Tales Of Umbar

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Mer 3 Fév 2016 - 4:02
Tales Of Umbar



Un rugissement retentit dans les couloirs du Palais. Les serviteurs les plus expérimentés se replièrent prudemment dans les alcôves qui parsemaient les couloirs, offrant ici ou là des espaces d'intimité où chacun pouvait discuter comme il l'entendait. Le secret était le maître mot, dans la Cité du Destin. Quiconque entendait des choses qu'il ne devait pas entendre ou voyait des choses qu'il ne devait pas voir s'exposait à un châtiment terrible. La mort, dans le meilleur des cas. Si le bourreau était clément, elle pouvait survenir rapidement, et sans trop de douleur.

On craignait les espions, on avait peur de ce qu'ils pouvaient apprendre, de ce qu'ils pouvaient dévoiler. On craignait les assassinats, les complots et les trahisons. On ne comptait plus le nombre de pirates renommés qui avaient fini une lame plantée entre les côtes, ou un carreau d'arbalète fiché dans la poitrine. Le Palais était peut-être le lieu le plus sûr de toute la ville, mais cela ne signifiait pas qu'on n'y était pas en danger. Aucun être n'était parfaitement en sécurité, dès lors qu'il mettait les pieds à Umbar.

Umbar.

La cité resplendissait, brillait de mille feux. On fêtait la victoire, et le retour des troupes. Des compagnies entières de mercenaires avaient déferlé dans la ville, les poches pleines d'un or sonnant et trébuchant qui serait bientôt échangé contre la nourriture de tout marin : du rhum, des femmes et de la bière. Les navires vomissaient littéralement les richesses du Harondor, pillées sans vergogne pendant la campagne qui avait duré de longs mois, et qui avait vu les armées du Seigneur Taorin remporter une incroyable victoire sur les troupes de Radamanthe. La renommée du pirate avait grandi, et on l'avait appelé « sauveur », « prince » et même « élu ». Elu… Il l'avait été, en effet. Elu par son armée pour gouverner la cité de Dur'Zork, nouvelle capitale d'un territoire qui n'avait ni nom définitif, ni frontière stable. Elu…

Les cris se propagèrent dans l'aile Ouest, d'ordinaire tranquille à cette heure de l'après-midi, quand le soleil tapait trop fort pour que quiconque trouvât l'énergie de bouger ou de parler. Des bruits de pas pressés, nombreux, indiquèrent qu'une cohorte arrivait. C'était Aric. Bien sûr. Il était encadré par les mêmes hommes que d'habitude, mais cette fois il paraissait plongé dans une fureur noire. Ses compagnons n'étaient pas de meilleure humeur, et il semblait qu'on avait encore refusé d'accéder à sa requête. Une fois de trop, sans doute. Ses vociférations transpercèrent l'air lourd comme une flèche enflammée :

- Ces rats, ces lâches, ces chiens puants ! Comment peuvent-ils laisser un tel crime impuni !? Si j'étais Seigneur Pirate, je demanderais un vote et je ferais lever la plus grande armée que le Harad ait jamais vu, pour aller venger l'affront qui nous est fait !

S'il était Seigneur… C'était précisément là que ça coinçait. Aric n'était que second. Il n'avait toujours été que second, et de toute évidence le Conseil considérait que sa place n'était pas à la table des grands. Il avait peut-être secrètement espéré pouvoir glaner du pouvoir, et devenir enfin quelqu'un d'important dans la Cité : quelqu'un que l'on reconnaîtrait, et que l'on saluerait. En réalité, il resterait toujours ce pirate exceptionnellement doué, mais dont le nom ne passerait pas à la postérité. Son amertume s'était transformée au fil des semaines en une profonde frustration, laquelle était devenue au fil des mois une haine brûlante. Désormais, il n'était que fureur et violence. Ses hommes le soutenaient, lançant des regards incendiaires à ceux qui ne déguerpissaient pas assez vite.

- C'est ce que nous allons faire… Oui… Nous allons faire payer à ces scélérats ! Vengeance !

- Vengeance ! Crièrent ses hommes en retour.

Et ce fut avec ce cri aux lèvres qu'ils quittèrent le Palais, ralliant toujours plus de curieux et de badauds. Ils furent un instant subjugués par son discours, par son charisme, par sa prestance. Par l'appât du gain, aussi. Et puis ils comprirent. Ils comprirent que son discours n'était porteur d'aucun avenir radieux et glorieux dont ils pourraient profiter. Ils comprirent que son charisme tenait surtout à l'étincelle déraisonnable que l'on pouvait lire dans son regard, et qu'il était susceptible de les plonger dans une éternité de chaos si cela servait ses objectifs. Ils comprirent que sa prestance n'était qu'illusion, et qu'en dépit de son escorte et de ses atours, il n'était personne. Quatre hommes acceptèrent de s'avancer quand il appela la foule à lui emboîter le pas.

Quatre.

Aric les dévisagea intensément, comme s'il les adoubait silencieusement, sans un geste, en les reconnaissant comme les plus braves, les plus preux et les plus honorables. D'une voix rugueuse, il grogna :

- Allons, mes amis… Allons saigner ces porcs du Gondor ! Allons leur faire payer leurs crimes ! Les Seigneurs Pirates ne veulent pas prendre le risque de froisser son Altesse Mephisto le gras, Haut-Roi d'un peuple de catins et de mignons… Qu'ils aillent par le fond ! Vengeance !

Ses hommes reprirent son cri, et la foule se retourna une dernière fois devant ces curieux personnages qui semblaient comme possédés par une force surnaturelle. Sûrement une quelconque magie. Aric regarda autour de lui. Pour le moment, tout le monde lui tournait le dos, mais dans quelques mois… Lui qui avait toujours été second, lui qui avait toujours obéi fidèlement, voyait enfin une chance de changer radicalement d'existence. Tant que ses convictions resteraient ancrées, et qu'il n'aurait pas rendu la justice, il trouverait l'énergie de se battre. Tant que la mémoire de son Capitaine ne serait pas vengée, il ne trouverait pas le repos.

Son Capitaine… sauvagement assassiné pendant un mariage royal par les séides du Gondor, alors que les mêmes prônaient la paix. Il n'y aurait pas de paix. Il n'y aurait plus jamais de paix. Il n'y aurait que la dévastation, et s'il devait l'apporter lui-même au cœur des chaumières du Gondor, il le ferait. Vengeance… Vengeance… C'était tout ce que son âme réclamait…


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Jeu 4 Fév 2016 - 3:34
Il s'assit lourdement sur un épais fauteuil de cuir soigneusement rembourré, et se laissa aller à croiser les jambes en poussant un soupir de profond soulagement. Il avait marché toute la journée, allant d'un rendez-vous à l'autre sans même avoir le temps de se reposer. Enfin, il abordait sa dernière entrevue de la journée, mais certainement pas la moins importante. Ce n'était pas un client avec qui il était obligé de faire semblant d'être sincère, accepter les blagues les moins drôles et les réflexions les plus stupides. Ce n'était pas un déjeuner en bonne et due forme, où il devait saluer la maîtresse de maison, soigner sa mise et prêter attention à ce qu'il allait dire de peur qu'on retournât ses propos contre lui. Il était chez un ami, et à ce titre il pouvait se laisser aller à dire ce qu'il voulait, comme il le voulait. Ici, il était comme chez lui :

- Eh bien… Quelle journée ! Tous ces esclaves m'ont donné le tournis, heureusement j'ai réussi à faire quelques bonnes affaires.

- Le marché a l'air juteux pour le moment, mais est-ce que ça ne risque pas de mettre votre commerce en danger, à terme ? Trop de concurrence pourrait s'avérer nuisible, non ?

Il eut un rire nerveux, et prit un verre d'eau glacée – tout le monde ne pouvait pas s'offrir un luxe pareil ici à Umbar. Il répondit avec simplicité :

- Je ne suis pas comme ce gros marchand qui investit dans ces horreurs, les Orcs… Pour le moment, les pirates leur trouvent un certain intérêt, mais je crains que ce ne soit que de courte durée. Je vois sur le long terme : j'achète des femmes et des hommes en bonne santé, et je m'arrange pour que les saillies soient productives. D'ici cinq ou six ans, je pense pouvoir multiplier le nombre de mes esclaves par trois, à condition de réussir à acheter du terrain pour les stocker.

- C'est encore le souci… J'ai entendu dire que les prix flambaient en ce moment. J'ai personnellement déjà acheté quelques hectares, du côté d'Al'Tyr. Un marchand s'en séparait pour une bouchée de pain. Il ne devait pas savoir la valeur de son bien, sinon il n'aurait pas craqué à ce prix.

Il hocha la tête avec vigueur, approuvant la décision :

- Vous faites bien, avant que tout ne soit soldé. En parlant de commerce, qu'en est-il de notre petit projet ?

Il se pencha en avant avec un air conspirateur, et sur le regard une expression prédatrice. Ses yeux trahissaient son profond intérêt pour la question, mais il l'avait lancée sur un ton si anodin qu'il aurait été difficile pour quiconque de deviner que c'était précisément pour cette raison qu'il était là.

- Eh bien… Elle refuse toujours de vendre, hélas. Elle a tout simplement refusé la dernière offre, et s'est payé le luxe de me virer de chez elle comme un malpropre.

- Cette petite emmerdeuse et ses chats… Est-ce que nous n'avons pas d'autres moyens pour la faire plier ? Ne peut-on pas trouver une autre solution ?

Sa question laissa planer un malaise légèrement perceptible sur leur conversation. Il se dit qu'il était peut-être allé trop loin, cette fois, et qu'évoquer cette éventualité n'était pas vraiment du goût de tout le monde. Mais son ami se fendit d'un « eh bien... » qui lui donna un peu d'espoir. Après tout, ils étaient à Umbar, la Cité du Destin : quiconque souhaitait obtenir des résultats devait jouer avec le sien… et surtout avec celui des autres.

