L'arme des humiliés : la vengeance

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
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~ GRIMOIRE ~
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Dim 13 Déc 2015 - 10:34

Le renard n’avait pas reparu. Il arrivait quelques fois que ces petites bêtes s’endorment auprès de leur proie après s’être repus de sang frais. Jeter un tel animal dans un poulailler n’avait peut être pas été l’idée du siècle. Un jour quelqu’un viendrait demander qui en était le propriétaire et exigerait un dédommagement pour les dégâts subits. Il s’en repentait. Plus il s’évertuait à comprendre pourquoi Tom avait été arrêté, plus les réponses lui échappaient. Ce qui le rendait irascible au plus haut point.  Deux clients étaient sortis, suivis de près par leur commande, expédiée plus rapidement que prévue. Des morceaux de verre et des éclats de bois parsemaient encore le pavé devant sa boutique. Plus personne n’était entré par la suite, craignant pour leur intégrité physique.

Helevorn semblait prostré derrière son comptoir, songeur, perdu dans de troubles réflexions. Immobile comme la pierre. Ce n’était pas raisonnable, mais il lui faudrait peut-être agir en personne. Après tout, n’était-on jamais mieux servi que par soi-même ? Mais à quoi bon s’engager comme assassin ou mercenaire si l’on n’était pas capable d’accomplir son devoir ? Il maugréa intérieurement contre ce renardeau famélique aux dents trop longues, au point qu’elles avaient du le freiner dans sa course. Il devait prendre une décision, aussi dangereuse soit-elle, car Tom détenait des secrets qu’il valait mieux garder dans l’obscurité, et Eru seul savait ce que les hommes de main de Cartogan étaient capables de faire à un pauvre prisonnier. Certains arrivaient à faire parler les morts, quelque magie ou quelque fourberie arriverait peut-être à faire parler un muet. Il avait vu bien des choses étranges tout au long de sa vie, et cet imbécile de général semblait ne pas douter de ses capacités. Mieux valait rester prudent. Tom était une pierre attachée à sa cheville, s’il coulait, il l’entraînerait dans les profondeurs d’une déchéance certaine.

Il sortit de sa boutique vêtu d’un costume de lin et de soie blanche aux reflets irisés, portant une cape sombre et son habituel sceptre. Inutile de simuler la discrétion alors qu’il était connu de bien des gens des derniers cercles de la cité. Le plus simple était de remonter le cours du temps. Tom s’était rendu chez le cordonnier pour porter des dessins et passer une commande pour une nouvelle création. Mais il n’était jamais revenu. Dans le même quartier se trouvaient la Caverne, lieu indécent où Tom n’aurait pas mis un orteil. La calomnie pesait déjà tant sur leurs épaules qu’il eut été malsain de se rendre dans un pareil lieu de débauche. D’autant que les prestations proposées manquaient cruellement d’imagination et que les articles loués n’étaient plus de première fraîcheur. Peut-être son fidèle compagnon s’était-il rendu à la Taverne. La chaleur de l’été précoce était de bon augure pour les tenanciers de comptoir. L’après-midi touchait à sa fin et les portes de la Taverne commençaient juste leur danse vespérale, s’ouvrant et se fermant au rythme du passage des clients. La proximité du bas peuple lui hérissait le poil. Il savait s’adapter à toute situation mais le fait d’entrer au milieu d’un bouillon de miasmes et d’hommes suant à grosses gouttes lui demandait bien des efforts.

Il y eut un silence quand il posa le pied dans la Taverne. Les gens lui jetèrent un regard suspicieux, certains d’entre eux cessèrent de boire pour lui accorder un coup d’œil, puis les conversations reprirent. Helevorn en fut enchanté, son petit tour de passe-passe fonctionnait à merveille. Il ne souhaitait pas menacer directement Cartogan, l’homme était trop bien entouré pour craindre quoi que ce soit. D’autant que les armes avaient été interdites dans la cité depuis le mariage royal… mais il détenait une arme plus puissante qu’aucune autre et contre laquelle les épées des gardes ne pourraient rien. Les rumeurs étaient bien pires que le fil d’une lame, et chaque murmure serait un coup de plus porté contre cet imbécile prétentieux et abjecte.

Il se rendit jusqu’au comptoir, déployant ses longues foulées sur un sol crasseux et un parquet mal dégrossi, repoussant de son sceptre les quelques épaules qui se trouvaient sur son chemin. Le tavernier lui jeta un regard narquois, se demandant sans doute ce que cet étrange individu allait lui demander. Helevorn prit soin de se redresser de toute sa hauteur, comme les nobles de la cité savaient si bien le faire. Il prit soin néanmoins de ne pas s’embourber dans le jargon que ces derniers employaient pour se distinguer du peuple.

- Vous serez gentil mon mignon, si vous pouviez me dire si un dénommé Tom est passé par là ces derniers jours ? Gentil garçon, grisonnant, muet, avec les mains tatouées. Bon payeur !

Et il insista sur ce dernier terme car il savait que beaucoup de client possédaient des ardoises longues comme le bras. Ceux qui payaient leur consommation le jour où ils les engloutissaient étaient rares dans ces quartiers. Le tavernier tiqua devant les termes employés par le Lanternier. Il craignait avoir à faire à un de ces débauchés qui étaient passés de l’autre côté de la barrière. On en parlait peu, cela n’était pas bienséant, ce n’était pas normal même, on les craignait autant qu’on les détestait. Helevorn saisit cette lueur dans l’œil de son interlocuteur pour forcer le trait et il prit une pause presque lascive en s’accoudant au comptoir. Il parla d’une voix des plus mielleuses et fit un clin d’œil outrancier au Tavernier.

- Alors ?

L’homme changea de couleurs alors qu’un ou deux clients commençaient à s’intéresser à leur échange, dardant leurs yeux plein d’une curiosité malsaine sur le tenancier qui ne savait plus ou se mettre. L’homme répondit sans se rapprocher, craignant, sans doute, que les mœurs d’Helevorn ne soient contagieuses.

- Oui, y a bien un gars comme ça qui est passé avant-hier. Mais il est pas resté longtemps. IL a pas du être bon payeur avec tout le monde, car c’était pas une médaille que voulaient lui offrir les gardes qui lui courraient après si vous voyez ce que je veux dire.
- Je vous remercie mon mignon, vous serez gentil d’offrir une tournée à ces braves hommes.


Helevorn glissa une pièce d’or sur le comptoir. Les reflets mordorés de la pièce eurent l’effet escompté, et le Tavernier oublia bien vite les manières du Lanternier. Il posa rapidement la main sur la pièce et la rangea à l’intérieur de son tablier brun sous les yeux ébahis de plusieurs clients. Helevorn prit sa voix de stentor et annonça avec bien des manières :

- Tournée générale !

Il fit une courbette des plus gracieuses, afficha un sourire franc aux hommes qui se trouvaient là, et sortit. S’il ne savait toujours pas où trouver Tom, il s’était acheté une tribune, la première traînée de poudre qui mettrait le feu à la réputation du général et brûlerait ses ambitions immodérées sur le bûcher de son orgueil.
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