La Guerre des Grands Rois

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Ryad Assad
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Jeu 22 Sep 2016 - 22:31

La Guerre des Grands Rois
Chroniques de la Campagne sous la Montagne



Le halo d'une lumière chaude et puissante se promenait dans les ténèbres, dispersant temporairement leur noirceur pour laisser la place à un spectacle ignoble et immonde. Des dizaines de cadavres éventrés étaient étendus sur le sol de pierre, immobiles. Ils étaient figés dans des postures curieuses et parfois insoutenables, happés par la mort alors qu'ils couraient pour échapper à ses griffes monstrueuses. Certains corps étaient percés de flèches, mais la plupart des morts avaient succombé dans les terribles corps à corps qui venaient de se terminer. Les ennemis des Peuples Libres avaient battu en retraite en piaillant, après deux heures de combats particulièrement âpres qui avaient mis les défenseurs à rude épreuve. Depuis combien de jours procédaient-ils ainsi ?

Ils sortaient de leurs repaires par surprise, après avoir réussi à s'approcher au plus près des lignes tenues par les forces coalisées, et ils se jetaient sur leurs défenses de fortune en hululant des cris de guerre à donner froid dans le dos. Il en venait de partout : du sol, du plafond, de droite et de gauche. Et devant se promenaient parfois de gigantesques créatures, massives, trapues, cuirassées. Des forces de la nature is colossales que même un homme de belle taille pouvait se retrouver écrasé sous leurs pas. Ils se jetaient en avant, balayant tout sur leur passage, rendant dérisoires les épées et les boucliers que l'on tentait de leur opposer. Les cuirasses ne résistaient pas à leur furie, et à chaque fois qu'il en venait un, les hommes fuyaient de son chemin pour vivre un autre jour.

Pourtant les défenses avaient tenu bon.

La torche s'immobilisa au-dessus d'un cadavre sombre, qui voyait jaillir dans son dos une lame d'acier couverte de sang noir et putride. L'horreur était morte, ses doigts crochus s'étaient recourbés autour de l'entrée de la blessure comme pour essayer maladroitement de retenir la vie qui fuyait sa poitrine. Rien à faire, elle s'en était allée, et il gisait désormais ici, comme les autres, le regard lointain. La torche s'approcha un peu, avant de s'agiter brusquement :

- Ici ! Un survivant !

Il y eut une réponse étouffée par la distance, puis des pas, et enfin d'autre paroles. La torche revint au-dessus du corps inerte, et des mains vinrent le soulever pour mieux le rejeter sur le côté. Il y avait bel et bien un survivant en-dessous. Le malheureux était couvert de sang, et sa cotte de mailles était imbibée d'un liquide gluant qu'il lui faudrait de nombreuses heures pour faire disparaître. On se pencha vers lui, et on l'examina brièvement, à la recherche de blessures graves qui auraient nécessitées de faire venir un guérisseur sur place.

- Ramenez-le au bercail !

L'homme à la torche s'écarta, et deux paires de mains solides vinrent s'emparer du gaillard inconscient. Il pesait son poids, son armure n'aidant pas à l'alléger, mais les bras solides et malheureusement habitués à tout ceci ne se dérobèrent pas avant d'arriver à l'abri du camp de fortune qui avait été mis en place. Partout, les gens déambulaient comme des spectres, hagards, essayant de s'occuper les mains pour s'occuper l'esprit. Ils ne faisaient pas particulièrement attention à l'arrivée en d'un nouveau blessé : un de plus. Tout au plus céda-t-on le passage à ce convoi non exceptionnel, pour leur faciliter la tâche. Les deux porteurs finirent par installer le blessé sur une couchette de fortune posée à même le sol, et appelèrent un guérisseur à l'aide. Il n'y en avait hélas plus beaucoup, et quiconque avait un peu d'expérience en la matière était convié à donner un coup de main. Le type qui arriva, plutôt jeune, paraissait inexpérimenté au possible, et pourtant il avait la lourde tâche de sauver une vie de plus.

- Vous savez ce qu'il a ? Demanda-t-il.

Les deux guerriers se regardèrent et firent non de la tête. Ils avaient examiné le corps, n'avaient rien vu de particulièrement alarmant, et avaient procédé à son évacuation. Pour le reste, ils remettaient le sort de leur compagnon entre d'autres mains. Le guérisseur, pourtant, avait besoin de leur aide :

- Aidez-moi à le déshabiller. Allez-y doucement.

Ils s'y employèrent. Ils commencèrent par détacher ses gantelets de cuir renforcés de fer. Le cheval qui y était finement gravé avait reçu un coup d'épée qui lui laisserait une entaille définitive. Un symbole frappant de ce qu'il se passait ici. A la lueur fébrile de quelques bougies, ils ouvrirent sa cotte de mailles en prenant garde de ne pas accidentellement bouger une pointe de flèche qu'ils n'auraient pas vue au premier coup d'œil. Ils s'attaquaient à la dernière sangle quand soudainement le guérisseur jura. Il venait de retirer le casque du malheureux, lequel était rempli de sang. La blessure à la tête, invisible, venait de se rouvrir malencontreusement et vomissait comme un torrent le contenu de son crâne.