- … Je pense que c'est possible. J'ai une… connaissance… qui pourrait éventuellement nous aider à surmonter cette difficulté. Vous voulez que je lui en parle ?

- Oui, faites donc cela. Nakâda est une épine qui est restée trop longtemps dans notre pied, et dont il nous faut nous débarrasser au plus vite si nous souhaitons que les choses avancent. Mais je préférerais éviter que les choses se terminent de façon trop… abrupte

Son interlocuteur parut ne pas voir où il voulait en venir, et lui demanda des précisions à ce sujet. Il répondit posément :

- Les autorités se ficheraient de savoir qu'il lui est arrivé malheur, elle ne représente rien. Mais certaines personnes bien informées sont au courant de l'intérêt que nous lui portons, et elles sauraient faire les liens qui s'imposent. Je crains pour ma réputation davantage que pour la vie de cette petite sotte. Pensez-vous que votre homme pourra se charger de cette mission sans nous causer du tort ?

- Je le crois, oui.

Ils trinquèrent à cette décision.

Ah, le destin…


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Ven 5 Fév 2016 - 3:53
- Répétez voir ce que je gagne dans l'histoire ?

Aric se gratta le menton. Il n'avait pas rasé sa barbe depuis quelques jours, et cela le dérangeait un peu. Il se demandait encore s'il devait dépenser quelques pièces pour aller chez un barbier qui lui aurait enlevé dix ans, ou s'il préférait garder cette apparence sombre et mystérieuse qu'il apercevait chaque fois qu'il observait son reflet. Il avait besoin de se montrer fort devant ses hommes, et plus il apparaîtrait effrayant, plus on lui accorderait de crédit. Il se pencha en avant, et enveloppa le mercenaire qui lui faisait face de sa présence :

- De l'or si tu veux ce que tout le monde veut. Un nom, si tu veux ce que seuls les gens intelligents veulent. La vengeance, si tu veux ce que le peuple du Harad veut.

Le mercenaire réfléchit un instant. Il était intéressé, mais pas encore convaincu. Les promesses étaient toujours belles, mais les plans ne tenaient jamais la route bien longtemps quand ils étaient confrontés à la dure réalité. Cependant, il avait participé à la campagne avec les Seigneurs Pirates, et il en était revenu considérablement enrichi. Comme tant d'autres. Ils étaient des milliers à être revenus à Umbar avec de l'or plein les poches, et la ville connaissait un essor qu'elle n'avait pas connu depuis des décennies. C'était tout simplement incroyable. De toutes parts on voyait des marchands venus des quatre coins du monde, les esclaves couraient les rues, et la fin du Rude Hiver avait facilité une reprise de l'activité agricole. Les sols avaient souffert, certes, mais la main d'œuvre servile importée du Harondor avait contribué à mettre en valeur les terres arables du Sud. Assurément, Umbar était la ville la plus dynamique de la Terre du Milieu à l'heure actuelle.

- Vous savez vous vendre, pour sûr… Ok, je marche avec vous. J'aurais bien voulu qu'on poursuivre notre campagne et qu'on aille tuer plus de gondoriens. Ces mecs m'ont toujours filé la gerbe, avec leur manie de se croire supérieurs à tout le monde. Où est-ce que je signe ?

Aric eut un sourire crispé mais sincèrement ravi :

- Mes hommes sont là-bas, à cette table. Va les voir, et ils t'expliqueront les choses en détail.

Le mercenaire se leva, imité par le pirate qui lui serra la main. L'accord était scellé, et c'était un volontaire de plus pour son projet qui commençait à prendre de l'ampleur. Il n'avait pas plus d'une quinzaine de types prêts à le suivre dans une guerre contre le « plus puissant royaume des Hommes », mais à chaque fois qu'il ralliait un individu à sa cause, la tâche lui était facilitée. Il devait continuer, et surtout ne pas abandonner. Toutefois, voir que des individus étaient prêts à le suivre, fussent-ils peu, l'encourageait à poursuivre sans se poser trop de questions par rapport à l'avenir de son projet. Demain ou dans dix ans, il ferait payer au Gondor sa traîtrise, ou rejoindrait les rangs du Seigneur qui se lancerait dans cette entreprise – même si au fond de lui, il préférait l'idée d'être le seul maître à bord, et le héros qui renverserait la domination de ces nordistes.

Alors qu'il s'apprêtait à partir de l'auberge où il avait pris ses quartiers depuis le début de matinée, pour y rencontrer des hommes sans scrupules prêts à lui vendre leur lame, quelqu'un vint s'asseoir en face de lui. Il s'immobilisa, et souhaita la bienvenue à celui qu'il croyait être une recrue potentielle pour sa quête. Il s'étonnait de ce qu'on pût déjà avoir eu vent de son projet, mais après tout c'était Umbar, et les informations pouvaient circuler bien plus rapidement qu'on le pensait. Ce fut la raison pour laquelle il demanda :

- Vous voulez rejoindre mon équipage ?

Le type paraissait un peu trop propre sur lui pour être un marin du commun, revenu de la campagne. L'instinct d'Aric lui dit que quelque chose clochait, et il se trouva qu'il avait raison. Il en eut la confirmation quand l'individu en question lui glissa :

- Je viens de la part de personnes très importantes.

Les Seigneurs Pirates. Qui d'autre ? Il n'y avait pas cent personnes influentes ici, et si l'on mettait de côté les riches marchands d'esclaves qui en ce moment profitaient de l'afflux sans précédent de marchandises, les autres corporations n'avaient pas de véritable intérêt à venir fouiner dans les affaires d'un individu qui entendait partir en guerre contre le Gondor. Même les esclavagistes auraient pu voir d'un bon œil la perspective de lancer une nouvelle expédition plus au Nord, pour étendre leur territoire de chasse et se fournir en nouvelles denrées. Ils n'osaient pas se l'avouer à eux-mêmes, mais leur rêve secret était d'atteindre un jour Pelargir, et de mettre la main sur la grande ville du Sud du Gondor. Cela tombait bien, car la cité flottait dans les pensées d'Aric.

- Vous voulez quoi ? Demanda le pirate soudainement sur la défensive.

- Ceux qui m'envoient suivent vos actions, et les désapprouvent. Je suppose que vous savez ce qui arrive à ceux qui ne reçoivent pas l'approbation des gens qui les dominent.

Aric eut une seconde pour réagir. Il aurait pu hocher la tête humblement, et se fendre d'une excuse lamentable, avant de promettre de ne plus recommencer. Sitôt cette idée prît-elle forme dans son esprit qu'elle fut balayée par une autre, plus puissante, qui emporta sa raison comme un torrent. Sa bouche parla sans qu'il en eût le contrôle, suffisamment fort pour que tous dans la salle entendissent :

- Oui, je sais ! Ceux qui vous dérangent finissent morts, ou emprisonnés, livrés aux mains de vos ennemis alors même qu'ils sont des vôtres. Je suppose que c'est cela qui me pend au nez si je continue à défendre le Harad pour lequel nous nous sommes tous battus, pendant que vos maîtres se bâfrent tels des porcs qu'on gave.

Le messager ne s'attendait de toute évidence pas à cette réaction. Plusieurs regards s'étaient tournés vers eux, et la discrétion dont il avait voulu faire preuve se retournait contre lui. Il se leva précipitamment, et murmura :

- Ces paroles seront rapportées, soyez-en certain !

Aric aurait pu le tuer sur-le-champ, mais il sentit qu'il avait derrière lui une partie de l'assistance, et qu'il n'avait pas besoin de se comporter comme une brute sauvage pour rallier la foule. Au contraire, il réalisait à l'instant que défier les Neufs le plaçait dans une situation inédite, pour ne pas dire incroyable. Lui, le second, le fils de personne, était capable d'insulter les Seigneurs de la cité sans craindre pour sa vie. Il se battait pour une cause plus grande que lui.

- Fais-donc, crapaud à la bile amère ! Dis également à ceux qui t'envoient que je ne renoncerai pas à mon entreprise, et qu'ils seraient bien inspirés de me soutenir et d'accueillir mes propositions. Le Harad réclame Vengeance !

Le message partit sous les quolibets d'une partie de la salle, qui ne molestèrent pas le représentant des Neufs, mais qui le conspuèrent copieusement. Les autres se contentèrent de rire de cette situation absurde. Encore un homme avec des rêves de grandeur, se disaient-ils.


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Sam 6 Fév 2016 - 7:50
Lucinia lut le message une seconde fois, pour s'assurer qu'elle n'avait pas cauchemardé tout cela. Ce n'était tout simplement pas possible. Les lettres tressées avec soin à l'encre noire, entrelacées comme des amants figés sur le papier froissé et de mauvaise qualité, formaient des mots qui résonnaient douloureusement dans son esprit. Elle crut qu'elle allait défaillir. Etait-ce seulement possible ? Encore ! Pendant un instant son esprit voulut croire à une mauvaise plaisanterie, à une farce de très mauvais goût qui avait pour seul objectif de lui faire peur. Oui, c'était cela : on voulait lui faire peur. Puis sa raison reprit le dessus. C'était bien la réalité.

