Les Ambitions de Raz'Oûl: Grain de sable, Grain de folie

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Forlong
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Dim 30 Sep 2018 - 16:47
Raz'Oûl prit en main l'amulette que lui tendit Atalia. L'objet semblait authentique, bien qu'il ne se sentait pas entièrement à l'aise à l'idée de miser sa propre vie sur l'authenticité d'un laisser-passer acheté par une esclave au marché. Il passa ses doigts sur la petite sacoche accrochée à sa ceinture, qui contenait son porte-bonheur, et sourit intérieurement ; après tout, la chance souriait aux témeraires, et il s'en était toujours sorti jusqu'à là. Le chasseur de primes avait confiance en Atalia. Il ne lui faisait pas confiance, nuance, mais il était certain qu'elle allait faire de son mieux pour rester en vie, et tant que leurs destins étaient liés, le protéger également.

-Si tout ce que tu dis est vrai, ces informations nous seront précieuses. Tu as l'air d'être plus utile que notre précedent guide, continue à bien me servir, et tu éviteras un sort semblable au sien.

Avant qu'Atalia ne puisse réagir à ce commentaire qui était à la fois un compliment, une plaisanterie et une menace, il rajouta :

-Mettons nous en route. Le soleil se leve, et j'aimerais parcourir autant de chemin que possible  avant qu'il n'atteigne son zénith.

***

La révelation de Jassem sur les conséquences de ses aventures nocturnes gâcha quelque peu l'excellente humeur de Raz'Oûl. C'était souvent ça le problème des mercenaires ; ils ne savaient pas nettoyer après-eux. Ils se faisaient des ennemis et une mauvaise réputation...puis un jour on les retrouvait avec la gorge tranchée, comme cet individu au bandeau rouge. Sortir vivants d'Assabia aujourd'hui était la chose la plus importante, mais s'ils repassaient par ici à leur retour de la Bibliothèque Interdite, ils risquaient de ne pas être les bienvenus. Peut-être qu'il lui faudra se séparer de Jassem avant que cela n'arrive, mais pour l'instant ce futur était encore trop incertain pour s'en préoccuper davantage.

Raz'Oûl aurait pu dire à Jassem qu'il prendrait la porte principale avec Atalia et Saïs, et le laisser se débrouiller tout seul pour trouver une sortie discrète, mais il ne le fit pas. Une fois de plus, il était curieux de la manière dont le mercenaire allait résoudre cette situation. Il asquiesca en silence, et fit signe à Jassem et Atalia de suivre l'homme à la cicatrice.

***

Il avait sous-estimé le mercenaire. Au final, ce dernier semblait être prêt à faire diversion et attirer le danger sur lui pour permettre aux autres de sortir de la ville. Suivant sa suggestion, les trois membres restants du groupe tentèrent de franchir la porte, mais le nombre trop important de voyageurs nuisait à la circulation. Jassem eut le temps de les rejoindre, un peu essoufflé, avant qu'ils n'atteignent les gardes. Lorsqu'ils arrivèrent enfin au niveau de ceux-ci, Raz'Oûl leur glissa discrètement quelques pièces d'une valeur non-négligeable, bien que pas trop extravagante afin d'éviter d'attirer les soupçons. Cela aurait pu être un geste risqué, mais le chasseur de primes avait l'habitude de cotoyer ce genre de miliciens...être garde était une simple profession pour eux, pas une vocation, et chaque source facile de revenu supplémentaire était la bienvenue.

Ils avaient franchi la porte depuis plusieurs minutes et s'étaient mélangés aux autres voyageurs lorsque l'Assabyte reapparut au loin. En se retournant, ils purent le voir gesticuler dans la direction de la sortie en expliquant quelque chose aux gardes, mais ces derniers semblaient impassibles. Raz'Oûl lâcha un petit soupir de soulagement. Ils avaient quitté Assabia. Direction la Bibliothèque Interdite.


