Reine prend Pion

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Ryad Assad

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Reine prend Pion EmptyVen 26 Juin 2015 - 18:53
Reine prend Pion Lyra10

- Ne racontez pas n'importe quoi !

La voix de Lyra s'était légèrement envolée, et elle s'en voulut presque immédiatement d'avoir cédé ne fût-ce qu'un instant à la colère qui bouillonnait derrière ses yeux vifs. Elle fit un effort considérable pour se maîtriser, inspira profondément, expira longuement, avant de poser les mains à plat sur la table massive qui trônait au milieu de la salle du Conseil. Elle n'était pas en session, et avait simplement réuni autour d'elle ses officiers les plus loyaux à Blankânimad. Ce n'étaient pas nécessairement ceux qui servaient depuis le plus longtemps sous les drapeaux, loin de là, mais plutôt ceux qu'elle avait choisis personnellement, ceux qui lui devaient tout, et ceux qui appartenaient à son clan, naturellement. Ils n'étaient que quatre, cela étant, et c'était bien la première fois qu'elle tenait une réunion stratégique avec si peu d'hommes. Il lui avait d'ailleurs fallu faire preuve de beaucoup de prudence pour sélectionner ces quatre candidats, qui n'étaient malheureusement pas les plus malins et les plus audacieux de ses soldats. C'étaient tout au plus de bons officiers, qui faisaient leur travail correctement, et qui étaient assez charismatiques pour fédérer la piétaille, la faire obéir, et la discipliner. Pour le reste, ils n'avaient que peu de notions de politique, et elle avait parfois l'impression de s'adresser à des porte-manteaux. Retrouvant la maîtrise de ses nerfs, son impatience teintée d'agacement se trahissant seulement dans ses doigts qui pianotaient frénétiquement sur la table, elle demanda confirmation ce qu'elle venait d'entendre :

- Comment est-il possible que nous n'ayons aucune nouvelle ? Aucune ! Ont-ils été attaqués en route ?

Un des officiers, penaud, haussa les épaules marquant son ignorance :

- Nous n'avons eu aucune nouvelle Votre Majesté, et je serais étonné que nos messagers soient tombés dans un piège. La route vers Vieille-Tombe est sûre, et on n'y rapporte presque aucun acte de banditisme. Des meurtres, encore moins. Ils ont peut-être été retardés par des aléas de voyage comme il en arrive parfois.

Lyra sentit la colère monter en elle à nouveau, et elle s'efforça de mettre le couvercle sur la marmite qui s'apprêtait à exploser. Pourquoi devait-elle exclusivement s'appuyer sur des individus qui ne raisonnaient qu'à l'aide d'une pensée binaire, blanc ou noir, bon ou mauvais. Ne pouvaient-ils pas comprendre que tous n'étaient pas loyaux comme eux, et que les rebelles opposés à son pouvoir ne se trouvaient pas uniquement dans l'Est lointain ? Ne pouvaient-ils pas deviner que sa colère n'était pas que le caprice d'une femme de pouvoir insatisfaite de voir les rapports arriver si lentement, mais bien une inquiétude plus viscérale, celle de sentir que quelque chose n'allait pas au sein de son propre royaume ? Elle soupira, et préféra ne pas leur répondre. Elle évitait de parler aux idiots, ça lui évitait de perdre son temps et son énergie. Acceptant leur incompétence politique, mais consciente qu'elle avait tout de même besoin d'eux, elle leur épargna un coup de sang qui n'aurait servi à rien, et qui aurait probablement été contre-productif. Elle ne pouvait compter que sur elle-même, comme d'habitude, et elle ne devait pas fléchir parce que la menace lui apparaissait moins claire et plus sournoise que d'ordinaire. Rejetant la tête en arrière un instant, pour dissiper la tension dans son dos, elle répondit d'une voix apaisée :

- Des aléas de voyage, oui sans doute. Laissons-leur encore quelques jours pour se présenter à moi et me faire leur rapport. J'ai été absente longtemps, et je me languis de savoir ce qu'il en est de notre royaume.

Ils la crurent, les sots. Ils buvaient ses paroles, sans se rendre compte qu'elle se moquait d'eux. Comment pouvaient-ils décemment ne pas remarquer qu'elle les dupait en réussissant à les convaincre qu'elle se fichait de ces messagers, qu'elle était simplement impatiente de recevoir des nouvelles des grandes villes et des grandes tribus du royaume ? Ils la surprenaient par leur incapacité à voir clair dans ses petits jeux qui étaient bien loin de l'intelligence politique redoutable dont elle était capable de faire preuve habituellement. Elle devait être bien fatiguée pour n'avoir pas mieux à offrir. En fait, elle était même épuisée. Il y avait des jours qu'elle n'avait pas dormi convenablement, surtout depuis qu'elle avait senti et pressenti que quelque chose n'allait pas. A Blankânimad, rien n'avait changé, et son peuple était venu l'acclamer à son retour des terres de l'Ouest. Elle avait laissé ses hommes en permission, pour qu'ils pussent retourner dans leurs familles, raconter ce qu'ils avaient vu, raconter à quel point les Occidentaux étaient des sauvages, des rustres et des incultes. Ils relateraient peut-être son opposition glorieuse au Vice-Roi du Rohan, sa parade majestueuse au milieu des autres délégations lors de la cérémonie de mariage, ou encore l'épisode du duel de Rokh, qui avait beaucoup troublé ses hommes. Toutefois, elle sentait que cela n'était qu'une apparence. Il se tramait quelque chose qu'elle n'arrivait pas à comprendre encore pleinement, qu'elle n'arrivait pas à cerner. Elle avait réuni ses conseillers, mais avait senti qu'ils lui dissimulaient la vérité. Son absence, qu'elle avait voulue aussi courte que possible, avait-elle donné le temps à un de ses ennemis de planter les germes de la révolte ? Le doute l'avait gagnée, et elle n'avait pas été en mesure de s'en débarrasser depuis.

Elle dormait à peine, se levait le matin dans son immense lit en croyant apercevoir le visage d'un tueur penché au-dessus d'elle. L'image disparaissait en un battement de cil, mais lui laissait l'impression amère d'être soumise à la volonté de quelqu'un d'autre, qui jouait avec ses nerfs. Alors, elle avait prétexté la fatigue du voyage – bien réelle, cela dit – pour s'isoler. Les conseils avaient été suspendus, et elle ne recevait qu'épisodiquement des individus qu'elle convoquait elle-même. Il lui fallait reprendre en main la situation, agir pour ne plus subir. Ce n'était pas une mince affaire quand on ne savait pas où commencer. Elle avait d'abord essayé de se renseigner à Blankânimad, sa ville, le siège de son pouvoir où elle avait concentré tous ses fidèles. Beaucoup n'avaient plus toute sa confiance, désormais, et elle se méfiait comme la peste des faux-semblants. En se renseignant quelque peu, elle avait identifié rapidement d'où venait l'impression désagréable qu'elle ressentait : Jawaharlal était en train de saper son autorité. Sa fureur avait été telle qu'elle avait dû s'enfermer dans ses appartements, parfaitement seule, pour ne pas se donner en spectacle devant ses officiers et les hauts dignitaires du royaume. Elle avait tempêté à haute voix pendant de longues minutes, rageant contre l'audace et le culot abject de cet homme qu'elle méprisait et qu'elle détestait. Elle ne le voyait que comme un parasite odieux et répugnant qui avait eu une utilité à un moment donné, mais qui avait tant gonflé à cause de son orgueil et de son avidité qu'il en était devenu un monstre purulent qu'elle se devait de décapiter. Elle savait depuis le début qu'un jour ou l'autre, elle devrait se séparer de cette gêne, mais elle avait espéré que ce tas de chair en décomposition rendrait l'âme sous peu, et qu'elle pourrait mieux contrôler son successeur. Que nenni, le vieux prêtre tenait bon, s'accrochait à la vie comme un pêcheur à sa canne. Il ne la lâcherait pas avant la toute fin, conscient qu'il pouvait remonter une belle prise s'il bataillait ferme. Elle aurait dû le faire tuer depuis longtemps…

En même temps, ses suppositions n'étaient étayées par aucune preuve. Elle comprenait que le Grand Prêtre était derrière son impression de malaise – elle l'avait deviné immédiatement quand elle avait vu cet envoyé du temple venir essayer de lui forcer la main pour la faire venir aux cérémonies qui avaient lieu régulièrement à Blankânimad. Elle lui avait mis les point sur les i avec une fermeté telle qu'il avait compris que l'expression « vous n'avez pas encore perdu la tête » pouvait être acceptée au sens propre. Elle avait ensuite parlé au dirigeant du temple de sa capitale, et lui avait fait comprendre qu'il était sous son autorité, et qu'il n'avait pas du tout intérêt à oublier qu'elle avait sur lui un droit de vie ou de mort absolu. Il n'était pas plus stupide qu'un autre, il avait compris que les charmes de Jawaharlal et ses promesses ne valaient rien quand on habitait dans l'entourage immédiat d'une souveraine aussi puissante et déterminée qu'elle pouvait l'être. Pour le reste du royaume, cependant, c'était une autre histoire. C'était la raison pour laquelle elle avait envoyé ces hommes espionner, récolter des informations, et finalement lui faire un compte-rendu exhaustif de ce qu'ils avaient vu. Leur absence était plus que troublante, dès lors. Qu'est-ce qui pouvait bien se tramer là-dehors ? Elle savait que ses officiers ne pouvaient pas grand-chose de plus, mais elle leur demanda néanmoins :

- Bien messieurs, ce sera tout. Informez-moi immédiatement lorsque les rapports arriveront, et surtout qu'ils m'arrivent en personne le plus rapidement possible. Si d'ici deux jours nous n'avons pas reçu de nouvelles, renvoyez des hommes avec les mêmes consignes. Blankânimad se doit d'entretenir des contacts fréquents avec les autres régions du royaume, comprenez-vous ?

Ils hochèrent la tête, et sortirent en la saluant respectueusement. Elle les avait déjà chassés de ses pensées. Elle était tout entière tournée vers autre chose. La grande pièce était déserte désormais, et elle s'y sentait affreusement seule. Elle avait fait congédier jusqu'aux soldats qui se trouvaient d'ordinaire postés là, pour assurer sa sécurité. Elle voulait avoir la certitude que personne ne colporterait ce qui se disait ici, mais cela lui pesait quelque part. Les murs immenses, les statues de Melkor qui la dévisageaient… Elle avait l'impression qu'à travers elles, c'était Jawaharlal en personne qui la regardait, et elle avait envie de les faire abattre à coup de masse. Elle ne pouvait pas cependant. Parce qu'elle savait quelle était la puissance de la religion Melkorite au sein de son royaume, premièrement, mais aussi et surtout parce qu'elle savait que le Dieu Noir était réel, et qu'il n'apprécierait pas de voir quelqu'un briser ses idoles. Elle n'était peut-être pas fanatique ou même assidue au temple, mais nul ne pouvait nier l'existence de cette entité supérieure. Il fallait être fou pour oser blasphémer une de ses représentations. Lyra s'assit lourdement sur une chaise de la salle du conseil, une chaise qui n'était pas son trône habituelle, mais elle s'en fichait. Elle se sentait très lasse, dépassée par les événements, et elle avait un tel manque d'informations que cela lui donnait l'impression d'avoir un vide dans sa poitrine. Il lui manquait quelque chose, la certitude ancrée que tout allait bien, que tout était à sa place. Alors qu'elle était plongée dans ses pensées, la porte s'ouvrit sans que personne ne fût annoncé. Elle leva la tête, et haussa les sourcils de surprise en voyant un homme de haute stature portant un masque arriver, marchant droit sur elle avec une profonde détermination.

Elle se leva à son tour, et se hâta dans sa direction, l'enlaçant fermement en posant sa tête contre sa large poitrine. Il retira son masque et referma ses bras autour de la Reine du Rhûn, en soufflant d'une voix douce et chaude :

- Je suis content de te revoir, ma sœur.

- Fyodor, ton arrivée est un signe ! J'avais terriblement besoin de toi.

Elle lui prit la main et l'invita à s'asseoir. Ils n'étaient plus dans la grande salle du conseil, mais bien dans leur bulle d'intimité où ils pouvaient se confier l'un à l'autre sans réserve. Lyra se sentait soudainement en sécurité, protégée, et surtout elle avait l'impression que son futur s'illuminait tout à coup. Quelles que fussent les difficultés qui se présenteraient à elle, elle pouvait désormais les surmonter. Avec beaucoup de grâce, l'homme prit place à côté d'elle, et commença sans détour son récit. Il savait que la Reine était avide des savoirs qu'il avait acquis, et il n'aurait été d'aucune utilité de la faire languir plus longtemps. Sans attendre, il se lança :

- La situation est étrange, je ne peux nier que je suis moi-même un peu inquiet. Il se trame des choses au Rhûn, c'est indéniable. Quelque chose déploie ses griffes subrepticement, et nous étrangle peu à peu.

- Je me sens étouffée, oui, répondit Lyra machinalement, comme subjuguée par la voix de Fyodor.

Ce dernier lui prit les mains pour la rassurer, et poursuivit :

- J'ai gagné l'Est, j'ai gagné l'Ouest. J'ai vu des choses… Des hommes murmurent, s'agitent. On a retrouvé des gens de Melkor, assassinés. Des prêtres errants, égorgés au bord du chemin. Les gens parlent : on dit que des Valarites seraient parmi nous, et essaieraient de nous détruire de l'intérieur.

