Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent

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Ryad Assad
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Ryad Assad

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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMar 1 Mar 2016 - 1:53
Suite de : http://jeuderoles.forumactif.com/t6342-voir-l-avenir-sous-un-nouveau-jour

Et de : http://jeuderoles.forumactif.com/t6340-les-gouts-et-les-couleurs

______


Qu'est-ce que c'était que ce papier ?

Elle le prit, le lut. Du moins, elle essaya. Elle ne lisait pas encore très bien le suderon, par trop différent de sa langue natale, et si elle arrivait désormais à exprimer convenablement des pensées simples dans ce dialecte étrange, elle était bien incapable de déchiffrer les notes écrites de façon si resserrée sur ce parchemin, remplis de schémas, de notes et de flèches compliquées. Seul son auteur aurait pu s'y retrouver dans ce fouillis… ou bien quelqu'un qui aurait pris le temps de tout lire en détail. Mais pour cela, encore fallait-il mettre de l'ordre. Elle poussa un soupir à fendre l'âme, et observa autour d'elle. Quel chaos.

On ne pouvait pas dire que la petite maison avait toujours été propre, et à son arrivée ici, elle avait été chargée principalement de rendre les lieux habitables tandis que le propriétaire, son employeur, semblait prendre un malin plaisir à ruiner son travail dès qu'il le pouvait. Elle n'était déjà pas très douée pour le ménage, qui abîmait ses mains délicates, et il lui fallait une journée entière pour laver et faire briller le sol. Alors quand il renversait les breuvages infects qu'il préparait lui-même comme un patachon, qu'il laissait traîner ses vêtements par terre, ou qu'il ramenait de la poussière depuis la cave… il ne l'aidait pas, pour ainsi dire.

Cette fois pourtant, la situation était différente. Très différente. Ce n'étaient plus seulement des vêtements sales, ou de la terre sur le parquet. Elle devait ramasser les bris de verre, de porcelaine et de faïence. La table avait souffert également, et son choc avec le mur n'avait pas arrangé son état. Ses pieds éparpillés aux quatre coins de la pièce la privaient de sa fonction première, et elle ressemblait davantage à une porte sans poignée, désormais. Le chaos était partout, et la tornade qui s'était introduite dans la maison avait tout dévasté sur son passage dans un accès de rage qui n'avait pas épargné le garde-manger. La tempête en question avait besoin de se nourrir, et savait ouvrir les portes. En fait, la tempête n'était pas venue semer la destruction autour d'elle comme une malédiction tombée du ciel. Elle était plutôt sortie des entrailles de la bâtisse, et avait cherché à s'échapper par tous les moyens, annihilant tout ce qui se trouvait sur sa route.

Elle avait mis une heure à trouver le courage de descendre à la cave. Une heure passée à se convaincre que la tempête avait disparu, et qu'elle n'avait pas simplement retrouvé sa cage en attendant qu'une petite idiote vînt se jeter entre ses griffes. Prudemment, elle avait descendu les marches, tremblant de tout son être, luttant de toutes ses forces pour ne pas partir en courant et en hurlant dans la direction opposée. Elle avait changé. Elle avait appris. Elle avait toujours peur, mais elle s'efforçait d'avancer, de progresser. Elle avait posé les yeux sur un spectacle effroyable.

- Qui est là ?

Elle avait entendu quelque chose, et s'était retournée rapidement, tenant toujours ses papiers en main, dans lesquels elle essayait vainement de remettre un peu d'ordre. Elle ouvrit un tiroir, et glissa les documents à l'intérieur, sans se soucier de savoir s'ils étaient destinés à cette place ou non. Personne ne lui répondit, mais elle était certaine d'avoir perçu un son. Un bruit. Un craquement ? Peut-être. Pas sûr. Elle paniquait.

Quand elle avait découvert la scène, elle avait fui, avait fermé la maison à clé, et avait disparu pour quelques jours. Elle était terrifiée, seule, et incapable de se défendre contre la tempête qui pouvait fondre sur elle. Elle n'avait trouvé le courage de revenir que maintenant, convaincue qu'elle ne pouvait pas laisser son employeur sans défenses. Elle s'était attendue à le trouver là, occuper à travailler sur un nouveau projet, sans même se soucier du désordre. Elle avait été déçue, et avait retrouvé chaque chose exactement là où elle l'avait laissée. Personne n'était venu, ce qui signifiait que quelque malheur était arrivé à celui qui s'occupait d'elle depuis quelques temps.

Elle ne l'appréciait guère, mais elle le respectait. Elle n'avait aucune affinité avec lui, c'était le moins que l'on pouvait dire, mais ils se complétaient dans un sens : elle avait besoin de lui, il avait besoin d'elle, et leurs relations strictement professionnelles ne l'empêchaient pas de faire preuve de compassion à son égard, comme vis-à-vis de n'importe qui. C'était un homme dévoué, à défaut d'être bon, persévérant à défaut d'être poli, intelligent à défaut d'être bien élevé.  Elle n'aurait peut-être pas dû, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de chercher ses qualités, et d'essayer de voir les aspects positifs de sa personne. Voilà pourquoi elle était revenue : pour essayer de protéger cela. Elle n'aurait peut-être pas dû partir, tout simplement.

Elle s'était éclipsée pour aller faire des courses. Trouver des produits frais et de qualité n'était pas toujours une mince affaire à Dur'Zork, et même si les marchands revenaient, la prise de la ville avait saigné l'économie, et il restait difficile d'importer des produits du Nord du Harondor, partie la plus fertile mais aussi sous contrôle de l'Emir Radamanthe, le Vaincu. Alors elle s'était levée de bon matin, et avait été faire des emplettes avec l'argent qu'il lui donnait. Elle avait l'intention de cuisiner quelque chose de simple, de bon, et de nourrissant, pour essayer de remonter le moral à son employeur qui semblait préoccupé. Son travail n'avançait pas comme il le voulait, et il rencontrait quelque résistance dont il ne voulait pas lui parler. Il s'exprimait la plupart du temps en suderon, notamment quand il était en colère, et elle ne saisissait qu'un ou deux mots par phrase, trop peu pour en tirer du sens.

Ses pupilles s'écarquillèrent soudainement.

Il y avait bien quelqu'un. Elle n'aurait pas pu le manquer, car il venait tout simplement de rentrer dans la maison par la porte principale, et elle n'avait pris conscience de sa présence qu'au moment où, dans son dos, il avait refermé l'huis en claquant. Elle se redressa, essayant de contenir le tremblement de ses lèvres. Le vent avait-il changé de direction, et lui avait-il ramené la tempête ?

Elle était morte.

Cette idée lui traversa l'esprit à la vitesse d'une flèche sifflant dans la plaine, et elle sut que si c'était lui, elle n'avait que quelques secondes à vivre, avant de mourir dans d'atroces souffrances. Elle avait entendu les rumeurs et les racontars. Des corps mutilés, tailladés, dévorés. Elle avait vu suffisamment de blessures dans sa vie et tenu la main de suffisamment de mourants pour savoir qu'ils souffraient le martyr avant de rendre l'âme. Il lui parut essentiel de dire quelque chose. N'importe quoi.

Non, pas n'importe quoi.

Quelque chose de sensé, de profond. Ce seraient, après tout, ses dernières paroles. Personne ne les entendrait, et elles seraient happées par la violence de la tempête destructrice qui allait lui briser les os, la déchiqueter, la lacérer comme un peintre s'acharne sur sa toile en la découpant de grands traits de couleur. Son artiste à la griffe si particulière ne disposait que d'une seule nuance. Il caresserait sa chair à la pointe de son pinceau chitineux, et laisserait sur sa peau une signature carmin.

Elle ferma les yeux, sentant déjà de petites larmes couler le long de ses joues. C'était la peur. La peur la plus primaire, celle que ressent un minuscule écureuil face à un mur terrible de flammes dont les langues détruiraient son foyer, réduiraient les siens en cendres, et finalement marcheraient vers lui avec l'intention de le consumer, de le consommer, jusqu'à ce qu'il n'existât plus rien de lui sinon un souvenir. Elle ne resterait qu'un souvenir, et partie de ce souvenir seraient ses derniers mots, même si les flammes n'avaient ni la capacité ni la volonté de le transmettre. Etait-il fou de défier ou d'implorer la montagne que l'on escaladait ? Etait-il fou de défier ou d'implorer le désert que l'on arpentait ? Etait-il fou de défier ou d'implorer la mer que l'on bravait ? Etait-il fou de défier la vie, la mort ?

Elle ne le croyait pas.

Alors, refermant ses poings ridiculement faibles, ramenant la tête entre ses épaules comme si cela pouvait la protéger d'une quelconque manière, elle souffla en Commun, la seule langue qu'elle espérait pouvoir être comprise par son bourreau, à la fois tempête, artiste et mur de flammes :

- Je vous en prie… Ne me faites pas de mal !

Il y eut une longue seconde d'un silence absolu. Et puis…


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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyDim 6 Mar 2016 - 14:24
Une chance, c'était ouvert. Il essaya de fermer la porte d'entrée en douceur pour n'être point dérangé, ni entendu de personne. Mais le loquet, comme c'était bien souvent le cas dans les vieilles bâtisses, ne prit pas. Il dut l'entrouvrir à nouveau et la claquer pour la clore convenablement. Il avait enfin trouvé ce qu'il cherchait, il le sentait. Enjambant l'enchevêtrement d'objets cassés et de débris de meubles, il se dirigea vers l'ouverture qui béait à l'autre bout de la pièce. Une piste rudimentaire semblait avoir été tracé récemment, contournant les obstacles, serpentant à travers le chaos. Il voyait des traces de pas que la poussière n'avait pas eu le temps de recouvrir. C'était même plus que récent... il y avait probablement quelqu'un en bas. Il descendit les escaliers et arriva dans la cave. Oui, il avait vu juste. Il y avait bien une silhouette, la frêle silhouette d'une femme qui lui tournait le dos mais qui, à voir la tension qui habitait son corps, avait senti sa présence.

- Je vous en prie… Ne me faites pas de mal !

La supplication était inutile et ne parvint nullement à modifier ses intentions. Il fallait la faire taire. En deux enjambées il fut sur elle. Une main ferme et légèrement moite vint se plaquer sur la bouche de la jeune femme. Voilà, il venait de la faire taire.

Tout allait être plus facile, maintenant.

♦ ♦ ♦

Pour Kulak, le début de l'enquête avait été fastidieux. Il était allé interroger à nouveau les personnes dont les témoignages apparaissaient dans le dossier remis par le Gouverneur, mais ça ne lui apporta pas grand-chose de mieux. Les habitants, qui n'appréciaient guère d'être questionnés à nouveau, avaient bien du mal à apporter autre chose que ce qu'ils avaient déjà indiqué la première fois. Beaucoup prétendaient avoir été réveillés par des hurlements affolés et des grognements rauques et sauvages. Certains, plus rares, qui se trouvaient d'être encore éveillés au moment des agressions, disaient avoir vu une silhouette anthropomorphe se déplacer à grande vitesse sous le clair de lune puis passer hors de leur champ de vision, et quelques temps plus tard ils avaient entendu les cris, à quelque distance. Et ils se mettaient à raconter encore une fois les scènes d'horreur dont ils avaient été témoins par la suite, tels des amateurs d'art décrivant des natures mortes.

À chaque fois, Kulak repartait avec la désagréable impression d'avoir perdu son temps. Le gouverneur ne tarderait pas à le convoquer à nouveau pour être tenu au courant de l'avancement de l'affaire. Quelle serait sa réaction lorsqu'il lui dirait que oui, tout indiquait qu'un Orc se baladait bel et bien en liberté dans la ville en semant la désolation mais que, non, il n'y avait aucune logique, aucun lien entre les différents homicides à part celui de l'instinct de survie et de la recherche de chair fraîche, ce qui était trop vague pour avoir une idée du lieu du prochain festin. Il ne servait à rien d'essayer de filer cette Bête en suivant ses dégâts, car elle avait toujours un temps d'avance, et, d'une nuit sur l'autre, on signalait parfois du grabuge dans des quartiers de la ville éloignés les uns des autres.

Kulak prit alors conscience qu'il ne pourrait pas attraper ce fléau en lui courant après : il était trop habile, trop rapide, trop endurant. Trop imprévisible. C'était comme essayer de poursuivre une rafale de vent, de prévoir le prochain coup de pinceau d'un peintre, ou de tenter d'attraper une flamme avec la main. Il allait changer de méthode. Les indices qu'il essayait de glaner dans les environs immédiats des meurtres ne lui étaient d'aucune utilité ; il allait rechercher bien en amont de tous ces événements, les signes précurseurs qui pourraient expliquer ce soudain déchaînement de violence. Il allait s'intéresser non plus aux faits, mais aux causes.

Il alla vérifier les registres et les cages des esclaves-orcs, et ne trouva rien d'anormal. Listes et prisonniers concordaient à l'unité près. Une idée germa alors dans l'esprit de Kulak... Se pouvait-il donc que la Bête ait été apportée à Dur'Zork par une tierce personne, et qu'il l'ait dressée à tuer ? Il y avait pléthore de réfractaires au nouveau régime, qui n'auraient pas hésité à semer la pagaille et la psychose dans Dur'Zork simplement pour amener la population à regretter le temps de l’Émirat, et pour amener l'opinion publique à contester l'autorité de Nârkhâsîs. S'il voulait retrouver l'Arme destructrice, il devait mettre la main sur son Porteur et le livrer aux milices, qui sauraient à coup sûr le convaincre de coopérer...

Quels moyens avait-il pour identifier ce supposé rebelle ? Ça pouvait être une organisation, mais aussi un idéaliste agissant seul. Ça pouvait être n'importe qui, en fait. Mais ce n'importe qui avait de toute évidence réussi à faire passer le seuil de la cité à un Orc. Avait-il procédé à son dressage au préalable, à l'extérieur de Dur'Zork, ou bien à l'intérieur, dans un lieu discret à l'abri des regards ? Kulak n'en savait fichtre rien, aussi choisit-il de partir arbitrairement sur l'hypothèse du dressage effectué dans l'enceinte de la cité, tout simplement parce que l'autre hypothèse menait son enquête à une impasse.

À force de retourner le problème dans sa tête, lui revinrent en mémoire les paroles qu'un de ses proches amis lui avait glissé, quelques temps après la prise de la ville. Alors que Kulak ignorait quel sort allait lui réserver le nouveau pouvoir en place, ledit ami, un maître maçon réputé qui habitait un quartier assez rupin du sud-est de la cité, était venu le mettre en garde. Lui et sa femme avaient entendu, en une ou deux occasions, des cris étouffés, des cris qui semblaient venir des profondeurs d'une villa de leur rue.


- Ils torturent des gens là-dedans, avait dit l'artisan. Le propriétaire a dû se faire acheter par les miliciens, on peut plus faire confiance à personne. Ce vieil associable m'avait jamais bien inspiré confiance, de toute façon. Tu étais employé par l'ancien régime, Colas, tu ferais mieux de partir ou c'est ce qui risque de t'arriver. Regarde-toi, avec ton ancien uniforme de la garde, ils vont vite s'occuper de ton cas.

Peut-être que Dilime avait tort... peut-être que son vieux voisin n'avait jamais été approché par la milice. Peut-être que ce qu'il prenait pour des cris de douleur...

♦ ♦ ♦

- Calmez-vous, cessez de vous débattre, si j'avais voulu vous tuer vous seriez morte.

Tout en maintenant la pression sur la bouche de cette femme, il balaya la cave avec des yeux emplis de crainte, de peur d'y voir quelqu'un d'autre. De toute évidence, elle ne pouvait être la responsable de toutes ces horreurs : pas ce petit bout de femme apeuré, non, c'était impossible. Pourtant, le sous-sol semblait bel et bien vide. Au fond, il y avait une grande cage, vide également. Il ne lâcha cependant pas le cimeterre qu'il tenait dans son autre main.

- Écoutez-moi. Je vais vous lâcher. Si vous criez encore, ou si vous tentez quoi que ce soit, je n'hésiterai pas à me servir de ma lame. Mais si vous obtempérez, je ne vous ferai aucun mal, compris ?

C'était sans doute un peu abrupt, mais il n'avait guère le choix, il ne pouvait se permettre de courir le moindre risque maintenant qu'il semblait si près du but. La femme ayant cessé de gigoter, il lâcha lentement son emprise et lui permit de se retourner.

- Bien. Vous n'avez rien à craindre si vous n'avez rien à cacher. Je mène une enquête pour le compte des autorités. Je sais que vous n'êtes pas la propriétaire des lieux. Où est-il ? Parlez à voix basse.

Kulak s'attendait à voir surgir l'homme en question d'une minute à l'autre, à le voir descendre l'escalier avec un air implacable, tel un mari surprenant son épouse avec un amant.

- Où est-il ? répéta-t-il, de plus en plus anxieux.


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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyVen 1 Avr 2016 - 1:17
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Plus rapide, plus fort tout simplement. Plus déterminé aussi. Il avait fondu sur elle à la vitesse d'un lion jaillissant sur une biche esseulée. Toutes griffes dehors, il la saisit à la gorge, et la réduisit au silence en l'espace d'une seconde, sans pour autant la tuer. Etait-ce de la pitié ? Une forme malsaine de torture, ou bien avait-il un plan la concernant ? En cet instant précis, ce genre de questions n'avait que peu de valeur à ses yeux, et elle ne souhaitait qu'une seule chose : rentrer en vie… Mais rentrer où ? Elle n'avait plus de chez elle, elle n'avait nulle part où aller, et aussi répugnant que fût la maison de son employeur, c'était bien le seul endroit dans lequel elle avait pu se sentir un tant soit peu chez elle. Ce n'était rien, mais c'était beaucoup. S'il avait pu la retrouver ici, alors elle ne pouvait se considérer en sécurité nulle part. Mais de toute façon, c'était à considérer qu'il la laisserait filer en vie… et elle en doutait très sérieusement. Elle tenta quelque chose, mais son hésitation rendit sa ruade plus pathétique que menaçante. Elle était partagée entre le désir instinctif de se défendre, de fuir, de tenter quelque chose pour se soustraire à cette emprise, et la prise de conscience que sa situation ne se résoudrait pas par la force. Rester immobile, docile et coopératif semblait être une option envisageable. Mais comment en être certain ? Tiraillée entre deux impératifs contradictoires, elle ne put faire un choix, et se retrouva à trembler comme une feuille, se « débattant » pour la forme, sans conviction et surtout sans espoir. Une voix s'éleva dans son dos, lui donnant un ordre qui la figea sur place. Pas tant l'ordre que la voix, d'ailleurs.

C'était une voix humaine.

Le soupir de soulagement qu'elle aurait voulu laisser échapper fut retenu par la main de celui qu'elle ne pouvait toujours qu'appeler son « agresseur », mais elle était infiniment rassurée maintenant qu'elle savait qu'il n'allait pas la torturer, la tuer sauvagement et la dévorer… Pas nécessairement dans cet ordre d'ailleurs. Il dut sentir l'incroyable tension qu'elle conservait dans ses épaules se relâcher brusquement, même s'il n'en comprit pas forcément la signification. Il ne pouvait sans doute pas imaginer ce qu'elle avait cru qu'il était : qui pouvait bien imaginer voir un Orc débarquer au beau milieu de ce chaos ? Elle hocha la tête vigoureusement pour montrer son approbation lorsqu'il lui fit savoir qu'il ne lui ferait pas de mal si elle acceptait de rester silencieuse, et il finit par la libérer. La seconde d'après, son soupir retenu franchissait ses lèvres, et elle se retourna pour observer son interlocuteur. Son visage ne put s'empêcher d'afficher une mine un peu surprise… qui fit écho à la réaction qu'elle lut chez l'homme. De toute évidence, ils ne s'attendaient pas à se rencontrer l'un l'autre, et il y eut une seconde de gêne et de flottement qui sembla durer une éternité.

La jeune femme, qui avait encore les yeux embués de larmes, dévisagea ce visage qui n'avait rien d'agressif ou de sanguinaire comme elle l'avait imaginé au préalable. Elle découvrit un homme aux traits du Sud, qui avait la particularité d'avoir des yeux d'un bleu intense. Des yeux comme on n'en trouvait pas de là où elle était originaire, et qui n'étaient pas beaucoup plus courants au Harad où ils se trouvaient. C'était bien la première fois qu'elle rencontrait quelqu'un arborant de telles caractéristiques, et elle demeura un instant à le dévisager avant de se rendre compte qu'il pouvait fort bien prendre son insistance comme quelque chose de très impoli. Etant de nature à respecter la loi et les convenances, elle s'empressa de regarder ailleurs, en espérant qu'il n'aurait rien remarqué. A dire vrai, elle ne comprenait pas vraiment pourquoi lui-même était surpris en la voyant. Certes, elle n'avait rien d'une femme du Harad, et son visage trahissait immédiatement son origine orientale. Elle n'avait pas la rudesse des femmes du Khand – du moins c'était ainsi qu'elle se les représentait mentalement – et elle imaginait qu'il était facile pour quiconque de se l'imaginer comme venant du lointain Rhûn. Etait-ce la grande simplicité que l'on lisait dans son visage qui l'intriguait ? Il était vrai que dans cette cité ravagée par la guerre, il n'était pas grand-monde qui pouvait encore se permettre d'afficher une moue aussi candide. Elle était curieusement en décalage avec le monde qui l'entourait, comme un vestige d'un passé doré, ou une œuvre d'art qui aurait miraculeusement survécu au pillage. Assurément, dans cette pièce mise à sac par la furie d'un monstre, elle tranchait encore plus. Elle n'aurait pas dû se trouver ici.

Elle ouvrit la bouche pour se présenter, comme il était de coutume quand deux inconnus se rencontraient – a fortiori dans des circonstances aussi étranges que celles-ci – mais l'homme paraissait avoir d'autres choses plus importantes en tête et il l'interrompit pour lui donner des consignes précises, sur un rythme saccadé qu'avaient les hommes d'armes quand ils étaient face à une situation stressante. Ils ne faisaient guère de longs discours, se contentant d'aller à l'essentiel sans vraiment prendre la peine de mettre les formes quand ils n'en voyaient pas l'utilité. Elle avait appris – durement, hélas, mais au moins la leçon était rentrée – qu'il valait mieux adopter le même mode de communication et ne pas se lancer dans des réponses trop élaborées. Il attendait d'elle qu'elle répondît directement et précisément à sa question, pas qu'elle lui servît une explication dont il n'avait que faire maintenant.

Résolue à parler à voix basse pour lui obéir, sans trop savoir ce que cela risquait de changer qu'elle parlât plus fort, elle lui souffla :

- J'ignore tout à fait où il se trouve actuellement, répondit-elle dans un Commun impeccable.

A Dur'Zork, il était assez facile d'employer le Westron quotidiennement, car tout le monde le parlait couramment. Même s'il était bien vu de parler aussi Haradrim, pour mieux se présenter comme un fidèle des nouvelles autorités, les pirates n'avaient pas pu imposer un changement aussi radical et exclure totalement les langues de l'Ouest d'une cité qui était par essence un pont entre ces deux mondes. Dur'Zork faisait parfaitement la jonction entre les immenses étendues du Harad, ses peuples et ses cultures bouillonnantes, et l'Ouest, le monde du Gondor notamment. Aucun conquérant, aucune volonté ne pouvait arracher cela à Dur'Zork. Même à genou, même vacillante, la cité parvenait toujours à produire une synthèse brillante de sociétés qui avaient bien plus en commun qu'elles voulaient bien le croire. Elle poursuivit, toujours un ton plus doux :

- Il ne se trouve point ici en ce moment, je vous prie de me croire.

Elle était quelque part contaminée par son anxiété, et elle ne put s'empêcher de suivre la direction de son regard, alors qu'il observait derrière elle. Elle pouvait comprendre sa crainte, même si elle ignorait réellement si l'inquiétude qu'elle voyait derrière ces prunelles d'un bleu fascinant était liée au vieil homme. S'il le connaissait, ne fût-ce que de réputation, il devait savoir qu'il n'avait rien à craindre de lui. Elle avait vécu avec lui pendant assez longtemps pour dire avec certitude que ce n'était pas un homme de guerre. Il peinait déjà à aller d'une pièce à l'autre pour ses expériences, et il remontait toujours de la cave le souffle légèrement court, alors elle ne pouvait tout simplement pas l'imaginer maniant une épée avec brio. Pas au point de vaincre un homme dans la force de l'âge qui, lui, semblait avoir une certaine expérience du combat.

