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Qewiel
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Jeu 17 Aoû 2017 - 17:18

J'étais bien. Au plus près des esprits, dans cette partie purement primale de mon être, je ne me rendais pas compte de ce qui se passait et surtout de ce que je faisais. Un mouvement l'entravait ? Je réagissais. Tout simplement. C'est ainsi que se déroula le moment où l'on me tira en arrière : mes yeux alors portés sur Gallen se posèrent sur lui ; au bras qui voulut me bloquer, ma main réagit d'elle-même pour le griffer mais se retrouva bien en peine face à la maille. Je ne savais même plus ce que je faisais, pourquoi j'étais et qu'est-ce qui m'entourait. J'étais incapable de mettre un mot sur l'épée que Gallen tenait dans sa main. Tout ce que je ressentais était que je craignais cet objet et que pour autant j'y étais attachée. Sans savoir pourquoi. Aussi quand une autre lame apparut dans mon champ de vision, je ne réagis pas. Je le regardais toujours, intriguée et pourtant rassurée par sa présence. Le froid ? La peur ? L'invisible ? Cela n'existait pas à ce moment-là.

Il fallut qu'il essaie, qu'il commence même ce geste infâme pour toute personne de mon peuple pour que je reprenne conscience. Une fraction de seconde, la sensation de la peau qui se coupe au niveau de la clavicule et du cou. Je me sentis alors revenir pendant que mon corps se vidait de mon sang et que mes yeux se braquaient, horrifiés, sur lui. Mais cela s'arrêta là. Ce ne furent que quelques gouttes vermeilles qui longèrent ma peau grisâtre, pas un flot de sang comme j'avais déjà pu le voir. Ma respiration s'arrêta, le temps ralentit, il arrêta de regarder celui qui me tenait pour plonger à nouveau ses yeux dans les miens. Je ne pouvais les voir, mais je le ressentais comme s'ils pouvaient voir au-delà de ma chair.

L'épée s'écarta de mon cou, l'homme tomba au sol. Je respirais à nouveau, les larmes aux yeux, le corps tremblant, ne pouvant pour l'instant déplacer mon regard. Des bruits de pas retentirent, comme lointains, forts lointains à mes oreilles. Les mots du chef humain me parurent bien plus proches et distincts, pour autant je ne les compris aucunement. Enfin je crois... parce que je me sentais mal et alors que je le fixais encore et toujours des yeux, je me mis à parler, comme si je répondais à une question.

"Ne eruinÿa nha elleth dhredenlwui nö, ce Valar sfieë."

Il ne me comprenait pas. Il ne pouvait me comprendre. Je secouais rapidement ma tête de gauche à droite, m'arrachant à une contemplation imprévue, ne remarquant même pas qu'il retournait dans les ombres, attendant certainement que la prochaine nuit ne tombe. Je tournais mon regard vers Gallen et le pauvre idiot qui avait désiré me vouer à l'une des pires morts qui pouvaient être. Le voilà dépourvu de son esprit, ou quelque chose dans le genre. C'était une punition compréhensible.

"Tu cherches... anneau, Valar. Toi trouver."


Je ne savais pas comment exprimer pleinement cette leçon dans son langage. Pour moi, ce qui venait de se produire ne pouvait qu'être l'avertissement des esprits quant à l'entreprise que menait Gallen ou quant à sa façon de me considérer. Les esprits m'avaient toujours protégée... là encore ils le faisaient, alors même que je me trouvais dans un endroit fait de bois et loin des marais. Voilà ce qui arriverait si la sagesse ne venait pas assez rapidement à son esprit : il y perdrait son âme.

