Il n'est pas de marchand qui toujours gagne [PV Evart]

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Dim 31 Mai 2015 - 23:54

- Prim ? Prim où êtes-vous ?

Un petit homme, sec comme un morceau de bois qui aurait passé trop de temps au soleil, mais vif comme une anguille, fit son apparition presque instantanément. Il sortait d'une pièce adjacente, avec un plumeau et l'air de quelqu'un un peu préoccupé. Il fallait dire qu'il était rare que son employeur l'appelle avec un ton aussi pressant. En voyant la mine de ce dernier, il déposa instantanément ses ustensiles de nettoyage, remettant à plus tard le dépoussiérage des statues en bronze qui ornaient le grand salon. Prim était un homme bon et dévoué, un serviteur comme on n'en faisait plus, parfaitement attentif aux besoins de celui qui le payait, et dans le même temps absolument irréprochable, incorruptible. La seule chose qu'il demandait était que ses enfants fussent éduqués par des précepteurs de qualité, et tant qu'il avait l'assurance que leurs cours étaient payés par la famille de Ronce, il était prêt à tout endurer. C'était rapidement devenu un homme de confiance d'Eamon, principal représentant de la puissante famille de marchands, et s'il n'avait jamais atteint le statut de confident – les marchands répugnaient toujours à confier leurs secrets à quelqu'un qui n'était pas de leur sang –, il était ce qu'on pouvait trouver de plus proche. De sa voix quelque peu nasillarde, il demanda :

- Sire, vous avez l'air épuisé. Puis-je vous proposer un verre de vin ? La cuvée de 233, peut-être ?

Eamon enleva son manteau, et le donna à son serviteur, en le regardant avec un sourire entendu :

- 233 ? Je dois avoir l'air vraiment fatigué, Prim. Non, mettez-moi plutôt une de nos cuvées récentes. Je passe tellement de temps à dîner dans les hautes sphères que j'en oublie même de goûter le vin que nous vendons.

La surprise du domestique se peignit sur ses traits un bref instant, mais Eamon de Ronce était déjà passé à autre chose. C'était bien la première fois que Prim l'entendait commander autre chose qu'un grand cru, qu'il choisissait en règle générale avec le plus grand soin. Sa journée avait dû être particulièrement difficile, et il était certain qu'il apprécierait le repas que les cuisiniers avaient préparé toute la journée, et qu'ils lui serviraient dès qu'ils entendraient sonner la cloche. En le voyant monter les belles marches en marbre menant à son bureau, Prim ajouta :

- Sire, votre épouse est rentrée plus tôt que prévu. Elle vous attend dans vos appartements, je crois qu'elle voulait vous donner quelque chose.

- Oh vraiment ? Fut tout ce que répondit Eamon, avant de changer de destination.

Il aurait plaisir à voir Dana, avant d'aller s'enfermer dans son bureau pour le reste de la soirée. Toquant à la porte de leur chambre conjugale, il entra sans attendre de réponse, et trouva sa femme occupée à lire quelques missives qui devaient porter sur la gestion de son patrimoine. La fortune des Oliri n'était pas aussi importante que celle des Ronce, mais leurs affaires marchaient beaucoup mieux depuis que les deux familles avaient conclu cette alliance matrimoniale. Les récents événements avaient conforté leur position, et il fallait bénir le ciel que Dana et lui s'entendissent assez bien, sans quoi leurs affaires auraient pu être compliquées par de douloureux conflits internes. Leurs deux enfants étaient encore trop jeunes pour prétendre à quoi que ce soit d'autre qu'à recevoir des cours auprès de précepteurs, et leurs familles respectives faisaient pression pour sauvegarder les intérêts ici des Ronce, là des Oliri. Eamon et son épouse étaient les seuls, pour l'heure, à croire dans les bénéfices de cette union, et il ne tenait qu'à eux deux de réussir à fusionner leurs patrimoines pour continuer à rivaliser avec leurs « amis » marchands de la Compagnie du Sud.

En le voyant entrer, Dana afficha un petit sourire satisfait, et lui désigna du doigt une petite boîte qui reposait sur la table basse. Il s'assit dans le fauteuil confortable en soupirant de lassitude, et ouvrit le coffret, découvrant une superbe chevalière aux armes de leurs deux familles. C'était une création originale, et le mélange était esthétiquement exquis sur laquelle il ne pouvait rien trouver à redire. Dana était une femme de goût, et sa famille avait fait fortune dans la vente de pierres et, dans une certaine mesure, l'orfèvrerie. Elle avait dû confier à certains de ses artisans le soin de réfléchir à un modèle qu'elle soumettait aujourd'hui à son époux. Observant sa réaction par-dessus les documents qu'elle lisait, elle finit par demander, impatiente :

- Qu'en pensez-vous ? Je trouve qu'il est plus que temps que nous cessions de sceller nos lettres de deux sceaux différents, non ? Je trouve que les armes de nos familles se mêlent plutôt bien.

- C'est très beau, acquiesça Eamon. Mais ne trouvez-vous pas que c'est un peu… excessif ?

Son épouse haussa les sourcils, sans qu'il fut possible de dire si c'était de surprise ou de colère. Elle répondit d'une voix un peu cassante :

- Excessif ? Vous n'appréciez pas ce symbole de l'union de nos deux familles ? Ce symbole de notre union ?

Il était coincé. Eamon n'était pas un homme particulièrement énergique, et il avait toujours eu du mal à tenir tête à son épouse, qui lui avait fait une scène lorsqu'il avait montré quelques réticences à se présenter à la tête de la Compagnie du Sud. Lui savait qu'il n'aurait jamais eu le poste de Grand Maître, mais elle croyait déraisonnablement en lui, et elle avait détesté qu'il se dévalorisât ainsi en déclarant ne pas être fait pour ça. Fort heureusement, ils avaient trouvé un arrangement qui contentait tout le monde, et qui avait permis de résoudre cette crise, mais depuis ce jour elle s'était montrée de plus en plus entreprenante. Elle gérait ses affaires de manière dynamique, alors que lui comptait davantage sur ses acquis qu'il savait faire fructifier intelligemment. Fatalement, leur union était tendue, car leurs visions s'opposaient, mais ils étaient également redoutables car l'alliance de leurs méthodes leur donnait de bons résultats. Les plus ambitieux venaient négocier avec Dana, les plus traditionalistes venaient voir Eamon. Ils s'en sortaient plutôt bien, et même le Rude Hiver n'avait pas entamé tant que ça leur fortune considérable. Plus encore, rien n'avait pu entamer l'affection qu'ils se portaient mutuellement. Ce n'était peut-être pas de l'amour, mais ils s'entendaient certainement mieux que beaucoup de couples mariés pour des intérêts financiers. Eamon pouvait au moins remercier les Valar pour ça. Dès lors, il n'avait pas envie de froisser son épouse, et il se reprit bien vite :

- Le mot était peut-être mal choisi. Je voulais dire… n'est-ce pas un cadeau d'un prix excessif, pour moi ?

Dana changea d'expression du tout au tout, et ne vit pas dans ces dernières paroles un pieux mensonge de la part d'Eamon pour lui rendre le sourire. Elle s'illumina soudainement, rangea sa dureté dans un tiroir, et se drapa dans une douceur qu'il adorait. Elle se leva et vint lui prendre les mains affectueusement :

- Eamon… Vous valez mille fois cette babiole, combien de fois devrai-je vous le dire ? Je suis heureuse que nous nous soyons rencontrés, et cette chevalière est le témoin de l'affection que je vous porte. Regardez comme les armoiries s'entrecroisent, on dirait qu'elles étaient faites pour s'unir ! Nos enfants pourront les arborer fièrement quand ils seront en âge de gérer leurs affaires…

Le contact des mains de Dana lui procurait un véritable réconfort, et il aurait bien voulu les garder un peu plus longtemps dans les siennes, mais elle se libéra pour aller récupérer des documents et les lui montrer. Elle paraissait particulièrement satisfaite, à tel point qu'elle n'avait même pas remarqué sa mine épuisée, qu'il cachait pourtant très mal :

- Regardez, regardez ! Je viens de recevoir les comptes de Balmund, le vendeur de pierres. Celui qui nous fait de la concurrence. Il a menti le mois dernier, et il n'est pas en position de refuser ma proposition. Je pense aller le voir dès demain pour lui dire que j'ai trouvé une meilleure offre que la sienne. Si je le lâche, il coule, et il sera obligé de rogner sur ses bénéfices pour continuer à nous garder dans sa clientèle.

- Quelle bonne nouvelle, en effet !

Le ton d'Eamon manquait cruellement de sincérité, et Dana lui jeta un regard en coin. Elle soupçonna un instant qu'il était en train de se moquer d'elle, mais en y regardant de plus près, elle comprit qu'il était préoccupé par autre chose. En dépit de son caractère quelque peu dominateur, elle était attentionnée, et elle prenait toujours soin de lui quand il n'allait pas bien. Elle déposa ses documents, et lui mit une main sur le front, cherchant des traces de fièvre :

- Eamon, vous êtes souffrant ?

- Non, aucunement. Pardonnez-moi, j'ai eu une journée compliquée. Je ne voulais pas vous ennuyer.