***

La première journée de voyage se déroula sans imprévus. Après avoir quitté Assabia, Raz'Oûl imposa une cadence assez soutenue. Il voulait s'éloigner des Assabytes, et profiter de la fraîcheur matinale. Lorsqu'ils prirent de l'avance sur les marchands et voyageurs qui avaient quitté la ville en même temps qu'eux, il leur fit signe de s'arrêter, et dit :

-Atalia, tu m'as dit que la présence d'esclaves dans notre groupe pourrait être problématique lorsque nous atteindrons les terres des Velnasyin ? Il faudra faire en sorte qu'ils ne l'apprennent pas. Tu aimes bien le théâtre, Saïs ? On va jouer un peu. Tu joueras le rôle de mon fils, bien que tu n'aies pas hérité de mon charme inné. Atalia, tu seras mon épouse...

Il jeta un regard critique sur les deux esclaves, puis rajouta :

-Deuxième épouse...tu es trop jeune pour avoir donné naissance à Saïs. Jassem, votre rôle sera simple.  Je suis un dignitaire haradrim qui se déplace à Kryam en affaires, mais aussi pour voir le spectacle unique des combats dans l'arène avec ma famille. Vous serez le garde du corps engagé pour nous protéger. Apparemment les Velnasyin n'apprécient pas particulièrement le gouverneur d'Assabia ni ses hommes. Quelque chose que vous avez en commun, je suppose... ? Nous atteindrons leur territoire seulement dans deux jours, mais il n'est pas impossible que leurs informateurs nous voient bien avant ; il faut donc jouer le jeu dès maintenant. Atalia, Saïs. Cachez vos marques d'esclaves, et mettez des vêtements dignes de la famille d'un riche haradrim. Enlève ton anneau également, petit. C'est une marque d'un esclave favori, pas celle d'un fils d'homme libre. Tâchez de jouer vos rôles de manière convaincante...d'ailleurs, on partagera la même tente, et le même couchage avec toi, Atalia. A moins que tu préferes être vue comme une marchandise par les Khandéens plutôt que de jouer le rôle de ma femme ?
- rajouta t'il avec un sourire carnassier. - La Loi des Clans interdit de prendre la vie d'une femme ou d'un enfant sans armes, mais elle s'applique seulement si ces derniers sont également des Khandéens. Malheureusement, les Velnasyin n'auront probablement pas de pitié si les choses se passent mal.


***

Une fois rentrés dans leurs nouveaux rôles, ils continuèrent leur chemin. Ils se laissèrent ratrapper par les autres voyageurs qui fréquentaient cette route, et s'arrétêrent pour la première nuit avec eux, formant un campement plus large et plus facile à défendre en cas d'attaque. La nuit se déroula sans imprévus. La deuxième journée de voyage fut un peu plus difficile. Loin du fleuve qui alimentait Assabia, le Désert Sans Fin devenait de plus en plus aride, et le soleil de plus en plus impitoyable. Raz'Oûl demanda à Saïs de gérer leurs rations de nourriture et d'eau, afin d'en préserver si jamais l'accès à la première oasis venait à leur être refusé pour une raison quelconque.

Heureusement, les informations partagées par Atalia s'étaient avérées correctes cette fois. Les représentants du clan à qui appartenait l'oasis étaient armés jusqu'aux dents mais contents d'accueillir les voyageurs, marchander avec eux, et prélèver une taxe pour le passage à travers leurs terres. D'après la Loi des Clans, refuser du pain ou de l'eau à un voyageur dans le désert était déshonorant, mais le faire payer pour passer la nuit à l'oasis était tout à fait acceptable.

Le soir, lorsque les premiers feux furent allumés dans l'oasis, Raz'Oûl dit à Atalia :

-J'ai repéré une caravane de marchands Rhûniens qui passent également leur nuit ici. Il y a des femmes parmi eux, et au Rhûn les femmes sont traitées comme indépendantes et égales ou presque aux hommes. Va leur parler, peut-être que tu apprendras quelque chose d'utile. Atteindre la Bibliothèque Interdite sera dangereux, nous ne pouvons pas nous permettre de se perdre et d'errer dans le déser inutilement. Mais avant ça, prépare nous un repas ; Jassem pourra peut-être t'aider.


