Une visite de courtoisie

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Mardil
Espion de Rhûn - Grand Guru du Culte Nathanaïque
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Mer 8 Juil 2015 - 14:14

Ella marchait tranquillement dans les rues d’Osgilliath, entourée de deux gardes du corps. Le soleil était haut dans le ciel et la chaleur devenait peu à peu étouffante. Elle se protégeait du soleil avec une ombrelle, chose dont elle avait l’habitude au Harondor. Elle était fière de son teint pâle et faisait tout pour le conserver même sous le soleil torride du Sud. Ses gardes du corps transpiraient à chaudes gouttes alors qu’elle commençait enfin à trouver le temps agréable. Lorsqu’elle rentrerait chez elle, il fui faudrait engager des hommes du Harondor.

C’était nouveau pour elle que de ne pas pouvoir se déplacer sans escorte. Cependant elle avait bien compris que son nouveau statut allait entraîner bien des changements dans sa vie. Elle venait de devenir un personnage public et les circonstances particulières (pour ne pas dire obscures) dans lesquelles elle avait obtenu cette place faisait d’elle un objet de curiosité… ainsi qu’un objet de jalousie et de rancœurs qu’elle ne comprenait que partiellement.

Sa position de Grande Marchande lui donnait un pouvoir considérable et elle recevait déjà des demandes de nombreux marchands qui souhaitaient la rencontrer. Elle avait passé les derniers jours à multiplier les entretiens avec ses partenaires commerciaux existants au Gondor et des inconnus qui souhaitaient faire affaire avec elle ou obtenir ses conseils. Cependant elle était déjà lassée du Gondor et espérait pouvoir rentrer chez elle très bientôt.

Sa matinée avait été plus que chargée. Elle avait rencontré deux membres éminents de la Compagnie du Sud et, si les échanges avaient été courtois, elle avait bien compris que sa présence parmi eux n’était pas pour leur plaire. Elle avait déjà lancé une enquête discrète sur l’opinion des membres de la Compagnie sur sa nomination et les résultats étaient sans appel. Au Gondor, sa promotion était globalement mal vue. Ce n’était pas que ces gens ne l’appréciaient pas (et pour cause, puisqu’ils ne la connaissaient que peu) mais il s’agissait plus d’un rejet instinctif.

Les raisons étaient plus ou moins les mêmes un peu partout. Tout d’abord, il y avait ceux qui connaissaient bien les Goloths et qui avaient pris parti pour ces derniers. Ils la voyaient comme une parvenue qui avait volé la position d’Emilion. A l’inverse certains des adversaires des Goloths l’avaient chaudement félicitée. Mais, même parmi ces derniers, elle n’avait pas reçue beaucoup de soutien. Les raisons suivantes étaient moins rationnelles mais tout aussi importantes : elle était une femme et elle avait moins de 30 ans. Elle était l’une des plus jeunes à avoir atteint le poste de Grand Marchand et la première femme à occuper une position importante au sein de la Compagnie du Sud. Cela suffisait à la rendre antipathique pour nombre de ses confrères masculins.

Mais la raison principale était que Saemon l’avait nommée directement à ce poste sans consulter personne. A travers elle, c’était la politique du Grand Maître qui était remise en question. Ella savait que son accession à la tête de la Compagnie du Sud n’avait pas fait que des heureux et les ennemis de Saemon, fort nombreux au demeurant, étaient désormais devenus les siens par association. Cela expliquait pourquoi les entretiens qu’elle avait eus jusqu’à présent avaient été pour le moins assez froids.

Au Harondor, elle ne laissait personne indifférent mais sa popularité n’était plus à faire. Les marchands étaient globalement favorables à sa nomination hormis ceux qui avaient bénéficié des largesses d’Emilion. Cependant, c’était sans conteste l’endroit des Terres du Milieu où sa position était la plus forte. Elle savait pourtant que les partisans d’Emilion risquaient de lui rendre la vie difficile dans les mois à venir. A l’inverse au Harad, on voyait d’un mauvais œil le départ d’Emilion Goloth et Ella se doutait bien que cela était dû aux généreuses concessions que l’ancien Grand Marchand avait fait aux marchands haradrims ces dernières années. Ailleurs, sa nomination laissait plutôt sans réaction. Le Harondor était très éloigné du Rohan, de l’Arnor ou des territoires nains et, que ce soit Emilion Goloth ou elle à la tête de la région, cela ne changeait pas grand-chose pour ces marchands.

Ella savait qu’elle allait devoir travailler dur pour se faire accepter et prouver à tous qu’elle avait les épaules pour assurer le poste de Grande Marchande de façon permanente. Elle n’oubliait pas que Saemon lui avait laissé un an pour faire ses preuves et elle savait que sa mission était double. Le plus important était de prouver qu’elle pouvait assurer ce poste avec brio et c’était là le point le plus difficile étant donné la situation dans laquelle se trouvait le Harondor. Le deuxième point était de s’assurer que l’enquête contre Emilion Goloth ne lui permette jamais de retrouver son poste. Ella avait déjà lancé cette opération consistant à trouver des preuves contre l’ancien Grand Marchand.

En fin de matinée, elle avait fait l’acquisition d’un petit manoir à Osgilliath car elle devrait faire le déplacement bien plus souvent qu’auparavant et qu’elle préférait de loin avoir un pied à terre dans la cité plutôt que de résider à l’hôtellerie des voyageurs, malgré le confort de cette dernière. Tout cela lui faisait se poser de nombreuses questions sur sa sécurité et surtout celle de sa famille. Horacio et Hassia étaient installés et ne représentaient aucune menace pour ses ennemis or elle craignait que ces derniers ne s’en prennent à Elaria ou Saemon. Sa sœur était très prometteuse et Ella la formait au commerce, afin qu’elle prenne sa suite un jour. Elle ne savait pas trop quoi faire de son petit frère en revanche qui, s’il pouvait se montrer brillant, était aussi dissipé et manquait de discipline.

Elle aurait aimé l’envoyer à Minas Tirith afin qu’il suive des études comme son père l’avait fait pour elle mais elle avait peur qu’il ne fasse une cible parfaite si elle l’éloignait d’elle ainsi. Elle s’en était ouverte à Saemon dans sa dernière lettre, ne l’ayant pas revu depuis leur entretien, et espérait que ce dernier pourrait prendre le jeune garçon sous son aile.
Elle arriva enfin à destination et déclina son identité au serviteur qui officiait à la porte de la luxueuse demeure. Elle remarqua la surprise de ce dernier qui s’empressa d’aller chercher son employeur. Ella n’eût pas longtemps à attendre avant que ce dernier ne la reçoive. Il semblait furieux de sa présence sous son toit mais également curieux de ce qui l’avait emmenée en ces lieux.

- Madame Desbo, que me vaut le plaisir de cette rencontre ?

Ella avait bien remarqué la note sarcastique que le marchand avait utilisée en disant le mot "plaisir".

- Maître Goloth, je suis venu vous apporter mon soutien en cette période difficile.

- Je trouve cela difficile à croire étant donné que vous avez comploté avec votre cher ami Saemon Havarian afin de me voler ma place.

- Ne prêtez pas attention aux ragots qui circulent dans la cité. Je vous suis toujours restée fidèle et je vous assure que je ferai de mon mieux pour assurer votre tâche le temps que cette enquête ridicule se termine et que vous soyez réintégré dans vos fonctions.

- Ce qui ne fait pas le moindre doute, j’espère que vous en êtes bien consciente.


Ella sourit intérieurement. Emilion était loin d’être aussi confiant qu’il le laissait croire. Et, tout dans son attitude laissait à penser qu’il ne croyait pas en ses propres paroles. Il devait savoir que des documents compromettants risquaient de faire surface et c’était exactement ce qu’Ella recherchait.

- Cela va de soi. Je suis persuadée que ce malentendu sera dissipé très rapidement.

- Souhaiteriez-vous un verre de vin ?

- Bien volontiers.


Le ton de la conversation s’était détendu et Emilion semblait apaisé par l’attitude calme et soumise d’Ella.

- Vous savez bien que la seule chose que j’ai à cœur est de pouvoir continuer votre œuvre au Harondor pendant la durée de cette enquête. Cependant il me manque des informations cruciales pour pouvoir travailler correctement.

- Cruciales dîtes-vous ?

- Et bien, je ne sais pas exactement quels étaient vos plans à long terme pour la région, d’autant plus étant donnée l’instabilité politique qui secoue le Harondor ces derniers mois. J’aurais besoin d’informations concernant les derniers contrats que vous avez passés au nom de la Compagnie et de vos notes sur les marchands de la région.


Emilion sembla redevenir suspicieux à la mention des notes.

- Les contrats que j’ai passés seront tous rendus publics durant l’enquête mais je vous invite à vous rendre à mon comptoir de Djafa si vous souhaitez vous les procurer. Tout est en ordre, comme vous pourrez le constater. Quant à mes notes, je n’ai jamais eu recours à ce système.

Ella remarqua bien comme l’œil gauche de l’ancien Grand Marchand cillait en disant cela. Elle pensait bien que ce dernier tenait un tel registre mais la personne qu’elle avait déjà envoyée à Djafa n’avait rien trouvé. Soit Emilion l’avait emporté avec lui à Osgilliath, soit il l’avait caché ailleurs. Ella était persuadée qu’il devait garder ces informations près de lui en permanence mais, avant cet entretien elle n’était pas sure de l’existence de ce registre. La nervosité d’Emilion l’avait trahi mais cela ne lui serait d’aucune utilité si elle ne mettait pas la main dessus. C’était la preuve dont elle pouvait se servir pour savoir qui était fidèle à Emilion et qui était susceptible de l’avoir aidé s’il avait passé des contrats qu’il n’aurait pas dû. Cela pouvait également lui servir pour savoir qui risquait de se révéler une menace pour elle à son retour.

- Peut-être pourriez-vous me fournir un tel document afin de me permettre de commencer mon travail ?

- Bien entendu, je ne souhaite rien d’autre que vous aider à assurer l’intérim durant cette période.


Le niveau d’hypocrisie de la discussion était tel qu’aucun des deux interlocuteurs n’était dupe. Il ne restait plus qu’un détail qu’Ella devait régler avant de prendre congés.

