Aux grands maux les grands moyens . [PV Aelyn]

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Learamn
Capitaine de la Garde du Roi du Rohan
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Localisation : Rohan, Edoras. ( et en mauvais état )
Rôle : Capitaine du Rohan

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Lun 31 Aoû 2015 - 11:57
En se redressant sur son lit Learamn poussa un grognement . La douleur était encore intense malgré les soins prodigués successivement par les infirmières de Pelargir et les médecins d’Edoras . Eofend l’avait escorté jusqu’à l’infirmerie adjacente au Château d’Or de Meduseld.
Là-bas les infirmières l’avaient alité et Learamn , exténué , s’était immédiatement endormi.
Il se réveillait à présent avec une furieuse migraine , un corps encore courbaturé et douloureux et un pied toujours aussi douloureux et qui ne semblait pas vouloir se désenfler . Le capitaine observa un moment son membre blessé , pansé à l’aide d’un énorme bandage  ; il mit son autre pied à côté et put constater l’effarante différence de taille . Et si le bandage ne cachait pas la blessure , le jeune officier aurait également pu noter le changement de couleur.  

Avec un soupir de découragement il se laissa mollement retomber sur son oreiller et se prit la tête entre les mains ; de toute évidence il n’avait pas été assez prudent . S’il avait déjà prit conscience qu’il s’était frotté à un adversaire bien trop supérieur pour lui il devait à présent de rendre à l’évidence ; il avait brûler les étapes. Une telle blessure n’était pas anodine et il n’avait pas voulu rester plus de douze jours à Pelargir ; certes il ne voulait pas rester plus longtemps dans ce lieu de malheurs , source de tant de maux et il désirait ardemment retrouver sa patrie au plus vite ; mais en prenant la route il voulait aussi se donner la preuve que sa blessure ne handicapait pas . Grossière erreur . Le voyage avait été un véritable calvaire et si la patrouille n’avait pas trouvé le capitaine dans les plaines , ce dernier ne serait probablement jamais arrivé à bon port.  Vraisemblablement , cette lésion le condamnerait à l’immobilisme pour un certain temps .

Une infirmière fit alors irruption dans la chambre que l’on avait spécialement aménagée pour le Capitaine de la Garde Royale , d’ordinaire les blessés étaient placés dans de grandes salles communes où l’on s’occupait plus ou moins bien d’eux. Learamn se souvenait y avoir fait un court séjour après s’être blessé à la main lors d’un entraînement alors qu’il n’était qu’un simple soldat dans la garnison d’Edoras sous les ordres d’Hogorwen .  Aujourd’hui le jeune homme bénéficiait d’un traitement de faveur , tout ce qu’il y avait de plus normal pour un officier ayant tant donné au Rohan .  Mais lui aurait tout fait pour ne pas se trouver dans cette pièce , cauchemar de tout guerrier ; ainsi couché seul le cavalier se sentait tout bonnement inutile.
L’infirmière , donc , put constater le réveil de l’officier après un repos de plusieurs heures ; elle s’empressa de lui faire apporter de l’eau avant d’aller avertir les guérisseurs et les autorités.

Un médecin accourut alors au bout de quelques minutes à peine , de toute évidence il s’était empressé de venir rencontrer son prestigieux patient . Essoufflé , il prit plusieurs secondes à redonner un rythme normal à sa respiration . Il se redressa alors et adressa un sourire sincère à Learamn qui ne le lui rendit pas.

-Comment vous sentez vous mon Capitaine?

-Mal
. répondit simplement celui-ci .

Légèrement décontenancé le médecin prit tout de même la peine d’examiner le blessé ; il lui prit la température , le pouls , la respiration et s’assura qu’aucune infection ne s’était déclarée au niveau de ses différentes blessures. Quand il palpa le bandage à son pied sans crier gare , Learamn  du mobiliser toute sa volonté et se fit violence pour ne pas crier à cause de l’intense douleur . Il ne devait pas montrer sa souffrance sinon on ne risquait pas le faire sortir avant longtemps , avant trop longtemps. Alors que le jeune homme souffrait le martyr en silence , le médecin déroula le pansement et appliqua quelques produits sur la blessure du capitaine . Puis il prit des mains de l’infirmière un nouveau bandage qu’il serra autour du pied meurtri . Une fois l’opération de torture achevé le médecin se lava les mains et après avoir adressé quelques mots à un Learamn qui n’écoutait pas il fit volte-face et sortit de la pièce en compagnie de l’aide soignante , laissant le blessé ruminer ses pensées ,seul.

Le temps semblait passer avec une lenteur extrême , ainsi couché dans son lit  , Learamn était plongé dans ses moroses pensées . Il s’ennuyait fermement et quand le moment délicat où les besoins naturels devenaient pressant il fut légèrement décontenancé . Les lieux de plaisance se trouvaient au bout du couloir , autant dire à des lieux d’ici pour un blessé en son état . Il se redressa , se saisit des béquilles en bois posés au pied de son lit et à l’aide d’un effort surhumain il se mit debout . Le moindre mouvement lui faisait atrocement mal , le trajet se révélerait au mieux très compliqué. Le capitaine se mit alors à claudiquer en s’appuyant à loisir sur ses béquilles , forcé de prendre une pause après seulement quelques pas , le temps que la douleur s’atténue tandis que l’envie de se soulager devenait de plus en plus pressantes . Il dut donc effectuer le dernier tiers du trajet d’une traite en faisant abstraction de la douleur pour éviter toute situation gênante . Le retour fut tout aussi pénible mais au moins il pouvait se permettre de prendre son temps .  Ce genre de situation se répéterait sûrement à plusieurs reprises et Learamn les attendrait sans doute avec une certaine appréhension .

Alors qu’il feuilletait un ouvrage sur l’histoire du château d’Or et de ses occupants la porte de sa chambre s’ouvrit . Croyant qu’un énième médecin était entré , le capitaine ne leva même pas les yeux de son livre et il fallut que le nouveau venu parle pour que Learamn y fasse attention.

-On ne salue plus son supérieur capitaine?

Cette voix , il la connaissait , il la reconnaîtrait entre mille . Il leva donc la tête et put constater que ce n’était ni un guérisseur ni une infirmière qui avait fait irruption mais bien le Vice-Roi Gallen Mortensen en personne . Confus Learamn voulut , dans un mouvement maladroit , se redresser pour honorer le Champion du Rohan . Celui-ci d’un geste bienveillant l’invita à rester couché . Aucune autre visite que celle de l’ex Maréchal n’aurait pu faire plus plaisir au jeune capitaine : il n’était pas seulement le vice-roi et le supérieur du jeune homme non il le voyait aussi comme un mentor paternel ; un héros bienveillant qu’il avait pris comme exemple . Gallen avait toujours su trouver les mots justes pour remotiver un jeune guerrier pas toujours en confiance ; une relation de profonde confiance s’était également installée entre les deux hommes . Le Vice-Roi l’avait promu à un très haut poste alors qu’il n’avait pas encore trente ans et il n’avait pas hésité à confier les rênes d’une mission aussi importante que celle à Pelargir entre les mains de son jeune capitaine ; en retour Learamn vouait une confiance aveugle envers le Champion du Rohan . Celui-ci s’approcha du chevet de son subalterne .

-Learamn
, fit il , j’ai appris ce qui s’est passé à Pelargir et ce qui vous y avait laissé . Mais sache que vos efforts n’ont pas été vains , la mission a été une réussite et je ne regrette pas t’en avoir donner le commandement . Tu as su prouver ta valeur et tu as fait taire toutes les mauvaises langues  jalouses qui médisaient sur toi et ta promotion .

Le souvenir des affrontements à Pelargir et des blessures subies n’avaient rien d’agréables et la gorge nouée par l’émotion le jeune officier ne put prononcer un mot. Il se contenta de faire un signe de tête au Vice -Roi. Ce dernier avait les traits tirés et fatigués , de toute évidence ces dernières semaines n’avaient pas été de tout repos pour lui non plus . Il avait sûrement beaucoup à faire et le fait qu’il ait trouvé le temps de rendre visite à son capitaine rendait le geste encore plus louable .  Le Vice-Roi se redressa

-Quand tu seras de nouveau sur pied , le Rohan pourra acclamer son héros . Cela viendra , il te faut juste un peu de patience et les meilleurs soins possibles.

D’une voix émue le capitaine parla alors

-Ne bénéficie je pas déjà des meilleurs soins possibles?

Gallen adressa un sourire à Learamn

-Pas tout à fait mais cela ne saurait tarder
.

Faisant virevolter sa cape , le vice roi s’en retourna et sortit de la pièce. La visite fut brève mais intense et elle mit un peu de baume au coeur d’un Learamn désespéré de rester blessé et alité.

Les heures continuaient à passer , toutes aussi lentes et désespérément identiques . Learan qui avait toujours été un lecteur assidu commençait à se lasser de feuilleter des ouvrages à longueur de journées ; il avait perdu le goût de ce genre de loisir. La visite du Vice-Roi avait certes fait énormément de plaisir au jeune homme mais elle avait été trop brève pour effacer ses doutes en l’espace de quelques secondes comme cela était déjà arrivé par le passé , cette fois ces hésitations étaient enfouis au plus profond de lui même et étaient beaucoup plus difficile à déloger.  

Deux jours plus tard Learamn reçut la visite d’une autre figure paternelle , puisque l’homme qui était entré en silence dans sa chambre n’était autre que son père : Eolkar . Celui-ci avait les traits tirés , une mine fatigués ; des rides se dessinaient au coin de ses yeux et de sa bouche et une barbe  mal rasée de quelques jours mangeait son visage encadré par des cheveux grisonnants coupés court. En voyant son fils pour la première fois depuis si longtemps Eolkar ne put résister à l’émotion et ses yeux s’embuèrent de larmes ; il s’approcha du lit et étreignit le jeune capitaine avec affection.  Le comportement de son père surprit un peu Learamn qui ne s’était pas habitué à de telles marques d’affection de la part de son père qui les avaient élevé avec amour certes mais également avec beaucoup de rigueur généralement les caresses et les doux mots réconfortants à l’oreille venait de sa mère : Céoda.  

-Et maman?
fit simplement Learamn .

Son père lâcha un soupir

-Elle est un peu fatiguée tu sais , je préfère qu’elle se repose à la maison .

Le capitaine fronça les sourcils , “fatiguée”? Connaissant sa mère il en fallait plus qu’une simple fatigue passagère pour l’empêcher d’aller voir son fils après tant de temps . Son père voulait il lui cacher quelque chose de plus grave? Eolkar tira un tabouret et s’assit auprès de son fils ; d’un regard triste il observa un long moment les nombreuses blessures de celui-ci. Il semblait souffrir autant que son fils .
Il reprit la parole d’un voix calme mais néanmoins un peu tremblant

-Tu sais je dois te dire que  tout d’abord je suis très fier de toi , de ce que tu es devenu.

Effectivement rien ni personne ne pouvait prédire que le fils d’un couple de vaillants paysans soit amené à devenir un officier dans la Garde Royale ; de tels parcours étaient bien exceptionnels.  

-Tu honores notre famille , continua Eolkar , et tu honores notre patrie. Mais je dois t’avouer que ta mère est inquiète et puis moi aussi je le suis un peu ; quand tu nous a quittés pour rejoindre la garnison d’Edoras ça avait été déjà un déchirement pour nous tous mais la situation était à peu près stable à Edoras et nous te croyions hors de danger pour quelques temps et puis tu étais juste  à côté de la maison . Mais voilà que plusieurs fois tu es parti sans nous dire au revoir ; au mieux tu nous envoyais un petit mot ; tu partais pour des semaines voire des mois et pour affronter je ne sais quel dangers mais visiblement des dangers assez importants pour te forcer à rester alité. Ta mère se faisait un sang d’encre et puis elle pensait que…

-CESSE DE PARLER DE MAMAN!!!!


Sans vraiment sans rendre compte Learamn avait crié de toutes les forces qui lui restaient ; était il en colère? Peut-être il n’en savait rien . Etait il exaspéré par tout ce qui se passait autour de lui ces derniers temps ? Bien sûr , sans l’ombre d’un doute.  Eolkar surpris d’être coupé de manière aussi brusque par son fils qu’il avait pourtant connu doux et extrêment respectueux durcit son ton .

-Si je continuerai à parler de ta mère , car ce qu’elle pense c’est ce que je pense aussi ! Chaque jour nous tremblions de peur , à chaque  nous craignions que tu ne meures dans ces lointaines contrées loin de la maison et…


-Alors pourquoi ne vient elle pas me le dire en face? POURQUOI? Vous aviez peur ? Parceque vous croyez que moi je n’avais pas peur ? C’est moi qui les ait affronté ces dangers au  péril de ma vie! C’est moi qui ai été blessé alors que j’essayais de préserver la sécurité et la paix dans nos régions pour que vous tous et tous les citoyens vivent sereinement ! Crois tu que je n’ai jamais tremblé ?  Dis ça à maman et ajoute que si elle a quelque chose d’autre à me dire qu’elle vienne me le dire en face!


Bouillonnant Learamn semblait furieux mais contre qui exactement ? Pouvait il être autant énervé envers son père? Assurément non ; Eolkar était peut être seulement le spectateur malheureux de ce qui se jouait dans l’esprit de son fils et qui  dépassait totalement ce dernier.  Le paysan ne répondit pas immédiatement et attendit que son fils se calme et reprenne un souffle normal puis il lui répondit d’une voix brisée par l’émotion.

-Learamn. Ta mère est malade , très malade.

Le jeune capitaine entrouvrit la bouche , ses yeux s’écarquillèrent tandis qu’il prenait la mesure de la chose . Son teint , déjà très pâle , commença à blêmir , ses mains devinrent moites et ses lèvres tremblaient.  Sa mère , Céoda , ne pouvait pas être malade ; aux yeux de Learamn elle avait toujours été la femme forte , indéboulonnable ; quasiment indestructible   . C’était simplement impensable . Des larmes se mirent alors à couler à flots sur son visage certes changé mais dont certains éléments rappelaient encore son minois juvénile d’autrefois .  Il se cacha sa face entre ses mains tandis que son père , attendri , lui posa une main affectueuse sur l’épaule . Dans un élan et faisant fi de la douleur que ce genre de geste provoquait , l’officier se jeta dans les bras de son père et ils pleurèrent ensemble .
Eolkar lui dit à l’oreille entre deux sanglots

-Dis , quand tu seras  en état tu viendras nous voir hein?

Incapable de répondre distinctement   , Learamn se contenta de hocher vigoureusement la tête en signe d’approbation tout en continuant à sangloter dans l’étreinte paternelle .


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Eolkar parti , Learamn dut à nouveau faire face à la solitude et aux tourments intérieurs . Mais à cette tempête sous un crâne qui regroupait déjà les souffrances physiques et les doutes psychologiques s’ajoutaient la crainte de perdre un être cher. Learamn était en proie à la souffrance , au doute et au désespoir ; il avait besoin d’un excellent thérapeute , au plus vite.



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Gallen Mortensen
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Mar 22 Sep 2015 - 13:06
Les yeux bandés, Gallen effectuait les passes d'arme avec vivacité et force. Normal ,ces gestes il les avait répétés des milliers de fois. Mais depuis une année il augmentait la difficulté de ses passes d'arme. Sa rencontre avec Rokh n'était certainement pas étrangère à ce changement. Penser à sa Némésis du Sud transporta Gallen deux mois avant dans la tente de la reine Lyra. les épisodes survenus suite au mariage de tar Aldarion étaient loin d'être anodins et de plus ils avaient ramené une "compagnon" de cette sinistre aventure, la compagne ou tout moins une amie ou une compagne d'arme de feu Rokh. La situation était prresque ironique si elle n'étauit pas la suite d'un terrible drame , cette femme exigeait la vengeance , elle avait soif de sang, Gallen l'avait perçu , ayant lui même ressenti cette addiction. Mais le ton du Vice roi avait été intransigeant , ils devaient revenir à Edoras. Mais au fond de lui, Gallen aurait mille fois préféré partir en vendetta venger son âme sœur, mais son temps ne lui appartenait pas , il était Vice Roi du Rohan. Mais il ne pouvait pas laisser ce crime impuni et il avait engagé la parole du Rohan. Et surtout il voulait sincèrement faire payer à ces hommes ou femmes la mort d'un guerrier tel que Rokh, lorsqu'il y pensait il rentrait dans une rage folle. Mais il devait parler plus longuement à cette guerrière

Respire , oui comme cela

Le vice roi se força à se calmer. Puis il reprit ses enchainements. Oui il avait compris de nombreuses choses ces derniers temps, sa rencontre avec le roi Méphisto lui avait fait prendre conscience des responsabilités de sa charge. Depuis son retour il s'était plongé dans la gestion du Rohan, ne s'accordant que ses 2 heures de libertés martiales, seul ou parfois avec le capitaine des gardes royaux Léaramn . D'ailleurs Gallen avait croisé tout à l'heure l'homme qui devait être le père du jeune homme. Un paysan , Mortensen le sut immédiatement. Tout comme son père à lui. Cela occasionnait souvent de l'incompréhension, Gallen laisserait Léaramn lui en parler si la capitaine en éprouvait le besoin. De toute manière Aelyn allait s'occuper du jeune capitaine, elle trouverait les mots.

Son esprit commença à être assailli par des mouvements de troupes, le prix du blé, les problèmes de succession d'un seigneur du Nord.

Gallen imposa le vide dans sa tête et répartit pour 10 mns de combat imaginaire. En sueur, Le vice roi retira son bandeau. Il s'avança vers le coté Nord de la salle d'armes et plongea comme à la vieille époque sa tête dans un tonneau d'eau froide. Il ressortit la tête le sourire aux lèvres. Oui c'était bon. Et comme toujours lorsque il était bien il pensa à Aelyn. Il s'essuya vigoureusement et se souvint des derniers évènements: l'annonce de la grossesse d'Aelyn, leur violente dispute avant le duel contre Rokh, son intervention féerique contre la reine Lyra durant laquelle elle avait montré qu'elle était la compagne du Vice roi du Rohan et l'attaque qu'avait subi Aelyn dans la maison des guérisons à Minas thirith. Comme souvent Gallen maudit le système de renseignements du Rohan qui était presque inexistant et tout du moins bien moins efficaces que ceux du Gondor ou de son ami Sirion en Arnor. Certes il échangeait de ceci avec Fendor mais cela ne fait pas partie de la tradition rohirrim et Gallen se rendait compte que les mentalités étaient longues à changer. Mais au cours de sa lutte contre l'OCF Mortensen s'était rendu compte de l'efficacité de tels réseaux d'informations et de renseignements. A ce sujet il avait appris la mort de Shiva à Minas thirith, Gallen était persuadé que la mésentente entre Sirion et Neige avait son importance dans cet échec. Il doit se l'avouer la mort de la jeune femme l'avait touché.

Mais il faut bien l'avouer Aelyn et Gallen avait juste amorcé une vraie conversation sur ces sujets. Le Vice roi le sentait Aelyn attendait des explications et elle les aurait il lui devait cela. Mais il eut un sourire car depuis peu Aelyn était devenue encore plus câline surement à cause de sa grossesse et même si il ne devait pas le dire jamais il n'avait connu un tel nirvana auprès d'une femme même avec.... Et de nouveau l'image de Farma le frappa.

Gallen respira longuement et il les entendit arrivés...les jumeaux.

Il leur tourna le dos pour ne pas qu'ils voient son sourire , car il était heureux de les voir pour leur leçon d'escrime mais il était leur maitre d'arme. il se retourna calmement lentement l'air grave.

Ces derniers temps, devant le ventre de leur mère qui s'arrondissait Gallen essayait d'imaginer ce que pouvaient penser les jumeaux, il en était tout simplement incapable. il décida donc de ne pas changer son attitude, ne pas ses substituer à leur père mais être là pour eux. Et les protéger contre tout et tous, car il y avait des rumeurs. L'arrivée d'un enfant légitime de Galeln compliquait leurs places à Edoras pour certains, même si Aelyn et Gallen n'étaient pas mariés. D'autres allaient plus loin et si Fendor ........

Gallen balaya ses noires pensées et observa les jeunes garçons déterminés avec les épées en bois que Gallen leur avait donnés.

Il leur demanda de lever leurs armes et observa leur prise en main.

Galln murmura

Bien , Très bien....

Puis plus haut

"Les cours d'escrime sont interdits aux mamans"

Et il entendit ronchonner et un bruit de pas précipité , Aelyn était là , elle ne pouvait pas s'en empêcher.

Gallen fit un clin d'œil aux garçon et reprit son sérieux

"Bien montrez moi les passes apprises hier"

Les garçons s'exécutèrent. Ils avaient surpris leur mentor, ils avaient des capcités physiques au dessus de la moyenne et une envie d'apprendre surtout Eofyr. il apprenait déjà des passes d'armes qu'un adulte aurait du mal à appréhender....

Tout à ses pensées, le Vice roi observait les jeunes garçons , il s'aperçut qu'il les aimait plus que tout et cela le rassura.

Il mit en place un combat entre les 2 et cette fois Eogast fut en dessous de ces capacités, il eut même les larmes aux yeux suite à un coup d'épée un peu fort de son frère.

Gallen ordonna à Eofyr de répéter les passes d'armes de la veille avec plus de rapidité et il s'assoit à coté d'Eogast .

Le vice roi laisse un petit instant s'étirer et déclare

"Tu m'aimes pas te battre hein Eogast"


Le jeune garçon regarda les yeux remplis de larmes Gallen, qui lui vait le regard dans le vide

"C'est normal Eogast, mais nous sommes dans un monde violent et nous devons défendrons ce et ceux que nous aimons , tu comprends ?"


Le jeune garçon fixait toujours Gallen

"Tu es très intelligent Eogast, tu m'impressionnes sincèrement mais des personnes dans ce monde te haïront pour cette qualité c'est ainsi, tu devras alors te défendre. Et ta mère ne me le pardonnerait pas si il t'arrivait du mal..... Et moi non plus je ne me le pardonnerai pas?..."

Gallen fixa enfin Eogast et le prit dans ses bras.

La séance se termina peu après

Gallen rangea les armes et se rendit dans ses appartements, pour une longue journée de réunions interminables mais c'était sa charge, il était Vice roi du Rohan, maintenant il l'admettait vraiment.


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Ryad Assad
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Jeu 24 Sep 2015 - 17:56


Cela faisait deux mois déjà. Deux mois, et elle ne s'en remettait toujours pas.

Allongée dans son lit, recroquevillée sur elle-même, Iran était en larmes. Ce n'étaient plus les sanglots déchirants qui la saisissaient au beau milieu de la nuit, qui la tiraient de ses cauchemars violents et qui lui donnaient l'impression qu'un étau la compressait jusqu'à la faire exploser. Seulement des larmes. Des larmes qui ne semblaient pas trouver de fin, comme si rien ne pouvait atténuer la peine terrible qu'elle ressentait. Il fallait dire que chaque fois qu'elle fermait les yeux, des images horribles s'imposaient dans son esprit. Rokh. Mort. Elle avait toujours du mal à le croire. Ce n'était qu'un gamin, et maintenant… il n'était plus là.

Elle s'était attachée à lui. Beaucoup. Trop, sans doute, mais il était trop tard pour penser à ça désormais. Elle avait été en charge de son sort lorsqu'il était revenu au Rhûn, affaibli, amaigri et avec des blessures qui n'étaient pas jolies à voir. C'était elle encore qui avait écouté son histoire, et qui avait veillé sur lui jour et nuit, en s'assurant qu'il allait s'en sortir. Mais elle avait plus que ça, pour ce guerrier trop jeune, brisé par la vie. Elle avait parlé avec lui, l'avait poussé à se confier, et pendant ses longs mois de convalescence, elle avait fait en sorte de le faire sortir peu à peu de sa coquille. Enfin, elle avait décidé de l'accompagner quand il avait voulu aller rendre visite à ses parents. Beaucoup pensaient, déjà à l'époque, qu'ils entretenaient une relation. Cela y ressemblait oui, et elle comprenait les rumeurs qui circulaient à leur sujet. On murmurait qu'ils allaient se marier, et que Rokh allait chercher la bénédiction de son père pour ces épousailles. Il n'en fut rien. Iran fut la seule à savoir ce qu'il se dit sur cette petite île de la mère de Rhûn où les parents du guerrier vivaient toujours. Et ce n'était pas son père qu'il allait voir.

Il cherchait la présence de sa mère, dont il lui avait confié avoir oublié jusqu'au visage… jusqu'au nom. Il s'était enfoncé dans la guerre tant et tant qu'il était devenu un homme trop vite, trop tôt. Il n'avait jamais connu les joies de serrer sa mère dans ses bras, ne s'était jamais senti aimé, ne s'était jamais laissé aller à faire confiance. Il avait intégré très tôt les notions du guerrier, et cela avait pris la place de tout le reste, tant et si bien qu'il ne restait plus dans son cœur de place pour personne. Iran le savait, et bien qu'elle appréciait Rokh plus qu'aucun autre homme, elle ne voyait pas en lui la personne avec qui elle pourrait passer le reste de ses jours. Elle ne l'avait jamais vu ainsi. Elle était à peine plus âgée que lui, et pourtant elle le voyait encore comme un enfant. Elle avait voulu le protéger, comme une grande sœur, comme une marraine. Il n'avait jamais demandé autant, et il n'avait jamais demandé davantage. Elle l'avait soutenu de son mieux, et quand ils étaient revenus de ce périple dans le passé du guerrier, elle avait décidé de l'emmener avec elle à Blankânimad. Il devait rendre des comptes à ses supérieurs, rejoindre l'armée qu'il avait quittée, et elle ne voulait pas qu'il déshonorât sa famille en finissant ses jours comme un mercenaire. Elle connaissait son talent, et savait qu'il serait repris s'il présentait ses excuses, s'il travaillait dur, s'il donnait des garanties.

Là encore, elle avait été bien surprise. A son retour, il s'était enfermé cinq minutes avec un officier, qui lui avait obtenu une audience avec la Reine elle-même. Une heure plus tard, il était réintégré, avec les honneurs, sans paraître avoir fourni d'effort particulier. Il avait mis un moment à lui expliquer pourquoi, et elle avait fini par comprendre la vérité un soir qu'ils discutaient, après une patrouille particulièrement harassante. Elle lui avait demandé encore une fois comment il avait pu revenir si facilement, ce qui avait réussi à convaincre la Reine elle-même de le reprendre. Il avait alors tout expliqué. Absolument tout.

Il avait commencé par raconter la façon dont il avait quitté l'armée pour intégrer les rangs de l'Ordre de la Couronne de Fer, comment il y avait combattu, comment il y avait servi fidèlement. Iran n'osait même pas réfléchir à ce que cela impliquait. Cela signifiait que Lyra elle-même était au courant de tout cela, et que dans un certain sens elle avait contribué au développement de cette organisation qui avait déstabilisé les peuples de l'Ouest. En soi, cela n'avait rien de choquant, mais pour la jeune femme, cela faisait de Rokh non pas un déserteur, mais bien un héros. Elle l'avait alors perçu comme un militaire à part, à qui on avait confié une mission de premier ordre : aller porter la guerre au cœur des royaumes occidentaux pour les faire vaciller. Il paraissait voir les choses sous un autre angle, mais il se garda bien de lui dire que pour lui, l'Ordre était un ramassis de mensonges et de promesses non tenues.

Il en était bientôt arrivé à l'épisode de la bataille d'Aldburg, où les hommes du lointain pays de Rohan s'étaient battus les uns contre les autres dans une guerre civile qui avait vu les morts se compter par centaines. Elle avait eu du mal à croire à ce qu'il lui racontait, tant cela ressemblait à une fable. Les défenseurs de la citadelle, en infériorité numérique, avaient réussi à tuer le roi qui s'était jeté dans la bataille au mépris de toute prudence. La bataille avait tourné en la défaveur des assaillants, et Rokh avait été fait prisonnier, torturé, avant d'être lié à son adversaire par un contrat bien curieux. Iran avait été fascinée par ce personnage du Maréchal Mortensen que lui décrivait le guerrier. Elle avait remarqué que Rokh n'accordait son estime qu'à une poignée de personnes, et qu'il s'agissait rarement d'estimer leurs compétences militaires. Or, il parlait du Maréchal comme d'un très grand guerrier, d'un « adversaire honorable » et d'un « champion digne de lui ». Il y avait de quoi impressionner, et elle imaginait l'intensité de leur duel épique au beau milieu du champ de bataille.

Iran connaissait donc le Maréchal, devenu désormais Vice-Roi, mais elle ne s'attendait pas à être amenée à le côtoyer comme Rokh l'avait fait. Si on lui avait dit que la situation allait tourner de la sorte, elle n'y aurait pas cru. Jamais. Premièrement, elle n'imaginait pas son ami mourir. En aucun cas. Elle avait vu à quelles blessures il avait survécu, elle avait vu ce dont il était capable même en étant blessé, et elle savait qu'il ne se laisserait pas tuer facilement. Même le duel contre le Vice-Roi ne l'inquiétait pas tant que cela, et elle avait fait preuve de beaucoup de confiance à la veille de ce combat. Là où tout avait basculé. Elle ne comprenait pas encore trop les tenants et les aboutissants de ce drame. Elle savait simplement que son ami était mort, et que, aveuglée par la haine et par une envie de vengeance qui brûlait encore en elle aujourd'hui, elle s'était jetée sur l'homme qu'elle estimait responsable de tout ceci.

La jeune femme ferma les yeux, et sécha ses larmes maladroitement. Elle ne voulait plus penser au passé. Elle devait se concentrer sur le présent. Se levant péniblement, elle ouvrit la fenêtre de la petite chambre qu'on lui avait affectée au milieu de la caserne des gardes de la capitale du Rohan. Ses yeux se posèrent sur la cité d'Edoras aux toits de chaume, et sur ses habitants qui vaquaient à leurs occupations. Elle resta à contempler ce drôle de spectacle un instant, laissant son regard s'égarer sur qui installait son étal pour le marché, qui discutait avec son ami des dernières rumeurs entendues à l'auberge, qui partait gaiement au travail dans les champs voisins. Parfois, elle se demandait si tout cela était réel. L'était-ce ? Ce monde, si vaste, qu'elle percevait au-delà des plaines qui s'étendaient à perte de vue, existait-il vraiment ? Elle avait parfois du mal à le croire. Arda était si vaste, et ses peuples si divers, si nombreux. Elle venait des contrées lointaines du Rhûn, des régions orientales sans non plus venir des franges du royaume. Pour elle, tout cela était tellement… bizarre. Elle se sentait perdue, petite, écrasée. Si ce n'avait été pour Rokh, elle ne serait pas restée dans un tel endroit. Mais elle se devait de le faire pour honorer la mémoire de son ami, honorer son engagement pris auprès de la Reine, et simplement parce qu'elle voulait faire payer au coupable de ce crime odieux.

Deux mois, et toujours aucune piste, sinon de maigres indices. Les malfaiteurs étaient loin maintenant, mais elle demeurait convaincue qu'elle finirait par obtenir des informations intéressantes. Il lui fallait seulement chercher, continuer à tendre l'oreille, interroger et recueillir les témoignages. Elle finirait bien par mettre la main sur une piste, et alors elle ne la lâcherait pas. Pour rien au monde.

Suivant le même rituel depuis qu'ils étaient revenus à Edoras, Iran se dirigea vers la salle commune où les gardes se lavaient. On ne pouvait pas dire qu'ils en faisaient un usage intensif, et beaucoup ne devaient pas y venir régulièrement, à en juger par leur odeur. Les lieux n'avaient rien à voir avec l'équivalent oriental, beaucoup plus propre et mieux entretenu. Cependant, c'était déjà un luxe de savoir que l'eau était changée quotidiennement, ce qui signifiait qu'en se levant assez tôt, elle pouvait profiter de deux choses qu'elle n'aurait pas eu sinon : une eau propre, et une certaine intimité.

Elle avait été surprise, en arrivant ici, de constater qu'il n'y avait aucune femme dans l'armée. Elles n'étaient pas si nombreuses en Rhûn, mais dans chaque caserne, il y avait tout de même des espaces dédiés aux membres féminins de l'armée, et on ne pouvait pas dire qu'elles étaient négligées. Au Rohan, elle était pour ainsi dire la seule représentante du beau sexe de la caserne, et bien évidemment aucune disposition n'était prise pour elle. On lui avait proposé de loger ailleurs, mais elle avait refusé – par fierté, essentiellement – et elle se trouvait désormais dans cette situation curieuse où elle devait partager les lieux avec un public exclusivement masculin. Les hommes ici ne lui facilitaient pas la tâche, et elle savait être une sorte d'attraction pour la caserne d'Edoras, une curiosité. La plupart faisait simplement en sorte de ne pas se trouver dans la même pièce qu'elle, ce qui lui convenait amplement.

Comme tous les matins, elle passa sa chemise de lit, s'enroula dans une serviette, attrapa ses vêtements propres, et se dirigea d'un pas décidé vers les bains. Il n'y avait personne dans les couloirs à cette heure-ci, et elle ne se souciait pas de marcher pieds nus. Le contact de la pierre froide sur sa peau lui procurait un picotement agréable qui achevait de la réveiller. Comme tous les matins, en tournant à l'angle du dernier couloir, elle eut le déplaisir de constater que les mêmes hommes se trouvaient là. Trois Rohirrim qui avaient remarqué son petit manège, et qui s'étaient mis en tête de lui pourrir la vie. Personne n'était là pour les surveiller, les rabrouer, et ils s'étaient un jour dressés face à elle, l'empêchant fermement de passer. Depuis, ils venaient régulièrement, et se montraient toujours aussi agressifs et aussi méprisants avec elle. Elle ne comprenait pas toujours très bien ce qu'ils disaient, car ils parlaient vite, et certains mots étaient lancés en rohirrique, leur langue de sauvages. Mais l'essentiel ne lui échappait pas. Surtout à cause de leur ton, et de leur regard mauvais :

- Alors, voilà la Chienne du Vice-Roi qui vient se toiletter. Tenace, la putain… T'as pas encore compris ?

Iran ne s'arrêta même pas, et continua à avancer vers eux. Elle avait longtemps ignoré d'où lui venait ce surnom de « Chienne du Vice-Roi ». Et puis elle avait appris totalement par hasard que Rokh, du temps de sa captivité, avait été surnommé le « Chien de Farma », du nom de la femme qu'il devait protéger. Elle se sentait profondément insultée à chaque fois qu'ils l'appelaient de la sorte, et elle ne pouvait qu'imaginer à quel point son ami défunt avait pu être choqué par un tel traitement. Ce qu'il avait enduré était difficilement concevable pour elle, mais plus le temps passait, plus elle avait l'impression de comprendre comment il avait été reçu ici. Il aurait été injuste de dire que tous les Rohirrim se comportaient de la sorte, mais trois hommes particulièrement butés suffisaient à ruiner ses journées. Elle s'avança vers eux comme d'habitude, consciente qu'ils allaient essayer de l'intimider pour la faire repartir :

- Tu veux vraiment qu'on te casse la figure ? Tu sais, on commence à en avoir assez de te voir tourner dans les parages, alors tu ferais peut-être mieux de te tirer avant qu'on s'énerve vraiment cette fois.

Elle répondit sèchement :

- Ecartez-vous. Je ne le répéterai pas deux fois…

Elle était vraiment agacée aujourd'hui, et elle n'avait pas envie de perdre du temps à discuter avec eux. D'ordinaire, elle les laissait jouer quelques minutes, avant de les menacer. Ils la bousculaient sans lui faire de mal, et partaient en riant, en lui lançant un « à demain » moqueur. Mais aujourd'hui, elle ne leur avait pas donné le privilège de passer leurs nerfs sur elle, et elle était directement passée à la case menace. Le plus grand des trois, dont elle ignorait toujours le nom, regarda ses compères en lançant :

- Oh, mais c'est qu'elle est teigneuse la Chienne. Peut-être qu'on devrait lui apprendre les bonnes manières. Hein ? On te ménage parce que t'es une gonzesse, mais si ça se trouve tu te fous de nous… T'as quoi entre les jambes, hein ?

Il tendit la main vers sa serviette, dans l'intention évidente de la lui arracher. C'était principalement pour cette raison qu'elle gardait une chemise de lit en-dessous, consciente que ces trois types pouvaient un jour passer à la vitesse supérieure. Elle était contente de ne pas s'être laissée surprendre, et d'avoir tout prévu. Elle retint de justesse le morceau de tissu, et écarta le type en le repoussant du plat de la main, tout en criant :

- Fichez le camp, perfides !

Ils rirent :

- Oh la la, « perfides », rien que ça ? Allez, casse-toi où c'est moi qui vais te casser en deux.

Elle ne recula pas. Avec plus de violence, il s'empara de sa serviette, et la tira de toutes ses forces. Elle ne résista même pas, et profita de son élan pour le pousser en arrière. Il trébucha, et tomba lourdement en arrière, le regard incroyablement surpris. Iran recula d'un pas, plus pour se préparer à se défendre que par crainte. Elle n'avait pas voulu le pousser aussi fort, et elle se rendait compte maintenant qu'elle était peut-être allée trop loin. Mais elle doutait sérieusement de leur courage : ils n'oseraient pas s'en prendre à elle, surtout pas si cela devait laisser des traces. Ils risquaient fort d'être punis par leurs supérieurs, voire pire si elle en référait au Vice-Roi. Le type se releva, mais n'ajouta rien, et s'éloigna avec ses compagnons. Iran soupira de soulagement, et ramassa ses affaires. Comme tous les matins, elle espérait que ce serait la dernière fois… Aujourd'hui avec peut-être plus de confiance. Elle les avait remis à leur place sans en faire trop, et ils comprendraient peut-être qu'il était peine perdue d'essayer de la faire craquer.

Heureuse de pouvoir se délasser, elle referma la porte des bains derrière elle, quitta ses vêtements, et s'immergea dans l'eau encore brûlante. Il était toujours difficile d'y rester la première minute, mais elle serrait les dents, et finissait par apprécier le contact agréable de l'eau chaude sur son corps. Le bain en lui-même était assez spacieux, et elle ne se trouvait pas dans une baignoire. Plutôt une petite cuve où elle se tenait debout, assez large pour qu'elle n'en touchât par les bords avec les bras, et assez profonde pour qu'elle n'en touchât pas le fond avec les pieds. Accoudée au bord, elle avait l'impression de recevoir un massage délicat, et cette impression chassait ses mauvais rêves au loin, la laissant apaisée et détendue pour quelques temps. C'était son rituel le plus important, celui qui permettait d'aborder la journée sereinement et efficacement. Sans cela, elle risquait de s'effondrer à tout moment, elle le savait bien. Elle se laissa porter un moment, les yeux fermés, avant de glisser la tête sous l'eau. Les joues légèrement gonflées, elle se plaisait à entrouvrir de temps en temps ses lèvres pincées pour laisser quelques bulles s'échapper. Elle aurait eu plaisir à les regarder remonter à la surface, mais elle n'était pas une nageuse experte, et elle craignait toujours d'ouvrir les yeux sous l'eau. Elle se contentait de savourer leur bruit particulier, et leur contact délicat sur le bout de son nez. Avec un sourire, elle remonta à la surface pour prendre son inspiration…

C'était son plan, tout du moins.

Une main puissante se referma comme une pince sur son crâne, et la maintint sous l'eau avec force. Elle se débattit immédiatement, furieusement, et réussit à se dégager brièvement. En se contorsionnant, elle avait réussi à échapper à cette prise venue d'elle ne savait où. Elle émergea en inspirant bruyamment, la bouche grande ouverte pour happer l'air à grandes goulées, les yeux encore fermés à cause de l'eau. Elle passa une main sur son visage pour voir le visage de ses agresseurs, mais la main revint à l'assaut et l'enfonça de nouveau sous la surface. Cette fois, la prise était plus assurée, et la main sur sa nuque lui laissait moins de possibilités de se défendre. Elle tendit ses bras pour agripper cette main ennemie, incapable de prendre appui sur ses jambes qui n'atteignaient pas le fond, trop loin pour elle. Elle se débattait comme une fauve, mais en vain. Sans vraiment le vouloir, elle prit appui du pied sur la paroi de la cuve, et poussa de toutes ses forces. En s'éloignant du bord, là où se tenait son agresseur, elle le mettait en difficulté. Elle sentit qu'il perdait sa prise, et elle put revenir une seconde fois à la surface, cherchant désespérément à comprendre ce qu'il se passait.