Elle leva les mains pour achever de se montrer apaisante, comme elle le faisait en approchant un blessé qui gémissait de douleur mais qui refusait ses soins. Elle s'arrangeait simplement pour le mettre à l'aise, pour lui faire comprendre qu'elle n'avait pas l'intention de lui faire du mal, et qu'elle souhaitait simplement l'aider. De même, elle avait envie de retrouver Idj, en espérant qu'il ne fût pas déjà trop tard. Quelques mois auparavant, elle aurait d'ailleurs demandé sans détour au guerrier de l'aider dans son entreprise, sans vraiment se soucier de savoir pourquoi il recherchait le vieil homme. A dire vrai, maintenant qu'elle y repensait, elle ne connaissait pas du tout cet individu, et qu'il ne fût pas décidé à la tuer sur-le-champ ne faisait pas de lui un allié pour autant. Elle garda les mains en l'air, comme pour lui faire comprendre qu'elle ne comptait pas dégainer d'arme ou le surprendre d'une quelconque manière. D'une voix calme, elle reprit :

- Puis-je au moins m'enquérir de votre nom ? Portant une main vers elle-même, elle ajouta : Je me nomme Haur. Haur Aur'va.

Elle lui laissa l'espace pour répondre, espérant qu'il allait se décider à briser la glace. Ce ne serait qu'un petit pas, mais elle avait besoin d'en savoir plus sur lui avant de pouvoir décemment lui confier la vie de Idj… et la sienne, accessoirement. Toutefois, une pensée particulière traversa son esprit, et elle repassa leur conversation dans sa tête, sans trouver de réponse satisfaisante. En fait, elle s'était demandée s'il était au courant de quelque chose concernant la mort du vieil homme, et de fil en aiguille elle en était venue à se demander si c'était bien lui qu'il cherchait, ou bien…

Son regard s'égara un instant vers l'entrée de la cave. Elle n'arrivait pas à se rappeler qu'il lui eût spécifié après qui il était…

- Euh, excusez-moi de vous poser cette question mais… Qui cherchez-vous au juste ?


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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyJeu 19 Mai 2016 - 18:12
Haur Aur'va. L'assonance de ce nom était jolie et délicate, tout comme l'était le visage de celle qui le portait. Pourtant, les deux lui étaient étrangers, et ce dans les deux sens du terme : étrangers parce qu'ils ne les connaissaient pas malgré les décennies qu'il avait passé dans cette ville, et étrangers car ils avaient quelque chose qui ne s'accordaient pas avec ce pays. La mélodie du prénom et du patronyme n'était à rapprocher ni des noms généralement plus longs et plus pompeux de la culture gondorienne, ni des sonorités chaloupées des noms du sud. Quant aux traits et au teint de cette figure, ils les avaient déjà vu sur quelqu'un mais, dans l'état de vigilance exacerbée dans lequel il se trouvait, il ne parvenait pas à se rappeler sur qui, et s'en moquait bien pour l'instant.

Elle avait respecté ses indications, si tant est qu'« indications » soit un mot qui convienne quand on plaque sa main sur la bouche d'une frêle jeune femme en restant dans son dos, une lame à la main. « Ordres » aurait été plus approprié. De toute évidence, elle y mettait de la bonne volonté. Ses réponses étaient laconiques mais en contenaient assez pour le rassurer. D'ailleurs, si le propriétaire les espionnaient en ce moment et avait eu des intentions belliqueuses, ce dernier aurait été en position de force, et se serait déjà montré... ou aurait fui au loin, suivant son tempérament. Mais Kulak n'avait senti aucune dague, aucun carreau, aucun objet pointu lui traverser le corps, non plus qu'il n'avait entendu le moindre bruit de pas précipités à l'étage. Le danger le plus oppressant et le plus immédiat était semblait-il écarté, et l'ancien militaire abaissa son cimeterre, conservant toutefois sa vigilance. A cause de cette méfiance qui n'avait pas entièrement disparu, les paroles qu'il émit par la suite le furent sur un ton légèrement plus aigu et plus tendu que son timbre de voix habituel.

D'abord, Haur n'avait pas entièrement répondu à sa question. Elle avait fait ce qu'il y avait de mieux à faire pour elle dans cette passe délicate, Kulak devait bien le reconnaître. Car en effet, il préférait de loin cette réponse par la négative mais concise, plutôt qu'un long récit détaillé. Le propriétaire n'était pas là, Kulak n'avait donc ni à s'en protéger ni à lui courir après. Du moins pas à lui courir après de façon littérale : car sa recherche, elle, continuait bel et bien. Il n'en resterait pas là, et ne manquerait pas d'exiger des précisions supplémentaires à cette Haur Aur'va.

- Mon nom n'a que peu d'importance, répondit-il derechef après qu'elle l'eut interrogé là-dessus et se fut présentée.

Il avait dit cela instinctivement, et regretta presque cette phrase froide dès qu'elle eut quitté ses lèvres. Certes, il considérait que c'était à lui de poser les questions – car c'était là son rôle d'enquêteur – mais il se dit que montrer un peu plus de considération et de sympathie ne pourrait que favoriser la collaboration de sa jeune vis-à-vis. Mais aussi et surtout, il sentit son cœur frappé par la sensibilité et la timidité qu'il percevait chez elle, et frappé par ces yeux implorants qui ne demandaient qu'un nom pour se rassurer. Ce n'était pas un sentiment amoureux, non, mais plutôt une certaine pitié pour cette jeune femme fragile qui, lui semblait-il, aurait pu avoir l'âge d'être sa fille. Après quelque secondes de silence, il lâcha :

- Co... Kulak, je m'appelle Kulak.

Il avait failli donner son vrai prénom, son prénom d'avant la gouvernance suderonne. Mais elle se souciait sans doute peu de ces choses-là, et n'avait dû y voir qu'un petit bégaiement nerveux, si tant est qu'elle l'eut même remarqué. Kulak avança de quelques pas, passant à côté de Haur en direction des barreaux de la geôle. Il regarda à l'intérieur, mais ne vit rien. Rien de dangereux, tout au moins, rien qui eut pu lui sauter dessus et lui gober les yeux. Il y avait des chaînes et des bracelets de fer assez semblables à ceux qu'on trouve généralement dans les prisons, quoique d'aspect plus ancien et plus artisanal. Il y avait une espèce d'auge, mais elle était vide et renversée. Il y avait des tâches noires sur le sol graillonneux, et ça et là ce qui ressemblait à des excréments secs... et puis aussi un bâton. C'est tout ce qu'il pouvait discerner à la lumière qui lui parvenait du rez-de-chaussée par la porte de communication qu'il avait laissée ouverte. Il fit un quart de tour sur lui-même, et vit qu'il avait devant les yeux une vieille commode à tiroirs qui aurait davantage eu sa place dans une chambre que dans une cave. Le propriétaire ne semblait pas avoir un sens de l'esthétique mirobolant...

Qui cherchez-vous au juste ?

La question pouvait être toute innocente, ou ne l'être point. Mais, à lui qui se questionnait depuis des jours sur l'identité de celui qu'il poursuivait, il lui sembla que c'était le malin démon de l'ironie qui parlait par la bouche de cette jeune personne et qui se moquait de lui. Mais il n'y avait plus de doute désormais, la Bête avait été tenue prisonnière ici même, dans ce sous-sol où il avait trouvé la demoiselle Aur'va. Il ne savait plus s'il devait écouter son cœur ou sa raison, s'il devait éprouver pour elle compassion ou dégoût ; il essayait de se convaincre de la non-culpabilité de cette fille, et espérait de tout son être qu'elle ne fût pas impliquée dans toutes ces horreurs. La perspective contraire était trop terrible à admettre, et il préférait largement faire choux blanc, quitte à devoir trouver une nouvelle piste à partir de rien, plutôt d'entendre ce petit bout de femme lui révéler qu'elle était la gardienne de la bête de l'apocalypse ! Parfois, ce qui se passe dans l'esprit d'un homme défit toute logique et tout intérêt...

Il finit par répondre, car il devait bien le faire pour espérer en savoir plus.

- Vous me demandez qui je recherche ? Pas plus tard qu'il y a cinq minutes je recherchais un cruel inconnu dont je ne savais rien, et la maison d'un vieillard dont on m'a dit que les nuits étaient agitées. Mais maintenant, je sais qu'il s'agit de la même personne, que l'inconnu ne l'est plus tout à fait, et que c'est le vieillard qui est cruel.

Kulak porta lentement son regard sur les barreaux, comme s'il voulait que Haur fasse de même. Comme s'il voulait lui faire comprendre, par ce seul geste, de quoi il tirait ses conclusions.

- Le mystère s'éclaire peu à peu. Mais vous, vous restez dans l'ombre. Pas dans l'ombre de cette cave, mais dans une zone d'ombre bien plus opaque. Qui êtes-vous dans tout cela, Haur Aur'va ?

Encore une fois, il regretta presque sa dernière phrase, qui ne laissait guère de place au doute, et sonnait comme quelque chose de définitif. Presque malgré lui, il se sentit obligé de lui offrir une formulation moins accusatrice.

- Pourquoi vous ai-je trouvé dans cette cave ?


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Ryad Assad
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyDim 22 Mai 2016 - 1:20
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Haur faisait de son mieux pour ne pas s'effondrer, parce qu'elle en avait reçu l'ordre, mais au fond d'elle-même elle était tout bonnement terrifiée. Elle savait que l'homme qu'elle avait en face d'elle pouvait la tuer sur-le-champ s'il le souhaitait, et elle qui n'avait jamais pu supporter la violence ne pouvait décemment se sentir à l'aise dans cette situation. Depuis son départ de chez elle, elle avait affronté maints dangers, et elle avait cru plus d'une fois que sa dernière heure était arrivée. Pourtant, elle n'en était pas devenue plus tolérante vis-à-vis des armes pour autant. Leur vision lui glaçait toujours autant le sang, si ce n'était davantage encore. Elle n'avait jamais été brave, et devant la menace que son interlocuteur représentait, devant la menace argentée qu'il tenait entre ses mains, elle ne pouvait rien faire sinon obtempérer, obéir, et prier qu'il ne l'éliminât pas sans la moindre pitié. Elle essaya de lui demander son nom, avoir l'espoir vain que celui-ci accepterait enfin de la laisser en paix quand il comprendrait qu'elle ne représentait pas une menace. Cependant, sa réponse sèche et froide la frappa en plein visage comme une gifle. Elle sentit son visage se crisper légèrement, alors qu'elle retenait un sanglot qui aurait été malvenu en la circonstance.

Ses yeux s'embuèrent en un instant, et elle regarda le guerrier avec un air désespéré. Elle était convaincue désormais qu'il allait la tuer. Avec de la chance, il le ferait rapidement. Elle pouvait déjà se féliciter de savoir qu'elle ne serait pas offerte en sacrifice à Melkor lors d'une des sombres cérémonies que l'on pratiquait dans sa ville natale, mais cela ne rendrait pas sa fin différente. Le chemin pour y arriver serait seulement un peu plus court. Cependant, à sa plus grande surprise, l'homme changea d'avis et se décida finalement à lui donner son nom. Il avait baissé son arme, et également fait tomber le mur qu'il s'était évertué à ériger entre lui et elle. Haur n'en comprenait pas la raison, mais elle s'accrocha de manière déraisonnable à ce signe d'espoir.

- Kulak, répéta-t-elle en hochant la tête.

C'était un nom Haradrim, sans surprise, et cette information glissa sur elle comme l'eau sur les nervures d'une feuille. A dire vrai, bien des choses échappaient à Haur, qui aurait pu faire un bien meilleur usage de ce qu'elle venait d'apprendre. Kulak, puisque c'était son nom, paraissait ne pas être d'humeur à lui faire du mal et encore moins à l'effrayer. Si elle avait été un peu retorse, un peu roublarde, elle se serait servi de cette information pour le manipuler légèrement, le pousser dans une direction où il ne pourrait pas lui faire du mal, puis le trahir habilement avant qu'il eût été en mesure de comprendre. Toutefois, Haur n'était pas ce genre de personne, et il n'était pas exagéré de dire qu'elle n'avait pas une once de méchanceté en elle. Elle aurait été bien incapable de planifier à si long terme, et elle était tout simplement heureuse d'être en vie au point de ne pas réaliser qu'elle pouvait en tirer profit.

Constatant que l'homme semblait relativement apaisé, elle avait cru possible de l'interroger sur la nature de ses recherches sans que cela le dérangeât outre mesure. Après tout, il était à la recherche d'un vieil homme sans défense, il interrogeait une jeune femme sans défense… Qu'avait-il à craindre ? Cependant qu'il reporta son regard vers elle, elle n'y lut pas une confiance débordante : il avait l'air de se méfier d'elle, et ses paroles ne firent que confirmer l'impression désagréable qu'elle avait. Il la suspectait de quelque chose, et de toute évidence il ne paraissait pas prêt à déposer les armes en sa présence. En réponse, elle décida de garder les mains en l'air, même si elle commençait à avoir les bras qui fatiguaient.

Elle suivit néanmoins la direction de son regard qui se portait vers les barreaux, sans vraiment comprendre ce qu'il espérait qu'elle en tirât comme conclusion. Devait-elle répondre ? Elle n'en avait aucune idée, mais elle ne calculait pas vraiment. Il lui paraissait pour l'heure que se montrer honnête avec Kulak ne pouvait être qu'une bonne chose :

- Il est tout sauf cruel, messire. Voudrait-il faire du mal à son prochain qu'il en serait bien incapable. Je vous en donne ma parole.

Sa sincérité était stupéfiante, et il était curieux de constater qu'elle pouvait admettre sans la moindre difficulté connaître la personne que ce Kulak recherchait. N'importe qui de sensé aurait gardé cette information pour lui, car si c'était un assassin dont il s'agissait, il risquait fort de faire d'elle sa prochaine victime sitôt qu'il aurait localisé le vieillard et qu'il aurait mis fin à sa vie. Mais Haur était bien loin de ces considérations. Elle voulait simplement qu'il l'autorisât à baisser les bras, par Melkor. Elle regardait toujours les barreaux, quand il revint à elle doucement. Alors, elle croisa son regard, et y lut une sincère perplexité qu'elle ne s'expliquait pas. Elle n'avait rien fait de mal, sinon aider un vieil homme un peu étrange à accomplir le rêve de sa vie. Rien de répréhensible, assurément.

- Je ne suis personne, messire. Simplement Haur. Mon travail consiste à… eh bien… mettre de l'ordre.

Les mains levées elle désigna de l'index la pièce qui était, il fallait bien l'avouer, dans un état chaotique. Nulle personne saine d'esprit ne se serait lancé dans cette entreprise titanesque, et il n'était pas difficile de soupçonner la jeune femme de cacher quelque chose. Dans une ville où tant de gens mentaient sur qui ils étaient, ce qu'ils faisaient ou comment ils s'appelaient, comment réagir en face de l'expression d'ingénuité la plus pure ? Il n'y avait rien de plus déstabilisant pour un individu que de se voir confronté à son exact opposé. Un monde séparait Haur de Kulak, mais de toute évidence elle était la seule à ne pas s'en rendre compte.

- Quant à ma présence dans cette cave, je… Oh attendez…

Elle venait de voir un objet froid et lourd fracassé violemment au fond d'une étagère, laquelle se trouvait immédiatement derrière Kulak. Elle se pencha légèrement pour l'observer, mais il ne l'imita pas en se retournant. Craignait-il ce piège vieux comme le monde ? Elle était à des lieues de penser à cela, car ce qu'elle venait de découvrir lui donnait une information cruciale et tout à fait surprenante. Un cadenas. L'objet avait dû valdinguer dans la confrontation qui avait suivi sa libération. Cependant, ce qu'elle pouvait constater de là où elle se trouvait, c'était que le cadenas n'était pas brisé. Il avait simplement été projeté là après que la cage eût été ouverte. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, d'une surprise non feinte :

- Mais… Pourquoi le libérer ?

Sa question resta suspendue dans l'air comme une mouche piégée au bout d'un fil arachnéen. Kulak,  au centre, avait senti la vibration, et il remonterait bientôt jusqu'au frêle petit insecte dans sa toile piégé. Une jeune femme du Rhûn aux grands yeux écarquillés.


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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMar 31 Mai 2016 - 19:42
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Kulak aurait volontiers éclaté de rire si l'atmosphère n'avait pas été aussi lourde. Vraiment, l'étourderie de cette jeune femme frôlait l'invraisemblable, elle laissait échapper révélation sur révélation si bien que les quelques minutes qui venaient de s'écouler avaient été bien plus bénéfiques pour l'enquête que tous les jour précédents réunis. C'en était même troublant, on aurait dit que cette Haur se considérait réellement blanche comme neige dans toute cette histoire, au point d'avouer des choses que Kulak lui-même aurait nié avec la plus grande fermeté s'il avait été à sa place, et de faire des gaffes qu'il n'aurait sans doute jamais commis, même avec la panique. L'espace d'un instant, un doute infime effleura son esprit malgré les signes infaillibles. La pensée fut fugace : et si cette maison n'avait rien à voir avec ce qu'il cherchait... et s'il y avait là un incroyable concours de circonstance... et si Haur était la compagne, si jeune fût-elle, du propriétaire... et s'ils s'étaient simplement disputés, mais disputés avec tant de violence que meubles et objets s'en étaient retrouvés sens dessus-dessous... et si le mari avait quitté la maison, laissant sa comcubine seule avec sa colère et son chagrin... et si ce qui avait quitté la cage était simplement... non, c'était totalement absurde. Le flot de pensées rocambolesque se tarit. Ce ne pouvaient pas être des coïncidences. Il pouvait y avoir plusieurs explications. La première, que la jeune rhûnadaneth* était la plus grande comédienne qu'il lui eut été donné de voir. Le seconde, qu'elle ait pu participer ou être au courant de ces méfaits sans se rendre compte de la gravité de ses actes, en étant par exemple bernée par le vieillard. La troisième, que ni elle ni le vieillard n'ait eu de mauvaises intentions, mais qu'ils aient simplement perdu le contrôle de la situation. Mais Kulak ne voyait pas pourquoi on pouvait élever une bête de cette sorte, sinon dans l'intention de déchaîner son potentiel de destruction.

Devant le tourbillon de questionnements et d'hypothèses qui sévissait sous son crâne, l'enquêteur tâcha de retrouver un raisonnement rationnel et méthodique, comme pour signifier à son interlocutrice qu'il ne perdait pas les pédales et qu'il était vain de tenter de le berner.

- Bien, récapitulons si vous le voulez bien... Vous connaissez le propriétaire de cette maison, vous travaillez ou plutôt avez travaillé pour lui, votre travail consistait à... mettre de l'ordre, et quelqu'un ou quelque chose a été... libéré de ce lieu.

Les saccades dans son discours, qui mettaient volontairement en exergue les éléments que Haur lui avait donné comme s'il les citait entre guillemets, devaient être singulièrement agaçantes pour la jeune femme, il n'en doutait pas. Son but n'était pas du tout de jouer avec elle, il voulait simplement appuyer sur le fait qu'il n'inventait rien, que tout ce qu'il disait provenait de ce qu'elle lui avait avoué – volontairement ou fortuitement – et qu'elle ne pouvait plus revenir en arrière. Ainsi, prise dans le piège de la froide logique, elle ne pourrait s'en sortir qu'en avançant encore dans ce tunnel qui se rétrécissait et qui ne devait, qui ne pouvait déboucher que sur des révélations toujours plus précises et un éclaircissement complet de cette histoire – à moins qu'elle ne trouvât quelque échappatoire miraculeuse.

- De toute évidence vous avez du pain sur la planche dans votre travail de remise en ordre – d'un geste ample de son bras libre, il engloba tout l'espace de la cave et l'étage au-dessus de sa tête. Ce fouillis-là ne se répare pas avec une pelle et une balayette. J'imagine que votre maître, ou votre patron ou n'importe quel titre qu'il faille lui donner – appelons-le Idj Jlaphân pendant qu'on y est, ça sera plus commode, non ? – ne vous fera pas que des compliments quand il reviendra... s'il revient bien entendu...

Oh et puis zut, à quoi bon tourner autour du pot et jouer dans l'ironie toute la journée ? Après quelques secondes où chacun des deux dévisagea l'autre, Kulak porta l'estocade :

- Je sais de source sûre que monsieur Jlaphân est un de ces satanés idéalistes pro-gondoriens. Hier, un milicien du régime, porté disparu depuis plusieurs jours, est réapparu à la porte du palais en affirmant avoir été kidnappé, séquestré, et torturé par un vieil homme à barbe blanche. Pour de telles telles atrocités, le régime applique la loi du talion. En voyant cette cave, je n'ai plus aucun doute, derrière ces barreaux se trouvait notre fameux milicien, n'ai-je pas raison ? La seule chose qui me dépasse, c'est justement... pourquoi l'avoir libéré ?

Effrayée par ce soit-disant crime encore plus compromettant que le crime réel, la jeune Haur Aur'va s'empresserait de se rabattre sur l'histoire véritable, et il saurait tout ce qu'il y avait à savoir. Certains appelaient ça prêcher le faux pour savoir le vrai. Un personnage historique dont Kulak avait oublié le nom avait dit un jour, « je n'attraperais pas même un orc avec un mensonge ». Pour avoir son orc, l'ancien militaire était prêt à s'accorder un ou deux bobards. Ce n'était pas dans sa nature, et il ne le faisait pas de gaieté de cœur, car cette jeune fille avait l'air sincère dans ses premières réponses. Il mettait simplement toutes les chances de son côté.

Et pour ajouter à la mise en scène, il ne l'invita nullement à abaisser les bras.



*adaneth signifie femme mortelle en sindarin, le féminin d'adan donc.


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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMar 14 Juin 2016 - 0:43
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Un hochement de tête.

C'était une confirmation, une affirmation de sa culpabilité que le Harondorim était en train de construire pièce par pièce. Il ressemblait à un de ces mosaïstes pensif, les mains occupées à assembler de petits carrés panachés. Pris séparément, ces cubes ne représentaient rien, mais sitôt que l'on prenait du recul sur l'œuvre, ils se transformaient en une fresque dont le réalisme était saisissant. Kulak s'appliquait à agencer les éléments avec une logique implacable, et Haur commençait à voir se dessiner devant ses yeux écarquillés la démonstration de son implication dans une affaire dont elle n'avait pas même connaissance. Elle, impliquée dans un enlèvement ? Non, c'était tout bonnement impossible !

- Impossible… Répéta-t-elle à voix haute, cette fois. C'est impossible…

Son regard se détourna rapidement, allant fixer un coin vide de la pièce vandalisée par le passage de la chose. Elle ne comprenait pas. Elle ne pouvait pas accepter. Idj Jlaphân n'était pas un homme d'une grande bonté, mais elle ne l'imaginait pas capable d'enlever quelqu'un, et de le retenir ici. Et puis… si un milicien s'était trouvé dans cette cage, elle l'aurait su. Kulak faisait-il référence à quelque chose de plus ancien ? Un crime dont le vieil homme aurait pu être accusé plusieurs années auparavant ? Non, il avait dit « hier ». Hier, la veille d'aujourd'hui. Non, c'était bien une autre affaire, un nouvel élément qui venait s'ajouter à la chape de mystère et de secret qui enveloppait son employeur.

Les mains toujours levées, Haur revint à son interlocuteur avec les yeux brillants d'émotion. Elle n'avait pas fui son foyer pour commettre des crimes, et être impliquée dans ce genre d'affaires. Non, elle avait toujours respecté la loi, et la seule fois où elle n'avait pas voulu obtempérer à des ordres officiels, c'était parce qu'elle entendait échapper à une mort certaine. Kulak ne pouvait pas… ne devait pas croire qu'elle était ce genre d'individu. Implorante, elle se prit la tête dans les mains et supplia :

- Je vous en prie, je n'ai rien à voir avec l'affaire dont vous m'entretenez… De grâce, ne m'incarcérez pas pour ceci !

Elle ne savait pas comment convaincre son interlocuteur qu'elle était innocente. Après tout, il n'avait aucune raison de la croire sur parole, et dans le climat de défiance qui régnait au Harondor, à Dur'Zork plus spécifiquement, il n'était pas concevable qu'il la considérât comme une sainte. Au contraire il devait la regarder avec suspicion, et elle ne pouvait rien dire ou faire qui le ferait changer d'avis.

C'était tellement injuste !