- Ce n'est pas possible…

Ce furent les seuls mots qui purent sortir de sa bouche. Le choc était trop grand. Cette mauvaise nouvelle venait s'ajouter à une liste déjà bien longue. Des événements analogues s'étaient déjà produits par le passé, mais ils étaient survenus de plus en plus souvent ces temps-ci. La campagne militaire des hommes de Taorin avait mobilisé de très nombreuses ressources envoyées vers le Nord, le territoire de l'Usurpateur, pour alimenter les immenses régiments de mercenaires, de pillards du désert, de pirates et autres crapules. Le commerce avait connu un essor sans précédent, et les liens s'étaient renforcés entre Umbar et les principales cités du Sud du Harondor, libérées en premier. Celles qui avaient rejoint de leur plein gré l'alliance suderone avaient été les mieux servies, et elles avaient bénéficié de nombreux avantages. Les autres, sans doute surprises par la victoire remportée par ce qui n'était après tout qu'une horde hétéroclite de guerriers sans étendard, avaient subi quelques changements politiques effectués sous la contrainte. Les dissidents les plus farouches avaient été emprisonnés ou exécutés, leurs partisans dispersés ou déportés. Certains étaient en fuite avec les reliques de l'armée du Harondor, mais beaucoup s'étaient simplement réfugiés dans les campagnes pour y échapper aux persécutions.

Les nouveaux territoires, conquis au prix du sang du Harad, avaient ouvert de nouvelles opportunités commerciales. Les marchands d'esclaves, principalement, se battaient comme des acharnés pour embarquer leurs marchandises le plus rapidement possible sur les grandes barges de transport qui ramèneraient toutes ces pauvres âmes à Umbar. Les milliers d'esclaves nouveaux étaient parqués sur les quais, attendant d'être négociés à un prix avantageux, et d'être déportés loin au Sud, loin de leurs familles, loin de leurs attaches. Les barges marchandes n'étaient pas les types de navire les plus courants dans la Cité du Destin, qui privilégiait les navires plus petits et plus rapides, capables d'effectuer des raids sur les côtes. Alors forcément, la compétition entre les transporteurs s'était faite plus rude. Plus intense. Plus violente aussi. Sur les deux derniers mois, Lucinia avait perdu la moitié de sa flotte. Trois navires avaient tout simplement disparu corps et biens, et elle avait été contrainte de rembourser les marchands mécontents qui étaient venus frapper à sa porte en vociférant. Ce n'étaient pas seulement trois pièces de bois de grande valeur qui avaient sombré : c'étaient aussi trois capitaines valeureux, que Lucinia connaissait personnellement et dont elle avait dû rendre visite aux familles ; c'étaient aussi trois équipages dévoués et fidèles, dont elle avait dû indemniser les proches.

Et maintenant, voilà qu'on n'avait pas de nouvelles du Siècles d'Or. Il n'avait pas été aperçu au point de rendez-vous où il devait récupérer sa seconde cargaison, et la missive lui indiquait que le marchand était très impatient, qu'il menaçait de demander à être remboursé. Elle connaissait Larkim, le Capitaine du Siècles d'Or : il n'aurait jamais pris autant de retard. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose…

Lucinia ne céda pas aux larmes, bien qu'elle sentît le désespoir s'emparer de son cœur. Il ne lui restait plus que deux navires, et le Lueur de Vermeil était pour le moment le seul en mesure de prendre la mer. Le commerce qu'elle tenait était sur le point de s'effondrer, ses créanciers commençaient à sortir leurs griffes, et elle sentait que bien des entraves pesaient sur elle. Pire encore, elle avait reçu une lettre de son père un mois auparavant, qui lui demandait de lui avancer encore plus d'argent, pour se tirer d'un quelconque mauvais pas dans lequel il s'était fourré. Certaines fois, elle ne supportait tout simplement pas son attitude, et elle comprenait que sa mère refusât de le voir. Le temps passait, mais il ne changeait pas. Ainsi était-il né. Mais était-ce vraiment certain ? Un doute la saisit. Un espoir aussi. Oui, peut-être que… Elle s'assit à son bureau, prit une plume et un morceau de papier, avant d'écrire frénétiquement, gribouillant sans vergogne, raturant sans honte. Elle ne choisit pas les mots avec le même soin que d'habitude, se contentant de parler avec le cœur :

Citation :
Père, Papa,

Les choses vont très mal, ici. Je ne sais pas où commencer, tant les malheurs qui me tombent dessus sont nombreux. Je crois que suis sûre que nous n'allons pas nous en sortir, cette fois. Comme tu n'as pas répon J'ignore si tu as reçu ma dernière lettre, ou si elle s'est encore égarée en chemin, mais nous avons perdu un quatrième navire. Le Siècles d'Or n'a plus donné signe de vie, et je crois que Larkim est mort. Sa femme m'en a voulu, et elle m'a lancé une malédiction : « vous ressentirez la même peine et la même souffrance que toutes ces familles que vous endeuillez » m'a-t-elle dit. J'ai peur que

Le sort s'acharne, les dettes s'accumulent, et les propositions se multiplient. Je les rejette pour le moment, mais quel choix aurai-je quand les créanciers viendront réclamer leur dû ? Même Lumière ne peut pas tenir éloignée les ennuis indéfiniment. J'ai dû faire voyager le Lueur de Vermeil en assumant de grosses pertes, simplement pour garder l'équipage qui nous t'est fidèle. Les marins ont accepté de réduire leur salaire parce qu'ils aiment ce navire, et qu'ils t'apprécient. Mais il y a du travail ailleurs pour eux, et je ne leur en voudrais pas de ils sont libres de quitter leurs choix.

Papa, je t'en prie, reviens. Je t'ai supplié de revenir pour moi, mais j'ai compris avec le temps que tu te fichais avais d'autres affaires à régler. Aujourd'hui je te supplie encore, au nom de tout ce que tu as construit et qui aujourd'hui est sur le point de disparaître. Iras-tu jusqu'à sacrifier toutes ces années de labeur dans ta quête ? Ne voudrais-tu même pas

Je t'aime, Papa, et je t'enverrai le peu qu'il me sera possible. En retour, je t'en supplie, rentre à la maison.

Ta fille,

Lucinia N.


Elle n'était pas du genre à craquer facilement, mais en relisant cette lettre brouillonne et sans charme, elle sentit une boule d'émotion se nouer dans sa gorge. Elle avait l'impression d'être redevenue une enfant apprenant à écrire, avec toutes les ratures qui marquaient les errements de sa pensée. Elle était sincèrement confuse, et cette lettre trahissait parfaitement son état d'esprit. Elle ne savait plus où elle en était. Elle décida de n'y apporter aucune correction, et de l'envoyer en l'état à son géniteur. S'il avait un peu de compassion, un peu d'amour pour sa famille, il lui ferait signe. Elle ignorait si un tel ultimatum était souhaitable, et elle préférait ne pas penser à ce qu'elle ressentirait s'il ne répondait pas. Perdrait-elle l'immense amour qu'elle éprouvait pour son père ? Elle pouvait toujours trouver des navires, des équipages, des capitaines et des frégates. Sa mère avait bien trouvé un autre mari. Mais elle pauvre jeune fille propulsée trop tôt dans les terreurs de l'âge adulte, n'avait qu'un seul père. Absent, certes. Bourré de défauts, effectivement. Mais c'était le sien.


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Dim 7 Fév 2016 - 10:29
- Pssst…

Silence. Pas de réponse. Il jeta un œil au garde qui se tenait non loin, et qui paraissait ne pas l'avoir entendu.

- Pssst ! Fit-il plus fort.

Un grognement lui répondit. La silhouette bougea quelque peu, et se retourna avec un cliquettement métallique caractéristique.

- Mwouais ?

Sa voix ensommeillée n'était qu'un borborygme à peine compréhensible. Il cligna des yeux pour bien s'assurer qu'ils étaient ouverts. La pénombre dans laquelle ils vivaient depuis quelques mois n'aidait pas, et ils étaient incapables de deviner l'heure qu'il pouvait bien être. Leur seule façon de mesurer le temps, c'était d'écouter leur estomac. Il se déplaça lourdement, en retenant ses chaînes pour éviter de trop attirer l'attention.

- Quoi ? Pourquoi tu me réveilles ?

- J'ai entendu les gardes discuter.

Le type s'approcha, avec un regard interrogateur. Il ne cessait de se frotter l'œil droit. Il devait avoir une poussière, ou un cil. Alors qu'il s'efforçait de dégager sa vue, il lança railleur :

- Waou, impressionnant…

- Tu ne comprends pas, attends… Ils discutaient de la guerre. Tu sais, la guerre contre…

… contre le Harondor. Dis-moi quelque chose que j'ignore.

En effet, il n'y avait pas eu cinquante conflits à Umbar, ces derniers temps. Ou plutôt, il y avait tellement de conflits qu'il fallait vraiment quelque chose d'exceptionnel pour qu'on parlât de guerre. Au cœur même de la Cité du Destin, les règlements de comptes étaient nombreux, et il n'était pas rare de découvrir un cadavre au détour d'une ruelle. En dehors des murs imposants qui protégeaient le grand port du Harad, il arrivait fréquemment qu'on vît des tribus batailler pour un quelconque affront à leur honneur. Plus on s'éloignait, plus l'ampleur de ces combats grandissait, et cela n'étonnait pas vraiment quiconque. Les suderons avaient le sang chaud et la rancœur tenace, ce qui n'aidait pas à apaiser les tensions quand elles survenaient. Mais ces derniers mois, une trêve exceptionnelle avait été instaurée, alors que tout le monde partait régler son compte aux envahisseurs Gondoriens qui piétinaient sans vergogne le territoire du Harad. Ca se passait très loin, et donc forcément c'était de très grande ampleur. Des milliers d'hommes, des Mûmakil immenses qui avaient attirés les vivats de la foule quand ils étaient arrivés. Quand ils étaient repartis aussi… ces saletés n'étaient pas faites pour vivre près d'une population humaine, et elles étaient plutôt bonnes à jeter sur les cavaliers ennemis pour briser leurs charges. Dire que certains les révéraient.

- D'accord, d'accord, je fais court. Ils veulent nous envoyer au Harondor. On va être libérés !

- Pourquoi tu as l'air heureux ? Demanda-t-il avec acidité.

