Commerce au sud du Poros

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Mardil
Espion de Rhûn - Grand Guru du Culte Nathanaïque
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Dim 13 Mar 2016 - 19:04

Ella jetait un dernier coup d’œil à son manoir d’Osgilliath lorsqu’on vînt la prévenir que Evart Praven venait d’arriver. Elle alla le saluer rapidement avant qu’ils ne se mettent en route. En temps normal, ils auraient voyagé par bateau jusqu’au Harondor mais des rapports faisaient état de pirates sur les côtes de son pays et elle préférait ne pas courir de risques inutiles. Cela leur permettrait de parvenir au Harondor par le nord et elle pourrait faire un détour vers son haras avant de rejoindre Djafa. Ainsi Evart aurait la possibilité de voir certains de ses domaines, ce qui pourrait s’avérer utile pour la suite.

Elle aurait souhaité partir simplement à cheval mais cela n’était guère possible. Aussi bien elle qu’Evart voyageaient avec plusieurs malles d’effets personnels et les deux charrettes qui transportaient tout cela ne pouvaient voyager bien rapidement. Ella avait apprêté un char en bois pour elle-même et sa suivante mais il n’aurait pas été convenable que son secrétaire voyageât avec les femmes aussi l’avait-elle laissé prendre ses propres dispositions pour son confort.

Le convoi était renforcé par de nombreux gardes. Après ce qui était arrivé à l’un de ses convois de marchandises, la Grande Marchande ne voulait prendre aucun risque pour sa sécurité. C’est donc cachée par les épais panneaux de bois de son char qu’elle quitta Osgilliath. Le temps était magnifique bien qu’un peu frais au goût d’Ella alors que les gondoriens prétendaient qu’il faisait chaud pour un matin en cette saison. Elle avait donc passé un long manteau de fourrure par dessus sa tenue. Non seulement pour la protéger du froid ambiant mais surtout pour que personne ne remarque sa tenue de cavalière qui, selon les standards du Gondor en tous cas, n’était pas convenable pour une dame de sa position.

Les robes gondoriennes avaient beau être belles, elles rendaient totalement impossible l’équitation. Cela était logique étant donné la place laissée aux femmes dans cette nation aussi Ella essayait-elle de ne pas trop s’en formaliser. Elle avait hâte de revenir dans son propre pays cependant. Les tenues d’équitation du Harondor étaient volontiers unisexes. Elle avait enfilé une tenue de cavalière classique, couleur sable et crème. Elle était couverte de la tête aux pieds afin de se protéger du soleil. Si cela n’était pas nécessaire au Gondor, Evart apprendrait bien assez tôt à se méfier de l’astre solaire lorsqu’ils pénétreraient au Harondor.

Bien avant midi, elle comprît qu’elle ne pourrait tolérer les balancements du char tout au long du voyage. Ces derniers lui donnaient la nausée et elle ne pouvait profiter du grand air, tapie derrière ces épais murs de bois. Elle prît son mal en patience mais lorsqu’ils s’arrêtèrent pour déjeuner, elle prit la décision qu’elle ne remonterait pas dans cet engin de malheur. Ils avaient depuis longtemps laissé Osgilliath derrière eux de toute manière et se trouvaient dans l’Emyn Arnen. D’ici à la tombée de la nuit, ils auraient pénétré dans l’Ithilien Sud. Ella savait qu’il leur faudrait plusieurs jours afin de traverser cette vaste région boisée.

Au lieu de suivre le fleuve, ils avaient pris la route qui longeait les Monts de l’Ombre. Les terres d’Ella se trouvaient au nord-est du Harondor et il était plus logique de prendre ce chemin. Cependant, Ella ne pouvait s’empêcher de penser au mal qui avait élu résidence derrière ces hautes montagnes durant des millénaires. Si la route est était désormais sure, les gens continuaient à préférer la route de l’Anduin, probablement à cause de toutes les histoires concernant les anciennes terres de Sauron. Ella n’en avait cure. Le mal en Mordor avait disparu depuis des siècles et ses ennemis ne l’attendaient pas sur cette route-ci. De plus, elle avait déjà eu l’occasion de l’emprunter et elle savait qu’il n’y avait rien à craindre. Les officiers du roi veillaient sur toutes les routes du Gondor et il n’y avait pas eu d’incursions des orcs dans la région depuis des décennies.

Sa servante déplia une longue nappe faîte d’un tissu très résistant à défaut d’être esthétique et installa les couverts à même le sol. Ella s’excusa auprès d’Evart pour le confort très relatif mais ils ne pouvaient se permettre de s’arrêter bien longtemps. Ils seraient mieux installés pour la nuit à venir mais elle souhaitait juste se sustenter quelque peu avant de reprendre la route. Le soleil avait atteint son zénith et elle s’était débarrassée de son manteau devenu bien inutile. La température était agréable mais elle avait passé un chapeau en tissu renforcé de fer afin de se protéger du soleil.

Leur déjeuner était frugal et se composait d’une terrine de chevreuil aux cèpes servie sur de larges tranches de pain frais. Des légumes séchés légèrement salés leur servaient d’accompagnement ainsi que plusieurs sortes de fromages venant du Gondor. Des pêches et des poires des vergers du Lebenin venaient compléter le tout. Ella appréciait cette nourriture simple et le fait de manger au grand air, loin de l’étiquette qu’elle avait dû respecter ces derniers mois.

- J’espère que vous n’êtes pas trop gêné par le voyage messire Praven. Malheureusement cette route n’est pas aussi fréquentée que la route du fleuve et les relais royaux sont plus rares. Nous en trouverons un à la frontière entre l’Emyn Arnen et le sud de l’Ithilien aussi jouirons nous d’un repas plus convenable et d’un lit pour cette nuit. Malheureusement, cela ne sera pas le cas pour toutes les nuits et nous devrons nous contenter d’une tente certains soirs.

Ella sentait que le jeune homme n’était guère habitué aux longs voyages par voie de terre. Pour autant qu’elle le sache, il n’avait jamais quitté le Gondor et n’était peut-être même jamais venu dans cette partie du royaume. Aussi, elle décida de l’informer un peu plus sur ce qui les attendait.

- Il nous faudra presqu’une semaine pour traverser l’Ithilien Sud à cette allure. D’ici 6 jours, nous serons rendus aux gués du Poros où nous séjournerons une nuit avant de pénétrer au Harondor. De là, il ne nous faudra qu’un peu moins de deux jours avant d’atteindre mon domaine qui se trouve au nord de Dhar Akbhat. Nous y resterons quelques jours avant de faire route pour Djafa. Si ma mémoire est bonne, deux relais royaux se trouvent sur cette route une fois l’Ithilien atteint, ce qui nous laisse trois nuits à passer sous la tente.

Elle fît un large sourire au jeune homme. Elle espérait qu’il trouverait le voyage plaisant. Elle-même comptait en profiter avant que les obligations de son travail ne la rattrapent. Elle avait toujours aimé voyager par voie de terre. Le bateau la rendait malade, même sur un fleuve aussi calme que l’Anduin dans sa partie sud. Elle se déplaçait par bateau lorsque cela était nécessaire. Le voyage pour Djafa était deux fois moins long par bateau mais nécessitait de passer par la baie de Belfalas. Il fallait donc un bateau rompu à la mer et non simplement au transport fluvial. Une rivière reliait ensuite Djafa à l’Harnen mais cela les aurait obligés à trop se rapprocher des terres sous contrôle des Neuf et à passer par Al’Tyr, ce qu’Ella jugeait bien imprudent. Il était plus sage de prendre par voie de terre même si cela rallongeait leur voyage.

Bien sûr, ils auraient pu se rendre en bateau jusqu’au gués du Poros et continuer à cheval par la suite mais Ella avait préféré ne pas faciliter la tâche à ceux qui auraient pu souhaiter qu’un dramatique accident lui arrive sur le chemin pour le Harondor. Elle serait en sécurité dans le nord du pays mais elle avait trop de détracteurs au Gondor pour prendre un tel risque.

- Messire Praven, que diriez-vous de poursuivre ce voyage à dos de cheval ?

Ella ignorait si le jeune homme était un bon cavalier mais elle ne tenait pas à continuer le voyage dans son char. De toute façon, elle préférait rester près des charrettes, ce qui signifiait que, même à cheval, l’allure resterait plus que réduite. Si cela n’avait tenu qu’à elle, elle aurait voyagé au galop en compagnie d’Evart et d’une partie de ses gardes et aurait laissé les charrettes les rattraper par la suite. Plus tôt ils arriveraient en vue du Poros et mieux elle se sentirait.
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Evart Praven
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Mer 16 Mar 2016 - 23:44
Comme il le souhaitait, l’ensemble des demandes d’Evart avaient été acceptées. D’un côté, il n’y avait rien d’extravagant puisqu’il lui avait demandé d’amener avec lui son jeune secrétaire –un jeune homme de seize ans de bonne famille avec qu’il avait l’habitude de travailler-, de faire parvenir son courrier à Osgiliath avec celui de la Grande Marchande –après tout il comptait garder un œil acéré sur ses affaires- puis quelques autres questions d’intendance. Il était très tard lorsqu’il s’éclipsa. La nuit allait être courte puisqu’il devait retrouver Dame Desbo dès l’aube pour partir vers le Sud. Il semblait que son choix se soit porté sur une route peu fréquentée au détriment d’un moyen de transport plus rapide.

Avant même que l’aube ne se lève, Evart et son maître d’hôtel finissait les ultimes préparatifs avant le grand départ. Il préférait que tout soit prêt puisque le chef de sa domesticité partait au plus tôt pour Djafa mais il emprunterait l’itinéraire le plus rapide. Il aurait ainsi le temps de préparer sa venue, de trouver une hôtellerie digne de sa personne le temps de trouver une maison convenable et de commencer des recherches plus approfondies. En attendant, son valet de chambre –qui remplaçait le pauvre Harlaus mort moins de deux mois auparavant- s’occuperait du voyage d’Evart. Et le travail ne manquait pas puisqu’il avait loué deux grandes charrettes pour l’occasion pour emmener meubles, vins et liqueurs du Gondor, produits raffinés de Minas Tirith et Osgiliath, vêtements, papiers et documents, pièces d’art et même sa chaise à bras qu’il avait faite démonter. Il avait également acheté un carrosse pour l’occasion qu’il avait fait spécialement aménager pour passer un voyage agréable en compagnie de son homme de main Iroas, son jeune secrétaire ainsi que la forte somme qu’il avait amené pour le Sud. Un autre carrosse emmenait sa domesticité à savoir son valet de chambre, deux laquais et ses maîtres saucier et pâtissiers –il ne comptait pas abandonner toutes ses habitudes aux coutumes du Harondor-. Enfin il avait embauché trois gardes du corps, on n’était jamais assez prudent dans ses régions troubles et inconnues, pour compléter cette expédition que le jeune homme n’avait pas voulu trop nombreuse.

Ainsi, dès le petit matin, la Grande Marchande et son nouveau secrétaire particulier purent partir pour le Harondor. A dire vrai, l’escorte était maintenant considérable car la dame craignait une possible attaque et avait préférée se doter d’une garde en conséquence. Pendant un petit temps, Evart resta pensif. Il fixait le paysage qui défilait lentement derrière les petits carreaux de la fenêtre. Ce lent mouvement amenait à la réflexion. En fait, il n’avait jamais vraiment envisagé la possibilité de partir pour le Sud. Certes, il était un peu prétentieux voire stupide d’imaginer sa vie entre Minas Tirith, Osgiliath et Pelargir mais tout de même, le Harondor était probablement la région la plus instable de la Terre du Milieu et il allait se trouver au beau milieu d’un sacré désordre.

Puis il s’endormit pour quelques heures, la nuit avait été trop courte même pour quelqu’un qui dormait assez peu. Cependant la chaleur, le bruit et l’inconfort eurent raison de ce sommeil impromptu et il put se mettre à travailler. Son secrétaire avait dressé la liste des invités de la soirée de la veille et il fallait maintenant la remplir. Le jeune noble lui dictait les positions de chacun ajoutant, si cela lui paraissait pertinent, quelques-uns des propos ou positions qui avaient été tenues. En parallèle Iroas lui donnait les éléments qu’il avait trouvé sur certains d’entre eux qu’Evart jugeait nécessaire ou pas d’ajouter, il pouvait y avoir des informations sur les situations financières, les politiques commerciales, les alliances politiques… C’était une sorte de registre général des marchands de l’Anduin. Evidemment, c’était fait avec les moyens dont il disposait, c’est-à-dire assez peu, mais cela restait assez détaillé et cela pouvait peut-être apprendre des choses à la Dame du Sud. En parallèle, il lisait un livre intitulé « Histoires et Voyages dans les terres du Sud » de Guerin Alamaes, un ancien voyageur et diplomate du Roi Eldarion. Ce n’était certes pas récent mais il traitait assez bien de la géographie et l’histoire de la région ainsi que de la mentalité des gens qui y vivaient. Il l’avait payé malgré tout assez cher mais c’était un investissement plutôt bien placé.

