Sur les Flots Noirs et Grondants

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Ryad Assad
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Mar 26 Jan 2016 - 0:26
Sur les Flots Noirs et Grondants



Pas un souffle de vent ne venait troubler le calme du grand Lac qui bordait Esgaroth. Pas un bruit ne venait déchirer l'épais silence qui reposait sur ses eaux noires comme la nuit. Pas la moindre lumière ne perçait le voile nuageux qui s'était emparé du ciel et qui avait capturé entre ses griffes cotonneuses le regard bienveillant que la lune et les étoiles posaient sur la Terre du Milieu. Il ne faisait pas froid. Il ne faisait pas chaud. Une brume venue de l'Est avançait vers la cité lacustre, brouillard opaque fruit d'une quelconque sorcellerie qui mangeait l'horizon et le faisait disparaître entre les mâchoires béantes d'une créature sans corps, sans forme, sans âme. C'étaient sans doute les Orientaux et leur magie. On racontait bien des choses, sur les terres du Roi Gudmund de Dale. On murmurait que les mauvais hommes étaient revenus, et qu'ils étaient cette fois armés pour la guerre. On parlait de leurs soldats innombrables, qui avançaient en une multitude silencieuse, pareils à une armée de serpents glissant sur les plaines des terres sauvages. Ils filaient entre les herbes, entre les arbres, par les lacs, les rivières et les fleuves. Ils survolaient les montagnes sur le dos de créatures fantastiques, plongeaient dans les entrailles du monde en suivant de gigantesques monstres de flammes aux yeux de braise. Le Gondor, murmurait-on, avait été leur première victime. Les rumeurs allaient bon train, portées aux quatre coins du monde par des fuyards hébétés que l'on voyait émerger ici ou là. Des milliers. Des centaines de milliers. Des millions. Les Orientaux étaient en marche, et venaient chercher la guerre.

Esgaroth observait vers le lointain avec appréhension. Les frêles maisons de bois construites à même le lac par la vaillance des hommes ne résisteraient pas une nouvelle fois au feu destructeur. La cité n'en finissait plus de subir des fléaux, et cette nouvelle menace pourrait bien avoir raison de l'opiniâtreté légendaire des hommes d'ici. A quoi bon ? A quoi bon lutter, bâtir et aimer, quand tout était voué à disparaître ? La glace d'abord, s'était emparée de la cité lors d'un hiver qui avait mis à mal le commerce. Des gens étaient morts. Beaucoup trop. La famine avait frappé, quand les récoltes avaient été détruites par le gel, et nombreux étaient ceux qui avaient migré vers le Sud, à la recherche d'un peu de chaleur. Ils n'avaient trouvé que la guerre, la souffrance et la misère. De ceux qui étaient restés, par choix ou par obligation, combien avaient péri à cause de la maladie… du froid… des loups descendus des montagnes… des Gobelins sortis de leurs trous puants… Qui n'avait pas perdu un frère, un cousin, un père ou un ami ? Esgaroth avait été saignée. Saignée par la guerre, saignée par la lutte contre l'Ordre de la Couronne de Fer et ses maléfiques serviteurs. Et quand on avait cru que les choses allaient s'arranger, il n'en avait rien été.