Il était sincèrement désolé. Les nouvelles que sa femme lui annonçait étaient très bonnes pour leurs finances, et il aurait dû faire montre de davantage d'enthousiasme. Il l'aurait sincèrement voulu, s'ils n'avait pas été totalement absorbé par un problème bien plus gênant, qu'il devait résoudre dans la journée. Dana n'en savait encore rien, et elle l'invita à s'asseoir et à rester se reposer ce soir :

- J'aimerais, j'aimerais. Il me reste un dernier rendez-vous à gérer ce soir, puis je viendrai vous rejoindre. Cela vous convient-il ?

- Tant que vous ne vous surmenez pas. La Compagnie a besoin de vous en forme pour mener leurs affaires.

Il l'embrassa tendrement, la remercia de sa prévenance, puis la quitta à contrecœur pour rejoindre son bureau. En fermant la porte, il ne put s'empêcher de lâcher un soupir de résignation. Dana… Elle ne se rendait pas compte des ennuis qu'elle lui causait avec cette chevalière, qu'il glissa dans sa poche avec le reste. La famille de Ronce était notoirement plus riche et plus influente que la famille Oliri, si bien qu'en envoyant ce signal qu'ils étaient sur un pied d'égalité, elle risquait de froisser les Ronce en donnant plus d'influence qu'ils n'en méritaient aux siens. Eamon connaissait au moins une douzaine de ses oncles ou cousins qui prendraient rendez-vous avec lui pour lui dire ce qu'ils pensaient de sa façon de sauvegarder les intérêts familiaux. Et, dans le fond, ils n'auraient pas tort. Ce serait un autre problème à gérer en temps utile, mais il y avait plus urgent pour le moment. Au deuxième étage de la belle résidence, se trouvait le bureau d'Eamon de Ronce, qu'il rejoignit prestement. Il y trouva comme prévu un verre de vin, et un petit billet lui indiquant la cuvée. Perdu dans ses pensées, il sirota le breuvage sans vraiment y prêter attention, mettant de l'ordre dans sa tête et dans ses papiers. Il tenait à donner une bonne image à son invité du soir, recommandé par son propre beau-frère.

Les minutes défilèrent, le verre se vida, les papiers se rangèrent, quand on vint soudainement toquer à la porte en bois. Prim passa la tête par l'entrebâillement, et lança :

- Sire, messire Praven demande à vous voir. Je l'ai fait attendre dans le salon. Désirez-vous le recevoir sur-le-champ ?

Eamon soupira :

- Oui, qu'on en finisse…

Prim referma la porte, et Eamon mit de l'ordre dans sa tenue. Il se leva, et alla chercher deux verres et une bouteille de vin fin qu'il gardait toujours dans son bureau. Elles lui servaient à agrémenter ses discussions avec de potentiels partenaires. Puisque sa famille était dans la viticulture, il était normal qu'il disposât de mets de grande qualité, et tous ceux qui venaient le voir louaient son sens de l'hospitalité. Le tout, disposé sur un plateau en argent, trouva une place sur son bureau. Il aurait pu recevoir le jeune noble qui lui demandait une entrevue sur la table basse, assis dans les fauteuils confortables qu'il tenait à la disposition de ses visiteurs les plus éminents, mais il ne souhaitait pas mettre son visiteur trop à l'aise. Après tout, Eamon était Grand Marchand, et il devait se comporter comme tel, même si cela l'ennuyait profondément. Trop rapidement à son goût, Prim revint avec son visiteur, qu'il fit entrer non sans avoir de nouveau frappé à la porte. Endossant son rôle d'hôte, le Lord de Ronce se leva en fit le tour de son bureau pour venir serrer la main d'Evart Praven. L'homme était plus jeune que ce à quoi il s'attendait, et il ne dissimula pas sa surprise. Il s'attendait à tomber sur quelqu'un de plus âgé, pour ce genre d'entreprises :

- Sire Praven, je suis ravi de vous rencontrer. Il est rare que je connaisse pas les principaux marchands qui officient au Gondor, mais mon beau-frère Gyan m'a dit que je devais vous rencontrer.

Le sourire d'Eamon était simple et sincère, alors qu'il invitait Evart à prendre place face au bureau :

- Mais avant de discuter affaires, parlez-moi un peu de vous, Sire Praven. J'apprécie toujours de bien connaître mes interlocuteurs.

Cependant qu'il parlait, il remplit les deux verres de vin, et en tendit un à Evart non sans préciser :

- C'est un cru exceptionnel, mis en bouteille en 260, l'année du mariage du Roi Mephisto. Ce n'est peut-être pas le vin le plus ancien et le plus cher de notre collection, mais il est chargé d'une histoire particulière puisque cette bouteille a été mordue par le chien du Haut-Roi Eldarion, qui l'avait trouvée et qui l'a ramenée à mon père. On voit encore les marques de ses crocs, ici et ici.

A n'en pas douter, Eamon était un hôte vraiment affable, avec qui on pouvait entretenir de longues conversations sans jamais se lasser. C'était précisément de cette manière qu'il nouait des relations durables avec ses partenaires commerciaux, fondées sur la simplicité et une forme de confiance – toute relative. Comme à son habitude, il s'arrangeait pour mettre à l'aise son interlocuteur, avant de le laisser parler. Sa réputation n'était pas usurpée, même s'il était vrai qu'aujourd'hui, il ne paraissait pas aussi enjoué que d'ordinaire. La fatigue se lisait sur son visage, ainsi qu'un certain accablement qu'il ne pouvait dissimuler. Tout en écoutant Evart lui raconter son histoire, pour mieux aborder les négociations qu'il entendait mener avec Eamon, ce dernier glissa la main dans sa poche où se trouvait entre autres la chevalière. Il inspira profondément, en essayant de rester concentré sur le récit du jeune homme…


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Jeu 11 Juin 2015 - 19:33
Parti dans la matinée de Minas Tirith dans un petit char loué pour l'occasion, Evart arriva assez tôt à Osgiliath où il se permit un repas puis un bon bain aux étuves pour se décrasser de ce long voyage. Profitant du temps qu'il lui restait, le jeune homme se permit de faire un tour dans la ville, d'aller jusqu'à la bibliothèque de la Compagnie du Sud avant de profiter un peu de cette fin de journée agréable avant de rejoindre le palais des Ronce.

Alors qu'il arrivait dans la grande demeure de la famille Ronce, Evart fut poliment invité dans un des salons de la demeure Ronce par un serviteur au bon goût exquis. C'était la chance des maisons les plus fortunées que d'avoir des domestiques de qualité ayant une parfaite connaissance de l'équilibre à trouver entre le sérieux, la sollicitude et une attitude néanmoins agréable. Pour tout dire, Evart enviait les Ronce d'avoir un maître d’hôtel aussi professionnel. Par contre, le jeune hobereau aimait bien peu l'opulence et la magnificence dont faisait preuve les Ronce. Certes Osgiliath n'était pas de Minas Tirith et les marchands dirigeaient la ville mais Evart n'aimait pas ce luxe de parvenu et de familles de peu d'ancienneté. Néanmoins il profita de la sollicitude du laquais qui lui proposa une assiette de petits gâteaux secs ainsi qu'un verre d'alcool.

Laissant aller le serviteur, Evart savoura un petit gâteau à la myrtille -il était tout simplement divin- et se permit de tremper les lèvres dans la coupe d'hypocras. Par bonheur, il ne lui fallut pas longtemps pour être introduit dans le bureau du grand marchand. Celui-ci était grand mais d'un meilleur goût et restait relativement sobre. Au fond, trônait un grand bureau derrière lequel le jeune homme pouvait apercevoir le Seigneur de Ronce. D'une politesse tout à fait bienvenue, celui-ci se leva et vint lui serrer la main. Tout de suite, il remarqua les traits tirés de l'homme qui paraissait plus vieux que l'âge qu'on lui attribuait emais il faisait preuve d'une amabilité presque humble :


- Messire de Ronce, je suis très honoré de vous rencontrer mais vous me faites bien trop d'honneurs, je ne suis qu'un modeste marchand au sein de l'honorable Guilde des Epiciers de la Cité Blanche.

De manière étonnante pour un marchand aussi influent que lui, Eamon de Ronce paraissait simple et modeste, ce qui résonnait particulièrement avec Evart. Malgré son ambition et son âge, il avait eu une éducation conservatrice qui prônait, outre une certaine humilité en propre, le caractère secondaire du pouvoir de l'argent, c'est à dire essentiellement marchand, sur le pouvoir politique, c'est à dire celui du sang. Alors qu'il lui demandait de se présenter plus avant, Evart répondit sans fausse modestie :

- Messire. Je suis né en Anfalas, il y a de cela une vingtaine d'années puis je suis venu m'occuper des biens familiaux dans l'Anorien et la Cité Blanche, il y a quelques mois. Je suis donc entré au service comme Secrétaire au Trésor de la très honorable corporation des Épiciers que vous connaissez bien, en tant que importateur de vins vers Minas Tirith, il devait forcément passer par la bénédiction de la corporation qui avait encore le monopole de l'importation de produits alimentaires. Je me suis également mis au service de Messire Gyan Oliri sur une affaire où il risquait de perdre quelques intérêts.