Tandis que l’astre du jour était au zénith, ils s’arrêtèrent pour manger. La dame semblait aimer ce qui était simple et franc, elle le montra à nouveau en faisant installer une simple nappe au sol sur laquelle on disposa le repas. Cela était largement contraire aux usages mais il lui faudrait bien faire montre de souplesse. Derrière lui, ses gens s’activaient pour préparer cette pause bienvenue. Son plus jeune valet de pied –le fils d’un de ses métayers- voulut lui apporter une chaise pliante mais Evart le congédia d’un geste discret. Bien qu’il ne partagea pas du tout le goût de la Grande Marchande pour la simplicité, il faisait avec d’autant que le repas restait délicieux.Les gens d’Ella comme les siens avaient eu le bon goût de prendre leur repas de l’autre côté de la longue file de véhicules à l’exception d’un garde du corps et de deux domestiques. Il aurait été de bien mauvais goût qu’on les laissa seuls mais ils se tenaient à distance. Ella lui exposait les détails du voyage qui lui semblait très long … Voulant la rassurer, il lui répondit :

- En dépit de ce que je laisse paraître, je suis un garçon de la campagne et j’apprécie ces beaux paysages verdoyants. Ils amènent à la réflexion et à l’introspection, ne trouvez-vous pas ? Même si je vous avoue que je paierai cher pour avoir un char qui cesse ce ballotage incessant.

Puis la discussion fila sur des sujets tout aussi légers. Alors qu’ils allaient attaquer les fruits du Lebenin, son domestique apporta une grande coupelle en argent dans laquelle étaient disposées quelques sucreries qu’Evart affectionnait. Avec un plaisir, il les lui présenta :

- Vous trouverez là quelques spécialités de ma région natale, nous avons toujours eu un goût pour ces petites pâtisseries. Là il y a de petites oranges confites au miel, ces lamelles-là sont plus originales puisqu’il s’agit de confiture sèche de fleurs au goût assez surprenant.

A peine leur repas fini, le convoi se mit en branle mais tandis qu’Evart s’apprêtait à remonter dans son carrosse. Ella lui proposa de monter pour le reste de la journée. Même s’il chevauchait correctement, le jeune homme n’aimait pas vraiment le cheval qui l’empêchait de travailler et qui avait tendance à faire travailler sa jambe malade. Néanmoins il se plia volontiers car cela lui permettait de continuer sa conversion. Par contre il espérait qu’Ella montait dans les fourches comme c’était la coutume. Le califourchon était particulièrement inélégant pour les femmes et mal venu, par ailleurs, c’était assez dangereux. Profitant de cette lente et régulière chevauchée, Evart se permit de poser quelques questions au fil de la discussion. Il voulait en apprendre plus sur la situation politique et commerciale du Sud ainsi que sur la position d’Ella. Après tout s’il devait travailler pour elle, il pouvait être amené à défendre sa position –quand bien il aurait été pour ou contre personnellement- alors il préférait s’y préparer. Il la questionna donc :

- Puis-je vous demander ce que vous pensez des récents événements dans le Sud ? La partition du Harondor en deux factions semble avoir embrasé toute la région et je doute fort que la situation se fasse plus claire, non ? Ecoutant attentivement l’analyse politique de la Grande Marchande, il s’orienta vers une question plus en rapport à la Compagnie. J’imagine que c’est également très délicat pour la Compagnie qui doit tenir l’équilibre entre sa loyauté envers le Nord et le nécessaire accommodement avec le Sud. N’avons-nous pas des intérêts dans des villes comme Al’Tyr, Dur’Zork ou même plus loin dans le Harad ? Puis-je vous demander comment vous comptez maintenir ce fragile équilibre pour la Compagnie ? L’avis d’Ella était intéressant, comme souvent au demeurant, et il l’écouta avec attention. Voyant un peu mieux les choses, il continua d’approfondir vers un sujet un peu plus « proche ». Aussi je connais assez mal la situation de la Compagnie du Sud dans la région, pourriez-vous m’éclairer ? Je pensais entre autres choses à la situation politique « interne ». Comme vous le savez, vous êtes très critiquée dans le Gondor mais qu’en est-il ici ? Quels sont vos alliés, quels réseaux sont à l’œuvre…

Comme à son habitude, il laissa la dame parler puis la conversation digressa vers d’autres sujets. Alors que la fin de l’après-midi commençait à se faire sentir, une question arriva sur les lèvres d’Evart. Bien qu’elle eut pu paraître spontanée, elle ne l’était en rien mais voulait simplement marquer une certaine forme de politesse. Ainsi il demanda :

- Au fait, ma dame, il y a un sujet que nous n’avons pas encore abordé je crois. Je souhaitais donc savoir ce que vous attendez de moi et quels domaines sont recouverts par le terme « secrétaire particulier » que vous m’avez accordé ?

Quelques temps plus tard, ils purent enfin établir leurs campements pour la nuit. Les charrettes et carrosses formaient un rond qui englobait des tentes et les divers feux qui servaient tantôt aux domestiques, aux gardes ou aux commanditaires. Le repas fut, une nouvelle fois, très bons et un peu plus élaboré que le midi. Pour dormir, Evart préféra son carrosse à une tente comme c’était l’habitude lorsqu’on restait pour une seule nuit et, au petit matin, ils purent repartir pour une longue journée de voyage. Comme la veille, le jeune homme alterna entre le travail dans sa voiture et la monte en compagnie d’Ella …


Dernière édition par Evart Praven le Mer 2 Nov 2016 - 23:20, édité 1 fois
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Sam 26 Mar 2016 - 13:08

Ella ne savait que penser d’Evart, même après plusieurs jours passés en sa compagnie. Le jeune homme ne se dévoilait pas beaucoup et elle ne le connaissait pas suffisamment pour lui accorder sa confiance pour le moment. Cependant, elle reconnaissait ses capacités et son désir de bien faire. Pour l’heure il avait fait tout le nécessaire pour s’adapter à sa nouvelle existence. Le vrai test restait encore à venir malgré tout : les livres étaient loin de refléter la richesse et la diversité du Harondor.

Elle repensait à leurs conversations tandis qu’ils traversaient l’Ithilien. Elle savait qu’ils atteindraient le Poros avant la fin du jour. Elle était partagée entre l’excitation, l’impatience et une curieuse sensation d’appréhension. Elle savait que le passage par son haras de Déir-al-medir était une nécessité mais ce qu’elle voulait surtout était se rendre à Djafa au plus tôt. Ce n’était pas tant pour le travail, bien qu’elle savait avoir fort à faire, mais afin de revoir ses frères et sœurs qui lui manquaient terriblement.

Elle avait répondu le plus honnêtement possible à Evart au sujet de ses nombreuses interrogations. Malgré tout, il y avait de nombreux points qu’elle ne pouvait tout simplement pas éclaircir, ignorant elle-même les réponses à certaines questions. Alors qu’elle tentait de se reposer et qu’elle se trouvait à l’abri du soleil dans son char, elle repensa à cette première journée de voyage…

*******

Les sucreries ramenées par Evart étaient délicieuses et Ella lui en fît la remarque. Elle-même était friande de ce genre de douceurs et il lui tardait de faire goûter au jeune homme les biscuits à la cannelle et à la fleur d’oranger de son pays. Evart accepta sans difficulté sa proposition de poursuivre le chemin à cheval mais elle put lire sa désapprobation alors qu’elle montait comme un homme. Elle n’en avait cure, le jeune homme se rendrait compte très bientôt qu’elle n’était pas une exception au Harondor. Les femmes de son pays étaient plus libres que les femmes du Gondor et sûrement plus aventureuses aussi.

Leur conversation dévia rapidement vers des sujets bien plus sérieux et Ella fît de son mieux pour éclairer Evart sur les sujets dont il l’entretînt.

- C’est une tragédie, voilà ce que j’en pense.

Sa réponde était froide et elle se reprît rapidement.

- Excusez-moi messire Praven, je ne voulais pas me montrer impolie. Les gondoriens voient cela d’un œil extérieur. Ils sont déçus ou inquiets mais ils ne comprennent pas à quel point Taorin et ses comparses ont durablement blessé le Harondor. La situation de mon pays a toujours été complexe. Nous allions le meilleur du Gondor et du Harad et relions entre elles ces deux grandes régions des Terres du Milieu. Une culture riche et diversifiée est née de cette situation géographique et politique particulière. En temps de paix, le Harondor avait tellement à offrir aussi bien au Gondor qu’au Harad. Et désormais…

Elle s’interrompît quelques secondes, choisissant ses mots avec soin.

- A présent, le Harondor en tant qu’unité n’existe plus. Deux nations se sont élevées sur les cendres d’un pays magnifique. Deux nations blessées. Le genre de blessure qui ne disparaît jamais totalement et dont chacun garde la trace en lui pour longtemps. La discorde règne là où autrefois l’entente profitait à tous. Je ne veux pas paraître mélodramatique mais mon pays saigne, messire Praven. Et personne ne semble savoir comment stopper une telle hémorragie…

Elle reprît son discours d’une voix plus maitrisée. Il lui avait demandée ce qu’elle pensait et elle lui avait livré ses sentiments personnels. Or la politique n’était pas basée sur des sentiments mais sur des faits et des opinions et c’est ce qu’elle devait lui fournir.

- Au Gondor, on parle du Harondor-Nord et du Harondor-Sud. Cela ne reflète guère la réalité actuelle. Pour ma part, je suis née et j’ai vécue la plus grande partie de ma vie dans le nord du pays. Mon propre père venait du Gondor et ma famille a toujours été fidèle à l’Emir Radamanthe. Et pourtant, pour le bien du plus grand nombre, je ne lui ai pas apporté mon soutien officiellement. Mais c’est un sujet dont je vous parlerai plus tard.

Pour l’heure, j’aimerais que vous compreniez que le Harondor-Nord est deux fois plus étendu que le Harondor-Sud. Taorin dirige les terres à l’est de la grande rivière Rhuana qui se jette dans l’Harnen au sud ainsi que toutes les terres au sud de la vallée de l’Harnen. Economiquement parlant, il contrôle les régions les moins développées et les moins fertiles du pays. L’instabilité politique du royaume n’a eu que peu d’incidence sur les revenus du Harondor-nord. En revanche, nous avons perdu ce qui faisait la véritable richesse de notre pays : le Harondor est un point de passage obligé entre le Harad et le Gondor. Les marchandises en provenance du nord ne passent plus au sud de Djafa ou d’Al-Tyr et plus rien ne remonte du Harad vers le nord. Des biens nécessaires aux deux régions se font rares et l’économie de certaines villes, tournées entièrement vers ces échanges, est en chute libre. La guerre a exacerbé les tensions et les vieilles rancœurs se sont réveillées.

Là réside le vrai défi de la Compagnie du Sud. Permettre de nouveau aux marchandises de circuler dans les deux sens. Et ce défi est bien plus difficile à relever que quiconque ne l’imagine au Gondor. Il existe deux voies de commerce, l’une passant par l’intérieur des terres et reliant les marchés de Dur’Zork et d’Urlok à ceux de Djafa avant de remonter vers Arzawa et l’autre par voie maritime en passant par Al’Tyr et les villes côtières jusqu’à Methir. A l’heure actuelle, les deux voies sont coupées et les tensions politiques sont si vives que les négociations ne sont pas à l’ordre du jour. Je dois donc réussir à donner satisfaction aux marchands du Nord et du Sud afin d’obtenir un poids suffisant pour faire en sorte que les dirigeants acceptent de se retrouver autour d’une même table.

Je ne vais pas vous cacher que cela s’avérera probablement impossible avec Dur’Zork. Les informations en provenance de l’ancienne capitale ne sont guère encourageantes et il serait très risqué de s’y rendre en personne. Je vais donc concentrer mes efforts sur Urlok et Al’Tyr, ce qui s’avérera déjà bien assez risqué.

Enfin pour répondre à votre dernière question, j’ai des actifs en propre dans tout le quart nord du pays. Mon influence est considérable à Arzawa et dans des villes de moindre importance telles que Methir et Dhar Akbhat où je n’ai que des soutiens. A Djafa, les opinions sont plus tranchées, surtout depuis l’afflux de marchands du sud ayant tout perdu durant le conflit mais la liste de mes soutiens est bien plus importante que celle de mes détracteurs.