- Des bandages, vite !

Les deux hommes s'exécutèrent, et allèrent retourner les stocks pratiquement épuisés pour trouver des bandages convenables. Ils revinrent avec le nécessaire, s'approchant du médecin de fortune dont les deux mains essayaient de colmater la plaie. Il était couvert de sang. Comme il ne pouvait pas lâcher, ce fut à un des deux hommes, celui aux cheveux bruns, de venir essayer d'entourer la tête du blessé. Mais le temps de faire un noeud convenable, le tissu était déjà imbibé, et rendu inutilisable. Il fallut en chercher davantage, pour essayer de limiter la perte de sang. Au moins ça. Les mains dans l'hémoglobine, faire un bandage solide relevait du miracle. Il avait les doigts glissants, il ne voyait rien dans cette nuit perpétuelle seulement fendue par une lumière blafarde que son compagnon essayait de tenir suffisamment proche pour éclairer l'opération en cours.

Rien à faire.

Le guérisseur finit par lâcher la tête du malheureux, et par intimer aux soldats de cesser le combat. D'une voix rauque, il lâcha :

- C'est terminé. Déposez-le avec les autres.

Ils échangèrent tous les trois un regard. Il n'y avait nulle cruauté, nulle méchanceté. Seulement le constat inévitable de leur manque de matériel, de leur manque d'expérience et de leur manque de préparation. Ils ne pouvaient pas sacrifier autant de temps et autant de ressources pour un homme qui était déjà mort. La guerre ne pardonnait pas, et elle ne laissait aucune place à la pitié. Le guérisseur était jeune, mais on lisait dans son regard qu'il avait vu assez d'horreurs pour mille vies. Il s'éloignait plein de lassitude, sans même paraître remarquer qu'il était couvert de sang frais. Comme si cela faisait partie de son quotidien, désormais.

Les deux combattants soulevèrent le défunt, et l'emmenèrent juste à l'extérieur où ils le déposèrent sur un drap. Un simple drap brun, dont ils rabattirent un pan sur lui pour le cacher à la vue des vivants. Il y avait beaucoup d'autres draps sous lesquels dormaient de braves soldats. Le guerrier aux cheveux bruns les observa pensivement, sans pour autant penser à rien. Paradoxalement. Son esprit était vide, comme anesthésié. Il avait depuis longtemps ravalé sa colère contre leurs ennemis, et il ne ressentait plus rien d'autre qu'une profonde lassitude. Il était persuadé qu'il ne s'en sortirait pas, de toute façon.

- Déor... Viens, il en reste...

- Ouais...

Sans prendre la peine d'essuyer ses mains - à quoi bon ? - il fit le chemin inverse en direction du champ de bataille où se trouvaient d'autres vaillants jeunes hommes tombés au combat, qu'il faudrait ramener sous une tente sombre pour les voir mourir sans souffrir, sans même être conscients qu'ils quittaient ce monde, leur famille et leurs proches. Décédés sans même avoir revu la lumière du soleil, sans même pouvoir fouler les plaines du Riddermark à nouveau. Et pour quoi ? Le peuple du Rohan n'avait-il pas déjà assez souffert ? Ses hommes courageux n'avaient-ils pas déjà assez versé leur sang dans les guerres inutiles qui avaient prélevé leur dû sur la population du royaume ? Déor avait son avis sur la question, mais ici personne n'en parlait ouvertement, de peur d'être sanctionné par les officiers qui faisaient tout pour maintenir la discipline, et prévenir les désertions.

- Déor, regarde, c'est Orwen !

Le guerrier leva la tête, et tout à coup dans son regard brilla une lueur de fierté et de force. Orwen fils d'Hogorwen, le prince qui s'était opposé à son père pour défendre le peuple du Rohan, et qui avait renoncé à la couronne alors qu'il aurait légitimement pu prétendre au trône. Voilà un Rohirrim dont le sang était aussi noble que son cœur, un jeune guerrier qui avait choisi la seule voie possible, celle de la paix. Déor l'admirait, et s'il continuait à se battre, c'était bien pour lui. Pour ce garçon qui ne fléchissait pas sous le poids des responsabilités. Pour ce chef qui ne reculait pas au cœur de la bataille et qui galvanisait ses hommes. Pour ce roi sans couronne qui méritait de gouverner le Rohan, pour enfin le conduire à la paix et à la prospérité.


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Mer 28 Sep 2016 - 20:30
Lorsque les quinze survivants arrivèrent en vue de Therkâ Nâla, nul cri de joie, nulle exclamation encourageante ne se fit entendre. Ils étaient meurtris par leurs blessures, exténués par leur marche, ils avaient faim et ils avaient froid. L'apparition faiblarde du soleil ne suffisait pas à remonter leur moral, et de loin. Mais plus que toute autre chose, ce qui les tenait en souci n'était même pas ce qui leur arrivait actuellement, mais ce qu'il pourrait leur arriver bientôt : ils ignoraient qui était en possession de la forteresse à l'heure actuelle. Quand ils l'avaient quitté l'autre jour ils l'avaient laissée aux mains des hommes vêtus de vert ; qui sait si elle n'avait pas elle aussi été conquise par ceux qui ont la peau verte ?