- Je voulais aussi vous prévenir que j’ai pu avoir accès à l’enquête vous concernant. Il est fort probable que la fouille de cette demeure soit ordonnée très bientôt.

- Balivernes. Il n’osera jamais ordonner une telle chose.


Ella remarqua bien qu’Emilion avait utilisé le singulier et elle n’avait aucun doute sur l’identité de la personne à laquelle son interlocuteur faisait allusion. Il était temps de laisser tomber les masques.

- Je n’en serai pas aussi sure. Les accusations contre vous sont très sérieuses et peut-être pas dénuées de fondements n’est-ce pas ?

- Comment osez-vous me parler ainsi sous mon propre toit ? Qui croyez-vous donc être ?

- Je suis celle qui occupe vos anciennes fonctions et croyez bien que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour m’assurer que les preuves de vos méfaits soient rendus publiques.

- Vous n’êtes qu’une gamine ambitieuse qui ne sait pas dans quoi elle s’engage. Havarian est trop lâche et il envoie sa putain faire le sale travail à sa place.


Ella tressaillit sous l’insulte et se leva. Emilion en fît autant et s’il la dépassait d’au moins deux têtes, elle ne cilla pas.

- Vous êtes déjà fini Emilion, même si vous ne le savez pas encore.

- Sortez immédiatement !


Ella ne se fit pas prier. Elle avait obtenu ce qu’elle voulait. Emilion était nerveux et était maintenant persuadé qu’elle ferait tout pour le détruire, à commencer par fouiller cette propriété. Il ne tarderait pas à faire déplacer tout ce qui pouvait se révéler compromettant pour lui. Et il lui révélerait ainsi bien plus qu’il ne le pensait.
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Mer 26 Aoû 2015 - 22:29


Le vase éclata en mille morceaux sur le sol en marbre de la nouvelle propriété d’Ella. Cette dernière ne se sentait pas mieux après ce geste de colère. Elle n’était même pas sure de savoir contre qui elle était aussi furieuse. Tout un convoi vandalisé. Sa marchandise n’avait même pas été volée. On s’était contenté de tout détruire. Qui avait osé s’en prendre à ses employés sur les terres mêmes de ses ancêtres ?

Elle ne pouvait décemment pas mener l’enquête correctement alors qu’elle se trouvait toujours à Osgilliath. Malheureusement, elle avait encore beaucoup de travail à effectuer au Gondor avant de pouvoir rentrer chez elle et commencer à asseoir son autorité. Si elle ne savait toujours pas si Emilion Goloth s’était montré déloyal, elle était maintenant plus que convaincue qu’il s’était montré particulièrement incompétent.

Elle avait passé ces derniers jours à éplucher les documents relatifs à la gestion de la Compagnie du Sud par l’ancien Grand Marchand et elle avait été atterrée de voir à quel point ces derniers étaient mal tenus et incomplets. Elle se devait donc de remettre en place un tout nouveau système avant son départ pour le Sud afin que les commis qu’elle laisserait derrière elle soient en mesure d’archiver toutes les transactions et d’établir une communication claire et régulière une fois qu’elle serait de retour à Djafa.

La liste des personnes désirant la voir commençait à diminuer cela dit, car elle avait tenu à rencontrer personnellement tous ses solliciteurs. Peu d’entretiens s’étaient avérés véritablement concluant mais elle plaçait ses pions petit à petit. Il ne lui restait qu’une dizaine de noms sur sa liste et les rendez-vous étaient déjà prévus pour la semaine suivante. A l’exception d’un seul.

Un certain Evart Praven avait demandé à la voir. Ella n’avait pas oublié sa discussion avec Saemon et ce qu’il avait dit au sujet du jeune homme. « Il doit trouver porte close jusqu'à ce qu'il accepte de négocier à mes conditions ». Voilà les paroles exactes que le Grand Maître avait prononcées. Ella n’ayant toujours reçu aucune nouvelle de la part de son supérieur et ami, elle appliquait la consigne à la lettre. Néanmoins le jeune marchand l’intriguait. Saemon lui-même l’avait qualifié de brillant et il était plutôt avare en compliment. La curiosité de la Grande Marchande était piquée au vif.

Il fallait à tout prix qu’elle ait une conversation avec Saemon avant de quitter la ville. Ce moment tant attendu ne semblait toujours pas venir alors qu’elle ne souhaitait rien d’autre avec plus d’ardeur. Le Harondor lui manquait. Sa famille lui manquait. Et elle avait tant à faire au Sud qu’elle enrageait d’être bloquée à Osgilliath.

Sa seule consolation était que sa petite manœuvre auprès d’Emilion avait eu l’effet escompté. Quatre cavaliers avaient quitté précipitamment la demeure du Grand Marchand en emportant un coffre. Ella était persuadée que les documents compromettants qu’elle recherchait s’y trouvaient. Malheureusement le coffre avait été déplacé jusqu’au comptoir d'emilion à Dur’Zork. Dur’Zork et non Djafa. Elle n’aurait pas due être surprise mais cela allait considérablement lui compliquer la tâche.

Le mieux aurait été de récupérer ces documents avant qu’ils n’arrivent à destination mais elle n’avait pu se résoudre à donner un tel ordre. Les hommes d’Emilion devaient savoir qu’il fallait protéger ce coffre à tout prix et le seul moyen pour elle de le récupérer aurait été de le voler. Autrement dit, il aurait fallu tuer ceux qui le protégeaient. Ella avait déjà engagé des espions pour se renseigner sur ses adversaires. Elle avait menacé directement ou indirectement des concurrents. Mais jamais elle n’avait ordonné la mort de qui que ce soit.

C’était une limite qu’elle ne souhaitait pas dépasser. Ou plutôt qu’elle espérait n’avoir jamais à dépasser. Même si elle était prête à se salir un peu les mains, elle estimait que la frontière entre ce qui était moralement acceptable ou non devait rester claire. Ou alors rien ne les différencierait de vulgaires criminels, ce qu’ils n’étaient pas. La Compagnie du Sud était une organisation puissante et noble et agir de la sorte aurait été un déshonneur, pour la Compagnie autant que pour elle-même.

D’un autre côté, elle aurait pu être en possession de preuves solides contre Emilion en cet instant même. Ça aurait été si facile. Et tout le problème était là justement. Il était si facile d’ordonner la mort de quelqu’un. La frontière entre le commerce et la criminalité était parfois si mince, si aisée à franchir. Combien de ses concurrents ou même de ses partenaires l’avaient déjà dépassée ? Elle-même pourrait-elle résister à la tentation maintenant qu’il y avait tellement plus en jeu et qu’elle avait tellement plus à perdre ?

Ces réflexions la laissaient dans un désarroi sans fin. Elle n’avait personne à qui se confier. A vrai dire, elle ne s’était jamais sentie aussi seule que depuis qu’elle avait obtenu cette promotion. L’ambition menait-elle forcément à la solitude ? Le pouvoir entrainait-il obligatoirement la suspicion ? Regrettait-elle déjà la hardiesse dont elle avait fait preuve en suggérant à Saemon de lui confier le poste de Grande Marchande ?

Elle se dirigea vers la cour intérieure de sa nouvelle propriété et inspira longuement l’air frais du dehors. Non, elle ne regrettait rien. Elle était assez forte pour supporter les épreuves qui l’attendaient. Les mauvaises nouvelles de la journée, le travail incessant et le manque de fatigue étaient seuls responsables de ces sombres pensées.

Elle prouverait à tous ceux qui doutaient déjà d’elle qu’elle pouvait faire aussi bien que n’importe lequel d’entre eux. Non elle leur prouverait qu’elle pouvait faire mieux, qu’une femme réussirait là où tant d’hommes auraient échoué. Rassérénée, elle s’installa de nouveau à son bureau et reprît le travail. Elle n’avait que peu de temps devant elle.
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Dim 27 Sep 2015 - 21:24

S’étant levé avant l’aube pour partir dès l’ouverture des portes de Minas Tirith, Evart avait loué un cheval pour se rendre jusqu’à Osgiliath. La route reliant la capitale politique du Gondor à sa capitale économique était très empruntée donc particulièrement entretenue mais le jeune homme n’appréciait pas vraiment monter et, encore moins, sur des routes qui restaient malcommodes. Malgré tout, le voyage se déroula sans encombre et il parvint dans l’ancienne capitale sur les coups de midi. Laissant son cheval dans un des relais, il se permit de s’arrêter dans une taverne de bonne renommée pour prendre son déjeuner. Tout cet exercice lui avait ouvert l’appétit et il se doutait que l’après-midi serait longue. Une fois son repas ingurgité, Evart se dirigea vers un établissement de bains pour se laver et se changer avec des habits propres plus convenables. De couleurs toujours sombres, ils montraient une certaine dignité et une certaine froideur. Le jeune homme n'appréciait pas les effusions de sentiments symbolisés par les couleurs bigarrées. Puis il partit trouver l'hôtel de la grande marchande du Sud.

La demeure de Dame Desbo semblait être une fourmilière tant les gens semblaient s’activer à installer la grande marchande dans sa nouvelle résidence. Visiblement, elle venait juste d’acheter cet hôtel particulier. C’était certainement une mesure sage pour un membre influent du Conseil de la Compagnie du Sud, avoir sa propre demeure était un élément important pour montrer qu’on était quelqu’un. Traversant la cour, Evart atteint l’entrée du bâtiment de laquelle un huissier l’invita à entrer. Tandis que le jeune homme pouvait profiter du grand hall d’entrée élégamment décoré, on lui demanda :


- Que puis-je pour vous, messire ?

- Praven, Evart. J’ai une entrevue avec Dame Desbo.

- Elle n’est pas là pour le moment, messire.

- Il n’y a rien de grave, j’attendrais.

- Bien.


L’amenant dans une antichambre, Evart s’installa dans une des chaises. En fait, il avait même choisi avec soin l’endroit où il avait décidé de s’asseoir. Evitant le milieu de la pièce et les fauteuils les plus luxueux, il ne choisit pas non plus un coin sombre sur une chaise de domestique. Tout n’était pas encore en place et cela se voyait. Il y avait encore des caisses pleines dans les coins et certains meubles étaient même encore recouverts de draps blancs. Avec une politesse exquise, un laquais lui proposa un rafraichissement.