C'est alors que le seigneur de Ronce lui proposa une bouteille d'un grand vin qui avait une histoire tout à fait particulière. Admirant la bouteille, Evart n'osait même pas imaginer son prix et, d'une façon, il était assez choqué. Même s'il ne pouvait que louer son sens de l'hospitalité, Evart estimait qu'un vin comme celui-ci se devait d'être gardé pour les grandes occasions et pas pour recevoir un simple correspondant. C'était probablement un reste de son éducation provinciale modeste et austère -ce qui n'empêchait pas, au demeurant, de proposer un bon vin-. Quelque peu gêné, Evart déclara :

- Messire, vous me faites bien trop d'honneurs, vous devriez le garder pour un hôte de meilleure qualité que moi.

Face au regard insistant du grand marchand de Minas Tirith, Evart accepta la coupe de vin qu'il lui tendait. Connaisseur, il en contempla la robe en donnant à la coupe un mouvement circulaire. Puis il l'approcha de son visage et en sentit tous les arômes. Effectivement c'était un vin d'une grande qualité. Ensuite il reposa la coupe et se permit d'en parler quelque peu avec le sire de Ronce. Ne voulant pas l'occuper trop longtemps, Evart se permit de continuer :

Concernant le sujet de notre entrevue, je ne vous demande rien et, se faisant, je puis vous apporter énormément. Au cours des festivités qui ont célébré le mariage de Sa Majesté le Roi d'Arnor, j'ai eu l'opportunité de négocier avec le nouvel émir autoproclamé du Harondor. Ces négociations m'ont permis d'obtenir de substantiels dégrèvements d'impôts et taxes sur le commerce entre le Nord et le Sud que je souhaite mettre à votre entier et complet service. J'ai eu vent de toute l'opposition qu'il y a eu entre les maisons Goloth et Ronce lors de la mort de feu-messire de Sora. En vous proposant de mettre à votre entière disposition les dérogations que j'ai obtenu, je vous propose donc de développer un commerce dès plus profitable avec le Sud et démontrer à la maison Goloth que la gloire et la grandeur des Ronce peuvent les atteindre sur leur propre terrain. Dans les grandes lignes, c'est ce que je souhaitais humblement vous proposer, Messire.

Pour tout dire, Evart aurait pu aller plus avant en se laissant aller à son penchant naturel de la discussion mais il n'osait pas vraiment. Il n'avait pas à affaire à un vulgaire noble voulant placer son argent chez lui puis sa démarche était déjà suffisamment osée pour ne pas trop en rajouter avant d'avoir la première réaction de Messire de Ronce sur la question. Affichant toujours une mine imperturbable, le jeune homme attendait maintenant la réponse du vieux marchand.
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Sam 13 Juin 2015 - 13:25

La courtoisie d'Evart toucha sincèrement Eamon de Ronce, qui appréciait particulièrement l'éducation traditionnelle du jeune homme. Respect et humilité : lui-même fonctionnait sur ce modèle, et il se trouvait une connivence particulière avec le jeune noble qui se trouvait en face de lui, bien différent des crabes qui tournaient autour de lui d'habitude. De jeunes marchands assoiffés d'or et de richesses, qui n'étaient pas capable de faire un pas franc dans la direction de leur interlocuteur, et qui sortaient leurs pinces à la moindre occasion. Fort heureusement, il était cuirassé contre ce genre de tentatives, mais elles l'ennuyaient au plus haut point, lui qui préférait la simplicité d'une conversation agréable dans son bureau, plutôt que des négociations plus ou moins secrètes dans des entrepôts qui sentaient la pourriture et le bois humide. Il avait toujours l'impression qu'on voulait le forcer à faire quelque chose d'illégal quand on le faisait venir dans un tel endroit, et il ne prenait jamais la peine de répondre aux invitations qui ne mentionnaient pas une adresse digne de ce nom : un bureau officiel, un hôtel particulier, ou une table de qualité dans une auberge réputée. Les autres n'étaient que de petits poissons qui ne nageaient pas dans le même océan que lui, et qui essayaient de quitter le lit de leur rivière pour s'agripper à ses immenses nageoires. Ce qu'ils ignoraient, c'était que même en s'accrochant de toutes leurs forces, ils seraient balayés par la force incommensurable de son commerce, soufflés comme des miettes de pain s'accrochant désagréablement aux fils d'une tunique impeccable. Il faisait avant tout cela pour les protéger.

Evart ne paraissait pas être fait du même bois, lui qui disposait d'une certaine éducation, d'un respect de la hiérarchie marchande, et surtout qui savait trouver le subtil équilibre entre audace et prudence. Tout du moins, Eamon l'espérait. Il laissa son interlocuteur parler quelque peu, présentant en des mots simples et choisis la trajectoire qui l'avait amenée à se retrouver à Minas Tirith, lui qui venait de la province. En dépit de sa jeunesse, il avait été admis à un poste particulièrement prestigieux, ce qui attestait de sa compétence et de son dévouement. La Guilde des Epiciers constituait un organe tout à fait respectable, et ils n'auraient pas choisi comme secrétaire un incapable. Eamon les connaissait bien, pour avoir à traiter avec eux assez régulièrement. Le fait était qu'ils lui mangeaient littéralement dans la main, car en dépit de leur situation de monopole absolu protégé par le Roi, ils ne pouvaient rivaliser avec une des principales fortunes du royaume. Le Lord de Ronce était sans aucun doute le marchand le plus influent de Minas Tirith, et aucune guilde, aucune corporation, aucun individu n'aurait songé à se le mettre à dos. Il fallait dire qu'il était prodigieusement difficile d'attirer son courroux, et nul être vivant ne devait avoir eu l'occasion de le voir afficher plus qu'une contrariété muette. Les éclats de voix et les coups de sang n'étaient pas dans son répertoire, apparemment, même si on disait toujours qu'il fallait se méfier de l'eau dormant.

Eamon n'était pas sot, et il connaissait très bien la réputation que l'on avait fait de lui. Celle d'un homme mou, sans énergie, manquant de charisme. Il laissait parler. Il préférait de loin qu'on le considérât comme tel – ce qui était vrai, dans le fond – que de le dépeindre comme un marchand avide et brutal avec ses partenaires. Il négociait des ententes comme il l'entendait, et il essayait de transmettre cette éducation à ses enfants, qui subissaient également l'influence Oliri de leur mère. Ces derniers avaient les dents plus longues, et il s'évertuait à les limer chez sa progéniture, pour en faire des Ronce polis, courtois, bien éduqués et charmants. L'idée que la réputation de sa famille déclinât au profit de sa richesse lui était insupportable, curieusement. D'ailleurs, Evart en vint à évoquer brièvement Gyan Oliri, qui avait récemment été nommé aux plus hautes fonctions par Saemon Havarian. La famille avait retrouvé une influence considérable, ce qui avait permis à Dana de faire prospérer son commerce comme jamais. Ces dernières années avaient été difficiles, mais la nouvelle promotion de Gyan ouvrait soudainement des portes, facilitait la signature de contrats, et offrait une protection qui n'était pas négligeable. Toutefois, Evart mentionna le fait qu'il avait réussi le frère de Dana d'une situation compliquée. Eamon eut un sourire désolé. Il connaissait bien Gyan, et si ce dernier était un juriste compétent, à n'en pas douter – suffisamment compétent pour administrer une cité comme Osgiliath avec talent – il n'était certainement pas un marchand. Il manquait de flair, de tact, et il avait tendance à abattre toutes ses cartes au même moment, trop confiant dans sa propre puissance. Un administrateur imbu de la force que lui conférait la loi, tout simplement…

- Gyan veut bien faire, mais il lui arrive parfois de sous-estimer les risques qu'il prend. Je suis certain qu'il progressera avec le temps, mais je suis tout de même ravi que vous lui ayez évité de trop perdre dans ses entreprises. Vous avez toute ma gratitude.

Les remerciements d'Eamon étaient sincères, ses propos concernant Gyan beaucoup moins. Il n'imaginait pas son beau-frère changer un jour d'attitude, et il le voyait rapidement abandonner ses lubies de devenir marchand au profit de sa sœur, qui elle était douée d'un véritable esprit d'entreprise. Elle faisait beaucoup avec peu, et le jour où elle disposerait de davantage que la dot qu'on lui avait confiée, elle saurait sans doute faire fructifier le trésor familial. Il fallait espérer que ceux qui avaient actuellement le pouvoir chez les Oliri, ceux-là même qui avaient conduit la famille à sa perte par de mauvais choix, sauraient reconnaître sa compétence et lui laisseraient davantage de champ pour agir. Rien n'était moins sûr, toutefois, avec ces hommes empâtés, pétris de certitudes et incapables d'admettre leurs erreurs. Ils trouveraient encore le moyen de croire que le renouveau des Oliri était de leur fait, et ils recommenceraient les mêmes erreurs, les mêmes investissements hasardeux…

La réaction d'Evart à l'histoire du vin de 260 fut assez amusante, mais surtout révélatrice de son attitude. Il n'arrivait pas en terrain conquis, et il était consciente de l'honneur qui lui était réservé. C'était une forme de test, même s'il s'agissait avant tout d'une marque de politesse tout à fait simple. Eamon pensait qu'on pouvait juger un homme sur la façon dont il recevait un bien précieux. Certains se fendaient d'un « merci » pour la forme, d'autres d'un « merci » bien plus sincère. On pouvait lire beaucoup des intentions d'une personne dans ce genre de moments. Le Lord de Ronce repensa un instant à la chevalière qui reposait dans sa poche avec la lettre. Comment Dana avait-elle interprété sa réaction à lui quand il avait reçu ce cadeau ? En y repensant, il n'avait pas fait preuve d'un enthousiasme débordant, et elle devait se douter que quelque chose n'allait pas. Il se promit de lui en reparler quand ils seraient seuls, pour mettre les choses au clair. Enfin… s'il trouvait l'occasion et surtout le courage de le faire. Quand il était là, dans son bureau, il se promettait mille choses, mais face à elle, il perdait subitement sa volonté et s'endormait sans avoir pu ouvrir la bouche. Chassant ces pensées de son esprit pour se concentrer sur le présent, il trinqua avec Evart qui mesurait la valeur du présent qui lui était fait.