Alors qu'elle essayait de s'éloigner de nouveau, elle comprit que son assaillant n'avait pas abandonné quand elle sentit qu'on la tirait par les cheveux. Une intense douleur lui vrilla le crâne, et elle fut ramenée sans ménagement vers le bord. Réagissant à l'instinct, elle griffa son adversaire au poignet suffisamment fort pour lui faire lâcher un juron. Profitant de ce qu'elle avait encore la tête hors de l'eau, elle poussa un cri sauvage pour se donner du courage, mais celui-ci fut interrompu lorsqu'un poing vint s'écraser contre son visage. Ce fut comme si on avait soudainement électrocuté son corps, pour le vider de toute énergie. Soudainement rendue apathique, elle ne put rien faire lorsqu'on plongea de nouveau son corps sous l'eau. Elle ne se débattit plus, et alors que l'air se raréfiait dans ses poumons, elle se sentit soudainement partir très loin. Les ténèbres se refermèrent autour d'elle, et sans un cri elle s'éteignit…


~ ~ ~ ~


Iran revint à elle en toussant bruyamment, crachant de l'eau tout en se roulant sur le côté. Elle ouvrit les yeux brusquement, et remarqua qu'un visage était penché sur elle : celui d'un homme assez jeune qu'elle avait déjà vu par le passé. C'était un des proches du Vice-Roi. Elle le repoussa de toutes ses maigres forces, et tendit la main pour s'emparer de sa serviette qu'elle utilisa pour protéger sa pudeur. Elle ne comprenait plus rien. Elle était complètement désorientée, perdue, mais ce qui la frappa en premier fut de se rendre compte qu'elle ne se trouvait plus dans l'eau. Ce dont elle était certaine, c'était de ne pas s'être échappée de cette cuve seule, ce qui signifiait que quelqu'un l'en avait sortie. Ses agresseurs ? Le type en question ? Elle n'avait aucune réponse. Elle tremblait. Combien de temps était-elle restée allongée ainsi ? Elle l'ignorait. Elle avait mal à la tête. Impossible de fixer ses pensées. Elle ferma les yeux, les ouvrit de nouveau. Le type était toujours là, de toute évidence aussi déboussolé qu'elle. Peut-être un peu moins, quand même. Elle tendit la main, comme pour l'empêcher d'approcher, mais il s'avança quand même. Elle chercha dans sa mémoire, sans se souvenir de son nom. Mais son grade lui revint !

- Capitaine de la garde du Roi… Lera… Lea… Lear…

Elle était incapable de s'en souvenir, mais ce qui était certain c'était qu'il n'était pas un de ces trois types bizarres qui venaient régulièrement la malmener. Elle était convaincue que c'était l'un d'entre eux, sinon les trois, qui avaient décidé de venir se venger. Malheureusement, elle n'avait aucune preuve. Ses pensées étaient confuses, sautaient du coq à l'âne, et elle revint au Capitaine, qui l'observait. Ses affaires personnelles étaient par terre, comme s'il les avait lâchées précipitamment avant de venir l'aider. Elle se demandait toujours pourquoi il observait son visage avec autant d'attention. Elle comprit en passant la main sur sa joue gauche. Aïe. Elle avait un bel hématome sur la pommette, et sa narine gauche continuait de saigner quelque. Ça ne devait pas aider à apaiser son mal de tête. Elle se pinça fermement l'arrête du nez, et essaya de retrouver ses esprits. Assise à même le sol, tenant cette ridicule serviette contre elle, elle se sentait cruellement démunie… Une larme solitaire coula le long de sa joue, et se mêla à l'eau qui dégoulinait encore de ses cheveux trempés.

Par Melkor, elle avait eu la peur de sa vie...


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Aelyn
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~ GRIMOIRE ~
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Dim 4 Oct 2015 - 4:00
C’était le matin... Tôt le matin... Si tôt que l’horizon s’éclairait tout juste de ses tons orangés.

Aelyn se retourna dans le lit. Elle ne trouva à son côté qu’un espace vide mais encore chaud. Gallen était déjà levé. Sans doute était-ce son départ qui l’avait réveillée. Son rôle de vice-roi ne l’avait pas détourné de ses activités martiales et il mettait un point d’honneur à s’entrainer tous les matins, puis à entraîner les fils de sa compagne après ça, avant d’aller vaquer à ses obligations officielles.
La jeune femme se blottit dans ce nouvel îlot de chaleur en soupirant de bien-être, totalement recroquevillée autour de son ventre maintenant bien arrondi. Elle en était à la moitié de sa grossesse déjà et depuis quelques jours, elle pouvait sentir le petit être en elle commencer à s’agiter. Bien trop faible, malheureusement, pour en faire profiter son compagnon mais cela ne saurait tarder. Elle avait l’impression que cela frustrait terriblement Gallen par moment. La jeune femme se mit à sourire et commença à chantonner une de ses berceuses préférées en caressant son ventre avec amour.

Parfois, elle était inquiète. Deux mois plus tôt on tentait de l’assassiner et elle avait craint que le stress ne cause une fausse couche. Heureusement les jours s’étaient écoulés et rien, tout semblait normal. Elle restait pourtant plus attentive que jamais aux moindres changements. Et rien, pas de contractions inquiétantes, pas de symptômes alarmants. Depuis leur retour au Riddermark, tout semblait se passer pour le mieux. La simple idée de devoir annoncer une fausse couche à Gallen après ce qu’il était arrivé à Farma continuait pourtant à la remplir d’angoisse.

Mais à présent, cette éventualité s’éloignait à grands pas et la jeune femme avait même pris sur elle d’avertir sa famille au grand complet. Il y eut rapidement une invasion de lettres des quatre coins du Riddermark pour le couple, des félicitations en grandes majorité. Son cousin, son frère, sa sœur, sa tante Elwyn, ses amies quelques amies d’Aldburg tout le monde s’était empressés de répondre... Et une lettre un peu plus sèche, bien que globalement joyeuse, de Windhelm qui n’en décolérait pas de voir sa fille enceinte sans être mariée. Aelyn finissait par se dire qu’un jour elle trouverait son père furibond sur le pas de sa porte, prêt à en découdre avec ce « goujat de vice-roi incapable de prendre la décision de marier sa fille », fin de citation. Mais cela ne l’inquiétait finalement pas plus que ça. Gallen avait vécu des moments bien plus terribles qu’une confrontation avec un beau-père un peu trop protecteur.
S’en suivit, plus gênante, une annonce publique en bonne et due forme. Incontournable d’après le chef du protocole, mais difficile pour l’ancienne guérisseuse pour qui ce genre de choses appartenait strictement au domaine du privé. Suite à quoi elle avait été envahie non pas de lettre, mais de conseils divers et variés jusqu’aux plus incongrus venant de tout le monde et n’importe qui, de préférence des moins aptes à donner de tels recommandations.

Ses fils furent évidement les premiers mis au courant, dès leur retour d’Isengard, et leur enthousiasme avait réchauffé le cœur d’Aelyn. L’idée d’être prochainement grands frères semblaient les enchanter. Et elle espérait qu’il en reste de même une fois l’enfant né. Il serait alors l’héritier légitime du vice-roi et ce serait alors vers lui que l’attention se tournerait alors entièrement. Les beaux-fils n’auraient plus de légitimité dans la succession. La différence se faisait déjà sentir et beaucoup de nobles avaient relâchés leur pression autour des fils d’Hengest.
D’un autre côté, la jeune femme était ravie de ne plus voir tous ces mielleux tourner autour de ses garçons avec l’empressement des courtisans. Elle avait même déjà eu des mots avec une dame de la petite noblesse qui avait tenté de négocier le mariage d’Eofyr avec sa fille cadet, la pauvre enfant ne devait même pas avoir atteint ses 5 ans. L’ancienne guérisseuse avait fait preuve d’une certaine froideur dans sa réponse, la dame n’avait pas insisté.

Tout le monde s’empressait de lui souhaiter un garçon évidement ! Il fallait un héritier pour le Vice-roi. Et quel homme ne rêverait pas d’un fils de son sang, car même si Gallen aimait de tout son cœur Eofyr et Eogast, ni lui ni sa compagne ne souhaitait qu’il prenne la place de leur père. Ne serait-ce que par respect pour Hengest. Secrètement pourtant, Aelyn espérait une fille. Comme c’était le risque à chaque grossesse, cela pouvait être sa dernière chance d’enfanter et elle aurait aimé pouvoir partager des choses avec son enfant qu’on ne pouvait partager avec des garçons, apprendre l’art, la cuisine, la couture, la médecine aussi peut-être... Jusque là, le gène de la guérison semblait avoir été totalement occulté de sa descendance. Elle souhaitait vraiment pouvoir un jour léguer sa dague de guérisseuse à sa fille comme le voulait la tradition familiale... ou alors il ne lui resterait plus qu’à faire comme sa tante et attendre qu’une nièce vienne à elle pour apprendre son art.
Mais sur cela elle n’avait aucune prise, seul le destin choisirait.

Aelyn se retourna de nouveau dans le lit, maintenant qu’elle avait commencé à penser, difficile d’espérer retrouver le sommeil. Elle soupira, se recala confortablement et laissa son esprit vagabondé encore un peu. Meduseld était à peine levé, la relève de la garde de nuit ne devait pas encore être passée et Gallen était toujours à ses propres entrainements. D’ici une petite heure, peut-être un peu plus, ce serait ses garçons qui suivront les directives martiales du Vice-roi. Quand Gallen lui avait proposé de prendre en main l’éducation de ses fils, elle n’aurait jamais espéré qu’il se montre si impliqué. Il était exigeant avec eux mais également d’une grande patience – elle n’avait peut-être pas le droit de regarder les entrainements mais les langues des enfants se déliaient très vite quand il était question de raconter leurs nouveaux exploits à leur mère. Les deux garçons l’adoraient. Il prenait réellement soin d’eux. Bien évidement, ils avaient eu une longue discussion sur la place qu’il devrait avoir auprès des garçons et ils avaient été parfaitement en accord. Et tout se passait pour mieux. Même avec Eogast qui pourtant ne partageait pas la fascination sans borne de son frère pour le maréchal qu’il avait été, Gallen avait su s’adapter au caractère des deux enfants. C’était tellement rassurant pour Aelyn de savoir qu’elle n’était pas seule pour protéger ses garçons dans ce monde étrange et sans pitié qu’était les hautes sphères du pouvoir.

Mais repenser à la proposition de Gallen concernant ses fils l’avait projetée deux mois en arrière, à Minas Tirith... et tous les évènements qui avaient suivi. Elle qui avait été si enthousiste à l’idée de visiter la Cité Blanche pour le mariage n’était plus sûre de pouvoir un jour y remettre les pieds sans être assaillit d’angoisse.
On avait tenté de l’assassiner, le lendemain Gallen s’était fait attaqué sauvagement alors qu’il se préparait à un duel à mort et, pour clôturer les choses, on avait retrouvé le cadavre horriblement mutilé de Rokh. Les souvenirs de ces deux journées avaient hanté les cauchemars de la jeune femme longtemps et revenaient parfois la visiter encore. Les doigts de son assaillant qui se resserraient autour de son cou et son examen post-mortem de la dépouille de Rokh se mêlait parfois dans son esprit. Son esprit lui faisait parfois vivre le supplice de l’oriental alors qu’elle sentait toujours l’étau autour de sa gorge. Cela amenait parfois à des réveils mouvementés qui avait inquiété son compagnon aux petits soins.
Aelyn avait ressentit une immense frustration à ne pas avoir pu démasquer les auteurs de ces deux évènements. Elle passa une main sur les contours des marques, désormais disparues, qu’avait laissées son mystérieux agresseur. Elle avait faillit mourir ce jour-là sur le sol des Maisons de Guérison, peut-être même finit comme Rokh, abandonnée dans une ruelle, défigurée et livrée aux rats et aux chiens errants. Ses deux gardes du corps avaient également faillit connaitre le même sort... Et pour l’un d’eux cela ne s’était joué qu’à peu de chose. Un frisson d’horreur la parcouru. Personne ne méritait une telle fin. Personne, surtout pas Rokh, homme d’honneur qui, elle ne l’avait pas oublié, avait épargné Gallen alors qu’il tenait sa vie à la pointe de son sabre. Qui avait veillé sur son amie Farma avec une loyauté digne des grands récits rohirrim malgré le dédain de tous. Qui, derrière sa froideur et son manque d’empathie, avait pourtant su réveiller Gallen de l’apathie dans laquelle la mort de son épouse l’avait plongé. Non, malgré tous ses défauts et ce fossé trop profond entre eux, Rokh aurait mérité une fin plus noble. La jeune femme se força à penser à autre chose, n’importe quoi.

Le sujet vint de lui-même quand, parcourant sa chambre du regard, elle tomba sur son sac de guérisseuse posé à même une étagère basse.
Learamn. Le Capitaine de la Garde Royal qui avait combattu à Pelagir et avait lui aussi faillit y laisser la vie. Par la folie ou l’appel des plaines, il avait traversé à cheval toutes les terres jusqu’au Riddermark avant d’être rattrapé par ses blessures. D’après les guérisseurs qu’elle avait interrogés, son épopée avait bien faillit lui coûter sa jambe, voir la vie. Il n’était pas passé loin des Grandes Plaines...
Aelyn avait été ravie lorsque Gallen lui fit part de son souhait de la voir s’occuper du rétablissement de son Capitaine. Bien que l’amour qu’il lui portait ait certainement un véritable impact sur son jugement, la foi qu’il lui montrait envers ses connaissances et dons de guérisseuse avait été un vrai baume pour la jeune femme. Elle regrettait de ne plus avoir autant l’occasion d’exercer son art qu’avant mais, elle ne laissait jamais passer une occasion. Cette mission cette fois était particulière. Learamn avait besoin d’être remis sur pied le plus rapidement possible mais à 100% de ses capacités, totalement rétabli. Et elle avait pris ce travail très à cœur. Elle menait guérison du corps et de l’esprit de front tout en prenant en compte la rééducation. Car l’état psychologique de son patient n’était guère à son meilleur jour. L’immobilité le rendait fou, la lenteur de son rétablissement le frustrait et quelque chose semblait le ronger profondément. Aelyn se demandait si cela avait à voir avec les évènements de Pelagir. Elle ne posa pourtant pas de questions, se contentant d’être une oreille attentive à tout ce qu’il voulait bien lui confier.
Les deux jeunes gens avaient le même âge et avaient vécu des évènements en commun sans même le savoir, et avaient été projetés dans des hauteurs sociales dans lesquelles ils n’auraient jamais osé rêver arriver. Il partageait l’amour du Riddermark et des livres. Cela leur donnait souvent le point de départ de longues discussions alors qu’Aelyn prenait soin de ses blessures.
Elle restait généralement à ses côtés pendant la durée de l’entrainement de ses fils le matin, et revenait le soir pour changer les bandages, lui proposer quelques exercices et s’enquérir de sa journée. Elle lui proposa même une fois quelques ouvrages de sa bibliothèque personnelle. Il était tellement difficile de trouver des livres au Rohan où la plus grande partie de la culture était exclusivement orale. Il lui aura fallu un long séjour chez les elfes pour s’en rendre compte et commencer sa propre, et modeste, collection.
Elle avait même réussi à le faire céder pour qu’il accepte l’aide d’un apprenti pour ses déplacements quotidien, lui arguant que la souffrance ralentissait plus la guérison que la bravoure ne l’accélérait.

C’était agréable de se sentir véritablement utile et de préférence loin des mégères collaient chacun de ses pas en l’espoir d’une faveur quelconque pour elles, leurs familles ou un petit neveu du côté maternel de leur bru. Elle avait de plus des conversations fortes intéressantes avec ses collègues guérisseurs. Et, comme Gallen avait beaucoup insisté sur ce point, se faisait examiner toutes les semaines par des guérisseurs impartiaux afin de s’assurer que sa grossesse se passait pour le mieux. Elle ne pouvait pas lui en vouloir, après ce qui était arrivé à Farma, toutes ces précautions supplémentaires le rassuraient et, pour cela, Aelyn s’y pliait de bonne grâce. Sa tante Elwyn, qui avait suivi sa première grossesse, faisait même le déplacement une fois par mois. C’était une source intarissable des nouvelles d’Edoras et des alentours. Rien n’échappait à son oreille de commère.

La compagne du vice-roi partit d’un rire, seule dans son lit, la main toujours tranquillement posée sur son ventre.

Un tambourinement sourd interrompit ses réflexions.

« - Dame Aelyn !! C’est le Capitaine Learamn qui m’envoie ! Il y a eu un incident à la salle des bains de la garde ! Je vous en prie, ouvrez Votre Altesse ! »

Si la première partie de l’appelle ne l’avait pas tant inquiétée, Aelyn aurait sans doute levé les yeux au prédicat. Beaucoup ignorait quel titre lui attribuer du part son absence de mariage avec Gallen, ainsi tout le monde tournait les choses suivant sa façon de voir sa place. L’Altesse venait souvent des plus convaincus par sa légitimité auprès du Vice-roi au même titre qu’une épouse, et même si la jeune femme appréciait cette conclusion, elle était encore très mal à l’aise avec le titre qui l’accompagnait.
Elle s’extirpa de ses draps aussi vite qu’elle le pu et entrouvrit la porte. Derrière le battant elle reconnu le jeune apprenti qu’elle avait attaché au bien-être de Learamn. Et, effectivement, cette heure était celle où il devait aider le jeune capitaine à se rendre aux bains de militaires. Les manches du jeune homme étaient trempées et s’égouttaient sur le sol. Dans un premier temps, elle craignit que son patient n’ait fait une vilaine chute sur le sol glissant mais, avec un débit difficilement saisissable, l’apprenti lui laissa clairement entendre que Learamn n’était pas celui qui avait besoin d’aide. Mais s’il l’avait fait appeler elle précisément, il ne pouvait y avoir qu’une seule raison : il avait besoin d’Aelyn la guérisseuse et non Aelyn, compagne du vice-roi.

« - J’arrive ! » lança-t-elle à la volée en refermant la porte au nez du pauvre apprenti encore perdu dans ses explications bafouilleuses.

D’un geste vif, elle attrapa sa robe de la veille encore posée sur une chaise et l’enfila d’un mouvement. Les robes de grossesse avaient cet avantage d’être débarrassées de tous liens et toutes ceintures, ce qui en facilitait grandement l’habillage. Un détour pour enfiler des pantoufles et, au retour, elle attrapa son sac de guérisseuse, puis ouvrit de nouveau la porte.
Sans attendre, elle se précipita dans les couloirs, l’apprenti sur ses talons. Ses cheveux, encore tressés pour la nuit volaient derrière elle.

Quand elle arriva enfin à la salle des bains, Aelyn se figeât de stupeur devant la scène qui se découvrait sous ses yeux d’émeraude. Une vague d’inquiétude la submergeât soudain.
La femme du Rhûn qui avait juré de venger Rokh, son amie Iran, était encore assise au sol dans une mare d’eau, tout juste couverte d’une simple serviette, trempée, et le visage largement contusionné. A côté, se tenait Learamn, dont le buste et les manches de la chemise étaient également imprégné d’eau. Tout deux avaient le regard... confus. Mais que c’était-il donc passé ici, par Nahar ?!
La guérisseuse se reprit très vite et se précipita vers la jeune femme. Elle avisa la chemise de nuit de cette dernière et lui passa d’un geste sûr, lui épargnant l’embarras de rester nue devant les deux hommes qui se trouvaient dans la pièce. Elle se tourna ensuite vers Learamn.

« - Pourriez-vous, je vous prie, Capitaine, m’expliquer ce qui ce passe ici ? Pourquoi cette femme est-elle dans cet état ? »

Il n’y avait aucune accusation dans son ton à l’égard du jeune homme, qu’elle savait incapable de tels actes, mais il y avait clairement de la colère à l’encontre du traitement dont l’orientale avait été victime, bien qu’elle ne puisse qu’en envisager les contours.

« - Vous ! » aboya-t-elle à l’adresse de l’apprenti « Allez donc prévenir le Vice-roi au lieu de vous rincer l’œil ! »

Le garçon rougit jusqu’à la racine des cheveux en détournant immédiatement les yeux de la jeune femme blessée et s’enfuit presque de la pièce pour exécuter l’ordre.
Puis elle se tourna de nouveau vers l’autre femme. A genoux au sol pour être à sa hauteur, la flaque commençait à s’infiltrer dans le tissu de sa robe.

« - Comment vous sentez-vous ? Vous pouvez vous levez ou est-ce que vous avez la tête qui tourne ? »



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Learamn
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- -:

Mar 13 Oct 2015 - 23:00
D’un mouvement qu’il avait déjà répété des centaines de fois depuis la veille Learamn tourna à nouveau une page du livre qu’il lisait. Il approcha un peu plus ce dernier de la chandelle qui illuminait faiblement sa chambre . Nourri depuis des semaines aux livres d’Histoire ou de stratégie , le capitaine s’était attaqué depuis quelques heures à la lecture d’un roman-fleuve . L’intrigue portait sur celle d’un preux et valeureux prince devant assumer le rôle de Roi après la mort brutal de son père et alors que des barbes mènent une invasion dans ce royaume ; Learamn se souvenait bien avoir lu de nombreuses histoires de ce genre durant ses jeunes années. Déjà enfant son père le berçait le soir avant le coucher avec ces récits épiques. Quand il fut en mesure de lire il se revoyait en train d’insister auprès de ses parents pour que ceux-ci lui achètent un nouveau livre . Pour une famille de paysans ce genre de biens n’étaient pas forcément aisés à se procurer et leur prix était loin d’être faible . Toutefois sa mère acceptait à chaque fois de lui offrir un nouvel ouvrage , elle espérait probablement que son fils devienne un érudit ou un intellectuel qui pourrait intégrer la haute et noble société ; le destin lui avait donné à la fois tort et raison . Son fils était entré dans l’armée et n’était ni devenu un savant ni un commerçant mais il avait bien réussi par intégrer les sphères supérieures du royaume . Du reste si le jeune homme avait décidé de devenir un cavalier du Rohan , les chroniques et récits qu’il avait pu lire ou entendre n’y étaient sûrement pas étrangers. Il avait maintes fois rêvé de chevaucher à son tour un magnifique cheval dans une armure reluisante comme les chevaliers des contes et légendes . Etait-ce qu’il était devenu? C’est ce qu’il s’était déjà dit plusieurs fois pour se redonner du courage aux moments les plus critiques ou pour prendre un peu plus de confiance en lui-même . Lui , simple fils de paysan , était devenu à un âge exceptionnellement jeune un officier de la garde royale qui parcourait les plaines du Riddermark sur le dos d’un magnifique étalon et vêtu d’une armure étincelante.
Mais jamais , au grand jamais , il ne s’était même imaginé gravement blessé et forcé au repos. Non , il n’avait pas même envisagé cette possibilité , et pourtant celle-ci menaçait constamment tout guerrier aussi exposé qu’il ne l’avait été . Le preux capitaine Learamn était à présent alité , condamner à l'oisiveté et à utiliser d’encombrantes béquilles à chacun de ses rares déplacements . Qu’il était bien loin le vaillant , fier et splendide chevalier de ses rêves .

Sèchement Learamn ferma le livre et le reposa sur sa table de chevet , il souffla ensuite sur la bougie et se retourna dans son lit dans l’espoir de retrouver le sommeil . Mais rien n’y faisait , le jeune rohirrim n’arrivait tout simplement pas à s’assoupir . Ce phénomène d’insomnie était d’autant plus inquiétant qu’il était devenu de plus en plus fréquent au cours de ces derniers jours. Cela faisait déjà plus de trois semaines qu’il était arrivé à Edoras , le temps passait avec une extrême lenteur et tous les guérisseurs s’accordaient à dire qu’il était encore bien trop tôt pour se prononcer sur un rétablissement total ; ils évoquaient seulement la possibilité de marcher à nouveau de manière autonome. Marcher … Ce geste enfantin qu’il ne pourrait pas réaliser avant encore un moment. Les insomnies dont il souffrait étaient bien sûr en partie lié à la douleur lancinante venant de son pied , pourtant il y avait de nettes amélioration depuis que la compagne du vice-Roi Mortensen s’occupait de lui
Dame Aelyn , dont les talents de guérisseuse n’étaient plus à prouver avait accepté de prendre en charge le jeune homme meurtri malgré sa grossesse déjà bien avancée. Learamn ne pouvait que se sentir honoré et surtout profondément touché par ce geste , l’ex Maréchal n’avait pas mal choisie son amante ; c’était une femme d’exception , courageuse et ayant la main sur le coeur en toutes circonstances. Ses visites étaient aux yeux de l’officier comme des rayons de soleil qui apparaissaient furtivement au milieu des intempéries et qui illuminaient avec éclat mais de manière éphémère les grandes plaines du Rohan. Quand elle était là il avait l’impression d’avoir une sorte d’alter ego en face de lui qui le forçait à se confier , à s’ouvrir , à exorciser ses démons intérieurs. Car en effet le rôle de la guérisseuse ne s’arrêtait pas aux soins purement physique , soins qu’elles assumaient d’ailleurs avec brio ; elle se chargeait aussi de guérir psychologiquement Learamn car les ravages intérieurs encore bien plus désastreux chez lui que les blessures corporels. Aelyn prenait donc le temps de s’asseoir , de discuter avec lui , de chercher à en savoir plus. D’abord réticent Learamn s’était peu à peu ouvert à elle , conscient que continuer à rester enfermé sur lui-même le mènerait à une impasse. Toutefois cela restait une tâche difficile à la jeune femme , le capitaine n’était pas le plus pas bavard des patient et bien souvent elle devait arracher chacune des informations au prix de multiples efforts. D’ailleurs elle était sûrement l’une des seules à pouvoir espérer tirer quelque chose de lui , les autres guérisseur et infirmières qui entraient dans la chambre du blessé se heurtait à un véritable mur. Pourquoi elle plus qu’un autre? Le capitaine ne savait pas trop comment l’expliquer , il se sentait juste plus en confiance quand elle était là ; comme si c’était elle qui était susceptible de le comprendre quand un autre se serait contenté de hocher hypocritement la tête en signe d'acquiescement avant de continuer à le saigner. Peut-être était-ce dû à sa douceur féminine , peut-être était-ce aussi liée au fait qu’elle aussi était une enfant du peuple qui s’était brutalement retrouvé en haut de l’échelle . C’était aussi la compagne que le Vice-Roi Mortensen avait choisi après la disparation de Farma qui fut si éprouvante pour lui , Gallen avait été le mentor et le modèle de Learamn depuis son arrivée à Aldburg . Il n’y avait nul personne dans tout Arda en qui le jeune homme avait plus confiance ; la femme qu’il aimait ne pouvait donc qu’être digne de confiance. C’était d’ailleurs sur son insistance que le jeune cavalier du Rohan avait accepté l’aide d’un jeune assistant dans ses déplacements et ses besoins quotidiens .

La patience… voilà bien un mot qu’Aelyn s’évertuait à répéter à longueur de journée au jeune homme qui en manquait pourtant cruellement. En tant que guérisseuse elle voyait des progrès encourageants tandis que Learamn ne regardait que les semaines et les mois que duraient encore la convalescence. Pourtant l’amélioration de son état était bien réelle , la jeune femme avait fait des véritables miracles au vu de la situation désespérée. Le pied du capitaine désenflait progressivement et la plaie se cicatrisait lentement. Tout n’était qu’une question de patience.

Ses insomnies chroniques étaient sans aucun doute également liées aux pensées qui ne cessaient de tarauder son esprit , en particulier une fois le soleil couché ; allez savoir pourquoi , peut-être la nuit n’était-elle pas de si bon conseil après tout. Ces pensées obsédantes , entêtantes , destructrices allaient , partaient et revenaient sans interruption , causant sur leur passage de véritables désastres psychologiques. Tout le monde s’accordait à dire que pour pouvoir se rétablir dans les meilleurs conditions Learamn devait bien se reposer , ce n’était pas tout à fait ce qu’il faisait. Ses nuits étaient bien trop chaotiques et entrecoupées pour pouvoir lui permettre de récupérer sérieusement et tout au long de la journée il était plus fatigué et excédé qu’en voie de guérison.

Le jeune capitaine changea plusieurs fois de positions sur sa couche , en quête de la posture idéale pour pouvoir enfin s’endormir ; en vain , c’était peine perdue. Il reste donc un moment allongé, les yeux grands ouverts dans l’obscurité . Dehors un rayon de lune éclairait très faiblement la capitale du royaume . Dans la pénombre Learamn balayait sa chambre du regard bien qu’il n’y voyait pas grand chose , comme s’il craignait qu’un démons des ombres ne surgissent de la nuit pour l’attaquer , lui pauvre homme affaibli et incapable de se défendre. Il ne sut combien de temps il passa à se mouvoir ainsi sous son édredon , cela paraissait juste trop long à son goût ; beaucoup trop long . Au bout d’un moment il abandonna sa quête de sommeil , celle-ci paraissait vaine .

En jetant un coup d’oeil par la fenêtre il put constater que l’aube se profilait et que d’ici une heure ou deux le soleil illuminerait à nouveau Edoras et le Château d’Or. Learamn fronça alors le nez en humant l’air de la pièce ; de toute évidence son odeur corporel était loin d’être des plus agréables. Il avait grandement besoin d’un bain . Le capitaine ne devait pas attendre une seconde plus pour se rendre aux salles d’eau , le trajet risquait d’être plutôt long et éprouvant et le jeune officier ne tenait pas à croiser d’autres soldats . Car oui il avait honte , honte que des guerriers opérationnels puissent voir la déchéance de leur supérieur ; sûrement était-il aussi jaloux de ces hommes en pleine forme qui pouvaient servir dans les rangs . Avec un gémissement le cavalier rohirrim se saisit de ses béquilles et se leva doucement de son lit. Après avoir prit des habits propres il claudiqua jusqu’au couloir et prit la direction des salles de bains qui étaient situées à quelques centaines de mètres de sa chambre ; autant dire une véritable épreuve pour l’infirme. Il frappa à la porte de la chambre du page qui se trouvait à côté de la sienne ; celui-ci devait sûrement être encore dans son lit. Le jeune adolescent s’empressa de s’habiller sommairement ; il avait des consignes claires : il devait accompagner le capitaine dans tout ses déplacements . Quant à Learamn il avait aussi reçu des instructions strictes ; il ne devait jamais sortir seul et le jeune homme préférait ne pas y désobéir car il valait mieux affronter une cohorte d’orques que de subir la foudre d’une Aelyn en colère. Le page était un bon garçon , gentil , poli et serviable qui remplissait bien sa fonction d’autant plus que ces derniers temps la compagnie de Learamn n’était pas des plus joyeuse ; mais le blessé , lui , aurait préféré être seul.

Il avançait tout en priant il ne savait quelle divinité pour croiser le moins de monde que possible sur son chemin. Une bonne dizaine de minutes plus tard et après une véritable expédition faite de longs corridors interminable il arriva en vue de la porte d’entrée des salles de bain. Ce n’était pas trop tôt ! Et dire qu’il y avait encore le chemin inverse à faire pour retourner dans ses quartiers ; enfin au moins il sera propre.

Il franchit le seuil et se dirigea doucement vers une des salles où il avait l’habitude de se lever , une petite pièce avec un bassin de taille modeste . On y était relativement tranquille et le matin l’eau y était bien chaude. C’est alors qu’il entendit plusieurs voix s’approcher de lui , plusieurs personnes se dirigeaient vers sa position et ne tarderaient pas à croiser le capitaine. Diantre ! Tout ce qu’il voulait éviter. Affolé Learamn tourna la tête dans tous les sens comme s’il cherchait une cachette à proximité car il était trop tard pour faire demi tour . Le capitaine sauta littéralement derrière la porte d’un vestiaire, en emportant le jeune page avec lui , au mépris de sa blessure . Les hommes qui arrivaient marchaient vite comme s’il voulait rapidement sortir de cet endroit ; ils dépassèrent la position où se cachait l’officier sans le remarquer. Ce dernier attendit que le “danger” s’éloigne et que leurs voix ne soient plus audible pour sortir de sa cachette. Ah ! Qu’il était triste de voir un jeune officier autrefois preux et fier être réduit à devoir se cacher à la vue des hommes de la troupe. Learamn lâcha un juron grossier et poursuivit son chemin.
Il arriva sans autres encombres à la salle de bain qu’il affectionnait particulièrement ; la perspective d’un bon bain chaud lui mit un peu de baume à son coeur détruit .

-Attends moi ici.
fit simplement Learamn au jeune page en entrant dans la pièce.

Avant de se déshabiller le jeune homme voulut vérifier si l’eau était bien à une bonne température , il boita donc jusqu’au bassin et prenant appui sur ses béquilles il se pencha.

C’est alors qu’il remarqua qu’il n’était pas seul dans la pièce puisqu’un corps se trouvait sous la surface . Un corps inerte. Sans hésiter une seconde Learamn lâcha ses fidèles compagnons de marche et sauta dans l’eau , s’il n’avait pas eu l’esprit occupé par ce sauvetage il aurait pu d’ailleurs remarquer que l’eau était bel en bien chaude. Il saisit la personne en danger sous les aisselles et la hissa sur le rebord . Alors qu’il sortait lui aussi du bassin pour voir si l’individu vivait encore ou si le sauvetage avait été inutile il put constater d’un rapide coup d’oeil qu’il s’agissait d’une femme . Il s’approcha d’elle au plus vite et nota qu’elle respirait encore ; Learamn émit un soupir de soulagement : elle était en vie. Vivante certes mais dans un état tout de même loin d’être enviable ; les Valars seuls savaient combien de temps elle avait pu passer inconsciente sous l’eau. Elle avait besoin d’aide et d’une aide provenant d’une personne compétente .

-Va chercher Dame Aelyn ! Vite !
Cria Learamn à l’adresse du page

Des bruits de pas précipités se firent entendre de l’autre côté de la porte tandis que l’officier reprenait son souffle en fixant la jeune femme nue et inconsciente étendue quelques mètres devant lui . Mais que diable faisait-elle là? Depuis quand les femmes venaient se laver dans les bains de la garde? Comment s’était elle retrouvé dans cette position pour le moins dangereuse? Accident ou agression? Autant de questions primordiales en attente de réponses. Au vu de ses traits elle ne semblait pas venir du royaume ; les femmes du Rohan avait le teint et la chevelure beaucoup plus claire. Avec cette peau mate et ses cheveux sombres , la jeune femme semblait venir de plus loin , peut -être l’Est lointain . Une Orientale était donc retrouvée et sauvée in extremis au petit matin dans les bassins de la garde: la situation était si incohérente qu’elle semblait absurde.

C’est alors qu’elle ouvrit les yeux et releva lentement la tête ; visiblement elle n’avait pas les idées encore très claires. Elle observa un long moment son sauveur avant de balbutier le grade du jeune homme pourtant dépourvu d’armure ou d’un quelconque signe distinctif et elle tenta aussi de prononcer le nom de l’officier qu’elle connaissait mais qui lui échappait.
Décidément Learamn passait d’étonnement en étonnement ; d’où le connaissait-elle?

-Ca..capitaine Learamn Madame . fit finalement le principal interessé.

L’Orientale , si c’en était bien une , n’eut point le temps de répondre puisqu’Aelyn et le page entrèrent en trombe. Alertée par l’adolescent la compagne du vice-Roi analysa rapidement la situation et couvrit la jeune femme passée si près de la noyade . Elle demanda à Learamn ce qu’il s’était passé sur un ton décidé et quelque peu abrupt mais dans lequel il n’y avait aucune once de méchanceté. La guérisseuse envoya ensuite le jeune page avertir le Vice-Roi Mortensen et commença à prendre soin de la miraculée.

-Je n’en ai pas la moindre idée Dame Aelyn
, plaida Learamn , je suis venu ici pour me laver et je l’ai trouvé inconsciente dans le bassin. Je ne sais ni qui elle est ,ni comment elle s’est trouvée là , ni d’ailleurs d’où elle me connaît.

Les paroles étaient bien adressés à la compagne du Vice-Roi mais c’étaient aussi des questions indirectement adressés à l’Orientale. Allez savoir si elle avait l’esprit assez clair pour les saisir ;au moins elle parlait le Commun et le dialogue était donc possible.

La situation nécessitait d’être éclaircie au plus vite . Et dire qu’il voulait simplement prendre un bain de bon matin….



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Ryad Assad
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Ven 30 Oct 2015 - 1:42

En un instant, Iran eut l'impression que son espace avait été envahi par une foule de gens. D'abord le Capitaine Learamn, qui continuait de l'observer avec des yeux inquiets qui la remplirent de questions. Pourquoi la dévisageait-il ainsi ? Etait-il stupide au point de ne pas se rendre compte qu'elle n'était pas du Rohan comme lui ? Il n'était pas normal qu'il eût vis-à-vis d'elle une telle réaction, alors que tout le monde dans ce royaume continuait de la traiter comme une créature inférieure, comme une moins que rien. Pourquoi s'évertuait-il à l'observer comme s'il se souciait sincèrement de ce qui pouvait lui arriver ? Elle enfouit son visage dans sa main – l'autre étant toujours occupée à maintenir un semblant de dignité derrière la serviette qu'elle avait eu la bonne idée de ne pas laisser traîner trop loin –, en essayant de donner l'impression qu'elle n'était pas en train de pleurer. Malheureusement, ses épaules trahirent légèrement les sanglots qu'elle ne pouvait pas totalement réfréner. Quand elle s'en rendit compte, honteuse, elle se dépêcha de sécher ses larmes. Elle était encore un peu choquée après ce qu'il venait de se passer. Bouleversée et confuse, elle ne contrôlait plus les réactions de son corps qui évacuait la pression comme il pouvait. Soudainement, elle se mit à trembler de manière incontrôlable. Ses tremblements, qui pouvaient passer pour une réaction due au froid, se calmèrent légèrement quand une femme apparemment surgie de nulle part lui tendit sa chemise de nuit. Elle la regarda sans trop comprendre d'où elle venait, avant de s'emparer de son vêtement en lâchant un « merci » un peu déconnecté. Elle avait du mal à faire la mise au point, et son esprit était sans cesse obnubilé par ce qu'elle avait failli vivre. Ou plutôt, par ce qu'elle avait vécu. Elle inspira profondément, et entreprit de se couvrir un peu plus, tout en regardant la femme qui venait d'arriver.

Elle était en train de poser des questions, de distribuer des ordres, avec une autorité que les deux hommes ne semblaient pas contester. Le page, un peu gêné par la scène à laquelle il venait d'assister, s'éloigna rapidement pour aller « prévenir le Vice-Roi », qui n'était autre que le fameux Mortensen, laissant la jeune Rhûnedain seule avec les deux Rohirrim. Le guerrier paraissait très surpris par la situation, et ses explications ne donnaient pas beaucoup plus d'indices concernant le comment et le pourquoi une femme étrangère était passée à deux doigts de la noyade au beau milieu des bains des gardes royaux. Dommage… Iran aurait bien voulu en apprendre plus sur son ou ses agresseurs, et si elle avait été paranoïaque elle aurait presque pu accuser le Capitaine d'avoir voulu protéger celui qui avait failli la tuer. Presque, car alors qu'elle retrouvait ses esprits, elle se rendit compte qu'il était trempé lui aussi, et qu'il avait dû s'employer pour la sortir du bassin où elle avait été immergée. Quelle raison aurait-il eu de laisser des gens la noyer pour finalement lui sauver la vie ? Et puis elle lisait dans son regard qu'il n'y était pour rien, et qu'il cherchait tout autant qu'elle à comprendre ce qu'il s'était passé. Peut-être même davantage qu'elle, ce qui l'étonna. Elle frissonna. L'instant d'après, Aelyn était penchée sur elle, et elle eut un mouvement de recul involontaire. Par Melkor, combien de temps était-elle restée perdue dans ses pensées pour que quelqu'un pût s'approcher à se point sans qu'elle le vît venir ?