La préparation des repas était généralement le rôle de Saïs, mais cela ne collait absolument pas avec  l'image d'un fils de dignitaire haradrim.

Bien plus tard, lorsque le repas fut terminé et qu'Atalia s'éloigna, Raz'Oûl se tourna vers le jeune garçon, en soufflant sur le thé chaud se trouvant dans sa tasse.

-Tu as déjà une douzaine d'années, mon fils. Un âge où il est temps pour toi d'apprendre à être un homme. Apprendre à être un haradrim. Tu connais déjà les bases de l'usage d'un couteau, mais la vraie arme d'un haradrim est le sabre. Ton bras est à présent suffisamment long pour apprendre à en tenir un.

Il posa délicatement sa tasse sur l'herbe éparse qui recouvrait le sol de l'oasis, et souleva un long objet posé sur ses genoux ; un long sabre recourbé, dans un fourreau décoré. Raz'Oûl atrappa le fourreau, et tendit l'arme vers Saïs, de manière à ce qu'il puisse en attrapper le manche.

-Jassem. Je vous confie l'honneur de donner une première leçon en armes blanches à mon fils.

Le ton de Raz'Oûl était bienveillant, mais son regard froid ; d'autres voyageurs s'étaient arrêtés dans les alentours, et la crédibilité de leur couverture dépendait en grande partie de la performance du jeune Saïs.


***


Au milieu de la troisième journée du voyage, ils arrivèrent enfin dans les territoires du redoutable clan des Velnasyin. C'était la dernière étape de leur voyage avant d'atteindre la Bibliothèque Interdite, du moins si Atalia allait réussir à les guider jusqu'à cet endroit perdu dans le désert. Ils avaient suffisamment d'eau et de nourriture pour ne pas s'arrêter dans l'oasis contrôlée par le clan, mais l'éspoir qu'ils allaient réussir à traverser ses terres sans être repérés fut bien vite dissipé. Des cavaliers firent leur apparition dans un nuage de sable au loin, et au bout de quelques minutes ils furent entourés par une dizaine de Khandéens portant des foulards verts assez caractéristiques. Leurs chevaux bien que petits semblaient très résistants, et toute tentative de fuite de la part de Raz'Oûl et de ses compagnons résulterait très probablement en un échec total.

Les cavaliers se contentèrent de les dévisager en silence, jusqu'à ce que le chasseur de primes décide de prendre la parole.


-Salutations. Je voyage à travers vos terres avec ma femme et mon fils afin d'atteindre la lointaine ville de Kryam.

D'un geste lent et peu menaçant, Raz'Oûl sortit l'amulette en forme de tortue des plis de sa tunique, et la tendit dans la direction des Khandéens, afin qu'ils puissent tous la voir. Ces derniers echangèrent quelques mots dans un dialecte local. Certains semblaient être satisfaits en voyant l'objet, mais l'un d'eux ne semblait pas entièrement convaincu. Il dévisagea les voyageurs, et s'adressa à Jassem, en ignorant totalement Raz'Oûl et les deux esclaves.

-Toi. Tu es un Khandéen, et tu voyages avec ces haradrim sur la route d'Assabia. Quel est ton clan, et à qui est-ce que tu dois allégeance ?

Les regards des Velnasyin étaient tournés vers Jassem. Raz'Oûl baissa la main dans laquelle il tenait le laisser-passer, et se contenta d'écouter. Aux yeux de quelqu'un qui ne le connaissait pas bien, il semblait entièrement calme. Atalia et Saïs se trouvaient un peu en retrait, en deuxième ligne, les selles de leurs montures se touchant presque. Un cheval hénnit nerveusement, en interrompant le moment de silence.





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Evart Praven
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Mar 9 Oct 2018 - 1:45
~ Saïs ~


Lorsqu'il arriva à l'étage, Saïs se sentit libéré d'un poids. Au moins, il n'avait pas été reconnu par quiconque mais il tremblait encore de tout son corps. Il parcourut péniblement le couloir, manquant de faire tomber le plateau deux fois. Une fois dans la chambre, il tendit son petit déjeuner à son maitre qui lui fit remarquer son état. Embarrassé comme à son habitude, le jeune esclave balbutia de simples excuses :

- Pardon, maitre.

