, et qu'il était sans doute en difficulté, aux prises avec l'ennemi. Ils exhortaient leurs compagnons à porter secours à leur officier, et malheureusement rassemblaient l'adhésion des troupes les moins expérimentées. Les pauvres soldats du rang, hommes simples et terrorisés, ne pouvaient que se ranger derrière l'idée d'aller chercher leur chef pour qu'il trouvât une solution. La fuite étant impossible, et l'attente insupportable, ils préféraient encore partir dans ce que les officiers les plus zélés appelaient une « mission de sauvetage ». Il ne serait pas question de combattre l'entièreté de l'armée ennemie, disaient-ils, mais seulement de récupérer le Capitaine. Ils ignoraient tout de la situation, étaient mal équipés et en infériorité numérique, s'opposaient en cela à leurs camarades les plus mesurés, mais puisque personne n'avait un grade suffisant pour s'imposer à la tête des troupes, cela se décida individuellement.

Ils furent une vingtaine à partir.

Pendant ce temps, Klargus agonisait. Oh il n'allait pas mourir, on s'en était assuré, mais la flèche qui l'avait désarçonné avait causé de gros dommages. Ce serait un miracle s'il retrouvait un jour l'usage de ses jambes, même si avant de s'évanouir il avait montré aux Orientaux qu'il pouvait encore bouger le haut du corps. Deux cadavres étaient prêts à en témoigner. Le Capitaine se réveilla entouré par des soldats ennemis, occupés à le soigner sommairement. On n'avait pas pu l'évacuer convenablement, mais il avait été transporté dans le châtelet qui offrait la seule structure solide et fiable au sein de laquelle on pouvait l'opérer rapidement. Les deux flèches que l'on venait d'extraire de son corps reposaient plus loin, tandis que des mains habiles s'affairaient à le panser après avoir durement lutté pour endiguer les pertes de sang. Du sang. Il y en avait partout, et son odeur brûlait les narines.

Autour du Capitaine, un médecin, et plusieurs gardes qui le surveillaient étroitement. Ils portaient d'étranges armures que les hommes du Gondor n'avaient pas vu auparavant. Elles n'étaient pas faites dans un matériau commun, tel que l'acier ou le cuir. Non. Elles ressemblaient à un assemblage grossier et peu esthétique de tissus… Non… On aurait dit des feuilles de papier brut, repliées les unes sur les autres, salies par la poussière et l'usure. Une porte s'ouvrit, et un homme fit son apparition. Il avait l'air d'un monstre, immense avec de larges épaules, un cou de taureau, et des yeux à faire pleurer un nourrisson. Il portait la même armure que les gardes, mais il était évident qu'il était le chef ici, à en juger par le respect qu'on lisait dans les yeux des hommes qui le servaient. Il s'approcha de Klargus et, constatant qu'il était éveillé, fit amener de l'eau pour le désaltérer. Tant de bienveillance était curieuse, pour ne pas dire suspecte. Il prit la parole, d'une voix grave et gutturale, mais en s'exprimant paradoxalement dans un Westron absolument impeccable :

- Sire, j'ai conscience que vous n'êtes point un simple soldat ici, et en tant qu'officier de commandement vous avez le pouvoir de mettre un terme à cet affrontement.

Il marqua une pause, quand un homme ouvrit la porte. Il se retourna, et écouta le jeune homme qui revenait, de toute évidence essoufflé :

- Drar, le chef Kaara me fait te dire que le pont senestre est sous notre commandement, à présent. Il appelle tes meilleurs guerriers à converger vers le Sud pour appuyer notre ultime assaut.

Le géant hocha la tête, et répondit :

- Prends les miens, et conduis-les. Qu'ils prennent leurs ordres d'un de nos chefs quand nous aurons enlevé la dernière porte. Va, maintenant.