Lyra fronça les sourcils. Ce n'était pas ce qu'elle avait en tête. S'était-elle emballée à propos de Jawaharlal ? Avait-elle instinctivement jeté sa haine sur la figure la plus haïssable, sans se soucier des faits ? Des prêtres Melkorites assassinés ? C'était un signe très déstabilisant, en effet. Elle ne savait trop qu'en penser, et sa question partit sans qu'elle le voulût vraiment :

- Ce seraient des fidèles d'Alâhan ?

- Je l'ignore. Ce qui est certain, c'est qu'ils tuent comme des professionnels. Ces hommes ne sont pas de simples bandits. Aucun messager n'aurait pu y prêter attention, mais j'ai voyagé tant et tant que j'ai pu constater les mêmes crimes en des lieux très éloignés. Ce qui ressemble à un meurtre isolé est en fait une action planifiée. Planifiée, et à grande échelle.

Lyra détourna le regard un moment, réfléchissant intensément. Fyodor garda le silence, afin de la laisser se concentrer. Il devinait son anxiété, la part de crainte qui la saisissait alors qu'elle prenait connaissance de ces nouvelles objectivement inquiétantes. Mais aussi et surtout, il voyait chez elle la profonde détermination qui l'animait, et il savait que rien ne l'arrêterait. Quel que soit le groupe derrière ces assassinats, elle l'identifierait, le débusquerait, et l'annihilerait. Elle était méthodique et méticuleuse, elle ne laisserait rien au hasard, et elle investirait toutes les ressources nécessaires à l'élimination de cette menace. Elle avait gravi les échelons de cette manière, quitte à gagner une réputation d'inflexibilité, mais cela lui avait bien réussi. Cette fois encore, elle triompherait. Restait à savoir à quel prix…

- Par où dois-je commencer à enquêter ?

- Albyor et Vieille-Tombe, naturellement. La seconde est plus ouverte, mais la Cité Noire est difficile à approcher. On repère vite les gens de la capitale, surtout ceux qui posent des questions. Rien ne s'y achète avec autre chose que du sang.

Fyodor était grave, mais il n'avait pas tort. La ville était un pôle commercial d'importance, et elle fournissait des esclaves en quantité suffisante pour approvisionner tout le royaume, mais son atmosphère lugubre et l'implantation du culte Melkorite rendaient les lieux déplaisants voire malsains. On ne savait jamais trop si ce qui traînait au sol était de l'ordre du détritus peu ragoûtant ou bien un organe plus ou moins fraîchement extrait d'une pauvre victime. Bref, une ambiance particulièrement peu agréable, qui portait préjudice à tous ceux qui y habitaient. On ne traitait que de loin avec les habitants d'Albyor, et les infortunés qui devaient s'y rendre pour affaire essayaient d'y séjourner le moins longtemps possible. L'émissaire que Lyra avait envoyé pour contacter Jawaharlal pendant son absence avait été très choqué par la cérémonie sanglante à laquelle il avait été convié, et il lui avait rédigé une longue lettre en lui expliquant à quel point il trouvait cela difficile à accepter dans le cadre de relations diplomatiques. Elle n'avait pas donné suite. Que répondre à cela ? Revenant à son meilleur allié :

- Pouvons-nous contacter des hommes fidèles à Vieille-Tombe ? Des locaux qui nous seraient acquis ?

- Certainement. Je peux leur porter le message personnellement, si tu veux…

Lyra hésita, avant de faire un signe négatif de la tête :

- Non Fyodor. J'ignore ce qu'il se passe, mais pour l'heure j'ai besoin de toi à Blankânimad, ici au Palais. J'ai toute confiance en toi.

Il inclina élégamment la tête. Tout dans son attitude n'était que grâce et charme, ce qui contrastait fort à la rigidité qu'il avait affichée en entrant dans la pièce avec son masque effrayant. Il n'était certainement pas la même personne lorsqu'il le portait, et l'aura effrayante qu'il dégageait semblait disparaître quand on apercevait de nouveau ses yeux réconfortants et son sourire en coin :

- Merci. Qu'en est-il d'Albyor ? As-tu des hommes à envoyer là-bas pour recueillir des informations ?

- Non. Mes officiers les plus fidèles sont ici, et je ne peux être certaine des intentions des nobles de la cité. Je préfère ne pas les impliquer là-dedans, j'aurais peur de recevoir un coup de poignard. Il faudrait trouver quelqu'un qui connaisse déjà la cité, et qui me soit loyal jusqu'à la mort.

Fyodor hocha la tête, mais n'avait aucun nom à prononcer. Même pour lui, la Cité Noire demeurait un endroit mystérieux, et il avait eu toutes les peines du monde à s'y faire quelques contacts, sans même espérer parler d'amis. Il n'avait personne de confiance là-bas, c'était certain. Lyra remercia le Cavalier Noir de son soutien, et le laissa aller se délasser en s'excusant de n'avoir pas même pensé à faire venir une carafe d'eau pour le désaltérer après sa longue route. Il était éreinté, mais il avait tenu à venir lui faire son rapport en personne, ce qu'elle appréciait. Elle lui serra fort la main, en l'encourageant de la voix et d'un geste du menton à aller prendre une journée de repos avant de revenir à son service. Il lui passa une main affectueuse dans les cheveux, et abandonna la Reine du Rhûn à sa solitude et à ses réflexions. Celles-ci l'amenèrent à considérer ses options les plus raisonnables. Elle devait absolument découvrir ce qu'il se tramait, surtout si quelqu'un était assez fou pour s'en prendre à la fois à ses hommes, et aux fidèles de Jawaharlal. Il y avait assez peu de factions dans son pays qui avaient les moyens de mener une opération à si grande échelle. Les rebelles de l'Est étaient cantonnés dans la partie orientale du pays, et ils n'avaient pas les moyens de menacer les principaux clans qui leur faisaient la guerre. Alors agir plus à l'Ouest ? Impossible. Il demeurait un groupe de fanatiques qui pensaient encore au retour d'un héritier d'Alâhan, qui agissait en sous-main à Vieille-Tombe. Ils n'étaient pas assez nombreux et assez puissants, toutefois, pour agir au-delà des frontières de la ville. Alors l'Est ? Impensable. Une pensée effrayante traversa l'esprit de la Reine… et si les deux s'étaient alliés pour la faire tomber ? Pendant son absence, la pression s'était peut-être relâchée, et des contacts avaient pu être noués ? Ils élimineraient à la fois les Melkorites responsables de tant d'atrocités, et la souveraine qu'ils pensaient illégitimes.

Pendant un instant, Lyra hésita à convoquer ses généraux sur-le-champ pour réfléchir au plan d'une grande campagne orientale pour aller écraser définitivement cette rébellion qu'elle n'arrivait pas à mater depuis tant d'années. Elle se retint de le faire, cependant. C'était peut-être le but. La pousser à une réaction disproportionnée, la pousser à dégarnir ses principales villes, à focaliser son attention sur un danger lointain, pendant que la véritable menace se faufilait jusqu'à elle. Un regard effrayé vers la porte l'amena presque à croire qu'un assassin allait franchir le seuil, pour l'éliminer sans un cri. Elle attendit quelques secondes, avant de constater que non, elle était bien en sécurité dans son Palais de Blankânimad, où rien ne pouvait l'attendre. Ses hommes étaient là pour la protéger, et ils donneraient tous leur vie jusqu'au dernier pour la protéger. Elle pouvait dormir tranquille… Enfin, presque. Le retour de Fyodor était la seule nouvelle qui lui paraissait réellement rassurante dans tout cela, et si elle le gardait auprès d'elle c'était essentiellement parce qu'elle avait confiance en lui pour assurer sa protection. Il saurait déjouer toute tentative qui la viserait. Mais elle ne pouvait pas se contenter de se défendre, elle devait aussi prendre des initiatives pour prendre l'initiative à ses adversaires. Décider pour les déceler, parier pour parer aux coups bas et aux coups durs. Pour cela… pour cela il lui fallait surprendre, oser, aller là où personne ne l'attendait, faire ce que personne n'aurait songé à faire. Alors que ses pensées s'agitaient, elle songea à quelqu'un à qui elle n'avait plus pensé depuis des années. Quelqu'un qui n'était peut-être même plus en vie, mais qui pouvait l'aider.

Elle sortit comme une tornade de la salle du conseil, sans se soucier de sa propre protection, et marcha d'un pas décidé droit devant elle, laissant les gardes en faction devant la porte lui emboîter le pas pour assurer sa sécurité. Elle descendit une infinité de marches au pas de course, et ses robes amples dans le plus pur style oriental ne la gênaient aucunement tant elle était pressée. Les hommes derrière elle trottaient pour suivre son rythme infernal, et elle les mena jusqu'aux cachots les plus sombres et les plus oubliés de la forteresse. Le factionnaire sursauta en voyant sa suzeraine arriver, et il s'empressa de lui ouvrir la porte, en lui demandant si elle souhaitait voir un prisonnier en particulier. Elle frappa dans ses mains, incapable de se souvenir de son nom :

- Une tatouée, une femme tatouée. Elle est toujours en vie ?

- Ah, bien sûr. Suivez-moi, je vous prie.

- Non, trancha-t-elle. J'irai seule. Gardes, attendez-moi ici.

Les regards furent particulièrement surpris, mais elle n'en avait cure. Ce qui importait se trouvait derrière les barreaux d'une cellule. Elle avança dans les cachots, qui très honnêtement étaient bien plus luxueux que ceux d'Albyor. Les cellules étaient relativement spacieuses, bien entretenues, et globalement assez propres. On n'y envoyait pas nécessairement des individus pour les laisser mourir, mais davantage pour espérer les voir ressortir changés – en accord avec les directives royales, naturellement. Les morts ne se faisaient pas sur la durée à Blankânimad, et le bourreau avait sa dose de travail mensuelle, pour décapiter les criminels que l'on attrapait. La prison avait un rôle pédagogique évident, que les détenus avaient malheureusement du mal à cerner alors qu'ils étaient concernés au premier chef. Lyra observa à travers les barreaux, et repéra des formes recroquevillées qui dormaient, d'autres qui la dévisageaient sans la voir. Forcément, ils étaient aveugles. Hélas, ceux qui ne comprenaient pas vite qu'ils devaient changer d'avis risquaient quelques petits désagréments. La souveraine du Rhûn continua son exploration, s'enfonçant toujours plus loin dans les cachots, franchissant les différentes sections délimitées par des portes, jusqu'à finir par trouver la femme qu'elle cherchait. Impossible à confondre. Il avait été bien plus facile d'oublier son nom que d'oublier les marques spectaculaires sur son visage, signe qu'elle avait été esclave, esclave chez plusieurs maîtres. Elle était assise en tailleur sur la paillasse qui lui servait de lit depuis de nombreuses années, et elle avait l'air de méditer profondément. Lyra la réveilla en frappant son ongle sur le barreau. La femme ouvrit les yeux doucement, et les tourna vers Lyra. Elle se contenta de dire :

- Vous êtes la nouvelle geôlière ?

- Vous ne me reconnaissez pas, s'étonna la Reine.

- Devrais-je ?

Les sourcils fins de la femme la plus puissante du Rhûn se froncèrent légèrement. Elle était toujours offusquée de devoir se présenter, surtout à des gens qu'elle méprisait considérablement au fond. Elle ne répondit pas, et lança une nouvelle question :

- Quel est votre nom ?

- Nevä. Vous êtes plus polie que l'autre geôlier.

La remarqua glissa sur la Reine comme la pluie sur les rochers. Elle était fascinée que cette femme parût ne pas se souvenir de celle qui pourtant l'avait jetée en prison plusieurs années auparavant. Etait-elle devenue folle ? Avait-elle perdu la mémoire ? Il était important de le savoir :

- Nevä… Savez-vous quel jour nous sommes aujourd'hui ?

- Cela a-t-il une importance ? Je préfère ne pas le savoir.

Lyra poursuivit, imperturbable :

- Aujourd'hui, vous avez une chance de sortir d'ici… Une chance de vous racheter… (Puis, face au silence qui lui répondait, elle continua : ) Votre liberté en échange d'une mission. Vous l'accomplissez, et vous pourrez refaire votre vie loin de cette cage.

- Et pourquoi croirais-je un mot de ce que me raconte la Reine Lyra de Rhûn ? Pourquoi ?

Cette fois, la souveraine vacilla. Ainsi donc, Nevä s'était jouée d'elle, pour mieux la cueillir à froid. Son argumentaire qu'elle voulait séduisant ressemblait désormais à une machination de plus. Ou plutôt, la réalité de sa proposition apparaissait soudainement au grand jour. Elle soupira, et tomba les masques pour parler avec une franchise rare :

- Vous n'avez aucune raison de me croire. Mais croyez-vous que je serais là pour le seul plaisir de me jouer de vous ? Que pourrais-je vous prendre de plus que votre liberté ? … Hm ? … Si je suis ici, c'est parce que j'ai besoin de vous. Mon marché est honnête, et…

- Rien n'est honnête venant de vous. Je n'ai aucune raison de travailler pour vous. Aucune.

Nevä se leva et tourna le dos à la Reine, fixant le mur du fond en croisant les bras. Soit elle voulait lui faire un affront particulièrement insultant, soit elle souhaitait dissimuler les émotions qui passaient sur son visage. Probablement un peu des deux. Cette réplique aurait dû clore la conversation, mais Lyra n'était pas venue sans arguments, et elle abattit sa meilleure carte :

- Vous n'avez aucune raison de travailler pour moi, certes. Mais vous avez une raison de travailler avec moi. Nous avons des intérêts communs…

La femme tatouée eut un reniflement dédaigneux, mais son interlocutrice frappa fort en ajoutant :

- Les Melkorites d'Albyor…

Nevä se retourna brusquement, plongeant son regard enflammé dans celui glacial de Lyra. Oh non, la prison ne lui avait pas fait changer d'avis, loin de là. Tant mieux…


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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"
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Reine prend Pion EmptyJeu 24 Sep 2015 - 13:19
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- ... et ce sont donc deux cents boeufs qui ont été volés par sire Agdâr ! Deux cents boeufs qui ont failli conduire les habitants de mon fief à la mort. J'ai bien essayé de le contacter pour obtenir réparation, mais toutes mes tentatives sont restées vaines. Alors oui, certes, j'ai décidé d'envoyer mes propres hommes pour régler les choses... Et croyez-moi, je le regrette amèrement aujourd'hui. Je ne voulais pas que ça aille aussi loin... Je ne pensais pas que son fils se trouverait là...