Ils continuèrent d'avancer, la peur au ventre, jusqu'à pouvoir discerner davantage de détails. La citadelle, qui se trouvait être celle immédiatement attenante à Kalil Abad en direction de l'est, était juchée sur un contrefort des Montagnes Grises. Un torrent puissant descendait des hauteurs et passait au sein même de la forteresse par une succession de trous subtilement ménagés dans la maçonnerie par les artisans du temps jadis. De cette particularité, elle tirait son nom. Mais ce ne furent ni l'eau tumultueuse ni la qualité architecturale qui attirèrent leur regard. Non, c'était quelque chose de plus modeste et à la fois de bien plus important. Là-haut sur l'une des tours flottait un drapeau, et ceux qui avaient le plus d'acuité purent y discerner un cheval blanc courant sur un champ de sinople.

- Nos alliés n'ont pas failli, déclara sobrement Thorik.

L'espoir qui avait été malmené deux jours durant reprenait vie.

Pourtant dès qu'ils atteignirent le bastion ils virent que leurs camarades Humains n'avaient pas été épargnés. Un grand nombre de cadavres jonchaient le sol, ce qui ne manqua pas de rappeler au Roi Nain les images encore fraîches, atroces et perturbantes, de la nuit d'avant. Mais si leur surprise et leur désarroi étaient grands, ceux des gardes rohirrims à la porte le furent plus encore : ils voyaient revenir seulement une poignée de guerriers alors qu'ils en avaient vu partir plus du triple.

- Je suis Thorik, et je ramène ceux qui ont survécu à l'attaque des Gobelins là-bas – il agita le bras en direction de l'ouest. Kalil Abad a été reprise par l'ennemi.

Peut-être se serait-il attendu à entendre des « Thorik ! c'est le roi Thorik ! » du haut des remparts... Il y en eu, c'est vrai, mais la plupart de ceux qui s'exclamaient scandaient le nom d'Orwen et non le sien. Cela ne l'offensa pas et ne le surprit que très peu.

- Nous avons également subi les attaques gobelines, quoique peut-être de moindre ampleur que ce qui vous a été réservé. Mais si Kalil Abad est perdue, Therkâ Nalâ devient à son tour le dernier avant-poste sur la route de Gundabad, et ça ne m'augure rien de bon.

Le guerrier qui venait de s'avancer et de parler ainsi était brun – ce que Thorik ne manqua pas de remarquer – couleur de cheveux qui n'était pas la plus fréquente chez les rohirrims mais qui semblait-il donnait des personnages d'exception. Pourtant celui-ci ne semblait être qu'un guerrier parmi tant d'autres, qui venait simplement de répondre par politesse au plus haut dignitaire nain. Qu'importe, les quinze survivants entrèrent dans l'enceinte en tâchant de ne pas piétiner les corps sans vie des hommes et des orques qui gisaient à terre. De grands hommes s'employaient à extirper les dépouilles des leurs de cette marée dégoulinante et à les aligner au pied d'un mur sous de simples draps. Ce que Thorik et ses suivants n'avaient pas même pu faire au moment de fuir Kalil Abad... Le cœur du roi se serra. Les nains qu'ils avaient laissés morts sur les dalles n'auraient jamais de sépulture décente dans la pierre, ils ne pourraient pas retrouver l'élément de Mahal leur créateur dans le long sommeil de la mort. Ils n'auraient pas même le droit de partir solennellement dans un grand brasier comme cela avait été le cas à Azanulbizar. Se souviendrait-on d'eux comme les Nains Abandonnés, et vénérés fièrement par leurs descendants ? Il l'ignorait, mais ce ne serait que justice.

Les heures qui suivirent, bien que moins pénibles que celles, interminables, qu'ils venaient de passer dehors, ne furent pas d'un grand réconfort pour autant. S'ils avaient pensé être soignés promptement, se voir pourvus de vêtements propres et participer à un festin bien mérité, ils déchantèrent vite. Car les Eorlingas les plus doués pour la médecine avaient déjà énormément de pain sur la planche, et le pain au sens propre du terme et les autres denrées se faisaient plus rares qu'il n'était raisonnable.

- La plupart des vivres a été souillée par le sang des combats, leur dit un capitaine, et il faudrait être bien fou pour prendre le risque d'ingurgiter du sang d'orque. En tout cas moi, je n'y toucherai pas. Nous avons encore des provisions pour tenir quelques jours, puis il faudra compter sur la chaîne de réapprovisionnement... si tant est qu'elle ne soit pas brisée plus à l'est.

Ils eurent toutefois droit à une part de nourriture plus importante que les rations qui venaient d'être instaurées. Cela du fait de leur longue marche éreintante, de la présence de Thorik et surtout d'Orwen parmi eux, et de la bonté des Hommes du Rohan. Le Roi des Khazad prit plus que jamais conscience des sacrifices que ce peuple humain avait consenti pour une cause qui n'était pas la leur. Après tout, lequel parmi ces hommes s'émerveillerait devant la beauté de l'architecture de Gundabad s'ils venaient à la reconquérir ? Aucun ou presque. Qu'était pour eux la Capitale des capitales sinon un logis excavé il y a longtemps dans la roche des montagnes du nord ? Thorik fut soudainement submergé par un élan d'empathie et d'estime pour ce peuple courageux qui leur apportait leur aide et avait accepté d'envoyer des soldats ici plutôt que de les laisser en garnison dans leur propre pays. Certes nulle ennemi ne menaçait les prairies du Riddermark, mais quand même !