Les questions la frappèrent durement, alors que pourtant elles avaient été posées sur un ton particulièrement amical et chaleureux. C'était peut-être précisément la raison pour laquelle elles étaient surprenantes, d'ailleurs. Comment expliquer un déchaînement de violence si brutal, suivi immédiatement d'une sincère compassion à son égard ? Elle était perdue, complètement désorientée, et incapable de savoir si elle devait s'éloigner d'eux, ou au contraire se jeter dans leurs bras pour chercher du réconfort. Tout cela la dépassait pour le moment, et elle n'avait pas encore l'esprit assez clair pour réfléchir convenablement. De l'éminence à la base de son pouce, elle essuya son nez qui continuait à saigner. Elle passa négligemment sa langue sur ses lèvres, goûtant à son propre sang sans que cela parût être la première fois. Elle avait vraiment mauvaise mine. L'hématome qui prenait une teinte plus sombre sur sa joue lui tira une douloureuse grimace, alors qu'elle répondait d'une voix encore un peu faible :

- Je vais bien… Je peux me lever, ça va…

Joignant le geste à la parole, elle poussa sur ses jambes pour essayer de se remettre en station verticale, mais échoua misérablement. Elle n'était pas encore aussi remise qu'elle souhaitait le faire croire. Cet échec fit monter en elle un sentiment d'humiliation et d'impuissance qui lui tira un soupir à fendre l'âme. Elle n'avait pas seulement éprouvé la peur de mourir, quand cette main ennemie avait décidé de la maintenir sous l'eau. Elle avait surtout ressenti terriblement sa propre incapacité à se sortir de cette situation, le sentiment effroyable de solitude et d'abandon qui avait étreint son cœur de manière impitoyable. Elle avait ressenti sa propre faiblesse, et cela lui avait fait prendre conscience de sa fragilité. Ici, au Rohan, elle était seule. Seule et vulnérable. Elle n'était qu'une toute petite chose que chacun pouvait piétiner à son gré. Cette prise de conscience lui tira une nouvelle série de larmes, qu'elle s'empressa de chasser d'un revers de main en répandant accidentellement un peu de sang sous ses yeux. Elle ne pleurait pas de tristesse, elle pleurait pas réflexe, mais pleurer la rendait triste. Elle était certaine qu'ils allaient se méprendre sur son compte, la considérer comme ce qu'elle n'était pas… C'était cela qui assombrissait ses pensées.

Après tout ce qu'elle venait de vivre, elle n'avait pas envie de lire de la pitié ou de la sollicitude dans son regard. Ils n'étaient pas ses amis, pas ses alliés. Ils ne devaient pas… ne pouvaient pas se montrer prévenants avec elle. Elle aurait préféré qu'ils cessassent de la regarder, et qu'ils se concentrassent sur leurs propres affaires, qu'ils allassent chercher les responsables de son agression ou, mieux, les responsables de la mort de Rokh ! Mais ils n'en feraient rien. Pas aujourd'hui.  Ils avaient tous bien mieux à faire que d'honorer la mémoire d'un vaillant homme mort dans des circonstances atroces. Elle désespérait chaque jour un peu plus de voir les coupables rattrapés un jour. Alors, résignée à ne pas voir sa vengeance accomplie, elle décida de prendre l'aurochs par les cornes, et de répondre à leurs questions. De toute évidence, ils s'en posaient beaucoup, et puisqu'ils n'entendaient pas la laisser respirer tant qu'ils n'auraient pas eu leurs réponses, elle prit le parti de les satisfaire le plus rapidement possible. Et puis cela l'aidait à penser à autre chose qu'au traumatisme qu'elle venait de subir. Tant mieux. Un peu plus sèchement que nécessaire, comme pour les éloigner d'elle, elle répondit :

- Pourquoi laissez-vous votre suzeraine s'approcher si près de moi, Capitaine… ? Vous avez bien dû remarquer que je n'étais pas des vôtres…

Son ton, Aelyn pouvait en témoigner, rappelait étrangement celui de Rokh. Plutôt, il voulait y ressembler, mais elle n'y arrivait pas complètement. Elle était encore trop humaine, trop sensible pour réussir à les glacer d'une simple phrase assassine. Elle ressemblait plutôt à une jeune femme perdue essayant de sauvegarder le peu de dignité qu'il lui restait. Elle n'avait rien du tueur implacable que la guérisseuse avait rencontré par le passé. Le preux guerrier qui avait tragiquement perdu la vie était une exception, même parmi les siens, et son caractère d'acier avait des côtés dérangeants même pour les gens de son propre pays. Il n'avait d'ailleurs que peu d'amis là-bas. Iran pouvait se targuer de faire partie de ce cercle très fermé… Elle avait discuté avec lui, à son retour au pays, et avait entendu ses récits au sujet des gens de l'Ouest. Des récits qui faisaient état de leur cruauté à son égard, de leur malveillance parfois, mais également – plus rarement – de leur courage et de leur droiture. Il avait simplement oublié de lui dire à qui elle pouvait faire confiance, et de qui elle devait se méfier comme de la peste. Il n'avait sans doute pas pensé à ce qui allait se passer durant ce mariage… ni même imaginer qu'elle allait faire le pari fou de rester à l'Ouest pour chercher son meurtrier. Il aurait ri d'elle s'il avait eu l'occasion de la voir faire. Il aurait ri et il aurait eu raison de se moquer de sa faiblesse…

Un nouveau frisson lui parcourut l'échine. Elle sentit pendant un instant la main de Rokh se poser sur son épaule, comme un fantôme du souvenir revenu pour la protéger. Cela ne dura qu'une fraction de seconde, mais elle eut l'impression qu'il se trouvait là, avec elle, et qu'en se retournant elle allait le voir, un sourire narquois aux lèvres, comme pour l'encourager à se relever. Elle posa la main là où elle espérait sentir les doigts de son ami, mais ne rencontra que la peau de son épaule. Il était parti. Une ombre passa sur ses traits. Elle inspira profondément, et s'arma du courage qu'avait eu Rokh quand il avait passé ces longs mois ici, au Rohan. Il avait traversé cette situation bravement, et elle devait au moins à sa mémoire de s'en sortir avec les honneurs elle aussi. Elle trouverait son coupable un jour, et elle le ferait payer, même si cela devait lui prendre dix ans !

- J'ai déjà eu l'occasion de vous rencontrer, Capitaine… Reprit-elle plus calmement et plus poliment. Mais vous n'étiez pas éveillé. On m'a dit que vous reveniez d'une difficile mission. Et votre jambe…

Elle ne termina pas sa phrase. Pour plusieurs raisons. Elle s'en voulut un peu d'avoir rappelé ce douloureux souvenir à ce guerrier qui, de toute évidence, avait beaucoup souffert et souffrait encore. Il n'était toujours pas remis, loin de là, et elle ne pouvait qu'imaginer à quel point cela pouvait être pénible de devoir récupérer d'une telle blessure. Elle avait vu son corps se tendre légèrement quand elle avait pris la parole. Etait-ce à cause de ce qu'elle venait de dire, ou bien parce qu'elle était une étrangère ? Elle n'aurait su le dire, mais elle avait préféré ne pas aller plus loin. En outre, elle s'était interrompue également car elle s'était rendue compte que sa réponse soulevait de nouvelles questions. Pourquoi était-elle venue rendre visite au blessé alors qu'il dormait ? Quelle raison avait-elle de vouloir le rencontrer ? Elle ne souhaitait pas encore en discuter avec le Capitaine. Elle avait entendu des choses à son sujet, mais elle devait faire la part des choses, et trouver le bon moment, la bonne façon… Elle changea de sujet habilement, et rebondit sur quelque chose de plus important dans l'immédiat : la raison qui expliquait pourquoi elle se trouvait dans cet état.

Elle aurait bien voulu leur mentir, leur dire qu'elle avait glissé, fait une mauvaise chute, et qu'elle s'était cognée la tête avant de sombrer, mais elle ne pouvait pas. Premièrement, elle s'était déjà suffisamment ridiculisée, entre ses larmes et l'impudique nudité dans laquelle elle avait été retrouvée. Elle ne souhaitait pas qu'ils la prissent définitivement et irrémédiablement pour une incapable, une personne débile et impotente qui ne méritait que mépris. Deuxièmement, elle ne pouvait pas dissimuler la trace sur son visage, causée par un poing violent venu s'écraser sur sa joue, ni le sang qui coulait de son nez. Elle avait été agressée, sans douceur, et ils n'auraient jamais accepté de la croire si elle leur avait servi une excuse à dormir debout. Pour autant, elle n'était pas obligée de leur dire tout ce qu'elle savait. Elle ne voulait pas faire de vagues, et elle n'était pas prête de dénoncer les hommes qui s'amusaient à la titiller quotidiennement. Elle ignorait même si c'étaient bien eux les responsables, mais qui d'autre pouvait avoir eu l'envie de se débarrasser d'elle, alors que quelques instants auparavant elle avait décidé de les défier ? Elle ne les connaissait pas, mais elle savait ce qu'il se passerait si on les punissait à cause de leur geste à son égard. Sans surprise, ils lui en voudraient à mort, et ils trouveraient bien un moyen de se venger d'une manière ou d'une autre. En outre, leurs amis se sentiraient trahis par leur chef, et cela amènerait bien davantage de problèmes que cela en résoudrait. Condamner ses hommes pour protéger une Orientale ? Le Vice-Roi y perdrait énormément, et elle n'était même pas certaine qu'il irait jusque là pour elle. Elle n'était rien à ses yeux, et elle ne pouvait pas avoir foi en lui. Non, elle ne pouvait faire confiance à personne…

- J'ai senti quelqu'un me retenir sous l'eau, avança-t-elle prudemment. Je n'ai pas vu de qui il s'agissait, désolée…

Désolée, elle l'était sincèrement. Peut-être pas pour les raisons qu'ils imaginaient. Certes, elle aurait bien voulu leur dire avec certitude qui était responsable de cette attaque ignoble, mais surtout elle aurait bien voulu connaître le visage du coupable pour lui faire payer ses crimes en personne. Hélas,  elle n'en avait pas les moyens pour l'heure, et elle devait se résoudre à devoir laisser passer l'affaire. Elle espérait seulement que les deux Rohirrim en feraient autant, et qu'ils laisseraient tomber. Elle s'arrangerait tout simplement pour être prudente la prochaine fois, et ne pas aller se baigner sans emporter une lame avec elle. Cependant, alors que les choses se remettaient en ordre dans sa tête, une nouvelle pensée vint s'intercaler avec ses premières réactions. Une pensée qui aurait dû être parmi les premières, mais elle avait été si choquée qu'elle s'était concentrée sur le principal : survivre. Maintenant qu'elle avait repris son souffle, qu'elle avait un peu retrouvé sa sérénité, elle se rappelait de qui elle était, et de ce qui constituait sa personnalité. Elle demanda au militaire tout en connaissant par avance la réponse qu'il allait lui donner :

- C'est vous qui m'avez sauvé la vie ?

Il ne pouvait pas le nier, beaucoup trop d'éléments allaient dans ce sens pour que la modestie entrât encore en ligne de compte. Elle plongea son regard dans le sien, et lui souffla :

- Je vous suis redevable, Capitaine…

Sans doute le Rohirrim n'imaginait pas l'implication de telles paroles. Iran déplia ses longues jambes fuselées, et se redressa en prenant appui sur le bras d'Aelyn, la guérisseuse, Vice-Reine du Rohan. Les deux femmes se connaissaient, et avaient déjà eu l'occasion de se rencontrer pendant le mariage royal, deux mois auparavant. Elles ne s'étaient guère vues depuis leur retour de Minas Tirith du Gondor, l'Occidentale vaquant aux obligations liées à son statut et à son rang, tandis que l'Orientale continuait à rechercher des indices concernant les assassins de Rokh. Cependant, comment auraient-elles pu oublier leur première rencontre, quand la guerrière s'était jetée sur le Vice-Roi Mortensen en essayant de le tuer, pour venger la mémoire de son ami ? Comment auraient-elles pu oublier cette confrontation terrible entre Lyra et Gallen, qui aurait pu aboutir au déclenchement d'une guerre terrible, mais qui avait finalement débouché sur une alliance curieuse, presque contre nature ? Ce jour resterait gravé dans leurs mémoires pour longtemps, assurément…

Iran se retrouva bientôt debout, mais elle n'était pas encore très stable sur ses appuis. La guérisseuse pouvait sentir à la pression qui s'exerçait sur son bras que sans son aide, la guerrière aurait eu toutes les peines du monde à ne pas s'écrouler. Elle était tout simplement épuisée, encore un peu désorientée, mais elle ne voulait rien laisser paraître. Elle voulut se débrouiller seule, s'écarta un bref instant de la main tendue, mais vacilla largement et s'effondra à moitié dans les bras d'Aelyn. Elle ne ferait pas deux mètres sans s'écrouler, à ce rythme-là…


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Aelyn
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Dim 22 Nov 2015 - 16:03
Aelyn écouta avec attention les explications de Learamn. Il ne savait visiblement rien de ce qui c’était passé avant son arrivée. C’était fâcheux. Si quelqu’un à Meduseld pouvait en toute impunité s’en prendre à des invités étrangers et s’en tirer à bon compte, ce n’était pas bon du tout. Sans compter que le Riddermark pourrait en subir les conséquences diplomatiques si Lyra venait à entendre parler de l’incident. Les souvenirs de leur dernière rencontre avec la Reine du Rhûn lui donnaient encore parfois des sueurs froides. La jeune femme n’était pas prête d’oublier que Gallen avait faillit subir son courroux de la pire des façons qu’il puisse être. Elle finit par détourner son esprit de ces fâcheux souvenirs qui en menait à d’autres, tout aussi perturbant, comme le cadavre mutilé de ce pauvre Rokh. La guérisseuse entreprit d’examiner un peu plus les traces de coups sur le visage de l’Orientale, à la recherche d’un traumatisme osseux ou de lésions inquiétantes. Elle ne se formalisa pas du brusque mouvement de recul d’Iran, le prenant pour un marqueur de douleur plutôt que de surprise.

« - Bon, ni la pommette ni le nez ne sont cassés… » marmonna-t-elle pour elle-même tandis qu’Iran se décidait si oui ou non elle était capable de se lever.

- Je vais bien… Je peux me lever, ça va… déclara finalement la jeune femme en tentant de s’éloigner de la rohirrim.

Cependant, contrairement à ce qu’elle venait d’annoncer, sa première tentative pour se mettre debout seule se solda par un cuisant échec. Aelyn en ressentit tout le poids dans le soupire que l’autre femme laissa échapper. Les yeux de celle-ci s’embuèrent presque immédiatement et elle en chassa les larmes avec empressement, comme une marque honteuse qu’elle ne voulait surtout pas afficher aux yeux du monde. Et cela, Aelyn le comprenait. Au Riddermark, il en était également ainsi. La fierté interdisait de pleurer face à quiconque, des inconnus particulièrement. C’est pour cela qu’elle esquissa un triste sourire mais ne tenta rien qui puisse faire croire qu’elle avait vu les larmes s’échapper. Pour préserver la dignité de la femme de Rhûn.

Cependant la réaction de celle-ci, après coup, était bien étrange et vexa quelque peu Aelyn. Plus qu’elle n’aurait voulu l’admettre à dire vrai. La phrase cassante, au ton si semblable à celui de l’autre Oriental ayant séjourné entre les murs d’Aldburg, accusait Learamn de ne pas avoir été assez prudent avec les personnes qu’approchait Aelyn, sa « souveraine ».
Mais au-delà de l’agacement qu’avaient engendré ces paroles, la jeune rohirrim ne put s’empêcher de se mettre à rire. Un rire un peu nerveux, sans vraiment d’origine, qui lui valut un regard halluciné des deux autres personnes dans la pièce. Avait-elle donc perdu la raison ? Puis soudain, aussi brusquement que le rire était venu, il se tarit entre les lèvres de la blonde. Elle se remit debout, une main sous son ventre et une autre à terre pour préserver son équilibre, et regarda de nouveau Iran. Non, elle ne ressemblait pas tant que ça à Rokh malgré les faux airs qu’elle voulait se donner. Et à cet instant, où elle était le plus vulnérable, c’était tellement évident. Là où le Chien de Farma ne réagissait guère plus que comme un outil, une épée ou un glaive, un être de guerre, taillé pour et par la guerre jusqu’à détruire l’humanité en lui pour n’y laisser que des traces, Iran était immanquablement humaine. Ses sentiments et ses émotions étaient réels et palpables.
Pendant tout ce temps à côtoyer Rokh, Aelyn avait finit par penser que les Orientaux étaient tous les mêmes, tous semblables au formidable guerrier qui avait vécu dans ce pays, aussi craint et détesté que respecté. Et, bien qu’elle ait trouvé cette perspective effrayante, il lui avait fallut le mariage royal pour comprendre que chez ceux du Rhûn, comme chez ceux du Riddermark, il y avait autant de type d’hommes et de femmes différents. On ne pouvait juger un peuple par son seul représentant, qu’il soit simple guerrier ou royauté.

Elle finit par reprendre la parole doucement :

« - Excusez mon rire, ce n’était pas moqueur, je puis vous l’assurer. C’est juste… Je ne suis pas sa suzeraine. Je suis sa guérisseuse… Malgré les efforts du Vice-roi pour faire en sorte que l’on m’accepte comme tel, je ne suis pas son épouse. Je n’ai aucun statut ni légitimité dans ce palais que ceux que ses occupants veulent bien me donner. Ces gens m’obéissent parce qu’ils le veulent ou craignent le courroux de mon compagnon, mais pas par respect pour mon sang. N’avez-vous donc jamais entendu les nobles parler de moi ? C’est très… édifiant, si je puis dire… D’un autre côté, vous êtes ici depuis suffisamment longtemps pour avoir eu l’occasion de vous en prendre à moi bien avant et avec une bien meilleure efficacité. »

Sur ces mots, et sans aucune peur, elle lui tourna ostensiblement le dos pour fouiller dans sa sacoche laissée un peu plus loin. Elle l’entendit parler à Learamn sans en saisir les mots, tant elle était concentrée sur sa recherche. Et quand elle revint auprès de sa patiente… ses patients en fait, elle avait un tissu imbibé d’un liquide huileux et étrangement froid qu’elle posa sur la tâche bleuâtre et gonflée qui se formait sous l’œil de l’autre femme, et dont on distinguait à présent parfaitement le contour de toutes les phalanges de l’agresseur.

Celle-ci leur expliqua alors ce qui lui était arrivé. En constatant qu’elle en avait vu bien peu et qu’il serait difficile de retrouver le responsable, Aelyn laissa échapper malgré elle un soupire de frustration. Que quelqu’un puisse se permettre de tels actes au sein même du palais d’Edoras, en toute impunité, la mettait hors d’elle. Ses yeux d’émeraude s’allumèrent de flammes. Elle avait encore plusieurs questions qui lui brûlaient la langue mais cela attendrait. Iran semblait avoir repris ses esprits mais il y avait de forte chance pour qu’elle soit encore sous le choc. Elle pourrait tout aussi bien se refermer comme une huitre si on la pressait trop. Et ses blessures physiques restaient la priorité. Le reste viendrait en temps voulu.

Finalement, Iran, tout en adressant sa dette envers Learamn, tenta une nouvelle fois de se relever. Cette fois, Aelyn fut à ses côtés, la laissant prendre appui sur elle. Elle vit le Capitaine faire un geste pour aider l’orientale à son tour mais la guérisseuse lui lança un regard furibond en désignant sa jambe blessée de la tête. Il avait déjà fait beaucoup trop d’efforts pour la journée. Et par le Mordor et tous ces monstres, elle était enceinte, pas handicapée ! Et même si elle avait l’impression que son ventre avait la taille et le poids d’un fût de bière nain, elle pouvait encore se débrouiller seule pour soutenir une femme guère épaisse ! Le militaire parut comprendre et ne fit rien de plus.
De plus, et même si c’était étrange à admettre, elle se sentait une étrange connexion avec Iran, sans vraiment parvenir à se l’expliquer. Elles étaient pourtant aussi différentes que la nuit et le jour, tant par le physique que par l’esprit. Et pourtant…Aelyn le ressentait, profondément ancré, ce lien ténu et impalpable. Plus encore maintenant quand, pour la première fois, les deux femmes échangeaient un véritable contact physique, bras contre bras.
La guérisseuse renforça sa prise pour ne pas donner l’impression de ployer sous le poids de l’autre femme alors que celle-ci s’appuya un peu plus lourdement sur elle, incapable de se tenir par elle-même pour le moment.
Un moment, Iran essaya de nouveau, sans doute pas une poussée de fierté, de reprendre la marche seule, mais elle ne put faire plus d’un pas avant de s’écrouler sur Aelyn de nouveau. La jeune femme ne fit aucune remarque, et assura plus surement sa prise, passant son autre bras autour de sa taille.

« - Ne restons pas là ! Je vais vous ramener à votre chambre. » expliqua-t-elle à Iran en coupant court à toute protestation d’un froncement de sourcils. « Quant à vous Capitaine, vous venez aussi ! Il faut que je vérifie si votre héroïsme ne vous a pas coûté deux semaines de convalescence et vu mon surplus pondéral actuel… » Elle passa la main sur son ventre bien arrondi pour illustrer son propos. « … je préfèrerai ne pas avoir à courir derrière mes patients dans tout le château si vous le permettez. »

Le chemin sembla une éternité, chaque pas d’Iran semblait lui coûter mais elle faisait tous les efforts du monde pour ne rien laisser paraitre. Une seule fois pourtant durant le trajet, Aelyn les obligea à l’arrêt et poussa délicatement l’orientale dans un recoin sombre. C’était au passage de deux gardes qui, eux aussi, comptaient profiter des bains généreusement mit à leur disposition. Elle espérait ainsi épargner à la jeune femme d’être vue par ces hommes en situation de faiblesse, qu’elle savait qu’elle-même aurait peu apprécié. Les deux hommes sa saluèrent poliment ainsi que Learamn qui suivait derrière. Mais en récupérant le bras d’Iran pour finir le trajet, Aelyn espéra que la guerrière ne s’était pas méprise sur ses intentions et crut qu’elle l’avait caché pour ne pas être vue en sa présence…

Finalement, après de très longues minutes et de nombreux arrêts, le petit groupe put rejoindre la petite chambre mise à la disposition de l’étrangère à son arrivée, deux mois auparavant. Elle ne prêta guère attention à ce qui l’entourait alors qu’elle portait maintenant plus qu’elle ne soutenait l’orientale jusqu’à son lit où elle la força à s’allonger.

« - Vous ne vous lèverez que lorsque votre tête et vos jambes vous le permettront. » gronda-t-elle avec la force de l’habitude.

Puis elle se tourna vers Learamn, le visage un peu plus paisible.

« - Pourriez-vous aller demander à l’un de vos soldats qui logent à côté d’aller attendre le Vice-roi aux bains et de l’amener directement ici dès qu’il s’y présentera. Ensuite je vous demanderais de prendre ce siège et de ne plus en bouger jusqu’à ce que j’ai pu vérifier que vous n’avez pas rouvert quelque chose. S’il vous plait ? »

Puis elle s’assit elle-même sur le bord du lit. Ce parcours de vitesse et de force, de si bon matin et le ventre vide, l’avait totalement épuisée. Puis elle s’autorise une petite minute de répit à souffler avant de chercher de nouveau dans sa sacoche, le matériel nécessaire à soigner les blessures de leur étrange invitée.

« - Je sais que vous n’avez pas forcément une haute opinion de nous autres rohirrim, mais nous avons une très grande culture de l’honneur. Et n’apprécions pas ceux qui agissent sans honneur dans nos murs. Et nous ne pouvons tolérer ce qui vous est arrivé, expliqua-t-elle à Iran. Je ne peux pas vous promettre que nous trouverons le coupable vu le peu d’informations que nous avons mais… je ne veux pas que vous pensiez que nous n’essayerons pas. Ce n’est pas ainsi que les hommes du Riddermark doivent de se comporter !... »

Si tant est qu’il s’agisse d’un rohirrim. Quelque part dans la tête d’Aelyn planait toujours les fantômes des années précédentes, la guerre civile, l’Ordre de la Couronne de Fer, sa propre tentative d’assassinat, la réussite de celle perpétuée contre Rokh… Et elle en était ressortit avec une sensation désormais bien ancré qu’il n’était plus réellement possible de distinguer l’ami de l’ennemi, et que les codes et l’honneur n’étaient plus aussi respectés que par le passé. Il était effrayant de penser que l’on préférait vous poignarder dans le dos plutôt que de vous affronter à la loyal, en face à face. Toute son éducation purement rohirrim s’en trouvait ébranlée.



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Learamn
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Sam 28 Nov 2015 - 22:54
L’étrangère tenta de se relever dans un geste courageux mais qui paraissait bien vain ; son état actuel ne lui permettait pas de réaliser ce geste simple qui relevait à présent de l’exploit. En l’observant essayer piteusement de se remettre sur pied , Learamn eut un peu l’impression de voir le reflet de la situation dans laquelle il se trouvait lui-même. Il pouvait comprendre ce qu’elle ressentait pusique lui aussi en avait fait l’expérience. Il y avait tout d’abord la réfutation du fait avéré , le déni de la réalité ; après sa blessure le jeune homme n’avait pas voulu croire que celle-ci puisse le handicaper à ce point ; il avait même entrepris un périlleux trajet de retour qui avait failli avoir raison de lui.  Puis venait l’incompréhension ; se rendre compte que l’on était devenu incapable de se relever, se tenir sur ses jambes et marcher constituait un choc important ; le sentiment de honte suivait puis la résignation douloureuse à une longue convalescence dont il faisait encore les frais aujourd’hui. D’ailleurs cette convalescence prendrait elle fin un jour ? Viendra-t-il un jour où il pourrait à nouveau se mouvoir comme avant ? Cela aucun guérisseur n’avait pu le lui dire de manière claire , pas même Aelyn.

La situation dans laquelle se trouvait la miraculée était plus qu’embarrassante, presque nue , affaiblie et agenouillée devant des étrangers qu’elle ne connaissait pas et dont elle se méfiait de manière logique.  Dans ce genre de moment tous les moyens étaient bons pour redonner un peu de consistance à un honneur déchu ; c’est en partie pour cela que le capitaine ne prit pas vraiment en compte la remarque acerbe qu’elle lui adressa.  Il se doutait bien qu’elle n’attendait pas réellement de réponse à sa question et il ne lui en donna pas ; de toute façon il n’avait pas à justifier ses actes devant une étrangère quand bien même venait-il de lui sauver la vie.

Aelyn , quant à elle , réagit vivement avec un petit rire suivi d’une longue explication concernant son rôle dans le palais.  Elle ne se définissait ni comme la suzeraine du capitaine ni comme sa supérieure mais simplement comme sa guérisseuse, plutôt autoritaire soit-dit en passant. Le jeune homme avait bien entendu que certaines mauvaises langues de la noblesse n’appréciaient guère cette paysanne d’origine ayant accédé aux plus hautes marches du pouvoir grâce à son compagnon mais il n’en savait pas plus ; à vrai dire lorsque l’on était cloisonné comme lui dans une chambre , il était bien compliqué d’être au fait de toutes les intrigues et bruits de couloirs qui courraient dans le Château d’Or. A titre personnel , Learamn vouait un profond respect à Dame Aelyn :non seulement c’était la compagne de son mentor et supérieur hiérarchique mais en plus c’était une femme dont il ne pouvait qu’admirer la force de détermination, la sensibilité et la générosité. Malgré sa grossesse avancée , elle n’avait pas hésitée une seule seconde pour voler au secours d’un Learamn dans un état critique . Et pour cela , il lui en serait éternellement reconnaissant .

Après quelques minutes de silence et un rapide diagnostic d’Aelyn pour s’assurer que la jeune femme n’avait rien de cassé, l’étrangère reprit sur un ton plus calme et respectueux. Elle affirmait avoir déjà rencontré Learamn ; celui-ci légèrement surpris tenta bien de se souvenir de ce visage mais il avait beau fouiller dans sa mémoire il ne se rappelait tout simplement pas l’avoir un jour croisé.  Elle disait d’ailleurs qu’il était endormi quand elle l’avait vu et encore grièvement blessé.

Le visage du rohirrim se ferma alors ; l’évocation de cette période douloureuse dont il subissait encore les conséquences n’avait rien d’agréable et s’il se forçait à garder une posture fière et respectable c’était bien pour ne pas paraître ridicule en étalant son profond désespoir devant ces deux femmes.

Finalement , après quelques secondes de flottement , l’Orientale se décida enfin à leur raconter ce qui lui était arrivé . L’officier fut un petit peu déçu par le récit, pour le moins succinct , de la jeune femme ; elle ne les aidait vraiment pas à lancer une quelconque enquête . Ce qu’il y avait de troublant c’était que quasiment n’importe qui pouvait être coupable de cette tentative d’homicide , du moins toute personne ayant assez de puissance pour maintenir une jeune femme pas particulièrement imposante sous l’eau ; il n’y avait pas nécessairement besoin d’être un géant pour cela. Dans l’entourage de Learamn , beaucoup de monde se méfiait des Orientaux , lui le premier, mais le jeune homme ne pouvait tout simplement pas imaginer que l’un d’eux ait pu se rabaisser à ce point : surtout quand la victime était une invitée sous la protection du Vice-Roi Mortensen.
Alors , de manière assez brusque et inattendue , la jeune étrangère posa au militaire une question à laquelle tout le monde avait déjà la réponse :


-C’est vous qui m’avez sauvé la vie ?

-Oui . répondit-il simplement.

Il n’y avait rien de plus à ajouter ; d’ailleurs il n’avait rien fait de plus.  Il désirait simplement profiter d’un bain matinal avant de se rendre compte que quelqu’un était en train de se noyer. Il avait réagi comme n’importe qui . Elle prétendait lui être redevable , c’était compréhensible après être passé si près de la mort mais Learamn n’avait franchement rien accompli d’héroïque.

-Redevable vous pouvez l’être cependant gardez à l’esprit que je n’ai fait que mon devoir et je ne doute pas une seconde que de nombreuses autres personnes aurait fait la même chose. La vie est trop précieuse pour que l’on puisse en ignorer une en danger.

C’est alors qu’Aelyn coupa court à leur échange en leur priant de rejoindre les quartiers de cette étrangère dont Learamn ignorait jusqu’au nom. Le jeune homme ne put s’empêcher d’esquisser un sourire devant la répartie de la compagne du Vice-Roi , décidément elle ne perdait jamais de vue ses devoirs de guérisseuse , même dans les situations les plus critiques.  Mais elle avait très certainement raison ; depuis son intervention et l’abandon provisoire de ses béquilles , il ressentait une sérieuse douleur au pied qui remontait jusqu’au mollet. Le capitaine fit la grimace , la guérison totale n’était pas encore pour demain. Péniblement il claudiqua sur quelques mètres avant de se saisir à nouveau de ses compagnons de marche.

C’est un petit groupe bien étrange qui se mit alors en branle pour déambuler dans les couloirs assez peu fréquentés de l’édifice. D’un côté se trouvait un haut gradé incapable de tenir sur ses jambes et qui était condamné à ne pas pouvoir commander une troupe avant un certain temps , de l’autre une étrangère au teint hâlé , trempée de la tête au pied et recouverte d’une simple serviette avançait péniblement  , tandis qu’au centre se tenait la compagne du Vice-Roi dont le ventre semblait prêt à imploser à tout moment mais qui pourtant s’efforçait de rester droite et de garder une certaine contenance. Ce curieux trio qui ne manqua pas d’attirer les regards des rares personnes qu’ils croisèrent , effectua un éprouvant trajet de quelques dizaines de mètres .

Ils arrivèrent finalement dans les quartiers de l’étrangère qui s’étendit sur son lit ; Learamn examina rapidement les lieux. On avait mis à disposition de la jeune femme une petite chambre plutôt bien meublée et agencée ; l’occupante des lieux n’avait pas jugée nécessaire de décorer le lieu de manière plus personnelle.

Aelyn se tourna alors vers l’officier , lui demandant d’accomplir un dernier effort . Learamn hocha la tête en signe d’acquiescement puis il sortit le plus vite qu’il le put de la pièce. Il traversa quelques couloirs avant de s’arrêter devant une porte ; il frappa. Quelques secondes plus tard la porte s’ouvrit , laissant apparaître un homme robuste au longs cheveux noirs. Sous sa barbe fournie on pouvait deviner les traits d’un trentenaire ayant une certaine expérience du combat. Le soldat fut un peu surpris de voir son capitaine blessé au seuil de sa porte .

-Que puis-je faire pour vous mon capitaine ?
-Dranol , habille toi en vitesse et rend toi aux bains. Tu devrais y croiser le Vice-Roi Mortensen , amène le dans les quartiers de l’Orientale .
-Mais j’ignore où se trouvent les quartiers de…
-Le Vice-Roi saura .
-Bien mon capitaine.


Learamn entreprit alors de faire demi-tour tout en réfléchissant à propos de son nouveau statut. Il y a quelques mois encore le jeune guerrier était encore l’égal voire le subalterne de tous ces hommes et subitement il se retrouvait propulsé Capitaine de la Garde Royale ; depuis ce jour il n’avait jamais eu à se soucier d’un quelconque problème de discipline mais au fond d’eux , que pouvaient pousser tous ces combattants aguerris de cette situation ? La plupart était bien plus âgé et expérimenté que lui , il pouvait paraître normal que certains se sentent lésés et qu’un sentiment d’injustice pointe fasse surface. De plus le jeune homme était aujourd’hui blessé et totalement écarté de toute activité militaire ; était-il encore perçue comme un supérieur digne de ce nom ? Voilà autant de réponses qui minait l’esprit du jeune homme et qui ne trouveraient probablement jamais de réponses car nul ne pouvaient rentrer dans les pensées des hommes de la troupe.

Learamn mit à nouveau quelques minutes pour rallier les appartements de la jeune femme où Aelyn l’attendait. Il poussa la porte après avoir frappé puis il s’assit sur un tabouret en bois en poussant un léger soupir de soulagement ; quel bonheur était-ce de pouvoir s’asseoir et reposer sa jambe meurtrie après tant d’efforts.  

L’officier reporta alors son attention sur les deux dames qui semblaient absorbés par une conversation portant sur les événements du matin. Learamn ne put s’empêcher d’intervenir :

-Nous lancerons une enquête dès aujourd’hui pour retrouver les coupables , et ils seront punis pour leurs actes , je vous en donne ma paroles. Pourtant…

Il marqua une pause , ne sachant pas vraiment comment  exposer son point de vue.

-Pourtant , vous devez comprendre que la tension est forte au sein de notre peuple ces derniers temps. Nous sortons d’une guerre civile qui a bouleversé les esprits : si nous ne pouvons plus faire confiance à nos propres frères que dire alors des lointains étrangers ? De plus de nombreux orientaux sont venus combattre aux côtés du roi félon et cela personne ne l’a oublié ici. Je ne suis pas en train de justifier la tentative d’assassinat dont vous avez été victime , je vous demande juste de comprendre la méfiance de notre peuple à votre égard. Montrez-vous indulgente envers notre peuple, celui-ci traverse des moments bien trop troubles pour que nous puissions accueillir quiconque les bras ouverts.





Dernière édition par Learamn le Dim 14 Fév 2016 - 15:10, édité 1 fois
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Ryad Assad
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Lun 30 Nov 2015 - 11:36

Iran n'était guère habituée à être soignée par des mains aussi douces que celles de la Vice-Reine. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où on l'avait traitée aussi… gentiment. Il fallait dire que dans l'armée, la plupart du temps les soldats s'occupaient de leurs propres problèmes. En campagne, en mission, en patrouille, chacun était tellement préoccupé par ses soucis, et il n'était pas question de demander de l'aide à quelqu'un. Les blessés les plus graves étaient de toute façon presque morts, et tous les autres savaient à quel point ils étaient chanceux d'être en vie. Iran faisait partie de ceux-là, qui jusqu'à présent passaient entre les gouttes, esquivaient les griffes de Melkor qui cherchait à ramener leur corps dans son royaume. Elle eut donc un mouvement de recul. Un réflexe, presque. Elle tendit les mains, comme pour repousser la guérisseuse, mais son regard glissa rapidement vers le jeune officier. Il n'était pas remis de ses terribles blessures, mais elle ne doutait pas qu'il interviendrait si elle posait ne fût-ce qu'un doigt sur sa suzeraine. Alors elle n'en fit rien, et se contenta de laisser faire. Frissonnant en sentant cette peau étrangère frotter contre la sienne, elle attendit le verdict, qui lui tira un discret soupir de soulagement. Au moins, elle n'avait rien de cassé, ce n'était que superficiel. Au fond, elle le savait, elle ne sentait pas une douleur suffisamment vive pour avoir quelque chose de sévèrement abîmé, mais elle était encore un peu choquée, et elle aurait très bien pu avoir focalisé son attention sur autre chose au point d'oublier la douleur. Que quelqu'un lui confirmât qu'elle allait bien n'était pas pour lui déplaire, loin de là. Toutefois, au moment où elle se rendit compte qu'elle était en train de baisser sa garde, elle ne put s'empêcher de griffer, comme un animal acculé tentant de préserver ses distances avec un prédateur plus fort que lui. Le prédateur, c'était tout le royaume du Rohan, contre lequel elle se sentait désespérément seule. Et sa griffure prit la forme d'une pique acerbe, acide, qui n'eût que peu d'effet sur la Vice-Reine, laquelle se mit à rire simplement.

Cela faisait longtemps qu'Iran n'avait pas ri, et elle demeura interloquée devant la réaction de cette femme qui représentait tout de même son exact opposé entre ces murs. Là où elle était une guerrière, roturière, venue de l'Est lointain, la femme blonde était une guérisseuse noble et Occidentale. Elles n'avaient, pour ainsi dire, rien en commun. Là où la première prenait la vie, à la pointe de l'épée, la seconde s'apprêtait à la donner comme en témoignait son ventre arrondi. Elles appartenaient à deux univers différents, et Iran ne pouvait qu'être surprise de voir avec quelle simplicité cette femme s'approchait d'elle, la touchait, lui parlait, comme si elle était une vieille amie. Son comportement n'était pas… pas décent. La guérisseuse entreprit alors de lui donner un élément d'explication qu'elle n'avait pas saisi. Ainsi, elle n'était pas noble, et pas mariée, si bien qu'on pouvait considérer qu'elle n'était pas non plus Vice-Reine, et que l'enfant qu'elle portait avait été conçu en dehors des liens sacrés du mariage. Le regard d'Iran manifesta tout son étonnement devant cette situation qui lui apparaissait improbable, du début à la fin.

Quand la compagne du Vice-Roi – pouvait-on lui trouver un titre plus approprié, puisqu'elle n'était légalement rien d'autre que la femme qui partageait ses nuits ? – se retourna pour chercher quelque chose dans sa sacoche, la Rhûnadan lança un regard d'incompréhension au Capitaine Learamn, comme pour lui demander : « Est-ce normal chez vous que de laisser une femme non mariée porter les enfants de votre suzerain ? ». Elle ne comprenait pas. Oh, bien entendu, elle n'était pas sotte et elle savait que bien des enfants étaient conçus avant que les épousailles ne fussent prononcées. Toutefois, elle avait toujours cru qu'il en était ainsi chez la roture, et que la noblesse mettait un point d'honneur à sauvegarder son sang et sa pureté, via un contrôle très strict des alliances. Il arrivait parfois qu'un enfant naquît de l'union d'un noble et d'une roturière, mais il n'était en général pas reconnu par son père, ou bien gardait à vie le titre de bâtard, ce qui n'était pas plus enviable. Qu'adviendrait-il donc de l'enfant que portait la guérisseuse ? Serait-il condamné à l'infamie pour l'écart de conduite de ses deux parents ? Elle était incapable de le dire, et son trouble se peignit sur son visage encadré de longs cheveux d'un noir d'encre, comme on n'en trouvait pas sur ces terres.