L’attente fut assez longue mais Evart savait se montrer patient. Au pire cela lui laissait le temps de réfléchir. Après un certain temps qu’il n’aurait pu évaluer, un bruit se fit attendre puis une porte s’ouvrit et Ella entra. Le jeune homme n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer la dame mais il devait avouer qu’elle en imposait. D’une taille assez moyenne, elle avait des traits d’une grande finesse avec des yeux noirs et splendide chevelure blonde aux reflets roux. Se levant promptement, le jeune homme lui déclara avec une certaine déférence :


- Dame Desbo. Evart Praven pour vous servir.A dire vrai, on n'aurait pu être plus exact. Je ne pourrais avoir plus grand plaisir et honneur que celui de vous rencontrer aujourd’hui. Je tiens à vous remercier bien humblement pour l'entrevue que vous avez accepté de m'accorder.

S’inclinant juste assez pour faire montre de la déférence nécessaire sans pour autant être trop révérencieux en raison de la différence des rangs entre lui qui descendait d’une noble famille et cette femme de roture. Il lui fallait faire montre d’une politesse suffisante sans tomber non plus dans l’excès. De bonne grâce, elle le conduisit vers son bureau où ils pourraient discuter plus amplement.
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Dim 4 Oct 2015 - 14:20


Citation :

Ella,

Je ne peux t'en révéler trop pour le moment, mais sache qu'Evart Praven, dont je t'avais expliqué les déviances, a su se rendre extrêmement utile à notre cause.

Il reste un petit prétentieux par trop ambitieux... mais je pense qu'il serait de bon ton de lui donner sa chance. Il l'a en tout cas mérité et si tu parviens à lui trouver une utilité dans tes entreprises, il pourrait même faire preuve d'un certain talent.

Dans tous les cas, garde-le à l’œil et à portée de poignard.

Bien à toi,

Saemon

Ella relisait pour la dixième fois au moins le mot laconique que Saemon lui avait fait parvenir. Ce dernier cultivait le goût du secret et l’élevait même au rang de religion. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qui avait pu se passer entre son mentor et cet Evart Praven. Manifestement, le Grand Maître avait trouvé un moyen de tourner la situation à son avantage comme toujours.

En si peu de phrases, il lui en disait cependant beaucoup. Ainsi donc, qu’il ait utilisé la menace ou la persuasion (ou toute autre chose), Saemon avait trouvé le moyen de se mettre le marchand dans la poche. S’il disait qu’Evart avait mérité sa chance, c’est qu’il avait obtenu ce qu’il voulait du jeune homme, quoi que cela puisse être.

De fait, il lui envoyait désormais afin qu’elle l’utilise à son tour. Saemon avait beau être secret, il ne ferait rien pour la placer dans une situation inextricable à dessein. Elle savait qu’il avait à cœur qu’elle réussisse la mission qu’il lui avait confiée. Il pensait donc que le jeune marchand saurait se montrer utile à cet escient. Cela signifiait que, à défaut de lui faire confiance, il pensait que ce Praven avait les compétences nécessaires pour l’assister.

Elle ne pouvait nier qu’elle aurait besoin de quelqu’un de compétent dans les mois à venir. Cependant, elle ne comptait pas engager le jeune homme simplement car Saemon le confiait à ses soins. Si ce dernier voulait vraiment travailler avec elle (quoiqu’elle se doutait que Saemon ne lui avait pas laissé le choix), il faudrait qu’il le mérite. Elle s’attarda sur les qualificatifs qu’avait employé son ami.

Ambitieux et prétentieux. Elle pensait que le premier point était plus une qualité qu’un défaut dans leur profession. Quelqu’un d’ambitieux chercherait toujours à se démarquer et, puisque sa réussite future risquait de dépendre d’elle, Evart aurait tout intérêt à faire en sorte de lui plaire.

En revanche trop d’ambition risquait de nuire à la loyauté du jeune homme. Il faudrait qu’elle juge de cela elle-même. Par contre, la prétention risquait fort d’être un frein à l’établissement d’un lien de confiance entre eux. Ella ne supportait pas les vantards, d’autant plus quand ils n’avaient pas de raison d’être fiers d’eux-mêmes. Une fois encore, Evart se rendrait rapidement compte qu’il valait mieux pour lui qu’il reste à sa place s’il ne voulait endurer son courroux. Mais, s’il était aussi ambitieux que cela, il comprendrait très vite où était son intérêt.

La dernière phrase de Saemon la laissait beaucoup plus dubitative. Sous-entendait-il que le jeune homme pourrait chercher à lui nuire d’une façon ou d’une autre ? Pourquoi alors lui faire courir un tel risque ? Ella ne savait si le jeu en valait la chandelle. Elle repensa à l’attaque sur son convoi et se dit que ce n’était guère le moment de se montrer trop timorée. A portée de poignard ? Cela ressemblait fort à une autorisation de régler le problème que pourrait poser le jeune homme de la façon dont elle l’entendrait. Non pas qu’elle pensât une seconde à faire exécuter le jeune homme. Un tel acte n’était pas dans sa nature. Elle en avait cependant le pouvoir et même l’approbation de son supérieur.

Elle accepta donc l’entrevue demandée par Evart depuis bien longtemps déjà. Après tout, elle n’avait rien à perdre à rencontrer le jeune homme. Elle verrait en temps utile si elle pensait en tirer un quelconque avantage.

Cependant, elle n’avait que peu de temps pour se décider. Elle comptait repartir dans le Sud très bientôt et, si jamais Evart était amené à travailler pour elle, il était hors de question qu’elle le laisse gérer ses affaires au Gondor. Saemon avait été suffisamment clair sur ce point. « Garde-le à l’œil ». Si jamais, elle décidait d’engager le jeune marchand, alors il devrait l’accompagner au Harondor.

Les jours suivants furent consacrés à préparer son retour. Elle avait encore beaucoup à faire à Osgilliath. Elle comptait confier la gestion de son comptoir dans la cité à un de ses fidèles qui ne tarderait plus à arriver de Djafa. Il leur faudrait quelques jours pour tout mettre au point et elle pourrait enfin se mettre en route. Elle entreprit de renforcer ses nouvelles relations au sein de la Compagnie avant de partir mais ne les trouva guère mieux disposer à son égard. Emilion et Tiber répandaient leur venin. Ella laissait faire, consciente que lorsqu’elle serait en mesure de répondre, elle les anéantirait une fois pour toute. Elle n’avait pas besoin de rentrer dans leur petit jeu puéril en attendant que ce moment arrive.

Si celui-ci devait arriver un jour. Elle ruminait toujours l’échec de la récupération des registres d’Emilion. Désormais qu’ils se trouvaient à Dur’Zork, ses chances de mettre un jour la main dessus étaient presque nulles. Il serait suicidaire de se rendre à Dur’Zork et elle ne comptait pas y mettre les pieds de sitôt. Son plus grand souci restait de réussir à travailler aussi bien avec les commerçants du Gondor que ceux du Harad. L’instabilité politique était mauvaise pour le commerce.

Tant que son autorité n’était pas assurée, elle devrait apprendre l’art du compromis. Un exercice qu’elle avait souvent été obligée de pratiquer par le passé. Les enjeux étaient simplement beaucoup plus importants aujourd’hui. Elle ne se battait plus seulement pour sa famille et son commerce. Elle se devait de gérer les marchands d’un territoire immense, d’arbitrer les conflits, de définir la politique globale du commerce dans la région et de faire en sorte que chacun respecte ses directives. La tâche lui paraissait écrasante et elle l’était.

Elle ne comptait pas être un Emilion Goloth bis. Ce dernier avait admirablement géré son propre profit mais avait honteusement négligé les intérêts de la Compagnie du Sud lorsqu’il occupait ses fonctions. Elle le suspectait même de s’être personnellement enrichi en accordant des faveurs qu’il savait contraires aux directives de la Compagnie, et néfastes pour l’intérêt des Peuples Libres.

Le poste de Grand Marchand du Sud avait toujours été le plus délicat. C’était le seul qui recouvrait une région qui n’était officiellement pas un allié des Peuples Libres. Le Harad était même l’un des ennemis récurrents du Gondor. Et pourtant, nombre de marchands de ce pays avaient rejoint la Compagnie du Sud, un cas unique au sein de l’organisation. Le commerce entre le nord et le sud était vital car chaque région produisait des biens qui faisaient défaut à l’autre. Sur le papier, c’était une occasion unique de profits réciproques. Cependant, les rancœurs et les oppositions idéologiques des deux pays étaient tenaces et freinaient le développement d’un lien commercial durable qui aurait pu donner naissance à une alliance entre les gouvernements des deux pays.

Le Harondor avait toujours fait office de zone tampon et, sa situation géographique ainsi que son histoire, faisait qu’il était devenu le pivot de tout le commerce entre le nord et le sud. Celui qui contrôlait le pays pouvait fixer les règles et les précédents Grands Marchands avaient toujours fait en sorte de maintenir tout le monde content afin d’asseoir leur pouvoir.

Mais tout cela avait volé en éclat à la suite de la guerre. La partition du pays avait enterré pour de bon ce rôle capital du Harondor. Au contraire, les oppositions idéologiques de chaque pays étaient maintenant exacerbées, chacun essayant de jouer pour son camp uniquement. De fait, les marchandises du Harad ne parvenaient plus que rarement jusqu’au Gondor et vice-versa. Tout semblait s’arrêter à la frontière entre les deux Harondor et si Ella devait faire en sorte de revenir à la situation initiale, c’est au Harondor qu’il lui faudrait concentrer ses efforts.

Une tâche qui semblait impossible au vu du chaos qui régnait dans son pays natal.

Lorsqu’on vînt lui annoncer l’arrivée du jeune Praven, Ella décida de le faire attendre un peu. C’était après tout un classique que de se montrer plus occupée qu’on ne l’était réellement et elle ne comptait pas déroger à la tradition. Du reste, elle était en train de finir de rédiger les dernières lettres à ses gens à Djafa afin que tout soit en ordre pour son retour prochain et elle souhaitait s’occupait de cela en priorité.