Le messager s'éclipsa, et Drar – puisque c'était de toute évidence son nom – revint à son interlocuteur. Il était toujours étonnant de voir une telle brute parler avec élégance et raffinement, mais il ne fallait pas se tromper. Il n'était ni tendre, ni particulièrement bienveillant. On voyait dans son regard que c'était un homme violent et dangereux, avec lequel il ne fallait pas trop plaisanter. Son vocabulaire riche ne devait pas dissimuler la simplicité de sa pensée, et ce n'était pas parce qu'il était chef qu'il ne se battait pas comme un ours. Son armure portait les stigmates des coups qu'elle avait arrêtés, et la grande épée qu'il portait accrochée dans le dos, Klargus avait pu le voir quand il s'était retourné, était abîmée par endroits et encore tâchée de sang. Le sang d'hommes du Gondor.

- Je disais, Sire, que vous étiez en mesure de mettre un terme à cette lutte. Vos hommes sauront vous écouter si vous leur parlez. Invitez-les à cesser cette vaine résistance, et à se rendre. Leur sacrifice n'est pas nécessaire.

Dans ses yeux, on lisait le contraire. De toute évidence, il rapportait les paroles de quelqu'un, car on voyait en lui davantage une envie de tuer qu'une envie de pactiser. Toutefois, il avait l'air quelque part de vouloir la fin des combats, sans doute car il avait perdu des hommes de valeur aujourd'hui, et qu'il ne souhaitait pas le moins du monde continuer le bain de sang. Ils étaient tous deux gagnants s'ils parvenaient à s'entendre. A moins qu'il n'eût davantage à gagner à une reddition ? Comment le dire ?

- Si vous n'obtempérez pas, Sire, nous détruirons votre armée et rougirons les eaux vives de ce fleuve du sang de nos frères sans la moindre hésitation. Le choix vous appartient...


~ ~ ~ ~


Pont Sud


La bête était cuirassée comme un bélier que l'on aurait protégé en prévision d'un assaut. A la différence que ce bélier avait des cornes immenses, qu'il était animé d'une volonté propre, et qu'il ne servait pas uniquement à enfoncer des portes. Joras l'avait compris à ses dépens en voyant la créature le charger, et son réflexe d'encocher deux flèches avait été bon. Cependant, il était terriblement difficile de viser correctement dans ces circonstances. Entre la peur, l'empressement, et les mouvements imprévisibles du monstre caparaçonné, il aurait fallu être un Elfe pour réussir à planter un trait entre les deux yeux de cet immense taureau. Joras n'en était pas un. Toutefois, deux de ses traits vinrent se ficher dans le poitrail de l'animal, qui mugit de douleur. Ses cornes brillantes basculèrent sur le côté, en même temps que son immense carcasse emportée par son élan. Le Ranger avait réussi ! Sans doute que personne n'avait eu l'occasion de profiter du spectacle, chacun étant trop occupé à se défaire de son adversaire, mais il l'avait fait ! Il avait jeté la bête à terre !

Malheureusement, dans sa chute, le mastodonte avait dévié de sa trajectoire, et était venu percuter sévèrement le Ranger alors qu'il essayait de s'écarter. Pas assez rapide, ou peut-être simplement malchanceux… Il roula sur le sol sur plusieurs mètres, catapulté en arrière par la terrible puissance brute de l'animal, qui n'avait pas eu le temps de freiner. Pour être sonné, il l'était, et il mit un moment à retrouver ses sens et à se rappeler qu'il était sur un champ de bataille. Autour de lui, les combats continuaient, et il ne pouvait guère s'en détourner trop longtemps au risque d'être tué par un tir malencontreux, ou bien par l'arrivée inopinée d'un groupe d'Orientaux venus de loin. Cependant, quand il essaya de se relever, il se rendit compte qu'il ne pouvait pas. L'explication était simple. Il avait un trou béant dans l'abdomen, là où la corne du monstre avait pénétré furieusement. Elle avait transpercé sa cuirasse sans la moindre difficulté, et le choc avait été si brutal qu'il n'avait rien senti sur le coup. Malheureusement, Joras était incapable d'en voir la couleur. S'il était rouge, cela signifiait qu'il avait une blessure terrible mais qu'il pouvait toujours continuer à espérer pour l'avenir. S'il était noir, cela signifiait que son foie était touché, et qu'il était condamné. L'obscurité l'obombrait au point d'être presque réconfortante. Il n'avait pas la possibilité de connaître son destin, ce qui signifiait qu'il pouvait encore décider de son sort. Combien d'hommes sur ce champ de bataille pouvaient en dire autant ?