Comme le militaire semblait ne pas trop comprendre où elle voulait en venir avec ses gros yeux et ses signes de tête, elle fut obligée de prendre la parole, et ses mots furent plus que maladroits. Sans douceur, mais sans intention de blesser, elle évoqua la terrible blessure du jeune guerrier. Son pied bandé cachait bien mal l'ampleur de sa plaie, et elle ne pouvait qu'imaginer la douleur qu'il ressentait à chaque instant. Une douleur physique, naturellement, à chaque fois qu'il posait le pied au sol et essayait de faire quelques pas. Une douleur mentale, surtout, car le pauvre n'était pas en mesure de marcher, de se tenir en selle, ou de combattre. Que pouvait-il bien faire, donc ? Qu'était-il s'il n'était pas ce jeune capitaine dont on évoquait le nom dans les couloirs ? Valait-il réellement mieux que les infirmes que l'on voyait mendier dans les rues, quémandant la pitié de ceux qu'ils croisaient ? Elle savait ce par quoi pouvait passer un homme fort, soudainement blessé par la vie. Elle savait ce que cela pouvait signifier que d'en être réduit à tout réapprendre. Elle savait à quel point cela pouvait être long, difficile, éprouvant. Quand elle vit le regard de Learamn se fermer, se durcir, elle sut qu'il était conscient de la difficulté. Elle aurait simplement voulu lui dire que la réalité était encore pire que ce qu'il imaginait…

Elle sentait qu'il était blessé, mais elle n'ajouta rien. Elle n'était ni son amie, ni sa confidente, et il n'avait rien à lui dire, et qu'elle ne tirerait rien d'un quelconque interrogatoire, même s'il était conduit poliment. Cependant, alors qu'elle pensait qu'il allait s'en tenir là, il ajouta quelques mots sur un ton détaché, comme si son geste était particulièrement banal. Cela n'avait rien de normal que de sauver la vie d'une inconnue, a fortiori quand elle était originaire d'un autre royaume. Ce n'était pas le geste d'un homme du commun, et en dépit de ce qu'il voulait lui faire croire, bien des gens seraient passés à côté d'elle sans la sortir de l'eau où elle flottait. Elle le regarda intensément de ses yeux noisette, une moue indéchiffrable au coin de la bouche. Elle finit par répondre, sans que l'on pût percevoir la moindre once de reproche en elle :

- On ne survit pas avec ce genre de pensées… Pas là d'où je viens.

Elle baissa la tête, pour plusieurs raisons. Elle ne voulait pas trop évoquer la lointaine contrée d'où elle était originaire, si différente d'ici. Elle ne voulait pas non plus entrer en conflit avec lui sur ce point, car elle ne voulait pas dire par là qu'il était incapable… Seulement, sauver une vie pouvait amener plus de problèmes que l'achever. Elle avait déjà entendu des histoires, des gens qu'on avait sauvés alors qu'ils ne le méritaient pas, et qui faisaient preuve de la pire ingratitude. L'histoire du Rohan devait regorger également de ces hommes à qui un puissant seigneur laissait la vie sauve, et qui poursuivaient leurs sombres manigances, laquelle coûtait la vie à bien plus d'innocents. De vils serpents. Elle se détourna de cette conversation, certaine que s'il voulait revenir sur la question, il trouverait bien l'opportunité de le faire en un autre temps et en un autre lieu. Ce qui la rassurait toutefois, c'était de savoir qu'il avait accepté son offre. Elle allait pouvoir sauvegarder son honneur, même si elle se demandait encore comment. C'était la première fois avec un étranger… Quand la guérisseuse fut certaine qu'ils étaient tous en état d'être déplacés, elle leur ordonna de se mettre en route pour quitter les lieux, et Iran ramassa prestement ses affaires en sentant le bras de la compagne du Vice-Roi soutenir le sien pour l'empêcher de tomber. Elle aurait voulu se dégager, mais elle préférait ne pas se donner en spectacle, car ses jambes n'étaient pas encore bien assurées. Passer en station verticale lui avait coûté bien plus qu'elle ne l'aurait cru possible, et son séjour prolongé dans l'eau l'avait désorienté au point que sans aide, elle n'aurait pas été au bout du couloir. Le Capitaine à la jambe blessée, la guérisseuse enceinte, et l'Orientale étourdie se lancèrent donc dans un éprouvant périple qui devait les conduire jusque dans leurs quartiers. Leur drôle de compagnie tira un froncement de sourcils à Iran, qui se demandait si Melkor n'avait pas réuni leur inutilité au même endroit, pour son bon plaisir. C'était bien curieux…

Elle ne fit pas la conversation, et personne ne se sentit de la faire à sa place. Dans un silence de plomb, seulement rompu par leur respiration saccadée qu'ils essayaient de cacher tant bien que mal, pour ne pas attirer sur eux l'inquiétude de ceux qui les entouraient, ils avalèrent les mètres avec une lenteur affligeante. Le Capitaine, en dépit de sa jambe blessée, n'était pas le plus lent des trois, et il menait leur petite compagnie en s'appuyant lourdement sur les béquilles qui lui permettaient de marcher relativement convenablement. De là où elle se trouvait, Iran pouvait voir les muscles de son dos se contracter et se relâcher à mesure qu'il fournissait ses efforts, et elle sentait de la tension dans sa démarche, de la raideur dans sa façon d'avancer. Il ne marchait pas vraiment : il se battait, comme si chaque pas le rapprochait un peu plus de la guérison. Combien de temps avant qu'il ne se laissât abattre par l'absence de progrès, par le rappel constant d'une faiblesse qui refuserait de passer ? Combien de temps ? Iran en était là de ses pensées quand elle sentit que la guérisseuse la poussait légèrement à l'écart du chemin. Elle n'avait même pas entendu que des gens d'armes venaient, et elle se retrouva bien vite isolée dans un coin, là où ils ne pourraient pas les voir. Hélas pour Aelyn, qui espérait bien faire, la guerrière comprit de travers son intention, et se sentit quelque part vexée d'avoir été cachée ainsi. Elle aurait préféré pouvoir se tenir droite, fière devant ces hommes qui l'auraient regardée avec étonnement. Au lieu de quoi, elle avait été mise de côté comme une tare que l'on chercherait à cacher. Son amour-propre en prit un coup, mais elle s'efforça de passer outre. Rokh avait vécu bien pire…

C'était la pensée qui lui permettait de tenir quand elle doutait. Rokh avait vécu bien pire. Elle n'en avait aucune idée, en réalité, mais il lui paraissait bon de le croire. Cela alimentait sa colère contre les gens d'ici, une colère qu'elle transformait en une formidable énergie destinée à sa survie. Elle se nourrissait de tout ce qu'ils lui jetaient au visage : leur mépris, leur honte, leur haine, leur vile pitié. Elle en faisait la pierre glacée sur laquelle elle aiguisait sa volonté, jour après jour. Sans un mot, ils reprirent leur chemin, et arrivèrent bientôt dans les quartiers de la jeune femme, qui étaient probablement les plus proches. La guérisseuse fit installer sa patiente sur son lit, et celle-ci se sentit soudainement nauséeuse que de s'être allongée si rapidement. Elle ferma les yeux, et inspira profondément, pour se calmer. Elle entendit vaguement l'échange qui eut lieu entre le Capitaine et la jeune femme, mais perçut distinctement le bruit d'une porte que l'on claquait, et ceux de béquilles heurtant le sol. Tac, tac, tac. De plus en plus ténu, jusqu'à devenir un murmure. Elle sentit bientôt le lit s'enfoncer légèrement à sa droite, et elle ouvrit les yeux. La compagne du Vice-Roi était là, les yeux posés sur elle comme pour examiner son état. Iran se fit violence pour chasser toute trace de malaise de son visage, et écouta attentivement la rohirrim.

Elle trouva ses paroles déplacées, et en ressentit une certaine frustration. Ce n'était pas ce qu'elle avait envie d'entendre ! Pas en cet instant. Elle se redressa, incapable de soutenir une conversation de ce type en étant allongée – d'autant qu'elle avait le sentiment désagréable que son corps trempé inondait son lit, et qu'elle ne pourrait plus jamais y dormir. Elle se mit en position assise, face à la guérisseuse, ce qui lui coûta une généreuse part du peu d'énergie qu'elle avait à disposition. Son regard vacilla un instant, mais elle se raccrocha à son sentiment du moment, celui de la colère :

- Je me fiche que vous trouviez le coupable ! Elle avait parlé plus fort que prévu, et cela lui fit mal à la tête. Baissant d'un ton, elle reprit : Je ne veux ni de votre pitié, ni de votre compassion, ni de vos remords. Je ne suis là que dans un seul but, et vous savez très bien lequel.

Elle soutint le regard de la guérisseuse avec une telle détermination et une telle haine qu'il était difficile de ne pas se sentir touché. Iran avait perdu quelqu'un qu'elle estimait beaucoup, et elle n'aurait de cesse de retrouver ceux qui avaient commis un tel crime. Elle avait supplié le Vice-Roi de mettre tous ses hommes en route pour traquer les coupables, quand elle avait entendu parler d'un groupe de cavaliers qui avait été aperçu dans les plaines du Riddermark. Toutefois, il n'avait rien voulu faire, trop occupé à administrer ce royaume de paysans. Elle s'était sentie trahie, et rester à Edoras quand des hommes sillonnaient le pays impunément n'était pas pour lui plaire. Ils devaient être loin maintenant, et elle sentait que chaque jour, elle perdait un peu plus leur trace. Cela faisait déjà deux mois, et elle n'avait que des bribes, à peine une piste. Des cavaliers avaient tenté de forcer la Trouée du Rohan pour aller vers l'Ouest. Certains avaient réussi, d'autres avaient été refoulés, et se cachaient dans le pays. Elle n'avait rien : pas un nom, pas un lieu, pas un signalement. Elle ne savait même pas par où commencer. Cinglante, elle renchérit :

- Que ne feriez-vous pas si on vous arrachait un être cher ? Cela a-t-il un sens pour les gens d'ici ? Croyez-vous que je me soucie de trois idiots qui ne me portent pas dans leur cœur ? Je me fiche de leur sort !

Elle reprit son souffle, sans cesser de regarder la guérisseuse dans les yeux. Elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle venait de dévoiler un élément qu'elle avait jusqu'alors tenu caché. Elle était résolue à faire passer sa mission avant sa propre vie, avant sa propre sécurité, ce qui n'était pas rien. Sa relation avec le jeune lieutenant était spéciale, et on lui avait arraché Rokh de la façon la plus brutale et la plus abjecte qui fût. Elle ne pourrait jamais oublier ce qu'elle avait vu, le supplice qu'il avait subi avant et après son trépas. Elle ne pouvait pas fermer les yeux sans penser à…

La porte s'ouvrit.

Iran inspira profondément. Elle était encore un peu troublée, et l'arrivée du Capitaine Learamn l'apaisa quelque peu. Au moins il lui rappelait qu'elle n'avait pas à s'emporter devant une femme qui pouvait tout aussi bien demander sa condamnation à mort le lendemain. Elle passa une main sur son visage, surprise d'y sentir encore des traces d'humidité. Elle se sentait poisseuse, sale bien qu'elle eût passé un moment dans l'eau. Elle avait envie de passer une tenue propre, et d'aller prendre l'air. Mais la guérisseuse ne paraissait pas d'humeur à la laisser faire. Le jeune homme s'assit lourdement, sans cacher le plaisir qu'il éprouvait à pouvoir enfin se reposer, et leur annonça que les coupables de l'agression sur Iran seraient retrouvés et punis comme ils le méritaient. La Rhûnadan lança un regard insistant à la compagne du Vice-Roi, comme pour lui faire comprendre qu'il y avait plus important. A quoi cela servirait-il de perdre du temps à chercher ses agresseurs, quand des criminels bien plus dangereux se déplaçaient librement dans le royaume ? Comme elle ne prenait pas la parole, alors qu'elle était pourtant la seule à pouvoir trancher dans cette affaire – et la seule à pouvoir ordonner au Capitaine de ne pas conduire son enquête –, Iran répondit à Learamn :

- Je ne demande pas à être accueillie. Je ne demande pas à être appréciée. Je demande justice. Je demande à ce que les serments pris soient honorés. Qu'importe ce que votre peuple pense de moi : c'est parfaitement réciproque. Je veux simplement accomplir ce pour quoi je suis là…

« … Et me venger » ajouta-t-elle in petto. Elle n'aurait pas pu leur dire les choses de la sorte, mais c'était pourtant bien la vérité. Ils n'auraient sans doute pas voulu la laisser faire si elle leur avait dit ce qu'elle comptait faire aux hommes responsables de la mort de Rokh. Elle préférait leur cacher – si c'était seulement possible – la profondeur de sa blessure, et l'étendue de la violence qu'elle s'apprêtait à déchaîner. Elle savait qu'au fond, elle n'y arriverait pas seule : elle avait besoin d'aide. De leur aide. Pourquoi eux ? Elle n'en savait rien. Peut-être parce qu'ils étaient comme elle : inutiles, et marginaux. Probablement parce que leur influence leur permettrait d'obtenir des informations qu'elle n'obtiendrait jamais par ailleurs. Certainement parce qu'elle savait que, du fait de leur condition, ils ne pourraient pas lui mettre des bâtons dans les roues quand elle massacrerait les auteurs du meurtre de Rokh.

Elle regarda la guérisseuse une nouvelle fois. Etait-elle prête à se lancer à la recherche d'individus capables de tout ? Rien n'était moins sûr…


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Aelyn
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Lun 7 Déc 2015 - 23:34
Aelyn affronta la colère de l’Orientale comme on affronte la tempête, fermement ancrée en attendant la fin des bourrasques. Pourtant, elle ne put s’empêcher de réagir physiquement à cette agression aussi violente qu’inattendue. Dans un réflexe qui relevait de l’instinct, elle vrilla son corps de façon à mettre le plus de distance possible entre son ventre arrondi et la furie qu’elle lisait dans le regard d’Iran. Ses deux bras entourèrent son abdomen pour en protéger le précieux fardeau. Mais sa tête, elle, ne bougea pas d’un pouce. Ses yeux restèrent vissés dans ceux de la femme brune. Et dans les orbes verts passa toute une foule d’émotions. La surprise d’abord, de se voir attaquer de la sorte sans avoir rien fait, de son point de vue, pour mériter une telle décharge de haine. Cela la renvoya aux terribles jours qui avaient précédés le suicide de Farma et de la folie de son amie. Vient ensuite un éclair de tristesse à la mention des évènements tragiques qui avaient amené l’étrangère à s’installer entre les murs du Château d’Or. Et enfin la colère, une colère au moins égale à celle d’Iran, brute et sans pitié, alimentée par le feu de la fierté rohirrim qui coulait à gros bouillons dans ses veines. Elle repensait à Hengest, à Farma et à tous ces braves gens morts qu’elle avait connus peu ou beaucoup. Malgré elle, elle siffla :

« - Croyez-vous donc les rohirrim immortels ou dénués de cœur pour prétendre dire qu’ils ignorent tout de la perte d’un être cher. Vous nous prouvez juste votre ignorance à notre sujet ! Et à mon sujet ! »

Elle ne releva pas immédiatement la mention aux trois hommes qu’Iran avait malencontreusement glissés dans sa tirade. Elle allait rajouter quelque chose encore, toujours sur le coup de la colère, mais la porte qui s’ouvrit et l’arrivée de Learamn l’interrompit. Aussitôt elle referma la bouche et retourna à ses préparatifs de remèdes. Cela eu le résultat pratiquement immédiat de la calmer. Aelyn comprit vite que la colère d’Iran n’était pas tant diriger contre elle que résultat de la frustration que l’orientale avait accumulé durant deux long mois infructueux… et elle s’en voulu d’avoir réagit sans réfléchir. Elle n’avait pas fait preuve de plus de retenue que l’autre jeune femme finalement. La blonde soupira.

Malheureusement pour le Capitaine, qui n’avait pas suivi les débuts de la conversation et en avait, bien malgré lui, rajouté une couche, la scène se répéta et la colère d’Iran se retourna vers Learamn.

Finalement, Aelyn décida qu’il valait mieux laisser Iran se calmer un peu avant de lui apporter les derniers soins. C’était une guerrière, capable de la blesser si elle le voulait dans sa colère. Et bien que la rohirrim ne la craignait pas – en partie à cause de la présence proche de Learamn, en partie parce qu’elle savait qu’Iran aurait beaucoup trop à perdre en s’en prenant à elle – il était imprudent de prendre des risques inutiles dans la mesure où ces soins là n’étaient pas spécialement urgents à présent. Elle prit donc en premier lieu soin de Learamn, s’agenouillant devant lui comme une simple roturière pour enlever les bandages qui recouvraient son pied blessé et l’examiner.
Se faisant, elle ne put s’empêcher de reprendre la parole auprès d’Iran. Elle se rappela brusquement de la révélation involontaire de la femme brune.

« - Ces… trois hommes… ? » répéta-t-elle en stoppant tout mouvement.

Elle tenta de se rappeler les paroles exactes d’Iran… Croyez-vous que je me soucie de trois idiots qui ne me portent pas dans leur cœur ? Je me fiche de leur sort ! La vérité… Ou du moins une toute petite portion de la vérité, laissée échappé par hasard ou par erreur…

Elle continua machinalement à examiner les plaies de Learamn, légèrement rouvertes mais sans dégâts majeurs. Puis finalement elle parla, calmement, posément tout en effectuant ses soins :

« - Vous ne nous inspirez ni pitié, ni remords Iran du Rhûn. Vous êtes trop forte et dangereuse pour inspirer l’une et nous n’avons nulle raison d’éprouver l’autre. La compassion en revanche est ce qui fait de nous des hommes et non des bêtes, et je ne m’excuserais pas d’en ressentir, à votre égard ou envers quiconque. Vous voulez la justice, soit. Le Vice-roi vous a donné sa parole que nous chercherons les coupables du meurtre de Rokh et il en sera fait ainsi... »

Aelyn soupira.

« - Capitaine, serrez les dents voulez-vous. »

Sur ces mots elle refit un bandage, serrant le tissu sur les blessures en voie de guérison pour en resserrer les chairs, entrainant inévitablement une vive douleur chez Learamn. Elle lui adressa finalement un mot d’excuse et un sourire avant de lui offrir une coupe d’un mélange d’herbes antidouleur. Puis finalement, elle se redressa et fit de nouveau face à la femme du Rhûn.

« - Je suis prête à engager ma propre parole pour vous aider à retrouver les assassins de Rokh. Je sais ce que je lui dois et j’ai vu ce qu’on lui a fait subir. Ne croyez pas que son sort m’a laissée de marbre. Je lui dois d’avoir veillé sur une amie chère, sans lui je n’aurais peut-être jamais eu l’occasion de la revoir avant… avant qu’elle ne meurt. Je lui dois la vie de mon compagnon également, ainsi que sa santé mentale peut-être… Alors ne venez pas m’accuser d’indifférence. »

Elle avait dit ces mots avec un ton fier, presque solennel pour la situation, et transcendé sa condition. La voix de la vice-reine qu’elle pourrait aussi bien être. Puis sa voix se fit plus douce, celle de la guérisseuse.

« - Mais comment pouvez-vous prétendre vouloir la justice si vous la rejeter pour vous-même ? Sans compter que rien ne nous prouve que ces affaires ne soient pas liées. »

C’était là un énorme coup de bluff, elle en avait bien conscience. Elle-même avait dû mal à croire en un lien mais si c’était là le moyen d’obtenir l’identité des agresseurs de l’invitée étrangère, alors c’était un coup à tenter. Car l’ancienne guérisseuse du peuple refusait de voir cette affaire sans résolution. C’était une attaque inacceptable, qui aurait pu devenir un incident diplomatique majeur ! Elle n’avait pas l’intention de donner à la Reine Lyra une autre raison de porter ses griefs contre le Riddermark.

Et après tout, si c’était la réciproque des sentiments qu’elle inspirait que voulait retourner Iran, alors elle devrait adresser à Aelyn le même respect que celle-ci avait pour elle. Les deux femmes ne se connaissaient pas bien mais cela n’empêchait pas la rohirrim d’être admirative de la volonté de fer que mettait Iran à vouloir venger Rokh. Une telle loyauté forçait l’admiration et était, selon les principes rohirrim, digne de louanges. Mais elle ne se faisait pas d’illusions, la différence culturelle gigantesque qui les séparait ne ferait qu’agrandir le gouffre d’incompréhension entre elles.
Elle lança un regard vers le Capitaine de la Garde Royale en quête d’un peu de soutien.

Finalement, Aelyn se pencha sur les blessures de sa patiente principale, et la plus récalcitrante. Mais en bonne guérisseuse elle avait déjà eu affaire, plus qu’à son tour, à des malades autrement plus agressifs. Ainsi, malgré la mauvaise volonté évidente de la jeune femme, elle entreprit de la soigner au mieux. Décoction pour la douleur et onguent pour éviter que les marques de coups ne gonflent trop.

« - Je vous ferais une préparation à appliquer sur les coups pendant la nuit. » Et sachant qu’il y avait peu de chance qu’elle soit écoutée autrement elle rajouta : « Cela évitera que les contours de votre œil n’enflent trop et obturent votre vision. »



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Learamn
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Ven 18 Déc 2015 - 12:54
Entre les deux femmes , la tension était palpable .  La compagne du Vice-Roi s’était sentie offensée , presque blessée , par les critiques acerbes que l’étrangère lui avait adressé ; le fossé séparant leurs deux visions du monde semblaient infranchissables.  L’Orientale ne réclamait que justice pour le lâche assassinat de son ami : Rokh , une justice que le Rohan avait maintes fois promis de rendre . Quel autre gage d’assurance avait-elle encore besoin ?  Il disait ne pas vouloir tenir compte du regard des rohirrim à son égard, que cela lui importait peu.

Le capitaine ouvrit la bouche pour lui répondre courtoisement mais fermement mais celle qu’il considérait comme sa suzeraine le devança. Visiblement les dires d’Iran avaient irrité la future mère au plus haut point ; mais malgré sa colère elle tint des propos cohérents qui sonnaient comme indubitablement vrai. Le peuple du Rohan pouvait se targuer de savoir au moins aussi bien que les Orientaux , ce que représentait la perte d’un proche , n’était-ce pas leur patrie qui avait été déchiré par une sanglante guerre civile ou des frères de sang s’étaient entretués durant des affrontements au degré de violence et d’horreur innommables .  Les souvenirs de cette sombre période étaient encore cuisants dans l’esprit du jeune officier pour qui ce conflit représentait sûrement la pire des épreuves qu’il avait dû surmonter. La nuit des lances noires avait été plus terrifiante que la bête qui hantait les souterrains de Vieille-Tombe , la bataille des Trois Rois plus traumatisante que l’affrontement à Pelargir.

Aelyn se tourna alors vers Learamn et commença à changer ses bandages ; les blessures du cavalier s’étaient très légèrement rouvertes à cause des multiples efforts qu’il avait dû effectuer mais à priori il n’y avait rien de grave ; seule cette douleur lancinante rappelant son infirmité minait le moral de l’officier. Il émit un grognement sourd quand elle serra le pansement autour de la plaie du jeune homme, ses doigts se crispèrent autour de l’accoudoir du siège sur lequel il était installé. La guérisseuse s’excusa prestement en lui adressant un sourire avant de lui tendre une infusion aux herbes permettant de lutter contre la douleur
.
-Ne vous excusez pas ma Dame  , vous ne faîtes que m’aider .
lui répondit Learamn tout en trempant ses lèvres dans le liquide encore brûlant.

Le breuvage n’était pas particulièrement plaisant au goût mais le jeune cavalier consentit tout de même à le boire jusqu’au bout ; il avait conscience que s’il voulait être remis sur pied le plus vite possible , il avait intérêt  à suivre à la lettre  les instructions d’Aelyn , c’était bien tout ce qu’il avait à faire il se devait de l’appliquer , quoique parfois tout ceci devenait purement théorique ; Learamn ne pouvait pas clairement se résoudre à appliquer toutes les recommandations de sa guérisseuse sinon sa vie serait devenu un enfer à ses yeux : comment pouvait on rester constamment couché dans son lit pendant des semaines ? C’était tout simplement inhumain .
La conjointe du Champion du Rohan reporta alors son attention sur l’Orientale ; elle lui assura que le Rohan mettrait tout en œuvre pour pouvoir retrouver les meurtriers de Rokh. Elle avoua même avoir une forme de dette envers le défunt guerrier puisque c’était lui qui avait veillé sur Dame Farma après le départ de Gallen. Aelyn lança alors un regard à Learamn , de toute évidence elle cherchait un peu de soutien pour appuyer ses propos mais qu’y avait-il à dire de plus ? La guérisseuse avait parfaitement exposée la situation et Learamn ne voyait vraiment ce qu’il pouvait y ajouter.




Alors que la compagne du Vice-Roi continuait à soigner une Orientale bien récalcitrante, le jeune Capitaine se décida enfin à reprendre la parole.

-Peut-être que le sort de vos agresseurs ne vous importe guère , c’est votre droit mais je ne tolère pas que des hommes aux pulsions meurtrières puisse continuer à vivre sous ce toit et servir dans nos rangs. Justice sera faite , que vous le vouliez ou non . Les coupables doivent être retrouvés et pour cela vous allez devoir vous montrer coopérative.


Aelyn avait présenté son point de vue et défendu les valeurs du peuple et du royaume du Rohan et elle l’avait fait avec brio ; Learamn , quant à lui , estimait qu’il n’avait pas le même rôle à jouer. Malgré son état d’invalidité il restait un militaire , un officier de la Garde Royale et il devait agir comme tel en gardant son sang-froid . Le lancement de l’enquête était de son ressort et il n’entendait pas faire trainer les choses. Si de tels brutes vivaient dans ce château il valait mieux les débusquer au plus tôt avant qu’ils ne commettent d’autres méfaits.

- Avant l’épisode de ce matin , avez-vous déjà parlé ou seulement croisé des groupes de personnes ayant manifesté un quelconque signe de mépris ou d’hostilité à votre égard ?

Learamn avait bien précisé des signes de « mépris » ou « d’hostilité » , deux sentiments qui s’éloignaient de la simple « méfiance » . L’officier avait en effet conscience que de nombreuses personnes dans la cité se méfiait de cette femme venue d’Orient pour vengez son ami, lui le premier. Mais il y avait une profonde différence entre méfiance et hostilité , la méfiance incitait à rester sur ses gardes et se montrer vigilant ; en somme prendre une posture défensive quand l’hostilité induisait une attitude offensive à l’égard de l’étrangère et cela le cavalier ne pouvait le tolérer.

- Tant que vos agresseurs n’auront pas été retrouvés, je vous demanderai de ne pas quitter cette pièce sauf pour les besoins essentiels d’hygiène. Je vais assigner deux gardes à votre protection , ils seront postés devant la porte de vos appartements et vous accompagneront quand vous devrez quitter votre chambre. Cela peut paraître pesant mais je n’ai pas d’autre choix ; votre sécurité doit être coûte que coûte assurée . Je ne tiens pas à ce qu’un meurtre ait lieu dans cette ville surtout si la victime n’est autre que le seule témoin capable de nous renseigner sur toute cette affaire.

Avec l’aide de ses béquilles , Learamn se leva péniblement en émettant un grognement . Il dévisagea les deux femmes qui se trouvaient avec lui dans la pièce ; Iran ne semblait pas particulièrement satisfaite de la tournure que prenait la situation, on pouvait lire dans son regard toute sa détermination mais aussi  sa colère. L’officier pouvait comprendre le désarroi de cette étrangère sans repères qui avait perdue un amie et qui venait d’échapper de si peu à la mort mais ce n’était pas pour autant qu’il allait se laisser marcher sur le pied ou céder à ses caprices. Il ferait ce qu’il devait faire et ce qu’il pensait être juste.

Il adressa un regard d’encouragement à la compagne du Vice-Roi , car elle avait besoin de bien du courage pour pouvoir faire face avec tant d’efficacités à tous ces problèmes. Le guerrier blessé claudiqua jusqu’ à la sortie et ouvrit la porte avant d’ajouter d’un ton monocorde


-Je vais distribuer mes ordres puis je rallierai mes quartiers , vous m’y trouverez là-bas Dame Aelyn , il faut que nous clarifions certaines choses .


Il poussa un profond soupir en s’engageant dans le couloir , il n’avait assurément pas fini de fournir des efforts et il se doutait bien que cette journée s’annonçait éprouvante. Le capitaine de la Garde Royale se retrouvait avec une tentative d’assassinat dans les bains sur une étrangère et une enquête portant sur l’identification du tueur d’un guerrier du Rhûn ami de l’étrangère qui avait failli se noyer. Dire qu’il désirait simplement prendre un bain de bon matin. Il se dirigea vers le réfectoire ou de nombreux soldats rompaient le pain pour le premier repas de la journée ; quand il poussa la porte de la pièce tous les regards se tournèrent alors vers lui. Learamn se sentit rougir , lui qui avait jusqu’ici tout fait pour éviter d’être vu en public à cause de sa blessure , la honte qu’il ressentait était immense . Aucun des hommes présents ne manifesta la moindre marque de mépris ou de moquerie mais Learamn était profondément blessé dans son amour propre ; lui qui avait été propulsé si haut dans la hiérarchie était contraint de rester dans ses quartiers au lieu de parcourir les plaines du royaume pour en assurer la sécurité  et ce matin , alors qu’il était entré dans cette pièce , toute la troupe pouvait constater la détresse d’un guerrier qui , aux yeux de certaines , n’en était sûrement plus un .
Quelques murmures s’élevèrent et certains continuèrent à suivre l’officier du regard , d’autres encore le saluèrent respectueusement  mais la plupart reprirent leur repas et leurs discussions là où ils l’avaient laissés ; c’était sûrement mieux ainsi. La tête baissée , Learamn se dirigea vers le fond de la pièce ou plusieurs de ses hommes de la Garde Royale s’étaient attablés , il se levèrent en voyant leur capitaine arriver.

-Mon capitaine , que pouvons- nous faire pour vous ?

-Savez vous où se situent les quartiers de l’Orientale ?

-Iran du Rhûn ? Oui je le sais.

-Très bien , je veux que deux gardes soient constamment postés devant sa porte et l’accompagnent dès qu’elle sort de ses quartiers . Montrez-vous vigilants , quelqu’un a tenté de la tuer ce matin.

-Très bien mon capitaine.

Sans un mot de plus le jeune homme fit demi-tour et sortit aussi vite qu’il le put de ce lieu bien trop fréquenté à son goût. Il retourna dans ses appartements où il s’allongea sur son lit tandis qu’à quelques dizaines de mètres de là des membres de la Garde Royale prenaient place devant la porte d’Iran.

Learamn , étendu sur ses draps , attendait silencieusement Aelyn . Il s’était passé bien des choses et s’ils voulaient que le contrôle de la situation ne leur échappe pas ils avaient intérêts à s’organiser au plus vite.





Dernière édition par Learamn le Ven 22 Jan 2016 - 12:30, édité 1 fois
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Ryad Assad
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Sam 26 Déc 2015 - 22:54

Le torchon ne brûlait pas encore avec la Vice-Reine du Rohan… ou plutôt la compagne du Vice-Roi… mais elle et Iran n'étaient clairement pas d'accord sur la façon de voir le monde. Le contraire aurait été bien surprenant, de toute manière, et la guerrière du Rhûn ne s'attendait pas à être comprise par une femme de l'Ouest, une étrangère et une sauvage. Alors oui, elles allaient s'opposer, et la colère qu'elle entendit de la femme bientôt mère ne la surprit pas outre mesure. Elle s'y attendait, elle y était préparée et, pire, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Le conflit menaçait de prendre une tournure beaucoup plus personnelle, mais fort heureusement l'arrivée du Capitaine Learamn ramena un peu de sérénité chez les deux protagonistes de ce duel féminin qui menaçait d'être brutal. Lui, claudiquant toujours en prenant appui lourdement sur ses béquilles, faisait peine à voir. Il avait l'air épuisé, et elle s'en voulut un peu de s'emporter contre lui. Il avait l'air abattu, blessé davantage dans son âme que dans sa chair – bien qu'il parût également souffrir le martyr –, et elle appuyait encore là où cela faisait mal, sans la moindre pitié. Mais si c'était par là qu'elle devait passer pour obtenir réparation et justice, alors elle le ferait.

Toutefois, alors qu'elle soutenait fièrement le regard du guerrier, la guérisseuse releva derrière elle quelque chose qu'elle avait laissé échapper sans s'en rendre compte le moins du monde. Trois hommes. Elle se retourna vers la compagne de Mortensen en lui jetant un regard lourd de sens. Un regard qui signifiait « comment pouvez-vous le savoir ? ». Puis elle écarquilla les yeux en comprenant qu'elle était elle-même à l'origine de cette révélation. Sa micro-réaction était difficile à percevoir, mais il était certain qu'elle l'avait vue. Cette guérisseuse dont on avait ensorcelé le regard pour lui donner une couleur curieuse ne l'avait pas loupée, elle l'observait comme à la recherche de la moindre faille dans sa garde. Iran choisit de ne rien dire, convaincue que nier ne ferait que renforcer la conviction de la rohirrim. Si elle changeait de sujet, par contre, elle avait une chance que celle-ci oubliât ce qu'elle avait entendu. La femme elle-même lui donna l'opportunité de relancer la conversation dans une direction qui lui paraissait plus convenable, et elle sauta sur l'occasion, trop heureuse de laisser de côté les détails de son agression, dont elle se fichait éperdument.

Elle resta un moment à observer cette femme enceinte, agenouillée simplement devant ce soldat blessé qui la regardait faire avec sur les traits un air profondément dévoué. Que venait-elle faire dans cette scène qui n'avait pas de sens ? Elle se demandait si les mots qui sortaient de la bouche de la guérisseuse lui étaient bien adressés, si elle ne rêvait tout simplement pas. Elle, forte et dangereuse ? Certes, il aurait été bien malvenu de la sous-estimer, et elle était plus capable de tenir tête à un homme : elle n'avait pas été choisie par sa Reine pour rien, et ses qualités n'étaient plus à prouver. Cependant, en l'instant, on ne pouvait en aucun cas la qualifier de forte. Elle se sentait comme une enfant impuissante, et sa tête la lançait horriblement, bien qu'elle s'efforçât de le cacher. Alors pourquoi lui parler ainsi ? Etait-ce pour la flatter ? La manœuvre ne prendrait pas ! Elle rétorqua, avec acidité :

- Gardez votre compassion pour votre peuple. Il en a plus besoin que moi. Je ne suis pas des vôtres, et je ne vous demande pas de faire preuve de bonté envers moi. Je ne m'attends pas à être mieux traitée que les miens quand ils séjournent parmi vous…

Son regard se perdit un bref instant dans le lointain. Elle faisait explicitement référence à Rokh, et elle savait à quel point il avait été cruellement traité quand il s'était trouvé au Rohan. Constamment rabaissé, constamment humilié, reclus dans une petite chambre ridicule qui ressemblait davantage à une cellule. Il lui avait tout expliqué, et elle avait attendu depuis le début d'être mise dans les mêmes conditions que lui. Cependant, nul garde à sa porte ne la privait de sortie, son lit était plus confortable que celui d'une prison, et elle jouissait d'une certaine liberté qu'elle n'arrivait pas à expliquer. Elle avait fait le choix de suivre le Vice-Roi au Rohan en s'attendant à être traitée comme une prisonnière de guerre, à être surveillée chaque heure de chaque jour. Au lieu de quoi, on l'avait ramenée comme une invitée. La gentillesse de la guérisseuse était le coup de grâce dans le portrait qu'elle s'était fait du Rohan, et elle refusait de le voir se fissurer. Elle refusait de les voir autrement que comme les sauvages qu'ils étaient. Elle avait entendu des histoires, murmurées dans le camp, sur ces hommes rudes et grossiers, brutaux et peu éduqués qui allaient à la guerre sur le dos de grands chevaux de guerre. Ce qu'elle avait sous les yeux était conforme à ce qu'elle avait imaginé… à ceci près que quelques sauvages se montraient incroyablement bien disposés à son égard. En dépit de sa colère, la guérisseuse en faisait partie.

Elle poursuivit son argumentaire avec sérieux et brio, parlant bien mieux que le pouvait la guerrière. Iran n'était pas née militaire, contrairement à Rokh, mais elle avait grandi dans une famille relativement pauvre du Rhûn. Elle n'avait ni l'éducation ni le vocabulaire suffisant pour tenir une conversation aussi complexe avec la guérisseuse, qui semblait de toute évidence bien plus intelligente et instruite. Contrairement à beaucoup de ses compagnons d'armes au sein du régiment, Iran ne s'était pas hissée parmi les troupes d'élite de la Reine grâce à son statut et à sa richesse – lesquels s'accompagnaient souvent d'un enseignement de qualité –, mais bien parce qu'elle avait travaillé dur pour cela. Toute sa solde servait à nourrir sa famille, qui désespérait de la voir revenir vivante. Elle ne cessait de leur assurer qu'elle rentrerait un jour, mais maintenant elle se retrouvait là, au Rohan, piégée dans une quête de vengeance qui risquait de la mener sur le même sentier mortel que son ami Rokh. Alors, quand la femme du Rohan lui démontra qu'elle avait tout intérêt à coopérer, elle ne sut que répondre :

- Liées ? Vous voulez dire que ceux qui ont tué Rokh pourraient…

Elle détourna le regard un instant, confuse. La manipulation de la compagne du Vice-Roi fonctionnait sans la moindre difficulté sur l'esprit peu habitué à ces gymnastiques complexes de la guerrière. Elle avait su comment l'orienter dans la bonne direction pour la pousser à baisser sa garde. Le Capitaine également. Iran tourna la tête dans sa direction, alors qu'il l'observait sévèrement en lui faisant comprendre que lui non plus n'abandonnerait pas avant d'avoir trouvé les responsables de son agression qu'il semblait trouver profondément odieuse. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'obstinait à vouloir condamner certains des siens, plutôt que de laisser passer l'affaire. Elle avait clairement exprimé le désir de ne pas faire remonter le problème, et elle ne voyait pas pourquoi il cherchait absolument à rendre une justice dont elle ne souhaitait pas. Il était bien curieux. Malheureusement, elle était liée à lui, pour le meilleur et pour le pire. Avec beaucoup plus de courtoisie que vis-à-vis de la guérisseuse, elle répondit :

- Je ferai ce que vous voudrez, Capitaine…

Elle inclina légèrement la tête, les lèvres pincées et le regard fermé, comme s'il lui en coûtait d'abandonner sa résolution. Elle avait les yeux brillants, mais elle ne versa pas une larme et se contenta d'attendre les questions de Learamn, qui devait se demander ce qui motivait un tel revirement dans son comportement. Elle inspira profondément, et répondit :

- Des gens méprisants et hostiles ? Vous voulez dire, à part tous les gens qui croisent mon chemin ici ?

Elle soupira :

- On m'a craché dessus, Capitaine… Deux fois. Quelques gardes m'ont insulté alors que je passais auprès d'eux. Je crois même qu'on m'a jeté quelque chose un jour… une pierre, peut-être. Mais elle m'a manquée, et je n'ai pas vu qui était à l'origine de ce tir. Et puis…

Elle dévisagea la guérisseuse et son patient, faisant une moue quelque peu contrariée, avant de leur avouer à contre-cœur :

- Il y a trois hommes. Toujours les mêmes. Ils m'attendent chaque matin lorsque je me rends aux bains. Et chaque matin, ils cherchent à me provoquer. Aujourd'hui je n'ai peut-être pas été aussi patiente que d'ordinaire, et nous en sommes venus aux mains… C'était juste avant que l'on ne m'agresse…

Elle savait que cela désignait les trois hommes comme des suspects, mais elle s'empressa d'ajouter, presque penaude :

- J-Je ne connais pas leurs noms, je suis désolée. Et je serais bien en peine de vous en faire un portrait… vous vous ressemblez tous tellement !

Learamn accepta ces informations, mais ne fit aucun commentaire. Il devait sans doute garder ses observations pour lui. Il ordonna à Iran de ne plus quitter ses appartements, du moins sans protection, et il lui notifia qu'il allait faire venir des factionnaires pour assurer sa sécurité. Elle ouvrit la bouche pour protester, et une étincelle outragée s'alluma dans son regard… avant de disparaître aussitôt, sans raison apparente. Ses protestations moururent dans sa gorge, et elle serra les mâchoires, avant de hocher la tête en lâchant sèchement :

- Comme vous voudrez, Capitaine.