Des bruits de pas. Des mots que je ne compris pas tout à fait. La sensation d'être agrippée de toute part, et d'autres mots faisant froid dans le dos. Je n'eus le temps de rien que l'on metirait, armes braquées sur moi vers la sortie. Manquant d'énergie pour suivre, je tombais... avant d'être tirée à nouveau.


~~~~~~~~


"Laissez les gars, ça va nous r'tomber d'ssus. Elle doit avoir compris maintenant. Et c'est pas bon d'approcher une sorcière."

Le soldat regarda avec dédain et crainte le sol de terre battue que la gamine s'était amusée à creuser ça et là, dessinant des choses incompréhensibles dans sa cellule. Au départ elle avait trouvé une petite pierre pour tracer ces choses, puis une fois que cet objet avait été confisqué et jeté au feu, elle avait recommencé avec ses doigts. Et là, pour lui couper les doigts, fallait une autorisation qu'ils avaient peur de demander. Par contre, la tabasser pour qu'elle comprenne, ils savaient faire. Ses deux collègues revinrent, regardant derrière eux de peur de ressentir un quelconque froid comme le dernier soir puis refermèrent la porte derrière eux.

Au sol. Allongée par terre sur le ventre je restais là, la respiration difficile et douloureuse, des larmes brouillant ma vue et le sang me venant régulièrement à la bouche. Je crachais ma propre essence de vie, toujours par terre, désormais incapable de faire le moindre mouvement dans hurler de douleur. Alors je restais là, pour je ne sais combien de temps, priant pour que la nuit tombe vite et qu'il revienne m'apporter sa présence réconfortante.

Je ne comprenais pas comment les choses avaient pu en arriver là, enfin surtout pourquoi ces adultes m'avaient ainsi frappée de leurs pieds. Je m'ennuyais dans cet endroit loin de la nature, j'avais donc fini par dessiner dans la terre avec un caillou. Ils avaient enlevé la pierre, j'avais attendu... Il avait fini par venir, apportant avec lui un froid bienfaiteur, et j'avais fini par discuter avec lui, lui dire tout ce que j'avais sur le coeur. Dans ma langue bien évidemment, je n'avais pas envie de délivrer à n'importe qui ce que je ressentais au plus profond de moi. Puis le jour est revenu, j'ai dormi. Et je me suis à nouveau ennuyée, donc avec mes doigts je me suis amusée à tracer dans la terre le tengwar tel que mon père me l'avait appris. Et les autres étaient venus. Arriverait maintenant la nuit avec lui.

Je fermais les yeux. Au moins la terre était froide, avec cette chaleur cela faisait du bien. J'attendis, impuissante, un long moment. Je crois que je m'endormis un moment. Quoi qu'il en soit, je rouvrais les yeux sur lui. Il s'était assis pour que je puisse le voir et, comme à son habitude, il me regardait. Je n'étais pas très vaillante, n'est-ce pas ? Je n'avais même plus l'envie de parler ou de chanter de vieilles chansons des marais. Je sentis le froid envahir la cellule, bien plus glacial que d'habitude. Je le sentis prendre possession de mon être, me faisant frémir. Mes yeux se fermèrent et les songes m'emportèrent loin de cet endroit lugubre, pour au final n'être réveillée que le lendemain par un étrange bruit.

La nuit. Elle fait peur, la nuit. Surtout quand on sait que dans la cellule d'à côté se trouvait une sorcière aux cheveux de feu, aux vêtements misérables et au sang tâchant le bas de son visage, son cou et ses cheveux. En plus, c'était toujours la nuit qu'il se passait des choses étranges, annoncées par du froid que disaient ses collègues. Là ils l'avaient vu faire des symboles étranges, certainement des symboles de sorciers, ils ont fait en sorte qu'il ne pouvait plus y en avoir, effaçant même tout ce qu'elle avait pu tracer. Au moins comme ça ils ne pourraient pas avoir de problèmes... enfin le pensait-il. Plusieurs heures après que la nuit ne soit tombée, en effet, un froid à glacer les os commença à se ressentir à partir de la cellule de la sorcière. Ils eurent peur, tous, mais étaient prêts à se battre. Mais que faire contre l'invisible ? Une torche. Puis une deuxième... une troisième... jusqu'à ce que toutes s'éteignent dans le le couloir.

Des cris, la peur. On ne peut faire contre l'invisible qui se tapit dans la nuit noire.

Quand quelqu'un finit par oser venir voir ce qui s'était passé, on découvrit tous les gardes prostrés à terre, dont l'un était encore à peu près conscient mais récitant en boucle une phrase sans queue ni tête. Quand on lui demanda ce qui était arrivé, la seule chose qu'il réussit à faire fut de fixer des ses yeux apeurés la porte fermée à clef de la cellule de l'enfant. Puis son regard revint à ses doigts tremblants et il recommença à parler pour lui-même. Certains gardes étaient dans un meilleur état mais également choqués, d'autres on n'en était pas encore sûr...

Dans la geôle, se trouvait juste le corps de Qewiel. Les yeux fermés, allongée par terre sur le ventre, elle respirait doucement. Comme n'importe quelle personne plongée dans un sommeil profond. Si ce n'est que son corps était froid. Pas autant que celui d'un mort, mais trop froid pour une telle saison.
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Nathanael
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Sam 2 Sep 2017 - 20:28
- Nous l’avons retrouvé monseigneur.

Un hochement de tête. Gallen congédia l’homme. Devant lui s’étendaient les plaines du Riddermark. «Ce ne sont plus que poussières et souvenirs». Combien de fois les avait-il contemplé ? Combien de fois les avait-il parcouru, galvanisé par le tremblement de la terre sous la foulée de son cheval ? Le vent et le soleil l’avait tour à tour fouetté, brûlé. La pluie l’avait transi de froid. Et toujours, pourtant, il avait aimé ces terres. Et son peuple. Il n’agissait que dans leur intérêt. Il n’eut permis à personne d’en douter. Pourtant c’était de doutes qu’étaient faites ces journées, de questions amères qui donnaient un mauvais goût à toute chose, même aux potages et aux viandes qu’on lui servait. Il n’avait toujours aucune nouvelle d’Aelyn et des enfants qu’elle portait. Ses enfants. Le destin ne devait-il être qu’une roue qui tourne sur elle-même ? Il repensa à Farma et à tout ce qu’il avait vécu auprès d’elle, à ses compagnons d’armes, aux Passeurs d’Etoile. Un tourbillon de vent arracha à la terre un soupir tandis qu’on ouvrait les portes à un cavalier solitaire. «Ce ne sont plus que poussières et souvenirs».

***

Une journée passa après qu’on ait retrouvé les corps inertes à proximité de la cellule de l’elfe. Les hommes s’étaient peu à peu réveillés de leur torpeur. Mais aucun d’eux ne voulut dire ce qu’il s’était passé. Le seul qui parla tint des propos aussi incohérents que s’il avait passé la nuit dans un tonneau de bière. Plus aucun des soldats ne voulut garder l’étrangère la nuit tombée. Gallen avait imposé qu’un homme demeure à l’entrée des geôles et il avait du proférer plus d’une menace pour qu’il soit obéi. Aux portes de la nuit, on apportait quantité de torches et un feu brûlait sans cesse à côté de la vigie nocturne. Des histoires plus horribles les unes que les autres s’étaient répandues aux alentours du château d’or et de nombreuses plaintes avaient été posées auprès de Polias, le Haut Conseiller. Le lait des brebis tournait, l’eau d’un puits avait rendu malade plusieurs familles, les céréales brûlaient dans les champs, les agneaux mourraient sans raison, les fromages prenaient les vers, … Et tous désignaient l’elfe comme la cause de leurs maux. Il devenait de plus en plus difficile, dans ces conditions là, de dissimuler la disparition d’Aelyn. «Dame Aelyn», comme se plaisait à l’appeler certains membres du peuple. Elle n’était noble que de coeur, mais cela semblait suffisant à leurs yeux. Surtout, elle était Rohirrime. Car l’elfe n’était pas la seule étrangère en ces lieux. L’Orientale avait divagué un temps dans les couloirs de Meduseld auprès du capitaine Learamn. «Sorcière» pensaient aussi les hommes. Jamais Gallen ne s’était senti aussi déchiré entre les intérêts du royaume et les siens propres. Auparavant, ceux-ci et ceux-là ne faisaient qu’un. Mais l’Ordre de la Couronne de Fer avait laissé derrière elle plus que des morts et du sang. C’était tout un peuple, un royaume, leurs symboles et leur identité qui s’étaient retrouvés écartelés sous les mains habiles de ces damnés conspirateurs.

- Monseigneur ? Il est là.

***

L’oiseau de mauvais augure s’était avancé en silence sous les étoiles. Les torches brûlaient, accrochées de part et d’autres des lourdes portes qui menaient aux geôles. Le garde en faction n’avait pas l’air tranquille. Qui l’aurait été, en pareille situation ? Gallen Mortensen lui avait vaguement évoqué les antécédents de la prisonnière. Mais il s’en moquait bien. Une tâche plus importante l’attendait. Le Vice-Roi n’en avait évoqué que l’essentiel. Il n’y avait nul besoin d’avoir la tête aussi farcie que Nathanael pour s’en rendre compte. «Où Eorl t’a-t-il mené ?». Songer à son frère ne l’aiderait pas. Il sentait sa hache battre contre sa cuisse. Sa côte de maille semblait faire un bruit épouvantable, mais il aurait été trop dangereux de s’en passer. La vigie le regarda venir, aux aguets.

- La relève, se contenta de dire Harding.
- Y a point de relève, lui répondit le soldat.
- Ordre de Gallen Mortensen.
- Faut dire Vice-Roi Gallen Mortensen.

Harding ne s’était jamais embarrassé des titres. Mais certains soldats étaient plus attachés au protocole que d’autres. Par habitude, ou par peur.

- C’est le même non ?
- Je n’ai pas reçu d’ordre allant dans ce sens.