- Mais parce qu'on va être l…

Il leva la main. Il en avait marre de devoir expliquer les choses à son voisin de cellule. Il était jeune, certes, mais ce n'était pas une excuse pour être inculte à ce point. Ignorait-il donc tout de ce qu'il se passait au Nord ? Pourquoi croyait-il qu'on envoyait des prisonniers là-bas ? Ils n'avaient pas besoin d'être à l'air libre pour entendre le vacarme que faisaient les mercenaires qui rentraient de Dur'Zork après une longue campagne : le Harad ne manquait pas d'hommes valides pour aller défendre les territoires nouvellement conquis. La vérité était que personne ne voulait se retrouver dans ce bourbier :

- Tu sais ce qui nous attend là-bas ? On va nous donner une arme, et nous envoyer contre les ennemis les plus féroces et les plus déterminés de la Terre du Milieu. Tu as peur des nomades du Sud ? Attends un peu de rencontrer les Khandéens.

- Les Khandéens sont si dangereux que ça ?

Il leva les yeux au ciel. Il croyait rêver.

- S'ils sont dangereux ? Non seulement ils le sont, mais en plus ils sont nombreux. Des milliers, des dizaines de milliers de cavaliers impitoyables qui tuent, volent et violent pour le plaisir. Ils ne connaissent que la guerre, et il est impossible de discuter avec eux. Tu n'aurais aucune chance contre l'un d'entre eux, en combat singulier, alors imagine ce qu'il va nous arriver si nous tombons sur un de leurs clans.

Le gamin paraissait abasourdi. Les Khandéens étaient une menace bien réelle, mais il était vrai qu'à Umbar on en parlait un peu comme de vieux brigands venus d'une lointaine contrée, qui attaquaient les caravanes. Il fallait avoir vu les ravages que leurs pillards pouvaient faire pour comprendre quel était le danger qu'ils représentaient. Effrayé par la perspective de mourir dans d'atroces souffrances, il demanda :

- Qu'est-ce qu'on va faire, alors ?

- Pas le choix…

Le prisonnier se leva, et donna un violent coup de poing dans le sol. Il étouffa un cri de douleur terrible, et se mordit le bras pour ne pas hurler. Il en était certain, il s'était brisé une phalange.

- Mais qu'est-ce que vous faites ? Vous allez bien ?

Il mit un moment à répondre, le temps de réussir à contrôler les tremblements de son corps. Il ne se serait jamais cru capable d'y parvenir d'un seul coup, et il était heureux de ne pas avoir à frapper une seconde fois. Par Melkor, qu'est-ce que ça faisait mal ! Mais au moins, cela lui éviterait d'avoir à partir au front. On n'envoyait pas se battre un homme qui n'était même pas capable de tenir une arme.

- Je reste en vie, tu vois… Et tu ferais mieux de songer à comment tu vas t'en sortir…

Je gamin regarda ses mains. Il avait des mains délicates et fines. C'était sans doute un chapardeur qui s'était retrouvé là par malchance, après un larcin qui avait mal tourné. Il eut soudainement les yeux brillants de larmes, probablement parce qu'il était incapable de passer à l'acte. Il se tourna vers son voisin, qui ne le regardait déjà plus. Chacun devait penser à son destin. Les gardes arrivaient déjà pour les prendre.


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Lun 8 Fév 2016 - 3:39
Une clochette tinta en produisant un son argentin fort agréable. Il ne leva pas la tête de son ouvrage, sur lequel il était pleinement concentré, et se contenta de grogner :

- C'est fermé ! Revenez plus tard.

Pas de réponse. Des bruits de pas à l'intérieur. Il leva la tête… puis la leva encore un peu pour observer le visage de l'homme qui venait de pénétrer dans sa boutique. Surpris, il lâcha le cuir qu'il tenait, lequel tomba sur le sol en dispersant les feuilles pas encore reliées. Des heures et des heures de travail gâchées, qui auraient normalement dû lui faire hurler toutes les insultes du monde. Il était cependant trop inquiet pour se préoccuper de telles broutilles. Le type immense avait un regard calme, mais il pouvait lui briser la nuque d'une simple pichenette. Qui était-il ? Un loubard venu pour lui faire peur, et le forcer à baisser ses tarifs ? Avait-il mal fait son travail au point de s'attirer les foudres d'un client particulièrement puissant ? Il recula prestement, le plus loin possible des mains de ce guerrier à la barbe et aux cheveux hirsutes, qui s'était immobilisé jusqu'au milieu de la pièce.

Le commerçant n'était pas particulièrement courageux, et il recula précipitamment, se dirigeant vers son arrière-boutique dans laquelle il pourrait se barricader. Oui, il se retrancherait dans son atelier, et essaierait de sortir par une porte dérobée qui donnait sur une ruelle peu fréquentée. Il se dépêcha de filer, en faisant de son mieux pour garder le géant bien en vue. Dos à la porte dont il trouva néanmoins la poignée, il s'apprêtait à disparaître quand soudainement il sentit que quelqu'un le poussait, derrière lui. Une main se posa sur son épaule, et le ramena à l'intérieur de la pièce. Deux hommes firent leur apparition, silencieux comme le colosse, et ils se déployèrent sans se concerter. Le premier demeura près de la porte de secours, tandis que le second restait près du commerçant pour s'assurer qu'il ne tenterait rien de stupide.

- Qu-Qui êtes-vous ? Demanda-t-il d'une voix tremblante.

Silence.

Trois secondes plus tard, la clochette tinta de nouveau. Des bruits de pas légers sur le plancher indiquèrent que quelqu'un venait de rentrer, mais il ne pouvait pas voir exactement qui à cause du monstre de muscle qui lui barrait le champ de vision. Il n'osait pas se décaler sur le côté, et il préférait attendre que son interlocuteur se dévoilât… s'il avait prévu de se dévoiler. Un mouvement attira son attention, et il déglutit perceptiblement. Il s'attendait à voir le chef de ces brutes épaisses, venu dans le meilleur des cas pour parlementer, et dans le pire des cas… Il préférait ne pas y penser.

Il fut déçu...

Agréablement déçu.

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Contrairement à ce qu'il avait imaginé, ce n'était pas un homme de haute stature, aux cheveux ras, et à l'orgueil démesuré venu avec des intentions meurtrières. Il se retrouva nez à nez avec une des plus charmantes créatures qu'Eru avait fabriquées. Une femme splendide qui allait, la tête recouverte d'un fin voile qui l'entourait d'une aura de mystère. Elle s'approcha de lui, et il fut subjugué par sa beauté, au point d'oublier pour en temps les trois autres menaces qui l'observaient attentivement.

- Bonjour, lui dit-elle simplement, d'une voix claire et pure.

- Bonjour… Répondit-il, troublé.

Elle lui fit un petit sourire qui la rendait encore plus désirable, et posa une main sur le comptoir, attrapant nonchalamment un coupe-papier qui se trouvait là. La lame était effilée, et elle avait dû ouvrir un grand nombre de lettres dans son existence. Elle l'observa affectueusement, avant de souffler :

- On dit que tu connais beaucoup de choses. On dit que tu parles beaucoup, et que tu as des informations.

Il ne répondit pas. Qui pouvait bien avoir dit ça ? C'était vrai, bien entendu, et il ne se privait pas pour raconter des secrets qu'il pouvait apprendre ici ou là contre quelques pièces. Il ignorait cependant si ces mercenaires étaient là pour lui demander des renseignements, ou pour lui faire payer le fait d'avoir trop parlé. Dans un cas comme dans l'autre, il ne gagnerait pas une pièce. La femme l'obsédait, et les mouvements fluides de la lame qui tournait entre ses doigts l'obnubilèrent tant et si bien qu'il ne comprit pas d'où venait l'objet qu'elle tenait dans son autre main. Il n'était pas là un instant plus tôt ! Elle le déposa sur le comptoir, et écarta précautionneusement les pans de tissu qui le recouvraient, le dévoilant à son interlocuteur. Il ouvrit des yeux ronds.

- L'Orbe…

Le mot lui avait échappé. La femme plissa les yeux, attentive à la moindre de ses réactions. Elle hocha la tête, et demanda sans ambages :

- On dit que tu connais le Dauphin. Dis-nous tout.

Il n'avait pas d'autre choix. Il aurait pu essayer de lui mentir, mais elle l'aurait détecté immédiatement. Incapable de toucher l'objet qui le narguait et dont il ne trouva la force de s'éloigner qu'à grand peine, il répondit précipitamment :

- Je ne l'ai jamais vu ! Personne ne l'a vu. J'ai seulement entendu des gens qui en parlaient, il y a quelques mois. Ils disaient que des rumeurs circulaient un peu partout. On raconte qu'il voyage beaucoup, qu'il ne reste jamais bien longtemps au même endroit. Personne ne sait de quoi il a l'air, et j'ai entendu mille récits contradictoires. On le décrit parfois comme un homme de grande taille aux cheveux blonds, ou comme un homme à la peau très pâle. Certains lui donnent une longue barbe et un bâton de marche, et d'autres encore disent que ce serait un puissant seigneur qui travaillerait pour un Roi le jour, et qui affaiblirait son pouvoir la nuit.

La femme l'écoutait attentivement. Elle semblait attendre plus de lui, mais il ne paraissait pas en savoir autant qu'on le leur avait dit. Il perçut sa déception, et creusa dans sa mémoire pour essayer de lui offrir quelque chose de satisfaisant, quelque chose qui pourrait l'inciter à rester calme encore un peu plus longtemps :

- A-Attendez, je connais quelqu'un qui pourrait vous renseigner. Il est à Minas Tirith.

- Nous en venons justement, et nous avons interrogé beaucoup de gens. Aurions-nous raté quelqu'un en particulier ?