Le problème vient des villes de la vallée de l’Harnen. Les marchands de la Compagnie du Sud y sont plus rares et leurs opinions changeantes. J’ai quelques bons amis à Al’Nikr et à Dhar’Al Malik mais ils ne sont pas assez puissants pour faire tourner le vent en ma faveur. Cependant, grâce à eux, j’ai tout de même un poids politique non négligeable dans la vallée de l’Harnen. En revanche, mon influence à Urlok est quasi-nulle et je n’ai aucun soutien à Arwa. Ce n’est pas très grave pour Arwa car les Khandéens et les haradrims continuent à se disputer la ville et le Harondor n’a jamais eu beaucoup de poids par là-bas. Urlok, en revanche, c’est une autre histoire. La ville, ainsi que celle de Djahar’Mok, ont toujours été proches du Harad, aussi bien géographiquement que politiquement. Leur position n’a été que renforcée depuis la partition et il ne sera pas évident de les convaincre de faire affaire avec la Compagnie du Sud de nouveau. Quant à Al’Tyr, c’est un trop vaste sujet pour être discuté simplement ici. Nous en reparlerons plus longuement lorsque nous serons installés à Djafa.


Ils avaient parlé ainsi durant toute la chevauchée, laquelle avait été des plus agréables. Finalement, un peu avant de s’arrêter pour la nuit, Evart avait abordé le sujet de ce qu’il devrait faire. Ella avait conscience qu’elle s’était montrée délibérément vague avec le jeune homme au sujet du poste qu’il occupait. A vrai dire, elle ne lui avait pas donné plus de précision car elle ignorait encore ce qu’elle comptait confier à son secrétaire. A terme, elle espérait qu’il puisse se montrer utile dans son grand projet pour le Harondor mais il devait d’abord faire ses preuves sur des sujets de moindres importances. Elle devait apprendre à lui faire confiance, à lui et non seulement en ses capacités.

- Dans un premier temps, j’aurais besoin de vous pour m’aider à administrer mon propre commerce. J’ai bien peur que tout mon temps doive désormais être consacré à la Compagnie du Sud et à mes devoirs de Grande Marchande. Or, je ne puis me permettre de négliger mes propres affaires. Vous serez donc amené à vous déplacer régulièrement entre Djafa et le nord du pays.

Ella pensa voir un mélange de déception et de soulagement sur le visage du jeune homme. Celui-ci devait espérer plus mais il semblait néanmoins heureux de savoir que son poste se concentrerait dans une zone sécurisée et non en plein cœur de l’instabilité du Harondor. Les routes principales du nord étaient presque aussi sures que celles du Gondor et Evart pourrait se consacrer à son travail sans avoir à craindre pour sa sécurité.

- Cependant, et en fonction de vos résultats, j’espère que vous serez amené à m’accompagner dans le sud lorsque le moment viendra pour moi de m’y rendre. J’espère ne pas m’avancer en disant pouvoir me rendre en personne à Urlok d’ici deux à trois mois.

Il n’était pas difficile de comprendre qu’elle attendait de voir le jeune homme à l’œuvre avant de lui confier des tâches importantes pour la Compagnie du Sud et Evart sembla assimiler cela immédiatement. Les journées s’étaient ensuite déroulées selon le même schéma bien que, avec la montée des températures, ils préférassent chevaucher le matin et rester à l’abri du soleil durant l’après-midi. Le paysage ne variait que peu alors qu’ils progressaient vers le sud. Une forêt touffue à perte de vue sur leur droite et les hautes montagnes sur leur gauche.

Vers le quatrième jour, la route dévia vers le sud-ouest au lieu de rester plein sud et ils s’enfoncèrent plus profondément dans la forêt. Cependant, la route restait en bon état et assez large pour que deux attelages puissent y avancer de front. La végétation était de plus en plus touffue et il devenait difficile de voir à plus d’une vingtaine de mètres à travers les arbres. Le cinquième soir, ils firent halte dans la dernière auberge du Gondor sur la route. Celle-ci se tenait à la lisière de la forêt et ils purent apercevoir que le paysage laissait place à une vallée fertile. L’auberge était située en périphérie d’un village de petite importance et les paysans travaillaient dans les champs de céréales qui semblaient s’étaler à perte de vue.

Le lendemain, Ella ne proposa pas à Evart de chevaucher mais resta dans son char toute la journée alors qu’ils progressaient de nouveau plein sud. Le jeune homme pût voir qu’elle ne touchait presque pas à son repas. Ella se sentait soucieuse. Elle avait tenté de paraître confiante mais plus elle se rapprochait de chez elle et plus elle se sentait impuissante à remplir la mission que lui avait confiée Saemon. Elle avait peut-être présumé de ses capacités en insinuant qu’elle ferait un meilleur travail qu’Emilion Goloth. L’ampleur de la tâche ne lui permettait plus de trouver d’apaisement.

Enfin, dans l’après-midi du sixième jour, ils arrivèrent à Harlant, la dernière cité du Gondor avant de pénétrer au Harondor. La ville était de faible importance mais possédait un port démesurément grand par rapport à sa population. La place du marché était également considérable, des arches de pierre abritant les différents marchands. Cependant, lorsqu’ils pénétrèrent dans la cité, elle n’était que peu animée. Ella descendit de son char et rejoignit Evart alors qu’ils s’arrêtaient à quelques dizaines de mètres du fleuve.

Le Poros s’écoulait, majestueux, en direction de l’ouest. Comme tous ceux n’ayant jamais eu l’occasion de venir jusqu’ici, Evart semblait impressionné par le débit du fleuve. Il était, de toute évidence, impossible de le traverser à la nage, tant à cause de sa largeur que de la rapidité de ses eaux. Le Poros avait toujours été la frontière naturelle du Gondor et du Harondor et Evart posait son premier regard sur le pays qui lui servirait de demeure pour les prochains mois. S’il s’était attendu à quelque chose d’exceptionnel, il risquait fort d’être déçu.

Le paysage de l’autre côté du fleuve ne différait pas vraiment de la rive nord où ils se trouvaient. La route serpentait à travers champs et ils pouvaient voir les collines à l’est et au sud. Juste après le fleuve, la route se scindait en deux, une branche suivant le cours du Poros vers l’ouest et l’autre partant vers les collines du sud. Ella fît remarquer à Evart le gué à proprement parlé. Une zone où le lit du fleuve s’évasait avant de rétrécir à nouveau quelques centaines de mètres plus loin. Le courant et la profondeur moindre du Poros à cet endroit était le seul passage possible entre les deux pays.

- Dans les temps anciens, le fleuve n’était traversable que durant l’été, là où le niveau du fleuve était à son plus bas. Dès l’automne, le courant et la montée des eaux rendaient impossibles la traversée du Poros. Le Gondor fît construire un pont magnifique sous le règne de Hyarmendacil 1er. Il n’en reste rien aujourd’hui sinon les descriptions majestueuses de l’ouvrage dans des vieux livres poussiéreux. Il a été détruit lors du règne de l’intendant Beren. Lorsque le roi Elessar soumît le Harad, le pont actuel fût construit mais il est loin d’égaler l’ancien pont tel que le décrivent les anciennes chroniques.

Pourtant, le pont était majestueux. Bâti entièrement en pierre grise, il était assez large pour permettre à trois attelages de passer de front. Se tenant là où le fleuve était le plus large et le moins traitre, il faisait plus de soixante mètres de long. Il était muni de deux portes monumentales sur chaque rive, mesurant chacune plus de cinq mètres de haut et protégées par de lourdes herses de métal, actuellement relevées. Les lourdes portes de bois renforcés d’acier étaient ouvertes et ils purent apercevoir un homme seul qui traversait le pont. Il semblait minuscule en comparaison de l’édifice.

Ella désigna à Evart les routes qui partaient de la rive sud du Poros.

- La route de l’ouest suit le cours du fleuve en direction d’Arzawa, la grande ville du nord. J’y ai un comptoir commercial et vous serez amené à vous y rendre à plusieurs reprises. Je possède de nombreux domaines entre Arzawa et Methir mais nous verrons cela ensemble en détail lorsque nous arriverons à Déir-al-medir. La route du sud nous y conduira. Elle serpente à travers les collines et il est inévitable de passer sur mes terres pour rejoindre Dhar Akbhat. Nous n’y passerons que quelques jours avant de nous mettre en route pour Djafa. En attendant, nous avons bien mérité de nous reposer. Ce soir, nous serons installés bien plus confortablement.

Ils se dirigèrent vers l’est de Harlant. Juché sur une colline se trouvait un manoir de taille moyenne. On pouvait voir clairement que les murs d’enceinte, les douves et même un pont-levis avaient été bâtis bien après la résidence principale. Même la couleur des pierres était différente, le manoir tirant dans les brun-gris à la différence du gris argenté des fortifications.

- Voici la demeure du Comte Baudoin de Harlant. Sa famille dirige la cité et les terres alentours depuis près d’un millénaire. L’intendant Denethor 1er a élevé son aïeul au rang de Comte pour le remercier lors de la guerre contre les Uruks en Ithilien. Ils ont survécu à toutes les guerres qui s’en sont suivi jusqu’à ce jour.

Ella parlait d’eux comme si elle connaissait bien la famille et lorsqu’Evart lui en fit la remarque, elle eût un grand sourire.

- Mon père était proche d’eux et, étant enfant, j’ai séjourné plusieurs fois à Harlant. Le Comte est prévenu de notre arrivée et nous serons ses hôtes ce soir.

Ella connaissait bien le vieil homme. Il était un peu plus âgé que son propre père, devant approcher désormais des 70 ans. Et pourtant, il n’avait rien perdu de son optimisme malgré les nombreuses tragédies de sa vie. Sa femme était morte en mettant au monde leur troisième et dernier fils à un âge avancé puisqu’elle avait presque 35 ans à l’époque. Ella ne l’avait pas connue mais elle était du même âge, ou peu s’en fallait, que le benjamin du Comte. Elle se rappelait encore les étés à jouer avec Herion et avec son propre frère, Horacio. L’aîné des fils de Baudoin était mort avant de pouvoir se marier et Ella avait bien cru que le chagrin allait aussi emporter son père cette année-là mais sa nature enjouée avait pris le dessus. Ce n’était pas le genre d’homme à courber le dos face aux aléas du destin.

Ella se faisait une joie de revoir son vieil ami et ses fils avant de retourner à ses obligations envers la Compagnie du Sud et elle espérait qu’Evart apprécierait autant qu’elle l’hospitalité des Harlants.
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Evart Praven
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Ven 1 Avr 2016 - 0:03
Si cela avait pu être agréable dans un premier temps, maintenant Evart savait pourquoi il n’aimait pas voyager. Les périples étaient longs, ennuyeux et inconfortables qui convenaient mal au tempérament pressé du jeune homme. Néanmoins la conversation avec Ella pouvait être agréable et lui permettait de mieux comprendre la situation complexe du Harondor, il est vrai que les denrées exotiques du Sud étaient devenues très chères à Minas Tirith et, comme cela ne semblait pas prêt de s’améliorer, une spéculation enragée avait enflammé la cité. Spéculation à laquelle Evart participait largement. Comme il était dans une excellente position pour avoir des informations de première main, il n’avait aucune raison de ne pas en profiter. Même si spéculer sur la misère des gens était amoral, ce n’était pas vraiment le cas ici puisque ça ne lésait pas les gens du Harondor. Un esprit cynique dirait même que ça leur profiterait, la première cargaison d’épices ou soieries vaudrait sans doute le triple de ce qu’elle valait d’habitude, si ce n'est plus. Au mieux cela lésait les intérêts de quelques riches bourgeois ou nobles de la Cité Blanche, ce n’était pas comme si c’était de simples paysans.

Lors de leur discussion, Evart avait été assez étonné de la manière dont elle s’était livrée. Même si la discrétion devait être une de ses premières qualités, ils ne se connaissaient pas assez pour se laisser aller à de telles confidences. Par contre, il fut relativement déçu par le travail proposé. Certes cela l’éloignait des régions les plus instables mais on pouvait tout autant le faire en travaillant pour la Compagnie et non seulement pour ses petites affaires. Après, ce ne serait que trois mois, ce n’était pas cher payé. Puis il pourrait peut-être apprendre quelque chose d’utile. Puis il était loin de toute la bonne société gondorienne, cela pourrait presque passer inaperçu. Finalement ce serait vivable, en tout cas, Evart essayait de s’en persuader.

Le reste du voyage fut assez long et plutôt barbant. Le jeune homme ne mit pas longtemps à finir le livre qu’il avait emporté et il se mit à tuer le temps en jetant des idées sur le papier. Puis il termina la fameuse liste qu’il donnerait à Dame Desbo lorsqu’ils seraient à Harland. Cela faisait presque une semaine qu’ils étaient partis lorsqu’ils arrivèrent, enfin, sur les berges du Poros. Le fleuve était impressionnant et on comprenait bien pourquoi il n’y avait qu’un seul endroit où il était possible de le traverser. Là où l’Anduin était un fleuve placide et calme, le Poros était un gigantesque torrent déchainé. Le cours d’histoire et de géographie était assez intéressant même s’il était amusant de voir qu’Arzawa était appelée « ville du Nord » alors qu’elle était au Sud mais bon tout était question de point de vue.