Les épaules de la jeune femme s'affaissèrent. Elle avait traversé tant d'épreuves pour en arriver là, elle avait échappé à tellement de dangers, par chance et par hasard. Elle avait marché des jours, des semaines entières, et finalement avait réussi à rallier une ville où, lui avait-on dit, personne ne viendrait lui chercher querelle. Et puis la guerre avait frappé, et puis les envahisseurs du Sud étaient arrivés, et puis on l'accusait d'enlèvement et pourquoi pas de meurtre. Pourquoi ? Pourquoi le sort s'acharnait-il ainsi sur elle ?

Était-elle condamnée à une vie de fuite et de misère ?

Une larme solitaire coula involontairement le long de sa joue, perle brillante accrochant les rayons du soleil qui s'engouffraient péniblement dans la pièce, à travers les tissus qui servaient de volets. Elle la chassa d'un revers de main, mais une seconde vint prendre sa place, puis une troisième. Bientôt, ce fut un flot de larmes qui se mirent à dévaler les douces collines de ces joues charmantes, avant d'aller mourir aux sources de ses lèvres charnues. Elle détourna les yeux, et tenta vainement d'endiguer le flot de ces vagues salines qui s'amoncelaient derrière son regard vif. La vision d'une femme en larmes n'était guère de celles qu'un cœur noble pouvait supporter, mais lorsque de profonds sanglots se mirent à secouer Haur, elle se transforma en une petite chose qu'il était difficile de ne pas vouloir protéger.

- Pardon… Pardon…

Elle ne cessait de s'excuser, comme si ses larmes étaient une charge à rajouter à celles – nombreuses – qui pesaient déjà sur elle. Elle était toutefois incapable de retrouver une dignité, et alors qu'elle essayait péniblement de garder les mains en l'air pour ne pas contrevenir aux directives de celui qui la menaçait, elle avait l'air vraiment pathétique. De quoi inspirer la pitié ? Sans doute. De quoi faire tomber la vigilance du guerrier ? Peut-être pas.

- Je vous jure, je n'ai jamais vu de… de… de milicien ici…

Les sanglots rendaient son élocution hachée, et elle renifla bruyamment alors qu'elle désignait la cave et la cage brisée qui s'y trouvait toujours. Elle ignorait ce qu'il était advenu de ce fameux milicien disparu, mais elle n'avait rien à voir dans cette histoire. Si seulement elle avait eu un moyen de le prouver.

- Nous n'avons jamais retenu quiconque ici… C'était… Il disait que c'était…

Elle étouffa un sanglot, mais Kulak paraissait disposé à écouter son plaidoyer, alors elle devait de continuer pour éviter qu'il n'abattît l'épée de la justice sur son cou fragile. Chez elle, elle aurait pu demander un traitement spécial, elle aurait pu demander à être jugée parmi ses pairs. Ici, en revanche, elle n'était personne, et elle pouvait être exécutée par ce représentant de la justice du gouverneur. Courageusement, elle poursuivit :

- Il disait que c'était un… un animal. Il ne lui faisait pas de mal…

Son regard plongea dans celui du guerrier, qui semblait en attendre davantage. Elle perçut son impatience, qu'elle ne sut interpréter pour autant. Était-il impatient car il avait envie de savoir ce qu'elle avait à dire sur le sujet, ou parce qu'elle l'ennuyait et qu'il attendait d'elle une information spécifique ? Terrifiée par l'arme qu'il portait toujours, elle confessa tout en ne prenant pas la peine d'essuyer ses larmes :

- Personne n'a été emprisonné ici avec l'Uruk, je vous le jure…


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Hadhod
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMar 21 Juin 2016 - 22:41
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Le visage de Kulak se radoucit brusquement, les marques de la sévérité disparaissant comme un glaçon qu'on aurait déposé soudainement sur une pierre brûlante en plein désert, et laissant place à une expression qui mêlait pitié et compassion. Il voyait bien que cette jeune personne avait probablement été mêlée à toute cette histoire contre son gré, ou tout au moins qu'elle n'eut pas réalisé les conséquences de ses actes. Elle n'avait pas, elle ne pouvait pas avoir contribué en toute connaissance de cause aux atrocités qui s'étaient produites : c'était plus qu'improbable, c'était impensable, impossible ! Non, pas ce visage ruisselant de larmes, dont la tristesse était comme un coup de poignard dans son cœur et faisait presque poindre une once de remords chez l'enquêteur, d'avoir été aussi dur, de l'avoir piégé pour arriver à son but. Mais il faisait son devoir, tout simplement.

- Vous pouvez baisser les bras, mademoiselle.

Son aveu au sujet de l'orc était le signe qu'il n'avait plus à se faire craindre pour obtenir d'autres informations. À vrai dire, il espérait maintenant qu'elle coopère de son plein gré et le voie comme une sorte de confident qui pourrait l'aider à se sortir de cette mauvaise passe, et non comme un ennemi implacable qui n'aurait pour tout but que de la juger. Peut-être même serait-il judicieux de l'amener à collaborer avec lui au-delà de la limite de ces murs, mais ce n'était pas chose gagnée : la jeune femme resterait sans doute sur sa première impression et ne parviendrait à voir en lui que le pénible intrus qui lui cherche des noises. Il allait devoir établir une improbable relation de confiance, ou en tout cas de moindre méfiance.

Par où commencer ? Il eut quelques secondes d'hésitation, pendant lesquelles il se demanda s'il devait révéler à Haur qu'il venait de lui mentir, de la piéger. Ce pouvait être quitte ou double : soit la rhûnienne se sentirait totalement trompée par ce guet-apens sournois, soit elle serait touchée par cet aveu courageux et ce soudain regain d'honnêteté. Risqué donc... mais il sentait que c'était la meilleure attitude à adopter, et peut-être le seul moyen d'arriver à mettre la main sur le vieillard.

Il remisa sa lame dans son fourreau et se voûta légèrement pour que leurs visages soient à la même hauteur, dans une attitude qu'il voulait apaisante. Il voulait à tout prix annihiler l'ascendant que lui conférait sa taille, qui le desservait maintenant qu'il essayait de rassurer sa vis-à-vis.

- Ne pleurez plus, Haur, je vous en prie. Vous avez bien fait de me dire finalement la vérité au sujet de cette créature, ou au moins de ne plus nier sa présence ici à un moment donné. Avouer ça, était la meilleure chose à faire croyez-moi, pour vous comme pour moi. Rassurez-vous, je sais qu'il n'y a jamais eu de milicien emprisonné ici, mais si je n'avais pas usé de cette petite ruse je ne pense pas que... enfin bref, pardonnez-moi.

Il se demanda de façon fugace ce qu'elle devait penser de lui après ça. Elle ne devait probablement plus savoir sur quel pied danser, ni quelle était la vraie personnalité de son interlocuteur, lui qui passait du coq à l'âne dans sa façon d'être...

- Ce qu'il faut bien que vous compreniez, même si ça doit être très difficile je le devines, c'est que je ne vous veux aucun mal. Je comprends d'après vos sanglots que vous n'êtes pas une mauvaise personne, et que vous vous retrouvez dans cette situation délicate par un mauvais concours de circonstances. Ou bien je ne suis qu'un sot. Je ne cherche qu'à servir ma ville et à épargner la vie d'innocents... Je pense que vous avez vous aussi entendu parler de ce qui se passe dans notre cité depuis quelques temps : les pauvres gens qu'on a retrouvés gisants, ils ne portaient pas des blessures infligées par un meurtrier classique. Je préfère ne pas entrer dans des détails trop horribles, mais disons simplement que l'état dans lequel on a retrouvé les corps ne laisse pas de doute sur l'auteur de ces massacres. C'est l'orc... l'uruk dont vous venez de me parler, qui les a commis.

Laissant sa phrase en suspens quelques secondes, il préféra toutefois poursuivre plutôt que de laisser planer indéfiniment des mots qui pouvaient revêtir, bien involontairement, une allure culpabilisante.

- Vous le comprenez, Haur, il est indispensable que je retrouve cette bête pour stopper ses ravages. Que je la retrouve, et surtout que je sois en mesure de la mettre hors d'état de nuire. Et pour cela, j'ai besoin d'une personne qui ait une chance d'avoir un certain contrôle sur elle. Je dis un certain contrôle, car de toute évidence le contrôle véritable a été perdu, je le vois bien, tout ce bric-à-brac sens dessus-dessous en est la preuve. Oui, je dois trouver monsieur Jlaphân, pour qu'il m'aide à appréhender sa bête. C'est le seul moyen ! Mais je n'ai pas la moindre idée d'où il pourrait être. Vous le connaissez bien, Haur, si j'en crois vos paroles. Vous connaissez probablement ses habitudes et sa façon de penser et d'agir... J'ai besoin de votre aide.


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Ryad Assad

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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMar 12 Juil 2016 - 16:10
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Les yeux de Haur s'agrandirent de surprise en voyant que l'homme paraissait avoir subitement changé d'attitude. Comme le vent qui souffle sur les vastes plaines du lointain pays de Rhûn, tourbillonnant et variant sa course au gré de ses envies, il avait basculé de la posture rigide et intraitable à une forme de douceur maladroite qui était peut-être encore plus déstabilisante. La jeune femme ne put s'empêcher de reculer quand elle le vit se pencher vers elle, heurtant involontairement le bureau devant lequel elle se trouvait. Des documents qu'elle venait de ranger soigneusement se renversèrent dans le plus grand désordre… venant ajouter du chaos au chaos, de la pagaille à la pagaille. Encore choquée, effrayée et inquiète, elle n'y prêta même pas attention, concentrée sur cet homme qui venait de rengainer son arme. Il avait beau avoir les mains vides, désormais, il n'en demeurait pas moins beaucoup plus fort que la jeune femme. Même ainsi, il demeurait capable de la maîtriser en deux temps trois mouvements, de l'enserrer dans la prise puissante de ses mains calleuses comme on enferme la patte d'un agneau dans un piège à ours. Aïe.

Elle baissa tout de même les bras, glanant du réconfort comme elle pouvait dans cette situation bien étrange. L'homme lui accordait un droit, et elle s'en saisissait avidement, de crainte que ce ne fût le dernier qu'il consentirait à lui offrir, ou qu'il changeât d'avis en voyant qu'elle ne se jetait pas sur les privilèges qu'il lui concédait. Pourtant Haur, même avec ses capacités de déduction du comportement humain très limitées, parvint à noter que Kulak n'était pas particulièrement concentré sur elle. Il avait l'air de réfléchir intensément, bien qu'il ne la lâchât pas du regard un seul instant. Elle était le centre de son attention, mais pas de ses préoccupations, et cette distinction ne pouvait qu'étonner la jeune femme. Elle se pensait déjà condamnée, mais de toute évidence son bourreau devait intellectualiser le moment de sa mise à mort, à moins qu'il réfléchît à un moyen original de se débarrasser d'elle.

Mais ce ne furent pas des menaces ou des paroles méchantes qui sortirent de la bouche de l'enquêteur. Non. Il lui confessa qu'il avait inventé cette histoire de milicien enlevé pour la faire parler, pour la pousser à révéler ce qu'elle savait. Il n'y avait jamais eu de présomption de culpabilité sur elle, et il avait abusé de sa naïveté pour l'amener précisément là où il le désirait. Elle n'en revenait pas. Haur était d'une crédulité rare, ce qui n'enlevait rien à son intelligence par ailleurs, mais qui la pigmentait de couleurs détonantes. Elle était capable d'apprendre rapidement, et de s'adapter aux situations les plus extrêmes dans son domaine d'expertise, mais elle était aussi capable de se faire mener par le bout du nez par le premier inconnu venu. A l'instar d'un enfant génial, elle affichait deux visages parfaitement opposés selon les situations, et présentement elle offrait au militaire un aperçu de son ineffable candeur. Les lueurs du jour coupées par les délicates arabesques des fenêtres typiques du Harad striaient son visage juvénile et rehaussaient l'expression de profonde stupéfaction que l'on lisait dans ses yeux écarquillés. Les larmes se tarirent, et une question davantage qu'un reproche quitta ses lèvres :

- Vous m'avez… menti ?

Kulak l'interpréterait comme il le voudrait. Sans doute très différemment de ce que la jeune femme avait eu l'intention de lui communiquer. Elle était simplement abasourdie de voir que cet homme en position de pouvoir, armé et dangereux, avait dû user d'un tel subterfuge pour arriver à ses fins quand il aurait pu simplement lui poser la question. Elle lui aurait répondu bien volontiers, et ils n'auraient pas eu à en arriver à de telles extrémités. Hélas, la confiance ne régnait plus dans les terres du Sud, et chacun percevait l'autre à l'aulne de ce qu'il était lui-même capable d'accomplir pour survivre. Mentir, tromper, truquer… Voilà quels étaient les armes du commun désormais. A l'inverse, l'honnêteté et la confiance étaient des valeurs qui se délitaient, qui tombaient dans l'oubli dans ces régions marquées par la guerre, la violence et la mort. Haur, de par son éducation, ne pouvait pas se conformer à la culture locale. Elle était incapable de se montrer spontanément méfiante vis-à-vis d'une personne qui représentait l'autorité, elle ne pouvait mentir à un homme qui venait l'interroger pour résoudre un crime. N'était-il pas du devoir de chacun de contribuer à faire de leur royaume un endroit meilleur, plus vivable ?

De toute évidence – et cela ne faisait qu'ajouter au paradoxe de cette situation inédite – la seule autre personne qui pensait ainsi dans cette cité se trouvait en face d'elle en ce moment. Kulak, malgré ses mensonges et le fait qu'il l'eût manipulée, était vraisemblablement animé par de nobles intentions. Du moins, c'était ce qu'il voulait lui faire croire, et comme le chat échaudé craint l'eau froide, la jeune femme du Rhûn se demanda s'il n'essayait pas de l'amadouer tout à coup pour lui arracher sournoisement une information qu'elle n'avait par ailleurs probablement pas. Elle le regarda droit dans les yeux, séchant ses joues avec sa paume, avant de répondre en essayant de dominer sa voix :

- Vous m'avez déjà menti, monsieur Kulak… J'ignore même si vous vous appelez bien ainsi, à la vérité… Vous m'avez déjà menti, disais-je donc, et qui me dit que vous n'êtes point présentement en train de me mentir à nouveau pour servir les plans qui sont les vôtres ?

Sa voix n'était pas accusatrice le moins du monde, étonnamment. Elle se contentait de mentionner des faits et des questions qui lui traversaient l'esprit sans les jeter violemment au visage de son interlocuteur. Et son interrogation finale, conclue en adressant un regard désespéré au guerrier, était davantage la marque de sa détresse que celle d'une quelconque colère qui paraissait être étrangère à sa personnalité. Elle semblait de tout cœur vouloir lui faire confiance, mais elle n'osait plus car il s'était servi de sa candeur pour l'orienter où il le désirait. Sans même avoir besoin de le blâmer, elle faisait retomber la faute sur lui, et peut-être se rendrait-il compte que depuis le début, son approche n'avait pas été correcte. Haur n'était pas une menace. Elle était peut-être même sa meilleure chance de stopper l'uruk qui s'était échappé et qui semait le chaos dans les rues de Dur'Zork. Kulak était loin d'être idiot, et il devait bien se rendre compte qu'il serait plus efficace avec la jeune femme à ses côtés. Cependant, au lieu de lui dissimuler cet état de fait, il le lui confessa sans ambages, ce qui surprit la surprit légèrement. Elle marqua une pause quelques secondes, avant de répondre :

- Alors… Vous ne souhaitez pas arrêter Idj ?

Sa question transpirait la naïveté, car il était certain que pour avoir expérimenté sur une créature pareille et en avoir perdu le contrôle au beau milieu d'une des villes les plus sensibles de la Terre du Milieu, il allait être sérieusement dans les ennuis. Mais par « arrêter », Haur voulait dire « tuer », et elle souhaitait simplement savoir si Kulak allait exécuter le vieil homme sitôt qu'il lui aurait mis la main dessus, ou s'il aurait effectivement besoin de lui pour arrêter le monstre qui sévissait toujours. Elle prit une grande inspiration :

- Si vous me faites la promesse que vous ne lui ferez aucun mal, je veux bien vous dire tout ce que je sais…

C'était un marché qu'il était difficile de refuser en l'état. Des informations potentiellement précieuses, contre un engagement qui n'avait de valeur que celle qu'on pouvait bien lui donner. Kulak accepta, mais Haur fut incapable de déterminer à quel point il tiendrait parole. Elle ne savait comment l'appréhender, et elle avait peur de lui faire confiance entièrement, de peur que la trahison ne fût cette fois totale et fatale. Une fois qu'elle eût obtînt sa parole, Haur se livra entièrement, confessant ce qu'elle savait avec une étonnante simplicité :

- Les Uruk sont des créatures étranges, monsieur Kulak… Votre peuple a appris à les dominer par la force, et ils craignent l'autorité de celui qui porte le bâton qui les opprime. Cependant, Idj n'était guère convaincu que cela fût là le destin que devait connaître cette race. Il ne m'a certes pas tout appris, et je ne comprends que trop peu le suderon, votre langue, pour être capable de lire ses papiers… cependant, un soir qu'il travaillait particulièrement tardivement, il me confia qu'il était à la recherche d'une cure. J'ignore à quoi il faisait explicitement référence, mais il m'apparaît que ces derniers temps, il avait fait des progrès importants que je pouvais mesurer à son degré d'excitation. Il a sans doute été trop distrait pour fermer la cage convenablement, car il était peut-être très intelligent, mais par bien des aspects il m'apparaissait comme un enfant dont la curiosité était insatiable.

Elle marqua une pause. Idj n'était certainement pas un homme dont on pouvait dire qu'il était sympathique, non. Pourtant, Haur paraissait avoir pour lui une forme de tendresse, une affection presque filiale vis-à-vis de ce personnage curieux qu'elle avait eu l'occasion de côtoyer des mois durant. Même son désir de le protéger de Kulak était une preuve de loyauté que, de l'avis général de ceux qui connaissaient le vieillard, il ne méritait certainement pas de la part d'une jeune femme aussi gentille. Mais précisément parce qu'elle était gentille, elle n'abandonnerait pas le bourru scientifique à son sort.

- Je veux vraiment vous aider à retrouver Idj, surtout s'il peut lui-même arrêter l'Uruk qui s'est échappé. Trop de gens ont déjà été emportés par sa fureur… Mais je veux venir avec vous. Je…

Elle n'osa pas le formuler à haute voix. Elle n'osa pas dire à Kulak qu'elle doutait qu'il tiendrait parole, et qu'elle voulait être là pour s'assurer qu'il ne ferait pas de mal au vieil homme. Les gens d'armes pouvaient facilement oublier leurs serments, et dans ce pays qui avait le serpent pour emblème, la trahison était aussi courante que les moustiques autour d'un cadavre puant. Plutôt que de le mettre face à la dure réalité de ce qu'il était, Haur choisit de changer de sujet, d'avancer pour ne pas stagner :

- Idj avait un entrepôt en ville… Une sorte de dépôt dans lequel il préservait de vieilles choses, d'après ce qu'il m'a dit. Je sais où il se trouve, mais je n'y suis jamais entrée, il me l'a toujours défendu. J'ignore s'il s'y cache présentement, j'en doute fort à dire vrai, mais je ne sais guère par où commencer autrement. Si… si vous voulez, je peux vous y conduire.

Kulak avait le choix. Accepter la présence de cette femme qui pouvait aussi bien l'aider que le ralentir, ou bien se débarrasser d'elle d'une manière ou d'une autre pour continuer seul. Elle avait l'air sincère, cependant, et son seul désir était de retrouver le vieil homme avant que quelque chose de dramatique lui arrivât.


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Hadhod
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyDim 24 Juil 2016 - 11:04
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Kulak avait voulu la rassurer en se baissant légèrement pour la regarder dans les yeux, mais au lieu de cela la jeune Haur céda momentanément à une petite crise de panique et recula. Chose qui devait arriver tant le fouillis était grand, elle heurta un meuble qui se trouvait juste derrière elle. On ne pouvait définir au juste s'il s'agissait là d'un bureau ou d'une étagère... en fait, il s'agissait de toute évidence d'un mélange des deux, sans doute commandé sur mesure par le savant excentrique pour aménager son espace de travail selon ses lubies. Une planche horizontale, longue et profonde, tenait lieu d'espace d'écriture. Sous elle, un espace vide laissait la place à une personne assise sur une chaise d'étendre ses jambes, comme n'importe quel bureau, entouré pour deux colonnes de tiroirs superposés. Le grand plateau se prolongeait de façon inhabituelle vers la gauche, supporté et surmonté de divers rayonnages imbriqués les uns dans les autres, certains libres et apparents, d'autres occupés par de nouveaux tiroirs aux dimensions hétéroclites, d'autres encore portant des charnières qui enserraient quelques brisures de verre, vestiges de petites portes transparentes qui gisaient maintenant en morceaux éparpillés à terre. Lorsque le choc imprima un mouvement de bascule au meuble, plusieurs feuillets volants tombèrent de l'un de ces emplacements, tournoyèrent lentement dans l'air poussiéreux et se posèrent par terre avec un bruit à peine perceptible.

Kulak se baissa pour les ramasser et plongea le regard sur ce qu'ils contenaient. L'écriture au crayon à mine semblait précipitée, comme si leur auteur avait voulu écrire tant de choses à la fois que sa mine n'était pas arrivée à former correctement les mots qu'une nouvelle idée et de nouvelles bribes de phrases arrivaient déjà dans le flot intarissable de ses réflexions. Kulak n'était pas graphologue loin de là, mais il percevait nettement l'émotion qui animait l'auteur au moment où il avait laissé courir son crayon sur le papier... c'était de l'excitation. Cela n'arrangeait hélas rien à la compréhension : les mots n'étant que des lignes grises tremblantes, il était assez difficile de les déchiffrer par cette lumière. L'enquêteur parvint toutefois à identifier quelques fragments de phrases, et fut heureux de voir qu'il s'agissait là de la langue suderonne...

... troisième jour ...

... vraie nature ...

... oreilles ont la même forme, ils sont immortels ...

... en acheter un autre pour le disséquer ?? ...

... inversion du marissement ...

... ou le sont-ils devenus ? ...

... c'est impossible, c'est trop compliqué.
Bien sûr que c'est possible ! ...

Les feuilles n'étant pas numérotées, il lui était difficile d'être sûr de l'ordre de lecture. Peut-être n'y en avait-il même pas, d'ailleurs... seule une étude approfondie pourrait le lui dire. Il y avait aussi des schéma gribouillés entre-mis le texte. Kulak se laissa aller à contempler l'un d'eux. Il tenait sur la quasi-totalité de la hauteur d'une des pages. En haut, une silhouette était griffonnée, reliée par une flèche descendante à une autre silhouette un peu plus bas, de la même taille mais légèrement différente, et ainsi de suite jusqu'au bas de la page : quatre ou cinq individus étaient ainsi reliés par des flèches descendantes, le long desquelles Idj semblait avoir écrit de minuscules mots. L'ancien milicien s'aperçut alors que des flèches montantes étaient également présentes, avec un point d'interrogation à côté de chacune d'elles. Il ne comprenait rien à ces charabias textuelles et picturaux, et fourra les feuillets dans une de ses poches sans grand ménagement. Le temps pressait, et pour le moment il souhaitait retrouver un homme et une bête, et non s'instruire de récits d'expériences tordues. Sa seule chance de se mettre sur leur piste ne résidait pas dans ce ramassis de folles idées, mais bien dans la coopération de la jeune femme qui se tenait devant lui, et qu'il devait à tout prix convaincre.

- Vous m'avez... menti ?

Qui aurait pu croire qu'une si courte phrase puisse alarmer à ce point un militaire ? Et pourtant, Kulak crut y déceler de la méfiance et du reproche. La demoiselle Aur'va était sur le point de le catégoriser irrémédiablement comme un méchant individu. Si elle venait à penser cela, il pourrait dire adieu à son aide et à son espoir de mener sa mission à bien. Il devait à tout prix se rattraper, se justifier, et en oublia tout le reste, y compris de regarder dans les autres tiroirs du bureau... Il entendit la rhûnienne parler de nouveau de sa méfiance à son égard, et de la possibilité qu'il lui mente à nouveau.

- Je comprends votre sentiment, Haur, et j'en suis désolé. Je ne peux hélas vous apporter aucune garantie, si ce n'est ma parole que je ne vous mentirai plus. Mais comprenez-le bien, j'ai eu recours à ce mensonge par une urgente nécessité. Qui sait, peut-être que ce mensonge-même pourra finalement nous amener à sauver le vieil homme pour qui vous semblez éprouver de l'affection...