Lorsqu’elle eût terminé, elle se dirigea vers l’antichambre où attendait Evart. Comme à son habitude, elle était vêtue avec soin mais avec une touche d’exotisme qui ne passait jamais inaperçue au Gondor et qui lui valait immanquablement des coups d’œil approbateurs ou au contraire outrés. Pour rien au monde, elle n’aurait agi différemment.

Elle laissa le marchand se présenter. Elle nota qu’il s’était montré des plus courtois mais elle considérait cela comme de la flatterie déplacée. A vrai dire, sa déclaration était plus obséquieuse que courtoise et son attitude semblait fausse du début à la fin. En bref, un courtisan habituel.

- Je vous en prie messire Praven, ne soyez pas si formel. J’apprécie plus que tout la concision en affaire.

Un moyen subtil de lui faire comprendre qu’elle n’avait que peu de temps à lui accorder et qu’il ferait mieux de se montrer convaincant sans chercher à noyer le poisson.

- Si vous voulez bien me suivre dans mon bureau.

Elle le précéda donc et alla directement s’asseoir derrière son large bureau en merisier. Elle lui indiqua une chaise en face d’elle et le laissa prendre place. Elle l’étudia sans mot dire durant quelques secondes, pas assez pour être impolie mais suffisamment longtemps pour rendre le jeune homme mal à l’aise.

- Que pouvez-vous faire pour moi messire Praven ?

Elle était curieuse de l’entendre plaider son cas. Sa question était également dénuée de toute ambigüité. Elle ne lui demandait pas en quoi elle pourrait l’aider mais uniquement ce que lui pouvait lui apporter. Il était le solliciteur et elle entendait bien qu’il comprenne tout de suite la nature de leurs relations.
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Evart Praven
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Ven 16 Oct 2015 - 21:36
Tandis qu'il rencontrait Dame Desbo pour la première fois, Evart trouva sa réaction tout à fait inconvenante et particulièrement impolie. Pouvait elle espérer survivre à son poste en ayant un tel comportement ? La bonne société avait des règles qu'il fallait respecter. La concision était une affaire de gens pressés et grossiers, cela faisait très bourgeois. En fait, la grande marchande lui faisait pour le moment très mauvaise impression. Le jeune homme avait cru qu'elle était arrivée à son poste en raison de sa subitilité et de son intelligence, il était à deux doigts de penser que les on-dits et les rumeurs étaient vraies. Ce n'était certainement pas comme ça qu'elle se ferait des clients de ses sollicitateurs. S'il était décontenancé, ce n'était certainement pas en raison de la manœuvre elle-même que de ce qu'elle lui disait d'Ella Desbo. Après avoir été constaté l'exquise politesse et l'extrême amabilité d'un homme comme Eamon de Ronce, Evart se rendait maintenant compte que tout le monde n'avait pas la même notion de la respectabilité et de l'honneur, c'était par ailleurs bien regrettable.

Suivant la jeune femme dans son bureau, Evart constata qu'effectivement elle avait un goût assez bourgeois. Sa demeure manquait quelque peu d'élégance avec un fort goût pour les arts du Sud que le jeune homme, bon ressortissant de son pays, n'appréciait pas trop. S'asseyant sur la chaise que lui proposa la dame, il constata qu'encore une fois, elle souhaitait le mettre mal à l'aise. De bien des façons, Evart trouvait cela particulièrement malhabile. Premièrement cela donnait une image mesquine et grossière de la personne. Deuxièmement cela ne poussait ni à la discussion, ni à l'estime, ce qui était la base de toute relation patron-client. Enfin cela marchait que très moyennement sur le jeune homme. D'une certaine façon, il avait déjà payé sa dette et il se présentait à elle parce qu'on lui avait proposé plus que parce qu'il le devait. Bref, il appréciait, pour le moment, très peu cette dame qui semblait imbue de sa personne et relativement peu capable de relations humaines. Quoiqu'il en soit, il se plia de bonne grâce à l'exercice mais comme il l'entendait :


- En fait, je pense que vous êtes dans une situation particulièrement inconfortable. Répondit il d'une voix presque sèche. Vous êtes déjà très contestée ici, on vous reproche votre sexe, votre jeune âge et votre arrivisme supposé. Je suppose que c'est pire dans le Sud où vous remplacez une famille puissante et respectée. D'une façon, Evart remettait en place le contexte en montrant bien à Ella qu'il n'était pas aussi solliciteur qu'elle nécessiteuse. Vous avez donc besoin de consolider votre position sans pour autant négliger vos propres affaires. Cela signifie qu'il vous faut recruter de nouvelles têtes.

Il vous faut donc des gens loyaux. Cela exclue probablement une bonne partie des gens du Sud qui, par conservatisme, se montrent loyaux aux Goloth.
Sur cette phrase, Evart avait parlé sans la moindre émotion comme s'il énonçait un fait évident ou presque. Cela signifie qu'il vous faut des gens du Gondor, par exemple, qui n'aurait pas de relation avec cette famille. D'une voix plus chaleureuse voire mutine, il continua. Si cela peut vous rassurer, je doute fort qu'ils me portent dans le cœur et je suis trop ambitieux pour miser sur le vieux parti déclinant.

Il vous faut aussi des gens compétents.
Comme à son habitude, Evart continua avec une modestie pas complètement fausse -mais totalement juste non plus-. Je n'aurais pas l'extrême prétention de me présenter comme un expert dans un quelconque domaine. Cependant j'ai une certaine connaissance dans le droit et en finance, j'ai eu l'occasion de travailler à restructurer les dettes de la Corporation des Épiciers. Se levant, Evart se dirigea vers le grand plan de Djafa qui trônait sur un des murs. J'ai également la chance d'avoir une excellente mémoire. Se retournant, le jeune homme rejoignit sa chaise. Je pourrais dessiner les grandes lignes de cette carte. D'une manière générale, je suis donc intéressé à servir vos intérêts ainsi que ceux de la Compagnie du Sud. Dans mon travail, je ne suis pas homme à faire les choses à moitié et je défends au mieux les intérêts que je sers. Je ferai donc ce qui sera nécessaire pour vous. Je n'irais peut-être pas jusqu'à franchir la ligne mais je dois avouer qu'il m'arrive de marcher sur ce qui sépare le blanc du noir.

Il y avait une sorte de mélancolie dans la voix d'Evart. A dire vrai, elle n'était pas totalement feinte, il s'était toujours posé beaucoup de questions. Comme tous les gens ambitieux, il voulait une ascension rapide et prendre les raccourcis éliminant certains détails embarrassants mais, comme tout bon conservateur, il était soucieux de son image, l'honneur de sa famille... En outre, il s'était toujours dit qu'il ne fallait pas tremper dans de petites histoires politiques mais c'était difficilement conciliable avec sa première aspiration, d'ailleurs, il ne s'y était pas tenu. Toutes ces histoires avaient profondément bouleversé les valeurs du garçon. Continuant, Evart se dit qu'il avait déjà bien assez parlé :

- Je crois que j'ai fini ma plaidoirie.

L'attitude du jeune homme avait été un peu roide voire froide mais il n'était pas prêt à se laisser traiter en laquais heureux de subir les crises d'autorité de la grande marchande. De toute manière, il avait toujours été bien trop froid et posé pour exprimer ses sentiments même s'il était intéressé. Dans l'éducation qu'il avait reçu, toute réaction devait être maîtrisée et réfléchie. Il ne restait plus qu'à attendre la réaction de la toute nouvelle grande marchande.[/b]
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Mardil
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Mar 2 Fév 2016 - 15:14

Le jeune homme était passé en peu de temps d’une amabilité extrême à une rudesse qui ne pouvait que le desservir. Il lui faudrait à l’avenir tenter de ne pas laisser transparaître aussi aisément ses émotions. Ella était particulièrement au fait de la façon de commercer des gondoriens. Seulement, le jeune marchand ne connaissait rien des usages du Sud et ce premier test lui confirma qu’elle aurait besoin de bien le préparer s’il voulait accomplir quoi que ce soit au Harondor. Elle savait bien que les différences culturelles pouvaient aisément faire échouer des négociations.

Mis à part cela, les dires de Saemon semblaient se confirmer. Evart avait tenté de se montrer modeste dans la deuxième partie de son discours, ce qui contrastait avec sa première intervention. Ella se permit d’ailleurs un petit sourire lors de l’exposé de sa situation. Le jeune homme exposait l’avis de ses détracteurs comme un avis extérieur alors qu’il était évident qu’il n’en pensait pas moins.

A vrai dire, Ella se fichait bien de l’opinion d’Evart à son sujet. Cependant, il n’avait pas tort pour autant. Le jeune homme comprenait bien les difficultés qu’elle avait au Gondor, ce qui démontrait qu’il était attentif aux échos après sa nomination. Sa vision du Sud était erronée mais elle ne pouvait lui en tenir rigueur. Avant que son père ne l’envoie à Minas Tirith, elle aussi ne comprenait pas les hommes du nord. Ella était confiante sur le fait qu’il apprendrait rapidement.

Car, qu’importe son comportement ou ce qu’il pensait d’elle, il semblait particulièrement compétent. Elle n’avait aucune raison de douter de la parole de Saemon mais elle préférait toujours se rendre compte de ce genre de choses par elle-même. A vrai dire, le jeune homme lui paraissait intéressant. Il aurait pu mieux cacher ses sentiments mais elle lui avait demandé d’être concis et il s’était montré franc sur ce qu’il pensait de son attitude. Il ne l’avait pas exprimé par des mots mais cela revenait au-même. Et Ella préférait un collaborateur compétent et franc qu’un autre qui serait accommodant mais décevant par ailleurs. Si elle ne pouvait lui accorder sa confiance, elle réalisait bien qu’Evart pouvait être un atout précieux.