Il baissa la tête, honteux. Trois jours plus tôt, ses miliciens avaient voulu reprendre les bêtes de force, mais s'étaient heurtés à la résistance du fils Agdâr et de ses gens. Ils en étaient rapidement passés des mots aux mains, puis des mains aux armes. Le sang avait coulé, et le fils d'une famille noble avait été tué malencontreusement. Les miliciens en question avaient été portés disparus, et on cherchait toujours leur trace. Le père dévasté réagit avec des larmes dans la voix, et dans le regard une lueur de haine qui était parfaitement compréhensible :

- Mais ces bêtes n'étaient pas volées ! Je me suis évertué à vous dire qu'elles étaient à moi. Mon fils en avait fait l'acquisition légalement, et il m'a même présenté les documents attestant de leur achat en bonne et due forme. Allons, comment pouvez-vous penser que je me serais abaissé à vous voler du bétail ? Je sais que les temps sont durs, et que l'hiver a été rude pour tout le monde, mais je n'aurais jamais commis un tel crime !

Le plaignant allait répondre quelque chose, comme outré par l'obstination de son interlocuteur, mais la Reine fut plus rapide. Lyra avait écouté leur plaidoyer très attentivement, et avait décidé qu'il était temps de mettre un terme à cette affaire. Elle rendait toujours la justice personnellement, quand elle trouvait le temps de s'atteler à ce genre de tâches, ce qui lui arrivait de moins en moins souvent maintenant qu'elle commençait à sentir que la situation dans son royaume lui échappait. Toutefois, elle appréciait ces moments où elle pouvait exercer comme elle l'entendait son autorité, sans être contestée par des conseillers ennuyeux aux idées arrêtées et à la prudence exacerbée. Il y avait deux types de personnes qu'elle aimait particulièrement : les militaires, et les esclaves. Parce qu'ils obéissaient toujours sans poser de question, sans remettre en cause le bien-fondé de sa décision. Elle avait toujours su reconnaître les gens particulièrement serviles, ceux qui même lorsqu'ils recevaient des responsabilités n'en profitaient pas pour s'accaparer davantage de pouvoir. Grâce à cela, elle avait su positionner certaines pièces particulièrement utiles dans son échiquier. Il lui restait toutefois à purifier son royaume des parasites qui suçaient l'or du Trésor Royal avant de s'envoler péniblement vers d'autres corps à ponctionner.

Levant la main pour leur intimer le silence, Lyra se leva avec majesté. Elle aimait à siéger sur ce trône depuis lequel elle se sentait particulièrement puissante, mais elle avait rapidement compris que ce n'étaient pas d'une souveraine lointaine et distante dont le Rhûn avait besoin. Elle ne pouvait plus se contenter de rester assise et de contempler. Elle devait agir, prendre les choses à bras le corps, au sens propre comme au sens figuré :

- Messieurs, calmons-nous. J'ai entendu des témoignages troublants, sire Agdâr... Il semblerait que votre fils n'ait pas obtenu ces documents, et qu'il en soit lui-même l'auteur, pour cacher son méfait. Sire Rekkik, ne soyez pas surpris... J'ai mes propres informateurs, et ils sont bien plus efficaces qu'il est possible de l'imaginer. Votre fils, paix à son âme, n'avait pas la même conception que vous, Agdâr. Il a cherché à mettre à l'abri votre famille, en volant votre voisin. Pour ce crime, Rekkik aurait pu demander une condamnation particulièrement lourde, vous le savez...

Elle marqua une pause. L'homme paraissait abattu. Il ne pouvait pas croire à ce qu'elle venait de dire, mais il n'avait pas d'autre choix que d'acquiescer. Elle était la Reine, et sa parole était vérité. Il n'était même pas possible de mettre en doute ne fût-ce qu'un mot de ce qu'elle venait de dire. Il était vrai qu'elle n'avait aucun intérêt à mentir, et qu'elle était parfaitement incorruptible. Baissant la tête, il écouta la suite du jugement :

- Il est aussi vrai, Sire Rekkik, que vous avez agi avec promptitude, et que votre emportement a coûté la vie d'un homme de valeur. Un homme qui avait commis des actes répréhensibles, mais sans doute motivés par de nobles intentions. Les torts sont des deux côtés, et je pourrais vous sanctionner lourdement tous les deux... Vous pour avoir laissé votre fils salir votre nom... Vous pour avoir outrepassé vos prérogatives et avoir pris une vie. Je pourrais...

Ils levèrent les yeux vers elle, sans paraître comprendre. Elle était descendue de son trône, et s'était approchée d'eux, cassant la distance formelle qu'ils devaient néanmoins respecter. Ils n'osaient pas la regarder dans les yeux, et après avoir voulu l'observer, ils se rendirent compte de leur folie, et ils baissèrent le front, honteux. Avec une familiarité rare, elle posa une main sur leur épaule, comme pour les soutenir, tout en les rabrouant pour leurs erreurs. Avec fermeté mais sans violence, elle souffla :

- Sire Agdâr, vous rendrez cent têtes à Sire Rekkik. Ce ne sera qu'une maigre réparation, mais ce geste vous honorera. Vous garderez cent têtes qui, il est vrai, ne vous rendront pas votre fils. Toutefois, si votre aîné a agi de la sorte, c'était sans aucun doute par nécessité. Sur l'honneur, je veux que vous vous engagiez ici-même à ne jamais plus chercher la vengeance, et à vous soutenir dans le besoin. Vous êtes liés par le sang désormais. Non pas celui dans vos veines, mais celui qui a coulé sur cette terre. N'oubliez jamais que vous êtes des fils du Rhûn.

Ils s'engagèrent, et Lyra les congédia avec sur le visage un sourire de satisfaction non dissimulé. Elle était fière d'elle, car elle avait vu dans leur regard qu'ils regrettaient profondément leurs actes, et que toute cette histoire n'était qu'un immense gâchis qui n'aurait pas dû avoir lieu. Pour autant, la décision de la Reine était sinon juste, au moins porteuse d'espoir. Elle aurait dû accabler le père, en le condamnant à rendre les bêtes, tout en lui offrant le droit à une vengeance digne de ce nom. Mais elle n'était pas comme ça. Elle ne voulait pas la guerre au sein de son royaume, elle voulait la porter chez leurs ennemis, ces sales chiens de l'Ouest. Elle voulait que ses sujets s'entendissent le mieux possible, en espérant qu'ils comprendraient que la menace n'était pas leur voisin, mais ces tyrans qui résidaient dans leurs cités de l'autre côté du grand fleuve. Ce serait un long travail...

Sitôt la porte de la salle fermée, elle sentit une brusque tension la quitter. C'était sa dernière audience de la journée, et midi approchait. Elle commençait à avoir faim, et il commençait à faire chaud. Elle s'apprêtait à aller se restaurer, quand une voix surgie de nulle part la fit sursauter :

- Quelle allure ! Tu rends la justice comme un de ces rois de l'Ouest...

Fyodor se tenait dans l'ombre, et il s'approcha d'elle tête nue. Elle lui sourit, consciente que sa pique n'était pas anodine. Il détestait sans doute les Occidentaux encore plus qu'elle, qui était plus froide et plus pragmatique :

- Tout n'est pas mauvais chez eux, mon frère. Je crois que ce royaume attend plus de moi qu'une politique guerrière ambitieuse. Mes prédécesseurs ont payé le prix d'un trop grand empressement à faire la guerre. Je veux avant tout être une bonne Reine en mon pays, avant de bien gouverner celui d'un autre...

L'homme sourit, en s'approchant de sa soeur. Il la dominait d'une tête, et avec une affection dont la souveraine n'était quasiment jamais la cible, il lui embrassa le front en la prenant dans ses bras. Leur étreinte fut trop brève au goût de Lyra, qui se sentait toujours protégée dans l'ombre de ce frère charismatique, intelligent et incroyablement sécurisant. Sans lui, elle n'en serait pas là où elle était, assurément :

- Tu es déjà une bonne souveraine... L'Est n'est pas un problème, et demeure sous contrôle. Les grandes cités se lèveront et marcheront sous ta bannière si tu le leur commandes. Tu vas même jusqu'à damer le pion à ces chiens de l'Ouest en te payant le luxe de contester leur domination sur le fleuve. Vraiment, tu fais mieux que bien des rois ayant siégé ici avant toi...

Lyra sourit. Cela lui faisait toujours plaisir quand on faisait la liste de ses accomplissements, et elle aimait bien entendre des compliments la concernant. Des compliments qui, cette fois, n'étaient pas mus par une quelconque obligation protocolaire, ou par un désir d'obtenir des avantages. Ce n'était que pure sincérité, et les gens qui pouvaient se permettre d'être sincères avec elle étaient assez rares. Trop rares, parfois... Elle haussa les épaules, comme si tout cela s'était fait facilement, et répondit :

- Oui-da, mais je veux davantage. Maintenant que je suis ici, je me rends compte qu'il n'y a pas que par les achèvements que l'on gagne du crédit. La façon importe beaucoup... Hier je suis sortie prendre l'air, et je suis tombée par le plus grand des hasards sur un détachement qui revenait de l'Est. Des hommes absents depuis plus d'un an. Tu aurais vu leurs yeux quand ils m'ont aperçue. Ils croyaient que j'étais là pour eux, et cela leur a insufflé... quelque chose. Vraiment, Fyodor... Je crois que ce pays a besoin, c'est de quelque chose en quoi croire.

L'intéressé semblait comprendre son raisonnement, même s'il n'y adhérait pas entièrement. Pour lui, la maîtrise militaire était la marque d'un souverain fort, qui pouvait imposer sa volonté sur l'ensemble du royaume. Mais sa soeur semblait vouloir contrôler son pays autrement qu'avec une main de fer. Elle voulait être admirée, reconnue, adulée. Il savait que c'était un chemin dangereux, car qui recherchait l'amour de son peuple oubliait parfois les impératifs du gouvernement. Il ne fallait pas se laisser diriger par la roture, ni se laisser trop influencer par la noblesse. Rhûn était une nation de guerriers, et c'était de guerriers qu'elle avait besoin à sa tête. Les monarques faibles mais bienveillants ne duraient jamais longtemps. Il répondit, peut-être un peu plus cassant que nécessaire :

- Tu parles comme Alâhan... Lui voulait être aimé de son peuple. En fin de compte, il a trahi les anciennes alliances pour se rallier aux côtés de l'Ouest. Si les gens veulent croire en quelque chose, qu'ils croient en Melkor. Tu as d'autres choses à faire, de ton côté. Veiller à la paix et à la prospérité du royaume.

Ce qu'il disait était sensé, mais Lyra n'était pas convaincue. Toutefois, elle ne voulait pas se disputer avec Fyodor, et elle laissa de côté le sujet qui la préoccupait, pour rebondir sur ses dernières paroles :

- En parlant des Melkorites, je suis préoccupée à leur sujet... A ce qu'on m'a rapporté, des prêtres continueraient à être assassinés dans le royaume.

- En effet, nous en avons déjà un peu discuté.

Elle hocha la tête :

- Oui, mais j'ai obtenu de nouveaux renseignements... De la part d'un survivant. Un prêtre itinérant qui a réussi à échapper à ses agresseurs, et qui semble avoir fait le chemin discrètement jusqu'à Blankânimad pour solliciter une audience. Ce qu'il avait à dire était très intéressant, ma foi... Il m'a dit que selon lui, ses agresseurs étaient eux-aussi des Melkorites... ça n'a aucun sens, n'est-ce pas ? Sauf...

Fyodor était peut-être un peu fermé quant à la question de savoir comment on devait bien diriger un pays, mais il était d'une rare intelligence pour les questions de pouvoir, et elle n'eût pas à finir sa phrase pour qu'il conclût lui-même de sa voix grave et caverneuse :

- Sauf si des dissensions apparaissent chez les Melkorites, et que deux factions s'opposent. Mais quelle serait cette seconde faction, qui s'opposerait aux prêtres itinérants ? Ne me dis pas que... Lui ?

Elle acquiesça vivement, sans prononcer le moindre mot. C'était la conclusion la plus logique, et c'était la raison pour laquelle elle avait envoyé son nouveau pion à Albyor, pour enquêter. Elle savait que Nevä était une arme à double tranchant, et elle comptait bien la briser une fois qu'elle aurait rempli sa part du contrat. Toutefois, ce n'était pas à l'ordre du jour. Pour l'heure, elle piaffait d'impatience en attendant un compte-rendu de cette dernière sur la situation dans la Cité Noire. Il n'y avait a priori aucune raison de s'inquiéter, et la Reine n'avait pas levé le petit doigt vis-à-vis de ses soldats là-bas. Elle savait déjà ce que Fyodor allait lui suggérer de faire, et elle coupa court à ses propositions, calmement :

- Ne nous précipitons pas. Ce ne sont que des conclusions hâtives et peu fondées pour le moment. Déployer nos forces à Albyor pour sécuriser la ville ne serait pas judicieux. Si vraiment Jawaharlal prévoit de discipliner le culte, cela ne nous concerne pas vraiment. Ce qui m'étonne, à dire vrai, ce sont les moyens qu'il utilise. Des mercenaires ne seraient pas capables de faire un tel travail, avec une telle efficacité. Et des mercenaires ne seraient pas nécessairement des Melkorites.