Il n'en savait rien. Peut-être l'avaient-ils vus et avaient-ils été également déçus par ce qu'il avait à leur apprendre. Son regard inquiet glissa sur le coupe-papier qu'elle continuait à faire tourner entre ses doigts, tout en le fixant. Dans le doute, il leur lança tout de même :

- Cet homme pourrait vous aider, j'en suis certain. On m'en a beaucoup parlé. Il connaît plein de choses, des secrets anciens. Des gens le voient pour lui demander conseil. On m'a dit qu'il se trouvait dans un sanctuaire, au cœur de la ville, et qu'il était facile à reconnaître.

- Ah ? Vraiment ?

- Oui, il s'habille toujours de bleu.

La femme jeta un regard entendu à ses compagnons. Elle rangea soigneusement l'objet qu'elle avait posé sur la table, s'arrangeant pour que sa peau n'entre pas en contact avec. Comme d'habitude. Elle glissa ensuite le coupe-papier dans un des replis de sa tunique, et glissa malicieusement :

- J'en ai besoin pour le moment, mais je vous le rendrai. Merci de votre aide, en tout cas.

Le quatuor quitta la pièce comme il était venu, rapide et discret. La femme paraissait pensive. Minas Tirith était loin, et ils avaient encore des choses à faire, des pistes à explorer dans le Sud. Mais ils reviendraient un jour dans la Cité Blanche, et ils trouveraient cet homme mystérieux. Elle en était certaine.

Après tout, elle voyait l'avenir.


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Mar 9 Fév 2016 - 4:14
Le garde la saisit par le bras sans douceur, et la força à s'asseoir. Elle protesta vertement, mais les hommes qui l'encadraient n'étaient pas particulièrement décidés à lui laisser faire ses caprices. Ils avaient mis un moment à la retrouver dans les bas quartiers, et il n'avait pas été facile de la faire venir dans cet endroit discret où ils pourraient l'interroger tranquillement, sans que personne les entendît. Elle s'était débattue, la bougresse, et un des hommes avait une belle marque de griffure sur l'avant-bras, qu'il était occupé à nettoyer à l'eau claire. Trois autres types surveillaient l'entrée, un cinquième tenait donc la jeune femme, tandis que le sixième et dernier était assis en face d'elle, attendant qu'elle se calmât. Six hommes pour appréhender une seule femme. Elle finit par arrêter de se montrer récalcitrante, et jeta un regard furibond à l'homme qui la malmenait, en réajustant sa robe aguicheuse. Elle eut un reniflement de dédain, et attendit la question qui ne manquerait pas de venir.

- Vous êtes calmée ? Demanda-t-il.

- Non, mais vous vous en foutez, alors allez-y quand même.

Franche et directe, fidèle à ce qu'on leur avait dit. L'homme n'en tint pas compte, il n'était pas là pour se formaliser de son comportement, plutôt pour lui arracher des informations, par tous les moyens.

- On dit que tu as rencontré un homme, récemment. Plusieurs fois.

- Il va falloir être plus précis mon mignon. C'est que j'en rencontre un certain nombre, et j'ai pas la mémoire des noms, tu vois ?

Il sortit rageusement de son impassibilité et donna un coup de poing sur la table avec tant de force que le bois hurla. La jeune femme sursauta et écarquilla les yeux, en ayant un mouvement de recul. Son cœur battait la chamade, et elle se rendit compte avec beaucoup de retard que sa vie était en jeu dans cette affaire. Ce n'était pas seulement une question de mise en scène : ils la tueraient si elle ne parlait pas.

- Je crois que tu vas faire un effort pour t'en souvenir, pute. Nous recherchons un homme qui travaille pour le Gondor.

Elle fronça les sourcils. Elle n'aimait pas être appelée « pute ». Il y avait bien d'autres moyens de qualifier sa profession, et de tous, ce mot était un des plus indélicats. Toutefois, elle considéra – à raison – qu'il n'était pas temps de lui faire la remarque. On ne changeait pas les brutes épaisses, et elle préférait éviter de l'énerver davantage. Redevenue un peu plus docile, elle glissa :

- Je ne me souviens pas d'un tel homme… Certains font des confidences sur l'oreiller, mais la plupart, vous savez… Une fois qu'ils ont terminé de jouer, ils rentrent chez eux sans un merci, sans un au revoir. A croire qu'on est les plus belles créatures qui soient quand ils ont les bourses pleines, et qu'on est des pestiférées une fois qu'ils les ont vidées.

- Je me fous de tes états d'âme. Je veux simplement savoir si tu as eu parmi tes clients un type du Gondor, récemment. On nous a dit qu'il venait régulièrement te voir.

Elle réfléchit. Il y avait effectivement quelqu'un qui pouvait correspondre à cette description. C'était un homme gentil, très doux, qui n'avait rien à voir avec ses clients habituels. Il n'était pas amoureux d'elle, ça non, mais après leurs ébats il s'attardait toujours un peu, discutait avec elle, lui demandait son avis. Souvent, quand il venait la voir, il lui ramenait quelques babioles qui lui faisaient plaisir. Elle ignorait jusqu'à son nom, cependant. Les hommes en face d'elle la dévisagèrent, attendant qu'elle répondît. Elle déglutit, et souffla :

- Je crois que je vois de qui vous parlez…

Elle n'était pas fière, mais elle n'avait pas le choix. Ce type, elle ne le connaissait pas après tout ! Il avait beau être prévenant, il ne valait pas qu'elle sacrifiât sa vie pour lui, surtout qu'il avait peut-être faire des choses horribles, elle ne pouvait pas savoir. Son interrogateur eut un sourire satisfait, et il se leva tranquillement de sa chaise, comme s'il allait partir :

- A-Attendez, vous ne voulez pas que je vous dise ce que je sais ?

- Tu le diras à mes amis ici présents. J'ai à faire, en ce qui me concerne.

Il prit la direction de la sortie d'un pas léger, laissant la jeune femme tout simplement abasourdie derrière. Elle n'en revenait pas. Tout ça, toute cette mise en scène et cette colère subite, pour finalement partir au moment où elle était censée lui balancer les informations ? Mais pour qui se prenait-il ? Elle l'insulta mentalement, bien satisfaite de pouvoir se tirer de ce mauvais pas. Elle ne vit simplement pas l'homme qui lui tournait le dos, et qui s'adressait aux trois gardes à l'entrée. Il ne s'étendit pas en un long discours.

A dire vrai, il ne prononça pas même un mot.

Il se contenta de glisser un doigt sur sa gorge de manière entendue. Les loubards hochèrent la tête, et refermèrent doucement la main sur le manche de leurs poignards à la lame acérée. Inconsciente de son sort, la prostituée se mit à raconter en détail tout ce qu'elle savait.

La trahison serait son dernier crime.


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Jeu 11 Fév 2016 - 5:59

Une larme solitaire coula sur sa joue d'albâtre, glissa lentement jusqu'à son menton où elle resta suspendue pendant une longue seconde, s'étirant comme si elle refusait de lâcher prise, avant de finalement être emportée vers le sol, arrachée à la peau de la jeune femme sans douleur. Elle s'écrasa silencieusement sur la feuille de papier, et mourut sans un cri, absorbée par le papier en ne laissant comme souvenir qu'une tâche sombre qui disparaîtrait bien vite. Lucinia leva les yeux au ciel, retenant les autres de suivre une trajectoire similaire. Elle inspira profondément. Ce n'était pas la fin du monde. Ce n'était pas la fin du monde.

Elle replia soigneusement la lettre, avant de la ranger dans un tiroir, mais cela ne l'aidait pas à en oublier le contenu. Elle avait bondi de joie en voyant qu'un pli était arrivé pour elle, et désormais elle se sentait terriblement lasse, vidée de son énergie, incapable de quoi que ce soit. Les mots défilaient dans son esprit embrumé, mais elle n'en extrayait pas de véritable sens, plutôt des impressions et des sentiments. La colère, d'abord, puis le dépit, le désespoir, et enfin le vide. La lettre de son père l'avait faite passer par tous ces états en quelques secondes, bien trop pour la jeune femme qui ne se sentait pas en mesure d'y répondre à chaud. Elle avait besoin de la digérer, et surtout de réfléchir.

Son père lui avait encore sorti des excuses comme il savait le faire. Il lui avait raconté de belles fables pour endormir sa vigilance, mais elle n'avait plus six ans, et elle le connaissait par cœur. Soit disant qu'il continuait ses expérimentations, mais qu'il avait eu des démêlés avec la justice du Gondor – que faisait-il au Gondor, d'ailleurs ? – après avoir été arrêté. Il lui avait raconté par le menu comment il avait échappé à la vigilance d'un Ranger de l'Ithilien, ces hommes qui patrouillaient dans les forêts au Nord du Harad, et avec quelle dextérité il avait réussi à se libérer. Elle n'en croyait pas un mot, et pensait plutôt que c'était une manière de justifier la perte de son pendentif, qui représentait Numenor. Il avait mentionné l'avoir confié au militaire, mais n'en disait pas davantage sur le sujet.

- Foutaises… Siffla-t-elle en passant une main sur son visage.

Elle se leva doucement, et alla observer par la fenêtre, en passant une main sur sa nuque. Umbar était baignée d'une douce lumière, et le jardin de leur demeure était resplendissant, encombré de fruits et de légumes qui se gorgeaient de soleil. Elle aurait voulu aller en cueillir quelques uns, pour les manger et se changer les idées, mais elle ne pouvait pas s'accorder ce luxe. Elle avait encore bien trop à faire. Elle ferma les yeux, savourant le contact chaud des rayons lumineux sur sa peau, et se laissa bronzer quelques instants.