Toute la bravoure que le soldat essayait de mettre dans ses propos n’était que de la poudre aux yeux. Il remuglait la peur à plein nez. La sueur qui lui coulait sur le front n’avait rien à voir avec la chaleur étouffante de l’été et des feux qui brûlaient.

- T’veux t’amuser à voir qui a raison ? demanda Harding.

Il fit demi-tour et commença à redescendre les marches qui descendaient au coeur des ombres de la cité.

- Non, ‘tend. Hé ! ‘tend. Hé ! Reviens donc. Prend la la garde. On verra d’main. Prend la. Si le Vice-Roi l’a dit.

Le cavalier avait quitté son poste en lui courant presque après. Harding se retourna et le contempla de son visage dur. Sans un mot, il remonta l’escalier et, avant de prendre son tour, prit le temps de cracher aux pieds du soldat. «Pleutres, tous des pleutres». Ils en seraient venus aux mains si une des torches n’avait pas émis un crachotement et lancé des étincelles, faisant détaler le soldat. «Pleutre», se répéta Harding.

La suite ne semblait pas si compliquée. Comme prévu, un grand sac en chanvre était posé derrière les portes. Le couloir était silencieux. Les flammes des torches semblaient se tendre sur le passage de Harding comme pour l’agripper. Il en saisit une et s’avança jusqu’à la cellule où se tenait le corps de l’elfe. Elle n’avait apparemment pas bougé depuis la veille. «Froid, avait dit un guérisseur. Presque froid comme la mort». Lui s’en moquait bien de la mort, qui plus est de la mort d’une elfe. Pourtant, quand il la vit, il ne put s’empêcher de la contempler un moment. Il s’agissait bien de la même créature qu’il avait croisé plusieurs jours auparavant. Une enfant de cuivre et de feu. Mais une enfant tout de même. Que pouvait-on craindre d’une enfant ? La clef qu’on lui avait confié trouva sa place dans la serrure et libéra la porte.

***

- Arrête donc de gigoter !

Le sac bougeait sous les mouvements de l’elfe comme le ventre d’une bête morte grouille de vers. Harding avait fait marcher son cheval toute la nuit. La Faucille des Valars l’avait guidé un temps. N’ayant rien d’autre à faire qu’à suivre la direction que lui avait donné Gallen, il se perdit souvent dans la contemplation des étoiles. Ici l’épéiste céleste de Menel, là le grand réseau d’étoiles que les elfes appelaient Remmirath, Borgil la rouge, Luinil à la lueur bleue et, peut-être, là-bas l’ami de la mer. Mais il n’en était pas sûr. Combien de nuits avaient-ils passés, avec son frère, à lire le ciel ? «Demain, fera beau, le vent du nord et pas de nuages. Demain, sera moche, on dirait que la lune boit tout son saoul. Demain, fera froid, le vent du nord amènera même la neige je te parie». Trop peu de temps à son goût. Il avait vu passer quelques six ou sept printemps à peine le jour où son frère était parti.

- Arrête donc, j’ai dis !

Il tira sur les rênes de son cheval et descendit, emportant avec lui l’étrange paquet qu’il portait. Il défit le cordon de cuir qui nouait le sac de chanvre et libéra la corolle rousse qui fleurissait, emmêlée, sur la tête de Qewiel. Les montagnes blanches rosissaient sous les premières caresses du soleil. Rosissait aussi, la garde de l’épée que Harding avait attaché au pommeau de sa selle. Gallen la lui avait confié avant de partir. Pourquoi le Maréchal s’était entêté pour la rendre à l’elfe ? Il n’en savait rien lui-même. Et il n’avait pas besoin de savoir. «Mène là aussi loin que possible de Méduseld, avait dit Gallen Mortensen. A l’ouest. Elle doit aller à l’ouest». Les Gués de l’Isen, s’était dit Harding, un point c’est tout. Il n’y avait pas d’autres points de passages. Alors il la mènerait vers les gués de l’Isen, et après, fichtre ! Que l’elfe s’en aille.

- Tu vois. Fait jour. Sort de là.

Il ouvrit le sac plus grand et l’aida à sortir de son cocon de chanvre. «Tu parles d’une elfe». Son séjour dans sa cellule l’avait marquée. Ses cheveux n’étaient que buisson ardent mal taillé, ses vêtements étaient tout abîmés, ses yeux cernés de noir, de bleu, et ailleurs sur son visage, ombres jaunes et mauves, les traces des coups qu’elle avait reçu. Et l’odeur … même son cheval devait pincer les naseaux.

- Debout !

Il l’aida également à se relever. Sans douceur particulière, mais sans aucune once de méchanceté non plus. Au-delà des gués de l’Isen, autre chose l’attendait, le terrifiait. Mais le Maréchal avait su lui parler. «Pour le Rohan, avait-il dit.»
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Qewiel
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Dim 3 Sep 2017 - 0:53
Les yeux qui se rouvrent. Une alternance de rouge et de noir, un froid intense gelant toute sensation, la conscience que la main inerte devant moi est la mienne... puis la chaleur me réveillant petit à petit, amenant en même temps une douleur de plus en plus insupportable. Des douleurs, même. Au moins, j'avais conscience du simple fait d'exister ; je ne savais pas pourquoi mais j'avais l'impression que c'était important. Pourquoi ? Bonne question. Qu'est-ce que je faisais là ? Aucune idée. Il y avait des gens... c'est tout... je crois que je m'étais endormie. Cela avait-il son importance... ?

Poupée de chiffon. Après quelques bruits de pas, je sentis qu'on me prit. Incapable de bouger le moindre membre, je ne fis que ressentir mon corps se décoller de la terre alors que mes yeux brouillés par la douleur peinaient à discerner le sol de la noirceur dans laquelle on m'enferma. J'avais mal au thorax et chaque mouvement me faisait verser des larmes. Jambes repliées sur moi-même à cause de l'étroitesse de l'endroit dans lequel j'étais, je me retrouvais incapable de fermer ou d'ouvrir complètement les yeux. Poupée de chiffon, animal mort que l'on transportait dans un sac suite à une chasse. Les ballotements furent de plus en plus forts ; la douleur était atroce, j'avais continuellement envie de vomir et je sentais du sang poindre au fond de ma bouche puis valser au gré du trajet jusqu'à venir couler le long de mon menton. Et enfin la délivrance. Mes yeux se fermèrent, le néant m'appela... mais pas définitivement.

Les yeux ouverts. Tout était noir, et pourtant j'étais absolument sûre d'être réveillée. J'avais mal, surtout aux côtes, j'avais froid et j'étais écrasée d'un côté contre un truc qui n'arrêtait pas de remuer. Pratique ! Qu'est-ce que je faisais là ? Tout en serrant les dents, j'essayais de comprendre et de me souvenir. Mais rien ou presque : la douleur, lui en face de moi et le froid. Rien de plus. J'attendis donc encore un peu mais serrée comme j'étais, j'en eus vite marre, aussi je commençais à essayer de repousser les tissus de ce qui semblait être un sac épais, à le gratter et griffer de mes ongles et à le mordre avec les dents... enfin non les dents ce n'était pas du tout une bonne idée, le mouvement que je fis ne faisant que provoquer un crachat d'humeur vermeil.

"Arrête donc de gigoter ! Arrête donc, j’ai dis !"

Rien n'y faisait. A mesure que j'essayais de m'extirper de là, le mal me rongeait et je commençais à suffoquer par manque d'air - du moins était-ce ainsi que je le ressentais. Partir. Sortir de là. C'était tout ce que j'avais en tête. Le sac bougea de lui-même, quelque chose appuya là où ça faisait mal, occasionnant un gémissement de douleur. Alors la lumière vint, m'aveuglant presque. J'arrêtais de gigoter et me laissais me faire relever.

"Tu vois. Fait jour. Sors de là. Debout !"

Debout... le sang sur les lèvres, encore. Tenant par miracle sur mes jambes, je posais sur tout ce qui m'entourait des yeux fatigués. J'étais dehors ; et maintenant ? Je fis à peine attention à la personne qui était à côté de moi et pour tout dire, je ne reconnus ni son accoutrement ni le "hieval" avec qui il se promenait. L'endroit était beau, étrange. Au loin il y avait comme des pics ; était-ce les montagnes qui coupaient les terres de l'ouest en deux, celles dont mon père m'avait raconté des histoires ? Possible... alors j'avais déjà fait beaucoup de chemin. Je n'étais plus très loin de la grande étendue bleue. De l'autre côté se levait le grand astre diurne, rougissant timidement sur les grandes plaines. Cela aurait dû être beau. J'aurais dû apprécier ce spectacle qui m'avait toujours plu. Mais mon regard s'était accroché à un reflet, à un objet que j'étais capable de reconnaître entre mille : l'épée de mon père. Trop heureuse de pouvoir me raccrocher à cette partie de mon histoire je fis un pas en sa direction, main tendue fébrilement dans l'espérance de la retrouver après toutes ces péripéties, pour au final que mes genoux cèdent sous mon propre poids. Boum. Surprise par ce brusque choc qui réveilla toutes mes blessures, je me penchais face à la terre sèche, mes bras tremblants me retenant de définitivement tomber, et vomis tout ce que j'avais dans l'estomac et visiblement encore plus. Il s'en fallut de peu pour que je ne renvoie tout aux pieds du cavalier.

Le chaud. Le froid. La douleur. L'odeur, le goût et la vue du vomi. Le goût du sang aussi. Les souvenirs qui reviennent, la fatigue qui prend le pas sur tout le reste. Les sanglots, les larmes aussi bien de douleur que de défaitisme. Je n'étais plus une enfant, j'étais une adulte qui avait sa valeur au sein du clan. Et pourtant, je pleurais parce que je voulais rentrer chez moi dans les marais, retrouver tous ceux que j'aime. J'avais envie de me recroqueviller sur moi-même mais était incapable de bouger. Seules mes lèvres étaient encore capables de le faire, seules elles avaient encore la force d'exprimer quoi que ce soit.

"Menein'ith. Melesvald atya ve sja... Merisvin atya ve sja..."