- Ce qui implique qu'il y a une force armée dont nous n'avons pas connaissance, ici au Rhûn. Je pars sur-le-champ, je vais te trouver les informations que tu cherches...

Lyra attrapa le bras de son frère. Il avait toujours été impétueux, et même si elle savait qu'à lui seul, il était capable d'obtenir de meilleurs résultats que tout un nid d'espions, elle sentait que le moment n'était pas encore venu de passer à l'offensive. Pour l'heure, elle devait encore rassembler ses forces, et ne pas se précipiter. Beaucoup de choses dépendaient de sa capacité à faire profil bas, à laisser son adversaire tapi dans l'ombre se découvrir. Elle ne souhaitait pas le moins du monde forcer ces rebelles à passer dans la clandestinité. Au contraire, elle voulait les inciter à s'enhardir, pour mieux les cueillir. Quand ils commettraient une erreur, elle serait là pour les cueillir, et elle mettrait tous les moyens à sa disposition pour remonter à la source de ce poison.

- Attends, Fyodor... Ne nous précipitons pas. Pour l'heure, j'ai fait augmenter les patrouilles sur les routes, en espérant que cela calmera le phénomène. J'en doute, mais je veux donner l'impression d'être sur la réaction plutôt que l'action. Il nous faut en découvrir plus, et j'aimerais que tu ailles parler à ce prêtre qui est arrivé il y a peu. Vois ce que tu peux en tirer, mais ne le brusque pas. Il est un peu particulier...


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Reine prend Pion EmptyDim 11 Oct 2015 - 0:31
Fyodor descendait les marches d'un pas mesuré, se refusant à courir alors qu'il n'y avait pas de raison de le faire. Il était bien conscient de l'urgence de la situation, mais pour un homme comme lui, l'empressement n'était jamais une solution. Il lui suffisait de vouloir que le monde se pliât à sa volonté, et il avait rapidement compris qu'on n'obtenait jamais les bons résultats en se pressant de manière irréfléchie. Alors il allait lentement, ouvrant la voie aux deux soldats qui l'accompagnaient. Il n'avait certes pas besoin de protection, et il aurait semblé incongru à quiconque le connaissait de le voir craindre pour sa vie. Non. Il avait seulement besoin de quelqu'un pour le guider. Le Palais de Blankânimad était un endroit particulier, une forteresse animée d'une volonté propre, disait-on, dont les pièces changeaient de place et les murs se déplaçaient. Il n'y passait guère de temps, encore moins à déambuler dans les couloirs sombres et sinistres qui transperçaient la lourde construction qui s'élevait au-dessus de la cité, et il n'était jamais certain de pouvoir trouver sa destination du premier coup. Ou pire… de savoir retrouver la sortie. Il se faisait donc accompagner de deux hommes qui resteraient en faction devant la porte pendant qu'il s'entretiendrait avec le curieux personnage que sa sœur lui avait recommandé d'aller voir. Le prêtre…

Elle avait paru un peu troublée quand elle avait évoqué cet individu, ce qui ne lui ressemblait pas. Elle ne dégageait aucun sentiment de peur, mais bien une profonde perplexité devant ce Melkorite. Il était de toute évidence étrange, pour ne pas dire extrêmement perturbant, et Fyodor s'était préparé mentalement à toute éventualité. Il avait arpenté le monde dans toutes les directions, et il avait vu des gens bizarres… il ne se laisserait pas impressionner aussi facilement que Lyra. Les hommes d'armes le conduisirent à une porte nue et solitaire, frappèrent à l'huis, et le firent entrer sans attendre de réponse. La personne à l'intérieur n'était donc pas considérée comme un invité de marque, mais plutôt comme un prisonnier, donc. Le frère de la Reine classa cette information dans un coin de son esprit, et franchit le seuil d'un pas assuré. Il ne s'attendait certainement pas à découvrir un tel spectacle.

Malgré son exceptionnelle maîtrise de lui, il ne put s'empêcher de hausser les sourcils, et de laisser échapper un commentaire venu du cœur :

- Vous êtes fou !

L'intéressé éclata d'un rire malsain, repris en écho par les murs de la pièce chichement éclairée où il se trouvait, tandis que derrière Fyodor la porte se refermait silencieusement. Il avala sa salive péniblement. L'idée même d'être seul avec cet individu le mettait curieusement mal à l'aise…


~ ~ ~ ~

Reine prend Pion Lyra10

Lyra attendait patiemment dans la salle d'audience qu'arrivât l'homme qu'elle avait fait convoquer. Elle savait que Fyodor était en train de s'occuper de leur invité secret, mais elle ne pouvait pas uniquement compter sur ce qu'il tirerait de cet entretien : elle devait agir, ne pas se laisser distancer par les manœuvres de ses ennemis qui opéraient dans l'ombre et qui gagnaient chaque jour un peu plus de terrain. Depuis qu'elle était revenue de ce stupide mariage entre puissances de l'Ouest, mariage auquel elle n'aurait décemment pu échapper, elle se sentait rattrapée par des forces qui jusqu'alors avaient été tenues en respect par sa simple présence. Elle peinait encore à comprendre comment tout avait pu déraper si rapidement. Elle avait pourtant pris grand soin de placer des hommes de confiance – tout du moins, des gens qu'elle savait ne pas agir en sous-main pour la trahir – aux postes stratégiques pour conserver le pouvoir en l'état. Elle s'attendait à ce que le coup fatal fût porté à Blankânimad, là où se trouvait le siège du pouvoir de Rhûn. Dans le pire des cas, elle craignait de voir les rebelles de l'Est gagner du terrain en profitant de son absence. Mais Albyor ?

Elle n'aurait jamais pensé que la Cité Noire pût se révéler une source de problèmes. A part les esclaves, elle ne voyait pas qui pouvait contester son autorité là-bas. Mais si les Melkorites de Jawaharlal préparaient quelque chose, elle devait le savoir. Si c'était quelqu'un d'autre, elle le trouverait, et le ferait passer par le fil de l'épée en personne, pour s'assurer que le serpent était bien décapité. Elle n'aimait guère les serpents. La menace lui apparaissait de plus en plus réelle, à mesure qu'elle en mesurait l'étendue. A dire vrai, elle ne voyait aucune organisation capable d'orchestrer des meurtres dans tant d'endroits différents, en laissant si peu de traces que même Fyodor avait du mal à remonter jusqu'à eux. Elle ne cessait de se demander si son absence n'avait pas permis aux rebelles de se regrouper, de reprendre des forces et de s'infiltrer toujours plus loin dans le pays, à travers le maillage pourtant resserré que constituaient pourtant ses hommes. Des centaines de soldats, pour ne pas dire des milliers, étaient disposés stratégiquement pour contenir les mouvements de leurs ennemis, loin à l'Est. Il était possible qu'ils s'infiltrassent épisodiquement, mais pas au point d'attenter à la vie de prêtres melkorites partout sur le territoire.

Et puis d'ailleurs, pourquoi des prêtres de Melkor ? Elle ne comprenait pas. Elle avait beaucoup réfléchi à la question, mais elle ne comprenait pas la stratégique mise en place. Jawaharlal n'avait de toute évidence aucun intérêt à éliminer des gens qui répandaient la religion qu'il défendait, car cela n'aurait fait que rendre vulnérable pouvoir qu'il s'acharnait à essayer d'étendre. Les prêtres itinérants ne seraient pas remplacés par enchantement, et c'était autant d'influence en moins dans les terres reculées pour le Grand Prêtre. Quant à cette potentielle faction ennemie, comment espérait-elle lutter contre le royaume en s'attaquant aussi marginalement à une de ses composantes ? Personne n'était dupe, et si quelqu'un croyait sincèrement que quelques meurtres allaient conduire à une réaction en chaîne susceptible de déloger la Reine de son trône, il se trompait lourdement. Alors pourquoi ? Pour cibler ces prêtres en particulier ? Pourquoi les viser eux, et non des officiers de l'armée régulière, ou des chefs de tribus particulièrement fidèles ?

A la question « à qui profite le crime ? », elle n'avait hélas aucune réponse. Elle espérait bien en obtenir quand la porte de la grande salle d'audience s'ouvrit. Apparut un homme qui avançait tête basse, traînant des pieds, comme s'il avait voulu se trouver à des lieues de là, le plus loin possible de la Reine. Il ne jetait pas un regard aux statues de Melkor glorifié qui le suivaient de leurs yeux pas si éteints, et toutes ses pensées étaient fixées sur la Reine Lyra, qui le toisait. Elle siégeait avec prestance, et ne se leva pas quand son invité arriva. Dans le langage politique du Rhûn, cela signifiait qu'elle n'était pas là pour une simple conversation courtoise, et qu'il devait s'attendre à se faire remonter les bretelles. Il parut hésiter un bref instant, avant de se prosterner humblement. Son front toucha le sol brièvement, avant qu'il ne se redressât pour attendre dêtre commandé par la souveraine qui lança sèchement :

- Vous ai-je autorisé à vous relever ?

Ses mots étaient comme des aiguilles, et il s'inclina de nouveau, la tête par terre dans une position particulièrement humiliante. Elle le tenait dans sa main, et entendait bien le lui faire savoir. Jawaharlal n'avait jamais su cacher ses intentions, et les prêtres de Melkor jouissaient d'un statut un peu particulier qui permettait au Grand Prêtre de Sharaman d'énerver la Reine. Elle avait donc resserré son emprise sur le chef du culte de Blankânimad, afin d'étrangler toute tentative de la part du grand masochiste de la déstabiliser. Depuis son retour, elle ne lui laissait aucune marge de manœuvre, et il pouvait souvent sentir des gens le suivre, l'espionner. Son courrier était ouvert et scrupuleusement étudié. Il était une marionnette avec laquelle elle jouait. Mais cela n'avait rien donné pour l'heure. Jetant à peine un regard au misérable vautré par terre, elle siffla :

- Quelles nouvelles de Sharaman ?

La question était volontairement vague. Il n'osait pas se relever, et il dut s'époumoner pour se faire entendre, ce qui était particulièrement inconfortable. Lyra savourait le pouvoir qu'elle avait sur cet homme, et elle se délectait toujours de voir comme ils se liquéfiaient devant son titre :

- R-Rien de très important, Votre Majesté. Le Grand Prêtre de Melkor, loué soit-Il, nous commande toujours d'étendre le culte dans la mesure de nos moyens, et de veiller à l'entretien du temple. Nous attendons d'un jour à l'autre de nouveaux apprentis qui souhaitent recevoir notre enseignement.

Elle renifla de dédain. Leur « enseignement » ? Ces crétins étaient d'une prétention sans nom. Ils souhaitaient former des élèves, comme si cela pouvait leur permettre de se développer plus rapidement. Elle trouvait leur attitude particulièrement stupide. S'ils voulaient vraiment se développer, ils auraient plutôt dû se concentrer sur leur bastion d'Albyor, et ne pas perdre de temps à essayer de convertir Blankânimad. Elle ne laisserait jamais sa capitale tomber entre les mains de ces zélotes fanatiques.

- Et le dogme ?

- Le Grand Prêtre de Melkor, loué soit-Il, nous invite à être plus actifs dans la chasse à ceux qui rejettent encore l'enseignement de notre dieu. Il nous recommande de porter la foi avec zèle et énergie.

Elle savait tout cela. Elle avait eu des compte-rendus très intéressants à ce sujet, de la part de ses espions, et elle avait bien connaissance des ordres officiels écrits par Jawaharlal. Elle se demandait tout de même s'il ne fallait pas comprendre autre chose, et ses meilleurs hommes travaillaient à la recherche de codes secrets, de messages cachés entre les lignes. Apparemment, ils n'avaient encore rien trouvé, et les seuls qui étaient revenus avec un semblant de quelque chose étaient des courtisans plus stupides que la moyenne, qui croyaient que le mensonge et la tromperie leur rapporteraient autre chose qu'une perte de prestige considérable. D'un regard, elle avait anéanti la réputation d'un fils de bonne famille, que son père ne pardonnerait jamais d'avoir fauté ainsi. Tant pis pour lui. Le prêtre ne lui apprenait rien de neuf, cependant, et elle ne savait guère comment le manœuvrer pour lui extorquer les informations qu'elle souhaitait obtenir sans qu'il s'en aperçût. Elle garda le silence un moment, laissant la gêne s'installer entre eux, avant de se souvenir qu'elle était la Reine, et qu'elle n'avait pas à ourdir des machinations dans l'ombre. Son pouvoir absolu lui donnait tous les droits, assurément :

- Qui servez-vous ?

Il tressaillit. La question était un piège énorme, et il ne tomba pas dedans :

- Vous, Votre Majesté.

- Naturellement. Alors vous allez immédiatement me dire pourquoi vos fidèles harcèlent les membres les plus éminents de notre belle capitale, pour les inciter à prier avec plus d'ardeur. Vous allez aussi me dire qui vous a donné l'autorisation de laisser ces hommes importuner gardes et soldats dans leur travail, au motif qu'ils ne procèdent pas à l'arrestation de ceux qu'ils qualifient de « non-croyants ».

L'homme voulut lever la tête, mais il se souvint qu'il n'en avait toujours pas le droit. Dans cette position, il lui était prodigieusement difficile d'argumenter, mais il essaya néanmoins, tout en sachant qu'il n'aurait jamais le dernier mot :

- Mais Votre Majesté, ces hommes ne font qu'encourager à la foi… Melkor notre dieu, loué soit-Il requiert notre dévotion totale, et nul ne saurait se soustraire à ses devoirs envers Lui…

- Qui en a jugé ainsi ?