Le militaire s'éclipsa bientôt, s'échappant de la pièce sur ses trois jambes, refermant soigneusement derrière lui. La guérisseuse et la guerrière demeurèrent seules pendant un moment, la seconde s'occupant de la première avec délicatesse. Le visage d'Iran avait déjà changé de couleur, et l'endroit où ce poing inamical avait rencontré sa peau veloutée virait progressivement au noir, menaçant de la défigurer. La compagne de Mortensen prépara une décoction à base de plusieurs ingrédients qu'elle réduisit en poudre puis mélangea pour en faire un breuvage tout à fait imbuvable. Il fallut presque plus de courage à Iran pour l'avaler en entier que pour confesser le détail de son agression. Incapable de cacher son dégoût, elle reposa la tasse en lâchant :

- Je préfère tous les onguents du monde à cette boisson, Dame Mortensen.

Elle ignorait au juste comment appeler la guérisseuse, et puisqu'elle ne pouvait pas la nommer Vice-Reine, elle avait pris le partie de lui donner la seule dénomination qui lui paraissait logique. Etait-ce trop que de supposer qu'ils partageaient déjà le même nom ? Elle ne connaissait rien aux coutumes d'ici, et ne comprenait pas quelle était exactement la position de la guérisseuse par rapport à son compagnon.

Finalement, cette dernière finit par partir après avoir prodigué ses ultimes conseils qu'Iran accepta sans dire si elle allait ou non les appliquer. Sitôt que la jeune femme eût quitté la pièce, toutefois, elle se laissa aller sur son lit, épuisée. Elle avait l'impression d'être lourde et lente, incapable de se déplacer correctement. Elle avait maintenu l'illusion tant qu'il lui avait été possible, mais maintenant que plus personne n'était là pour l'observer, elle pouvait enfin tomber les masques, et se laisser aller au repos. Elle ferma les yeux, et plongea en quelques minutes dans un sommeil curieux, guère réparateurs. Ses visions oniriques lui montrèrent un poing gigantesque qui obscurcissait tout son champ de vision, une couronne au milieu de flammes qui brûlait au cœur de la nuit, et un cheval solitaire qui paissait paisiblement sur une île trop lointaine pour qu'elle pût y accéder…


~ ~ ~ ~


Il était clairement mal à l'aise, incapable de rester tranquille. Il jetait des regards furtifs à droite et à gauche, alors que personne ne pouvait le voir là où il se tenait. Les deux autres lui avaient bien dit de ne pas s'inquiéter, mais comment voulaient-ils qu'il reste calme, après ce qu'ils avaient fait ? L'Orientale n'avait pas voulu rester tranquille, comme ils l'avaient pensé ! Quand ils avaient eu l'idée de venir se venger, ils voulaient simplement lui faire une belle frayeur, et lui faire passer l'envie de les défier à nouveau. Jamais ils n'avaient voulu la tuer ! Et puis ça avait dérapé. Elle s'était défendue, la bougresse, et il l'avait cognée. Oh, par les Valar, il avait tellement paniqué qu'il avait frappé de toutes ses forces, sans même prendre en considération qu'elle lui rendait au moins vingt centimètres et vingt kilos. Il l'avait éteinte d'un seul coup ! Il ne s'y attendait pas. Sentir son corps se relâcher soudainement, entendre sa nuque craquer de la sorte… Il en frémissait d'horreur rien que d'y repenser. Il l'avait lâchée, et lui et ses deux compagnons avaient filé illico, certains qu'elle était déjà condamnée, et que si le coup ne la tuait pas, elle finirait noyée. Ils avaient détalé comme des couards, terrifiés à l'idée d'être pris sur le fait. Ce n'était qu'un accident… un simple accident. Ils n'avaient pas voulu tout ça…

Et maintenant il était seul. Il avait pris sa décision une heure avant, et il était venu frapper à la porte qui restait toujours ouverte pour les gens comme lui. Pour les gens qui étaient passés par là où il était passé. Une porte qu'il aurait préféré ne jamais devoir franchir, mais il savait qu'il trouverait de l'aide. On lui ouvrit, naturellement,  et il rentra sans un mot dans une petite bâtisse lugubre, apparemment abandonnée. La façade était décrépite, abîmée, les fenêtres brisées et barrées par des panneaux de bois. Les voisins ne voyaient jamais personne entrer ou sortir d'ici. Et pour cause, depuis la Fin, presque toutes les opérations avaient cessé. Seuls les plus fidèles demeuraient. Une fois à l'intérieur, le soldat fut accueilli par une odeur de poussière et de renfermé qui lui agressa les narines. Un homme se tenait devant lui, et l'invita sans un mot à prendre place. Le militaire refusa, et s'empressa de lancer :

- Je n'ai pas le temps. Ecoutez, j'ai fait quelque chose de terrible… J'ai… J'ai tué quelqu'un, et j'ai besoin de m'en aller. Vous pouvez arranger ça, n'est-ce pas ? Vous avez déjà fait échapper des gens, je le sais !

L'homme mystérieux portait un capuchon qui dissimulait son visage, mais sa respiration lourde et sifflante s'accéléra un bref instant. Il paraissait sceptique :

- On dirait une manœuvre pour me faire confesser des choses… On dirait un piège…

- Non, je vous assure que ce n'est pas un piège ! Je… Oh, pitié, j'ai commis un crime horrible, et quand on me retrouvera… Je ne sais pas ce que le Vice-Roi me fera… J'ai entendu des histoires horribles, on dit qu'il a déjà torturé des gens, qu'il en a tué d'autres. Depuis la guerre, il se montre impitoyable, et je ne veux pas finir entre ses griffes !

L'inconnu inspira profondément. Il ne semblait pas en croire un mot, mais il ne dit rien :

- La marque… ?

Le soldat leva les yeux au ciel, et remonta sa manche jusqu'à révéler une marque qui se trouvait en haut de son avant-bras. Ce n'était pas un tatouage, mais bien une marque de brûlure profondément gravée dans sa chair. Il avait accepté de les servir à jamais, et même s'ils avaient perdu, il demeurait un de leurs fidèles serviteurs. L'homme au capuchon savait qu'il était davantage un serviteur qu'un fidèle, lui qui avait rejoint les rangs de Mortensen dès que le vent avait tourné. Dès que la situation avait paru défavorable, beaucoup avaient abandonné les couleurs de leur maître, et avaient rallié les rebelles pour mieux accélérer la Fin. En temps normal, il aurait dû tuer cet impudent qui osait venir lui quémander de l'aide, mais il se trouvait qu'il tombait bien. Très bien, même.

- Bien… J'accepte de t'aider… Mais seulement si tu acceptes de m'aider en retour.

- Tout ce que vous voudrez !

L'inconnu se releva, et rabattit son capuchon. Il n'était pas si inconnu que ça, et le soldat recula d'un pas, presque plus terrifié par cette apparition que par la perspective de se voir cloué au piloris par la fureur de Mortensen. Il n'était pas possible de se tromper, et même si la fatigue semblait avoir pris ses quartiers sur son visage, la lueur de détermination froide et sauvage qui brillait au fond de son regard n'avait toujours pas disparu. D'une voix glaçante comme la mort elle-même, il siffla :

- Montre-moi comment pénétrer dans les appartements royaux, et je t'enverrai dans un endroit où Mortensen ne pourra plus jamais t'atteindre.

Le soldat ne trouva même pas la force d'accepter cette proposition. Il avait peut-être fait la plus grosse erreur de sa vie… pourtant il ne pouvait plus reculer désormais. Il était trop tard.


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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Aelyn
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- -: Humaine - Rohirrim
- -: 26 ans
- -:

Jeu 21 Jan 2016 - 22:25
[Désolée, c'est un peu court =/. Dis Ryry, ton "endroit où Mortensen ne le trouvera jamais" là, ce serait pas une tombe ? Pauvre gars, j'aurais preeeesque pitié XD]

Aelyn n’était pas très fière de constater que sa petite manipulation avait si bien marché. Ce n’était pas très honnête de sa part de donner ce genre d’espoir à l’orientale alors que les chances pour que les deux affaires soient liées étaient si minimes… Mais elle avait enfin son attention et, en quelque sorte, acquit sa coopération, même partielle à l’enquête à venir. C’était une petite victoire mais la guérisseuse refusait de s’en félicité trop vite. Rien n’était encore joué. Iran était blessée et fatiguée, bien plus enclin à céder qu’elle ne le serait sans doute dans son état normal. D’ici là, elle aurait le temps d’y repenser et de se raviser…
Mais, ce qui fit réellement pencher la balance, ce furent les paroles du capitaine blessé. Il était un peu vexant pour la jeune femme aux cheveux de paille de savoir que le guerrier avait plus de poids sur l’étrangère qu’elle-même. Mais après tout, il lui avait sauvé la vie, et c’était là une chose sacrée, une de ces très rares choses que partageaient véritablement le Riddermark et le Rhûn. L’honneur avait bien des formes à travers la Terre du Milieu, parfois contraires même, mais où que se posait le pied sur ce continent, il y avait une vérité universelle : un homme reconnait sa dette envers celui qui lui aurait sauvé la vie. Ou, dans le cas présent, une femme. Et Learamn avait été investi de ce pouvoir sur Iran dès la seconde où il l’avait extrait à demi-morte du bassin.

La guérisseuse écouta attentivement les détails que l’autre femme s’était enfin décidée à céder. Elle se sentit soudain pétrifiée de honte à la simple idée de ce que ses compatriotes avaient fait subir à leur invitée. Rokh n’avait pas laissé une image très positive derrière lui, malgré les services qu’il avait rendu et les sacrifices qu’il avait consentit – laisser Gallen en vie derrière lui avait sans doute été le plus grand – mais son caractère propre et des siècles de haine entre leurs deux peuples n’avaient pas joué en sa faveur. Cependant, elle n’aurait jamais cru que les rohirrim aurait reporté leur colère contre une femme, qui plus est présentée en invitée. C’était indigne !
A ce moment du récit où Iran évoqua ses potentiels agresseurs, Aelyn jeta un regard en direction du Capitaine. Il avait peut-être une idée de qui il était question ? Malheureusement, il ne pouvait pas être au courant de tout, consigné qu’il était dans ses quartiers en attente d’une guérison qui tardait toujours trop à son goût. La jeune femme lut une certaine frustration, bien dissimulée pourtant, derrière les traits concentrés du jeune homme, mais n’y déchiffra rien d’autre de plus, à son grand regret.
Puis finalement, il donna ses instructions, clairement et avec beaucoup de professionnalisme. Et Aelyn ne put s’empêcher d’esquisser un petit sourire. Oui, vraiment, Gallen n’avait pas eu tord en nommant ce jeune homme Capitaine de la Garde Royal malgré tout. Il était compétent et avec le temps, plus personne ne viendrait plus lui reprocher son ascension trop fulgurante… Elle regrettait parfois qu’il n’en fut pas de même pour elle-même.

-Je vais distribuer mes ordres puis je rallierai mes quartiers, vous m’y trouverez là-bas Dame Aelyn , il faut que nous clarifions certaines choses .

« - Très bien Capitaine, je vous y rejoindrais une fois mes soins finis. » elle hésita et rajouta au dernier moment « Et ménagez votre jambe sur le chemin. »

Puis elle se reporta toute son attention vers Iran. Etonnamment, celle-ci se révéla moins difficile que ne l’avait craint Aelyn. Et elle se laissa soigner sans qu’elle n’ait besoin de batailler ou de négocier. Même l’abominable breuvage qu’elle lui avait concocté – son plus efficace mais lui plus imbuvable – fut avaler entier.

- Je préfère tous les onguents du monde à cette boisson, Dame Mortensen.

Le rire, cette fois, s’échappa facilement des lèvres de la guérisseuse. Bref mais sincère. Il parvint même à faire baisser d’un peu la tension qui régnait entre les deux femmes.

« - Je vous l’accorde, celle-là est particulièrement atroce à boire, mais vous m’en remercierez peut-être quand vous aurez retrouvé l’esprit clair et que votre visage n’aura pas doublé de volume… » Puis elle rajouta plus doucement. « Oh et vous pouvez m’appeler Aelyn. Dame Aelyn si vous tenez vraiment à y accoler un titre. Mais… le Vice-roi et moi ne sommes pas… mariés. Dame Mortensen s’était… »

La jeune femme s’interrompit là, peu disposée à en révéler plus. Un bref éclair de douleur flasha dans ses yeux d’émeraude avant qu’elle ne reprenne son sourire et ses soins comme si ses dernières paroles n’avaient pas existé.
Le reste se passa dans un silence relatif mais plus confortable qu’auparavant. Une fois son travail finit, la rohirrim prit le temps de ranger soigneusement chacun de ses flacons, sachets et instruments dans sa petite sacoche de guérisseuse. Tout y avait sa place, au millimètre près. L’intérieur donnait l’impression que si une seule chose venait à ne pas reprendre sa place, tout le rangement s’effondrerait. Ce faisant, Aelyn en profita pour détailler à Iran la façon d’utiliser l’onguent qu’elle lui avait préparé, quand et comment l’appliquer. Puis les signes et symptômes inquiétants qu’il faudrait aussitôt lui faire signaler s’il venait à apparaitre, certains dans la journée, les autres dans les jours à venir. Et enfin elle l’exhorta à prendre le plus de repos possible et à ne surtout pas se lever tant que son esprit ne serait pas entièrement clair.

« - Au moindre vertige, au moindre flou dans votre vision, prenez un siège. Comme je le dis souvent à mes autres patients, notre fierté est moins égratignée de s’assoir quelques minutes pour reprendre ses esprits que de s’effondrer tout debout d’avoir trop forcé. Prenez soin de vous, je reviendrais vous voir quand vous aurez eu le temps de vous reposer un peu. »

Sur ses mots, et avec un regard en arrière, Aelyn quitta la pièce. Elle fut soulagée de constater que les gardes demandés par Learamn avaient déjà prit position devant la chambre de l’étrangère.  Chacun la salua à sa façon, l’un plus bas que l’autre, comme s’était souvent le cas. Elle leur rendit leur salut, leur demanda de rediriger le vice-roi vers les quartiers de Learamn s’il venait à se présenter et les remercia pour leur travail. Puis elle prit le chemin de sa propre chambre.
Elle avait promis à Learamn de le rejoindre juste après mais elle avait été sortie du lit à la hâte et n’était pas vraiment présentable pour retraverser tout Meduseld dans le sens inverse. Il y avait déjà suffisamment de commérages et de persifflages sur son dos pour le moment, il était bien inutile d’en rajouter stupidement en se promenant dans les couloirs avec sa coiffure de nuit ébouriffée et une robe de la veille enfilée à moitié de travers.

Un rapide brin de toilette plus tard et une robe propre passée, Aelyn se rendit enfin jusqu’aux appartements du Capitaine. Elle ne croisa que peu de monde mais les salua tous. Puis enfin, arrivée devant la porte, frappa et, après s’y être fait inviter, entra. Elle constata avec satisfaction que Learamn, suivant ses recommandations était assis, plutôt qu’en train de faire les cent pas debout comme elle le craignaient.

« - Nous avons échappé de peu à un grave incident diplomatique aujourd’hui grâce à vous, Capitaine. Merci beaucoup… Sans compter que ce qui s’est passé est intolérable. Je ne comprends pas comment une telle chose a pu se produire ici même, sous le toit du Château d’Or. C’est… »

Elle manquait de mots pour qualifier l’ampleur de l’ignominie. Elle était frustrée, et en colère. Elle chercha quelques secondes avant de baisser les bras et de finir sa phrase d’un soupire frustré et furieux.
Elle finit par prendre un siège libre, posa les mains sur son ventre que d’aucun qualifierait maintenant d’énorme, et reporta toute son attention sur Learamn. Elle attendait maintenant de voir pourquoi il l’avait fait venir ici.

« - Croyez-vous que nous pourrons régler cette affaire aussi simplement ? »



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Learamn
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Dim 14 Fév 2016 - 16:08
Assis sur son faudesteuil Learamn s’efforçait de réfléchir le plus calmement possible aux récents événements et à la marche à suivre. La situation avait de quoi inquiéter le jeune officier écarté depuis si longtemps du terrain et des troupes ; il se rendait simplement compte qu’il était devenu impuissant face à ce genre d’agressions ; son influence auprès de la troupe s’était considérablement étiolée depuis son départ pour Pelargir et les comportements commençaient à devenir plus libre ; Learamn en avait pris conscience depuis un moment mais il n’avait jamais envisagé que cela pouvait aller aussi loin : l’agression d’une invitée du Vice-Roi représentait une grave faute.

Le jeune homme bougea légèrement la jambe et il ressentit immédiatement une vive douleur lui rappelant son infirmité et que les efforts qu’il avait fournis depuis l’aube n’allaient pas accélérer sa guérison , bien au contraire. Learamn soupira ; qu’était-il donc en mesure de faire dans un tel état? Comment pouvait il envisager de poursuivre les coupables en claudiquant sur des béquilles? Il se saisit du pichet d’eau posé sur la table basse basse et se servit un verre qu’il but d’une traite ; l’eau eut le mérite d’hydrater un tant soit peu la gorge bien sèche du jeune homme mais il devait bien avouer qu’elle n’avait pas le même don qu’avaient le vin ou l’eau de vie pour faire oublier les problèmes. Et aucun breuvage alcoolisé ne risquait de traîner par ici Aelyn craignait , à raison , que son patient ne puisse plus en modérer la consommation, et elle veillait donc à ce qu’aucune goutte d’alcool n’entre dans les quartiers du jeune officier excepté l’alcool fort qu’elle utiliser pour nettoyer ses blessures mais Learamn n’était pas encore désespéré au point de devoir en boire.

La guérisseuse entra alors dans la pièce; elle avait visiblement profité de ces quelques minutes de latence pour arranger quelque peu sa toilette. Il fallait dire que sa matinée avait été toute aussi bousculée que celle de Learamn.
Elle fit part de ses inquiétudes au militaire puis l’interrogea sur la suite des évènements; il percevait dans sa voix toute sa colère et toute son incompréhension face à un tel acte de violence totalement gratuite .

Effectivement, se troubler avec le Rhûn est bien la dernière chose dans le royaume à besoin et un tel iincident diplomatique a été évité de peu mais nous avons eu beaucoup de chance ; si j’étais arrivé quelques minutes plus tard … “

Il ne termina pas sa phrase mais il savait que son interlocutrice comprenait parfaitement où il voulait en venir.

Cependant il faut veiller à ne pas ébruiter l’affaire ; une tentative d’assassinat , même avortée , risquerait de faire grand bruit. Je comprends votre inquiétude et votre malaise que je partage avec vous mais si nous voulons réussir à régler cette affaire au plus vite il nous faut garder la tête froide et raisonner de manière pragmatique.

Aelyn semblait anxieuse à propos de la marche à suivre , et Learamn devait concéder que ses doutes et angoisses étaient fondés. Ils ne disposaient que bien peu d’éléments pour mener cette enquête et l’officier était réellement hésitant ; il ne voyait pas très bien comment s’organiser . Mais les coupables eux n’attendraient pas qu’un plan d’action soit mis en place ; l’heure leur était comptée et il fallait commencer à agir s’il voulait avoir une chance de régler cette affaire.

Il est certain que la résolution de cette affaire sera loin d’être simple mais nous retrouverons les agresseurs et mettrons les choses au clair; soyez en assuré Ma Dame. Dans l’immédiat il nous faut choisir des personnes de confiance pour nous épauler ; des personnes en qui nous avons la plus haute estime et dont nous sommes certains qu’ils ne se trouvaient pas au bain au moment des faits. Je vais tâcher de monter une enquête auprès de la troupe pour glaner des informations sur ce groupe de trois hommes se rendant ensemble aux bains. Faites votre possible pour remettre sur pied notre invitée au plus vite ; sans sa présence notre enquête ne mènera à rien.
Vous avez la confiance du Vice-Roi Mortensen , par conséquent considérez que vous avez également la mienne.


Learamn s’appuya sur ses béquilles pour se relever et se dirigea vers la sortie. En parfait gentilhomme il tint la porte à Aelyn .

Retrouvons nous ce soir au dîner avec l’Orientale pour partager les informations que l’on aura glané et poser notre stratégie. Bonne chance MaDame

Le capitaine fit alors volte-face et se remit à boiter à travers les couloirs du château tandis que son pied le faisait de plus en plus souffrir ; il soupira , la journée allait être longue , très longue.

Il se dirigea vers l’aile du bâtiment où se trouvaient les dortoirs militaires . Dans cette partie du bâtiment il ne pouvait pas échapper au regard de la troupe qui pouvait constater elle même l’état fragile de leur capitaine ; tous les soldats qu’il croisa saluèrent le jeune officier mais la plupart d’entre eux ne pouvait s’empêcher d’observer avec un regard circonspect l'impressionnant bandage qui pansait le pied de Learamn .

Le jeune homme s’arrêta devant l’une des portes et frappa vigoureusement ; il n’y avait plus qu’à espérer que l’homme à qui il voulait parler se trouvait bien là. Un jeune soldat ouvrit la porte et il fut visiblement surpris de tomber nez-à-nez avec le Capitaine de la Garde Royale et après quelques secondes d’hésitation , le jeune soldat visiblement intimidé se mit au garde-à-vous. Ce fut alors au tour de Learamn d’être un peu pris de court ; il n’avait pas encore pris l’habitude de ce genre de réactions qui étaient pourtant parfaitement courantes de la part de la troupe envers les officiers ; l’habitude viendrait probablement un jour mais pour l’instant cela restait déconcertant.

Repos Soldat. Eopren est il là?

Une voix s’éleva depuis le fond de la pièce exiguë:

Toujours prêt à vous servir Capitaine Jeune Pousse

Un sourire illumina alors le visage de Learamn pour la première fois depuis longtemps ; il entra dans la chambre et se dirigea vers l’homme qui avait osé l’affubler d’un tel sobriquet.

Eopren était assis sur sa paillasse et il était en train de sculpter un bout de bois à l’aide de son canif. C’était un homme d’âge mûr aux larges épaules et aux cheveux bruns coupés courts et à la barbe taillé de près. Mais il était surtout l’un des premiers frères d’armes de l’actuel Capitaine de la Garde Royale ; quand Learamn s’était engagé dans l’armée d’Hogorwen il avait dû partager son dortoir avec ce guerrier bourru et attachant qui finalement avait été épargné par l’épuration des rangs de l’armée suite à la bataille des Trois Rois. Eopren l’avait affectueusement surnommé Jeune Pousse et ce surnom le suivait encore aujourd’hui.

L’homme n’était pas un idéaliste et il s’était surtout engagé pour pouvoir nourrir sa vieille mère et sa pauvre famille mais il n’en étais pas moins un homme honnête et brave. Ce n’était assurément pas le meilleur combattant de la garnison mais du fait de sa grande expérience , il avait le don d’être au courant de tout ce qui se passait dans la troupe ou presque .

Le quadragénaire se redressa et étreignit chaleureusement son cadet

Alors la vie d’officier ne t’empêche toujours pas de rentrer dans ton armure ?
-Pour l’instant non après cela fait bien longtemps que je ne l’ai pas enfilé.
-Ah ouais...toujours cette vilaine blessure .
-Toujours...et toi comment vas-tu vieux gredin?
-Écoute on fait aller comme on peut , par contre si jamais tu as des échos d’un quelconque trafic de tabac si tu pourrais fermer les yeux…


Learamn leva les yeux au ciel , les petites combines d’Eopren avaient le don d’agacer les supérieurs et expliquaient en partie le fait qu’après vingt ans de services il en était encore en train de dormir sur des paillasses avec les jeunes recrues. Le capitaine s’assit sur le lit au côté de son vieil ami.

-Que veux tu de moi Jeune Pousse ?
-Je me demandais si tu savais si un groupe d’homme s’est rendu aux bains ce matin.
- Ce matin je dormais , donc je ne sais pas vraiment mais il y a bien quelques soldats qui vont se laver régulièrement aux premières heures de la journée .
-Et parmi ces gens là y en a-t-il qui s’y rendent par groupe de trois?


Eopren se gratta la barbe et fronça des sourcils tout en tentant de remettre de l’ordre dans ses idées. Il ne semblait pas se soucier des raisons pour lesquelles Learamn lui faisait subir cet interrogatoire ; il avait bien conscience que Jeune Pousse était désormais son supérieur et était tenu de cacher certaines choses à un simple homme de troupe. Après plusieurs secondes de réflexion le soldat répondit :

Il y en a bien trois qui y vont ensemble le matin mais je ne pense pas qu’ils s’y rendent pour se laver au vu de leur odeur.
-Ces hommes qui sont ils?
-L’un d’eux et un grand colosse blond du nom de Mandred , un type violent et franchement pas amical ; les deux autres je ne connais pas leur nom. Je ne les connais pas très bien mais franchement pour les quelques fois que je leur ai adressé la parole je peux te dire que ce sont pas des enfants de choeur.


Learamn se redressa et remercia son subalterne avant de sortir du dortoir et de reprendre sa lente marche qui prenait parfois des airs de parcours du combattant. C’est alors que de fatigue ou de perte d’équilibre , il ne le savait pas très bien , le jeune officier , visiblement à bout de force , chuta lourdement au sol tandis que l’une de ses béquilles roula plusieurs mètres plus loin.

Le rohirrim se retrouva dans une situation grotesque peu digne de son rang , affalé ainsi face contre terre et incapable de pouvoir se relever seul dans un endroit du château bien peu emprunté à cette heure. Bien qu’il n’en avait aucunement l’envie , Learamn allait avoir besoin d’aide pour se remettre sur pied.



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Ryad Assad
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Ven 19 Fév 2016 - 0:06

La béquille dérapa sur plusieurs mètres, renvoyant en écho sur les murs le bruit caractéristique du bois qui heurte la pierre. Sa course fut arrêtée par un pied qui mit fin à la mélodie désagréable. Une main attrapa l'objet, et les pieds s'approchèrent lentement du jeune Capitaine étendu par terre, lequel  se trouvait dans une posture bien peu digne de son rang. Ce fut alors qu'il entendit une voix familière crier à quelqu'un qu'il ne pouvait pas voir :

- Faites quérir Dame Mortensen !

- Qui ? Ah… Dame Aelyn, o-oui, bien sûr.

Iran ajouta :

- Dites-lui que le Capitaine a fait un malaise. Je le ramène à ses appartements. Et évitez de le crier sur tous les toits, si possible.

Le garde eut un instant d'hésitation, et il demanda sur un ton qui en disait bien plus qu'il ne voulait :

- Vous êtes sûre que vous allez… je veux dire, vous ne voulez pas que je le porte ?

La jeune femme le dévisagea pendant un instant, comme s'il se moquait d'elle. Et puis elle se souvint qu'ici, les femmes n'étaient pas censées faire ce genre de choses. Elles ne soutenaient pas les hommes qui tombaient, elles ne passaient par le bras par-dessus leurs épaules pour les aider à marcher. Tout simplement, elles ne se mettaient jamais en situation de froisser leurs robes ou leur honneur. Cela tombait bien, Iran ne portait pas vraiment des robes, et elle avait une conception de l'honneur toute différente. Une conception qui lui ordonnait de prendre soin elle-même du jeune Capitaine.

- Je saurai me débrouiller, dit-elle sur un ton sec.

Le soldat tourna les talons, et elle revint à Learamn, qui gisait toujours sur le sol. Elle s'accroupit devant lui, et lui tendit la main très simplement. Son bras parcouru de tatouages incroyablement fins et complexes trahissait la force de sa poigne, et quand le Capitaine se résolut à accepter son aide, il put sentir qu'elle le tirait avec une force qu'il n'aurait probablement pas soupçonnée. Iran était une femme, mais elle était également une guerrière accomplie, sélectionnée personnellement par la Reine Lyra pour l'accompagner lors du mariage royal. Il était bon de n'oublier aucun de ces éléments si l'on voulait la cerner.

- Vous vous dépensez trop, lâcha-t-elle sur un ton neutre. Vous n'allez pas vous rétablir si vous continuez comme ça.

Il était difficile de savoir dans quel but elle disait cela. Etait-ce simplement pour faire la conversation, et essayer de dédramatiser un moment qui pouvait s'avérer gênant pour l'officier ? Etait-ce une réprimande ? Etait-ce – mais cela aurait été beaucoup plus inattendu – un conseil formulé pour encourager le Capitaine à prendre soin de lui ? Comment le dire ? Iran demeurait tellement mystérieuse, et elle ne jugea pas utile de donner davantage de précisions concernant ses intentions. Peut-être parce que même pour elles, elles n'étaient pas claires.

Une fois Learamn remit sur pieds, elle se rendit compte qu'il ne parviendrait pas à avancer tout seul. Elle ignorait la cause de sa faiblesse passagère – elle n'était pas guérisseuse – mais elle pouvait lire dans sa gestuelle et dans son regard qu'il ne ferait pas deux pas sans s'écrouler à nouveau, au risque de se blesser. Il s'appuyait sur elle bien plus qu'il n'aurait dû, et elle sentait qu'il vacillait quelque peu. Sa blessure devait le faire souffrir, mais il faisait preuve de sang-froid, et elle n'avait entendu aucun cri de douleur. Il gardait tout cela pour lui, en lui, comme s'il se refusait à montrer sa faiblesse à quiconque, même aux pierres qui l'entouraient. Elle comprenait cela et, plus important encore, elle le respectait. Il souhaitait conserver sa dignité, et puisait sa force dans sa résistance à une douleur qui aurait dû le terrasser. C'était louable.

- Je crains que vous ne soyez pas en mesure de rejoindre vos appartements, Capitaine. Les miens sont plus proches, venez donc.

Elle ne lui laissa guère le choix de la destination, et ne lui demanda pas davantage son avis lorsqu'elle passa son bras autour de ses épaules. D'une main ferme, elle le soutenait comme un soldat valide soutient un camarade blessé sur le champ de bataille, tandis que dans l'autre elle conservait une des deux béquilles dont il n'avait pour l'heure guère l'utilité. Elle l'incita à faire un pas en avant, puis un autre, et bien qu'il boitillât pour suivre la cadence qu'elle lui imposait, elle refusa de le traiter comme un impotent et de ralentir de trop. Elle-même était encore un peu secouée, et elle avait besoin de s'asseoir. Elle ignora comment il prit son insistance, se demandant s'il y verrait une forme de sadisme de sa part, ou au contraire s'il croirait qu'elle voulait lui montrer qu'il était toujours capable de fournir des efforts.

Ils n'eurent pas loin à aller, car Learamn n'avait pas chuté loin des appartements de la jeune femme, qui elle-même se rendait aux cuisines pour y attraper quelque chose à manger. Ses aventures de la matinée l'avaient vidée, et elle avait senti qu'un bon repas lui permettrait de digérer tous ces événements étranges. Un garde sur les talons, elle avait donc pris la route, pour débouler après moins d'une minute sur le Capitaine étendu sur le sol. A croire qu'ils étaient destinés à tomber l'un sur l'autre quand ils en avaient le plus besoin. Elle garda cette réflexion pour elle, et s'immobilisa brutalement, alors qu'ils étaient presque arrivés.

- Attendez une seconde.

Elle libéra le Capitaine, et se contenta de lui tenir fermement le bras, sans pour autant donner l'impression qu'il était particulièrement diminué. Sa prévenance était curieuse, pour ne pas dire suspecte. Iran n'avait pas donné l'impression de se soucier particulièrement du sort d'aucun rohirrim depuis qu'elle était arrivée à Edoras, et pourtant elle prenait sur elle de faire en sorte de préserver la réputation de Learamn, sans même qu'il lui eût demandé de le faire. Quand elle fut certaine qu'il tiendrait sur ses jambes le temps de franchir les quelques mètres qui les séparaient de la porte de ses appartements, elle l'incita à reprendre la route, et salua d'un geste de la tête le garde qui se tenait devant la porte.

Celui-ci se raidit en voyant son capitaine, mais ne fit aucun commentaire, se contentant de lui ouvrir la porte poliment et de s'écarter. Ce n'étaient pas ses affaires que de savoir ce que son officier supérieur faisait avec leur invitée Orientale, et il n'était pas particulièrement curieux de toute façon. Iran laissa entrer le blessé en premier, referma soigneusement le battant, et s'empressa de revenir vers lui alors qu'il oscillait dangereusement sur ses bases.

- Voilà, je vous tiens.

Elle avait réussi à se glisser devant lui, et elle l'aida péniblement à manœuvrer dans la chambre exiguë, jusqu'à pouvoir enfin s'asseoir sur le lit de fortune qu'on avait installé là à destination de la jeune femme. Elle l'aida à déplier sa jambe, et cala l'oreiller derrière son dos pour lui offrir une position un peu plus confortable, avant de se tourner vers le bureau, unique autre pièce de mobilier de la pièce.

Iran affichait encore un visage différent, cette fois. Elle était habillée, ce qui constituait une différence notable, d'autant que ses vêtements tranchaient souverainement avec ceux que l'on trouvait ordinairement dans les terres de l'Ouest. Elle ne portait pas à proprement parler une robe, même si de loin la méprise était fort possible. En réalité, elle portait une longue veste qui lui tombait jusqu'aux mollets, laquelle était nouée à la ceinture par une épaisse ceinture de tissu d'un bleu profond. En-dessous, elle portait rien de moins que des chausses, comme un homme. Cela expliquait son aisance à se déplacer.

Elle avait noué ses cheveux derrière sa tête en une longue queue de cheval qu'elle portait haute, ce qui dégageait son visage et incidemment révélait l'ampleur de l'hématome qu'elle avait sur le visage. Celui-ci avait grossi et foncé au point donner l'impression qu'elle avait peint son œil de charbon. Il était curieux de voir qu'elle ne semblait pas vouloir faire d'effort particulier pour cacher le stigmate de sa rencontre infortunée dans les bains, et qu'au contraire elle paraissait assumer entièrement cette marque que d'aucuns auraient considérés comme infamante. La jeune femme avait, semblait-il, retrouvé ses sens et toute sa dextérité car elle virevoltait parmi ses affaires avec une précision méthodique. Elle dégagea un espace suffisant pour déposer quelques plantes qu'elle réduisit en une fine poudre à l'aide d'un petit pilon. Ce n'était certes pas de la médecine comme les gens de l'Ouest le concevaient, mais elle avait ses habitudes, et comptait en faire profiter le Capitaine.

- C'est une plante qui pousse là d'où je viens, expliqua-t-elle. Les miens la considèrent comme magique, et nous l'utilisons dans bien des cas. Je l'utilise communément ainsi, en poudre. Cela va vous détendre, et apaiser un peu la douleur.

Elle fit glisser la poudre sur une fine lamelle de cuir, et la tendit précautionneusement au rohirrim, pour ne pas en renverser :

- Tenez. Inhalez fort, et ensuite bouchez-vous le nez.

Elle le laissa faire. Elle savait quel effet il ressentirait, pour l'avoir elle-même expérimenté à de nombreuses reprises. Une sensation de brûlure désagréable, puis une envie d'éternuer irrépressible. Son organisme voudrait évacuer la poudre, mais il fallait au contraire la laisser faire effet. Après une poignée de secondes, il ressentirait sans doute des picotements dans ses extrémités, puis viendrait le moment de détente qui pouvait confiner à l'extase, et durer plus ou moins longtemps selon les gens. Comme c'était la première fois qu'il y goûtait, l'effet serait sans doute particulièrement puissant sur lui.

Elle le regarda faire avec attention, et un sourire amusé fleurit sur son visage en voyant ses yeux s'ouvrir en grand. Elle lui souffla :

- Ne vous inquiétez pas, c'est inoffensif. Attendez, je connais autre chose.

Elle s'assit sur le lit juste à côté de lui, de sorte à lui faire face, et tendit ses mains délicatement pour ne pas l'effrayer. Elle comprenait qu'il pût avoir un mouvement de recul en la voyant faire, car il n'était pas très courant de se trouver face à une presque inconnue qui voulait vous toucher le visage. Il la laissa faire cependant, peut-être convaincu par la prévenance dont elle faisait preuve à son égard… plus certainement par la plante réduite en poudre, dont les effets commençaient à se faire sentir. Elle ne posa que le bout des doigts sur la peau de Learamn, mais cibla des endroits précis, sur lesquels elle effectua des pressions très particulières. C'étaient des points de relaxation, que l'on pouvait stimuler relativement facilement, et qui permettaient d'évacuer les tensions. Iran était loin d'être experte en la matière, mais elle en savait suffisamment pour aider à sa manière le jeune officier. Son serment l'y obligeait.

- Vous pouvez parler si vous voulez.

Elle avait soufflé ça l'air de rien. La plante pouvait rendre ceux qui en consommaient particulièrement sensibles, et enclins à vider leur sac. Telle était le pouvoir de cette magie naturelle, et elle se souvenait du dernier « patient » sur lequel elle avait eu à la tester. Elle s'en souvenait même très bien. Lui aussi était un jeune guerrier, terriblement blessé dans sa chair comme dans son âme. Lui aussi avait fait en sorte de tout garder pour lui, et de ne pas laisser quoi que ce soit transparaître derrière un masque d'acier. La seule différence, c'était qu'il était Lieutenant, et qu'il s'appelait Rokh.

Le temps semblait passer à une lenteur extrême. Iran avait transformé ses points de pression en un massage quelque peu inexpérimenté, mais pas moins efficace. Le Capitaine se détendait perceptiblement, et il ne ressentait plus, pour un temps du moins, la souffrance atroce dans son pied blessé. Elle n'en savait que peu à propos de ce à quoi il pensait, cependant. Son esprit voguait sur des eaux qui lui étaient inconnues, et il poursuivait son introspection en lui laissant seulement quelques pistes, quelques phrases qu'il consentait à lui dire. Elle était réceptive à tout ce qu'il avait à lui offrir. Elle se fichait de savoir s'il voulait lui parler de ses parents, ou de la femme qu'il aimait, de son enfance ou du futur qu'il imaginait, de ses batailles ou des enfants qu'il voulait élever. Elle était simplement là, et puisqu'il lui avait sauvé la vie, elle avait décidé de lui offrir cela. Une magie de l'Est, si puissante qu'elle faisait tomber les barrières de l'esprit et mettait à nu les tourments de l'âme, pour mieux les exorciser.

Aucun démon ne pouvait lui faire de mal s'il décidait de lui faire face.


~ ~ ~ ~


On frappa à la porte d'Aelyn, qui ouvrit après quelques secondes. L'homme qui se trouvait là était un garde comme les autres, dans une armure impeccable. Elle ne l'avait jamais vu, assurément, mais elle ne pouvait pas se tromper sur son expression : il paraissait troublé, pour ne pas dire terriblement gêné. Baissant les yeux, il lui lança :

- D-Dame Aelyn, je suis désolé, j'ai besoin que vous veniez immédiatement. I-Il se passe quelque chose de très grave !

C'était plus qu'il n'en fallait pour alarmer la guérisseuse. Tout le monde savait que sa fonction consistait à prendre soin des malheureux, des pauvres et des infortunés. Elle n'avait pas besoin d'être la compagne du Vice-Roi pour ressentir naturellement un élan de compassion envers ceux qui souffraient, et certainement que sa fonction n'allégeait pas son fardeau. Alors venir la voir et lui parler en ces termes, c'était presque comme la convoquer sans lui donner la possibilité de refuser. Malgré sa grossesse bien avancée, elle continuait à aller et venir dans la forteresse sans relâche pour assister ceux qui en avaient le plus besoin. Elle ne prit que quelques minutes à se préparer, rassembler son précieux matériel, avant d'emboîter le pas du militaire qui paraissait si bouleversé qu'il était incapable de donner des explications cohérentes. Il finit par se résoudre à lui dire où ils se rendaient :

- En ville, Ma Dame. Il faut que nous nous dépêchions, je suis désolé.

Il marchait à grandes enjambées, profitant de ce que les couloirs étaient déserts ou presque pour se hâter en essayant tout de même de conserver un rythme que pouvait soutenir la pauvre guérisseuse qui peinait à le suivre. Ils arrivèrent bientôt à un escalier qui descendait vers une petite cour, laquelle donnait ensuite directement sur la ville. C'était une issue qu'on empruntait volontiers quand on voulait quitter le Palais sans passer par l'entrée principale, mieux gardée mais aussi plus fréquentée. Le garde s'effaça pour laisser passer la jeune femme, qui s'immobilisa en bas des marches. Comment aurait-il pu en être autrement ?

En face d'elle, un soldat gisait. Mort. La gorge ouverte.