Il se tourna vers le Prince et lui posa la main sur l'épaule. Il n'y avait nul besoin des mots, ce geste voulait tout dire. Ce fut Orwen qui choisit finalement de briser le silence.

- Que va-t-il se passer maintenant, Roi Thorik ? Et que va devenir votre reconquête ?

Le nain soupira.

- Je viens de perdre mon ancien maître et celui parmi mes seigneurs auquel je porte le plus d'affection.

- Je viens de perdre mon hôte, pour qui j'ai développé un énorme respect.

En effet Orwen Hogorwenson était toujours officiellement l'ambassadeur du Rohan en Moria, bien qu'il ne se trouvât plus dans cette cité.

- Nous l'avons tous deux perdus, oui, confirma solennellement Thorik. Perdu au sens propre et peut-être hélas au sens figuré. Il n'y a qu'une chance infime pour qu'on le retrouve, et même si ce miracle se réalise j'ai bien peur que ce ne soit que sa dépouille que nous retrouverons. Mais faisons lui au moins cet honneur de ne pas revoir à la baisse nos prétentions. Il n'aurait pas voulu que nous les revoyions à la baisse, même accablés par sa disparition. Nous pleurerons plus tard. Nous venons de perdre Abad, et Nâla ne tient plus qu'à un fil. Mais... Les armées qui arrivent du Sud et de l'Est peuvent faire pencher la balance du bon côté, j'en garde l'espoir. Gudmund et Grimbeärd, et Thorvald. Il faut tenir notre position jusqu'à leur arrivée !




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Lun 14 Nov 2016 - 0:03
- Aux armes ! Aux armes ! On nous attaque !

Déor se réveilla en sursaut, bondissant hors de sa couchette en même temps que des dizaines d'hommes appelés à la guerre par le cri strident d'une sentinelle. Il y eut soudainement des ordres braillés un peu partout, une grande confusion, et beaucoup d'agitation des les rangs des Rohirrim. Ils n'avaient pu dormir que quelques heures seulement, et la dernière offensive gobeline avait bien failli enlever leurs positions. Et elle n'avait eu lieu que six heures auparavant... Les ennemis ancestraux des Nains avaient pris Kalil Abad, et ils accentuaient leur avantage en lançant des attaques de plus en plus violentes sur les positions défendues par la coalition. Or, depuis le retour de Thorik et Orwen, il semblait que les assaillants avaient changé de stratégie. Au lieu de se jeter stupidement sur les rangées de lances qui les attendaient, de s'écraser douloureusement sur les boucliers dressés prêts à les accueillir, et de subir les foudres des haches et des épées acérées, brandies par de bras valeureux, ils opéraient de manière détournée. Leurs archers embusqués cherchaient en permanence de nouveaux points d'accès, grimpant le long des parois rocheuses à la recherche de promontoires d'où ils pouvaient arroser les troupes coalisées, afin de les désorganiser.

Cette fois encore, Déor courait sans avoir la moindre idée de l'endroit d'où viendrait l'attaque. Il regardait autour de lui, brandissant son bouclier qui lui apparaissait bien ridicule tout à coup. Quand les traits mortels commenceraient à pleuvoir, seule la chance déciderait s'il resterait en vie pour goûter une journée de plus à ce cauchemar, où s'il rejoindrait tous ses frères tombés pour ne jamais plus se relever. Ses yeux fatigués n'accrochaient aucun mouvement dans les ombres, pourtant il savait qu'ils étaient là. Il courait aux côtés de son unité, dont le capitaine avait été tué dans l'assaut précédent. Des hommes sans chef, qui marchaient droit vers une mort certaine. de simples agneaux face aux monstres qui les observaient depuis les ténèbres.

L'épuisement n'avait plus de prise sur l'organisme des soldats, qui couraient machinalement en rejoignant la ligne de front. Des officiers immobiles les haranguaient et les encourageaient à faire preuve de zèle. Les guerriers répondaient par des cris de guerre, des insultes à l'attention de leurs ennemis, ou bien par dès hochement de tête qui en disaient parfois plus long que les discours. Mais personne n'y croyait vraiment. Ils se savaient condamnés, et ils n'avaient comme seul espoir que d'emporter autant de Gobelins que possible dans la tombe, avant de succomber à leur tour. Une perspective qui en valait une autre.

Soudain, il y eut un cri :

- Boucliers !