Lorsqu’ils approchèrent du château de Harland, Evart put se rendre compte que c’était une belle demeure noble entourée de remparts avec un logis dès plus élégant. Des gens de goût, certainement. D’ailleurs Ella semblait assez bien les connaître et lui fit un petit résumé de l’histoire familiale. Il n’avait peut-être pas la noblesse depuis aussi longtemps que la famille Praven mais c’était tout de même une ascendance dès plus respectable surtout à une époque où de plus en plus de petites gens tentaient de s’infiltrer dans leur vénérable ordre. D’un ton légèrement mutin, il lui demanda :


- Vous semblez fort bien connaître les Harland ?

Tandis qu’ils approchaient, la famille Harland les attendait. Il y avait là le vieux comte qui accueillit Ella avec une certaine familiarité et Evart avec une convenable politesse puis il leur présenta les membres de la famille qui étaient là. L’épouse de l’héritier du Comte était en quelque sorte devenue la maitresse de maison et leur dit avec politesse :

- J’ai fait préparer une chambre pour vous ainsi qu’un bain. Aurez-vous besoin d’un valet ?

- Je vous remercie, ma dame, mon domestique m’accompagne.


La chambre qu’on lui avait préparé était dès plus confortable. Assez grande, elle était richement meublée et on avait même préparé une baignoire au milieu de la pièce avec de l’eau chaude. C’était un luxe qu’il avait complètement oublié depuis quelques jours et qui lui était dès plus agréable. Puis son valet l’aida à se vêtir convenablement pour le repas. Avec les affres de la route, Evart avait quelque peu oublié son confort habituel. Ici derrière les lourdes tentures qui protégeaient de la chaleur extérieure, il revoyait le semblant de civilisation qu’il appréciait. A dire vrai, il aurait bien fait une étape d’un ou deux jours ici mais les voyageurs étaient pressés et il leur faudrait bientôt descendre pour le diner.

Descendant le grand escalier du manoir, il rejoint ses hôtes qui avaient fait dresser une table dans la salle principale de la demeure. Les influences gondoriennes et harondrims se mêlaient très nettement dans la décoration avec d’élégantes mosaïques en arabesques. La salle principale était, tant par sa fonction que par ses proportions, typiquement gondorienne même si elle donnait sur une petite cour qu’on pouvait apercevoir. Il n’y avait pas encore grande monde encore puisque le Comte n’était pas encore arrivé, tout comme Ella. En attendant, Evart pouvait converser avec l’héritier du comte et sa charmante épouse. Ils purent se présenter plus convenablement, la dame lui demanda avec sympathie :

- J’espère que vous avez pu vous remettre de votre périple ?

- Oui, je vous remercie Dame Harland, votre hospitalité est exquise et ce bain m’a fait le plus grand bien.

Pendant quelques minutes, ils purent discuter et faire mieux connaissance. Tous deux étaient d’une exquise politesse et ils purent donc échanger sur une foule de sujets assez légers qui convenaient assez bien à une discussion mondaine. On parla un moment des familles et ascendances respectives des Harland et Praven puis il s’enquit plus spécifiquement du comté qu’Evart avait envie de mieux connaître. Puis on lui rendit la pareille et il put parler un peu de lui bien que ce ne soit pas son sujet de conversation préféré. Jusqu’à l’arrivée d’Ella, on discuta même un peu d’agriculture puis il introduit la dame à la conversation :

- Dame Desbo, je remerciais justement nos hôtes de l’hospitalité avec laquelle ils nous avaient reçus.

Après quelques banalités d’usage, ils commencèrent donc une discussion qui semblait plus « intime » dans la mesure où Ella s’intéressait plus spécifiquement aux nouvelles des différents membres de la famille. Après quelques minutes, Evart demanda poliment :

- Messire, puis je demander à votre épouse de me faire visiter cette magnifique demeure ?

- Je vous en prie.


Avec une certaine élégance, la dame lui présenta les grandes lignes de l’histoire de la demeure familiale puis lui fit visiter les principales pièces. Même si elles exprimaient un goût un peu campagnard loin de certaines subtilités de Minas Tirith –ce qui n’était pas pour déplaire à Evart au demeurant-, il appréciait réellement ce mélange d’influences gondoriennes et étrangères. Il devait avouer qu’en termes d’arts, les peuples du Sud avaient une finesse et une complexité qui étaient un peu oubliés au Gondor. Cette espèce de petite cour à péristyle qui tenait aussi au jardin d’agrément était très jolie, elle offrait un côté intimiste et élégant qu’Evart ne connaissait pas. Après cette petite visite tout à fait intéressante, ils rejoignirent rapidement la salle principale où le comte les avait rejoints. Il manquait toujours son fils cadet mais il n’allait surement pas tarder. Poliment, le jeune homme engagea la conversation :

- Votre château est splendide, messire Harland.

Puis ils échangèrent quelques banalités tout aussi plates avant de se mettre à table. Le repas était très bon avec des saveurs qu’Evart ne connaissait pas vraiment même s’il y avait des plats plus classiques. Au début, les Harland prirent quelques nouvelles des affaires d’Ella et elle prit des nouvelles de la famille. Visiblement ils connaissaient bien la famille Desbo puisqu’ils demandèrent des nouvelles des différents membres notamment les frères et sœurs de la grande marchande. C’était fort commode puisqu’Evart avait soigneusement évité le sujet depuis son arrivée mais il était assez curieux d’en apprendre plus sur sa famille et ses relations. C’est ainsi qu’il apprit qu’elle avait deux frères dont le premier servait l’armée du Roi et le second était encore un enfant mais aussi deux sœurs dont seule la première était mariée.
La nuit avait été très agréable dans un lit confortable avec l’air frais qui balayait la chambre. Ils quittèrent donc, avec un petit regret, la famille Harland pour reprendre leur périple. Il leur faudrait encore quelques jours pour rejoindre le haras de Dame Desbo. Celle-ci semblait de plus en plus soucieuse et préférait rester dans sa voiture. Ce voyage était de plus en plus pénible, Evart avait sous-estimé le temps de trajet à moins que ce ne soit sa vitesse de lecture. Maintenant il était plus ou moins contraint à profiter du paysage en travaillant en dilettante. Il faisait chaud et lourd, c’était d’autant plus pénible surtout depuis qu’il avait épuisé ces petites sucreries. Il avait hâte d’arriver enfin…

Il ne leur restait qu’un jour avant d’arriver enfin chez Dame Desbo, il y serait probablement pour le souper. De manière amusante, Ella semblait plutôt heureuse mais aussi soulagée d’arriver enfin chez elle. Le jeune noble aussi était soulagé de voir enfin la fin de ce long voyage. Dès l’aube elle lui proposa de chevaucher avec elle. Acceptant avec plaisir, il lui fallait éclaircir encore certains points avec elle sur son commerce mais, comme à son habitude, il préféra commencer par un autre sujet avant de se détourner sur son objectif.


- Au fait, Dame Desbo, ne craigniez vous pas les ambitions d'Ilori Goloth ? Pour beaucoup de marchands que j'ai pu rencontré en Gondor, il serait l'alternative idéale à son frère puis il a tout le soutien de son oncle, enfin j'imagine.

Écoutant la dame du Sud, il continua. Bientôt ils seraient arrivés à « Déir-al-medir » -quel nom difficilement prononçable- et il voulait se préparer au mieux :

- Dame Desbo, pourriez-vous me détailler un peu plus précisément le commerce que vous menez et que je vais devoir gérer pour votre compte ? Je voulais également savoir ce que vous attendiez précisément de moi pour cette fonction ? Est-ce qu’il s’agit d’appliquer avec efficacité ce que vous déciderez ? Est-ce que vous voyez ça comme un maintien de votre activité ? Comme une augmentation de cette activité ? Quelle marge de manœuvre comptez-vous me laisser dans vos affaires ? Laissant la dame répondre à ses questions, il continua. Je voulais également savoir si vous aviez des principes particuliers dans la gestion de votre compagnie ? Des lignes défendues qu’il faut respecter ou des principes qui sont pour vous particulièrement importants ? Je me doute qu’une grande marchande ne peut se permettre de gérer ses affaires comme un simple particulier mais je suppose qu’il y a quelques principes directeurs que vous vous faites un point d’honneur à appliquer, non ?

Maintenant qu’Evart avait une meilleure vision sur ce qu’Ella voulait, il serait mieux à même de la suppléer. Il commençait à faire assez chaud mais une légère brise la rendait encore assez supportable, heureusement qu’il avait pris un chapeau assez large pour le protéger des rayons du soleil. Après un repas correct, ils purent reprendre leur route. C’est alors qu’Evart proposa à Ella :

- Nous pourrions peut-être prendre de l’avance, ne pensez-vous pas ? Nos bagages et l’escorte arriveront avant ce soir tandis que nous pourrions être à Déir-al-medir, il avait toujours du mal à le prononcer, dans le milieu de l’après-midi. Avec quelques gardes du corps, nous ne risquerons rien, je pense.

Acceptant la proposition de son nouveau secrétaire Ella, lui et deux hommes de mains partirent à l’avant. S’ils ne partaient pas au galop, ils laissèrent peu à peu le reste du convoi derrière eux et, vers le milieu de l’après-midi, ils arrivèrent en vue du fameux haras.
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Mardil
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Dim 18 Sep 2016 - 16:53

Après avoir pris le temps de se débarrasser de la crasse du voyage, Ella se rendît dans le bureau de Baudoin où celui-ci l’attendait. Elle se doutait bien que son fils et sa bru sauraient occuper Evart le temps qu’elle ait une discussion en privé avec le maître des lieux. Elle ne lui aurait pas avoué en face mais elle trouvait que son ami avait bien vieilli depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Ses yeux s’étaient enfoncés dans leurs orbites et de profondes cernes avaient fait leur apparition sur son visage. Elle remarqua aussi un léger tremblement de sa main droite qu’il n’avait pas auparavant. Incontestablement, le temps faisait peu à peu son office que cela leur agréé ou non.

Ils échangèrent quelques politesses avant qu’Ella n’aborde le sujet qui l’intéressait.

- Je n’ai pu m’empêcher de me rendre compte du peu d’activité qu’il y a en ville.

- Tu sais comme moi que Harlant est la seule porte d’entrée au Gondor par voie terrestre. Toute l’économie de la région est tournée vers le commerce or les marchandises se font rares. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, je crains de voir les jeunes gens partirent vers d’autres horizons.


Ella hocha la tête en silence. Elle savait très bien ce que cela signifiait.

- C’est de cela dont je voulais te parler. J’espère être en mesure de revenir à une situation plus favorable pour le commerce mais rien n’est moins sûr. As-tu reçu les mêmes nouvelles que moi concernant la Baie de Belfalas ?

- Les incursions pirates ? Oui. Un de leurs navires a même eu l’audace de s’aventurer sur le Poros. Cependant, le courant jouait contre eux et nous les avons repoussés sans aucune difficulté. Que font les armées du Roi pour que la situation ait dégénéré ainsi ?

- Ils préfèrent ménager les seigneurs pirates afin d’éviter une guerre coûteuse. Tout du moins, je le croyais. Mais avec l’arrestation de Taorin…


Elle laissa sa phrase en suspens. Elle ne comprenait pas tous les tenants et aboutissants de la politique du Gondor mais elle savait que son pays serait le premier à en faire les frais, une fois de plus.

- Tu sais très bien qui est responsable et il ne s’agit pas du Gondor.

- Ils ont aussi leurs responsabilités dans la situation actuelle.

- Je ne le nie pas. Cependant, c’est au sud que tu pourras faire changer les choses. Toute autre mesure ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau.


Elle le savait. Les Seigneurs Pirates n’étaient pas tout puissants même dans la Baie de Belfalas. S’ils croisaient librement dans ces eaux c’est qu’ils en avaient la possibilité. Cela n’arrangeait pas plus les affaires du Gondor que celles du Harondor. Que pouvait-il bien se passer au Conseil des Sages pour qu’aucune mesure n’ait été prise ? Elle n’avait, malheureusement, aucune nouvelle de la cité côtière pour éclairer sa lanterne.

- En attendant, je vais faire pression sur les marchands du nord pour les empêcher de passer par l’Anduin et les forcer à prendre par l’est.

- Ce qui représenterait une perte d’importance pour eux. Que pourrais-tu bien leur offrir en échange ?

- Si les actes de pirateries continuent à s’amplifier, ils ont bien plus à perdre en continuant à passer par la voie maritime. Tu sais ce que coûte un navire.

- Je peux concevoir que cet argument soit suffisant à les motiver mais tu risques de froisser des gens importants à Pelargir.