Le mariage royal. Ah, le mariage royal… On en avait parlé, tant et tant que le monde entier s'était déplacé à Minas Tirith pour assister aux épousailles entre la princesse de Dale et le Roi de l'Arnor. Combien de Dalites, combien d'hommes du Lac avaient fait le trajet pour porter haut les couleurs de leur beau royaume, petit certes mais vigoureux. Ils tenaient à montrer au monde entier que leur ardeur ne s'était pas éteinte avec l'hiver. Leurs artistes, leurs artisans, leurs marchands avaient entendu conquérir les cœurs et les marchés du Gondor, de l'Arnor, du Rohan. Ils pensaient y trouver la fortune qu'eux-mêmes avaient perdu. Ils ne rencontrèrent que davantage de misère. Fallait-il se tourner vers les misérables marchands du Harondor, chassés de leur terre par la poussée des sauvages Haradrim ? Fallait-il en vouloir aux Rohirrim, dont le royaume avait été dévasté par la guerre civile et le Rude Hiver, de ne pas vouloir acheter les produits de luxe produits par les talentueux artisans Dalites ? Fallait-il, enfin, en vouloir aux Arnoriens qui avaient souffert peut-être plus que tout autre royaume des méfaits de l'Ordre de la Couronne de Fer et qui pleuraient encore la mort des trois enfants de leur souverain ? Assurément, nul ne pouvait leur en vouloir. Bien des négociants avaient regagné Esgaroth sans avoir réalisé le bénéfice exceptionnel qu'ils espéraient, convaincus désormais que le monde entier courait à la ruine et que le départ de Dinael allait les condamner davantage que les sauver.

La seule chose qui leur restait, c'était le lac.

Ce lac d'où ils tiraient leur richesse, leur subsistance, et leur ouverture sur un monde bien plus grand, bien plus vaste. C'était lui qui les fournissait généreusement en poisson et qui avait permis à la ville de survivre même au plus fort de l'hiver. Esgaroth dépendait de lui, des navires qui y voguaient quotidiennement, porteurs des denrées dont la petite cité avait cruellement besoin. Mais le lac leur avait joué un mauvais tour. La fonte des glaces dans le Nord avait apporté son lot de malheurs, et beaucoup avaient vu descendre des contrées sauvages des cadavres figés qui semblaient ne pas vouloir disparaître dans les profondeurs. Entre les blocs gelés dont la taille qui allait diminuant préfigurait le retour d'un été des plus chauds, on pouvait apercevoir ici un bras, ici une jambe. De pauvres âmes prises par le gel au plus fort de l'hiver qui, alors que ce dernier cédait la place à des températures plus douces, étaient enfin libérés de l'oubli. Ils allaient descendre l'Anduin, très certainement, et rallier la Grande Mer du Sud, s'ils n'étaient pas dévorés par un quelconque monstre marin entre temps, bien entendu. Ce n'était pas un bon présage, hélas, et ce ne fut pas le seul malheur que le lac apporta.

Le niveau des eaux monta, bien plus que d'ordinaire, et de nombreux quartiers d'Esgaroth furent inondés, rendus invivables. Il fallut beaucoup d'effort pour déplacer les malheureux qui voyaient leur foyer être peu à peu englouti par les eaux. Forcément, il s'agissait des gens les plus pauvres de la ville, qui n'avaient guère les moyens de trouver un autre abri. Certains partirent, tout simplement, et on ne les revit jamais à Esgaroth. D'autres décidèrent de rester, mais durent mendier pour survivre, et essayer de gagner chaque jour de quoi tenir jusqu'au lendemain. Ce n'était pas une vie.

Alors quand le malheur frappa encore la cité lacustre, quand les navires qui garantissaient encore un peu la survie des habitants commencèrent à disparaître les uns après les autres, l'inquiétude rongea les cœurs. C'était peut-être la fin, après tout. C'était peut-être un signe du destin, un dernier coup fatal porté aux courageux habitants qui avaient résisté à tant de tragédies. Certains pensaient à migrer vers Dale, rejoindre la famille qu'ils pouvaient avoir là-bas, et essayer de reconstruire quelque chose. D'autres songeaient tout simplement à mourir vite, pour s'épargner des tourments inutiles. Il pouvait leur suffire d'attacher des pierres à leurs pieds, et de plonger dans les eaux froides du lac où ils reposeraient pour toujours. N'était-ce pas une belle mort ? N'était-ce pas un beau tombeau ? Oui, au moins ils reposeraient en paix… Mais ils regardaient leurs enfants, dont les yeux vifs trahissaient à quel point ils ne comprenaient pas cette situation nouvelle et étrange, et ils se ravisaient, trouvaient encore la force de vivre pour permettre à leur descendance de connaître des jours meilleurs.

Le Capitaine Syla eut un soupir résigné.

