Tous les fleuves ont une source

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
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Dim 7 Fév 2016 - 14:39

Une pluie fine avait fait tomber la poussière. Il n’avait pas plu depuis longtemps et la fraîcheur qui recouvrait les plaines était une bénédiction. Le printemps s’était effiloché entre la rigueur de l’hiver et la brutalité d’un été trop précoce et trop chaud. Les fleurs n’avaient pas eu le temps de fleurir qu’elles avaient déjà fané, brûlées par le soleil, assoiffées par la sécheresse.  Les brebis et leurs agneaux faisaient peine à voir. Harding ne se souvenait pas avoir vécu pareilles intempéries. Il y avait bien eu la maladie du charbon qui avait affecté les troupeaux quand il était jeune, mais l’herbe était alors bien verte et les ruisseaux abondaient en serpentant joyeusement le long des montagnes. De l’eau, il y en avait encore dans le fleuve Anduin, une eau blanche et fraîche, tumultueuse, qui transportait avec elle le souvenir des glaces du Nord. Mais les neiges éternelles faisaient pâle figure sur les sommets des Montagnes Blanches et bien des névés et des glaciers avaient disparu, asséchant les petits ruisseaux, assoiffant les troupeaux et les hommes.

Le service militaire ne l’avait pas empêché de conserver son bon sens paysan et il constatait avec désespoir que les dirigeants du royaume ne faisaient rien pour changer la situation. Le peuple souffrait.  Même les chevaux de la cavalerie royale avaient le poil terne et l’œil éteint. Les Eoreds qui se relayaient pour surveiller les frontières battaient la campagne au pas ou au petit trot pour préserver les bêtes. Les grands galops fatiguaient trop les chevaux sous l’écrasante chaleur et les points d’eau étaient moins réguliers. Les sources qui ne dépendaient pas du fleuve tarissaient, et rares étaient les puits encore approvisionnés par quelques rivières profondes et secrètes. Beaucoup d’hommes et de femmes s’étaient rapprochés des villages et des villes. De grands campements nomades s’étaient installés autour des hautes barrières d’Edoras et d’Aldburg par nécessité. Les bergers allaient et venaient en parcourant toujours plus de kilomètres pour emmener les brebis happer les restants d’une herbe sèche et rase qui donnait la diarrhée aux agneaux. Les béliers suivaient les femelles en baissant la tête, oubliant l’ardeur des combats et les affrontements brutaux qui faisaient d’ordinaire leur quotidien.

Comme de coutume, Harding était révolté. Derrière ses mèches brunes, ses yeux étaient emplis de colère. Il traînait avec lui une rage inassouvie qu’il ne parvenait à exprimer qu’au travers de combats ou de batailles de chiffonniers. Ces derniers temps, tout était prétexte à la bagarre. Un homme le regardait de travers et il finissait placardé contre le mur de la taverne avec la main du Rohirrim autour du cou. Il ne digérait pas la violence qu’il avait pris en pleine face lors de la bataille des Trois Rois. Lui le soldat, l’indomptable, le fou-furieux, il avait pleuré de voir le corps de ses frères nourrir la terre de leur sang. Il avait pleuré sous la lune, dans le silence de la nuit, loin des hommes et de leur barbarie. Et tous ceux qui n’étaient pas assez dignes, tous ceux qui déshonoraient le Rohan et son peuple, tous ceux qui osaient proférer des paroles impies, il les corrigeait. Il ne donnait pas la mort, mais il semait la graine de la terreur dans leur âme. A défaut de suivre les traditions par amour et patriotisme, il leur imposait de le faire par peur. Il s’était battu une bonne dizaine de fois au cours des derniers mois.  Il avait plus souvent donné de coups qu’il n’en avait reçus. Il devenait meilleur, plus vif et plus rapide, plus leste, plus sûr de lui. Mais quand la solitude l’enveloppait de ses grandes ailes, c’était le doute qui l’étreignait aussi, comme un ami fidèle. Il avait quitté le groupe de cavaliers avec lequel il avait pourchassé des orcs. Ils étaient de bons guerriers mais il ne trouvait pas de réconfort auprès d’eux. Aucune amitié sincère. Ils ressemblaient plus à des mercenaires qu’à des soldats, attendant leur paie plutôt que de se battre pour des valeurs !

Il jeta rageusement une pierre dans les eaux profondes de l’Anduin. Le fleuve, semblait-il, rejoignait la mer des lieux et des lieux plus loin. La mer... Il essaya de s’imaginer une surface sans relief, remplie d’eau à perte de vue. Ce devait être comme les prairies, mais en bleu.  Il ne savait pas ce qu’il se trouvait dans le reste du monde. Il ne savait pas jusqu’où s’étendaient les terres, si elles avaient une fin ou si on parvenait toujours pas retomber sur ses pas, d’une manière ou d’une autre. De l’autre coté du fleuve ce n’était déjà plus le Rohan. Il pouvait distinguer au loin les faibles reliefs de ce que l’on appelait les Terres Sauvages. Il s’imaginait les collines remplies d’hommes marchant à quatre pattes, sans parole, rugissant pour communiquer, et se nourrissant de viande crue car ils n’avaient pas encore découvert le feu. Loin à l’est, c’était le pays des Orientaux. Mais il ne savait pas ce que cela voulait dire. Les Orientaux étaient réputés pour leur férocité, leurs mœurs dissolues et leurs maladies vénériennes. Il n’en savait pas plus. Il jeta un second caillou dans les remous du fleuve. Un mouvement attira son attention. Plus loin, quelqu’un traversait les prairies en solitaire. Quelqu’un, ou quelque chose. L’individu était suffisamment petit pour être un enfant, mais ses cheveux étaient de la couleur des renards en hiver, d’un roux chatoyant, presque rouge. Il plissa les yeux mais il ne parvenait pas à mettre un nom sur cette chose. Un nain peut-être … il en avait aperçu quelques uns, mais celui-ci semblait trop maigre pour en être un. A moins qu’il ne marchât depuis si longtemps qu’il avait perdu tout le superflu dont ils se dotent de coutume. Et la fatigue lui avait également fait tomber la barbe …

Cette nouvelle attraction le détourna de sa dernière activité. Le fleuve était de toute façon trop agité pour faire de jolis ricochets. Il prit son cheval par la bride et s’avança au-devant de l’étrange personnage. Il restait méfiant. Les esprits savaient parfois s’y prendre pour surprendre les hommes et les malmener. Aux confins du royaume, mieux valait rester sur ses gardes, on n’était sûr de rien. Plus au nord s’étendait encore le pouvoir de la Lorien et la magie des elfes. Il pouvait très bien s’agir d’une de leur chimère pour lui pervertir l’esprit. D’une voix forte il interpella la petite personne.

- Hé, qui va là ?

Il affichait un visage aussi accueillant que celui d’un gardien de prison. Sa main gauche reposait, par habitude, sur le manche de sa hache. La silhouette se découpait finement sur l’azur de l’horizon, une petite sculpture ciselée dans du cuivre. Elle marchait péniblement, accablée par la fatigue, ou peut-être la soif. Elle ? Car plus la créature s’avançait, plus il lui semblait qu’elle était féminine.
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Qewiel
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Mar 9 Fév 2016 - 15:31
Suivre l'eau, s'arrêter sous un arbre lorsqu'il pleut, continuer sa marche et recommencer. Je ne savais plus où j'étais et vu ce qu'il s'était passé il y a quelques jours, la foi me manquait pour aller de l'avant. La seule chose que je savais était qu'il fallait que je continue vers l'ouest et là la seule chose qui me venait à l'esprit était de remonter vers le nord tout en longeant le grand cours d'eau qui n'avait pas tous les jours la même puissance. Des fois il m'arrivait de regarder au loin vers l'ouest, mais les grandes plaines de cette contrée me faisaient étrange. J'avais été habituée aux marais et aux bois, pas à de vastes étendues d'herbe allant encore plus loin que là où pouvait porter mon regard. J'avais peur. Et la nuit, il me le faisait comprendre : lorsqu'il apparaissait, je ne pouvais m'empêcher d'avoir un frisson qui me parcourait l'échine. Sa tenue noire, son regard perçant que je ne pouvais que deviner puisque je ne pouvais pas voir son visage, la façon dont il se tenait, son silence pesant... La seule chose dont j'avais envie était de me recroqueviller sur moi-même et de faire en sorte qu'il ne soit pas dans mon champ de vision. Je n'avais pas tué de personne aujourd'hui et les trois personnes qui s'étaient éteintes sous mes actes pesaient dans ma mémoire plus que tout autre chose. Alors pourquoi vouloir me les rappeler de sa présence ?

Assise au bord de l'eau, j'admirais le soleil levant et les douces couleurs caressant les plaines et se reflétant sur l'eau du fleuve. Tout en songeant à toute la poésie qui pouvait se trouver dans ces premiers rayons de soleil de la journée, je mâchais tranquillement de la viande cuite au petit feu de bois, un rongeur qui avait eu la mauvaise idée de passer par là en fin de nuit. Ce n'était pas ce qu'il y avait de meilleur, mais au moins cela tenait un peu au ventre. Cela ne suffirait pas pour la journée, mais peut-être que je verrais enfin un lieu plus propice à la chasse ou à la cueillette. Et peut-être que je trouverais de quoi me refaire un bâton de marche, un qui tienne bien la route et que je pourrais graver selon les rites ancestraux.

Je finis mon repas, me levais et m'étirais puis, après avoir regardé autour de moi le vide gênant de ces terres, je repris ma route. Les heures passèrent, symbolisées par le soleil qui toujours plus se hissait vers son zénith pour après redescendre vers le lointain. Puis, au bout d'un moment, je vis au loin une silhouette. Ou plutôt deux, un homme et un cheval. Enfin un homme... si, en m'approchant, je pouvais clairement voir que ce n'était pas une femme et je me doutais que ce n'était pas un elfe. Bon... qu'est-ce que je fais ? Il n'y a pas d'endroit par où je pourrais passer de sorte à ce qu'il m'oublie ?

"Hé, qui va là ?"

Mince... Les Valar devaient vraiment se donner à coeur joie de me mettre dans des situations difficiles et où la mort était reine ! Que Llyod, Cervan et Kenod me protègent d'eux... Je n'ai jamais eu tant besoin de ces trois esprits depuis que les orcs ont décimé le clan. J'arrêtais d'avancer, fixant avec méfiance l'être qui s'avançait désormais vers moi. Je jetais quand même un regard en arrière afin de vérifier si c'était bien à moi qu'il s'adressait. Oui. Bon. Alors allons-y, de toute façon il n'arrêterait pas de me regarder facilement. Et puis peut-être que ce n'était pas une mauvaise personne... enfin pour le coup je ne me faisais pas trop d'espoirs. Et s'ils avait de mauvaises intentions me concernant ? S'il faisait partie des cavaliers qui me recherchaient pour je ne sais quelle raison ? Je n'en savais rien... en fait pour l'instant je n'avais pas envie de me battre. Que l'on m'explique dans quel problème on m'avait placée et puis qu'on me laisse tranquille, ce serait le mieux. Enfin... quoi qu'il en soit, je finis par me ravancer, ma main serrant le manche de la dague faute d'avoir un bâton en main. Plus nous nous rapprochions, plus mon coeur battait avec force. Puis enfin, nous nous retrouvions l'un en face de l'autre, à seulement quelques pas. Je le dévisageais quelque peu, attendant sa réaction, et faisant attention à sa forte carrure, ses bras musclés, ses yeux noirs - trop noirs ? - ainsi que sa longue chevelure brune. Il se passa un moment puis, remarquant qu'il ne semblait pas me chercher outre mesure, je commençais à reprendre ma marche tout en le contournant.
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Nathanael
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Mar 9 Fév 2016 - 16:05

Une enfant. Il ne s’agissait que d’une enfant. Aussi farouche que les chevaux premiers nés qu’il fallait poursuivre des heures avant de pouvoir leur passer le licol. Elle l’avait vu, il en était certain. Il avait capté la suspicion et la peur dans son regard, puis l’indifférence. Rien ne lui était plus insupportable que l’indifférence. Harding continua d’avancer vers elle en tenant son cheval. Puis il finit par lâcher sa monture pour barrer la route à la jeune fille en quelques longues enjambées.

- J’ai posé une question ! Réponds, qui es-tu ?

Il se tenait fermement campé sur ses pieds, lui faisant face de toute sa hauteur, carrant les épaules, la main toujours posée sur le manche de sa hache. Elle semblait si fragile. Perdue. C’était peut-être le mot qui se rapprochait le plus de cette petite chose. Une petite chose perdue. Ce n’était définitivement pas un nain, pas plus qu’une naine. En dehors de sa petite taille et de ses cheveux rouquins, elle n’avait rien de ces êtres bedonnants et ventrus qui rampaient sous terre pour manger des cailloux et extraire des joyaux. Il l’observait comme un animal sauvage, une créature d’un autre monde. Il se pencha un peu en avant, curieux, pour chercher quelques traits spécifiques qui auraient pu le renseigner sur la nature de la jeune femme. Elle était trop petite pour être humaine. Et ses membres n’étaient pas difformes comme les petites personnes qui naissaient ici et là parmi les gens du peuple. Plus loin au nord, on parlait encore des hommes arbres, mais elle n’avait rien à voir avec les descriptions qu’on lui en avait faites. Au Nord, c’était également le domaine des elfes. Et tandis qu’il pensait à cette possibilité, il regarda sur le côté de sa tête. Des oreilles beaucoup plus pointues que celles qu’il avait déjà observées chez de charmantes demoiselles. Il fit un pas en arrière. Précautionneux. On disait encore plus de mal des elfes que des hommes arbres parmi son peuple, et il valait mieux ne se pas se mêler de leurs affaires si on ne voulait pas finir transformé en quelques monstres anciens ou en un tas de poussière.

Pourtant une irrésistible curiosité lui imposait de rester devant elle plutôt que de prendre la bride de son cheval et de faire demi-tour. Si la petite elfe avait voulu le tuer, ne l’aurait-elle pas déjà fait ? Leur pouvoir était immense … mais peut-être n’en avait-elle pas. Harding se méfiait des étrangers et de l’inconnu, mais son frère lui en avait suffisamment appris sur les créatures qui peuplaient ces terres pour ne pas tomber dans le premier piège venu. Il se rappela des longs récits de Nathanael et des soirées où il lui décrivait la magie des temps anciens, ainsi que la vie extrêmement longue de ces peuples d’outre-mer. Ils quittaient le monde au travers de bateaux et rejoignaient des terres inaccessibles aux simples mortels. Sauf que dans les légendes fraternelles, les elfes étaient grands et majestueux, le front baigné de lumière et le regard lumineux. La jeune femme n’avait que les oreilles qui étaient un peu longues et tordues, mais il lui manquait bien des centimètres pour ressembler aux Hauts Elfes et un peu de vigueur pour effrayer le premier venu. Ce pouvait-il qu’il ne s’agisse réellement que d’une enfant ? Une enfant d’elfe ? La réflexion résonna étrangement dans l’esprit de Harding. Pour lui ce peuple était couvert de poussière et leurs représentants traînaient derrière eux tellement de longues années qu’ils se déplaçaient lentement, courbés sous le poids du temps. Il lui était impossible de démêler la vérité par de simples observations. Et les conjectures n’étant pas son domaine favori, il décida de poser la question.

- Êtes vous une elfe ?

Il était passé du tutoiement au vouvoiement, sans doute sous l’effet du profond respect que pouvait lui inspirer cette race étrange. Du profond respect ou une crainte immense… mais il n’avouerait jamais craindre qui que ce soit. L’âme des Rohirrims était solide, et les plus braves étaient encore ceux qui savaient le mieux maîtriser leurs plus grandes peurs. La jeune personne demeura silencieuse encore un moment. Un peu trop longtemps au goût de Harding. La situation commençait à l’agacer et il avança d’un pas pour exiger qu’on lui parle.

- Répondez !

Il avait crié de sa voix grave et puissante. Mais son cri s’était perdu dans les immensités de la plaine. Il espérait sincèrement que la petite chose qui se trouvait devant lui n’était pas le produit d’un esprit délirant et malade. Il n’y avait qu’un moyen de le savoir, les esprits ne saignaient pas, puisqu’ils étaient dans l’autre monde. Il  fit un pas de plus, tirant sur le manche de sa hache pour la dégager de sa ceinture. Il la tenait fermement de sa main gauche, prêt à en user si le besoin l’imposait.
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Qewiel
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Ven 12 Fév 2016 - 15:41
Non je ne voulais pas répondre. Je voulais juste passer mon chemin, être tranquille, aller je ne sais où, reprendre mes esprits et enfin terminer cette folle quête de l'ouest. Je voulais arrêter de tuer et surtout arrêter de savoir des gens en danger à cause de ma simple présence. Alors cet homme qui me demandait qui j'étais, il fallait qu'il parte. Avant qu'il ne soit trop tard. Qu'il se tienne loin du danger. Cependant ce n'était pas gagné d'avance : il fit avancer son cheval de sorte à me bloquer la route, me faisant donc arrêter là où j'étais. Je n'essayais même pas de passer par un autre chemin. Mon coeur battait trop fort dans ma poitrine : j'avais peur.

"Êtes vous une elfe ?

Etes-vous... je ne le regardais toujours pas mais mon esprit ne pouvait s'empêcher de réfléchir au mot que je comprenais le mieux "vous". Vous ? Pourquoi pas "tu" ? A qui parlait-il ? Je n'étais plus seule ou bien y avait-il quelque chose dans la langue d'ici que je ne comprenais pas ? Je regardais sur ma droite, de l'autre côté du grand homme, pour voir si personne d'autre n'était là. Non, personne... Avais-je affaire à un fou ? Je voulais partir, être seule, disparaître. Je...

- Répondez !

J'eus un sursaut face à la puissance vocale de l'inconnu, au même titre que mon coeur manqua un battement. Et encore, cela ne suffit pas à le regarder. Non, pour cela il fallut qu'il avance dangereusement vers moi. Alors seul moyen de défense contre une personne plus imposante et surtout plus musclée que moi, je me suis mise à crier.

- Rachdia !

Laisse-moi ! Ne pouvais-tu pas comprendre que si je ne voulais pas répondre à tes questions, c'était pour une bonne raison ? Que je ne voulais pas m'attacher à des gens que je serais obligée d'achever comme... comme Aessa ? Je fis quelques pas en arrière afin de garder une distance à peu près correcte avec le cavalier. Je ne tardais pas à m'arrêter puisque j'approchais de l'eau. C'était en ces moments difficiles que je regrettais de ne pas avoir de bâton... je me sentais dépourvue de défenses sans cela. N'ayant visiblement pas trop le choix, je fis un effort pour parler ce que la musicienne appelait le "commun", répondant ainsi à la question de l'inconnu.