C’était bien son intention. Il fallait que le Gondor comprenne le danger que représentait la présence des pirates. Si le commerce maritime était coupé et non simplement diminué comme c’était le cas à l’heure actuelle, Pelargir se trouverait dans une situation déplorable. La ville ne vivait pratiquement que grâce au commerce, étant la plaque tournante de tout le négoce entre le Nord et le Sud. Les marchandises continueraient d’arriver à Osgilliath par une autre route mais Pelargir se trouverait exclu. Elle savait qu’ils commenceraient par la blâmer mais lorsqu’ils verraient qu’elle était la seule à pouvoir agir dans le Sud, ils n’auraient d’autre choix que se tourner vers elle. Et, le moment venu, elle fixerait ses conditions.

-  Crois-moi, le jeu en vaut la chandelle. Et cela ne pourrait que t’être favorable.

- Temporairement sans doute. Mais seule une solution pérenne permettra la subsistance de cette cité telle qu’elle a été depuis presque trois siècles.

- S’il le faut, j’irais moi-même rencontrer les Sages.

- Es-tu folle ? Tu ne peux te permettre de te mettre à leur merci. Envoie quelqu’un négocier en ton nom mais ne te mets pas en danger inutilement.

- Pour l’heure, personne ne saurait mener à bien de telles négociations à ma place.


Pour l’heure… Ella pensa à Evart qui devait faire connaissance avec le reste de la famille Harlant. Elle ne pouvait nier qu’elle avait pensé à confier la mission au jeune homme mais elle ne pouvait pas avoir suffisamment confiance en lui pour une chose d’une telle importance pour le moment. S’il parvenait à mener à bien ses missions au nord alors elle pourrait reconsidérer la question.

Le séjour à Harlant fût de trop courte durée aux yeux de tous mais la nécessité les poussait à ne pas s’attarder davantage. Le lendemain, ils se mirent donc en route pour Déir-al-médir. En chemin, Evart lui demanda ce qu’elle pensait d’Ilori Goloth. A vrai dire, Ella ne l’avait jamais considéré comme un concurrent sérieux. Tant qu’il restait une chance à Emilion de reprendre son poste, ce dernier ne laisserait jamais quelqu’un d’autre menacer sa position, fût-il de son sang. Cependant, elle n’aurait pas été surprise que Tiber vît les choses d’une façon différente. Le vice-gouverneur cherchait, avant toute chose, à pérenniser la situation de sa famille. Il ruminait encore le fait de n’avoir pas succédé à Cantelmo de Sora à la tête de la Compagnie du Sud et espérait sûrement que l’un de ses neveux réussirait là où, désormais, il n’avait plus aucune chance de réussir un jour. Si l’enquête écornait trop l’image d’Emilion, Ella n’avait aucun doute sur le fait que Tiber miserait sur le cadet.

- Il est encore trop tôt pour qu’Ilori avance ses pièces. Si l’enquête visant Emilion Goloth n’aboutit à rien, cela ne servirait qu’à diviser la famille. Tiber Goloth ne peut pas laisser ça se produire. Si Emilion venait à être écarté définitivement en revanche, alors il est fort probable qu’Ilori cherche à récupérer ma position… si tant est que cette dernière soit toujours entre mes mains.

Ella ne se faisait aucune illusion sur le fait que si elle échouait à normaliser l’économie du Harondor, un autre Grand Marchand serait nommé dès l’enquête sur Emilion terminée. Elle n’avait pas oublié que Saemon lui avait donné une année pour faire ses preuves. Elle éluda les questions suivantes d’Evart, arguant qu’elle lui expliquerait tout ça en temps utile et que les choses seraient bien plus faciles avec une carte sous les yeux. En revanche, elle apprécia la proposition du jeune homme de partir en avance. Elle ne rêvait plus que de rentrer chez elle et s’impatientait de plus en plus d’être sur la route.

Evart, Ella et leur escorte s’engagèrent dans le défilé, seul chemin à travers les collines. C’était un endroit rêvé pour une embuscade mais Ella avait ses propres hommes qui patrouillaient dans les collines. Si ces terres ne lui appartenaient pas (à vrai dire, légalement elles n’appartenaient à personne d’autre qu’à l’Emir), elle était la seule à les contrôler. Ils finirent par sortir des collines et débouchèrent enfin sur les terres familiales. Ella indiqua à Evart qu’ils venaient de pénétrer dans son domaine. Des plaines plus ou moins vallonnées s’étendaient à perte de vue. L’herbe était rare et jaunie et de la poussière s’élevait derrière les chevaux lancés au trot. Clairement, ce n’était guère une terre propice à l’agriculture.

On pouvait apercevoir les collines plus loin à l’horizon mais tout le plateau appartenait à Ella. Cette dernière possédait d’autres terres bien plus fertiles dans le nord mais cet endroit, qui n’avait à priori rien de remarquable, était son berceau et elle y était plus attachée que n’importe lequel de ses autres domaines.

Le soleil de l’après-midi était à son zénith et la chaleur estivale devait paraître étouffante à Evart alors qu’elle semblait très supportable aux yeux d’Ella. Des hommes montaient la garde devant une barrière. En fait, une clôture était érigée et semblait faire tout le tour du domaine. Pourtant c’est à peine si Evart distinguait le haras en lui-même qui se situait encore à plusieurs kilomètres. Ella lui expliqua que la clôture servait plus à dissuader les gens d’entrer qu’à empêcher les chevaux de sortir, ces derniers paissant librement dans le domaine. De fait, Evart pouvait voir un nombre impressionnant de chevaux où que son regard portait. De son œil expert, Ella constata avec soulagement que les bêtes semblaient en excellente santé.

Enfin, ils parvinrent aux bâtiments qu’Evart avaient aperçus au loin. Les deux plus grand étaient des écuries desquels des hennissements se faisaient entendre sporadiquement. Un ensemble de petites maisons s’étendaient un peu plus loin et Ella lui expliqua que c’était là que vivaient ses métayers. Ces derniers étaient peu nombreux et travaillaient tous pour elle. Dhar Akbhat n’était qu’à quelques heures de cheval et ils pouvaient trouver tout ce dont ils manquaient en ville si le besoin s’en faisait sentir. Des champs s’étalaient vers l’ouest et Evart pût constater qu’il y avait de quoi nourrir bien plus que la population limitée de Déir-al-médir.

La demeure d’Ella était située non loin des écuries. Elle était nettement plus vaste que son récent hôtel d’Osgilliath. Elle s’étendait aussi bien en longueur qu’en largeur mais n’était constituée que de deux étages. Il était évident que le bâtiment initial avait dû être une grande ferme qui avait été agrandie par la suite. Cependant tout était construit en pierre apparente, contrairement à la tradition harondorim. Evart pouvait facilement reconnaître l’influence gondorienne dans l’architecture et déduire que c’était le père d’Ella qui s’était chargé de l’élaboration des plans.

Ils mirent pied à terre et aussitôt une armée de serviteurs quelques peu déboussolés firent irruption pour les accueillir. Un homme plutôt âgé vînt à leur rencontre en boitillant.

- Maîtresse Desbo, nous ne vous attendions pas avant plusieurs heures.

Se tournant vers les autres serviteurs, il aboya des ordres pour qu’on apporte de quoi se rafraichir. Des palefreniers s’occupaient déjà de leurs montures.

- Ce n’est rien Alaman. Laissez-moi vous présenter messire Evart Praven, mon nouveau collaborateur. Evart, si vous avez besoin de quoi que ce soit, Alaman se fera un plaisir de répondre à toutes vos demandes. Il est au service de ma famille depuis bien avant ma naissance.

De fait, Ella nourrissait une grande tendresse pour son fidèle employé. Cependant, la joie de rentrer à la maison n’avait pas éclipsé son sens de l’observation et elle remarqua que le chef de ses serviteurs était mal à l’aise. Elle allait lui en demander la raison quand un grand cri retentit derrière elle en provenance de l’écurie ouest. Elle eût à peine le temps de se retourner qu’une tornade brune d’un mètre quarante la percutait de plein fouet.

- Tal Sira (grande sœur) ! Tu es de retour.

Ella n’eût pas le temps de s’interroger sur la présence de son petit frère à Déir-al-médir car celui-ci la serrait tellement fort qu’elle se demanda un instant si elle n’allait pas étouffer. Elle se libéra de son étreinte et se rendit compte que sa tenue de cavalière était tâchée de sang. Saemon lui-même en était couvert. Elle réprima un cri d’effroi.

- Saemon, tu es blessé ?

Elle retourna le petit garçon dans tous les sens, cherchant où était situé la blessure quand ce dernier partît d’un rire enjoué.

- Je ne vois pas bien ce qu’il y a de drôle jeune homme.

- Je ne suis pas blessé. C’est juste que Méitra vient de mettre bas. Tu te rappelles tu m’avais promis que je pourrais avoir son prochain poulain. C’est un des petits de Feryel.


L’étalon était de loin le plus beau et le plus puissant des chevaux du haras et de loin le meilleur reproducteur qu’ils n’aient jamais eu.

- Et je devrais te remercier d’avoir tâché ma tenue en t’offrant un poulain?

Saemon contempla les dégâts et baissa la tête, penaud. Ella failli éclater de rire devant l’expression de son jeune frère. Ce dernier croyait manifestement que tout espoir d’obtenir le poulain venait de disparaître en fumée.

- En attendant, j’aimerais que tu salues correctement messire Praven qui va travailler avec moi ces prochains mois. Ce dernier doit te prendre pour un jeune sauvage.

Saemon s’inclina maladroitement et souhaitant la bienvenue à Evart et Ella se sentit submergée par une bouffée de tendresse envers son petit frère. C’était toujours la même chose, elle ne pouvait rester fâchée contre lui bien longtemps. Et bien sûr, le petit chenapan le savait et en profitait de façon éhontée. Elle pensait toujours à l’envoyer à Osgilliath afin de calmer un peu ses ardeurs et le préparer à devenir adulte mais elle répugnait à l’éloigner de tout ce qu’il avait toujours connu et aimé.

- Rends-toi plutôt utile et vas aider les palefreniers.

Elle se tourna de nouveau vers Alaman.

- Qu’est-ce que mon frère fait ici ? Pourquoi n’est-il pas à Djafa ?

- Madame, il serait mieux que nous en discutions en privé. Elaria pourra tout vous raconter.

- Elaria est ici également ?


Elle s’élança vers la maison, faisant signe à Evart de la suivre. Alaman jeta un regard en coin discret vers ce dernier, semblant évaluer si le jeune homme représentait ou non une menace pour sa maîtresse.

Une jeune fille se tenait devant l’entrée principale de la maison. Si Evart trouvait quelque charme à Ella, cette dernière faisait pâle figure devant la beauté de sa sœur. Elaria était grande, possédait de longs cheveux noirs de jais, des yeux noirs insondables, une bouche généreuse et sensuelle et un teint d’ivoire. Les hommes ne pouvaient s’empêcher de se retourner sur son passage mais elle semblait ne pas avoir conscience de son exceptionnelle beauté.

- Ella, bienvenue à la maison.

La Grande Marchande oublia tout formalisme et serra sa sœur dans ses bras, oubliant le sang qui maculait sa tenue. Le temps semblait s’être interrompu autour des deux jeunes femmes. Jusqu’ici Ella ne s’était pas rendue compte à quel point sa sœur lui avait manqué. Elle finit par rompre leur étreinte silencieuse et, se rappelant la présence d’Evart, lui présenta sa sœur. Celle-ci effectua une gracieuse révérence, baissant le regard devant Evart.

- Soyez le bienvenu messire Praven. Aïle Déir-al-médir voya nora est (Que Déir-al-médir soit pour vous un nouveau foyer).

Ella lui traduisit la formule de politesse et ils pénétrèrent dans la demeure. Celle-ci était meublée avec goût, alliant les styles du Gondor et du Harad de façon harmonieuse. Ella avait essayé de recréer cette harmonie parfaite à Osgilliath mais elle n’avait jamais pu réussir à égaler le talent de sa mère en ce domaine.

- Messire Praven, je gage que vous devez être fatigué après ce long voyage. Je vais demander à ce qu’un bain vous soit préparé et à ce qu’une collation vous soit servie immédiatement. Si vous le souhaitez, nous nous mettrons au travail ce soir après le dîner.

Elle laissa une servante conduire Evart à sa chambre et accompagna Elaria vers les cuisines. Depuis toujours c’était l’endroit de la maison qu’elles préféraient pour discuter mais sa sœur lui indiqua la porte de l’ancien bureau de leur père. Personne n’y mettait jamais les pieds hormis pour faire le ménage. Ella n’avait jamais eu le cœur de s’y installer (d’autant plus maintenant qu’elle ne venait ici que quelques fois dans l’année) et le souvenir de son père était trop vivace pour ses employés pour que qui ce soit pensât à y déplacer quoi que ce fût. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : Elaria ne souhaitait pas qu’on puisse entendre leur conversation.