La lettre de son père lui revint à l'esprit, malgré tous ses efforts pour la garder au loin. Elle se poursuivait par une énumération de différents problèmes, mais fort heureusement il pouvait compter sur le soutien de ses anciens employés, qui étaient venus lui prêter main-forte. Il expliquait comment il avait placé sa confiance dans la Mouette, et qu'il lui prédisait un bel avenir. Lucinia le connaissait de vue, elle l'avait aperçu travailler sur les navires, il y avait de ça pas mal d'années. Elle l'avait toujours trouvé trop fluet et trop discret pour un marin, mais il fallait croire qu'il s'était étoffé avec l'âge, et qu'il avait pris du galon. Elle fronça les sourcils légèrement. Dommage que son père préférât jouer les aventuriers à l'étranger, plutôt que de venir l'aider à renflouer les caisses de l'entreprise familiale. Elle aurait eu bien besoin de ses conseils, de son expertise, et pourquoi pas de ces hommes si talentueux et si fidèles dont il ne cessait de parler. Eux auraient pu éviter que les navires ne disparussent les uns après les autres. Ils auraient peut-être su quoi faire…

Elle quitta sa position, et revint vers son bureau, s'accordant quelques longues secondes pour laisser à sa vue le temps de se réhabituer à la faible luminosité intérieure. Elle ignorait encore ce qu'elle devait faire. Ce qu'elle pouvait faire, surtout. La lettre se terminait par des mots qu'elle avait senti venir dès la première phrase : « Je ne peux pas encore rentrer ». Elle l'avait lu tant et tant qu'elle savait d'instinct quand il allait lui écrire cela. Il avait soit disant des choses importantes à traiter, des « pistes à explorer », et pour apaiser sa curiosité, il lui avait envoyé un petit souvenir, une petite babiole qui reposait dans un coffret qu'elle n'avait pas encore voulu ouvrir. Elle n'était plus une enfant, et elle ne se laissait pas acheter par de la pacotille. La dernière phrase du courrier, cependant, était la plus difficile à encaisser. Non seulement, il n'était pas là pour elle quand elle en avait besoin, mais en plus il faisait reposer le poids de son existence sur ses frêles épaules : « N'abandonne pas, ma chérie, je compte sur toi, j'ai besoin de toi ». Que pouvait-elle faire face à la supplique de son vieux père qui attendait d'elle encore un peu de courage ? Un tout petit peu.

Sur la table, l'attendait un contrat qu'elle devait lire et signer. Pendant un instant, elle avait songé à ne pas le faire, et à tout laisser tomber. Pourquoi continuer après tout ? Pourquoi continuer quand la personne qui avait le plus besoin de cet argent ne se donnait même pas la peine de travailler à sauver les meubles ? Penser à son père lui donnait envie de baisser les bras, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se dire qu'il comptait sur elle, et qu'elle aurait été une fille indigne d'abandonner alors qu'il dépendait peut-être de son travail.

- Pourquoi est-ce que je ne peux pas pas simplement lui dire « non » ?

Elle se prit la tête dans les mains, et poussa un long soupir résigné, avant de se précipiter vers le contrat et d'y apposer sa signature fine et élégante. Voilà, c'était fait ! Le Lueur de Vermeil partirait dans deux jours, même si cela lui coûterait de l'argent. Ses clients avaient eu vent de ses déboires, et ils avaient négocié très serré, s'arrangeant pour baisser le prix jusqu'à ce qu'elle perdît sur la transaction. Ils comptaient – et ils avaient bien raison – sur le fait qu'elle espérât faire une plus-value au retour pour rentrer dans ses frais. En attendant, si elle n'embarquait pas de cargaison particulièrement chère au retour, elle perdrait beaucoup sur ce voyage. Ses marins le savaient, tout comme ils connaissaient les risques qu'il y avait à voyager pour elle. Toutefois, elle faisait ça pour eux, pour leur permettre d'avoir un salaire à ramener à leur famille. Pour les garder auprès d'elle, également, car elle savait que sans eux, tout était terminé.

Elle se laissa choir sur le fauteuil dans lequel, petite, elle s'était lovée dans les bras de son père, le regardant travailler avec des yeux pétillants. Elle se souvenait de lui comme aurait voulu qu'il demeurât toujours : jeune, fringant, et en bonne santé. Elle ne pouvait pas imaginer que ce marin audacieux et plein d'esprit s'était mué en cet homme brisé, rongé par la maladie, qui parcourait la Terre du Milieu à la recherche d'un rêve, d'un espoir. D'une folie. Elle n'aurait même pas su dire quel était le pire scénario à envisager : qu'il ne trouvât pas ce pour quoi il était parti si longtemps, et qu'il pérît en essayant de découvrir des secrets trop bien gardés, ou bien… qu'il réussît dans son entreprise, et qu'il changeât à tout jamais ? Elle n'avait pas pu lui faire entendre raison, mais elle craignait sincèrement qu'il ne s'égarât en chemin, qu'il prît une route de laquelle il ne pourrait jamais revenir…

Tel était le fléau de ceux qui portaient le sang noir et maudit. Le même qui coulait dans ses veines. Elle serra le poing, observant son avant-bras nu. A cet instant, quelque chose caressa sa cheville, et elle baissa la tête avec un demi-sourire :

- Tiens, qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu étais encore dehors, à chasser quelque rongeur.

Elle n'eût pas de réponse, et la silhouette au pelage tigré se glissa sous la commode proche, pour y chercher de l'ombre. Elle ne les comprendrait décidément jamais totalement. Ils étaient un cadeau de son père, le seul peut-être qu'elle eût trouvé vraiment exceptionnel. « Ils te protégeront », avait-il écrit.


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Ven 12 Fév 2016 - 5:29
- Euh… Non.

Un poing gigantesque s'écrasa dans son visage, et lui fit sauter une dent, laquelle alla rebondir sur le sol avec un bruit sec. Sa tête resta penchée un instant sur le côté, et il cracha un filet de sang et de bave mêlées avec un dégoût non feint. Mauvaise réponse.

- Arrête de faire le malin ! Pourquoi tu t'acharnes à le couvrir ?

- Je le couvre pas, je vous assure. Je n'ai rien à dire, je n'ai rien à dire, c'est tout.

Le sang qui coulait sur la moitié inférieure du visage ne le gênait absolument pas, il en avait vu d'autres par le passé, par contre il se demandait quelle dent avait quitté sa mâchoire, et il passait précautionneusement sa langue pour essayer de dénicher un trou qui n'était pas là avant. Il finit par y parvenir. C'était une molaire, qui n'avait pas résisté au poing de cette brute épaisse. Bon, au moins ça ne ruinerait pas son sourire ravageur, mais il ne fallait pas trop énerver l'interrogateur, sans quoi il risquait d'en perdre d'autres.

- Ecoute-moi bien, je vais pas me répéter toute la journée… Tu es un des gars qui bosse pour Aric, vrai ? Tu l'as suivi dans ses déplacements, tu le connais mieux que personne, vrai ? Alors tu dois bien savoir quelque chose, tu dois bien savoir comment il fait pour recruter autant de gens. Donc, puisque tu sais toutes ces choses, tu vas me les dire bien gentiment… Ou bien tu vas me forcer à te rendre gentil.

Le pirate aurait bien levé les mains pour montrer qu'il ne savait rien, mais elles étaient attachées à sa chaise, et il ne pouvait pas bouger autre chose que les doigts.

- Vous avez entendu les histoires que les gens racontent à son sujet ? Eh bien elles sont toutes vraies. Il ne paie personne, il ne soudoie personne, il ne menace personne. Il se contente de dire ce qu'ils pensent, et aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a plein de gens qui détestent le Gondor ici. C'est fou non ?

Son ironie et son mordant lui valurent une gifle, mais c'était bien peu en comparaison du coup de poing dévastateur qu'il avait reçu à l'instant. Clairement, l'interrogatoire perdait en intensité, ce qui signifiait que son bourreau commençait à sentir sa résolution faiblir. Il n'était plus tout à fait certain de pouvoir lui arracher des aveux et, pourrait-on dire, il était même plutôt enclin à le croire. Après tout, Aric n'avait jamais été arrêté pour mauvaise conduite, et les rumeurs que les Neufs essayaient de colporter à son sujet ne faisaient que lui donner plus de crédit quand il s'adressait à la foule. Les gens se rassemblaient pour l'écouter, pour vérifier laquelle des deux versions était vraie : Aric le Vengeur, ou Aric le Traître ? Quand ils l'entendaient parler, il n'y avait plus de doute possible.

- Mais il doit bien y avoir quelque chose à dire sur lui, non ? Il n'aurait pas un petit péché, un petit vice que l'on pourrait exploiter ?

- Pas davantage que n'importe quel autre pirate, ma foi. Il boit, mais il tient l'alcool comme un homme. Il n'est fidèle à aucune femme, mais son lit n'est jamais vide bien longtemps. Y a des gens qui racontent qu'il est secrètement amoureux de la Reine d'Arnor, mais ça m'étonnerait.

- Pourquoi ça ?

La question était sérieuse, alors que la réflexion ne l'était pas du tout. Ce geôlier était prêt à gober n'importe quoi si cela pouvait discréditer Aric, et cela tira un rire sincèrement amusé au pauvre type attaché :

- Vous êtes vraiment désespéré, hein ?

- Oui… Avoua le cogneur au grand cœur en s'asseyant sur un tabouret. On me paie pour faire un boulot, mais tous les types que j'attrape sont comme toi : ils disent que Aric est beau, qu'il est grand, qu'il est fort, qu'il parle bien. Et je me retrouve le bec dans l'eau, avec mes patrons qui vont me taper sur les doigts.

Le pirate comprenait. Il avait été à la position de l'interrogateur, et il savait ce que c'était que de se retrouver face à un prisonnier qui refusait de parler, avec la perspective de se faire souffler dans les bronches par son chef. Ce n'était pas une mince affaire, et il fallait savoir doser les coups pour inciter la personne à parler sans lui faire trop de mal non plus. Ils n'étaient pas des monstres.