De toute façon, ce n'était pas comme si on s'attendait réellement à ce qu'il réponde. Il tâcha donc de s'occuper l'esprit en rangeant les affaires de son maitre. Ils devraient bientôt être partis. Après avoir aidé son maitre à s'habiller, ce dernier le chargea d'aller retrouver l'autre esclave qui semblait être dans une grande discussion avec quelqu'un. Sur le chemin, personne ne le remarqua. Cétait l'avantage d'être un enfant, petit, chétif et esclave, de surcroit, le soucis était qu'on ne se gêna pas pour le bousculer. Lorsqu'il vit Attalia, celle-ci était avec un homme qui lui tenait la mâchoire et la détaillait comme on l'avait lui-même détaillé mille fois. Puis elle lui donna de l'argent avant qu'il ne s'en allait. Il avait l'air très en colère et fit volte face. Saïs tenta de faire un pas en arrière pour se cacher du regard d'Attalia. Il aurait préféré qu'elle ne sache rien de sa présence. Cependant, il ne fut pas assez rapide. L'homme le bouscula, manquant de le faire tomber.

- Vaut mieux pour toi que tu ne dises rien aux autres, même à ton maître.

Comme à son habitude, Saïs ne dit rien. Au moins, cela lui évitait de mentir. Cependant la jeune fille ne semblait pas à l'aise. Elle tremblait et semblait embarrassée. Lorsqu'ils rentrèrent à l'auberge, la jeune esclave lui donna tout ce qu'elle avait appris. Puis ils commencèrent à ranger toutes les affaires. Saïs et la jeune femme eurent le temps d'engloutir ce qui restait du gigantesque petit déjeuner qui avait été servi à Raz'Oul.  Lorsqu'ils arrivèrent en bas, Saïs ressentit une vive inquiétude. Certes, la présence de son maitre le rassurait mais celle de l'esclavagiste le paniquait plus que tout. Deux forces s'égalant plus ou moins, Saïs blémit, des tremblements se firent sentir et les vertiges commencèrent à lui tourner la tête. Puis tout se passe très vite. En l'espace d'un instant, une lame aux reflets brillants se retrouva entre les mains de son maitre et passa au fil la gorge de l'esclavagiste. D'un sens, le jeune esclave éprouva un immense soulagement.

Tout le reste passa très vite. Les tristes souvenirs de Saïs semblaient être restés pour veiller le corps de l'auberge. La sortie de la ville fut plus simple qu'il ne l'aurait cru et ils purent reprendre leur longue traversée des terres arides du Sud. La journée fut étouffante mais Saïs était plus coriace qu'il n'en avait l'air. Lorsqu'ils s'arrêtèrent, le maitre de Saïs eut une idée étrange :

- Atalia, tu m'as dit que la présence d'esclaves dans notre groupe pourrait être problématique lorsque nous atteindrons les terres des Velnasyin ? Il faudra faire en sorte qu'ils ne l'apprennent pas. Tu aimes bien le théâtre, Saïs ?
A dire vrai, Saïs n'avait jamais vraiment vu une vraie pièce de théâtre en dehors de quelques farces au marché alors il n'aurait pu le dire, de toute façon, ce n'était pas comme si on lui demandait réellement son avis. On va jouer un peu.  Tu joueras le rôle de mon fils, bien que tu n'aies pas hérité de mon charme inné.

- Oui maitre.
Devant le regard de son maître qui semblait le transpercer de part en part comme s'il voulait réellement l'embrocher, Saïs se remplit. Pardon. Père.

Son maitre grommela une réponse avant de continuer. D'un sens, le garçon fut soulager qu'Attalia ne soit pas censé être sa "mère". Le souvenir en était trop vif pour lui et il n'aurait pas su comment se comporter. Puis il s’affaira à changer dans les bagages pour trouver des vêtements convenables pour lui et Attalia. D'abord il se changea pour une chemise et un pantalon propres, il profita d'un long foulard ouvragé de son maitre pour se protéger la tête et le coût tandis qu'il prit quelques minutes pour enrouler autour de ses épaules l'une des capes courtes de son maitre. Son maitre lui confia également un poignard et son fourreau qu'il accrocha dans son dos pour le dissimuler. De toute façon, ce n'était pas comme si Saïs allait le tuer au beau milieu d'un pays inconnu, hostile et dangereux.

