RPG SEIGNEUR DES ANNEAUX - LE JEU DE RÔLE SEIGNEUR DES ANNEAUX N°1 !
 
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 Si la Mort a Mordu

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues


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MessageSujet: Si la Mort a Mordu   Lun 20 Juin 2016 - 15:26

Si les matins de grisaille se teintent



De loin, Umbar ressemblait à une gigantesque fourmilière dont la logique ne pouvait pas être comprise par un esprit humain. Les structures anarchiques, chaotiques parfois, qui peuplaient les quais et les quartiers pauvres de la ville, jouxtaient les constructions plus anciennes, datant du temps des Numénoréens. Les habitants, venus de partout en Terre du Milieu, vaquaient à leurs occupations comme une horde grouillante et bruyante, chacun animé par une volonté propre, mais finalement soumis aux impératifs du Destin qui semblait guider les pas du plus noble au plus humble. Le port était l'incarnation de la puissance de la ville, et il aurait été impossible de compter le nombre de navires qui entraient et sortaient, chargés de marchandises précieuses ou vitales. Les vaisseaux des Corsaires, plus fins, plus élancés, au profil racé comme des chevaux de course taillés pour fendre la houle et prendre le vent, filaient en ondulant sur les vagues comme s'ils bondissaient par-dessus des obstacles mouvants. Les navires marchands, plus lourds et plus imposants, se laissaient porter tranquillement par les flots qui paraissaient même incapable de faire vaciller ces grandioses créations humaines. Ils entraient dans le port en portant sur leur dos des marins las, heureux de retrouver la terre pour quelques semaines. Ils agitaient les bras, minuscules personnages juchés sur le dos de gigantesques monstres de bois à la placidité relaxante.

La cité était devenue sans y paraître la plus active de la Terre du Milieu, et la guerre contre l'émirat du Harondor avait ramené jusqu'à la demeure des Seigneurs Pirates les mille et une richesse de la magnifique cité de Dur'Zork. Cette dernière avait été pillée, comme bien d'autres cités qui n'avaient pas voulu se soumettre. Les esclaves, capturés, avaient été ramenés sur le premier marché d'hommes d'Arda, devant même celui d'Albyor au Rhûn. Les navires qui sillonnaient les côtes en razziant les villages ne s'étaient jamais montrés aussi audacieux, et ils ramenaient un butin toujours plus grand à Umbar, le cœur du Sud qui battait à tout rompre.

Certainement, la ville était bien différente d'Al'Tyr. Plus agitée, plus colorée. Plus dangereuse aussi, dans un sens. Des prostituées sillonnaient les rues en proposant leurs charmes aux marins qui venaient de poser pied à terre, ou aux marchands qui arrivaient en ville par la porte du Nord. Certaines ne revenaient jamais de leurs passes, battues à mort par des hommes ivres d'alcool et de violence, qui déversaient sur elles leur frustration, leur colère et leur envie de meurtre. Parfois, c'étaient les clients eux-mêmes qui ne revenaient pas, saisis en plein ébat par une lame argentée qui venait se glisser contre leur gorge. La caresse glacée de la mort les gelait instantanément, figeant leur souffle et leurs pensées pour toujours. A défaut d'être courants, les assassinats n'étaient pas rares. Et pourtant, la ville restait un lieu agréable par bien des aspects. Les étals chaleureux où la population pouvait apprécier les richesses venues des quatre coins du monde. Des artisans au talent incroyable se massaient ici, certains attirés par l'opportunité de s'enrichir considérablement, d'autres amenés contre leur gré dans une cité qu'ils ne pouvaient désormais plus quitter.

C'était dans cet endroit bien étrange que Issam avait pénétré, et conformément aux instructions qu'il avait pu recevoir il avait réussi à trouver une auberge miteuse dans un quartier relativement moins mal famé que les autres. Ce n'était pas luxueux, et son lit avait autant de puces que les autres, mais il avait moins à craindre ici qu'ailleurs, car un solide gaillard gardait la porte d'entrée et s'assurait que personne ne venait apporter du désordre à l'intérieur. Le patron, encore plus costaud que son molosse bipède, avait penché un regard peu amène sur Issam lorsque celui-ci était venu se présenter à lui – comme on lui avait demandé de le faire. Il lui avait indiqué sa chambre, et lui avait glissé l'air de rien :

- Je vous ferai appeler si quelqu'un vient pour vous.

Cela n'avait pas tardé. Issam avait eu une demi-douzaine d'heures à sa disposition pour se remettre de son voyage et s'installer quelque peu, avant qu'on vînt le chercher. La nuit menaçait de tomber sur la cité, qui se parait de centaines de flammes allumées par des lanterniers. Ces gens-là en savaient toujours plus qu'ils ne voulaient le laisser croire. A cette heure-ci, les gens de mauvaise vie sortait de leur tanière, protégés par l'obscurité, et ils allaient discuter de ces choses dont on ne peut même admettre l'existence en d'autres circonstances. Les assassinats, les missions secrètes… personne n'était du genre à vouloir reconnaître qu'il trempait là-dedans, pour sûr. Le jeune assassin découvrit qu'on avait envoyé une jeune fille ravissante pour l'accueillir. Elle n'était pas seulement ravissante à cause de son visage, lequel n'était pas d'une beauté si pure qu'elle aurait pu faire chavirer le cœur d'un homme d'un simple regard. Elle était, cependant, apprêtée et soigneusement maquillée. Assurément, elle servait quelqu'un de puissant. Elle ne put cacher son malaise en se retrouvant face à un assassin, craignant sans doute inconsciemment qu'il ne la prît pour cible, ignorant tout de l'entraînement que les Ombres recevaient pour précisément dompter leurs émotions.

- Sire, si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre…

Elle s'inclina légèrement, descendit l'escalier en se retenant prudemment à la rambarde. Sa robe était de qualité, quoique loin d'être ostentatoire, et elle devait prendre soin de ne pas glisser avec ses chaussures délicates. Une fois arrivée en bas, elle salua le patron d'un geste doux de la main, et il lui fit amener sa veste qu'elle referma sur ses épaules. Elle rabattit un capuchon sur ses cheveux bruns, et non sans jeter un regard en arrière pour s'assurer que l'assassin la suivait bien, elle se glissa dans les rues silencieusement.

Très silencieusement.

Elle ne pipa mot de tout le trajet, lequel s'avéra plus long que prévu. Elle marchait relativement lentement, et cela donna le temps à Issam d'observer les environs, de noter quelques détails de ci de là. Umbar était une ville incroyablement vivante, et même à cette heure de la nuit on pouvait voir bien des choses. Des personnages curieux qui entraient et sortaient de maisons en regardant par-dessus leur épaule tels des conspirateurs, des marins déjà ivres qui pourtant ne faisaient que débuter leur soirée, ou encore des gardes – car oui, il y avait bien une forme d'autorité incarnée par les Seigneurs Pirates – qui déambulaient dans les rues en n'attirant pas davantage la crainte que les rats qui couraient d'un tas d'ordures à un autre.

Cependant, ce n'étaient pas dans les ténèbres que le conduisait la jeune fille, qui bifurqua bientôt vers des quartiers plus propres, moins fréquentés, et plus éclairés. Ils montèrent en pente douce pendant quelques temps, et s'arrêtèrent bientôt devant une maison de belle taille dont le style était curieux. Les fondations étaient de grosses pierres pâles, larges et lisses, tandis que le haut de la structure était complètement différent. Comme si on avait bâti un nouveau genre de demeure sur les ruines d'un ancien palais. Le contraste était intéressant, pour ne pas dire révélateur, mais ce n'était pas pour l'architecture que le jeune Issam était venu. Il pénétra à l'intérieur, et changea subitement de décor. L'entrée était vraiment superbe, faite de marbre et de bois précieux. Sur les murs bien éclairés par des torches placées stratégiquement et des miroirs qui en reflétaient la lumière, on voyait de magnifiques tentures qui coloraient le grand hall d'entrée. L'assassin, assurément, tranchait avec le décor dans lequel il venait de pénétrer comme une tâche d'huile sur un canevas immaculé. Fort heureusement, il n'était pas le seul dans ce cas, et deux hommes d'armes visiblement expérimentés prirent le relais de sa jeune hôte. Elle s'éclipsa dans une pièce adjacente, tandis qu'il était conduit de l'autre côté, vers un salon où on lui demanda de s'asseoir.

- Désirez-vous un verre de vin, Sire ?

Un serviteur venait de se matérialiser à ses côtés, aussi discret qu'un Maître Assassin. Il tenait entre les mains un plateau d'argent sur lequel trônait un verre et une carafe d'un liquide rouge comme le sang. Il déposa le tout sur un guéridon, servit le jeune apprenti, et s'effaça avec un professionnalisme incroyable. Issam attendit donc devant des fauteuils vides, pendant quelques minutes qui s'étiraient en longueur. Derrière lui, les deux gardes s'étaient postés de sorte à pouvoir garder un œil sur ce qu'il faisait sans pour autant se montrer menaçant. Ce n'était qu'une sécurité compréhensible, et cela signifiait qu'ils prenaient leur invité au sérieux. Finalement, une porte s'ouvrit au fond de la pièce, et trois hommes firent leur apparition.

Ils étaient riches, à n'en pas douter.

Tous avaient l'air incroyablement banal, cela dit. Des marchands fortunés, qui investissaient leur profit dans des tenues élégantes et coûteuses pour faire bonne impression auprès des pauvres qu'ils croisaient dans la rue. Ils s'avancèrent tranquillement, et saluèrent l'apprenti avec une froideur qui ne devait rien à leur manque de sympathie ou à la peur. Ils étaient tendus pour une autre raison.

- C'est donc vous… Oui, vous avez l'air assez jeune.

Celui qui s'était installé reprit son camarade, assis à sa gauche :

- Peut-être, avant toute chose, devrions-nous lui expliquer pourquoi il est ici. Puis, revenant à Issam, il enchaîna : Bienvenue, et désolé d'avoir dû vous convoquer ainsi. Nous avions besoin de nous assurer que vous étiez, eh bien… la bonne personne.

Celui de droite poursuivit :

- Oui, nous ne pouvions pas nous permettre de recruter n'importe qui. L'affaire qui nous occupe est très importante pour nous, et nous avons déjà essuyé quelques revers en faisant confiance à des individus qui se sont révélés incapables de faire preuve de… tact.

L'homme au centre, qui semblait être la tête pensante du groupe – et qui de toute évidence habitait les lieux, car il fit venir le serviteur d'un geste – expliqua plus en détail :

- Nous n'allons pas vous faire perdre votre temps. Nous avons souhaité qu'on nous envoie quelqu'un de jeune, qui soit capable de négocier une affaire délicate en notre nom. Nous ne souhaitons la mort de personne… enfin… cela ne signifie pas que nous ne pourrions pas avoir besoin de vos talents, mais… voici l'affaire qui nous occupe. Nous souhaiterions que vous vous rapprochiez d'un de nos concurrents, que vous fassiez sa connaissance, que vous vous introduisiez dans son cercle, et que vous dénichiez en fin de compte des éléments qui nous permettront de racheter son affaire. Les choses vont très bien en ce moment, et le commerce naval – notre domaine d'expertise – est en plein essor. Nous souhaitons acheter son entreprise, au prix le plus bas possible, mais il n'est pas envisageable de procéder à un assassinat. Un membre de sa famille hériterait de tout, et ne serait peut-être pas disposé à vendre. Est-ce que vous comprenez pourquoi tout ceci est très délicat ?

Les choses l'étaient en effet. Un peu trop de pression risquait de compromettre toute l'opération, et il allait falloir faire preuve d'ingéniosité et de délicatesse. Ce n'était pas vraiment pour de telles missions que le jeune homme avait été formé, mais il ne pouvait pas vraiment refuser. S'il échouait, il n'obtiendrait jamais son titre d'assassin, et il n'aurait plus aucun avenir dans la Confrérie. Les perspectives n'étaient pas réjouissantes dans ce cas.

- Votre cible est une femme, il s'agit de Lucinia Nakâda. Vous la trouverez normalement autour de…


~ ~ ~ ~


Les quais étaient très animés en cette matinée relativement grisâtre, peuplés par des centaines de matelots en plein préparatifs. Il faisait toujours bon pour la saison, et l'été paraissait vouloir durer plus que de raison, mais de sombres nuages pointaient à l'horizon. Des nuages qui faisaient écho à ceux qui se trouvaient dans le cœur de la jeune femme très élégante qui attendait là. Elle était en pleine discussion avec un homme qui lui rendait une bonne tête, et qui pourtant paraissait écouter ce qu'elle avait à dire avec beaucoup d'attention. Lui, visiblement marin sur le départ, et elle jeune femme délicate… Ils avaient l'air d'un couple improbable sur le point de se séparer, et un observateur extérieur aurait pu être trompé par les émotions qu'ils ressentaient en ce moment. Elle posa une main sur son bras :

- Capitaine, je vous en prie soyez prudent…

- Tout ira bien, madame. Nous ferons attention, et nous ramènerons le navire chargé d'autant de biens que possible, je vous assure.

Elle baissa la tête, et se mordit la lèvre :

- Ce n'est pas la marchandise qui m'inquiète… Le Lueur de Vermeil, son équipage, vous… Je ne veux pas qu'on m'annonce une nouvelle disparition. S'il y avait une autre solution… Oh, Capitaine, si seulement je pouvais être sûre que…

- Madame, je vous en prie. Rien n'est sûr dans ce monde, et nous n'avons pas le choix que d'essayer. Votre père a beaucoup fait pour moi, et même si nous avons perdu une partie de l'équipage, ceux qui restent sont déterminés. Nous reviendrons bientôt, et tout ira bien. D'ailleurs, qu'en est-il du Mille Soleils ?

Elle nota la manœuvre pour changer de sujet, mais se laissa guider vers cette nouvelle conversation pour justement ne pas céder aux larmes. Elle avait eu quelques bonnes nouvelles de ce côté, et elle était heureuse de pouvoir en parler. Accrochant un sourire qu'elle voulait sincère sur son visage, elle lui expliqua :

- Nous avons réussi à accélérer les réparations, et les choses avancent bien. L'équipage est toujours prêt à travailler, et nous avons recruté de nouveaux marins. Je ne sais pas encore quand est-ce qu'il pourra prendre la mer, mais on m'a dit que cela ne saurait tarder. Quand il pourra voguer, je pense que les choses iront un peu mieux…

- Vous voyez ? Les choses s'arrangent.

Elle eut un sourire timide, et il lui posa une main sur l'épaule, avant de rejoindre son équipage qui achevait les préparatifs pour le départ. Lucinia resta sur le quai à les observer, l'inquiétude peinte sur son visage. Son regard se perdit dans le lointain quand le Lueur de Vermeil quitta le port et acheva de disparaître à l'horizon. Elle demeura là un instant, adressant des prières silencieuses au Destin qui semblait gouverner la cité. Elle demeura là, frissonnant comme si un froid insidieux refermait ses griffes autour de son corps frêle. Elle demeura là.

Silhouette solitaire au milieu de la foule qui gravitait autour d'elle.

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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mar 21 Juin 2016 - 18:55


Le trajet jusqu’à Umbar avait été calme, donc ennuyeux, mais c’était préférable. Un incident, quel qu’il soit, n’aurait été qu’une perte de temps. Pire, cela aurait pu compromettre la mission de Issam.

A mesure que le navire approchait sa destination, le jeune homme qui avait quitté sa cabine pour rejoindre le pont pouvait apercevoir des navires de toutes tailles, de tous aspects, de plus en plus nombreux, les uns allant vers la ville portuaire, les autres la quittant. Certains étaient de belle facture, leurs formes élégantes et affinées semblant trancher l’eau telle une lame géante entaillant les chairs d’un titan. D’autres, plus grossiers et plus familiers, en imposaient par leur stature. Les allées et venues de ces appareils maritimes étaient bien plus importantes que le trafic de Al’Tyr qui pourtant n’était pas un port modeste. Mais Issam allait bientôt se rendre compte que la ville portuaire de Umbar faisait passer Al’Tyr pour un simple village de pêcheurs.

Les formes architecturales de Umbar, étranges pour Issam qui n’avait jusque là rien vu de tel, se dessinaient plus précisément à mesure que le navire approchait. Déjà, vue d’aussi loin, la ville était impressionnante. Mais c’est lorsque le bateau ne fut à quelques nœuds de la zone d’accostage que Issam pu réaliser à quel point la ville côtière ressemblait à une ruche grouillante d’activité. Cela se confirmait : Al’Tyr faisait pâle figure à côté. La population locale était remarquablement hétéroclite, mélangeant des individus aux apparences physiques variées, allant du teint mate à une peau d’une pâleur cadavérique. Des personnes blondes aux yeux bleus croisant des individus physiquement plus proches de l’assassin. C’était la première fois que Issam voyait autant de personnes non originaires des Royaumes du Sud, mais n’en fut pas trop surpris pour autant. A la forteresse de la confrérie, il n’avait guère eut l’occasion de se documenter sur sa destination, mais avait écouté d’une oreille attentive les conversations des passagers et hommes d’équipages du navire, amassant de très maigres informations sur l’endroit où il se rendait, mais cela était toujours mieux que rien.

Une fois à terre, le jeune ombre se dirigea sans plus tarder vers une auberge miteuse au sein d’un quartier pauvre de la ville. En chemin, il croisa des individus d’allure tellement peu recommandable qu’à côté de certains d’entre eux, il passait pour un homme vertueux. Il se remémora les mises en garde que l’homme de la guilde lui avait faites à la forteresse, avant de le quitter. Umbar avait un côté très coupe gorge, mais si des brigands ou autres criminels désiraient s’en prendre à lui, ils trouveraient à qui parler. Issam avait bénéficié pendant des années d’un entraînement intense au combat avec diverses armes et même à mains nues, il était loin d’être un manche, même si pour le moment il était encore inexpérimenté. Le jeune homme marchait droit devant lui, sans regarder personne, sauf du coin de l’œil, arborant son air calme et féroce.

Arrivé sur place, il aperçut un homme de stature imposante planté devant l’entrée de l’établissement. A la vue de l’assassin, l’homme fit un léger signe de tête, comme s’il l’avait reconnu et s’écarta légèrement pour le laisser entrer, sans même se préoccuper des armes que portait Issam sur lui.

L’intérieur de l’auberge était aussi sinistre que l’extérieur et donnait une impression d’insalubrité désolante pour une taverne. Cela dit, c’était en parfaite symbiose avec la faune locale de clients occupant le bâtiment. Marins, personnes louches, piliers de bistrot et autres, rien de raffiné. Issam, qui était propre sur lui, n’appréciait pas de se retrouver dans un tel lieu, mais il n’avait pas le choix. Il fallait accepter autant les avantages que les inconvénients lorsqu’une mission était en cours, aussi, malgré le dégoût que lui inspirait l’endroit, il ne rechigna pas et se contenta d’approcher calmement le tenancier de l’auberge auquel il se présenta. Celui-ci lui indiqua sa chambre et l’informa discrètement qu’il lui ferait savoir si quelqu’un venait pour lui.

La chambre ne comportait que le minimum, c'est-à-dire, un lit à la propreté plus que douteuse, habité par des puces et une table avec une chaise. Même pas une bassine d’eau pour se rafraîchir. Issam ne savait pas combien de temps il allait devoir patienter ici, donc, il décida de ne pas quitter l’auberge. Il partit quand même chercher une grande carafe d’eau au bar, qu’il emporta dans sa chambre pour se désaltérer et se rafraîchir. Chassant tant bien que mal les puces sur le matelas, il s’y installa pour s’assoupir un petit moment, ne dormant que d’un œil. Cet endroit n’était pas assez digne de confiance pour qu’il se permette de baisser sa garde et s’y sentir à l’aise.

Quelques heures plus tard, l’apprenti fut tiré de sa semi torpeur par le bruit délicat d’une main frappant doucement à la porte de sa chambre. Issam bondit de son lit et regarda brièvement par la fenêtre pour constater qu’on était en fin d’après midi et que le soleil avait pas mal décliné. Il bu quelques gorgées d’eau pour rafraîchir sa bouche et se servit de ce qu’il restait pour son visage avant d’ouvrir la porte sur une jeune femme vêtue et maquillée élégamment. Elle ne portait pas de riches parures, mais elle se démarquait largement des autochtones de l’auberge et du quartier en général. Lorsqu’elle vit à qui elle avait à faire, la jeune femme afficha un mal être non dissimulé. Non pas que Issam lui inspirait du dégoût, mais sans doute à cause des armes qu’il portait sur lui et de son air félin. Elle resta malgré tout courtoise et professionnelle, se contentant de l’inviter poliment à la suivre avant de lui adresser une révérence.

Après avoir salué le tenancier de l’auberge qui lui rendit sa veste qu’elle revêtit sans attendre, elle quitta l’établissement, suivie de Issam qui marchait derrière elle sans dire un mot, examinant son environnement, plus par réflexe que par intérêt. A cette heure-ci, les personnes les moins louches regagnaient leurs demeures, ne laissant dehors que les racailles, les assassin et autres larrons. Issam se fondait facilement dans cette masse de gens à l’allure patibulaire. En tout cas, personne ne prêta attention ni à lui, ni à la femme qui semblait d’ailleurs ne pas être si craintive à arpenter les rues et ruelles de ce quartier. Elle devait être certainement connue pour être au service d’une personne importante, ce qui lui conférait une immunité auprès des locaux. En tout cas, même si les uns avaient laissé la place aux autres, la ville était toujours aussi débordante de vie. L’étrange duo croisa de temps à autre ce qui faisait office de forces de l’ordre. Issam n’avait aucune idée de qui dirigeait la ville. Il avait juste vaguement entendu dire que Umbar était sous le contrôle de seigneurs pirates, mais sans plus.

Après un long trajet au cours duquel Issam et la femme avaient quitté le quartier pauvre pour arpenter les allées d’une zone résidentielle beaucoup plus distinguée, propre et éclairée, ils arrivèrent à une grande demeure à l’architecture étrange, mais cela devenait normal aux yeux de Issam. Il ne fut pas surpris, ni particulièrement émerveillé de ce qui s’offrait à ses yeux, mais quand même satisfait de se retrouver dans un endroit propre.

L’intérieur de la demeure était quand à lui grandiose. Marbre, bois précieux, tentures qui ornaient l’intérieur, tout était fait pour en mettre plein la vue. Nul doute que le propriétaire des lieux était quelqu’un de particulièrement puissant dans cette ville.

L’étrange couple parcouru silencieusement quelques mètres avant de se séparer après que deux hommes à l’allure guerrière s’occupent de leur « invité », la femme partant de son côté, sa part de travail étant terminée. Les deux hommes ressemblaient à des hommes de main ou des gardes du corps. Ils semblaient assurément expérimentés et Issam garda un œil sur leurs moindres mouvement, prêt à réagir au moindre signe suspect.

Mais il n’en fut rien, les deux hommes se contentèrent de le conduire sans un mot vers un salon où on l’invita à s’asseoir. Un domestique proposa un verre de vin à Issam et en remplit une coupe sans laisser le temps à celui-ci de répondre, avant de se retirer aussi silencieusement qu’il était venu. L’apprenti ne toucha pas une goutte de ce « doux poison ». L’Ombre proscrivait ce genre de boisson dont les effets perturbants n’étaient pas du tout de son goût.

De longues minutes plus tard durant lesquelles Issam n’avait eu pour compagnie que les deux hommes qui s’étaient posté derrière lui sans dire un mot, trois personnes arrivèrent pour le rencontrer. Ils étaient richement habillés, tels des marchands, qu’ils étaient d’ailleurs. Issam avait déjà eu l’occasion de croiser des personnes richement vêtues à Al’Tyr, qui n’avaient rien à envier à ces trois là, du coup, il ne fut nullement impressionné par tout ce « m’as-tu vu ».

Le trois marchands semblaient quelque peu contrariés et après une brève salutation, ils en vinrent rapidement au fait. Dans un premier temps, tous trois jaugèrent avec attention l’apprenti, lui faisant savoir qu’ils avaient besoin d’être certains qu’il était la bonne personne. Issam se contenta de les fixer attentivement sans dire un mot, se contentant d’un hochement de tête en signe d’approbation. Enfin, l’un d’eux, le propriétaire des lieux sans doute, expliqua ce qu’il attendait de « son invité » :

- Nous n'allons pas vous faire perdre votre temps. Nous avons souhaité qu'on nous envoie quelqu'un de jeune, qui soit capable de négocier une affaire délicate en notre nom. Nous ne souhaitons la mort de personne… enfin… cela ne signifie pas que nous ne pourrions pas avoir besoin de vos talents, mais… voici l'affaire qui nous occupe. Nous souhaiterions que vous vous rapprochiez d'un de nos concurrents, que vous fassiez sa connaissance, que vous vous introduisiez dans son cercle, et que vous dénichiez en fin de compte des éléments qui nous permettront de racheter son affaire. Les choses vont très bien en ce moment, et le commerce naval – notre domaine d'expertise – est en plein essor. Nous souhaitons acheter son entreprise, au prix le plus bas possible, mais il n'est pas envisageable de procéder à un assassinat. Un membre de sa famille hériterait de tout, et ne serait peut-être pas disposé à vendre. Est-ce que vous comprenez pourquoi tout ceci est très délicat ?

Voilà qui était fâcheux. Issam n’avait jamais appris à se rapprocher d’une cible de cette façon. Faire connaissance avec quelqu’un, se rapprocher, attirer sa confiance, tout cela ne faisait pas partie de ses capacités. Mais il ne pouvait plus reculer. Il ne préférait même pas imaginer la honte qui rejaillirait sur lui et sur la confrérie des ombres s’il abandonnait avant même d’avoir tenté. Il allait devoir improviser, trouver un moyen de faire avec crédibilité ce qu’il n’avait pas l’habitude de faire.

- Je comprends. Un peu étrange que vous fassiez appel à un assassin pour jouer une telle comédie, mais soit, je ferai ce que j’ai à faire. Qui est cette personne que je dois abuser ?

On lui parla d’une certaine Lucinia Nakâda, qui passait le plus clair de son temps aux alentours du port. Logique pour quelqu’un dont l’activité tournait autour du commerce maritime.

- Très bien ! Je veux savoir tout ce que vous pouvez me dire sur elle ! Quel genre de personne elle est. Quelles sont ses habitudes, le type de personnes qu’elle côtoie, comment l’approcher sans attirer sa méfiance, selon vous. Je veux connaître le plus possible cette Lucinia autant dans son côté professionnel que privé.

Issam avait bien retenu l’une des leçons les plus primordiales pour faire un bon assassin. Tout ce qu’il doit avoir sur sa cible, ses forces et faiblesses, ses qualités, ses défauts, ses habitudes, afin de ne rien laisser au hasard et de mettre le plus de chances de réussite de son côté.

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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Jeu 23 Juin 2016 - 15:58

L'assassin parut légèrement perplexe en entendant de quoi sa mission allait parler. Et pour cause, il était bien loin, certainement, de sa spécialité. Lui qui avait été formé pour ôter la vie, pour se glisser discrètement dans le dos d'une cible et lui trancher la gorge proprement et rapidement… tout cela devait lui paraître bien étrange. Il n'était ni négociateur, ni commerçant, et il n'avait de toute évidence pas de connexions avec le monde du négoce, de l'opulence et du profit. A en juger par sa tenue sobre, son attitude qui l'était tout autant, il ne pouvait pas comprendre les motivations des hommes qui lui faisaient face, et qui requéraient ses services. Mais alors pour quelle raison faisaient-ils appel à un assassin ? Pas n'importe quel assassin, en plus : ils faisaient appel à un membre de la Confrérie des Ombres. La question de Issam ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd, et ses interlocuteurs se regardèrent pour savoir qui devait répondre. Celui du centre, la tête pensante, se dévoua :

- Eh bien… Oui, il est vrai que c'est un peu étrange… Mais nous ne pouvons pas faire confiance à n'importe qui. Les mercenaires, les loubards et les gros bras ne l'effraient pas. Elle a tenu tête à tous ceux que nous lui avons envoyés, et la dernière fois…

Il marqua une pause, comme s'il était peu fier de ce qu'il s'était passé. Il glissa un regard en coin à ses collègues, qui semblaient attendre qu'il poursuivît. Ils ne voulaient pas se mouiller, comme si le simple fait d'admettre qu'ils avaient participé à tout ça entachait leur réputation. S'éclaircissant la voix, il reprit :

- La dernière fois, les choses ont été trop loin… Les hommes de main que nous avons engagés ont… perdu la raison. Ils ont défoncé sa porte, et se sont introduits chez elle, avant de vandaliser les lieux. Les gardes de la ville n'ont pas pu ne pas intervenir, et les choses ont… relativement… hm… mal tourné.