Elle le tenait. Il s'en rendit compte, mais ne pouvant baisser la tête plus bas sans risquer de se fendre le crâne, il souffla :

- Le Grand Prêtre Jawaharlal d'Albyor…

- Je n'entends pas, parlez plus fort !

- Le Grand Prêtre Jawaharlal d'Albyor, Votre Majesté.

Elle sourit. Intérieurement, elle était toutefois loin d'éprouver une grande joie, et c'était plutôt un rictus mauvais de celui qu'on adresse à un adversaire audacieux dont on découvre les manigances. Certainement, Jawaharlal était un homme retors et rusé. Elle interrogea de nouveau :

- Et qui servez-vous ?

Il était acculé :

- Je sers Votre Majesté, Votre Majesté.

Elle approuva d'un signe de tête :

- Vous savez ce qu'il vous reste à faire, je ne vous retiens pas.

Il s'empressa de se lever et de partir comme un petit rongeur échappant miraculeusement aux serres d'un hibou grand-duc. Elle n'était déjà plus préoccupée par lui. Jawaharlal, ce vil serpent, comptait sur le temple de Blankânimad pour rallier de plus en plus de nobles à sa cause. Elle savait que la plupart obéissait au culte Melkorite pour la forme, mais ils n'appréciaient guère d'être accusés publiquement par des prêtres zélés d'être de mauvais serviteurs du Dieu Sombre. Tous la regardaient alors en se demandant quelle serait sa position là-dessus. Si elle soutenait le culte, alors ses nobles se convertiraient, et elle perdrait toute influence sur eux. Si elle soutenait les nobles, alors c'étaient les Melkorites qu'elle se mettrait à dos. Elle ne comprenait pas pourquoi Jawaharlal cherchait à la mettre dans cette position. Ce vieux débris pensait sans doute pouvoir la manœuvrer en mettant la pression sur sa noblesse, comme s'il croyait qu'elle n'oserait pas s'opposer à lui. Il n'avait pas les moyens de rivaliser avec elle, ni financièrement ni militairement, et en définitive c'était bien ce qui comptait.

Elle ferma les yeux un instant. Ce rendez-vous n'avait pas été inutile, mais on ne pouvait pas dire que cet incapable de religieux était capable de lui donner les informations qu'elle voulait obtenir. Elle en attendait bien davantage du second, qui ne tarda pas à se présenter. Elle avait bien entendu fait en sorte que le prêtre arrivât et repartît par une toute autre issue que celle que son nouvel interlocuteur allait emprunter. Elle ne tenait pas particulièrement à ce qu'ils se rencontrassent dans les couloirs, et elle était suffisamment paranoïaque pour faire attention à ce genre de petits détails. Elle n'avait confiance en personne, et elle cultivait soigneusement cette méfiance naturelle, seule garante de sa survie, pensait-elle. Alors ce fut d'une voix froide et dépourvue de sympathie qu'elle accueillit son visiteur :

- Sire Rezlak… Vous voilà enfin.


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Reine prend Pion EmptyMar 13 Oct 2015 - 11:11
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Attablé devant un souper exquis, Rezlak lisait tranquillement les derniers rapports de Néhélac. Les nouvelles en provenance de Vieille-Tombe étaient bonnes, mêmes excellentes, et pourtant quelque chose chiffonnait le conseiller. Il ne savais pas exactement quoi mais il sentait qu’un événement allait bientôt redistribuer les cartes. A son avantage ? Rien n’était moins sûr.

Les affaires marchaient bien pourtant. Néhélac faisait tourner son commerce presque aussi bien que lorsqu’il s’en chargeait lui-même. Ce qui était parfait car cela lui laissait plus de temps afin de mener à bien la politique financière du royaume. Là aussi, tout se passait à merveille et Lyra ne pouvait qu’être satisfaite de son travail. Il avait toujours eu un talent immense pour trouver les personnes qui se révélaient de formidables espions mais il savait également quel poste convenait à telle ou telle personne.

Il avait réformé tout un pan de l’administration financière du royaume, plaçant aux bons endroits les employés les plus doués, allant les dénicher lorsque cela était nécessaire. Il avait changé le système d’impôts pour que celui-ci soit plus adapté au fonctionnement du pays. En 4 ans, il avait multiplié les recettes de la couronne par trois. Bien sûr, il avait bénéficié de la baisse d’activité sur le front de l’est mais c’était surtout dû à sa faculté de savoir quel poste conviendrait le mieux à chaque fonctionnaire.

Il les rencontrait donc personnellement afin de mieux savoir leurs forces et leurs aspirations. La plupart étaient en poste dans la capitale. Rezlak avait renforcé la centralisation financière du pays afin que tout passe par Blankânimad. De fait, la coordination entre les grandes villes avait été sa priorité lorsqu’il avait été nommé conseiller.

Bien sûr, il avait édicté des règles qui étaient favorables à sa main-mise sur les marchands de Vieille-Tombe et s’était considérablement enrichi. Lyra l’avait bien remarqué (même si elle ignorait l’étendue de son pouvoir sur la cité cémétériale) mais elle laissait faire puisque cela profitait au royaume et à elle-même. Cela faisait parti des concessions qu’elle était prête à faire étant donné les excellents résultats du conseiller.

Si elle n’avait rien à redire sur l’aspect financier de sa position, les choses étaient différentes pour la partie espionnage de son poste. Lyra avait son propre réseau d’espions qui était déjà très efficace. Peu de choses lui échappaient à l’intérieur de son royaume et Rezlak ne pouvait lui apporter que peu d’informations dont elle n’ait pas déjà connaissance. La force de son propre réseau résidait à l’étranger. L’immense majorité de ses espions étaient des hommes et femmes recrutés directement dans les pays d’intérêt.

Ces informations là étaient plus rares et avaient plus de valeur mais Rezlak triait consciencieusement ce qu’il disait à la Reine. Il était évident qu’elle voyait clair dans son jeu mais obtenir des infos (même si ce n’était pas la totalité) était mieux que ne rien obtenir du tout. Lyra lui conservait ses pouvoirs car elle avait besoin de lui. Mais elle ne lui donnait rien qu’il n’ait été en son pouvoir de lui reprendre lorsque bon lui semblerait.

S’il voulait conserver son poste et ses privilèges, il devait donc faire preuve d’une loyauté sans faille et surtout continuer de se montrer indispensable. Il n’était pas vraiment populaire à la cour et ceux qui auraient pris un malin plaisir à sa chute étaient bien trop nombreux.

Il se replongea dans l’écriture fluide de son associée. Elle faisait mention du nouveau Grand Prêtre de Melkor à Vieille-Tombe, un certain Khâliban. Ce dernier était d’un charisme peu commun et, malgré le fait que la population de Vieille-Tombe ne soit pas la plus fidèle du pays, l’ancien guerrier au service de son oncle avait su se faire remarquer. Cela ne fût guère une surprise pour le conseiller. Il avait déjà rencontré l’homme en question lors de l’une de ses visites à Sharaman et il avait lui-même été marqué par l’individu en question.

Le remplacement des prêtres et le nouveau manifeste que son oncle avait fait publier laissaient à penser que ce dernier avait des projets bien arrêtés. Projets que Rezlak ne pouvait que deviner car Jawaharlal ne l’avait pas vraiment mis dans la confidence. Il souhaitait sûrement ne pas placer son neveu dans une situation difficile entre son allégeance à la Reine et celle à sa famille. Ou alors, il n’avait pas assez confiance en lui pour lui faire part de ses intentions.

Ses pensées s’éloignèrent de son oncle lorsque Néhélac en vînt au comportement d’Achéron. Ce dernier se montrait des plus efficaces, impassible et froid. Ces bonnes nouvelles renforcèrent Rezlak dans la conviction qu’il avait fait le bon choix. Il pouvait presque sentir la désapprobation et la frustration de Néhélac bien que son compte rendu n’en laissât rien paraître. Il savait qu’il était important de s’en tenir aux faits et qu’il n’avait aucune preuve de la déloyauté de sa numéro deux mais il n’en serait pas là où il en était aujourd’hui s’il ne faisait pas preuve d’un excellent instinct.

Il savait qu’il faudrait bientôt s’occuper de ce problème mais il faudrait faire en sorte de donner des missions à plusieurs de ses agents à Vieille-Tombe s’il voulait réussir. Elle était trop entourée pour le moment et il ne pouvait confier cette mission à qui que ce soit qu’elle ait personnellement entrainé. De toute façon, aucun assassin ne l’aurait approché suffisamment près pour tenter quoi que ce soit. Il fallait que la tentative soit plus subtile que ça.

Il fût tiré de ses pensées par trois coups rapides frappés à la porte. Un messager vînt lui annoncer que la Reine le convoquait. Rezlak se releva en faisant semblant de n’y parvenir qu’avec peine alors qu’il était presque aussi souple que vingt ans auparavant. Il devait continuer à jouer son personnage en permanence à l’intérieur de ces murs. Les espions étaient absolument partout. Pour chacun, le sabre qu’il avait à son côté était purement décoratif et le conseiller n’était qu’un piètre combattant alors qu’il aurait pu rivaliser avec la plupart des guerriers de la capitale.

Cela faisait parti des secrets qu’il gardait si précieusement. Si le besoin s’en faisait sentir un jour, cela lui donnerait un avantage certain contre un adversaire qui ne s’attendrait qu’à une faible riposte. Prévoyant. C’était exactement le terme qui le définissait le mieux. Il suivit le messager jusqu’à la salle du trône. La Reine avait dit « convoquer » et non qu’elle désirait le voir, ce qui signifiait qu’il devait se rendre à ses côtés toutes affaires cessantes.

Impériale. Il n’y avait pas d’autre mot pour qualifier la souveraine de Rhûn. Cela était encore plus marquant lorsqu’elle siégeait sur son trône massif dans une salle dont les dimensions auraient fait palier d’envie même les nains. Et pourtant, elle n’était pas écrasée par l’énormité des lieux. Bie au contraire, tout ça ne faisait que renforcer son propre éclat.

Rezlak s’avança autant que le permettait le protocole et s’inclina profondément devant la Reine. En tant que conseiller, il n’avait pas à s’agenouiller mais il ne pouvait pas relever la tête tant que la Reine ne lui en aurait donné la permission. Cela était le cas pour tous les sujets de Sa Majesté, y compris les chefs de clan. Seul son frère échappait à cette règle et encore, seulement lorsqu’ils étaient seuls d’après ce qu’avait compris Rezlak.

- Votre Majesté.

Il s’en tînt là attendant que la Reine l’autorise à relever la tête et à parler de nouveau. A vrai dire, il était inquiet. Il ne voyait pas ce qu’il avait pu faire pour déplaire à la Reine. Or, il était peu probable qu’elle l’ait convoqué pour qu’ils discutent seuls à seuls dans le but de le féliciter de quoi que ce soit.
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Ryad Assad
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Reine prend Pion EmptyDim 8 Nov 2015 - 1:06
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Rezlak, la tête baissée, avait davantage l'air prêt à charger que soumis. Il feignait toujours aussi bien l'obéissance, mais comme la plupart des gens qui entouraient la souveraine du Rhûn, il se pliait à ses directives parce qu'il craignait ses représailles, et non parce qu'il croyait sincèrement en sa politique. Comment aurait-il pu en être autrement, de toute façon ? Pourtant, c'était un allié précieux, un de ces hommes capables on ne savait comment de trouver des fonds pour alimenter la gestion ambitieuse d'une souveraine qui refusait de placer des limites à son autorité. Elle avait foi en ses compétences davantage qu'en sa loyauté à son égard, et c'était pour l'heure bien suffisant. Il n'était pas en mesure de l'atteindre, et ses yeux rivés sur le sol ne pouvaient que menacer, et non blesser. Lyra en était convaincue. D'une voix sèche mais calme, comme elle en avait l'habitude, elle autorisa son conseiller financier à relever la tête. Elle avait toujours tenu à maintenir une certaine distance entre elle et ceux qui l'entouraient et elle avait appris à la dure que la familiarité n'était pas gage de sincérité. Offrir de la considération ne signifiait pas en retour que l'on obtenait un soutien indéfectible. Elle préférait s'assurer de l'obéissance de ses sujets par des moyens certes moins délicats, mais à l'efficacité prouvée.

Elle demeura un instant silencieuse devant l'homme qui se tenait là, et qui lui inspirait toujours le même sentiment. Il était bien plus que ce qu'il voulait paraître. Elle savait depuis très longtemps qu'il dirigeait un petit réseau d'espions qu'il entretenait lui-même, et qui opérait principalement en dehors des frontières du Rhûn. A plusieurs reprises, elle avait même fait appel à ses renseignements pour vérifier que les siens étaient fondés. Jamais, toutefois, elle n'avait pris le risque d'encourager ses entreprises, de crainte de le voir prendre un pouvoir trop important. Tout son gouvernement tournait autour d'un principe simple : tirer le maximum des gens qui l'entouraient sans leur permettre de s'élever suffisamment pour devenir importants. Rostam avait été sa dernière erreur, et elle rayerait cet épisode tragique de sa mémoire quand elle aurait enfin planté sa tête sur une pique. Elle ferma les yeux, et essaya de ne plus penser à lui. Ce traître…

- Sire Rezlak, comment se portent vos propres affaires ?

Il était de bon ton de ne pas entrer immédiatement dans le vif du sujet. Elle était certes un peu pressée par le temps, mais ces quelques secondes passées à des civilités pouvaient se révéler payantes. Elle n'avait pas particulièrement envie de se le mettre à dos, et à en juger par son regard, il s'interrogeait déjà sur les motifs de sa convocation. Elle ne faisait pas ça uniquement pour le mettre à l'aise, bien au contraire. L'idée même de le faire mariner avant de lui annoncer la grande nouvelle était particulièrement réjouissante, et bien que son visage impassible ne trahît pas son contentement presque enfantin, elle rayonnait intérieurement de l'entendre lui donner des nouvelles de ses activités commerciales alors qu'il savait être présent pour une toute autre raison.