Elle était restée impassible hormis à deux reprises. Le léger sourire qu’elle avait esquissé lorsqu’il lui avait expliqué ce qu’on pensait d’elle au Gondor et autre chose plus difficilement discernable. Lorsqu’Evart avait signalé qu’il était prêt à faire beaucoup sans toutefois basculer dans l’illégalité. Cette phrase ne lui parlait que trop alors qu’elle-même était confrontée à de bien sombres pensées concernant cette fameuse limite qu’il ne fallait pas franchir. En cet instant, son masque s’était fissuré pour laisser transparaître un peu de sa détresse. Cela n’avait pas duré plus d’un instant mais un observateur attentif ne pouvait que l’avoir remarqué.

Plus que tout, ce fût cet aveu de la part d’Evart qui la fit sérieusement envisager de l’engager. Bien sûr il était compétent mais il n’était pas le seul. Saemon le lui avait recommandé et, rien que pour cette raison, elle aurait de toute manière étudier son profil avec attention. Mais cette remarque lui laissait croire qu’ils avaient peut-être quelque chose en commun bien plus important que le reste : une même vision de leur profession et de ce qu’ils devaient représenter.

Il ne lui restait plus que deux points à éclaircir avant de prendre sa décision.

- Dans ce cas, qu’est-ce qui vous pousse à vouloir travailler pour moi ? Que pensez-vous retirer de notre collaboration ?

Le jeune homme ne pouvait manquer de remarquer le changement de ton. Si Ella indiquait bien quel serait la nature de leurs relations (à savoir qu’elle serait bien son employeur), elle parlait aussi de collaboration, ce qui laissait entendre qu’elle reconnaissait sa valeur en tant que partenaire possible. Elle écouta attentivement sa réponse avant de lui poser une dernière série de questions.

- Enfin j’aimerais savoir une dernière chose. Quelle est, selon vous, la mission première de la Compagnie du Sud ? Que changeriez-vous si vous étiez à la tête de l’institution ?

Cela pouvait paraître une question piège mais il n’en était rien. Ella espérait une réponse franche du jeune homme. Elle avait déjà refusé d’engager des personnes compétentes qui ne partageait pas sa vision (et celle de Saemon) de la Compagnie. De même, les flatteurs qui déclaraient que tout était déjà parfait dans le système actuel ne trouvaient jamais grâce à ses yeux. Les prochaines réponses du jeune marchand détermineraient son avenir immédiat.
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Mar 9 Fév 2016 - 1:00
Bien qu’elle fût une femme, du Sud qui plus est, Evart devait bien avouer qu’il admirait la capacité de la grande marchande du Sud à maitriser son attitude. On pouvait la voir à peine fendre l’armure à certains instants mais l’ensemble restait admirable. La question qu’elle posa était d’ailleurs tout à fait intéressante. Maintenant que la discussion était revenu sur des bases plus cordiales, Evart se permit de prendre un ton bien plus poli et agréable :

- Si je vous dis que je souhaite vous servir par loyauté envers le Gondor et la Compagnie, cela sonnerait probablement faux. Pourtant il y a de cela malgré tout. Je ne me dépars pas d’une certaine forme d’honneur sur ce point et si je peux aider la Compagnie du Sud à défendre les intérêts des peuples libres en travaillant pour vous, je le ferai. Cependant, ce n’est pas tout, loin de là. Si je veux travailler pour vous, c’est aussi par ambition. Vous allez faire de grandes choses, j’en suis sûr, et le Comte de Sora également. Mon ambition est donc de bien me placer auprès du pouvoir de la Compagnie, de tisser des relations, améliorer mes compétences et, par ce biais, servir mon futur et la grandeur de ma famille. En outre, j’espère que nous pourrons tisser, je ne dirais pas une amitié, cela serait bien inconvenant pour le moment, mais au moins des liens de confiance, de respect et d’intérêt. Evart prit une petite pause, il n’en avait pas fini mais il laissa échapper une sorte de soupir. Ce n’était pas de la fatigue mais plutôt comme s’il fendait l’armure –avec toujours un peu de théâtralité-. Puis, je m’ennuie. Je ne sais même pas ce que je serai capable de faire par ennui. Dans mon … milieu, on sert le Roi par les armes et éventuellement, par la Loi. Et encore, c’est quand on se décide à faire quelque chose de sa vie. Je suis donc venu à faire ce que je fais par désœuvrement, pour combattre cette oisiveté. J’ai aidé la Corporation des Épiciers de Minas Tirith pour la même raison. C’est à peine s’ils ont besoin de moi maintenant, leur situation financière assainie, je recommence à m’ennuyer et je cherche donc une occupation. Vous aidez à raffermir votre autorité sur des terres quasiment inconnues me parait être le meilleur remède à ce profond désarroi. Les raisons ne manquent pas à vouloir vous rejoindre.

Après avoir achevé son petit discours, Evart écouta avec attention les questions de Dame Desbo. D’une certaine façon, il flairait le piège et craignait de mal répondre. Néanmoins, il n’était pas complètement idiot et, surtout, il commençait à avoir l’habitude de la Compagnie du Sud et se sentait donc assez confiant dans ses idées. Il répondit donc d’un ton qui, s’il n’était pas assuré, ne manquait pas de confiance :

- Je dirais que, officiellement, la Compagnie a pour objectif de s’assurer qu’un commerce prospère mais équitable puisse se faire en Terre du Milieu en devenant l’espace principal dans lequel le marché puisse se faire. Pour, à la fois son bonheur et son malheur, Evart avait compris qu’elle était bien plus que cela. Cependant je pense qu’elle a aussi un rôle politique majeur puisqu’elle doit protéger l’intégrité des peuples libres face à de possibles dangers comme ceux issus du monde marchand. Après tout, l’immense richesse d’un puissant marchand ne pourrait-elle pas soutenir une quelconque action dangereuse ?

La question était purement rhétorique mais elle concluait assez bien son petit laïus. Prenant le temps de réflexion bien qu’il ait déjà plus ou moins l’idée de ce qu’il voulait dire. Il le calibra pour qu’il soit ni trop long, ni trop court. Cela aurait été malavisé dans le cas contraire. Ainsi il continua d’une voix égale :

- Quand à ce que je changerai, je dirais que j’ai plusieurs inquiétudes vis-à-vis de la Compagnie. Je pense qu’il peut y avoir un problème de représentations des petits marchands au sein de la Compagnie, à tout le moins, des représentations locales. Certes le grand commerce est dans les mains de grands marchands mais je pense que cela pourrait être utile pour faire contrepoids aux puissants négociants qui voudraient s’opposer à vous ou au Comte de Sora. Après tout, en jouant habilement les divisions et oppositions entre les deux, je suis certain que vous pourriez asseoir votre pouvoir bien plus facilement. Par ailleurs, je pense que l’équilibre politique dans le Conseil des Grands Marchands pourrait porter préjudice à ses missions. Sans l’intervention du Comte de Sora, la grande maîtrise aurait probablement échu à Emilion Goloth, dit-on. Je dirais donc que la répartition géographique des grandes maîtrises accorde trop de puissance aux marges de la Compagnie du Sud au détriment des principales zones commerciales de la Compagnie à savoir le Gondor et l’Arnor.
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Mar 16 Fév 2016 - 15:14

Ella finissait d’écrire les dernières lettres de la journée. Parfois, elle avait l’impression de passer ses journées derrière son bureau. Cela avait beaucoup été le cas ces derniers temps et elle se languissait de son départ prochain. Fort heureusement, ce dernier était prévu dans moins d’une dizaine de jours. Ce soir, elle recevait ses gens du Sud, en particulier Mezhri DeLéant, qui allait s’occuper de ses affaires à Osgilliath. Tout comme elle, il était un sang-mêlé, son père gondorien ayant épousé une harondorim. Son prénom, typique du Sud, détonnait d’ailleurs avec son nom de famille. Ella travaillait avec lui depuis des années et il était celui en qui elle avait le plus confiance.

Elle aurait beaucoup à faire dans les prochains jours afin de lui indiquer ce qu’elle attendait de lui en son absence. Elle ignorait quand elle reviendrait à Osgilliath aussi il fallait que tout marche pour le mieux avant son départ. Elle avait aussi prévu de donner une réception avant son départ, soirée qui n’aurait d’autre but que de rassurer, une fois de plus, les principaux marchands de la Compagnie du Sud sur sa capacité à gérer le poste de Grande Marchande. Elle avait convié tous les principaux marchands présents au Gondor et même au delà. Même Emilion Goloth était invité mais elle doutait fort qu’il fasse le déplacement. Ni lui, ni son oncle n’avaient pris la peine de répondre à son invitation. La plupart des autres membres éminents de la Compagnie seraient là et c’était l’occasion idéale pour elle de marquer les esprits de façon positive.

Elle avait donc prévu une soirée qui ne pourrait que plaire à ce beau monde, avec une touche d’exotisme de bon ton mais suffisamment discret pour ne froisser aucune sensibilité. A vrai dire, elle aurait voulu que cette mascarade soit déjà terminée afin de pouvoir se mettre sérieusement au travail. Bien sûr, elle avait fait tout son possible jusqu’à présent, mais elle ne pourrait vraiment obtenir des résultats probants que lorsqu’elle serait de retour au Harondor.

Cette soirée serait aussi l’occasion de présenter Mezhri à tout le monde, étant donné que c’est avec lui qu’ils traiteraient dans les mois à venir. Elle en profiterait aussi pour annoncer la nomination d’Evart Praven au poste de secrétaire particulier. Pour ceux qui savaient lire entre les lignes, cela signifiait que le jeune homme travaillerait étroitement avec elle mais le poste était suffisamment vague pour que personne ne sache si Evart s’occuperait du commerce personnel d’Ella ou d’affaires liées à son poste de Grande Marchande.

D’ailleurs, Evart lui-même ne le savait pas. Ella se remémora son entrevue avec le jeune homme. Elle avait apprécié son honnêteté à propos de ses raisons de travailler pour elle et ces dernières lui semblaient parfaitement justifiées. Evart avait bien compris que l’importance politique de la Compagnie du Sud était un point encore plus important que l‘aspect purement commercial (même si l’un n’allait pas sans l’autre). Elle n’était pas forcément d’accord avec ses remarques sur ce qu’il convenait de changer au sein de l’organisation mais elle appréciait son point de vue. D’ailleurs, il était bénéfique qu’il puisse lui apporter une vision différente de celle qu’elle avait déjà. Elle avait conclu leur entretien en lui affirmant qu’il aurait de ses nouvelles au plus tôt.