De toute évidence, c'était un doux euphémisme.

- Nous faisons appel à vos services car nous croyons que vous saurez faire preuve de finesse dans cette affaire. Et… eh bien… nous ne souhaitons tuer personne, Lucinia n'est pas notre ennemie… Cependant, vos talents pourraient s'avérer utiles si jamais elle… euh… refusait de coopérer. Vous comprenez ?

La situation était claire, mais les commerçants paraissaient troublés d'avoir ainsi révélé leurs intentions. C'était comme s'ils ne souhaitaient pas être les méchants de l'histoire, et que la mort de la jeune femme serait un regrettable accident qu'ils souhaitaient éviter à tout prix. Toutefois, ils considéraient l'éventualité, ce qui montrait bien leur détermination. L'assassin enregistra probablement cette information, mais ce qui l'intéressait concernait directement sa cible. Ses questions étaient précises, méthodiques, et il faisait preuve de beaucoup de professionnalisme malgré son jeune âge. Ses employeurs ne pouvaient que se satisfaire de cela, et ils voyaient en lui l'arme parfaite pour arriver à leurs fins.

Ce fut l'homme de gauche qui répondit le premier, cédant à une forme de colère qui bouillonnait en lui :

- C'est une petite sotte ! Une gamine immature qui gère le bien de son père en son absence. J'ai déjà eu affaire à elle, et elle n'a de respect pour rien ni personne. Dès lors qu'elle peut mettre des bâtons dans les roues de quelqu'un, elle le fait.

L'homme de droite hocha la tête, parlant avec moins de passion mais avec tout autant de ressentiment enfoui :

- Oui, méfiez-vous d'elle. Elle est jeune, pas déplaisante à regarder, mais c'est une vraie manipulatrice au fond. Elle vous retourne le cerveau en quelques secondes, vous ne devez surtout pas la laisser faire. Elle a essayé de jouer avec moi, de me faire danser dans sa paume, mais… mais j'ai résisté.

Il paraissait quelque peu inquiet, comme s'il prêtait à la jeune femme des pouvoirs magiques qui lui auraient permis de contrôler des individus par la simple puissance de sa volonté. Il était curieux de voir ces trois hommes, apparemment riches et puissants, craindre une jeune femme qui leur résistait comme s'il s'agissait d'une sorcière. Le troisième, le plus raisonnable des trois de toute évidence, tempéra un peu les arguments de ses deux camarades :

- Lucinia n'est pas un monstre, mais elle se montre particulièrement obstinée quand elle le veut, au point de prendre des décisions absolument irrationnelles. Ne la laissez pas vous gagner à sa cause. Elle continue à défendre l'héritage de son père en dépit du bon sens, mais son entêtement commence à devenir dangereux. Pour elle, comme pour nous. Quelque part, ce serait un acte de bonté que de la libérer de ce fardeau.

Il inspira profondément, tandis que les autres opinaient du chef, se rangeant derrière lui comme un seul homme. Comme ils lui prêtaient leur soutien dans cette conversation, il poursuivit sur le même ton calme et maîtrisé :

- Vous voulez en savoir davantage sur elle ? Hm… Lucinia est méfiante, mais elle est cruellement seule. Elle n'est pas mariée, elle n'a pas d'enfants, son père s'est évaporé après avoir coulé l'entreprise familiale, et sa mère vit sa vie sans se mêler de l'affaire en question, qu'elle est déjà d'accord pour nous céder. Elle n'a que ça dans son existence, et elle a déjà montré qu'elle était prête à tout pour défendre son héritage, au point de s'éloigner de tous ceux qui ont essayé de la convaincre de vendre.

Il haussa les épaules. A l'évidence, il avait usé beaucoup de cartes à ce petit jeu, et il n'avait pas réussi à trouver une brèche solide dans laquelle s'engouffrer. La jeune femme avait fait de son mieux pour résister, et même après l'avoir coupée de tous ses soutiens, elle continuait à leur tenir tête.

- Lucinia a connu de nombreuses… euh… difficultés. Elle a perdu des navires récemment, sans doute des marins qui ont décidé de cesser de travailler pour elle, parce qu'elle n'était plus en mesure de les payer. Il ne lui reste que deux navires, et à peine une poignée d'hommes pour les faire naviguer. Elle ne vous écoutera que si vous venez lui parler de son affaire, mais elle sera aussi sur la défensive. L'avantage que vous avez, c'est que vous n'êtes pas d'Umbar. Elle notera votre accent, et vous n'aurez pas de mal à la convaincre que vous êtes nouveau en ville. Si vous arrivez à l'approcher, à gagner sa confiance, vous pourriez nous donner des informations intéressantes pour nous permettre de faire pression sur elle.

Ces informations n'étaient pas des solutions, mais elles permettaient déjà au jeune assassin de réfléchir à la question du « comment ». Approcher Lucinia ne paraissait pas être l'élément le plus difficile dans l'affaire, mais il fallait encore trouver les arguments qui permettraient de briser la glace, de se présenter comme un allié et non comme un ennemi. Issam devrait jouer avec des cordes qu'il ne maîtrisait pas nécessairement. Les émotions humaines. L'homme de droite se permit de rajouter :

- Elle travaille constamment, et elle n'accorde pas beaucoup de répit. Je pense qu'elle est au bord de la rupture, et qu'une nouvelle perte pourrait la faire craquer pour de bon.

- C'était aussi votre argument la dernière fois, et elle est toujours là, rétorqua l'homme de gauche. Non, il faut absolument connaître l'état de ses finances avant de leur porter un coup fatal. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons la forcer à vendre. Soit à nous, soit à ses créanciers qui ne manqueront pas de nous revendre le tout.

La discussion dériva vers des sujets économiques qui échappaient sans doute au jeune assassin. Les trois hommes semblaient partagés sur la meilleure façon de détruire l'entreprise de Lucinia, mais ils étaient unis dans ce but commun, et ils ne reculeraient devant rien. Ils finirent par mettre un terme à leur échange qui menaçait de devenir trop vif, pour revenir à leur interlocuteur. Ils n'avaient pas d'autres informations à lui communiquer, mais ils souhaitaient tout de même lui adresser leurs encouragements :

- Nous comptons sur vous, jeune homme. Nous espérons des résultats probants et rapides. C'est ce qui nous a été garanti par vos supérieurs. Bonne chance !

L'assassin, armé de toutes ces données qu'il aurait sans doute besoin d'analyser à tête reposée, quitta la pièce escorté par les deux molosses qui l'avaient encadré à l'entrée. Les trois négociants, eux, restèrent à se regarder comme s'ils se demandaient s'ils avaient pris la bonne décision. Il y avait de l'inquiétude dans leur ton, mais une forme de résignation coupable. Ils étaient allés trop loin pour reculer, désormais :

- Vous croyez qu'il fera l'affaire ? Demanda le premier.

- Oui, il avait l'air compétent.

- Non, je veux dire… vous croyez qu'il résistera à Lucinia ? Il avait l'air quand même bien jeune. J'ai peur que…

- Espérons… Il n'y a rien de mieux à faire pour le moment.

- Oui… Il soupira. Ce type n'a même pas touché à son verre. Est-ce qu'il a une idée du prix que ça coûte ?

Une main se pencha sur le verre, et le renversa dans un gosier sec qui s'en délecta avec plaisir. Il n'avait même pas pris le temps de savourer le breuvage exquis.

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mar 28 Juin 2016 - 13:10

Les marchands avaient noté la remarque d’un Issam sceptique à propos du fait de faire appel à un assassin pour ce genre de mission. Leurs explications éclaircirent la situation. La Confrérie des Ombres était en fait l’ultime recours, la manœuvre désespérée après les échecs cuisants des tentatives précédentes. Il fallait désormais agir avec tact envers Lucinia Nakâda. Le jeune apprenti le comprenait très bien, cela dit, la tromperie n’était pas vraiment sa spécialité. Il allait devoir apprendre sur le tas. Il se surprit à se demander si les autorités de la confrérie ne lui avaient pas fait une mauvaise blague en lui confiant une épreuve de cette nature, mais ce n’était pas leur style. Si Issam avait été choisi, c’est qu’il pouvait le faire. Cela dit, l’épreuve était corsée. Il avait l’impression qu’il allait devoir mériter son titre d’assassin plus que les autres. Il fallait absolument qu’il réussisse, car il n’aurait pas de seconde chance. Si il se révélait incapable de réussir cette mission, la honte et le déshonneur qui entacherait la guilde lui ôterait toute perspective d’avenir en son sein. Il valait mieux éviter de penser à cette éventualité.

Après avoir expliqué franchement la situation, les marchands en vinrent à ce qui intéressait Issam, c'est-à-dire, répondre à ses questions concernant Lucinia. Le marchand de gauche prit la parole, crachant plus son venin qu’autre chose. Son état de frustration était pathétique, mais cela permit malgré tout à l’assassin d’en apprendre un peu plus sur Lucinia.

Puis ce fut au tour de son collègue de prendre la parole. Il en profita pour mettre en garde Issam contre les facultés incontestable de sa cible à manipuler les gens.

Puis, la tête pensante du groupe reprit à nouveaux les choses en main en reprenant la parole pour lui aussi ajouter sa petite touche dans la description de Lucinia. Une chose était certaine, il allait falloir gagner la confiance de la femme et cela n’allait pas être chose facile. Mais Issam avait désormais quelques pistes pour y parvenir.

Après cela, les trois interlocuteurs se perdirent dans des débats futiles qui n’intéressaient nullement Issam, avant de revenir vers lui pour lui adresser des encouragements et lui rappeler que la confrérie des ombres avaient garanti des résultats rapides et efficaces.

- Ne vous inquiétez pas pour ça ! Je vous apporterai de bonnes nouvelles, très vite. Je pense que nous en avons terminé, aussi, je vais vous laisser. Au revoir, messieurs !

Issam se leva de son siège et se dirigea vers la sortie, quittant le salon sous le regard des trois marchands et escorté par les deux gardes qui ne l’avaient pas lâché depuis que la jeune femme qui l’avait amené ici les avaient laissé le prendre en charge.

Une fois sortit, Issam regagna aussitôt l’auberge miteuse dans laquelle il avait attendu, afin de profiter des dernières heures qu’il avait devant lui pour se reposer et réfléchir à son plan d’attaque.

Le lendemain, après une courte nuit dans ce lit étroit et sale remplit de puces, Issam arpentait déjà les quais de Umbar, grouillant d’activité, où devait normalement se trouver Lucinia. Le jeune homme ne tarda pas à apercevoir à quelques dizaines de mètres une charmante jeune femme brune à l’allure et aux parures élégantes. Elle était en pleine discussion avec un homme, visiblement un marin, d’après son allure. Si ce dernier paraissait calme, ce n’était pas le cas de la jeune femme qui affichait une anxiété non dissimulée. Issam se rapprocha discrètement d’eux, ne leur prêtant aucun regard, faisant mine de passer et regarder les étal à quelques mètres plus loin. Etant un professionnel de la furtivité et même des filatures, il n’eut aucun mal à passer inaperçu et il se mit suffisamment près pour entendre la conversation, malgré le brouhaha ambiant. De ce qu’il ressortait de la discussion, c’était que la situation de la jeune femme était critique au point qu’elle n’avait pas l’esprit tranquille alors que l’un de ses navires était prêt à partir. Le Capitaine s’efforçait de la rassurer tant bien que mal, abordant un autre sujet pour la faire porter son attention ailleurs. C’est ainsi que Issam apprit que le Mille Soleils était en réparation. Intéressant ! Il serait de bon ton d’aller faire un tour dans le hangar où le navire était réparé, histoire de le saboter si possible. Encore fallait il savoir où il était parqué.

Peu de temps après, le capitaine prit congé de la jeune femme afin de rejoindre son équipage pour gagner le large. Issam était planté sur la jetée, droit comme un « i », les mains derrière le dos, contemplant le trafic des allées et venues des navires, le regard perdu dans le lointain. Il se trouvait à quelques dizaines de mètres de Lucinia qui elle aussi, se tenait au bord de la jetée, regardant son navire disparaître au large. Elle ne semblait pas encore avoir remarqué la présence de l’assassin

Issam arpenta le quai en sa direction et arrivé à sa hauteur, il la heurta doucement et la retint pour lui éviter une chute dans les eaux sales et froides du bord de la jetée

- Oh, pardonnez moi ! J’ai eu un moment d’inattention. Je ne vous ai pas fait mal ?

Si la jeune femme se mettait à examiner le jeune homme, elle constaterait aussitôt les armes qu’il portait sur lui, c'est-à-dire, ses deux dagues accrochées à sa ceinture et ses deux épées courtes dans le dos ainsi que sa tenue sobre et ample qui lui donnait l’allure d’un mercenaire ou d’un brigand, mais ses manières, quant à la façon dont il s’était excusé et paraissait confus, laissaient à penser qu’elle avait affaire à quelqu’un d’éduqué. Elle remarquerait l’expression farouche sur le visage (qui n’était pas dénué de charme) de Issam, laissant à penser qu’il n’était pas quelqu’un qui pouvait se laisser impressionner.

En tout cas, Issam faisait son possible pour donner l’impression que cette rencontre était fortuite afin de ne pas attirer de soupçons de la part de la jeune femme.
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Sam 2 Juil 2016 - 16:40


L'équipage du Lueur de Vermeil était restreint, et les hommes à bord du navire devraient travailler dur pendant leur mission. Ils ne seraient pas payés beaucoup par rapport à ce qu'ils pourraient gagner sur d'autres bâtiments, chez d'autres employeurs. Pourtant, alors qu'ils quittaient tranquillement le port en direction du Nord, les marins se regroupèrent sur le pont pour venir saluer la jeune femme qui se tenait seule sur le quai à les observer. Elle leur adressa un signe de la main, et ils lui répondirent par de grands hourras et de grands signes qui firent tourner quelques têtes. Ils partaient guillerets, triomphants, comme pour mieux cacher la misère de leur situation et la précarité dans laquelle ils opéraient. Le Lueur de Vermeil n'était pas un navire de guerre, certes, mais rares étaient les vaisseaux à quitter Umbar sans avoir à leur bord quelques hommes d'armes pour se prémunir contre de petits pirates. Hélas, ils partiraient avec leur seul courage, car la famille Nakâda n'avait plus les moyens de se permettre ce genre de dépenses. Le matériel à bord, les vivres et le salaire des matelots étaient déjà un gouffre béant qui engloutissait peu à peu ce qu'il restait de la fortune familiale.

Et son père…

Elle n'osait pas en parler, mais son père lui réclamait un argent qu'elle n'avait pas en la suppliant de lui en envoyer. Au lieu d'investir jusqu'à la dernière pièce d'or dans l'entreprise familiale, elle utilisait une partie des fonds à sa disposition pour financer les projets farfelus de celui qui avait mis cette entreprise à flots de nombreuses années auparavant, et qui désormais était en train de la couler par son absence. Bien des gens le croyaient mort, mais s'ils avaient su la vérité ils auraient trouvé la situation encore plus triste. La jeune femme priait chaque soir en espérant qu'il reviendrait bientôt, guéri de sa lubie dévorante, pour reprendre l'affaire, réactiver ses contacts et permettre à l'édifice qu'il avait façonné de ses propres mains de ne pas dépérir et disparaître. Il avait tout perdu jusqu'à présent, sauf ce commerce et sa fille. Les paris allaient bon train pour savoir ce qu'il lui resterait en dernier…

Les bras croisés, Lucinia était focalisée sur l'horizon, perdue dans ses pensées, quand soudainement elle se sentit poussée en avant par quelqu'un qui se trouvait dans son dos. Par réflexe, elle lâcha un « oh ! » de surprise, avant que la personne la rattrapât habilement. Elle se retourna, étonnée de se retrouver dans les bras d'un homme qu'elle imaginait… qu'elle n'imaginait pas du tout comme cela ! Depuis le temps qu'elle gérait l'affaire familiale à la place de son père, la jeune femme avait eu l'occasion de voir un certain nombre de marins, et elle pouvait les identifier facilement. La peau qui avait vu le soleil et le sel pendant trop longtemps, l'odeur d'alcool, la démarche chaloupée de ceux qui n'avaient plus l'habitude de marcher sur un sol entièrement stable. Et quand ils la regardaient, il y avait dans leurs yeux une lueur de concupiscence que l'on ne pouvait pas faire disparaître chez des hommes qui pendant trois mois vivaient confinés sur un cercueil de bois. Quand ils revenaient à quai, ils avaient tendance à vouloir profiter des plaisirs qu'ils n'avaient pas à bord. Elle n'avait encore jamais rencontré un marin qui échappât à ce stéréotype. Ce fut peut-être la raison pour laquelle elle se dégagea rapidement en sentant que les mains du jeune homme étaient toujours sur elle, comme si elle voulait l'empêcher de profiter de la situation, et lui faire comprendre qu'elle n'était pas une prostituée.

- Je vais bien, je vais bien !

Elle avait lâché cela un peu sèchement, mais certainement pas méchamment. Simplement, elle ne voulait pas qu'il s'imaginât des choses, et elle détestait l'idée d'être à la merci d'un individu qu'elle ne connaissait pas. Même au milieu d'une foule compacte et bruyante comme celle qui se trouvait sur les quais à cette heure, elle n'était jamais totalement en sécurité. Cependant, quand elle entendit les excuses que l'homme lui lançait, elle ne put manquer de marquer un temps d'arrêt. Elle ne l'avait pas regardé jusqu'alors, mais elle avait été frappée par la jeunesse de sa voix, et la politesse dont il faisait preuve. Une politesse qui n'existait guère dans cette partie d'Umbar où se rassemblaient les marins les plus grossiers de la Terre du Milieu, qui juraient et s'insultaient copieusement de bon matin. Instinctivement, elle le dévisagea comme pour essayer de discerner les intentions qu'il pouvait avoir, se demandant pourquoi il lui parlait ainsi. Elle était suspicieuse à cause de tous les dangers qui rôdaient dans la cité du Destin, mais elle n'en était pas moins suffisamment curieuse pour s'étonner de cette étrange rencontre. Elle secoua la tête, légèrement gênée d'avoir réagi vivement, et répondit :

- Je vous en prie… Tout… Tout va bien, j'ai vu pire.

Elle avait laissé échapper cela sans réfléchir, prise par l'émotion. Son interlocuteur était jeune, mais elle nota immédiatement qu'il n'était pas non plus à prendre à la légère. Il voyageait lourdement armé, comme s'il s'apprêtait à partir au combat pour quelque mission. Sa tenue n'avaient pas vraiment grand-chose à voir avec celle d'un matelot, pourtant, et il ressemblait à s'y méprendre à un mercenaire de bas étage dont le langage était bien trop soigné. Un paradoxe qu'elle ne comprenait pas véritablement. Elle n'aurait jamais dû s'attarder sur son cas, ou à tout le moins pas davantage que quelques secondes passées à échanger des politesses avant de reprendre tous les deux le cours de leur vie. Néanmoins, l'homme paraissait attendre quelque chose. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il cherchait au juste, peut-être un renseignement, peut-être son chemin.

- Je peux vous aider ? Demanda-t-elle sur un ton amical.

Elle n'avait pas pu faire disparaître de son visage l'expression soucieuse qu'elle avait perpétuellement, et l'inconnu devait deviner qu'elle avait d'autres obligations qui l'attendaient, mais elle était disposée à lui consacrer un peu de temps pour le renseigner s'il avait besoin. A dire vrai, en l'entendant parler lui et son accent étranger, elle avait compris qu'il n'était pas de la ville. Lucinia était née et avait grandi à Umbar, elle avait rencontré à peu près tous les types de personnes qui habitaient dans la Cité du Destin, et elle était capable de reconnaître un Umbarite à son accent, à sa façon de parler le Suderon, ou même à sa gestuelle pour certains. A chaque seconde, elle était de plus en plus certaine que l'homme était nouveau, et elle se satisfaisait de rencontrer quelqu'un qui apportait un peu d'exotisme dans son quotidien bien morne.

- Je devine que vous n'êtes pas d'ici, expliqua-t-elle. Vous venez de débarquer ?

Ils étaient sur le port, et puisque la ville fourmillait d'activité, il n'était pas déraisonnable de croire qu'il était venu ici, attiré par les promesses d'argent et de travail que l'on pouvait trouver dans la ville. Quel pirate n'avait pas besoin de marins supplémentaires ? Quel esclavagiste n'avait pas besoin de gardes pour ses marchandises ? Quel commerçant n'avait pas besoin d'une lame pas trop chère pour escorter ses biens jusqu'au Harondor, en les protégeant des Khandéens qui razziaient la région ? Ce n'étaient pas les opportunités qui manquaient à qui savait les saisir, et il y avait en ville des gens venus de tout le Sud, de Dur'Zork aux confins inconnus de l'Extrême-Harad. Seule l'audace, le courage et le destin décideraient de qui tirerait profit de cette situation, et de qui resterait sur le carreau. Cela valait aussi bien pour les mercenaires que pour Lucinia.

Cette dernière attendait d'ailleurs la réponse de son interlocuteur. Elle s'attendait simplement à l'orienter dans une ville qu'elle connaissait très bien, mais elle ignorait pourquoi, elle avait l'impression qu'il y avait autre chose.

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mar 19 Juil 2016 - 14:44

La jeune femme semblait complètement surprise et décontenancée, ce qui était normal. Elle avait été brusquement tirée de ses pensées et avait faillit se retrouver plongée dans les eaux sales qui bordaient le port de Umbar. Se reprenant, elle s’était dégagée vivement de l’emprise de Issam après avoir lâché sèchement qu’elle allait bien.

- Vraiment, je suis confus, pardonnez moi ! C’est ma faute, j’aurai du regarder devant moi.

Issam Ibn Djamal feignait d’être embarrassé et il se surprit lui-même en constatant qu’il se débrouillait plutôt bien à jouer la comédie. Pourtant, il n’avait pas vraiment pratiqué l’art de la tromperie au sein de la forteresse des Ombres. Avait-il une prédisposition naturelle pour jouer la comédie ? Il était trop tôt pour le savoir et il allait falloir approfondir le sujet, mais pour le moment, les choses semblaient bien se passer car la jeune femme, bien que méfiante, sembla réceptive au comportement de l’assassin alors qu’elle le rassurait en lui affirmant encore une fois que tout allait bien, avant de lui proposer son aide et d’enchaîner sur d’autres questions. Issam nota l’air grave qu’elle affichait sur son visage et ce, depuis avant même qu’ils se rencontrent tous les deux

C’est là qu’il fallait assurer. Il devait apporter la bonne réponse, à la fois pour ne pas susciter la suspicion et en même temps, attiser l’intérêt de la jeune femme. Il fallait qu’il arrive à se rapprocher, à l’inciter à lui faire confiance, se fier à lui et aussi lui apporter l’aide dont il feignait avoir besoin. Il aurait tout aussi bien pu faire preuve d’audace en lui révélant que ses commanditaires lui préparaient un mauvais coup et qu’il était là pour l’aider et la protéger, mais cela était à double tranchant. Soit ça passait et elle y croirait, soit cela ne ferait qu’attirer davantage de suspicion de la part de la jeune femme à son égard et il n’y aurait plus moyen de l’approcher. Il valait mieux écarter cette idée. Trop de probabilités d’échec.

- Vous avez raison, Gente Dame, je ne suis pas d’ici. Cela dit, je suppose qu’il est aisé pour quelqu’un qui vit à Umbar de se rendre compte qu’un individu un peu perdu et s’exprimant différemment des locaux n’est pas du coin. Permettez moi de me présenter. Je m’appel Tarik... (Il lui avait paru plus judicieux de dissimuler son vrai prénom, même si de toute façon, cela n’aurait rien apprit à Lucinia) … Je suis ici un peu par la force des choses, même si mon intention était bel et bien de passer par Umbar. J’avoue que j’ai besoin d’aide, en effet, d’aide financière pour continuer mon périple. Mais, si vous me le permettez, j’aimerais en discuter avec vous dans un endroit plus confortable, devant une tasse de thé par exemple, qu’en dites vous ? Il doit bien y avoir des établissements agréables en cette ville. A moins que vous ne soyez accaparée par quelque tâche importante auquel cas, je ne voudrais pas vous retenir.

Issam avait sortit une sacrée belle tirade. Le plus incroyable était qu’il ne maîtrisait pas cet exercice et y allait à l’instinct. Si sa mission serait un succès, il faudrait qu’il en parle à ses mentors à l’académie afin d’approfondir et affiner ce genre de compétence, qui lui offrirait un domaine d’actions plus larges.

A mesure qu’il détaillait de plus près la jeune femme, il ne manqua pas d’apprécier son charme et la beauté de son visage. Il pourrait utiliser cela à son avantage. Après tout, lui aussi était un bel homme, même si son visage affichait une expression grave et féroce. Pourquoi pas entamer une (fausse) romance avec elle pour endormir sa méfiance et mieux la trahir ? Toute possibilité devait être envisagée, cela dit, malgré que ses commanditaires étaient pressés, il allait falloir faire preuve de patience. Après tout, comme le disait un vieil adage : « qui va doucement va loin. »
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mar 19 Juil 2016 - 20:11


Tout en remettant nonchalamment une mèche de cheveux dans son chignon impeccable, Lucinia fit signe au jeune homme de ne pas se formaliser pour si peu. Elle avait réagi un peu vivement, mais en réalité il n'y avait pas de raison de s'emporter. Elle était tout simplement un peu tendue, et elle s'en voulait presque de s'être montrée aussi désagréable de prime abord. Ce n'était pas elle. Ou plutôt, ce n'était pas la personne qu'elle avait rêvé d'être, même si par la force des choses elle avait été obligée de se cuirasser, de s'endurcir et de faire preuve de fermeté à l'égard du monde entier. Sur cette Terre du Milieu gigantesque, les gens en qui elle avait confiance se comptaient sur les doigts d'une main. Une main amputée, qui plus est. Elle n'était donc pas en mesure de sourire et d'accorder sa confiance au premier venu avec la même aisance qu'elle aurait pu le faire si son père avait été aux commandes. En tant que marchande, elle devait faire tourner son commerce, et se protéger de toutes les attaques que l'on pouvait lancer sur sa personne, quelle que fût la forme qu'elles prissent.

Le jeune mercenaire semblait pourtant honnête – pour peu que ce mot eût encore une signification à Umbar, capitale du crime, de la dépravation de la traîtrise et des coups bas – et elle ne pouvait qu'être frappée par son excellente éducation. S'il ne s'était pas présenté à elle dans cette tenue, il aurait aisément pu lui faire croire qu'il était de belle naissance. Un fils de bourgeois qui avait décidé d'abandonner sa fortune et son nom pour se lancer sur les routes, à l'aventure, afin de mettre son bras au service des causes justes ? S'il souhaitait redresser les torts, il était certainement au bon endroit, mais il y avait tant de travail que Lucinia doutait qu'il pût un jour apercevoir les fruits de son travail. Enfin… les idéalistes ne s'embarrassaient pas de ce genre de détails, et ils épuisaient leur vie dans des combats perdus d'avance, pour se rendre compte au soir de leur vie qu'ils avaient oublié de vivre pour eux-mêmes.

Était-elle elle-même une idéaliste, qui travaillait pour sauvegarder un passé depuis longtemps révolu ?

Possible.

Revenant à son interlocuteur, elle prêta soigneusement attention  à ses dires, essayant de se faire une idée du personnage qu'elle avait en face d'elle. Sa première observation fut simple et définitive : elle avait affaire à quelqu'un de futé. Elle n'aurait su dire s'il avait l'intelligence d'un marchand, d'un tueur ou d'un baratineur, mais il était clairement vif d'esprit, capable d'établir les connexions qui s'imposaient et de faire des liens audacieux. Il ne lui avait pas fallu plus d'une seconde pour fournir une explication tout à fait satisfaisante à la déduction de Lucinia. Oui, elle avait identifié son accent et sa façon de parler, et en avait conclu qu'il venait d'ailleurs. Contrairement à la plupart des gens qui entouraient la jeune femme, il s'intéressait à ce genre de détails, et elle s'en étonna intérieurement.

