[Tales] Zâra Kuduk

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
Espion de l'Arbre Blanc
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~ GRIMOIRE ~
- -: Humain
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Mar 23 Aoû 2016 - 12:33
L'Ancien était fatigué. Comme du beurre qu'on a gratté sur une trop grande tartine. Il était las et fourbu de sa dernière marche. Il avait fait un aller-retour jusque dans son jardin et ce court trajet l'avait essoufflé. Il n'était pas au bout du rouleau. Ça, non ! Mais ces dernières années il avait vu son tour de taille étirer les boutons de sa chemise. Il s'était encroûté en quelque sorte. L'Ancien. Il n'était pas le plus vieux de Hobbitebourg. Mais celui dont la mémoire remontait le plus loin. Il se souvenait du vieux Mallorn qui avait failli mourir, des attaques de bandits sur la Comté, de l'annexion de leur bout de pays par les hommes de Bree et, plus récemment, des grands loups venus du Nord qui avaient semé une grande terreur dans le coeur de ces chers bons Hobbits. Et, s'il ne l'avait pas vécu, il se souvenait également de la tragique Année Blanche où une tempête avait détruit toutes les récoltes. Tandis qu'il pensait à de vieux souvenirs, il tira une bouffée sur sa vieille pipe en bois. Même l'herbe à pipe avait disparu des marchés cette année-là. C'était dire comme l'Année Blanche avait marqué les esprits.

Mais depuis un an les choses étaient redevenues calmes. Les loups avaient été repoussés. Les grandes gens venaient moins souvent les importuner. Et la Comté semblait retrouver sa quiétude d'antan. Il y avait bien eu une affaire d'épidémie, ou d'accidents, on ne savait pas, dans le Quartier Sud. Mais les morts improbable s'étaient raréfiées et le dernier accident était le fait d'une roulotte mal attachée derrière un poney. Le pauvre Ham avait eu la jambe cassée. Rien de plus. Fort heureusement ! Quelques longues jambes traînaient encore ici et là mais la plupart étaient de ceux qui rachetaient les feuilles de Longoulet ou de Vieux Toby. On entendait toujours des rumeurs à propos de créatures monstrueuses, d'arbres vivants ou de nains et d'elfes qui traversaient le pays. Mais c'était sans doute plus l'envie de parler que de vraies histoires qui fondaient ces ragots. Les hobbits, même s'ils n'aimaient guère l'aventure, avaient un goût prononcé pour les contes familiaux, et tous voulaient un peu laisser leur trace dans les mémoires de leurs enfants. Quoi de mieux alors que de raconter qu'on avait vu, ou entendu, ou qu'on avait cru voir ou entendre, un loup blanc aux frontières nord ou encore un troll endormi aux franges occidentales de la Comté.

Les préoccupations actuelles étaient d'une autre nature. Hobbitebourg voyait la fin du mandat de son maire. Popi Sacalice. Un drôle de bonhomme. Mais avec assez de poigne pour venir à bout de n'importe quel problème. Il serait certainement réélu. Du moins l'Ancien l'espérait-il. C'est que Bree et la Comté avaient connu quelques difficultés ces dernières années. Et qui n'avaient pas grand chose à voir avec les étrangers. Il y avait eu une attaque, ou quelque chose qui s'en rapprochait, sur le village de Bree. L'Ancien ne s'était jamais aventuré aussi loin pour s'en assurer lui-même. Mais il y avait eu de grands dégâts. Cela, il s'en souvenait bien. Puis un afflux important d'hommes et de hobbits venus d'au-delà de la Vieille Forêt. C'est à ce moment là que les problèmes étaient apparus. Que le village de Bree soit détruit était une chose. Une chose qui avait fait frémir les Hobbits de la Comté. Mais tant que Lézeau, Châteaubrande, Hobbitebourg, Bourg-de-Touc ou Castelbois n'étaient pas détruits, ce n'était qu'une occasion de plus de susciter l'intérêt des curieux dans une bonne taverne. Mais quand les réfugiés avaient franchi le pont du Brandevin... Quand les réfugiés avaient franchi le Pont du Brandevin, toute la Comté avait été mise sans dessus-dessous. Certains parlaient d'une invasion, d'autres d'un cataclysme, sans savoir ce que pouvait être réellement un cataclysme, d'autres encore d'une guerre ou d'une nouvelle tentative d'annexion. Il n'en était rien, en vérité. Il ne s'agissait là que de pauvres hères sans le sou qui avaient tout perdu. Devant le flot continu de malheureux, les Hobbits n'avaient pas pu faire grand chose. Les habitants de Bree s'étaient installés là où il y avait de la place : dans les prés, les champs, à l'ombre d'un arbre, mais jamais bien loin d'un hameau ou d'un village. Si bien que Bourg-Neuf et Creux-de-Crique ressemblaient d'avantage à de vastes champs de foire permanents qu'aux tranquilles et reposants petits villages qu'ils étaient.

Et Popi Sacalice avait résolu le problème. Les choses n'étaient pas allées de soi. Il y avait eu quelques bagarres, quelques châtaignes, quelques pains ... mais les prunes et les amandes avaient remis tout le monde d'accord. La discorde avait doucement cédé la place à une coopération forcée, puis à une entraide froide, puis à des échanges cordiaux et enfin à une amitié franche et joyeuse. Il avait fallu bien des années pour parvenir à un tel résultat. Sept ans en vérité. Mais le fait était que Popi Sacalice avait permis à la Comté de retrouver la paix. Les hommes de Bree avaient aidé aux labours, aux semis, aux récoltes. Les plus prétentieux racontaient que l'accroissement de la production de tabac avait permis d'en exporter jusqu'au Gondor. Mais l'Ancien ne croyait pas à ces sornettes. Qui aurait pu vouloir acheter de l'herbe à pipe si loin au nord ? La Comté avait retrouvé un équilibre et même un excédent budgétaire qui avait permis d'aider en partie les reconstructions dans le village de Bree. Et tout était rentré dans l'ordre.

Ou presque.

Car les élections approchaient à grand pas. L'Ancien était certain que Popi Sacalice conserverait sa charge. Mais de méchantes rumeurs venaient troubler son repos. Il avait été au Dragon Vert avec sa petite carriole. Et un hobbit connu pour ses longues aventures au dehors avaient rapporté d'étranges nouvelles. Les grandes gens s'agitaient. Un peu plus qu'ils ne le faisaient d'habitude, selon le point de vue d'un hobbit. Le voyageur racontait que l'Arnor avait une nouvelle reine mais que le Gondor avait perdu un fils. De drôles de choses s'étaient passées. Un groupe belliqueux avait voulu s'emparer du pouvoir, ou quelque chose comme ça et avait fait pas mal de morts sur son passage. Une histoire sordide selon l'Ancien. Comment quelques hommes avaient pu chercher à se soulever contre les royaumes libres ? Quelle idée ! Il fallait être bien sot pour y croire. Le voyageur leur avait raconté aussi la destruction de la cité des elfes à l'est. L'Ancien ne pouvait décidément pas gober de telles sornettes. Les elfes n'étaient-ils pas les créatures les plus puissantes de ce monde ? Il n'était pourtant pas au bout de ses surprises quand le voyageur évoqua un hobbit parti depuis longtemps en Arnor et qui lui avait relaté d'étranges histoires. Etranges et sombres. Car elles plongeaient dans les racines mêmes des premiers souvenirs de l'Ancien. Des racines tortueuses où un hobbit de Hobbitebourg était parti dans une quête périlleuse et n'en était revenu qu'avec neufs doigts.
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