Le goût du vin avait le don d'apaiser Eamon, qui était peut-être le premier consommateur de sa propre production. Il n'était pas du genre à se rendre ivre, mais il savait apprécier les crus qu'il fabriquait plus que pour un intérêt seulement mercantile. Le goût du nectar sur sa langue était si doux et si fruité qu'il lui évita de sur-réagir à ce que venait de lui dire le jeune homme. Ses sourcils s'envolèrent, et ses yeux s'agrandirent, à mesure que le récit du jeune noble se déployait. Il devait être sensible aux réactions du Grand Marchand, mais courageusement, il continuait son discours, certain qu'il était sur la bonne voie. Ainsi c'était donc ça. Il avait commis une folie ! Le voir parler avec toute l'assurance de la jeunesse, lui détailler les négociations qu'il avait déjà entreprises, et la façon dont il aimerait en faire profiter la famille de Ronce… C'était beaucoup, c'était trop pour Eamon, qui ne trouva pas même la force de le couper. C'était encore pire que ce qu'il croyait. Bien pire. Le Lord de Ronce enfouit la tête dans ses mains un instant, essayant de trouver comment expliquer la situation au jeune homme. Mais comment faire ?

- Sire Praven, Sire Praven… Vous avez négocié avec ce pirate qui s'est emparé des territoires de l'Emir Radamanthe, et qui revendique son titre ? Oh, par les Valar, qu'avez-vous fait ? Vous avez mis un pied dans les ennuis, mais il ne tient qu'à vous de ne pas mettre le second…

Intérieurement, il ne pouvait pas s'empêcher de songer à toutes les conséquences néfastes qu'une telle négociation pouvait avoir sur le jeune marchand. Le pauvre ne se rendait-il pas compte que cela pouvait être assimilé à de la trahison ? Radamanthe était toujours Prince d'Ithilien, et il était de fait toujours un personnage éminent de la cour du Gondor. S'il décidait d'obtenir la tête de celui qui négociait impunément avec les ennemis du Royaume Réunifié, dont le Harondor était un allié, il l'obtiendrait. En outre, il ne fallait sous-estimer la fourberie des pirates. Celui qui s'était imposé temporairement à leur tête n'était pas ce qu'on pouvait appeler un homme d'honneur, et il pouvait tout aussi bien décider de rompre l'alliance du jour au lendemain, laissant le marchand qui aurait investi de grosses sommes pour commercer avec lui sur une perte sèche. Enfin, même si Eamon ne connaissait pas particulièrement bien les us du Sud, il savait que les changements de dirigeants étaient monnaie courante. L'un pouvait être remplacé par l'autre du jour au lendemain, à la faveur d'un coup d’État, d'un assassinat politique, ou encore d'un exil forcé. Le Sud n'était pas aussi stable que les royaumes de l'Ouest, et Evart ne devait pas connaître l'histoire troublée de la région pour oser s'aventurer à poser les premiers jalons d'un commerce avec eux. Cela pouvait se comprendre : il était encore jeune, et il y avait des choses que les précepteurs ne connaissaient pas eux-mêmes. Des choses que seuls les hommes impliqués dans le commerce ou la politique pouvaient savoir. Des éléments qu'Evart ne maîtrisait pas, et qui lui donnaient l'impression que tout cela était une bonne idée. A quoi avait bien pu penser Gyan en le lui envoyant ? Eamon aurait voulu le dissuader de se lancer dans une telle entreprise, mais il n'était pas habilité à le faire. En fait, on pouvait même dire qu'il avait reçu l'ordre de ne pas le faire. Résigné, il répondit alors :

- Il y a autre chose, Sire Praven. Vous ne maîtrisez pas encore les us de la Compagnie du Sud, mais vous avez commis un impair de taille. Mon beau-frère aurait dû vous en avertir, et je ne comprends pas qu'il ne l'ait pas fait…

Il marqua une pause. Gyan avait sérieusement dépassé les bornes, à croire qu'il avait voulu plonger la famille dans la tourmente. Il faudrait lui expliquer que son poste de gouverneur ne lui donnait pas le droit de prendre des décisions à la place des Grands Marchands. Décidément, il avait encore beaucoup à apprendre. Eamon se promit d'en parler à Dana. Encore une promesse. Il revint à Evart :

- Sachez que même si je voulais vous aider, je ne pourrais pas. N'avez-vous pas eu vent de la dernière missive du Grand Maître ?

A voir la réaction d'Evart, il était évident que non. C'était logique. Les Grands Marchands étaient les premiers informés, forcément, puis venaient ensuite les autres membres de la Compagnie du Sud qui se trouvaient également à Osgiliath. Ensuite seulement, on transmettait la nouvelle aux différentes corporations, aux guildes, aux marchands étrangers qui circulaient dans la région. La hiérarchie était telle qu'Evart n'avait pas dû être encore informé des récentes évolutions. Evolutions qui le concernaient au premier chef, d'ailleurs. Eamon comprenait mieux pourquoi ces deux entrevues le même jour, pourquoi il avait reçu de telles consignes. Il s'en voulait surtout de devoir être celui qui allait devoir ramener Evart sur le droit chemin, alors que l'homme lui apparaissait aussi sympathique. De toute évidence, était plus audacieux que prudent, mais c'était un travers qui se corrigerait rapidement. Eamon aurait simplement voulu que quelqu'un d'autre s'en occupât. Faisant un effort pour garder le silence sur ce qu'il savait, il se résolut à laisser Evart continuer à défendre sa cause. Que pouvait-il faire d'autre, après avoir sollicité une entrevue auprès d'un des marchands les plus éminents du Gondor? Le Lord de Ronce ferma les yeux un instant, songeant avec un certain mépris à celui qui l'avait forcé à se retrouver dans cette situation…


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Evart Praven
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Dim 14 Juin 2015 - 16:54
Décidément, Evart appréciait de plus en plus le Grand Marchand de Minas Tirith. Bien que marchand richissime, il gardait ce coté humble et discret. Cela devait être en raison de la source de sa richesse : le vin et la vigne. Même si ce n'était pas des fiefs, cela restait de la terre, de la bonne terre fertile et prolixe qui assagissait les cœurs et donnait les meilleures vertus. Cela avait certainement forgé le caractère « prudent » voire « timoré » de l'homme, à moins que cela ne soit la fortune -après tout, il était si simple d'être sans ambition lorsqu'on avait déjà une fortune considérable-.

La réaction du grand marchand était plutôt attendue par le jeune homme mais, à dire vrai, il ne s'attendait pas à ce qu'elle fut aussi virulente. Vraisemblablement, le vieil homme était presque outré à l'idée. Évidemment, il ne semblait pas en colère -pour un « mou », l'inverse eut été étonnant- mais plus inquiet et prévenant. Il est vrai qu'il avait peut-être négligé ce « détail », à tout le moins, il l'avait considéré comme négligeable. Ayant toujours mille idées à la seconde, Evart voyait des objections aux points que pouvaient objecter le sire de Ronce. D'un sens, il hésitait à lui parler de sa discussion avec l'Intendant d'Illicis car on pouvait très bien imaginer qu'ils les utilisent à des fins aussi politiques. Décidément, Evart était bien étrange car il s'était juré, il y a longtemps, de ne pas tremper dans des affaires politiques qui, s'ils apportaient une fortune plus rapide, ils apportaient aussi une chute tout aussi rapide. Quoiqu'il en soit, il se permit de continuer :


- Messire, nous savons tous que la paix est sur le point d'être signé entre le Harondor et les pirates du Sud. En outre, on dit que le Sire Taorin a mis la main sur l'un des plus gros trésors de la Terre du Milieu, tant qu'il distribue des richesses, il assurera sa place et il est assez intelligent pour éviter les conspirations. Puis au regard de sa fortune, il n'a pas besoin de ce commerce, par contre, il pourrait servir les intérêts du prince. Après tout, les allers et retours qui peuvent s'y faire peuvent être d'un intérêt majeur pour ses activités politiques, après tout on fait confiance aux marchands, n'est il pas ? Puis si on partage les possibilités et dividentes avec toute la compagnie, ne pourrait-on pas la faire accepter par tous ?