- Vas-tu m’expliquer la raison de votre présence ici ?

- Quelques semaines après ton départ pour le Gondor, nous avons reçu des menaces. Les lettres n’étaient pas signées et Jhala ne voulait pas nous inquiéter inutilement.


Jhala était son secrétaire à Djafa. Sa musculature et son habileté au sabre faisaient aussi de lui un parfait garde du corps si le besoin s’en faisait sentir.

- Quelques jours plus tard, l’entrepôt de la rue à l’est du marché aux épices a été incendié et le comptoir a été attaqué. Jhala nous a caché, Saemon et moi, au sous-sol et nous avons entendu les combats. J’étais terrifiée mais je devais protéger Saemon. Heureusement, Jhala est parvenu à défaire ses adversaires. Il nous a alors envoyé ici, pensant que nous y serions plus en sécurité.

- Qui étaient ces hommes ?

- Je n’en sais pas plus. Que se passe t’il Ella ?


Ella aurait bien voulu rassurer sa sœur mais elle ne pût que la serrer contre elle. Alors qu’elle avait pensé rester à Déir-al-médir quelques jours, elle se rendait compte désormais qu’elle ne pouvait différer son retour à Djafa plus longtemps.
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Evart Praven
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Mer 26 Oct 2016 - 21:18
En fin de compte, Evart se demandait s’il avait bien fait de venir dans le Sud, la chaleur commençait à lui être étouffante et il aurait bien profité de la pénombre de son carrosse. Heureusement ils croisèrent une patrouille d’hommes d’Ella, cela annonçait qu’ils arriveraient bientôt à destination. La situation politique dans le Harondor semblait tellement tendue que des personnes privées devaient assurer la sécurité de la région et comme rien ne se faisait jamais gratuitement… Lorsqu’ils arrivèrent enfin à l’entrée du domaine Desbo proprement dit, celui-ci lui parut immense. Le petit mur d’enceinte se perdait à l’horizon et les chevaux se comptaient en centaines peut-être même en milliers. Une telle concentration de bêtes devait immanquablement attiré tous les regards et toutes les convoitises. A mesure qu’ils approchaient du domaine proprement dit, Evart put remarquer la démesure des lieux. Outre quelques petites maisons, il y avait surtout deux gigantesques bâtiments qui servaient d’écuries et la très belle demeure de la famille.

Quelques serviteurs sortirent en toute hâte suivis de ce qui semblait être un maitre d’hôtel. Quoique son léger boitillement devait l’empêcher de servir à table alors Evart opta plutôt pour l’intendant de la maison. Puis le jeune frère d’Ella lui sauta dessus dans une effusion de sentiments qui lui était complètement inconnu. Cela donna lieu à une situation cocasse de laquelle Dame Desbo sortit avec sa tenue tachée dont le garçon fut quitte en aidant les serviteurs à décharger. Décidemment, on n’avait de bien étranges coutumes dans le Sud.

Cependant il semblait que la présence du garçon ici fut assez exceptionnelle pour inquiéter Ella au plus haut point. La gravité de la situation ne fit que se confirmer avec le domestique qui oublia toutes les bonnes manières et se permit d’insulter Evart. Encore qu’il y avait des façons bien plus élégantes de montrer dédain ou mépris. Evidemment, Evart ne se sentait en rien dans le « secret des dieux » et il était tout à fait normal que certaines affaires restent privées mais jeter à la figure d’un invité qu’il n’était, au final, qu’un étranger n’était ni poli, ni civilisé. De plus Evart ne connaissait pas la maison et ses bagages n’étaient pas encore là donc il n’avait aucun prétexte lui permettant de s’éclipser discrètement et ne pas rajouter au malaise. Ella ne sembla pas relever le propos, elle devait être trop inquiète, à moins que ce ne soit une coutume du Sud que d’insulter les invités.

Cette situation ubuesque se poursuivit quand il évoqua la sœur de Dame Desbo. Chez lui, jamais un domestique se serait permis d’appeler un membre de la famille par son prénom. Chez lui, tous les domestiques et même les plus anciens ou estimés appelaient sa jeune sœur Dame Ysayne, même les membres de la famille l’appelait Dame Ysayne quand ils s’adressaient à un des serviteurs. Les domestiques du Sud affichaient une proximité avec leurs maîtres qui troublait Evart, à croire qu’on oubliait les différences de rangs et de classe. Pendant qu’Ella se dirigeait vers l’entrée, il indiqua froidement au domestique :


- J’aurais certainement besoin d’un valet cet après-midi. Le mien arrivera tout à l’heure avec mes bagages et mes domestiques.

- Bien messire.

Suivant Ella, Evart rencontra sa jeune sœur sur le pas de la porte de la grande demeure. Encore une fois, la Grande Marchande faisait preuve d’une familiarité qu’il trouvait particulièrement déplacée. Fort heureusement, la grâce et la politesse de Dame Elaria effacèrent les inconvenances précédentes. Il fallait avouer qu’Elaria était une magnifique jeune femme avec un teint assez clair pour une fille du Harondor. Se découvrant, Evart salua la jeune femme avec politesse et lui répondit :

- Je suis ravi d’être bienvenu ici, Dame Elaria, ce domaine est absolument charmant.

Le compliment était sincère, le domaine Desbo était un endroit magnifique. Les plaines en contrebas où se tenaient des milliers de chevaux offraient un splendide panorama que la grande maison couronnait. Si le château des Harlant était très bien meublé, la demeure Desbo était d’une élégance rare, il ne pouvait leur enlever ça. Cependant il n’eut pas le loisir d’en découvrir plus puisqu’il fut rapidement amené à sa chambre par une servante. Située au première étage de cette belle demeure, la chambre ouvrait grand sur un balcon et une cour intérieure aménagée comme un jardin. Evart s’installa un moment sur le balcon. L’ombre des plantes rampantes frappèrent sa vue, les odeurs mêlées des arbres fruitiers et des fleurs envahirent son nez et le doux bruit de l’eau qui s’écoulait atteignit ses oreilles. Oubliant ce voyage long et éreintant, les inquiétudes d’Ella ou même les siennes, Evart se permit un moment de quiétude. Hélas il ne dura pas assez longtemps à son goût. Un valet entra et il lui dit poliment :

- Bonjour monsieur, je suis Tanit. Je vous ai apporté une chemise propre en attendant l’arrivée de vos bagages. Une collation ainsi qu’un bain froid vont arriver sous peu.

- Je vous remercie, vous avez bien fait. Essayez de dépoussiérer mes vêtements, mes bagages pourraient arriver dans longtemps.

- Bien monsieur.

- Au fait, dites à monsieur Alaran que mon secrétaire et monsieur Dicien prendront un repas dans leurs chambres.

Les deux hommes n’étaient pas des domestiques alors Evart n’aurait pas autorisé à ce qu’ils partagent le repas de simples domestiques mais, à contrario, il n’aurait pas plus accepté de partager un diner formel avec eux, tout au plus un déjeuner de travail à la limite ou un souper sur le pouce, éventuellement mais pas plus. A peine l’échange fini, une servante entra avec un plateau richement garni de pain, pâtisseries, viandes froides, des fruits dont certains lui étaient complètement inconnus, il y avait aussi quelques choses qu’il ne connaissait pas et se permit donc de demander des précisions au valet. Le bain qui suivit fut tout aussi agréable que le repas. Il se sentait enfin propre et habillé, plus ou moins correctement.

Le reste de l’après-midi fut assez calme… Il n’avait pas voulu emmener de la lecture de peur d’abimer les livres ou documents durant le voyage et comme personne n’avait jugé bon de lui faire visiter la maison, il ne voulait pas se montrer impoli et attendait gentiment sur son balcon où il commença à noircir une feuille de sa petite écriture serrée. Il notait quelques réflexions intéressantes et préparait son travail. Quelques heures plus tard, ses domestiques arrivèrent et il put retourner à des activités plus intéressantes avant le repas puisqu’il se chargea de dicter des instructions et préparer son travail pour la dame du Sud avant de se changer pour le diner.

Lorsqu’il descendit dans la salle à manger de la maison, Evart remarqua quatre assiettes. A moins qu’on n’est pas respecté ses instructions ou qu’il y ait un invité surprise, le petit frère d’Ella devait manger avec eux. C’était encore une coutume bien étrange, le jeune homme ne se permettrait jamais de faire manger son jeune fils à un diner et il n’avait lui-même jamais été convié à aucun des petits diners de son père. Fort heureusement, le souper fut dès plus agréable. Evart avait toujours eu une conversation dès plus agréable et Elaria n’en était pas dépourvue. Quant au petit Saemon, il semblait curieux de tout. Il ne cessait de lui poser des questions :


- Et vous venez d’où ?

- Je viens d’Anfalas, à l’Ouest du Gondor où ma famille tient une seigneurie depuis des temps immémoriaux.

- C’est joli ?

- C’est une très belle région avec de grandes vallées vertes et de belles forêts.

- Cela ne vous manque de vivre chez vous ?

- Pour tout te dire, je n’y ai pas vécu très longtemps.

- Et vous avez été où alors ?

- Je suis allé dans les Montagnes Blanches puis à Dol Amorth, Pelargir et enfin Minas Tirith.

- Et vous avez préféré quoi ?

- Les montagnes sont impressionnantes, en as-tu déjà vu ? Le petit garçon secoua doucement la tête et Evart continua. Elles sont si hautes qu’elles se perdent dans les nuages, leurs sommets est couvert de neige toute l’année, leur aspect est particulièrement saisissant quand les nuages jouent entre les pics et le Soleil.

- Est-ce-que …

- Saemon, n’épuise pas messire Praven.
Coupa Ella.

- Est-ce que je peux y aller alors ? Je n’ai plus faim.

Même si jamais il ne se serait permis de demander ça à un souper, Evart fut rassuré de voir le petit curieux filer. Il n’aimait pas parler de lui et préférait rester sur des sujets plus légers et moins personnels, comme toute personne de qualité soit dit en passant. Le regardant sortir, il reprit :

- C’est un enfant charmant.

Le repas continua dans le calme, les deux sœurs Desbo et Evart purent échanger sur d’autres sujets allant de la politique jusqu’aux petites histoires de la région de Déir-al-médir. Le domaine avait une histoire intéressante tout comme la famille à qu’il appartenait. Il était indéniable qu’Ella avait fait un travail formidable pour redresser les finances de son père et l’honneur de sa maison mais Evart ne savait que trop bien par où passait généralement ce « travail formidable ». Le repas était délicieux avec des odeurs et des goûts exotiques mais Ella semblait préoccupée. Ils se retrouvèrent rapidement dans la pièce d’à côté. Evart se permit de lui exprimer discrètement son intérêt :

- Vous semblez préoccupée, souhaitez-vous que nous reportions cela à une prochaine fois ?

Comme prévu, Ella préféra continuer leur réunion et ils purent étudier les affaires d’Ella avec la minutie et le sérieux nécessaire. Ils y passèrent toute la soirée voire même une petite partie de la nuit. Malheureusement ils devraient partir dès l’aube pour Djafa, les affaires de la Grande Marchande semblant assez délicates en ce moment.
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Nathanael
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Mar 4 Avr 2017 - 20:17

La visite au sein du domaine de Déir-al-médir fut aussi courte qu’agréable. Décidément, pensa la jeune femme, elle ne pouvait s’attarder nulle part. Un soupire lui comprima la poitrine tandis qu’elle ordonnait au meneur de donner le pas aux chevaux. Ils n’étaient pas partis à l’aube. L’affaire qui préoccupait Ella était urgente, mais toute précipitation aurait été une erreur. Il lui avait fallu s’assurer de la sécurité de son frère et de sa sœur, ainsi que du domaine familial avant de partir. Les hommes qu’elle engageait pour défendre le vaste haras avaient été rappelés pour recevoir de nouveaux ordres. Elle avait tenu à être là pour s’assurer qu’ils soient bien transmis. Elle avait une confiance aveugle en son vieux serviteur, Alaman. Il était fidèle à sa famille depuis de nombreuses années. On ne pouvait pas en dire autant des cavaliers qui parcouraient ses terres. Ils travaillaient davantage pour l’argent que par loyauté. Et elle n’était pas assez naïve pour croire qu’ils lui resteraient dévoués si d’aventure d’autres employeurs leur proposaient une somme plus élevée. À croire que si le commerce de marchandises s’époumonait à survivre entre le nord et le sud, le mercenariat reprenait une vigueur nouvelle.
 