Nul besoin de le répéter. Comme un seul homme, tous les combattants présents se baissèrent en brandissant leur misérable feuille de bois au-dessus de leur tête casquée. L'ordre n'était pas de ceux que l'on ignorait facilement, il déclenchait une série de réflexes chez des soldats conditionnés à la peur. Depuis le temps qu'ils se battaient, ils avaient eu l'occasion de l'apprendre : ce cri précédait toujours de grandes souffrances, et beaucoup de tristesse. Déor ne fut pas le dernier à s'abriter, mais il entendit distinctement le fracas des flèches venant s'écraser sur tout ce qu'elles trouvaient à détruire. Parfois il s'agissait du bruit sourd de l'acier pénétrant le bois, ou le crissement désagréable quand il frottait le métal d'une cotte de mailles. Plus souvent, c'était le claquement sec quand la pierre l'emportait en brisant le trait qui était venu défier sa résistance. Et puis, trop souvent au goût du Rohirrim, les gémissements quand il perçait la chair, et goûtait au sang. Il y eut un grand désordre dans les rangs des hommes, chacun cherchant à s'abriter de la violence qui pleuvait sur eux. Les infortunés qui n'étaient pas tués sur-le-champ étaient tirés à l'abri par leurs compagnons d'armes les plus proches, mais souvent la seconde salve les prenait pour cible, et ils recevaient deux, trois ou quatre projectiles supplémentaires quand le premier n'avait pas suffi. Les Gobelins n'avaient aucune pitié.

Déor laissa tomber un de ses compatriotes qui avait subi ce triste sort, et il recula en essayant de se faire le plus petit possible. Il n'avait pas le temps pour la compassion, pour la pitié et pour le regret. C'était le temps de la guerre, et malgré son expérience des combats, il avait toujours terriblement peur. Bien trop pour se risquer à des actes héroïques dont on faisait les légendes. Il voulait simplement ne pas mourir, et bien qu'il parût utopique de dire cela, il souhaitait rentrer chez lui en un seul morceau. Sur ses deux jambes, pour continuer à monter dans les plaines du Rohan. Avec ses deux mains, pour pouvoir continuer à travailler la terre au quotidien. Avec l'esprit clair, pour pouvoir parler aux enfants qu'il prévoyait d'avoir des merveilles du monde, et non seulement des horreurs qui s'y déroulaient. Il voulait entendre le rire d'une femme au creux de son oreille, récolter encore les premiers légumes de la saison après les avoir veillés quotidiennement. Il voulait boire l'eau claire du puits, après avoir couru en riant au milieu des champs. Plus que jamais, il voulait se sentir vivant. Pas en sursis, pas déjà mort comme beaucoup trop d'hommes ici.

- A l'Est, à l'Est ! Ils attaquent !

Les hommes ne se firent pas prier. Enfin, ils allaient pouvoir rendre coup pour coup à ces horreurs, et les détruire méthodiquement. Galvanisés par l'enjeu, ils se levèrent et partirent en courant en direction de l'Est des fortifications qu'ils avaient mises en place. Déor, au milieu de la mêlée, se sentait protégé par un gigantesque bouclier humain. Il avait autour de lui les plus braves des plus braves, et il savait que sans eux il n'aurait pas tenu aussi longtemps. Ils étaient bien davantage que des camarades infortunés sans nom et sans visage : ils étaient des frères d'armes, et chaque mort était pleurée avec une profonde sincérité. Sans peur, sans hésitation, ils heurtèrent la masse de Gobelins qui essayaient de franchir leurs défenses, prenant les premiers totalement au dépourvu. La lame de Déor trouva rapidement une gorge mal protégée, mais il ne s'arrêta pas pour savourer sa victoire. Un ennemi s'écrasa sur son bouclier, et il se laissa happer par le chaos de la bataille. Dans un espace aussi confiné, porter un coup relevait de l'exploit, et il s'agissait surtout de repousser physiquement la charge de l'autre, tout en s'assurant de ne pas rompre la ligne. Les coups qui pleuvaient étaient rarement mortels : de la tête, du poing ou du bouclier, chacun cherchait à déstabiliser l'adversaire pour mieux l'éventrer, avant de passer au suivant.

Cette façon de faire la guerre n'avait rien à voir avec ce dont les Rohirrim avaient l'habitude, et les premiers affrontements avaient été particulièrement sanglants. Les Hommes des plaines avaient manqué de la discipline des Nains, qui se battaient en un front uni et compact que rien ne pouvait percer. Des millénaires de lutte contre des ennemis aussi féroces avaient donnés aux Naugrim le temps de parfaire leurs stratégies, et de travailler à contrer le plus efficacement possible la menace aux dents longues. De la même manière, les fils d'Eorl s'étaient accoutumés. Ils faisaient désormais la guerre différemment, écoutaient les ordres de leurs supérieurs pour rester cohérents au cœur de l'affrontement, et surtout ne se précipitaient pas dans les pièges tendus par leurs ennemis bien plus sournois et retors qu'il y paraissait.

Ainsi Déor se battait-il en contenant sa rage et toute la haine qu'il avait pour la race des Gobelins. Ces sauvages créatures qui souillaient tout ce qu'elles touchaient ne cessaient d'innover en matière d'horreur et de violence. Elles comptaient d'ailleurs sur cela pour inciter les guerriers à rompre les rangs, à s'abandonner totalement au combat, et pour finir à mourir isolés, entourés par des ennemis supérieurs en nombre. La mission était presque impossible, mais il leur fallait résister à leurs pulsions quand quelques jours auparavant les Gobelins avaient exhibé un trophée montrant les têtes tranchées des hommes et des Nains qu'ils avaient emmenés prisonniers. Leurs rires grinçants et leurs moqueries étaient presque plus douloureuses que les lames qu'ils agitaient.