Sans ajouter quoique ce soit, le Grand Maître éluda la question et passa à autre chose. Alors qu'il s'était montré prévenant, presque paternel, depuis le début de leur entretien, cette absence d'argumentation parut rapidement étrange au garçon qui se demandait bien ce que cela cachait... Pire encore, Eamon évoqua un impair qu'aurait commis le jeune homme. Même si, à l'origine, il voulait partager le fruit de son travail avec tous, il comprenait tout à coup qu'étant un simple marchand de la cité blanche, négocier avec un personnage aussi sulfureux que Taorin pouvait être tout à fait mal interprété et sujet à des soucis. Cela l'inquiétant d'autant plus qu'Evart n'aimait pas se faire d'ennemis, bien qu'il y ait parfois eu quelques rivalités avec des personnes qu'il avait rencontré, il ne voulait surtout pas s'attirer les foudres de puissants personnages et commençait à douter très sérieusement de lui et ce qu'il avait fait. Quels risques n'avaient ils pas pris pour assouvir cette ambition ? Comprenant les erreurs qu'il avait commises, il préféra agir avec humilité :

- Soyez certain que je suis absolument désolé de vous avoir mis dans une situation délicate. J'étais aveugle et vous m'avez ouvert les yeux sur les dangers que j'ai pris, pour cela, je vous en serai éternellement reconnaissant.

Faisant en quelque sorte acte de contrition, Evart était d'une parfaite sincérité et mesurait de mieux en mieux l'amplitude du désastre annoncé... Bien qu'essayant de garder une certaine contenance face à la vive inquiétude qu'il le prenait tout à coup, il eut une sorte de déconnexion. Conscient et presque imperturbable, son esprit s'était presque dissocié avec une partie prise dans une sorte d'introspection tandis qu'il continuait quand même à discuter. D'une voix presque plate, sans émotion, Evart s'enquit des instructions du maître. C'était presque machinal et il adoptait un ton moins recherché :

- Par curiosité, quelle est la dernière missive du Grand Maitre Havarian ?
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Ryad Assad
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Dim 21 Juin 2015 - 15:57

Les paroles d'Evart étaient bien incapables de compenser l'inquiétude d'Eamon de Ronce, qui secouait la tête négativement, de toute évidence en proie à un grand abattement. Négocier avec Taorin ? Négocier avec cet homme qui s'était auto-proclamé Emir, et qui avait réussi à s'emparer de la moitié du Harondor ? Il avait attaqué un des alliés du Gondor, et Eamon avait fait partie de ceux qui ne comprenaient pourquoi le Haut-Roy ne partait pas en campagne personnellement pour châtier ces malandrins qui risquaient de ruiner les efforts que le Prince Radamanthe avait fournis pour pacifier la région. Ces dernières années, il avait réussi à faire de son Emirat une région apaisée, relativement épargnée par les Pirates, où l'on pouvait circuler relativement tranquillement. Tout venait d'être jeté à bas par ces malfrats venus d'Umbar, qui n'avaient nul respect pour la parole donnée. Marchander avec eux ? C'était folie, selon Eamon. Il ne pouvait toutefois pas blâmer l'audace de son jeune invité, qui n'avait certainement pas pensé à mal, et qui de toute évidence s'était laissé convaincre par les discours flatteurs et enjolivés de Taorin. L'opportunité était trop belle, et le Seigneur Pirate avait dû choisir un membre de la petite noblesse pour s'assurer que celui-ci serait plus honoré qu'effrayé, plus intéressé que méfiant. Le partenariat qu'il lui proposait était juteux… trop juteux pour être offert sur un plateau sans la moindre contrepartie égale. Eamon avait beau être un homme simple, il connaissait son métier, et il lui apparaissait évident que toute cette histoire cachait quelque chose.

- On vous a menti, mon ami… La paix ? La situation est bien plus compliquée que ça… Je suppose que le Sud est encore mystérieux à vos yeux, et je ne puis prétendre en être spécialiste, mais laissez-moi éclairer votre lanterne…

La bienveillance que l'on pouvait déceler dans le ton d'Eamon était particulièrement agréable, et elle contrebalançait efficacement la négativité qui se dégageait de son attitude inquiète. Il écarta quelques papiers qui traînaient sur son bureau, et sortit une carte, invitant du geste Evart à se rapprocher. C'était une carte comme on en trouvait chez tout bon marchand, vieillie par l'usage, mais très précise. Approchant de son interlocuteur le coin qui concernait le Sud, le Sire de Ronce commença un exposé aussi clair que possible :

- Voici Dur'Zork, où siège actuellement Taorin. Umbar et ses redoutables pirates se trouvent bien plus loin au Sud. Et tout autour, on retrouve des confédérations de sauvages Haradrim. Le Sud n'est pas seulement désuni, il est constamment au bord de la guerre civile. Je ne suis pas spécialiste, et je ne peux pas vous dire dans quelle direction le vent tournera, mais il tournera, c'est certain.

Il rangea sa carte soigneusement, et reprit :

- Vous étiez peut-être encore jeune pour vous intéresser à ces affaires, mais la guerre ravage le Harad depuis des décennies maintenant. Même au Gondor, nous avons entendu parler de la famille Duzingi, déchirée par les conflits internes. Ils se sont tellement battus pour le pouvoir qu'ils ont pratiquement disparu désormais. Dur'Zork était leur capitale, et leur nom y est toujours murmuré avec respect.

C'était d'ailleurs un des principaux soucis qu'avait connu Radamanthe après qu'il eût instauré son pouvoir sur la cité du Sud. Faire en sorte qu'aucun individu se réclamant ou appartenant aux Duzingi ne pût faire entendre sa voix. Ils étaient de fins orateurs, capables de soulever les foules, et ils disposaient encore de beaucoup de soutiens parmi la garnison de la ville. Des officiers restés loyaux à leurs premiers maîtres, des soldats qui adulaient ces héros se battant vaillamment pour la liberté du Harad. Parallèlement, beaucoup les détestaient aussi pour ce qu'ils avaient fait, les exactions commises, les massacres et les guerres incessantes. Bref, l'apparition d'un Duzingi pouvait embraser et déchirer une cité en quelques heures à peine, la plongeant dans le chaos le plus total. On racontait encore parfois que des survivants cherchaient à rassembler des alliés, mais cela paraissait être une rumeur que l'on murmurait pour se faire peur, plutôt qu'une véritable information. Le Rude Hiver avait contribué à créer des figures héroïques dont personne ne pouvait valider l'existence. Eamon reprit, soudainement las :

- Je vous dis cela sans compter la puissance des Orientaux. Il y a une dizaine d'années, leurs armées ont réussi à remonter loin au Nord, et à pénétrer jusqu'au Rohan, imaginez-vous… On n'avait pas vu pareille audace chez eux depuis les jours sombres de la Guerre de l'Anneau, il y a trois siècles. Comment vous dire… celui qui vous dira qu'il a réussi à unifier le Sud est soit un menteur, soit une menace trop grande pour qu'il soit possible de négocier avec…

Les épaules du marchand s'affaissèrent, comme s'il regrettait cet état de fait. Effectivement, le Sud était un territoire incontrôlable, alors qu'il regorgeait de richesses qu'il aurait aimé pouvoir récupérer. Des terres fertiles où faire pousser une bonne vigne, près de l'océan. Si les Pirates n'avaient pas lancé des raids avec une telle régularité, sa famille aurait sans doute essayé de s'implanter dans la région, pour profiter de son climat exceptionnel. Les côtes étaient particulièrement agréables, et il se souvenait d'un séjour qu'il avait fait là-bas, qui lui avait paru idyllique. Mais même s'il voulait réussir à s'implanter là-bas, il n'en aurait pas eu les moyens. Evart venait le solliciter en pensant que seul l'intérêt marchand pouvait gouverner le monde, et qu'il pouvait suffire à renverser les barrières. En fait, ce qu'il ignorait, c'était que la Compagnie du Sud était bien davantage qu'un nom derrière lequel se battaient des dizaines de négociants avides de profit. Elle était le symbole d'une forme d'honneur commercial, qui avait été récompensé de sa loyauté et de sa fidélité. Les familles avaient beau être en concurrence, être en compétition constante pour les postes de pouvoir, elles n'en demeuraient pas moins fidèles aux accords qui avaient été passés, et elles respectaient leur parole.

Eamon était lui-même Grand Marchand, et sa sphère d'influence concernait essentiellement Minas Tirith, où il régnait en maître. En contrepartie, il devait céder du terrain ailleurs, là où d'autres grandes familles étendaient leur empire. Les Goloth étaient certes des adversaires commerciaux, mais il n'était pas question de renoncer aux anciens accords pour leur mettre des bâtons dans les roues. Ils étaient d'éminents membres de la Compagnie du Sud, et leur zone d'influence s'étendait au Harad et au Harondor. Il n'était pas possible d'imaginer faire quoi que ce fût là-bas sans obtenir de leur part un accord qui coûterait sans doute une fortune. Comment Gyan avait-il pu penser à essayer de doubler une famille si influente ? Emilion avait beau manquer d'influence auprès de ses partenaires locaux, il ne laisserait jamais personne marcher sur ses plates-bandes, et il briserait immanquablement tout individu qui essaierait de le doubler. La puissance d'une famille se mesurait également à l'aulne de sa capacité à faire respecter sa mainmise sur une région, ce qui pouvait passer par des actions musclées. Eamon réprouvait cette méthode, et il était devenu un spécialiste des partenariats fructueux, qui lui permettaient de placer sous sa coupe les marchands entreprenants qui cherchaient à le concurrencer. Ils travaillaient pour lui, et finalement renforçaient sa puissance sans même le vouloir. Emilion était réputé – mais personne n'osait soulever trop fort ce point – pour se laisser acheter facilement, mais il ne tolérerait pas que quelqu'un vînt essayer de récupérer une part du territoire qu'il dominait largement. Sa réputation auprès des autres marchands ne saurait supporter un tel affront.