- Je... moi elfe. Moi partir. Toi partir."

J'eus un geste pour signifier que j'arrêtais là mon semblant d'explication, enfin plutôt mon essai, n'ayant pas spécialement envie de prononcer plus de mots - cela me laissait un goût encore trop amère dans la bouche. Mais je crains qu'une fois encore je ne fus pas assez comprise, ou du moins que mes dires et gestes furent sujets à de mauvaises interprétations.
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Nathanael
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Sam 27 Fév 2016 - 20:42

- Rachdia ? C’est votre nom ?

Harding abaissa un peu sa hache et se fit moins menaçant. L’elfe lui demandait de partir. Mais savait-elle qu’elle marchait en un royaume qui n’était pas le sien et qu’elle n’avait aucun ordre à lui donner ? Plus il s’approchait et plus il lui semblait qu’elle était fatiguée, fragile, abîmée par quelques mauvaises expériences passées qui l’avaient affaiblis. Lasse. Il recula d’un pas sans la quitter des yeux. Il ne pouvait la forcer à la suivre. Pourquoi faire après tout ? Il avait déserté l’armée après la Guerre Civile pour ne plus avoir à affronter l’autorité de ses supérieurs. Pour ne pas avoir à collaborer avec d’anciens partisans de l’Usurpateur, et pour ne pas servir un roi dans lequel il n’avait aucune foi. Un enfant ! Pas plus grand que cette elfe qui déambulait devant lui. A peine plus solide et plus vaillant que cet être fébrile qui luttait contre le vent. Où était la grandeur des Eothéods ? Harding cracha par terre en repensant à la situation. Il délaissa l’elfe un moment, se mit à cheval et décida de la suivre. A défaut de pouvoir engager la conversation, il s’assurerait au moins de ses intentions, qu’elle ne commette aucun méfait sur les terres de ses ancêtres.

Il lui laissa quelques mètres d’avance et talonna légèrement son cheval pour qu’il avance d’un pas lent. Ses sabots formaient de petits nuages de poussière au milieu de l’herbe brûlée, marquant à peine le sol tant la terre était sèche et morte. Ils quittèrent les berges de l’Anduin pour s’avancer un peu plus à l’intérieur des plaines, en direction des Montagnes Blanches. L’Irensaga dardait au-dessus d’eux son immense tête immaculée où s’agrippaient les glaciers immortels. La neige descendait moins bas que d’habitude. L’été précoce avait commencé à rogner la montagne. La petite elfe continuait sa marche, Harding sur ses talons. Son cheval semblait avoir compris la simple mission qui lui était attribuée et il suivait les courtes foulées de l’étrangère en grappillant de temps à autre les rares touffes d’herbe qui dépassaient de la pelouse rase. Il n’y avait pas âme qui vive à des milles à la ronde et la situation était des plus étrange. Les bergers s’étaient tous regroupés autour des grands centres urbains et des bourgades fermières, si bien que les plaines étaient silencieuses et vides. On n’entendait que le bruit du vent et le grondement du fleuve. Même les oiseaux semblaient avoir déserté les lieux, comme si la vie avait décidé d’abandonner ces terres.

- Tu vas où ?


Harding reprit le tutoiement. Cette elfe ne faisait décidemment pas partie des contes et des légendes, il n’y avait nul besoin de se disperser en convenances et courbettes. Le temps s’étira long et morne comme une journée sans pain. Harding commençait à se lasser de la situation quand un mouvement attira son œil au loin. Un cavalier galopait à bride abattue en direction du Nord vers Fangorn et les Monts Brumeux. Le Rohirrim ne détourna pas même la tête pour les observer ou savoir ce qu’ils faisaient. Harding se redressa de toute sa hauteur. Ce n’était pas habituel. Qui était cet homme qui imposait un tel rythme à son cheval sous une chaleur pareille ? C’était folie que de pousser son cheval à ce rythme sous le soleil de plomb. Harding le héla, par deux fois, mais le cavalier continua sa course sans se retourner. Quelque chose se passait dans le Riddermark qui n’annonçait rien de bon. Il fut tiraillé par l’envie de poursuivre l’individu dans sa course. Il n’était plus dans l’armée mais il demeurait profondément attaché à son royaume, et il gardait toujours une oreille attentive aux rumeurs et aux nouvelles propagées par son peuple. Il lui faudrait rapidement rejoindre un bourg ou un campement de bergers pour se tenir au courant. Mais l’elfe était une épine dans sa botte de cuir. Il ne pouvait pas se permettre de la laisser au milieu de nul part, sans être certain de ses intentions. Sa méfiance vis-à-vis des étrangers était vive et tenace


Dernière édition par Nathanael le Mer 27 Avr 2016 - 6:53, édité 1 fois
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Mer 27 Avr 2016 - 0:26
Je me souviens d'un rêve où la vie n'était plus, où le monde tel que je le connaissais n'existait plus. Je me souviens d'un rêve où, comme pour annoncer un retour aux sources ou un renouveau, les esprits se montraient pleinement à qui pouvait les voir. Je me souviens d'un rêve où le ciel était rouge, où les arbres étaient noirs, où l'herbe était devenue d'un bien triste jaune et où, surtout, l'eau n'existait plus. Moi qui avais toujours vécu dans un marais, cette idée de l'immense espace sans une seule once d'eau visible m'avait à l'époque fait penser au royaume des Valar : l'endroit où je ne voudrais pour rien au monde aller et qui ne pouvait que promettre la souffrance éternelle. Aujourd'hui, j'avais l'impression d'être dans un lieu similaire, peut-être bien en moins horrible... enfin si ce n'était la chaleur étouffante ainsi que le soleil qui commençait à me faire mal à la tête.

"Tu vas où ?"

Je levais le regard vers l'étranger et fixais ses yeux, sans pour autant lui donner de réponse. Assise dans l'herbe chaude, j'étais trop fatiguée pour avoir ne serait-ce que l'envie d'essayer de lui expliquer avec des mots ou des signes que j'allais loin à l'ouest, jusqu'à la grande étendue d'eau. Ou plutôt par-delà cette étendue allant jusqu'à perte de vue, si j'en crois mon père. En même temps, je ne lui avais aucunement demandé de me suivre, au contraire même. Et je n'avais accepté sa présence que parce que je n'avais pas le choix. Même si au fond de moi existait la crainte que cet être aux oreilles rondes ne soit en réalité associé au groupe de cavaliers qui me pourchassaient, sans même que je ne sache ou comprenne pourquoi. Mais celui-là semblait différent. Dans le fond, la méfiance qu'il semblait entretenir envers moi était rassurante à ce sujet. Et puis il avait fini par dire "tu", donc c'était qu'il avait enfin compris que j'étais seule aussi bien physiquement que mentalement. C'était un bon point pour lui.

Le cavalier se redressa sur son cheval et regarda au loin. Instinctivemet mon regard suivit le sien pour découvrir un autre cavalier au loin, allant à vive allure vers le nord, semblant en premier lieu ne pas vouloir faire attention à nous. Mais il ressemblait davantage à ceux que je fuyais. Alors, quand celui qui insistait pour me tenir compagnie commença à l'appeler... ce fut plus fort que moi : je m'étalais de tout mon long sur le sol, cachant ma longue chevelure rousse avec mes bras et me retenant de hurler à l'étranger d'arrêter d'attirer l'attention sur nous. J'avais peur. Et je savais que s'ils nous trouvaient les choses se passeraient mal, il y aurait forcément des morts. J'attendis donc comme ça un temps qui me parut long, l'épée de mon père me pesant sur le dos, avant d'enfin oser relever la tête. Il avait appelé en vain, l'autre ne s'était pas arrêté pour aller dans notre direction... du moins était-ce ce que je croyais. Parce que dans ces histoires où un personnage part en quête, les choses ne se passent jamais comme prévu et sur son chemin se dressent de nombreux obstacles, bien entendu au moment où il s'y attend le moins.

Alors que je me relevais, jetant quelques regards inquisiteurs à celui qui me suivait pour quelque raison - regards qui m'étaient en un sens bien rendus -, se fit entendre un bruit que je compris être de nombreux sabots percutant la terre. Je me retournais un instant vers l'endroit d'où cela venait, ne tardant pas à apercevoir d'autres cavaliers que je ne reconnus pas. Tout en me rapprochant sans forcément faire attention de l'homme à cheval, intriguée et me sentant sans défenses sans bâton, j'essayais de trouver dans son regard une réponse à ma question : qu'est-ce que c'était ?
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Nathanael
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Dim 19 Juin 2016 - 12:25
HRP : Bien désolé pour le retard. Je fais avancer un peu les choses pour mettre de l'animation ^^

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Les vieilles magies de ce monde remontaient-elles insidieusement à la surface ? Harding se retourna juste à temps pour voir un groupe de cavaliers les rejoindre au petit trot. Ils portaient l’étendard royal et les longues piques traditionnelles des Rohirrims. Ils avaient la mine grave et sérieuse mais ils n’étaient aucunement menaçants. Ils ne virent pas, d’abord, la petite elfe effondrée sur le sol et ils rejoignirent Harding en ralentissant l’allure. L’un deux fit un geste de la main, que lui rendit le jeune guerrier, et salua Harding selon la coutume avant de passer, sans ambages, aux affaires qui les menaient si loin d’Edoras.

- As-tu vu des orcs cavalier du Rohan ? Nous poursuivons ces créatures dans le Riddermark pour purifier nos terres de leur invasion récente.
- Il est d’autres créatures plus habiles qui souillent nos terres et qui ne sont pas des orcs.


Les paroles d’Harding étaient mordantes et sans détours. Il ne connaissait pas les cavaliers qui les avaient abordés, mais leur mission était futile. Le jeune Fendor se fatiguait à envoyer ici et là ses meutes de chiens pour chasser un ennemi extérieur sans jamais se préoccuper des vers qui grouillaient dans les entrailles du Rohan et menaient doucement le royaume à sa perte. Les partisans d’Hogorwen vaquaient encore librement à leurs occupations et peu d’entre eux avaient été punis, afin « d’éviter de nouveaux morts, et pour unir notre peuple ». On laissait ainsi librement des criminels de guerre aller et venir au milieu du peuple Rohirrim sous prétexte d’unité. Ceux qui s’étaient repentis avaient eu la vie sauve, les plus déterminés avaient été condamnés quand ils n’avaient pas tout simplement fini sur le fil d’une épée pendant les combats. Harding méprisait la compassion naïve du roi et de son gouvernement. Gallen Mortensen avait fait quelques exemples pour afficher sa position et calmer les esprits, mais ce spectacle de force était insuffisant aux yeux de Harding. On ne pouvait espérer sauver un fruit si on n’en enlevait pas toutes les parties pourries. La vermine finissait toujours par revenir.

- Ce n’est pas la question, cavalier ! Les groupes d’orcs sèment la terreur parmi les bergers. La situation est difficile pour tout le monde. En as-tu vu récemment ?
- Pas d’orcs vivants, juste elle…


Il détourna les yeux pour montrer la fillette qui se recroquevillait dans l’herbe. L’homme qui menait le groupe fronça les sourcils et fit avancer son cheval, marchant presque sur l’elfe.

- Lève-toi étrangère, qui es-tu et que fais-tu sur les terres du Riddermark ? Connais-tu cette étrangère cavalier ?
- Pas plus que je ne connais personnellement les étoiles et la lune. Je ne sais pas d’où elle vient ni ce qu’elle fait ici.
- Tu laisses errer ainsi une menace sans l’arrêter ? Que la honte t’emporte.
- La honte est le bien commun de notre peuple depuis de longues années…


Le cavalier retint avec difficulté sa colère naissante. Il ne s’emporta pas contre Harding, mais l’elfe n’eut pas autant de chance.

- Capturez-là ! Les ordre sont clairs. Nuls étrangers ne foulent nos terres sans autorisation. Qui sait s’il ne s’agit pas d’une espionne ou d’une magicienne déguisée en enfant ?
- Faites comme bon vous semble ! Vous serez plus chanceux que moi si vous arrivez à tirer quelque chose d’elle. Que les Valars veillent sur vous, et qu’Eru nous pardonne.


Harding fit faire un demi-tour à son cheval et quitta les lieux sans autre forme de procès. Pourquoi se préoccuper d’une enfant d’elfe, d’une étrangère sans nom, d’un rejeton exilé loin de chez lui ? Le cavalier qui menait le groupe voulut le retenir mais il arrêta son geste. Harding était un Rohirrim, il avait le droit de circuler librement sur les terres du Riddemark. Il n’avait rien à se reprocher.

- Cavaliers, emparez-vous d’elle !

Trois hommes descendirent de cheval pour se saisir de la jeune elfe. Elle était si petite et si légère qu’ils n’eurent aucune difficulté à la porter. Ils lui lièrent les mains dans le dos et la jetèrent nonchalamment sur un cheval devant un Rohirrim à la forte odeur de transpiration. Le métal et le cuir de leurs armures étaient tout à fait inadaptés aux excessives chaleurs estivales. La position de Qewiel était tout à fait inconfortable. Elle était assise sur le pommeau de la selle, devant constamment serrer les jambes pour garder l’équilibre, et devant lutter contre le musc acéré de son geôlier nomade. Il y eut un geste de la main, un ordre, et le groupe reprit la marche vers l’ouest. Ils gardèrent leurs chevaux au pas quelques temps, puis prirent un trot régulier, allure exécrable pour qui tient à son séant. Harding avait disparu, englouti par les nappes de chaleur, continuant à errer sur les terres de ses ancêtres à la recherche de l’identité de son peuple.

Ils avancèrent ainsi jusqu’à la nuit tombée. Ils n’avaient croisé personne ou presque, de rares familles nomades qui possédaient quelques chèvres chétives mais suffisamment résistantes pour faire face à la sécheresse. Ils établirent leur camp au soleil couchant à l’ombre d’une colline rase. Une source presque tarie formait un sillon tourbeux entre les herbes. Les chevaux se désaltérèrent en plusieurs fois et les hommes durent filtrer l’eau avant de la boire. Ils regardaient l’elfe avec méfiance, presque avec animosité. On ne voyait guère d’elfes dans le royaume, et tous se souvenaient encore de la légende de Galadriel la sorcière des bois. Les cheveux roux de la jeune femme n’arrangeaient rien. Une elfe rousse, une vaine tentative de s’apparenter à un enfant rohirrim. Elle devait maîtriser quelques magies obscures et mieux valait rester sur ses gardes. Ils prirent chacun leur tour de garde cette nuit là pour surveiller l’enfant. Ils ne lui délièrent les mains à aucun moment, se contentant de la faire boire ou manger si nécessaire. Ils ne cherchèrent jamais à lui parler et ceux qui l’approchaient le faisaient avec une aversion non contenue.

Ils mirent encore deux jours pour rejoindre Edoras, la capitale du Rohan. Le château d’or brillait de milles feux sous le soleil éclatant. La cité était agitée, encombrée par les troupeaux et les familles de bergers qui s’accumulaient en tout sens. L’air était imprégné de l’odeur de suint et de fumier. Même les hommes sentaient la brebis à plein nez. Seuls les tombeaux des ancêtres royaux demeuraient préservés sous un tapis fleuris de pâles symbelmynë. Ils pénétrèrent entre les hautes palissades de bois sous le regard curieux des gardes en faction. Pierre et bois se mêlaient pour former cette architecture si particulière en Arda. Chacun vaquait à ses occupations et rares furent ceux qui prêtèrent attention au petit cortège de cavaliers qui transportait l’elfe. Ils prirent la direction d’un bâtiment solide sous le château. Discret et gris comme la roche de la colline. Il s’agissait des geôles d’Edoras. Quelques soudards décuvaient derrière des grilles. Un ou deux hommes attendaient sans doute un jugement quelconque. Plusieurs gardes se tenaient à l’abri de la morsure du soleil et de l’abrutissante chaleur, assis à une large table en bois.

- Cavalier Gamefor, fils de Hewine. Nous ramenons avec nous une prisonnière qui divaguait dans les plaines non loin de l’Anduin. Identité inconnue. Une elfe.


Il restitua Qewiel à l’officier en charge sans plus de cérémonie. L’elfe était ballotée ici et là comme un vulgaire paquet, un petit épouvantail aux cheveux emmêlés et à la mine renfrognée. La situation devenait incertaine. Plus encore quand le militaire responsable des cellules parla.

- Une elfe ? Tiens donc, ça tombe bien. Je connais quelqu’un que ça pourrait intéresser. Nous nous en chargeons. Que tu sois remercié Gamefor fils d’Hewine.


Les deux hommes échangèrent un salut respectueux et se séparèrent. Qewiel fut menée dans une cellule paillée de frais. Un broc d’eau lui fut apportée ainsi que de quoi se sustenter. L’homme qui veillait sur les lieux porta sur elle un regard des plus intrigués, des plus étranges et des plus inquiétants.
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Qewiel
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Dim 24 Juil 2016 - 16:13
Froid. C'était un regard froid qui me répondit, le genre de regards qui ne disent jamais rien de bon. Aussi n'avais-je plus qu'à en appeler aux esprits pour que ceux qui montent des chevaux ne me voient pas et continuent leur route... en vain, puisqu'ils s'arrêtèrent et commencèrent à discuter avec l'homme qui me suivait jusque là. J'essayais d'écouter, mais pratiquement aucun mot n'appartenait au peu de vocabulaire que je connaissais. Aussi lorsque je vis le cheval s'avancer vers moi et que j'entendis la voix grave parler en ma direction (enfin du moins est-ce l'impression que j'eus), je sentis un frisson désagréable me parcourir l'échine alors que mon coeur s'emballait à une vitesse que je ne lui connaissait pas. Il fallait rester calme... calme... non non pas calme ! Lorsque les cavaliers descendirent de cheval pour s'occuper de moi, je me relevais d'un bond et dans un geste de peur je dégainais le petit couteau qui pendait à ma ceinture, en signe de défense. Je détestais ce genre d'armes. Trancher la chair était loin d'être l'action la plus noble que je connaissais, surtout aux yeux des esprits qui avaient permis que nos corps soient intègres, et le peu d'actions que j'avais pu faire avec me pesaient autant sur le coeur que sur les épaules. Mais n'ayant pas de bâton, que pouvais-je faire d'autre ?

Mon agilité fit que je pus esquiver un court moment les étrangers, mais à trois hommes imposants face à un petit animal comme moi en manque de nourriture, ils finirent forcément par me capturer. Je me mis alors à crier, maudissant intérieurement les Valar de s'amuser à vouloir poser leur ombre sur moi depuis que les orcs avaient détruit mon clan. Les gens armés d'épées me firent mal et me mintinrent au sol le temps de lier mes membres avec une corde, puis ils me posèrent sans considération sur l'un des chevaux. Ne pouvant plus rien faire hormis essayer de tenir en équilibre, je regardais celui qui m'avait suivie jusque là partir au loin sans plus regarder dans ma direction. On ne peut remercier personne... une fois de plus, celle qui m'avait protégée plusieurs semaines auparavant avait raison.