Les deux armées aux prises l'une avec l'autre luttaient avec une égale détermination, l'une pour enlever une position stratégique, l'autre pour la défendre à tout prix. Les Rohirrim savaient que derrière eux se trouvaient leurs compagnons d'armes blessés, et que s'ils battaient en retraite, ceux-ci finiraient capturés par les infâmes monstres de sous les montagnes, torturés et mutilés pour ceux qui auraient le déplaisir de servir de jouets à leurs geôliers, exécutés sans sommation pour les autres. Le chaos de la bataille avait complètement occulté à Déor les réalités du monde qui l'entourait, et il était pris dans une bulle où le plus important restait de savoir se situer entre les deux masses belliqueuses. Ne pas se retrouver isolé. Ne pas se retrouver isolé.

Surtout, ne pas se retrouver isolé !

Ce fut à cet instant qu'il vit la brèche. Peut-être parce qu'il avait enfin réussi à faire trébucher le Gobelin qui lui résistait, ce qui lui avait donné quelques secondes pour observer autour de lui à la recherche d'un nouvel ennemi. Il vit du coin de l'œil un étendard du Rohan chuter au sol, mais non pas sur la ligne de front Est. Non. Les Gobelins avaient lancé un assaut de diversion dans lequel étaient englués les Rohirrim, tandis qu'ils avaient concentré le gros de leurs forces sur le flanc Ouest. Un front défendu, à en juger par les oriflammes qui s'agitaient au centre de la cohue, par Orwen en personne.

Un front qui céderait bientôt.

Déor se mit alors à hurler sans tenir compte de la chaîne de commandement. Tant pis si on lui reprochait d'avoir pris une initiative folle. Tant pis si cela conduisait à la perte de toute leur armée, à la prise de leur bastion par les Gobelins. Tant pis si le sort du monde basculait à cause de lui aujourd'hui, et maintenant. Il fallait que Orwen vécût. Cela s'imposa à lui comme une évidence, et il rompit l'engagement en haranguant ses compagnons aux cris de :

- A l'Ouest, pour le Roi !

Ce cri lui était venu naturellement, et alors que certains parurent hésiter quant à la marche à suivre, trois douzaines de lames quittèrent le front Est et se lancèrent à toute allure au secours de leur suzerain. Déor, le visage déformé par la rage et la peur, ne se rendit même pas compte que les archers Gobelins abattirent au moins la moitié des renforts providentiels de leurs traits meurtriers. Ses jambes le portaient trop vite, et le monde était flou autour de lui, et il ne voyait que l'étendard d'Orwen qui vacillait. Alors il plongea et repoussa à lui seul trois adversaires qui menaçaient de déborder la ligne Rohirrim. Ils étaient une quinzaine face à une horde entière, mais ils parvinrent à faire pencher la balance néanmoins. Galvanisés par ce soutien inattendu, les hommes reprirent courage et se mirent à avancer vaillamment pour reconquérir tout le terrain perdu. Leurs mugissements de colère, et la furie avec laquelle ils maniaient leurs armes firent reculer de peur les Gobelins aux yeux jaunes, qui perdirent de leur superbe.

Ce sursaut de bravoure chez les hommes donna le temps à un contingent Naugrim de venir enfoncer le flanc de leurs ennemis. Surgis de nulle part, brandissant de longues épées ornementées, ils taillèrent dans les rangs désorganisés qui se dressaient face à eux, et semèrent une confusion bien plus grande encore. Rapidement, les Gobelins comprirent qu'ils n'emporteraient pas la victoire, et ils se replièrent comme ils le pouvaient, poursuivis par les hourras victorieux des hommes qui levaient leurs armes au ciel, et célébraient cette victoire.

Et Déor ne fut pas le dernier à scander le nom de Orwen, qui fut repris en écho par les parois sombres des entrailles de la montagne.


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Lun 27 Mar 2017 - 3:55
- Déor… Déor… Réveille-toi…

Le Rohirrim ouvrit les yeux. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas passé une nuit de sommeil complète, et les larges cernes qui mangeaient son visage étaient présentes chez tous les soldats. Toutefois, il sentait qu'on l'avait tiré prématurément de son repos. Ses paupières étaient plus lourdes que les portes d'Edoras, et elles tombaient perpétuellement sur la moitié de son champ de vision, menaçant de l'enfermer à l'intérieur de lui-même sans prévenir. Il finit par accrocher une silhouette amie, et il interrogea du menton son camarade. Celui-ci se redressa légèrement, et souffla :