Mon estomac se contracta et je rendis à nouveau, mais cette fois-ci un liquide pâteux et rouge. Alors mon bras gauche céda et je me retrouvais allongée sur le dos, la tête non loin de la substance malodorante. Je remarquais alors la personne qui me toisait sans pour autant réussir à nettement la voir. Il y eut un instant d'arrêt, où mon esprit essaya de réfléchir. Puis, face au silence, mes lèvres s'articulèrent à nouveau. Des mots prononcées à l'intention de cette personne qui était debout.

"Llyod, atya ?"
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Nathanael
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Sam 7 Oct 2017 - 20:35

«Les elfes sont des êtres plus nobles et plus sages que les humains. Ils peuvent vivre plus longtemps que nous. Et leur savoir est infini. Certains d’entre eux ont connu Frodon aux Neuf Doigts, le roi Théoden et Eomer. Et d’autres encore se souviennent des promesses faites par Eorl. Mais bien peu s’en soucient, car les Elfes ne se préoccupent guère des hommes. Tu seras des plus chanceux si d’aventure, tu en croises plus tard sur ta route». Est-ce que son frère ne s’était pas moqué de lui ? La rouquine qui était étalée à ses pieds vomissait comme un enfant rohirrim. Elle avait même l’air moins gaillarde qu’un gamin du Riddermark. Son visage tuméfié était bariolé de sang coagulé et de bile.

- Je comprends pas ce que tu dis.

Couchée sur le dos, elle le regardait en baragouinant des propos qui tenaient du borborygme d’orc. Cette pensée lui fit relever la tête. Les orcs. Il les avait pourchassés au début du printemps tandis qu’ils souillaient les prairies de leurs pas lourds. Des bandes par dizaine qui fuyaient il ne savait quoi. Les rares créatures qu’ils avaient réussi à faire parler avaient craché les mêmes mots. «Hai» et «Burz». Il ne savait pas ce que cela signifiait, pas plus que les hommes qu’il avait accompagnés pour les occire. Il se souvenait du sang sombre, presque noir, qui avait maculé sa hache. Presque la même couleur que les glaires crachées par l’elfe.

Sans rien ajouter, il récupéra la gourde en peau de chèvre qui pendait à sa selle et s’agenouilla à côté de Qewiel pour la faire boire. Il ne connaissait pas les elfes. Mais sans doute devaient-ils boire comme les hommes et manger aussi. Il versa quelques gouttes d’eau fraîche sur les lèvres de l’enfant. Il attendit qu’elle déglutisse d’elle-même avant de lui verser un peu plus d’eau dans la bouche. Des souvenirs de guerre lui revinrent à l’esprit. Ceux des hommes à l’agonie, boyaux et tripes glissant entre les mailles déchirées, plaie béante, visages rouges et noirs, couverts d’hématomes et de blessures plus ou moins profondes. Estropiés, boitant, hurlant, appelant à l’aide ou demandant la mort. Il avait aidé certains d’entre eux à partir dignement. Dignement ? Fichtre, la mort n’avait rien de digne. Seule la vie pouvait être vécue dignement. La mort … elle finirait toujours pas vous prendre, sur le champ de bataille ou au cul des brebis. Il contempla l’elfe en tenant sa gourde suspendue au-dessus de ses lèvres. Était-elle immortelle ? Un moment, il l’envia. Mais un râle profond le ramena à la réalité. À quoi bon vivre éternellement si l’on ne pouvait plus marcher ou parler, ou pire, ne plus pouvoir monter à cheval ? Il l’aida à s’asseoir et lui posa la gourde sur les genoux.

- Bois !

Harding montra la gourde et comment s’en servir. Il gardait une main dans le dos de Qewiel. Elle n’était pas capable de se tenir droite toute seule. Elle ne survivrait sans doute pas jusqu’aux Gués de l’Isen. Pourquoi Gallen Mortensen avait-il tant tenu à la garder en vie ? Au Rohan, les animaux malades et chétifs étaient égorgés pour éviter une épidémie dans le reste du troupeau. Pourquoi s’encombrer d’un animal incapable de tenir sur ses pieds ?

- Bois !

L’elfe divaguait encore. Il ne comprenait pas un traître mot de ce qu’elle disait. Tandis qu’il l’aidait tant bien que mal à boire encore, il laissa son regard contempler les montagnes rougeoyantes. Le rose timide de l’aurore cédait la place à l’incandescence furieuse des premiers rayons du soleil. Les dernières ombres de la nuit glissaient sur les flancs du Trihyrne et Harding accueillit avec plaisir le baiser du soleil sur sa peau fraîche. L’herbe humide exhalait un léger brouillard qui s’étirait sur toute l’étendue des prairies, formant une haie plus épaisse aux abords du fleuve à l’est. S’ils traversaient les collines et les vallons en direction des montagnes, ils pourraient apercevoir la large piste qui menait au Gouffre de Helm. Mais les patrouilles étaient trop nombreuses là-bas et le terrain trop dénudé pour les dissimuler longtemps. S’ils rencontraient quelques cavaliers trop curieux Harding aurait du mal à trouver une justification. La palabre n’était pas son fort. Et il n’avait pas envie de se perdre en explications. C’est pourquoi il sortit son couteau de sa ceinture, saisit les cheveux de Qewiel entre ses longs doigts, tira sur les boucles emmêlées qui lui couvraient le crâne et tailla d’un coup sec pour les couper. Les longues mèches rouges lui restèrent entre les doigts comme du crin puis il les fourra dans le sac en toile qui avait contenu l’enfant.

Il rajusta le couteau à sa ceinture et sans un mot, il souleva Qewiel pour la mettre sur son cheval.Il monta et la tint devant lui d’une main ferme avant de talonner Silence pour lui faire prendre le pas. Le voyage n’avait rien d’agréable. Ni pour lui ni pour elle. Ils ne se comprenaient pas et les rares mots que répétait Qewiel ne faisaient toujours pas sens pour Harding. Il la transportait comme un messager transporte une missive. Ils marchèrent ainsi tout le jour sans croiser guère de nomades et de bergers. Une grande partie des éleveurs étaient partis chez les nains pour faire paître leurs troupeaux. Les deux ou trois familles qu’ils rencontrèrent étaient trop occupées pour s’attarder sur leur passage. «Pour le Rohan» se répétait Harding. Gallen Mortensen lui avait bien fait comprendre l’importance de sa mission au-delà des montagnes. Et ensuite, quoi ? Il ne savait pas même ce qu’il allait devoir affronter. «Que des ombres et des mensonges, ça se trouve».

Est-ce que l’elfe s’était endormie ? Elle ne parlait plus depuis un moment quand il s’arrêta là où il voulait passer la nuit. Il l’attrapa entre ses bras comme un enfant qu’on berce et la posa doucement sur le sol. «Fragile comme un agneau». C’était peut-être pour ça que le Vice Roi l’avait appelé. Parce qu’il connaissait son sens du devoir, ses capacités de berger autant que de combattant. Mais combattrait-il pour l’elfe le moment venu ? Risquerait-il sa vie pour une étrangère maigrichonne ? Pour elle, non, sans doute. «Pour le Rohan, oui». Il ne s’occupa pas de l’enfant tandis qu’il dessellait son cheval et l’entravait pour la nuit. Il sortit la grande épée elfique de son fourreau et la ficha en terre, à l’écart de leur campement. La pointe s’enfonça en grinçant dans le sol et lui renvoya son propre reflet à la lueur du soleil couchant. Le Vice-Roi l’avait mis en garde contre l’elfe et contre son arme. L’une et l’autre avaient le pouvoir de rendre les hommes fous. Harding n’y croyait guère, mais il restait méfiant.

Il revint auprès du corps endormi et prépara un feu. Les cheveux courts de Qewiel lui couraient sur les joues et jusqu’à la base du cou. Il avait laissé juste assez de longueurs pour dissimuler ses oreilles pointues. La chaleur diminuant, il couvrit l’elfe d’un court manteau qu’il avait emprunté à sa soeur. Encore trois ou quatre jours comme ça et il en aurait fini de cette mission étrange. Au-delà des Gués de l’Isen, l’elfe ne serait plus au Rohan et il pourrait alors vaquer à une tâche beaucoup plus importante. Au-delà, elle serait libre de partir où elle voudrait, si elle le pouvait. Au-delà, ce ne serait plus son souci. En attendant, il devait en prendre soin. Gauchement, il s’assit à côté d’elle et lui posa la main sur l’épaule pour la réveiller.


Dernière édition par Nathanael le Jeu 12 Oct 2017 - 22:05, édité 1 fois
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Qewiel
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Jeu 12 Oct 2017 - 0:09
"Bois ! Bois !"

Je regardais l'être qui me tenait le dos sans arriver à discerner qui il était. Tout ce que j'arrivais à voir, à mon grand malheur, était qu'il ne s'agissait pas de mon père. Que je n'étais rentrée aux marais, qu'il n'était pas venu me chercher pour rejoindre les esprits non plus. Mes yeux se posèrent sur la gourde que mes jambes avaient peine à supporter. Si seulement tout cela pouvait s'arrêter... si seulement l'impression que j'avais eue il y a quelques secondes était vrai, que la douleur, l'horrible alternance de chaud-froid et le goût acide de vomi et de sang pouvaient s'arrêter... Mais non. On m'ordonnait de boire et mes bras avaient à peine la force de relever ce conteneur qui devait pourtant être léger. J'obéissais quand même, relevant avec difficulté la gourde et déversant l'eau bienfaitrice dans ma bouche... du moins essayais-je ; jusqu'à ce qu'un reflet qui commençait à m'être trop connu me fit instinctivement lâcher l'outre, m'éclaboussant par-là même.

Un couteau. Une lame tranchante. Je sentis mes cheveux être tirés et, après un instant de stupéfaction, je me mis à hurler. Hurler de terreur tant l'idée d'être coupée par une telle arme m'effrayait. Je n'avais que la force de crier, pas de me débattre. La douleur aux côtes se fit plus forte et je sentis une partie de moi être séparée du reste. Alors qu'il me soulevait pour me mettre sur le dos du cheval, je pleurais toutes les larmes qu'il me restait dans le corps tant ce simple geste m'avait traumatisée.