Il acheva de lui répondre, et elle hocha la tête pesamment, comme pour marquer son approbation – dont il devait se ficher éperdument – ou plutôt pour lui signifier qu'elle n'était pas particulièrement concernée par ses soucis. Une fois ce bref intermède passé, elle plongea dans la faille et attaqua avec précision, calibrant ses phrases avec une grande précision :

- Connaissez-vous les prêtres melkorites itinérants ?

Elle le scrutait attentivement, attendant sa réponse. Elle espérait – en vain – déceler chez lui une réaction qu'il n'aurait pas dû avoir, un micro-mouvement qui aurait indiqué qu'il en savait bien davantage qu'il voulait bien le dire. Mais si la souveraine du Rhûn avait appris à se dominer parfaitement, elle était loin d'être la seule à savoir se contenir. Son adversaire du jour n'était pas comme cet idiot de prêtre du temple de Blankânimad, hélas.

- J'ai appris des nouvelles quelque peu troublantes à leur sujet, figurez-vous… Des gens bien informés m'ont fait remonter des informations que je qualifierais de préoccupantes, et…

Elle ne termina jamais sa phrase. On l'interrompit. Lyra avait horreur d'être interrompue, et elle avait fait comprendre à tous ceux qui travaillaient au Palais qu'il était absolument défendu de la déranger pendant qu'elle tenait une audience. Absolument ? Non, pas quand il s'agissait d'une affaire de première importance. Alors quand on venait la couper en plein milieu d'une phrase, alors qu'elle avait un entretien avec un des personnages clés du royaume, elle ne prenait pas la mouche. Au contraire, elle se raidissait dans son siège, et se disait que ce devait être une nouvelle vraiment cruciale, sans quoi on n'aurait jamais pris la peine de la déranger. Un serviteur – qui n'était autre qu'un fils de très bonne famille, envoyé au Palais pour y parfaire son éducation, et apprendre à se comporter en fidèle serviteur du royaume – s'approcha d'elle non sans s'être incliné profondément au passage. Il fut intercepté par un garde, qui lui retira les missives qu'il tenait en mains et vint les apporter à la Reine. Lyra n'appréciait pas être approchée de trop près par des individus qui n'étaient pas fiables. Un fils de bonne famille pouvait cacher un espion politique, voire un assassin à qui l'on confierait la tâche d'éliminer la menace que certains voyaient en elle. Sa paranoïa ne s'arrêtait pas à l'âge de ceux qui se tenaient dans la même pièce qu'elle.

Elle jeta un bref coup d'œil aux lettres, dont la première avait été ouverte. Elle portait une mention particulière, et quand elle prit connaissance de celle-ci, elle comprit pourquoi on l'avait dérangée. C'étaient des nouvelles du comptoir qu'elle avait fait installer. Enfin ! Elle ne les attendait plus, et se trouvait bien heureuse de voir arriver des informations fraîches à se mettre sous la dent. Mais le page n'avait apporté qu'une petite partie d'entre elles, accompagnées de cette fameuse lettre décachetée, qui enjoignait la Reine à prendre connaissance immédiatement des missives du conseiller Dosrnia. Elle ouvrit le pli, et laissa ses yeux parcourir le message. Elle l'acheva une fois, rapidement, avant de replonger dans la lecture dans un second temps. Elle était ailleurs. Elle avait totalement oublié que Rezlak se trouvait ici, et même l'affaire des prêtres melkorites éliminés à travers le pays lui paraissait anodine. Ce qu'elle tenait là la préoccupait bien davantage…

- Sire Rezlak ! Lança-t-elle d'une voix cinglante. Pouvez-vous m'expliquer pourquoi votre oncle tient tant à mettre la main sur cet arsenal ?

Elle faisait bien évidemment référence à Jawaharlal. Elle était des rares à connaître le lien de parenté entre les deux hommes, et cela lui déplaisait quelque part de savoir qu'elle traitait avec un membre de la famille d'un personnage qu'elle considérait comme une épine dans son pied. Toutefois, elle n'était pas stupide au point de laisser sa méfiance naturelle la priver de la qualité de Rezlak, qui remplissait son rôle à la perfection. Cela alimentait cependant sa froide colère, et lui faisait oublier que le conseiller n'avait pas connaissance de la lettre qu'elle venait elle-même de lire…

- Les Nains des Monts du Fer, Sire Rezlak, désirent vendre un arsenal de la meilleure qualité imaginable. Des armes, des armures, des boucliers, forgés initialement pour être vendus à votre oncle, le Grand Prêtre Jawaharlal du Temple Sharaman d'Albyor ! Pouvez-vous m'expliquer ce qu'un religieux voudrait faire d'un arsenal militaire ? Je vous écoute, Rezlak…

Elle était venimeuse, mais elle se refusait à céder à la colère. Elle avait toujours eu des doutes concernant la loyauté de son conseiller vis-à-vis de son oncle, et elle ne l'avait jamais trouvé particulièrement fanatique. Elle se demandait s'il ne saisirait pas l'occasion de s'affranchir de son parent malsain pour se rapprocher du véritable et unique pouvoir : celui de la Reine. Elle ne lui laissait guère le choix, d'ailleurs. Il aurait été dommage de se débarrasser d'un tel élément, alors qu'elle n'avait personne sous la main pour le remplacer. Elle devrait d'ailleurs se pencher sur la question, quand il commencerait à lui donner des signes inquiétants.

Avec une attitude féline qui la caractérisait toujours, elle l'observa se défaire de son accusation voilée. Elle laissait implicitement croire qu'il avait quelque chose à voir avec cette affaire, et lui montrait qu'au moindre faux-pas, il risquait de sauter. Il n'était pas le premier conseiller financier qu'elle avait eu depuis son accession au pouvoir, et elle tenait à lui rappeler que si son allégeance n'allait pas à sa souveraine, il risquait de ne pas être le dernier à occuper le poste. Elle finit par l'interrompre, agacée par ses propos :

- Assez ! Vous ne comprenez pas ce que cela implique ! Les Nains ont décidé de vendre leur marchandise au plus offrant, et malheureusement nous ne sommes pas les seuls sur les rangs. J'apprends ici que les gens de la bourgade de Dale ont massé des hommes près du comptoir – il n'est pas écrit combien, hélas. Ils entendent bien rafler la mise, et récupérer cet arsenal pour eux-mêmes. Vous savez ce que cela signifie ?

Bien sûr qu'il le savait. Le Rhûn et Dale n'étaient pas en guerre, mais les deux entités ne s'appréciaient guère. Les esclavagistes orientaux s'étaient souvent illustrés en allant s'attaquer aux populations locales, et si le commerce perdurait via le fleuve, il était teinté d'une méfiance et d'un mépris réciproque. Militairement, Dale savait n'avoir pas les moyens de rivaliser avec les armées innombrables de la Reine de l'Est, mais le mariage avait changé légèrement la donne. Lyra ne s'attendait pas à un tel coup de la part des occidentaux : unir le grand royaume d'Arnor à cette bourgade qu'était Dale… Comment avaient-ils pu avoir une telle idée ? Mais hélas, cela signifiait que la moindre attaque contre la cité impliquerait la riposte de l'Arnor, et subséquemment celle du Gondor, l'ennemi honni. Pour quiconque connaissait l'équilibre fragile des alliances de l'Ouest – et Rezlak était de ces gens – la question de cet arsenal prenait une coloration toute différente.

Si les Dalites mettaient la main sur ces armes extraordinaires, ils en équiperaient leurs meilleurs régiments, et constitueraient une menace pour les intérêts du Rhûn. Une menace à laquelle Lyra ne pourrait s'opposer frontalement, sauf à vouloir déclarer la guerre à la moitié de la Terre du Milieu. Même si elle avait confiance dans les ressources de son armée, elle se savait encore loin d'être prête à consentir à de tels sacrifices. Aucune victoire n'avait de sens si son prix était trop élevé. Rezlak était toujours là, et elle revint à lui, lui lançant un regard si dur et si violent qu'il dut comprendre parfaitement le message : « soit vous êtes avec moi, soit vous êtes contre moi ». Elle gronda :

- Je vais tirer cette affaire au clair, Rezlak, faites-moi confiance. En attendant, vous allez vous rendre utile. Votre priorité absolue est désormais d'empêcher les gens de Dale de s'organiser pour négocier cet arsenal. Trouvez un moyen qui nous évite d'entrer en guerre, et qui m'apporte pleinement satisfaction. Vous comprenez ?

Elle savait que son coup était audacieux, mais il lui était venu comme ça, sur le moment, et elle n'avait pas vraiment réfléchi. Elle savait que Rezlak avait des espions à l'étranger, qu'il pouvait les mettre sur le coup pour accomplir son travail plus rapidement et plus efficacement qu'elle ne l'aurait fait avec ses propres hommes. Surtout, elle voulait le mettre dans une situation délicate, en le punissant pour le crime d'avoir le même sang que Jawaharlal. Le Grand Prêtre avait essayé de négocier des armes dans son dos, et elle reportait sa frustration sur un innocent qui faisait une cible idéale. Ce n'était pas l'attitude la plus éclairée, mais elle s'en fichait éperdument. Tout ce qu'elle voulait, c'était récupérer ces armes et éviter qu'elles ne tombassent entre les mains de ses ennemis extérieurs, ou de celui qui essayait de se constituer comme un trouble-fête à l'intérieur des frontières du royaume oriental. La situation était critique…

- Rezlak ? Que faites-vous encore là ? Vous avez du travail, allez !

Ce n'était pas la manière la plus correcte de congédier un conseiller, mais la Reine était dans un tel trouble qu'il valait mieux ne pas le lui faire remarquer. Au moment où il quitta la pièce, elle se rendit compte qu'elle avait oublié de lui parler de son souci de prêtres assassinés. Emportée par l'urgence de la situation au comptoir, elle avait complètement oublié. Il fallait dire que ce n'était pas important, et que les deux situations n'étaient de toute évidence pas liées...


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Reine prend Pion EmptyMar 9 Fév 2016 - 19:00
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La tête baissée, attendant que la Reine daigne l'autoriser à la regarder, Rezlak passait en revue ses dernières activités. Qu’avait-il pu faire qui aurait déplu à Sa Majesté Lyra. Il s’était montré aussi prudent qu’à l’accoutumée quant à la tenue de ses activités commerciales (gérées par Néhélac de toute façon) et il avait travaillé aussi efficacement qu’à l’habituel dans les affaires financières du royaume. Un espion avait-il surpris quoi que ce soit ? Il avait beau chercher, il ne voyait pas ce qu’il aurait pu faire pour provoquer le déplaisir de sa souveraine.

Celle-ci commença par lui demander des nouvelles de son propre commerce, sujet pour lequel elle n’avait, bien entendu, aucun intérêt. Rezlak joua cependant le jeu et satisfît à la tradition en expliquant à la Reine à quel point ses affaires étaient fructueuses sans oublier de la remercier car, sans sa politique, il ne pourrait en aucun cas faire fructifier autant son commerce. Il n’était pas plus honnête dans ce compliment à la Reine qu’elle ne l’était en prétendant s’intéresser à ses affaires mais c’était un jeu auquel ils avaient l’habitude de jouer.

Il fût surpris de sa question suivante, ne s’attendant absolument pas à ce qu’elle s’engage sur ce terrain. Il avait toujours pensé que Lyra avait déclaré le melkorisme religion d’état par intérêt et non par conviction. Depuis qu’il était à la cour, ce sentiment s’était renforcé jusqu’à devenir une quasi-certitude. Cependant, la Reine savait très bien cacher ses motifs véritables et il n’était pas aisé de deviner ce qu’elle ressentait réellement. Pourquoi ce soudain intérêt pour ces prêtres ? Il ne voyait pas en quoi ces derniers avaient pu la froisser aussi il choisit une réponse qui ne pourrait pas lui nuire dans aucun cas.

- J’ai bien entendu parler d’eux en effet. J’ai même discuté à une ou deux reprises avec certains d’entre eux lorsqu’ils se rendent à la capitale. Ils parcourent le pays en professant les préceptes du melkorisme. Il me semble que leur seul but soit d’apporter l’enseignement de Melkor, Loué Soit-Il, en tous points du royaume.

La Reine fût interrompue avant de lui apprendre ce qu’elle savait au sujet des prêtres par un messager qui lui apportait des nouvelles qui devaient être urgentes. Rezlak n’avait d’autre choix que patienter avant qu’elle poursuive leur entretien ou lui demande de la laisser. Il ne comprenait toujours pas sa présence ici pour évoquer un sujet qui lui paraissait bien anodin. Qu’est-ce que les prêtres itinérants avaient pu bien faire ? A vrai dire, il ignorait tout à ce sujet et résolut d’envoyer ses propres hommes à la pêche aux informations.

Cependant, le conseiller n’était pas au bout de ses surprises. La Reine lui posa une question à propos de son oncle et d’un arsenal. Devant le regard d’incompréhension totale que lui lança Rezlak, elle lui précisa les nouvelles qu’elle venait de recevoir. Ainsi son oncle avait passé une commande pour obtenir des armes et armures auprès des nains des Monts du Fer. Rezlak tombait des nues et il maudit son oncle de ne pas l’avoir prévenu de ses intentions. Il passait maintenant pour un demeuré auprès de la Reine, et pire que ça, pour un traître possible à ses yeux. L’un et l’autre étaient plus que déplaisants mais il valait mieux jouer la carte du demeuré que celle du traître. D’autant plus qu’il n’aurait pas à lui mentir étant donné que Jawaharlal s’était bien gardé de le mettre dans la confidence.