Les nouvelles consignes passées, elle avait également tenu à transmettre des lettres ici et là. Vers Osgiliath, d’abord, pour rassurer la Compagnie du Sud sur son voyage et les prochaines mesures qu’elle allait prendre sur place. Elle ne fit jamais mention d’une quelconque menace à son encontre. Il ne servait à rien d’affoler ses supérieurs. Elle ne savait pas qui et pourquoi, on s’en était pris à sa famille. Il pouvait y avoir mille et une raisons d’agir contre les Desbo et sa récente nomination comme Grande Marchande de la Compagnie du Sud n’était que l’une d’entre elles. Elle devait se montrer forte et suffisamment astucieuse pour démêler cette affaire elle-même, bien qu’une boule au ventre lui nouât les entrailles depuis la veille. Il y avait eu des lettres, puis une véritable attaque. À la peur se mêlaient la colère et à la rage. S’attaquer ainsi à ses proches, c’était remettre en cause toute la puissance de sa famille, cracher sur la notoriété de son père et de son héritage et faire peu de cas de sa propre personne. Comme s’ils n’étaient plus que de vulgaires cibles à abattre, des mendiants qu’on pouvait égorger impunément dans une ruelle. Ainsi la famille Desbo n’était plus suffisamment aimée, ou plus suffisamment crainte.
 
Si elle avait été pressée de rejoindre Djafa pour revoir son frère et sa sœur, l’envie lui manquait ce matin-là. Leurs retrouvailles ne s’étaient pas passées comme elle l’avait espéré et, peinée, elle avait dû se rendre à l’évidence. Devenir Grande Marchande serait plus compliqué et plus difficile que prévu. Elle ne parvenait pas à s’attacher aux questions commerciales. Sur place, elle devrait se rendre à son comptoir, puis aux entrepôts, pour constater les dégâts, mais ses possessions personnelles passaient après les intérêts de la Compagnie du Sud. Du moins c’est ce dont elle essayait de se convaincre. Elle aurait voulu prendre plus de temps pour mettre Evart Praven au courant des liens commerciaux qui l’unissaient à différents groupes marchands, de l’organisation du prélèvement des dîmes et des impôts sur ses domaines, de la gestion faite par ses métayers et régisseurs. Mais voilà, elle était prise de court et le jeune noble devrait se débrouiller rapidement sans elle pour gérer des domaines et des comptoirs qu’il ne connaissait pas. Ce n’était pas tant la gestion de ses affaires qui l’inquiétait. Evart lui avait démontré au cours de leurs échanges qu’il possédait une mémoire aiguisée et la volonté de bien faire. Outre ses ambitions il semblait avoir les compétences réelles et nécessaires pour le poste qui lui revenait. Non, ce n’était pas cela qui la chagrinait. Evart Praven était résolument un homme du Gondor, et, toutes qualités professionnelles mises de côté, il semblait totalement hermétique à l’exotisme des coutumes du Harondor.
 
Afin de lui montrer qu’elle pouvait aller dans son sens, elle avait fait l’effort de faire apprêter une calèche pour sa personne pour la route. Un cheval frais et disponible était tenu en dextre par un de ses hommes de main. Plusieurs gardes les accompagnaient. Moins nombreux que lors de leur voyage depuis Osgilliath, ceux qu’elle avait sélectionnés étaient parmi les meilleurs bretteurs. Ils devaient voyager cinq jours à un rythme soutenu avant d’arriver à Djafa. Ella avait fourni ses propres chevaux et son propre matériel de façon à ne pas trop attirer l’attention.
 
Veuillez m’excuser si ces dispositions semblent placer le confort matériel au second plan. Mais cette voiture et mes chevaux conviendront mieux aux terrains du Harondor. Le voyage sera d’autant plus rapide et nous parviendrons ainsi plus vite à notre demeure familiale à Djafa.
 
Et, tandis qu’Evart prenait place sur une banquette couverte de coussins, à l’abri d’une cabine en bois, elle talonnait son cheval dans sa tenue de cavalière. Durant le voyage, elle continua d’entretenir Evart à propos de ses différentes propriétés et des commerces qu’elle possédait au Harondor. À Dhar Akbhat, le premier soir, elle prit le temps d’introduire Evart aux proches qui la soutenaient. Parmi les marchands se trouvaient également des propriétaires terriens qui se destinaient exclusivement à la vente de matières premières. Ce n’était qu’un petit comité de proches. Ella n’avait pu organiser qu’un dîner courtois chez un ami fidèle, un dénommé Mebruk Selyan, dont le profil laissait soupçonner des origines haradrimes. Mebruk Selyan avait poursuivi l’œuvre de ses ancêtres en perpétuant la vente de petits bétails et de pierres de taille. Ses domaines, quoique modestes, s’étendaient sur les versants occidentaux du Mordor. Plus qu’un grand commerçant, il était surtout un gestionnaire hors pair et connaissait tous les hommes qui étaient à son service. Il avait une grande connaissance du territoire où se trouvaient ses terres et il passa une grande partie de la soirée à narrer ses escapades.
 
– Pardonnez-moi, sieur Praven, si mon comportement n’est pas coutumier des gens du nord. Je ne sais pas si vous et vos proches avez pour habitude de parcourir ainsi vos domaines. Mais il est des bruits et des rumeurs qu’on ne peut apprendre que de la bouche des commis et des régisseurs qui travaillent pour nous. Et l’on en apprend plus encore, quand on parle directement aux alleutiers qui ont des terres contiguës aux nôtres. Certains prétendent qu’ils ont exploré des mines sur les versants orientaux du Mordor. Et qu’il ne se trouve là-bas plus personne pour les en déloger. Ils ont tous le visage sale et noirci par le labeur, mais j’ai vu entre leurs mains une améthyste qui aurait fait frémir les convoitises des plus grands joailliers du pays.
 
Le reste du voyage fut moins excitant. Ella avait prévu de grandes tentes pour la nuit. Même si elle n’en disait mot, elle était mal à l’aise d’être ainsi au-dehors, petite proie pour les premiers assassins qui voudraient l’éliminer. Elle s’était fait une joie de voyager ainsi, aux quatre vents et sous les étoiles. Mais ce que sa sœur lui avait rapporté l’avait très largement refroidie. Les jours se suivirent, sableux et éreintants. La végétation mourut peu à peu et finit par être ensevelie par le sable et les roches du désert. Pour passer le temps et pour finir d’instruire Evart sur ses affaires, Ella continuait de lister ce qu’elle possédait ainsi que l’état dans lequel se trouvait chacun de ses commerces.
 
Nous avons constaté une diminution de la vente des bijoux, de manière générale. Je gage qu’il ne s’agit que des conséquences d’un effet de mode passager. Mais cette perte de revenus ne doit pas progresser. Si j’ai de nombreux domaines, qu’ils soient agricoles, ou forestiers, je ne possède néanmoins pas de mine. Et cela nous fait grands défaut. Les orfèvres qui travaillent pour moi sont dépendants des flux de minerai et de pierres. Et le Harondor septentrional n’est pas une terre minière, pour notre grand malheur. Les pierres précieuses sont extraites plus au sud, au milieu des plaines rocailleuses et des collines rocheuses qui bordent Al’Tyr, ou dans la fournaise des dunes du Harad. Ou sur les versants du Mordor. Mais rares sont les mineurs qui veulent bien s’y rendre. Il n’y qu’un homme comme Mebruk Selyan pour les en persuader. Mon père avait fait l’acquisition d’une exploitation de minerais à l’est de Dhar Akbhat. Mais il n’était pas assez concurrentiel sur le marché. Le minerai extrait était de piètre qualité et les tunnels, mal entretenus par l’ancien propriétaire, ont englouti plusieurs de nos hommes à l’époque.
 
La voix d’Ella était devenue monocorde tandis qu’elle abordait les projets de son père. Il lui était toujours difficile de revenir sur l’image paternelle, qu’elle affectionnait autant qu’elle méprisait pour son dernier geste. Reprenant contenance, elle continua.
 
Les étoffes et l’artisanat se vendent toujours aussi bien. Il vous faudra sans doute rappeler à l’ordre quelques-uns de nos fournisseurs. Notamment ceux auprès de qui nous achetons la teinture issue de la feuille de pastel. Le Guède est une plante qui est originaire de notre contrée. Je fais cultiver une partie des plantes qui servent à teindre les étoffes que nous revendons, mais si je voulais être indépendante, je devrais sans doute convertir plus d’un tiers de mes domaines à cette culture. Or il est trop dangereux de cultiver une seule variété de plantes sur une surface aussi grande. D’autant qu’il est plus économique d’acheter le pastel que de le produire soi-même. Les procédés de transformation sont coûteux en temps et en main d’oeuvre. Si vous me demandez pourquoi j’ai donc choisi de cultiver tout de même ces plantes, je vous répondrai que c’est uniquement pour éviter que le marché ne devienne l’exclusivité de quelques propriétaires terriens, qui, bouffis d’orgueil, se feraient un plaisir de nous revendre quelques pétales au prix de l’or.
 
Ella Desbo poursuivit ses explications à propos des différentes terres qu’elle avait dédiées à la culture des variétés pour les teinturiers. Elle savait, en plus des moyens de commercialiser ses produits, comment chacun d’entre eux était fait et tous les procédés de transformation qui étaient utilisés pour obtenir des produits finis.
 
Les propriétés forestières que je vous ai montrées sur la carte sont toutes au nord du Harondor. Au-delà de Djafa vous ne trouverez dans le paysage que buissons rachitiques et arbres décrépits qui luttent difficilement contre la sécheresse et la brûlure du soleil.
Dame Desbo !
 
Elle interrompit sa conversation avec Evart, ainsi interpellée par un des hommes qui menaient leur cortège.
 
Djafa est en vue.
 
Ella tira sur les rênes de son cheval pour lui demander l’arrêt. Au loin, la Perle du Sud semblait vibrer sous les rayons du soleil. L’après-midi touchait à sa fin, exhalant une chaleur réconfortante. La cité semblait grouiller d’une activité encore plus intense que d’habitude. L’Émir s’était réfugié dans la cité commerciale après sa défaite à Dur’Zork. Et avec lui, tous ses serviteurs, ses hommes d’armes et les habitants qui n’avaient pas voulu se soumettre aux pirates. La ville croulait sous l’afflux de population. Ella prit soin d’évoquer la situation à Evart tandis qu’ils se rapprochaient des murailles de terre cuite qui ceignaient la cité. Ce n’était pas des badauds et des marchands qui circulaient dans les rues de Djafa, mais une marée humaine suante et pleine de bruits. Les hommes d’Ella durent jouer des pieds et des mains tout en criant « Place ! » pour que puissent s’engager leurs chevaux dans une des artères les plus empruntées de la ville. Hommes et femmes troquaient, échangeaient, juraient, de pauvres hères tendaient une main suppliante pour avoir une pièce, des enfants courraient dans les rues et ici des animaux à longue bosse de graisse sur le dos, là des ânes épuisés par la tâche, tiraient ou portaient des excroissances de marchandises qui semblaient prêtes à tomber à la moindre secousse. Ils mirent plusieurs minutes pour traverser la longue rue avant de s’engager dans une allée plus calme à l’ombre de grands bâtiments.
 
L’entrée dans la ville est toujours un calvaire, dit Ella.
 
Et pourtant. Les caravanes et les convois semblaient moins nombreux, les tentes de nomades ne parsemaient plus le désert alentour comme avant. La guerre avait autant transformé les hommes que le paysage. Quittant les rues bondées, ils cheminèrent encore quelques minutes avant d’arriver au pied d’une vaste demeure. De grandes portes d’un bois sombre, renforcées de métal, s’ouvraient à peine tandis qu’ils arrivaient. Des toiles beiges et ocre protégeaient l’entrée du soleil, mais nulle autre fioriture n’indiquait qu’il s’agissait de la demeure des Desbo. Ella eut un petit soupir de contentement en arrivant chez elle. Plusieurs hommes vinrent transporter les bagages et s’occuper des chevaux, menant les uns à l’intérieur des murs de terre et les autres dans une écurie proche.
 
Je vous souhaite la bienvenue à Djafa et dans ma demeure. Vous conviendrez que le voyage fut épuisant. Je vous invite donc à suivre Rehma. Il est l’intendant des lieux pendant mon absence et saura vous guider entre ces murs. Un homme au crâne luisant s’inclina légèrement pour se présenter. Rehma, veille à montrer ses appartements à sieur Praven et veille à ce qu’il ait tout ce dont il a besoin. Tu montreras également à son secrétaire et ses hommes où ils pourront loger, se rafraîchir et manger. Je vais moi-même changer de toilette et donner mes consignes à mes gens. Je vous invite à me retrouver au premier étage, sur les balcons, pour profiter de la vue sur une partie de la cité et profiter d’un repas autrement plus réjouissant que la viande fumée, le pain, les terrines ou les fruits secs dont nous avons trop abusé pendant le voyage.
 