~~~~~~~~


Des cris. La douleur, la peine, le désespoir. Des pleurs. Je regardais la scène, étrangement insensible à la douleur de l'elfe qui se trouvait à une dizaine de mètres de moi. Je n'étais pas censée être là ; cet épisode de la vie de mon clan, je ne l'avais pas vécue. On me l'avait juste raconté, ce moment où après plus d'une journée de recherches Laurelien et d'autres membres du clan avaient retrouvé l'Ulra de l'époque. Ulra qui n'était autre que ma propre mère. Pourtant, je me tenais bien là, debout dans les marais, à regarder la scène déchirante de ces retrouvailles.

Cela avait quelque chose de beau. De magnifique, même. A la lueur du soleil levant, la peau d'Elwoe de base terne prenait une superbe teinte grisâtre qui contrastait fortement avec la peau blanche et les cheveux de feu de Laurelien. Couleur grise octroyée par la nature puisque le corps sans vie de la femme était allongé dans la boue et la vase. Sa tête retombait mollement en arrière, laissant ses longs cheveux autrefois châtain clair se baigner dans l'eau visqueuse du marais. Ses yeux et sa bouche entrouverts me donnaient l'impression qu'elle essayait de prononcer un dernier mot à travers le royaume des esprits, qu'elle fixait un point particulier avant que la vie ne la quitte. A son cou maculé de terre molle et de sang, montrant ainsi de quelle manière son esprit avait été expulsé de son corps - quelque chose de tranchant, malheureusement pour elle -, pendait par un long cordon un pendentif en forme de clef. Pendentif en bois mais dont les reflets laissaient à imaginer qu'il était fait d'un quelconque métal. Pendentif que je portais moi-même autour du cou.

Laurelien pleurait, hurlait sa douleur même. Ainsi était-ce le moment où il avait perdu celle qu'il aimait, celle pour qui il avait abandonné "l'ouest" pour la protéger et être son protégé par elle. Ô qu'elles étaient nombreuses, ses larmes !

Une goutte d'eau salée perla le long de ma joue. Finalement, cette scène me touchait au-delà de ce sentiment de distance que j'avais depuis le début.

Papa pleurait. J'avais envie de lui dire que cela ne servait à rien, que son esprit était déjà parti retourner à Llyod et qu'il ne reviendrait pas dans un corps qui était désormais incapable de le garder. Mais c'était déjà ce que les autres faisaient, lui demandant aussi bien par la parole que par des gestes de revenir vers le clan. A travers toutes les larmes qui s'étaient déversées sur ses joues, il déposa un baiser des plus tendres sur le front d'Elwoe avant de se décider à se relever, sa femme décédée toujours dans ses bras. Puis il se retourna puis fit quelques pas vers les nôtres, avant de se retourner une dernière fois. Nos regards se croisèrent, lui l'être matériel et moi la fille du rêve. Je sentis alors qu'il ressentait ma présence, et je laissais un instant mes yeux s'attarder sur la douce aura qui se dégageait continuellement de lui. Pour la dernière fois.