La deuxième chose qu'elle nota fut son nom. Tarik. Elle le consigna dans un coin de sa mémoire, non pas car elle risquait de l'oublier en discutant avec lui, mais parce que l'homme était véritablement intrigant. Elle ne serait pas surprise d'entendre parler de lui dans les jours à venir, en bien ou en mal. Recruté par un riche pirate qui en ferait le capitaine d'un de ses vaisseaux, ou bien recherché pour meurtre après avoir brillamment réussi à s'infiltrer dans le Palais des Seigneurs Pirates. Plus probablement rossé au fin fond d'une ruelle après avoir trop ouvert son bec dans une conversation qui ne le regardait pas. Ainsi allait la vie pour les gens d'esprit, dans cette cité. Elle ne se montra pas inutilement méfiante quand il se présenta, et avec une grande simplicité elle exécuta une légère révérence et se présenta à son tour :

- Enchantée Tarik, je m'appelle Lucinia.

Elle ne lui avait pas donné son nom de famille, en miroir à ce que le jeune homme avait lui-même fait. En s'abstenant de décliner l'entièreté de leur identité, ils gardaient un peu de mystère l'un pour l'autre, et elle trouvait amusant de parler à quelqu'un qui n'avait pas conscience de qui elle était. Non pas qu'elle fût l'une de ces importantes dames que l'on voyait parfois déambuler ici ou là, flanquées par une armée de serviteurs affables et de courtisans non moins mielleux. Sa réputation était toute autre, et on parlait ici de la jeune femme « incompétente et insolente » qui avait repris l'affaire de son père, là de la « gamine maudite » qui entraînerait quiconque travaillait pour elle dans les abysses. Voilà qui expliquait pourquoi, la plupart du temps, les gens l'évitaient. Certains, plus rares, essayaient de venir lui parler pour lui proposer des coups, des alliances et des marchés douteux. La moitié impliquaient qu'elle leur ouvrît les portes de son commerce, et l'autre moitié les portes de son entrejambe. Hélas, les marins n'étaient pas des gens bien inventifs, et il n'était pas faux de dire qu'ils pensaient uniquement aux femmes et à l'or. Pour l'heure, Lucinia hésitait encore quant à la catégorie qui convenait le mieux à Tarik.

Elle obtint sa troisième observation de même que la réponse à son interrogation muette dans le même temps. Le jeune homme était bel et bien là pour des questions financières, et d'après ce qu'il venait de lui confier il avait besoin de fonds. Encore un jeune innocent qui souhaitait lui emprunter des fonds qu'il promettrait de lui rendre rapidement, avec les intérêts ? Elle en fut quelque part légèrement déçue, et cela se vit sur son visage. Elle n'avait pas envie de lui cacher cela. Cependant, son expression se mua rapidement en un sourire moqueur alors qu'il continuait sa tirade. Elle ne put s'empêcher de le taquiner :

- Une tasse de thé ? Le cognac serait-il trop fort pour vous ?

Elle ne lui laissa pas vraiment le temps de répondre, et enchaîna rapidement :

- J'aurais accepté avec plaisir, mais j'ai encore des obligations à remplir. Je suis attendue. Cependant…

Elle marqua une brève pause. Pourquoi avait-elle dit ça ? Ce type, aussi intéressant fût-il, n'était qu'un étranger de plus de passage dans la Cité du Destin. Il vivait sa vie, elle vivait la sienne, et les affaires dont il voulait l'entretenir n'étaient probablement de celles dans lesquelles elle pouvait se lancer. A tous les coups, il voulait se faire un nom en tant que pirate, et il avait besoin de s'acheter un navire, ou au moins pour payer sa place parmi un bon équipage. Elle n'avait ni les moyens ni l'envie de s'engager là-dedans. Et pourtant, elle avait dit « cependant ». Son silence se mua en une gêne perceptible, alors qu'il attendait toujours sa réponse. Elle parut hésiter un instant, avant de secouer la tête et de reprendre :

- Vous savez quoi ? Mon rendez-vous ne durera qu'une petite heure, tout au plus. Retrouvons-nous quelque part pour discuter après ça. Il y a une auberge sympathique, un peu plus haut en ville : Chez Anne. Attendez-moi là-bas.

Elle adressa un sourire dont elle avait le secret au jeune homme, et s'éclipsa en lui glissant un « au revoir » qui assurait à Tarik qu'elle serait bel et bien au rendez-vous. Disparaissant dans la foule comme un songe disparaît aux premières lueurs du jour, elle échappa à la vue de l'étranger, qui devrait trouver comment occuper l'heure qu'il avait devant lui.


~ ~ ~ ~


En réalité, le rendez-vous dura moins d'une demi-heure, et il s'acheva sur une note particulièrement amère. Lucinia ne claqua pas la porte de son hôte, mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Ce salaud essayait de l'arnaquer, en profitant des rumeurs qui circulaient à son sujet ! Elle avait discuté avec lui des détails, mais elle avait perçu dès le départ qu'il était sur la défensive, contrant toutes ses propositions pour imposer les siennes en force. Il faisait fi de toutes les règles de la courtoisie marchande, et il essayait de la contraindre à charger sa marchandise pour un prix dérisoire, qui risquait de faire perdre de l'argent à la jeune femme. Elle avait fait de son mieux pour garder son calme, et avait essayé de négocier, de promettre et de jurer, mais l'homme n'avait pas daigné céder d'un pouce, et elle avait finalement décidé de quitter la table.

Furieuse, elle avait retenu sa colère, sa frustration et son désarroi pour les enfermer dans une pièce secrète au sein de son esprit. Un endroit où ces sentiments resteraient enfermés aussi longtemps que nécessaire, sans pouvoir obscurcir son jugement. Elle avait subi un douloureux revers en ratant ce contrat, mais elle devait rester focalisée sur le présent : trouver un nouveau partenaire qui accepterait de la payer pour acheminer ses marchandises jusqu'à Al'Tyr. Les marchands d'esclaves avaient déjà accepté de charger des prisonniers pour le retour, mais elle avait besoin de quelqu'un pour l'aller. Quelqu'un qui paierait suffisamment bien pour permettre à son entreprise d'engranger quelques bénéfices, lesquels lui serviraient principalement à éponger ses dettes. Elle n'était pas sortie du cercle vicieux dans lequel elle continuait de tourner, mais elle n'abandonnerait pas si facilement. Les vautours pouvaient garder l'œil ouvert, car elle n'avait pas dit son dernier mot.

Éprouvée par cet échec, Lucinia rejoignit rapidement l'auberge Chez Anne, qui se trouvait fort heureusement relativement près de son lieu de rendez-vous. Elle était en avance, pour sûr, mais elle entendait bien mettre à profit ces quelques minutes de calme pour présenter un visage détendu face à son interlocuteur du jour, le jeune Tarik. Elle espérait sincèrement qu'il viendrait lui changer les idées après cette rencontre désagréable, et que les affaires dont il entendait lui parler étaient d'un quelconque intérêt. Son seuil de tolérance était plutôt bas, aujourd'hui. Il avait de la chance. Elle s'installa donc à l'auberge, en saluant la patronne d'un geste de la main alors qu'elle entrait. Sans paraître hésiter le moins du monde, elle se dirigea vers une table pour deux, et s'installa dos au mur, face à l'entrée.

Enfin au calme.

- Qu'est-ce que je vous sers ?

- Un verre de vin, merci, répondit-elle en sortant un petit carnet de notes et un crayon.

- Vous ne voulez pas plutôt une belle histoire ?

Elle hésita un instant, et leva les yeux vers la silhouette qui la dominait. Ce n'était pas un serveur, non. Plutôt un gêneur qui venait encore la harceler :

- Etan… Est-ce que je pourrais avoir un moment seule, s'il-vous-p…

Il la coupa en levant le doigt pour l'interrompre, chose qu'elle trouvait particulièrement impolie. Elle se tut néanmoins, comme subjuguée par son geste, et avant qu'elle eût trouvé à protester, il tirait déjà la chaise à lui pour s'y installer.

- Juste quelques minutes, promis. J'ai entendu dire que votre navire était parti ce matin. C'est votre dernier, c'est ça ?

- Est-ce que vous pourriez me laisser ?

Il n'écoutait pas :

- Ecoutez, écoutez… Je sais que les temps sont durs pour vous, et que vous avez beaucoup de soucis. Mais il faut que je vous raconte quelque chose, ça ne prendra pas longtemps.

- J'attends quelqu'un, Etan…

C'était peine perdue. Etan était un jeune bourgeois plein d'allant, sûr de son charme, qui essayait toujours de l'impressionner quand il la voyait. En vérité, elle était un meilleur parti que lui, puisqu'il était troisième fils et qu'il n'hériterait donc de rien. C'était sans doute la raison pour laquelle il souhaitait absolument la courtiser. En récupérant ce qu'il restait de la fortune du père de Lucinia, il deviendrait quelqu'un, et il ne doutait pas qu'il parviendrait à remettre l'entreprise à flots. Il était un homme, elle était une femme… voilà qui suffisait, selon lui, à expliquer les raisons de la « malédiction », et à justifier son rôle dans cette histoire. Il ne parlait jamais de mariage cependant, mais toujours d'alliances commerciales entre elle, la fille maudite, et lui le fils délaissé. A eux deux, ils pourraient « faire de grandes choses », « réaliser leurs rêves », bla bla bla. Elle ne l'écoutait que d'une oreille distraite, alors qu'il poursuivait :

- … qui lui a dit qu'il y avait de l'agitation au Gondor. Apparemment, d'après ce que l'on raconte, des chercheurs seraient déjà sur la piste, et ne seraient plus qu'à deux doigts de mettre la main sur l'objet en question. D'après lui, il s'agirait d'une arme de grande puissance, capable de tuer n'importe qui. J'ai du mal à croire qu'une arme pareille soit restée cachée pendant si longtemps, mais admettons. Il pense qu'il s'agit d'une épée antique, qui conférerait à son porteur de terribles pouvoirs. Mon contact m'a dit qu'il avait interrogé un archiviste, à Pelargir, et que ce dernier lui avait dit que des armes enchantées circulaient à une époque… Des armes dont on trouvait des mentions dans les livres anciens. Mais personne ne sait exactement de quoi il s'agit, ni quels sont leurs pouvoirs. Mais imaginez ! Une épée qui pourrait tuer n'importe qui, percer n'importe quoi ! Voilà qui changerait quand même la face du monde. Si ce n'est pas ça, je veux bien être damné.

- Incroyable… marmonna Lucinia en regardant la porte de l'auberge avec espoir.

Etan n'avait pas fini cependant, et son histoire qui devait ne prendre que quelques minutes se transforma en un véritable roman. Le temps s'écoulait plus lentement qu'une carafe d'eau au milieu d'une taverne de pirates, et la jeune femme sentit poindre un mal de tête qu'elle camoufla derrière une moue agressive et franchement hostile. Etan ne voyait pas tout cela, absorbé qu'il était par son récit :

- … et donc nous pourrions accomplir quelque chose d'inédit, songez donc ! Si nous pouvions mettre la main sur cette arme, vous et moi, nous pourrions devenir les maîtres du monde ! Ou alors nous pourrions la vendre à un Seigneur Pirate, qui nous offrirait sa fortune en entier pour avoir le privilège de mettre la main dessus. Rien ne nous résisterait, et si nous allions nos forces, nous pourrons j'en suis certain trouver le trésor que le Gondor essaie de dénicher. Il suffit d'être plus malin, plus rapide et plus audacieux.

- Je suppose, répondit-elle pour le contrer, que vous avez une piste.

Il ne se démonta pas :

- Eh bien figurez-vous que oui ! Je pense que ce sont les Elfes qui ont forgé cette arme, et il se trouve que j'ai eu l'occasion de discuter avec l'un d'entre eux récemment. Il m'a dit que leur peuple avait tendance à conserver de nombreux secrets, mais si celui dont nous parlons est inconnu de leur race, c'est qu'il se trouve dans un de leurs anciens bastions, dans un vestige du passé que les immortels eux-mêmes ont délaissé. J'ai recoupé les informations dont je disposais, et je…

- Tarik !

L'appel de Lucinia était plein d'espoir et de soulagement. Elle se leva à demi, et lança un regard implorant au jeune homme, comme pour le supplier de la protéger, de la délivrer du mâle bavard qui avait refermé ses griffes autour d'elle, et semblait peu disposé à la laisser en paix. Elle ne pouvait pas vraiment lui demander à haute voix de se débarrasser de Etan et de ses lubies, mais elle n'aurait pas demandé autre chose en cet instant précis. Il faudrait utiliser une bonne dose de persuasion afin de faire filer le bourgeois pédant et volubile, mais elle préférait éviter toute violence inutile. Ce n'était pas l'idée de voir un nez cassé qui la rebutait – après tout, elle avait grandi à Umbar –, mais bien la perspective de voir son après-midi gâché par les conséquences d'un acte irréfléchi de la part de Tarik. Etan, interrompu en plein monologue, fronça les sourcils et se leva pour faire face au nouveau venu. D'une voix sèche, il lui demanda :

- Tarik ? Il ne me semble pas vous connaître. Vous êtes… ?

Le regard de Lucinia allait de l'un à l'autre, percevant la tension entre les deux hommes. Elle recula subrepticement, comme pour laisser les deux volontés s'affronter. Elle trouvait simplement perturbant d'être le trophée de cet affrontement viril.

Vraiment perturbant.

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Jeu 21 Juil 2016 - 3:43

Pendant tout son monologue, Issam avait observé très attentivement le visage de son interlocutrice pour en déceler les moindres expressions. Elle semblait très attentive à ses propos, intéressée, en même temps, dépitée lorsqu’il révéla la raison de sa présence. Mauvais point, selon lui. Peut être se mettait il trop de pression, mais l’enjeu était important pour lui. Il devait réussir ce contrat à tout prix, sinon, il pouvait dire adieu à sa carrière d’Assassin. L’épreuve de passage n’offrait pas de seconde chance et il n’avait pas envie de finir sa vie en tant que misérable paria ou mercenaire de bas étage, ou homme de main sans réputation, sans honneur. Hors de question !

Cependant, l’atmosphère apparu moins glaciale lorsque la jeune femme plaisanta sur les goûts de Issam. Ce dernier émit un petit rictus amusé pour accompagner le sourire de la belle, mais n’eut pas le temps de répondre qu’elle déclina poliment son offre, non sans avoir tout de suite ajouté un « cependant » avant de marquer une pause pour, semblait-il, réfléchir. Voilà qui était mieux. Car lorsqu’il s’était vu refuser la proposition, le jeune homme se sentait embarrassé et cherchait déjà dans sa tête une autre alternative.

Après quelques secondes de silence pesant durant lesquelles l’assassin ne bougeait pas, fixant la jeune femme avec une expression neutre sur le visage, cette dernière reprit la parole pour lui annoncer qu’elle avait à faire mais qu’ils pouvaient se retrouver dans un établissement correct afin de poursuivre leur discussion, dans un délai de une heure.

- Chez Anne, très bien ! Vous m’en voyez ravi.

Issam accompagna sa réponse avec un sourire que lui rendit Lucinia avant de s’éloigner en même temps qu’elle lui disait au revoir.

Pour le moment, tout se déroulait très bien. Le premier contact avait été globalement positif, même si le jeune homme avait eu quelque inquiétude quant à l’attitude de Lucinia, mais à part cela, c’était un succès. Et puis, il fallait dire, connaissant sa situation, que la jeune femme devait être à cran, ce qui était légitime. Son affaire battait de l’aile, elle subissait pression sur pression pour vendre son entreprise aux mains de ses cupides commanditaires. Mais il n’était pas là pour prendre parti. Aussi injuste qu’était la cause des marchands, ils avaient réclamé l’aide de la Confrérie des Ombres et Issam était leur instrument. La seule chose qui comptait pour lui, c’était de réaliser ses objectifs. Cela dit, il ne pu s’empêcher d’éprouver un minimum de compassion pour Lucinia, elle qui semblait si belle, si agréable, si droite, si déterminée. Sa cause était juste. Elle ne désirait que faire perdurer son commerce, pouvait-on la blâmer pour ça ? Issam réalisa que si son destin était de faire carrière au sein de la confrérie, il serait amené à servir des objectifs aussi bien nobles que perfides. Il détruirait des vies tout comme il en sauverait, tout dépendrait de la nature des contrats. Mais c’était ainsi. C’était son métier et quelque scrupule qui pourrait naître en lui, il devait l’étouffer, l’enfermer dans son esprit et faire ce pour quoi on le paierait.

Il avait devant lui une heure avant le rendez-vous fatidique qui allait décider de la suite de sa mission. Pour un homme tel que lui, il n’y avait rien de particulièrement intéressant, cela dit, comme il fallait bien s’occuper, il décida de s’accorder une demie heure pour flâner sur le port, faisant mine de s’intéresser aux étals de marchandises présents ou de s’intéresser à quelque conversations et appels aux recrutement pour divers travaux. C’était un bon moyen de s’imprégner encore plus du personnage qu’il s’inventait. Et puis, on ne sait jamais, au cas où Lucinia aurait eu l’idée de le faire surveiller par quelque personne afin de s’enquérir de son comportement, il ne fallait pas donner à celle-ci la moindre occasion de le décrédibiliser.

Plusieurs dizaines de minutes plus tard, Issam décida qu’il était temps de se rapprocher de l’auberge, surtout qu’il ne savait pas exactement où elle se situait. Il allait donc perdre du temps à la trouver, à moins qu’il ne trouve une âme charitable pour l’y mener ou bien au pire, qu’il paye quelqu’un pour le faire.

Le jeune homme quitta donc le port pour s’enfoncer dans la ville, d’une démarche féline et assurée. Un expert aurait tout de suite remarqué par sa façon de se déplacer et son sens de l’équilibre, que l’assassin était quelqu’un d’entraîné aux activités physiques.

- Hey m’sieur !

Aussitôt après avoir vivement tourné la tête dans la direction d’où venait la voix qui l’avait interpellé (une voix enfantine), Issam aperçut un jeune garçon, d’environ 12 à 15 ans, vêtus de haillons crasseux, ses cheveux noirs poisseux et ébouriffés. Le jeune homme avait le teint mât et les yeux marron. C’était à priori un natif du Harad et non un de ces étrangers qui arpentaient les allées et le port de la ville. Vu que l’assassin était actuellement dans la zone pauvre de la ville, il n’y avait rien d’étonnant à faire telle rencontre.

- Z’auriez pas une p’tite pièce sivouplé ?

Le jeune adolescent, demandant cela, arborait un grand sourire un peu niais, révélant une dentition chaotique et dépourvue de dents en certains endroits, ce qui montrait à quel point la vie n’était pas facile dans ce genre de quartier où la loi du plus fort ou du plus rusé régnait en maître. A tout hasard, Issam s’intéressa au jeune garçon. Peut être connaissait-il l’établissement dans lequel il se rendait.

- Hmmm, ça dépend ! Dis moi, tu connais une auberge qui s’appel « Chez Anne ? »

Issam ponctua sa question en mettant la main dans sa tunique pour y agiter sa bourse bien dissimulée, faisant écouter au jeune homme le bruit des pièces qui s’entrechoquaient afin qu’il comprenne qu’il serait récompensé pour le service rendu.

Le jeune garçon sembla réfléchir un instant, se passant la main sur la bouche avant de répondre :

- “Chez Anne” !? Hmmmm, c’est pas dans l’quartier ça… ça doit êt’dans l’quartier riche, mais j’peux pas y’aller, les gardes vont m’chasser d’là bas par la peau des fesses.

- Bon, tant pis, merci quand même.

Issam commença à s’éloigner du jeune homme pour reprendre sa route en direction du quartier aisé de la ville.

- Attendez, sivouplé M’sieur ! Renchérit le jeune homme alors qu’il courait pour se rapprocher de l’assassin… Sivouplé, soyez bon, M’sieur, une p’tite pièce.

Issam ne fut pas surpris de l’entêtement de ce jeune mendiant. Il n’avait rien, avait sans doute faim et vivait une vie de misère alors il était logique qu’il s’accroche à l’espoir d’obtenir un peu d’argent pour casser la routine de son quotidien misérable.

- S’vous plé, M’sieur, j’dois nourrir ma famille. Ma mère est très malade et mes p’tits frères sont trop p’tits pour travailler.

Le jeune homme arborait une expression de chien battu pour amadouer son interlocuteur qui restait de marbre.

- Hummm, et bien et bien. Une pièce d’or pour nourrir toute une famille, ça me paraît peu. Et ton père, où est-il ?

Le jeune homme commençait à se sentir un peu coincé. Il réalisait que son interlocuteur avait compris ses mensonges désespérés pour obtenir ce qu’il voulait, mais malgré tout, n’en démordait pas. Que pouvait-il faire d’autre ?

- Mon père ? Ben il est mort M’sieur. Un accident.

- Pourquoi ne cherches tu pas un travail ? Tu pourrais nourrir ta famille tous les jours et avoir une meilleure vie.

La suggestion de Issam ne semblait guère emballer le jeune homme qui arborait une expression dépitée sur le visage :

- Un travail ? Oh noon... Euh, enfin j’veux dire… Personne veut d’un gamin chétif comme moi. Allez, sivouplé, M’sieur, soyez bon.

- Ecoute ! Dans la vie, on n’a rien sans rien, jeune homme. Si tu veux quelque chose, il faut le mériter. Si tu comptes tout le temps sur les autres, tu n’aurais jamais rien ou très peu. Alors voici ce que je te propose. Si tu as peur d’entrer dans les quartiers riches, conduit moi au moins jusqu’à l’entrée de ceux-ci par le chemin le plus court et je te donne trois pièces d’or.

A cette proposition, le jeune homme écarquilla les yeux. Sans doute ne s’attendait il pas à une offre aussi généreuse.

- Hein!? Trois pièces, vous dites vrai M’sieur !?

Rien qu’à l’idée d’acquérir ce qui pour lui était une véritable fortune, son visage s’éclaira à nouveau de son sourire un peu niais.

- Tout à fait ! Tout travail mérite salaire. Alors ?

- D’accord ! D’accord ! Oh merci, Noble Seigneur, merci merci.

- N’en fais pas trop quand même ! Bon, allons-y, je ne suis pas en avance.

- Tout d’suite M’sieur !

Issam suivit donc le jeune homme qui marchait d’un pas dynamique, menant son bienfaiteur là où il le désirait.

Après quelques dizaines de mètres de marche, Issam et le jeune homme croisèrent un groupe de trois personnes, à priori originaires du Harad eux aussi, à l’allure aussi crasseuse que le garçon, mais à la mine patibulaire. Ils avaient tous trois une silhouette sèche et nerveuse, qui n’étaient pas dépourvus de musculature, mais rien de bien impressionnant. Les trois inconnus fixaient Issam avec intérêt. L’assassin, arborant son air farouche sur le visage, leur rendait la pareille, chacun se jaugeant et cherchant à s’imposer sur un simple regard. Issam voyait de suite à qui il avait affaire. Des petits détrousseurs qui, au lieu de la mendicité, avaient choisi une alternative plus crapuleuse pour se faire de l’argent. Ce genre d’individu s’en prenait dans la plupart des cas à plus faibles qu’eux, cherchant à éviter au maximum le risque. Il suffisait de baisser le regard devant eux pour qu’ils vous prennent pour une proie facile et c’en était fini de votre bourse ou pire, de votre vie. Ce n’était pas du tout le genre d’énergumène qui impressionnait Issam qui était rompu à l’art du combat, cela dit, malgré son allure athlétique, sa démarche assurée et les armes qu’il portait sur lui, les trois hommes n’en démordaient pas et semblaient faire preuve d’un courage assez inattendu.

L’un d’eux, probablement le meneur, s’adressa au jeune garçon (qui semblait inquiet quand à la tournure de la situation) d’un ton légèrement provocateur :

- Tiens tiens, mais qui voilà ! Alors, Sufyan, tu joues les guides touristiques, maintenant ?

Sufyan restait tétanisé de peur, ne trouvant même pas la force de répondre.

- T’as passé une bonne journée, dis moi ? T’as récolté combien aujourd’hui ? Allez, montre nous, dépêche !

- S...S’te plaît, Nacer, j’ai rien, j’te jure.

- Arrête de mentir, p’tite fouine. On sait très bien qu’tu mens, tu mens tout l’temps. Envoie la monnaie ou t’auras encore droit à une belle dérouillée et à c’rythme là, t’auras plus aucune dent, alors aboule, dépêche !

Issam commençait à comprendre. Le jeune Sufyan était prit sous le joug de ces malfrats qui lui prenaient tout ou grande partie des maigres richesses qu’il récoltait. Ceci expliquait la situation déplorable du jeune homme et aussi sa dentition amochée. Il n’était pas question que ces trois crétins lui fassent perdre plus de temps et puis, il était encore moins question que les trois pièces d’or qu’il avait l’intention de donner à Sufyan pour le service rendu aillent dans les poches de Nacer et ses deux sous fifres.

- Excusez moi si je vous dérange, mais… il est avec moi et j’ai besoin de lui alors si vous le voulez bien, j’aimerais reprendre ma route s’il vous plaît.

L’assassin avait adopté un ton ferme, arborant son expression naturelle féroce sur le visage car il savait très bien que ce genre d’individu ne comprenait qu’un seul langage. Cela dit, sur ce coup là, cela ne sembla pas fonctionner car même si Nacer semblait le prendre au sérieux, il ne se laissa pas impressionner par l’attitude de cet inconnu à l’accent étranger.

- Ferme là, étranger ! T’es pas d’ici, toi, ça s’voit. T’apprendras que dans l’quartier, c’est les Hyènes Sauvages qui commandent. Pourquoi t’es avec cette petite fouine d’abord ?

Disant cela, Nacer se rapprocha de Issam, se collant presque à lui au point que l’Assassin ressentait la chaleur de son souffle. Les deux hommes se toisaient du regard tels des félins se défiant avant de passer à l’attaque. Nacer continua :

- J’sais pas c’que tu lui as proposé, je suppose que cette fouine te rend pas service pour tes beaux yeux d’princesse effarouchée, mais si tu nous donnait à nous plutôt hein ? Et d’ailleurs, si tu nous donnais tout ton or ? Après tout, on a bien droit à un dédommagement pour les complications qu’tu viens d’créer non ?

Issam savait qu’il était inutile de négocier avec cet imbécile. Il se croyait en position de force, tellement sur de lui qu’il n’envisageait même pas la possibilité que les choses se passent autrement que telles qu’il les imaginaient. Le jeune Assassin allait lui ôter tout de suite ses illusions, surtout qu’il avait assez perdu de temps comme ça, il fallait régler le problème rapidement. Il avait un rendez vous et tout cela ne faisait que le retarder dans sa mission.

Vif comme l’éclair, Issam saisit Nacer par la gorge, plaça sa jambe gauche derrière celles du malfrat et le poussa violemment, l’envoyant au sol avant même que ce dernier ne comprenne ce qui lui arrive. Tout s’était passé tellement vite que Sufyan et les deux autres en étaient confus, tétanisés de surprise.

Nacer, surprit lui aussi, les quatre fers en l’air, s’appuya au sol sur ses coudes, le regard hébété avant de se reprendre :

- Mais que…

Le voyou n’en revenait pas que cela se soit passé aussi vite. Il aurait du comprendre, en voyant les armes de son interlocuteur, qu’il n’avait pas affaire à quelqu’un qui n’était pas en mesure de se défendre :

- Ne sois pas bête et allez vous en, toi et tes camarades ! Je n’ai ni le temps, ni l’envie de jouer avec vous.

Nacer sembla outré par ces paroles et succomba à la colère :

- Q... Quoi !? Parce que tu crois qu’ça va s’passer comme ça ? Non mais pour qui tu t’prend ? Ici, c’est not’territoire. Qu’est ce que vous attendez vous autres, tuez le !

Disant cela, il se releva et sortit une dague de ses haillons, imité par ses deux comparses qui s’étaient remis de leur surprise et rejoignirent leur chef, s’apprêtant à frapper de concert. Les trois malfrats avaient bel et bien l’intention de punir Issam pour son arrogance en le transperçant de leurs dagues.