Les hommes du pont Sud étaient en grande difficulté, et l'arrivée des Orientales avait semé la terreur dans les rangs de soldats déjà terrifiés. Beaucoup avaient abandonné leurs positions, préférant se replier dans le plus grand désordre que d'affronter une telle menace. Les rares qui réussissaient à tenir bon étaient massacrés par la furie de ces chasseresses qui se repaissaient des cadavres. Elles hululaient des cris de guerre curieux, et les attaquaient avec une férocité rare. Beaucoup de soldats n'osaient pas lever la main sur ces représentantes du beau sexe, qui n'avaient pas la même délicatesse à leur égard, et qui les poignardaient sans la moindre merci. Alors que Joras observait le chaos, des bras puissants vinrent le soulever, et on l'entraîna en arrière. C'était un des Rangers qui avait suivi son affrontement, et qui comptait bien ne pas le laisser tomber :

- Sergent, tenez bon ! Oh, par les Valar, je vous en prie, restez avec moi !

La retraite était inévitable, mais son déroulement fut des plus chaotiques. On réussit à trouver un cheval pour le pauvre sergent, qui fut évacué relativement convenablement. Ce ne fut pas le cas pour les traînards et les autres blessés, dont beaucoup furent purement et simplement massacrés par les guerrières qui les talonnaient. Toutefois, elles cessèrent bientôt la poursuite, rappelées par les cors et les appels de leurs chefs qui préféraient sans doute ne pas les voir tomber dans un piège. Les rescapés du Pont Sud regagnèrent la Citadelle, croisant en chemin les hommes du Pont Central qui se repliaient dans un meilleur ordre. Le Commandant de l'île avait rejoint la place-forte déjà, pour en organiser la défense, et les hommes qui entraient, la tête et les épaules basses, étaient accueillis par des hommes guère plus en forme qu'eux-mêmes. Tout le monde avait subi des pertes, et si le Pont Central avait bien tenu, ce n'était que pour essuyer par la suite le harcèlement de troupes infiltrées qui leur avaient causé beaucoup de difficulté. Après avoir coupé le pont, ils avaient voulu se porter au secours des autres, mais la situation était déjà catastrophique.

Joras fut pris en charge par deux hommes qui s'arrangèrent pour lui faire un bandage sommaire avec ce qu'ils purent trouver. Il avait été pratiquement transpercé de part en part, mais il s'en sortait toujours mieux que bien d'autres, et on lui fourra une épée entre les mains, en l'exhortant à résister jusqu'au bout. De toute façon, il n'était pas véritablement en position de fuir. Le soldat qui avait réussi à sortir le Sergent du mauvais pas où il se trouvait et à le ramener à la citadelle s'approcha de lui. C'était un régulier, inexpérimenté, sur le visage duquel on lisait une crainte innommable. C'était plus que la peur de mourir. C'était la certitude d'être condamné, et de ne rien pouvoir y faire. Il s'assit lourdement à côté du Ranger, tête basse. Les unités étaient éclatées, les troupes dispersées, et les hommes se rassemblaient autour du premier officier qu'ils voyaient, en quête d'un peu de foi, d'un petit quelque chose en quoi croire. Rapidement, une petite dizaine de soldats fit cercle autour de Joras, en silence.

Que dire ?

Ils n'avaient rien à dire. La situation était trop horrible, la guerre trop violente pour que des mots pussent l'exprimer. Ils essayaient de faire abstraction des cris terrifiants des leurs à qui on tranchait une jambe ou un bras pour leur éviter de souffrir davantage. Ils essayaient de faire abstraction des râles des mourants que personne ne pouvait sauver, mais que personne n'avait le courage d'achever. Pouvait-on réellement croire à quoi que ce fût, dans ces conditions ? Ils ne croyaient plus dans les Valar, ou dans l'aide de Minas Tirith. Ils ne croyaient plus dans la victoire ou dans la défaite. Ils croyaient uniquement en Joras, qui fut contraint de prendre la parole pour les réconforter. En silence, ils l'écoutèrent, essayèrent de puiser de la force dans son discours. Et ils le relançaient, sans cesse :

- Sergent, parlez-nous de vous… Lançait l'un.