Cela faisait maintenant trois jours que ce dernier avait eu lieu. Elle était en train de rédiger une lettre pour le jeune homme lui faisant part de sa décision, sans lui expliquer en quoi consisterait exactement son travail. Elle l’invitait à la soirée qu’elle donnerait bientôt et lui fît savoir qu’ils partiraient peu de temps après pour Djafa. Elle l’enjoignait donc à mettre ses affaires en ordre car il était probable qu’ils soient absents pour plusieurs mois voire davantage.

*******

La soirée se déroulait à merveille. La résidence d’Ella était entièrement aménagée avec le plus grand goût et personne n’aurait pensé que l’endroit venait à peine d’être acheté. La propriété comprenait une grande cour intérieure où Ella avait fait installer de nombreuses fontaines et statues. Le sol était recouvert d’un dallage si blanc qu’il semblait presque un crime de devoir poser ses pieds dessus. Si la nouvelle demeure de la Grande Marchande était magnifique, ce n’était rien en comparaison de la maîtresse des lieux.

Ella était resplendissante. Sa couturière lui avait créé une tenue à mi-chemin entre la robe de bal traditionnelle gondorienne et les longues robes du Harondor où le orange et le jaune prédominaient et qui laissaient à découvert tout un pan de sa jambe gauche. Les étoffes ainsi que les pigments étaient issus de son propre commerce et étaient de la meilleure qualité. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon sophistiqué, paré d’une résille d’argent. Deux énormes rubis entourés d’or pendaient à ses oreilles et sa gorge était mise en valeur par un collier apparié aux boucles d’oreille. Le rubis central en lui-même coûtait une véritable fortune.

Pour Ella, la robe, les chaussures et les bijoux étaient une véritable torture. Elle préférait de loin une mise moins imposante mais elle savait aussi qu’elle devait se faire remarquer ce soir et que cela passait également par sa tenue. La plupart des invités avait fait le déplacement. Certains avaient fait preuve d’une politesse glaciale mais ils étaient tout de même présents, ce qui était déjà en soi une petite victoire. Parmi les premiers invités à arriver se trouvait Erina de Sora qu’Ella était ravie de revoir. Les deux femmes étaient devenues de bonnes amies et les de Sora étaient, bien entendu, les meilleurs alliés de la Grande Marchande.

Ella était en train de discuter avec Eamon de Ronce et son épouse lorsqu’Evart fit son apparition. Elle prît congés du Grand Marchand fort poliment afin d’aller accueillir le jeune homme. Il était également fort bien vêtu et cela était des plus importants car il se trouverait bientôt le centre d’attention de toute leur petite assemblée.

- Messire Praven, je suis ravie de vous revoir. J’espère que vous ne trouvez pas tout cela un peu trop précipité. Malheureusement mon départ pour le Harondor est prévu depuis de longues semaines et je ne puis le décaler davantage. S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour vous aider dans vos préparatifs, n’hésitez pas à me le faire savoir.

Elle le conduisit vers une alcôve, un peu à l’écart de là où se tenait sa petite soirée.

- J’espère que vous trouverez la soirée à votre goût cependant ceci est avant toute chose du travail. Dès que tous les invités seront arrivés, je vous présenterai à tout le monde. Parlez avec le maximum de gens, tâchez d’en apprendre le plus possible sur ce qu’ils pensent de moi. Ne vous montrez pas trop ouvertement confiant en mes capacités. Laissez-les croire qu’ils peuvent parler librement en votre présence car vous êtes ambitieux et ne faîtes affaire avec moi que pour votre propre compte. Les langues se délieront plus facilement de cette façon et le vin va couler à flot, ce qui facilitera encore les choses. J’attends un rapport détaillé aussi tôt que possible.

Elle le laissa répondre puis revînt à ses invités. Si Evart n’était pas beaucoup plus au fait de ce qu’elle attendrait de lui dans les mois à venir, il pouvait déjà se rendre compte qu’elle avait trouvé un intérêt à sa réputation. En effet, certains n’hésitaient pas à le décrire comme arriviste et cela pouvait sûrement les arranger dans un premier temps.

Après qu’une demi-heure soit passée, un serviteur vînt trouver le jeune homme et lui demanda discrètement de rejoindre Ella qui s’était placée au centre de la cour et discourait des responsabilités qui lui incombait en tant que Grande Marchande. Le reflet des innombrables torches disposées autour d’eux dansaient dans les cheveux et les yeux de la jeune femme qui n’avait jamais été aussi resplendissante.

- Je souhaiterais désormais vous présenter messire DeLéant qui gérera mon comptoir à Osgilliath en mon absence. J’ai toute confiance en lui pour diriger mes affaires aussi bien que je le ferai moi-même. N’hésitez pas à vous adresser directement à lui pour quelque motif que ce soit. Je sais qu’il me transmettra diligemment toute requête et qu’il y répondra avec sérieux et efficacité.

Le jeune homme s’inclina devant l’assemblée à la suite des paroles d’Ella. Il était un peu plus âgé qu’Evart, devant approcher de la trentaine. Avec Evart à sa gauche et Mezhri à sa droite, Ella montrait une équipe jeune et dynamique, ce qui n’était peut-être pas du goût de tout le monde mais qui avait le mérite de faire savoir que l’inaction d’Emilion Goloth était une époque révolue.

- Je vous présente également messire Evart Praven, mon nouveau secrétaire particulier. Il m’accompagnera dans le Sud afin de me seconder dans les nombreuses affaires qui m’y attendent. Je suis pleinement convaincue qu’il me sera d’une aide inestimable à cet effet.

Les invités applaudirent les deux jeunes hommes avec plus ou moins de bonne volonté et Ella déclara qu’il était temps pour tous d’apprécier la soirée et de s’amuser. La nourriture, le vin et les animations ne manquaient pas et elle fît ouvrir d’autres salles au rez-de-chaussée. Elle savait que cela favoriserait les petits comités et permettrait des discussions à l’abri de la maîtresse des lieux… Mais pas à l’abri des oreilles attentives de ses gens. Du moins, l’espérait-elle…
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Evart Praven
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Sam 27 Fév 2016 - 0:47
L’entretien avec la dame du Sud s’était plutôt bien passé. A dire vrai, Evart était même convaincu qu’Ella se déciderait à avoir recours à ses bon et « loyaux » services. En attendant, il se préparait gentiment à partir au loin. Il aidait donc à former ses deux hommes de confiance : Romantin, ancien comptable pour les Oliri, et Eberyn, ancien secrétaire de son oncle. Les deux jeunes gens étaient brillants, peut-être pas autant que lui, mais brillants tout de même. Le premier avait très rapidement compris les finances d’Evart et de ses activités, il était rapide, efficace et avait une excellente culture financière. Le second avait lui très vite compris la ligne « politique » que c’était fixé Evart dans ses activités à la fois financières et dans l’épicerie, c’était là son rôle, suppléer le jeune hobereau dans sa gestion des affaires. La gestion de son activité bancaire, qu’il dissociait totalement de son activité financière, reviendrait elle à Arcelon, son expérience, sa compétence et sa probité le rendait tout à fait apte aux questions de change, de prêts… qui était son lot quotidien. Avec ce triumvirat d’employés qui, au demeurant, lui coûtait déjà assez cher, Evart n’avait aucune inquiétude sur la direction de son commerce.

Évidemment, il garderait toujours un œil sur ses affaires. Son cousin de Pelargir, qui s’entendait assez bien dans les affaires, lui avait promis qu’il surveillerait attentivement ses affaires. Par ailleurs, Evart attendait des nouvelles régulières, au moins deux fois par semaine, ainsi qu’une copie de sa comptabilité au moins une fois par mois. Il faudrait voir comment il ferait acheminer ce courrier, peut-être par l’intermédiaire d’Ella, dans l’hypothèse où elle le prendrait. Il faudrait qu’il négocie ça avec elle mais, de toute façon, elle devait bien échanger régulièrement, si ce n’est quotidiennement, avec son comptoir d’Osgiliath. Par ailleurs, il travaillait beaucoup à formaliser ses méthodes de travail et ses prises de décision pour bien expliquer à tous ce qu’il entendait faire. Il y aurait probablement un petit temps d’adaptation pour tout le monde mais, après, Evart ne doutait réussir à faire prospérer son commerce tout en restant occupé à d’autres taches. Bref tout semblait aller pour le mieux, pour l’instant.

Puis Evart reçut une lettre qui lui faisait plaisir. La grande marchande du Sud s’était enfin décidée à accepter ses services. Elle l’invitait même à venir à un bal où il devrait être présenté aux convives. Ce serait certainement un grand moment dans la vie du jeune homme qui serait ainsi mit en avant. Cette perspective ne lui était pas dès plus agréable, Evart était un homme de l’ombre qui appréciait peu d’être placé en pleine lumière. Cette perspective avait donc tendance à l’effrayer autant qu’à l’ennuyer. Il lui faudrait certainement se faire violence. D’ailleurs, à quoi pouvait bien correspondre ce poste de « secrétaire particulier » ? Cela pouvait tout aussi bien être un poste quelconque parmi des dizaines ou un collaborateur très proche. Il pourrait tout aussi bien s’occuper de ses affaires personnelles, ce qui n’était pas vraiment ce qui l’intéressait, ou de ses affaires publiques liées à son poste de Grande Marchande, ce qui convenait bien plus à l’ordre social et son sang. Cela limiterait aussi l’opprobre qui toucherait un noble devenu simple commis d’un négociant, une femme qui plus est. Bref il lui faudrait éclaircir cela au plus tôt.