Issam ne dégaina pas ses armes, se contentant de se mettre en garde. Il ne voulait pas s’attirer d’ennuis en commettant des meurtres inutiles, même s’il s’agissait de légitime défense, et avait l’intention de neutraliser ses adversaires à mains nues. Pendant des années, à la Confrérie des Ombres, il avait étudié les arts martiaux, que ce soit avec ou sans armes. Il avait apprit à se battre en duel et contre plusieurs adversaires, donc il était paré, d’autant plus qu’à l’époque, ses partenaires d’entraînement étaient des assassin de la guilde, comme lui, donc largement plus expérimenté que ces hyènes Sauvages, comme ils se faisaient appeler.

L’un des complices de Nacer s’approcha et attaqua le premier, frappant de sa dague en direction de la gorge de Issam dans l’intention de lui trancher la carotide. L’Assassin para aisément et rapidement la frappe d’un mouvement précis, sa main heurtant le poignet du bandit pour ce faire. Dans le même mouvement, le jeune Ombre frappa le nez de son assaillant du revers de son poing. La riposte était vive et violente. Le malfrat recula sous le choc, lâchant sa dague pour tenir son nez endolori dégoulinant de sang et gémissant de douleur.

Nacer et son deuxième sous fifre attaquèrent en même temps. Issam envoya un coup de pied latéral en plein dans le torse de Nacer, qui fut stoppé net dans son élan et repoussé vers l’arrière, le souffle coupé, tandis qu’il déviait l’attaque du troisième larron.

Celui au nez cassé ne semblait pas disposé à reprendre le combat, focalisé qu’il était sur la douleur, tandis que Nacer se retrouvait une fois de plus au sol, essayant de reprendre son souffle. Il ne restait plus que le dernier qui, bien que son attaque fût parée, ne se découragea pas et bondit à nouveau sur Issam qui esquiva le coup de dague avant de bondir à son tour sur son assaillant. L’Assassin envoya une série de plusieurs frappes des poings, rapides et précises, martelant le haut du torse et le visage de son agresseur qui se retrouva très vite au sol, inconscient. Par mesure de sécurité, Issam projeta du pied la dague de son adversaire plus loin dans la ruelle, en fit de même avec celle des deux autres avant de se rapprocher de Nacer pour le maîtriser et l’immobiliser par une prise.

- Bon, ça y’est, vous êtes calmés ? Je vous avais dit de ne pas faire les imbéciles, tous les trois. Ne vous en prenez qu’à vous-même. Maintenant, abandonnez et allez vous en, c’est mon dernier avertissement !

La menace du jeune homme n’était pas négociable. Soit les trois brigands le laissaient tranquilles, soit ils allaient amèrement le regretter. S’ils avaient toujours eu l’impression d’être de vraies terreurs, ils n’étaient que de petites frappes aux yeux d’un homme entraîné tel que Issam.

Nacer, en bien mauvaise posture, regardait tour à tour ses deux collègues. L’un, terrorisé, se tenait le nez, du sang coulant sur son visage et ses haillons, l’autre, gesticulant lentement et péniblement au sol, à moitié inconscient après la déferlante de coups de poings qu’il venait de se prendre.

Le chef des malfrats se résigna à contre cœur et leva une main en signe d’abandon :

- D... D’accord, d’accord ! Arrêtez ! On s’en va, on vous ennuiera plus.

- Bien ! Encore une chose. Vous laissez vos armes où elles sont. Elles m’appartiennent, désormais ! Maintenant fichez le camp !

Issam aurait bien ajouté une autre requête. Qu’ils ne s’en prennent plus jamais à Sufyan, mais il savait pertinemment que ces misérables ne tiendraient pas leur promesse. Et puis, le sort du jeune garçon n’était pas vraiment son problème. Si il avait su rester en vie jusque là, c’est qu’il arrivait quand même à se débrouiller.

Les trois vauriens, après que Nacer et son comparse au nez cassé eurent aidé à relever le troisième, s’éloignèrent, le meneur jetant un dernier regard noir vers Issam et le jeune Sufyan qui n’en revenait pas de ce qui venait de se passer. L’assassin se contenta de les fixer jusqu’à ce qu’ils disparaissent, avant de revenir à ce pour quoi il était là.

- Wooaaaaa... J’ai jamais vu ça ! Vous avez rossé le gang des Hyènes Sauvages, vous rendez compte ?

- Ils n’avaient rien d’extraordinaire pourtant. Des petites frappes qui ne savent même pas tenir une lame correctement. Ils ne manquaient pas de courage… ni de stupidité.

- Mais... vous rendez pas compte ? Nacer, c’est un méchant, il va pas en rester là. Et il va encore moins apprécier quand tout l’quartier va savoir qu’il s’est fait humilier avec ses comparses.

- S’il n’a pas compris, la prochaine leçon sera plus corsée !

- Ouais, c’est vrai. Vous craignez rien vous, vous êtes fort, pas comme moi. Moi j’peux rien contre eux, j’sait pas m’battre et tout l’monde s’en fiche de moi. J’ai rien alors j’compte pas. Mais bon, vous m’avez offert une belle revanche et j’vous en rmercie pour ça… Mais si j’sais que… que t’façon, quand j’les rcroiserai, y m’prendront tout c’que j’ai.

- A toi de faire en sorte que ça n’arrive pas ! Si tu baisses la tête devant eux, ils te prendront toujours pour un moins que rien et toute ta vie ne sera rythmée que par la peur de les croiser, les coups quand ça arrivera et les cicatrices. Prend une de leurs dagues et garde la pour toi et jette les autres dans un caniveau.

Sufyan ne se posa pas de question et fit ce que lui avait ordonné Issam. Il prit celle de Nacer et jeta les autres. Il savait très bien qu’il n’allait pas la garder longtemps, le chef des Hyènes Sauvage se ferait un plaisir de récupérer ce qui lui appartenait, mais avant ça, le jeune homme avait bien l’intention de raconter à tout le monde ce qui s’était passé en brandissant la dague triomphalement, un peu comme si c’était lui qui avait réalisé cet exploit.

Le jeune adolescent fut tiré de ses désirs de gloire par Issam qui lui rappella qu’il était pressé et qu’il fallait aller au plus vite vers le quarter riche.

Une dizaine de minutes plus tard, Issam, guidé par le jeune Sufyan, arrivèrent à l’entrée du quartier huppé de Umbar :

- Voilà, ça y’est, on y est. Comme j’vous ai dis, j’peux plus vous accompagner, mais j’pense que vous trouvrez l’auberge, elle doit pas êt’loin.

Issam regarda le jeune homme avec une lueur de satisfaction et de sympathie dans le regard.

- Bien ! Tu as rempli ta part du contrat, à moi de remplir la mienne.

Sur ce, il fouilla dans sa tunique pour en saisir sa bourse, l’ouvrir et sortir trois pièces d’or qu’il donna à Sufyan, tout heureux de recevoir sa récompense :

- Oh merci, M’sieur, merci !

- Bon, à présent, je dois te laisser, Sufyan. Je suis pressé et j’ai perdu pas mal de temps à cause des trois autres. Allez, bonne chance, jeune homme et réfléchis à tout ce que je t’ai dis.

- Oui M’sieur ! Encore merci. P’têt à une prochaine !

Aussitôt séparé de son jeune interlocuteur, Issam parcouru les rues du quartier, s’orientant grâce à quelques bonnes âmes qui voulurent bien le renseigner. Ici, vu que les gens étaient suffisamment aisés, il ne leur venait même pas à l’idée de réclamer quelques piécettes pour rendre ce genre de service. Pendant son trajet, Issam se remettait mentalement dans la peau de son personnage, inventé rien que pour Lucinia. Tarik, jeune homme du Harondor, en recherche de salaire pour continuer son périple. Mais, pour intéresser la jeune femme, il allait falloir creuser un peu plus cette personnalité. L’assassin commençait déjà à creuser quelques pistes à ce sujet.

Quelques minutes plus tard, il arrivait enfin devant la porte au dessus de laquelle trônait l’enseigne de l’établissement. A peine eut-il ouvert pour pénétrer dans l’auberge qu’il entendit la voix de Lucinia crier son faux prénom. En regardant vers elle, il constata qu’elle n’était pas seule. Un homme à l’allure et à la parure aisées était assis à sa table. Voilà qui était inattendu… et surtout inopportun. Issam en fronça légèrement les sourcils, désireux de savoir pourquoi cet homme était ici. Cela dit, Lucinia ne semblait pas apprécier la compagnie de ce dernier. Dès qu’elle avait vu le jeune homme ouvrir la porte, elle l’avait aussitôt interpellé tout en se levant instinctivement de sa chaise, comme si elle attendait le moindre prétexte pour se séparer de cet individu. D’ailleurs, le regard de la jeune femme en disait long. L’homme, de son côté, sembla lui aussi très surpris et très peu enthousiaste à la présence de cet intrus, ce Tarik, qui venait le déranger.

Issam se rapprocha de la table, observant tour à tour Lucinia qui s’était mise en retrait et le jeune homme qu’il voyait pour la première fois. Ce dernier exprima verbalement sa surprise d’un ton sec, dissimulant à peine sa frustration de devoir subir la présence du nouvel arrivant :

- Bonjour monsieur ! En effet, nous ne nous connaissons pas, je suis Tarik, de passage dans cette charmante ville. A qui ai-je l’honneur ?

Issam s’exprimait de manière fort courtoise afin d’apaiser les tensions. L’homme qu’il avait en face de lui était bien différent de Nacer et ses sbires. De plus, il se trouvait dans un établissement correct au sein du quartier riche de la ville. Il fallait agir en conséquence. Certes, cet homme ne représentait physiquement aucune menace, à priori en tout cas. Il serait aisé pour l’assassin de lui donner une petite correction afin de lui apprendre la modestie et par là même, s’en débarrasser pour se retrouver seul en compagnie de Lucinia. Mais il n’y gagnerait rien à agir de cette façon. Il ne passerait que pour une brute ne sachant pas se maîtriser. Il fallait qu’il fasse preuve de tact et de diplomatie pour impressionner la belle, du moins, c’était ainsi qu’il voyait les choses. Le comportement et les futures réponses de son interlocuteur allaient grandement influer sur la façon d’agir du jeune Ombre.
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Ven 22 Juil 2016 - 21:38


La courtoisie face à l'agressivité, l'apaisement face à la tension.

Tarik avait fait un choix bien rare dans la ville d'Umbar. La plupart des individus qui habitaient ici étaient élevés dans le conflit, car la cité ne vivait que de cela. Du conflit contre les régions plus au Nord, qui l'enrichissaient considérablement grâce au pillage et aux raids. Du conflit entre ses dirigeants, qui se battaient de manière acharnée pour avoir la meilleure position parmi les Neufs. Du conflit entre chaque personne et son voisin, pour s'accaparer les richesses qui désormais coulaient à flot dans la Cité du Destin. Refuser de répondre à une telle provocation était à la fois sage et fou, prudent et déraisonnable. Mais qu'attendre d'autre de la part d'un homme d'armes qui buvait du thé ? Lucinia le dévisagea avec une surprise non feinte sur le visage, se demandant s'il était réellement en train de jouer la carte des relations pacifiques avec Etan Vulnir. Le fils de marchand n'était pas connu pour être un personnage particulièrement affable, et elle ne connaissait personne qui eût pris le risque d'essayer de faire ami-ami avec lui.

- A qui avez-vous l'honneur ? Demanda Etan sur un ton si hautain que la jeune femme grinça des dents. Vous rendez-vous compte de la stupidité de votre question ?

La provocation était audacieuse, la pique brûlante comme l'acide, et Lucinia ne put qu'intervenir pour s'interposer. Elle savait que Tarik n'avait pas pensé à mal, mais il n'était pas de la ville après tout. A Umbar, les grandes familles étaient connues, et Etan appartenait à l'une d'entre elles. Oh, il était loin dans l'ordre de succession, il venait d'une branche peu dotée, qui avait perdu beaucoup d'argent et fait de mauvais mariages, certes. Mais il n'en demeurait pas moins parmi les puissants, contrairement à Lucinia dont la fortune relative avait été construite par son père, et qui était donc une « nouvelle riche, bientôt pauvre » comme on s'amusait à l'appeler. Elle prit la défense du nouveau venu, essayant de tempérer les ardeurs d'Etan qui paraissait scandalisé de sa présence.

- Tarik vient d'arriver en ville, il ne connaît personne ici.

- De toute évidence, il vous connaît vous.

Il y avait une pointe de jalousie dans son ton, et le regard glacé qu'il jeta à la jeune femme contrastait avec la chaleur de ses propos un peu plus tôt, quand il lui racontait comment ils pourraient tous les deux faire fortune, et se construire un avenir doré. C'était comme si elle lui avait plongé un poignard en plein cœur, et qu'il venait de se l'arracher pour mieux le retourner contre elle. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais il se détourna pour revenir à son interlocuteur principal : le dénommé Tarik.

- Vous venez d'arriver à Umbar, rustre de votre état, et vous voilà déjà acoquiné avec mademoiselle Nakâda, comme c'est touchant. Et voilà qu'elle vous invite dans cet endroit où les gens de votre espèce ne mettent ordinairement pas les pieds. Vous constaterez que vous vous tenez dans un établissement de qualité, ici. Regardez ces tables, briquées, lustrées. Regardez ces chaises, du bon travail. C'est du chêne, vous savez. Je présume qu'il vient de Gondor. Et vous voyez cet alcool ? Ce n'est pas la pisse que vous et vos semblables buvez : c'est un vin du Harad de 194. Rendez-vous compte, il a plus d'un siècle ! Puis vous voilà, vous et vos grosses bottes pleines de poussière, vos armes de tueur dégénéré, et vos manières de damoiseau…

- Etan, ça suffit ! Siffla Lucinia, outrée.

Elle jeta un regard désolé à Tarik, comme pour s'excuser de ces méchantes paroles qui reflétaient l'état d'esprit d'une bonne partie des riches marchands de la cité – après tout, les puissants demeuraient des puissants, qu'ils fussent d'Umbar, de Minas Tirith ou du minuscule royaume de Dale – mais qui n'étaient pas non plus partagées par tous. La jeune femme avait grandi dans un confort matériel que le voyageur ne connaîtrait probablement jamais, mais elle avait sans doute une plus grande tolérance vis-à-vis des gens des routes, des aventuriers et des explorateurs. Après tout, c'était ainsi que son père avait commencé. Mais Etan était d'une vieille famille traditionnelle, si bien qu'il avait oublié les origines de sa propre lignée, pour mieux regarder de haut le reste de la population. Il pointa un doigt agressif vers Lucinia, et elle recula devant lui, pétrifiée :

- Cessez donc ! Je ne sais pas avec qui vous traînez, mais cet homme est de toute évidence de très mauvaise compagnie pour vous. Regardez-le… Regardez-vous, Tarik…

Il était revenu à l'étranger, dont il avait craché le nom avec dégoût, qu'il toisait avec une suffisante particulièrement désagréable.

- Je connais les gens comme vous… Vous vous approchez d'une jolie femme, vous lui faites croire des choses, et puis vous la trahissez ensuite en l'abandonnant dans le caniveau, non sans lui avoir volé son argent, ses biens, son cœur. Alors je ne sais pas ce que vous avez qui peut l'intéresser au point qu'elle vous invite ici, mais croyez-moi vous feriez mieux de retourner d'où vous venez, vous et votre misère.

Il enfonça son index dans la poitrine de Tarik, suffisamment fort pour que le geste se transformât presque en une attaque. Cependant, en dépit de la colère qu'on lisait dans les yeux du fils de marchand, il parvenait à se contrôler et le ton de sa voix n'était pas monté autant que s'il avait perdu le contrôle de lui-même. Ainsi, les rares autres clients de l'établissement observaient la scène de loin, sans s'en mêler, suivant ce qui ressemblait à une discussion vive mais guère à une agression caractérisée.

Cependant, Tarik ne partant pas de son propre chef, Etan jugea bon de changer de stratégie. Accusateur, maniant le verbe avec plus d'adresse que ses deux interlocuteurs réunis, il essaya de prendre en défaut le jeune homme qui se tenait devant lui. Malheureusement pour les deux pauvres victimes qui devaient supporter sa présence, Etan Vulnir avait reçu une excellente éducation, tant en rhétorique qu'en logique, et malgré son rang peu honorable dans sa famille, il était éloquent et charismatique, à sa manière. D'un geste théâtral, il leva le bras, comme un acteur en pleine pièce, pour apostropher son interlocuteur qui pourtant se tenait à moins d'un mètre.

- Que venez-vous faire à Umbar, vautour ? Êtes-vous un autre de ces charognards en quête d'une proie facile, jeune et délicate ?

Curieusement, c'était une véritable question, et il interrompit sa diatribe brusquement dans l'attente d'une réponse, d'une explication, d'un éclaircissement. Lucinia, une nouvelle fois, tenta de s'interposer :

- Etan, c'en est assez ! Tarik, vous n'avez pas à vous expliquer devant lui, croyez-moi.

Cette fois, au lieu de simplement rester en retrait, la jeune femme avait fait barrage de son corps entre les deux hommes, cherchant à mettre un terme à cette dispute stérile le plus rapidement possible. Les mains plaquées sur le torse du jeune Vulnir, elle savait n'avoir aucune chance de l'arrêter s'il décidait de lui passer sur le corps pour aller rosser Tarik. Ce qu'elle ignorait, toutefois, c'était que le geste qu'elle venait de faire allait être très mal interprété par son vis-à-vis. Stupéfait d'être ainsi traité, il leva la main subitement, comme s'il allait la gifler.

Son bras resta suspendu dans les airs une seconde. Lucinia n'eut le temps que d'écarquiller légèrement les yeux. Sa bouche s'entrouvrit légèrement. Il n'allait pas… Il n'allait tout de même pas…

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Sam 23 Juil 2016 - 2:50

Issam avait joué la carte de la bienséance et de la diplomatie afin de calmer la tension encore au stade d’embryon, mais perceptible quand même. Malheureusement, cette tentative eut les effets inverses et la fit grimper d’un cran alors que Etan lui répondait en le prenant de haut.

Nullement impressionné Issam ne s’était pas formalisé et était resté de marbre, se contentant d’observer plus en détail l’allure de Etan pendant que celui-ci se défoulait. Il n’était guère impressionnant. Il n’était pas très grand, avait une silhouette fine mais semblait quand même rompu aux activités physiques comme en témoignait sa musculature sèche et nerveuse, un peu comme la sienne, mais peut être un peu moins développée. Il était pourvu de cheveux bruns ondulés coupés mi longs, ses yeux étaient marrons et son teint était hâlé mais il était difficile de s’imaginer que Etan soit un pur Haradrim. Déjà, son prénom n’avait aucune consonance avec les prénoms suderons. Sa peau était trop claire pour un local et trop foncée pour un étranger. Peut être était il issu d’un métissage.

Malgré la froideur qui émanait de Issam et qui portait à croire que rien ne pouvait l’atteindre, Il aurait volontiers répondu à Etan par une petite pique, courtoise mais cinglante, que dans la mesure où il mettait les pieds pour la première fois à Umbar, qu’il ne connaissait personne et que la réputation de celui-ci n’était pas parvenu jusqu’au Harondor et encore moins son village auquel cas il l’aurait su, il ne voyait effectivement pas la stupidité de sa question, tout cela dans le but à la fois de le tourner en dérision devant « l’assemblée » (Lucinia comprise) qui assistait à l’altercation et de lui faire ravaler sa fierté. Mais Lucinia fut plus rapide et prit l’initiative d’intervenir pour tempérer les ardeurs de Etan. Vaine tentative puisque ce dernier sembla déterminé à cracher son venin, aussi bien à la face de la jeune femme qu’à celle de l’assassin qui avait gardé une posture solennelle, se tenant droit comme un I, les mains derrière le dos, mais les muscles de tout son corps bandés, prêt à contrer toute tentative irréfléchie de violence physique de la part de son interlocuteur. Le jeune Ombre était calme et neutre en apparence, mais était sur le qui-vive. Il fallait anticiper les réactions de Etan. Ce dernier était impulsif. Ajouté à cela son attitude hautaine et sa trop grande confiance en lui, cela faisait de lui quelqu’un dont les réactions pouvaient vite passer de la parole aux actes non contrôlés. Heureusement pour lui, Issam avait d’excellents réflexes, le cas échéant.

Encore une fois, Lucinia ne laissa pas à Issam le temps de répondre. Ce dernier se contenta de fixer froidement et intensément son interlocuteur, sans agressivité, mais avec assurance. Etan y était allé fort avec les insultes, sans doute essayait-il d’humilier celui qu’il considérait comme un moins que rien, tout juste bon à lécher les bottes des gens comme lui. Il en faisait un peu trop, au point qu’il en paraissait ridicule aux yeux de l’assassin, plus amusé qu’autre chose par son attitude.

Issam jeta un regard sur Lucinia qui tentait en vain de régler cette situation épineuse. L’expression du visage de la jeune femme trahissait son impuissance à parvenir à raisonner Etan. Cela dit, que faisait ce dernier ici alors que c’était avec Tarik, son alias, qu’elle avait rendez-vous ? A bien la regarder, il paraissait peu probable qu’elle eut volontairement convié Etan à venir, mais si tel était le cas, alors elle avait sa part de responsabilité dans cette situation. Mais peu importait. Ce qui importait, pour Issam, c’était qu’il noue un lien avec elle, pour endormir sa méfiance, se rapprocher d’elle et pouvoir fouiner dans ses affaires afin d’en trouver tout ce qui pourrait intéresser ses commanditaires. Pour ce faire, la priorité était de ce débarrasser de cet indésirable et méprisable individu qu’était Etan. Mais il fallait le faire avec classe. Il ne fallait pas jouer les brutes et le traiter comme un vulgaire voyou.

Etan, justement, adopta une nouvelle stratégie en dévalorisant son interlocuteur aux yeux de Lucinia, l’accusant d’être un beau parleur, un arnaqueur et un voleur, se servant de ses atouts pour attirer dans ses filets des proies comme elle.

Issam resta toujours aussi muet, mais cela ne sembla pas déstabiliser pour autant Etan qui s’approcha pour plaquer son index contre la poitrine musclé de Issam, qui ne recula pas d’un centimètre malgré la pression exercée par celui-ci. L’assassin fixa droit dans les yeux son interlocuteur, fronçant légèrement les sourcils, prêt à réagir à toute tentative belliqueuse, ce qui semblait ne guère tarder, vu l’agitation qui animait Etan. L’assassin ne prêtait désormais qu’une oreille à demi attentive aux propos cinglants de son interlocuteur. Il se contentait de rester là, silencieux, sans bouger d’un poil. Ses années d’entraînement au sein de la Confrérie des Ombres lui avaient permis de développer une auto discipline de fer. Il attendait que Etan se calme pour pouvoir parler à son tour et tenter une nouvelle fois d’arrondir les angles, ou bien qu’il passe à l’acte pour le contrer rapidement et efficacement, sans le blesser.

Pour le moment, ce dandy méprisant et hautain se contenta de renchérir dans l’art de l’élocution, par une question cinglante à laquelle il attendait une réponse franche. Que venait faire un étranger comme lui ici, à Umbar ? Question rhétorique, d’ailleurs puisqu’il en énonçait déjà la réponse par une autre question. Une provocation de plus ou bien, poussé dans ses retranchements par un homme froid et silencieux qui ne semblait pas touché par ses propos, il y allait de plus belle pour réussir à décocher une réaction de sa part. Vaine tentative puisque Issam resta imperturbable.

Cela dit, l’assassin s’apprêtait à répondre quand Lucinia s’interposa à nouveau alors que celui-ci avait ouvert la bouche pour commencer à parler. Elle se plaça entre les deux hommes, face à Etan pour le repousser de ses deux mains délicates. Pour toute réponse, Etan leva la main sur elle, prêt à la frapper, enfin, à ce qui semblait. Le sang de Issam ne fit qu’un tour et il n’attendit pas que Etan gifle la jeune femme pour vérifier sa théorie et agit aussitôt. Surprenant tout le monde par sa rapidité d’action, le jeune homme fit les quelques pas nécessaires pour arriver au contact et leva son avant bras gauche dans le même mouvement afin de dévier la main levée de Etan d’un geste rapide, ferme et précis avant que celle ci ne s’abaisse pour fouetter la joue de Lucinia. Aussitôt après, tout en fixant férocement Etan pour l’intimider par son regard, l’assassin se servit de son autre bras pour écarter Lucinia, d’un geste plus doux, plus lent mais ferme, afin de la mettre hors de portée des mains de son agresseur.

Une fois Lucinia hors de danger, Issam resta proche de Etan, servant de barrage entre lui et la jeune femme et prêt à contrer toute nouvelle tentative déraisonnée de la part de l’homme. L’assassin aurait pu ne pas se contenter de dévier la main de Etan et aurait pu riposter pour le frapper à son tour ou le mettre à terre, mais ce n’est pas comme ça qu’il aurait impressionné de manière positive ni Lucinia, ni les gens qui assistaient à la scène. Il leur aurait plutôt fait peur, enfin, selon lui, et ne serait passé pour rien d’autre qu’une brute incapable de se contrôler et ce n’était pas la meilleure chose à faire, toujours de son point de vue. Cette situation devait être gérée avec fermeté, certes, mais aussi avec classe.

Cette fois-ci, ce fut à Issam de s’adonner à l’exercice complexe de la diatribe :

- Allons, allons ! En voilà de bien vilaines manières, n’avez-vous pas honte ? Ce genre de comportement est indigne d’un individu tel que vous. Enfin, cela se voit que vous êtes un homme de bonne éducation. Tout le prouve dans le raffinement de votre tenue vestimentaire et la qualité de votre élocution. Voudriez vous monter aux yeux de Lucinia et de ces gens qui nous regardent l’image d’un homme rustre et violent qui n’hésite pas à frapper une femme quand il se met en colère ? Est-ce donc la réputation que vous voulez avoir dans ce quartier ? Reprenez vous mon ami, soyez raisonnable ! Nous sommes entre gens biens et quoique vous puissiez penser de moi, vous avez tort. Il y a des manières bien meilleures que la violence pour régler ce différent. Alors calmez vous et essayons nous tous les trois à cette table ! Nous allons continuer à discuter calmement, entre gens civilisés ! C’est moi qui vous invite, tiens !

Issam était resté courtois, mais ferme, ne laissant pas vraiment de place à la négociation. Il avait également choisit la carte de la flatterie. Même s’il ne pensait pas un traître mot de ce qu’il disait à Etan, il savait que ce genre de personne, hautaine à souhait, était en règle générale très réceptive aux compliments et aux flatteries. Comme disait un vieil adage « pour faire avancer l’âne, il fallait utiliser la bonne carotte ».

Issam, gardant un œil sur les réactions de Etan, tourna aussitôt la tête vers Lucinia :

- Vous allez bien Lucinia ? Je suis désolé si je vous ai mise dans cette situation fort inconfortable.

Là cette fois, même si il ne faisait que jouer, il n’était pas totalement indifférent à l’état d’esprit de la jeune femme. Bien qu’étant un assassin, Issam avait certains principes, notamment de ne pas s’en prendre à une femme, sauf si, bien évidemment, un contrat le stipulerait.

En tout cas, le jeune homme espérait avoir fait forte impression sur elle et sur toute l’assemblée, ce qui mettrait plus de poids en sa faveur dans la balance.







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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Sam 6 Aoû 2016 - 0:25

HRP : Avec beaucoup de retard, et toutes mes excuses ! /HRP
_________


Lucinia n'eut pas le temps de répondre que déjà son corps était tiré en arrière, protégé derrière celui de Tarik. Le jeune homme avait réagi avec une promptitude et une précision incroyables, que la jeune femme inexpérimentée dans les disciplines martiales avait encore du mal à mesurer. Elle savait simplement qu'un instant, elle était sur le point d'être giflée, et que l'instant d'après elle s'était retrouvée à l'abri derrière un galant homme qui avait décidé de s'interposer entre elle et Etan. Une fois que la première vague de surprise fut passée, une seconde arriva lorsque le guerrier prit la parole. Au lieu de céder à la colère, comme n'importe qui de sensé, il essayait encore de jouer la carte de l'apaisement et de la politesse face à un homme qui lui jetait un regard venimeux. Etan était humilié, et désormais l'altercation avait attiré les regards de tous les gens dans l'assistance, qui tendaient l'oreille et jetaient un œil curieux à cette drôle de dispute. Ils entendirent alors le nouveau venu s'adresser au nobliau comme s'il s'agissait de son égal, et lui donner une leçon de civisme qui tira des sourires narquois tout autour. Les autres clients étaient également des marchands, riches et puissants, qui trouvaient cocasse de voir un des leurs se faire rabrouer ainsi. Ils n'aimaient pas particulièrement Etan, qui avait une grande bouche et un grand nom, mais qui avait une petite fortune et un petit avenir. Ils ne pouvaient qu'apprécier de le voir être ainsi humilié, même s'il était fort dommage à leurs yeux que le bourreau fût un homme d'armes qui incarnait l'inverse de ce en quoi ils croyaient.