Il préféra ne pas relever l'allusion à la nature de son vrai prénom, qui bien qu'elle soit totalement fortuite n'en était pas moins troublante. Comment faire comprendre à cette jeune étrangère qu'il avait en réalité donné une sonorité méridionale à son ancien nom pour s'intégrer au mieux à la nouvelle société érigée par les occupants de Dur'Zork ? Non, inutile de l'embêter avec ça, il y avait déjà bien trop de choses à quoi penser. Et puis normalement, c'était lui qui était censé l'interroger, pas l'inverse...

- Pour parler franchement, je ne ressens aucune espèce de considération envers monsieur Jlaphân, même après les explications et les justifications que vous me fournissez au sujet de ses sordides expériences. Un uruk reste un uruk, et depuis le temps où les Hommes ont couché des récits sur le papier ou sur l'argile, je n'ai jamais eu vent du moindre acte bienveillant ou même indifférent de la part de ces créatures. Toutes leurs actions sont foncièrement mauvaises et la seule chose qu'ils méritent est la mort en retour de leur cruauté. De tels bêtes ne devraient ni être prises en pitié – Kulak baissa la voix pour finir cette phrase – ni être contrôlées... Je veux bien considérer le fait qu'éventuellement, votre maître n'ait pas eu de mauvaises intentions, mais les massacres perpétrés par son sujet d'étude prouvent au moins sa monumentale erreur de jugement. C'est pourquoi je ne ferai aucun mal à Idj Jlaphân, vous en avez encore une fois ma parole. Mon but est de mettre fin aux atrocités de sa créature, ni plus, ni moins.

La promesse parut satisfaire son interlocutrice, qui ne tarda pas à lui dévoiler l'existence d'une autre propriété du savant fou : un entrepôt dans les bas quartiers de la ville. C'était leur seule piste, aussi Kulak décida aussitôt en son fort intérieur qu'ils s'y rendraient pour y chercher de nouveaux indices, de nouvelles explications... ou mieux. Haur ne pensait pas y trouver son ancien patron, mais l'enquêteur n'était pas si catégorique que cela. Certes, le lien entre ce dépôt et son propriétaire devait être connu par certains habitants de la cité, ce qui en faisait une piètre cachette si le savant avait peur d'être arrêté par le gouvernement. Par contre, le lieu devait certainement être insoupçonné de l'Orc, qui n'avait depuis son arrivée connu que la cave sinistre de la demeure principale du vieillard. La question était la suivante : du régime ou de l'uruk, de qui le pauvre Idj avait-il le plus peur ?

- Oui, le jeu en vaut la chandelle, conclut enfin Kulak. Conduisez-moi à cet entrepôt !

Ils ne devaient pas traîner. La vie ou la mort du savant – et donc le moyen d'arrêter son monstre – pouvait être une question d'heures. Dehors, l'après-midi tirait déjà à sa fin et, selon les dire de Haur, l'entrepôt n'était pas tout près. Ils remontèrent donc les raides escaliers de la cave et traversèrent le rez-de-chaussée du logis en sens inverse. Le bric-à-brac qui s'y trouvait n'avait pas changé de place, mais Kulak fut quelque part soulagé de refaire surface et de quitter le lieu sordide qui avait été le cadre des expérimentations sur l'orc pendant des jours, voire des semaines. C'était comme si la demeure était coupée en deux partie aux atmosphères radicalement opposées : en haut les appartements confortables, esthétiques, décents, et en bas les pièces sombres et humides où l'air même semblait chargé d'une odeur malsaine et sinistre. Tout soudain, il ne put s'empêcher de se demander dans laquelle de ces deux parties le savant obligeait la demoiselle Aur'va à dormir. Cette pensée le fit frissonner mais il n'osa pas lui poser la question. Éprouvait-elle de l'affection pour lui parce qu'il la traitait convenablement, ou bien parce qu'il possédait sur elle une emprise telle qu'elle allait jusqu'à aimer celui qui la maltraitait ? Elle n'avait pas l'air d'être en mauvaise santé, fort heureusement.

Ils sortirent enfin à l'extérieur.

- Si vous possédez la clef de la porte d'entrée, je préférerais que vous fermiez le verrou à double tour...

Ainsi donc la jeune guérisseuse et l'enquêteur partirent d'un bon pas, arpentant les ruelles labyrinthiques de la capitale du Harondor sous les rayons déclinants du soleil qui prenaient une teinte de plus en plus rouge à mesure que les minutes s’égrainaient. L'ex-milicien gardait son épée au fourreau mais ne manquait pas de porter sa main sur le pommeau dès qu'ils arrivaient à un coin de rue un peu sombre. Au fur et à mesure de leur progression, la nature et l'état de la chaussée et des bâtiments se dégradaient : ils étaient partis d'un quartier résidentiel assez huppé, et comptaient arriver dans une portion plutôt pauvre de la ville. Le vieillard avait du culot d'emmener son obligée jusque-là et de la laisser seule au seuil de son dépôt pendant qu'il y entrait : le quartier avait assez mauvaise réputation et une femme laissée seule, fut-ce quelques instants, devenait une proie facile pour les mécréants de tous bords. Kulak se demanda pourquoi un homme aisé possédant une villa là-haut avait choisi d'acquérir un entrepôt ici-bas.

- Peut-être monsieur Jlaphân voulait-il éviter que les curieux fassent le lien entre l'entrepôt et la maison, pensa-t-il tout haut, moitié pour lui-même moitié pour raviver la discussion avec la rhûnienne.

Celle-ci commençait à donner quelques signes de fatigue, lui semblait-il, mais ils n'étaient plus très loin de toute façon. Kulak avait également le souffle un peu court, mais c'était plutôt le résultat de l'excitation de de leur allure rapide : plus ils approchaient de l'endroit en question, plus il sentait son cœur battre fort et rapidement. La jeune femme lui affirma qu'ils ne se trouvaient plus qu'à six ou sept ruelles du fameux dépôt. L'enquêteur aurait volontiers tiré son épée hors du fourreau pour appréhender plus facilement le vieux fou, dans le cas où ce dernier aurait effectivement fait de son dépôt une cachette de fortune ; mais il s'en abstint, se souvenant de la promesse qu'il avait faite à Haur une heure plus tôt. Si Idj n'obtempérait pas et cherchait à s'enfuir, il pourrait alors dévoiler sa lame pour l'impressionner et le faire se tenir tranquille... Mais pas avant d'avoir essayé de le raisonner par les mots.

Le duo tourna à gauche dans une rue assez large, sans doute une des artères principales desservant le quartier. Puis il prirent à droite dans une traboule d'une étroitesse sans pareil, qui montait en pente raide par un escalier effrité jusqu'en haut d'une petite colline couverte de maisons miteuses. De là, ils avaient une vue dégagée sur le reste du quartier qui se trouvait de l'autre côté. Haur pointa son doigt vers un bâtiment à un demi-kilomètre d'eux, en contrebas... un bâtiment au toit plus bas que la moyenne et qui avait la couleur ocre caractéristique du pisé ou de quelque autre matériau à base de terre ou de sable. Soudain, la couleur de ses murs changea, virant à un gris terne. Kulak tourna la tête en direction de l'ouest, puis regarda Haur avec des yeux alarmés.

- Le soleil se couche. Allez, atteignons l'entrepôt ! Allez, vite !

Ils dévalèrent les dernières ruelles à toutes jambes, Kulak en tête. Tout droit. À gauche. Encore à gauche. Quelqu'un grogna à quelques distance devant eux, mais l'homme au turban n'en avait cure : peut lui importait maintenant de croiser des curieux ou des malandrins, tout ce qui comptait était de se mettre à l'abri. Il jeta un regard vers l'arrière pour s'assurer que sa comparse le suivait bien, mais s'aperçut que ce n'était pas le cas. Elle se tenait au milieu de la rue à une dizaine de mètres derrière lui, droite, les poings serrés, le corps tendu à l'extrême... comme tétanisée. De toute évidence, le très léger grognement qu'ils avaient entendus et que Kulak pensait provenir de quelque ivrogne bougon, avait eu un tout autre effet sur la guérisseuse... comme si elle le reconnaissait pour l'avoir entendu par le passé.

- Nom de dieu, jura-t-il en revenant sur ses pas.

Il dégaina son épée aussi silencieusement que le lui permettait sa main tremblante. Comment le démon avait-il pu trouver l'entrepôt, lui qui n'avait connu que la cave de la villa ?`

- À l'odeur, comme un chien, murmura-t-il pour lui-même.

Idj Jlaphân était donc probablement cloîtré dans sa propre remise en cet instant même...


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Ryad Assad
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptySam 13 Aoû 2016 - 15:29
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Haur était terrorisée.

Ce grognement… Ce grognement guttural, annonciateur d'un rugissement furieux, elle ne le connaissait que trop bien. Elle avait eu l'occasion de l'entendre souvent, avant de voir cette masse de muscles et de crocs se jeter férocement contre les barreaux de la cage, essayant de les briser pour s'emparer d'elle. Elle avait appris à faire avec, à faire abstraction des tentatives de moins en moins nombreuses de l'Uruk, et à se détacher de ces yeux jaunes de prédateur qui la regardaient, guettant la moindre erreur de sa part. Si elle s'approchait trop près de la cage, si elle s'attardait une seconde de trop, elle sentait qu'il était sur le qui-vive, prêt à charger et à se saisir d'elle pour se repaître de son sang. Il n'avait besoin que d'une occasion pour cela.

Tout cela, c'était avant qu'il se retrouvât en liberté.

Elle avait perçu le grognement très, très distinctement, signe que l'Uruk ne cherchait pas à se cacher. Il la défiait : il voulait voir la peur dans ses yeux, il voulait sentir l'effroi dans chacun de ses gestes, et s'en délecter avant de fondre sur elle avec la férocité d'un tigre. Haur ne pouvait pas détourner son regard de sa silhouette. Même au regard de ceux de son espèce, il était immense. Elle n'avait jamais vu de troll, mais elle s'imaginait parfaitement qu'ils devaient ressembler à cela. Des bras noueux, des mains pourvues de griffes sales et tranchantes. Son torse puissant se soulevait au rythme de sa respiration extrêmement calme, lequel cachait un cœur et des poumons de chasseur. Il avait été taillé pour la guerre, par la guerre, et sa seule fonction était de délivrer une mort violente et brutale. Il ne connaissait que la traque, le combat et la souffrance. Même le passage dans la cage ne semblait pas avoir émoussé son esprit. Il n'était pas comme ces Uruk que l'on voyait parfois, soumis, allant au combat pour y trouver un exutoire à leur vie misérable. Même dans les pires moments, Haur l'avait toujours trouvé curieusement fier. C'était la raison pour laquelle elle avait cru dans les paroles de Idj. C'était la raison pour laquelle elle l'avait suivi, et qu'elle avait accepté de prendre soin de lui malgré tout. Elle avait vu quelque chose – elle ne savait pas quoi – derrière cette apparence monstrueuse.

Mais alors, il était dans la cage, et elle au dehors.

Désormais qu'elle partageait la même cellule qu'était Dur'Zork, maintenant qu'ils étaient prisonniers des mêmes murs qui constituaient pour elle une prison sans issue, et pour lui un terrain de chasse, elle ne voyait que le désir de sang qui gorgeait ses veines d'une énergie renouvelée. Il avait goûté au sang, il avait assouvi sa soif de vengeance et de carnage. L'heure était venue pour lui de faire payer à ses geôliers son emprisonnement, et à défaut de pouvoir mettre la main sur le vieil homme, il se rabattrait sur la jeune femme dont il avait si souvent croisé le regard. Elle avait penché sur lui des yeux compatissants, pour ne pas dire pleins de pitié. Il la toisait du haut de sa toute-puissance, avec la même considération qu'un chat a pour la souris qui se débat entre ses griffes. Elle n'avait aucune chance de rivaliser avec lui.

Il fit un pas vers elle.

Elle fit deux pas en arrière, et jeta un regard désespéré à Kulak qui approchait en tirant son arme. L'Uruk n'avait pas encore noté sa présence, obnubilé qu'il était par Haur. Sa proie. Le Harondorim aurait très certainement pu essayer de se tapir, de se servir de la jeune femme comme d'un appât pour forcer le monstre à sortir des ombres où il se dissimulait. Il aurait chargé en droite ligne, et un coup d'épée bien placé lui aurait peut-être sectionné un bras, ou une jambe. Agonisant, son sang noir se répandant sur le sol comme une bouillie visqueuse à l'odeur infecte, il n'aurait offert qu'une maigre résistance à la lame qui serait venue le cueillir à la gorge et mettre fin à son existence impie. Les choses auraient pu se passer beaucoup plus simplement :

- Fuyez ! Cria Haur, mettant fin à l'effet de surprise.

La jeune femme ne prit pas la peine de s'attarder, et elle détala comme une flèche en direction de Kulak. Soudainement, sa fatigue avait disparu, et elle avait retrouvé un second souffle pour s'essayer à un sprint de la dernière chance. Hélas, son cri d'alarme avait bien informé l'Uruk de la présence du guerrier, qui sembla considérer que l'affrontement direct n'était pas la meilleure solution. Avait-il vu le monstre à qui il faisait face, lequel le dominait en taille comme en poids ? Avait-il seulement partagé la panique de la jeune femme, sans se préoccuper de notions comme la dignité ou l'honneur ? Haur se fichait des explications, à dire vrai. Tout ce qui lui importait désormais c'était que ce monstre les avait pris en chasse, et qu'elle n'aurait jamais les jambes pour le distancer éternellement. Fort heureusement, l'adrénaline qui la revigorait lui donnait simultanément – et étrangement – une lucidité nouvelle qui lui permettait de se focaliser sur une seule pensée.

De l'eau. Il lui fallait de l'eau.

Dans les légendes qu'on lui racontait sur ces créatures de cauchemar, on disait qu'elles avaient peur de l'eau pour des raisons que nul ne savait expliquer. Les récits étaient nombreux de ces gens qui, pour se protéger des maléfices des Uruk, versaient de l'eau en cercle autour d'eux et énonçaient des prières à Melkor. Les monstres, soit qu'ils étaient incapables de voir l'homme qui se tenait à l'intérieur du cercle, ou qu'ils avaient peur de le franchir, passaient alors leur chemin. Hélas, Haur n'avait pas d'eau sur elle, et elle devait improviser. Elle courait à travers les ruelles les plus sombres de la ville, cherchant désespérément de l'eau. Un regard derrière elle l'informa que Kulak la talonnait – apparemment sans avoir à forcer l'allure. L'épée au poing, il semblait la couvrir tout en criant des choses qu'elle n'entendait pas. Lui demandait-il de s'arrêter, ou au contraire de courir plus vite ? Elle n'avait que sa propre respiration sifflante qui lui vrillait les tympans, et elle n'avait pas le temps de s'arrêter pour faire la conversation. Une ombre jaillie derrière elle la força à redoubler d'efforts, et ses jambes parurent se délier.

Elle n'était guère sportive, et beaucoup auraient ri de sa performance, mais la peur la galvanisait et lui donnait l'impression de voler. Les bâtiments autour d'elle n'étaient que des formes indistinctes aux couleurs floues et aux contours effacés. Son champ de vision s'était restreint de manière spectaculaire, et elle était entièrement absorbée par la route, faisant abstraction de tout le reste. Melkor était avec elle en ce jour, car alors qu'elle sentait que ses jambes commençaient à faiblir malgré leur sursaut, elle accrocha l'entrée d'un des canaux de la ville. Dur'Zork était une cité du Harondor, et les rares qui prospéraient ainsi disposaient toutes de conduites qui permettaient d'acheminer l'eau du fleuve proche jusqu'au cœur de la ville. Cette eau, qui servait autant pour garantir une hygiène optimale que pour alimenter les superbes jardins, et les vergers que l'on voyait pousser ici ou là, était une bénédiction pour les cités du Sud qui savaient qu'une pénurie était une véritable catastrophe. Les entrées des canaux étaient rares, bien gardées par des patrouilles attentives, et protégées par des grilles et des panneaux coulissants qui permettaient d'en barrer l'accès en cas de siège. En l'occurrence, depuis que la ville avait été reprise, l'eau y coulait à flots, et le lavoir qui se trouvait non loin était une indication suffisante pour la jeune femme éperdue.

Elle s'arrêta au bord du canal, et en estima la profondeur à vue de nez. Elle prit une seconde pour observer, avant de se rendre compte qu'elle n'avait aucune idée de la réponse. Kulak s'immobilisa à côté d'elle, et elle lui prit le bras avec appréhension :

- Dans… Dans l'eau ! Là, il ne pourra… pas… nous atteindre !

Elle était essoufflée comme jamais, mais alors qu'elle dévisageait le Harondorim son regard glissa légèrement pour regarder derrière lui, et elle trouva la force de pousser un cri strident. Son visage déformé par la terreur disparut derrière une muraille de cheveux noirs lorsqu'elle se retourna et plongea dans les eaux qui s'ouvraient sous ses yeux agrandis par l'effroi. Ses pieds percèrent la surface, mais heurtèrent rapidement le fond du canal en lui tordant douloureusement la cheville. Et encore, elle était légère. Elle grimaça, ayant mal estimé la marge dont elle disposait, mais c'était mieux que rien. Son soulagement ne fut que de courte durée, car elle avait troqué un danger pour un autre. L'eau lui montait jusqu'aux épaules, et le courant relativement vif suffit à l'emporter malgré ses efforts pour rester statique. Elle perdit ses appuis fragiles, et fut emportée à moindre vitesse, sa tête s'enfonçant inopinément sous la surface tandis que ses bras battaient ridicules, pour essayer de la retenir.

Elle avait trouvé de l'eau, oui.

Elle n'avait pas appris à nager pour autant.


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Hadhod
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyDim 21 Aoû 2016 - 22:30
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Non, Kulak n'était raisonnablement pas en mesure de faire face à l'uruk maintenant que ce dernier avait remarqué sa présence, et encore moins de prendre le meilleur sur lui en combat rapproché, même avec l'avantage de l'arme blanche. Ce n'était décidément pas un orc ordinaire. Le milicien avait eu à affronter l'une de ces créatures lors de la prise de la ville, mais après des passes d'armes féroces et haletantes avait eu raison d'elle. C'étaient des combattants tenaces et agressifs, mais leur habileté au combat n'était pas insurmontable. L'uruk qui les poursuivait était différent, et Kulak se demandait bien l'origine de cette différence. Peut-être était-il venu au monde avec des facultés innées, son créateur lui ayant insufflé davantage de haine et de noirceur... Ou peut-être les avait-il acquises au cours de sa vie, dans les rudes contreforts qui séparaient le Mordor du pays de Khand... Ou encore était-ce Idj Jlaphân qui avait amélioré les caractéristiques de son cobaye par un long et lent dressage ? Ce n'était vraiment pas le moment de s'adonner à se genre de réflexion, d'autant plus que le souffle et les grognements rauques se rapprochaient malgré leur course effrénée. Ce n'était pas un orc qui les poursuivait, c'était la Bête.

Et qui l'eut cru, le salut vint de l'esprit apeuré d'une jeune guérisseuse rhûnienne, et non de l'homme d'armes aguerri et natif de la ville. Car tandis que le harondorim pensait volte-face héroïque, séparation du duo ou refuge sur les toits, sa comparse avait sauté sur la seule faiblesse qu'elle connaissait au monstre. Elle n'avait sans doute jamais connu la fureur des combats mais avait l'expérience du sujet, pour l'avoir côtoyé pendant plusieurs semaines. Peut-être qu'elle avait réfléchi à la façon de fuir ce monstre, alors même qu'il était encore emprisonné derrière les lourds barreaux en fer forgé. La peur, bien que souvent préjudiciable, pouvait amener l'esprit à envisager des solutions à des problèmes qui n'existaient pas encore, à des éventualités qui n'avaient que peu de chances de se produire. Et quand elles se produisaient, le problème avait alors sa solution toute prête. L'eau, élément vital s'il en est, leur permettrait de vivre encore un peu.

Toutefois, il s'agissait plus d'un répit que d'un salut véritable...

L'homme enturbanné se jeta sans réfléchir à la suite de la rhûnienne. L'eau du canal avait été réchauffée toute la journée par le soleil brûlant et les parois de pierres qui l'entouraient ; bien que fraîche, elle était tout de même moins froide que ce à quoi il s'attendait. C'était une bonne chose, car ainsi ils pourraient rester immergés plus longtemps... et aller plus loin. Kulak avait un jour assisté à la remise en état de la construction et avait donc eu l'occasion de voir le canal vidé de son eau. Aussi ne fut-il pas surpris par sa faible profondeur : il put prendre un appui sûr de ses deux pieds joints, et parvint à effectuer l'impulsion nécessaire qui lui permit de remonter convenablement à la surface. Il se paya ainsi le luxe de conserver son épée en main lorsqu'il commença à nager. Ce n'était pas un excellent nageur, mais il se débrouillait plutôt bien.

Il put voir non loin devant lui le vêtement clair de Haur luire faiblement, tâche blanchâtre et diffuse dans l'eau noire, et des bras qui entraient et sortaient de l'eau précipitamment. Kulak comprit avec angoisse que les membres supérieurs de la jeune femmes étaient les seules parties de son corps qui surnageaient encore. Elle semblait dériver sans parvenir à contrôler sa trajectoire ni même à reprendre convenablement son souffle. Le militaire eut un moment d'hésitation : son instinct de survie lui dictait de mettre toute les chances de son côté... il y avait juste à coté d'eux un terrible uruk qui rageait de frustration mais qui n'avait pas abandonné sa chasse ; il entendait ses pas lourds suivre leur évolution depuis la rive, trépignant, maudissant, hurlant. Or le harondorim ne pourrait pas rester dans l'eau éternellement, il le savait. Et il ne pouvait pas à la fois secourir la demoiselle Aur'va et conserver son épée en main. Pour ne rien arranger, son fourreau s'était pris dans ses étoffes et ne lui était pas d'une plus grande utilité qu'une poche trouée.

S'il sauvait Haur de la noyade pour finalement se retrouver à la merci de la Bête lorsque leurs forces leur viendrait à manquer ou que le froid les gagnerait... ne serait-ce pas un beau gâchis ? Le pragmatisme du soldat prenait le dessus : par définition, mieux valait un mort que deux. Il ferait valoir au gouverneur Nârkhâsîs que la mission passait avant tout, et serait sans nul doute récompensé pour ça.

Mais il n'osait pas trop s'éloigner de la jeune femme, sans doute pour retarder le moment où il devrait faire son choix. En outre, le courant les portait tous deux dans la même direction. Ils passèrent bientôt sous une petite passerelle qui traversait le canal, pratiquement au ras de l'eau. Haur passa dessous sans même s'en rendre compte. Tandis qu'il s'apprêtait à faire de même, Kulak vit la masse sombre et les yeux jaunes de l'orc fondre sur le petit pont et un bras massif et griffu essayer d'attraper sa tête au passage. Il n'eut que le temps de brandir son épée au-dessus de lui pour stopper l'avant-bras cauchemardesque. Mais son poursuivant eut tôt fait de se retourner et de balancer à nouveau son bras à l'autre bord du pont, côté aval. Cette fois-ci le milicien n'eut pas le temps de parer et il sentit cinq doigt griffus arracher son turban et lacérer son cuir chevelu. Son cri de douleur fut submergé par les remous de l'eau, produisant un horrible gargouillis tandis qu'il buvait la tasse.

Et la Bête de reprendre son avancée, apparemment déçue par son gain : un turban déchiré ne lui servait de rien, elle voulait de la chair et du sang.

Que faire ? Dériver ainsi n'était pas une solution, leur ennemi les suivrait jusqu'aux limites de la ville et plus loin encore s'il le fallait : telle était la loi des chasseurs, ne jamais renoncer, traquer sa proie jusqu'à la mort. Mais qui était la proie ? Kulak pensa une nouvelle fois à Haur... ses bras n'étaient presque plus visible devant lui, elle se noyait peu à peu. Si elle sombrait définitivement au fond du canal, il y avait une chance pour que l'uruk abandonne la partie et le laisse tranquille.

Ils passèrent entre de hautes maisons qui firent baisser la luminosité presque à néant.

Mais cette jeune fille l'avait aidé, avait collaboré avec lui, l'avait mis sur la piste qu'il avait cherché en vain pendant plusieurs jours. Et elle était si... innocente. Peut-être pas innocente dans les faits mais en tout cas dans ses intentions. Un dilemme moral s'installa sous son crâne, d'autant plus cruel qu'il demandait à être tranché immédiatement, sans attendre. Pragmatisme contre héroïsme, volonté de vivre contre justice, obéissance aux ordres ou à la morale...  

BANG !