Les journées se passèrent tant bien que mal. Au départ, je serrais les jambes pour tenir malgré l'allure éprouvante et les bonds intenpestifs qui me détruisaient le fessier ainsi que le dos, puis au final la chaleur, le manque d'eau et de nourriture ainsi que la fatigue finirent par avoir raison de moi. Je ne tenais plus lors des cavalcades, au point que le cavalier qui se trouvait derrière moi était obligé de me tenir pour que je ne m'écroule pas au milieu de la plaine. J'avais mal... et pendant plus de deux jours j'étais dans un état second, où même l'intense fatigue ne me permettait pas de m'endormir. Le premier soir, j'ai pu marcher pour aller jusque là où ils avaient décidé de m'installer pour la nuit. Les autres soirs cela a été plus compliqué, je tenais à peine sur mes jambes. J'avais soif, j'avais faim, j'étais sale, et encore même si c'était avec une méfiance que je ne comprenais pas mes détenteurs se relayaient pour me nourrir du bout des doigts. Puis ils me laissaient, seule à l'ombre, tout en me surveillant. Comme si j'allais fuir ! Déjà qu'ils ne m'avaient rien laissé pour couper mes liens, mais en plus ils avaient dorénavant une arme avec laquelle je resterai coûte que coûte : l'épée de mon père. Enfin... ce n'était qu'une partie du voyage. La deuxième, et certainement la plus énigmatique, était son apparition au dernier soir. J'avais réussi à fermer les yeux et à m'endormir, ne serait-ce que quelques instants. Puis j'avais ressenti sa présence, froide, effrayante mais en même temps apaisante. Il était là, debout, à me regarder comme s'il pouvait d'un moment à l'autre m'envoyer dans un autre monde. J'eus peur et, après plusieurs minutes à le regarder droit dans ses yeux invisibles, une larme finit par couler le long de ma joue. Aucun mot. Aucun geste. Il était là, juste là. Pour que je n'oublie pas... ou peut-être pour autre chose.

A nouveau des paroles, ainsi que la sensation d'être tirée vers le bas. Je me réveillais soudainement, de nombreuses odeurs s'imiscant alors dans mes narines et ma vue étant brouillée par un trop fort soleil. Le chef des cavaliers me déposa sur le sol et mes genoux fléchirent à peine m'eut-il relâchée tant la fatigue était présente.

"Une elfe ? ... donc, ... bien. Je connais ... ça ... Nous nous ... tu ... fils ..."


L'homme qui venait de parler me toisa un moment alors que les autres s'en allaient, puis il me prit par le bras pour m'entraîner vers un endroit au frais. Une salle étrange avec de la paille, une espèce de nourriture et un récipient d'eau. J'aperçus au passage l'épée de mon père être entre les mains de l'un des hommes présents. Qu'est-ce qu'ils allaient en faire ? Je n'en savais rien. Je n'avais même plus la force d'essayer d'imaginer toutes les possibilités. Une fois tombée sur le sol de terre, je restais un moment à apprécier l'agréable froideur qui s'en dégageait. Après trois jours sur un cheval, il n'y avait rien de mieux... ou peut-être une baignade, mais l'idée même était malheureusement à rejeter de mon esprit. Allongée sur le dos, je ne fis pas tout de suite attention à celui qui gardait les étranges pièces fermées par un matériau dur. Ce n'est que lorsque je le regardais que je remarquais son regard plus qu'étrange, au point qu'il en devenait inquiétant. A l'aide de mes bras je me trainais vers l'arrière de la salle puis fixa mes yeux dans les siens, jusqu'à ce qu'il parte. J'avais de quoi avoir peur, même si j'avais vécu pire qu'un inconnu me regardant. Je m'allongeais à nouveau, épuisée et incapable d'utiliser mes bras enfin déliés malgré la soif. Je ne tardais pas à me rendormir pour de nombreuses heures.

De l'eau... froid !!!

Je me réveillais en sursaut, sous le rire d'un gars flanqué d'une arme à son côté. Par habitude je le regardais droit dans les yeux et, en signe de respect, me pris une claque de sa part. Il me tira par l'épaule pour que je sois en position assise et me tandit le récipient d'eau.

"Bois. Tu ... besoin."

Je ne compris pas tout, mais cette fois-ci je n'eus aucun mal à m'emparer du broc pour l'amener jusqu'à ma bouche sèche afin de me réhydrater. Qu'est-ce que cela faisait du bien ! Une fois ce liquide précieux bu, je m'essuyais le visage d'un revers de manche à cause de l'eau qui me gênait la vue.

"Viens !"

N'ayant que trop peu de choix, je me levais avec difficulté et sortis de l'endroit dans lequel on m'avait enfermée. L'homme me prit par l'épaule et me poussa fermement mais sans pour autant me faire mal vers un... un escalier je crois qu'ils appellent cela... et me dirigea jusqu'à une autre salle, complètement différente de celle où j'avais été placée. Ici c'était immense, avec des murs de bois avec de grands trous donnant sur les étoiles et des morceaux de tissus aux nombreuses couleurs pendant en de nombreux endroits. C'était étrange. Les tissus représentaient de par les différences de couleurs des formes et des histoires que je ne comprenais pas, me laissant bouche bée quelques secondes. Je ne me souvenais pas avoir vu l'art être modelé de cette manière. De l'autre côté de l'immense porte se trouvait une grande chaise en bois sculpté. Imposant, je me demandais sincèrement ce qu'il pouvait faire là... peut-être était-ce pour que le chef de clan se montre bien lorsqu'il s'assayait dessus. Enfin... je n'avais pas le temps de m'attarder sur ce genre de choses que déjà mon guide m'arrêtait d'une légère pression sur l'épaule. La salle était pratiquement vide cette nuit. Ne se trouvaient que le soldat, quelques autres au niveau des portes, moi et une dernière personne s'approchant de nous. Ce dernier échangea avec mon guide quelques mots que je ne compris pas vraiment, puis ce dernier me lâcha pour faire demi-tour. Je regardais un instant l'homme partir puis releva les yeux vers le nouvel inconnu, croisant rapidement son regard, essayant de ne pas montrer l'insécurité dans laquelle je me sentais.
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Nathanael
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Dim 14 Aoû 2016 - 20:49

Les journées s’étaient succédées selon le même rythme harassant. Mais celle-ci avait finalement réussi à lui mettre un dernier coup de boutoir qui l’avait laissé assommé. L’enlèvement d’Aelyn l’avait bouleversé au plus haut point. Il avait fait mander des officiers loyaux et zélés qui avaient déjà envoyé leurs hommes aux quatre coins du royaume pour retrouver sa bien aimée. Mais cela suffirait-il ? Qui ? Qui en voulait à la guérisseuse ? Qui en voulait à la mère de son enfant à naître ? Qui en voulait à une représentante du pouvoir au Rohan ? Qui ? Etait-ce personnel ? Etait-ce stratégique ? Etait-ce vengeance ou punition ? Les questions tournoyaient dans sa tête menaçant de le submerger et de le renverser. L’agitation qui le gagnait le mettait au bord d’une colère sans nom. Plus tôt dans la journée il avait menacé un de ses subalternes de lui passer l’épée au travers de l’abdomen s’il ne réagissait pas plus vite. Il s’était reprit, trop tard, et il avait vu la terreur sans nom qu’il avait inspiré à ses hommes. Le respect qu’ils lui portaient s’était un moment mu en crainte et il n’avait pas aimé cette expression horrifiée sur leur visage. Il était éreinté de coordonner des hommes, des conseillers, d’organiser des réunions, de rédiger des rapports, de rendre compte au jeune roi si loin de son royaume, d’approuver les comptes et d’ordonner les approvisionnements du prochain départ pour la Grande Estive. Il s’imaginait mettre Meduseld sans dessus-dessous pour retrouver ceux qui avaient enlevé sa chère et tendre, il rêvait de pouvoir briser des mâchoires et fendre des crânes pour faire parler les pleutres qui avaient soutenu les agresseurs, il se voyait à cheval parcourant les plaines pour retrouver Aelyn. Au lieu de quoi il tournait en rond dans le château d’or, parlant plus fort que nécessaire pour se faire entendre, pour donner des ordres. Ses bottes martelaient le sol trop fort, il respirait trop vite. Il était hors de lui.

- Seigneur Mortensen ?

Il s’était enfermé dans son bureau pour reprendre ses esprits. Un peu plus et il risquait de tuer quelqu’un, ne serait-ce que pour se calmer les nerfs. Il prit une profonde inspiration et réfléchit. Laisserait-il ou non rentrer le messager ? Allait-il seulement lui répondre ? Il pouvait faire semblant d’être occupé, de ne pas l’avoir entendu. Il pouvait attendre qu’il s’en aille pour demeurer seul. Un moment. Juste un moment. Mais son devoir le força à prendre encore une fois une profonde inspiration et à répondre.

- Entrez.
- Les gardes des geôles tiennent à vous signaler l’arrestation d’une elfe. Elle est entrée dans le royaume à trois jours de marche d’Edoras.
- Et encore ? En quoi une elfe peut-elle m’être utile dans la situation présente ?
- Vous avez demandé à ce que l’on vous signale toute nouvelle interpellation mon seigneur. Elle a été interpellée. Je vous le signale.


Le vieux messager semblait coutumier des emportements du Vice-Roi. Il parlait d’une voix calme et lente. Il demeura dans l’encadrement de la porte en attendant une réponse. Mais Gallen se contentait de le regarder de ses yeux aux reflets d’acier.

- Mon seigneur ?

Gallen poussa un profond soupir, non de soulagement, mais d’accablement. Peu de gens avaient été mis au courant de l’enlèvement d’Aelyn. Ceci afin de faciliter le travail de ses officiers et d’éviter de semer la crainte dans le coeur du peuple. L’unité du Rohan était encore trop fragile pour lui imposer la nouvelle. Il serait difficile de dissimuler son absence, mais la grossesse pourrait être une excuse valable pour expliquer sa soudaine disparition : du repos et une retraite nécessaire jusqu’à l’arrivée du petit. Gallen était persuadé qu’il s’agissait d’un garçon.

- Amenez-là dans la salle du trône, j’arrive.

L’après-midi n’était plus. La soirée s’était étirée sur les plaines et la nuit couvrait de son voile les Rohirrims fatigués par une dur journée de labeur. Il ne s’attendait pas à trouver une enfant à proximité d’une des tables de la salle du trône. Etait-ce une elfe ? Un moment il se demanda si ses hommes ne lui avaient pas joué un mauvais tour. Mais son humeur interdisait toute plaisanterie déplacée. Le dernier qui avait cherché à détendre l’atmosphère était couché dans un lit, dans une salle de guérison. L’heure du repas était passé, celui des bonnes histoires et de la veillée aussi. Ne restait que les gardes en faction dans la grande salle. L’homme qui avait amené l’elfe s’approcha de lui.

- Elle ne comprend pas notre langue monseigneur.
- Ou bien elle fait semblant de ne pas la comprendre.


Il congédia le garde d’un signe de tête. Il aurait pu faire amener l’enfant dans son bureau, ou se déplacer lui-même dans les geôles. Au lieu de quoi il l’avait invité dans la salle du trône comme une émissaire étrangère, plutôt que comme une prisonnière. Mais ses gardes avaient pris moins de soins et de précautions, et il pinça les narines en s’approchant de la jeune femme.

- Vous auriez pu lui laisser de quoi se laver. De quoi manger. De quoi boire. Sommes-nous un peuple de sauvages ? Voulez-vous que l’on dise au-delà de nos frontières, les geôles du Rohan voient courir les rats et pulluler la vermine ? Que les étrangers y sont accueillis avec des piques et l’épée à la main ?

Il s’était tourné vers les gardes en poste. Tous s’étaient redressés quand il s’était mis à parler, mais aucun d’eux ne pouvait lui apporter de réponse. Les responsables auraient rapidement affaire à lui. Il toisa la petite personne des pieds à la tête comme un objet étranger ou magique. Elle n’avait rien d’une elfe des légendes. A moins que le temps n’ait eu raison de leur beauté et de leur grandeur et que la race se soit amoindrie au fil des siècles. Lâmmath … un souvenir aussi froid que les glaces du nord lui arracha un frisson. Non, tous les elfes n’avaient pas dégénéré. Certains portaient encore en eux la vigueur de leurs ancêtres. Il fit le tour de l'étrangère et regarda ses poignets attachés. Inutile de prendre des risques. Il s’approcha pour la regarder de plus près tandis que des fils arachnéens reliaient ses idées entre elles, formant une toile fragile où il voyait se dessiner la splendeur de son royaume. Les elfes étaient aussi vieux que le monde. Ils avaient la connaissance et la mémoire des choses. Ils savaient donc forcément quelque chose à propos de la missive qu’ils avaient reçu.

- Comment t’appelles-tu ?

Sa voix grave s’était calmée. Il n’eut pas de réponse. Etait-elle sourde ? Ne comprenait-elle réellement pas leur langue ? Etait-elle en train de manigancer un plan destiné à mettre le royaume du Rohan dans le chaos ? Toutes ces questions se percutèrent sans aucune logique dans son esprit. Il était fatigué, las et impatient d’en finir.

- Ton nom !

Il se pointa du doigt.

- Gallen.

Puis il tendit son indexe vers l’elfe.

- Toi ?

C’était risible. Il prit un moment conscience de leur situation et manqua de tout laisser tomber. De la laisser retourner dans les geôles, d’y croupir quelques jours avant d’être relâché après quelques questions ridicules. Il avait envie de dormir. De sentir la tiédeur du corps d’Aelyn contre le sien, de voir son ventre rebondi s’arrondir chaque jour. Mais on lui avait enlevé tout cela. On lui avait ôté le peu de quiétude qui lui restait, l’océan de douceur que représentait sa compagne lui avait été arraché.

- Parle !

Il donna un violent coup de pied dans un banc qui se trouvait non loin de sa botte. Le bruit sec du bois qui se brise contre la dalle résonna dans la grande salle. Cela n’annonçait rien de bon.
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Qewiel
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Ven 19 Aoû 2016 - 19:24
Après avour regardé un instant en direction des gardiens de la porte, le nouvel inconnu au visage fatigué me dévisagea des pieds à la tête avant de commencer à rôder autour de moi, tel un prédateur s'amusant à apprendre à connaître sa proie avant de passer à l'action. Et ce comportement était loin de me rassurer, au contraire même. Oubliant pratiquement tout ce que j'avais pu apprendre sur les us, coutumes et langages des gens d'ici à cause de la fatigue, je continuais machinalement à porter mon regard sur l'homme. Ainsi, même si la situation était ridicule puisque j'avais les mains attachées dans le dos, je limitais les risques en le gardant toujours dans mon champ de vision. Pourtant le courage qui m'habitait faillit une seconde lorsqu'il se rapprocha de moi, et je baissais aussitôt les yeux alors que ma respiration avait du mal à garder sa légèreté habituelle. J'avais peur. Et ce qui allait suivre n'allait pas être pour améliorer mon état.

"Comment t’appelles-tu ?"

Je relevais les yeux, surprise qu'il m'ait adressé la parole. Sans pour autant me calmer, cela me permit au moins de le regarder à nouveau dans les yeux. Comment... t'appelles... tu... Qu'est-ce que cela voulait dire déjà ? Qu'est-ce qu'il me demandait ?

"Ton nom !"

J'eus un sursaut. Du calme, j'essaie juste de comprendre, de me souvenir... mais là j'ai du mal ! Ma confusion fut encore plus grande lorsqu'il se pointa du doigt tout en prononçant un mot, ce qui pour moi signifiait qu'il appartenait à un dénommé Gallen. Et moi ? A qui j'appartiens ? A personne, tout simplement. Et je n'ai pas envie d'être à quelqu'un. Mais comment le formuler, en plus sans avoir la possibilité de passer par la gestuelle ?

"Parle !"

Un nouveau sursaut puis un regard cette fois-ci apeuré en direction du grand interlocuteur qui venait de donner un violent coup de pied dans un banc, au point qu'au contact du sol le bois avait craqué. Parle, parle, parle... Oui, parle ! Parler, oui, maintenant j'avais compris, mais pour dire quoi ? Ton nom... Ah oui, l'index pointé vers une personne ne signifiait pas qu'on désirait la prendre mais juste qu'on la montrait. Qu'est-ce que je pouvais être bête ! Ou fatiguée, au choix. Mes lèvres se séparèrent l'une de l'autre, désirant donner la réponse tant attendue, mais ce fut autre chose que mon cerveau fatigué décida de prononcer.

"El niphyrim naitastek him'du a. Nerest du."

Il ne fallait pas frapper un objet, il ne lui avait rien fait. S'il le faisait - comme il semblait en avoir l'habitude - l'esprit lié au bois dans lequel il était fait n'allait pas apprécier et laisserait les Valar s'introduire en cet endroit. Et rien n'était pire que ces entités, les esprits ainsi que nos aïeuls l'avaient assez répété pour qu'aucun de nous n'essayions de manquer de respect à un être ou à un objet. Aussi, en prenant soin de ne pas me rapprocher de celui qui devait en fait être Gallen, je m'avançais vers le pauvre banc. Je l'aurais bien remis comme il avait été prévu pour être, mais j'étais dans l'incapacité physique de le faire. Et concrètement j'étais trop fatiguée pour avoir la volonté d'user mes dernières forces pour essayer de converser avec un fou furieux et d'essayer de remettre un banc en place juste avec les pieds. Alors je m'accroupis auprès de l'objet et chuchotais quelques paroles pour calmer l'esprit qui avait fait attention à cette scène. Puis je relevais une énième fois le regard vers Gallen et montra du bout de mon nez mon épaule, faisant ainsi signe que je me montrais, comme lui avait pu le faire avec son doigt.

"Qewiel. T... Toi... hi... shief ?"