Si le coup venait de la famille de Ronce, les choses pouvaient tourner encore beaucoup plus mal. Gyan avait beau être devenu gouverneur, il n'en demeurait pas moins un nouveau venu qui risquait d'être malmené par la prestigieuse famille Goloth. Ceux-ci étaient peut-être sur le déclin, tout le monde le savait, mais ils invoqueraient le droit et feraient payer très cher aux Ronce leur tentative. La réputation d'Eamon serait salie à jamais, nombre de ses partenaires verraient d'un mauvais œil cette tentative bassement intéressée de poignarder dans le dos un de ses concurrents de la Compagnie – alors même que tous ses interlocuteurs avaient déjà réfléchi, un jour ou l'autre, à faire de même. L'honnêteté était une valeur qu'on arborait sur son pourpoint le jour dit, mais bien rares étaient les négociants à l'avoir chevillée au corps. Le risque était considérable, et Gyan n'avait de toute évidence pas pensé aux conséquences terribles pour l'ensemble de sa famille, se contentant de voir le profit immédiat et la possibilité de venir contester l'hégémonie méridionale des Goloth. Il faudrait lui rappeler qu'il n'était ni le chef de la famille, ni le représentant des intérêts des Ronce. Eamon se promit d'en parler à Dana dès que possible.

- Vous devez savoir, dit-il à Evart, que la famille Goloth a le contrôle exclusif des marchés du Sud. Si vous étiez allés leur en parler, peut-être auraient-ils pu vous prêter une oreille attentive. Mais maintenant que vous avez négocié avec Gyan, maintenant que vous êtes venu me voir… Ils n'accepteront jamais de vous laisser poursuivre votre entreprise, ils crieront au scandale et à la trahison… Votre action menace de bouleverser l'équilibre des familles, Sire Praven. Je ne peux décemment vous soutenir dans cette entreprise, au risque d'engager la famille de Ronce dans un combat perdu d'avance. Gyan aurait dû le savoir…

Le ton d'Eamon était grave, certes, mais pas aussi grave qu'il aurait dû. En fait, on aurait même dit qu'il se contentait d'énoncer des faits très lointains, comme s'il ne s'inquiétait pas outre mesure de la suite et des conséquences. Il paraissait surtout donner une leçon à Evart, lui inculquer la façon dont fonctionnaient les institutions de la Compagnie du Sud, sans pour autant lui faire de reproche particulier, ou lui dire qu'il avait d'ores et déjà condamné l'avenir de la famille de Ronce. Sans quoi, même pour un homme réputé « mou », sa réaction aurait été particulièrement apathique. En plein milieu de leur conversation, on frappa à la porte, et Eamon invita celui qui devait être Prim à entrer. Son serviteur se glissa à l'intérieur de la pièce silencieusement, et s'approcha de son employeur avec une mine parfaitement affable. D'un ton neutre mais doux, il souffla :

- Une lettre vient d'arriver, Sire.

Et il la tendit sans rien ajouter à Eamon, qui le congédia d'un signe de tête reconnaissant. Le seigneur de Ronce observa le pli, sur lequel était inscrit un nom calligraphié avec soin. Il le retourna, cherchant à voir quel était le sceau qui indiquait sa provenance : le bureau du Grand Maître, évidemment. Il demeura un instant les yeux dans le vague, perdu dans ses pensées. Il ne paraissait pas serein, et il accueillit la dernière question du marchand avec une moue légèrement contrariée. Ses sourcils se froncèrent quelque peu, alors qu'il lui tendait la lettre en lâchant d'un air un peu distrait :

- Voilà qui devrait répondre à votre question.

Citation :
Vice-Gouverneur Oliri,
Grands Marchands de la Compagnie du Sud,
Marchands de la Compagnie du Sud,

Chers amis,

C'est avec une grande surprise et un grand désagrément que j'ai appris officiellement aujourd'hui l'ouverture d'une enquête par le juge Chale Garcia à l'encontre d'Emilion Goloth, Grand Marchand du Sud.
Cette enquête porte sur la perception de commissions illégales versées par des ennemis des peuples libres. 

Il importe de rappeler qu'à ce stade de l'enquête, la présomption d'innocence prévaut. 

Néanmoins, pour des raisons de procédure, le Grand Marchand Emilion Goloth sera assigné à résidence à Minas Tirith. De plus, je souhaite lui laisser toute latitude pour préparer efficacement sa défense. De ce fait, j'ai décidé de le décharger temporairement de sa fonction de Grand Marchand du Sud. Je vous demanderai de ne pas entrer en contact avec lui afin de ne pas le distraire de ses préoccupations prioritaires. 

Durant la procédure, et jusqu'à nouvel ordre, Ella Desbo, marchande de la Compagnie du Sud, fera fonction de Grande Marchande de la Compagnie du Sud. Elle sera la seule référente pour tout ce qui concerne le commerce de cette région.

J'ai pleine confiance en sa capacité à continuer le développement de notre compagnie dans la région. 

Je profite de cette missive pour vous rappeler que la Compagnie du Sud ne tolère aucunement le commerce avec les ennemis des peuples libres ainsi qu'avec ceux qui entretiennent des relations commerciales avec eux. 

Je vous remercie pour l'attention portée à cette lettre, les décisions communiquées prennent effet immédiatement.

Avec tous mes vœux de succès commerciaux,

Saemon Havarian,
Grand Maître de la Compagnie du Sud.

Alors qu'Evart rompait le sceau de cire, et qu'il prenait connaissance du message, Eamon se massa les tempes. Il avait déjà pris connaissance du message bien avant l'arrivée de son interlocuteur, et on pouvait même dire qu'il avait déjà quelque peu anticipé cette conversation. Il aurait simplement voulu pouvoir en dire davantage, conseiller au jeune marchand d'aller rencontrer Taorin pour rompre ces accords commerciaux, et se sortir du pétrin dans lequel il s'était fourré. Parfois, il fallait savoir renoncer à une offre alléchante pour ne pas s'enfoncer trop avant dans les problèmes. Tant que cette lettre n'était pas parvenue, il pouvait feindre de ne pas savoir, et essayer de dissuader le jeune marchand. Désormais qu'il était au courant, il se devait d'agir conformément aux engagements qu'il avait pris. Son précédent rendez-vous le rattrapa, et il se pencha légèrement en arrière, s'écartant presque symboliquement d'Evart, qui achevait sa lecture, de toute évidence quelque peu troublé par ce qu'il venait d'apprendre. Eamon lança :

- Je vous ai parlé en ami, Sire Praven, mais je me dois désormais de vous parler en tant que Grand Marchand de Minas Tirith : le Grand Maître Havarian a eu vent de vos initiatives, et il lui est impossible de les tolérer. Vous mettez en danger l'avenir de la Compagnie du Sud, par vos actions et vos alliances…

Cela sonnait comme une menace, et à dire vrai, c'en était une. Ce n'était pas Eamon qui parlait, toutefois, mais bien le mystérieux Saemon Havarian qui s'exprimait à travers le corps du marchand, qui ne se serait jamais résolu à s'exprimer sur un ton aussi dur et aussi froid. On reconnaissait bien davantage la patte de cet homme qui n'était pas un négociant, mais qui avait réussi à s'imposer à la tête de la Compagnie par différentes manœuvres tout à fait ingénieuses. Il était compétent et redoutable, certes, mais il était surtout prodigieusement dangereux. Eamon ne souhaitait pour rien au monde devoir s'opposer à lui, surtout pas depuis qu'il était son supérieur. Laissant Evart digérer la nouvelle, et découvrir le couperet qui se trouvait au-dessus de sa tête, qui s'y trouvait pour ainsi dire bien avant même qu'il eût pris rendez-vous avec le Lord de Ronce. La situation était simple à comprendre. Saemon avait utilisé toute son influence pour reprendre en main les éléments qui lui échappaient au sein des Grands Marchands, allant jusqu'à sanctionner la puissante famille Goloth en leur coupant tout moyen de protester. Il plaçait un de ses pions là où il le désirait, et il mettait grandement la pression sur le jeune Evart. Si cette lettre était arrivée avec une journée de retard, ce dernier aurait pu rapidement annuler tout ce qu'il avait fait, et essayer de réparer ses erreurs, mais Saemon était retors, et il avait de toute évidence fait transmettre ce pli aussi rapidement que possible. Au départ, Eamon s'était pris à espérer en voyant que son interlocuteur ne paraissait pas avoir eu vent de la nouvelle. Mais le Grand Maître était allé jusqu'à le traquer là où il n'était pas censé se trouver : dans le manoir de la famille de Ronce. Cet homme paraissait savoir des choses qu'il aurait normalement dû ignorer, même des détails apparemment anodins. Eamon ne se l'expliquait pas.