Une seconde larme coula sur mes joues.

Atya, je t'en prie, reste ! Ne pars pas ! Mais nos mondes étaient différents, aussi finit-il par suivre les autres. Je voulus crier, courir, mais je ne réussis aucunement à faire le moindre mouvement, à émettre le moindre son. Parti. Il fallut que j'attende qu'il soit parti pour arriver à faire quoi que ce soit. Pour que j'arrive seulement à penser convenablement. Je regardais un moment au loin, m'étonnant d'être encore là, puis m'approchais du lieu où s'était trouvée être étendue ma mère. Je m'accroupis, faisant attention aux traces dans la boue comme dans les herbes. Je revoyais dans mon esprit le regard vitreux d'Elwoe et la direction qu'il prenait. Pour une raison qui m'était inconnue, j'avais le présentiment que ce qu'elle regardait avant de mourir avait son importance. Alors je me tournais dans la direction qu'elle avait dû avoir à cet instant précis et le seul élément qui attira un temps soit peu mon attention fut un grand arbre noir aux branches nues. Je marchais donc jusqu'à lui, intriguée.

Il était en fait bien plus imposant qu'il ne le laissait à penser de loin. Son tronc tordu par les âges était énorme pour un arbre des marais et son écorce épaisse semblait plus noire que brune. De nombreuses plaies cicatrisées au fil des ans dormaient tout le long du corps, et ce jusqu'aux épaisses branches délaissées. Llyod. L'Arbre, l'esprit du foyer et de la protection, celui qui accueillait auprès de lui les morts. De tous les récits que j'avais pu entendre, mis à part les feuilles tombées cet arbre ne pouvait être que Llyod lui-même. Je posais une main délicate sur son tronc tout en baissant la tête, puis relevais les yeux jusqu'au sommet des ses branches, montrant ainsi tout le respect que j'avais pour lui. Alors un froid intense se fit sentir et j'enlevais ma main de son corps, secouée, pour me rendre compte qu'elle était couverte de sang. Le sang des miens... ce sang que je n'avais pas voulu quitter. Llyod pleurait lui aussi et je savais pourquoi. Pire encore, je me doutais que Laurelien le savait avant même de me faire promettre de fuir les marais si jamais le clan tombait.

Pardon...