Qu'était-ce que ce bruit devant lui ? On aurait dit un grand résonnement métallique à quelques mètres à peine de l'endroit où...

BANG !

Des larmes lui montèrent aux yeux et se mêlèrent à l'eau tant le choc sur son nez avait été violent. Il avait heurté de plein fouet ce qui semblait être une grille en fer, et quelques secondes lui furent nécessaire pour deviner de quoi il s'agissait... Les anciennes autorités de Dur'Zork avaient décidé de faire de leur ville un endroit salubre et propre, aussi avaient-elles pourvu le canal de grandes grilles qui avaient pour but de filtrer les divers déchets qui pouvaient le polluer. Ces dispositifs avaient le désavantage de devoir être nettoyés souvent et n'étaient pas suffisant pour éradiquer toutes les maladies, mais ils avaient néanmoins un certain impact et évitaient une trop grande prolifération des saletés. Il s'agissait de grandes grilles aux mailles serrées posées selon un plan perpendiculaire aux parois, maintenues par un pilier sur chaque paroi et qui ne laissaient aucun espace libre : l'eau passait, les solides non. Haur et Kulak n'avaient pas fait exception...

Le milicien harondorim pouvait sentir le corps de la frêle rhûnienne juste sous le sien, entre lui et la grille implacable. La tête de la pauvre jeune femme était à la hauteur de son propre abdomen, mais des bulles montaient jusqu'à la surface, preuve qu'elle était toujours en vie, même si plus pour longtemps. C'en était trop pour lui : il lâcha son épée et agrippa sa comparse sous les aisselles pour la hisser à sa hauteur, tout en battant lui-même des jambes du plus fort qu'il le pouvait pour les maintenir à flot. Ainsi se termina son dilemme moral.

L'uruk avait semble-t-il continué sa course sur une bonne dizaine de mètres. Kulak entendit ses pas lourds s'éloigner, puis ralentir de cadence et enfin s'arrêter un peu plus loin. De toute évidence, son intellect malsain lui disait que quelque chose n'allait pas. Il ne tarderait pas à revenir sur ses pas et à les trouver là, piégés comme des rats.

- Ôtez votre tunique, ordonna-t-il précipitamment à Haur. Je vous tiendrai pour que vous ne couliez pas. Ôtez votre tunique et jetez-là par-dessus la grille !

La Bête mordrait-elle à une ruse aussi grossière ? Kulak n'en savait fichtrement rien, mais il ne voyait pas d'autre solution. La vie était plus importante que la pudeur.


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Ryad Assad
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMer 28 Sep 2016 - 12:58
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- Haur ? Es-tu prête ma chérie ?

La porte s'ouvrit lentement dans son dos, mais elle n'eut pas besoin de se retourner pour le voir. Le grand miroir qui lui faisait face, et devant lequel elle achevait de s'apprêter lui permit de voir sa mère entrer dans la pièce avec un grand sourire. Elle referma l'huis soigneusement, et s'approcha de sa fille en lui prenant les épaules avec chaleur.

- Tu es ravissante, où as-tu fait confectionner cette tenue ?

- En ville, mère. C'est un tailleur qui m'a dit que je pouvais passer voir ses créations, et j'ai trouvé son travail très beau, très pur.

Les deux termes qualifiaient bien son œuvre. Comme la plupart des vêtements que portaient les femmes de la haute noblesse du Rhûn, elle arborait un grand nombre de couches différentes qui mettaient en valeur la richesse familiale. La veste jaune aux motifs floraux, fermée par une grande ceinture d'étoffe, était refermée sur une robe blanche diaphane en soie, qui elle-même tombait sur des chausses bouffantes bleu ciel aux fines rayures noires. Ses pieds menus étaient glissés dans des chaussures légères, assorties à sa veste. Malgré la quantité de tissu qu'elle portait, elle savait qu'elle n'aurait pas chaud, car la confection n'avait rien d'extravagant. Le matériau n'avait pas été enrichi de mille broderies et de mille perles incrustées dans le tissu. Seuls quelques fils dorés avaient été incrustés pour souligner avec délicatesse le col, et le liseré de sa veste. Le collier familial qu'elle portait et les longs pendentifs accrochés à ses oreilles seraient ses seules véritables parures.

- C'est magnifique, Haur… Viens, nos invités t'attendent…

La jeune femme, fardée avec goût, abandonna à grand regret son miroir et le confort de sa chambre pour glisser dans le rôle de l'élégante aristocrate, descendant les marches de sa demeure avec le menton fièrement levé et le port altier. Son éducation, ancrée en elle depuis qu'elle était jeune, était comme une seconde nature. Il y eut des murmures quand on la vit arriver, et elle ne manqua pas de noter le regard sévère de son frère qui, parmi l'assemblée, tranchait par les couleurs sombres qu'il portait. Les autres, des hommes pour la plupart, l'observaient comme un morceau de viande. Elle était la fille d'une riche et puissante famille, un parti de choix qui avait l'avantage d'être physiquement passable. Elle n'avait rien des beautés fatales que l'Orient recelait, ni le charme exotique des femmes de l'Ouest, mais elle n'était pas un laideron et bien des hommes se contenteraient de cela.

Leurs yeux avides, parfois ouvertement concupiscents, lui firent l'effet d'une douche froide. Elle déglutit péniblement, s'efforçant de maintenir sur son visage l'air assuré et fier qu'elle se devait d'arborer. Mais elle sentait que quelque chose se refermait autour de sa poitrine comme un étau, comme une pince gigantesque qui menaçait de la couper en deux. Elle s'immobilisa au milieu des marches, et porta la main à sa gorge, comme à bout de souffle. Les regards la dévisagèrent, moqueurs, impitoyables. Elle voulut appeler à l'aide, mais aucun son ne sortit de sa bouche ridiculement ouverte. Et toujours ils l'observaient. Des larmes se mirent à couler sur son visage, ruinant son maquillage parfait, détruisant son image immaculée. Sa vision se brouilla, et elle se mit à vomir un torrent liquide, toussant comme si elle avait avalé l'entièreté de la Mer du Rhûn…



~ ~ ~ ~


Haur émergea de l'eau en même temps qu'elle émergea de sa vision. Incapable de discerner le rêve de la réalité, et de comprendre ce qu'il lui arrivait, elle s'agrippa à la première forme solide qui se présenta sous ses doigts. Il y avait là un corps, une personne qui la retenait et l'empêchait de sombrer de nouveau. Toussant pour dégager ses voies respiratoires, et permettre à l'air d'entrer de nouveau dans ses poumons, elle retrouva peu à peu conscience de l'univers autour d'elle. Trempée de la tête aux pieds, entièrement gelée, elle était toujours un peu désorientée mais elle se souvenait. La Bête, la mort agile qui les pourchassait et qui menaçait de les cueillir s'ils ne couraient pas assez vite. Elle avait plongé sans réfléchir, avait heurté le fond du canal… oui, tout lui revenait progressivement en mémoire.

- Monsieur Kulak ! Lança-t-elle en buvant la tasse malgré elle.

Elle toussa de nouveau, et regarda autour d'elle, pour se rendre compte qu'il était toujours là. Il la retenait fermement, et sans son aide précieuse elle serait probablement morte noyée à l'heure qu'il était. Il n'avait pas hésité une seule seconde à lui porter secours, et elle lui était infiniment reconnaissante d'avoir fait passer sa survie au premier plan. Sans réfléchir, comme mue par un soulagement au moins aussi grand que sa panique, elle l'enlaça entre ses bras fins. Il pouvait la sentir tremblante, encore un peu abasourdie par ce qu'il venait de se passer, mais au moins elle était bien vivante. Pourtant, la jeune femme ne sentit pas la même détente chez le guerrier, qui se mit soudainement à lui intimer des ordres sur un ton effrayant. Elle ne comprit pas immédiatement ce qu'il venait de dire, entendant surtout les accents d'inquiétude dans sa voix. Il avait peur, et si lui avait des raisons d'être inquiet, elle ne pouvait qu'être terrorisée. Elle ouvrit les yeux, et vit soudainement le sang autour de lui, qui s'écoulait d'une vilaine plaie à sa tête. Elle sentit le danger partout, comme si l'Uruk terrible était au milieu d'eux, dans l'eau, prêt à les dévorer tel un de ces gigantesques monstres des fonds marins dont parlaient les légendes. Paniquée, elle reçut un second choc quand elle entendit les paroles de Kulak, qui lui demandait tout simplement de se déshabiller pour faire fuir la bête.

- Que… Mais…

Elle voulut objecter, protester, rétorquer. Mais quoi dire ? Un grognement sourd lui glaça les sangs et lui rappela s'il était encore besoin que le danger rôdait toujours autour d'eux. La créature les traquait, et survivre était plus important que tout le reste. Haur s'empressa de délacer sa tunique, laquelle était plus complexe que les vêtements que portaient les femmes d'ici, sans être tout à fait aussi riche que celles qu'elle avait l'habitude de porter chez elle, au Rhûn. En deux temps trois mouvements, pressés par la nécessité, elle retira sa ceinture de tissu, ôta sa veste et son pantalon de style très oriental, pour les passer par-dessus la grille en frémissant. Elle ne s'était jamais retrouvée dans pareille situation. A moitié nue, seulement vêtue d'une robe – trop – légère qui laissait entrevoir sa féminité bien plus que de raison, elle en était en plus réduite à se réfugier dans les bras d'un inconnu qui la tenait contre elle à la fois pour l'empêcher de sombrer et pour partager un peu de chaleur. Elle se sentait désemparée, humiliée… Elle avait l'impression d'être une vulgaire prostituée, et seule la présence de la Bête qu'elle entendait rôder aux alentours l'empêchait de fondre en larmes.

Dans l'angoisse permanente de voir leur ennemi revenir, ils restèrent silencieux…

Recroquevillés l'un contre l'autre dans une parodie de romantisme malsaine, ils attendirent patiemment aussi longtemps que le leur permirent leurs corps anesthésiés par le froid. Haur, guère habituée à cela, et désormais à la merci de l'eau qui courait sur sa peau nue, se mit à bleuir à vue d'œil comme si son organisme était en train de mourir progressivement. Elle frissonnait de plus en plus fort, et commençait à ne plus sentir ses orteils, les doigts, son nez et ses lèvres. Elle avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts, et depuis longtemps ses pensées s'étaient égarées sur un autre plan. Ils n'avaient d'autre choix que de quitter leur abri de fortune et de tenter leur chance à l'extérieur. La nuit était tombée, et elle avantageait peut-être leur adversaire qui pouvait se déplacer librement, mais elle leur fournissait au moins une opportunité de passer inaperçus. Et de toute façon, la perspective de passer la nuit entière dans l'eau était inenvisageable. Kulak, qui était le seul à pouvoir les guider hors de ce piège, devait décider ce qui était le plus sûr. Alors qu'il réfléchissait encore à la meilleure façon de faire, il sentit brusquement la jeune femme s'alourdir dans ses bras. Son corps avait ralenti à tel point que son pouls était à peine perceptible, et si les choses continuaient d'évoluer ainsi, elle risquait l'arrêt cardiaque pur et simple.

Haur était devenue un poids mort, une gêne supplémentaire qui risquait de s'avérer fatale… Pourtant, même inconsciente et privée de toute force, ses petites mains agrippaient encore fermement le pourpoint du guerrier.

Comme un appel à l'aide.


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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptySam 1 Oct 2016 - 16:30
Les clapotis empêchaient Kulak d'entendre correctement ce qui se passait plus loin, et le maillage serré de la grille ajouté à l'obscurité ne l'aidaient guère à discerner quoi que ce fût de certain. Pourtant il lui semblait que la présence du monstre était moins oppressante, comme si son attention n'était plus focalisée sur leur position mais avait dérivé ailleurs. Si ça ruse avait fonctionné, il devait sans aucun doute être béni des dieux ou de quelque providence qu'il ne connaissait pas : dans leur malheur ils se voyaient octroyer une fenêtre inespérée de chance et il devait la mettre à profit du mieux qu'il le pouvait.

Là ! Il entendit le grognement de l'uruk à quelque distance en aval, pas très loin mais suffisamment pour pouvoir agir en toute liberté. Oui, la créature avait dû voir les vêtements clairs descendre le courant sous la faible lueur des étoiles et il avait dû croire qu'il s'agissait de sa proie flottant mollement sur les flots. L'eau avait de toute évidence bloqué leurs odeurs. Les grelottements et l'attitude de Haur le confrontaient à la triste réalité : il devait la faire sortir de l'eau sous peine de la voir s'évanouir dans ses bras, ou pire encore de la sentir mourir de froid, ce qui n'était guère mieux que de se faire dévorer vivante. Il se demanda même si elle n'avait pas déjà perdu connaissance...

Dans un effort surhumain qui fit hurler de douleur ses muscles engourdis, il hissa la rhûnienne au-dessus de lui tout en battant férocement des pieds pour les maintenir à flot. À force de volonté il réussit à faire reposer le buste quasiment dévêtu de Haur sur les pavés de la berge artificielle, tandis que ses jambes fines pendaient dans le lit du canal, ses mollets encore plongés dans l'eau. Après quoi il se sortit lui aussi de l'étreinte glacée et se coucha sur le dos pour reprendre son souffle, épuisé et transis. Malgré sa résistance et sa rusticité, il se rendit compte qu'il tremblait maintenant autant que la jeune femme qu'il venait de sauver de la noyade. Il tourna la tête pour jeter un coup d’œil à ce qu'il pouvait discerner de sa silhouette étendue à côté de lui.

La faire sortir de l'eau s'était révélé salutaire, ses tremblements avaient cessé, il n'entendait même plus ses dents s'entrechoquer...

Décidément ce petit bout de femme était plus coriace qu'il l'aurait imaginé.

- Comment vous sentez-vous ? chuchota-t-il de la façon la plus discrète dont il était capable.

Il n'obtint aucune réponse.

- Haur ?

Le bruissement de l'eau, le sifflement du vent, les pas de l'orc qui s'éloignait, et rien de plus. Son sang figé par le froid se mit soudainement à bouillir, chauffé par la prise de conscience de la réalité terrible à laquelle il était confronté. Si elle ne tremblait plus, si ses mâchoires ne s'entrechoquaient plus, c'est qu'elle était...

Il n'eut pas besoin de se remémorer l'entraînement militaire de sa jeunesse pour savoir ce qu'il avait à faire. Comme un diablotin à ressort il se redressa sur ses genoux et termina de traîner sa camarade sur la terre ferme tout en la retournant sur le dos. Il ne s'agissait pas là de quelque pulsion provoquée par la légèreté de la tenue de Haur. Non, il n'était pas comme ça. Simplement le désir de lui sauver la vie. Appliquant ses deux mains sur sa poitrine il y exerça des pressions successives. Le temps avait comme suspendu son cours dans le drame de la situation. Kulak entendit à peine l'éclaboussement et les grognements terribles de la Bête à quelques centaines de mètres d'eux : les étoffes jetées à l'eau devaient à présent être réduites en confettis ! L'enquêteur s'entêtait, mais elle ne réagissait pas, son corps était aussi inerte que les pavés sur lesquelles elle reposait. Il ne renonça pas et continua les pressions. De plus en plus fortes, de plus en plus rapprochées. La pauvre était secouée à chaque fois que la force des paumes s'appliquait contre son charmant buste.

Le battement sourd des pieds de leur ennemi alla soudain crescendo. L'orc revenait. Contrairement à celui de Haur, le pouls de Kulak se mit à jouer du tambour. Combien de temps avait-il encore à sa disposition avant qu'il ne lui faille abandonner sa jeune adjuvante à son sort ? Très peu, il le savait. Mais il n'abandonna point. L'orc n'était plus qu'à quelques encablures, il entendait son souffle rauque se rapprocher, pouvait sentir sa fureur d'être tombé dans une ruse aussi vile et son envie de le leur faire payer.

Haur se plia en deux tellement soudainement que le harondorrim manqua retomber à l'eau. Elle poussa un cri, toussa, poussa à nouveau des gémissement, inspira et expira maintes fois à un rythme qui aurait fait pâlir Manwë de jalousie, tout Seigneur du Souffle d'Arda qu'il fût.

Mais la Mort armée de crocs était sur eux. Voilà donc où l'avait mené son courage : à suivre une fille qu'il ne connaissait presque pas sur la route amère du trépas. Peut-être valait-il mieux se jeter à nouveau dans l'eau et y mourir de froid, tout compte fait...

- Là !! Vois le Bâton de la Domination !

Un ombre surgit de nulle part et se campa fermement à côté du pilier de la grille à côté d'eux. À la faible lueur des astres, Kulak Kara put discerner la silhouette d'un homme et son bras levé au bout duquel il tenait un objet long et mince. Il y eu des grognements effroyables, puis des glapissements ignobles comme ceux d'un chien battu, des bruits de pas désordonnés et des coups semblables à ceux d'un bœuf qui foncerait tête la première contre le mur de son étable. Tous ces sons se succédaient à un rythme aléatoire et changeant, se mêlaient souvent, ne s'arrêtaient jamais... On aurait dit que la Mort était devenue folle, tiraillée entre la colère et la peur, entre l'envie de faire du mal et la crainte d'en subir.

La silhouette avança d'un pas et brandit son bâton encore plus haut comme s'il allait frapper. La Mort prit la poudre d'escampette avec un rugissement à glacer les os et le sang.

Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent Man_of10

- Vous auriez dû venir fouiner un peu plus tôt dans cette maison, lança l'inconnu en se tournant vers eux. On ne part pas à la chasse à l'esclave sans le filet adéquat !

Les deux pauvres hères, mouillés des pieds à la tête et encore sous le choc, ne purent pas discerner grand chose de ses traits par cette lumière, sinon un crâne que la calvitie faisait luire légèrement, et un anneau qui brillait à son oreille. Plusieurs autres individus arrivèrent autour d'eux. Deux... trois... peut-être quatre, Kulak n'aurait su le dire. Leur interlocuteur ne sembla pas s'en émouvoir, bien au contraire.

- Magnifique ! Maintenant écoutez-moi bien tous les deux... C'est le vieillard qu'on veut, pas vous ; vous, vous aurez la vie sauve. Conduisez-nous à l'endroit où vous vous rendiez. Ne démentez pas ! On vous a suivis en silence depuis votre sortie tout à l'heure. Si vous refusez, on tue l'un d'entre vous au hasard en espérant que le survivant montre davantage de jugeote.


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Ryad Assad
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyLun 14 Nov 2016 - 0:05
Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent Haur10

Sitôt revenue d'entre les morts, Haur avait cru qu'elle allait mourir de nouveau. Son corps ne lui envoyait que des messages de douleur insupportables, qui lui rappelaient à quel point elle était vivante. Elle avait la poitrine compressée, comme si quelqu'un s'était mis à la frapper, elle était couverte d'écorchures bénignes mais qui la brûlaient, et son crâne lui donnait l'impression d'avoir été piétiné par un troupeau d'Aurochs.

Tout cela aurait normalement dû la réjouir.

Toutefois, elle n'eut pas le temps de contempler le bonheur d'être en vie, car derrière Kulak qui la regardait avec des yeux où l'on pouvait lire un profond soulagement, elle vit soudainement apparaître la créature de cauchemar qui les traquait. L'Orc immense, dressé sur ses deux jambes, s'était lancé vers eux avec l'intention de les réduire en charpie. Elle avait fermé les yeux par réflexe, et s'était recroquevillée dans les bras du Harondorim en implorant Melkor de bien vouloir épargner son âme lorsque celle-ci tomberait dans le grand vide. Elle n'avait jamais été une fidèle servante du Dieu Sombre, mais elle espérait que dans l'Après-Vie, elle ne rencontrerait pas autant de tourments que les prêtres le lui promettaient.

Pourtant jamais l'Orc ne les atteignit. Arrêté par la volonté d'un homme, il s'inclina devant le symbole de la contrainte et de la torture qu'il avait subie, obéissant à la seule chose qui semblait être en mesure de le faire reculer sur cette terre. Un objet ridiculement petit, mais qu'il avait appris à craindre avec le temps. Haur, qui avait ouvert les yeux en comprenant qu'elle vivrait peut-être encore un peu, assista à toute la scène avec une pointe d'incrédulité. Quand Idj lui avait dit que ce bâton pouvait tenir en respect ce monstre gigantesque, elle avait cru qu'il exagérait largement ses capacités. Après tout, il n'était pas difficile d'effrayer une bête prisonnière d'une cage exiguë. Mais stopper net un animal féroce en pleine charge simplement en détenant cet objet… c'était là un exploit extraordinaire.

La bête prit la fuite, disparaissant dans les ombres, et Haur se laissa aller à un soupir de soulagement qui lui tira une grimace de souffrance. Son bref répit fut néanmoins balayé d'un revers de main par l'arrivée de marauds à la mine patibulaire qui les encerclèrent en silence. Le chef de toute cette petite troupe, parfaitement maître de la situation, leur fit comprendre qu'ils venaient simplement de troquer une menace pour une autre. Il les avait débarrassés de l'Orc pour mieux accomplir le sinistre dessein du monstre : trouver Idj. Décidément, tout le monde voulait mettre la main sur le vieil homme, et Haur ne put s'empêcher de constater que celui-ci semblait avoir une importance capitale aux yeux de groupes extrêmement différents. Kulak, qui semblait agir seul, puis l'Orc et son envie de vengeance, et maintenant ces individus étranges qui ressemblaient à s'y méprendre à des bandits. Pourquoi voulaient-ils tous retrouver un homme qui avait eu pour seul tort de laisser s'échapper une créature de malheur dans les rues de la cité ? Qu'avaient-ils tous à gagner ?

Abandonnant ses réflexions pour se concentrer sur le moment présent, Haur décida de répondre à l'homme qui tenait le bâton. Il était de loin le plus menaçant, même si paradoxalement son attitude était extrêmement détendue. Elle avait l'impression qu'il pouvait à tout moment décider de les mettre à mort sans sourciller, et elle ne voulait pas s'attirer ses foudres. Sans avoir besoin de feindre la faiblesse qu'elle ressentait dans le moindre de ses muscles, elle souffla :

- D'accord, nous allons vous y conduire, sire.

Un des hommes rigola derrière elle, mais il n'y eut pas de manifestation hostile, et elle se dit qu'elle avait bien fait. Elle ignorait si Kulak était d'accord avec elle, mais à dire vrai avaient-ils le choix que d'obéir à leur nouvelle escorte ? Pas vraiment… Le Harondorim aux yeux bleus aida la jeune femme à se relever, et une nouvelle fois elle se réfugia contre lui. Le froid et la fatigue la tenaillaient, mais elle considéra imprudent d'ennuyer les hommes qui leur emboîtèrent le pas. Il valait mieux serrer les dents, avancer, et espérer que toute cette histoire finirait bientôt.

- Allez-y, passez devant, fit l'homme au crâne chauve.

Haur hocha la tête, et se laissa aider par Kulak sans qui elle se serait probablement effondrée. Appuyée lourdement sur lui, elle réalisa après quelques temps que les hommes derrière eux leur laissaient suffisamment de champ pour échanger quelques discrètes paroles. Incapable de parler beaucoup plus fort, elle se mit à murmurer :

- Sire Kulak… Le bâton qu'ils utilisent… il… il peut contrôler l'Uruk.

Elle ne faisait qu'enfoncer une porte ouverte, ils avaient tous deux assisté à la scène et ils avaient pu voir que celui qui détenait l'objet pouvait exercer sa volonté sur la bête. Cependant, elle ajouta en essayant de se montrer aussi claire que possible :

- Mais cela ne fonctionne pas toujours… L'Uruk… il est effrayé, mais il n'y est pas soumis… pas totalement…

Et cela, les hommes l'ignoraient. Ils avaient sans aucun doute déjà vu des soldats Orcs commandés par un gardien possédant un bâton similaire. La plupart des créatures se soumettaient à ce symbole, et lui obéissaient au doigt et à l'œil. Mais l'Orc particulièrement fort dont elle avait dû s'occuper n'avait jamais été totalement brisé. Parce que Idj n'avait pas la même poigne que les esclavagistes ? Parce que leur spécimen était exceptionnel ? Un mélange des deux ? Elle n'aurait su le dire, mais le vieil homme l'avait mise en garde en lui disant de toujours bien fermer la cage, car il ne répondait pas très bien aux injonctions. Elle en concluait aujourd'hui que celui qui miserait tout sur ce bâton de commandement s'exposait à une déconvenue possiblement fatale. Elle leva les yeux vers Kulak, qui la regardait avec étonnement, et ajouta :

- Pensez-vous que nous devrions les prévenir ?