Le jeune homme paraissait quelque peu perdu, et le Grand Marchand le prit en pitié. Le pauvre avait voulu bien faire, et sans doute n'avait-il pas mesuré les conséquences de ses actes, inconscient de ce qu'il se passait au sommet de la puissante mais mystérieuse Compagnie du Sud. Il fallait désormais qu'il assumât ses actes, et qu'il s'empressât de trouver un moyen d'obtenir le pardon du Grand Maître. Ce n'était pas une chose aisée que de rencontrer un homme aussi puissant, même pour les Grand Marchands, mais de toute façon on n'obtenait pas sa bénédiction avec des mots. Il fallait faire ses preuves par des actes, encore et encore, jusqu'à sentir enfin l'étau se libérer. Eamon savait que la situation était délicate pour son jeune invité, et il se permit de lui donner un conseil, alors qu'il n'y était pas obligé, et qu'il n'avait pas d'intérêt à le faire. Evart était chanceux dans son malheur : chanceux d'avoir décidé de négocier avec le marchand de Ronce, qui était un homme bon et honnête. Celui-ci ne pouvait pas vraiment le rassurer, mais il lui glissa sur un ton complice :

- Je ne connais pas bien cette Ella Desbo, mais c'est elle que vous devriez aller voir. Elle est proche du Grand Maître Havarian, et si c'est elle qui reprend la charge d'Emilion Goloth, c'est auprès d'elle que vous devez aller dès que possible. Vous ignoriez tout des subtilités de la Compagnie, du fait de vos origines provinciales, mais vous êtes prêt à apprendre. Soumettez-vous à toutes ses directives, et montrez-vous disposé à vous faire pardonner votre audace. Si elle vous juge utile, alors le Grand Maître vous jugera utile lui aussi…

Il eut un sourire amical quoique légèrement pincé. Un sourire qui voulait dire « vous allez sans doute en baver, mais bonne chance ! ». Un sourire d'une honnêteté rare dans un monde où les coups bas paraissaient être devenus la norme. Ajoutant sur un ton qu'il voulait léger, Eamon lança :

- Finissez donc votre vin, mon ami. Ce serait folie que de laisser ce breuvage se perdre.

Il hocha la tête. Cette entrevue était terminée, mais Evart avait bien compris qu'il était seulement au début d'un long chemin de pénitence. Eamon l'observa attentivement, essayant de déterminer s'il réussirait à se sortir du traquenard dans lequel l'avait plongé le Grand Maître Havarian. Compétent mais jeune. Inexpérimenté mais audacieux. Inconscient mais talentueux. Il était difficile de prédire de quoi son avenir serait fait, mais il avait certainement le profil pour rebondir après ce revers. Etait-ce pour cela que Saemon ne lui avait pas tout simplement coupé les ailes ? Etait-ce pour cela qu'il avait chargé Eamon de le prévenir et de lui expliquer qu'agir sans la Compagnie revenait à se suicider ? Avait-il prévu que la gentillesse naturelle du Grand Marchand le pousserait à envoyer Evart vers Ella Desbo, là où d'autres se seraient précipités pour le dénoncer et obtenir sa tête ? Il était désagréable d'imaginer avoir été manipulé par cet homme, et encore davantage pour Eamon d'imaginer qu'on eût pu utiliser sa bienveillance à des fins aussi viles. Décidément, il n'aimait pas ce Havarian, qu'il craignait plus qu'il ne l'admirait. Son seul regret dans cet histoire était d'avoir les mains liées, et de ne pas pouvoir aider davantage le jeune Praven, qu'il trouvait finalement bien sympathique…


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Lun 22 Juin 2015 - 23:34
Dans un élan de bonté qui étonna au plus au point le jeune homme, le vieux marchand expliqua tranquillement à Evart à quel point il s'était fourvoyé. Le cours de politique -internationale comme commerciale- qu'Eamon lui donnait était concis mais limpide. Avec le recul que lui faisait prendre le Grand Marchand, Evart se demandait bien comment il avait pu être aussi stupide et avide pour en arriver là … Il risquait gros en trahissant Taorin puis maintenant il risquait gros avec toute cette histoire de compagnie. Ce qui l'étonnait dans tous ça était l'attitude du Juge Oliri qui l'avait lancé dans ça sans la moindre hésitation. Était il aussi stupide que l'avait été Evart ? Sûrement pas. Avait il voulu brûler les ailes au jeune homme ? Cela eut été étonnant au regard des risques qu'il avait pris … A dire vrai, Evart ne voyait qu'une ambition débordante et le désir profond de voir sa famille redevenir une grande famille... Intérieurement, le garçon se jura donc de faire désormais attention et prendre avec des pincettes ce qui lui dirait le nouveau gouverneur d'Osgiliath.

Quoiqu'il en fut, Evart écouta religieusement la leçon. Il ne connaissait personnellement le grand marchand que depuis quelques dizaines de minutes -tout au plus- et il éprouvait déjà pour lui une profonde et sincère admiration. Combien de marchands influents l'auraient simplement chassé après avoir su ce qu'il avait fait ? Même si ça pouvait lui être reproché, Eamon prenait le temps de lui expliquer en quoi il s'était fourvoyé. Face à temps de prévenance, le jeune homme restait frappé de surprise. Pourquoi se montrait-il aussi paternel avec lui ? Était-ce dans sa nature ? Probablement. L'appréciait-il particulièrement ? Peut-être un peu. Quoiqu'il en fut, Evart éprouvait un réel respect pour lui et ce n'était pas peu de chose avec ce jeune ambitieux, certes intelligent, mais qui portait un regard toujours un peu arrogant et cynique sur les choses.

Avec une gestion du temps confinant à l'art, un laquais apporta une lettre. C'était à croire que tout était calculé pour donner un ton mélodramatique à la situation. Certainement au courant du contenu, Eamon tendit le pli au jeune homme. Remarquant à peine son air presque désabusé, Evart put admirer le sceau du Grand Maître qu'il brisa. Le contenu de la lettre l'abasourdit. Certes on disait Emilion Goloth prêt à tout pour de l'argent mais de là à mener une enquête et à le destituer -la formulation était d'ailleurs amusante « pour préparer … sa défense », le Grand Maître avait le sens de l'humour au moins-. Décidément, personne n'était à l'abri des foudres de cet homme, pas même une des plus puissantes familles de la Compagnie du Sud. Plus loin ce qui le marqua fut bien entendu cette phrase qui sonnait comme une vraie menace pour lui. Était-ce une information destinée à tous ou est ce que cet homme au passé trouble visait directement Evart en passant par une lettre qu'il n'était pas censé lire ? Si c'était le cas, le hobereau pouvait mesurer toute la puissance du renseignement qu'il avait à sa disposition … Insistant sur l'épée de Damocles qui planait sur sa tête, Eamon se donnait une peine inutile. Dans un moment d'intense vague à l'âme, le jeune marchand jaugeait une situation qui pouvait paraître désespérée. Comment pouvait-il se sortir de là ? La réponse vint encore du Grand Marchand qui lui suggéra d'un ton étonnamment amical d'essayer de rencontrer cette fameuse Ella Desbo... Finissant la conversation avec un ton presque amusé, Eamon lui conseilla de finir sa coupe, sur un ton à peu près égal bien que légèrement plus mélancolique, Evart se permit une réponse :


- Je vous ai attiré bien des ennuis aujourd'hui messire mais je ne voudrais vous insulter.

Sur ces paroles, il acheva la coupe et se leva pour réajuster son pourpoint. En face de lui, le vieux marchand se tenait droit dans son fauteuil avec un regard presque compatissant voire paternel. Au regard du bourbier dans lequel il était enfoncé, Evart était profondément et réellement touché par l'attitude du grand marchand. Pourfendu par tant d'admiration, il ne pouvait s'en aller sans lui faire ses plus respectueux hommages avec une sincérité qui venait droit du cœur :

- Messire de Ronce, je ne peux vous exprimer toute la gratitude que j'éprouve pour vous. Soyez certain que je suis sincèrement désolé de vous avoir causé tant d'ennuis et que je suis profondément touché par la manière dont vous m'avez traité alors que je mesure toute la gravité de mes actions. Soyez certain que je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi aujourd'hui. J'ai une dette importante envers vous et s'il y a quoique ce soit que je peux faire pour vous aider, je suis, tout entier, à votre disposition et dévotion.

S'inclinant dans une profonde marque de respect, Evart sortit de la pièce et fut tranquillement raccompagné par un serviteur jusqu'à la porte du manoir. Il lui fallait maintenant trouver cette Ella Desbo... Il y a quelques temps, il avait entendu parlé d'elle à Minas Tirith mais cela datait un peu. Était elle encore là-bas ? Peut-être était elle à Osgiliath. Au vue de sa récente nomination, cela n'aurait pas été complètement illogique... De toute façon, l'après-midi était bien trop avancé pour rentrer aujourd'hui à Minas Tirith, Evart n'aimait pas voyager de nuit. Errant pensif dans cette grande cité, il se décida à aller dans une auberge qu'il connaissait un peu « Le Cerf Couronné ». N'aimant pas ostentatoire, il ne se serait pas permis d'aller dans les plus grands établissements de la ville qui ne correspondaient en rien à son statut. De même il ne souhaitait pas aller dans les hôtels de « marchands » qui étaient eux-aussi un peu clinquants à son goût. Le Cerf Couronné était surtout fréquenté par des gens de petite et moyenne noblesse provinciale ou patricienne. Confortable et cossue, elle ne virait pas dans l’opulent et correspondait bien au milieu dans lequel il avait été élevé.