Quoiqu’il en soit, il se devait de préparer au mieux cette soirée. Immédiatement, il écrivit une belle lettre à Dame Desbo. Bien entendu, il la remerciait pour sa confiance avec toute sa flagornerie habituelle. Par ailleurs, il demandait plusieurs détails sur la soirée qui s’annonçait notamment une copie de la liste des invités. Le reste, il préfèrerait en parler directement avec elle, c’était des détails qui ne s’écrivaient pas dans une lettre de ce type. Son idée était simple. Passer les jours qui le séparaient de ce grand bal pour apprendre tout sur tous les invités et, surtout, être capable de tous les reconnaître. Il ne comptait surtout pas y aller mal préparé et il lui faudrait jouer le jeu. Le Jeu, n’était-ce pas un terme tout à fait opportun ?
~~~~~~~~~~~~~~~~

Il n’avait pas fallu longtemps aux hommes d’Ella pour répondre aux demandes du jeune homme. Une longue liste de noms faisait suite à une lettre polie. Dedans, il y avait une foule de gens qu’il connaissait déjà, quelques nobles bien entendu, des officiers du Roi divers et variés, surtout des marchands et négociants. Quelques grands noms du commerce mais aussi un certain nombre de gens qu’ils ne connaissaient pas. Il y avait des notables de toute la vallée de l’Anduin et, plus loin encore. S’il parvenait à mettre un visage sur chacun des noms de Minas Tirith, Osgiliath et Pelargir, ce serait déjà bien suffisant. Avec Iroas, son homme de main, il faisait une liste des diverses personnalités, en ajoutant quelques informations qu’ils possédaient sur l’un ou l’autre.

Désormais il faudrait jouer serrer. Prenant de quoi écrire, il demanda à son cousin de Pelargir de lui organiser une petite visite de la ville avec une liste des personnes qu’il souhaitait voir, à tout le moins, entrevoir. Pendant ce temps, Iroas irait faire de même à Osgiliath et demanderait éventuellement l’aide d’un commis d’Ella à son comptoir. Pendant ce temps, lui ferait de même et demanderait l’aide de la Dame d’Ismaren. Il lui faudrait organiser un petit dîner avec quelques personnalités inaccessibles, des gens de la campagne proche voire du Lossarnach. Noyé dans quelques invités proches de la vieille dame, cela devrait passer inaperçu, surtout qu’Evart n’avait pas prévu de participer au repas mais bien d’y assister discrètement. Bref il ferait tout le nécessaire.
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Dans la chambre d’hôtellerie qu’il avait louée pour quelques nuits, Evart se préparait au grand soir. Tout était prêt, il avait pu voir une bonne partie des invités de la fête et, surtout, en apprendre plus sur leurs situations, affaires, intérêts… Aujourd’hui, il s’était habillé avec ostentation, après tout, c’était un grand moment même s’il lui pesait d’une certaine façon. Il arborait un beau pourpoint avec des motifs damassés, dessus, une veste courte en velours épais aux bras fendus avec de larges bordures de fourrure. En outre, il arborait un chapeau, pas très grand duquel dépassait à peine un plumet blanc, et il avait ressertir quelques pierres qu’il conservait, certaines sur le chapeau et sur sa veste, d’autres directement sur le grand collier qu’il portait à la poitrine. Bien qu’il ait un goût pour les teintes froides et sombres, le jeune noble avait l’effort de porter des couleurs chaudes, hommage évident à la patrie d Tandis que son petit char de voyage l’amenait au manoir de Desbo, Evart était pensif. C’était peut-être le seul moment de « repos » qu’il avait depuis qu’il avait appris la tenue de cette réception. En fait, il éprouvait à ce moment précis un certain vague à l’âme, comme si tout le dépassait ou lui paraissait insensé. Sa carriole longeait une longue rue dans laquelle il pouvait voir, à travers les carreaux, des pauvres hères. C’était probablement de jeunes campagnards venus à la ville dans l’espoir de trouver la richesse mais qui, finalement, se trouvaient juste à enchaîner les petites tâches mal payées. Néanmoins il éprouvait un certain frisson, depuis quelques jours il avait l’impression de courir sans parvenir à s’arrêter tant il avait traversé la vallée de l’Anduin en long en large et en travers.

Evart serait bien arrivé plus tôt mais il n’était pas sûr que cela ait eu l’effet voulu. Il avait préféré s’arranger pour louer une chambre dans une petite auberge qui avait vu sur l’entrée de la résidence de la famille Desbo. Se faisant, il pouvait mettre un nom sur les derniers visages qu’il lui restait à voir avant de lui-même s’y rendre. Lorsqu’il entra dans la grande salle de réception, il fut rapidement rejoint par Ella Desbo qui le prit à part pour lui donner quelques instructions. Tandis qu’elle délaissait Eamon de Ronce, celui-ci lança un regard dans la direction d’Evart. Le grand marchand était loin d’être un idiot et il devait donc se douter qu’il y avait anguille sous roche. Inclinant doucement la tête, le jeune homme fit un salut respectueux et sincère à celui qui l’avait aidé. Elle était impressionnante dans ses riches atours malgré quelques fautes de goût qu’il faudrait corriger. D’une voix assurée, il lui fit une réponse tout à fait polie :


- Vous ne pouvez être plus ravi que moi, ma dame. Je vous remercie de votre sollicitude, Dame Desbo mais ne vous inquiétez pas, toutes mes affaires sont en ordre. Il y aura bien quelques détails dont je compte discuter avec vous mais rien ne presse.

Manière discrète d’éluder la question à plus tard, après tout, ce n’était pas le lieu et Ella ne s’attendait certainement pas à ce qu’il lui fasse d’éventuelles demandes ce soir. La suivant jusque dans une petite alcôve, il l’écouta attentivement. Ce qu’elle avait prévu rentrait assez bien dans les compétences du jeune homme. Les mondanités, si elle pouvait le lasser à la longue, lui étaient tout à fait agréables. Toujours aussi empreint de solennité, il lui dit :

- Je vais faire mon possible. Jouant l’insouciance, ce qu’il n’avait jamais eu, et une pointe d’insolence, il demanda. Sauriez-vous où je peux trouver des fruits confits ?

La question allait peut-être étonner Ella mais c’était un peu le but. Tandis qu’elle rejoignait ses convives, Evart fit de même. Pour le moment, tous pouvaient lui parler à cœur ouvert. Après tout, ils ne savaient rien de sa nouvelle situation et ne craignait pas de voir leurs conversations directement rapportée à Ella. Il commençait donc à virevolter entre les groupes d’invités profitant de la présence inopinée de certaines connaissances. L’une de ses plus grosses prises de la soirée se fit à peu près à ce moment-là. Dans un coin d’une des salles de réception, il remarqua la présence du Grand Maître de la Corporation des Epiciers de Minas Tirith en compagnie de Sirius Rutherdast, Premier président du Bureau du commerce de Pelargir qui regroupait les intérêts de la plupart des armateurs de Pelargir. Si cette puissance corporation ne possédait pas de place au Conseil des Grands Marchands, elle était un acteur extrêmement influent et puissant, après tout, ses membres assuraient l’essentiel des activités de la plaque tournante du commerce entre la vallée de l’Anduin et les ports maritimes de toute la côte. Restant à distance raisonnable, bien en vue de son ancien protecteur, Evart attendait qu’on lui fasse signe. En fait, il n’eut pas à attendre puisqu’il fut rapidement introduit en termes élogieux :

- Messire Rutherdast, permettez-moi de vous présenter messire Evart Praven. Ce jeune homme est plein de talents et a grandement aidé la Guilde récemment. Malheureusement il a décidé de partir vers de nouveaux horizons. D’ailleurs où en êtes-vous ?

- Allons, messire. Je ne vous ai pas quitté, je vous ai demandé de m’accorder mon semestre plus tôt.

- Certes mais c’est une coutume qui était tombé en désuétude depuis quelques temps.

- Je comprends, Messire, mais j’ai eu un léger contretemps dans mes affaires.

- Réglé, je l’espère ?

- Bientôt, même si je vais devoir traiter à mon corps défendant pendant quelques temps. Et vous, messire Rutherdast, comment se portent vos affaires ? Avec les événements du Harondor, je suppose que cela doit perturber le commerce des armateurs de Pelargir ?

- En effet, c’est très préoccupant. D’autant qu’en cette période de trouble, Havarian a décidé de nommer une jeune et inexpérimentée demoiselle à un poste si important. La référence à Ella n’aurait pas pu être plus limpide. Il faudrait quelqu’un de plus expérimenté.

- Ne craigniez-vous pas que les accusations au sujet des Goloth soient prouvées ?

- Ce ne sont que de pures allégations. Cette affaire est instrumentalisée pour nuire aux Goloth et placer des pions dociles.

- Je comprends. Messire Havarian semble bien décidé à affermir son emprise sur la Compagnie du Sud.

- Oui, il n’est arrivé là que par l’intrigue et cette Desbo également.

- Soyez certain que je partage votre sentiment. Malheureusement, il faut bien composer.

- C’est bien pour cela que je suis là, ce soir.

- A qui le dites-vous, messire Rutherdast.


La discussion avait eu le mérite d’être clair, c’était même imprudent de la part d’un homme dans sa situation. Ayant obtenu ce qu’il voulait, Evart continua sur des sujets plus légers pendant un long moment. Plus encore qu’obtenir l’information voulut, le jeune homme ne voulait pas saboter une éventuelle relation, surtout avec un personnage aussi haut placé. Il fallait donc lui faire oublier le début de l’entretien, à tout le moins, lui faire croire que cela serait sans conséquence. Une fois qu’il eut pu faire montre de toutes ses qualités de courtisans, Evart repartit à la recherche de nouvelles relations et, pour cette première partie de soirée, ce fut assez fructueux.

Il était encore assez tôt lorsqu’un valet de pied vint le prier de rejoindre la salle principale. Il était en pleine discussion avec un groupe de notables de la Compagnie du Sud. Leurs avis sur la situation de la toute puissante corporation étaient intéressants, certains semblaient opposés à la nomination d’Ella, d’autres semblaient lui être plutôt favorables tandis qu’un certain nombre ne préférait pas prendre parti pour quiconque. Après quelques minutes de discussion autour d’un bon vin de Dol Amroth, Evart s’éclipsa discrètement pour rejoindre la Grande Marchande du Sud. Une fois dans la grande salle, Ella le présenta à l’assemblée des convives. D’une certaine façon, être présenté en second était presque une insulte pour le jeune homme. Finalement, après réflexion, il était bien plus jeune que ce « de Léant » donc cela démontrait, malgré tout, ses plus grandes capacités. La présentation qu’elle fit d’Evart était tout aussi élogieuse et, lui-même, la remercia d’un geste respectueux.