Son innocence était touchante.

Et l'entrepôt était en vue.


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Hadhod
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMar 22 Nov 2016 - 20:19
Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent Kulak10

Les pensées se bousculaient sous la tignasse ruisselante de Kulak. Pour la première fois depuis le début de cette drôle de soirée il avait perdu le fil des événements. Il avait même perdu de vue les buts qu'il poursuivait dans cette course folle. C'était peut-être la fraîcheur de l'eau qui lui avait gelé le cerveau, ou alors les apparitions répétées d'éléments nouveaux qui ajoutaient à chaque fois de la complexité à l'affaire... Devaient-ils fuir l'orc pour sauver leur peau ou le rechercher pour le tuer, il ne le savait quasi plus. Haur avait répondu aux paroles du chef et accepté de guider ces hommes vers l'entrepôt d'Idj Jlaphân, et c'était sans doute ce qu'il y avait de mieux à faire sous la contrainte.

Tout en marchant au-devant des inconnus, le harondorim tenta de remettre ses idées en place, mais cela s'avérait fort difficile à cause des murmures que Haur lui adressait en catimini. Il la trouva tout d'abord singulièrement agaçante et, bien qu'il ne regrattât aucunement de lui avoir sauvé la vie, il se demanda si elle n'était pas devenue davantage un fardeau qu'une aide maintenant que les choses avaient pris cette tournure. Kulak se sentait comme responsable de la jeune rhûnienne et cette préoccupation le privait des derniers restes de sa liberté d'action déjà bien réduite. Les chuchotements de la guérisseuse parvenaient à ses oreilles sans qu'il voulût les entendre et les mots se répercutaient dans son esprit sans qu'il voulût les écouter. Elle parlait de l'uruk et du bâton que l'homme chauve avait brandi.

Kulak porta finalement attention à ce qu'elle disait. C'était fort intéressant en vérité, bien qu'il eût préféré obtenir ces informations dans un endroit et une situation un peu plus propices à la réflexion. Il essaya tout de même de faire redémarrer les rouages de sa cervelle...

Le Bâton était un instrument destiné à se protéger de l'orc, voire à le contrôler. Il l'avait vu de ses propres yeux et Haur venait de le lui confirmer si besoin était. De plus, leur sauveur n'avait-il pas nommé cette chose le « Bâton de la Domination » ? Idj s'était de toute évidence inspiré des méthodes utilisées avec les uruks de combat pour assurer du mieux possible sa sécurité. L'enquêteur avait bel et bien cherché du regard un objet de ce genre dans le fouillis de la maison du savant, quelques heures plus tôt, mais ne l'ayant pas trouvé il s'était dit que, sans doute, le sieur Jlaphân l'avait emporté avec lui dans sa fuite...

- Vous auriez pu m'en parler plus tôt, murmura-t-il avec une pointe de reproche dans la voix. Nous sommes sortis en sachant que l'orc parcourait la ville et qu'il pouvait nous atteindre à tout moment ; le bâton qui le fait fuir eut été bien utile, nous l'avons échappé belle. Et vous avez failli le payer de votre vie.

La critique n'était pas très juste car même si la jeune orientale l'avait mis au courant plus tôt, cela n'aurait rien changé. Comme l'avait dit le chef chauve près du canal, la maison d'Idj avait été visitée avant l'arrivée de Kulak, et le fameux objet déjà volatilisé. Et de toute façon il ne servait à rien de appesantir sur ce qui avait été fait : mieux valait réfléchir à l'avenir proche. Et en ce sens la deuxième remarque de Haur Aur'va était des plus utiles... Cet orc-ci n'était pas aussi soumis que les orcs-esclaves classiques. Il n'avait sans doute même jamais été dressé pour devenir un esclave ; qu'aurait fait le vieux fou d'une telle créature si elle avait été à son service ? Non, celui-là était plus libre que les autres. Kulak comprenait ce qui venait de se passer quelques minutes plus tôt... Alors qu'elle s'apprêtait à se repaître de leurs chairs, la bête avait vu apparaître l'objet de domination au moment où elle s'y attendait le moins. Sa réaction instinctive avait été de fuir, mais si les dires de Haur étaient vrais ce n'était que partie remise et ils le verraient bientôt débouler à nouveau, ayant préparé son esprit à affronter sa peur, à la dompter. À passer outre le conditionnement.

- Non, nous ne devrions pas, répondit-il à la question de sa comparse. Attendons de voir.

Il n'osa en dire plus de peur d'être entendu par les hommes de tête, mais s'il en avait eu le loisir il aurait expliqué à Haur qu'en tant que serviteur du gouverneur Nârkhâsîs il ne pouvait tolérer qu'un groupe de mécréants, quels qu'ils soient, lui dictent la marche à suivre et encore moins qu'ils le prenne en otage comme ils étaient en train de le faire. Et pour finir les haricots, dans sa propre ville bien-aimée ! Des mécréants, ils l'étaient très certainement et leurs méthodes le prouvaient. Qui sait si une fois la destination atteinte ils n'allaient pas se débarrasser d'eux purement et simplement ? C'était probable. Une arrivée impromptue de la bête et la pagaille qu'elle causerait pouvait alors se révéler être leur unique chance de salut, paradoxalement. Kulak lança un regard appuyé en direction de la jeune femme, lui faisant clairement comprendre qu'elle devait respecter sa directive. En fait, il craignait que la bonté de la demoiselle Aur'va ne la pousse à révéler le renseignement avant l'heure.

Le harondorim jeta un regard en arrière. Les silhouettes sombres ne lui indiquèrent guère à quel type d'hommes il avait affaire. Ralentir un peu et engager la conversation avec eux n'était pas une bonne option : ils prendraient cela pour une tentative de rebuffade et cela pourrait très mal finir. Pour l'instant Kulak devait se contenter de ses propres conjectures... Ces individus étaient à la recherche d'Idj Jlaphân et ils possédaient une certaine connaissance dans le conditionnement des uruks, puisqu'ils connaissaient le pouvoir du Bâton. Tout portait à croire qu'ils étaient les fournisseurs du savant, ceux qui lui avaient vendu la bête captive. Peut-être avaient-ils eu un différent financier avec le vieillard et désiraient-ils réclamer leur dû... voire le punir pour son manquement. Il ne voyait que cette explication pour l'instant...

L'entrepôt d'Idj était maintenant tout proche.

La mission de Kulak était arrivée à un tournant décisif et il le savait. Si l'homme chauve ou l'un de ses acolytes faisait la peau au savant, c'était l'espoir de maîtriser et capturer la bête qui s'envolait. Car même maintenant qu'il avait connaissance du moyen, aussi peu fiable soit-il, de contrôler l'uruk et d'éventuellement le capturer, Kulak ne pouvait s'empêcher de penser que le Bâton avait plus de chance de remplir son rôle s'il se trouvait entre les mains de son propriétaire légitime, Idj.

Haur croisa son regard. Cela confirma ses doutes : c'était bien là l'entrepôt qu'ils avaient vu tout à l'heure. Sauf que cette fois il se dressait juste devant eux. Ses murs n'étaient plus ocres du tout mais avaient pris la même teinte gris sombre que tous les autres bâtiments voisins. Aucun moyen de mener leurs ravisseurs en bateau, ils étaient contraints de leur dire la vérité. Et dieu sait ce qui se passerait...

- On est arrivés,
dit-il assez fort.

Il s'arrêta et saisit Haur par le bras pour qu'elle fasse de même. Les hommes arrivèrent à leur hauteur en une fraction de seconde puis se répartirent aux quatre coins du hangar ; seul le chauve resta près du duo pour s'assurer qu'ils ne prennent pas la poudre d'escampette. Il tenait le bâton dans une main et un cimeterre dans l'autre ; l'épée de Kulak était quant à elle restée au fond du canal. Le chauve les fit avancer près du portail du bâtiment.

- Toi, chuchota-t-il à l'attention de Haur. Frappe et dit à celui qui se cache là-bas dedans de t'ouvrir.

On entendit un grognement au loin. Puis un second. Puis encore un autre, plus fort.

- Allez, frappe.


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Ryad Assad
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyMar 6 Déc 2016 - 17:24
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Conduire les malfrats jusqu'à l'entrepôt de Idj n'avait pas été un véritable problème. Haur connaissait le chemin assez bien, et si jamais elle avait eu un trou de mémoire, les lames acérées de leur escorte étaient là pour l'inciter à se souvenir du trajet. Flanquée de son acolyte malheureux, le pauvre Kulak qui lui aussi était trempé de la tête aux pieds, ils allaient en frissonnant et en essayant de ne pas céder au vent frais qui les gelait littéralement. La jeune femme, si peu vêtue qu'oser poser le regard sur elle frisait l'indécence, avait depuis longtemps oublié l'humiliation de sa situation, pour se focaliser sur des problèmes plus immédiats. Respirer. Marcher. Conserver le peu de chaleur et de lucidité qu'elle avait en réserve pour ne pas faire une erreur qui lui coûterait la vie. Non seulement la sienne, mais aussi celle du Harondorim, et probablement celle de Idj après coup. Elle ne comprenait pas comment tout avait commencé, mais elle avait la terrible impression de sentir le poids de toutes ces existences peser sur ses frêles épaules désormais. C'était un fardeau bien lourd à porter pour une personne si jeune et si innocente.

++ C'est insensé ++ Laissa-t-elle échapper dans sa langue natale, s'attirant un regard surpris de la part de Kulak.

Elle lui rendit un sourire pincé, sans joie, comme pour lui dire que dans toute cette affaire sordide, ils pouvaient encore se féliciter d'être en vie et de pouvoir compter l'un sur l'autre. Sa naïveté était à la fois touchante et déstabilisante. Elle qui avait vu le Harondorim comme un menteur et un manipulateur quelques temps auparavant semblait désormais n'avoir plus que lui dans tout son univers. Elle ne pouvait compter que sur ses bras, refermés autour de ses épaules, pour l'empêcher de chanceler et de tomber misérablement. Au milieu de Dur'Zork, la grande cité du Harondor, ils étaient livrés à eux-mêmes, rapprochés par les caprices du destin qui devait se plaire à contempler leurs pérégrinations.

Haur finit par s'immobiliser en sentant Kulak en faire de même. Il annonça aux hommes qu'ils étaient arrivés à destination, et la jeune femme se laissa aller à un soupir de soulagement. D'une façon ou d'une autre, les choses prendraient fin ici même. Elle ne doutait pas que la résolution de cette affaire se ferait dans la violence, mais elle espérait que personne ne serait tué. Idj était un vieil homme, et s'il était accusé de quelque chose, elle ne voyait pas quel crime il avait pu commettre qui méritât la mort. De la même façon, elle n'avait rien fait, et Kulak non plus. Les bandits pouvaient sans doute les malmener, les détrousser, mais ils n'avaient pas de raison de leur ôter la vie. Depuis quelques temps, Haur était devenue plus philosophe : elle qui avait cru ne jamais pouvoir vivre sans ses possessions et l'aspect matériel qui faisait son quotidien, avait tout abandonné du jour au lendemain. Et elle avait survécu. Elle était partie avec le strict nécessaire, qu'elle avait eu le malheur de perdre en chemin… mais elle avait encore survécu. Et alors même qu'elle était arrivée à Dur'Zork sans le sou et sans connaître quiconque, elle avait encore trouvé le moyen de rebondir. Elle n'était ni une guerrière habile, ni une marchande talentueuse, mais elle savait qu'elle pouvait y arriver. Elle pouvait repartir de rien… si on lui laissait l'opportunité de survivre.

Elle sortit de ses pensées confuses en entendant que l'on s'adressait directement à elle. Le Chauve, qui paraissait commander la petite bande, lui intima d'aller frapper à la porte de l'entrepôt pour inciter Ijd à en sortir. Elle était celle qui le connaissait le mieux, et il était plus susceptible de répondre à l'appel d'une voix familière que d'ouvrir à des hommes armés venus le traquer jusque dans son repaire. Hochant la tête sans dissimuler la peur au fond de son regard, elle s'avança de quelques pas, mais trébucha et manqua de perdre l'équilibre. Elle ne dut son salut qu'à Kulak, dont les réflexes n'avaient pas été totalement émoussés par leur long séjour dans les eaux glaciales des canaux de la ville.

- Désolée… Lui souffla-t-elle.

Et elle l'était sincèrement. Elle était presque incapable de faire un pas sans lui. Ce fut à cet instant qu'elle perçut le grognement. Le Chauve tourna la tête, et observa les ombres un instant, avant de revenir à la jeune femme à qui il ordonna de nouveau d'aller frapper à la porte. Kulak l'aida à se redresser, et continua de la soutenir jusqu'à l'huis qui se dressait devant eux. Une large porte de bois servant à faire entrer des marchandises, dans laquelle une porte plus petite avait été découpée pour les allées et venues quotidiennes. Elle ne doutait pas que les deux étaient soigneusement fermées par un cadenas énorme à l'intérieur, et qu'il était peine perdue d'essayer d'enfoncer l'une ou l'autre. Dans une ville commerciale comme Dur'Zork, les entrepôts étaient bien protégés, et des puits aux alentours assuraient un approvisionnement en eau constant permettant d'éteindre les débuts d'incendie rapidement. Pour des raisons qu'elle ignorait tout à fait, cependant, il n'y avait pas de gardes dans les environs. Probablement que les pirates avaient occupés leurs hommes à d'autres tâches plus pressantes.

Haur toqua une première fois, attendant quelques secondes d'obtenir une réponse. Elle n'osait pas appeler son employeur, car si sa voix résonnait depuis l'intérieur, s'il avait le malheur de lui ouvrir la porte, elle se retrouverait complice de ce qui lui arriverait par la suite. Et Melkor savait que sa fin pouvait être douloureuse et brutale entre les mains de ces bandits sans foi ni loi. Elle frappa de nouveau de sa petite main bleuie par le froid, serrant les dents pour endiguer la souffrance que ce simple geste faisait remonter dans tout son organisme.

- Seigneur Idj ? Finit-elle par lancer à contre cœur. Êtes-vous là ?

Elle inspira profondément, consciente de commettre un acte néfaste, sans pour autant pouvoir y échapper.

- C'est moi, c'est…

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'un puissant juron lâché derrière elle l'interrompit. Kulak et elle se retournèrent dans un bel ensemble, pour poser les yeux sur un spectacle aussi effrayant que surprenant.

L'Uruk était revenu !

Il était toujours aussi impressionnant, immense sur ses deux jambes puissantes. Ses yeux injectés de sang étaient emplis d'une haine et d'une colère redoutables. Sorti de sa tanière, il se dressait comme une créature surnaturelle face aux bandits qui avaient dégainé leurs armes, et s'étaient déployés en un arc de cercle pour mieux le contenir. Le Chauve, qui leur tournait le dos désormais, dégaina le bâton de domination et le brandit bien haut. Haur ne pouvait qu'imaginer son sourire satisfait alors qu'il avançait bravement face à la créature, qui tomba à genoux, terrassée par la simple vision honnie de cet instrument de pouvoir. Elle voulut crier quelque chose, mais la main de Kulak vint étouffer les mots dans sa bouche. Il n'avait d'yeux que pour la scène qui était en train de se jouer, mais il avait perçu le besoin de museler la tentative de la jeune femme de venir en aide à ces hommes qui, inconscients du danger, pensaient avoir dominé le monstre.

Ils n'eurent pas le temps de comprendre la portée de leur erreur.

Vif comme l'éclair, l'Uruk se redressa sur ses pieds et frappa de son poing immense la main du Chauve, qui laissa tomber le bâton. Celui-ci alla se perdre dans la ruelle, et tandis que l'homme suivait du regard sa seule arme, il sentit une main puissante le saisir à la gorge et le soulever du sol. La bête était d'une stature et d'une force peu communes, mais voir son pouvoir en action souleva le cœur de l'Orientale. Elle sut à cet instant que rien ne l'arrêterait ! Il jeta le Chauve contre le mur d'un autre entrepôt, et son corps s'y écrasa comme une poupée de chiffon. Mort, il ne l'était certainement pas, mais la violence du choc lui laisserait de belles blessures et le sentiment d'avoir échappé de très près à une fin odieuse. Les autres types se mirent à trembler de leur, car leurs armes leur paraissaient soudainement ridicules face à la furie destructrice de ce monstre. Ils savaient quels ravages les esclaves Orcs avaient causés dans les rangs des défenseurs de Dur'Zork quand ils avaient été lâchés dans la ville. Ils avaient entendu les récits les plus graphiques, savaient qu'ils avaient décimés des unités entières en se jetant sur des guerriers en armures au mépris du danger et de leur propre vie.

Haur, qui avait côtoyé le monstre assez longtemps pour savoir qu'il ne ferait pas de quartiers, savait que les malheureux n'avaient aucune chance. Armés ou pas. Elle n'eut pas le temps de réfléchir davantage à la situation, car elle se sentit soudainement traînée en arrière. Étouffant un cri de surprise, elle fit fonctionner ses jambes fébriles pour essayer de suivre le rythme que lui intimait un Kulak bien déterminé à filer le plus loin possible de ce monstre. Il la soutenait autant qu'il la tirait, visiblement incapable de la laisser derrière lui alors que cela aurait sans doute été l'option la plus logique. La jeune femme, sous le choc de tout ce qu'elle venait de vivre, et de nouveau plongée dans une course sans poursuite – pour l'instant – ne parvint pas à trouver l'énergie d'aligner les mots qui défilaient en boucle dans son esprit.

Où allons-nous ?

La question pouvait paraître anodine, mais c'était certainement la plus importante de toutes. La nuit venait de tomber, et ils étaient dans le royaume de l'Uruk qui les traquerait sans merci jusqu'à ce que le soleil le forçât à rejoindre sa tanière et à s'y tapir. Alors oui, leur destination était importante. Ils devaient trouver un endroit sûr. Un endroit où ils pourraient échapper à la Bête jusqu'à voir l'astre du jour jeter un regard nouveau sur le monde.

Mais où allaient-ils donc ?


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Hadhod
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyDim 2 Avr 2017 - 19:45
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Cette voix ! Cette voix douce et délicate, emplie d'une timidité polie, il la reconnaissait entre mille. Il avait pensé que cela arriverait, qu'elle essaierait de partir à sa recherche, de le retrouver et de voir ce qui lui était arrivé. Elle n'était pas sotte malgré sa naïveté parfois incroyable, et lui même était assez intelligent pour l'avoir remarqué. Etrangère venue de terres lointaines, que serait-elle devenue sans le pain et le gîte qu'il lui donnait en contrepartie de ses services, et les petites piécettes dont il la récompensait occasionnellement, plus pour répondre à une soudaine avancée de ses recherches qui le mettait de bonne humeur qu'à une générosité naturelle. Et que pouvait-elle faire toute seule dans cette ville tumultueuse ? Non, il l'avait emmené plusieurs fois à la porte de son entrepôt, elle saurait le retrouver. Elle venait de le retrouver, plus exactement. Mais par tous les diables, par le grand mystère de la vie et par le marissement d'Arda, c'était le plus mauvais moment ! Même ses oreilles vieillissantes entendaient les grognements terribles qui se répercutaient, approchaient inlassablement. Par quel miracle l'orc pouvait-il savoir qu'il se terrait ici, lui qui n'avait connu que sa cage jusqu'à présent ? C'était la faute de Haur, elle attirait la bête tout droit sur lui, sans le vouloir.

Cruelle ironie, Ijd était maintenant prisonnier dans sa cage et l'objet de ses recherches courait libre au-dehors, n'ayant pour toute idée en tête que de mordre dans la gorge du vieillard de la même manière que le Bâton avait maintes et maintes fois mordu sa chair.

Haur, elle, se tenait maintenant comme pendant les dernières semaines, tout près de la cage, prenant son occupant en pitié sans se rendre compte qu'elle contribuait à son malheur. Elle avait contribué à maintenir cet orc, cet orc arraché à son milieu d'origine et aux siens sans qu'il n'eût rien demandé, en captivité, et si elle l'avait bien traité, si elle avait patiemment soigné ses blessures et apporté sa nourriture, elle n'en avait pas moins été la complice de son geôlier. De même, alors qu'elle ne souihaitait que le bien d'Idj, elle venait de mettre le prédateur sur la piste du savant et demandait à ce dernier d'ouvrir la porte, seule protection dont il disposait pour sa sécurité.

- Seigneur Idj ? Etes-vous là ?

Qu'elle fiche le camp !

C'est ce qu'il aurait voulu lui crier à travers sa barbe ébouriffée, mais ses lèvres restèrent mutiques et les mots ne sortirent pas. La colère contre sa jeune auxiliaire était bien là, déformant les traits déjà disgracieux de son visage, donnant à ses yeux dissymétriques une expression dure et austère, et pourtant il n'avait pas été capable de lui ordonner à haute voix de s'en aller. Pourtant elle ne lui servait plus à rien maintenant que ses recherches étaient tombées à l'eau, elle n'était plus rien pour lui, elle pouvait bien se faire croquer que ça ne changerait pas sa vie. Mais non, il n'était pas capable d'opposer une réplique cinglante à la voix si innocente de la jeune fille. Elle l'avait toujours servi avec le plus grand sérieux, et il avait cru voir une fois ou deux, dans ses yeux, quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu chez quiconque. D'habitude les gens à qui il avait affaire affichaient moquerie, méfiance voire dégoût à sa vue, et cela lui avait toujours été bien égal, peu lui importait que tous ces idiots le jugent ou pas tant que ses précieuses recherches avançaient, c'était tout ce qui comptait pour lui. Mais Haur le regardait différemment, comme si elle voyait chez lui des beautés profondément enfouies que les autres ne pouvaient discerner...

De telles pensées le dégouttèrent au moment même où elles sortirent de sa caboche. Il était Idj Jlaphân, il n'avait besoin de personne ! Il fit brusquement volte-face, tournant le dos à la porte en émettant un grognement d'agacement. Le sang colora ses oreilles d'une teinte pourpre. Chuchotant quelque malédiction entre ses dents serrées, il passa nerveusement sa main droite dans ses cheveux et dans sa barbe, faisant voleter les longs poils blanchâtres. Puis il se retourna encore une fois, encore plus brusquement que la seconde d'avant, et porta la main en direction du loquet de la porte...

- C'est moi, c'est…

La voix de la demoiselle Aur'va se tut soudain. Des voix d'hommes lancèrent des jurons au-dehors, et les grognement de la bête éclatèrent tout près. Idj retira vivement sa main et se carapata parmi le bric-à-brac qui emplissait le hangar pour se blottir au milieu. Le regard noir et un horrible rictus sur la bouche, il se mit à hurler...

- Traîtresse !


♦  ♦  ♦


Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent Man_of10

Malafl voyait des étoiles même où il n'y en avait pas. Alors que tout à l'heure elles se cantonnaient à apparaître timidement dans le ciel du sud, les petites lumières blanches tourbillonnaient tout autour de lui, sur les façades des entrepôts, sur le sol en-dessous de lui ou encore tout autour de ses hommes qui s'agitaient comme des déments. Sa tête lui tournait et lui faisait un mal de chien, et une rapide vérification de la main lui fit sentir le sang chaud et poisseux qui ruisselait de son crâne chauve. Il essaya de se relever mais une douleur lancinante dans sa jambe droite lui arracha un cri de douleur. Grand fut son désarroi quand il comprit que son fémur était fêlé, ou pire, cassé.

Ce maudit savant avait fait un travail d'amateur sur son orc ; on n'apprivoise pas ce genre de créature comme on dresse un chien ! Les Orcs-esclaves d'El Abib n'auraient jamais réagi de la sorte, ils n'auraient jamais osé affronter le porteur du Bâton et encore moins tenté de le désarmer. Malafl n'eut toutefois pas le loisir de réfléchir aux conséquences qu'un tel fiasco pouvait avoir sur le commerce des Orcs. Qui voudrait d'un esclave qui se retourne contre son maître et qui le prend à la gorge pour le soulever de terre ?

Reprenant peu à peu ses esprits, Malafl vit un de ses hommes faire un vol-plané et finir sa course contre le portail du hangar d'Idj Jlaphân. Un autre de ses subalternes réussit à entailler le dos de la Bête avec son cimeterre, mais elle se retourna et lui renversa la tête en arrière en lui arrachant presque les cheveux, avant de planter ses crocs dans le cou tendre du haradrim. Cette agitation macabre dura une trentaine de secondes de plus, peut-être une minute, avant que les derniers cimeterres ne soient jetés au sol et que les moins amochés de leurs porteurs ne se dispersent misérablement dans les ruelles adjacentes, feuilles flétries balayées par un vent d'Est rugissant.