- J'ai vu quelque chose bouger…

Déor cligna des yeux à plusieurs reprises pour donner le temps à sa vision de s'adapter à la pénombre. Il s'était habitué à l'obscurité permanente, à la nuit éternelle comme l'appelaient certains, mais au réveil il lui fallait toujours quelques instants pour retrouver la perception de la réalité. Plus les secondes passaient, plus ses yeux accrochaient de détails subtils perdus au milieu des ombres. Les formes immobiles qu'il distinguait au début avec peine devenaient peu à peu des personnes qu'il pouvait presque reconnaître à leur posture, à leur silhouette unique. Le jeune soldat qui se tenait à ses côtés recula un peu en grattant sa barbe, un réflexe particulièrement courant chez les hommes du rang. Tous en portaient une désormais, car cela faisait des semaines qu'ils n'avaient pas pu se raser convenablement, et ils s'appelaient ironiquement les « Grands Nains ». Leurs camarades Naugrim avaient trouvé le nom assez juste, et le terme avait pris chez eux un sens plus positif que chez les Rohirrim, qui n'y voyaient aucune lettre de noblesse. Le vétéran, sombre, passa la main sur son visage et demanda :

- Tu as vu quoi ?

- Je ne sais pas… Tu voudrais pas venir voir ?

On sentait la peur dans son ton. En l'observant, Déor estima qu'il ne devait pas avoir plus d'une vingtaine d'années. L'âge ne comptait pas vraiment quand on plongeait dans une campagne souterraine face aux ennemis les plus retors et les plus dangereux de la Terre du Milieu, car tout le monde était bien trop jeune pour y participer. Pourtant, l'aîné ne put s'empêcher de voir l'enfant qui se cachait derrière cette armure et ce casque presque trop grands pour lui. De grands yeux bleus rougis par la fatigue, dans lesquels on lisait une terreur résignée. Des épaules encore trop frêles, qui n'étaient pas prêtes à supporter toute la violence du monde. Il y avait sans doute eu chez ce gosse quelque chose de profondément innocent, et le jour où il avait pour la première fois revêtu l'armure des soldats du Rohan, quelle n'avait pas dû être sa fierté. A quoi pensait-il ce jour-là ? A la fille des voisins, qu'il aimait secrètement, et dont il ferait chavirer le cœur après être revenu triomphalement dans son village ? A ses parents qui travaillaient dur la terre, et qui se féliciteraient d'avoir élevé un fils assez brave et assez fort pour entrer au service de leur Roi ? Il n'imaginait sans doute pas… tout ça… Toutes ces horreurs. Le vétéran aurait pu lui dire d'aller se faire voir, ou bien lui faire comprendre avec la manière qu'il n'était pas admissible qu'un soldat quittât son poste après avoir vu du mouvement au-delà de leur ligne de défense.

Il n'en fit rien.

Au lieu de quoi, il se leva douloureusement, glissa son épée dans son fourreau, et invita le jeune soldat à ouvrir la voie. Celui-ci, loin d'afficher une joie débordante, se contenta de faire une petite moue reconnaissante et gênée. Il tremblait. Les deux silhouettes rejoignirent rapidement les murs de fortune qu'ils avaient érigés, et Déor observa la direction que lui indiquait le gamin. Au début, il ne vit rien. Rien d'autre que les contours imprécis des rochers effondrés qui devaient encore être couverts des cadavres des Gobelins qu'ils avaient massacrés la veille. Ou peut-être était-ce seulement aujourd'hui… Ils avaient perdu le compte des jours depuis longtemps. Plissant les yeux, le vétéran finit par lâcher :

- Tu es sûr que tu n'as pas rêvé ?

- Regarde bien, là-bas… Attends, ce n'est pas tout le temps… Attends… Attends… Là ! Tu as vu ça ?

Déor hocha la tête. Il avait effectivement vu quelque chose qui progressait lentement, furtivement. Ce n'était qu'un mouvement fugace, à peine plus qu'une impression, mais il avait appris depuis longtemps à faire attention au moindre détail. Leurs ennemis étaient bien plus intelligents et prudents qu'il aurait pu l'imaginer. On lui avait toujours dit que les Gobelins étaient stupides et agressifs, mais il avait pris conscience que ceux qui disaient cela n'en avaient jamais rencontré. Individuellement, peut-être que ces créatures n'étaient pas les plus brillantes, mais collectivement elles savaient trouver des moyens ingénieux de faire le mal. Ordinairement, cela commençait par un petit détail que personne ne voulait noter, mais qui avait des conséquences désastreuses par après. Des conséquences trop souvent funestes. Déor, le regard absorbé dans la nuit n'aurait su dire de quoi il retournait, mais il préférait ne pas prendre de risques. Il n'était pas sûr que les Gobelins fussent en train de préparer une nouvelle attaque, mais il devait en avoir le cœur net.

- Il faut aller voir ça de plus près.

- De plus près ? S'étonna l'autre. Mais c'est en plein territoire ennemi ! Et on risque de se faire tirer dessus en revenant !

Déor haussa les épaules. Il y avait longtemps que son sourire ironique s'était évanoui derrière l'épaisse barbe fournie, symbole de l'âpreté des combats et de la rudesse de leur quotidien. Il n'avait plus, pour chacun, qu'un regard désabusé qui signifiait « faisons ce que nous avons à faire ». Il n'était pas un déserteur, ne l'avait jamais été, et il préférait mourir que d'abandonner. Alors, prenant son courage à deux mains, il répondit :

- Si les Gobelins cachent quelque chose, autant le savoir. A moins que tu veuilles réveiller toute la troupe pour une simple intuition… Et n'aie crainte, personne ne nous tirera dessus. C'est toi la sentinelle, je te rappelle. Et maintenant, en avant.