- La solution mon vieux, ce serait de changer de patron.

- Ha, elle est bien bonne celle-là. J'ai une femme, et des gosses à nourrir moi. Les Neufs me paient bien, et je ne suis pas en mer la moitié de l'année sans voir grandir mes marmots. La piraterie, c'est bon quand on a vingt ans, mais à mon âge…

Le sourire de l'homme aux poignets attachés se fit légèrement provocateur :

- Ne me dites pas que vous seriez contre l'idée de repartir pour un dernier baroud. Un dernier grand tour en mer, avec quelques gaillards bien costauds, et la perspective d'une belle bagarre. Ca ne vous manque pas ?

- Un peu, ouais… C'est que forcément, quand on a fait ça toute sa vie… L'appel de la mer, je dois dire que ça me rend dingue parfois. J'ai envie de sauter sur le premier rafiot et d'aller houspiller des morveux sur un pont dégueulasse. Mais j'ai une femme, alors très peu pour moi. De toute façon elle voudrait pas que je m'absente plus de quelques semaines, et elle trouve tout ça trop dangereux.

On sentait quand même qu'il regrettait de ne pas pouvoir se laisser aller à son désir, et qu'il aurait tout donné pour une dernière folie. Une petite dernière, rien de méchant. Simplement repartir encore une fois, ressentir l'excitation quand le navire quitte le port, quand les embruns vous fouettent le visage et que l'odeur du sel imprègne vos vêtements. Ah que oui, il aurait aimé ça.

- J'ai une offre à vous faire, vous allez me dire ce que vous en pensez. Vous me laissez repartir, et vous évitez de cogner d'autres marins innocents qui ne vous diront rien de plus que ce que je vous ai dit. En échange, venez discuter avec Aric, et voir si ce qu'il a à vous offrir vous convient. Une dernière virée contre les chiens du Gondor, une dernière belle bataille contre eux. Personne ne sait encore quel est le plan de Aric, il est le seul à le peaufiner dans son esprit, mais on se raconte que ça sera exceptionnel. Alors, vous marchez ?

Il fronça les sourcils et répondit :

- Tu crois sincèrement que mes patrons vont me laisser prendre la tangente avec le type le moins piffable du moment ? S'ils l'apprennent, pour sûr ils me coupent les boules et ils les pendent en haut de leur mât, juste pour l'exemple.

- Ne soyons pas si dramatiques… J'ai une idée : tu viens avec moi, et si tes patrons te demandent ce que tu fais, tu leur dis que, puisque tu n'as pas réussi à nous arracher de renseignements, tu es parti les collecter toi-même. Et voilà ! Si tu trouves que Aric est un type réglo, tu peux marcher avec lui. Si tu trouves des trucs à redire, tu peux les rapporter à tes patrons, qui seront contents. On la tope ?

Le geôlier se leva brusquement, et sortit un poignard de sa poche. Son regard était sévère, et le marin en face de lui se demanda s'il n'était pas allé trop loin. Essayer de recruter un agent des Neufs qu'ils avaient dû sélectionner tout spécialement pour cette mission, c'était peut-être un peu audacieux quand même. Après tout, il avait très bien pu jouer la comédie, inventer cette histoire de femme et d'enfants simplement pour le faire parler. Avait-il dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû ? Avait-il révélé un élément important que les Neufs ignoraient, mais qu'ils seraient ravis d'apprendre ? Il vit la lame s'approcher, et il n'était pas sûr.

Pas sûr d'avoir ou non trahi les secrets de Aric, son chef et son ami.

La lame s'enfonça profondément, comme dans du beurre.

Elle ressortit avec un bruit sec.

Les cordes sectionnées tombèrent à terre, libérant les poignets du prisonnier.

- On la tope ! Où est-ce qu'on peut le trouver, ton Aric ?


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Sam 13 Fév 2016 - 8:06
Royal, il pénétra dans la pièce. Il n'était pas roi, pourtant, mais sa tenue ne laissait en rien présager qu'il pût détenir un rang inférieur, n'être qu'un subalterne dans son pays, un simple messager. L'or l'habillait des pieds à la tête, de même que les tissus précieux. Il portait aux poignets des bracelets fins finement ciselés, tandis que ses bras étaient ceints d'anneaux dorés gravés de délicats motifs floraux. Ses chevilles étaient de même, et il allait jusqu'à arborer un diadème serti d'une pierre précieuse bleue dont il était impossible de déterminer la nature avec exactitude. Ce n'était pas un saphir, si ?

Sa cape de fourrure était mouchetée, et il devait s'agir de la peau d'un animal sauvage de sa région, une bête féroce que seuls les braves osaient traquer jusque dans sa tanière pour la mettre à mort au terme d'un combat épique. Il ne portait pas une armure comme on en voyait habituellement à Umbar, où la plupart des hommes privilégiaient le cuir pour leur protection. Lui portait une cotte de mailles légère, souple mais de toute évidence résistante. Ses jambes puissantes et robustes, quant à elles, étaient nues sous son pagne qui lui tombait jusqu'aux genoux. Il était d'une grande élégance, et ne paraissait pas souffrir le moins du monde de porter une tenue de cérémonie aussi élaborée par une chaleur pareille. Au contraire, il semblait même en tirer une certaine fierté, comme si cela rehaussait encore sa valeur. On se leva pour l'accueillir, comme il était de coutume avec les invités de marque, et on entra immédiatement dans le vif du sujet, comme il était d'usage quand de nombreuses affaires urgentes demeuraient à régler :

- Jama, nous sommes ravis de vous revoir à Umbar, merci d'avoir accepté notre invitation !

L'intéressé inclina légèrement la tête, faisant vaciller les plumes qui ornaient sa coiffe et qui le grandissaient de manière spectaculaire. Il répondit en suderon, seule autre langue qu'il maîtrisait hormis la sienne, mais qu'il parlait heureusement à la perfection :

- Sires, Seigneurs, Maîtres d'Umbar, je me réjouis de me tenir en votre présence. Mon Roi Umkhonto était heureux de savoir que vous aviez pris en considération nos demandes.

Il y eut un petit malaise dans l'assistance, et on hésita quelque peu sur la façon la plus adéquate d'évoquer les motifs de fâcherie. Un des pirates se lança, y allant franchement et sans détours :

- Jama, nous vous avons fait venir car nous aimerions que vous parliez à Umkhonto en notre nom. Nous avons besoin d'hommes pour défendre les territoires nouvellement conquis. Vos guerriers ont participé à la campagne, ils se sont très bien comportés, et nous savons qu'ils feront le travail qui leur sera confié mieux que quiconque.

Le messager écarta les bras de manière théâtrale, prenant l'assistance à témoin, comme s'il était au centre d'un odieux complot :

- Est-ce pour cette raison, commença-t-il, que Jama s'est déplacé depuis si loin ? Est-ce parce que les Seigneurs d'Umbar veulent encore exploiter la bonté de mon Roi ? Je croyais que ma présence ici entendait régler la question du paiement des nôtres qui se sont battus pour vous. Leurs plaintes ont reçu le soutien de notre Roi, et il m'a autorisé à venir pour que nous abordions ce sujet, et aucun autre. Oseriez-vous manquer à votre parole, et trahir l'engagement pris envers Umkhonto ?

Un silence glacial accueillit ses paroles menaçantes, et plusieurs pirates baissèrent la tête honteusement. Le même qui avait pris la parole juste avant, estimant qu'il devait rattraper sa bévue, souffla :

- Non, bien sûr que non… Seulement, les gens du Khand se montrent agressifs et de plus en plus entreprenants. Les gens du Harondor pourraient profiter de l'occasion pour contre-attaquer, et Dur'Zork…

- Dur'Zork n'a aucune valeur ! Tonna Jama comme un lion rugissant. Dur'Zork n'est qu'un amas de pierres au milieu des plaines. Un amas que mille de nos guerriers pourraient réduire à néant, et reconstruire au centuple dans l'année. L'amitié, en revanche, est un bien précieux qu'il est bon d'entretenir. Umkhonto est généreux, mais son courroux est terrible. Pourquoi ne voulez-vous pas discuter honnêtement des griefs de nos hommes ? Pourquoi persister à insulter mon Roi et mon peuple ?

Certains commencèrent à s'agiter sur leur siège, se demandant si faire venir Jama n'avait pas été une erreur finalement. C'était un excellent orateur, aux figures parfois un peu ampoulées et qui avait une nette tendance à l'exagération, mais ils avaient précisément pensé que lui ne réagirait pas de manière trop disproportionnée. Au contraire, il restait fidèle à ses engagements, et les plus avisés parmi les pirates comprirent que Umkhonto avait dû donner des instructions très précises à son messager. Il n'était pas habilité à négocier n'importe quoi. Alors les Umbarites cédèrent. Une brève consultation du regard et quelques hochements de tête leur suffirent pour s'entendre :

- Bien, Jama. Nous ne parlerons plus de ces questions tant que nous n'aurons pas satisfait votre volonté. Que souhaitiez-vous ?

Le messager inclina de nouveau la tête, retrouvant une posture plus humble qui tranchait considérablement avec la position dominante qu'il avait tenue quelques instants plus tôt. Il répondit avec douceur :

- Sires, Seigneurs, Maîtres d'Umbar, je vous remercie de votre compréhension. Nos guerriers se sont bravement battus pendant la guerre, et ils ont respecté vos directives : ne pas piller la cité. Ils sont cependant constaté que bien des vôtres ont fait fi de cette consigne, et ont amassé grande quantité de butin. En conséquence de quoi, nos guerriers s'estiment lésés. En réparation, Umkhonto mon Roi vous demande d'accorder à chaque homme venu combattre pour vous deux têtes de bétail, et soixante grammes d'argent. Pour les morts, afin d'honorer leur sacrifice, Umkhonto mon Roi vous demande quarante grammes d'argent par victime, ainsi que trois perles.