Ma main était trempée de sang. Du sang rouge des Elfes. Je regardais à nouveau le tronc de Llyod et remarquais une étrange trace en son creux. Une marque, profonde, que je connaissais bien pour la porter à mon cou. Celle d'une clef, pas n'importe laquelle... Ma main ensanglantée vint caresser les abords de la marque et l'intense froid que je ressentais encore s'effaça pour laisser place à un feu brûlant me détruisant de l'intérieur, se nourrissant de mon être. Je voulus enlever ma main ; je ne le pus. Je criais, pleurais, hurlais ! Ma seconde main se portant sur le pendentif...


~~~~~~~~


Mes yeux s'ouvrirent brusquement sur le ciel étoilé, mon souffle douloureux entrecoupé par des hocquets de stuppeur. J'avais l'impression d'être un feu ardent plongé dans un étang gelé mais qui ne s'éteignait pas. Des gouttes de sueur perlaient sur mon front et dans mon dos. Je me mis en position assise avec difficulté, plsu terrifiée qu'autre chose par le rêve que je venais de faire ainsi que toute la signification qu'il pouvait y avoir derrière. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais rien, même. Quelle était l'importance de ce rêve ? Aucune idée. Et où étais-je ? Bonne question. Je me souvenais juste avoir été mise sur un cheval après qu'une arme... tranchante... ne se soit occupée de mes cheveux. Pour le reste... ma mémoire me faisait défaut.

Mes yeux se relevèrent vers la personne qui était assise à côté de moi et qui semblait surprise de ma réaction. Sa tête me disait quelque chose... Je n'y fis pas plus attention pour le moment, plus occupée qu'autre chose à mettre mon corps dans une position pas trop douloureuse et à chercher de la main mon collier comme l'épée de Laurelien. Le premier était bien là, cependant la seconde... elle n'était pas accrochée à mon dos. Un air de panique s'inscrivit sur mon visage alors que je murmurais à plusieurs reprises le nom de l'arme dans ma langue natale. L'humain n'y comprenant rien - forcément - je finis par me ressaisir et exprimer l'objet de mon inquiétude de manière compréhensible, tout en le regardant dans les yeux.

"Epée ?"

C'était dur. J'étais perdue. Je savais que j'avais rêvé, mais j'avais du mal à revenir de ce songe. Il fallut à Harding  me montrer par où elle se trouvait pour que je me calme. Elle était loin... Pourquoi ? Je ne comprenais pas. Autre chose que je ne comprenais pas, c'était cette silhouette qui restait auprès d'elle, là comme ça au loin. Il. Pourquoi restait-il immobile loin de moi ? Cétait la première fois que je voyais cela. Il avait toujours été proche, d'une manière ou d'une autre. Je pensais initialement qu'il le voulait, me lovant dans la couverture que l'être aux oreilles rondes avait placée sur moi. Il se passa ainsi un bon moment avant que je ne finisse par à nouveau regarder dans sa direction et, remarquant qu'il était toujours aussi loin, lui faire signe de venir. Je lui adressais des mots, des phrases en gestes, mais il ne répondait pas. Il restait là, debout avec droiture, sans jamais esquisser le moindre mouvement. Je jetais alors un coup d'oeil vers Harding pour me rendre compte qu'il me regardait bizarrement, comme si je faisais des gestes en direction du vide. Alors, comprendant que de toute façon il ne viendrait pas, je baissais juste la tête et laissais l'humain prendre soin de l'elfe perdue que j'étais.
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Nathanael
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Jeu 12 Oct 2017 - 23:26

Sur l’herbe rase et la terre sèche, le vent ne faisait pas le même bruit que dans ses souvenirs. Les brebis s’étaient repues de toutes les feuilles avant de partir pour le nord. Il ne restait que des tiges drues et droites qui lui piquaient le dos quand il s’allongeait. L’odeur non plus n’était pas la même. Sous les étoiles, il pouvait encore sentir la chaleur du jour, indescriptible. Il n’avait jamais connu d’été aussi éprouvant. Dans les déserts de sable, comment faisaient les hommes ? Si jamais ces déserts existaient. Il n’en avait jamais vu et avait bien du mal à les imaginer. Nathanael lui avait dit que les hommes pouvaient avoir la peau noire, plus noire que l’écorce des arbres en hiver. Mais qu’ils étaient quand même des hommes. Cela aussi, il avait du mal à l’imaginer. Les Haradrims qu’il avait combattus au Gouffre de Helm ne lui avaient pas semblés très différents des orcs. Et il avait tué grand nombre d’entre eux de la même façon que les viles créatures qui s’aventuraient sur leurs terres, sans pitié. Les esprits, par delà les étoiles, avaient construit un monde étrange. Plus il y pensait, plus cela l’effrayait. «Pour le Rohan», se répétait-il. Litanie silencieuse. Il n’avait jamais franchi les Gués de l’Isen. Mais d’ici quelques jours, il serait forcé de le faire. Et au-delà …

La petite elfe se réveilla à côté de lui. Elle tremblait, suante, gémissant il ne savait quoi. Elle était malade. Elle buvait puis elle parlait dans le vide et regardait quelque chose qui n’existait pas. Le délire la prenait souvent et elle répétait les mêmes mots. Des mots imprononçables qui n’avaient pas de sens. Ses traits se déformaient tantôt sous la panique, tantôt sous l’incompréhension. «On dirait un agneau qui a perdu sa mère». Il ne comprenait pas non plus les agneaux, mais il savait s’en occuper. Mais quand il voulut s’approcher, elle recula d’un geste vif en lui jetant un regard plein de panique.

- Là, hooo làà. Voilà, doucement. Viens par là toi. Ho-ho, là, là là.

Il lui parlait comme à un poulain effarouché qui s’est fait peur avec ses entraves. Si on approchait l’animal trop vite, il risquait de paniquer et de se blesser. Si l’on n’agissait pas, l’animal finissait par se brûler avec les cordages. Il s’immobilisa. La jeune elfe était terrorisée. Il ne comprenait pas pourquoi. Il ne lui avait fait aucun mal. Les elfes avaient un sens étrange de la reconnaissance.

- Épée, finit-elle par lâcher.

Harding lança un coup d’oeil vers l’arme fichée en terre. Malgré lui, il avait eu un moment de frayeur. Mais si c’était une quelconque incantation, elle n’avait pas fonctionné. Malgré les apparences, pouvait-elle être une cruelle guerrière ? Difficile à croire. Planté dans le sol, le pommeau devait lui arriver sous le menton. Elle serait bien incapable de brandir la lame, même avec ses deux mains. Ils restèrent ainsi chacun d’un côté du feu une grande partie de la soirée. L’elfe continuait de s’agiter en regardant son épée, faisant ici un geste de la main, là des signes de tête. Il essayait de comprendre, mais aucun sens n’émanait de toute cette agitation. L’elfe demeurait un mystère. Le mystère, pourtant, avait un estomac qu’il fallait bien remplir. De ses sacoches, il finit par sortir de la viande séchée et des tomes de brebis si sèches qu’on avait du mal à mordre dedans. Les galettes qu’il avait subtilisées au nez et à la barbe de sa demie-soeur étaient encore moelleuses à l’intérieur. Il en tendit une moitié à l’étrangère. Il lui laissa également des morceaux d’agneaux fumés et une moitié de fromage.

- Prends, Kouyelle.

Est-ce que la lueur au fond de ses yeux s’était modifiée ? Peut-être ne fallait-il pas prononcer le nom des gens chez cette race. Gallen Mortensen le lui avait confié lors de leur brève entrevue. Il s’en rappelait vaguement et peut-être s’était-il trompé en le prononçant. Elle n’avait peut-être même pas compris qu’il s’adressait à elle. Il lui tendit le fromage une seconde fois.

- Prends, Kéyoule. Kyouelle. Kéw … merde. Prends.

Il lui jeta presque le morceau de fromage à la figure. Il n’avait jamais été bon, ni pour apprendre à lire ni pour apprendre à écrire. Comment aurait-il pu être bon pour apprendre une autre langue devant les flammes crépitantes d’un feu de bois sous la lune ? C’était Nathanael, le conteur, l’écrivain, l’historien et foutre tout ce qu’il voulait. Lui-même n’était bon qu’à balancer son poing dans la gueule de l’ennemi et à pourfendre des têtes d’orcs. Il n’était bon qu’à garder des enfants d’elfe au milieu des prairies pour ne pas salir l’image si polie du seigneur Mortensen. Fichtre ! Il se leva et s’éloigna du feu pour marcher un peu. Il y avait trop longtemps qu’il n’avait pas jeté toute sa rage dans une bataille sanglante. Trop longtemps qu’il n’avait pas frappé pour se soulager de la douleur enivrante qui lui frappait le crâne quand il pensait au passé. Il y avait pourtant des hommes à abattre. Il le savait. Il avait vu l’incendie avant de quitter la cité. Il avait vu s’agiter le capitaine Learamn sur ses béquilles. Estropié, comme son pays.

Il fit de longues allées et venues en ruminant ses sombres pensées. Quand la colère l’étreignait trop fort, il donnait de violents coups de pied dans les petites mottes d’herbe dont la tête curieuse dépassait du sol. Silence, quelques fois, levait le nez pour regarder son cavalier agacé. L’animal s’était depuis longtemps habitué aux sautes d’humeur de son propriétaire. Harding aurait voulu être ailleurs. Mais rien ne soulageait jamais ses peurs et ses angoisses. Il revint après quelque temps s’asseoir non loin de l’elfe. Il remit quelques branches dans le feu et souffla sur les braises.

- D’une pierre deux fous.