Avant qu'elle put pousser un cri, on glissa un bâillon dans sa bouche, et on la tira en arrière pour l'empêcher de crier. Le garde qui l'avait emmenée dans ce traquenard la retenait fermement, jouant de son physique pour conserver l'avantage, alors que sa pauvre victime se débattait furieusement. Il faisait en sorte de ne pas lui faire du mal, toutefois, et il ne cessait de répéter :

- Je suis désolé… Je suis désolé…

Il était sincère. La jeune femme trouva le moyen d'échapper pour un temps à son étreinte, et elle essaya de s'échapper, mais un homme se dressa face à elle. Il était sorti de nulle part, et avant qu'elle eût compris de quoi il retournait, il lui saisit les cheveux et la projeta sans ménagement contre le mur le plus proche. Elle s'y brisa comme une statue de cristal, et retomba mollement sur le sol, sonnée. L'inconnu, les yeux enragés, lui donna un coup de pied rageur dans le ventre qui aurait tiré un hurlement à la jeune femme si elle n'avait eu ce maudit bâillon entre les dents. Alors qu'il s'apprêtait à frapper de nouveau, le rohirrim qui avait traîtreusement livré sa suzeraine s'interposa et le saisit par le col :

- Assez ! Vous aviez dit que vous ne lui feriez aucun mal !

Le guerrier mystérieux recula de quelques pas, repoussé par la colère du juste, mais il se reprit bien vite, et écarta farouchement ces bras venus le menacer :

- Je ne tolère pas qu'on pose la main sur moi !

Avec une rapidité foudroyante, il sortit un poignard de derrière son dos, et le planta sauvagement dans la cuirasse du soldat, et qui referma son poing dessus en ouvrant grand la bouche, cherchant désespérément de l'air. C'était trop tard pour lui. Son meurtrier abandonna son arme, dont le manche dépassait du corps du rohirrim, et siffla entre ses dents. Quatre individus apparurent bientôt, déguisés en serviteurs du Palais. Il recula, et les laissa prendre en charge la « Vice-Reine ». Elle allait avoir son rôle à jouer dans cette histoire, et il n'était pas encore temps de la faire mourir…

- Emmenez-la en lieu sûr, et ne vous faites pas remarquer. Quand vous aurez terminé, Tiago, tu sais ce que tu as à faire. Modric, contacte le reste de la compagnie, nous décollons. Ces chacals du Rohan vont nous donner la chasse, offrons-leur assez de fausses pistes pour les tenir occupés ! Valerian, assure-toi que Mandred et son copain comprennent bien ce qui les attend s'ils ne coopèrent pas avec nous.

Les trois types hochèrent la tête. Ils fixèrent soigneusement le bâillon sur Aelyn, lui nouèrent les poings et les chevilles, avant de la faire glisser dans un grand sac. C'était la meilleure façon de la faire passer inaperçu. La quatrième silhouette s'avança vers son chef, prête à recevoir ses ordres :

- Ah, Sikkink, tu vas être nos yeux et nos oreilles ici. Reste incognito, récupère des informations, et surtout assure-toi que nous ayons toujours une longueur d'avance sur eux. Je veux que Mortensen soit à nos pieds, et pour cela j'ai besoin de tout savoir.

Sikkink hocha la tête, et prit la direction du Palais, afin de s'y trouver quand l'alerte serait donnée. Le plan se déroulait conformément à ce qui avait été prévu. Ils avaient répété leur fuite des dizaines de fois, si bien que chacun savait ce qu'il avait à faire. Il leur avait simplement manqué l'opportunité, que ces trois idiots de rohirrim leur avaient fournie sur un plateau. Désormais, ils feraient danser le Rohan dans la paume de leur main. Ils étaient la première graine.

Les racines de l'Ordre.

Le germe de la destruction.


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Aelyn
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Dim 20 Mar 2016 - 1:02
Aelyn se réveilla brutalement, tiré de son inconscience par une violente douleur dans le bas du ventre. Mais alors qu’elle se recroquevillait sur elle-même, la vision floutée d’un voile blanc, son mouvement fut stoppé brutalement. Elle haleta. De douleur. De surprise. Son cerveau analysait à peine que la situation n’était pas normal. Elle gémit quand la douleur se fit plus vive. Comme un coup de pied… Une crampe. Tout était brouillé dans son esprit. L’incompréhension. La jeune femme força sa respiration à se calmer. Inspirer. Expirer… La douleur reflua lentement. Et avec elle, le voile qui obscurcissait ses sens.

La jeune femme reprit totalement conscience dans un lieu qui lui était totalement inconnu. Elle était couché sur un mince tapi de paille posé à même la terre. Il faisait extrêmement chaud et de la condensation gouttait du plafond. Autour d’elle, tout était sombre et sale. De vieux meubles poussiéreux et cassées étaient entassés là dans le désordre le plus total et envahissait l’air d’une nauséabonde odeur de moisissure. Les murs, faits pour moitié de bois, pour moitié de pierre, faisaient penser à une vieille remise de ferme laissée à l’abandon. Au fond de la pièce, elle devinait le contour de lumière autour de ce qui devait être une porte. C’était la seule source lumineuse de la pièce.

Pourquoi était-elle là ? La jeune femme essaya de retrouver ses esprits et de remettre ses souvenirs confus dans l’ordre. Il faisait si chaud. Ses vêtements lui collaient à la peau, la sueur plaquait ses cheveux à son front et à sa nuque. Elle avait soif… Réfléchir…
Elle se rappelait le matin où Iran s’était fait attaquée dans les bains. Petit à petit, elle remonta le fil. Elle se rappela avoir essayé, avec Learamn, de la faire parler sur ses agresseurs. Avaient-ils réussi ? Oui. Elle se rappelait que oui. Puis d’avoir discuté avec le Capitaine de la Garde Royal seule à seul. Jusque là les souvenirs s’éclaircirent… Après…Aelyn pouvait entendre son cœur battre à l’arrière de son crâne. Et de nouveau une violente sensation de crampe à l’abdomen. Un gémissement de douleur échappa traitreusement de sa gorge alors qu’elle tentait de le retenir… Se concentrer… Réfléchir… Elle rattrapa laborieusement le fil glissant de sa mémoire. Un soldat qui frappait à sa porte. Quand était-ce ? Le même jour ? Le lendemain ? Elle n’était plus très sûre. Elle avait tellement mal… et tellement chaud… Une urgence. Elle se souvenait avoir sauté sur ses affaires et suivit à la hâte l’homme. Impossible de se rappeler ce qu’il lui avait dit pour qu’elle se précipite ainsi. Qu’importe… Il y avait eu la descente d’escaliers. Le cadavre. Egorgé. Aelyn dut prendre une grande inspiration pour lutter contre la nausée. Il y avait eu une lutte, un homme cruel et un autre mort. Des tas d’hommes. Ses oreilles qui sifflaient, sa vision floue. La douleur. Un coup de pied ! Les yeux de la jeune femme s’ouvrirent brusquement. Elle n’avait pas eu conscience de les avoir fermés. Elle avait reçu un coup de pied dans le ventre.

« - Mon bébé ! »

Une peur viscérale envahit la jeune femme alors qu’elle prenait conscience de l’origine de cette horrible douleur qui l’avait tirée de sa torpeur. Une contraction ! Non, c’était trop tôt ! Pourvu que le bébé n’ait rien ! Poussée par le besoin impérieux de s’assurer que sa progéniture n’avait pas souffert comme elle, elle tenta de poser sa main sur son ventre rond. Mais si la gauche se posa aussitôt à destination, la droite se bloqua instantanément dans un bruit d’acier.
Aelyn tourna la tête pour constater qu’on l’avait littéralement menotté à ce qui ressemblait à une grosse enclume de forge. Les fers qui retenait son poignet étaient couverts de rouille et devaient avoir trainé dans la pièce depuis déjà plusieurs années. Elle tira plusieurs fois avec force, mais ne réussi qu’à s’abimer la chair. D’aussi abimés qu’il paraissait, le métal résista comme un neuf. On l’avait mise en cage. La peur l’envahit par vague, chacune plus puissante et destructrice que la précédente.

« - Non… Non… Non ! »

Elle se débattit de plus belle, plus désespérée, jusqu’à avoir le bras en sang. La chaine faisait en boucan à appeler Melkor en personne. Mais bien vite, la chaleur et le vertige eurent raison de la jeune femme qui s’effondra sur sa paillasse de fortune, haletante. Des larmes d’épuisement et de peur coulaient de ses joues. Elle les essuya avec rage. Pourquoi continuait-on à s’en prendre à elle ? Qui avait-elle donc courroucé à ce point pour mériter d’être traitée de la sorte ? D’abord la tentative d’assassinat à Minas Tirith, et maintenant quoi ? Un enlèvement ? Aelyn resta prostrée plusieurs minutes ainsi avant de se reprendre. Se morfondre n’allait pas la sortir de là…
Elle se ramassa sur elle-même et tenta du mieux qu’elle pouvait de se mettre en position assise. Elle devait d’abord s’assurer que son bébé était vivant et le resterait. Puis elle. Elle mit dans son examen plus de concentration qu’elle n’en avait jamais mise. Tout en luttant contre les contractions et les maux de tête, elle cherche de la main des signes de vie de son enfant.

« - Calme-toi. Ça va aller. Tout va bien. Les garçons sont avec Gallen et Sealig. Ils sont à l’abri. Le bébé bouge. Oui, là. Il bouge et tu ne vas pas accoucher maintenant. C’est trop tôt alors tu-ne-vas-pas-accoucher… Oui, ça va aller… Les contractions s’espacent, c’est bien… Et si tu ne parviens pas à sortir seule, Gallen viendra te chercher. Bien sûr qu’il viendra te chercher. Gallen, je t’en pris, viens me chercher… Non ! Concentre-toi, ce n’est pas le moment de paniquer ! » marmonnait-elle.

Une fois qu’elle fut assurée d’être en état de marcher, Aelyn regarda de nouveau autour d’elle. Sa tête tournait encore si elle faisait des mouvements trop brusques. Elle porta sa main libre à sa tempe moite pour se soutenir.

« - Maudits pourceaux ! Que les esprits de Dunharrow vous dévorent les os ! » pesta-t-elle quand sa vision se flouta de nouveau.

Même sa propre peau lui paraissait fraiche en comparaison de la fournaise autour d’elle. Et pas un seul outil pour la défaire de ses liens. Pas plus qu’il n’y avait d’eau autre que celle, viciée, qui s’écrasait régulièrement sur sa robe depuis le plafond. Si elle ne sortait pas bientôt elle allait faire un malaise. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre connaissance de nouveau. Ses agresseurs pouvaient être là, juste derrière la porte peut-être.
Elle reporta son attention sur l’enclume, ou du moins l’énorme bloc de métal à quoi elle était accrochée. Jamais, même avant sa grossesse, elle n’aurait eu la force de soulever cette chose… Mais si elle pouvait ne serait-ce que le soulever un peu. Il lui fallait un levier ou quelque chose de semblable. Rapidement, elle trouva un pied de chaise qui aurait pu faire l’affaire. Malheureusement, au bout de deux poussées, l’enclume n’avait pas bougé. Acharnée, et portée par l’adrénaline et la peur, Aelyn força de nouveau sur le morceau de bois de tout son poids. Mais quand son levier se révéla vermoulu et se brisa sous la pression, elle s’écroula en arrière, entrainée par son élan et son énorme ventre. Son épaule droite émit un craquement inquiétant et manqua de se disloquer sous la pression. Son poignet se remit à saigner. La jeune femme s’écroula sur sa paillasse et se recroquevilla de douleur.

Ce fut à ce moment précis qu’une violente lumière envahit la pièce. Une ombre imposante et terrifiante se découpa dans cette blancheur éblouissante qui força Aelyn à plisser les yeux. Seule sa peur de l’homme qui venait de pénétrer dans la pièce l’empêcha de détourner totalement le regard. Il lui fallut plusieurs minutes pour comprendre qu’il n’y avait pas un mais deux hommes.

- C’est pas bientôt fini ce bordel ! Ooooh, mais Sa Majesté est réveillée, j’imagine qu’elle souhaitait appeler ses serviteurs, commença le plus proche avec un sourire mauvais.

Le second, un peu en retrait, semblait mal à l’aise, presque gêné de la situation, comme s’il avait envie de s’en plaindre sans pour autant oser le faire réellement. Ou alors préférait-il le silence ? Inconsciemment, Aelyn commença à le considérer, dans un petit coin de sa tête, comme un allié potentiel. Mais elle n’eut pas le temps de s’attarder sur le sujet. Elle se redressa du mieux qu’elle pu, assise le plus dignement possible à même le sol, et trouva dans les tréfonds de son âme assez de fierté pour garder la tête haute. Ses jambes pliées devant son ventre prévenaient comme elles pouvaient une autre tentative d’agression qui blesserait son bébé, mais le reste de sa physionomie était aussi digne qu’on pouvait l’être dans pareille situation.

« - Où suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Que me voulez-vous ? » répliqua-t-elle.

Mais sa tentative se heurta à l’hilarité du premier homme, visiblement amusé de sa résistance. Il parodia un salut formel et répondit :

- Altesse, vous posez bien trop de questions pour une femme dans votre situation. Seul un idiot y répondrait. Sachez jusque que pour l’instant vous nous êtes plus utile vivante que morte, faites en sorte que la donne ne change pas. Un cadavre n’arriverait pas à contrarier nos plans tant que ça.

Aelyn serra les mâchoires mais se garda bien de répondre. Elle était dans une bien mauvaise situation et ne voyait pas comment elle pourrait sans sortir. Seule, sans allié ni protecteur, au milieu d’hommes hostiles et aux intentions aussi claires que sinistres. De nouveau, elle lutta pour ne pas perdre connaissance.

« - Puis-je au moins avoir un peu d’eau ? » demanda-t-elle plus simplement.

Elle avait pris soin de ne mettre ni autorité ni faiblesse afin de ne pas attiser les mauvais sentiments de son vis-à-vis. L’homme la jaugea de toute sa taille, visiblement surpris, avant de repartir d’un rire que la pauvre femme trouvait de plus en plus sinistre. La peur faisait trembler ses mains et agitait d’imperceptibles sursaut la chaine qui la retenait prisonnière des lieux.



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Learamn
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Dim 10 Avr 2016 - 15:37
Learamn saisit la main qu’Iran lui tendait et fut hissé par la force étonnamment puissante de la jeune femme. Il n’aurait jamais soupçonné qu’elle aurait pu le redresser avec autant d’aisance ; il fallait dire que jusqu’alors le rohirrim n’avait jamais vraiment eu l’occasion de la voir autrement que dans un état de choc assez peu avantageux quand il s’agit de démontrer sa force.   Le capitaine ne broncha pas quand elle répliqua sèchement à l’un des gardes alerté ; il fallait dire que pour un jeune officier tel que lui qui avait parfois un peu de mal à asseoir son autorité ; une telle preuve d’assurance de la part d’une femme , étrangère de surcroît , ne pouvait qu’inspirer l’admiration.  Au Rohan on n’avait rarement l’occasion de voir de telles situations : le statut des femmes semblaient bien différents d’une région à l’autre.

Learamn se sentait à la fois reconnaissant et gêné ; Iran était une guerrière accomplie ayant fait le voyage depuis une contrée lointaine pour rendre justice à un ami perdu et le jeune cavalier se demandait bien quelle image du Rohan était-elle en train de se faire. Une image qui était sans doute bien peu reluisante ; outre la culture et les coutumes extrêmement différentes des siennes , des soldats de la couronne avaient tenté de la noyer tandis que l’un haut  gradé qui n’avaient pas même trente ans n’était même plus capable de marcher dans les couloirs du palais.  

Le jeune homme ne répondit pas à la première remarque d’Iran ; une réflexion dite sur un ton neutre qui faisait étrangement écho aux directives qu’Aelyn ne cessait de lui répéter depuis qu’elle l’avait pris en charge. Au fond de lui Learamn savait qu’il fallait laisser le temps faire son effet et que s’il voulait avoir une chance d’être totalement remis il devrait penser à se reposer un peu plus. Mais le bouillonnant guerrier laissait bien souvent sa fougue et son ardeur reprendre le dessus et il manifestait souvent sa lassitude et son envie de brûler les étapes. Il se languissait de ces longues cavalcades sur le dos d’Ouragan à travers les vertes plaines du Riddermark et des passes d’armes avec son mentor qu’il voyait désormais si peu.

Quand elle lui proposa de rejoindre ses propres appartements Learamn accepta d’un signe de la tête ; sa chute avait ravivé la douleur de sa blessure qui se faisait à présent sentir tout au long de la jambe et il désirait simplement pouvoir se reposer au plus vite. Il se laissa donc guider par l’Orientale jusqu’à la porte de ses quartiers en envoyant au diable les bruits couloirs qui pourraient circuler si d’aventure quelqu’un le surprenait à entrer dans la chambre de leur “invitée  si spéciale”.   Iran prit soin d’aider le capitaine à rester debout en lui tenant le bras avec une fermeté toujours aussi surprenante ; tant de prévenance pour préserver ce qui restait de l’honneur de Learamn était tout aussi inattendue qu’appréciable et finalement il se demandait si finalement le fait que la guerrière fut la première à le trouver après sa chute n’était pas une heureuse circonstance ; qui sait ce qu’aurait pu dire ou penser un membre du personnel , un noble ou un garde?

Ils passèrent devant le garde assigné à la protection de l’Orientale qui ne laissa apparaître aucune expression sur son visage en voyant son supérieur. Cet homme ne faisait assurément pas partie des gens dont Learamn craignait qu’ils alimentent les discussions de commère ; pour protéger leur invitée le capitaine avait pris soin de prendre des hommes de confiance et loyaux de la Garde Royale. Ce garde ne ferait pas de tort à son supérieur et son professionnalisme à toute épreuve expliquait pourquoi il était souvent assigné aux missions les plus délicates.

L’intérieur de la pièce contrastait sérieusement avec les luxueux appartements mis à disposition de l’officier convalescent. L’espace était très exiguë et le mobilier était uniquement composé d’un lit de fortune  et d’une petite et à priori très vieille commode.  Les tapis posés sur le sol dénué de moquette étaient d’un goût assez douteux tandis que les rayons du soleil ne pouvaient passer que par une petite fenêtre en face du lit.
Le mythe de la légendaire hospitalité rohirrim venait de prendre un sacré coup dans l’esprit du cavalier. La chambre était toutefois d’une irréprochable propreté ; l’occupante des lieux devait se mettre un point d’honneur à ne pas vivre dans un sale taudis.

Aidé par Iran , Learamn s’assit sur le lit tandis que “son hôtesse” sortit quelques plantes inconnues du rohirrim d’un de ses tiroirs. Elle les réduisit en poudre à l’aide d’un petit pilon. La guerrière rhûnienne se tourna alors vers l’officier pour lui fournir quelques explications.

A l’écoute du terme “magie” , Learamn se raidit brusquement. Il s’était toujours méfié de tout ce qui touchait de près ou de loin à ce qu’il considérait comme une science occulte et dévastatrice à l’origine de bien des maux à travers le continent.  Et les rares contacts qu’il avait eu avec la magie n’avaient jamais vraiment été plaisant  : il avait combattu une sombre et mystérieuse créature dans les catacombes de Vieille-Tombe avant d’être témoin d’un macabre rituel destiné à faire chuter l’Orchâl  et son bref échange avec la mage Sighild dans les cachots de Minas Tirith avait été pour le moins glacial.  Mais accablé par la douleur , le jeune capitaine était à présent prêt à s’en remettre aux soins “magiques” de l’Orientale.

Elle lui donna une fine bandelette de cuir sur laquelle était déposée la poudre de plantes ; se conformant aux instructions d’Iran il inspira la préparation avant de se boucher les narines.

C’est alors qu’une vive sensation de brûlure lui irrita la gorge et il fut pris d’une forte envie d’éternuer et de dégager cette poudre nauséabonde mais il tint bon et s’efforça de se retenir comme le lui avait enjoint la rhûnienne et sûrement aussi par fierté ; il n’allait tout de même pas plier et s’avouer vaincu à cause d’une préparation médicinale que la femme qui lui faisait face avait expérimenté plusieurs fois. Puis au bout de quelques secondes la désagréable sensation d’irritation s’estompa pour laisser sa place à une relaxation extrême de son organisme. Tous les muscles du capitaine se détendirent et même son esprit semblait plein de nuées qui l’embrumait tout en produisant une sensation de bien-être extasiante.  

Iran le rassura sur les effets inoffensifs du traitement qu’il venait d’expérimenter avant de s’approcher doucement de son “patient” ; Learamn , dans un état quasiment second mais incroyablement plaisant , n’esquissa pas un geste et laissa faire l’Orientale qui stimula des points de relaxation sur le jeune visage du capitaine.

- Vous pouvez parler si vous voulez.



Learamn enregistra l’information et ne se fit pas prier par deux fois pour l’appliquer avec un zèle assez surprenant. Les effets des traitements médicaux venus d’Orient semblaient être particulièrement prononcés chez le rohirrim ; d’ordinaire très fier et introverti , l’officier ne semblait être à présent plus que le jeune homme qu’il était réellement coincé dans une armure sûrement trop grande pour ses épaules et trop brillante pour un fils de paysan. Toute sa prestance et l’image autoritaire qu’il s’efforçait de façonner depuis sa promotion s’en étaient allées en l’espace de quelques secondes.  Il était dorénavant sur le point de parler à coeur ouvert à une inconnue ; prêt à s’exprimer comme il l’aurait pu le faire il y a quelques années entre les bras de sa mère.  Sa voix paraissait beaucoup plus juvénile qu’auparavant quand il s’ingéniait à la rendre plus ferme en donnant des ordres ; et les traits de son visage s’était incroyablement détendus.

“Aaaaah”
fit-il un brin étonné par son propre état en haussant les sourcils d’un air assez béat.

Son regard se dirigea alors vers la guerrière qui lui faisait face .

“ Moi qui me méfiais de la magie...je dois dire que la vôtre est merveilleuse.”

Learamn s’allongea alors sur le lit et observa mélancoliquement les paysages que l’on pouvaient voir à travers les carreaux de la fenêtre. Ses yeux se perdirent un moment parmi ses vertes et vastes étendues.

“Le Rohan “
lâcha-t-il dans un soupir.

Il tourna la tête pour regarder à nouveau Iran.

“ Le Rohan
, répéta-t-il avec une pointe de tristesse qui transparaissait dans sa voix , le Rohan c’est ça ; ...ce n’est pas ça. “ Le cavalier désigna successivement du doigt la fenêtre qui renvoyait aux plaines et la porte de la chambre qui symbolisait ce qui se passait en moment à Meduseld.

“Iran du Rhûn, vous devez comprendre que ce vous avez vu , ce que vous avez vécu ce n’est pas le Rohan. Ce n’est pas pour ce Rohan que je me suis engagé , ce n’est pas pour ce Rohan-là que vous avez vu que je sacrifierai ma vie , ce n’est pas pour ce Rohan là que j’ai maintes fois bravé la Mort.  Ce lieu où l’on tente de noyer des invités, où l’on se moque de la femme qui a sorti le Vice-Roi du désespoir  , où l’on ne pense qu’à s’enrichir et à acquérir un peu plus de pouvoir ; ce n’est pas le Rohan , le vrai Rohan. “


Learamn marqua une pause et déglutit avec peine ; il semblait réellement ému et attristé , prêt à se confier comme il ne l’avait jamais fait auparavant.

“ Le Rohan pour lequel je me bats c’est le royaume de  ces  braves cavaliers qui cavalent des jours durant à travers les plaines pour protéger les plus faibles et les plus démunis. Le Rohan auquel je crois c’est le royaume d’un peuple uni et solidaire où paysans , nobles et soldats , tous frères qu’ils sont ,  croient en les mêmes idéaux et sont prêts à se battre jusqu’au bout pour les défendre . C’est le Rohan incarné par des légendes et des héros des temps anciens et modernes , le royaume d’Eorl, d’Eomer et Thénéor; la patrie d’Eowyn et de  Mortensen. Ce Rohan où quand les premières lueurs du jour se lèvent sur les plaines du Riddermark et font briller les façades du Château d’Or , alors les cors de Fort le Cor retentissent et font vibrer au même rythme le coeur de toute une nation prête à se réunir sur les hauteurs de Dunharrow pour lutter ensemble , côte-à-côte. “


Une larme roula sur la joue du jeune homme.

“ Mais aujourd’hui notre royaume est blessé ; il porte les ineffaçables séquelles d’une sanglante guerre fratricide ayant causé tant de ravages. Je porte moi même sur mes mains le sang de mes frères ; tous ont souffert des valeureux chevaliers aux innocents nourrissons ; des hommes les plus robustes aux femmes les plus vaillantes … Aujourd’hui le Félon est mort , la paix serait revenu mais le traumatisme est encore présent dans les esprits de chacun et les Valars seuls savent si nous serons un jour capable de reformer ce peuple fier , uni et valeureux”

Learamn se redressa alors en position assise et fixa le regard sombre de son interlocutrice avec qui il parlait , probablement un peu malgré lui, sans aucune barrière.

“Et au milieu de tout cela il y a moi ; un simple cavalier de vingt-cinq ans s’étant retrouvé dans la tourmente de la guerre civile et d’autres maux encore plus terrible à présent propulsé à un grade sûrement trop haut pour lui. Un simple paysan qui se croyait assez fort pour braver tous les dangers avant que la réalité ne se rappelle douloureusement à lui ; il  était tout simplement stupide.”

Le rohrrim sentait qu’il en avait certainement déjà trop dit  , il avait conscience , au plus profond de lui même  , qu’il était en train de vider toutes ces pensées , colères , amours et ressentiments à une guerrière étrangère qu’il connaissait à peine . Mais même cela ne pouvait arrêter ce dévoilement à coeur ouvert ; encore sous l’emprise de la décoction d’Iran le rohirrim avait également l’impression qu’à chaque mot qu’il prononçait un poids qui pesait sur son âme était retiré.

“Parfois je me pose des questions..je m’interroge… Mais que fais-je donc au milieu de tout cela ? Que fais-je au milieu de ces tourments , de ces dangers et de ces mensonges?  Les valeurs pour lesquelles je proclame vouloir me battre jusqu’à la mort existent-elles seulement encore ?  Mes espoirs seraient-ils illusoires? Mes actions seraient-elles inutiles?
N’aurais-je pas dû me contenter de rester à ma place et de vivre une vie calme et heureuse au lieu de chercher à changer le monde?  N’aurais-je pas dû rester à la maison à travailler la terre pour pouvoir nourrir mon peuple? Cultiver le blé pour faire vivre les autres n’est elle pas une tâche plus noble qu’aller pourfendre des hommes dans des contrées lointaines pour des raisons obscures et incertaines?  N’aurais je pas mieux fais de rester un peu plus au côté de mon frère, de ma soeur ? N’aurais-je pas dû continuer à aider mon pauvre père? N’aurais-je pas mieux fais de rester avec…”

Sa phrase fut coupée par un sanglot mais Learamn s’évertua à la finir

“ N’aurais-je pas mieux fais de rester avec ma mère? Il lui reste si peu de temps.
N’aurais-je pas dû demeurer auprès de mes amis que j’ai tous perdu de vue : le brave Egren et ses jeux toujours aussi ingénieux , le petit Falner et sa silhouette fragile ou encore la belle Eliah , cet ange souriant avec qui je m’amusais des heures durant dans les champs d’or de notre village?
Iran… N’aurais-je pas dû ? N’aurais-je pas mieux fait ? “



On frappa alors à la porte et la voix du garde posté à l’entrée se fit entendre :

“Mon capitaine, je dois vous informer que nous n’avons plus aucune trace de Dame Aelyn et du garde qui l’accompagnait”

Learamn écarquilla alors les yeux de surprise et de crainte et se sentant complètement démuni il lança un regard implorant à Iran.



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Ryad Assad
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Mar 17 Mai 2016 - 19:45

Learamn parlait avec une certaine lenteur, une certaine langueur que son corps détendu ne pouvait combattre. Il était bien. Son esprit était détaché des considérations physiques, et flottait librement hors d'un corps meurtri qui l'avait fait souffrir trop longtemps. Iran ne s'inquiéta pas de le voir s'allonger, et le laissa faire. Il avait l'air plus jeune, plus fragile, et quelque part beaucoup plus humain qu'auparavant. Elle n'aurait pas cru ressentir de nouveau ce sentiment étrange de se pencher vers un enfant que l'on avait arraché au berceau, un enfant bien trop jeune pour porter sur ses frêles épaules le poids de tant de responsabilités. Tant de vies dépendaient de son commandement, de sa lucidité et de sa capacité à faire la guerre. Il avait perdu tout cela, mais les responsabilités demeuraient. Que valait un cavalier qui ne pouvait monter ? Que valait un guerrier qui ne pouvait combattre ? Elle perçut son tourment, et le tourment de son pays à travers ses paroles.

Le capitaine ne s'en rendait peut-être pas compte, mais il était la représentation du pays qu'il décrivait. Il était blessé comme le Rohan l'était. Il était amer comme le Rohan l'était. Il était en quête d'un honneur perdu comme le Rohan l'était. Appuyé lourdement sur une canne tel un vieillard, allongé par terre à ramper sans dignité, il figurait mieux que quiconque son royaume qu'il chérissait tant et qu'il voulait sauver, dût-il y laisser la vie. Mille hommes auraient pu vouloir prendre sa place, bien mieux, sans avoir à souffrir des conséquences de leurs décisions. Mille hommes se succéderaient à son poste, et on oublierait peut-être son nom, perdu dans les brumes de l'histoire. Pourtant il ne voulait pas abandonner. Il ne voulait pas laisser à un autre le soin de porter son fardeau.

Son fardeau.

Iran secoua la tête. Ses pensées venaient de glisser vers le souvenir de Rokh, et une bouffée de chagrin s'empara de son cœur, l'enserrant dans sa prise mortelle qui menaça de la faire succomber. Son fardeau. Elle inspira profondément, essayant de se discipliner, de penser à autre chose. L'instant présent était plus important que toute autre considération. Le regret, la tristesse, la peine… rien de tout cela ne la conduirait à retrouver les assassins de feu son ami. Elle devait garder la tête froide. Inspirer. Expirer. Continuer à vivre.

La jeune femme ne se sentait pas en position de parler. Répondre au jeune capitaine n'aurait servi à rien. Il ne cherchait pas le réconfort dans les conseils qu'elle aurait pu lui prodiguer, et il paraissait surtout faire le bilan de sa propre existence, mettre enfin des mots sur des pensées qu'il avait trop longtemps conservées pour lui, enfouies sous le casque du guerrier parti au combat. Il verbalisait son angoisse, sa crainte de voir son pays sombrer dans la folie, emporté par la corruption et l'intérêt. Iran devait bien avouer que l'affliction qu'elle lisait sur ses traits la surprenait quelque peu. Elle n'aurait jamais imaginé que, de ce côté de l'Anduin, se trouvaient des individus si honorables et si dévoués à leur cause qu'ils souffraient de voir leurs compatriotes ternir l'image de leur royaume. C'était inattendu, et quelque part elle comprit pourquoi Rokh s'était pris d'admiration pour le Maréchal… le désormais Vice-Roi Mortensen. Ces valeurs d'honneur et de respect existaient-elles chez tous les peuples ? Iran s'interrogea sincèrement, elle qui avait toujours vu les hommes de l'Ouest comme des pleutres sans honneur.

- Ne pleurez pas, capitaine. Ce n'est pas votre faute.

Elle avait laissé échappé cela sur un ton neutre en regardant Learamn dans les yeux. Du pouce, elle vint chasser la larme qui venait de s'échapper des yeux du jeune homme blessé. Il était sincèrement éprouvé, diminué par sa blessure, et il lui laissait entrevoir l'étendue de son mal-être. Un mal-être qu'elle n'aurait souhaité à personne d'aussi honorable. Pourquoi fallait-il toujours que les couards s'en sortissent sans peine, alors que les braves devaient endurer mille tourments ?

Elle le laissa poursuivre, plonger dans des ténèbres bien plus profondes. Il éprouvait le regret du soldat, celui qui soudain se rend compte que le chemin qu'il emprunte est fait de ténèbres, de sang et de violence. Un simple regard en arrière, vers cette époque bénie de l'insouciance et de la paix de l'âme, pouvait faire basculer le plus solide des combattants sur les pentes glissantes de la folie. En temps normal, elle aurait peut-être laissé le capitaine s'enfoncer dans ses sombres pensées : elle n'était pas de son peuple, elle n'avait pas à agir pour préserver la vie d'un homme qui un jour se révélerait peut-être être son ennemi. Mais en l'occurrence, elle avait besoin de lui, elle avait besoin de ce qu'il pouvait lui apporter : ses conseils, son soutien, son influence. Et puis, elle lui devait la vie… Jusqu'à ce qu'elle eût payé sa dette, elle s'occuperait de lui de son mieux. Elle en avait fait le serment.

- Peut-être, lâcha-t-elle. Vous auriez peut-être mieux fait de rester chez vous. Vous seriez encore auprès de vos parents. De vos amis. Vous seriez peut-être mort, également.

Son ton n'avait pas changé d'un iota, mais l'atmosphère se fit glaciale soudainement. Elle passa une main sur le front de Learamn, puis sur sa joue. Elle voulait s'assurer qu'il n'était pas fiévreux et que la plante ne le faisait pas tout simplement délirer. Sa peau était chaude sous ses doigts froids, et elle sentait les pulsations de son cœur faire vibrer ses tempes intensément. Il allait bien, et elle mettait davantage son état sur le compte de l'émotion. Devant son incompréhension, elle enchaîna :

- Une guerre a eu lieu ici, capitaine. Des gens sont morts. Qu'auriez-vous fait si vous n'aviez pas manié l'épée ? Auriez-vous pu protéger votre famille ? Sauvé ceux qui comptent pour vous ?

Probablement que non. Hélas quand la guerre frappait une région, les serfs et les esclaves étaient les premières victimes. Ils perdaient tout : leurs biens, leur foyer, leur terre, leur famille et finalement leur vie. On leur arrachait tout sans la moindre once de pitié, et on laissait leur cadavre pourrir au milieu de tant d'inconnus dont le nom ne passerait jamais à la postérité. Tristes victimes d'un sort inhumain.

- Vous avez choisi un chemin duquel on ne revient pas, capitaine. Mais vous l'avez choisi pour de bonnes raisons. Qu'importe le reste ? Un jour vous retrouverez votre village, exactement comme vous l'avez quitté. C'est notre seule récompense.

Elle se leva et alla boire à l'outre qu'elle veillait toujours à gardée remplie. Dans la pénombre de la pièce, ne paraissait-elle pas moins étrangère ? Les tatouages fins et complexes qui parcouraient sa peau disparaissaient dans les ténèbres, et ses traits indéniablement étrangers n'étaient plus si facilement distinguables. Iran ne ressemblerait jamais à une femme du Rohan, c'était certain… Cependant, en cet instant, elle ne ressemblait plus vraiment à une femme du lointain Rhûn. Elle n'était qu'une guerrière parlant à un autre guerrier sans être barrée dans son entreprise par des drapeaux, des uniformes ou des supérieurs. La proximité entre elle et Learamn venait de la guerre, qu'ils avaient tous les deux dû affronter. Elle venait de la perte, à laquelle ils devaient tous les deux faire face. Elle venait de l'espoir, qu'ils essayaient tous les deux de retrouver. Elle reposa l'outre, et resta ainsi un moment, face au mur, dos au blessé.

- C'est notre seule récompense, répéta-t-elle. Nous ne nous battons pas pour changer le monde… Nous nous battons pour qu'il demeure en l'état.

Elle baissa la tête.

- Pour que les gens que nous aimons…

Elle allait ajouter quelque chose, quand on frappa soudainement à la porte. Elle lança un regard à Learamn, mais une voix venue du dehors s'éleva bientôt.


~ ~ ~ ~


- Tenez, buvez.

Devant l'expression de la prisonnière, il porta l'outre à ses lèvres et en but une gorgée. L'eau n'était pas empoisonnée. Quel besoin auraient-ils eu de la tuer de cette manière, de toute façon, après tout le mal qu'ils s'étaient donnés pour la faire sortir d'Edoras discrètement ? Leur plan avait parfaitement fonctionné, grâce aux renseignements et à la coopération des deux anciens membres de l'Ordre encore infiltrés dans le Palais à l'heure actuelle. Les hommes qui surveillaient sans aucun zèle les portes de la ville n'avaient même pas posé un regard sur leur chariot vide qui repartait vers la campagne. Ils s'en mordraient les doigts dans quelques heures, quand Mortensen aurait mis la ville sens dessus dessous sans mettre la main sur sa compagne. Cela avait été relativement facile de procéder à l'exfiltration de la « Vice-Reine », et ils s'étaient rapidement dispersés pour offrir des fausses pistes aux Eored qui les poursuivraient.

Aelyn, comprenant qu'elle n'avait pas d'autre choix que d'accepter l'acte de pitié de son geôlier, se décida finalement à boire. Elle devait être déshydratée, et à dire vrai elle avait bien malmenée lors de sa capture. La frustration de leur chef s'était déversée sur elle, et elle portait encore les stigmates de son passage à tabac. Ce n'était pas une noble façon de traiter une Dame du Rohan, guérisseuse de surcroît, mais qu'y pouvaient-ils ? Ces hommes avaient vécus cachés, traqués par tous. Ils s'étaient abrités dans d'anciennes mines, de vieilles forêts hostiles, ou des montagnes escarpées. Beaucoup avaient été retrouvés, dénoncés par les habitants, et finalement tués. D'autres avaient été désignés par un mystérieux informateur qui semblait toujours pouvoir les dénicher. On racontait qu'il vendait leurs noms à un certain Sirion, un homme d'Aldarion d'Arnor, qui se chargeait ensuite de les traquer et de les tuer. La dernière compagnie de l'Ordre le craignait comme la peste, autant qu'elle craignait celui ou celle qui se chargeait de les localiser.

- Faites-moi voir vos poignets.

La « Vice-Reine » n'avait pas vraiment le choix. Ils étaient abîmés par le métal, et sa peau conserverait un moment les traces de l'outrage. Le soldat de l'Ordre, tenant la main de la jeune femme dans la sienne, observait attentivement pour vérifier qu'elle ne risquait pas d'infection ou qu'elle ne s'était pas entaillée les veines. Il ne la pensait pas capable de se suicider – encore qu'elle pouvait essayer de leur damer le pion en s'ôtant la vie –, et il voulait surtout s'assurer qu'elle ne succomberait pas bêtement aux mauvais traitements. Cependant, il y avait un aspect qu'il ne pouvait guère approcher : sa grossesse. Il n'était pas qualifié pour cela, et tout ce qu'il pouvait faire était de l'interroger pour savoir si elle se sentait bien. Ce qu'il fit, non sans une certaine maladresse due à son manque d'expertise.

- Vous avez mal ? Demanda-t-il en désignant son ventre. Vous sentez le bébé approcher ?

A dire vrai, il ne s'était jamais tenu aussi près d'une femme enceinte de toute son existence, et s'il savait comment les enfants étaient créés, il ne semblait pas vraiment sûr de la façon dont ils naissaient. Là d'où il venait, c'était une affaire de femmes, et il n'avait jamais eu l'occasion de l'apprendre par la suite au cours de ses voyages. Rien de très étonnant chez un garçon de son âge.

Seize ans, ce n'était pas bien vieux.

- Vous avez besoin de quelque chose d'autre ?

Ses yeux noisette plongèrent dans ceux d'Aelyn, qui semblait partagée à son sujet. Il lui lâcha le poignet, et tendit la main pour récupérer l'outre d'eau. La question pouvait sembler ironique, mais elle ne l'était pas tout à fait. Certes, ils ne pouvaient pas offrir ce que la Dame du Rohan désirait : la liberté, un cheval et un sauf-conduit vers Edoras. Ils ne pouvaient même pas lui offrir un lit décent, un endroit propre où s'allonger et un bon repas. Mais ils étaient décidés à la traiter convenablement, car ils savaient que Mortensen allait venir négocier en personne. Si sa compagne était blessée, il risquait de tout simplement perdre la raison. Les choses s'achèveraient dans un bain de sang, et ils y perdraient tous la vie. Ce n'était pas le plan.