Décidément, leur "ch" ne passait pas. Maintenant que j'arrivais à retrouver mes esprits et que quelques leçons me revenaient en mémoire, je n'avais plus qu'à espérer me faire comprendre... et prier pour que cette personne ne fasse pas partie de ceux qui m'avaient recherchée, sans que je ne sache pourquoi.
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Nathanael
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Lun 22 Aoû 2016 - 12:37

Une expiration, profonde et lente. Gallen cherchait à reprendre ses esprits. Si, autrefois, la vision d’une personne aussi fragile l’aurait remplie de compassion et d’empathie, il n’en était plus de même aujourd’hui. Il avait affronté trop d’ennemis fourbes et cruels, il avait du faire face à trop de vilenie pour s’inquiéter des pensées d’une étrangère tremblante devant lui. Depuis quand ce changement s’était-il produit ? Depuis quand jouait-il les geôliers et les tortionnaires, au lieu de sauver ceux qui étaient détenus ? Cette pensée l’étourdit un moment, il ressentit les picotements d’une vague de nostalgie juste au moment où l’elfe prononçait un charabia incompréhensible. Ses doutes disparurent d’eux-mêmes. Cette créature pouvait bien être plus dangereuse qu’elle ne le laissait croire d’abord. Il l’observa attentivement, comme un enfant découvre un nouvel animal. Non, pas comme un enfant. L’expérience l’avait dépossédé de toute naïveté juvénile. Il la regardait d’avantage comme un de ces mages fous qui se préparent à faire quelques nouvelles recherches expérimentales. Observer d’abord, faire réagir ensuite, observer encore. Il devait obtenir des réponses. Ce n’était plus la femme et l’orphelin qu’il cherchait à sauver aujourd’hui. C’était son royaume tout entier qu’il devait relever.

La petite créature parla encore, étrangement penchée sur le banc. Il mit quelque secondes à saisir qu’elle lui donnait enfin un nom. Et qu’elle lui posait une question.

- Non, pas chef. Je suis Gallen. Je suis ton gardien.

Il était inutile de lui donner la liste des titres ronflants qui accompagnait d’habitude son nom. Autrefois il aurait sauté sur l’occasion pour se faire connaître, pour afficher clairement son patronyme, pour parler au nom du Rohan, pour montrer la gloire qu’il y avait à préserver l’honneur du Riddermark. Mais l’elfe ne devait pas savoir qui il était. Moins la créature en savait, mieux c’était. Polias ne savait rien de cette entrevue et sans doute le vieux conseiller aurait-il refusé d’agir de la sorte. Comme le jeune roi, il ne prenait pas la missive au sérieux.

- D’où viens-tu ? Qui es-tu ? A quel peuple d’elfes appartiens-tu ?

Il était trop rapide. Trop brusque, emporté par son désir d’en apprendre plus. Les elfes étaient des gens bien étranges. Il avait côtoyé certains d’eux par le passé. Il les avait craint, il les avait respecté. Puis il s’était rendu compte que leur immortalité et leur prétendue sagesse n’en faisaient pas des êtres supérieurs. Ils étaient également faillibles, cruels et sans pitié. Il se rendit compte qu’il avait parlé trop vite. L’étrangère ne maîtrisait pas le commun.

- Pourquoi, toi, tu es là ? Rohan ? Pourquoi au Rohan ?

Il pointait le sol à ses pieds pour accompagner ses paroles d’une gestuelle qu’il pensait appropriée. Le tableau était presque comique, burlesque, grotesque. Mais cet interrogatoire était nécessaire. Des orcs avaient afflué au Rohan de façon tout à fait étrange. Beaucoup de cavaliers rapportaient qu’ils avaient l’attitude de gens qui fuyaient un grand danger. Ils courraient au travers des plaines et rejoignaient les montagnes ou quelques cachettes sombres au-delà des Gués de l’Isen. Puis il y avait eu cette missive inquiétante et le nom de cette confrérie jaillie du passé : la Fraternité de Yavannamire. Il avait alors multiplié, en plus de ses nombreuses corvées quotidienne, les veillées, prêtant une oreille attentive aux vieux conteurs du royaume. Il les avait interrogés. Mais peu avait pu lui répondre. Peu étaient ceux qui possédaient encore une réelle connaissance des temps anciens. Il prétextait être en quête d’un bon conteur pour divertir les jeunes enfants de sa compagne. D’un conteur aux multiples facettes qui aurait été capable de leur parler aussi bien du Rohan que des terres au-delà. Il avait délaissé son épée pour s’armer de patience, mais il avait fini par trouver. Yavanna. Un être important pour les elfes qui se rapprochait assez de ce que Aulë pouvait être pour les nains … s’il avait bien tout compris. Si donc cette confrérie prenait le nom d’une légende importante pour les elfes, c’est que les elfes devaient y être mêlés, de près ou de loin. Et qu’ils devaient savoir quelque chose à ce sujet. Savoir. C’était ce qui leur manquait. Les manuscrits étaient rares, les traditions orales se perdaient au milieu du brouhaha quotidien. Il n’était pas un lecteur assidu, il avait toujours préféré l’action. Mais que regrettait-il que que le Rohan ne possédât pas un lieu telle que la Bibliothèque de Minas Tirith ! Des scribes gondoriens aux yeux fatigués devaient déjà chercher depuis longtemps au milieu des parchemins et des vélins les informations nécessaires pour mettre la main sur les artefacts dont parlaient la lettre. Des artefacts assez puissant pour faire trembler tout ennemi potentiel. Des artefacts assez puissants pour permettre au royaume du Rohan de redresser la tête et de ne plus dépendre que de lui-même.
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Qewiel
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Mer 31 Aoû 2016 - 21:30
Il se passa un moment avant qu'il ne comprenne que c'était dorénavant à lui que je m'adressais. Et bien que je ne compris pas tout à fait ses dires, au moins je savais qu'il n'était pas le chef. Je ne savais pas ce que cela pouvait m'apporter, mais c'était une information qui pouvait toujours s'avérer utile. Parce qu'ici, dans ces terres étrangères, il semblait que le chef de clan n'était pas une personne facilement trouvable ou du moins pas la référence. C'était même à se demander s'il était présent auprès des siens et si ce qui m'arrivait à l'instant même faisait partie des choses qu'il acceptait. Et si c'était le cas, je ne comprenais pas pourquoi ce n'était pas lui qui était en face de moi. Oh, monde de l'Ouest ! Pourquoi es-tu si différent des marais ? Pourquoi a-t-il fallu que je m'aventure dans tes grandes étendues jaunes et si peu accueillantes ? Ces questions en tête, la seule envie que j'eus à cet instant fut de rentrer chez moi... ou de m'endormir pour me réveiller parmi ceux qui vivaient sur la terre se trouvant au-delà de la grande étendue bleue.

Alors que je me relevais, un air toujours aussi fatigué ornant mon visage, Gallen débité un flot de paroles trop rapide pour que je puisse le comprendre. Sans même réfléchir, je laissais un long soupir traverser mes lèvres. Bon... Avait-il réellement compris que je ne maîtrisais que trop peu sa langue et donc que parler rapidement ne servait à rien ? Ou bien il se fichait complètement de la compréhension, tant qu'il avait la réponse qu'il désirait entendre ? Mais comment pouvais-je ne serait-ce que répondre si je ne comprenais pas la question ? Le grand homme dut comprendre ma réaction puisqu'il se reprit pour formuler des questions plus compréhensibles et surtout plus lentes.

"Pourquoi, toi, tu es là ? Rohan ? Pourquoi au Rohan ?
- Rohan..."


Tout en prononçant ce mot qui m'était connu ne serait-ce de par le fait que mon père m'avait donné le nom des nombreux royaumes qui se trouvaient à l'ouest de chez nous, je tapais de la pointe du pied sur le sol, comme pour lui demander si j'étais réellement sur cette terre-là. Puis je basculais ma tête sur la droite, tout en regardant un peu partout. Il dut attendre un bon moment avant que je ne trouve les mots pour lui répondre.

"Je aller vers ouest. Gens à hieval prendre moi. Je ici. Pourquoi... eux prendre moi ?"

Je penchais la tête de l'autre côté, pour bien appuyer le fait que je ne comprenais pas et qu'il s'agissait là d'une question.
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Nathanael
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Jeu 1 Sep 2016 - 10:53

Pourquoi eux prendre moi ?” … Cette phrase se répétait inlassablement dans l’esprit de Gallen. D’autres avaient donc déjà pris des initiatives. Hieval. Cela ne lui disait rien. Mais des groupes anarchiques s’étaient mis en quête de retrouver les artefacts mystérieux dont parlait la missive. Ils avaient un convoi de retard. Comment avait-il été mis au courant ? Aucune annonce officielle n’avait été faite au Rohan pour recruter des hommes. Polias était bien trop discret, bien trop prudent. Il ne fallait rien entreprendre tant qu’ils n’avaient pas l’accord du jeune roi. De lourdes responsabilités pesaient sur les épaules de l’enfant. Aucune réponse ne leur était parvenue depuis. Attendre ! Toujours attendre ! Il fulminait. Son peuple mourrait de faim. La Grande Estive monopolisait de nombreux cavaliers et il fallait attendre ! Alors qu’une opportunité des plus inattendues leur permettait de reprendre la maîtrise de leur destin. Gallen rêvait de voir un Rohan puissant et indépendant et non plus soumis aux aléas d’un climat rude et capricieux, non plus soumis aux aléas d’échanges diplomatiques fastidieux et chaotiques. Où était la fraternité des hommes face à l’adversité ? Où était le Gondor, leur royaume allié de tout temps ? Les hommes de Minas Ithil avaient-ils oublié le serment d’Eorl et de Cirion ?

Il regardait la petite elfe comme si sa simple présence pouvait être une chance inespérée. Ses hommes lui avaient parlé de l’épée qu’elle portait dans le dos. Il était certains que cette arme contenait quelques magies anciennes et que cette elfe pourrait lui en apprendre plus. L’information était importante. Capitale. Pourquoi diable le Rohan ne bénéficiait-il pas d’une organisation comme au Gondor pour intercepter les messages importants. Ils auraient ainsi gagné du temps.

- Hieval, qu’est-ce que c’est ?

Il avait repris une voix plus posée, plus calme. L’elfe avait piqué sa curiosité, mais il lui faudrait maintenant mener cet interrogatoire de main de maître. Il était à peu près certain que l’étrangère ne maîtrisait réellement pas leur langue. Sa prononciation du commun était horrible mais il parvenait sommes toute à la comprendre. En échange de quoi il se forçait à parler plus lentement en articulant presque exagérément. Malgré lui, il sourit … un jour viendrait où il faudrait en faire de même avec ses enfants. Cette pensée heureuse lui fut arrachée par la réalité du moment. Aelyn avait disparu et personne ne savait où chercher.

- Pourquoi veux-tu aller à l’ouest ? Que cherches-tu à l’ouest ?

Sur ces mots, un soldat apparut discrètement dans la grande salle du trône. Il portait l’épée de l’elfe. Gallen remercia le garde et le congédia aussitôt. Il montra l’objet à la jeune elfe.

- C’est à toi, n’est ce pas ? Où l’as-tu trouvée ?

L’arme n’avait rien de commun avec celle qui étaient fabriquées au Rohan. Légèrement courbe. Et le métal semblait être d’une autre nature. Comme s’il s’agissait d’autre chose que du fer. Il ne se souvenait pas en avoir vu de pareil jusqu’à présent. L’elfe non plus n’avait rien de commun avec ses semblables. Ses cheveux de cuivre flamboyaient comme un étendard au soleil. Ils étaient de la même couleur que le pelage des renards dans les plaines. Renard … Encore une vague de souvenirs. Où était-il ? Disparu dans les remouds de l’histoire et les sursauts de l’Ordre de la Couronne de Fer. Etait-il toujours vivant ? Comment savoir ? Son regard se perdait dans la contemplation d’une dalle au sol. La lueur des torches sur les murs dansait dans ses yeux. Un moment il parut plus vieux qu’il ne l’était vraiment. Trop d’évènements s’étaient abattus sur lui et l’avaient malmenés. Il réprima un soupire et continua son examen de l’épée.

- Qui l’a fabriquée ?

Il s’approcha de la jeune elfe en essayant d’être le moins menaçant possible. Il montrait du doigt le métal aux reflets d’argent avant de reposer son regard sur l’étrangère. Devait-il la détacher ? L’idée lui traversa l’esprit. Mais comment s’assurer qu’elle ne lui sauterait pas aussitôt à la gorge pour s’emparer de son arme et lui transpercer le coeur ? Il savait pourtant qu’un peu d’empathie pouvait induire de la bonne volonté chez les prisonniers. En même temps … si cette elfe était si puissante, pourquoi ne s’était-elle pas déjà libérée ? N’avaient-ils pas des pouvoirs sur toutes choses ? Elle aurait pu le terrasser par quelques volontés supérieures ou le réduire à la terreur par des formules ancestrales. Peut-être n’était-elle pas si dangereuse après tout. Il avait la mine soucieuse et ses traits affichaient clairement l’indécision dans laquelle il était plongé. Il posa l’épée sur la table près d’eux. L’arme était bien trop lourde pour une personne si petite. C’était même étrange qu’elle s’acharne à la transporter comme un fardeau. “Pourquoi eux prendre moi ?” … la question ricocha encore une fois dans son esprit. Qui était à ses trousses ?  Peut-être ces hommes chercheraient-ils à tout prix à retrouver l’elfe, à moins qu’ils ne pourchassent l’objet qu’elle détenait.

- Qui te poursuit ? Qui te chasse ?

Encore une question formulée lentement. A peine plus qu’une enfant. Elle était si petite.

- Si tu réponds. Si toi, répondre, aux questions. Moi je peux te protéger. Moi pouvoir garder toi en sécurité.

Il reformulait ses phrases du mieux qu’il pouvait pour se faire comprendre. Voilà, les négociations pouvaient commencer. En échange d’un répit et de protection, il voulait des réponses. Il se rassit sur le banc qu’il n’avait pas renversé et fit un signe à la petite elfe d’approcher. Elle était sale et miséreuse. Elle faisait peine à voir. Malgré le poids qui pesait sur ses épaules, malgré le devoir qui lui imposait d’agir ainsi, il ne put s’empêcher d’avoir un peu d’empathie pour elle. Si elle coopérait un peu, juste un peu, il s’arrangerait rapidement pour lui trouver de quoi se changer et se laver. Et un lieu de repos plus accueillant que les geôles de la cité d’or. La dissimuler aux yeux de Polias serait plus compliqué. Le vieil homme serait rapidement mis au courant de l’arrestation de l’étrangère. Les hommes avaient la mauvaise manie de faire courir les rumeurs plus vite que leurs chevaux dans ce royaume.
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Qewiel
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Ven 9 Sep 2016 - 23:10
"Hieval, qu’est-ce que c’est ?
- Hie... Sh... Shieval ?"


Je fis la grimace tout en essayant de formuler le mot de manière à peu près correcte. Non, vraiment, leur fichu "ch" ne voulait pas passer ! Pourtant j'avais prononcé des mots bien plus difficiles à articuler au cours de ma vie. Voyant que mon interlocuteur n'était pas sûr de bien me comprendre, j'imitais alors avec la langue le bruit des sabots de l'animal. Là il arriverait peut-être à comprendre que je voulais parler d'un animal particulier et non pas donner le nom d'une personne - bien qu'un animal valait autant qu'un elfe ou autre bipède à oreilles rondes. Ce point éclaici, l'homme passa à une autre question aucunement lié à la notion de cheval : ce que j'allais chercher à l'ouest. Là, c'était plus compliqué à expliquer... surtout que concrètement je ne savais pas exactement ce que j'allais chercher. Une terre d'accueil peut-être, des gens comme mon père ou comme moi. En fait, tout ce que je cherchais était d'aller au bout de la promesse que j'avais faite à Ulrah. D'aller jusque là-bas si je ne pouvais plus rester au clan.

C'est à ce moment-là qu'entra dans la pièce une personne armée tenant entre ses mains une épée que je ne connaissais que trop bien : celle de mon père. Mon visage pâlit légèrement à la vue de l'arme et j'eus énormément de mal à faire en sorte que mes yeux ne restent pas braqués sur elle.

"C’est à toi, n’est ce pas ? Où l’as-tu trouvée ?"

Je regardais une nouvelle fois ma compagne d'infortune, l'observant d'une manière complètement différente que celle de l'étranger. Lui observait d'un regard peut-être connaiisseur la lame, moi je la voyais comme le vaisseau chargé d'histoires et d'émotions. Certaines histoires étaient emplies de joie, d'autres plus récentes de souffrance. Et ce fut cette souffrance qui me fit entrouvrir les lèvres, le mot qu'elles allaient laisser échapper restant pourtant sagement dans ma bouche. Gallen avait montré dès le début une part de lui-même pleine de colère et de violence, pour ensuite se calmer et faire preuve de calme et de patience. Mais pouvais-je seulement lui faire confiance ? Qu'arriverait-il s'il comprenait que cette arme était un héritage familial ? Et que ferait-il si je ne répondais pas à ses questions ? J'avais toujours appris à faire preuve de bonne volonté et compter sur celle des autres pour pouvoir vivre, c'était une règle indispensable à la survie dans les marais. Mais ici j'avais l'impression que les règles n'étaient pas les mêmes, y compris ce genre de règles - ce que je n'arrivais pas vraiment comprendre. Aussi me méfiais-je de cet homme qui pouvait aussi bien être un ami qu'un ennemi. Mais il ne comptait pas passer à une autre question avant que je n'ai répondu à celle-ci et sa manière de retourner sous tous les angles l'épée m'horripilait. Mes lèvres s'étant rejointes lors de ma réflexion, elles finirent donc par se rouvrir afin de laisser passer ce mot porteur d'amour qui me pesait sur le coeur. "Papa..." Mais je parlais si bas que l'autre, plongé dans ses pensées, ne m'entendit pas.

Il posa d'autres questions, s'étant rapproché doucement de moi et ayant posé l'épée sur une table non loin. Pour la première, j'étais incapable d'y répondre. Concernant la seconde, elle m'interpellait plus qu'autre chose puisque je n'avais pas parlé de ceux qui avaient essayé de me capturer par deux fois. Comment était-il au courant ? Et s'il savait que des gens me voulaient, pourquoi me demander qui ils étaient ? Soit je ne comprenais rien, soit c'était qu'il me cachait quelque chose. Peut-être même savait-il contrairement à ce qu'il voulait me faire croire.

"Si tu réponds. Si toi, répondre, aux questions. Moi je peux te protéger. Moi pouvoir garder toi en sécurité."

Je le regardais un instant, avant de me retourner vers l'arme. J'avais envie de la serrer contre moi comme on pouvait serrer un être que l'on aimait très fort. Ou juste la tenir entre mes mains, sentir son contact. J'avais envie de la retrouver, vraiment, en somme.

"Papa... Epée papa..."


Je n'avais pas envie de rester, d'être sous une quelconque protection. Je voulais juste finir ma quête. Juste arriver là où avait grandi mon père. Et pour être tranquille, autant répondre à ses questions... en faisant en sorte de ne pas en dire trop sur mon clan, bien sûr. Je baissais la tête et fermais les yeux. J'étais triste au souvenir de mon paternel et le fait que je faisais référence à lui pour la première fois depuis que j'étais partie de donnait les larmes aux yeux. Larmes qui coulèrent sur mes joues à cause de la fatigue, raison pour laquelle je détournais le visage de l'humain.