Lorsque la nuit arriva, ils eurent la chance s'installer avec une caravane. La soirée fut calme et le jeune garçon put même échanger quelques mots avec son maitre tandis qu'Attalia glanait des informations à son habitude et que la grande brute participait aux tours de garde. Le trajet fut long et difficile mais Saïs avait l'habitude des longues journées de travail sous les chaleurs du Sud alors il fit bonne figure. Par ailleurs, il porta une grande attention aux réserves qu'on lui avait confié. Par moment, on eut pu presque croire qu'il voulait que tout le monde ne meure de faim ou de soif mais c'était un sentiment qu'il ne connaissait que trop bien pour ne pas avoir envie de le vivre.

L'arrivée à l'oasis fut vécu comme une bénédiction par le garçon qui reconstitua immédiatement les réserves d'eau de leur groupe, en cas de départ précipité. Saïs avait compris que ce voyage n'allait pas être une partie de plaisir alors il voulait tout faire pour ne pas mourir en plein désert mais il ne voulait pas non plus alarmer les autres caravanes alors il lui fallait être discret. Ce qui n'était pas la chose la plus difficile pour lui.

Il profita justement de sa discrétion et de la préparation du repas pour s'éclipser et faire le tour de l'oasis comme l'aurait fait n'importe quel enfant de son âge mais contrairement aux autres, il nota tout. Là l'importante caravane de rhunien qui comptait au moins une cinquantaine d'hommes et femmes. Ici une caravane de haradrims plus modestes, tout au plus une trentaine de personnes qui semblaient transporter une précieuse cargaison car il y avait beaucoup de gardes. Il y avait aussi trois expéditions plus petites entre trois et huit hommes. Lorsqu'il rentra après avoir laissé trainé une oreille attentive, le repas n'était pas encore prêt alors le garçon s'assit près de son père avant de lui dire à voie basse :

- Père, en dehors des deux grandes caravansérails, j'ai vu de petites caravanes. Une d'entre elle vient de l'Est mais les autres semblent venir de l'Ouest depuis Assabia ou plus loin encore. J'esserai d'en savoir plus si cela vous convient, père.

Après un repas assez bon, Saïs fut jeté dans les pattes du grand mercenaire avec un sabre en main. Le garçon avait l'impression que l'arme faisait sa taille même si ce n'était pas le cas. Jassem commença par lui donner quelques conseils d'ordre généraux sur la manière de tenir sa lame, sur ce qu'il devait faire, et surtout, ce qu'il ne devait pas faire. Puis ils commencèrent à faire quelques passes. Ne voulant pas son décevoir son maitre... père, il mit autant d'énergie et d'application que possible. Au début, il chercha plutôt à savoir comment se placer, comment placer ses mains... en écoutant attentivement les conseils de Jassem et les remarques de celui qui était censé être son père.

Cette première leçon se termina sur un combat au sabre. Évidemment Jassem retint ses coups et son talent car il aurait fait probablement une bouchée du garçon puis ce n'était pas comme si ce dernier avait besoin d'apprendre la modestie. Cela n'empêcha pas Saïs de se battre comme un lion dans l'espoir de ne pas décevoir son maitre. Ne pouvant rivaliser avec le géant de muscle qu'était ce mercenaire, le garçon tacha de profiter de sa petite taille et sa fluidité pour s'échapper aux coups de l'énorme épée du mercenaire. Même s'il mettait toute sa meilleure volonté, Saïs savait qu'il ne pourrait pas vaincre Jassem dont la main gantée attrapa son sabre avant de lui arracher des mains puis de le tenir depuis le fil de son épée. D'une voix monocorde, il lui dit :

- N'oublie jamais d'être fourbe.

- C'est bien, Saïs.


