Tombent les murs, demeurent les fondations

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Sam 7 Juil 2018 - 11:15

A la lueur de la torche que brandissait Findor, les ombres semblaient se dissiper, battant en retraite devant le faisceau lumineux qui les balayait sans la moindre difficulté. Si seulement il avait été aussi simple de faire disparaître la noirceur des cœurs des Eldar qui les menaient… Luin ne s'était jamais considérée comme une Elfe particulièrement honorable, mais en dépit de sa basse extraction elle conservait une forme de noblesse toute elfique qui contrastait sévèrement avec l'attitude méfiante et franchement hostile des Premiers Nés qui gardaient la cité d'Ost-in-Edhil. Mystérieux, agressifs, manquant de contrôle… ils ressemblaient davantage à des Edain déguisés qu'à de nobles représentants d'un peuple reconnu partout en Terre du Milieu comme sage et tempéré. Il y avait de la colère et de la peur chez eux… Des sentiments qui par le passé, chez les Elfes, avaient été source de grands malheurs. Mais ce n'était pas tout. Il y avait autre chose. Luin n'arrivait pas à mettre le doigt dessus…

- Nous allons devoir vous bander les yeux, fit soudainement Findor en interrompant le flot de ses pensées.

La guerrière tourna la tête vers ses compagnons de route. Isilo et Tatië s'efforçaient de garder courage, mais il était certain qu'ils n'étaient pas à l'aise dans cette situation. Retenus prisonniers, entravés, aveuglés désormais, ils se voyaient dépossédés de tous leurs repères. Ils étaient totalement à la merci de leurs geôliers, et sans doute que pour des érudits comme eux, c'était une position fort nouvelle. Avaient-ils jamais connu les affres de l'attente anxieuse ? L'incertitude absolue avant le moment fatidique ? Seraient-ils capables, le moment venu, de rassembler leurs dernières forces pour défendre leur vie ? Luin n'en avait aucune idée, mais elle était leur protectrice, et elle n'hésiterait pas à accomplir le sacrifice ultime si l'occasion lui en était donnée. Les deux nobles Elfes qui l'accompagnaient le méritaient. Ce n'était pas le cas du Semi-Homme, vis-à-vis duquel elle entretenait une méfiance prononcée. Elle n'aimait pas l'idée de l'avoir auprès d'elle, car elle avait l'impression qu'il risquait de représenter un obstacle au plan qu'elle pouvait éventuellement envisager pour quitter cet endroit en vie. Le regard qu'elle lui lança ne laissait aucune place à l'interprétation. Elle n'aurait aucun scrupule à l'abandonner si cela pouvait lui permettre de sauver Isilo et Tatië.

Puis soudainement, le monde se déroba devant ses yeux, alors qu'on nouait une bande de tissu à l'arrière de sa tête.

Et ils reprirent leur marche.


~ ~ ~ ~


Qui aurait pu compter combien de temps s'était écoulé avant qu'ils parvinssent à destination ? Des heures, sans doute. Ils avaient déambulé dans un espace clos et frais, qui renvoyait l'écho de leur pas autour d'eux comme une mélodie étouffée. Les Elfes n'étaient pas particulièrement bruyants, mais dans un tel silence, même leur respiration à peine audible semblait perturber la quiétude des lieux. Le Hobbit, quant à lui, s'illustrait par sa maladresse : il se prenait les pieds dans le moindre obstacle, et il trébucha à de nombreuses reprises, relevé sans ménagement par les Eldar qui se moquaient de ses malheurs. Rien ne serait épargné au Semi-Homme.

Il fallut un moment aux quatre prisonniers pour comprendre qu'on les faisait tourner en rond afin de les perdre délibérément. Luin avait eu le réflexe d'essayer de mémoriser le trajet, les différents tours et détours qu'on leur faisait prendre, mais elle se rendit bientôt compte qu'il était impossible de mémoriser toutes leurs bifurcations. Elle finit par abandonner, préférant se concentrer sur d'autres détails, comme les échos qu'elle pouvait percevoir. Quelques murmures, qui pouvaient aussi bien venir de son imagination, ou de personnes qui commentaient leur passage. Y avait-il d'autres Elfes à l'intérieur de la cité d'Ost-in-Edhil ? C'était plus que probable. Combien ? Elle n'aurait su le dire, mais s'ils étaient assez nombreux pour se permettre de détacher une dizaine de sentinelles à l'extérieur, cela n'augurait rien de bon. Finalement, après ce qui leur parut un temps fort long – même au regard de leur vie éternelle – on leur demanda de s'immobiliser. Ils furent mis à genou sans ménagement, et on leur rendit la vue pour qu'ils puissent poser les yeux sur un spectacle auquel ils ne s'attendaient certainement pas.