Il laissa ses mots se faire écarteler par le vent. Il soufflait toujours, chaud, depuis le sud. Sa colère s’était, semblait-il, dissipée. Et plus calmement il reprit ses essais pour communiquer avec l’elfe. La curiosité le piquait plus que tout, lui, d’habitude si peu loquace. La curiosité et les ordres : «Ici, elle est en danger. Mène là au-delà des gués de l’Isen. Prends garde à l’épée. Et rapporte-moi tout ce que tu pourras de ce qu’elle t’aura dit, ou de ce qu’elle aura fait». Il se mit le doigt sur la poitrine.

- Harding. Harding.

Puis il tendit la main vers la jeune fille.

- Kouyelle.K …

De nouveau l’agacement le gagnait. Pourquoi fallait-il toutes ces langues, tous ces mots, tous ces vocables mal aisés pour parler ? Il inspira profondément, ferma les yeux et reprit avec plus de calme.

- Kéouiel.

Ses prunelles sombres cherchaient l’assentiment chez Qewiel. Les yeux bruns de l’elfe lui renvoyaient les reflets des flammes, dansantes, énigmatiques. Mais la conversation devait s’arrêter là. À chaque fois qu’il la regardait ainsi, l’elfe s’effarouchait, Eorl savait pourquoi. De dépit, il sortit de sa poche une courte flûte en os. Il avait mis plusieurs années à en peaufiner les détails. Ce n’était pas une oeuvre d’art, mais elle avait un son léger qui demeurait longtemps dans l’air. Il la porta à ses lèvres et joua un vieil air rohirrim appris en campagne. Les soldats aimaient à chanter ou à écouter des chansons. Un moment, un court moment, ils ne pensaient alors plus à la guerre. Quand trop de pensées lui embrumaient l’esprit, Harding jouait alors, dans le même but. Pour oublier.

Il joua longtemps, jusqu’à ce que la fatigue l’accable et l’oblige à se coucher, les yeux brûlants et la bouche sèche. L’elfe s’était pelotonnée sous la veste d’Aliénor. Ils dormirent jusqu’au petit matin, réveillés par le chant d’un corbeau curieux venu planer au-dessus d’eux. Harding chassa la fatigue en se passant la main dans la nuque. Des poils drus lui poussaient sur les joues et lui démangeaient la gorge.

- Debout Kouyelle. On y va.

Il l’aida à se redresser, sella son cheval et récupéra l’épée. Il remit l’arme dans son fourreau, accrochée au travers du pommeau et hissa l’elfe sur le dos de Silence. Il tira sur les rênes de son cheval et marcha un grand moment à côté. Un ruisseau, à deux ou trois heures de marche, permit à tout le monde de se désaltérer. Les plaines changeaient imperceptiblement. Le sol était moins régulier. Des cairns et des roches éparpillées étiraient leurs ombres sur le sol. Au sommet d’une colline, ils devinèrent au nord les lointains Monts Brumeux et la lisière de Fangorn, tant redoutée. De là, il y avait trois journées de marche. Il en était certain à présent. Il se retourna pour regarder l’elfe assise sur la selle. Il ne sut pas très bien pourquoi, mais il éprouva le besoin de lui montrer l’horizon à l’ouest et de rajouter :

- Là-bas, c’est l’ouest. Les Gués de l’Isen. Les terres des Dunlendings et plus loin encore, la mer.

À vrai dire, il n’en savait rien lui-même. Il se contentait de répéter ce qu’il avait toujours entendu de la bouche des anciens. Et peut-être était-ce pour cela qu’il avait besoin de le partager, même avec une étrangère. Car toutes les histoires qu’on lui avait racontées prenaient soudainement forme et le terrifiaient. Ici, il était encore en Rohan. Mais dans trois jours … Au-delà des terres de ces ancêtres, qu’y avait-il ?

- Après, là-bas, tu seras libre. Je te rendrai ton épée. Et tu iras où tu voudras.

Oui, où elle voudrait. Harding se mâcha la joue. Et lui, lui … il tira sur la bride de Silence pour lui faire reprendre le pas. Il avait encore trois jours pour y réfléchir. «Un vieil ami s’y trouve. Dis-lui simplement que Poulain réclame son aide». Des énigmes dans le brouillard. Et devant lui, l’inconnu.
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Ven 20 Oct 2017 - 19:00
"Prends, Kéyoule. Kyouelle. Kéw … merde. Prends.
Je regardais l'humain étrangement, me demandant ce qu'il avait bien pu vouloir dire... s'il avait vraiment essayé de parler ma langue natale.
- Glect keyoul vlit qyuehl maird ?"

Non, ce n'était pas ça. Il ne comprit absolument pas ce que je venais de lui demander, et moi de me poser la question du pourquoi du chaton perdu dans l'horizon d'étang boueux... Quoi qu'il en soit, je me retrouvais avec à manger en pleine figure - la nourriture particulière qu'ils appellent "fromage" et qui n'a jamais le même goût - et, après m'être un instant demandé quoi faire avec, j'imitais le cavalier. J'avalais par petites bouchées bien mâchées ce qu'il m'avait donné, pensive... Ce n'était pas bon, avait une texture bizarre et donnait soif. Mais au moins, ces quelques choses contentaient mon ventre vide qui gargouillait de plaisir. Pendant ce temps Harding se leva, je ne sais pas pourquoi énervé, et commença à faire les cent pas. Je penchais ma tête sur le côté tout en jetant un rapide coup d'oeil à Il, me demandant sincèrement quel esprit tempétueux il invoquait en agissant ainsi. Puis, après un long moment, il vint se rasseoir... Invocation râtée, visiblement.

Le reste de la chaude soirée se déroula sans encombres. Harding se présenta et essaya de prononcer mon nom, ce que j'eus du mal à comprendre tellement il s'y prenait mal, et alors qu'il venait de réussir il laissa la discution fâner toute seule, sans que je puisse la reprendre. Dommage... ou pas. Je ne savais pas du tout qui il était, aussi valait-il mieux faire attention à ce que je transmettais. Je me souvenais encore de ces cavaliers qui avaient essayé de me capturer, sans que je ne sache pourquoi ni qui ils étaient. J'étais donc peu confiante en cet inconnu qui montait également à cheval et qui m'emmenait je ne sais où. D'autant plus que c'était à cause de lui que ma route vers l'Ouest s'était arrêtée, maintenant que je le remettais. Aussi je le laissais jouer de la flûte, tout en terminant de manger. Finalement le son clair de l'instrument m'endormit, lovée dans la couverture que l'on m'avait accordée.


"Debout Kouyelle. On y va.
- Qewiel..."


Je ronchonnais dans ma couverture, bien heureuse d'être allongée sans avoir mal aux côtes. Harding dut me secouer un peu pour que je vienne à penser à avoir l'intention de me lever puis, péniblement, me levais avec une tête de pas réveillée et des cheveux trop courts ébouriffés. De l'eau, un petit quelque chose à se mettre sous la dent, une pause latrines et nous repartions pour un endroit que je ne connaissais aucunement. Lors du voyage je ne disais rien, me contentant de poser mon regard sur les vastes plaines que je n'appréciais aucunement. Où étaient les arbres tordus, les étendues d'eau couvertes d'algues, les chemins chargés de dangers dans lesquels on pouvait perdre et noyer les orcs ? Et où était la fraîcheur de l'eau, était-ce si chaud que cela l'Ouest ? Si oui, je me demandais comment Ulra avait fait pour grandir là-bas... parce que j'étais loin d'être arrivée au-delà de la grande étendue d'eau, où devait être une chaleur insupportable... à moins que ce ne soit que la région que je traversais qui était ainsi. Quoi qu'il en soit, alors que j'essayais de me mettre dans une position qui ne ma faisait pas trop mal, mon esprit avait de quoi s'occuper : la distance qu'il avait gardée ainsi que le rêve que j'avais fait me laissaient perplexes. En deviner la signification m'était difficile... C'est là où j'aurais bien aimé être au village, afin de pouvoir demander aux anciens leur sagesse. Anciens que j'avais abandonnés et dont les âmes avaient rejoint Llyod... du moins l'espérais-je pour eux.

"Là-bas, c’est l’ouest. Les Gués de l’Isen. Les terres des Dunlendings et plus loin encore, la mer.
- Ouest ?

Je regardais au loin dans la direction que le cavalier indiquait, attentive. Assise relativement maladroitement sur la selle du cheval.
- Après, là-bas, tu seras libre. Je te rendrai ton épée. Et tu iras où tu voudras."

Je ne répondis rien, bien que je comprenais ses derniers propos. Mon regard en disait assez long : l'Ouest m'appelait et y aller était comme une espérance qui me prenait le coeur. Une fois que je serai là-bas, je pourrai arrêter de marcher. Je rencontrerais peut-être de la famille, ou tout du moins des personnes qui m'accepteraient sans me faire de mal. A la fois j'avais hâte d'y arriver, à la fois j'avais l'envie de retarder mon chemin, par peur d'être déçue du voyage. Que cette promesse que je n'aurais jamais dû prononcer ne serve à rien... Mes yeux bruns se baissèrent et, avec un soupir, je reprenais les premières pensées de la journée. Il fallut que nous nous arrêtions pour la nuit pour que je ne reprenne la parole, une fois que nous étions installés et que le cavalier ait planté l'arme de mon père très loin avant de revenir faire un feu.

"Harding... Que tu faire à l'Ouest ? Et... pourquoi toi... tu... épée loin ?"


Je penchais ma tête sur le côté pour marquer mon interrogation. J'avais réfléchi assez longuement à la forme que devaient avec mes questions, et j'étais plutôt contente de moi. Il me semblait avoir réussi à me faire comprendre. Aussi attendais-je patiemment ses réponses, le regarda tout naturellement droit dans les yeux.
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