"Qui... je sais pas."

Je m'assis sur le banc, gardant cependant une distance avec Gallen. Les mains toujours attachées dans le dos, ce qui me faisait mal aux poignets, je posais mes pieds sur le banc et me recroquevillais sur moi-même. Je le regardais un long moment dans les yeux, tête posée sur les genoux, cherchant par habitude d'essayer de voir à travers sa gentillesse et ses nombreuses questions. Je restais plusieurs minutes ainsi, sans rien dire, juste à le regarder. Puis je redressais un peu mon buste pour pouvoir parler tranquillement.

"Pourquoi ces questions ? Tu cher...ches chose ?"
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Nathanael
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Dim 11 Sep 2016 - 19:35

La jeune elfe avait un accent à couper au couteau. Même quand elle faisait l’effort d’articuler, il ne comprenait qu’à moitié ce qu’elle voulait lui dire. Mais les idées se faisaient plus claires et Gallen comprenait enfin où elle voulait en venir. Les gens à cheval, ce n’était que ses propres hommes, rien de plus. Son imagination s’était emballée. Pourtant … pourtant le cavalier qui l’avait ramenée dans la cité d’or lui avait parlé d’un être malingre, fatigué, “comme chassé par des démons”. Ils avaient tous des démons. Il n’était pas épargné par de mauvais souvenirs et des actes qu’il aurait souhaité ne jamais commettre. Mais le temps était ainsi, il emportait avec lui les hommes et les choses et il était impossible de faire marche arrière. Il regarda plus attentivement la jeune créature. Il ne parvenait pas à se convaincre qu’il s’agissait d’une elfe. Elle était tellement différente des êtres baignés de lumière des récits ancestraux. Si fragile et si misérable. Les royaumes humains voyaient-ils leurs derniers elfes en ces temps troublés ? Où étaient passés ceux qui se vantaient d’être les détenteurs d’une sagesse millénaire, d’être bénis par les Valar, d’être les Premiers Nés ? Il n’y avait plus que les histoires pour en rapporter quelques bribes. Ils étaient devenus rares et parcouraient de moins en moins les chemins. Et ceux qu’on voyait encore, ceux qui se pavanaient au milieu des hommes, n’étaient pas les plus dignes représentants de leur peuple. Pas aux yeux de Gallen. Où étaient Sombre-Chêne, Laurelin, Silivrien … Le Rohan n’avait plus eu de contact avec les royaumes elfiques depuis l’enterrement de feu leur roi Thénéor, le père de Fendor.

L’elfe, Qewiel, s’il avait bien compris, le coupa dans ses réflexions en parlant. Elle bégayait comme une enfant perdue. Et enfant, elle l’avait été. Sa mine sombre lui laissa supposer que l’être dont elle parlait était parti, emporté par le temps ou la mort. Il ne pouvait savoir.

- Qui était ton père ?

Encore une fois, il prit exagérément soin d’articuler. Il fut emporté par une nouvelle volée de questions. Se pouvait-il qu’il y ait d’autres elfes comme elle ? D’où venaient-ils alors, et pourquoi cherchait-elle à traverser leur royaume comme une pauvre miséreuse ? Mais ce fut elle qui posa la question suivante. Il eut un rire bref et triste, un grognement plus qu’autre chose. Oui il cherchait bien quelque chose. Il cherchait l’arme qui offrirait gloire et honneur à son peuple. Son peuple qui avait besoin d’un peu d’espoir et plus encore. Qui avait besoin d’un meneur, d’une personne à suivre en toute circonstance, auprès de qui se tourner en cas de nécessité. D’un roi !

- Ce que je cherche est important pour mon peuple.

Il écarta les bras comme pour embrasser toutes les tentures qui représentaient l’histoire des Eorlingas depuis leurs origines. Les quelques flambeaux illuminaient à peine les représentations d’Eorl et de Cirion au sommet de l’Halifirien. Plus loin on devinait la carrure imposante de Helm Poing-de-Marteau dressé sur les murailles du gouffre qui avait pris son nom, son large cor porté à ses lèvres. Dans l’ombre, Gallen les connaissait par coeur, il y avait encore des tapisseries qui représentaient Baldor à l’entrée du Chemin des Morts, la figure de son père, Brego qui fit bâtir Meduseld et Théoden brandissant son sabre alors même que la mort s’emparait de lui sous les flancs de son cheval. Mais la tenture qu’il aimait le plus était celle qui dépeignait les traits d’Eowyn combattant le Roi-Sorcier. La Rohir avait dans le regard la rage et la fougue d’un cheval indomptable. Elle était le symbole même de leur peuple : une volonté de fer, froide comme l’acier d’une lame et dévouée à son peuple.

- Ce que je cherche …

L’épée avait glissé au sol en tombant dans un vacarme surprenant. Gallen avait eut un sursaut. Un bref instant, il avait cru que l’étrangère avait tenté de s’emparer de l’arme pour le pourfendre. Mais la jeune elfe n’avait pas bougé. Et il n’y avait personne d’autre dans la pièce. Il ne se souvenait pas l’avoir posé en déséquilibre sur le panneau de bois. Il tourna sur lui-même pour s’assurer que personne ne leur jouait de mauvais tour. Non, ils étaient seuls. Pourtant …  il ne voyait rien mais il sentit des frissons glacés lui parcourir l’échine et le faire trembler comme un enfant apeuré. Il ne percevait rien si ce n’était un froid immense et inexplicable.

- Quelle est cette magie ?

Il fixait Qewiel avec méfiance. Etait-elle la source de cet artifice ? Il faisait appel à sa raison mais il lui était impossible de retrouver son calme. Un frisson, puis un autre. Comme si l’air du château s’était mué en une vague glacée qui avait étalé son emprise sur toute chose.
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Lun 12 Sep 2016 - 22:43
"Qui était ton père ?"

Je ne répondis pas à sa question, bien que je la comprenais. Tout ce qu'il eut fut quelques larmes silencieuses qui s'échappèrent de mes yeux pendant que je regardais ailleurs, avant que je ne me reprenne et que j'essuie mes larmes sur mon pantalon. Ne voulant pas me forcer à répondre à cette question douloureuse, je lui demandais donc s'il cherchait quelque chose, comme il me semblait le ressentir en lui. Gallen ne chercha pas à avoir absolument la réponse à sa propre question, ce qui me montrait qu'il ne cherchait pas à me faire de mal. Parce que la douleur du coeur est bien plus importante que celle du corps et qu'une personne s'acharnant sur un sujet douloureux au coeur d'une personne montrait sa propre envie de faire du mal à son interlocuteur. Non au lieu de continuer l'homme accepta de répondre à ma question, en m'informant tout d'abord que ce qu'il recherchait était important pour quelque chose. Je ne compris pas la fin de sa phrase. Il ouvrit grand les bras, comme pour embrasser quelque chose de bien plus grand que lui se trouvant de l'autre côté de la salle, vers l'entrée. Je me retournais un moment pour voir si quelqu'un venait, mais rien d'autre que des gardes à l'entrée et les beaux tissus aux nombreuses couleurs qui formaient des dessins. Je ne comprenais pas à quoi il pensait. Aussi j'allais pour me remettre dans une position relativement confortable, c'est-à-dire la tête appuyée sur les genoux à le regarder plus ou moins curieusement. C'est là que l'épée bascula.

J'eus un soubresaut, plus dû au fort bruit de l'épée tombant sur le sol dur que par surprise. Je n'étais pas habituée à ce bruit. Je regardais un instant l'arme, me demandant comment elle avait pu tomber alors qu'elles avait été posée sur la table de sorte à ce qu'elle ne tienne pas en équilibre. Je ne compris pas la dernière question de Gallen, qui de toute façon ne fit qu'effleurer mon ouïe. Car quand je relevais la tête vers lui, mon regard s'arrêta sans plus pouvoir bouger non loin de lui à sa gauche. Ca y est, il était revenu. Il était là, tout de noir vêtu, le visage caché à mes yeux pourtant perçants. Pourquoi était-il là ? Pourquoi se montrait-il seulement maintenant ? Pourquoi me suivait-il, tout simplement ? Un froid intense me parcourut ; je tremblais. Mais je gardais les yeux rivés sur lui. Je n'aimais pas le fait qu'il soit apparu juste derrière Gallen, cela me donnait un mauvais pressentiment que je n'arrivais pas à définir. En effet, depuis qu'il m'était apparu la première fois, je n'avais toujours pas réussi à comprendre qui il était. Je connaissais tous les esprits et je n'en voyais aucun correspondre à sa description, mais pouvait-il en être un que mon propre clan n'avait jamais côtoyé ? Où était-il envoyé par l'un d'eux ? Ou bien était-il en relation avec mon père, sa mort ? Ou encore la mort de tout mon clan ? Je ne pouvais que supposer. Et tout ce que j'avais pu voir jusque là était qu'il apparaissait pendant la nuit et ne faisait rien d'autre que me scruter de ces yeux que je ne pouvais que deviner. Et à chaque fois, c'était comme si la mort était auprès de moi, comme si un poids encore plus lourd que ce que je portais déjà écrasait mes épaules. Il me faisait peur, enlevait mon assurance, ne me rendait pas tranquille. Parfois je venais à me demander si cet être n'était pas l'un de ces horribles valar ou bien l'un de leurs envoyés tellement il me mettait mal à l'aise. Et là, il arrivait alors que je venais de dire que l'épée jonchant le sol appartenait autrefois à mon père... ou encore après que Gallen ait cogné un banc qui ne lui avait rien fait.

Au bout d'un moment, je baissais les yeux, ne tenant plus sous le regard pesant que je ressentais. Sans même y penser, mon regard se posa sur l'épée de Laurelien. Je n'aimais pas la voir à terre. Alors, doucement, jetant de temps à autre quelques coups d'oeil craintifs en direction de lui, je m'approchais de lui et avec toute la délicatesse que je pouvais avoir je m'accroupis auprès d'elle, essayant ainsi de la récupérer par le manche malgré mes mains liées dans le dos. Une fois que je l'eus je regardais à nouveau vers l'être en noir et fus complètement surprise de voir qu'il avait disparu. Je regardais Gallen avec incompréhension tout en me relevant puis me tournais dans tous les sens pour voir s'il ne s'était pas juste déplacé. Non. Plus rien. C'était la première fois qu'il disparaissait ainsi, ce n'était pas normal. Je fixais alors celui qui me posait beaucoup de questions depuis tout à l'heure et m'approchais de lui de quelques pas. Il ne semblait pas être bien... lui aussi l'avait-il vu ?

"Gallen ? Tu.."

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase que les désagréables sensations reprirent, mais en plus intenses. Je ne me risquais pas à me retourner, mais de par elles je savais - ou du moins étais-je persuadée - qu'il se trouvait juste derrière moi. Juste dans mon dos. Je fis un effort pour que ma respiration reste à peu près calme, mais la peur put s'entendre dans ma voix.

"Il... derrière moi ?"
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Nathanael
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Sam 17 Sep 2016 - 12:41

Farma, couchée dans son lit, furieuse moribonde. La vie qu’elle abritait s’était enfuie avec elle. Deux morts pour le prix d’un. Aelyn disparue. Une promesse de vie qu’on lui arrachait encore. Les frissons qui secouaient Gallen étaient accompagnés de souvenirs funestes. La peur lui étreignait les entrailles. Une terreur viscérale qu’il était incapable de repousser et qui le tourmentait sans qu’il ne comprenne pourquoi. Qewiel le fixait sans le voir. Derrière lui, quelque chose se trouvait derrière lui ! Il dégaina son épée et pivota sur lui-même pour repousser l’ennemi. Mais il n’y avait personne. Il cherchait à comprendre, il cherchait à voir mais seuls les frissons et l’obscurité lui étaient perceptibles. Les elfes pouvaient-ils voir ce qui échappait aux yeux des hommes ? Malgré l’épouvante qui le harcelait, cette idée fit son chemin dans son esprit. Mais il devait d’abord se débarrasser du sortilège qui avait pénétré dans Méduseld. Qewiel l’interpella. Il n’était guère rassurant de la voir ainsi désemparée. Elle ne maîtrisait pas ce qu’il se passait. Et Gallen détestait quand il ne maîtrisait pas les choses. Aux grands maux, les grands moyens.

- Gardes !

Les hommes en armure qui gardaient l’entrée du château et ceux qui surveillaient la salle du trône s’avancèrent. Ils s’étaient retournés et certains avaient posé la main sur la garde de leur épée quand l’arme avait glissé au sol. Mais aucun n’avait osé faire un geste. Ils avaient ressenti, eux aussi, le froid qui s’était étendu dans la salle. Comme le vent d’hiver venu du nord qui laisse derrière lui un paysage glacé. Mais l’hiver était loin et nulle porte, nulle fenêtre ne laissait passer le moindre courant d’air. Les gardes se rapprochèrent, hésitant. Que peut faire l’épée d’un brave face à la magie fourbe d’un sorcier ? Le cercle des soldats se resserrait autour de Gallen et de Qewiel. Pas à pas les hommes avançaient au même rythme, pas à pas leur détermination semblait s’effondrer, pas à pas Gallen vit ses hommes fléchir, il sentit leur courage se briser telle une lance qui frappe un mur de pierre.

- Les torches, saisissez-vous des torches ! De la lumière !

Tandis qu’il parlait, Gallen s’était précipité près d’un mur pour empoigner un flambeau. Ses hommes l’imitèrent et encerclèrent Qewiel. Toute la grande salle était à présent plongée dans l’obscurité. Ne demeurait qu’une couronne de flammes autour de la petite elfe, des joyaux de feu sertis dans la main des guerriers. Sur l’ordre de Gallen ils resserrèrent les rangs jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de s’enfuir sans les heurter de plein fouet. Les lames de leurs épées, pointées vers l’étrangère, renvoyaient la lueur flamboyante des torches. Encore un pas, et ils pourraient toucher Qewiel de la pointe de leur arme. La peur continuait de les agiter, de les faire douter. Ils avancèrent encore. Un pas.

***

- Arrêtez-vous, c’est ici.

Gallen désigna une porte. Les gonds grincèrent quand il l’ouvrit.

- Entrez.

Une odeur de poussière, de vieux livres et de cire. Gallen s’avança et posa une torche sur un mur. Il alluma une lampe à huile qui éclaira une petite bibliothèque aux étagères chargées de parchemins, de vélins craquelés et de quelques livres à la reliure fatiguée. Qewiel avait été détachée mais elle était encadrée par deux solides gaillards à la crinière blonde. On lui avait rendu son épée. Alors qu’ils s’apprêtaient à embrocher l’elfe de leur lame l’atmosphère de la grande salle s’était brutalement modifiée. La peur s’était évanouie, et quelques enchantements secrets avaient fait disparaître la source du froid. Tout était redevenu normal. Les hommes s’étaient regardés, étonnés puis l’espace d’une seconde Gallen avait lancé des ordres. On avait rompu les liens de Qewiel, on lui avait demandé de récupérer son arme et de suivre le Vice-Roi dans les couloirs de Méduseld. Les deux soldats qui l'accompagnaient la suivaient avec appréhension, répugnant à se rapprocher exagérément d’elle. Ils le faisaient uniquement parce que Gallen l’avait ordonné. Les Rohirrims craignaient et redoutaient la magie. Les Rohirrims craignaient et redoutaient les elfes. Or ils devaient faire face à l’un et l’autre entre les murs du château.

- Là...

Gallen s’était emparé d’un vieux manuscrit entouré d’un ruban vert. Un cachet de sire portant le sceau d’Eomer datait le document. Ce n’était pas l’original, mais les copistes avaient pris soin de reproduire le moindre détail. L’écriture était fine et couchée. Gallen lut et relut les courbes des mots le front plissé par des rides soucieuses. Il rangea le document et repartit au milieu des rayons pour se saisir, plus loin, d’un livre volumineux parmi d’autres plus petits au cuir décoloré. Trois siècles auparavant, un semi-homme avait fait parvenir au royaume une compilation d’oeuvres après la Guerre de l’Anneau. Le passage qu’il cherchait, dans ses souvenirs, se perdait au milieu d’un chapitre expliquant les débuts d’une aventure devenue depuis légendaire.

- “… pendant que vous portiez l’Anneau, car alors vous étiez vous mêmes à demi dans le monde des spectres …”


Son regard quitta le livre et se posa gravement sur le visage de la petite elfe. L’Anneau, l’Unique, avait été détruit. Mais d’autres n’existaient-ils pas encore en ce bas monde ? Cette elfe pourrait-elle être en possession d’un objet semblable, ou en avoir pris connaissance ? Ce qui venait de se passer, c’était tout bonnement la visite d’un spectre ou bien ils avaient été pris d’une folie collective. Il n’était pas un fin lecteur. Les livres aussi intéressants qu’ils soient, ne faisaient pas avancer les choses. Seuls les actes le pouvaient. Et pourtant … les lectures imposées aux enfants d’Aelyn comprenaient l’histoire des Terres du Milieu et le Livre du Thaïn était une source généreuse de détails dans ce domaine. Quand un répit s’offrait à lui, il retrouvait les garçons pour participer à leurs leçons. Et si leurs précepteurs restaient discrets sur les ombres du passé, il n’en était pas de même pour la jeune femme qu’Aelyn avait pris sous son aile. Alienor n’omettait rien dans ses histoires et ses contes. Et c’était bien évidemment les légendes les plus terribles que les jumeaux préféraient. Même s’ils devaient le payer de cauchemars par la suite. Il avait écouté un soir. Et depuis qu’ils avaient reçu la missive, il ne pouvait s’empêcher de plonger dans les racines de leur histoire pour trouver des indices sur les artefacts dont parlaient les érudits.

Il n’avait pas quitté Qewiel des yeux.

- Avez-vous un anneau ? Un anneau ?


Il regarda ses doigts mais il ne portait pas lui-même de bagues ou de chevalières. Avec brusquerie, il chercha un encrier, une plume et un morceau de parchemin vierge. Il dessina, du mieux qu’il put, les contours d’une boucle qu’il estimait représenter une bague. Il montra ensuite le dessin à Qewiel.