Les pirates avaient les moyens d'accéder à cette demande, même si elle les obligerait à puiser dans leur butin personnel pour ce faire. Fort heureusement, les contingents d'Umkhonto n'avaient pas compté parmi les plus nombreux, sans quoi ils auraient été dans une situation très pénible. Pour beaucoup, cela leur servirait de leçon : il n'était pas bon de traiter avec les gens de l'Extrême-Harad, car ils ne respectaient pas les mêmes lois et les mêmes codes que les gens du cœur de la région. Négocier avec eux se révélait toujours difficile, et même les messagers qui connaissaient bien Umbar semblaient en décalage par rapport aux us et coutumes locaux. Et pourtant, leur appui était plus que bienvenu quand il s'agissait de remonter vers le Nord, et de piétiner les troupes du Harondor ou du Gondor. Il fallait maintenir un subtil équilibre difficile à trouver, pour conserver l'amitié de ces peuples du Sud, tous plus autonomes les uns que les autres. Un pirate respecté parmi l'assistance se leva, et prit la parole au nom des siens :

- Nous allons trouver une solution pour apaiser votre Roi, Jama. Umkhonto sera satisfait. En échange, nous vous transmettrons un message à son intention. Le Harad a plus que jamais besoin d'unité, et notre victoire ne doit pas occulter notre fragilité. Si nous oublions qui sont nos alliés et qui sont nos ennemis, nous courons à la ruine.

Jama hocha la tête face à ces sages paroles :

- Umkhonto mon Roi sera informé de tout ce que vous voudrez lui transmettre. Je vous en fais la promesse solennelle.

La conversation prenait fin sur une note plus positive, et il y eut quelques sourires parmi les gens présents. Un de ceux qui n'avait pas pris la parole souleva un élément qui n'avait pas encore été évoqué et qui pouvait faire débat :

- Jama, avant que nous vous laissions repartir, avez-vous une liste des hommes envoyés par votre Roi ?

Le guerrier à la tenue exceptionnelle inclina de nouveau la tête avec élégance, et répondit simplement :

- J'ai mémorisé leurs noms, Sire.

Et il commença à les réciter, un par un, sous le regard ébahi de son interlocuteur qui s'était attiré les foudres de ses compagnons. Il venait d'apprendre une chose nouvelle sur les peuples de l'Extrême-Harad : certains n'étaient pas particulièrement férus d'écriture.


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Jeu 16 Mar 2017 - 13:06


- Navire en approche ! La Dame Noire ! C'est la Dame Noire !

Contrairement à d'ordinaire, il n'y eut nul cri de joie sur le pont, nul mouvement d'allégresse de la part de dizaines de bottes courant sur le pont pour saluer de larges mouvements de la main l'arrivée de renforts. Au lieu de quoi, par-dessus le ronflement léger de l'océan et le claquement des voiles sous le vent inconstant, on pouvait percevoir les gémissements des blessés et les plaintes des mourants qui n'avaient pas encore décidé d'abandonner. On vint frapper à la porte du Capitaine, qui se fendit d'un « entrez » laconique.

- Capitaine, la Dame Noire en approche. Vous pensez qu'ils sont au courant ?

Yse posa son regard sur le marin qui venait d'intervenir. Il avait gagné une large balafre sur le visage dont la moitié était recouverte d'un pansement de fortune. Son seul œil visible pour l'heure affichait une lueur sombre, abattue, comme jamais la Seigneur Pirate – qui refusait qu'on l'appelât par un titre différent – n'aurait voulu en voir sur le pont de son propre bâtiment. Elle-même n'arrivait pas à digérer la situation, et elle répondit sur un ton bien moins assuré qu'elle l'aurait souhaité :

- Faites monter Filip à bord. Que ses hommes prennent en charge les blessés qui peuvent encore l'être.

- Ce sera fait, Capitaine.

Le marin disparut, et Yse se laissa brusquement aller à la douleur qu'elle avait réussi à contenir jusqu'à présent pour faire bonne figure. Son poing se referma sur le drap qui la recouvrait, et elle serra les dents à en faire saillir les tendons du cou. Un mince filet de sueur s'était déposé sur son front, sur ses bras, et elle avait la désagréable impression de se liquéfier dans sa cabine trop petite, par cette journée trop chaude.

Peu de temps passa avant que Filip ne fit son apparition dans la pièce. Il distribua quelques ordres au dehors, avant de refermer la porte sur eux deux, et de s'avancer au chevet de la jeune femme. L'homme avait toujours été massif, relativement grand sans être un géant, mais surtout large comme un taureau. Il n'avait clairement pas le physique d'un marin, mais c'était un meneur d'hommes comme on en faisait peu, et elle avait eu raison de lui donner le commandement de la Dame Noire. Hélas, il avait tendance à se laisser facilement envahir par ses émotions négatives, et elle vit immédiatement qu'il bouillonnait d'une colère destructrice :

- Qui sont les chiens, les fils de catin, les immondes pourritures qui ont osé faire ça ? Je vais les tuer ! Je vais les tuer jusqu'au dernier !

- Filip…

Il se morigéna, s'envoyant une grande claque dans la figure pour se remettre les idées en place. Ce fils de bonne famille Harondorim n'avait jamais fait bonne impression chez les siens, et il se retrouvait beaucoup plus dans la façon d'être des pirates. Ici au moins, il pouvait agir comme il le voulait sans être jugé.

- Pardon, pardon… Mais c'est que… On a entendu dire par des navires de pêche que vous aviez été attaqués. Au début, je ne m'inquiétais pas trop, mais en voyant les dégâts… Que s'est-il passé ?

Elle haussa les épaules. Elle ne voulait pas vraiment entrer dans les détails les plus sordides.

- Nous sommes tombés sur une escadre de Pelargir, un peu au Nord d'Al'Tyr. Une demi-douzaine de navires de guerre, trop bien armés pour nous. Le combat a tourné court, et on a réussi à prendre la fuite sans trop de casse. Mais trois de leurs vaisseaux ont réussi à nous couper la retraite vers la Cité des Ombres, et c'est en essayant de leur filer entre les doigts qu'on a été pris en tenaille par les autres, qui avaient manœuvré pour nous enfermer. Ils nous ont pourchassés loin au Sud… bien après que nous soyons sortis du Delta de l'Harnen. J'ai cru qu'ils ne nous lâcheraient jamais.

Elle se souvenait très bien de ce qu'elle avait ressenti à cet instant, quand ces silhouettes sombres avaient continué à leur coller au train en les pilonnant allègrement à l'aide des balistes de proue. « Les Gondoriens ne sont pas seulement là pour nous repousser » s'était-elle dit, « ils sont là pour nous couler ». Son vaisseau s'en sortait le mieux, mais celui de son second avait essuyé de très lourds dégâts en essayant de couvrir leur retraite. Quand la poursuite avait cessé, et que les voiles blanches avaient fait demi-tour, ils avaient été contraints de remorquer le Faux Espoir pour le ramener à bon port. Filip, de toute évidence surpris, ne put s'empêcher de demander :

- Les navires de Pelargir ne s'aventurent jamais si loin au Sud d'habitude… Tu penses qu'ils savaient qu'ils avaient affaire à toi ? Quelqu'un aurait pu leur dire que tu te trouvais à bord ?

- Improbable. Ils étaient simplement déterminés à nous envoyer par le fond, c'est tout.

Elle considéra un instant cette réponse. Elle ne pouvait pas être certaine de ce qu'elle avançait, naturellement, car la perspective de pouvoir capturer ou tuer un Seigneur Pirate aurait rendu fou n'importe quel Amiral du Gondor. Mais elle n'avait hissé aucun signe distinctif, et ils n'avaient pas fait de vagues dans la région qui auraient pu rendre la flotte de Pelargir particulièrement à l'affût. Comme elle gardait le silence, Filip reprit :

- Hm… Il nous faudra tirer ça au clair, mais pour le moment le principal c'est que vous soyez rentrés. Je vais aller voir Faiz, ce gredin doit avoir des choses à raconter lui aussi.

- Faiz est mort.

Son ton grave et implacable donna encore plus de poids à cette révélation. Elle avait longtemps cherché comment elle l'annoncerait à Filip, qui était un de ses plus proches amis, et elle avait finalement opté pour la façon la plus simple et la plus directe. Il encaissa le coup. Difficilement. Elle-même ignorait combien de temps il lui faudrait pour se remettre son décès. Mais dans son équipage, on ne parlait pas des morts, et on se concentrait sur ce qu'il y avait à faire. Cette règle valait également pour elle, même si elle se rendait compte qu'il était difficile de la respecter. Filip ne dit pas un mot, se contentant de hocher la tête en arborant un air très sombre. Il se leva, prêt à quitter la pièce, et puis il sembla se souvenir de quelque chose :

- Au fait, tu ne vas pas mourir ? Je te vois serrer les fesses depuis tout à l'heure.

Elle eut un sourire triste, et répondit :

- Ce n'est qu'une égratignure.

L'expression préférée de Faiz. Ses derniers mots, aussi. Elle n'avait jamais été aussi proche de tout laisser tomber que lorsqu'ils avaient rejeté son corps à l'océan. De nombreux souvenirs étaient remontés à la surface, alors que le corps s'enfonçait dans les ténèbres insondables. Ce serait sans doute pareil pour Filip pendant un moment. Il semblait ailleurs, hanté par ses sentiments qui allaient se déchaîner brusquement dès qu'il aurait trouvé quelqu'un ou quelque chose sur quoi passer ses nerfs.

- Ils nous le paieront, Capitaine.

Elle hocha la tête, en le regardant disparaître. Oui. Tant qu'elle commanderait le Rancunier, elle ne laisserait pas un tel affront impuni.


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