Il poussa du pied la pierre à ses côtés, laquelle glissa dans l'eau en produisant un gros « plouf ! » sonore. Une autre fois. Pas maintenant. Il passa la main sur son visage, pour en chasser les gouttes de sueur, et remit de l'ordre dans sa tenue, sans cesser de fixer le lac immobile qui gisait devant lui comme un miroir sombre couché face au ciel. Les volutes brumeux qui semblaient ramper jusqu'à lui, sournois et dangereux, l'inquiétaient. Leur démarche serpentine le mettait mal à l'aise, et dès qu'il les fixait trop longtemps, il lui semblait discerner des silhouettes floues et grossières qui l'observaient. Il avait l'impression de devenir fou. Il renifla, et se racla la gorge, rassemblant ce qu'il restait de son courage. Bien peu de choses, en vérité. Non sans un dernier soupir, il s'éloigna du Lac, et se tourna vers la caserne. Une poignée baissée plus tard, et il pénétrait dans la pièce mal éclairée, pour y découvrir ses « recrues » :

- Bonsoir à tous.

Il les dévisagea avec amertume, et ironisa :

- Je ne pensais pas que nous serions aussi nombreux…

Il y avait un grand nombre de chaises vides dans la pièce, et pourtant on ne pouvait pas dire qu'elle était grande. Syla ne se permit même pas un sourire railleur. Il préférait ne pas se laisser aller au cynisme le plus absolu… le fait d'avoir une fille ne l'autorisait pas à sombrer dans ce travers. Il se racla la gorge, encore une fois, et reprit :

- Vous êtes donc là pour résoudre le mystère du Lac, hm ? Je suis le Capitaine Syla, de la Milice d'Esgaroth. C'est moi qui suis chargé de vous guider et de veiller à ce que cette affaire soit résolue convenablement.

C'était le poste ingrat par excellence. Depuis que le Comte Saule avait pris les rennes de la ville en remplacement de l'ancien Comte Skaline, beaucoup de choses avaient changé. Saule n'était qu'un pion de Gudmund, qui comptait énormément sur sa fidélité pour reprendre le contrôle d'une ville trop longtemps laissée aux seuls soins de Skaline et de ses hommes. Pour cela, le nouveau dirigeant de la cité avait recruté une garde d'une vingtaine de soldats, bien équipés et bien formés, placés sous la direction du Conseiller Martial Toras. Ces soldats étaient devenus dans les faits l'élite des troupes de Dale, et la Milice avait été reléguée au second rang. C'était la raison pour laquelle c'était à un Milicien qu'on avait demandé d'accompagner les mercenaires venus travailler à la résolution de l'enquête. Syla, à l'évidence, aurait tout donné pour être ailleurs.

- Je pense, reprit-il, que si vous êtes là, c'est que vous voulez répondre à l'annonce faite par le Comte Saule. Une prime sera donnée à quiconque résoudra le mystère des attaques du Lac, et y mettra fin. Je suis chargé de veiller à ce que tout se passe… eh bien… à ce que tout se passe pour le mieux.

Implicitement, il leur signifiait qu'il était là pour éviter tout débordement dans la cité : personne ne tenait à ce qu'une bande de mercenaires vînt semer la zizanie à Esgaroth alors que ses habitants étaient au plus mal. Non.

- Vous n'êtes pas sans savoir que plusieurs navires ont disparu, corps et biens. Les équipages ont été tués de la plus horrible des manières, les navires détruits, et ce qu'ils transportaient envolé. Rares sont les marins qui accepteront de prendre la mer, et pour vous éviter des coûts supplémentaires, c'est vers moi que vous devrez vous tourner si vous désirez arpenter le Lac.

Il était loin de sauter de joie.