Arrivé dans la salle principale de l'auberge, il demanda une chambre et commanda un repas qu'on lui monterait. Il n'y avait pas encore grand monde ici... Montant directement dans sa chambre, Evart constata qu'elle était douillette : un grand lit aux draps frais, une table ouvragée et un fauteuil confortable donnaient sur le fleuve, des tapisseries de goût et un petit secrétaire. Bref tout ce qui convenait à un jeune homme de bonne condition. Rapidement, on frappa à sa porte. C'était le tenancier qui lui apportait son repas. Profitant de sa présence, Evart lui demanda :


- Dites-moi, mon brave ? Vous sauriez si Ella Desbo est à Osgiliath ?

- Desbo, Desbo … Ce nom me dit quelque chose mais elle n'est pas chez moi, c'est sûr. Vous devriez essayer au Lion d'Argent, c'est là que les plus riches marchands vont.

- Je vous remercie.


Dans un air las et un peu désabusé, Evart regarda le plateau. L'aubergiste ne s'était pas foutu de sa tête, il y avait là un quart de poulet, une part de tourte, de la potée, du vin, du pain et du fromage. Se disant qu'il ne pourrait jamais finir ça, le garçon commença son repas et se perdit rapidement dans ses réflexions. A dire vrai, il se demandait bien comment tout ça allait finir car ce qui c'était passé était véritablement étrange... Si on regardait objectivement les choses, Evart était un poisson nain dans cette mer de requins, si on avait vraiment voulu lui faire arrêter ses bêtises, un simple lettre aurait suffi et le jeune homme se serait couché. Est ce qu'il y avait autre chose derrière tout ça ? Peut-être. C'était d'autant plus vrai que même si ce qu'il avait fait était assez grave, Evart ne pensait pas qu'il risquait tant que ça. Certes il avait négocié avec Taorin mais il avait aussi tout raconté à l'Intendant, certes il aurait souhaité monter une expédition et se faire beaucoup d'argent mais il ne l'avait pas fait. Bref rien ne pouvait le condamner définitivement. En outre, plus les poissons sont petits plus ils sont durs à attraper. Tout au plus, il aurait pu voir ses biens saisis, éventuellement faire un peu de prison, avec un peu de chance être renvoyé dans ses terres natales où il resterait inoffensif. Même en arrivant là, il avait plus d'un moyen pour se refaire une réputation à minima honnête. La question qui le taraudait plus était ce qu'il allait devoir faire pour entrer dans les bonnes grâces de tout le monde. Il était bien décidé à profiter de cette légère ouverture pour s'y faufiler et ne pas voir gâcher tout le travail qu'il avait effectué. Plus encore, il mesurait l'ironie de la situation. In fine, c'était bien à Desbo qu'il voulait offrir ses droits -avec certes le patronage des Ronce- et il allait en arriver à de voir travailler pour elle. N'était ce pas une ironie fort sympathique ? D'une façon, on pouvait presque voir ça comme une opportunité. Certes, il avait fait une bêtise mais sur le plan technique, Evart était tout à fait compétent et il allait vraisemblablement avoir l'occasion de faire ses preuves auprès d'un personnage particulièrement puissant … Dans tous les cas, c'était toujours mieux que ses petites combines qui lui apportaient plus d'ennuis que de bénéfices.

Après cette intense réflexion et un repas somme toute frugal, Evart se débarbouilla rapidement le visage d'un peu d'eau et se décida à partir au Lion d'Argent dans l'espoir d'y trouver la nouvelle Grand Marchande pour le Sud...
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Evart Praven
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Dim 5 Juil 2015 - 17:35
La nuit qu'Evart passa à Osgiliath fut absolument épouvantable. Incapable de fermer l’œil, il faisait les cent pas dans sa chambre oscillant entre un profond désespoir et une rage incommensurable. D'un coté, il voyait tous ses efforts réduit à néant en à peine une journée... Comment pourrait-il se sortir dans l'ornière dans laquelle il été réduit ? De l'autre coté, il éprouvait une profonde colère contre la Compagnie du Sud, Seamon Havarian et Ella Desbo... qui souhaitaient l'écraser...

Alors qu'il s'était rendu au Lion d'Argent, il avait été prestement congédié par un simple serviteur. Repensant à cela, Evart entra dans une sorte de rage... Comment cette femme qui n'était rien d'autre qu'une parvenue et une roturière pouvait refuser sa porte à quelqu'un de son sang ? Cette misérable femme dont les ancêtres récuraient les écuries de ceux d'Evart se croyait suffisamment importante pour renvoyer le jeune homme tel un importun ou un simple quémandeur... Est ce que son serviteur avait seulement transmis la demande du hobereau à sa maîtresse ? Ou est ce que la grande marchande s'estimait assez importante pour renvoyer tout le monde ? Plus encore qu'elle, Evart était écœuré par la Compagnie du Sud. Censée favoriser le commerce, elle n'était en fait qu'une petite oligarchie de roturiers protégeant leurs privilèges et leur argent au mépris des principes profonds de la compagnie. Le jeune homme était tout simplement écœuré...

Le reste de la nuit ne fut pas spécialement plus productif pour le garçon qui se contenta de développer des variantes des précédentes pérégrinations de sa pensée torturée et tortueuse. Dans un moment dépressif, il prit la plume et rédigea deux belles lettres à destination de Gyan Oliri et d'Eamon de Ronce. Au premier il annonça que ce qu'il lui avait été proposé ne pourrait évidemment plus se faire mais il le remerciait du temps qui lui avait consacré. C'était encore là une cruelle injustice. D'une façon, Gyan était au moins aussi coupable que lui puisqu'ils avaient planifié l'affaire ensemble et que le Gouverneur d'Osgiliath l'aidait à trouver contacts et financements mais, contrairement à Evart, lui ne serait pas inquiété... Encore une fois, on voyait là que la défense des hauts principes moraux de la compagnie subissaient une interprétation tout à fait variable en fonction des destinataires. Lorsqu'il s'agissait de protéger un petit monopole, d'écarter quelqu'un pour y placer un pion ou d'écraser un importun compétent, la justice se faisait foudroyante. Lorsqu'il s'agissait de protéger un allié ou un pion, la justice se faisait tout à coup bien aveugle. Lorsque cette nouvelle crise de colère s'en fut allée, Evart rédigea la deuxième lettre au sire de Ronce pour qu'il conservait encore un profond respect. Lui c'était montré juste et bon envers le jeune homme qui ne pouvait donc lui montrer que de la gratitude. Dans une lettre déliée, il lui fit par de ses plus vifs remerciements et sa plus grande gratitude avant de lui faire part une fois de plus de sa complète loyauté. Pliant et cachetant les deux lettres, il partit au petit matin les remettre aux comptoirs des deux hommes avant de se balader en ville.

Outre le fait de le calmer, cette petite balade lui permit de récupérer des informations sur Havarian mais surtout sur Desbo. La nouvelle de sa nomination n'était peut-être pas connue de tous mais ceux qui le savaient semblaient outrés. Quoiqu'il en fut, il apprit beaucoup de choses sur elle. Elle était donc la fille d'un important éleveur du Harondor. Ainsi en plus d'être une roturière sans titre, cette misérable femme avait tout au mieux hérité ses affaires de son père... La colère obscurcissait tellement le jugement d'Evart qu'il parvenait à lui reprocher d'avoir hérité de son commerce mais de ne pas avoir hérité de sang bleu. Puis il apprit que son commerce était loin d'être le plus important de la région, on lui vendit sa beauté puis on lui dit que son père et elle étaient des proches de Havarian depuis fort longtemps. Peu à peu, les pièces s’emboîtaient et Evart comprit. Cette ribaude n'était pas seulement une proche du Grand Maître mais sa maîtresse... Cette pensée fit presque défaillir Evart tant la rage le prit. Ainsi donc l'éloignement des Goloth n'était pas une affaire de droit mais un mutuel avantage pour Havarian comme Desbo. Cette dernière pouvait ainsi en profiter pour s'enrichir et faire payer ses services qui devaient être tout à fait exceptionnels pour valoir aussi chers. Puis, outre la bagatelle, il avait un pion malléable et serviable au sein du conseil. Tout ceci lui donnait envie de vomir...

Continuant à visiter quelques marchands en ville, Evart constata que ceux qui étaient au courant étaient très remontés contre cette femme qui éclipsait un grand nom comme celui des Goloth. Certains prirent même le pari qu'elle ne tiendrait pas bien longtemps... De cela, Evart en était sûr, se glisser dans le lit d'un grand maître était chose plus facile que de gérer les affaires de la compagnie dans une région comme le Sud... N'apprenant rien de nouveau, il se résolut à rentrer à Minas Tirith mais, éprouvé par une nuit blanche et la tête pleine de ressentiments, il embaucha un conducteur pour le ramener chez lui...
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