Devant leurs yeux, au centre d'une vaste salle, se dressait une sorte d'autel gigantesque qui les dominait de toute sa taille. Il se trouvait au sommet d'un petit escalier, point central d'une pièce qui elle-même ressemblait à un théâtre. Sur les bancs de pierre usés par le temps, où s'étaient peut-être assis des générations d'Elfes désormais installés à Valinor, les observaient des yeux curieux et sévères. Des Eldar, à n'en pas douter. Plusieurs dizaines, sans qu'ils fussent suffisamment nombreux pour occuper tout l'espace. Ils avaient l'air perdus au milieu des ombres que dissipaient difficilement les torches accrochées aux murs, et ressemblaient davantage à des statues inquiétantes figées par une main artiste qu'aux spectateurs rieurs qui avaient foulé ces lieux avant eux. Luin ne put s'empêcher de noter que tous affichaient le même air grave et austère, teinté il était vrai d'une pointe d'étonnement de voir ces prisonniers amenés ici, dans ce qui semblait être leur sanctuaire. La guerrière revint à cet autel, en constatant que quelqu'un se trouvait juste derrière, et venait de faire son apparition. Descendant les marches avec lenteur, un Elfe majestueux et vénérable les contemplait. Son regard allait successivement des quatre silhouettes agenouillées à celles des Eldar qui les retenaient captifs. Il n'eut pas besoin de prononcer un mot pour que sa colère se fit ressentir, comme une vibration profonde dans les entrailles de la terre.

Findor s'avança légèrement, et lança à haute voix, à l'attention de toute l'assistance :

- Père, vois qui nous avons capturé aujourd'hui !

Callon serra les poings, de toute évidence contrarié d'être dépossédé de son succès. Il préféra toutefois garder le silence, et laisser Findor parler. Peut-être parce qu'il attendait de voir comment la situation allait évoluer avant de se positionner vis-à-vis du sort des prisonniers. Tous les présents se focalisèrent sur ce « père », qui s'arrêta au milieu des marches. Ses yeux n'exprimaient aucune compassion, et il souffla d'une voix grave et belle :

- De nouveaux voleurs… Tue-les sur-le-champ.

Sur ces mots, il se retourna comme s'il en avait fini avec cette affaire. Findor, désarçonné, ne se démonta pas et fit un nouveau pas en avant, reprenant d'une voix plus forte :

- Père ! Je vous en prie, attendez ! Ces Eldar peuvent nous être utiles. Ce sont des mages d'Imladris, des érudits… Nous ne pouvons pas simplement les tuer. Ils savent peut-être des choses…

- Des mages…

Il parut réfléchir un instant, comme si ce détail l'intriguait. Avec lenteur, il posa les yeux sur Isilo, puis sur Tatië. Il semblait voir en eux les « érudits » dont lui parlait son fils. Des individus de pouvoir, qui dégageaient une certaine aura. Il le sentait, et il paraissait reconnaître leur valeur potentielle. Restait à savoir ce que pouvaient apporter les deux sages à cette communauté cachée aux mœurs si étranges. Son regard glissa bientôt vers celui de Luin et du Perian, se faisant tout à coup moins compatissant. Il voyait en eux des nuisances, quantités négligeables qui pouvaient être sacrifiées au moment opportun. Sacrifiées pour la cause. Ce regard inquiétant n'était pas pour plaire à Luin, mais elle jugea qu'il n'était pas prudent de tenir tête à cet homme. Si Callon et Findor le craignaient, il était préférable de garder le silence et de le laisser parler. Il semblait avoir tout pouvoir ici, et son autorité incontestable ne semblait pas être remise en cause par quiconque. Leurs vies étaient suspendues à son bon vouloir. Revenant un instant aux deux nobles Elfes qui se tenaient toujours à genoux devant lui, il lança sur un ton un peu moins cassant :

- Depuis près de quatre mille ans que nous veillons sur Ost-in-Edhil, nous n'avons jamais laissé d'étranges pénétrer ces lieux, et repartir avec les secrets de notre peuple. Votre présence ici est une transgression sacrée, mais mon fils Findor semble penser que vous pouvez nous être utiles. Ai-je besoin de tuer vos compagnons pour vous convaincre de vous joindre à nous, ou serez-vous assez sages pour nous offrir vos services librement ?

A ces mots, des lames jaillies de nulle part vinrent se poser sur les nuques de Luin et du Hobbit. Quantités négligeables. La guerrière jeta un regard en coin à Isilo, dans lequel on ne lisait aucune crainte. Elle lui intimait implicitement de faire ce qu'il croyait juste, et de prendre sa décision en son âme et conscience, sans se soucier d'elle. Si son chemin devait s'arrêter ici, elle était prête à affronter une éternité à Valinor. Même si cela signifiait être privée à tout jamais d'Imladris, sa cité. L'Elfe vénérable eut un sourire indéchiffrable devant la réaction de ses prisonniers, avant de souffler :

- Commencez donc par me dire vos noms, étrangers… et ce que vous cherchez réellement à Ost-in-Edhil. Si nous devons vous épargner, je crois que vous nous devez une réponse franche.

Derrière Isilo, les Elfes qui les avaient capturés parurent tout à coup mal à l'aise. Leur réaction à la mention de la Pierre de Guérison avait été éloquente. Mais qu'en serait-il de leur « père », qui semblait à la fois plus mesuré et plus impitoyable dans ses réactions ?

Un bref silence s'installa, seulement rompu par la respiration rapide du Hobbit.

Les gardiens de la cité perdue attendaient.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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