- Gardez votre argent, pécore ! Siffla Etan entre ses dents.

Il recula de quelques pas, et jeta un regard circulaire autour de lui, comme pour prendre la mesure du public qui l'observait. Il pointa l'index fermement vers Tarik, tout en gardant ses distances pour ne pas risquer une nouvelle déconvenue, et lui lança haut et fort, devant témoin :

- Vous avez osé me toucher, vous ne vous en tirerez pas à si bon compte ! C'est un Vulnir qui vous le dit !

Il ne s'attarda pas pour attendre la réponse de Tarik, et quitta les lieux sans demander son reste, arrachant son manteau des mains de l'aubergiste qui le lui tendait. Il claqua la porte férocement, et sa sortie peut-être un peu trop dramatique fut accompagnée de rires moqueurs et de quelques insultes fleuries glissées à voix basse. Lucinia avait assisté à toute la scène avec une forme de résignation qui caractérisait assez bien un aspect de sa personnalité. Ce genre de mauvais moments, elle en passait régulièrement hélas, mais elle n'était jamais heureuse de devoir faire face à la folie des hommes qui l'entouraient, et qui se battaient pour la déposséder de son héritage. Elle n'aimait pas dépendre d'eux, voir son avenir être placé entre leurs mains alors qu'elle se battait chaque jour pour défendre dignement ce qu'il restait de la fortune qu'elle n'avait pas su faire grandir. Elle était fatiguée de leurs regards condescendants, et de la protection qu'ils lui offraient sans cesse. Elle était lasse des promesses d'un avenir doré qui l'attireraient sûrement dans un piège sordide, une prison sans fond de laquelle elle ne ressortirait jamais. Quand Tarik se retourna vers elle et s'enquit de son état, elle eut donc une réaction épidermique. Elle était perpétuellement sur la défensive, et le bras que le jeune homme avait tendu pour la protéger ne lui donnait pas encore le droit de gagner sa confiance :

- Ça va, ça va… Je peux me débrouiller toute seule.

Elle s'adressait autant à son interlocuteur qu'aux hommes qui l'observaient encore du coin de l'œil, et qui baissèrent la tête en l'entendant dire. Elle avait sur le visage une expression sauvage, une forme de défi lancé au monde entier, qui ne durcissait pourtant pas ses traits. Au contraire, cette défense n'était que la dernière bravade d'une personne au bout du rouleau, qui n'aspirait qu'à retrouver la paix et la sérénité. Revenant à Tarik, elle lui glissa :

- Désolée, je…

Elle ne trouvait plus ses mots. Elle soupira.

- Si ça ne vous ennuie pas, j'ai besoin de m'asseoir…

Elle s'installa, pleine de lassitude, alors que le poids de ses soucis pesait sur ses épaules basses. Elle avait simplement envie d'oublier. D'oublier, et de se laisser glisser vers un endroit où ses soucis disparaîtraient, emportés par le vent. La réalité la rappela, et elle tourna la tête vers la patronne qui lui adressa un sourire de circonstance, légèrement gêné tout de même.

- Un cognac, demanda-t-elle sans ambages. Et un thé. S'il-vous-plaît. Merci.

Sa diction était hachée. Comme si elle se souvenait au dernier moment des éléments de cette commande qui venaient péniblement se raccrocher les uns aux autres, comme on tire un âne rebelle pour le harnacher à une carriole. La patronne hocha la tête, et s'éloigna sans dire un mot, consciente qu'il fallait laisser un peu d'espace à deux clients qui devaient en avoir besoin. Lucinia n'était pas du genre à craquer facilement, mais on lisait sur son visage que la situation dépassait les limites du supportable pour elle. Elle aurait pu se mettre à pleurer, vider son sac et se blottir dans les bras de Tarik qui n'aurait sans doute pas dit non à l'idée de la consoler. Elle ignorait encore si sa galanterie était naturelle, ou si elle servait de plus vils instincts, mais elle l'imaginait aisément en gentilhomme animé d'un désir de protection.

Beurk.

Au lieu de quoi, elle le regarda droit dans les yeux et secoua la tête. Elle n'arrivait pas à se faire une idée définitive à son sujet, et il lui parut plus simple d'écourter la phase d'observation pour entrer directement dans le vif du sujet.

- Pourquoi est-ce que vous vous sentez le devoir de me protéger ? Vous croyez qu'une femme ne peut pas y arriver seule dans cette vie ?

Elle le provoquait. Assurément, elle le provoquait. Elle n'aurait pas formulé les choses ainsi, sinon, mais elle attendait une réponse sérieuse de sa part. Une réponse à la fois honnête et réfléchie. Elle ne pouvait pas concevoir qu'il la protégeât simplement par bonté d'âme, et qu'il aurait fait la même chose pour un mâle.

- Vous prenez soin de moi, vous vous inquiétez toujours de savoir comment je vais, si je ne suis pas blessée. Pourquoi donc ? D'où vous venez, est-il courant de se comporter ainsi ?

Sa question était double. On y percevait une forme d'accusation, celle d'une femme méfiante et déroutée par la subite gentillesse d'un inconnu qui, au cœur de la Cité du Destin, paraissait être la seule personne à ne pas penser à son intérêt propre. Trop bon pour être honnête ? En même temps, elle exprimait un désir criant de sincérité et de bienveillance dans son univers régi par la violence et peuplé de solitude. Abandonnée par son père, la figure à laquelle elle se référait toujours inconsciemment, le modèle qu'elle ne pourrait jamais égaler ou dépasser, elle était démunie face aux dangers du monde qui l'entourait. Sa vie n'avait de sens que dans l'espoir utopique qu'il reviendrait un jour la sauver de ses tourments, reprendre le commandement de cette entreprise qu'elle n'avait pas les épaules pour gérer elle-même, et sur laquelle elle veillait pourtant de toute son âme.

L'espoir.

La crainte.

Des sentiments contraires se disputaient le cœur de la jeune femme, qui observait les yeux de Tarik. Elle y voyait danser d'infinis paysages, et un monde entier à découvrir qui pour l'heure lui restait encore interdit.

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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Sam 6 Aoû 2016 - 19:26

HRPG:
 

Les paroles de Issam n’apaisèrent absolument pas Etan, qui, bien au contraire, refusa la proposition de celui-ci de la manière le plus insultante possible, ce qui ne laissa pas l’opportunité à Lucinia de répondre au jeune étranger. Cracher son venin était la seule possibilité qu’il lui restait à présent. Dans sa bêtise et sa colère démesurée, il eut au moins la sagesse de ne pas chercher à répondre physiquement à l’assassin, se contentant de s’éloigner de lui et de lui adresser une dernière parole pleine de menace (creuse aux yeux de l’assassin qui n’était nullement impressionné par cet individu) en le toisant avec un regard noir remplit de rancœur, avant de disparaître de l’auberge, sous de discrets quolibets et sourires moqueurs de la part des autres usagers de l’établissement. Apparemment, ces derniers se réjouissaient de la déconvenue de leur coreligionnaire.

Cela dit, le plus important n’était pas de leur plaire à eux, mais de plaire à la jeune Lucinia, qui semblait d’ailleurs dépassée par les évènements. Elle répondit finalement à la question que lui avait posée Issam quelques secondes plus tôt, confirmant qu’elle allait bien… physiquement en tout cas. Sa réponse fut sèche et froide, cela dit, elle se ravisa, réalisant peut être qu’elle jetait son agressivité sur la mauvaise personne, présenta une brève excuse et prit place à la table, sans demander son reste. Après tout, grâce au jeune homme, elle avait évité de se faire taper dessus, même si la gifle ne l’aurait pas tuée.

Le professionnalisme et l’esprit pragmatique de Issam lui dictaient de proposer à Lucinia de quitter l’établissement et de trouver un autre endroit, au cas où Etan mettrait ses menaces à exécution le plus tôt possible, mais il n’en fit rien et resta silencieux, la laissant digérer les dernières minutes mouvementées de cette rencontre. Elle prit quand même la peine de passer commande auprès de la tenancière de l’auberge, puis devint à nouveau silencieuse, apparemment pensive, au moment où la serveuse s’éloigna.

Sans dire un mot, Issam se donna la peine de prendre place sur l’autre chaise, en face de Lucinia et la fixa d’un air navré. Il était intérieurement surprit de la facilité avec laquelle il jouait son personnage, lui qui n’avait jamais été formé de manière poussée à l’art de la duperie. Ce talent devait donc être naturel chez lui :

- Lucinia je...

La jeune femme ne le laissa pas terminer qu’elle lui coupa la parole, enchaînant questions claires et remarques quelque peu cinglantes à l’égard de son comportement. La méfiance se lisait à la fois dans le regard et le ton de la voix de Lucinia. Issam répondit de la manière la plus agréable et apaisante possible, évitant les grands sourires, se contentant d’arborer un visage et un ton de voix calmes et impassibles. Il ne fallait pas non plus en faire trop. Un ton mielleux et un sourire hypocrite n’auraient sans doute rien donné de bon :

- Calmez vous, Lucinia ! Je ne suis pas votre ennemi. Vous subissez sans doute le contrecoup psychologique de cette mésaventure. Mais puisque vous posez la question, je vais vous répondre. Tout d’abord, je ne doute pas de vos capacités à vous en sortir seule, mais je n’ai pas été éduqué à laisser un homme brutaliser physiquement une femme. Là d’où je viens, nos femmes, nos mères, nos sœurs, nos filles… toutes les femmes de mon clan… sont sous notre protection. Il n’y a pas de guerrières chez nous, chacun son rôle et les hommes sont là pour assurer la protection. Cela peut vous paraître étrange, mais la vie dans le désert n’est pas le même que dans une grande ville, ce que j’apprend à mes dépends d’ailleurs. J’ai grandit dans un village au sein du désert du Harondor où tout comme les membres de mon clan j’ai du apprendre à me battre pour défendre notre communauté. Je conçois que pour des gens comme Etan ou comme vous nous soyons arriérés ou de simples pécores, comme il aime à m’appeler, mais les choses sont ainsi. Nous vivons à la dure et ne sommes attachés ni au luxe, ni aux belles parures, même si nous avons un certain sens du raffinement. Nous sommes des gens simples et endurcis par nos conditions de vies.

Issam avait passé un bon moment à réfléchir sur le passé de Tarik. Un simple étranger, venu du désert, sans attache, semblait être une bonne idée. Il avait pensé à être le fils d’un ancien garde d’élite d’une haute personnalité de Al’Tyr, cela dit, c’était hasardeux. Lucinia était une commerçante et il paraissait probable qu’elle connaisse la ville portuaire et certaines de ses personnalités. Elle aurait pu lui poser des questions qui l’auraient mit au pied du mur. Il valait mieux éviter cela. Le désert du Harondor était peuplé de petits villages et de tribus nomades du désert, souvent en guerres les uns contre les autres. Issam était tout à fait crédible dans ce rôle, cela dit, dans ce cas, que faisait un homme comme lui ici ? Si Lucinia poserait la question, il trouverait une réponse toute faite.

A cet instant, la tenancière arriva à leur hauteur, déposant un plateau sur la table sur lequel se trouvait la commande de Lucinia. Issam remercia la serveuse d’un signe de tête puis, lorsque celle-ci fut partie, sourit en fixant la théière dont il s’empara et la tasse posée à côté pour la remplir de son contenu.

- Ah ! Voyons donc ce que vaut le thé de Umbar. Pardonnez-moi si je ne prends pas la peine de vous servir votre cognac mais… Je déteste l’alcool et toute substance ou aliment qui altère l’esprit.

Il est vrai que pour le coup, l’assassin n’avait pas fait preuve de galanterie, mais puisqu’il était Tarik, un habitant du désert qui n’apprécie pas les boissons alcoolisées, il fallait bien qu’il respecte son principe de ne pas y toucher et de ne pas contribuer de près ou de loin à entretenir le vice des autres.
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Lun 8 Aoû 2016 - 13:01


Les paroles de Tarik étaient franches et claires, comme on pouvait l'attendre d'un homme élevé dans les étendues désertiques du Harad. Là où le danger ne dormait jamais complètement, il n'était pas courant de s'étendre en longues palabres, lesquelles étaient réservées aux commerçants des régions urbaines qui jouissaient d'un confort et d'une sécurité bien meilleurs. Non pas que la mort ne pût jamais frapper derrière les murs de la Cité du Destin, bien au contraire, mais il régnait tout de même à Umbar un esprit différent. On ne se battait pas pour l'eau, pour la terre ou pour le pillage. Les guerres internes étaient rudes, violentes et non moins fréquentes que dans le désert, mais elles ne se faisaient pas le sabre à la main. On luttait à coups de livres de comptes, d'intrigues et de rumeurs. On s'entre-tuait avec de l'or, on se poignardait avec des contrats. Trahisons et perfidie étaient monnaie courante, et la mort prenait la forme d'une dépossession, d'une mise en vente de la propriété, et d'un exil pratiquement forcé. L'amitié n'avait pas plus de sens ici que la paix n'avait de sens au Harad. Il n'y avait que des trèves, des alliances de circonstance, et des opportunités qui changeaient.

Alors quand Tarik lui expliqua pourquoi il s'était comporté ainsi, Lucinia se sentit soudainement penaude. Il était vrai qu'elle avait grandi en ville, qu'elle n'avait pas connu la dureté du monde extérieur, et qu'elle restait avant tout membre d'une élite sociale qui n'avait pas grand-chose en commun avec son interlocuteur. Etait-ce pour cela qu'elle ne savait reconnaître la simplicité et la bonté d'âme quand elle la voyait pourtant se déployer sous ses yeux ? A moins que ce ne fût l'enseignement de son père qui déteignait sur elle bien plus qu'elle ne voulait l'admettre. Lui qui était toujours si méfiant, si peu enclin à faire confiance aux autres. Mais même lui avait appris à se reposer sur des gens qui ne le laisseraient pas tomber. Même lui parcourait le monde en comptant sur ses amis, ses fidèles, et sa fille qui se battait chaque jour dans l'ombre pour lui permettre de vivre la vie dont il rêvait.

Elle baissa la tête, pleine de contrition :

- Pardonnez-moi, Tarik… Je…

Une pause. Comment le lui dire ? Simplement.

- Vous êtes quelqu'un de bien. Et même si nous n'avons pas grandi dans le même monde, mais vous n'êtes ni arriéré, ni rustre à mes yeux. Vous avez bien plus d'élégance que ces hommes bouffis d'arrogance, débordant d'ambition, noyés dans leur suffisance. Vos parents doivent être fiers de vous.

Elle avait lâché cela avec simplicité, sans penser à mal. Puis elle se demanda ce qu'il en était des parents du jeune homme. Elle ne voulait pas l'offenser bien entendu, mais il n'était pas rare de voir des gens dont les géniteurs avaient été fauchés par la guerre. Les crises de succession pour le Sultanat du Harondor avaient abouti à des conflits sans fin, et les gens du désert avaient payé un lourd tribut dans ces conflits. Recrutés pour soutenir les Ben Elros, combien avaient perdu la vie sur un champ de bataille lointain, contre des ennemis dont ils ignoraient tout ? Et combien avaient encore souffert dans la dernière guerre, menée par Taorin et ses pirates ? Les combats avaient été âpres au Harondor, et si l'or coulait à flots, il ne remplacerait pas les vies perdues, les destins brisées, les familles détruites. Tarik faisait-il partie de ces enfants venus chercher vengeance ? Lucinia préféra ne pas trop s'attarder sur le sujet familial. Sa propre situation n'était pas reluisante, et si ses parents étaient toujours en vie, les relations avec eux étaient trop compliquées pour les exposer de la sorte à un inconnu. Non, elle avait mieux à faire de cette conversation.

Les boissons arrivèrent bientôt, et la jeune femme remercia la patronne de l'établissement d'un sourire sincère à défaut d'être joyeux. Elle nota que, spontanément, cette dernière avait placé le cognac devant Tarik. La réflexion du jeune guerrier fit lever un sourcil à la marchande, qui se permit un commentaire amusé :

- Alors vous ne mentiez pas… Vous êtes un bien curieux personnage, Tarik Buveur de Thé.

Avec grâce, elle échangea leurs deux boissons, et leva son verre de cognac à hauteur de son visage. Le liquide dansait dans le verre translucide, et son parfum envoûtant se diffusait paisiblement, tentateur. Cependant, elle fixait intensément les yeux de son interlocuteur qui, s'il y prêtait attention, put noter qu'ils avaient un éclat que n'avaient pas ceux des autres hommes. Ils n'étaient pas bleus comme on pouvait le croire de loin, mais bien gris, brillant comme des étoiles.

- A notre rencontre, Tarik.

Ils trinquèrent. Reposant son verre après y avoir trempé les lèvres, Lucinia croisa ses doigts fins dans une posture courante chez elle, quand elle traitait une affaire. Mais elle ne voulait pas précipiter les choses, et comme il était de coutume dans les négociations entre honnêtes gens, il fallait savoir tourner autour du pot assez longtemps pour susciter l'intérêt des deux parties et ménager la sensibilité de chacun. Alors elle parla :

- Les valeurs de votre clan semblent vous tenir à cœur, et c'est une attitude pleine de noblesse que de vouloir… eh bien… me protéger. Cependant, et je dis ça avant tout pour votre propre sécurité, vous ne devriez pas vous interposer la prochaine fois. Vous portez l'épée, vous avez l'air physiquement préparé, et de toute évidence vous savez vous battre. Pas la peine de mentir, il y a des détails qui ne trompent pas. Pourtant, des hommes comme Etan Vulnir ne sont pas de ceux dont on veut se faire un ennemi, et vous n'avez pas à risquer votre vie pour moi. Ou pour quiconque ici. Personne n'en vaut la peine.

Elle jeta un regard aux tables à côté, invitant Tarik à les observer à son tour :

- Vous voyez ces hommes qui négocient, qui sourient et qui discutent de manière tout à fait décontractée ? Ils sont en train d'ourdir de sombres machinations pour déstabiliser un concurrent, ou bien ils sont occupés à monter une affaire plus ou moins honnête qui leur rapportera beaucoup d'or. Et quand ils discutent ainsi, à bâtons rompus, ils savent très bien qu'un jour ou l'autre, ils se trahiront mutuellement. C'est un jeu. Trahir avant d'être trahi, mais pas trop tôt au risque de tout perdre. Je suppose que votre vision des marchands ne s'est pas améliorée après avoir croisé Etan, et vous avez raison de penser que nous sommes fourbes et seulement préoccupés par nos affaires…

Elle marqua une pause, et but une gorgée de cognac tout en observant soigneusement Tarik par-dessus son verre. Son regard le scrutait attentivement, et elle lisait en lui qu'il était sur la réserve. Son attitude courtoise et polie était parfaite, mais c'est justement sur cela que Lucinia bloquait. Elle n'arrivait pas à lui trouver le moindre défaut.

- Ne vous méprenez pas, ajouta-t-elle. Je ne cherche pas à vous convaincre de faire affaire avec moi, et vous auriez tort de croire que je suis la pauvre petite marchande honnête perdue au milieu de ce banc de requins. Je défends mon commerce au moins aussi ardemment que tout le monde ici, et je suis prête à tout pour le faire prospérer.

Bravade. Elle n'était qu'un petit poisson dans l'océan, et les requins aux dents acérées la regardaient avec convoitise. Elle avait pour elle une grande détermination et une combativité exacerbée, mais elle ne faisait pas le poids face à ceux qui la menaçaient, elle le savait très bien. Elle n'en avait plus pour longtemps à ce rythme. Pourtant, on ne pouvait qu'admirer son obstination à faire face à des forces qui la dépassaient de très loin. Sans vaciller, elle reprit :

- Vous disiez avoir besoin d'aide, Tarik. Besoin d'aide financière. Je suppose que vous savez comment les choses fonctionnent ici : rien n'est gratuit, et tout se paie d'une façon ou d'une autre. Mais avant de parler de ces choses, dites m'en plus sur vos projets et vos ambitions. Je suis curieuse de savoir ce que vous voudriez faire de mon or…

Elle porta de nouveau le liquide à ses lèvres, et resta un instant ainsi. Pourquoi lui restait-il cette impression de malaise sur la langue ?

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mar 9 Aoû 2016 - 21:49

La réponse de Issam fit son effet sur Lucinia, qui, se radoucissant immédiatement, lui fit de timides excuses suivies de compliments à son égard quant à son comportement et ses bonnes manières. Peut être se sentait-elle coupable et gênée d’avoir mal réagit. Etait-ce si inhabituel que cela de prendre la défense de quelqu’un ici ? Cela semblait être le cas, apparemment. Il ne connaissait rien de cette ville ni de ce pays, le Harad, qui pourtant était le sien. Il ne connaissait rien des us et coutumes qui les régissaient.

Quelqu’un de bien, disait-elle !? Pas vraiment. Enfin, pas en ce qui la concernait elle, en tout cas. Si elle savait, elle se raviserait très vite, lui jetterait au visage le contenu de son verre et partirait sur le champ après l’avoir maudit. Cela dit, tout n’était pas entièrement faux. Issam était quelqu’un de bien éduqué, la Confrérie des Ombres n’ayant pas pour vocation à produire des assassins rustres sans aucunes manières. Quant à ce qu’il avait fait, s’interposer entre la jeune femme et Etan, ce n’était pas non plus simulé. Il avait des principes et ne pouvait laisser cette brute la frapper sans réagir. La Confrérie des Ombres ne lui interdisait nullement d’être équitable et bienveillant avec les gens. Même si Lucinia n’aurait pas été l’objet de sa mission, il aurait fait exactement la même chose pour elle. Issam et ce Tarik qu’il s’était créé n’étaient en rien différents sur ces deux points.

Et ses parents, que penseraient-ils de lui à cet instant ? Il n’y avait plus jamais pensé depuis bien des années, mais, alors même que Lucinia y faisait allusion, leur souvenir naquit en son esprit, même si leurs visages étaient flous dans sa mémoire. Ses parents seraient ils fiers de l’homme qu’il était devenu ? Impossible à savoir, cela dit, ce n’était pas de sa faute. Il n’avait que cinq ans lorsque son village a été ravagé et sa famille tuée. Que pouvait-il faire d’autre à cet âge là que de subir des évènements sur lesquels il ne pouvait avoir aucun contrôle ? Si cet homme dont il ne se rappelait même plus le visage, ne l’avait pas acheté au marché aux esclaves de Al’Tyr pour le confier aux bons soins de la guilde, où en serait-il aujourd’hui ? Quel genre de vie vivrait-il ? Serait-il toujours esclave au service d’un riche marchand sans scrupule ? Serait-il devenu un miséreux errant dans les rues de Al’Tyr, volant et tuant pour sa survie ? Ou serait-il devenu lui-même un modeste commerçant, suivant les traces de son père ? Impossible à dire et de toute façon, ce genre de conjecture n’avait pas sa place dans sa profession, encore moins en l’instant présent. Issam était satisfait de ce qu’il était. La Confrérie des Ombres lui avaient offert une vie bien meilleure que celle que lui envisageaient les meurtriers de ses parents et il était redevable envers les Ombres pour cela. Et quelle meilleure façon de les remercier si ce n’était avant tout de leur faire honneur en réussissant son épreuve ? Ou en disparaissant sans laisser de traces en cas d’échec ?

- Merci Lucinia ! Et ne vous en faites pas, ce n’est pas grave. Après ce qu’il vient de se passer, je peux comprendre. Quant à mes parents, j’essaie autant que faire ce peut d’appliquer tout ce qu’ils m’ont enseigné.

Le jeune homme resta évasif sur le sujet, ne laissant paraître aucun soupçon sur la situation de ses parents, au cas où la remarque de Lucinia aurait été une interrogation déguisée. Elle ne saurait rien à ce sujet, pour le moment. Il fallait entretenir un peu de mystère pour continuer à conserver un minimum d’intérêt.

La remarque qui suivit arracha un léger sourire de la bouche de Issam :

- Haha, suis-je donc le seul qui ne bois pas d’alcool ici ? répondit-il sur le ton de la plaisanterie.

- A notre rencontre, Lucinia !

Nul ne savait ce qui allait advenir par la suite, en tout cas, cette mission aura eu l’intérêt de révéler l’assassin. Lui qui d’ordinaire n’était pas aussi empathique, il jouait son rôle à merveille. Si jamais il réussissait son épreuve, il se ferait un devoir en retournant au phare d’en parler à ses instructeur afin qu’ils l’aident à exploiter et affiner son talent dans l’art du subterfuge et du faux semblant.

Imitant Lucinia qui porta son verre sur ses lèvres délicates, il bu quelques gorgées de thé. Le breuvage était excellent et il en fit la remarque à son interlocutrice. Sur ce point non plus il ne mentait pas. Non pas que l’alcool le répugnait, mais l’assassin avait du mal à comprendre comment pouvait-on aimer une telle substance. Non seulement elle n’étanchait en rien la soif, mais elle altérait le comportement et l’esprit de ceux qui en consommaient, à plus ou moins haut degré. Cela dit, le fait que son interlocutrice en boive ne le gênait pas, il n’avait aucune raison d’imposer son choix aux autres.

Après ce petit intermède, Lucinia reprit la parole en commençant par donner un conseil à Issam que bien sur il ne suivrait pas. Ensuite, elle se mit à regarder partout autour d’elle, en direction des autres usagers de l’auberge. Issam, que se demandait où elle voulait en venir l’imita, regardant un à un les consommateurs. Tous de riches bourgeois vêtus de parures richement ornées. Un bel échantillon de la classe supérieure de la ville. L’opulence qui se dégageait de la plupart d’entre eux en devenait presque nauséabonde.

C’est à ce moment que Lucinia reprit la parole pour faire un portrait peu élogieux de cette assemblée de requins. Le jeune homme voyait bien où elle voulait en venir. Elle voulait lui apprendre que ce monde dans lequel elle vivait était bien différent de celui de Tarik et qu’ici, ses lames et ses compétences étaient quasiment inutiles et n’impressionnaient personne.

Issam se contenta de fixer attentivement et silencieusement son interlocutrice. De toute façon, il n’avait pas trop le choix car pour le moment, elle monopolisait la conversation, ne s’arrêtant pas de parler assez longtemps pour permettre au jeune homme de répondre.

Elle reprit d’ailleurs immédiatement la parole pour mettre les choses au clair avec lui et l’avertir qu’elle n’était pas différente de la faune locale qui les entourait. Elle termina sa diatribe par une requête à laquelle Issam ne pouvait se dérober. Ce n’était pas son intention de toute façon. Son or !? Tiens tiens, les choses semblaient avancer. Cela ressemblait à un début de proposition de partenariat. Tout ce qu’il fallait pour que l’Ombre puisse se rapprocher de sa proie.

Ce fut à son tour de prendre la parole, d’une voix calme et sérieuse, sans faux semblants, sans sourire hypocrite :

- Tout d’abord, je vous remercie de vous préoccuper de mon bien-être, mais vous devez vous douter que jamais je n’irais à l’encontre de ce que m’a enseigné ma famille. J’ai déjà eu quelques déconvenues avant d’arriver ici et puis, concernant Etan, je pense qu’il est déjà trop tard pour la mise en garde. En tout cas, tout ça pour vous dire que si c’était à refaire, je le referais sans hésiter. Ces gens comme lui et ceux ici présents s’imaginent peut être grands, intouchables, mais c’est faux. Hors de ces murs, ils ne valent rien. Et puis, que pourraient-ils prendre de moi qui les intéresseraient ? Regardez moi, je n’ai aucun intérêt pour eux, donc rien sur quoi ils puissent jouer pour me faire plier. La seule façon pour eux de m’atteindre serait de manière franche et directe, mais comme vous avez pu le constater, j’ai du répondant dans ce domaine et si Etan ou l’un d’entre eux veut s’en prendre à moi physiquement, il trouvera à qui parler. Cela dit, je ne pensais pas que les riches marchands se livraient à de telles intrigues. Entendons nous bien, je ne suis pas naïf, mais j’ignorais que leur cupidité et leur manque de scrupule étaient à ce point.