- C’est pour cela que vous allez à l’ouest ?
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Qewiel
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Mar 20 Sep 2016 - 22:02
Je ne comprenais pas. J'avais peur, et cette fois-ci pas de la faute de celui qui se trouvait derrière moi. Du moins pas directement. Je regardais à gauche, à droite, Gallen... Pourquoi ce changement soudain, pourquoi les autres, pourquoi des torches ? Il ne le voyait pas ; alors à quoi réagissait-il ? Comme si j'étais un esprit que l'on pouvait faire fuir grâce à du feu ils s'approchaient, la pointe de leurs épées en avant, me faisant reculer jusqu'à ce que je sente l'une d'elle dans mon dos, ce qui m'arrêta instantanément. Il faisait chaud, tout à coup. Chaud à cause de la peur. Chaud à cause du feu. Mes mais se refermèrent sur le manche de ma propre épée, moites. Ils s'approchaient encore... il était toujours là, il me regardait, je le sentais. Je ne sus poser mes yeux sur lui tant les flammes m'aveuglaient. Ces yeux restèrent bloqués sur ces flammes qui se reflétaient sur les épées... sur ce qui nous transperçait...

C'était le soir, nous étions dans les marais. Le silence, puis des cris. Les choses étaient allées très rapidement, trop même. Ils étaient arrivés, bien plus nombreux que nous, poussés par le désir de mort ou leur attachement aux valar. Certains portaient des torches enflammées, brûlant ce qu'ils pouvaient sur leur passage lorsqu'ils ne transperçaient pas les miens de leurs armes rouillées ou les mordaient dans le coup. Mon coeur se révulsait face à cela, le fait de transpercer une personne avec quelque chose n'étant aucunement dans notre mode de pensée : s'il y avait bien une mort que personne ne souhaitait, c'était de mourrir de cette façon. C'était si peu naturel... Des larmes coulèrent sur mes joues, je sentis la peur et l'horreur me serrer le coeur au point que je n'arrivais plus à respirer correctement. Alors que j'étais paralysée, debout dans mes si chers marais, arriva rapidement un être dont l'aura de lumière avait toujours su m'apaiser. Il portait l'épée lui aussi... Il me sourit tout en me tendant ce qui lui restait de sa région natale. Je pris avec difficulté l'arme par la lame tout en le regardant droit dans les yeux : reste, papa, je t'en prie... Ne m'abandonne pas une seconde fois.

Je criais, sans même m'entendre, sans même ressentir la douleur qui venait de mes mains. J'étais désormais assise sur le sol, complètement recroquevillée sur moi-même, cherchant après le cri de détresse à retrouver sans y arriver ma respiration. Mes mains attachées dans le dos ne tenaient plus l'épée par la poignée mais désormais par la lame et elles se crispaient tellement que l'acier coupait ma peau et mes muscles. Je n'entendais plus rien, ne ressentais plus rien ; pas même sa présence. Je ne sais pourquoi mais à un moment je relevais la tête pour voir qu'une personne s'était accroupie pour être à ma hauteur. Ses lèvres bougeaient mais mon esprit était encore trop embourbé dans ce qui devait être ma mémoire pour pouvoir comprendre quoi que ce soit. Mais petit à petit je me calmais et j'arrivais enfin à prendre une profonde goulée d'air frais. Il continua à me parler mais mon esprit était ailleurs, ce qu'il put comprendre lorsque mon regard se perdit sur ma gauche.