Son père semblait content de lui alors le jeune homme s'installa au coin du feu pour se reposer de son combat. Après s'être rafraichi et avoir eu droit à quelques mots de son maitre, Saïs s'éclipsa discrètement pour aller se renseigner discrètement sur les deux caravanes qui pouvaient servir aux ennemis de Raz'Oul. Profitant de l'obscurité et d'une nuit sans lune, le garçon s'approcha des premières tentes. C'était une petite caravane de trois personnes, un homme se pensait important n'arrêtait pas de rabrouer ces deux hommes de main. Rien de bien inquiétant. S'esquivant, le petit se glissa jusqu'à la seconde caravane où il entendit :

- Tu crois que c'est eux ?

- Je ne sais pas, on ne dirait pas.

- Le chef semble correspondre à sa description.

- Oui mais pas les autres.

- Que faut-il faire ?

- Les suivre, discrètement.

La conversation bifurqua ensuite sur des sujets triviaux. C'était le signe pour Saïs de revenir à son camp. S'approchant de Raz'Oul, il lui fit un rapport sur ce qu'il avait entendu même s'il n'était pas certain des personnes que le fameux petit groupe suivait. Quoiqu'il en soit, ils partirent discrètement le matin avant l'aube pour éviter d'être suivis. Son maitre semblait lui accorder de plus en plus de confiance alors le petit garçon timide ne souhaitait pas le décevoir.

A mesure qu'ils s'enfonçaient dans le désert, la chaleur devenait de plus en plus étouffante malgré un vent sec qui battait les dunes. A un moment, Attalia et son maitre se mirent d'accord pour dire qu'ils venaient d'entrer dans le territoire du clan "Velnasyin" qu'ils décrivirent comme redoutable. Il ne fallut pas longtemps pour se retrouver face à de redoutables guerriers qui semblaient aussi dangereux que peu amènes. Ne suivant pas bien les tractations qui se passaient devant, Saïs avait un mauvais pressentiment et scrutait les environs. Soudain un cheval se fit entendre. Au loin, sur leur droite, Saïs remarqua un cavalier qui émergeait  d'une dune. D'une voix suffisamment faible pour n'être entendue que par son maitre et Attalia, le garçon lui dit :

- Père, sur votre droite.
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Qewiel
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Lun 29 Oct 2018 - 23:09

Atalia


Et voilà. On faisait ce qu'il fallait pour que l'épopée se passe au mieux et résultat, on se faisait - gentiment - menacer ! C'était bien pour son maître qu'elle participait à cette expédition... parce que là, l'homme libre, il ne lui donnait pas envie de continuer tout d'un coup. Mais bon... c'était là son rôle, sa vie, son service : obéir à son maître, quel qu'en soit le prix. Aussi Atalia s'inclina-t-elle une nouvelle fois devant Raz'Oûl, acceptant autant le compliment que la mise en garde. Mise en garde qui n'avait pas lieu d'être, d'ailleurs. Ainsi commença le départ pour la Bibliothèque Interdite... départ qui commençait assez mal entre Raz'Oûl et l'autre Jassem qui avait visiblement été assez malhabile pour se faire repérer. Au moins sortirent-ils de cette cité, après des têtes baissées, une mine l'air de rien, un pot de vin et un trot plus rapide que l'ensemble du monde qui allait dans la même direction.