- Votre Majesté, je puis vous assurer que je n’avais pas connaissance d’une telle tractation commerciale entre Jawaharlal et les Monts du Fer. Il va de soi que si j’en avais eu vent auparavant, je vous en aurais fait part immédiatement. Cependant, les relations entre le Grand Prêtre de Melkor et moi-même ne sont plus aussi proches que par le passé. Néanmoins, je ne pense pas que ce dernier chercherait à vous nuire en aucune sorte et…

Rezlak n’eût pas le temps de finir sa plaidoirie car Lyra l’interrompît avant qu’il ne puisse en dire davantage. Elle lui dévoila alors le reste du contenu de la missive. Ainsi donc, son oncle n’était pas le seul à être intéressé par l’arsenal des nains. La présence de Dale au comptoir commercial compliquait encore davantage une situation déjà bien assez explosive comme cela. Le conseiller des finances ne prît pas la peine de répondre à la question suivante de sa Souveraine qui n’était qu’une question rhétorique.

Cependant, dans sa tête, les informations tournoyaient et il essayait d’en tirer un tout cohérent. Il comprenait très bien ce que la vente de cet arsenal représentait et ce qu’il adviendrait si les hommes de l’Ouest mettaient la main dessus. Assurément les manigances du Grand Prêtre ne pesaient pas lourd dans la balance face à une telle menace. Lyra savait très bien trier les priorités qui représentaient un danger certain d’un danger probable et cette fois-ci ne fît pas exception à la règle.

D’un ton sans appel, la Reine le chargea de régler cette affaire. La menace implicite n’échappa pas à Rezlak. Non seulement, il devait s’assurer que l’arsenal ne revienne pas à Dale mais si son oncle mettait la main dessus, il serait coupable par association. C’était le moment pour lui de prouver sa fidélité à Lyra ou bien d’assumer les conséquences des actions de Jawaharlal. Ce n’était pas un choix que lui offrait la Reine et il ne comprenait que trop bien à quel point ses options étaient limitées.

- Je comprends parfaitement, Votre Majesté, et je puis vous assurer que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous donner satisfaction sur ce point. Cet arsenal doit revenir à la couronne.

Il était loin de ressentir autant de confiance qu’il espérait que la Reine eût perçue au travers de son discours. Celle-ci le congédia aussitôt après sans avoir de nouveau parler de son oncle, au grand soulagement du conseiller qui n’appréciait vraiment pas la situation dans laquelle Jawaharlal l’avait plongé.

Il s’interrogeait encore sur les motivations de son oncle lorsqu’il regagna ses appartements. Il n’avait pas totalement été honnête avec Lyra en prétendant que Jawaharlal ne chercherait jamais à lui nuire. Il ne savait que trop bien que ce dernier ne portait pas leur souveraine dans son cœur. Mais de là à tenter quelque chose contre elle, il y avait un gouffre qu’il n’aurait jamais cru que le vieil homme se risquerait à franchir. De même, il avait sa petite idée de pourquoi son oncle cherchait à acquérir cet arsenal. Il était parfaitement au courant du fait que le Grand Prêtre réunissait sous son aile les anciens de l’OCF mais qu’il cherche à les armer (et en si grand nombre) laissait entendre qu’il ne tarderait plus à passer à l’action, quel que soit son plan.

Il n’avait rien dit de ça à la Reine car il aurait pu être jugé pour trahison pour avoir retenu ces informations. De plus, il n’avait jamais cru que Jawaharlal pourrait représenter un danger pour la couronne. Il devait maintenant faire une chose qu’il avait toujours soigneusement évité de faire : prendre parti. Devait-il soutenir Lyra contre sa propre famille ou aider son oncle à déstabiliser un royaume qu’il aimait et qu’il avait passé à consolider ces dernières années ? Aucun choix ne paraissait bon et il comprît soudainement que son monde était en train de changer. Au cours des mois qui allaient suivre, le royaume partirait dans une direction ou une autre. Personne n’en avait encore conscience mais un déferlement de violence était en préparation. Il devait dès maintenant miser sur le bon cheval s’il voulait conserver son pouvoir... Ainsi que sa tête sur ses épaules.

Il s’installa à son bureau et se prît la tête entre les mains. Il devait agir immédiatement mais la précipitation risquait d’entraîner une erreur fatale. Il décida finalement de prendre les devants. La priorité était de régler cette histoire avec Dale. Peu importait le camp qu’il choisirait, ce serait une catastrophe que ces chiens de l’Ouest mettent les mains sur les armes des nains. Et d’ailleurs, il pensait que ce serait aussi mauvais si son oncle obtenait ces armes sans son aide. Le mieux était donc de faire en sorte que Lyra obtienne satisfaction. Cela lui laisserait le temps de prendre sa décision à tête reposée.

Dale. Il avait deux agents à proximité de la cité. Un nain à Erebor et une jeune demoiselle dans la cité elle-même qui lui avait rapporté de nombreuses informations depuis quelques mois. Cependant, le temps de les contacter, d’obtenir les informations souhaitées et de donner ses ordres, il serait trop tard. De plus, si ses deux agents étaient compétents pour obtenir des informations, il doutait fort qu’ils soient en mesure de prendre les décisions nécessaires pour une mission de cette importance. Il lui fallait envoyer un agent compétent et en qui il avait toute confiance.

Tout à coup, le brouillard se leva dans sa tête et l’opportunité qu’il cherchait depuis des mois se présenta à lui. C’était l’occasion idéale de se débarrasser d’une épine gênante dans son pied. Il entreprît donc d’écrire une première lettre pour Néhélac en lui expliquant la situation au comptoir et en lui demandant d’envoyer Achéron là-bas ainsi qu’une autre lettre pour ses agents à Dale, leur demandant de trouver tout ce qu’ils pouvaient sur les hommes qui composaient la délégation dalite au comptoir. Il les informa ensuite de la venue d’Achéron en leur demandant d’obéir aux ordres de ce dernier. Il confia ensuite plusieurs missions à Néhélac qui l’obligerait à envoyer des hommes de confiance au loin.

Il commença ensuite la missive pour son oncle qui lui posa plus de difficultés. Il lui demandait sans détour ses intentions et lui reprochait son manque de confiance à son égard. Il l’avertissait aussi de ne pas le traiter en ennemi car il ne souhaitait pas l’avoir face à lui. La lettre était clairement menaçante et Rezlak se gardait bien d’encourager son oncle dans ses entreprises. Cependant, il laissait la porte ouverte au vieil homme. La décision était maintenant dans son camp. Il confia cette missive à un autre coursier puis fît appeler un de ses propres hommes.

L’homme en question le servait fidèlement depuis des années. C’était un authentique guerrier de l’Est et peu d’hommes à la cour aurait osé le provoquer en duel. Il était d’ailleurs désigné pour lui servir d’escorte lorsque Rezlak se rendait en ville.

- Fasir, j’ai une mission d’importance à te confier. J’ai appris qu’il se passait des choses étranges chez les prêtres melkorites itinérants. Trouves tout ce que tu peux à ce sujet et fais-moi savoir ce que les prêtres pensent des récentes réformes de Jawaharlal. Tu te rendras ensuite discrètement à Vieille-Tombe. Il est temps de mettre en place le plan dont nous avons discuté la dernière fois…
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Reine prend Pion EmptyVen 25 Mar 2016 - 18:13
HRP Post en lien avec les événements à Vieille-Tombe /HRP

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Il venait tout juste de rentrer à Blankânimad. Il était suffisamment connu à la capitale pour qu’il puisse aller et venir à sa guise dans la ville mais les gardes du palais ne le laissèrent pas passer sans le soumettre à la fouille habituelle. Il savait très bien que son supérieur n’était pas apprécié par grand monde au palais mais personne ne se serait permis de dire quoi que ce soit en sa présence. Fasir faisait parti de ces hommes que personne ne chercherait jamais à froisser. La plupart de soldats baissaient les yeux sur son passage.

Il était immense. Immense et sanguinaire. Ceux qui l’avaient provoqué en duel n’était plus de ce monde pour s’en vanter. Il était auprès de Rezlak à Blankânimad depuis que ce dernier avait été nommé conseiller des finances par la Reine Lyra. Officiellement il était le garde du corps attitré du conseiller. Il avait surpris un jour un garde prétendre que Rezlak ne méritait pas le titre d’homme pour ne pas être capable de se défendre par lui-même. L’imbécile n’avait plus jamais eu l’occasion d’ouvrir sa bouche à tort ou à travers. Sa loyauté à son supérieur était sans faille depuis plus de dix ans.

Rezlak ne l’employait pas que comme garde du corps mais personne n’avait idée des missions particulières que lui confiait parfois son employeur. Il n’avait jamais discuté les ordres de ce dernier. Il n’en avait même jamais ressenti le besoin. Et Rezlak savait qu’il pouvait lui faire confiance quelque soit la mission. Il n’avait jamais failli et priait régulièrement Melkor pour que cela n’arrive jamais. Il avait commis des actes qui auraient fait frémir d’horreur d’autres hommes mais n’en avait cure. Il ne ressentait rien à ce propos ni à aucun autre propos. La seule chose qui lui importait était Rezlak.

Il se rendit dans les appartements privés de ce dernier. Un serviteur l’annonça et il rentra dans la salle d’audience privée du conseiller. Il attendit patiemment que ce dernier lui adresse la parole avant de faire son rapport. Il avait rapporté un document qui ne manquerait pas d’intéresser son employeur.

- Seigneur Rezlak, il apparaît que nombre de prêtres de Melkor ont été assassinés ces derniers temps. Après enquête, je suis en mesure de vous affirmer que cela était sur ordre direct de Jawaharlal. Le Grand Prêtre supprime ceux qui professent un melkorisme par trop différent de ce qu’il souhaite. Je vous ai ramené un exemplaire du pamphlet du Grand Prêtre. Ces derniers circulent de plus en plus dans le nord et l’est du pays. Je ne crois pas qu’il y en ait à la capitale mais si Sa Majesté Lyra n’est pas encore au courant, cela ne tardera pas.

Il ne s’attarda pas sur la façon dont il avait obtenu ses informations. Rezlak ne lui avait jamais demandé comment il pouvait être sûr de ce qu’il avançait mais il devait avoir sa petite idée sur la question. Cela n’avait pas été difficile de suivre à distance un prêtre itinérant. Il avait assisté à son meurtre brutal par deux assaillants qu’il avait à son tour attaqués. Les deux hommes avaient juré sur Melkor qu’ils préféreraient mourir plutôt que de lui dire quoi que ce soit. Il leur avait fait payer leur blasphème.

Il attendit que Rezlak prenne connaissance du pamphlet avant de poursuivre son rapport.

- La mission à Vieille-Tombe s’est déroulée comme prévue cependant je suis au regret de vous annoncer que le poison n’a pas suffit à la tuer. Elle est actuellement inconsciente. Les guérisseurs disent qu’elle pourrait ne pas se réveiller. Ses gardes la font manger sa bouillie et lui donne de l’eau afin de la maintenir en vie. Personne ne peut plus l’approcher que ses fidèles. Vivre ainsi est une infamie. La mort aurait été préférable.

Reine prend Pion Rezlak10

Rezlak sourit à la dernière remarque de Fasir. Imaginer Néhélac en train d’être nourrie comme un vulgaire animal lui procura plus de plaisir qu’il ne l’aurait cru. Il était incroyable qu’elle ait survécu au poison cela dit. Elle était encore plus résistante qu’il ne l’aurait cru. Cela dit, ce destin était encore pire qu’une mort miséricordieuse. D’ailleurs, il ne faudrait pas attendre longtemps avant que ses gardes ne se décident à la soulager de ses tourments. Elle-même n’aurait pas supporté une fin aussi ignominieuse.

- Qui la remplace ?

- Comme vous l’aviez supposé, Haskan a pris le commandement. Il était le mieux placé…


Il lui était surtout entièrement dévoué. Il n’avait désormais plus aucun doute sur le fait que tout se passerait comme il le voudrait à Vieille-Tombe. Les hommes de Néhélac étaient trop loins pour constituer une menace et Haskan se serait organisé avant qu’ils ne reviennent. Ils n’auraient d’autre choix que se soumettre s’ils tenaient à préserver la vie de leur patronne. Rezlak était satisfait d’avoir enfin pu régler ce problème. Il n’était toujours pas convaincu de la déloyauté de Néhélac mais il était préférable d’avoir pris les devants. Il ne restait qu’un détail à regler.

- Qui d’autre ?

- Deux fidèles de Néhélac, trois autres hommes. Personne d’important. Le cuisinier a été torturé mais il ne savait rien.

- L’empoisonneur ?

- Un ancien lieutenant d’Urik. Il n’a pas été bien difficile de le persuader. Il fait malheureusement partie des victimes.

- Quelqu’un t’a vu ?

- Je puis vous assurer que non.

- C’est du très bon travail, Fasir. Tu peux te retirer désormais.


Rezlak se leva et alla se servir un verre de vin. Une aussi bonne nouvelle méritait d’être célébrée.
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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Ryad Assad

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Reine prend Pion EmptyVen 1 Avr 2016 - 1:46
Reine prend Pion Lyra10

- Ma sœur, puis-je avoir un moment ?

- Toujours. Donne-moi un instant.