~ ~ ~ ~


Un marteau de peur fit voler en éclat la bulle de quiétude dans laquelle Iran et Learamn étaient enfermés. Leur univers privé, où tout semblait plus lent, plus feutré, plus calme… tout cela venait d'être balayé par les paroles du garde qui semblait ne pas vouloir entrer pour leur annoncer la nouvelle en face. La Rhûnadan se tourna vers le capitaine et l'interrogea du regard, mais il paraissait encore plus désemparé qu'elle. De toute évidence, les plantes avaient altéré son jugement, et il n'était pas encore tout à fait prêt à revenir à la réalité. Le décalage entre ce que l'on attendait de lui et ce qu'il était effectivement capable de faire était peut-être trop grand. Iran prit les devants, et s'empressa d'apporter sa canne au blessé.

- Mon capitaine, est-ce que tout va bien ?

- Nous arrivons, répondit Iran sans réfléchir.

Il y eut un instant de silence, pendant lequel elle s'employa à remettre Learamn sur ses jambes. Il n'oscillait pas, et à part ses yeux légèrement rougis, il paraissait en forme. Il aurait cependant besoin d'aide pour aller là où l'on avait besoin de lui, et sans un mot elle lui prit le bras fermement pour l'empêcher de trébucher.

- Mon capitaine, je…

Le garde venait d'ouvrir la porte, une moue curieuse sur le visage, comme s'il attendait à trouver son officier dans une position compromettante avec une étrangère. Après tout, s'enfermer dans la chambre d'une femme de Rhûn n'avait rien de très naturel. Le visage du soldat se trouva apaisé lorsqu'il constata qu'il ne se passait rien de répréhensible, et qu'il pouvait entrer sans crainte. Il se tordit toutefois de surprise en apercevant l'hématome sur le visage d'Iran, qui ne faisait rien pour le cacher. Détournant le regard, il revint à Learamn :

- Mon capitaine, tous les officiers ont été appelés à leur poste. Je dois vous conduire auprès du Vice-Roi de toute urgence. Dame Aelyn a disparu.

La guerrière aurait voulu en savoir davantage sur cette histoire, naturellement, et sa première réaction en tant que Cataphracte aurait été d'utiliser son autorité pour interroger le soldat du rang qui lui faisait face. Ici, toutefois, elle n'était personne. Elle dut se résoudre à attendre que Learamn posât les questions, et à conserver le silence alors qu'ils rejoignaient la salle où se tenait Mortensen. Hélas il leur fallut une éternité pour y parvenir. L'estropié faisait de son mieux, et il serrait les dents, mais il était toute de même terriblement ralenti. Les plantes qu'il avait inhalées avaient peut-être apaisé sa douleur, mais elles ne l'avaient pas rendu plus vivace. Pour cela, il aurait fallu lui donner une autre décoction, mais elle n'était pas certaine de ce qu'elle aurait comme effet sur un homme de l'Ouest. Lorsqu'ils arrivèrent finalement au lieu dit, ils trouvèrent porte close, deux gardes en faction devant l'entrée, lesquels leur refusèrent le passage :

- Halte, mon capitaine. Je suis désolé, le Vice-Roi a demandé à ce que personne n'interrompe la réunion.

Iran se tint en retrait de la conversation qui suivit. La frustration, l'inquiétude et le manque d'informations pouvaient faire dire des choses regrettables, mais il n'était pas de son devoir de chaperonner le capitaine. Elle veillerait à sa sécurité, s'assurerait qu'il allait aussi bien que possible… pour le reste, il devrait se débrouiller. L'échange prit une tournure désagréable, mais il fut interrompu lorsque la porte s'ouvrit brusquement, laissant passer plusieurs officiers qui avaient sur le visage une expression fermée et concentrée. Ils se dispersèrent sans un mot pour Learamn qui était pourtant un des leurs, et sans un regard pour Iran et les soldats. Certains se comportaient ainsi par mépris, à l'évidence, tandis que d'autres étaient simplement focalisés sur leur mission au point de ne rien voir d'autre.

- Je vous attends ici, souffla Iran à l'oreille du jeune officier.

Elle lui lâcha le bras, et le regarda peiner à trouver son équilibre. Il n'avait pas le choix : cette conversation, il devait l'affronter seul.


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Nathanael
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Mar 24 Mai 2016 - 21:46

Il n’aimait pas ça. Il ruminait l’idée depuis plusieurs jours mais la digérer était difficile. La nécessité s’imposait pourtant, pour le bien de tous, de son peuple, de son royaume, du Rohan ! Fendor et Polias agissaient en diplomates, lui réfléchissait en stratège. Le jeune roi agissait peu en vérité, loin des siens et de ses terres. Les responsabilités commençaient à lui peser lourdement sur les épaules et, quelque part, il en voulait au jeune garçon et à ses proches de se délester ainsi des devoirs qui leur incombaient. La prudence mettait le Rohan au bord d’un gouffre dangereux alors qu’il était temps d’agir. Gallen était tiraillé entre son sens profond du devoir envers son royaume et toute la déférence et le respect qu’il devait à son roi, aussi jeune soit-il. Le devoir, toujours le devoir !

Rongé par le doute, énervé et fatigué par l’organisation de la Grande Estive et la gestion des éoreds, il frappa violemment du poing sur le plateau en bois qui lui servait tout à la fois de table, de bureau et quelques fois d’oreiller. Son sang bouillonnait en lui tandis que son esprit tentait vainement de retenir ses idées dans les rets de la raison. Qui avait raison ? Et la question revenait sans cesse le tirailler, transformant ses nuits en insomnies récurrentes. Au loin les Montagnes Blanches immaculées tendaient leurs sommets escarpés dans un ciel limpide. Derrière les piémonts rocheux la Cité Blanche devait déjà s’agiter pour organiser des équipes de chercheurs, des soldats, des ingénieurs, des philosophes. Ils avaient en leur possession des quantités inimaginables d’écrits et de textes divers à propos d’objets magiques, d’artefacts puissants et  de récits ancestraux. Ils avaient du recevoir également la missive étrange. Mais le Gondor n’avait pas cherché à leur communiquer ses intentions. Ce royaume voisin cherchait-il à acquérir de plus en plus de pouvoir ? Leurs liens se délitaient sans cesse. Le Gondor s’était bien gardé d’envoyer ses troupes secourir la légitimité rohirrime lors de la Guerre des Trois Rois. Hogorwen avait ainsi profité impunément de l’indifférence générale pour étendre son emprise sur les plaines et opposer les Rohirrims les uns aux autres. Pas un seul roi, pas un seul dignitaire n’avait sourcillé à l’enterrement du roi Theneor. Ils avaient tous répondu à l’appel de l’Usurpateur par politesse et pour des raisons diplomatiques sans doute. Mais plus aucune amitié solide, plus aucun serment, ne liait les hauts dignitaires entre eux. Ce n’était que flagorneries et courbettes respectueuses. Mais où étaient l’honneur, la dignité, la loyauté et le respect mutuel qui avaient permis de bâtir des liens solides entre les royaumes des peuples libres ? Ils étaient loin Eorl et Cirion, morts et oubliés. L’Halifirien n’était plus qu’une colline où poussaient des arbres et des arbustes laissés à l’abandon.

Il pesta contre le jeune roi et contre lui-même. Aucune solution ne semblait la bonne. Il fallait pourtant agir. Pour le bien de tous, de son peuple, de son royaume, du Rohan ! Il se le répéta plusieurs fois encore pour s’en convaincre définitivement. Il fit le tour de la table et ouvrit la porte qui menait à ses appartements.

- Soldat, trouvez-moi le capitaine Learamn ainsi que Harding, cavalier du Rohan. Et rapidement !
- Bien monseigneur.


Un garde à la coutumière crinière blonde traversa le couloir du château pour transmettre les ordres du Vice-Roi. Gallen tournait en rond comme un fauve en cage dans son bureau. Sa décision était prise. Il était temps de partir en quête des artefacts et de la Fraternité de Yavannamire.

Pourtant … pourtant le destin continuait de s’acharner contre lui et décida autrement de son sort. Il en était toujours ainsi. Il n’était plus maître de ses journées pas plus que de sa vie depuis sa nomination comme Vice-Roi du Rohan. Un titre pompeux pour des responsabilité bien réelles. Il se passa quelques minutes à peine avant qu’on ne vienne tambouriner à sa porte.

- Entrez donc, cette porte est ouverte, cessez de vous acharnez à la faire tomber de ses gonds.

Gallen parlait avec force et avec colère. Il tremblait encore de sa récente décision et cette intrusion imprévue lui mit les nerfs à vif. Le sentiment qui le percuta par la suite était des plus violents, des plus imprévisibles et pourtant des plus familiers. La longue chute de Farma et l’attaque d’Aelyn au Gondor avaient déjà suscité en lui une telle émotion. Peur et terreur teintées de colère, de rage et de haine. Il oublia momentanément les trésors des temps anciens et les histoires de bonimenteurs, l’instant présent le rattrapait à grandes enjambées au milieu de sa nostalgie passéiste.

Les évènements qui suivirent s’enchaînèrent si rapidement qu’il lui serait difficile plus tard d’en retrouver le fil. Malgré la brutale émotion qui s’était emparée de lui il avait su garder la tête froide et avait convoqué sans attendre tous les officiers supérieurs de garde dans la cité. Une seconde, l’idée de partir seul à la poursuite d’Aelyn lui avait traversé l’esprit. Mais il n’était plus cet homme là, il ne pouvait plus se permettre d’agir ainsi. Il n’avait aucune information précise sur ce qu’il s’était passé, sur l’identité des ravisseurs pas plus que sur la nature de leur motivation. Vengeance personnelle, pression politique, demande de rançon ? Il envisageait toutes les possibilités sans pouvoir s’empêcher de penser au pire. Un simple meurtre. Il ne laissa néanmoins rien paraître de ses tourments tandis qu’il donnait ses premiers ordres à ses hommes. La réunion avec ses officiers fut relativement brève et expéditive. Les longues années d’expérience qui lui avaient laissé autant de cicatrices que d’occasions de réfléchir à ses erreurs lui permettaient aujourd’hui d’agir avec rapidité et efficacité. Et il espérait sincèrement être suffisamment rapide et efficace. La santé d’Aelyn en dépendait. Sa vie peut être, ainsi que celle de l’enfant qu’elle portait. Cette pensée lui noua la gorge alors qu’il découvrait l’ombre de son jeune capitaine se dessiner dans l’entrebâillement de la porte. Il faisait peine à voir. Malgré tout le respect qu’il avait pour lui, il fallait se rendre à l’évidence. Le jeune homme était estropié et faible. Incapable de tenir à cheval sans doute, et plus incapable encore de tenir la cadence si une course poursuite devait avoir lieu. Et c’est à cause du respect qu’il avait pour son capitaine sans doute, qu’il ne lui dissimula aucune de ses pensées. Il ne dit rien, pas un mot, mais son regard était sans détour et la lueur qui brillait dans ses yeux ne faisait aucun doute. Learamn resterait à Edoras.  

Ce ne fut pas à Learamn qu’il s’adressa, mais à Iran. Son regard était indéchiffrable et ses mots ne laissaient place à aucune contestation possible.

- Prenez soin de lui.
 
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Aelyn
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Mar 14 Juin 2016 - 0:03
Finalement, la soif eut raison du caractère impétueux de la jeune femme. Son instinct de survie et son instinct maternel la poussèrent à accepter sans rechigner l’eau qu’on lui tendait. Le liquide n’était pas des plus frais et l’outre avait laissé un étrange goût qui laissait penser qu’elle avait dû contenir de l’alcool avant ça… Mais en glissant le long de sa gorge asséchée, il devenait le meilleur des nectars. A boire trop vite, elle manqua de s’étouffer et fut prise d’une brusque quinte de toux. Les spasmes de son corps réveillèrent la douleur de son bas-ventre. Elle grimaça, se figea… mais rien. Les contractions ne se déclenchèrent pas de nouveau. Le soupire de soulagement qu’elle laissa échapper ne passa pas inaperçu.
Elle voulait sortir. Elle avait besoin d’air… Elle tendit la main vers l’outre qui s’éloignait de sa bouche, pour la retenir. Les fers émirent un brusque claquement métallique et la jeune femme siffla de douleur.

- Faites-moi voir vos poignets.

Les yeux d’Aelyn s’exorbitèrent. La pauvre femme se recroquevilla sur elle-même protégeant à la fois son ventre et, difficilement, son bras abimé par l’acier. L’homme ne semblait pas animer de mauvaises intentions à son égard mais elle avait trop souffert en trop peu de temps, malmenées, frappée, assoiffée… Tout autour d’elle était hostile, brûlant et douloureux…Puis finalement, avec une grande hésitation, tendit son poignet ensanglanté vers l’homme. Sa main tremblante faisait cliqueter la chaîne d’acier. La chair y était à vif, entaillé superficiellement par endroit, enflammée sur les rebords. Le jeune homme tourna et retourna sa main dans la sienne pour l’examiner. La guérisseuse se mordit les lèvres pour ne pas geindre. Elle avait connu bien pire douleur mais elle peinait de plus en plus à maintenir son masque et sa dignité. La chaleur épuisait toute son énergie et l’eau qui lui avait été offerte n’avait pas suffit à apaiser sa soif.

Soudain, l’homme désigna son ventre, lui demandant si elle souffrait. Ce ne fut qu’à ce moment qu’elle se rendit compte qu’elle tenait encore sa main libre fermement crispée sur son ventre rond. Ses jointures étaient blanches à force de serrer frénétiquement le tissu de sa robe. Et la question déclencha un nouveau vent de panique chez la jeune femme.

« - Non, pas le bébé. »

Le son de sa voix portait tout le désespoir d’une mère.

« - Trop tôt, c’est trop tôt… Si le bébé vient maintenant il va mourir… Pas mon bébé. Ça nous tuera ! »

Elle répéta encore et encore les conséquences d’un accouchement trop prématuré. Sa main libre s’accrocha au col de l’homme en face d’elle, presque encore un enfant lui-même par certains points. Il ne devait pas avoir beaucoup plus de quinze ans. Elle avait sans doute l’air d’une démente à répéter encore et encore que si le bébé venait maintenant, il y aura du sang et la mort. Peut-être était-ce la raison pour laquelle le jeune homme s’éloigna d’elle. Mais il sembla décider à continuer à s’assurer du très relatif confort de la prisonnière.

De quoi avait-elle donc besoin ? De liberté ? De rentrer chez elle ? De respirer de l’air frais ? De voir sa tante, ses enfants, Gallen… ? Tout ça elle le voulait de tout son cœur mais ne pouvait le demander. Il n’y avait aucune chance pour qu’on lui accorde le moindre de ces souhaits. Mais il y avait bien quelque chose dont elle avait besoin dans l’immédiat. Elle mit plusieurs minutes avant de réussir à le formuler entre ses lèvres sèches.
Il fallait qu’elle réfléchisse. Elle n’aurait le droit qu’à une seule chance. Elle devait demander ce dont elle aurait le plus besoin, dans l’immédiat et dans les heures à venir. Soudain, la réponse la frappa.

« - Ma sacoche… Je l’avais avec moi quand… quand vous m’avez… C’est ma sacoche de guérisseuse. S’il vous plait, j’ai besoin de prendre soin… pour le bébé. Je dois m’assurer qu’il va bien. Je dois prendre un remède pour empêcher les contractions. S’il vous plait ?... »

Elle laissa planer un moment de silence avant d’ajouter, sombre.

« - Vous n’avez pas l’air de quelqu’un de mauvais et vous semblez débrouillard… Mais je ne crois pas non plus que vous puissiez gérer un accouchement… encore moins de ce genre. Si je devais enfanter maintenant, j’y laisserai surement ma vie sans quelqu’un de qualifié pour s’occuper de moi. Il faut que j’arrête le travail avant qu’il ne commence. S’il vous plait… »

Son propre savoir de guérisseuse lui disait que pour l’instant le risque s’était bien éloigné mais, outre la prudence, il y avait autre chose. Une sorte de plan très flou qui se dessinait dans sa tête à la lenteur de son cerveau épuisé. Dans sa sacoche, il y avait toute sorte d’herbes et de remèdes. Elle ne pouvait qu’espérer que la solution à son problème s’y trouve. Voir à ses problèmes. Ses connaissances l’avaient souvent tirée de mauvais pas par le passé, était-il sot d’espérer qu’elles la tireraient de celui-là ? Un vague espoir lui réchauffa la poitrine. C’était peut-être son salut. La seule qu’une femme sans compétence guerrière pouvait avoir.
Ses yeux se firent plus implorants en direction du jeune homme. Il fallait qu’il accepte. De sa réponse dépendrait sans doute une grande part du destin de la guérisseuse.



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Learamn
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Mar 28 Juin 2016 - 22:25
Learamn ressentait avant tout de la honte. Il était honteux de se présenter ainsi en claudiquant  devant son mentor celui qu’il voyait comme son père spirituel , honteux de ne pas pouvoir tenir son rang efficacement , honteux d’avoir laissé la compagne du vice-Roi sans protection alors même qu’elle avait déjà été victime d’une attaque à Minas Tirith.
Trop occupé à la sécurité d’Iran , il en avait oublié la menace qui pesait sur la guérisseuse. Si elle avait disparue c’est parcequ’il avait failli à sa mission . Il était le Capitaine de la Garde Royale , c’était à lui d’assurer l’intégrité d’Aelyn mais il avait échoué et il ne voyait pas sa blessure et le handicap qui en découlait comme une excuse valable. Il avait refusé  que quelqu’un prenne son poste , même provisoirement , et s’était obstiné à superviser certaines opérations au prix d’efforts surhumains. Mais tout cela n’avait pas été suffisant et il devait à présent faire face à ses erreurs et à un Gallen Mortensen inquiet et fulminant de rage.

Learamn se tenait prêt à essuyer toutes les critiques que lui adresseraient son supérieur mais ce dernier n’en fit aucune ; il se contenta d’observer tristement son jeune officier. Ce dernier devait bien avouer qu’il avait déjà vu le Vice-Roi dans un meilleur jour , depuis quelques temps le Champion du Rohan ne faisait qu’encaisser une suite de malheurs entre , l’épisode sous Vieille-Tombe, la mort de Farma , et la première attaque envers Aelyn  il n’avait pas vraiment été verni. Et il fallait y rajouter à présent les responsabilités écrasantes de son nouveau titre,  l’enlèvement de sa belle et la blessure qui immobilisait l’homme qu’il avait pris sous son aile alors qu’il était un jeune novice pour en faire un officier aguerri. Il lui devait tout.

Un regard suffit , un seul et unique regard de la part du Vice-Roi suffit à faire comprendre à son jeune poulain que cette fois il resterait à quai. Il ne pouvait pas prendre le risque d’emmener avec lui un homme blessé et amoindri qui ne ferait que les ralentir et les affaiblir ; Learamn s’y attendait mais la déception n’en fut pas moins grande.  Mais le jeune homme réprima le sentiment de révolte qui naissait dans son fougueux esprit et ne dit pas un mot, se pliant à l’injonction silencieuse de son illustre supérieur sans broncher.

La seule phrase que prononça Gallen était destinée à Iran , il lui demandait de prendre soin du capitaine. Le Champion du Rohan n’avait jamais été d’un naturel bavard mais avec la dramatique nouvelle de l’enlèvement d’Aelyn il semblait encore plus renfermé sur lui-même , dans cette carapace hermétique. Il avait déjà tant souffert avec la mort de Farma ; tiendrait-il le choc si jamais il ne découvrait que le cadavre de la guérisseuse? Cette pensée morbide fit brièvement frissonner le jeune officier qui savait pourtant qu’il fallait se parer à toutes les éventualités surtout dans de telles situations de crise.

Pourquoi ne tentait-il pas de protester rien qu’un peu ? Tenter de convaincre le Vice-Roi qu’il pourrait se révéler utile d’une façon d’une autre ? Son esprit était certes encore embrumé par la médecine exotique de l’Orientale qu’il avait expérimenté mais la blessure était sûrement encore plus profonde. Depuis les sinistres évènements de Pelargir il avait alterné des comportements révoltés et résignés ; se forçant tantôt à faire de la marche au risque de rouvrir ses plaies , se résignant tantôt à son triste sort et en abandonnant tout espoir de mener une charge. Il ne semblait plus être ce jeune soldat fougueux et insouciant qui comblait son inexpérience par ce supplément d’âme encore pure et innocente.

Silencieusement , la tête basse et la mine abattue il sortit de la pièce , Iran sur ses talons.  Ils firent quelques mètres à travers les couloirs du palais , croisant parfois quelques soldats qui observaient tristement leur capitaine anéanti. C’est alors qu’à  l’angle de deux corridors  que la colère et la frustration refirent leur apparition à mesure que les effets des plantes d’Iran s’estompaient  dans l’esprit tourmenté du jeune guerrier. Dans un geste puissant mais finalement complètement inutile, il envoya violemment valser l’une de ses béquilles à l’autre bout de la galerie.

“Assez!”
S’égosilla-t-il pour accompagner son geste.

Privé de l’une de ses partenaires de marche , il manqua de trébucher mais cette fois il parvint à rester debout en s’appuyant sur le mur. Malgré toute l’attention que lui portait Iran , il ne tenait pas vraiment à se retrouver une nouvelle fois au sol devant elle ; il avait une dignité à conserver devant cette femme venue d’Orient et quelle image pouvait bien renvoyer un officier militaire qui se vautrait lamentablement par terre toutes les heures?

Au bord de la rupture , Learamn essayait tant bien que mal de reprendre le contrôle de sa respiration saccadée. Il était un infirme , un homme incapable de pouvoir réparer ses erreurs lui-même car il avait bien sa part de responsabilité dans cet enlèvement. Quand on avait toujours vécu pour et avec l’armée , quand on ne s’était jamais imaginé un autre avenir que dans la cavalerie , quand le statut de soldat avait dépassé l’Homme comment pouvait-on réagir à une telle invalidité qui l’empêchait d’assurer la moindre mission ? Il avait l’impression d’avoir été dépossédé de ce qui faisait son identité ; il était un soldat du Rohan et rien d’autre mais que valait un Soldat incapable de combattre ? Plus rien et c’était sûrement cela le plus grand drame pour le jeune officier : il ne voyait tout simplement plus où était sa place.

Pour la retrouver il ne voyait qu’une seule solution : agir , forcer le destin et réécrire l’avenir morbide qui lui était promis.

Il se tourna vers Iran.

“Je ne peux pas ici à croiser les bras et à attendre que tout se passe. Aelyn a été enlevé à cause de mon manque de vigilance ; je ne peux pas rester à rien faire. Je dois faire quelque chose Iran , et tant pis s’ils m’en croient tous incapables ; je peux aider malgré ma blessure.”


Il s’adossa au mur ; sa voix semblait plus assurée comme si la perspective de l’action le rendait plus calme et serein.

“Mais je ne pourrai pas y arriver seul , je n’y ai jamais réussi. Alors es-tu avec moi ?”



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Ryad Assad
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Dim 10 Juil 2016 - 20:37
Aelyn avait su se montrer convaincante.

Il fallait dire que le jeune garçon qui se trouvait en face d'elle était à la fois effrayé et fasciné par la jeune femme. A son âge, il n'avait jamais vraiment discuté avec une personne du sexe opposé, encore moins avec une femme noble. Les filles étaient des créatures étranges et suspectes que son père lui défendait formellement d'approcher de peur qu'elles le détournassent de ses véritables obligations. Il les avait toujours regardées avec curiosité, mais sans oser contrevenir aux ordres. Maintenant qu'il était là, il pouvait constater que ce que l'on racontait à leur sujet était fondé. Elles étaient vraiment folles. La compagne du Vice-Roi ne cessait de parler de son enfant, et son inquiétude dévorante se lisait dans son regard devenu soudainement très dérangeant. Le garçon avait le sentiment que s'il ne faisait pas exactement ce qu'elle voulait, elle allait soudainement se mettre à hurler et se transformer en une sorte de créature maléfique qui le damnerait pour l'éternité pour n'avoir pas su sauver son enfant. Terrorisé, mais conservant sur le visage une expression digne, il leva les mains pour la rassurer et lui souffla :

- Je vais voir ce que je peux faire. Je reviens. Ne bougez pas.

Curieux. Il parlait avec une sorte de prévenance qui était presque insultante de la part d'un ravisseur, comme s'il n'était pas véritablement convaincu qu'enlever la compagne du Vice-Roi du Rohan fût la bonne solution pour servir la cause qui était la sienne, mais qu'il suivait son groupe pour éviter de s'attirer leurs foudres. Il se redressa et s'éloigna en direction de la porte, laissant la Vice-Reine seule. Ses pas le menèrent à l'extérieur, où il retrouva ses compagnons. Ils étaient cinq pour le moment, à monter la garde autour de leur planque. Les soldats de l'Ordre étaient habitués à se terrer, et ils avaient un certain nombre de cachettes au Rohan, qui dataient de l'époque de la guerre civile. Des lieux sûrs, où ils pouvaient se retrouver secrètement pour se ravitailler, et repartir mener leurs opérations clandestines. Des points relais où ils déposaient et recevaient des courriers, afin de communiquer avec leur hiérarchie. Autant de lieux qui avaient été cruciaux dans la prise de contrôle du royaume.

Depuis la Chute, ces cachettes avaient perdu leur fonction, mais elles demeuraient de très bonnes planques pour des hommes traqués qui souhaitaient faire profil bas. Le garçon, en sortant, ne put s'empêcher de regarder à l'horizon. On voyait, au loin, les courbes élégantes d'une colline surplombée par une construction ancienne et majestueuse, qui se dressait comme un symbole au sommet de ce promontoire. Pas un château en ruines abandonné, non. La demeure des Rois du Rohan. Edoras n'était qu'à sept ou huit heures de là où ils se trouvaient, bien plus proche que la prudence le suggérait. C'était tout le génie de ce plan, d'ailleurs. Des cavaliers étaient partis dans toutes les directions, suivant de fausses pistes qui ne les mèneraient nulle part, tandis que le véritable nid se trouvait tout proche, là où personne ne penserait à les chercher. Terrés, ils avaient vu différents groupes quitter Edoras à toute allure, leurs étendards flottant au vent alors qu'ils se lançaient sur les traces de simples leurres. Frappés en plein cœur, la panique ne tarderait pas à se répandre dans leurs rangs.

- Alors ?

La voix caverneuse ne surprit pas le garçon, qui était habitué à l'entendre le rabrouer désormais. Il ne recevait jamais de compliments de cette voix, seulement des reproches plus ou moins virulents. Baissant la tête pour éviter d'affronter du regard l'homme qui venait de s'adresser à lui, il répondit :

- Elle va bien, pour le moment. Mais elle a peur que le bébé arrive.

- Hm… Fais en sorte que ça n'arrive pas. Si elle commence à crier, il faudra la faire taire, et nous aurons fait tout ça pour rien.

Le gamin hocha la tête, et attrapa les affaires d'Aelyn. Ils avaient pris tout ce qu'elle avait sur elle pour ne laisser aucune trace, mais ne s'étaient même pas posés la question de savoir ce qu'elle transportait. C'était une chance qu'elle eût pensé à prendre sur elle des remèdes, sans quoi ils auraient été en grande difficulté. Assurément, les autres n'auraient pas voulu sacrifier leur couverture pour veiller au confort de leur prisonnière, et ils se seraient contentés de la tuer pour passer à autre chose. Une fois qu'il eût mis la main sur le nécessaire, il retourna à l'intérieur et descendit le long du chemin en pente douce qui s'enfonçait dans les profondeurs de la terre. Le passage était étroit, et ils avaient eu du mal à faire passer la « Vice-Reine » à l'intérieur tout en s'y faufilant eux-mêmes. Il s'agissait d'une vieille mine abandonnée, qui avait été réinvestie par les mercenaires de l'Ordre. Elle était peu profonde, le gisement ayant dû être épuisé rapidement, mais elle fournissait un abri de choix car elle était protégée des éléments, et surtout elle était particulièrement difficile à repérer depuis l'extérieur. Perdue au milieu de petites collines, entourée de rochers qui avaient dû être déblayés lors de l'excavation, il fallait plus que de la chance pour tomber dessus : il fallait un véritable talent de pisteur que bien peu de gens possédaient.

Certain qu'ils étaient à l'abri pour l'instant, le jeune garçon retourna vers Aelyn qui semblait avoir retrouvé un peu de sérénité. De toute évidence, être seule lui permettait de se calmer, tandis que la moindre présence extérieure ravivait son inquiétude. C'était compréhensible. Sans méchanceté aucune, il lui lança sa sacoche qu'elle attrapa au vol, puis il s'installa devant elle pour l'observer. Pour la surveiller. Il était son geôlier, après tout.


~ ~ ~ ~


Learamn avançait le dos voûté, comme si tous les malheurs du monde s'étaient abattus sur lui, et qu'il tentait tant bien que mal de leur échapper, claudiquant appuyé sur ses béquilles. Il allait lourdement, gauche, maladroit. Infirme. La jeune femme du Rhûn avait du mal à l'imaginer sous un autre jour, elle qui l'avait vu pour la première fois alors qu'il était allongé dans un lit, inconscient, cruellement blessé. On lui avait raconté son courage, sa bravoure, l'avenir brillant auquel il était promis. Elle ne voyait de lui que l'image qu'il lui renvoyait à présent : celle d'un guerrier brisé, qui errait tel un spectre à la recherche d'une mission, d'une raison de continuer à hanter ces murs. S'il n'en trouvait pas, qu'avait-il encore à apporter à ce château ? A son Vice-Roi ? Il pouvait tout aussi bien rentrer chez lui, et réapprendre à manier la houe et la faux sur une jambe. On ne se moquerait pas de lui, on ne le montrerait pas du doigt en sifflant. Si les gens avaient encore un peu de respect pour les vétérans qui donnaient leur vie pour défendre leur royaume, ils se plieraient en quatre pour lui rendre la vie douce.

Mais était-ce ce dont le jeune Capitaine avait envie ? Etait-ce ce dont il avait besoin ?

La réponse arriva, fracassante. La béquille valdingua au loin, alors que Learamn, secoué par la colère et la frustration, peinait à tenir debout. Le souffle court, les joues rougies, il paraissait contenir péniblement ses émotions. Cette démonstration de rage n'était que l'arbre cachant la forêt. Silencieusement, la jeune femme continua sa route dans le couloir, et se pencha pour récupérer la pauvre béquille malmenée. Elle était solide, et de bonne facture, même si elle avait l'air relativement ancienne. Les poignées avaient été lissées par l'usage, et les tissus que l'on avait mis pour aider l'utilisateur à ses caler sous son aisselle n'étaient pas de première jeunesse. Quelqu'un d'autre avait profité de ces béquilles, sans doute pendant un long moment. Un autre blessé, un autre soldat dont la vie, les espoirs et les rêves avaient été brisés par une flèche malencontreuse, par une rencontre douloureuse avec le fil d'une lame.

Avait-il un jour retrouvé l'usage de son corps, ou était-il mort avec le goût amer du regret sur les lèvres ?

En revenant vers le Capitaine, Iran le trouva légèrement différent. Il avait ravalé ses émotions les plus brûlantes, la colère qui menaçait de le dévorer comme des flammes qui consumeraient un bois trop sec, et il avait endossé le masque de la détermination. De toute évidence, il avait pris une décision, et quand il en fit part à la jeune femme elle ne dissimula pas son étonnement. Ses sourcils se levèrent, et elle ne put s'empêcher de lui demander :

- Vous voulez que je vous aide à désobéir à votre supérieur ?

Techniquement, Mortensen n'avait pas donné l'ordre à Learamn de ne pas intervenir dans cette histoire, mais les regards échangés étaient parfois plus éloquents que les mots, et le jeune soldat ne pouvait pas prétendre n'avoir pas compris. S'il allait délibérément mettre son nez dans cette histoire, et que les choses tournaient mal, il pourrait considérer être responsable de la mort d'Aelyn. Une mort qu'il aurait provoquée par arrogance, et par orgueil. En revanche, s'il réussissait par miracle à la sauver… s'il parvenait à montrer à tout le monde qu'il pouvait encore faire la différence… Eh bien ? Cela changerait peut-être les choses, peut-être pas. Iran ne pouvait prédire avec certitude quelles seraient les conséquences de ses actes, et elle savait simplement qu'elle l'aiderait à faire ce qu'il souhaitait, même si cela l'obligeait à prendre des risques inconsidérés.

- Je vais vous aider, Capitaine.

Elle avait lâché cela sur un ton si dur et si cassant que son visage parut s'enténébrer pendant un instant. Elle n'était plus vraiment la jeune femme triste et perdue que Learamn avait pu observer par moments. Elle était de nouveau la guerrière redoutable, membre de la garde personnelle de Lyra. Une combattante aussi talentueuse qu'expérimentée, qui avait tout de même croisé le fer avec Gallen Mortensen sans avoir à rougir de ses compétences. Privée de son armure, apparaissant sous des traits féminins, elle tendait à faire oublier que sa présence en ces lieux tenait avant tout à ses capacités martiales qu'à sa relation avec Rokh.

- Dites-moi simplement par où commencer, poursuivit-elle avec la même détermination chevillée au corps. Si ceux qui ont enlevé votre Reine sont aussi ceux qui ont assassiné mon ami, je les traquerai jusqu'à mon dernier souffle.

Son regard s'embrasait alors qu'elle parlait, et la colère de Learamn avait trouvé un écho curieux chez la guerrière orientale, qui paraissait animée du même désir de faire payer à ces criminels leurs actes odieux. Et de même que le jeune Capitaine, elle était impuissante à agir. Pas parce que son corps la trahissait, non, mais parce que son statut ici ne lui donnait pas la possibilité d'agir. Mais s'ils unissaient leurs forces… s'ils se battaient côte à côte… alors oui, peut-être qu'ils pourraient enfin terrasser leurs ennemis, et apaiser la souffrance qu'ils ressentaient au plus profond de leur chair ou de leur âme.

Si seulement.


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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Aelyn
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Dim 28 Aoû 2016 - 0:55
L’absence de ses geôliers mit un point final à la crise de la pauvre Aelyn. Sitôt le jeune homme parti, elle sembla reprendre le contrôle de ses nerfs. Elle se força à respirer, calmement, posément. C’était un réflexe depuis longtemps intégré dans sa vie. Paniquer face à une situation critique ou un patient difficile était contreproductif et dangereux. Il lui fallait juste se rappeler que la situation n’était pas bien différent.
Elle avait survécu à la Nuit des Lances Noires, elle avait soigné sur des champs de bataille ou sous la menace d’une arme… Elle ne pouvait quand même pas craquer simplement parce qu’on lui avait attaché le poignet à une enclume quand même ? Elle était plus forte que ça. Elle pouvait se persuader qu’elle était plus forte que ça ! Elle avait juste à fermer les yeux et à se rappeler que dans les pires situations il n’y avait qu’un esprit clair et du sang froid pour résoudre les choses.
Elle s’isola si bien qu’au retour du jeune homme, elle avait retrouvé son calme autant qu’humainement possible aux vues de sa situation précaire.

Elle attrapa sa sacoche de guérisseuse au vol. Ses mains tremblaient encore mais ses gestes étaient plus précis et plus fermes qu’ils ne l’avaient été depuis son réveil.

« - Merci… » finit-elle par dire, après plusieurs secondes de flottements.

La jeune femme suivit son ravisseur du regard jusqu’au coin où il choisit de s’installer pour la surveiller. Elle le fixa encore quelques instants du regard avant de se détourner de lui et lui tourner le dos autant qu’elle le pouvait.
Loin de la vue du jeune homme, elle ouvrit sa sacoche. Tout y était, rien n’était abimé ou cassé. C’était un miracle. Et au fond, dissimulé sous plusieurs couches de flacons, de boites et de bandages, brillait la dague de sa mère… Elle l’avait presque oubliée. Et ses imbéciles de ravisseurs n’avaient même pas pris la peine de fouiller ses affaires avant de lui rendre. C’était inespéré. Il y avait aussi ses aiguilles et plusieurs instruments de chirurgie. La meilleure nouvelle depuis le début de ce cauchemar. Sauf qu’elle n’avait aucune chance de pouvoir s’en servir dans ces conditions. A peine le prendrait-elle en main que son geôlier s’empresserait de la désarmer. Elle était enchainée, ralentie par la chaleur, la déshydratation et un ventre bien trop gros. Il ne lui suffirait que d’un mouvement pour lui arracher ce dernier espoir. Et les ancêtres seuls savaient ce qu’ils pourraient bien lui faire subir pour s’être rebellée. Ils s’en étaient déjà pris au bébé, rien ne les empêcherait de recommencer.

Nerveusement, elle s’empressa de parfaire la dissimulation du tout en faisant mine de remettre de l’ordre dans ses flacons. Puis, en sortit plusieurs, les uns après les autres. C’était inhabituel chez elle, elle qui connaissait si parfaitement son classement, capable de retrouver chaque ingrédient les yeux fermés. Mais elle cherchait plusieurs types de remèdes.
Le plus évident était, comme elle l’avait dit au jeune homme, pour stopper le travail et prévenir un accouchement prématuré. Mais elle fouillait dans l’espoir de trouver autre chose, quelque chose d’utile pour mettre à bas ses kidnappeurs. Et, à vrai dire, il y avait de quoi. Peu de gens savaient que la plupart des remèdes étaient en fait de puissants poisons faiblement dosés. Belladone, digitales, rhubarbe, ergot de seigle, pavot, achillée, aconit… Ceux qui soignent le cœur ou les nerfs restaient les plus violents. Elle en avait tant et tant dans cette simple sacoche, qu’elle avait de quoi abattre une eored entière. Mais, si sa répulsion à tuer n’était pas suffisante, la difficulté de mise en œuvre d’un tel plan le rendait impossible. Comment pourrait-elle faire ingérer cette substance, ne serait-ce qu’à un seul de ses ravisseurs ? Et, malgré sa situation, l’idée même lui répugnait. Et un somnifère ? Elle en avait bien quelques uns à disposition mais aucun qu’elle ne puisse aisément utiliser. C’était un véritable casse-tête sans solution.

La situation était tellement frustrante. Elle avait entre ses mains toutes les armes que la nature pouvait bien lui donner, et de l’acier aiguisé comme un rasoir, mais elle ne pouvait en utilisé aucun. Pas tant que la situation ne lui était pas parfaitement favorable. Elle n’avait qu’un seul essai… C’était comme voir les clefs posées de l’autre côté de la grille qui vous retient prisonnière, si proche et pourtant inaccessible…

Aelyn finit par se décider sur l’un de ses mélanges préférés pour femme enceinte, en avala quelques gorgées huileuses à défaut de pouvoir les diluer dans un bon verre de lait frais ou un peu de jus de fruit, et rangea pour un temps le reste de son attirail.
Le jeune homme fit mine de vouloir lui reprendre son bien, elle le serra aussitôt contre elle.

« - Non, s’il vous plait, je vais encore en avoir besoin dans les prochaines heures… jours ? Je ne sais même pas comment je vais compter le temps qui passe pour prendre mes remèdes... »

Elle espérait que cela ne durerait pas autant. Tout le monde devait être à sa recherche maintenant, n’est-ce pas ? Le Riddermark était grand mais ses pisteurs étaient bons, ils finiraient bien par la retrouver vite et la sortir de ce tourment sans fin.



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Learamn
Capitaine de la Garde du Roi du Rohan
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Jeu 27 Oct 2016 - 23:18
“Vous voulez que je vous aide à désobéir à votre supérieur?”


Durant un court instant Learamn se dit que la réponse de la jeune femme allai être négative, c’était somme toute prévisible. Elle était une invitée  qui souffrait d’un défaut de popularité assez important au sein du peuple et sans la protection du Vice-Roi et de la Cour les tentatives d’agression envers elle aurait pu être bien plus nombreuses. Risquer de perdre la confiance de l’ex-Maréchal pour aider un capitaine estropié à satisfaire son orgueil n’était à priori pas franchement tentant. Le jeune officier du Rohan se voyait déjà prendre le chemin du retour vers sa chambre, s’enfoncer dans son lit et attendre que les choses se passent sans qu’il ne puisse rien y faire, ce qu’il abhorrait.  Mais au moment où il ne s’y attendait finalement plus, cet ange venu de l’Est reprit d’une voix où seule perçait la détermination et le choix d’une guerrière.