Je courais. Je voulais revenir en arrière mais j'étais tenue par une promesse : je devais partir loin à l'ouest, gagner la terre qui se trouvait au-delà de la grande étendue bleue. Au départ suivie de plus ou moins près par des orcs, j'utilisais tout ce que j'avais appris lors de ma courte vie pour les distancer, me cacher ou encore leur briser la nuque grâce à mon bâton. Et je continuais, sans cesse, comme une chanson dont le dernier couplet s'enchaînait inlassablement avec le premier. Je voyais les esprits me guider, le cerf et le renard en particulier. Puis, épuisée, je tombais face contre sol sans plus arriver à faire le moindre mouvement. Alors il apparut... alors il devint ma seule compagnie.


~~~~~~~~


Peu de temps pour souffler, juste assez pour arrêter ma crise et me mettre quelques pansements aux mains. Puis, peut-être par pitié, Gallen avait décidé de me laisser tenir cette arme à laquelle je tenais tant - mais dans son fourreau. Je crois que je leur avais fait peur en perdant le contrôle de mon esprit. Les deux personnes qui me surveillaient tout en marchant semblaient avoir peur de m'approcher. Gallen m'emmena dans une salle plus petite que l'autre où nous nous trouvions précédemment, remplie de... de... de choses qu'il n'y avait pas chez moi. Je regardais tout autour de moi, intriguée, ne m'occupant pas de l'humain qui recherchait frénétiquement quelque chose. Déjà que mon esprit n'arrêtait de passer du présent à des souvenirs plus ou moins douloureux, si en plus il fallait que je focalise sur Gallen... c'était compliqué. Au moins arrivais-je à comprendre que ce que je voyais était ce que mon père m'avait raconté être une bibliothèque.

"Avez-vous un anneau ? Un anneau ?"

J'eus un sursaut lorsque Gallen me rappela à l'ordre. Je penchais ma tête sur le côté pour lui montrer que je ne comprenais pas sa question et, devant mon manque de réponse, il prit une drôle de plume et fit un dessin avec. Un peu comme je le faisais dans la boue, de la poussière ou du sable, mais en moins bien. Puis il me tendit l'objet qu'il pensait que j'allais chercher à l'ouest. Après un moment d'hésitation je tendis faiblement la main et prit ce qui était en réalité une feuille. Je regardais longuement les deux cercles qu'il avait tracés, ne comprenant pas ce que cela pouvait représenter, puis observais le papier sous tous les angles, le retournant dans tous les sens possibles. Ce n'est qu'une fois mon inspection faite que je rendis l'objet à Gallen tout en lui faisant signe que non. Il reprit la feuille et un silence s'installa entre nous. Je regardais alors autour de moi et fis plus attention à toutes les feuilles éparpillées n'importe où - en fait elles étaient rangées, mais d'une drôle de façon. C'est là que je ressentis un léger froid m'envahir. Il revenait. Je resserrais mon emprise sur l'épée et me permis de le regarder sans me faire voir. Comme toujours, ses yeux me détaillaient. Mais pour la première fois, sa main semblait montrer une pile de papiers vers laquelle je me dirigeais. Que pouvais-je faire d'autre ? Face à lui Gallen avait mal réagi, aussi valait-il mieux que je ne lui parle pas de sa réapparition. Fébrilement, en essayant de ne pas me faire mal aux mains, je regardais les feuilles empilées les unes sur les autres tout en les soulevant une à une méticuleusement. A côté de moi, il avait déjà disparu. Cela dura un petit moment où je compris être la curiosité du soir avant que je ne m'arrête, le visage grave. La réaction qui s'ensuivit fut tout à fait épidermique : je me réfugiais à l'autre bout de la pièce et m'assis par terre, tremblante.

De tous ces papiers, tous ces mots, il y en avait un que j'avais reconnu. Un qui était écrit dans la seule langue que je savais lire, celle de mon père. Et ce mot était le pire de tous.

"Valar ?"

Ce n'avait été qu'un chuchotement, mais Gallen était assez proche pour l'entendre. Mes yeux se plantèrent dans les siens. J'espérais me tromper.
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Nathanael
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Mer 28 Sep 2016 - 8:26

Par réflexe et par précaution, Gallen fixa la petite elfe de ses yeux de cobalt. Elle s’agitait en tout sens comme pour chercher quelque chose. Mais qu’aurait-elle pu trouver dans un lieu qui lui était inconnu ? Quelque chose lui chatouillait la nuque, comme si une main glacée s’était glissée dans le col de sa veste, sensation aussi brève que désagréable. Mais les deux gardes ne réagirent pas. Un courant d’air avait du passer par la porte ouverte de la bibliothèque et lui arracher un frisson. Tout en surveillant Qewiel faire des allées et venues il relut le passage qu’il avait trouvé. La phrase se répercutait en échos entre les murailles de son esprit. Il était certain qu’il s’agissait d’un spectre, d’une elfe très particulière et que leur destin n’avait pas croisé sa route par hasard. S’il n’était pas superstitieux Gallen ne pouvait néanmoins pas passer à côté de signes aussi flagrant. N’était-ce pas là une chance pour le Rohan de mettre la main sur un de ces objets puissants dont parlait la missive ? Une chance pour le Rohan de reprendre le dessus, d’avancer et de laisser loin derrière eux les souvenirs amères de la guerre civile, d’enterrer profondément ceux qui étaient morts, morts de honte, d’arracher la page écrite à l’encre sanguine qu’ils venaient de vivre. Ses espoirs s’étaient un moment essoufflés quand l’elfe avait délaissé son dessin. Soit il dessinait vraiment très mal, soit elle ne connaissait pas cet objet. Mais d’où venait-elle bons sang ? Les elfes, par Eorl, les elfes n’étaient-ils pas les détenteurs du savoir, de la sagesse, n’étaient-ils pas des êtres supérieurs qui avaient vécu à l’aube du monde ? N’était-ce que fariboles, mensonges ou légendes ? Il referma le gros codex qu’il tenait d’un geste las et le reposa sur l’étagère d’où il l’avait arraché. Un soupir lui comprimait la poitrine et il était bien prêt de le laisser s’échapper quand Qewiel murmura un mot. Un seul. Il croyait ne pas l’avoir très bien entendu. “Valar”. Devant l’elfe prostrée, par terre, Gallen ne put néanmoins étouffer un sursaut nerveux, un grand rire solitaire qui mourut dans l’obscurité de la pièce et auquel personne ne répondit.

- Les Valars ?

Il avait du mal à en croire ses oreilles.

- Ce sont ceux qui ont façonné le monde n’est-ce pas ?

Gallen savait de quoi il s’agissait. A peu près. Le Rohan, comme les autres royaumes sans doute, avait ses expressions propres : “Que les Valar veillent sur vous” ou “qu’Eru vous maudisse”. Mais aucun culte ne les concernait, aucun lieu n’était désigné pour prier ces êtres divins qui avaient, dit-on, créé Arda, la terre que les hommes foulaient à présent. Ces expressions, vieilles comme les Eorlingas et plus encore, n’étaient que des habitudes langagières ancestrales. Les Valar ! Ils avaient leur propre monde, ou quelque chose s’en rapprochant, bien au-delà des mers occidentales. Les elfes prenaient encore des bateaux pour tenter cette traversée étrange. Traversée … y avait-il seulement quelque chose au-delà de ces immensités bleues ? Un mot. Un seul. Et toutes les croyances de Gallen étaient remises en cause. Est-ce qu’il y avait seulement une once de vérité dans ce que cette elfe disait ? Elle irait à l’ouest pour trouver des Valars ?

- Qu’est-ce que les Valars ont à voir avec nous ?

Mais la question n’attendait pas de réponse. La lune avait suivi son cours, tard dans la nuit et il était épuisé. Vidé. La disparition d’Aelyn, la Grande Estive, les requêtes quotidiennes et cette elfe étrange surgie de nulle part… une succession d'événements qui l’avait rongé jusqu’à la moelle. Et il fallait encore qu’il trouve un sens à la missive, qu’il trouve un indice, un objet, peu importe, quelque chose qui lui permette de trouver une piste et puisse redonner à son royaume sa splendeur du passé. Une lassitude extrême lui pesa sur les épaules. Qewiel demeurait assise dans un coin de la bibliothèque. Elle n’avait pas meilleure mine.

- Veuillez la mener jusque dans une des chambres pour les hôtes du château. Veillez sur elle je reviendrai m’entretenir avec elle demain dans la journée.

Il posa la main sur le pommeau de son épée pour soulager ses hanches et le poids qu’elle leur infligeait au quotidien. Il sentait le fardeau des ans se rajouter à celui des responsabilités.

- Ho, et trouvez lui un baquet d’eau et des affaires propres. Elle empeste le goupil des plaines.

Il tendit une main amicale à la petite elfe pour l’inciter à se relever et parla le plus distinctement possible pour se faire comprendre. Les gardes allaient l’emmener dans une pièce où elle pourrait se reposer et se laver. Il dut répéter un ou deux mots pour être sûr qu’elle saisisse ce qu’il voulait dire. Mais il n’était pas certain qu’elle ait compris la totalité de ses propos. Savait-elle seulement ce qu’était une chambre ? Il commençait à en douter. Comment se pouvait-il exister des êtres aussi différents sur une même terre ? Mais cette question était de trop et il ne lui trouverait aucune réponse avant le lever du jour. Il referma la porte de la petite bibliothèque et prit le chemin de ses propres appartements pour une courte nuit de repos. Le lit vide et froid lui rappela cruellement l’absence d’Aelyn. Il faudrait encore en parler aux jumeaux le lendemain matin et trouver une solution pour que la nouvelle ne crée pas une vague de panique dans le château. Son esprit s'accrocha quelques secondes à ce sursaut de tâches pénibles puis il sombra dans un sommeil profond.


Dernière édition par Nathanael le Ven 27 Jan 2017 - 8:58, édité 1 fois
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Mer 18 Jan 2017 - 17:07
Comment pouvais-je comprendre ? Comment pouvais-je être sûre que mes craintes étaient fondées ? Je n'arrivais pas à traduire la moitié des mots qu'il prononçait... Gallen n'eut donc aucune réponse à ses nombreuses questions, la seule réaction qu'il pouvait voir chez moi étant de légers mouvements de crainte lorsqu'il prononçait cet horrible mot : Valar. Pour le reste j'avais fini par baisser la tête. J'avais peur, je ne comprenais pas ce qu'il se passait exactement, pourquoi mon seul compagnon de route - et visiblement invisible aux yeux des autres - me guidait vers différents endroits bien précis. Pourquoi m'avoir montré ce mot, perdu au milieu d'une pile de papiers ? Pourquoi... Pourquoi, tout simplement. Je ne savais rien et j'étais fatiguée. Au bout d'un moment le grand homme se leva pour ensuite tendre une main vers moi, ce qui me fit initialement reculer, puis parla lentement pour que je puisse le comprendre. J'allais être emmenée dans un endroit où j'allais pouvoir dormir et me laver. J'en avais bien besoin...

J'eus du mal sur le chemin du retour. Le fait de savoir que j'allais pouvoir véritablement me reposer m'avait donné comme un coup à la tête et il m'était difficile de lutter contre le sommeil pour réussir à marcher. Au bout d'un moment on poussa une gros morceau de bois taillé et on me fit entrer dans une pièce où se trouvaient quelques meubles, dont notamment un lit et un grand bac d'eau. J'entrais, la pièce se referma derrière moi. J'entendis une sorte de cliquetis que je ne compris pas, puis plus rien. Seule dans cette étrange chose parée de murs de bois, je m'allongeais à même le sol, l'épée de mon père au creux de mes bras, puis m'endormis très rapidement.

Lorsque je rouvris les yeux, le soleil était déjà haut dans le ciel et il commençait à faire chaud. J'avais l'esprit tout engourdi par le trop plein de sommeil, aussi la première que je fis fut de plonger ma tête dans l'eau fraîche. Le contact avec le liquide transparent me réveilla brusquement, me permettant de me rendre compte de où j'étais et de quel était mon état. Déjà, pour ce qui se trouvait dans cette pièce, je me demandais à quoi pouvait servir la plupart des objets. Ensuite, j'avais l'impression de ne pas avoir dormi au bon endroit. Puis il y avait ce bac d'eau, près duquel se trouvaient une chaise ainsi que des vêtements. Enfin des vêtements... si c'en étaient, mais ils étaient bizarres et puaient. Ou peut-être cela sentait-il le "propre" de la région, odeur qui me faisait grimacer. Voyant ce qui devait être du savon, je pris le parti d'entrer entière dans la bassine après avoir enlevé mes vêtements, me frottais plus ou moins vigoureusement avec pour enlever la crasse qui s'était accumulée au fil des jours puis restais un long moment assise dans l'eau, appréciant avec délice la sensation de l'eau sur mon corps. J'eus le temps de réfléchir pendant ce moment-là. J'essayais de comprendre sans grand résultat ce qui s'était passé la veille au soir, les réactions étranges des uns et des autres, ainsi que le fait que j'ai miraculeusement bien dormi. A croire que les esprits avaient désiré que je vienne ici... mais alors pourquoi la notion de valar ? Que devais-je apprendre en ce lieu ?

Plusieurs heures après, c'est-à-dire une fois que je m'étais séchée avec les pans de tissu que j'avais trouvés, lavé mes propres habits, les avoir laissé sécher puis m'être rhabillée, je passais ma petite bouille par la porte. Il y avait aux côtés deux peronnes avec des armes et des armures, ce qui me fit réviser le fait que je pourrais sortir. Pas que j'étais une personne très sage, mais je me souvenais très bien de ceux qui m'avaient recherchée dans la violence... et j'étais incapable de savoir pourquoi, si c'étaient bien eux, si j'étais en sécurité ici ou non... Tout ce que je pouvais remarquer était que dans cette pièce où on m'avait emmenée, rien de fâcheux ne m'était encore arrivé ; contrairement à dehors ou dans la grande salle aux hauts dessins tissés. Je refermais donc la porte en ayant un peu de mal avec le système mécanique puis me tournais vers la source de lumière de la pièce. C'était un trou refermé étrangement, trou de toute façon trop petit pour que je puisse passer. Alors je m'assis sur le lit, dégaina l'épée et me perdis à la contempler. J'en pris soin comme je le pouvais, m'amusant parfois à essayer de faire quelques passes d'arme avec, imitant mon paternel. Je m'arrêtais et rengainait l'arme immédiatement lorsque j'entendis la porte s'ouvrir, prenant alors mon attention comme mes craintes.
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Nathanael
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Lun 30 Jan 2017 - 21:01
Ce n’était pas le bon moment. Le Vice-Roi Gallen Mortensen risquait d’arriver à tout instant. Le soldat regardait les pierres noires face à lui pour se concentrer. Un interstice entre deux blocs de roche était plus grand que les autres. Il avait beau chercher à détourner son attention, son esprit était toujours attiré vers son entrejambe. Bon sang, ce n’était pas le moment ! Le mur, rester concentré sur le mur. À côté de lui, l’autre garde ne se doutait pas de la tourmente dans laquelle il était plongé. Se retenir. Ne pas se soumettre à cette envie irrépressible. Doucement, pourtant, il rapprocha sa main vers le nœud qui reliait ses chausses. Ses doigts frémirent, tendus vers l’intérieur de ses cuisses. Au moment où, enfin, il aurait pu ôter de son esprit la gêne qui l’habitait, la chevelure rousse de l’étrangère franchit les battants de la porte. Aussitôt, d’un geste nerveux, il ramena sa main contre sa hanche. Mais l’elfe ne mit pas longtemps le nez dehors. Après la surprise, l’attente. Et son entrejambe qui continuait de lui chatouiller l’esprit. Le Vice-Roi ne s’était toujours pas présenté. Les secondes s’écoulaient, lentes et agaçantes. Il n’y avait aucun bruit dans le couloir où il se trouvait. Personne. Deux entités luttaient dans ses pensées. « Non, retiens-toi »… « Allez, si tu le fais maintenant ça ne se verra pas ». La seconde était de plus en plus insistante. Et, il finit par y céder.

– Fichtre les bêtes de Mordor ont envahi le Rohan.


Se disant, il posa sa lance contre la paroi derrière lui, souleva la cotte de maille et glissa sa large main sous la ceinture qui lui serrait la taille. Plusieurs longues minutes qu’il se retenait. Qu’est-ce que ça faisait du bien ! Énergiquement il se gratta l’aine sans aucune hésitation.

– Y fait pas bon visiter le premier terrier venu, lui dit l’autre garde en rigolant.
– Si j’avais su ! J’ai l’impression que toute l’armée du royaume galope entre les hautes herbes. Y a qu’un bain qui pourra me débarrasser de cette vermine, et encore !
– Un bain ne te fera pas de mal Hamlin,
dit une voix au bout du couloir.

Le vieux messager qui servait le Vice-Roi était arrivé sur la pointe des pieds. Pas d’armure et pas de lourdes bottes pour annoncer sa venue.

– Qu’est-ce que tu veux vieille chouette ? lança Hamlin.
– Voir notre invitée. Le seigneur Gallen Mortensen ne pourra pas se déplacer aujourd’hui.

Hamlin cracha par terre.

– On n’ouvre pas si c’est pas le Vice-Roi qui l’ demande.


Le vieux messager tendit au soldat une courte missive où l’on voyait se dessiner les cursives seigneuriales de Gallen ainsi que le sceau royal.

– Sais pas lire, dit Hamlin.
– Mais tu connais le sceau du Vice-Roi. Ouvre !

Les deux gardes échangèrent un regard. Le second soldat inclina la tête et recula d’un pas pour laisser passer le vieil homme. Hamlin hésita encore un moment avant de céder la place. Il n’aimait pas cette tête grisonnante aux cheveux trop bien soignés. Il n’avait jamais pris les armes, il se nourrissait auprès des grands seigneurs et avait une chambre parmi les serviteurs royaux. Une place que beaucoup lui enviaient. Rien à voir avec les dortoirs militaires et les paillasses crasseuses garnies de puces ou de poux.

Le vieux messager entra dans la chambre sans un mot. Les soldats du royaume l’agaçaient profondément. Aucune discipline. Ils se tenaient droits comme des piques quand le Vice-Roi ou un supérieur passaient dans leur rang, mais aussitôt le dos tourné, ils se vouaient au stupre et à la fornication. Que pouvait-on y changer ? Un royaume sans roi, n’était-ce pas ridicule ? Aussi loyal fut-il au trône, comme le seigneur Mortensen, il ne comprenait pas pourquoi le jeune Fendor s’était exilé si loin des siens. Son avis ne comptait pas dans la politique du Rohan, bien évidemment, mais cela ne l’empêchait pas d’en avoir tout de même un.

Les reflets du soleil brillaient sur l’acier. L’épée était trop grande pour la petite créature. Une enfant qui joue avec l’arme de ses aînés. Elle ne semblait pas si différente de tous ces petits Rohirs qui luttaient dans la poussière pour apprendre à se battre, des rêves plein la tête et des bleus plein les jambes. Il lui adressa un sourire amical. Un effort de volonté qu’il s’imposait. Elle restait une elfe. Et les ancêtres seuls savaient ce dont était capable cette race. On ne savait même pas d’où elle venait.

– Mon nom est Dern.

Il se pencha brièvement en avant, limité par ses raideurs. Son dos le faisait souffrir depuis plusieurs années.

– Le seigneur Gallen Mortensen ne pourra pas se présenter devant vous ce jour. Je suis là pour vous aider à mieux comprendre notre culture et notre langue.

Dern n’était pas sot. Son interlocutrice ne comprenait rien à ce qu’il racontait. Et pourtant, il ne tenait pas à lui parler comme à une enfant de quelques printemps à peine. Il aurait trouvé l’attitude offensante. Il s’exprimait lentement, en articulant le mieux possible, mais il ne fit aucun raccourci pour rapporter ses pensées. Montrant l’objet que l’elfe tenait entre ses mains, il continua.

– Votre épée est un ouvrage d’exception.

Il ne chercha pas à s’en saisir. Étranger ou non, il savait l’importance qu’avait une arme pour son porteur. Le seigneur Gallen Mortensen s’était montré extrêmement impoli la veille, en s’emparant sans ménagement de la lame elfique. Le contexte l’imposait, sans doute. Les temps étaient durs pour le royaume d’Eorl. Dern regrettait que la force suive toujours l’incompréhension et la peur. Des amies inséparables.

– Je ne suis pas autorisé à vous faire sortir, mais il y a ici suffisamment de quoi vous présenter notre royaume.

Il désigna un vieux livre poussiéreux sur une étagère. Rares étaient les compilations manuscrites chez les Rohirrims, mais les chambres du château possédaient toutes un ou deux ouvrages pour les curieux sachant lire. Celui-ci était accompagné de dessins et de croquis. Le vieux messager désigna la paillasse où avait dormi la petite elfe.

– Voulez-vous bien vous asseoir ?

Pour montrer l’exemple, il s’assit lui-même sur les couvertures et toucha la place vide à son côté.

– Je ne vous mangerai pas. J’ai instruit plusieurs jeunes nobles dans ce château, ils sont encore de ce monde.


Hésitation, peur ou incompréhension. L’elfe ne le rejoignit pas tout de suite. « Patiente est mère de toutes les vertus », disait sa mère. Et avec patience, donc, il prit soin d’ouvrir le livre, les pages tournées vers l’étrangère, et de lui présenter les dessins qu’il contenait en expliquant ce que chacun d’eux représentait.

– Nous sommes les descendants des Eothéods, venus du nord. Notre histoire remonte presque aussi loin que celle de certains elfes, dit-on, mais c’est Eorl qui fit naître notre royaume.

S’aidant de deux dessins montrant une bataille puis celle de deux hommes réunis au sommet d’une colline, il commença ainsi la narration du récit du Rohan. Il savait bien que la petite rouquine ne saisissait pas un seul mot de ce qu’il racontait. Il savait également que le Vice-Roi ne l’avait pas réellement envoyé ici pour instruire l’étrangère. Il était fidèle, mais non point naïf. Le seigneur Mortensen était aussi buté qu’une vieille mule et il voulait obtenir plus d’informations. Pour quelles raisons, Dern n’en savait rien. Mais il lui avait explicitement demandé de lui transmettre le plus de mots de la langue commune, de la distraire et de l’occuper, pour éviter que l’ennui lui donne envie de s’échapper.

Il en fut ainsi toute la journée. Il fit une fois un aller-retour pour rapporter une caisse en bois garnie d’objets divers. Un heaume, de la laine de mouton et du cuir, certaines fleurs spécifiques à leurs contrées. En contrepartie il posait des questions pour savoir ce que le peuple de l’elfe utilisait à la place. Il avait remarqué qu’elle n’avait pas utilisé les vêtements qui lui étaient destinés. L’exercice était difficile et il fallait souvent plusieurs minutes de gesticulation pour se faire comprendre. La soirée s’approchait à grands pas, traînant derrière elle une vague de fraîcheur descendue des montagnes blanches. Hamlin ouvrit la porte sans s’annoncer.

– Le Vice-Roi a besoin de toi la vieille chouette. T’es demandé. Y a du grabuge ou je m’appelle pas Hamlin.

Dern se leva et quitta la pièce après avoir salué son élève. Dehors, l’autre soldat était parti. Seul face à l’étrangère, Hamlin referma la porte derrière lui.

– Pas la peine de te relever fillette. Je les connais les comme toi. Les petites dévergondées qui font semblant d’avoir peur. Hein ? J’ai quelque chose à te montrer. Paraîtrait que la magie des elfes ça soigne tout. Alors, on va voir ce que ça fait si tu te tiens bien près de moi. Si je chope la vermine avec une catin des plaines, peut-être bien qu’une gueuse aux oreilles pointues pourra m’en débarrasser. Je vais te montrer moi, les mœurs des gars du coin. Y aura pas besoin de dessin…

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Qewiel
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Lun 6 Mar 2017 - 13:34
Un individu assez vieux, à l'air pas spécialement agressif mais sûr de lui. Je penchais la tête sur le côté droit, le détaillant des yeux comme si je faisais attention aux forces et faiblesses physiques de n'importe quel animal avant d'entreprendre une quelconque action. Il sourit, je fronçais les sourcils. Il se présenta comme s'appelant Dern, je ne répondis pas. Je ne savais pas quoi penser... il n'était pas Gallen et je n'étais pas sûre du tout de pouvoir faire confiance à ces personnes aux oreilles rondes. Vu comment s'était passé la soirée de la veille, les cris d'angoisse qu'elle avait suscités, l'apparition de ce mot qui faisait trembler mon être, son implication alors qu'au départ ce n'avait été qu'une discussion... Je portais un instant mon regard sur ma paume droite, striée de cicatrices d'avoir tant serré la lame de mon père.

"Le seigneur Gallen Mortensen ne ... pas se ... devant vous ce jour. Je suis là pour vous aider à ... comprendre notre ... et notre langue."

Vous ? Je regardais autour de moi, me demandant sincèrement à qui ce monsieur pouvait bien parler. Moi et qui d'autre ? Personne... Il n'était pas là. Etrange... soit les gens d'ici avaient d'étranges coutumes langagières, soit Dern voyait quelqu'un qui je ne pouvais ni voir ni ressentir. Et cette perspective n'était aucunement pour me rassurer ! Le fait qu'il pointa du doigt l'arme de mon père tout en disant des mots que le ne connaissais guère n'aida en rien, augmentant même la méfiance que je pouvais avoir en cet homme. Encore une chance, j'avais finis par comprendre au fil des rencontres qu'ici le fait de montrer du doigt ne signifiait pas que l'on s'appropriait la chose ou la personne, sinon j'aurais réagi d'une manière que Dern n'aurait certainement pas appréciée. Quoi qu'il en soit, je préférais me tenir loin de lui, m'écartant sur son passage. Je remarquais dans ses yeux que je lui paraissais étrange, mais je n'en fis rien. J'écartais tout simplement certaines possibilités comme celle de prendre l'épée.