Issam marqua une pause pour s’abreuver de quelques gorgées de son verre de thé. Bien évidemment, il mentait. Il savait très bien à quel point les riches marchands étaient perfides dans la mesure où, en tant qu’Apprenti, il avait déjà du eu tuer quelques uns pour le compte de concurrents lors de ses missions de formation. Ces dernières étaient très simples à l’époque. Un Assassin confirmé lui indiquait une cible, Issam avait juste à atteindre sa proie et frapper. La victime n’avait pas de réel visage ou identité pour lui. Juste une proie sans âme à qui ôter la vie d’un coup de dague bien placée. Avec Lucinia, l’approche était différente, il voyait l’être humain en elle. Pour la première fois, il devait s’approcher d’une cible par une manière à laquelle il n’était pas habitué et même si pour le moment il s’en sortait bien, c’était un peu déroutant.

- A dire vrai, je n’avais pas pensé faire spécialement appel à vous pour gagner mon salaire, mais, puisque vous en parlez… Au risque de vous décevoir, je n’ai ni plus ni moins l’intention que de gagner suffisamment d’or le temps de mon séjour ici puis assez pour couvrir mon long périple de retour chez les miens. Et pour dire vrai également, c’est tant la curiosité que la nécessité qui a conduit mes pas à Umbar. J’ai souvent entendu le nom de cette grande ville ces dernières semaines depuis que je vagabonde en Harad. On m’a dit que les opportunités étaient nombreuses pour quiconque voulait alourdir sa bourse. Le seul problème, c’est que je ne suis pas non plus prêt à tout pour ça, si vous voyez ce que je veux dire. Par principe, je ne peux pas louer mes compétences à des objectifs douteux, ça me ferme pas mal de portes, mais c’est ainsi, je ne renierai pas mes principes.

Issam saisit à nouveau sa tasse de thé pour en vider une partie de son contenu. Le liquide était encore chaud et il s’y dégageait une odeur qui donnait envie de boire d’un seul trait. Le jeune assassin resta silencieux, laissant à Lucinia le temps d’absorber toutes ces informations. Si elle avait d’autres questions à lui poser, il trouverait quoi lui dire, mais il préférait ne pas prendre l’initiative d’apporter des précisions qu’elle ne demandait pas.








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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mer 10 Aoû 2016 - 20:37


Lucinia paraissait apprécier le compagnie de Tarik, et elle l'écoutait avec grande attention, curieuse de découvrir ce qui pouvait bien pousser un homme du désert à venir dans une cité comme Umbar. Certes, l'or y coulait à flots actuellement, mais il n'en demeurait pas moins que cela restait un endroit infréquentable à bien des égards. Surtout à l'heure actuelle. Les bénéfices de la campagne militaire de Taorin avaient considérablement enrichi la ville, et l'avidité des uns des autres avait fait monter les tensions. Les gens étaient littéralement à couteaux tirés avec leurs voisins, leurs concurrents, leurs parents. Ici, l'or se payait avec du sang, et le sang se payait avec de l'or. Les deux étaient inexorablement liés, et les deux couleurs n'étaient pas celles du Harad pour rien. Tarik ne parla guère de ses parents, mais la jeune femme comprenait. Il était de toute évidence moins bavard qu'elle pouvait l'être, et elle acceptait tout à fait cela. Elle répondit simplement :

- Nous essayons tous, quelque part, de marcher dans les traces de ceux qui sont venus avant nous. Sans passé, sans histoire, sans héritage, qui sommes-nous au juste ?

Elle s'était très légèrement assombrie sur ces dernières paroles, comme si la question lui était adressée personnellement. Qui était-elle ? Une femme qui n'arrivait pas à trouver un mari, à fonder une famille. Une femme qui vivait tellement dans le passé qu'elle oubliait de se construire un futur. Son existence était rythmée par l'espoir, ce vil mendiant qui dépendait du bon vouloir des autres pour vivre jusqu'au lendemain. Elle changea de sujet radicalement, rebondissant sur le sujet plus léger de la consommation de thé de son interlocuteur. Il la fit rire légèrement avec sa remarque, et elle rétorqua sur le même ton complice :

- Vous êtes le seul de toute la ville, je suis prête à le parier ! Je ne connais pas tout le Harad, mais je n'ai jamais rencontré un homme qui n'accepte pas un verre de vin à l'occasion. Regardez donc, même la patronne a confondu nos commandes, c'est dire !

Quand elle souriait comme ça, elle était jolie. Elle avait l'air tellement plus détendue, tellement plus humaine que lorsqu'elle affichait son masque de bataille, celui qu'elle arborait pour se protéger des entêtés comme Etan. Hélas, sa vie avait été si souvent rythmée par le combat qu'elle n'abaissait que très rarement et très brièvement ses défenses. Elle pouvait retrouver sa froideur naturelle en un instant, comme un petit chat sauvage acceptant timidement une friandise, mais reculant en feulant dès que l'on essayait de tendre la main pour le caresser. On pouvait l'intriguer, mais l'amadouer était une autre affaire.

Revenant à des choses qui étaient davantage de son domaine de compétences, Lucinia finit par aborder des sujets commerciaux. Elle était à l'aise dans ce rôle, et on devinait qu'elle avait l'habitude de négocier durement pour obtenir ce qu'elle voulait. Non pas qu'elle le fît par cupidité, mais bien par nécessité. Sans sa détermination de tous les instants, elle pouvait aussi bien dire adieu à tout ce qu'il lui restait. Alors oui, elle s'interrogeait sur Tarik et sur ses motivations, parce qu'elle pouvait bien avoir besoin de ses services. Agir seule n'était pas possible, et elle se rendait compte chaque jour que son isolement était une immense faiblesse. Ses nombreux adversaires avaient des familles puissantes qui les soutenaient, des hommes et des femmes sur qui ils pouvaient s'appuyer pour accomplir leurs basses besognes. Elle ne pouvait se fier à personne ici, et sa solitude accentuait sa vulnérabilité. Mais Tarik… pouvait-il être la personne qu'elle attendait ?

Il était d'une droiture que l'on ne trouvait pas ici, et qui la surprenait à chaque instant. Si elle avait eu affaire à un homme d'Umbar, elle aurait deviné immédiatement qu'il lui mentait pour essayer de la mettre dans son lit – car il aurait su, grâce à son nom, qu'elle n'avait pas le moindre sou à extorquer. Mais cet étranger qui paraissait découvrir le monde de la jeune femme avec des yeux curieux était du désert. C'était un homme simple, juste et bon, qui faisait de son mieux pour tirer son épingle du jeu dans un monde impitoyable. En dépit des difficultés, il s'accrochait à ses convictions, à son honneur et à l'enseignement de ses parents. C'était une attitude que Lucinia ne pouvait que comprendre et admirer.

Elle secoua la tête en souriant, quand elle l'entendit dire qu'il ne regrettait pas d'avoir tenu tête à Etan, et qu'il le referait sans hésiter. Elle ne pouvait pas comprendre son attitude. Même si cela signifiait défier l'ordre établi, et se mettre dans les pires situations imaginables, il semblait prêt à la défendre. Pas pour une raison stupide, comme le fait qu'il serait tombé amoureux d'elle au premier regard, mais simplement parce qu'il avait été élevé ainsi, et qu'il ne laisserait pas un homme s'en prendre à une femme innocente sans rien dire. Elle ne put s'empêcher de glisser quand il marqua une pause :

- Ici, à Umbar, les marchands sont presque pires que les criminels des bas-fonds. Vous devez être particulièrement courageux ou particulièrement fou pour oser parler ainsi. Quoi qu'il en soit, je voudrais qu'il ne vous arrive rien, alors… si vous croisez une femme en détresse sur votre route… soyez prudent.

Elle le regardait intensément, droit dans les yeux, et on pouvait lire chez elle une profonde inquiétude. Elle savait de quoi ses adversaires étaient capables, car elle avait déjà eu affaire à eux et à leurs méthodes parfois violentes. Elle n'osait pas imaginer à quel degré de brutalité pouvait aboutir une escalade, si Tarik refusait de courber l'échine et de s'incliner devant eux. Il paraissait confiant, mais elle espérait que cette confiance serait à l'épreuve des coups qui risquaient de pleuvoir sur lui.

Il reprit en répondant plus spécifiquement aux questions qui portaient sur ses raisons d'être ici. La curiosité et la nécessité… il était décidément au bon endroit pour assouvir les deux. Il y avait tant de merveilles dans la ville, tant de choses à voir, de gens à rencontrer – bons comme mauvais. Ce point central du commerce du Sud faisait la jonction avec les peuples de l'Extrême-Harad, et on voyait passer des créations en or, des peaux de créatures étranges venues de loin au Sud. Les Mûmakil qui avaient pris leurs quartiers à l'extérieur des murs de la cité avant le déclenchement officiel de la campagne, avaient été une attraction sans précédent. Lucinia se souvenait encore d'être allée observer ces créatures immenses, soigneusement gardées par des contingents de leurs dresseurs et des guerriers qui avaient le privilège de monter sur leurs dos immenses. Les bêtes devaient être gardées au calme, et un périmètre immense avait été dressé autour d'eux pour s'assurer que personne n'essaierait de harceler et de les énerver. Toutefois, il n'était pas besoin d'être particulièrement proche pour admirer leur musculature titanesque, et pour se dévisser le cou en observant leur gigantesque carcasse. La jeune femme était restée bouche bée devant les préparatifs de la bataille, alors que les hommes du Sud peignaient leurs monstres de guerre, entonnant des chants et des danses pour convoquer sur eux la protection de Melkor.

Un spectacle qu'elle n'oublierait jamais.

C'était ce genre de choses que l'on pouvait avoir la chance d'apercevoir dans son existence, quand on habitait à Umbar. Quant à l'or que l'on pouvait y toucher, tout était question de talent, d'audace et d'un soupçon de sens des affaires. Elle ne doutait pas que le jeune homme fût doté des trois, mais il fallait voir si son audace ne surpassait pas son talent, auquel cas il risquait de viser trop haut et de se retrouver étendu dans le caniveau, une plaie béante à l'abdomen, pour avoir mal parlé à la mauvaise personne. Elle ne lui souhaitait rien de tel, d'autant qu'il paraissait inexplicablement résolu à ne pas s'engager sur une mauvaise voie. Mais ici, les bons boulots n'existaient pas vraiment, et chacun devait se résoudre à se salir les mains d'une manière ou d'une autre s'il voulait s'en tirer. Lucinia ne voulut pas, toutefois, briser les espoirs de son jeune compagnon. Elle avait, en effet, une idée en tête le concernant :

- Je ne vous reprocherai pas de vouloir revoir les vôtres rapidement, Tarik. La Terre du Milieu est un endroit bien curieux, et parfois il faut savoir apprécier la présence de ses proches plutôt que de courir le monde à la recherche d'aventures. Mais puisque vous êtes là, et que nous parlons affaires, je… eh bien… comment vous dire…

Son hésitation était curieuse, venant de la part d'une femme qui avait l'air relativement sûre d'elle, et pas particulièrement impressionnable. Elle passa une main sur son visage, révélant involontairement un malaise qu'il n'était pas possible d'ignorer :

- Je comprends que vous n'êtes pas prêt à vous engager dans quelque chose de douteux, et rassurez-vous ce n'est pas du tout ce à quoi je pense… C'est simplement que… Je… Il…

Elle ferma les yeux, et inspira profondément pour se calmer, avant de cracher ce qu'elle avait sur le cœur :

- Voilà, depuis quelques temps je me sens suivie, épiée. Vous allez vous moquer, ou me dire que je suis paranoïaque, mais j'ai vraiment l'impression que quelqu'un m'observe. J'ai remarqué cela il y a près d'un mois maintenant, à chaque fois à la nuit tombée… Je travaille souvent tard, sur le bureau près de ma fenêtre et… je suppose que vous vous fichez des détails… bref, un soir j'ai vu quelqu'un qui m'observait depuis la rue. Quand j'ai regardé de plus près, il n'était plus là, comme si j'avais rêvé. Il y a bien quelques marins qui se baladent dans le quartier, certains ont leurs habitudes, mais celui-là avait l'air de… oui, de m'observer. Son attitude n'était vraiment pas normale.

Elle ne put réprimer un frisson qui lui parcourut l'échine. Dans sa situation, ce genre de choses était profondément angoissant. A n'importe quel moment du jour ou de la nuit, elle pouvait être prise à parti par un individu dont elle ignorait tout. Il y avait des histoires qui circulaient : des gens qui disparaissaient un beau soir, et que l'on voyait réapparaître quelques jours plus tard, dans une ruelle sombre, poignardés après avoir été tabassés. Les femmes étaient violées, les hommes émasculés, les enfants brûlés vifs par des individus qui ne se souciaient que de faire le mal et de répandre la terreur. Lucinia n'avait pas envie d'être sur la liste d'un de ces criminels, elle n'avait pas envie d'être la prochaine victime d'un tueur impitoyable parce qu'un de ses concurrents avait décidé qu'elle l'avait ennuyé assez longtemps.

- J'ai prévenu les gardes, ajouta-t-elle. J'ai essayé d'alerter autour de moi, mais vous pensez bien, nous ne sommes pas à Dur'Zork. Les autorités n'ont pas envie de se mouiller, et les marchands assurent leur sécurité par leurs propres moyens. Alors je suis livrée à moi-même et je…

« ...crains pour ma vie ». Voilà ce qu'elle n'osa pas dire. Peut-être parce que le formuler rendait la chose trop réelle, trop tangible et par là même trop inquiétante. Elle inspira de nouveau, essayant de reléguer l'anxiété au second plan, derrière un mur de raison et de logique. Elle était toujours en vie, et elle cherchait des solutions. Elle n'était pas menacée actuellement.

- Depuis une semaine, environ, je l'ai aperçu tous les soirs. Toujours au même endroit, posté en bas de ma fenêtre. Dès que j'essaie de mieux voir, il s'évanouit, je ne sais pas comment. Je pressens bien que tout ceci est dangereux, et je ne vous en parlerais pas si j'avais une alternative mais… vous avez besoin d'or pour retourner chez vous, et j'ai besoin de retrouver mon sommeil, et un peu de sérénité. Comprenez-moi bien, je respecte vos principes, et je ne vous demande pas de faire quoi que ce soit qui aille contre eux. Mais je craque… je dors à peine, de peur que quelqu'un vienne m'étrangler dans mon sommeil, je regarde constamment par-dessus mon épaule comme s'il était sur mes talons. Je ne peux pas continuer comme ça, et j'ai vraiment besoin d'aide…

Elle le laissa considérer la chose un instant, avant d'ajouter presque implorante :

- Vous me rendriez un immense service, Tarik…

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Lun 15 Aoû 2016 - 16:45

A mesure que Issam dévoilait toujours un petit peu plus Tarik, Lucinia semblait approuver les principes de ce dernier, malgré la mise en garde qu’elle lui avait faite plus tôt. Elle confirma d’ailleurs verbalement son approbation, avant d’en revenir au sujet du thé. Effectivement, la patronne de l’établissement avait servit par pur automatisme le verre de cognac au jeune homme et le thé à la fille. Des idées préconçues qui dépassaient de loin les frontières de Umbar. Pourtant, ce n’est pas l’alcool qui faisait d’un homme un homme. Certes, les guerriers, les riches et autres malfrats aimaient démontrer leur côté viril à grandes gorgées de spiritueux. Très peu pour Issam. Ce vice n’était pas pour lui… ni pour Tarik, d’ailleurs.

Lorsque l’assassin expliqua qu’il était impensable pour lui de faire ce que lui recommandait Lucinia, cette dernière exprima son admiration pour lui et changea son fusil d’épaule en lui conseillant cette fois la prudence, puisqu’elle ne parviendrait pas à le dissuader de jouer les chevaliers servants. Le jeune homme se contenta d’un furtif hochement de tête approbateur en guise de réponse puis poursuivit, abordant sans hésitation le sujet qui intéressait le plus son interlocutrice à savoir, ce qui l’animait.

Lorsqu’il eut terminé sa diatribe, Lucinia prit la parole, approuvant encore une fois ses choix cela dit, il était clair que ce n’était pas pour ça qu’elle lui avait posé ces questions. Mais la jeune femme se montra tout à coup hésitante, tournant autour du pot. Issam fronça légèrement les sourcils, attentif à ce que son interlocutrice avait à lui dire. Il attendait, patiemment, silencieusement qu’elle parle. Elle prétendait ne rien avoir à lui proposer qui irait à l’encontre de ses principes. Alors que désirait-elle ? Pourquoi était-ce si difficile tout à coup de s’exprimer ?

Prenant une profonde inspiration, elle parla enfin, révélant à Issam son angoisse, sa peur profonde de cet individu qui l’épiait et s’évanouissait comme par enchantement sans même laisser à la jeune femme la possibilité de l’identifier. Cet inquiétant manège durait déjà depuis plusieurs semaines et apparemment, elle ne pouvait pas compter sur les gardes de la ville. Elle n’en fermait plus l’œil. Au fur et à mesure que Lucinia expliquait sa situation, Issam l’écoutait attentivement, prenant un air grave et sérieux, fronçant les sourcils, en pleine réflexion. Il cherchait à savoir qui pouvait bien être cette personne. Etait-ce un agent envoyé par ses commanditaires avant qu’ils ne fassent appel à lui ou bien par un autre concurrent ? Etait-ce Etan ou quelqu’un envoyé par celui-ci ? Ou bien était-ce tout simplement un malfrat qui en voulait aux richesses ou à l’intimité de Lucinia ? Dans ce dernier cas, cet imbécile risquerait de faire capoter la mission de l’Assassin s’il parvenait à ses fins et il n’en était absolument pas question.

Issam passa ses doigts sur son menton en signe de réflexion, cherchant à la fois des réponses et des solutions. Mais il fallait d’abord rassurer Lucinia, pour endormir un peu plus sa méfiance et se rendre de plus en plus indispensable à ses yeux. Il lui faudrait donc agir avec rapidité et efficacité pour régler ce problème :

- Je vois ! J’imagine votre détresse, Lucinia, mais rassurez-vous, je vais vous aider. Mais avant tout, auriez-vous une idée de qui serait capable de faire cela ou envoyer quelqu’un pour le faire ?

Issam n’évoqua pas le nom de Etan afin que cela ne soit pas interprété comme une suspicion déplacée à son égard, mais il n’écartait aucunement l’éventualité que tout cela vienne de lui.
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Jeu 18 Aoû 2016 - 11:39


Les menaces les plus inquiétantes n'étaient pas toujours les plus évidentes à exprimer, bien au contraire. Il y avait bien souvent de quoi être préoccupé de ne pas savoir exactement comment nommer, comment qualifier ou comment décrire cette chose, cette entité, cette présence que l'on sentait peser sur ses épaules comme un fardeau trop lourd. Dès lors qu'on essayait d'en capturer l'essence, d'en discerner la forme, celui-ci se déplaçait hors de portée, insaisissable mais pourtant tangible. De la même façon que promener une bougie au-dessus des ténèbres ne permettait jamais d'en révéler la nature profonde, se pencher pour observer qui était cette silhouette solitaire et figée, statue de cire tranchant avec les briques et les pierres sur lesquelles elle était adossée, était peine perdue. Lucinia n'était pourtant pas le genre de femme à se résigner, mais elle savait aussi - et surtout - quand ses compétences, son expérience et son talent ne lui permettaient pas de venir à bout d'une difficulté. Le monde des armes lui était étranger, de même que celui de la dissimulation, de la malveillance et de la corruption des âmes. Elle n'était qu'une simple marchande. Alors pour démasquer cet individu que la nuit obombrait malicieusement, se délectant de pouvoir le ravir à la vue de la jeune femme, il fallait un homme au courage suffisant pour plonger lui-même dans les ténèbres et en ressortir indemne. Un homme qui n'avait guère besoin de brandir une bougie pour éclairer son chemin, car la lumière semblait émaner de son être tout entier, comme s'il était par nature le phare que les âmes en détresse observaient à la recherche d'un peu d'espoir.

Elle soupira de soulagement, sans feindre aucunement sa réaction, lorsqu'il lui répondit avec une confiance rassurante qu'il était tout disposé à se charger de l'affaire. Il n'avait pas même parlé du prix, du montant de la rétribution qu'il entendait se voir verser, et avait au contraire fait preuve d'un altruisme bien rare. Lucinia ne se remettait pas vraiment de son attitude, et chaque nouvelle démonstration de cette simplicité et de cette bonhommie des gens du désert la surprenait toujours plus. C'était comme si, malgré elle, en dépit de tout ce qu'elle voyait de bon en lui, elle ne pouvait pas s'empêcher de croire qu'il n'était pas parfait. Et pourtant, séduite par son discours, elle ne trouvait rien à lui reprocher : pas même d'être trop protecteur.

S'arrachant temporairement à la tristesse qui était la sienne, elle sourit timidement et lui répondit :

- Vous ne vous inquiétez pas même de savoir combien j'entends vous payer, Tarik. Vous êtes la personne la plus étonnante qu'il m'ait été donné de croiser depuis fort longtemps.

Son expression trahissait une forme de regret, comme si elle aurait souhaité que plus de gens se comportassent comme lui dans ce monde où les plus beaux sourires cachaient des langues de vipère, où les mains que l'on entendait serrer en toute confiance étaient pourvues de griffes desquelles suintait un poison létal. Ce n'était qu'un peu de confiance, un peu de simplicité... Pourtant, comment ne pas nier que cela venait de revigorer Lucinia, de lui donner un nouveau sursaut, comme si la présence de Tarik lui redonnait l'envie de croire. De croire que plus de gens comme lui existaient, et qu'elle pouvait s'en sortir. Qu'elle pouvait réaliser son rêve, protéger l'héritage de son père, réussir à prouver à tout le monde qu'elle n'était pas indigne du nom qu'elle portait. Et vivre, tout bêtement.

- Des gens qui pourraient m'en vouloir ? Demanda-t-elle en affichant une surprise feinte. Je sais à quoi vous pensez, Tarik, mais ce n'est pas Etan. Il est discourtois, insistant et il manque cruellement de savoir-vivre, mais ce n'est pas un espion et il ne perdrait pas son temps à m'observer depuis le pied de ma fenêtre. Je le crois davantage intéressé par ma fortune que par ma personnalité, et je ne vois pas tomber en pâmoison devant mon image. Je ne suis qu'un bonus, si vous préférez.

Elle avait lâché cela avec une pointe d'amertume qu'elle n'avait pas pu cacher. Et pour cause. Elle était loin d'être laide, mais parce que cet héritage lui était chevillé au corps, elle ne pouvait concevoir que quiconque s'intéressât à elle pour autre chose que pour prendre le contrôle de son entreprise. Un patrimoine qu'elle avait juré de défendre. Parce qu'elle était une femme, et parce que la société du Harad était ainsi faite, prendre époux signifiait consentir à laisser à ce dernier la main sur les affaires courantes. Combien de veuves, remariées par nécessité, avaient vu un mari incompétent dilapider leur fortune sans rien pouvoir y faire ? Alors Lucinia demeurait seule, se protégeant des carcans de la société par l'exercice d'un célibat à la fois douloureux socialement et personnellement. Elle inspira profondément, et reprit :

- Sa famille, les Vulnir, ne seraient pas contre l'idée de me faire couler, mais seraient-ils du genre à m'espionner ? Il y a encore les Miridas, qui n'auraient aucun scrupule à user de ce genre de stratagèmes. Mais qu'auraient-ils à y gagner ? Les Shahib seraient aussi capables d'employer de telles méthodes, mais ce n'est pas vraiment leur style. Ils sont en général davantage portés sur les actions expéditives et sont peu regardants sur les dommages collatéraux. Ils règlent leurs problèmes davantage en défonçant des portes qu'en observant des fenêtres. Ce ne sont que les principaux, bien entendu, car les prétendants à ma fortune sont plus nombreux que les noeuds dans le bois de cette table.

Du doigt, elle caressa la surface lissée par l'usage. La douceur de ses gestes était le miroir de sa véritable personnalité, profondément enfouie, enterrée, cuirassée. Elle avait, par moments, des sursauts de cette tendresse qu'elle paraissait avoir à revendre, mais qu'elle ne savait plus exprimer. Une tendresse qui s'exprimait de manière curieuse pour son père, auquel elle restait très attachée malgré tout. Malgré ce que l'on disait de lui : qu'il l'avait abandonnée, qu'il ne reviendrait jamais, qu'il l'utilisait. Certains disaient qu'il était mort, et qu'elle s'illusionnait, qu'elle vivait un rêve éveillé pour ne pas voir le cauchemar de sa réalité quotidienne.

Et quand bien même ?

Elle secoua la tête pour chasser ces pensées négatives et parasites, afin de revenir au sujet qui l'intéressait particulièrement. Tarik avait l'air de savoir se défendre, et de ne pas être né avec les deux pieds dans le même sabot. Pourtant, elle ne tenait pas à lui faire prendre de risques inutiles, et elle ne souhaitait pas le voir finir poignardé dans une ruelle sombre pour avoir voulu lui donner un coup de main :

- Écoutez, si vous acceptez, venez en face de chez-moi ce soir, environ une ou deux heures après la tombée de la nuit. J'habite dans le quartier noble de la ville, ou du moins ce qu'il en reste. Vous remontez l'avenue principale, et ce sera la troisième maison sur votre gauche, après la fontaine. Vous ne pourrez pas la rater. Si vous remontez ainsi, vous verrez qu'en face de chez moi, il y a deux maisons séparées par une petite ruelle, construite à l'origine pour évacuer les ordures. C'est toujours là qu'il se tient. Si vous pouviez... je ne sais pas... le suivre discrètement pour essayer de savoir qui il est, ou bien ce qu'il me veut... Ça pourrait n'être qu'un ivrogne, mais... j'ai un mauvais pressentiment.

Et c'était vrai. Elle pouvait essayer de se convaincre que tout cela n'était qu'une coïncidence, une conséquence de sa paranoïa, au fond elle sentait que les choses évoluaient d'une manière bien étrange autour d'elle. Les doigts de ses ennemis se refermaient lentement mais sûrement autour de sa gorge, et elle ne ressentait que les premier symptômes de la suffocation. Bientôt viendrait l'asphyxie, et quand elle n'en pourrait plus de lutter et que son cœur cesserait de battre, alors ils s'emparaient de son héritage sans la moindre vergogne. Mais, tant qu'elle aurait un souffle de vie, elle lutterait pour faire obstacle à ces vautours qui tournaient dans les cieux de son existence en penchant leur regard avide vers la charogne qu'elle défendait bec et ongles.

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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mer 24 Aoû 2016 - 18:57

Issam fixa intensément Lucinia, attendant que celle-ci réponde. Elle semblait par moment perdue dans ses pensées, loin, bien que présente. Elle ne manqua pas de marquer sa surprise sur le comportement de son interlocuteur qui ne parlait même pas de la somme qu’il pourrait éventuellement recevoir. Que croyait-elle ? Qu’il allait faire cela par pur altruisme ? Il le pourrait, mais cela ne jouerait pas spécialement en sa faveur. Il ne devait pas se donner une image trop parfaite et puis… Tarik avait besoin d’argent pour quitter Umbar après tout.

- Ne vous méprenez pas, Lucinia. Bien que je sois ravi de vous apporter mon aide, il n’en reste pas moins qu’à mon grand regret, je n’oublie pas la partie pécuniaire de notre éventuel accord. Cela dit, avant de me décider sur le prix de mes services, j’ai besoin de connaître le plus de détails possibles afin de savoir dans quoi je mets les pieds, ce que je risque, vous comprenez ?

Lucinia semblait avoir comprit le message car elle se fit fort d’éclairer du mieux qu’elle le pouvait l’assassin. Comme si elle avait lue dans les pensées de ce dernier, elle innocenta d’entrée Etan, non sans expliquer pourquoi. Effectivement, cela se tenait. Qu’aurait-il à gagner à agir de la sorte, à part perdre son temps ? Surtout si seule la fortune de Lucinia l’intéressait véritablement.

Elle fit ensuite le tour des éventuelles familles, celle d’Etan comprise, qui seraient susceptibles de s’en prendre à elle par tous les moyens, mais à chaque fois, elle les écartait pour diverses raisons. Bref, elle n’avait absolument aucune idée de qui pouvait lui en vouloir.

