Plus claire la lumière, plus sombre l'obscurité ...

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
Espion de l'Arbre Blanc
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~ GRIMOIRE ~
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Mar 28 Juil 2015 - 21:42

L’amertume était un goût désagréable en bouche, et plus désagréable encore quand elle s’en prenait à l’esprit. Il était irrité, plus que de coutume, désagréable, à en devenir presque agressif. Puis soudainement il s’était plongé dans un mutisme morose et malsain, refusant obstinément tout nouveau contrat, réfutant les arguments de ses interlocuteurs en agitant son sceptre sous leur nez frénétiquement, menaçant leur âme de son regard pervers et de ses gestes évocateurs. Il avait perdu deux clients.

- Des gueux, mon ami, des gueux. Ils entrent les bourses tintinnabulant, accrochées de façon ostentatoire à la ceinture, ils se pavanent comme des paons et ils espèrent avec condescendance que je m’abaisserai à leur faire une « offre généreuse » ? Tu entends ça, mon ami ? Une offre généreuse ? Ne suis-je pas déjà assez généreux de leur laisser la porte ouverte et de les laisser entrer dans notre boutique ? N’est-ce pas ?

Helevorn regardait avec attention les détails de son sceptre tandis qu’il proférait son monologue dans sa boutique vide. Des lanternes étaient savamment exposées pour attirer le regard, de petites bougies posées ici et là pour créer des jeux d’ombre et de lumière. Des verreries à la beauté inégalable représentaient des scènes mythologiques où de hauts elfes se battaient contre des monstres gigantesques, des hommes faisaient face à une vague menaçante, ou des arbres ornés de joyaux d’or et d’argent. Des torches aux manches taillés comme des œuvres d’art étaient accrochées aux murs, leur mèche prête à être enflammée, aux senteurs douces et fruitées. Plus loin, des lampes à huile étaient associées à des objets divers pour former d’étranges compositions, originalité recherchée par de riches extravagants. Un heaume abritait une bougie bleue sur une étagère, la lumière ne sortant que par les trous réservés aux yeux et au nez, plus loin une lance à deux lames était posée contre un mur, couverte d’huile et d’onguent qu’on devinait inflammables, destinée à être utilisée par les saltimbanques de la cour royale lors de leur démonstration pyrotechnique.

Dans l’arrière boutique, Tom poussa un soupire. Son maître ne se calmerait décidément jamais, l’âge n’aidant en rien sa folie coutumière. L’âge … et il eut un nouveau soupire. Quinze années qu’il supportait Helevorn, qu’il le soutenait, le détestait, l’appréciait, l’honorait, le repoussait, l’estimait, le haïssait puis l’adorait encore. Leur relation était indéfinissable. Et tandis que le Lanternier traversait les années sans se plier à la volonté du temps, sans qu’une seule ride ne vienne orner son front, Tom regardait ses propres épaules se voûter, ses mains se faire de moins en moins habiles et ses crises d’arthrose devenir de plus en plus douloureuses. Il ne s’en plaignait jamais, mais il aurait aimé un peu de compassion de la part de son maître, il aurait aimé qu’il le questionne sur sa santé, sur ses envies, sur ses … « Bha, mon vieux Tom, 55 ans passés et tu rêves encore comme un gosse. » Qu’aurait-il pu répondre après tout ? Il ne pouvait que se contenter de lever une main ou l’autre pour initier un semblant de conversation, et rares avaient été les fois où son maitre avait été assez patient pour qu’ils aient une réelle discussion, Tom prenant alors le temps d’écrire chacune de ses paroles sur des morceaux de parchemin. Mais Helevorn ne semblait les lire qu’en diagonale, comme il l’aurait fait pour un contrat, une lettre administrative ou un message quelconque. Et ses réponses étaient évasives ou sans queue ni tête.

- Tom ! A réfléchir pareillement, tu vas te faire bouillir le crâne … et s’il explose tu risques d’en mettre partout. Alors arrête, j’ai en horreur les morceaux de cervelle sur les murs, tu le sais bien.

Helevorn continuait d’agiter son sceptre devant lui, ne jetant qu’un coup d’œil vers l’arrière boutique où le vieil homme avait le dos courbé avant de porter de nouveau les yeux sur son objet fétiche. Tom ne se retourna même pas, trop habitué à ce que son maître devine ses pensées et les interrompe. Il reposa la pièce de verre qu’il avait dans les mains, l’agença dans un socle de métal, puis en prit une seconde pour terminer la monture de la lampe. Helevorn reprenait déjà son monologue sans plus se soucier de son serviteur.

- La politique de cette ville m’empêche de travailler comme il se doit. L’armée de cette ville m’empêche de travailler comme il se doit. Ces bons à rien de soldats viennent renifler autour de ma vitrine comme si elle sentait la viande faisandée, comme si en se contentant de tourner autour de ma porte, ils pourraient trouver de quoi me faire accuser. Et quoi ? Il est impossible d’accuser un innocent, n’est-il pas mon ami ? Et le mariage n’a rien arrangé, et Cartogan non plus bien au contraire ! Ce cher général risque un jour de se trouver seul dans une ruelle avec autre chose que ses viles paroles lui sortant de la bouche ! Quel impudent ! Refuser que je n’entre dans ses appartements pour un entretien privé, refuser mes missives, refuser tout dialogue, refuser toute discussion ! Pour des « choses plus sérieuses que le commerce et vos bibelots à l’eau de rose »  …

Helevorn se tut soudainement et se redressa de toute sa hauteur. Une idée venait de germer dans son esprit. Une idée qui pourrait lui sauver la mise. Une idée qui pourrait changer cet état de fait et qui lui permettrait, sans doute, de reprendre ses affaires. Car si les lampes se vendaient bien, ce n’était pas ce qui lui plaisait le plus. Et Cartogan lui avait ôté tout plaisir depuis plusieurs mois. Et Helevorn n’aimait pas qu’on le frustre de la sorte.
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