- Cela signifie également que vous allez devoir travailler ensemble à la résolution de cette affaire, je suis désolé. Si vous réussissez, vous vous partagerez la prime. Si vous échouez, eh bien…

Il marqua une pause. Repensa au caillou. Repensa à sa fille. Son absence n'avait duré qu'un instant, mais tous purent noter qu'il était ailleurs. Il fit comme si de rien n'était, et changea de sujet :

- Il est trop dangereux de naviguer ce soir. Pour l'heure, toutes les attaques ont eu lieu à la nuit tombée, et il ne serait pas prudent de s'aventurer sur le lac maintenant. Puisque vous ne pouvez pas bouger, et que nous allons être amenés à travailler ensemble, eh bien… présentez-vous, chacun à votre tour, et posez-moi les questions qui vous taraudent. Si je ne peux y répondre, je peux toujours vous indiquer des gens en ville qui sauront.

Il y avait un certain nombre de personnes bien informées à Esgaroth – ou en tout cas qui se disaient bien informées, cela ne signifiait pas ce c'était vrai – et il y en avait d'autres, plus difficiles à trouver, qui connaissaient des choses mais préféraient ne pas en parler. Il fallait parfois les pousser un peu pour obtenir des résultats, mais ce n'était pas aussi simple. Tout le monde se connaissait dans la ville, et on ne pouvait décemment pas malmener un voisin, ou le parent d'un ami. Ce serait plus simple pour des étrangers qui n'avaient rien à voir avec la ville, et qui sauraient peut-être trouver les mots pour être convaincants sans avoir à se montrer agressifs. Syla balaya son assistance du regard, et désigna la personne sur sa droite :

- Vous voulez commencer ?


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Hadhod Croix-de-Fer
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Mer 17 Fév 2016 - 19:40

Elle inspira lentement, puis, comme le lui avait enjoint la capitaine Syla, ébaucha une présentation très succinte d'elle-même et de ses motivations. Il ne lui plaisait guère de raconter sa vie de but en blanc à un homme qu'elle ne connaissait que depuis quelques minutes, et pourtant elle ne pouvait s'accorder un refus catégorique qui aurait pour conséquence de la faire rayer de l'enquête, alors que celle-ci n'avait pas encore débuté. Elle coupa donc la poire en deux et en dit juste assez pour contenter l'interrogateur.

– Eh bien, je me prénomme Venefica, et je suis arrivée cet après-midi-même en compagnie de l'elfe qui est assis à ma droite.

Marquant une petite pause pour laisser le temps au capitaine milicien de poser à nouveau le regard sur Brynjaleifre, elle ne reprit que lorsqu'elle eut à nouveau droit à son attention...

– Nous sommes venus de Dale, où, vous pouvez facilement l'imaginer, les nouvelles et les rumeurs concernant ces disparitions de navires ne sont pas rares. C'est un gros poissonnier venant de votre ville qui m'a appris que quelque chose ne tournait pas rond. Son état, qui était loin de transpirer la sobriété, et son bagout, auraient pu m'insinuer des doutes sur la véridicité de ses aboiements, n'eussent été les autres récits que mon camarade a glané sur la place du marché de Dale, hier matin. J'ignorais alors encore que le Comte avait promis une récompense pour aider à élucider ces mystères ; la seule chose dont j'étais sûre, ça oui, c'est que des mystères étaient bien à élucider. Ce qui demande de l'intuition, un sens de l'observation, de l'analyse. Ces qualités, les femmes les ont en règle générale, mais chez moi ils sont particulièrement développés, enfin je crois.

Elle avait décidé de rester sur une version édulcorée de ses qualités. Dévoiler tout le côté mystique et onirique aussi tôt dans l'enquête était trop risqué : ce Syla était sans doute beaucoup plus terre-à-terre que Brynjaleifre, et il aurait tôt fait de la prendre pour une excentrique et de la jeter dehors avec un coup de botte dans le derrière en prime.