- Sergent, vous venez de quelle région ? Rebondissait l'autre, un peu plus tard.

Ils avaient simplement besoin d'entendre sa voix, de fermer leur esprit à toute autre chose. Peu à peu ils se mirent à parler eux aussi, à parler d'eux. Ils apprenaient à se connaître. Certains parlaient de leur femme, de leurs fils et de leurs filles. D'autres parlaient de leurs parents. Ils ne voulaient pas mourir en anonymes. Plus que la mort, l'oubli était ce qui les terrifiait vraiment. Le temps passait de manière curieuse, et ils eurent l'impression de devoir attendre des heures, dans l'angoisse la plus oppressante. Les murs de la Citadelle n'étaient pas assez hauts pour repousser l'invasion à laquelle ils allaient faire face, et ils savaient qu'ils devraient en passer par un terrible et violent combat au corps à corps. Pendant qu'ils discutaient, on fit amener les blessés les plus graves dans la caserne, bâtiment où chacun devrait se replier en définitive si les murs étaient enlevés. Quand ils seraient enlevés. Certains eurent un sourire ironique et triste en voyant ces maigres efforts pour garder espoir. Espoir. Ce mot qui n'avait plus de sens sous les étoiles froides qui les observaient depuis les cieux. Aucun d'entre eux ne regardait plus vers l'Ouest, en espérant voir surgir des cavaliers en armure étincelante venus bouter les sauvages Orientaux hors des terres du Gondor. Cartogan avait trahi. Cela revenait souvent parmi les soldats. Cartogan les avait abandonnés.

Puis un cor solitaire sonna dans le lointain. Les sentinelles s'agitèrent. Un frémissement parcourut les rangs.

Il restait une poignée de braves, pour défendre la Citadelle, là où ils auraient dû être des centaines. Entre les morts, les blessés et les déserteurs, ils n'étaient qu'un ridicule château de sable face à la progression inexorable d'une marée humaine prête à déferler sur eux. Un nouveau cor sonna, venu de l'Ouest celui-là. Leurs ennemis les encerclaient désormais totalement. Il n'y avait plus d'espoir de s'échapper pour les derniers braves qui restaient. Les sots, sans doute : ils auraient peut-être dû fuir quand ils en avaient eu l'occasion. Des cris de guerre se firent entendre, et bientôt, de toutes les directions, des centaines d'hommes se jetèrent à l'assaut de la Citadelle. Beaucoup portaient des échelles de fortune, prêtes à être déployées le long des murs pour faciliter la submersion. Davantage encore portaient des frondes, des arcs ou des javelots, criblant les remparts de tout ce qui leur passait sous la main pour bloquer la défense des hommes du Gondor, lesquels étaient baissés pour éviter les projectiles. Mais l'immense majorité des Orientaux s'était emparée de cordes, et s'apprêtait à escalader comme ils le pourraient les remparts. Défendre la Citadelle se révélerait impossible, mais le Commandant se redressa bientôt, en brandissant son épée.

Tous ceux qui l'avaient connu, même un peu, avaient vu en lui un homme agressif, discourtois et impatient. Il hurlait plus qu'il ne parlait, et était prompt à plonger dans des colères dévastatrices. Aujourd'hui, son visage était marqué par l'affliction, mais il était résolu. Il ne cria pas, mais ses paroles furent entendues par tous ses hommes :

- Adieu.

Et il chargea le premier Oriental qui arrivait à sa portée, bientôt imité par tous les défenseurs, valides ou invalides, blessés ou indemnes. Le dernier acte de cette sombre nuit débutait, mais chacun connaissait la fin de cette pièce tragique qui commençait par « il était une fois » et qui s'achevait par « du sang et des larmes ».


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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"
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