Oui... effectivement la présence d'esclaves allait être un problème. Très bien, Saïs jouerait l'enfant de Raz'Oûl. Et elle... SA FEMME ?! Hum. Très bonne idée. C'était le mieux, effectivement. Ils auraient peut-être plus de scrupules à prendre la femme d'un riche dignitaire qu'une simple esclave. Bon... la deuxième femme, en fait. Trop jeune pour avoir enfanté de Saïs. Cela pourrait en même temps expliquer le manque de relation entre la mère et le fils, d'ailleurs, ce qui pouvait donner quelques scènes intéressantes. Jouer une femme riche, libre mais tout de même soumise à son mari voire même aux hommes dans leur ensemble allait être complexe à jouer. Il faudrait qu'elle soit des plus convainquantes pour ne pas attirer l'attention des plus pointilleux sur elle. Ce qui incluait... comment dire... une chose qui pouvait autant bien se passer que mal. Pour elle tout du moins. Parce que partager la couche d'un autre homme que son maître ne lui était pas habituel. Voilà, c'était pensé. Il fallait désormais qu'elle cache son tatouage et se pare de beaux atours. Pour le tatouage à l'épaule, c'était simple : un bandage pour protéger sa peau suite à une lampe à huile qui s'était malencontreusement déversée sur elle il y a quelques nuits. Il faudrait qu'elle pense à jouer la crainte de ces lampes et la préférence de rester à la limite entre l'ombre et la lumière. Pour les vêtements, ce fut un peu plus compliqué à trouver, Raz'Oûl ne se baladant pas avec des robes féminines dans ses sacs pour ses expéditions. Une fois une robe pas trop handicapante - les pantalons étaient quand même nettement mieux pour les voyages - ainsi qu'un voile coloré trouvés, l'esclave s'évertua à ranger ses habits normaux et cacher son épée à la selle de son cheval.

Les jours passèrent. Atalia resta avec son "mari" la majorité du temps mais il se trouva certains moments où elle se voyait discuter avec d'autres femmes, étrangement toujours les mêmes. Notamment une très jeune femme nouvellement mariée extrêmement bavarde et désirant secrètement penser autre chose qu'à celui avec qui elle partageait la couche, de ce que l'esclave pouvait comprendre de son comportement. Elle en posait de ces questions parfois... heureusement qu'Atalia pouvait être très imaginative quand elle le voulait, cela lui permettait d'inventer des détails cohérents à la volée. En tout cas, elle se rendit assez rapidement compte qu'elle allait avoir du mal avec les autres femmes... enfin qu'elle allait avoir du mal à afficher ouvertement des émotions sur son visage. Ce n'avait pas été dans son éducation.



"J'ai repéré une caravane de marchands Rhûniens qui passent également leur nuit ici. Il y a des femmes parmi eux, et au Rhûn les femmes sont traitées comme indépendantes et égales ou presque aux hommes. Va leur parler, peut-être que tu apprendras quelque chose d'utile. Atteindre la Bibliothèque Interdite sera dangereux, nous ne pouvons pas nous permettre de se perdre et d'errer dans le désert inutilement. Mais avant ça, prépare nous un repas ; Jassem pourra peut-être t'aider.
- N'avez-vous pas peur qu'elles me pervertissent avec leurs idées incongrues, cher mari ?"


La question avait été posée suffisamment bas pour ne pas être entendue de tout le camp mais également suffisamment fort pour que les personnes les plus proches l'entendent. Oui elle avait osé parler ainsi à Raz'Oûl ; et non elle n'avait aucunement mis de plansanterie dans sa voix. C'était une véritable question d'une femme soumise à son mari qui pouvait avoir peur d'un quelconque retour de bâton si elle venait à avoir de mauvaises pensées. Ou comment brouiller une conversation pour l'extérieur. Un seul regard de Raz'Oûl suffit à sa femme. Un peu plus bas, elle parla à nouveau.

"Très bien. J'irai leur demander si elles en ont juste après le repas. Jassem, pourriez-vous m'aider je vous prie ?"

Ainsi alla-t-elle s'occuper du repas, ce qui était de toute façon sa tâche en tant qu'esclave. Si ce n'est qu'elle éprouvait un fin plaisir à faire travailler un homme libre à cette même tâche. Autant en profiter, comme ça ils mangeraient plus tôt. Le repas fut simple bien que complet, l'esclave ne pouvant se permettre de montrer que le dignitaire manquait de beaucoup - ou qu'ils se rationnaient comme s'ils étaient en expédition. La chance d'avoir plusieurs fois eu à voyager avec son maître et ses habitudes souvent luxueuses. Il suffisait juste de faire moins faste et cela passait bien. En plus ils se trouvaient à un oasis donc pouvaient racheter des vivres sur place.