– À défaut de posséder une barque, nous avons longé la Celduin à pied depuis Dale. Nous aurions pu monnayer un voyage fluvial auprès d'un batelier, mais y avons renoncé, et je pense que vous comprenez pourquoi. Cela nous a occasionné un petit délai mais nous sommes finalement arrivés sur les pontons en milieu d'après-midi. C'est à l'auberge du Repos Éternel que votre subalterne nous a écouté, repéré, et nous a donné ce rendez-vous avec vous, et que nous avons finalement accepté. Quitte à résoudre des énigmes, autant que ce soit pour le bien commun. D'abord, ça me permet de vous poser la question, à vous, capitaine, et de pouvoir enfin espérer une réponse plus sûre qu'en se fiant aux on-dits. Combien de navires ont réellement sombré dans le lac et... de quand date le premier naufrage ?

C'étaient plutôt deux questions réunies en une, à vrai dire. Et ce n'était qu'une infime partie de la liste d'interrogations qu'elle avait dressé dans sa tête durant ses dernières heures. La soirée à la caserne risquait d'être longue... mais passionnante.




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Dernière édition par Hadhod Croix-de-Fer le Dim 13 Nov 2016 - 12:32, édité 1 fois
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Ven 1 Avr 2016 - 1:33
Syla écouta la jeune femme avec attention. L'exposé de son périple pour rejoindre Esgaroth était émouvant, mais il s'en serait bien passé. D'ailleurs, il se serait bien passé d'elle tout court. Il avait espéré avoir affaire à des guerriers, et il ne lui semblait pas que la place d'une femme était à la résolution d'une enquête de ce genre. Mais bon, il n'avait pas assez de volontaires pour se permettre de repousser les rares âmes charitables – enfin presque – qui avaient accepté de se porter volontaire pour une telle mission. Et puis son bla bla sur l'intuition féminine n'était pas complètement dénué de sens, et il se disait que si les hommes n'y arrivaient pas, ça ne pouvait pas aggraver la situation que de laisser une femme y mettre son nez. Par contre, il faudrait qu'il arrive à digérer le fait d'avoir une représentante du beau sexe à son bord. Ce n'était qu'une grosse barque qu'on leur avait confiée pour aller se promener sur le Lac, mais ça n'en demeurait pas moins un bateau, et il savait ce que les marins racontaient à propos de la présence féminine à bord. Ca portait malheur, ça attirait les créatures de profondeurs, ça déclenchait des tornades et quand un matelot mettait le grappin dessus, ça empêchait le voisinage de dormir. Bref, une vraie plaie. Tout à ses pensées, il mit un moment à revenir à lui après que Venefica, puisque c'était son nom, eût terminé son exposé incommensurablement long et inintéressant. Il voulait simplement savoir si elle savait se battre à l'épée, et si elle avait déjà affronté des Orientaux… Pas connaître la distance qu'ils avaient parcouru pour rejoindre Esgaroth.

- Très bien, merci.

Il était difficile de ne pas voir sa lassitude, et son désir d'être ailleurs. Il voulut changer de sujet, mais il se rendit compte que les gens présents attendaient de ses nouvelles. Une rapide fouille dans sa mémoire lui apprit qu'en effet, la femme lui avait posé une question, et qu'il se devait d'y répondre :

- Je ne saurais vous dire exactement. Cela fait quelques mois que ça a commencé. Depuis le dégel, je dirais. A peu près au moment où on a commencé à entendre parler des Orientaux qui se sont installés à l'Est d'ici.

Il fit un geste de la main, comme s'il se retenait de frapper un homme invisible. De toute évidence, la rancœur était tenace entre les gens du Lac et les hommes de Rhûn. Beaucoup se souvenaient des incursions de leurs esclavagistes, et quelques rumeurs circulaient comme quoi des gens disparaissaient ici ou là. Le lien était facile à faire.

- Quant au nombre de navires… Officiellement, il y en a eu six. On n'a pas retrouvé le moindre membre d'équipage en vie. Il y a quelques jours, quelques cadavres ont émergé, et c'est là que le Conseiller Martial a décidé de faire appel à des merc… à des gens de l'extérieur. Cependant…

Il marqua une pause. D'un bref coup d'œil, il vérifia que personne ne les écoutait, et que toutes les portes étaient bien fermées. Par précaution, il baissa d'un ton, et reprit :

- Cependant il y a un autre navire qui a disparu. Il s'est volatilisé récemment, peu après que nous ayons fait circuler l'information. Ce navire… je ne sais pas ce qu'il contenait, mais apparemment c'était quelque chose de précieux. Personne n'est au courant en ville, alors ne le répétez pas. Si ça sort d'ici, je saurai d'où ça vient.