"Je vais vous aider, Capitaine."



La phrase était très formelle et on n’y percevait aucune note d'une quelconque intimité voire sympathie. Elle avait nommé Learamn de par son grade ; son ton était cassant presque intimidant. Mais malgré cela un sourire se dessina sur le visage si jeune et pourtant si marqué du Capitaine de la Garde Royale.

Il souriait car en dépit de la manière dont elle avait parlé il venait enfin de trouver une étoile dans les ténèbres; un soutien sur lequel lui, l’infirme, pouvait s’appuyer pour continuer à avancer et prouver qu’il servait encore à quelque chose. Il ne savait pas pourquoi elle le faisait, d’ailleurs le savait-elle elle même? Mais au fond quelle en était l’importance? Il n’était plus seul et cela n’avait pas de prix. La scène pouvait paraître atypique, étrange, irrationnelle même ; un officier rohirrim qui ne trouvait comme seul appui qu'une étrangère, une guerrière venue de l’Est Lointain , région dont quasiment tout le monde se méfiait par ici. Tout les séparait et pourtant ils étaient bien ensemble, désirant rétablir l’ordre dans le royaume alors même qu’ils étaient dans une situation peu avantageuse voire même grotesque. Elle était une invitée non-désirée voire une espionne pour beaucoup tenant la béquille d’un valeureux cavalier devenu incapable de monter. Les héros autoproclamés du Rohan n’avait pas fière allure.


“Merci”
répondit-il sobrement comme pour faire écho à la phrase sans états d’âme de l’Orientale.


Sans perdre une seconde supplémentaire elle s’enquit de la marche à suivre, la colère et peut-être même une pointe d’excitation animait sa détermination qui semblait sans faille.  Learamn ne répondit pas immédiatement, se contentant de la fixer de ses yeux sombres. Cette femme était définitivement peu commune, plutôt exceptionnelle même, rompue aux arts de la guerre et aux pratiques quasiment magiques de son peuple ; rien ni personne ne semblait être en mesure de l’intimider ou ne serait-ce même de l’impressionner. Quelques heures plus tôt elle avait frôlé la mort et avait dû faire face à un traumatisme qui aurait paralysé bien d’autres personnes durant des journées entières ; et elle se tenait là : debout, fière et courageuse , soutenant un homme à terre depuis des semaines, promettant même de l’aider à se reconstruire. Car derrière la carapace de guerrière intraitable Learamn avait très légèrement entraperçu une tendresse et une douceur qui en faisait une personne somptueusement ambivalente.

“ Il va falloir avant toute chose trouver des témoins qui puissent nous fournir des indications car pour l’instant ces ravisseurs sont des fantômes , nous n’avons rien sur eux. Dans ces conditions impossible d’organiser une traque.”


Le capitaine claudiqua à l’aide de ses béquilles jusqu’à ses appartement où il ordonna à un garde posté là de ramener Eopren. Il était grand temps  que ce vieux loup attachant mais pas franchement dévoué se rende utile à sa patrie.

“Personne ne semble avoir croisé d’individus à l’allure suspecte, pourtant ils ont bien dû rentrer dans le palais pour commettre leur méfait. Ils se sont donc déguisés.”
expliqua-t-il à sa nouvelle “partenaire”.


Le briscard se présenta quelques minutes plus tard, avec son allure éternellement négligée, il salua son officier d’un sobre “Capitaine” ; il n’avait pas rajouté de “Jeune Pousse” ou autre surnoms pour désigner celui qu’il avait vu grandir dans l’armée comme il le faisait d’habitude. En public et en particulier devant des étrangers comme Iran, Eopren, malgré sa réputation bourrue , avait toujours pris soin de ne pas atteindre l’honneur et la fierté de  son jeune ami.

Learamn ne jugea pas nécessaire de perdre encore de précieuses minutes en faisant les présentations entre Iran et Eopren de toute manière ni l’une ni l’autre ne se souciaient réellement  des règles de politesse en vigueur et des mondanités en place.


“Eopren; je dois savoir si ces derniers jours tu as croisé des soldats ou des gardes qui ne t’étaient pas familiers et qui sont introuvables depuis quelques heures ou si quelqu’un d’autre ici en a vu?”


Comme pour souligner le fait qu’il réfléchissait , ce qui n’était , il est vrai, pas évident à première vue, Eopren leva les yeux vers le ciel et se gratta machinalement le menton.

“Hmmm pas à ma connaissance,
fit le vétéran, par contre on a trouvé deux cadavres dans la cour de l’entrée annexe. Deux soldats. Je sais pas si ça peut vous intéresser mais c’est intrigant.”


L’entrée annexe… Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Bien sûr que les ravisseurs ne seraient pas passés par la porte principale : trop fréquentée, trop bien gardée , trop exposée. Quant à elle l’entrée annexe présentait de nombreux avantages: on y accédait en traversant une cour d’où une volée de marche permettait d’accéder directement à la ville. Il y avait forcément un lien entre l’assassinat de ces deux soldats et l’enlèvement de la guérisseuse.
Eopren tira le jeune infirme de ses réflexions.


“Tu enquêtes sur l’enlèvement de Dame Aelyn?”


Learamn leva alors les yeux vers lui, l’air incrédule. L’enlèvement de la compagne du Vice-Roi était censé être une information confidentielle et absolument tout avait été mis en oeuvre pour que le bruit ne se propage pas même si à terme il était inévitable que tout éclaterait au grand jour.


“Comment tu…?
-Voyons...je connais cet endroit comme ma poche, peut pas y avoir de secrets ici pour moi.”


Décidément ce soldat avait toujours plus d’un tour dans son sac, même s’il se débrouillait pour ne jamais les utiliser pour se mettre en valeur aux yeux de ses supérieurs.  Quand il aurait pu profiter de sa popularité dans la troupe et de ses relations à droite et à gauche tissés sur les camps d’entraînement et les champs de bataille pour réclamer un poste de sous-officier il préférait user de tout cela pour mener à bien ses petits trafics.


“Pas une mauvaise idée, les  enquêteurs du Vice-Roi sont en galère totale. J’ignore ce que vaut ta copine mais toi je sais ce dont tu es capable. Que tu sois capable de marcher ou pas alors prends tes béquille et rentre les bien dans le fion de ces salauds.



Malgré la conclusion très colorée de l’éloge que venait de lui faire Eopren, Learamn fut touché par ces paroles et il se rendait de plus en plus compte qu’au final il n’était pas complètement seul. D’abord Iran ,puis Eopren et il pouvait toujours compter sur Ouragan. Certes une Orientale attirant la méfiance, un soldat aux pratiques douteuses et un cheval n’étaient pas forcément les compagnons à priori idéaux pour mener à bien cette investigation mais le Capitaine de la Garde Royale le savait mieux que quiconque : le salut ne venait jamais de là où on l’attendait.


Une fois qu’Eopren eut pris congé des deux inspecteurs en herbe, Learamn continuait à avancer dans sa réflexion étape par étape. Il partageait la moindre de ses pensée et hypothèse avec Iran qui, si elle ne parlait pas beaucoup, se montrait précieuse dans sa capacité d’analyse ainsi que pour canaliser la fougue du jeune homme qui avait parfois tendance à s’emporter dans son raisonnement.


“S’ils ne se sont pas déguisés en soldats c’est qu’ils étaient des serviteurs ; c’est la seule solution pour pouvoir entrer et sortir librement du Château d’Or. C’est l’Intendante, Dame Mafrida   qui gère les domestiques, elle les connaît tous et est au courant de presque toutes leur activité; il faut lui parler.”


Sans plus attendre il convoqua donc cette responsable qui ne tarda pas à répondre à l’appel ; il fallait dire que ce n’était pas tout les jours que l’on était invité à parler avec le Capitaine de la Garde Royale même si elle devait bien se douter qu’il ne s’agirait pas là d’une discussion autour d’un thé portant sur les derniers potins de Meduseld.


“Asseyez-vous je vous prie.”
l’invita Learamn en lui présentant un faudesteuil.


Dame Mafrida était une femme d’âge mûre qui devait avoir dépassé la cinquantaine mais qui  respirait encore la force. Femme forte aux épaules carrées et hanches larges qui devaient traduire une belle fécondité elle savait aussi bien faire preuve de fermeté que de douceur. Très attachée aux traditions et aux valeurs de la cour du royaume elle voyait d’un mauvais œil les pratiques un peu plus libérées de la jeune génération à laquelle appartenait d’ailleurs le Capitaine qu’elle avait d’abord vu comme trop jeune pour assumer ce rôle avant de reconnaître que le Vice-Roi avait vu juste.  Elle adressa un regard altier à Iran, se demandant sûrement ce que cette étrangère de malheur venait faire là  ; elle avait bien entendu d’une oreille les rumeurs qui disaient que cette sorcière avait envoûté et charmé le jeune officier éprouvé mais n’avait pas voulu y croire. Elle en avait à présent la preuve, ou ce qu’elle croyait être une preuve. Pourtant elle n’osa rien dire.


“Madame. J’ai besoin d’informations d’une importance capitale.
-Et comment puis-je vous aider?
-Cela concerne les domestiques… avez vous vu de nouveaux employés qui ne vous étaient pas familiers et si oui seraient ils-introuvables depuis ce matin?
-Oui il y a trois types qui ont débarqué il y a deux jours en prétendant avoir été engagé , je ne les connaissais pas et pourtant vous savez que je n’oublie jamais un visage connu.  Sur le coup je me suis rendu compte de rien mais en y repensant ils avaient l’air un peu louche. Ils ne semblaient pas venir de chez nous , un avait les traits du Nord : de l’Arnor ou du Rhovanion , ou alors peut-être du Gondor tiens...enfin je n’ai jamais été très forte en géographie. Les deux autres ils avaient la peau mate , différents , clairement pas comme nous et puis leur attitude était vraiment étrange. Ils devaient venir du Sud ou alors de l’Est lointain.”


L’Intendante appuya alors ses paroles d’un regard soutenu en direction d’Iran qui n’avait définitivement pas sa sympathie. Learamn ne tarda pas à remarquer la chose et répliqua d’un ton sec et ferme.


“Iran n’a rien à voir avec cette affaire. Devrais-je vous rappeler comment on traite des invités de la Couronne?  Vous qui êtes si à cheval sur le règlement...”


Dame Mafrida voulut répondre à l’impétueux officier mais se ravisa à la dernière seconde, mieux valait-il ne pas aggraver son cas. Mais elle n’en pensait pas moins , cette sorcière aux mœurs douteuses et sans aucun doute volage était en train d’envoûter les hommes de pouvoir pour acquérir leur protection et ainsi répandre son venin dans le royaume.


“Bien, faites chercher ces trois mystérieux serviteurs ; si vous ne les trouvez pas d’ici une heure avertissez moi, conclut Learamn, vous pouvez disposer.”


La tête haute, le menton ostensiblement relevé pour se donner de la hauteur et donc un peu plus d’importance ; l’Intendant du Château d’Or se releva et sortit de la pièce non sans avoir lancé un dernier regard hautain à l’Orientale et donné un dernier avertissement à l’officier blessé.


“Faites attention Capitaine ; vous pourriez vous perdre.”


Il ne répondit rien , et sur le coup il n’y prêta pas vraiment intention mais la semonce avait bien été enregistré. Une fois l'Intendante éloignée , le capitaine s'adressa à Iran.


“Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une heure de plus .  Rends toi en ville en passant par l’entrée annexe.”


Le passage du vouvoiement au tutoiement s’était presque fait naturellement au moment où Iran était passé du statut d’invitée diplomatique à celui de partenaire de mission.  Un minimum de proximité verbale était nécessaire selon lui pour atteindre un tel objectif.


“Fais-toi discrète et une fois là-bas renseigne toi à propos de l’hypothétique passage de ces trois serviteurs fuyant le palais.”


Il aurait tellement aimé s’y rendre lui-même , être à nouveau sur le terrain , au coeur de l’action. Mais son corps l’avait lâché depuis un moment et même toute la bonne volonté du monde ne suffisait pas s’il voulait avoir une chance de marcher et chevaucher à nouveau un jour. Il devait se résoudre à ce qu’Iran devienne ses mains, ses jambes, son épée. Il lui faisait confiance , étrangement plus qu’un bon nombre des personnes résidant ici.
Avant que l’Orientale ne sorte de ses appartements, Learamn détacha sa cape pourpre d’officier de la Garde Royale et la tendit à l’étrangère. Ce geste pouvait être considéré comme une hérésie ; une femme qui plus est étrangère ne pouvait porter une telle étoffe réservée à une poignée. Mais le jeune homme avait déjà décidé de passer outre les règles pour retrouver Dame Aelyn.


“Cette cape te permettra d’obtenir des réponses plus facilement. Prends là et va. Puisse les Valars t’accorder leur protection.”


Il n’était pas un fervent croyant mais cette incantation avait toujours eu pour lui un effet rassurant. Valar ou pas , il était conscient qu’elle avait besoin d’une protection qu’elle n’avait pas car il l’envoyait dans la gueule du loup ou plutôt du peuple.  Mais il avait confiance en elle.



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Ryad Assad
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Lun 14 Nov 2016 - 0:11

Une agitation fébrile avait gagné le Château d'Or de Méduseld, sans que la majorité des gens qui y vivaient n'en connût la raison précise. Le secret de la disparition d'Aelyn avait miraculeusement réussi à ne pas se répandre comme une traînée de farine coulant d'un sac percé, et pour l'heure la situation était sous contrôle. Le Vice-Roi avait donné des consignes très précises à la poignée d'officiers de la Garde Royale, afin que cette affaire fût gérée avec efficacité et rapidité. Des cavaliers avaient été envoyés à la poursuite des différents groupes qui s'étaient évanouis dans la nature, mais on considérait qu'il y avait bien peu de chances pour que ces leurres parvinssent à en apprendre plus sur l'identité des ravisseurs. Tout au plus fourniraient-ils des informations générales sur la façon dont l'enlèvement s'était produit, et peut-être pourraient-ils dire si Aelyn était déjà morte ou non. Puis ils y iraient pourrir dans un cachot sombre et humide, ou bien mourraient sous les coups d'un tortionnaire trop zélé. Tout dépendrait de leur propension à donner la bonne réponse, et du bon vouloir d'un homme à la poigne de fer qui n'hésiterait pas à les tuer lui-même. Le Vice-Roi Mortensen paraissait beaucoup plus dur, beaucoup plus froid, et il était certain qu'il ne montrerait pas la moindre pitié pour ceux qui se dresseraient sur son chemin. Iran avait lu la rage contenue qu'il s'efforçait de dominer… une rage qu'elle n'avait pas même aperçue dans ses yeux lorsqu'elle avait croisé le fer avec lui. Elle ne voulait pas être à la place des hommes qui avaient commis ce crime lorsqu'ils seraient amenés devant le Vice-Roi.

Toute cette agitation, ces soldats qui couraient d'un bout à l'autre de la ville sans vraiment savoir pourquoi, profitait beaucoup à Learamn. Le jeune capitaine avait pris la décision d'aller à l'encontre de son mentor et de son supérieur hiérarchique, refusant de rester alité et inutile quand son pays avait besoin de lui. Sa marge de manœuvre était réduite, son champ d'action limité par la portée de ses béquilles, mais il pouvait compter sur un soutien indéfectible à défaut d'être efficace. Iran se tenait à ses côtés, inflexible, déterminer à aller jusqu'au bout. Elle n'était peut-être personne ici, au Rohan, mais elle ne craignait pas les risques que sa position impliquait. Seule la mort l'arrêterait dans sa quête de vengeance et de justice. Learamn fit ensuite appeler un homme étrange, qui dévisagea Iran avec une forme de méfiance teintée de respect. Elle lui rendit exactement le même regard, incapable de baisser les yeux devant ce type qui lui rendait pourtant une bonne tête.

Elle apprit ainsi qu'il s'appelait Eopren, et de toute évidence il s'agissait d'un ami du jeune Capitaine. Un second allié providentiel, qui lui non plus ne semblait pas avoir accès aux plus hautes sphères, mais qui travaillait dans l'ombre pour aider Learamn. A défaut d'avoir l'air intelligent, il fallait bien avouer qu'il disposait d'informations de première main, car il leur apprit que deux hommes avaient été retrouvés morts le jour même. Probablement que le rapport n'était pas encore parvenu aux oreilles du Vice-Roi, et que l'enquête ne faisait que commencer à ce sujet. Le trio avait donc un coup d'avance sur tous les autres, et dans cette course où le temps risquait de leur faire défaut, ils ne pouvait pas se permettre de ne pas tenir compte de cette information.

Iran se mit à réfléchir intensément. Deux soldats morts, la compagne de Mortensen enlevée, des cavaliers qui fuyaient dans toutes les directions pour semer le trouble chez leurs poursuivants… il y avait quelque chose qui ne collait pas, mais elle était bien en peine de l'expliquer. Elle attendit le départ d'Eopren pour faire part de ses observations au jeune Capitaine :

- Pourquoi laisser deux cadavres ? Demanda-t-elle.

Elle laissa planer sa question un moment, laquelle n'appelait pas vraiment de réponse. Au contraire, elle soulevait de plus en plus d'interrogations.

- Pourquoi laisser des traces aussi évidentes, pour ensuite chercher à s'échapper ?

Deux possibilités prenaient forme dans son esprit. La première était qu'ils avaient un plan parfaitement huilé qu'elle ne comprenait pas, lequel consistait à les égarer le plus possible pour mieux les pousser à la faute. La seconde était que, justement, ils n'avaient rien prévu et qu'ils avaient agi dans la plus grande précipitation. Elle n'aurait su dire quelle option était la plus effrayante… Learamn assimila ces informations, et poursuivit sa réflexion. Il paraissait évident que les ravisseurs de Dame Aelyn ne s'étaient pas infiltrés à Méduseld en se déguisant en soldats : il leur aurait été trop difficile de trouver l'équipement adéquat, et de passer inaperçu en la transportant. Ils avaient dû se déguiser en serviteurs, lesquels transportaient couramment du matériel vers ou en provenance des appartements royaux. Afin de faire progresser quelque peu leur enquête, le jeune Capitaine convoqua une femme qui se trouvait être en charge des serviteurs, qu'il interrogea au sujet des nouvelles têtes qu'elle avait pu voir.

Iran n'écouta que d'une oreille la conversation, ne pouvant pas s'empêcher de noter l'animosité qu'elle détectait à son endroit. Cette Mafrida dévisageait l'Orientale avec une sorte de mépris rehaussé de dégoût qui donnait un mélange assez désagréable. Les deux femmes échangeaient de longs regards qui, s'ils avaient été des épées, auraient fait couler le sang depuis bien longtemps. L'Intendance incarnait parfaitement cette catégorie de Rohirrim qui considéraient que l'étrangère n'avait rien à faire sur leurs terres, et qui l'observait avec suspicion. Au moins, ce n'était pas une agressivité de tous les instants, et Iran savait gérer la crainte qu'elle lisait sur le visage de la femme d'âge mûr. Toutefois, il y avait dans son ton des insinuations qui n'étaient pas pour servir le rapprochement entre leurs deux peuples, et si Iran était prête à les laisser glisser sur la carapace qu'elle s'était construite, Learamn refusa de passer à côté. Il prit la défense de sa seule alliée en la circonstance, et tint tête à l'Intendante sans hésiter une seule seconde. Un geste que la femme du Rhûn apprécia à sa juste valeur. Il n'était pas obligé de se ranger officiellement à ses côtés, car leur collaboration n'était pas motivée par l'amitié ou un quelconque sentiment analogue. Les objectifs qu'elle partageait avec Learamn primaient sur toutes les autres considérations secondaires. Elle ne se souciait pas d'être appréciée ou respectée, tant que les gens d'ici lui donnaient la possibilité d'avancer dans son enquête.

Alors, quand elle vit le cavalier remettre l'Intendante à sa place, elle ne put s'empêcher d'esquisser un bref sourire.

Puis ce fut à elle de jouer. Learamn avait rassemblé des informations, déniché des pistes, mais c'était à elle de les explorer. Le guerrier ne pouvant pas se déplacer, elle devait agir comme l'extension de sa volonté pour mettre un terme aux agissements des individus qui étaient derrière toute cette sombre affaire. Afin de lui témoigner de toute la confiance qu'il lui portait, il lui offrit même la cape de la garde royale qu'on lui avait confiée. Un symbole de prestige et de pouvoir que la jeune femme n'aurait même pas dû pouvoir toucher… alors la porter sur ses épaules ? Elle le regarda droit dans les yeux :

- En êtes-vous sûr ?

Il avait de toute évidence pesé le pour et le contre, car il ne changea pas d'avis, et laissa la jeune femme l'enfiler. Elle ressentit immédiatement le poids des responsabilités qui pesaient sur elle, et elle savait qu'elle allait immanquablement s'attirer de nombreux regards et de nombreuses critiques. Tant pis. Ils devaient agir rapidement, et si cela pouvait l'aider à surmonter les obstacles qui se dresseraient immanquablement devant elle, cela en valait la peine.

- Je ne vous décevrai pas, Capitaine.

Elle fit claquer ses talons de manière particulièrement martiale, et quitta les appartements du jeune homme sans rien ajouter. Sa mission s'annonçait longue et fastidieuse, mais elle était prête à tout pour la mener à son terme.


~ ~ ~ ~


Retrouver l'endroit où le meurtre avait été commis n'avait pas été difficile, même si elle ne connaissait pas bien le palais. Il lui avait suffi de demander à quelques personnes s'il y avait un endroit de Méduseld dont l'accès était condamné pour l'heure. Les réponses s'accordaient toutes, et elle mit le cap précisément là où on lui avait déconseillé de se rendre. Elle parvint bientôt sur place, et fut accueillie par deux hommes en armes qui lui barrèrent instantanément la route :

- Halte, le chemin est barré. Faites demi-tour.

- Je dois passer, je tiens mes ordres de la plus haute autorité.

Elle avait jugé bon de ne pas donner l'identité de Learamn immédiatement, laissant les hommes faire les liens qui s'imposaient. Elle avait été ramenée par le Vice-Roi, et ils supposèrent donc qu'il s'agissait d'un ordre direct de sa part, contre lequel ils ne pouvaient rien. Pour ne rien arranger, leur regard capta l'insigne de la Garde Royale, et ils en furent à l'évidence troublés.

- Je… Vous appartenez à la Garde ?

Elle ne confirma ni n'infirma l'information, et se contenta de passer entre les deux hommes qui lui emboîtèrent le pas. Elle les imaginait scruter la cape qui flottait derrière elle, en se demandant ce qu'ils devaient en faire. Se mettre au garde-à-vous devant une étrangère parce qu'elle affichait un rang supérieur au leur, ou bien l'arrêter pour imposture sur-le-champ ? Jusqu'à présent, toutefois, elle avait bénéficié de la protection du Vice-Roi, et ils jugèrent préférable de ne rien tenter contre elle tant qu'elle ne faisait rien de compromettant. Les laissant à leurs pensées, Iran descendit la volée de marches, et déboucha sur l'endroit où le double meurtre avait été commis. Les corps avaient été évacués, mais d'abondantes traces de sang témoignaient encore de la violence qui s'était abattue ici.

- Deux corps, c'est bien ça ?

- O-Oui, ils ont été transportés à la morgue.

Elle hocha la tête, balayant les alentours du regard. De là où ils se trouvaient, un chemin descendait en pente douce jusqu'au cœur de la ville, mais elle ne voyait pas vraiment comment ils auraient pu quitter Edoras sans être remarqués. Il leur aurait fallu traverser une des artères les plus fréquentées de la capitale, à une heure de passage. Ensuite, ils auraient dû franchir les portes en priant pour échapper aux gardes. Non, ils avaient dû trouver un autre moyen de disparaître…

- Est-ce que ce chemin conduit à une issue ? Y a-t-il un moyen de fuir Edoras par ici ?

- Pas que je sache. C'est pour ça qu'il n'y avait qu'un garde en poste. Les employés du Palais empruntent tout le temps ce chemin, et…

- Comment ça « un garde » ? L'interrompit Iran. Je croyais qu'il y avait deux corps.

Le militaire regarda son compagnon, avant d'ajouter :

- C'est exact. Le Vice-Roi a ordonné de doubler la garde, c'est pour ça que nous sommes deux.

La guerrière fronça les sourcils.

- Où se trouve la morgue ?


~ ~ ~ ~


Les renseignements des soldats avaient été précis, et elle arriva au lieu dit alors que la nuit tombait tranquillement sur la capitale du Rohan. La journée avait été longue et riche en émotions, si bien que la guerrière commençait à ressentir une certaine fatigue. Ses yeux demandaient à se fermer, et ses jambes étaient lourdes. Fort heureusement, sa détermination était toujours aussi forte, et elle continuait à travailler dur sur son enquête grâce à sa volonté de fer. Elle s'enfonça dans les profondeurs de la terre, faisant abstraction avec une facilité déconcertante de l'obscurité ambiante et de l'odeur atroce qui remontait vers la surface. Cet endroit, rares étaient les gens à le visiter assurément, car c'était là que l'on préparait les corps pour leur dernier voyage. Le gardien des lieux, un type patibulaire à la mine blafarde, ne cacha pas sa surprise lorsqu'il vit qu'on venait toquer à la porte de son sanctuaire.

Il lança quelque chose dans une langue que Iran ne comprenait pas, et devant sa mine désolée il reprit dans un Commun approximatif :

- Quoi ? Quoi ? Qu'e' qu'cé ?

- Deux corps sont arrivés récemment, dit-elle en levant deux doigts. Je voudrais les voir.

Le type bizarre la considéra un moment, regarda derrière elle pour voir si personne ne la suivait, puis ouvrit la porte en grand pour la faire entrer. Il avait l'air suspicieux au possible, et de toute évidence le fait d'être une femme avait facilité les choses plus encore que la cape de la Garde Royale, que l'homme ne paraissait pas avoir remarquée. Il faisait de drôles de bruits, et paraissait agité de tics nerveux qui le rendaient curieusement inquiétant. Sans doute que la solitude et la proximité permanente des cadavres l'avait rendu un peu dérangé sur les bords. Il se déplaça vers l'intérieur de la pièce, où s'étendaient plusieurs tables de pierre sur lesquelles gisaient des silhouettes couvertes d'un simple drap. Approchant une des bougies qui éclairait piteusement la pièce, il découvrit la première et révéla un visage livide, glacé par la mort, figé dans une expression de surprise. Le malheureux avait eu la gorge tranchée, mais il n'était pas mort sur-le-champ, en attestait son regard écarquillé de peur.

Iran n'eut pas même un mouvement de recul en l'apercevant. Elle n'en avait peut-être pas l'air, mais en tant que membre de la garde de Blankânimad, elle avait eu l'occasion de voir son comptant de morts. Elle ne s'émouvait plus dorénavant de si peu. Une gorge tranchée n'était pas la pire façon de mourir. Ses pensées glissèrent vers Rokh un très bref instant, mais elle empêcha les images atroces de son cadavre défiguré de venir parasiter ses pensées du moment, qui devaient rester claires. Le type expliqua quelque chose dans la langue des gens d'ici, mais la guerrière n'y prêta guère attention. Elle aurait de toute façon été bien en peine d'en comprendre un traître mot. Au lieu de quoi, elle se concentra sur les indices dont elle disposait. L'homme avait dû être tué par derrière, attaqué par un assaillant qui s'était glissé dans son dos. Quelle triste fin… La jeune femme essaya de se faire une image mentale de la situation. Elle revoyait les traces de sang qui indiquaient l'endroit où l'infortuné s'était tenu lors de ses derniers instants.

En bas des escaliers.

Face à la ville.

Elle marqua une pause. Cela signifiait qu'il avait été tué par quelqu'un qui venait de l'intérieur du Palais… Selon toute vraisemblance, leurs ennemis étaient déjà présents entre les murs du Château d'Or, ce qui corroborait les soupçons de Learamn sur les nouveaux servants récemment incorporés au personnel. Mais cela n'expliquait pas pourquoi on avait retrouvé sur les lieux un second cadavre. Iran rejeta le drap sur le malheureux, et s'approcha du second, dont elle découvrit le visage avec beaucoup de surprise.

++ Impossible ! ++ Laissa-t-elle échapper dans sa langue natale.

Ce ne pouvait être une coïncidence. Sous les yeux, elle avait un des membres du trio qui s'était mis en tête de lui barrer la route chaque matin. Mort lui aussi. Elle accusa le coup, en prenant soudainement conscience que les deux affaires étaient liées bien davantage qu'elle l'imaginait. Dans son esprit, de nombreuses questions se mirent à défiler, et elle mit un moment à trouver la force de les organiser logiquement. Tout d'abord, elle avait besoin de connaître l'identité de cet homme, mais elle n'obtiendrait rien de la part du type de la morgue. Premièrement car il ne devait pas savoir de qui il s'agissait, et secondement, même s'il connaissait son nom, elle n'était pas certaine de réussir à comprendre ce qu'il lui dirait. Non, il valait mieux demander au Capitaine Learamn de venir l'identifier formellement, de sorte à partir sur des certitudes et non sur des hypothèses branlantes. Elle se demandait aussi pourquoi il s'était soudainement retrouvé impliqué dans son agression puis dans l'enlèvement d'Aelyn. Elle ne pouvait pas croire qu'il se fût trouvé là par hasard, mais elle ne voulait pas non plus faire peser tout le poids des responsabilités sur lui. Ces trois hommes étaient stupides, pas du genre à être capables de mettre en place un plan aussi élaboré.

A moins qu'ils eussent précisément joué un rôle tout du long pour endormir sa vigilance ?

Elle se reprit. Non. Ils n'avaient aucun moyen de savoir qu'elle allait se retrouver impliquée, et encore moins de raisons de vouloir attirer son attention. Pourquoi lui jouer la comédie s'ils prévoyaient ensuite de la faire disparaître ? Ça ne tenait pas. Alors quoi ? Trop d'éléments lui manquaient pour pouvoir affirmer avec certitude qu'ils étaient les instigateurs de tout ceci. Elle allait avoir besoin de davantage de preuves afin de convaincre Learamn. Relevant un peu plus le drap, elle examina le corps de la victime, sans trop savoir ce qu'elle cherchait. Un indice, n'importe quoi qui pût l'aider à mieux comprendre d'où venaient ces hommes, et ce qu'ils cherchaient. Elle découvrir en premier lieu le point d'entrée d'une lame qui avait percé le foie du soldat. Elle n'était pas particulièrement experte, mais elle pouvait estimer qu'il avait été tué par une dague, à en juger par la taille. Le spectre qui errait à côté d'elle, suivant son regard, lui apporta confirmation en faisant glisser devant elle une dague sans charme, encore couverte de sang. Le meurtrier n'avait pas pris la peine de la retirer du cadavre, de toute évidence.

Pourquoi semaient-ils autant d'indices ?

Elle chassa cette nouvelle question, et poursuivit son examen. Le corps ne présentait pas d'autre blessure, mais en revanche il lui offrit un indice qui en valait cent. Le macchabée avait une marque à nulle autre pareille gravée dans la chair, en haut de l'avant bras. Ce symbole, Iran avait appris à le reconnaître, puis à le haïr, comme à peu près tout le monde en Terre du Milieu. Il s'agissait ni plus ni moins de la marque de la Couronne de Fer. La jeune femme se fit soudainement très sombre. Elle était convaincue depuis le début que c'étaient ces hommes qui avaient tué Rokh, et d'après les renseignements que Mortensen avait mis à sa disposition, ils se trouvaient encore au Rohan. Elle avait cru pendant longtemps qu'ils agissaient tapis, cherchant par tous les moyens à s'échapper du pays qui les retenait prisonnier malgré lui. La vérité était toute autre. Le monstre était blessé, il agonisait, mais dans ses derniers soubresauts il pouvait encore mordre et tuer. L'Ordre de la Couronne de Fer ne reviendrait jamais au faîte de sa puissance, laquelle avait été brisée à jamais. Toutefois, poussés par le désespoir, des hommes qui n'avaient pas pu abandonner leur allégeance continuaient de travailler en secret pour se tailler une porte de sortie. Même si leurs chances de succès étaient quasiment inexistantes, ils n'avaient d'autre choix que d'essayer. Et pour cette raison, ils étaient plus dangereux que jamais.

- Je reviendrai demain examiner ces corps, est-ce que vous comprenez ? Ne les déplacez pas. Sous aucun prétexte.

Elle n'était pas sûr que l'homme la comprenait, mais elle se devait d'essayer. C'était d'une importance capitale :

- Demain. Je reviens demain.

- Demain ? Répéta-t-il, comme si ce mot faisait écho à quelque chose qu'il connaissait.

- Oui. Demain. Demain.

Elle prit congé sans plus de cérémonie, et rejoignit la surface seulement pour constater que la nuit était tombée complètement. Le soleil, qui avait disparu à l'horizon, ne dispensait plus son agréable chaleur. Elle se sentit soudainement frissonner, et elle fila prestement pour rejoindre Learamn, et lui faire part de ses découvertes. Il n'était pas temps de traîner.


~ ~ ~ ~


Iran trouva Learamn dans ses appartements, là où elle l'avait quitté. Malgré l'heure avancée, elle ne se fit pas prier pour entrer et venir discuter avec lui des affaires les plus pressantes. Elle le trouva attablé devant un dîner léger, et alors qu'il mangeait elle lui fit un rapport aussi complet que possible. Elle lui expliqua d'abord quelles avaient été ses observations sur le lieu du double meurtre, et lui précisa qu'elle pensait que l'attaque venait de l'intérieur du Palais par rapport à ce qu'elle avait pu observer à la morgue par la suite :

- La blessure sur son cou était propre et nette, il avait le regard surpris comme s'il n'avait pas vu venir son agresseur. Le garde était posté en bas des escaliers, il ne pouvait fixer que l'extérieur, il n'avait rien à surveiller à l'intérieur. Cela signifie certainement que les ravisseurs de Dame Mortensen avaient au moins un complice à l'intérieur. Mais il y a autre chose…

Elle marqua une pause, observant Learamn dans les yeux. Les mains croisées dans le dos, puisqu'elle n'avait pas pris la peine de s'asseoir, elle essaya maladroitement de cacher sa gêne et son hésitation.

- Ce matin quand vous m'avez… retrouvée… Vous souvenez-vous que je vous disais que trois hommes s'étaient mis en tête de m'importuner quotidiennement ?

Le jeune homme ne pouvait l'avoir oublié, et Iran poursuivit :

- Le second cadavre était l'un d'entre eux. J'en suis certaine. Lui a été poignardé de face, on ne lui a laissé aucune chance, mais il a forcément vu son agresseur. Je pense que c'est lui qui était l'infiltré dans le Palais. Il a probablement égorgé l'autre garde, et aidé ses complices à enlever Aelyn. En définitive, ils l'auraient tué. Tout s'explique par la marque qu'il a sur le bras : celle de la Couronne de Fer.

Elle sentit que ce mot provoquait une réaction chez Learamn, sans vraiment savoir pourquoi. Elle fit en sorte de le garder concentré sur leur mission du moment, et calma immédiatement ses ardeurs en levant des mains apaisantes :

- Demain, attendons demain. Le corps ne s'échappera pas, et nous avons besoin de nous reposer pour garder l'esprit clair. Si vous l'identifiez, et que nous retrouvons ses deux acolytes, nous pouvons espérer remonter jusqu'aux ravisseurs de Dame Mortensen.

De toute façon, que pouvaient-ils faire à cette heure ? Aller identifier le corps leur prendrait déjà un moment, compte-tenu de la blessure du Capitaine. Localiser les soldats à cette heure de la nuit serait un autre défi, alors que s'ils patientaient quelques heures, ils pouvaient espérer les trouver à leur poste, ou au moins demander à leurs officiers supérieurs de les convoquer. Cherchant à détourner l'attention du soldat, Iran s'assit sur le bord de son lit, et le fixa intensément :

- Cette affaire semble liée à l'Ordre de la Couronne de Fer, d'une manière ou d'une autre. J'ai entendu des bribes, des rumeurs. Rokh… Rokh m'a raconté certaines choses également. Mais j'ai besoin de savoir qui sont ces gens, si je dois les combattre.

Elle eut un sourire sans joie :

- A votre arrivée ici… Vous étiez dans un triste état. Votre Vice-Roi a laissé entendre que vous les combattiez, et qu'ils étaient responsables de vos blessures. Peut-être pouvez-vous m'en dire davantage au sujet de ces gens.

Elle n'avait pas voulu remuer le couteau dans la plaie, mais elle s'était rendue compte qu'elle avait un besoin vital de comprendre à qui elle avait affaire. Ils étaient ceux qui avaient recruté Rokh, puis qui l'avaient tué. Ils étaient ceux qui avaient blessé Learamn, et qui maintenant avaient enlevé Aelyn. Si elle voulait pouvoir porter un coup mortel à la bête, elle devait en connaître le point faible, et seul le jeune Capitaine était en mesure de le lui révéler pour l'heure. Elle fit silence, et laissa au guerrier blessé le temps de rassembler ses souvenirs pour lui faire un récit cohérent.

La nuit s'étirait autour d'eux, seulement chassée par la lueur vacillante d'une bougie solitaire.


~ ~ ~ ~


L'homme qui travaillait à la morgue, aussi surprenant que cela pût paraître, ne dormait pas au milieu des corps qu'on venait régulièrement lui apporter. Il travaillait jusqu'à la nuit tombée, puis nettoyait et rangeait soigneusement son matériel, avant de rentrer chez lui où l'attendait un lit vide et une assiette de gruau froid. Tout occupé qu'il était à classer ses outils, il ne prêta guère attention aux bruits de pas dans l'escalier de pierre usé par le temps, et il sursauta en entendant que l'on toquait à la porte. Sans doute la femme étrange qui revenait le voir. Elle ne comprenait pas un mot de rohirique, et elle n'avait pas pu entendre les avertissements qu'il donnait à tous les gens qui rentraient ici : « attention, on vient de recevoir de nouveaux corps ». Elle l'avait surpris dans un sens, car elle n'avait pas paru incommodée par l'odeur ou la vue du triste spectacle qui s'était offert à elle. Elle avait paradoxalement semblé dérangée par sa présence à lui, le fait qu'ils ne se comprissent pas n'arrangeant rien au malaise. Alors l'entendre revenir était aussi surprenant que plaisant : ce n'était pas tous les jours qu'il avait la visite d'une charmante créature.

- 'Trez ! Cria-t-il sans se retourner.

Il entendit la porte glisser sur ses gonds usés, mais ce ne furent pas les pas délicats des bottes légères de la jeune femme qui accompagnèrent le grincement du métal. Au lieu de quoi, il perçut distinctement que plusieurs individus étaient entrés dans son dos. Plus lourds, à en juger par le craquement de la planche de bois grinçante. Plus grands, d'après l'ombre qu'ils projetaient sur le sol. Plus menaçants, si on considérait le reflet que leurs lames argentées jetaient sur les parois de la morgue.

Il leva les mains pour montrer qu'il n'était pas armé, et se retourna pour faire face à cette intrusion. Ce devait être une méprise. Il n'avait rien fait de mal. Il était innocent ! Il vit dans le regard des hommes qui lui faisaient face que cela n'avait aucune importance. Ils étaient là pour rendre l'injustice, et lorsque le corps du pauvre homme alla rejoindre celui des deux soldats tués un peu plus tôt dans la journée, les Valar fermèrent prudemment les yeux pour pleurer silencieusement la disparition d'une âme pure et bonne fauchée par la violence des séides de Melkor. Le meneur des assassins observa les environs un instant, et finit par désigner les deux cadavres :

- Faites-les disparaître. Séparez leurs têtes de leurs épaules, et brûlez-les. Que personne ne puisse jamais les identifier.

- Bien, Sikkink.

- Dépêchez-vous. Et ne laissez aucune trace derrière, comme d'habitude.

Il quitta les lieux rapidement. Il avait encore à faire pour s'assurer que Mortensen ne retrouverait jamais sa compagne, et assurer à son parti une victoire qui le fuyait depuis trop longtemps. Le Rohan était faible. Les Rohirrim étaient faibles. Ils tomberaient encore sous la coupe de l'Ordre, et des cendres laissées par Hogorwen rejaillirait la flamme d'un nouveau chef.

Le dernier Canthui de la Couronne de Fer.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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