Le Bâton gisait toujours à terre. Malafl aussi, lui qui n'était pas parvenu à se redresser.

Ce dernier écarquilla les yeux d'horreur lorsqu'il vit l'uruk se diriger dans sa direction, la gueule dégoulinante du sang de ses hommes. La main du suderon saisit la poignée de son cimeterre et son visage se crispa. La mort, insoumise, incontrôlable, libre et sauvage, allait venir le cueillir...

- Traîtresse !

Cela provenait de l'intérieur du hangar. À ce cri, l'uruk se retourna comme si quelque mouche l'avait piqué et, dans un rugissement plus épouvantable qu'aucun de ceux qu'il avait émis jusqu'à présent, se rua épaule en avant, avec une violence inouïe, contre le portail du bâtiment. Les planches tremblèrent avec fracas mais, épaisses et solides, elles tinrent bon. Les gonds furent mis à rude épreuve mais forgés avec un fer de qualité, ne se rompirent pas. La Bête recula, prenant son élan pour une nouvelle charge. Incapable de prendre la fuite, Malafl rampa jusque derrière de vieilles caisses qui étaient amoncelées non loin de lui. Une fois caché, il plaça son œil face à un interstice pour voir comment tout cela allait se terminer.

Tout en observant, sa main atteignit la poignée d'une petite dague qui pendait à sa ceinture. Si la bête féroce revenait le chercher, il pourrait transpercer son cœur. Pas le cœur de l'uruk. Son cœur à lui.


♦  ♦  ♦


Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent Kulak10

Sauvés par un Orc...

Kulak n'en revenait toujours pas, tout avait été si vite ! Lui qui un instant plus tôt se voyait déjà égorgé par l'homme chauve en tant que témoin gênant, était à présent en train de courir dans les basses ruelles de Dur'Zork, sans turban, sans épée, sans autre but que d'échapper au carnage qu'il entendait se dérouler derrière eux. Sa comparse le ralentissait, elle qui se trouvait dans un état de faiblesse avancé, qui avait frôlé la mort tout à l'heure et qui allait à moitié nue à ses côtés. Il pouvait la laisser là, l'abandonner à son sort ou à l'impartial hasard : maintenant qu'il savait où se terrait le sieur Jlaphân elle ne lui était plus d'aucune utilité. Pourtant il ne la lâcha pas, continuant à la retenir lorsqu'elle manquait tomber et de la guider quand elle passait trop près d'un angle de murs, avec une abnégation remarquable. Son enquête serait au point mort si elle n'avait pas été là, il lui devait bien ça. Et puis... c'était une habitante de Dur'Zork, et son ancienne fonction n'était-elle pas de protéger les habitants de la capitale harondorime ?

Que faire maintenant ? Il savait que l'affrontement devant le hangar ne se réglerait pas à l'amiable ; l'un des deux camps terrasserait l'autre ou le ferait fuir, après quoi il essaierait de forcer la porte pour mettre la main sur le savant fou. Si les vainqueurs étaient les bandits, ils enlèveraient certainement Idj, l'emporteraient dans un coin tranquille et auraient tout le loisir de lui réclamer ce qu'ils étaient venus chercher, si toutefois ils étaient venus chercher quelque chose. Mais si c'était l'uruk qui gagnait – et c'était là une hypothèse plus que probable – alors le vieux n'avait plus qu'à faire ses prières car il ne pouvait tenir éternellement le fort contre une créature de cette férocité.

L'enquêteur s'arrêta net à un angle de rue. Ils pouvaient se permettre de reprendre leur souffle, ayant mis un peu de distance entre eux et le lieu du carnage.

- Ecoutez-moi Haur... Pas le temps de jouer sur les mots, je vais être direct. Mon but est de permettre la destruction de cette bête. Elle ne quittera pas ce hangar tant que Jlaphân sera à l'intérieur. Les portes de ces hangars sont conçues pour résister aux effractions, les marchands entassent des affaires de valeur dans ces trucs. Rien à voir avec une vulgaire porte d'habitation. Ça peut donc durer un certain temps.

Suspendant son explication pour respirer un bon coup, il hésita un instant. Ne risquait-il pas de la faire tourner de l’œil en poursuivant ? Tant pis, si elle avait voulu tomber dans les pommes elle l'aurait fait tout à l'heure, les mots ne l'impressionneraient pas plus que la vue d'un uruk à quelques mètres de distance.

- Nous le tenons ! S'il réussit à entrer, il va vouloir se déchaîner sur le corps de Jlaphân, le dévorer peut-être entièrement que sais-je, pour se venger. Dans les deux cas, on a le temps de lui tomber dessus.

Il se demanda si le regard horrifié qu'elle lui lança était dû aux conjectures macabres qu'il venait de lui faire ou au fait d' « avoir le temps de lui tomber dessus ».

- Non, pas nous, la milice du gouverneur ! Pas le temps de monter prévenir Nârkhâsîs au palais, c'est trop loin. Mais juste là-haut – il pointa du doigt une sorte de tour, à une dizaine de minutes à pied, qui s'élevait à la cime d'un petit mamelon et qui surplombait les bas-quartiers – il y a l'ancien poste de guet qui servait aussi de caserne pour les militaires comme moi. Doit y avoir du milicien là-dedans !

A peine Kulak eut-il prononcé ces mots qu'il entraîna Haur en direction de la petite tour. Ils réussirent tant bien que mal à cheminer dans les ruelles et à grimper sur le flanc de la modeste colline. Mais à mi-chemin du sommet, alors qu'ils se trouvaient encore à l'abri du regard vigilant des meurtrières de la tour, le harondorim se tourna vers la jeune femme.

- Haur, si vous voulez quitter la partie c'est le moment. Si les miliciens vous voient avec moi, je ne pourrai rien cacher au Gouverneur par la suite. J'appuierai sur votre bonne coopération, mais j'ignore si cela suffira pour vous éviter... pour éviter que...

Le dire lui était trop pénible.

- Recommencez une nouvelle vie, loin d'Idj Jlaphân et de toutes ces histoires. Je pense que vous le méritez.


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Ryad Assad
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyDim 16 Avr 2017 - 12:25
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Contacter les autorités de la ville... Ils en étaient rendus là. Avaient-ils seulement un autre choix, de toute manière ? La situation avait évolué de telle sorte qu'ils ne pouvaient guère résoudre le problème tout seuls. Idj n'était pas apparu comme ils le pensaient, et même les appels plaintifs de Haur sa jeune assistante n'avaient pas été suffisants pour forcer le vieil homme à quitter son repaire. Malheureusement, d'autres créatures avaient émergé des ténèbres, attirées par la présence détonante de ce couple dépenaillé, transi de froid, meurtri aussi bien dans la chair que dans l'âme. Ils souffraient encore, essayant péniblement de contenir les tremblements de leurs corps glacés. Ils savaient toutefois qu'ils auraient pu souffrir encore davantage, aux mains des sinistres brigands surgis de nulle part qui avaient essayé de les utiliser pour faire passer le vieux fou de vie à trépas. Et puis il y avait eu la Bête...

Haur n'avait qu'un souvenir flou et déformé de la scène. Elle revoyait le monstre surgir avec un rugissement féroce, et jeter la colère de ses poings fermés comme des massues sur tous ceux qui osaient s'approcher de lui. Il n'était pas seulement en chasse, comme l'animal que la plupart des individus discernaient dans ses trais difformes et ravagés. Non. Il était en guerre, en quête de vengeance, et il n'aurait de cesse d'avoir fait payer aux hommes qui l'avaient enfermés dans cette cage et qui l'avaient torturés inlassablement. Aux hommes, et à la femme. Cette dernière frissonna légèrement, et ce n'était pas seulement à cause du froid qui lui courait sur la peau comme un millier de piqûres. Elle avait peur. Vraiment. Au fond d'elle-même, elle ressentait la crainte terrible de se savoir traquée, isolée... Elle était la cible principale d'un adversaire qui la dominait absolument, et auquel elle n'échappait que par une chance inouïe. Hélas, ce n'était pas la première fois qu'elle éprouvait cette sensation, et la tenaille rouillée qui lui enserrait les entrailles la transperçait d'une douleur par trop familière.

Elle inspira profondément, et retrouva son calme de manière étonnante. Décidément, bien qu'ayant traversé les pires situations imaginables, elle s'en sortait admirablement et parvenait à maintenir une apparence de logique. Elle n'avait pas la force de paniquer, et elle avait encore trop peur pour s'effondrer tout à fait. Toutefois, la rencontre avec l'Uruk semblait avoir prélevé quelque chose en elle, tout en lui rajoutant un poids pénible sous lequel ses frêles épaules semblaient ployer chaque seconde un peu plus. Courageuse, elle l'était. Atteinte également. Elle soupira, et passa une main sur son visage duquel toute trace de sérénité avait disparue.

- Je suppose que vous avez raison. Les hommes d'armes de la ville sauront sans doute quoi faire...

Elle-même n'y croyait pas. La présence de Kulak à ses côtés n'était-elle pas la preuve de leur incapacité à gérer eux-mêmes la situation ? S'ils s'étaient retrouvés à patauger dans les eaux des canaux de la cité, échappant de peu aux griffes tendues de la Bête qui les filait, n'était-ce pas de la faute de ces mêmes miliciens qui préféraient éviter de se confronter au splendide adversaire qui rôdait dans la nuit, et avait déjà fait tant de victimes ? Elle aurait voulu croire à la fable selon laquelle ces hommes allaient les protéger, les accueillir à bras ouverts et leur offrir asile, pain et eau. De toute évidence, elle n'était pas la seule à douter que ce scénario se réalisât jamais. Son compagnon d'infortune, en lui enjoignant de fuir la ville et de refaire sa vie ailleurs, anticipait sans doute déjà le torrent de problèmes qui allait s'abattre sur eux. Elle essayait de penser à la meilleure solution, ou plutôt à une solution qui ne les exposerait pas aux malandrins que la cité de Dur'Zork recrutait pour assurer la "sécurité". Toutefois, gelée, elle était incapable de penser clairement et avait l'impression que son cerveau refusait d'assembler les pièces éparses d'idées fragmentées.

Elle se blottit de nouveau contre Kulak, volontairement cette fois, afin d'y trouver un peu de chaleur. Peut-être également pour y puiser un bref réconfort. Elle ressentait toujours une pointe de honte, à se trouver ainsi aussi près d'un homme, mais il lui semblait qu'ils avaient traversés assez d'épreuves ensemble pour se dispenser de continuer à se laisser entraver par de tels sentiments. Il était désormais question de survie, et elle ne pouvait nier que les bras protecteurs du guerrier, refermés autour d'elle comme un bouclier, étaient plus agréables que la morsure du monstre auxquels ils venaient à peine d'échapper. Elle resta un moment silencieuse, retrouvant progressivement des forces, cherchant dans le même temps ses mots :

- Quitter Dur'Zork... Je pensais pourtant en avoir fini de fuir... J'aurais aimé qu'il y ait une autre solution.

Oh oui, elle aurait aimé. Elle s'était attachée à la ville, en dépit des circonstances étranges de son arrivée et de la guerre qui avait ravagé le pays peu après. Ce terrible coup du sort n'avait pas entamé son espoir de pouvoir y construire une nouvelle vie. Elle se fichait assez de savoir si les gens du Nord ou du Sud étaient à la tête de la ville. Elle ne connaissait pas assez le Harondor pour savoir s'il valait mieux être gouverné par l'Usurpateur ou par les Pirates, même si ses origines orientales la poussaient instinctivement à se méfier des gens du Gondor. Tout ce qu'elle espérait, c'était un peu de stabilité, la paix, et l'espoir de pouvoir mettre ses compétences au service de ceux qui en avaient le plus besoin. Mais le vrai monde, celui dans lequel elle n'était pas protégée par son nom et son rang, ne lui donnait pas l'opportunité de choisir son avenir. Le destin l'emportait dans sa course folle aussi assurément que si elle s'était retrouvée propulsée au milieu d'une tornade. Aujourd'hui, les vents violents la jetaient en pâture à l'inconnu et à l'aventure qui s'emparaient d'elle, et menaçaient de la jeter de nouveau sur les routes.

- Je devrais pouvoir retrouver mon chemin, fit-elle non sans manifester une résignation désabusée. Je... Je voulais vous dire...

Lui dire quoi ? Le remercier ? Devait-elle réellement le remercier alors qu'il l'avait traînée au milieu de cette affaire sans vraiment se soucier des conséquences ? Assurément, sans son intervention inopinée, elle n'aurait jamais été propulsée face à l'Orc, et à ces bandits, et dans cette eau glacée, et dans cette nuit noire. Mais était-ce bien vrai ? La créature semblait déterminée à lui faire payer les sévices qu'elle avait subie, et il ne paraissait exister aucune force capable de l'arrêter... Alors aurait-elle eu davantage de chances de son côté, ignorant tout de la menace qui planait sur ses épaules ? Aurait-elle été plus ravie si, déambulant négligemment dans les rues de la capitale Harondorim, elle s'était retrouvée nez à nez avec l'incarnation de la sauvagerie et de la brutalité surgie des profondeurs d'Arda pour la tailler en pièces ? Ne préférait-elle pas, tout compte fait, la présence dérisoire mais curieusement rassurante de Kulak ? Pouvait-elle réellement en vouloir à l'homme qui avait eu cent fois l'occasion de l'abandonner à son sort, mais qui toujours avait eu la bonté de tendre la main vers elle pour ne pas la laisser derrière ? Un homme qui n'avait eu de cesse de vouloir rattraper sa première erreur, qui avait été d'emmener une jeune femme innocente au devant du danger le plus ignoble et le plus malsain.

Alors oui, sans doute qu'il méritait des remerciements, finalement.

Mais elle n'eut jamais le temps de les formuler. Elle fut interrompue dans son entreprise par une voix plaintive, faible, pitoyable. C'était la voix d'un enfant, mais auraient-ils pu dire avec certitude s'il s'agissait d'un petit garçon ou d'une petite fille ? Certainement que non. Leurs yeux partirent dans le même mouvement à la rencontre de la silhouette chétive qui marchait dans leur direction. Mais ce n'était pas un gamin innocent qui allait vers eux désormais. Un gamin n'aurait certainement pas porté cette longue cape d'un gris chaleureux comme une averse. L'innocence, quant à elle, ne leur serait pas apparue en brandissant des poignards argentés qui brillaient dans le soir en leur promettant une brûlure carmin.

- Qui est-ce ? Demanda Haur sans dissimuler son effroi.

Un milicien à l'excentricité prononcée ? Un détrousseur content de tomber sur deux victimes qui semblaient l'attendre bien sagement ? Ou pire ? La jeune femme n'avait pas la force de prendre ses jambes à son cou une nouvelle fois, et elle doutait sincèrement que Kulak fût en mesure de rivaliser avec cette menace armée qui continuait à approcher. La silhouette s'immobilisa bientôt, et souffla d'une voix misérable :

- Pourquoi courez-vous donc aussi vite ?

C'était presque comme si la voix enfantine... comme si elle le leur reprochait. Haur resta un instant interloquée, se demandant si c'était sa maîtrise du Commun qui lui échappait, et si un double-sens ne s'était pas glissé dans cette phrase apparemment anodine. Mais un bref regard vers Kulak lui apprit qu'elle n'était pas la seule à manifester de l'étonnement. Et la voix de reprendre :

- C'est toujours pareil... Toujours...

La silhouette leva le bras en tenant son poignard par la lame. Le bras partit à toute vitesse. Le couteau demeura immobile. Haur s'était protégée, craignant déjà de voir la mort fondre sur elle en décrivant une courbe élégante dans les airs avant de venir se ficher avec un bruit mat dans sa poitrine.

- Ça ne sert à rien... Lâcha la voix qui semblait au bord des larmes. Pourquoi tant de violence...? Dites-moi juste comment tuer l'Orc, et je vous laisserai partir... Oh, et agenouillez-vous, s'il-vous-plaît.


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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyDim 30 Avr 2017 - 12:20
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On pouvait s'attendre à ce que l'inattendu devienne banal quand on y était confronté à de nombreuses reprises, qu'une certaine habituation s'installe. On pouvait s'attendre à ce que de nouveaux événements incongrus ne fassent plus au duo d'enquêteurs ni chaud ni froid, sans mauvais jeu de mots. Mais ce n'était pas le cas. Les genoux au sol, Kulak levait des yeux incrédules vers cet individu étrange qui s'amusait avec eux. Qui s'amusait avec eux comme l'enfant dont il employait le ton. Il avait d'abord cru à un hurluberlu excentrique en quête de distraction, jusqu'à ce que la voix enfantine parle de « l'Orc » et s'enquière de la manière de pouvoir le tuer. Alors il lui sembla comprendre qui était ce curieux personnage au visage dissimulé...

- Ecoutez, j'ai un peu pataugé au début de mon enquête, j'ai perdu plusieurs jours avant d'identifier une piste et de tomber sur la bonne maison. C'était un travail de fourmi et j'ai fait aussi vite que j'ai pu, mais je vois que ce n'est pas assez vite pour Nârkhâsis...

Pour sûr, les dégâts et les atrocités de l'uruk dans les nuits précédentes étaient arrivées aux oreilles du gouverneur rhûnien et attiser son exaspération, ainsi que son impatience. Et il s'était dégoté une nouvelle recrue qui avait dû l'amadouer en se prétendant plus efficace que lui, en promettant la tête de la bête sous un délai ridiculement court. Kulak prit peur... Et si l'autre avait reçu non seulement l'ordre de décapiter le monstre, mais aussi de l'éliminer lui, pour son retard dans sa mission que le gouverneur avait pu prendre pour de l'incompétence ? Sous l'ancien gouvernement il n'aurait pas craint pour sa vie, car ce genre de fautes n'était pas passible de mort, mais qu'en était-il sous le nouveau régime ? Bien que ce Nârkhâsîs lui eût semblé faire montre d'un certain sens de la mesure lors de leur entrevue, le harondorim n'était pas sot au point de ne pas savoir qu'il était le pantin des Seigneurs Pirates et que ces derniers n'étaient pas connus pour prendre des gants ni pour avoir une haute idée de la justice. Certes, celui ou celle qui leur faisait face venait de leur promettre de les laisser partir s'ils lui donnaient le renseignement voulu, mais Kulak n'était pas certain de sa sincérité.

- Vous êtes le nouvel enquêteur, n'est-ce pas ? Notre gouverneur vous a demandé de traquer l'orc à ma place et de le tuer. Vous arrivez, frais et dispos, pour finir le travail sur lequel d'autres ont déjà besogné avant vous, et recevoir des lauriers que vous n'aurez qu'à moitié mérités, et encore... On se souviendra du nom de celui qui aura ramené la tête du monstre, mais pas de ceux qui auront fait tout le travail de l'ombre.

Il prenait bien soin d'user du pluriel afin d'englober Haur Aur'va dans son discours. Les choses pouvaient prendre différentes tournures avec cette apparition soudaine, et maintenant qu'un autre représentant des autorités était mêlé à cette affaire et avait vu la jeune fille de ses propres yeux, il n'était plus du tout certain que cette dernière puisse s'enfuir de la ville ou même simplement quitter la partie en cours de route. Et Kulak voulait à tout prix que son adjuvante-malgré-elle passe pour une collaboratrice glanée au cours de l'enquête plutôt que pour l'ex-complice du vieux fou qu'elle était. C'était peut-être idiot de sa part, et cette version ne résisterait pas à des vérifications approfondies mais c'était tout ce qu'il avait trouvé dans la précipitation.

Mais plus encore que l'avenir proche, l'instant présent exigeait qu'on s'occupe de lui. L'éclat de la lune faisait luire les poignards d'un éclat glacé dans les mains de leur porteur, et si Kulak n'excluait pas la possibilité de devoir en goûter les lames quoi qu'il fasse, il savait qu'un refus de réponse lui vaudrait une mort certaine. Leur vaudrait une mort certaine.

- Je vais vous aider, maître Opportuniste. Peu importe qui reçoit la gloire et l'or tant que cela débarrasse les habitants de Dur'Zork de ce fléau !

Ce n'était pas tout à fait vrai. Certes, celui qui avait perdu son turban, son épée et son confort en cette nuit mouvementée était mû par un profond attachement à sa ville et à la population qui y résidait, mais il ne crachait pas non plus sur la récompense promise qui lui aurait assuré de meilleures conditions d'existence, encore qu'il n'eut pas à se plaindre par rapport à d'autres. Ce n'était pas non plus pour faire honte à l'individu à la cape grise qu'il disait cela. Non, il y avait une autre raison, qu'il avait du mal à s'avouer et qu'il ne percevait peut-être même pas consciemment : en fait, il voulait que la demoiselle Aur'va le prenne pour quelqu'un de bien, qu'elle perçoive les motivations louables qui avaient amené son embrigadement de force dans cette course folle et qu'elle ne voit pas en lui un de ces mercenaires prêts à sacrifier des âmes innocentes pour peu que cela puisse alourdir leur bourse. Le militaire aguerri était perturbé par ce que pensait de lui une jeune et insignifiante servante, voilà qui était inouï !

N'ayant pas le temps de méditer davantage sur l'image qu'il avait de lui-même et qu'il cherchait à redorer à travers le regard de Haur, il se contenta de présenter à l'inconnu tous les éléments qui lui paraissaient utiles pour venir à bout de la créature infernale, en une suite qui lui sembla ridiculement désordonnée :

- L'orc est en train de s'acharner contre le portail d'un hangar, là-bas, d'où viennent les hurlements et les chocs que vous entendez... Dans le hangar, son ancien dresseur qu'il veut dévorer... Quelque part sur le sol à l'extérieur, il y a le bâton de dressage qui permettait de contrôler l'orc... mais apparemment le conditionnement est rompu, il semble s'en être émancipé... Il est occupé, j'imagine que vous pouvez en profiter pour avancer en tapinois et le blesser, même si je dois vous dire que je n'ai jamais vu quelqu'un tuer un de ces monstres avec d'aussi courtes lames, et encore moins celui-ci. S'il vous repère avant d'avoir pu l'atteindre, c'est la fin pour vous...

Il lui vint alors une idée. Une idée risqué et peut-être même folle, mais c'était peut-être un bon moyen de tuer la bête une bonne fois pour toutes et elle aurait le mérite de le réhabiliter dans l'estime du gouverneur Nârkhâsîs...

- Laissez-moi vous aider, je peux faire diversion. L'orc veut me tuer et y est presque parvenu tout à l'heure, si je réussis à attirer son attention et à faire qu'il me poursuive, vous aurez d'autant plus de chance qu'il ne remarque pas votre présence, et de le prendre par surprise ! J'espère simplement que vous êtes à la hauteur et que votre coup de dague est précis.


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Ryad Assad
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Le sage fuit la bêtise, les sots la traquent EmptyLun 18 Sep 2017 - 18:57
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Un silence gêné accueillit les paroles de Kulak, lorsque celui-ci supposa que la silhouette encapuchonnée qu'il avait en face de lui était en réalité un agent du gouverneur de Dur'Zork. Cela aurait pu être vrai, en effet. Les gens du Rhûn n'étaient pas connus pour être particulièrement patients, et les pirates encore moins. Ils souhaitaient obtenir des résultats, et ils avaient très bien pu programmer certains de leurs agents pour intervenir si la situation dérapait. Or déraper était un mot bien faible pour qualifier le chaos qui s'abattait dans les rues de la cité méridionale. La perle du Sud était secouée dans ses fondations par la furie d'une créature de cauchemar, taillée pour la guerre, qui devait encore être occupée à enfoncer la lourde porte de bois derrière laquelle se trouvait selon toute vraisemblance le vieil Idj que tant de monde recherchait. La voix d'enfant – étrangement dérangeante dans ce corps d'adulte dont pas un centimètre de peau ne semblait apparaître au grand jour – s'insurgea tristement contre le portrait bien sombre qu'était en train de dresser son prisonnier pour l'heure.

- Non, non, je vous assure que ce n'est pas ça…

Discernait-on… du regret ? Un regret sincère, comme si la petite voix s'en voulait affreusement que le premier enquêteur pût croire qu'elle était là pour prendre sa place. Avec une démarche qui transpirait le remord, l'inconnu glissa vers Haur et lui prit tendrement le visage dans les mains. La jeune orientale demeura pétrifiée, incapable de bouger. Elle pouvait lire dans les yeux d'un bleu intense qui la fixaient ardemment une profonde tristesse qui ne pouvait être feinte. Leur rencontre à la voix gamine – à défaut de pouvoir affirmer avec certitude s'il s'agissait d'une voix féminine ou masculine – était émue aux larmes. Toutefois, c'était bien tout ce que la jeune femme du Rhûn pouvait voir, car le reste du visage était dissimulé par un masque élaboré duquel bien peu transparaissait. Elle pouvait sentir le contact chaleureux du cuir d'une paire de gants sur sa peau, mais elle n'oubliait pas la présence des lames argentées qui ne s'étaient pas éloignées… bien au contraire.