Il leur lança une œillade entendue. Il ignorait absolument quelle était la nature de la cargaison qui voguait sur ce navire, mais il était présent quand le Conseiller Martial avait reçu la nouvelle. Ce dernier était devenu blême, et pour la première fois il avait perdu de sa superbe devant ses hommes. C'était là que Syla avait compris qu'ils avaient un vrai problème.

Revenant à son auditoire, il leur demanda :

- Bien, d'autres questions ?


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Dim 3 Avr 2016 - 17:18

Les premières précisions apportées par le capitaine Syla captèrent instantanément l'attention de la jeune femme, même si aucune révélation n'était venue poindre dans son esprit immédiatement.

Cela faisait donc plusieurs mois que des navires disparaissaient, et ce n'était que maintenant que les autorités se décidaient à mener une action contre les auteurs de ces événements, ou tout du moins à réunir une équipe pour enquêter sur cette affaire. Mais elle se garda bien de faire part de son étonnement à son interlocuteur, qui serait sans doute vexé par une telle critique envers sa hiérarchie. À moins qu'il ne partageât ce point de vue, bien sûr, mais elle ne pouvait en être certaine et préféra ne pas prendre le risque.

Les dernière paroles de l'homme d'armes titillaient l'imagination de Venefica, et en même temps l'intriguaient. Elle se demandait quelles pouvaient bien être ces choses précieuses dont était chargé le dernier navire envoyé par le fond, et pourquoi cette cargaison était entourée de tant de mystère. Syla pouvait bien dire qu'il ignorait la nature de son contenu, elle avait de sérieux doutes à ce sujet : elle avait le désagréable sentiment que leur « chef » ne voulait pas leur en dire plus que ce qui était strictement nécessaire à l'avancée de l'enquête. Bref, dans cette histoire, ils étaient les petits enfants dont on s'amuse de la naïveté, c'est en tout cas ce qu'elle pensait deviner, et elle n'aimait pas beaucoup cela.

- Apparemment, le choix des embarcations à couler ne vient pas spécialement de leur cargaison, finit-elle par dire après quelques instants de réflexion. Sinon, pourquoi s'en seraient-ils pris à plusieurs embarcations qu'on pourrait qualifier de banales, si vous me pardonnez l'expression, pour ensuite faire sombrer un bateau plus... spécial ?

C'était davantage une question rhétorique qu'une véritable interrogation, aussi continua-t-elle de développer le fil de ses pensées sans attendre une réponse immédiate de la part du capitaine...

- On dirait bien que ceux qui s'attaquent aux navires cherchent à attiser la terreur des habitants de votre ville. En s'attaquant au commerce fluvial, en dissuadant les bateliers de naviguer sur les eaux du lac, c'est la ville entière qu'ils cherchent à immobiliser, pour ainsi dire. À moins que ce ne soit par pure cruauté, par volonté de faire le mal et de détruire. J'ai toujours entendu dire que les hommes de l'Est étaient particulièrement barbares ; des actes comme ceux-ci ne m'étonneraient pas d'eux, c'est vrai. Il reste cependant une chose que je ne saisis pas. Je ne suis pas une experte maritime, loin de là, mais... vous dites que les navires ont disparu corps et biens... Par quels moyens peut-on faire couler un navire ? Par le feu, mais cela se serait vu, non ? Et même s'il y a des moyens plus discrets pour faire prendre l'eau à une embarcation, comment les assaillants ont-ils regagné la rive, une fois leur forfait commis ? Ils seraient eux aussi venus en bateau, mais d'où, et surtout où sont-ils repartis ?

Il ne faudrait pas moins que toute l'équipe réunie ici pour élucider ce mystère.




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