Et, dans un sourire, elle quitta Evart disparaissant au milieu des couloirs frais et sombres qui parcouraient sa demeure.
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Jeu 20 Avr 2017 - 21:02
Le domaine Desbo à Deir-el-Medir était un endroit absolument charmant. Cela fut une respiration tout à fait bienvenue pendant l’éreintant voyage qui les menait d’Osgiliath à Djafa. Avant de repartir, Ella eut le temps de lui faire visiter le haras et de l’introduire à l’élevage des chevaux. Evidemment un noble de la campagne comme lui avait quelques notions mais rien de comparable à ce qui était nécessaire pour mener un domaine de cette taille. D’une certaine façon, il éprouvait une sorte d’envie. N’était-il pas triste de voir cet immense domaine riche et prospère appartenir à une roturière alors que tant de nobles avaient du mal à maintenir leurs anciennes propriétés. A la réflexion, cette idée était stupide. Lui-même n’achetait-il pas les domaines d’aristocrates désargentés pour leur redonner leur lustre d’antan ? Le reste du voyage tint plus du marathon que de la visite d’agrément mais ce n’était pas pour déplaire au jeune homme. Il prenait plaisir à découvrir les nouvelles affaires de Dame Desbo malgré les conditions matérielles qui étaient ce qu’elles étaient mais avec lesquels il fallait bien avec.

Bien qu’ils fussent pressés, Ella prit le temps de l’introduire auprès de ses plus fidèles hommes comme Mebruk Semua. L’homme semblait honnête et compétent, il lui était assez agréable pour quelqu’un du Sud malgré un parler assez direct comme c’était la coutume ici, semble-t-il. Ils eurent une discussion intéressante sur les ressources agricoles du Nord du Harondor. Il semblait, comme Ella probablement, le voir comme un citadin acharné qui ne connaissait de la campagne que ce qu’il voyait du haut de Minas Tirith. Avec une certaine malice, il se permit de lui répondre :


- Ne vous inquiétez pas, en dépit des airs que j’aime à me donner, je suis un garçon de la campagne. Je ne pratique pas différemment sur mes propres terres. Et quelles sont les rumeurs qui courent en ce moment ?

Ils purent continuer la discussion qui porta notamment sur l’existence de mines sauvages par-delà les montagnes du Mordora puis sur les difficultés du commerce en ces temps de guerre froide. Comme à son habitude, Evart écoutait beaucoup et ne parlait que peu de lui. Il ne souhaitait pas vraiment se mettre en valeur mais préférait en apprendre plus sur les autres et s’intéressait à leurs affaires et leurs personnes. Pour la plupart des gens, il était agréable de parler d’eux et Evart aimait faire parler les autres. Le reste de la soirée fut tout aussi intéressante et le jeune noble prenait plaisir à ses mondanités qui lui permettaient de connaître les proches alliés d’Ella. Le lendemain, ils purent continuer leur long voyage vers le Sud. Même s’il était inconfortable et bien trop long, il était l’occasion de mieux connaître Ella et d’en apprendre plus sur ses affaires.

- J’imagine que les tensions entre l’émirat et les villes du Sud ne doivent pas faciliter l’approvisionnement en pierres et métaux. Puis, j’imagine que, dans des régions aussi disputées, il faut avancer à visage masqué. Il serait trop tentant pour les locaux de s’en prendre à un supposé suppôt du Nord, n’est-il pas ?

Même s’il possédait une petite mine dans l’Anorien, il était loin d’être un spécialiste de la mine et s’il fallait développer cette activité, il devrait probablement se reposer sur l’expérience de Semua pour bâtir quelque chose de solide. En tout cas, cela semblait tenir à cœur Ella que de se développer dans les mines. Si les perspectives politiques tendaient à s’améliorer, il faudrait sauter sur les occasions mais, en attendant, il lui faudrait surveiller les opportunités. Alors qu’il s’apprêtait à lui répondre, Evart constata une sorte de trouble comme s’il était difficile pour elle d’évoquer la mémoire de son père. Il lui faudrait en apprendre plus sur elle quand il serait à Djafa et pas uniquement sur ce qu’elle voulait bien lui dire. Puis la discussion reprit sur les lainages et teintures du Sud. Il est vrai qu’elles avaient une très belle réputation dans tout le Gondor et même au-delà. Avec une certaine malice, il glissa :

- Effectivement, je me doute qu’acheter si cher quelques pétales inutiles n’est guère rentable. Ella eut un petit air surpris comme si elle ne s’attendait pas à ce qu’il passe cette petite question qui devait le piéger. Ne soyez pas surprise, Ella, j’ai un certain goût pour la chose agricole et l’herboristerie. J’ai même investi dans un petit domaine à la frontière du Lebennin qui me sert à expérimenter des techniques nouvelles. Je voulais essayer d’y faire pousser de la guède mais il était encore trop tôt dans la saison. Comment sont gérés vos domaines ? Il s’en suivit une discussion sur la l’étendue et la dispersion des nombreux domaines Desbo. Le sujet était évidemment intéressant mais il orienta la discussion vers quelque chose de plus important que la liste de tous les domaines de Desbo. Vous maitrisez donc toute la chaine du pastel ? Depuis la culture, au moins en partie, jusqu’à la production des étoffes en passant par la création puis la transformation des cocagnes ? Disposez-vous en propre d’ateliers permettant de produire ces étoffes ou ce sont des artisans plus ou moins indépendants liés à vous ? Laissant Ella lui expliquait les tenants et aboutissant de la production d’étoffes, Evart reprit un peu plus tard. J’ai lu que les feuilles de guède étaient écrasées par des moulins à animaux ou des moulins à bras, est-ce vrai ?

A dire vrai, l’organisation ne semblait pas être la plus efficace, il aurait probablement fallu regrouper les terres produisant de la guède pour pouvoir éviter ces petits moulins qui coutaient finalement assez cher alors qu’une grosse installation pourrait produire plus pour moins cher. En Gondor, Evart avait déjà eu l’occasion de trouver des moulins particulièrement ingénieux et il lui faudrait étudier ça avec attention. Cela pourrait être l’occasion d’améliorer grandement la rentabilité et la gestion des affaires d’Ella.

Voyageant parmi les ardents buissons et le sol fissuré, Evart n’en pouvait de toute cette chaleur qui l’accablait. Il écoutait presque distraitement Ella qui parlait de ses activités forestières. De toute façon, elle n’eut guère le temps d’aller plus loin que les arbres décrépis de la région auquel le ton presque las du jeune homme répondit :

- Il est, parait-il, des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril… marquant une pause, il reprit, alors plus rien ne m’étonnerait. [/b]

Ils n’eurent même pas le temps de reprendre que Djafa fut en vue. Emergeant d’une petite côte, ils purent admirer quelques toits qui scintillaient par-dessus la petite petite ceinture de murailles qu’on voyait à peine. Bien qu’épuisé par ce long voyage et cette chaleur étouffante, Evart admirait ce panorama à la fois splendide et impressionnant. Tachant de se rencontrer sur ce que lui raconta Ella de la situation de la ville, Evart put constater à quel point il était difficile de circuler dans cette ville. Bien que n’ayant qu’une grande porte, Minas Tirith avait une grande esplanade qui facilitait la dispersion dans le Premier Cercle. Rien de tel ici où la porte débouchait sur un apparent dédale de rues et ruelles surpeuplées. Heureusement ils ne mirent que peu de temps à atteindre la belle demeure de la famille Desbo. Si Ella semblait heureuse de retrouver son chez soi, Evart y trouvait un secours bienvenue et il ne s’en cacha pas vraiment :

- Je vous suis reconnaissant de tant d’honneurs, Dame Desbo. Cet interminable voyage m’a tout simplement éreinté.

Une simple et informelle révérence plus tard, Evart se lança à la suite de Rehma qui l’amena jusque dans sa chambre où l’attendait un laquais qui commença à s’occuper de lui. La chambre était assez fraiche et il était agréable d’avoir enfin des températures qui atteignaient péniblement des niveaux raisonnables. Quelques minutes plus tard, ses bagages furent amenés ainsi qu’un cuvier qui fut bientôt rempli d’eau froide. Profitant enfin d’un repos mérité, il eut le bonheur de voir entrer dans sa chambre son maitre d’hôtel.

- Messire Praven.

- Daswyn. Quel plaisir de vous revoir.

- Pour moi aussi, Messire.

- Approchez. Donnez-moi des nouvelles.
Alors que son maitre d’hôtel venait vers lui, Evart congédia le laquais de Dame Desbo, il n’avait plus besoin de ses services après tout.

- J’ai pu vous trouver une hôtellerie à proximité du comptoir Desbo.

- C’est parfait. Nous resterons chez Dame Desbo le temps de la politesse mais je ne souhaite pas l’envahir. Avez-vous pu avancer sur le reste ?

- En effet, j’ai trouvé trois demeures qui seraient à vendre. La première n’est pas très loin d’ici, elle est assez grande, d’un style gondorien avec une très belle vue sur la ville et un jardin charmant. La seconde est une vaste et splendide demeure. Son propriétaire est un conseiller de l’Emir qui souhaite s’en débarrasser rapidement pour servir son maitre à Minas Tirith.

- Par les temps qui courent, je ne sais pas s’il est opportun de s’éloigner bien loin de chez soi. J’en sais quelque chose. Et la dernière ?

- Il s’agit d’une maison plus modeste mais qui bénéficie d’un charme assez typique mais il y a des travaux à y faire pour la rendre habitable.

- Des travaux, modeste, typique. Des avantages ?

- Elle est au milieu du quartier anfalais. A dire vrai, il s’agit plus maintenant du quartier des ressortissants de l’Anfalas et de Dol Amroth mais je pensais qu’il vous serait agréable d’être un peu parmi les vôtres.

- Vous avez raison. Organisez un rendez-vous pour me permettre de les visiter.

- Bien messire.
Tandis qu’Evart sortait de son bain, son maitre d’hôtel s’afféra. Je vais vous aider messire.

- Et sinon, comment avez-vous trouvé la ville et ses habitants ?

- C’est très différent du Gondor, bien sûr. Depuis la guerre, beaucoup de gens du Sud fuient les massacres, les pirates et le danger, la plupart s’arrête à la première ville tranquille qu’il trouve, c’est-à-dire ici. Autant la plupart des grandes familles ont encore des domaines dans le Nord et n’ont donc pas tout perdu, encore que, mais il y a beaucoup de pauvres, de réfugiés, de mendiants qui n’ont plus rien.

- C’est terrible.
Dit Evart avec une voix terme où la compassion n’était pas totalement feinte.

- J’ai eu l’occasion de chercher également des serviteurs pour votre future maison. J’ai trouvé des laquais et des garçons de cuisine convenables mais je n’ai malheureusement pas encore pu trouver de maitre de cuisine aux références acceptables, je crains qu’il faille se contenter d’un effectif réduit.

- Ne vous inquiétez pas, tant que je n’ai pas de demeure, cela ne presse pas. Vous avez encore le temps de chercher.

- C’est-à-dire qu’avec le déplacement de toute la Cour à Djafa, les bons cuisiniers se font rares et sont plus recherchés qu’un anneau de pouvoir.

- Je comprends, oui. D’ailleurs, j’y pense, je ne sais quand arrivera le reste de mes bagages. Nous avons préféré venir ici au plus vite, j’imagine qu’il devrait arriver d’ici quelques jours. J’ai pris l’essentiel mais il vous faudra faire l’inventaire pour vous assurer qu’il ne manque rien en attendant le reste.


Il lui fallut encore quelques minutes pour se sécher correctement, s’habiller proprement et se coiffer élégamment. Il en profita de la situation pour se raser, il ne le faisait qu’un jour sur trois pendant le voyage. Il n’avait maintenant plus cette excuse pour se laisser aller à la négligence et il quittait ses confortables habits de voyage pour une tenue plus élégante aux teintes bleue fumée et bisque. Finissant de se préparer et de diriger les laquais qui déballaient ses malles, Evart attendit quelques minutes avant de rejoindre Ella sur le balcon qui surplombait la ville. Dame Desbo n’était pas encore là mais ses serviteurs finissaient de disposer des plats raffinés sur la table. Une épaisse végétation protégeait du Soleil et de la chaleur sans gâcher cette vue splendide. Appuyé sur la balustrade, il laissa vagabonder ses pensées jusqu’à qu’un bruit derrière lui le surprit, c’était tout simplement Ella qui le rejoignait.

- Je vous prie de m’excuser, Dame Desbo, vous m’avez surpris alors que j’admirais cette splendide vue de Djafa. Je vous remercie de votre accueil, il est agréable de se débarrasser de toute cette poussière. J’ai également pu retrouver mon maitre d’hôtel, ce dont je suis fort aise. Tandis que l’hôtesse des lieux l’invita à s’asseoir, Evart continua. Quelles sont les nouvelles depuis Déir-al-Médir ?
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