Quittant Dame Desbo, Evart serrait quelques mains de gens qui se pressait dans la salle comme c’était l’usage. A dire vrai, ce n’était pas vraiment eux qui intéressaient le hobereau mais plutôt un vieil homme. Il s’agissait d’Eamon de Ronce sur lequel Evart était tombé « fortuitement ». L’homme n’était pas dupe mais de le saluer chaleureusement :


- Evart, je suppose que vous souhaitiez me voir être le premier à vous féliciter. Tous mes compliments pour votre nomination.

- Messire de Ronce, ce soir, c’est moi qui aie une dette envers vous. Votre aide et votre soutien m’ont été plus que précieuses. Je serai votre éternel abonné.
Prenant une coupe qu’un valet de pied portait, Evart la leva en l’honneur du Grand Marchand de Minas Tirith. Aux Ronce.

Le petit attroupement qui s’était agglutiné autour d’eux porta volontiers son verre en l’honneur d’un homme que beaucoup appréciait. Pour le jeune homme, le coup était double. Premièrement il lui permettait de montrer à tous l’intérêt que pouvait cette grande figure de la Compagnie du Sud. Secondement, cela lui permettait de montrer à Eamon le grand respect qu’il avait pour lui. Discutant rapidement de quelques sujets légers, il prit le pari de lui demander s’il pouvait lui accorder quelques instants. Etrangement, le vieil homme accepta. Evart s’était toujours demandé pourquoi il lui apportait un peu d’attention. Certes il était un jeune homme poli, respectueux des conventions sociales et intéressé, par ailleurs un vrai admirateur d’Eamon de Ronce mais il présentait aussi une ambition peu compatible avec certaines valeurs de Ronce.

Se dégageant de la foule de la grande salle, les deux hommes arrivèrent sur un balcon qui donnait sur l’Anduin. Le calme d’Osgiliath endormie tranchait radicalement avec les bruits incessants de cette grande fête. En sortant, Evart avait demandé à un valet à ce que personne ne puisse les suivre. Il pouvait désormais lui parler seul à seul :


- J’étais sincère, messire de Ronce. Je ne pourrais jamais vous être assez reconnaissant pour l’aide que vous m’avez apporté.

Le grand marchand fit un petit signe de tête, il semblait pensif. Se tenant au balcon, il semblait admirer l’horizon. Le reflet de la lune sur les eaux de l’Anduin était splendide. Dans ce moment, un peu hors du temps, Eamon brisa le silence :

- Il semblerait que, malgré tout, vous n’ayez pas suivi mes conseils.

- Ou,
prenant le temps de la réflexion, peut-être les ai-je trop suivis. Je suppose que cela fait partie du chemin de ma rédemption. Ce chemin que vous m’avez permis d’emprunter, d’une façon. Une nouvelle pause se fit sentir avant qu’une chose revint à l’esprit du garçon. J’oubliais. Evart sortit une sorte de petit médaillon. Je voulais vous remercier pour ce que vous avez fait. Je n’avais malheureusement pas de bouteilles mordues par un chien du Haut-Roi Eldarion, ni même par celui de Sa Majesté.

Cette pièce était finement ouvragée. L’essentiel était d’argent mais un jeu subtil des motifs d’or faisait de cette pièce un très beau travail d’orfèvrerie avec, en outre, quelques gemmes çà et là. L’intérieur du médaillon s’ouvrait sur deux petits camés. Le premier représentait un olivier, représentant l’abondance, la force et la paix, et le second une chouette qui représentait elle la constance d’Evart envers Eamon et l’esprit qu’il mettrait à défendre ses intérêts. Par ailleurs, il y avait une inscription en bordure qu’on ne pouvait malheureusement pas lire à la lueur de la nuit. Cependant, le médaillon se dépliait encore pour laisser apparaître quatre petites peintures sur bois qui représentait la splendide citadelle de Minas Tirith, le port d’Osgiliath avec un bateau de commerce, des vignes avec un château au loin, sur le dernier on y voyait une cave et des fûts de chêne.

Ce n’était probablement pas le plus précieux, le plus touchant et le plus beau cadeau qu’Eamon ait eu. D’ailleurs Evart n’attendait rien en retour, il souhaitait juste montrer sa reconnaissance et il espérait que ce serait pris comme tel. Ils n’allaient d’ailleurs pas tarder à rentrer, après tout, il se devait aux invités de la maîtresse des lieux… Profitant de ses derniers instants, Evart glissa :


- Au fait, que pensez-vous de notre nouvelle Grande Marchande de Sud ? Je dois avouer que je la connais très peu alors que je suis déjà son service et presque dans le Sud.

- Comme tout le monde je suppose. Je n’en sais que ce qui se dit même s’il m’est arrivé de rencontrer son père. Je suppose qu’elle fera de son mieux.


Cette petite discussion avait été assez plaisante pour le jeune noble. Il n’avait certes pas pu avoir beaucoup d’information sur la manière dont il voyait Ella Desbo mais il avait pu faire sa cour auprès du Grand Marchand avec, certes des arrière-pensées, mais aussi du cœur –ce qui était assez rare-. Il pouvait maintenant repartir dans cet incessant ballet de mondanités. S’enquérir de la situation commercial de tel ou tel marchand, des derniers offices de tel ou tel noble de la cour… tout devenait un jeu pour Evart. Puis c’était une excellente entrée à matière pour ce qu’il voulait « réellement » savoir. D’ailleurs il avait même reçu ses premières demandes et requêtes à placer auprès de la Grande Marchande.

La soirée battait son plein et le vin coulait à flots. Comme prévu, les langues se déliaient sous l’effet de l’alcool et le nouveau secrétaire particulier en profitait largement. C’est ainsi qu’il pouvait discuter avec un groupe de marchands qui venaient des divers endroits du Gondor et semblaient être des relations commerciales mutuelles. Après quelques minutes des banalités d’usage, Evart dévoila le « fond » de sa pensée :

- Vous savez, je ne suis à ce poste que le temps de me faire un nom et une réputation.

- Que voulez-vous dire ?

- Cette Ella Desbo n’est guère compétente. Déjà, c’est une femme puis elle manque d’expérience et de talent pour cette charge bien trop lourde pour ces maigres épaules.

- Sur ce point, je ne peux qu’être d’accord avec vous,
concéda le premier.

- Non, je pense qu’elle fera le nécessaire puis le Grand Maître n’est pas quelqu’un de stupide. Rétorqua un autre.

- Vous voulez dire que vous faîtes tout cela par pure ambition personnelle ?

- Parce que vous ne le feriez pas ?
répondit le jeune secrétaire du tac au tac. Il y a une opportunité de me faire des relations et de me rendre indispensable pour préparer la suite, pourquoi m’en priverais-je ? Ne feriez-vous pareil ?

- Certainement pas, j’ai ma conscience pour moi et je pense que la Compagnie doit réussir si on veut qu’elle assure notre sécurité.

- Personnellement, je pourrais ne le faire que dans la mesure où cela ne porte pas préjudice à notre communauté.

- Et vous, mon cher ?

- Oh, personnellement, je vous comprends. Et puis travailler pour cette femme n’est pas ce qu’on appelle un employeur digne de ce nom.

- Je suis bien d’accord.
Répondit Evart. Et vous que pensez-vous de la Grande Marchande ?

- Pas grand-chose pour tout vous dire. Puis je ne fais pas de commerce dans cette partie de la Terre du Milieu alors je fais contre mauvaise fortune, bon cœur.


Les discussions s’éternisaient et le jeune homme avait fait le tour de l’essentiel des personnalités présentes. Il lui restait quelques personnes à voir avant la fin de la soirée dont Gareth Howe. Tandis que les invités vidaient les lieux, Evart s’éclipsa discrètement sur un balcon. Il attendait de pouvoir voir Dame Desbo et profitait d’un instant de repos après cette longue soirée de mondanité. La nuit était noire et la lune très haute, dans quelques heures, il ferait jour. Puis un laquais vint le chercher et l’amena dans une alcôve où il y avait la Grande Marchande du Sud. S’asseyant, Evart commença :

- C’était une excellente soirée, Dame Desbo, on peut dire que vous savez recevoir et la plupart de vos invités ont été enchantées, soyez en certaine. Attrapant un verre propre, il se servit encore un peu de vin doux. Concernant la mission que vous m’avez confiée, je pense qu’il serait plus simple que je dresse une liste précise des positions de chacun et des informations que j’ai pu avoir pendant notre voyage pour le Sud. Pour vous donner déjà quelques généralités, je dirais qu’il y a une forte minorité qui vous regarde avec suspicion voire hostilité. Cependant beaucoup semblent plutôt attendre de voir vos compétences et vos actes. Je dirais même que la majorité d’entre eux serait prête à vous aider si cela était nécessaire. Enfin une minorité, plus petite que les autres groupes hélas, voit votre arrivée plutôt d’un bon œil. S’il fallait résumer la situation, il va falloir que nous montrions que vous avez l’étoffe d’une Grande Marchande. Pour les plus importants, Eamon de Ronce ne semblait pas avoir d’animosité à votre égard, je pense qu’il fait partie de ces neutres bienveillants. Gyan Oliri semble plutôt de votre côté, je suppose qu’il veut faire oublier quelque chose. Par contre le Premier Président du Bureau du Commerce de Pelargir ne vous porte pas dans son coeur. Cependant son avis n’est pas partagé par tous les négociants de Pelargir. La plupart d’entre eux sont des pragmatiques qui espèrent votre réussite dans l’intérêt de leur commerce avec le Sud. Le Maître de la Guilde des Changeurs et Bancs de Minas Tirith ainsi que celui de Pelargir vous sont favorables. Ils espèrent que votre poste renforcera l’influence du Gondor dans la région et participera à la stabilisation de la situation politique. Ils ont perdu beaucoup, et leurs hommes aussi, avec la défaite de l’Emir Radamanthe. Avez-vous des questions plus spécifiques en attendant un rapport détaillé ? Par ailleurs, souhaitez-vous que nous parlions des détails maintenant ou préférez-vous attendre le jour ?
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Mardil
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