Disant tout cela, elle sembla à nouveau étrangement absente, perdue dans des pensées mélancoliques. Visiblement, cette femme n’était pas épanouie, elle devait souffrir de plein de manques ou de maux pour avoir une attitude aussi changeante. Elle passait aisément de l’amusement à l’amertume, en passant par la tristesse. Issam pourrait peut être essayer de jouer là-dessus. Tous les moyens étaient bons pour parvenir à ses fins. Et puis, concernant une femme aussi charmante que Lucinia, la tâche serait loin d’être pénible. C’était immoral, perfide d’agir ainsi, mais qu’y pouvait-il ? Il devait être prêt à employer toutes les méthodes possibles pour arriver à ses fins. Il ne ressentait ni plaisir, ni dégoût à l’idée de faire ce qu’il fallait, c’était comme ça, c’est tout. Il avait été formé pour ça, il n’y avait rien d’autre à dire à ce sujet. Peut être que s’il avait eu le temps de grandir et de suivre les traces de ses parents, de ses vrais parents, il n’aurait jamais eu cet état d’esprit. Peut être serait il devenu ce Tarik qui paraissait tant plaire à Lucinia. Mais ce n’était pas le cas. Tarik était un mensonge, une personne destinée à n’exister que pour une durée éphémère, puis à disparaître une fois que celui qui l’interprétait aurait ce qu’il était venu chercher.

Lucinia prit à nouveau la parole, cette fois ci, pour donner des instructions et des précisions à Issam quant à ce qu’il devait faire, où et quand devait-il le faire. La jeune femme envisageait une approche non violente, ce qui paraissait logique et en adéquation avec sa façon d’être. Pas de problème pour Issam. Que ce soit pour suivre discrètement une proie ou l’éliminer en silence, il savait le faire bien mieux que de s’adonner à l’exercice de la tromperie qu’il jouait avec son interlocutrice, même s’il s’en sortait honorablement pour le moment.

- Bien, c’est entendu. Je serai présent ce soir, j’attendrai qu’il se manifeste. Quant à la suite des évènements et de la somme que je vous demanderai, tout dépendra de la façon dont tout se passera… Issam marqua une pause, le temps de terminer sa tasse de thé… Vraiment excellent, ce thé. Je crois que je vais me laisser tenter pour une autre tasse… Dit-il avec un léger sourire, pour détendre l’atmosphère, avant de reprendre plus discrètement… Bon ! Evitons de continuer à parler de cela ici, les murs peuvent avoir des oreilles et il suffirait que quelqu’un rapporte notre petite conversation pour que votre homme ne se manifeste pas ce soir. De doute façon, vous m’avez dit tout ce que vous savez je pense, alors, parlons de choses moins oppressantes pour l’esprit. Si vous le désirez, vous pouvez m’en dire plus sur vous, Lucinia. Qui êtes-vous, que faites vous pour gagner votre vie ? Êtes vous restée cantonnée en cette ville ou avez-vous voyagé vous aussi ?
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mer 21 Sep 2016 - 16:19


Ordinairement Lucinia n'aimait pas parler d'elle à des inconnus, pas davantage qu'elle appréciait de discuter avec les rares personnes qu'elle connaissait de vue ou de nom. La plupart des individus d'Umbar n'étaient que des rapaces qui attendaient une opportunité de prendre l'ascendant sur leurs "amis", ou de planter une dague dans le cœur de leur "famille". Elle fut donc légèrement surprise et décontenancée lorsque Tarik lui demanda de se confier un peu plus et qu'elle s'entendit répondre avec beaucoup de simplicité :

- Je suis dans le commerce, pour tout vous dire. Les activités marchandes sont assez florissantes, particulièrement en ce moment, et je pense que tout le monde ici à un lien plus ou moins direct avec le négoce. Après tout, qu'est-ce qui pourrait attirer des âmes bien nées à Umbar sinon la perspective de s'enrichir ?

Elle sourit pour elle-même. Tarik échappait à ce stéréotype tenace, et elle leva la main comme pour s'excuser encore une fois de se montrer aussi cynique.

- Mon... Ma famille dirige une entreprise de transport depuis de nombreuses années maintenant, et nous avons acquis une certaine fortune et un certain statut. Rien qui nous permettrait de prétendre à davantage d'influence au sein de la Cité du Destin, mais suffisamment pour avoir des clients fidèles et des marins dévoués. C'est chose rare, ici. Actuellement... eh bien... Disons que nous ne profitons pas autant que nous voudrions de l'essor que connaît la ville, mais cela ne saurait tarder. Je continue à travailler dur, et la situation s'améliorera rapidement.

Elle marqua une pause, tirant nonchalamment sur ses manches pour en chasser les plis déplaisants qui s'y étaient formés, avant de revenir à la conversation.

- Si j'ai voyagé ? Oh oui, je crains d'avoir vu assez de pays pour plusieurs vies. Je suis née et j'ai grandi à Umbar, et je me considère toujours fièrement Umbarite. Cependant, j'ai passé quelques années à arpenter la Terre du Milieu. Ce n'est pas très courant pour une femme, mais après la mort de mon frère, mon père a jugé bon de me donner une éducation et de me permettre de découvrir le monde.

Elle paraissait regretter cette époque, et lorsqu'elle reprit il y avait dans sa voix des accents de mélancolie qu'elle ne faisait aucun effort particulier pour dissimuler :

- Ces années ont été une véritable révélation pour moi. J'ai vu des gens et des choses merveilleuses, à Dur'Zork, à Pelargir, et dans les cités du Nord du Gondor notamment. Saviez-vous par exemple que la capitale du Gondor, Minas Tirith, avait été construite sur sept niveaux ? Elle s'élève vers le ciel comme une immense tour d'ivoire, recouverte de drapeaux aux armes du roi. Magnifique.

Lucinia avait apprécié son séjour au Gondor, même si cela pouvait paraître surprenant pour une femme du Sud, connaissant les forts antagonismes qui pouvaient exister entre les deux peuples. Pourtant elle s'était reconnue dans certaines des valeurs des gens du Nord, et avait même noté de curieuses similitudes entre les fêtes que l'on célébrait au Printemps, de part et d'autre de l'Harnen. D'autres coutumes, d'autres façons de faire, notamment concernant la noblesse, lui demeuraient profondément étrangères. La jeune femme poursuivit son récit en insistant particulièrement sur les paysages qu'elle avait pu observer, et qui différaient tellement des plaines nues ou du désert. Le Gondor était riche de forêts immenses, et le climat plus tempéré apportait des pluies qui permettaient aux fleurs et aux plantes de pousser à leur guise. Les hommes de ce royaume ne luttaient pas pour avoir du blé ou de l'orge, et les bêtes paissaient en liberté car une bonne herbe poussait en abondance dans les prés. Peut-être était-ce aussi cela qui avait rendu les gens du Nord si mous et peu hardis ? Si Lucinia ne se reconnaissait pas dans un de leurs traits, c'était bien celui-là. Elle ne comprenait tout simplement pas pourquoi ces hommes qui jouissaient des privilèges de la nature ne les mettaient pas à profit pour accomplir davantage de grandes choses.

Son récit laissait à Tarik l'espace de poser des questions sur ce pays qu'il ne connaissait pas et qu'elle prenait plaisir à lui décrire. Il y avait beaucoup de choses à dire, cependant, et elle se rendit bientôt compte qu'elle s'était laissée aller à oublier l'heure et ses obligations. Hélas, elle avait encore à faire et elle ne devait pas négliger ses devoirs sous prétexte qu'elle avait rencontré un homme différent des autres.

- Pardonnez-moi, Tarik, je suis tout à fait en retard et si je ne rentre pas rapidement je risque de passer la nuit entière à travailler. Si vous voulez bien m'excuser...

Elle se leva gracieusement, récupérant son petit carnet qu'elle ferma soigneusement à l'aide d'une petite corde, avant de tendre la main pour arrêter le geste du galant homme :

- Je vous invite, cela me fait plaisir. Prenez le temps de finir votre thé.

Elle déposa quelques pièces sur la table, et sourit :

- Au Destin qui nous a fait nous rencontrer, Tarik au noble cœur. J'espère que tout se passera bien pour vous. De grâce, ne faites rien d'inconsidéré.

Avant de lui dire au revoir, elle lui posa une main sur l'épaule avec une familiarité qui n'avait rien de vulgaire. Elle n'avait aucune intention malveillante derrière ce geste, et elle avait simplement répondu à un élan spontané. Elle baissa la tête, comme si elle en avait trop fait ou trop dit, et s'éclipsa rapidement, disparaissant dans les rues animées.


~ ~ ~ ~


Umbar fourmillait de vie et ses habitants, insectes grouillants, se retranchaient dans les nombreuses tavernes et autres établissements servant des boissons fortes pour y passer une bonne soirée qui couronnait leur dure journée de labeur. Alors que le soleil se couchait paisiblement au large, et que la musique endiablée que l'on entendait ici ou là laissait la place au murmure des hommes éreintés, les rues se gorgeaient à nouveau de monde, chacun prenant la direction de son abri nocturne pour y rejoindre les bras glacés d'une compagne plus ou moins régulière : la solitude. Seuls restaient alors les retardataires, abandonnés à l'ivresse, tels ces marins qui titubaient et avaient du mal à rentrer chez eux, ou bien des clients oublieux de toute mesure qui attendaient d'être chassés de leur siège par un patron trop compréhensif pour se montrer insistant.

Il y avait également des gardes qui patrouillaient par petits groupes, à la recherche de quelqu'un à rosser, bandit ou non. Il n'était pas exagéré de dire qu'ils étaient eux-mêmes aussi bandits que les gens qu'ils étaient supposés appréhender. Lesquels étaient aussi dehors à cette heure. Criminels, tueurs, voleurs, mercenaires sans scrupules, espions... Ils sortaient des sous-bois à la nuit tombée comme une nuée de cafards, et se déversaient comme une flaque monstrueuse en tendant leurs mandibules. Un d'entre eux avait choisi une maison bien particulière. Les ombres le dissimulaient de l'intérieur, et il en profitait pour observer nonchalamment les mouvements des habitants. Ses yeux glissaient sur les murs comme s'ils le palpaient, le caressaient à la recherche de la moindre faille, du moindre interstice où se faufiler.

La silhouette, de taille modeste, se tenait immobile, l'épaule appuyée sur le mur. En attente. Fort heureusement la température n'était pas trop glaciale et elle n'avait pas à frissonner dans la neige en luttant pour ne pas mourir congelée. Elle pouvait se contenter de rester là, d'observer et d'accomplir ce pour quoi elle était là. Elle bougea légèrement pour s'adosser, et ce faisant fit apparaître le manche d'une dague rangée dans sa ceinture. De toute évidence, ce n'était pas une arme d'apparat. Elle avait déjà servi, et sans nul doute qu'elle servirait encore...

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Lun 10 Oct 2016 - 19:45

Issam écouta avec attention Lucinia. Même s’il avait déjà eu quelques informations essentielles sur elle de la part de ses commanditaires, il fit mine de découvrir son interlocutrice, la fixant attentivement. Elle tenait une entreprise dans le secteur du transport maritime, c’était intéressant ! S’il y avait un quelconque moyen d’exploiter une faille de ce côté-là, il pourrait toujours proposer ses services sur un de ses bateaux. Elle lui raconta être devenue fille unique après la mort se son frère et termina par le récit de ses voyages et de ce qu’elle avait vu.

- Vous semblez si jeune et pourtant, à vous écouter, vous semblez avoir mené une vie déjà bien remplie, c’est passionnant. A mon grand regret, je n’ai pas eu l’occasion d’arpenter ces contrées, mais cette cité bâtie sur 7 niveaux, Minas Tirith, ça doit être quelque chose. Peut-être irai-je y faire un tour, si mon destin est d’aller jusque là. Je suis désolé pour votre frère, il est toujours difficile de perdre un proche surtout qu’à présent, tout pèse sur vos épaules.

C’est à cet instant que Lucinia se rappela ses obligations et en avisa Issam, non sans avoir déposé quelques pièces d’or sur la table, lui indiquant qu’elle désirait payer les consommations elle-même. Elle termina par lui conseiller la prudence puis se retira élégamment, laissant l’assassin seul, avec sa deuxième tasse de thé, qu’il mit bien moins de temps à avaler que la première.

Il quitta l’établissement un bon moment après Lucinia et prit le temps de déambuler dans les rues de Umbar, avant que le soleil ne commence à décliner. Il valait mieux arriver sur place avant ce mystérieux individu qui effrayant temps son interlocutrice pour l’appréhender plus facilement.

L’Ombre se remémora les instructions de la jeune femme pour arriver à destination :

…Écoutez, si vous acceptez, venez en face de chez-moi ce soir, environ une ou deux heures après la tombée de la nuit. J'habite dans le quartier noble de la ville, ou du moins ce qu'il en reste. Vous remontez l'avenue principale, et ce sera la troisième maison sur votre gauche, après la fontaine. Vous ne pourrez pas la rater. Si vous remontez ainsi, vous verrez qu'en face de chez moi, il y a deux maisons séparées par une petite ruelle, construite à l'origine pour évacuer les ordures. C'est toujours là qu'il se tient …

Une bonne demie heure plus tard, alors que le ciel commençait à s’assombrir, Issam était dissimulé au fond de la ruelle. Avec la nuit tombante, l’obscurité baignant la ruelle et ses vêtements sombres, l’assassin serait très difficilement détectable… Normalement. Il se para même du morceau de tissu qui recouvrait la moitié inférieure de son visage, ne laissant apparaître qu’une petite partie, dont ses yeux. Comme il l’avait apprit au repère de la Guilde des Ombres, il fallait faire preuve de patience, c’est pourquoi il se détendit et attendit le temps qu’il fallait, se mettant à méditer les yeux ouverts, les sens aux aguets, tout en se préparant mentalement à la suite des évènements.

Au bout d’une éternité (du moins sembla-t-il), il était là. Il… ou elle. Difficile à dire pour le moment. Issam se rapprocha sans bruit et se colla contre le mur de la ruelle le plus éloigné de façon à pouvoir surveiller sa cible tout en restant dissimulé. La personne se tenait sous la fenêtre du domicile de Lucinia et attendait, épiait, collée contre un mur, une dague dépassant de ses vêtements. Il avait une allure similaire à celle de Issam. Un voleur ou un assassin. Le jeune Ombre resta là à épier cet individu. Finalement, au lieu de l’appréhender ici, il valait mieux savoir où il se rendrait ensuite et en découvrir un peu plus. Cela signifiait encore de l’attente, mais Issam avait été formé à la patience. Le jeune assassin resta donc dans l’ombre à épier sa cible, attendant que celle-ci ne parte pour la suivre… ou fasse autre chose pour l’en empêcher.
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Jeu 13 Oct 2016 - 13:16

Franchement, il y avait pire comme boulot. Bosser de nuit pouvait avoir des inconvénients, mais aussi un certain nombre d’avantages. Premièrement, il faisait assez frais pour ne pas crever de chaud comme les pauvres types qui perdaient la santé sur les chantiers navals et qui se bagarraient pour une gorgée de flotte. Y avait de quoi devenir dingue, à force, et c’était pas étonnant de voir que la plupart des types devenaient fous au bout d’un moment. Ils se ménageaient pas, histoire de gagner toujours plus, et puis un jour coup de bambou, on les retrouvait affalés sur le sol inconscients. Quand ils se réveillaient, ils n’étaient plus jamais les mêmes. Y en avait qui étaient assez malins pour dire que c’était l’œuvre de Melkor tout ça, et qu’il fallait faire attention à la malédiction. De belles conneries qui laissaient la plupart des gens indifférents, mais qui contribuaient à l’atmosphère locale. Un peu de superstition autour de beaucoup d’argent et encore plus d’entourloupes. Voilà quelque chose qui portait la signature d’Umbar, pour sûr.

Tout ça pour dire qu’il y avait du bon à bosser la nuit. Surtout que le job n’était pas particulièrement compliqué. Tous les soirs, se poster au même endroit, sous la fenêtre de la petite mignonne qui habitait là, et observer. On pouvait pas dire qu’on risquait la foulure, et si la paie n’était pas extraordinaire, elle faisait toujours plaisir à une bourse trop souvent vide. Le principal avantage, c’était l’absence de danger. De tous les boulots qu’on pouvait trouver la nuit à Umbar, assez peu étaient suffisamment sûrs pour attirer des prestataires aux capacités modestes. La nuit appartenait généralement aux assassins et aux voleurs, qui faisaient leur vie au détriment de celle des autres. Mais alors de la surveillance ? C’était rêvé. Inespéré. Louche, aussi. Comment voir autrement un job en or dans la Cité du Destin ? Il fallait être aveugle ou stupide pour ne pas sentir le coup fourré, et c’était la raison pour laquelle le relâchement était interdit. Ici, la moindre erreur se payait durement, et on n’avait pas toujours de deuxième chance.

Pourtant cette nuit, comme toutes les autres auparavant, rien d’extraordinaire ne se produisit. Pas de gardes venus patrouiller de manière intempestive pour gêner quelques minutes sa veille. Pas d’ivrognes qui se baladaient nonchalamment, l’air d’avoir passé leur dernière soirée en Terre du Milieu et d’avoir avalé plus d’alcool que durant toute leur vie. Juste la fille. Melkor savait à quoi elle s’affairait là-haut, mais elle se couchait tard en général, et elle ne recevait jamais de visite nocturne. Elle menait une vie bien étrange, et d’après les infos qui circulaient la petite Lucinia était prise à la gorge par ses créanciers. Les paris allaient bon train pour savoir dans combien de temps son affaire allait se casser la gueule. Le plus optimistes considéraient qu’elle en avait pour quelques mois tout au plus. Les autres comptaient les jours.

Finalement, elle prit la décision d’aller se coucher un peu plus tard que d’habitude. Elle avait traîné dans sa chambre, et son ombre projetée sur le mur d’en face avait bien indiquée qu’elle se trouvait là. Incroyable ce que les ombres pouvaient être parlantes. Ça allait sous le sens de dire que chacun avait une ombre unique, mais juste en regardant celle qui se baladait dans la chambre de la jeune femme, il était possible de dire qu’il s’agissait bien d’elle, et non d’une autre femme. De minuscules détails, des mouvements particuliers et inimitables… voilà quelques éléments que la majeure partie des gens ne voyait pas, et qui pourtant avaient leur importance. Mais bientôt, la silhouette gracile disparut dans les ténèbres absolues, lesquelles annonçaient la fin d’une trop longue journée de travail.

Se mouvant hors de sa cachette, l’individu qui se tenait caché soigneusement s’éloigna avec un empressement certain. Juste derrière, un jeune assassin lui emboîta pas en essayant de se faire discret. Réaliser une filature dans les rues d’Umbar, tortueuses pour ne pas dire chaotiques par moment, était déjà un défi en soi. Y parvenir sans réellement connaître la ville ajoutait à la complexité de l’entreprise s’il était besoin. Les deux silhouettes, cherchant à passer inaperçu, rasaient les murs avec la ferme intention de ne pas se trahir. Le jeune assassin avait, semblait-il, un avantage sur sa proie qui ignorait tout de sa présence. Mais le risque était grand, car qui pouvait dire que tout ceci n’était pas un piège ? Un traquenard tendu pour cueillir quiconque essaierait de suivre la personne qui observait Lucinia. La situation renversée, qu’adviendrait-il du jeune homme ? Allait-il être tué sans autre forme de procès pour faire passer à d’autres l’envie d’aider la marchande ? Allait-il être capturé et torturé de mille manières jusqu’à ce qu’il ne fût plus d’aucune utilité à ses geôliers ? Aucune des options n’était réjouissante, mais pouvait-il faire autre chose que de filer le train à cet être mystérieux ? Rentrer chez-lui maintenant aurait-il un sens ?

L’apprenti vit sa cible bifurquer soudainement sur la droite, et lorsqu’il arriva à l’embranchement lui-même et qu’il risqua un œil, il ne vit nulle trace de quiconque. Disparu. Volatilisé. Ou plutôt… oui, en tendant l’oreille, on pouvait percevoir des bruits de pas.

Il avait pris la fuite.

Pas dangereux qu’on lui avait dit ! La blague. Pendant que ses jambes filaient comme jamais et que ses poumons hurlaient pour avoir un peu de répit, son cerveau essayait tant bien que mal de mettre de l’ordre dans tout ceci. Repérer le type louche à sa suite devait tout à la chance, un pur coup de chance absolument improbable. Un reflet dans une vitre éclairée sous le bon angle, un mouvement furtif à peine perceptible alors que tout semblait calme au dehors. Dans la foulée, la panique avait pris le dessus, et avec elle le réflexe de fuir. Avec la mort aux trousses, réfléchir de manière posée devenait soudainement beaucoup plus coton. C’était comme essayer de ne pas fermer les yeux quand quelqu’un agitait quelque chose devant le nez par surprise. Il y avait des choses qu’on ne commandait pas, pour sûr. Ça n’en faisait pas pour autant des solutions durables.

Courir au hasard dans les ruelles d’Umbar, en regardant derrière soi aussi souvent qu’on regardait par terre, était une mauvaise idée. Tout un tas de choses traînaient dans les parages. Des bouteilles vides, des caisses éventrées inutiles, ou des alcooliques notoires qui dormaient à la belle étoile. Parfois, un peu tout ça en même temps. Il suffisait d’un pied qui s’accroche sur un type assoupi, et d’une roulade aussi bruyante que douloureuse sur les précieuses réserves de nectar de l’indigent, pour se retrouver dans une bien fâcheuse situation :

- La putain de sa grand-mère, mais t’as foutu le souk dans ma caisse de pinard, et… oh nom de Melkor le saligaud il m’a niqué ma bouteille spéciale ! C’est ça, espèce de raclure, t’as intérêt à courir ! Et remercie les Neuf que je sois trop saoul pour me lever, sinon je t’aurais jeté mon pied dans l’cul si fort que t’aurais senti mes orteils te chatouiller les amygdales !

La poésie d’Umbar avait ce petit quelque chose d’inimitable. Toujours était-il que les vociférations rageuses de l’ivrogne, poing levé, fournissaient de précieuses indications quant à la position de la proie. Et le « ta gueule ! » qui fusa d’une des fenêtres ainsi que la dispute qui s’en suivit ne firent rien pour arranger les choses. Cependant, ce qui était surtout fâcheux pour le « saligaud », c’était que sa chute l’avait fait retomber durement sur le flanc, et qu’il avait désormais une douleur lancinante à la hanche qui l’empêchait de courir convenablement. Le souffle rauque et la jambe traînante, il n’y avait d’autre solution que se cacher. Choisir une ruelle, aussi sombre que possible, et se tapir dans l’ombre d’une porte en espérant que le chasseur allait passer son chemin.

Il y eut bel et bien des bruits de pas, mais ceux-ci ralentirent bientôt pour finir par cesser complètement. Le prédateur était là. Sa respiration rapide se calma comme par enchantement, et il n’y eut plus qu’un grand silence pesant. Inquiétant. Comment venir à bout d’un tel adversaire ? Impossible de le semer, et de toute évidence ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne parvînt à débusquer le rongeur qui essayait de lui fausser compagnie depuis trop longtemps. Alors quoi ? Se battre ? Avec une simple dague ? Profiter de l’effet de surprise, sauter sur le type et compter sur la chance pour que la lame l’atteignît ? Cinquante-cinquante. Soit le type était un dur à cuire, auquel cas il aurait tôt fait de repousser la tentative, et d’exercer sa vengeance brutale. À l’inverse, si c’était un perdreau de l’année, alors ce serait réglé en moins de deux. Il fallait juste accepter d’avoir du sang sur les mains.

Les yeux fermés facilitèrent la prise de décision, et ils s’ouvrirent en même temps que la silhouette bondissait hors de sa cachette.

L’assassin aurait pu vivre cela comme une attaque, mais sa proie avait les mains levées et l’air terrifié. Le type, puisque c’était bien d’un homme qu’il s’agissait, parla avec précipitation :

- É…Écoute mon ami, c’est sûrement un malentendu ! Je m’appelle Laksim, je suis ouvrier au chantier naval, je… je veux pas d’ennuis moi. Je te jure que j’ai rien fait… je suis personne, juste Laksim ! Tu peux demander à tout le monde, je fais rien de mal.

Il marqua une pause et déglutit. Il ignorait si son plaidoyer avait été convaincant ou non. Mais ce qui était certain, c’était qu’il était toujours en vie et qu’il avait toujours la dague accrochée à sa ceinture. Dans le pire des cas…

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Dim 13 Nov 2016 - 23:56

HRPG:
 

Issam ne relâcha pas sa vigilance malgré le temps qui semblait s’être arrêté. Combien de temps était-il resté là à épier cette personne qui semblait avoir décidé de prendre racine ? Une heure ? Plus ? Moins ? Impossible à dire, mais ce n’était pas important. L’important était que cette personne représentait une inconnue dans cette équation qu’était la mission de l’assassin et ce n’était pas du tout de son goût. Ce genre de variable était un risque potentiel d’imprévus et d’échecs et ce n’était pas envisageable. Deuxièmement, il s’était engagé à aider Lucinia et se concentrer sur cette personne et ses intentions était un bon moyen de se rapprocher d’elle, endormir sa méfiance et finalement, parvenir à ses fins.

Issam était certes un Apprenti et avait peu d’expérience de son métier malgré les années. Il n’avait que très peu côtoyé la populace depuis son entrée à la Confrérie des Ombres, mais même un individu comme lui savait que la cause qu’il défendait était tout simplement injuste. Lucinia était une bonne personne, mais il n’avait pas le choix. Il avait des ordres, des objectifs et la confrérie avait accepté ce contrat. Il n’y avait donc pas de place pour les considérations morales. Cela dit, il regrettait ses années de formation où les choses étaient plus simples. On lui désignait une cible et il n’avait pas besoin de sympathiser avec elle donc pas besoin de chercher à savoir si elle méritait ou non le sort qu’on lui réservait. D’ailleurs, cela rendait les choses plus faciles. Pas de rapports humains, pas d’entrée en douceur, pas d’échange d’aucune sorte que ce soit. Juste l’approcher et la tuer. Du coup, cette mission qui se démarquait de ce qu’il avait pu faire durant son apprentissage était aussi intéressante qu’éprouvante. Mais il ne pouvait s’empêcher de ressentir un semblant de compassion pour Lucinia. Il entendait assez souvent cette petite voix qui l’incitait à reculer, à abandonner cette idée de nuire à une personne qui ne demandait rien d’autre que de vivre sa vie, faire fructifier son commerce, que cela marquerait son âme à jamais, l’entraînant petit à petit dans les ténèbres alors que le peu de principes qu’il avait s’estomperaient. Mais ces élans de prise de conscience n’étaient que de courte durée. Il se ressaisissait bien vite et se rappelait qui il était, ce qu’il était et pourquoi il était là à cet instant précis.

Finalement, alors que Lucinia éteignait ses bougies et que sa chambre était plongée dans l’obscurité la plus totale, l’individu qui l’observait se décida à quitter les lieux, d’un pas précipité. Issam, qui s’était débarrassé de ses considérations morales, suivit l’inconnu en prenant soin de conserver une certaine distance, pas trop près pour ne pas se faire repérer, ni trop loin pour ne pas le perdre. L’assassin en profitait pour examiner les mouvements de cet homme. Car oui, vu sa carrure et surtout sa démarche, le doute n’était plus permis. Il s’agissait bel et bien d’un homme, marchant d’un pas dynamique et assuré. Il n’avait pas une carrure impressionnante mais il n’était certes pas de ceux qui passaient leurs journées à tenir un étal ou assis derrière leurs bureaux. Non, celui là était un homme de terrain, en bonne condition physique. Cela dit, ça ne voulait pas dire qu’il était un combattant ni qu’il représentait un danger quelconque.

A cette heure-ci, il n’y avait pas grand monde, pour ne pas dire, personne et les rares passants que Issam croisait tournèrent vite la tête ailleurs lorsqu’ils l’aperçurent, avec son allure trahissant sa profession et le petit jeu auquel il était en train de s’adonner. Même les deux gardes qu’il croisa semblèrent se ficher éperdument de lui, comme si il était inexistant à leurs yeux. Apparemment, les habitants de cette ville ne devaient pas trop compter sur la milice locale en cas de problèmes. Pour le coup, c’était une bonne chose pour le jeune Ombre.