Le temps passa. Il se passa de longues heures avant que je finisse par véritablement m'approcher de Dern, l'épée rangée dans son fourreau. Je ne l'avais pas montré au début, mais j'étais intriguée par le livre qu'il tenait dans ses mains et dont il tournait les pages tout en parlant. Il prononçait des mots trop compliqués pour que je le comprenne, mais au bout d'un moment certaines dispositions d'images arrivaient à me faire imaginer la scène, me faisant comprendre une histoire emplie de personnes, de sons et d'odeurs. A un moment j'osais l'interrompre dans son récit en touchant le manuscrit, caressant l'image pour ressentir les différents tracés que la plume avait laissés sur le papier. Je retournais même la feuille, précautionneusement, m'étonnant une nouvelle fois de ne pas trouver l'arrière du dessin au dos de la feuille. J'avais toujours été habituée à tracer un dessin dans du sable ou de la terre, donnant du relief à l'objet que je voulais représenter, aussi j'avais mis beaucoup de temps à me faire aux choses plates. Pour le reste, un seul mot me dit vaguement quelque chose : Eorl. Mon père avait dû m'apprendre des choses sur ce personnage ou bien sur ce qu'il avait laissé derrière lui, mais je n'arrivais pas à retrouver au fin fond de ma mémoire ce qui avait pu en être. Ou peut-être confondais-je avec un autre mot ?

Ce que je préférais durant cette journée à entendre beaucoup de mots fut les objets que rapporta Dern. Là je pouvais toucher, retourner sous toutes les coutures, sentir, mettre un mot sur chacun d'entre eux... L'intérêt pour l'apprentissage s'en vit décuplée, ce que remarqua visiblement le conteur puisqu'il fit des efforts pour essayer de me faire comprendre ce qu'il voulait dire avec des gestes. Il y eut régulièrement des incompréhensions, mais au final nous arrivions à nous entendre. Si je nonobstais le passé, j'avais de quoi vouloir faire confiance à cette personne. Mais je ne pouvais oublier la soirée d'hier, le fait que Gallen n'était pas venu, ce qui signifiait à mes yeux un manque sincère de considération de sa part... et je ne pouvais encore moins oublier ceux qui me poursuivaient sans que je ne sache pourquoi. Des gens qui portaient les mêmes casques, les mêmes armures que ceux d'ici, que cet objet que je tenais entre mes mains. Rappel volontaire ou non, il me faudrait à un moment partir... et certainement rapidement.

J'étais assise en tailleur, mon regard et mes pensées perdus dans le casque que je tenais entre mes mains blessées lorsqu'on ouvrit la porte. L'un des gars qui étaient devant la porte. Je ne compris pas ce qu'il dit, mais Dern partit après m'avoir saluée. Maintenant, il ne restait plus que l'autre dont je n'aimais pas le regard. Celui-ci, au lieu de sortir, ferma la porte derrière mon professeur et me toisa comme si j'étais une chose que l'on pouvait regarder de haut, un simple objet. Je ne compris pas ce qu'il raconta, pas du tout même... par contre mon esprit comprit très bien ce que voulait cet étranger, même si un peu tardivement.

Lorsqu'il avait enlevé sa ceinture avec son épée, j'avais naïvement haussé les sourcils, ne comprenant pas pourquoi il se défaisait de son arme. Peut-être pour me montrer qu'il ne me voulait pas de mal ? Non, sa façon de se comporter était emprunte de violence. C'est lorsqu'il baissa son pantalon, me montrant son... son... - que les esprits me protègent, qu'est-ce que c'était moche ! - que ma tête se vida de son sang, toute émotion immédiatement balayée de mon esprit comme de mon coeur. Comment pouvait-il oser... Comment pouvait-il m'insulter à ce point ? Ma respiration s'arrêta ; le casque tomba alors que l'autre me projeta violemment à terre, me retrouvant désormais allongée dos contre le sol. Comme un orc affamé, l'humain se jeta sur moi et commença à défaire les liens qui protégeaient mon intimité. Je sentis une flamme brûler en mon corps, une énergie que seuls certains esprits pouvaient donner m'habiter... et alors que le soldat se rapprochait de moi, je contractais mes muscles et lui sautais littéralement au cou, le surprenant tout en insufflant la douleur en lui. Mes dents cherchèrent toujours plus à s'enfoncer dans la chair et le muscle, se fichant du liquide vermeil au goût de fer qui emplissait ma bouche ainsi que du cri perçant qui faisait vriller mes oreilles. Mes dents ne s'arrêtèrent que lorsqu'elle se rencontrèrent et qu'un morceau entier d'humain fut dans ma bouche, détaché du reste du corps. Le sang coulait à flot, arrosant au passage mon visage, et je crachais le morceau de viande crue tout en repoussant avec toute la force que je pouvais l'idiot. Dès que je pus je me relevais, remis mon propre pantalon en état, repris l'épée de mon paternel, le morceau de chair et courut vers la sortie. Le sang emplissant mes mains, je fis tomber dans la bassine d'eau le bout d'homme et avec mes doigts dessinais quelques symboles, maudissant cet énergumène à être constament chassé par Caw et à ne plus jamais pouvoir trouver d'abris. Sur ce je me précipitais vers la porte, eut du mal à l'ouvrir puisque mes mains glissaient, et m'enfuis de cet endroit.

Par la suite, ce fut une course contre le temps et les gardes. Je réussis à me cacher un moment, le temps qu'on retrouve l'autre gars et qu'on prévienne que j'étais partie certainement, puis je me perdis dans la grande demeure de bois, avançant à chaque fois uniquement là où il n'y avait pas de gens en armure. A un moment je ne sais pas comment je réussis à me retrouver là-dedans, je passais une porte où derrière se trouvaient des chevaux. Je me cachais derrière un gros tas de foin avant qu'on ne remarque mon entrée et j'attendis. J'avais pu trouver de l'eau en cours de route, ce qui m'avais permis de me laver les mains et ainsi d'éviter de laisser traîner du sang sur mon passage. Je sentis l'air frais du début de nuit venir jusqu'à moi, ce qui me calma quelque peu. Kenod le Survivant cessa de prendre le contrôle de mon être et je ne rendis qu'à cet instant compte de ce que je vais de faire.

C'était la première fois que je maudissai réellement quelqu'un, en faisant appel aux esprits. Même pour les orcs je n'avais pas eu la force de le faire. Mais l'homme s'était trompé de cible... j'étais bien plus proche de l'animal que de l'être "civilisé" auquel il pensait et avoir osé essayer de se reproduire avec moi sans mon consentement était une insulte telle que la force sauvage qui sommeillait en chaque personne de mon clan s'était réveillée. Et je m'étais enfuie, ne sachant pas où aller, comment sortir d'ici et me mettant certainement tout le monde à dos. De plus, je ne savais pas ce qu'il était de ceux qui avaient essayé de me capturer plusieurs semaines auparavant... Mais qu'avais-je fait ?

J'eus du mal à accrocher l'épée à mon dos, mes mains tremblant comme jamais et des larmes brouillant ma vue. Au bout d'un moment quelqu'un finit par me trouver, peut-être à tout hasard, puisque le jeune gars resta devant bouche bée en me voyant. J'en profitais pour déguerpir avant qu'il ne crie, arrivant au niveau des gardes juste au moment où il se reprit et cria.
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Nathanael
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Jeu 30 Mar 2017 - 22:19
– L’Elfe, c’est l’eeeeeelfe !

Du haut de ses dix printemps et de ses longues jambes, Orn criait à pleins poumons. D’elfe, il n’en avait jamais vu. Mais les gars lui avaient raconté. Ils lui avaient dit qu’elle était petite, avec le cheveu aussi rouge que le métal à la forge. Alors, en la voyant il la reconnut aussitôt. Ce que les gars ne lui avaient pas dit, c’était qu’elle courrait plus vite que ces chamois des montagnes qu’on voyait de temps à autre s’aventurer dans le piémont. Il partit à ses trousses, mais ce fut peine perdue. Elle passa entre les gardes qui discutaient à l’entrée des écuries et disparut au milieu des chaumières d’où filtraient des rais de lumière dans la nuit. Orn la vit filer entre les parois de bois et de torchis, une ombre parmi les ombres.

– Z’avez vu ça les gars ? Dis, z’avez vu ça ? Bon sang, qu’est-ce qu’elle foutait là l’elfe ?

Les deux gardes s’étaient redressés avec empressement. Ils échangèrent un regard et le plus hardi des deux partit aux trousses de l’étrangère. Le second prit tous les raccourcis qu’il connaissait pour intercepter l’elfe avant qu’elle n’arrive aux portes d’Edoras. Elles seraient fermées, elles étaient toujours fermées à la nuit tombée. Mais ils ne seraient pas trop de quatre ou cinq gardes pour arrêter la magicienne. Sinon quoi ? Comment aurait-elle pu échapper à la vigilance des grands gaillards qui gardaient sa porte sans pouvoirs magiques ? Quelles idées, il avait, le seigneur Mortensen, de garder une bête pareille entre les murs de la cité. Dans leurs forêts, ils étaient bien les elfes. Qu’ils y restent dans leurs forêts ! Et, tout en ruminant de sombres pensées à l’égard des elfes, le garde dégringola les volées de marches et les sentes étroites pour gagner les portes d’Edoras.

***


Hamlin appuyait une main fébrile contre son cou, les chausses sur les chevilles, toute sa virilité exhibée aux quatre vents, quand Gallen pénétra dans la pièce. Nul ne put dire qui des deux fut le plus surpris de trouver l’autre. Le Vice-Roi avait réglé les affaires du jour en priorité et rejoignait l’elfe quand il s’était aperçu qu’aucun garde ne surveillait la porte. Malgré la fatigue et l’épuisement des jours précédents, il avait accouru jusque devant la petite chambre, découvrant un de ses propres soldats dans une position des plus inattendues. L’elfe avait disparu. Son sang n’avait fait qu’un tour, et d’une voix grave et puissante il avait rugi au milieu du couloir :

– Gardes ! L’elfe s’est enfuie. Qu’on la trouve et qu’on me la ramène !

Au-delà du couloir, les murs renvoyèrent l’écho de cris et d’ordre jetés à la va-vite. Des bottes lourdes martelèrent les dalles sombres du château d’or. Une partie des soldats fouilla les pièces intérieures, d’autres sortirent pour fouiller la cité. Dans la chambre où était étendu Hamlin régnait un silence menaçant. La colère de Gallen grondait comme les orages d’été au-dessus des Montagnes Blanches. Et, comme sous les nuages noirs qui annoncent la pluie, il sembla que la pièce s’était obscurcie sous le regard du Vice-Roi. Il n’y eut ni avertissement ni préambule. Hamlin fut projeté au-dehors comme une vulgaire poupée de chiffon. Gallen sentit chacun de ses muscles se tendre sous l’effort, il sentit ses épaules fatiguées contester, ses reins se ployer sous la charge du grand rohirrim. Mais la colère l’avait animé d’une force vive qu’il n’avait plus ressentie depuis longtemps. Il oublia Theomer, il oublia Aelyn, il oublia les traités commerciaux et les parchemins sans fin qui couvraient son bureau. Il oublia Fendor et les lois royales, il oublia la justice et les membres du Conseil. Gallen avait saisi Hamlin par les chausses et, de sa poigne solide, il le traîna jusqu’au milieu de la haute et grande salle où se trouvait le trône du Roi du Rohan. Derrière eux, la plaie de Hamlin couvrait le sol d’un liquide chaud et poisseux. Quelques gouttes ici, quelques gouttes là. Le soldat avait cherché à se défaire de l’emprise du Vice-Roi, mais rien n’y fit. La résolution de Gallen était telle que personne, plus personne, ne pouvait l’empêcher d’agir.

***

Les soldats parcouraient tout Edoras, des flambeaux à la main. Les Rohirrims qui occupaient les lieux furent tous avertis de la fuite d’une petite créature aux cheveux de feu. Et ils ne mirent pas bien longtemps à trouver l’étrangère entre les hautes palissades qui entouraient la cité. Nul ne savait pourquoi elle s’était échappée, ni comment. Et c’est avec rudesse et sans ménagement que les cavaliers du Rohan la ramenèrent à Meduseld. Deux hommes marchaient, lance à la main, derrière un cortège de quatre soldats qui soulevaient littéralement Qewiel du sol. Ses pieds heurtèrent ici et là les marches qui menaient au château. Et elle ne fut pas seule surprise de découvrir derrière les larges battants de bois, un Gallen ruisselant de sueur, les vêtements maculés de sang à côté des fesses de Hamlin, d’une blancheur crayeuse, où dansait les reflets des flammes de la salle.

– On l’a, monseigneur, lâcha un des soldats.
– Amenez-là, dit Gallen. Et sa voix sembla résonner entre les murs et les hautes colonnes dorées. Que tous, soyez ici témoins, de l’acte commis par le cavalier Hamlin. Que tous soyez ici témoins, du sort qui attend ceux qui rompent nos traditions et déshonorent notre royaume. Cet homme, car il ne mérite plus le nom de cavalier, a cherché à abuser de l’invitée de votre Vice-Roi, ici présente.

Il se tourna vers Qewiel. Gallen avait choisi ses mots avec précipitation. L’elfe n’était pas invitée. Elle était une étrangère. Elle était une elfe, tout simplement. Et cela faisait une grande différence dans l’esprit des soldats. Gallen dégaina son épée. Les cavaliers se rigidifièrent comme des statues de marbre. Le métal qui glissa hors de son fourreau sonna distinctement sous la voûte.

– Qu’Eorl me soit témoin !

Saisissant son arme, il la leva haut, au-dessus de son crâne et abattit violemment la garde de son épée sur la tête de Hamlin, lui brisant la mâchoire. Tous purent entendre le craquement des os et le cri étranglé de Hamlin. Sous le choc, l’homme s’effondra et ne se releva point.

– Hors de ma vue.

Un murmure, à peine. Puis Gallen reprit avec vigueur.

Qu’ainsi soient punis ceux qui veulent déshonorer la mémoire de nos ancêtres. Et qu’ainsi soient condamnés ceux qui voudront offenser nos traditions. Emmenez-le hors des murs et que jamais il ne repose plus le pied dans cette cité. Je ne tolérerais plus un seul écart de conduite. Plus aucun abus. Plus aucun vice de votre part. Que le message soit porté jusqu’aux frontières du royaume s’il le faut.

La colère bouillonnait encore en lui. D’un geste agacé de la main, il enjoignit les soldats qui portaient l’elfe à le suivre. Au-dehors, la nuit couvrait le monde, mais plus sombre était la nuit qui s’étendait entre les murs de Meduseld.

Le bureau de Gallen était couvert des mêmes liasses de parchemins, du même fouillis et des mêmes plumes d’oie plusieurs fois coupées. Régnait toujours cette odeur de musc masculin et de vêtements en laine. Les soldats tenaient l’elfe. Ils entrèrent en encadrant leur détenue, décontenancés. Le Vice-Roi n’avait plus manifesté une telle violence depuis longtemps. Et dans leur esprit se démêlait difficilement peur, rancœur et fierté vis vis à du Maréchal qui défendait la bannière de leur royaume. Violer une femme était un crime, non point dans les lois du pays, mais dans le cœur des fils d’Eorl. Et il n’était pas honorable d’agir ainsi. L’agressivité de Gallen aurait été largement approuvée si l’elfe avait été Rohirrim. Mais elle ne l’était pas. Et certains des soldats, sans doute, se fichaient pas mal qu’une étrangère se fasse culbuter par l’un des leurs. Ce n’était qu’une prisonnière après tout. Gallen Mortensen n’avait leurré personne en parlant d’invitée.

– Prenez-lui son épée !

Les soldats hésitèrent. Même le regard du Vice-Roi ne les obligea pas à obtempérer. La rumeur avait été rapide parmi les Rohirrims. Tous avaient entendu parler de l’ensorceleuse que gardait captive le seigneur Mortensen. Gallen perdit patience et, faisant le tour de son bureau, il se saisit lui-même de l’arme. Dans la paume de sa main, le pommeau semblait trop fin, quoique l’équilibre du tout fût saisissant. Il laissa le fourreau dans le dos de l’elfe. Qu’elle sente sur ses épaules le poids de la décision qui lui reviendrait à défaut de sentir le poids de son arme.

– L’épée, contre ton aide, dit Gallen.
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Qewiel
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Lun 8 Mai 2017 - 18:22

Les Hommes ont peur de la nuit. Ils ont peur de la nuit et de tout ce qu'elle peut apporter avec elle. Moi, j'ai appris à faire avec elle, à me diriger au gré des étoiles et à faire confiance aux esprits. Eux non, alors ils apportent le feu avec eux, du feu sur de petites mais épaisses branches. Et de cela, je n'y avais pas été habituée. Et la traque aidant, l'instinct reprit le dessus et au fur et à mesure que les minutes passais ma raison d'elfe disparaissait pour laisser place à mon instinct le plus profond, une porte entrouverte à l'expression des esprits : ce que les personnes aux oreilles rondes devaient juste considérer comme un comportement animal.

Enfermée dans un immense village aux habitations étranges, il n'était pas bien étonnant qu'on finisse par me retrouver et me capturer, les innombrables torches ne m'aidant aucunement. Que je donne du fil à retordre à ceux qui me voulaient, qu'ils me considèrent comme autre chose que ce que j'étais, que leurs yeux expriment toute la peur qu'ils intériorisaient... Plus le temps passait, moins je prenais conscience de tout cela. Et, étrangement, je me complaisais dans cet état second. Quoi qu'il en soit j'étais désormais emmenée de force vers le lieu où j'avais rencontré pour la première fois Gallen, cet endroit si particulier où se dessinaient des scènes en tissu, et bien sûr j'essayais comme n'importe quel être de me défaire de l'emprise de mes tortionnaires. Fraper, mordre, crier, tout était bon pour essayer de m'échapper. Malheureusement, vu ma petite taille, je n'arrivais pas à faire grand chose... aussi finis-je par être traînée devant Gallen, qui n'avait pas l'être d'être particulièrement heureux - ce que mon esprit ne calculait même pas. Reconnaissant en lui l'alpha de tous ces gens, je me tins plus tranquille ; du moins arrêtais-je de gesticuler dans tous les sens. Je ne compris absolument rien à ce que l'oreille ronde raconta par la suite, mais le simple fait qu'il tira une arme tranchante pour frapper une personne avec me fit tout autant reculer que frémir.

Les gardes avaient de quoi ne pas comprendre : leur chef sanctionnait durement l'un des siens pour avoir tenté de porter atteinte à une gamine, une "invitée", et celle-ci prenait peur devant son geste. N'aurait-elle dû pas l'apprécier à sa juste valeur ? Saluer la justice qui était en sa faveur ? Non. Pour eux celle qu'ils tenaient à bouts de bras était une étrangère, une sorcière disait-on, et en l'occurrence un animal dans le corps d'une enfant. Elle intriguait. Elle provoquait la peur, présentait un déphasage complet avec leur monde. Et le pire était qu'ils n'étaient pas au bout de leurs surprises.

Gallen ne se rendit peut-être pas compte de l'état de la femme-enfant lorsqu'il demanda aux soldats de faire en sorte qu'elle le suive, guidé qu'il était par la colère. Les rohirrim n'osèrent poser la moindre question et obéirent, tout de même tendus à cause de l'étrange comportement de la fugitive. Ils allèrent donc jusqu'au bureau du vice-roi et hésitèrent lorsque ce dernier leur demanda de prendre l'épée de l'elfe. Une crainte qui, dans le fond, pouvait tout à fait être compréhensible. Mais temps et énervement ne font pas bon ménage, aussi ce fut Gallen lui-même qui vint prendre l'arme de facture elfique à sa propriétaire.

"L'épée, contre ton aide."

Il se passa un moment où Qewiel regarda fixement devant elle avant de relever les yeux pour les plonger dans les siens. Gallen put alors se rendre compte du changement qui s'était emparé de la jeune elfe, ses deux prunelles brunes ainsi que le sang la maculant encore lui donnant encore plus l'allure d'une bête que d'un être dit civilisé. Une forme de colère bouillonnait en elle, mais pas seulement. Dans ces yeux qui avaient beaucoup vu, la peur pouvait être lue ; une peur viscérale provoquée par un dégoût ancestral de la mort par armes tranchantes. Alors avoir une épée au clair en face d'elle... peut-être que le fait que ce soit la sienne aiderait. Peut-être.

Ce ne fut pas Kenodei qui répondit en premier au rohirrim, ou du moins pas de la manière qu'il avait pu imaginer. En effet, l'atmosphère se chargeait de tension, de froideur, de peur et de colère. Comme la veille au soir, mais en plus intense. Comme ces quelques minutes qui avaient suivi le fracas de l'épée tombée de Laurelien ; si ce n'est que la petite elfe ne réagit aucunement au changement, continuant simplement à fixer de ses yeux Gallen. Les gardes autour d'eux prirent peur, l'un d'eux dégaina son arme.

Long fut le moment avant que les yeux perçants de la rousse changent de direction. Et cette direction n'était autre que celle de celui qu'elle était la seule à pouvoir voir en ce lieu.
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Nathanael
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Jeu 10 Aoû 2017 - 19:54

Un coup d’épée dans l’eau. Gallen saisit, soudain, qu’il s’était fourvoyé. Rien d’autre qu’une petite fillette errant au milieu des tourments du monde. Rien qu’une proie se débattant dans des rets. Une biche blessé qui luttait pour survivre. La peur, viscérale, le saisit de nouveau. Les soldats s’étaient raidis. Le reflet des flammes fit briller le fil d’argent d’une lame.

- Quelle est cette magie ? murmura un des gardes dans un souffle glacé.

Les quatre soldats qui l’encadraient jetaient des coups d’oeil alentours cherchant désespérément la source de leur peur. Voir ! Ils avaient besoin de voir ! Ils étaient coutumiers des combats brutaux où le fer s’abreuvait de sang. L’invisible les terrorisait.

- C’est cette créature qui nous ensorcelle !

Le garde qui avait dégainé pointa son arme contre Qewiel.

- Comme elle a du ensorceler Hamlin et le blesser ensuite, reprit-il. Monseigneur ! Cette elfe est maudite. Tout l’air pue la magie.

«Et la peur» pensa Gallen. Le visage de l’homme s’était mu en un masque de terreur. L’assurance du soldat céda la place à l’anxiété de l’enfant effrayé par la nuit.

On ne peut rien contre la nuit.

Gallen comprit trop tard que la situation lui échappait. Le soldat se saisit de l’elfe comme une vulgaire poupée de chiffons. Qewiel paraissait si petite dans les bras du Rohirrim à la crinière d’or, si fragile. Gallen rugit un ordre pour qu’il la lâche, mais le cavalier n’entendit rien. Il vit, impuissant, le grand gaillard poser sa lame contre la gorge de l’étrangère. «Il va la tuer» … Trop tard. Toujours trop tard. L’épée mordit la chair. Un fin filet de sang coula dans le creux de l’épaule, souilla les cheveux rougeoyant puis le col de son vêtement. Malgré tous les combats qu’il avait mené, les guerres qu’il avait du affronter, Gallen ne put s’empêcher de fermer les yeux devant l’horreur qui se déroulait devant lui. Impuissant. Il entendit seulement le bruit du corps tomber sur le sol. Le tintement du métal contre les dalles froides de Meduseld. L’elfe … l’elfe ne portait pas de métal. Et il tenait toujours lui-même l’épée entre ses mains.

Mort. Simplement mort. A leurs pieds s’étendait le corps amorphe du soldat rohirrim. Gallen avait peine à croire ce qu’il avait sous les yeux. Ses soldats aussi. Mais ils furent plus prestes et ils sortirent en courant de son bureau. Gallen entendit le bruit de leurs bottes disparaître dans les couloirs, laissant derrière eux le vacarme d’une rumeur terrifiante. Il ne leur faudrait guère de temps pour raconter ce qu’ils avaient vu. Pas longtemps pour réunir d’autres hommes. Pas longtemps pour venir chercher l’elfe et … Par Eorl ! Gallen ne voulait pas savoir ce qu’ils lui réserveraient. Il était proche de l’état de choc. L’épuisement et la peine avaient puisé dans l’essentiel de ses ressources. Il murmura, atterré :

- Qu’avez-vous fait ?

Au sol, le soldat tenait encore son épée contre lui comme un de ces poupons en laine qu’on donne aux enfants pour s’endormir dans les plaines du Riddermark. Il bavait. Mais sous son armure de cuir et de métal, son torse se soulevait encore à un rythme régulier. Gallen s’accroupit auprès du soldat, le poussa sur le dos et contempla son visage. De stupeur, il lâcha l’épée elfique. Le soldat portait toutes les marques de la débilité. Ses yeux, perdus dans le vague, ne voyait pas les mains de Gallen passer devant son visage. Il ne réagit pas aux claques que le Vice-Roi lui assena. Ses lèvres, molles, ne laissèrent s’échapper qu’un borborygme grave. Dans la pièce, le froid et la peur s’étaient évanouis, remplacés par l’incompréhension.

Par l’étroite fenêtre percée haut dans les murs de la cité d’or, on percevait le son de voix fortes et le cliquetis des armes et des armures. Gallen savait quel sort on réservait à ceux qu’on soupçonnait de magie. Il aurait été plus doux pour l’étrangère de mourir d’un coup d’épée. Plus doux de sentir le baiser de la mort, froid et rapide plutôt que de sentir les langues brûlantes du feu lui laper le corps. Qu’adviendrait-il d’elle ? Sur l’instant, il n’en savait rien. Qu’adviendrait-il de lui ? Telle était la question qui le préoccupait à présent. Car les Rohirrims attendraient de lui qu’il agisse comme le berger qui protège ses brebis. On n’avait jamais vu un berger épargner un loup. Pas plus qu’un Rohirrim protéger un Orc. Et aux yeux de son peuple, cette elfe n’était rien de plus qu’une créature monstrueuse. A ses yeux, à lui, elle demeurait un mystère. Une chimère venue de terres lointaines transportant avec elle plus de questions que de réponses.

Les bruits de bottes se rapprochèrent, la lueur des torches animaient les murs d’ombres dansantes où se découpaient les silhouettes de piques, de lances et d’épées.

- Pardonnez-moi, murmura-t-il à Qewiel.

Souhaitait-il vraiment son pardon ? En avait-il seulement besoin ? N’était-il pas le Vice-Roi du Rohan, celui en qui les Cavaliers avaient mis leur confiance ? En qui ils voyaient un roc solide, un guide et un protecteur ? «Bon sang, qu’Eorl maudisse Fendor de m’avoir laissé les rênes du pouvoir»… Un débutant sur un cheval de bois pourri. Pourtant, quand les hommes arrivèrent en nombre devant la porte de son bureau, aucune once de doute ne fit trembler sa voix. Son regard devint aussi dur que la pierre.

- Emmenez-là.

Et, même pour une personne qui ne comprenait pas la langue commune, ces mots sonnaient comme une condamnation à mort.
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