- Cela me blesse que vous puissiez penser cela, enquêteur…

Léger trouble. L'enfant répondait à Haur en conservant son visage à quelques centimètres seulement de celui de la jeune femme, mais semblait s'adresser entièrement à Kulak. Ce drôle d'hurluberlu était-il fou ? Difficile d'en douter. Sa pauvre victime, prise entre ses mains, ne pouvait pas détourner le regard un seul instant, et elle se retrouvait absorbée par ces iris marins dans lesquels il lui semblait se noyer. Absorbée, envoûtée par ces yeux, elle ne pouvait guère se détacher du flot d'émotions qu'elle y lisait. La voix reprit, émergeant d'un visage d'albâtre immobile et froid comme les eaux glacées dans lesquelles les deux aventuriers avaient plongé :

- Je… Je voulais débusquer la créature avant vous… Je vous l'assure… Mais comment savoir où chercher dans une ville aussi grande ? J'ai fait de mon mieux pourtant !

Un silence, un sanglot ? Vraiment ? Le masque reprit, toujours aussi anéanti :

- Et maintenant, des gens doivent souffrir… Oh pardon, pardon…

Pour déroutant qu'il fût, le manège de la silhouette à la voix ingénue ne détourna pas Kulak de ses préoccupations les plus immédiates, à savoir survivre. Il était facile de se laisser envoûter par le désespoir et le chagrin de l'autre, mais cela ne faisait pas totalement oublier la menace de poignards brandis par des mains trop assurées pour hésiter au moment de frapper. Le guerrier choisit la voie de la négociation et de la raison, proposant spontanément son aide à un inconnu dans l'espoir de parvenir, ensemble, à terrasser la bête qui menaçait la cité. Dur'Zork ne dormirait pas un paix tant que ce monstre rôderait, et que personne ne se dresserait courageusement devant lui.

Haur, qui assistait à l'échange sans y participer vraiment, se demanda s'il était bien prudent que Kulak proposât son aide à cette personne masquée. Après tout, si elle cherchait l'Uruk, avait-elle encore besoin de leur assistance pour réussir à tuer la créature ? L'inconnu était-il réellement intéressé par la prime qui devait planer sur la tête du monstre, ou bien était-il là pour autre chose ? Comment savoir ? Un des poignards froids vint se presser contre la joue de la jeune femme qui avait eu le malheur d'être l'assistante de Idj. Le contact de l'acier affûté lui tira un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid nocturne qui transperçait sa peau comme une armée de ronces. C'était la peur. La peur viscérale qui prenait naissance au creux de son estomac, et qui se déployait comme des tentacules insidieux enserrant son cœur, son cerveau, et ses muscles. La jeune femme était paralysée, et elle avait l'impression que son corps assurait les fonctions de survie basiques, mais qu'il était incapable de répondre à la moindre de ses commandes. Il y avait quelque chose chez leur interlocuteur qui la mettait incroyablement mal à l'aise, qui la terrifiait, mais elle était incapable de mettre précisément le doigt sur ce qui la perturbait le plus. Entre la voix non naturelle, l'attitude dérangée, et les menaces voilées, il était bien difficile de faire un choix…

Le masque s'inclina légèrement, et ses sanglots cessèrent un instant. La proposition de Kulak semblait avoir eu l'effet escompté :

- Faire diversion… Oui… Cela pourrait marcher. Et nous pourrions tout arranger. Oui, cela lui ferait plaisir…

La situation était assez déstabilisante, car si la voix observait Haur pendant qu'elle interagissait avec Kulak, il y avait des moments où elle semblait se parler à elle-même… Voire à quelqu'un d'autre.

- Relevez-vous, s'il-vous-plaît… Partons tous les trois à la rencontre de cette créature.

Les deux prisonniers furent contraints de s'exécuter. Même Haur. La jeune femme n'avait pas beaucoup d'importance, et sa contribution serait sans doute minime, mais l'assassin ne pouvait pas la laisser partir. Il n'était pas permis de juger de la dangerosité de quelqu'un simplement à cause de son physique, et ce n'était pas parce qu'elle avait l'air ingénu qu'il fallait la sous-estimer. Non. Elle viendrait avec eux, et tant pis si elle devait se faire arracher un bras par la bête. Ils ne communiquèrent guère pendant le trajet, se contentant d'avancer avec les mains bien en évidence devant la menace des lames qu'agitait toujours la silhouette. En se relevant, Kulak avait pu constater qu'il rendait une bonne tête à celle-ci, et qu'il aurait pu facilement la dominer physiquement, si ces poignards n'avaient pas été là. Du moins… c'était ce que laissait penser le corps svelte et fin qui se dessinait sous cette cape et ce capuchon. Mais le conseil qui valait pour le masque valait aussi pour le harondorim : faire preuve de prudence, et ne pas sous-estimer son adversaire. Ils déambulèrent dans les rues dont le silence pesant n'était rompu que par le bruit sourd et régulier vers lequel ils se dirigeaient. Le monstre. Les habitants de la ville, conscients du danger mais trop peureux pour l'affronter, s'étaient retranchés chez eux. Les volets fermés, ils s'étaient sans doute barricadés à l'intérieur en espérant que rien ne viendrait les tirer de leur demi sommeil pour leur trancher la gorge. Hélas pour les aventuriers malchanceux qui marchaient à la rencontre de leur pire cauchemar, les gardes faisaient preuve de la même couardise que ceux qu'ils étaient censés protéger. Depuis qu'ils avaient été pris en chasse, Kulak et Haur n'avaient pas croisé la trace d'un seul membre de la milice. Les hommes engagés pour patrouiller dans les rues, souvent des repris de justice ou d'anciens esclaves que l'on avait fait venir de loin au Sud, n'étaient pas prêts à mourir pour une ville dont ils ne connaissaient rien. Ils fermaient les yeux, tournaient les talons en sifflotant pour couvrir les plaintes coupables des vestiges de leur conscience, et s'en allaient plus loin pour se retrouver hors de portée de l'orc. La créature, ils le savaient, ferait une autre victime ce soir… ils n'entendaient pas être celle-là.

Bientôt, Kulak et Haur se firent plus tendus, ce qui indiqua au masque qu'ils se rapprochaient de l'endroit où aurait lieu la mise à mort. La bête continuait de tambouriner, ils l'entendaient distinctement. A la réflexion, le commentaire du mercenaire n'était pas idiot : il faudrait être particulièrement vif et précis pour tuer un uruk enragé avec de simples dagues. Viser les yeux, la tête pour essayer de le déstabiliser, ou bien essayer de glisser sous les côtes pour frapper au foie… C'était le scénario le plus critique, car l'assassin espérait ne pas avoir à approcher le monstre de face. En l'attaquant dans le dos, furtivement, il était possible de lui entailler profondément la colonne vertébrale avant qu'il n'eût le temps de comprendre d'où était parti le coup. Une seule estocade décisive pouvait mettre un terme au combat. Encore fallait-il réussir à s'approcher assez près, et pour cela il faudrait tout le concours des deux enquêteurs en herbe, toujours trempés de la tête aux pieds. Le masque leur fit signe de s'arrêter à l'abri, hors de vue, pour convenir d'un plan d'action :

- Vous m'avez dit que ces créatures étaient contrôlées par un bâton, c'est bien cela ?

La voix poupine faisait référence à ce que Kulak avait mentionné peu de temps auparavant. Les orcs étaient conditionnés selon une méthode utilisée à Umbar, et ils apprenaient à craindre un bâton que les dresseurs appelaient souvent « bâton de commandement » ou « bâton de domination ». Ils tapaient sur les orcs jusqu'à les briser, et quand les créatures voyaient le symbole de leur asservissement elles se recroquevillaient pour échapper à une éventuelle punition. Le procédé était simple à comprendre, mais dur à appliquer, et plusieurs fous avaient payé de leur vie un conditionnement raté. Il fallait être capable de détruire littéralement l'esprit d'une créature qui ne pensait pas comme un humain. Les orcs étaient des monstres qui ne connaissaient que la violence et la souffrance, ce qui signifiait que pour réussir à les briser il fallait faire preuve d'une cruauté sans égale… tout en s'assurant que le sujet resterait en vie. Idj avait sans doute fait preuve de négligence, à moins que ses bras fatigués n'eussent pas eu la force de briser les dernières barrières mentales de l'uruk. Dans tous les cas, le bâton était inutile… les deux enquêteurs avaient pu le constater. Haur, qui était demeurée bien silencieuse, se permit de participer à cette conversation de laquelle elle avait envie de s'échapper :

- Le bâton est inefficace, désormais. Un uruk libéré de son conditionnement est totalement imprévisible, et celui-ci s'est toujours montré particulièrement récalcitrant.

- Tant de souffrance… Souffla tristement la voix. Je n'aurai aucun plaisir à mettre un terme à son existence, mais il le faut… Pensez-vous que ce bâton pourrait encore effrayer la créature ? Au moins l'espace de quelques secondes ?

Haur faillit répondre « non », et puis elle se souvint de ce qu'elle avait vu de ses yeux. Les bandits, dressés face à l'orc pour essayer de le dominer. Pendant un instant, elle avait cru qu'ils allaient réussir à le soumettre à leur volonté, qu'ils allaient le mettre à genou. L'impression fugace avait été rapidement remplacée par le déchaînement de violence de la bête, mais il était possible… possible seulement… que le bâton pût encore avoir de l'effet.

- Rien n'est sûr… Commença la jeune guérisseuse. A mon avis, il ne sera probablement pas insensible à la vue du bâton. Il pourrait hésiter.

Le masque hocha la tête :

- Je m'en veux de vous demander cela, mais vous avez les meilleures chances de réussir à récupérer le bâton.

- Moi ? Demanda Haur, surprise.

- Non, répondit la voix. Lui.

Les yeux bleus, visibles par les deux fentes minuscules creusées dans le masque, observaient un espace indéfini situé exactement entre Haur et Kulak. Il n'était donc pas facile de savoir à qui étaient destinées les paroles qui sortaient de cette bouche immobile. L'enquêteur, puisque c'était bien à lui que l'on faisait appel, n'avait pas vraiment le choix. Non seulement car il était toujours à la merci de l'individu étrange qui leur faisait face, mais aussi parce que le plan n'était pas aussi mauvais qu'on aurait pu le croire. Bien entendu, il devrait assumer tous les risques, mais n'était-ce pas finalement leur meilleure chance ? C'était sans doute le seul moyen de créer une diversion capable d'immobiliser le monstre, et de lui porter un coup fatal. Mais il fallait espérer que le bâton se trouvait toujours à l'endroit où il était tombé…

- Trouvez le bâton, menacez la créature avec, et laissez-moi finir le travail, résuma la voix.

Il restait quelques menus détails, comme par exemple savoir de quelle direction ils attaqueraient, et bien entendu le fait de donner une arme à Kulak – ce à quoi le masque se refusait obstinément. Haur se désengagea de cette conversation, et prêta attention à l'environnement autour d'elle. La nuit s'était définitivement installée, et aucun porteur de lanterne n'était venu allumer l'éclairage des rues, si bien qu'il faisait très sombre là où ils se trouvaient. Même la lumière de la lune et des étoiles ne parvenait pas à dissiper l'obscurité qui avait pris place autour d'eux, et semblait ne plus vouloir les abandonner. Tout était calme, immobile, et elle se surprit à entendre le bruit de son cœur dans sa poitrine. Profond. Régulier. Elle s'effraya elle-même. La vie avait-elle posé son empreinte sur son existence au point que toutes ces cavalcades et ces dangereuses rencontres ne l'effrayaient plus ? Etait-elle devenue insensible à la peur, à la violence et à la mort qui l'entourait et dont elle était victime plus souvent qu'elle ne l'aurait voulu ? C'était une pensée désagréable, et elle se prit à se dégoûter elle-même. Elle ne voulait pas devenir un monstre sans cœur. Et puis soudainement, une pensée la frappa comme un coup de poing en plein visage.

- Tout est calme…

- Hm ? Ce fut tout ce que le masque trouva à dire, avant que le chaos ne s'abattît sur eux.

Surgi de nulle part sous la forme d'un démon griffu, la mort fondit dans leur direction et les envoya valdinguer comme des poupées de chiffon. Haur n'avait pas eu le temps de comprendre. Son corps quitta soudainement le sol avant qu'elle sentît l'impact du coup qui l'avait propulsé contre les pavés inégaux de Dur'Zork. Elle les heurta avec tant de force qu'elle vit danser des étoiles devant ses yeux, et qu'un liquide gluant à la texture désagréable se mit à couler le long de son arcade sourcilière, l'aveuglant à moitié. Les quelques secondes qui suivirent lui parurent durer une éternité. Elle roula pour se mettre sur le ventre, et se redressa sur les coudes et les genoux pour essayer de retrouver une posture décente. Ce fut à ce instant que, comme si elle venait d'émerger de l'eau, elle fut frappée par le rugissement sauvage de la bataille. A quelques mètres d'elle seulement, le combat le plus intense qu'il lui avait été donné de voir faisait rage. Un poignard s'envola dans les airs, bientôt suivi par un corps masqué qui traversa son champ de vision comme un oiseau. Un oiseau maladroit qui alla s'encastrer directement sur une pile de caisses usagées comme on en voyait souvent dans les villes. Le masque, sonné mais pas vaincu, s'extirpa des décombres et réussit à éviter de justesse la charge du monstre qui renversa tout sur son passage. Kulak voulut partir en direction de l'entrepôt. Pour s'enfuir ? Pour récupérer le bâton ? Qui pouvait le dire ? Il fut arrêté dans son entreprise par l'uruk qui lui lança un coup de griffe redoutable en plein thorax. Le cuir ne fut pas tranché, mais le coup fut si terrible que le guerrier décolla de terre avant de retomber plus loin, sonné. L'assassin, vacillant sur ses jambes, s'efforçait d'esquiver les charges de la créature en agitant sa dernière dague. L'uruk avait déjà deux ou trois estafilades qui lui rappelaient que le plus petit de ses deux adversaires était aussi le plus menaçant, et qu'il valait mieux ne pas l'approcher. Avec une force inhumaine, il se pencha pour arracher un des pavés de la route, et pour le projeter comme un boulet. Le tueur se jeta de côté, mais n'esquiva pas le revers de l'orc qui le cueillit en plein visage au moment où il se relevait.

Haur avait observé la scène, ouvrant grand la bouche sans en revenir. Son protecteur, Kulak, ne faisait pas le poids face à la furie de la créature. Pas davantage que l'assassin qui ne pouvait que retarder l'échéance. Une pensée s'imposa dans l'esprit de la jeune femme : ils allaient mourir. Ils allaient tous mourir, si elle ne faisait rien pour l'empêcher. La vision de l'enquêteur en train d'affronter cette bête à mains nues pour la protéger lui procura le courage nécessaire pour se relever, et se mettre à courir de toutes ses forces. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour sentir le regard de l'uruk glisser sur elle, et l'identifier comme une nouvelle cible. Elle était persuadée qu'il avait reconnu son odeur, et c'était peut-être elle qui l'avait attiré involontairement vers leur cachette pendant qu'ils discutaient de comment le surprendre. Il la traquait, comme il traquait Idj… sauf qu'elle n'avait pas la chance d'avoir une lourde porte barrée entre elle et le monstre. Il faisait nuit, il faisait sombre, et pourtant elle savait exactement où elle allait. Elle avait vu le bâton tomber, et elle avait gravé ce détail dans son esprit, en sachant qu'il serait important. Pour la première fois de toute la journée, elle avait eu une excellente idée. Une idée qui pourrait lui sauver la vie. Leur sauver la vie à tous. Elle finit par repérer un objet posé là, et sa main se referma dessus dans l'instant.

Elle n'en revenait pas. Elle l'avait fait !

Sa joie passagère disparut bien rapidement quand, en se retournant, elle vit la silhouette massive et trapue de l'orc fondre sur elle. Elle avait vu Idj le faire plusieurs fois, et même si elle avait toujours trouvé cela répugnant, abject et inutile, elle n'avait pas pu oublier le geste. A l'instar son employeur avant elle, elle leva bien haut le bras qui tenait le bâton de commandement, et cria :

- Stop !

L'uruk, comme frappé par un sortilège, s'immobilisa net. Il se pétrifia à moins de trois mètres d'une Haur qui, terrifiée, put enfin poser les yeux sur ce visage qu'elle ne connaissait que trop bien. Ces traits anguleux, déformés par les sévices et la vie. Ces yeux enfoncés comme des cavernes sombres au fond desquelles brûlait encore les flammes d'une intelligence sauvage, ravivées par le parfum de la liberté et par l'appel de la vengeance. Ce souffle puissant exhalait toujours la même puanteur fétide, qui glissait sur ces crocs pointus, sales et couverts de sang. L'uruk allait le torse nu, exhibant une musculature spectaculaire pour un membre de son espèce. Ce n'était pas un de ces orcs chétifs que l'on pouvait croiser dans les marchés : Idj avait demandé un spécimen d'exception, et ses contacts Khandéens avaient répondu à ses attentes. Cet orc-ci était un meneur, une machine de guerre, une perle rare même parmi ses pairs.

Et elle le tenait à sa merci.

Pendant un bref instant, elle goûta à l'ivresse du pouvoir. Elle contrôlait le monstre comme s'il s'agissait d'une extension de sa propre volonté, et il avait suffi qu'elle criât « stop » pour qu'une bête capable de terrasser à elle seule une demi-douzaine d'adversaires s'immobilisât à ses pieds comme un chien bien dressé. Cette sensation grisante pouvait faire tourner la tête, mais Haur n'était pas de ce genre, et elle revint rapidement à la réalité. La triste réalité. Le plan était simple : faire diversion avec le bâton, pour permettre à quelqu'un d'enfoncer une dague dans le corps de l'uruk. Si la première partie avait été réussie, contre toute attente, c'était la seconde partie qui coinçait. Les renforts n'étaient pas là… ils n'arriveraient jamais. L'assassin, chancelant, s'était relevé du coup reçu par la bête. Une partie de son masque s'était brisée sous l'impact, révélant un carré de peau nue et imberbe au niveau de la mâchoire et du bas de la joue, sans pour autant dévoiler son identité. Kulak, quant à lui, récupérait difficilement. Son regard accrocha celui de Haur, et cette dernière comprit qu'elle avait utilisé sa dernière chance. Elle avait fait tout cela pour rien, et sa mort était imminente.

L'uruk avança d'un pas.

Elle recula d'autant. Son bras se baissa progressivement, alors qu'elle sentait le contrôle qu'elle exerçait sur la créature s'effilocher.

Nouveau pas en avant. Elle recula encore. Le bâton quitta ses mains, et retomba sur le sol avec un bruit clair. Ce « bâton de domination » était si léger… Si ridicule en comparaison de la puissance brute qu'elle avait en face d'elle. L'uruk la dominait de toute sa taille, plus grand, plus large, plus lourd. Elle n'avait pas la moindre chance. Il ramassa le bâton, non sans marquer un temps d'arrêt comme s'il surmontait une crainte viscérale, et leva l'objet de son tourment entre ses yeux et ceux de Haur. Ils restèrent à s'observer par-dessus le symbole d'asservissement pendant une seconde. Une longue et intense seconde. Et il le rompit. D'un geste sec, rageur, il brisa le bâton et avec lui tous les espoirs de voir la créature être enfin maîtrisée.

C'en était fini. L'uruk était libre.

Les deux parties du bâton retombèrent au sol, mais Haur ne pouvait pas décrocher son regard de ces yeux malfaisants qui la fixaient. Elle allait mourir. Elle allait mourir. Cette pensée tournait en boucle dans son esprit, sans vouloir l'abandonner. Elle ferma les paupières, et ses yeux captèrent un sifflement dans l'air. Comme le bruit d'une griffe fondant à toute vitesse vers sa proie pour la mettre à mort. Elle se raidit. Se figea.

Attendit…

Il y eut un bruit mat, puis un rugissement rauque. Et il ne venait pas d'elle. Elle ouvrit les yeux pour découvrir, à sa grande stupéfaction, que l'uruk avait été frappé dans le dos par un trait qui lui avait transpercé l'épaule. La pointe de la flèche, tachée de sang noir, ressortait droit devant elle alors que la créature trébuchait en avant, cherchant à conserver son équilibre. L'impact terrible ne l'avait pas jetée à terre, ce qui était déjà miraculeux, mais l'étourdissement finit par lui faire mettre un genou au sol. Haur, qui n'en revenait pas d'être toujours en vie, tourna la tête vers Kulak et l'assassin en s'attendant à les voir triomphants, mais ni l'un ni l'autre ne la regardaient. Ils observaient tous deux dans une autre direction, d'où apparut une nouvelle silhouette. Celle-ci portait un arc, et s'apprêtait de toute évidence à achever la bête. Qui était-ce ? Un garde qui s'était finalement décidé à intervenir ? Non… Il n'en avait ni l'allure, ni l'attitude. On aurait plutôt dit un voyageur à l'air fatigué, malade, mais au regard perçant. Le type était de toute évidence déterminé à empocher la prime, et sa présence ici ne pouvait pas être une coïncidence. Ceux qui ne craignaient pas la menace que représentait l'uruk avaient patiemment attendu leur heure et, profitant de la diversion bienvenue, cet opportuniste en chef avait sauté sur l'occasion.. L'arc fut bientôt bandé, et une voix s'éleva :

- Je ne t'ai pas sauvée pour que tu protèges ce monstre, alors écarte-toi jeune fille où je devrai te tuer aussi.

Haur s'était spontanément interposée entre le tireur de l'orc. Sans savoir pourquoi. Elle leva les bras, et cria :

- Non, ne lui faites pas de mal !

L'archer ne cacha pas sa surprise. La jeune femme, quant à elle, laissait transparaître une détermination au moins aussi grande que la crainte qu'elle éprouvait. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle était en train de faire, mais tout à coup il lui apparaissait qu'ils ne pouvaient pas simplement mettre à mort une créature qui n'avait jamais demandé à arriver ici. L'orc avait été capturé, torturé, traqué, blessé… tout ça pour satisfaire la cupidité des hommes. Mais ces tueurs avides de sang qui la regardaient avec étonnement n'avaient pas vu la souffrance dans les yeux du monstre, retranché dans sa cage. Ils n'avaient pas vu ses tremblements nerveux quand, armé de son maudit bâton, Idj s'approchait de lui pour une nouvelle séance de conditionnement. Ils n'avaient pas entendu ses hurlements déchirants, auxquels Haur n'avait jamais pu s'habituer. Malgré la laideur et la cruauté, la jeune orientale ne pouvait pas voir dans l'uruk autre chose qu'un animal blessé qui méritait une autre fin que celle qu'on lui promettait. L'archer, n'en revenant pas, répondit :

- Foutaises… Vous n'allez quand même pas me dire que vous voulez risquer votre vie pour… ça ! Et vous là, n'approchez pas davantage !

Cette dernière injonction s'adressait à l'assassin et à Kulak, qui s'étaient rapprochés subrepticement. Le premier, qui reprenait des forces à chaque instant, gardait son arme fermement en main. Il s'était décalé doucement, cherchant un angle de tir. Il lui suffisait d'un lancer suffisamment précis pour abattre l'uruk, mais l'erreur n'était pas permise. Pour l'heure cependant, il s'était immobilisé en veillant à ne pas faire de geste suspect. L'archer les tenait en joue, mais il ne pouvait pas viser tout le monde à la fois. Il devrait faire un choix. Essayer d'abattre sa cible principale, au risque de toucher la jeune femme et de donner la possibilité à la créature de filer ? Abattre la jeune femme froidement, puis décocher un nouveau trait immédiatement sur le monstre, au risque de s'exposer aux deux tueurs ? A quoi pouvait bien servir une prime s'il était mort ? Ou bien devait-il d'abord se débarrasser des menaces dans l'ordre, en commençant par les guerriers, puis en finissant par la femme ? Non, il n'aurait pas le temps. Il était certain que s'il décidait de décocher un trait, les choses bougeraient bien trop vite par la suite pour qu'il pût en décocher un deuxième.

- Bon… Reprit-il. On est mal barrés…

Ils étaient dans une impasse.

Les sots.


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