Les femmes du Rhûn. Atalia alla les voir en faisant comme si elle était une personne libre mais quelque peu timide face à des étrangères. Du moins en surface. Parce qu'elle n'hésita pas à regarder derrière elle lorsqu'une femme l'accueillit puis à demander comment ça se passait dans leur pays... vis-à-vis des femmes. Comment elles vivaient cette liberté qu'elle ne possédait pas suffisamment. Ne voyant ni le mari, ni le fils, ni le garde du corps, elle se permit ainsi de rester avec celles qui allaient l'instruire. Elles discutèrent ainsi longtemps, Atalia pensant à ne pas trop s'approcher des sources de lumière, parlant des coutumes de leurs deux pays avant d'en venir aux sujets plus littéraires. C'est à se moment qu'arriva avec un linge la jeune mariée très bavarde, qu'elle venait juste rendre à celles qui l'avaient dépannée plus tôt dans la journée. La gamine eut un grand sourire en voyant Atalia et, reconnaissant une personne qu'elle appréciait, n'hésita pas à s'approcher. Elle fut donc conviée à la discussion... et ce fut étrangement elle qui apporta le plus d'informations intéressantes à la fausse mariée. Visiblement cette gamine était férue d'histoires en tout genre, apportant des on-dit qui semblaient intéressants aux oreilles d'Atalia. Des qui étaient du style à se révéler à peu près vraies. L'esclave faisait comme si elle n'en avait entendu parler que comme des contes pour enfants mais détailla chaque réaction des personnes l'entourant. Non, vraiment, Raz'Oûl avait eu une bonne idée de demander à ces femmes si elles savaient quoi que ce soit. Et elle avait eu le bon instinct que d'écouter l'autre en quête d'une interlocutrice. Parce que les deux ensemble, cela donnait une petite panoplie d'informations bonnes à remettre les unes avec les autres. Après plus d'une heure de présence des hommes vinrent chercher la jeûnette qui commençait à avoir plusieurs dizaines de minutes de retard. Son mari risquait de la châtier... Heureusement pour Atalia, elle n'avait pas ce risque. Elle était soit-disant trop bonne au lit pour que son époux pense à la mettre dans un piteux état pour la nuit...




"Elles avaient ce qui me manquait, époux."

Atalia s'assit à côté de Raz'Oûl, dans la tente, tout en lui montrant un sachet en tissu dans lequel se trouvait quelques épices. Mais ce n'était pas le mieux. Elles avaient effectivement les quelques informations qui lui manquaient et c'était bien parce qu'elle avait dû faire tout un tri dans son esprit qu'elle revenait si tardivement, bien après avoir quitté les femmes du Rhûn.

"Au sixième jour vers le soleil levant,
Assabia la belle, tu nous oublies au tournant.
Vers la fleur brûlante tu nous entraînes,
Fille des sables, deux jours durant
Tu marches en ayant l'aube à ta gauche.
Alors tu reprendras ta marche, éreintée,
Contemplant la naissance pour une dernière journée.
Alors se trouveront les os des possédés
Alors les tombes seront relevées
Et dans les ténèbres les cendres dispersées."


Elle s'allongea alors, fatiguée d'avoir tant travaillé le relationnel avec autant de monde en seulement une soirée.

"Cela nous donne le chemin, une vieille histoire pour enfants. De celles qui leur font suffisamment peur pour qu'ils n'osent jamais s'aventurer dans les parages. Je pense que par os et tombes ils veulent signifier des ruines. A savoir maintenant comment entrer dans la bibliothèque... Il parait qu'il y a une histoire de sang et de magie. Si seulement cette chose existe."

Atalia se mit à bailler. Elle se frotta un instant les yeux puis se releva.

"Si vous me le permettez... je vais profiter de la nuit pour aller me laver."

Elle attendit un accord, de quelle que manière que ce soit, pour sortir de la tente avec quelques affaires. Elle n'avait pas envie de se laver devant cet homme ni devant le petit Saïs. Et, dans le fond, depuis qu'elle se voyait obligée de dormir avec lui elle craignait qu'il ne profite de leur proximité physique. Jusque là ce n'avait pas été le cas... mais elle attendait de voir la suite du voyage.
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