La filature se déroula donc fort bien, l’individu que Issam suivait continuant de marcher au même rythme, inconscient de la présence d’un assassin derrière lui. Pourtant, l’homme bifurqua très vite sur la droite, ce qui interpella l’assassin. Ce n’était pas normal. Que se passait-il ? L’inconnu semblait pourtant ne pas l’avoir repéré. Ou bien alors il avait feint l’ignorance jusque là et était à présent en train de l’attirer dans un piège. Le sang de Issam ne fit qu’un tour et il s’approcha hâtivement de l’embranchement, mais les sens au aguets, ses mains empoignant les garde de ses épées courtes encore dans leurs fourreaux. Lorsqu’il regarda furtivement dans la direction ou sa cible avait disparue, il ne vit personne. Bon sang ! Comment avait-il pu disparaître aussi vite. Le jeune Ombre pesta intérieurement, mais lorsqu’il entendit le bruit de pas pressants qui s’éloignaient, il se remit aussitôt en route, accélérant le pas cette fois-ci. Nul doute qu’il avait été repéré on ne sait comment alors il était devenu inutile de faire preuve de discrétion. Par contre, la prudence était de mise désormais, c’est pourquoi Issam dégaina ses deux lames et avança en courant, ses armes à la main, se repérant au bruits de pas qui commençaient à se faire légèrement entendre un peu plus, ce qui signifiait que l’assassin gagnait du terrain.

Soudain, il entendit un fracas de verre brisé accompagné d’une diatribe particulièrement injurieuse et ponctuée par un « ta gueule » que Issam entendit alors qu’il découvrit la raison de ce chaos. Un vieil ivrogne étendu sur le trottoir et levant les yeux pour fixer la personne qui lui avait si poliment exprimé son désir de retrouver le calme avant cet incident. A côté du saoulard, une caisse éventrée, du verre brisé et une mare de liquide dégoulinant le long des pavés de la ruelle.

Issam ne ralentit pas la cadence et fonça de plus belle pour rattraper l’individu dont la démarche désormais irrégulière et moins rapide se faisait entendre. Le bruit de pas finit par cesser alors que le jeune ombre continuait de courir. Du coup, il finit par s’arrêter à l’intersection qu’il aperçut quelques secondes plus tard, donnant sur une ruelle sombre. Soit l’individu était là, soit il avait trouvé une échappatoire lui permettant de semer son poursuivant.

La réponse ne se fit pas attendre bien longtemps. L’individu bondit de sa cachette, mains levées en signe de reddition. Par réflexe, Issam s’était mit en position défensive et s’était préparé à réagir, mais se ravisa lorsqu’il constata que l’individu ne désirait point s’en prendre à lui. Il se présenta comme étant un ouvrier du nom de Laksim, travaillant sur le chantier naval et ajouta qu’il ne faisait rien de mal, qu’il n’avait pas d’importance. Issam l’étudia des pieds à la tête avant de le fixer férocement dans les yeux. Il ne s’était pas trompé sur ce Laksim. Une telle carrure et surtout une telle condition physique ne pouvaient que signifier qu’il avait affaire à quelqu’un habitué aux activités physiques. En tout cas, il était clair que ce misérable ne pouvait pas être à l’initiative d’épier Lucinia. Il était trop lâche pour être l’instigateur d’une telle opération et surtout, n’avait aucun intérêt à s’en prendre à elle alors que son commerce battait de l’aile. Il n’était qu’un pion, un pion au service d’une de ces personnes qui en voulaient tant à son commerce, peut être même était-ce un des commanditaires de l’assassin qui était à l’œuvre.

Issam plaque la pointe d’une de ses épées sur le plexus de Laksim et poussa légèrement pour forcer le malheureux à reculer dans les ténèbres de la ruelle qu’il venait de quitter. Ainsi à l’abri des regards indiscrets, l’assassin serait tranquille.

- Si tu fais le moindre geste, tu es mort ! Si tu cries, tu es mort ! Si tu veux que ça finisse bien pour toi, tu vas coopérer !

Issam rangea l’épée dont il ne se servait pas dans son fourreau et s’approcha de Laksim, son autre lame toujours pointée sur lui, pour s’emparer de son poignard et le jeter plus au loin dans la ruelle. Il scruta régulièrement les alentours pour vérifier que personne n’allait venir secourir son prisonnier avant de s’adresser de nouveau à lui.

- Bien ! Avant toute chose, n’oublie pas que je n’hésiterai pas à te tuer. A présent, dis moi pourquoi tu espionne cette femme ? Qui t’emploie ? Et n’oublie pas que je n’hésiterai pas une seule seconde à te tuer si tu tentes quoique ce soit, si tu refuses de me répondre ou si tu me mens.

Issam s’était adressé à son interlocuteur d’un ton calme, sec et froid, dénué de toute émotion. Il le fixait avec une lueur toujours aussi féline dans le regard pour bien faire comprendre à Laksim qu’il était prêt à lui ôter la vie à tout moment. Tout dépendait donc de l’ouvrier. Issam ne s’attendait pas à en apprendre beaucoup. Si son commanditaire était rusé, il ne s’était sans doute pas directement fait connaître à lui et avait employé des intermédiaires, mais le peu d’informations que l’assassin pourrait récolter suffiraient à le faire avancer.
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Mar 22 Nov 2016 - 22:56

HRP : Pas de soucis Issam, c'est un peu compliqué aussi pour moi en ce moment de toute façon ! J'ai fait un peu plus court, pour aller plus vite et réussir à caler le RP entre tout ce que j'ai à faire. Bonne lecture !

_________


Le pauvre Laksim était bel et bien tombé sur plus fort que lui. Il avait rêvé de pouvoir s'en sortir de manière héroïque, au terme d'un combat aussi bref que déséquilibré. En sa faveur, bien entendu. Il se voyait déjà, gonfler les muscles et dispenser un crochet au menton au gosse qui le filait. Il se serait retrouvé étendu par terre avant d'avoir compris d'où lui venait son mal de crâne, et aurait craché quelques dents pour faire bonne mesure. Oui, c'était le scénario qu'il avait en tête au moment où il s'était dressé face à lui. Le scénario très improbable et très coloré auquel son cerveau inventif avait pensé. Hélas pour lui, les choses avaient dérapé bien plus vite qu'il aurait pu l'imaginer. De toute évidence l'homme qui le suivait, en dépit de son jeune âge, savait se servir d'une lame et n'en était pas à son coup d'essai. Il avait probablement déjà eu à se battre, et peut-être même qu'il avait déjà tué. En tout cas, le ton de sa voix en disait long au sujet de la confiance qu'il avait dans ses capacités. Une confiance que l'ouvrier n'avait pas, lui.

Alors, lorsque les menaces plurent sur sa tête, il se recroquevilla et fit amende honorable en levant les mains et en continuant à répondre machinalement :

- Je suis désolé, je suis désolé !

Et désolé, il l'était. Il était à la merci d'un tueur impitoyable qui pouvait le laisser pour mort dans cette ruelle sombre sans que personne ne pût venir à son secours. C'était une sensation très curieuse que de sentir sa vie être suspendue au bout d'un fil. Dans les yeux de son adversaire, Laksim voyait toute son existence défiler, et il savait que lorsqu'il n'aurait plus aucune utilité, celle-ci prendrait fin anonymement et douloureusement. A cette pensée, il sentit une bouffée d'angoisse le gagner comme un étau se refermant sur ses jambes, et remontant lentement, patiemment, jusqu'à son cœur aux battements affolés. Il s'efforça de maîtriser sa panique en inspirant profondément, mais le résultat fut mitigé. Ses genoux tremblaient, ses mains étaient moites, pourtant il faisait de son mieux pour ne pas craquer. Même à l'approche de ses derniers instants, il préférait ne pas perdre la face. Il faisait de son mieux pour retarder l'échéance, et cela commençait par dominer sa peur, et trouver un moyen de rester utile.

Rester utile pour rester en vie. Voilà ce qu'il se répétait en boucle, essayant de ne pas céder à l'envie irrépressible d'agir qui l'aurait poussé à tenter quelque chose d'insensé. Il humecta ses lèvres desséchés, et lâcha sur un ton qu'il aurait voulu plus viril :

- De toute façon vous allez me tuer, même si je vous réponds ! Assassin !

L'accusation était aussi bien un constat, et Laksim se rendit compte qu'en énonçant cela à haute voix il réduisait encore son champ d'action, déjà bien maigre. Il savait que son avenir prenait un chemin duquel personne ne revenait jamais, une route toute droite qui s'achevait sur une lame argentée et une rivière carmin. Cul-de-sac. S'il voulait éviter que son interlocuteur lui compliquât la vie avant qu'il arrivât au terminus, peut-être valait-il mieux coopérer, collaborer, et espérer que la fin viendrait vite.

- D'accord, d'accord, je vais parler ! Se plaignit-il en sentant soudainement une tension se relâcher sur ses épaules.

Après tout, pour ce qu'il savait, il pouvait bien le dire à cet homme mystérieux. Il n'avait aucun intérêt à souffrir pour garder des secrets dont tout le monde se fichait, et mentir n'aurait été d'aucune utilité. Il n'avait pas prêté serment à qui que ce soit, et il se fichait autant de ses employeurs qu'ils se fichaient de son sort, très certainement…

- Je ne sais pas grand-chose, commença-t-il. On ne m'a pas vraiment dit pourquoi je devais la surveiller. Je… c'est elle qui vous a envoyé ? Vous travaillez pour elle ?

Sa curiosité avait pris le dessus sur sa peur, et il se rendit compte que sa question pouvait être mal accueillie. Levant les mains immédiatement, pour demander pardon, il se remit à parler à toute vitesse :

- Pardon, pardon ! Je suis désolé ! Euh… Je… Voilà, on m'a demandé de la surveiller de la tombée de la nuit jusqu'à ce qu'elle aille dormir. Rien de plus. On me paie quotidiennement, une somme d'argent déposée toujours au même endroit. Je n'ai jamais rencontré personne…

Cette dernière phrase lui donna l'impression qu'il perdait en utilité tout à coup, et il s'empressa d'ajouter :

- M-Mais… Mais je peux vous montrer l'endroit, ça oui ! Vous pourrez même prendre l'argent si vous voulez ! J-Je n'en ai pas vraiment besoin, après tout.

Il eut un rire nerveux, mais devant la réaction glaciale de l'assassin, Laksim reprit :

- Venez avec moi, ce n'est pas très loin d'ici. Est-ce que ça vous va ?

Dans son ton, on sentait une pointe d'espoir. Celui de vivre encore un peu, voire même – il se permettait d'y songer – de survivre à cette mauvaise nuit tout simplement. Il était peut-être le seul lien entre Lucinia et ceux qui lui voulaient du mal, et il se rendait compte de plus en plus que sa position privilégiée lui donnait un levier qu'il pouvait actionner. Parviendrait-il pour autant à convaincre l'assassin qu'il valait mieux le conserver en vie ?

Pas certain…

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Issam Ibn Djamal
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Dim 18 Déc 2016 - 1:02

Issam fixait l’ouvrier en fronçant les sourcils, donnant à son regard une intensité féroce. Ajouté à cela la majeure partie de son visage dissimulée, cela lui donnait un air vraiment intimidant, pour un faible d’esprit en tout cas. Cela semblait fonctionner sur l’ouvrier qui réagissait de manière incohérente et presque imprévisible. Il commençait d’abord à se confondre en excuses, cherchant sans doute à éveiller en l’Assassin une once de compassion, pour ensuite devenir un peu plus virulent et fataliste, acceptant partiellement son sort.

- Ton sort ne dépendra que de toi ! Répliqua Issam en exerçant une légère pression sur le thorax de son interlocuteur pour l’inciter à parler au plus vite, en prenant soin de ne pas le blesser. Une pression bien dosée, virile, mais non létale.

Cela sembla convaincre l’homme de se calmer et devenir plus coopératif et il se mit aussitôt à table.

Les premières infos ne furent guère très instructives. Cet imbécile ne savait quasiment rien. On lui avait juste demandé de faire une tâche très simple : Surveiller Lucinia, sans lui dire pourquoi. C’était très judicieux. Moins il en savait, moins il pourrait en dire et cela se vérifiait actuellement.

Lorsque l’ouvrier s’offrit le luxe d’interroger Issam, ce dernier exerça une nouvelle pression de la pointe de son arme, une pression identique à la précédente, sans ajouter un mot, mais suffisamment compréhensible pour que le message passe : Ici, c’est lui qui posait les questions, pas l’inverse.

La suite ne fut guère plus instructive, à part que l’appât du gain lui avait fait accepter cette besogne simple, non fatigante et sans risque apparent, sans chercher à comprendre le pourquoi du comment. Ah, l’argent facile, qui n’en aurait pas rêvé au moins une fois dans sa vie ? Il faudrait être fou ou à l’abri du besoin financier pour refuser une telle proposition. Si Issam n’avait pas été mandaté pour remplir un objectif précis concernant Lucinia, tout se serait bien passé pour le pauvre bougre et à l’heure actuelle, il rentrerait tranquillement chez lui avec la satisfaction de voir sa réserve d’or légèrement mieux garnie que la veille, moins bien que le lendemain. Mais la situation avait prit un virage inattendu pour lui. Etait-il naïf au point de croire que le risque zéro n’existait pas ? N’avait-il donc pas envisagé le fait que si ses employeurs avaient fait appel à lui, un anonyme étranger à leurs affaires, c’est qu’il y avait une raison bien précise derrière et non dénuée de possibilité de mal tourner ? Son manque de clairvoyance était sur le point de lui coûter le prix fort… A moins que Issam n’en décide autrement.

L’ouvrier proposa à son tortionnaire de le mener à l’endroit précis où on lui déposait sa récompense quotidienne. Si cela pouvait permettre à Issam de se tenir embusqué prochainement, pour attendre la personne qui livrait l’or et ensuite la suivre, l’idée était bonne. De toute façon, c’était la seule voie possible pour remonter à la source de cette affaire dans la mesure où son interlocuteur n’avait plus rien à lui apprendre d’autre.

- Tu vas faire ce que tu fais tous les soirs depuis que tu as accepté cette affaire, c'est-à-dire, récupérer ton or et rentrer chez toi, comme si tout s’était bien passé. Reste naturel, détendu, sois comme tu es d’habitude et surtout… ne tente rien de stupide car tu n’auras pas le temps de regretter ton geste, si tu vois ce que je veux dire. Et sache que je te surveille jusqu’à que tu sois rentré chez toi alors si par la suite tu tentes quoi que ce soit, je saurai te retrouver. Maintenant, va et si tu es encore sollicité pour surveiller la fille, fais le ! Continue de faire ce qu’on te demande comme si de rien n’était. Va récupérer ta dague et range la bien à l’abri dans son étui et pars, je te suis à distance, tu ne me verras pas mais n’oublie pas que je suis là.

Sur ce, Issam relâcha son emprise sur sa victime lorsqu’il dégagea la pointe de son arme de son plexus avant de l’empoigner par la manche et le faire pivoter sans ménagement vers le fond de la ruelle pour le pousser de la main afin qu’il aille récupérer son arme.

- Allez ! Et ne te retourne pas !

Sur ce, Issam, qui n’était plus dans le champ de vision de l’ouvrier, recula sans faire de bruit, rangea son arme et entreprit d’escalader discrètement la paroi du bâtiment marquant l’extrémité de la ruelle. Le plan était simple : Suivre l’ouvrier depuis les toits, sans se faire remarquer. Rien ne garantissait que l’homme ne serait pas surveillé quand il récupérerait son or et rentrerait chez lui, c’est pourquoi il valait mieux qu’il ne soit pas vu accompagné d’un inconnu bien armé et à l’allure louche.

Du haut du toit, Issam observa l’ouvrier qui quitta la ruelle après avoir récupéré sa dague et marchait dans la rue principale, continuant sa route pour se rendre à l’endroit où l’attendait sa récompense. Bien sur, un fin observateur remarquerait à coup sur une certaine nervosité difficilement maîtrisée de la part du pauvre bougre qui n’avait finalement obtenu aucune garantie que l’assassin allait respecter sa parole et le laisser en vie.

Issam fila sa cible discrètement depuis les toits, s’assurant d’avoir une bonne vue sur l’ouvrier afin de ne pas le perdre. Pour le moment, ça se passait bien. Il ne restait qu’à espérer que cela dure.
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Si la Mort a Mordu   Jeu 29 Déc 2016 - 19:19

Laksim n'avait pas toujours été un homme très chanceux. Il avait suivi les traces de son père, travaillant sur les chantiers navals d'Al Noor, et il lui semblait avoir toujours connu la vie de misère et de dur labeur. Il avait cru bon de s'éloigner de chez lui pour vivre sa vie, et espérer un avenir meilleur. Son départ pour Umbar avait été à la fois un déchirement et un soulagement, et il avait passé ses premières années dans la Cité du Destin à essayer de démarrer une petite affaire, quelque chose qui pourrait lui assurer la fortune. Ses désillusions répétées l'avaient conduit à retourner à ce qu'il savait faire : l'entretien et la construction de navires. Ses mains marquées témoignaient silencieusement de toutes les épreuves qu'il avait pu vivre. Travailleur à défaut d'être très malin, ambitieux à défaut d'être très prudent, il s'était retrouvé embarqué dans cette situation sans le voir venir, et désormais il regrettait d'avoir eu de telles aspirations. A quoi pouvait bien servir l'or, quand on avait perdu la vie ?

Toutefois, le jeune assassin ne semblait pas décider à le tuer tout de suite, et Laksim comprit qu'il avait gagné un petit sursis. A dire vrai, il n'y croyait pas lui-même. Non seulement il pouvait repartir chez lui, mais en plus il était autorisé à prendre son gain quotidien avec lui, comme si de rien n'était ! Décidément, il ne comprenait plus rien. Bien résolu à ne pas poser trop de questions, il écouta les consignes de l'homme dont il était à la merci avec grande attention. Agir naturellement, ne pas montrer de signes de nervosité, et ne pas oublier qu'il serait observé et suivi. Voilà qui était dans ses cordes. Il déglutit, et hocha la tête vivement pour faire signe qu'il avait bien compris ce que l'on attendait de lui, et qu'il était prêt. Quand il sentit la poussée dans le dos, il ne se fit pas prier, et il s'éloigna d'un pas rapide.

Laksim, conformément à ce qui lui avait été demandé, ne se retourna pas et prit la direction de l'auberge où se retrouvaient les travailleurs du chantier naval. Marchant d'un pas pressé, il ne put s'empêcher de montrer un brin d'anxiété chaque fois qu'il entendait un bruit étrange provenant d'une des ruelles adjacentes. A aucun moment il ne songea à observer les toits où, derrière lui, se glissait une ombre aussi silencieuse que rapide. Pourtant, il sentait la menace peser sur ses épaules, et il ne se sentit en sécurité que lorsque la musique qui provenait de l'établissement très fréquenté parvint jusqu'à ses oreilles.

- Laksim, entre vieille canaille ! Tu as l'air d'avoir besoin d'un remontant !

Il ne répondit pas, et s'engouffra à l'intérieur sans prêter attention aux vapeurs d'alcool et aux senteurs exotiques que l'on pouvait percevoir ici. L'assassin qui le filait au train ne pouvait pas vraiment le suivre et le localiser dans un endroit pareil, où il pouvait rencontrer n'importe qui, mais ce n'était pas vraiment pour lui tendre un piège que l'ouvrier s'était rendu là. Non. Il cherchait surtout un endroit où se détendre, et où prendre un verre. Voire plusieurs.

Il fit un signe éloquent au tenancier qui lui servit une bonne rasade de rhum local, lequel finit dans le fond du gosier trop sec de l'ouvrier. Il en avala encore deux autres avant de cligner des yeux et de se rendre compte qu'il était tard, et qu'il n'était peut-être pas sage de prendre une cuite la veille d'une nouvelle journée de labeur. Puis il se souvint de sa soirée catastrophique, et se dit que c'était sans doute sa dernière journée à vivre. Autant la fêter dignement :

- Un autre ! Cria-t-il en sentant déjà les effets de l'alcool dans son organisme fatigué.

Il se retourna en entendant une bande de joyeux lurons débarquer dans l'auberge. Des marins qui, de toute évidence, avaient de l'or à dépenser. Quelques jolies filles à leur bras en disaient long sur la nuit que certains d'entre eux allaient passer dans l'établissement. Les autres, plus raisonnables ou pas assez fortunés pour se payer des prostituées acceptables, se serraient les coudes en commandant quelques chopes au tavernier, tout ravi de voir arriver une bande de matelots à la soif inextinguible. Laksim leva son verre pour porter un toast silencieux à quiconque se préoccupait de lui. Deux marins lui répondirent avec un franc sourire, et avalèrent leur bière d'une traite, comme si c'était de l'eau. Un grand éclat de rire jaillit d'entre leurs lèvres, et ils se mirent à plaisanter au sujet de leur dernière sortie en mer, sujet qui laissa Laksim totalement indifférent. Son regard se perdit dans la flamme d'une bougie solitaire qui dansait devant ses yeux, tandis que les brumes alcoolisées s'emparaient peu à peu de son esprit. Cette soirée animée fut engloutie dans un torrent de musique et un concert de couleurs douloureuses qui emplirent son cœur de vide.


~ ~ ~ ~




Il n'était pas particulièrement tôt, et les rues d'Umbar étaient déjà animées. Comme toujours. La cité s'éveillait de ses soirées endiablées, souffrant encore des échos de nuits débridées où hommes et femmes se laissaient aller à la déraison la plus absolue. Du plus grand gouverneur au plus humble des matelots, tous s'amusaient de la même façon, faisant d'Umbar la capitale de la dépravation, la terre des ivrognes et le royaume des dévergondés de tous horizons. Puis venaient les honnêtes travailleurs, qui généralement ne possédaient aucune de ces deux qualités. Ils quittaient leur nid nocturne et les bras chaleureux de leur compagne d'un soir : une femme dont ils ne connaissaient pas le nom, une bouteille dont ils ne se souvenaient plus l'origine, ou une solitude dont ils ne ne voyaient pas la fin. Affairés à leurs activités, ils se massaient dans les rues en poussant des coudes pour se frayer un chemin parmi la foule compacte rassemblée là. Retrouver quelqu'un dans cet enfer urbain tenait pour ainsi dire du miracle, tant il était possible de s'égarer dans le dédale de ruelles tortueuses.

Pourtant, le miracle se produisit bien ce matin-là.

Alors que le jeune assassin poursuivait son observation de l'auberge où s'était réfugié Laksim, il entendit une voix l'appeler par son prénom… tout du moins le prénom qu'il avait emprunté quand il était arrivé à Umbar.

- Tarik ! Appela-t-on de nouveau, le forçant à détourner les yeux du spectacle qui se jouait sous ses yeux.

Lucinia, apparemment affolée, accourait vers lui après l'avoir aperçu de loin. Elle avait l'air de lutter physiquement contre les badauds qui se pressaient et se hissaient sur la pointe des pieds pour observer l'auberge. Elle finit par traverser le mur de chair, et sans la moindre retenue elle se jeta au cou de Tarik, le serrant fort contre elle sans pouvoir calmer ses tremblements. Cette étreinte aussi folle qu'imprévue lui fit un bien fou. Son cœur pressé contre le torse puissant du jeune homme battait la chamade, et elle avait le souffle court, à tel point qu'il lui fallut de longues secondes pour aligner deux mots :

- Tarik, vous n'avez rien, Melkor soit loué !

Elle recula un peu pour l'observer, incapable de s'empêcher de poser sa main sur sa joue pour vérifier que son visage ne portait pas les stigmates d'une agression. Constater par elle-même qu'il était indemne apaisa immédiatement ses craintes, et elle laissa ses mains s'éloigner à contrecœur. Et puis soudainement, elle se mit à rougir en se rendant compte de quel avait été son comportement. Elle s'était laissée emporter comme une petite fille, et les regards surpris qui glissaient sur elle de la part de certains curieux lui paraissaient soudainement plus inquisiteurs qu'auparavant. Elle était attendrissante quand la peau légèrement hâlée de ses joues prenait cette teinte délicatement rosée. Baissant la tête un instant pour cacher son trouble, joignant ses mains nerveusement, elle ajouta :

- J'ai entendu qu'un homme avait été retrouvé mort ici cette nuit, je suis venue aussi vite que j'ai pu ! J'ai cru… J'ai cru…

Son menton se mit à trembler légèrement, comme si elle était au bord du sanglot. La vérité était simple : elle avait cru qu'il s'agissait de Tarik, et elle avait craint d'avoir envoyé une bonne âme à la mort. Elle avait trouvé quelqu'un qui, dans cette ville, faisait preuve de bienveillance avec elle, et elle n'aurait pas supporté d'être responsable de son décès tragique. La perspective de le retrouvé avec une dague plantée dans le ventre lui avait donné envie de vomir, et elle avait accouru sans prendre le temps de penser à autre chose. Heureusement, il était là, devant elle. Et il était vivant. Avec une force de caractère surprenante, elle domina les émotions qui menaçaient de la submerger, et ajouta avec un sourire de soulagement certain :

- Vous allez bien, c'est l'essentiel.

Elle tourna la tête vers l'auberge, autour de laquelle des gardes de la ville s'étaient déployés pour assurer un cordon de sécurité autour de l'établissement. Le patron, tout penaud, répondait aux questions d'un officier visiblement pas très concerné par l'enquête. Il faisait cet interrogatoire pour la forme, mais tout le monde savait que le coupable ne serait pas retrouvé s'il n'avait pas laissé des traces tellement évidentes que même des hommes corrompus ne pouvaient pas fermer les yeux dessus. L'âme infortunée qui avait trouvé la mort dans cette auberge était, d'après ce que racontaient les témoins qui avaient découvert son corps, un ouvrier qui avait débarqué la veille au soir, et qui avait bu jusqu'à s'en rendre malade. Il avait été transporté dans la chambre qu'il avait louée par quelqu'un – mais personne ne se souvenait qui – et c'était la dernière fois qu'on l'avait vu en vie. Pour beaucoup, il ne s'agissait que d'un anonyme que l'on avait étranglé dans son sommeil pour lui voler les restes de sa bourse. Pour l'assassin, il était bien plus que ça : sa seule piste, qui s'évanouissait sans laisser de traces.

- Vous savez qui est la victime ? Demanda Lucinia distraitement, en observant les allées et venues de soldats malheureux qui seraient chargés de déplacer le cadavre.

Elle n'aurait pas voulu être à leur place. Elle avait un respect profond pour les morts, et elle n'aurait pas su quoi faire ou quoi dire pour ne pas importuner l'âme du malheureux qui avait perdu la vie. Le pauvre, étranglé, avait dû se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Ou bien il avait contrarié la mauvaise personne… Elle en était là de ses réflexions, adressant quelques pensées silencieuses à Melkor pour qu'il se montrât clément avec l'esprit du défunt quand celui-ci passerait dans l'après-vie, quand quelque chose la frappa tout à coup… Une simple question, apparemment innocente, mais qui venait de surgir au premier plan. Que faisait Tarik ici, précisément ? Pourquoi était-il en train d'observer tout ce remue-ménage ? Avait-il un lien, de près ou de loin, avec ce qu'il s'était produit ici ? Elle écarquilla les yeux, et plongea son regard effaré dans celui de l'homme, cherchant à y déceler la vérité. Elle l'avait engagé car elle avait vu en lui quelqu'un de bon et de capable, mais elle n'avait pas soupçonné que derrière son visage impassible pouvait se cacher l'esprit d'un tueur. Elle ne put réprimer un mouvement de recul involontaire, et elle s'entendit demander :

- Est-ce que vous êtes… ?

Elle ne prononça jamais ces mots qui auraient probablement scellé son destin à elle aussi. Au lieu de quoi, elle se contenta d'agiter les mains pour chasser tout ceci de son esprit :

- Non, non, ne répondez pas. Je ne veux pas savoir. Je préfère ne rien savoir.

Sa réaction ingénue était étrange. Elle n'avait pas souhaité la mort de l'homme qui l'espionnait quotidiennement, mais si c'était bien lui qui était étendu dans cette auberge, alors cela réglait son souci de manière définitive. Elle ne pouvait nier que cela la rassérénait considérablement, et pourtant elle éprouvait un malaise indéfinissable. Si elle avait su que Tarik n'était pas l'auteur du crime autour duquel tout le monde se rassemblait, aurait-elle réagi de la même manière ? Était-il nécessaire pour l'intéressé de démentir ou au contraire d'entretenir le mystère ?

Jusqu'à quel point était-il bon de révéler la vérité à une personne que l'on entourait d'une aura de mensonge ?

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