Lyra acheva la lecture d'une missive particulièrement importante, tandis que Fyodor refermait soigneusement la porte derrière lui. Le bureau dans lequel s'enfermait la Reine du Rhûn pour traiter ses affaires courantes était plus grand que bien des maisons dans son royaume, et pourtant elle ne semblait jamais ridiculement petite au milieu de cette démesure. Les rois qui s'étaient succédé avant elle n'avaient jamais refréné leurs envie de grandeur, et ils avaient construit le Palais de Blankânimad au gré de leur folie et de leurs envies, mais leurs ambitions n'arrivaient pas à la cheville de celle de la nouvelle souveraine du pays. Elle était à sa place dans ce décor majestueux, et elle travaillait sans doute bien davantage que bien des monarques de par le monde, lesquels se contentaient de se vautrer dans le stupre et la beuverie, profitant de leur position. Lyra était d'une toute autre trempe, et Fyodor la regarda achever son travail, noter scrupuleusement quelques lignes sur un parchemin qu'elle signa et posa de côté. De nouvelles directives qui partiraient sans doute aux quatre coins du royaume, pour impulser de nouvelles réformes, renforcer son emprise, et accroître sa domination.

Fyodor prit place en face de sa sœur, et lui sourit alors qu'elle s'étirait comme un chat, passant la main sur sa nuque pour essayer de se relaxer. Elle donnait quelques signes de faiblesse depuis peu, et il soupçonnait qu'elle couvait quelque chose, mais elle s'acharnait au travail et laissait de côté les docteurs qui lui auraient prescrit du repos. Elle avait beaucoup trop à faire.

- Alors mon frère, que puis-je pour toi ? Tu as pu parler un peu à notre invité ?

- Oui, mais avant toute chose, j'aimerais te parler des propositions. Tu as pu y réfléchir un peu ?

Elle fit une moue agacée. Elle n'avait pas particulièrement envie de discuter de ce sujet-là en particulier, et elle se fit soudainement cassante. Pas à l'encontre de Fyodor, mais bien à l'encontre de ceux qui guettaient ses moindres faits et gestes, et espéraient se positionner pour glaner davantage que les miettes de pouvoir qu'elle leur donnait parcimonieusement. Les dents longues, ils attendaient leur heure, et essayaient de trouver un angle d'attaque pour venir la titiller. En l'occurrence, ils avaient tous trouvé son point faible, et ils s'acharnaient à l'attaquer précisément à cet endroit, pour essayer de la déstabiliser.

- Je ne marierai pas, Fyodor. Je pense que c'est clair, comme ça. Ces crétins, avides de pouvoir, ont déjà leur plan en tête. Un mariage assuré, une mariée évincée – ça, c'est moi – et ils récupèrent pour eux-mêmes le fruit de mon travail. Travail qu'ils s'empresseront de ruiner, fais-moi confiance.

- Je sais…

Il savait en effet. Il laissait traîner ses oreilles où il fallait, et parfois même il n'avait pas besoin d'espionner car on venait directement le solliciter pour lui toucher deux mots d'un « beau et riche noble » d'excellente réputation, qui pourrait fait un époux tout à fait convenable pour la Reine. Le vide laissé par la mort d'Alâhan laissait une ouverture béante pour tous ces prétendants, de même que Lyra avait dû se battre pour finir par épouser le vieux souverain. Elle avait été plus rusée, plus retorse et plus habile que ses adversaires, et avait fini par s'imposer comme la seule prétendante acceptable. Quand on savait ce qu'il était advenu du Roi, il était facile de comprendre pourquoi l'actuelle dirigeante du royaume préférait se montrer prudente quant au choix de son compagnon. Mais Fyodor savait également que le devoir de Lyra était non seulement de bien gouverner, mais aussi d'assurer une dynastie. En l'occurrence, elle échouait lamentablement sur ce dernier point. S'il lui arrivait malheur, d'une manière ou d'une autre, le royaume se retrouverait décapité, et les Tribus risquaient d'entrer en guerre pour le pouvoir. Une situation qui ne ravirait personne.

- Lyra, ta position est un peu définitive. Tu sais comme moi que tu devras finir par épouser quelqu'un. Il serait peut-être temps d'y réfléchir sérieusement, tu ne crois pas ?

Elle eut un sourire carnassier :

- J'y ai beaucoup réfléchi. J'ai même trouvé le candidat idéal, figure-toi.

Son ton était tel que Fyodor avait du mal à savoir si elle plaisantait ou si elle était sérieuse. Elle le dévisageait avec cet air qu'elle avait quand elle prenait le contrôle d'une conversation, et il se laissa glisser dans son jeu, conscient qu'elle aurait de toute façon le dernier mot si elle le désirait. Elle était parfois capricieuse, comme quand elle était enfant et qu'il jouait avec elle, mais il ne s'en offusquait jamais :

- Et on peut savoir qui est ce mystérieux élu de ton cœur ? Un beau prince d'Albyor, histoire de reprendre la main sur la cité ? Ou non, un vieux marchand de Vieille-Tombe dont tu espères récupérer l'héritage conséquent pour renflouer les caisses du royaume. Oh attends, j'ai mieux : pourquoi pas…

- Bekkhand Shomeri.

Fyodor ouvrit grand les yeux et la bouche, stupéfait. Il n'était pas dans ses habitudes d'être pris au dépourvu ainsi, mais c'était tellement énorme qu'il ne pouvait pas y croire. Elle savait comment l'avoir. Il balbutia quelque chose, essayant de retrouver une contenance, et elle éclata d'un rire argentin en le voyant lutter pour remonter à la surface de ses émotions contradictoires qui menaçaient de le submerger.

- Je plaisante, mon frère. Je plaisante. Tu verrais ta tête. Ecoute, changeons de sujet, veux-tu ? Je veux savoir ce que tu as pu tirer de ce prêtre.

Il hocha la tête, incapable de rien dire sur le moment. Elle « plaisantait ». Tout du moins était-ce ce qu'elle lui avait dit. Il savait très bien qu'elle ne lançait jamais une idée en l'air, et si les choses n'étaient pas fixées dans son esprit, elle n'avait pas glissé le nom du Roi du Khand par pur hasard. Il la savait ambitieuse, elle l'avait toujours été, mais à ce point ? Non, il ne devait pas y penser. Revenant à un sujet qu'il maîtrisait mieux, mais qui ne le mettait pas moins mal à l'aise, il répondit :

- Le prêtre, oui. Ecoute, cet homme… cette chose plutôt… me dégoûte toujours autant. Je ne suis pas sûr que ce soit un être humain, tu sais ?

- Moi non plus. J'ai même du mal à savoir s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. On dirait qu'il sort tout droit d'un de ces vieux contes qu'on nous racontait quand on était petits. Tu te souviens ?

Il eut un sourire attendri :

- Les vieux contes autour du feu ? Comment oublier ?

- Ah… Soupira-t-elle. J'adorais ces moments…

Ils restèrent silencieux un instant, plongés dans leurs souvenirs, dans une époque révolue désormais. Fyodor, le premier à émerger de son introspection, poursuivit son récit en ramenant progressivement Lyra à la réalité. Elle détourna son regard de la large fenêtre qui donnait dehors, et ses yeux revinrent vers lui, retrouvant leur concentration habituelle. Elle l'écoutait très attentivement :

- Bref, ce prêtre m'a dit tout ce dont il se souvenait au sujet de ses agresseurs, mais je n'ai pas appris grand-chose de plus. Des Melkorites très bien entraînés, qui ont failli le tuer. D'après lui, ils appartiendraient à une secte dissidente, ce qui fait beaucoup en ce moment. Entre les itinérants, les nouveaux prêtres formés par Jawaharlal, et ces tueurs qui parcourent le royaume…

- Et que pense notre invité de tout ceci ?

- Il a une position étrange sur la question. Sans surprise. J'ai un peu discuté avec lui, et contrairement à la plupart des prêtres, il n'est pas particulièrement intéressé par tout ce qui concerne les sacrifices, etc.

Lyra ne cacha pas sa surprise. C'était pourtant l'image qu'elle avait des Melkorites : des gens assoiffés de sang, qui tuaient à tour de bras pour des lubies curieuses. Comme si sacrifier des esclaves allait ramener Melkor sur la Terre du Milieu. Elle interrogea Fyodor plus avant, et il répondit :

- Oui, il trouve que c'est une pratique contre-productive. Pour lui, il ne sert à rien de sacrifier les fidèles de Melkor, quand ils peuvent se battre pour lui.

- Se battre ?

- Il est convaincu que Melkor veille sur chaque bataille, et il trouve que les esclaves devraient mourir à la guerre plutôt que dans des temples. « En plus, le sang est dur à nettoyer », je le cite.

Lyra hocha la tête avec une moue intéressée, appréciant l'humour curieux de ce prêtre qui, lorsqu'elle l'avait eue en face d'elle, lui avait semblé tellement déconnecté de la réalité qu'elle se demandait s'il savait qu'elle était la Reine de ce pays. Ce genre de phrases ne l'étonnait pas particulièrement venant de lui. Elle glissa :

- On sent qu'il s'y connaît en la matière. Enfin, nous ne sommes pas des barbares comme les Haradrim, nous n'allons pas envoyer des esclaves à la guerre non plus.

- C'est ce que je lui ai répondu. Mais pour lui c'est encore la solution la meilleure.

La Reine haussa les épaules :

- Je ne comprendrai jamais ces gens-là. A croire qu'ils n'ont jamais été sur un champ de bataille de leur vie. Des esclaves en guerre ? Des troupes sur lesquelles on ne peut pas compter, qui seraient prêtes à se rendre face au premier ennemi venu en échange d'un sauf-conduit, si elles n'ont pas simplement l'idée de se retourner contre nous. Non vraiment, je ne vois pas en quoi utiliser des esclaves serait bénéfique pour nous.

- Ce n'est pas toi qui utilise une esclave comme espionne ?

Fyodor se cala dans son fauteuil, satisfait de sa pique qui venait de faire mouche. Il était un des très rares à être au courant, et Lyra avait simplement relâché une de ses pires ennemies pour s'en servir comme d'une arme. Elle commençait à se demander si c'était une bonne idée, car Nevä n'avait pas encore donné signe de vie. Elle avait peut-être été prise, à moins qu'elle n'eût décidé de disparaître tout simplement, ce qui aurait été la décision la plus logique. En soi, Lyra craignait surtout une insurrection servile, mais puisque les choses se passaient à Albyor, elle n'était pas directement impliquée. Ce serait l'affaire du gouverneur local, qui aurait tôt fait de détruire la rébellion et de ramener l'ordre, au prix de quelques vies.

- J'aurai son rapport très bientôt. S'il y a quelque chose d'intéressant, je suis persuadée qu'elle me transmettra l'information.

- Tu choisis bizarrement tes pions, ma sœur.

Elle acquiesça. Elle avait conscience de se reposer sur des éléments que bien des gens auraient qualifiés de peu fiables, et sa stratégie pouvait passer pour suicidaire. Pourtant, elle était convaincue qu'il y avait quelque chose à tirer de gens comme Nevä ou le prêtre. Des individus que personne ne considérait, mais qu'elle pouvait transformer en des armes particulièrement utiles. La première était une épine qu'elle avait plantée à Albyor, tandis que le second était un couteau dont elle peinait à trouver le manche. Quand elle l'aurait bien en main, elle s'en servirait pour trancher tous ceux qui lui voulaient du mal. Fyodor était son bouclier, son protecteur infatigable et infaillible. Plus encore, il était la seule personne à qui elle faisait entièrement confiance. Elle ne pouvait pas ne pas le lui dire, et il fut touché du compliment :

- Merci Lyra. Tu peux compter sur moi, quoi qu'il arrive. Mais je crains que ma présence ne soit pas suffisante.

- Que veux-tu dire, Fyodor ? A toi seul tu pourrais arrêter une armée, et je suis persuadée que les mille ennemis qui se tapissent dans l'ombre n'osent pas faire le moindre geste simplement car ils te savent près de moi.

Il écarta les bras :

- Une armée, rien que ça ? Ne présumons pas des mes forces tout de même. Plus sérieusement, ma sœur, il y a bien trop peu de personnes sur qui tu te reposes, et même si j'apprécie de rester au Palais avec toi, je sais que je pourrais être bien plus utile ailleurs. Et tu le sais aussi.

Lyra détourna le regard devant cette réprimande bienveillante. Fyodor avait raison : elle le gardait auprès de lui au mépris de toute logique, simplement parce qu'elle était réconfortée par sa présence, et qu'elle se sentait invulnérable quand il était là. En son absence, elle avait l'impression que les murs du Palais se refermaient autour d'elle, et même les soldats qui assuraient sa protection lui paraissaient suspects. En venir à douter de sa propre garde personnelle était grave, elle le savait, et s'était dégagé du temps pour apprendre à mieux les connaître. Derrière leur casque, derrière leur masque, elle voulait savoir à qui elle avait affaire. Le voyage au Gondor lui avait permis de repérer quelques personnes qui ne la trahiraient pas, des individus à qui elle pouvait faire appel en cas de besoin. Mais ils n'arrivaient pas à la cheville de Fyodor. Percevant la détresse de sa sœur, ce dernier reprit sur un ton plus enjoué :

- Ecoute, j'ai une surprise pour toi. Quand elle sera là, je pourrai partir où bon te semblera. Est-ce que cela te convient ?

- Et je peux savoir quelle est cette surprise ?

Il se leva sans prévenir, et fit une révérence appuyée, un geste bien ironique venant de sa part. Lyra haussa les sourcils en le voyant faire, et lorsqu'il se releva il glissa sur un ton moqueur :

- Votre Majesté, vous n'avez pas tous les droits.

Avant que l'intéressée eût trouvé quelque chose à répondre à cela, Fyodor quitta la pièce, laissant Lyra seule avec sa frustration de ne pas savoir. Elle se laissa aller au fond de son fauteuil, et leva le nez, observant le plafond richement décoré, se perdant dans les moulures et les sculptures aux motifs complexes.

Une surprise ?


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