Ils franchirent le mur de fortune, constitué de lourds blocs de pierre qui avaient été alignés pour en faire une barricade, et se laissèrent tomber de l'autre côté. Sur la pointe des pieds, ils s'avancèrent dans l'obscurité, en essayant de se faire aussi discrets que possible. Ils n'avaient pas pris de torche, conscients que si des archers se tenaient embusqués, ils feraient une cible bien trop facile. Il leur fallait donc compter sur leur ouïe, et leur vue atrophiée par le manque de lumière. De fins interstices, haut dans la montagne, jetaient une faible lueur qui descendait péniblement vers le sol, enveloppant leur progression d'un halo diaphane qui semblait se mouvoir en même temps qu'eux. Hélas, il leur donnait aussi la sinistre impression d'être parfaitement visibles, et de ne pouvoir voir à plus de deux mètres. Afin d'éviter tout reflet inopportun qui aurait pu trahir leur position, ils avaient gardé l'épée au fourreau, ce qui n'était pas pour les rassurer.

Progressant baissés, ils se dirigèrent à tâtons vers la source du mouvement, serpentant entre les cadavres gisants. Les Gobelins avaient lancé une attaque féroce sur leur position, mais avaient été repoussés après une bonne heure de combats. Les corps immobiles de ces monstrueuses créatures reposaient là, figés dans une posture étrange, le corps percé des flèches que les archers avaient décochées par-dessus les lignes de fantassins. Ils étaient nombreux à être tombés, et les bottes des deux hommes pataugeaient dans le sang qui s'était mêlé à la poussière. Ils s'arrêtèrent derrière un petit obstacle, et Déor chuchota :

- On a marché tout droit, on ne devrait pas être loin. Écoute-moi bien… S'il s'avère que les Gobelins préparent quelque chose, je veux que tu coures aussi vite que possible jusqu'au camp, en appelant à l'aide de toutes tes forces. Réveille tout le monde. C'est clair ?

Le jeune Rohirrim hocha la tête, pétrifié de terreur. Il était partagé entre la crainte immédiate du danger qui pouvait s'abattre sur leurs têtes, et celle de devoir laisser Déor affronter seul une potentielle menace. Les deux guerriers, s'étant entendus sur le plan, poursuivirent leur exploration. A peine avaient-ils fait une dizaine de pas qu'ils entendirent une respiration sifflante, et un raclement désagréable. Le bruit venait d'en face, et ils s'immobilisèrent, portant par réflexe la main à leur épée. Le vétéran fit signe au plus jeune de garder l'arme au fourreau, et ils continuèrent à s'approcher.

Déor ne voulait pas réagir trop promptement, mais il commençait à ressentir la présence de cette vieille amie… la peur. Celle qui lui enserrait les entrailles, qui écrasait son cerveau et lui donnait envie de se débattre, de hurler, de courir. Il inspira profondément, pour que cesse l'impression de malaise qu'il ressentait. En vain. Elle s'était accrochée à ses épaules, et l'écrasait de tout son poids, rendant chaque pas difficile. Il poursuivit néanmoins, autant par devoir envers son peuple que parce qu'il ne voulait pas que ce jeune soldat sur ses talons pût dire que Déor Déorson avait reculé face au danger. Il était paré au pire… Les Gobelins avaient déjà usé de stratégies si violentes et si atroces qu'elles le marqueraient à jamais. Il avait vu de sournoises machineries destinées à submerger leurs lignes être déployées sous ses yeux, de même qu'il avait vu des Trolls immenses charger au milieu des hommes, les massacrant comme s'ils n'étaient que des enfants. Rien ne pouvait plus l'atteindre…

Du moins le croyait-il.

En effet, ce qu'ils découvrirent les figea de stupéfaction. Sous leurs yeux, dans la pénombre qui s'était emparée du cœur des montagnes, ils croisèrent les yeux de l'ennemi. Déor leva la main, pour retenir son compagnon qui s'apprêtait à partir en courant. Il n'y avait aucun danger. Devant eux, gisait un Gobelin dont la vie approchait de son terme. La pathétique créature, dont la cuirasse avait été percée d'une flèche qui devait lui faire souffrir le martyr, n'avait pas voulu mourir au moment de la bataille. Ses compagnons l'avaient abandonnée, et désormais elle rampait misérablement dans l'espoir fou de… de quoi ? De revenir parmi les siens, d'être soignée et bien traitée ? D'y retrouver une famille aimante, et un foyer chaleureux ? Le vétéran ne put s'empêcher de prendre le Gobelin en pitié car, même s'il était perdu dans ces ténèbres étouffantes qui semblaient lui coller à la peau, il avait un espoir d'en sortir un jour.

- Regarde-toi… Souffla-t-il à son ennemi.

Ce dernier, dont la respiration sifflante s'était accélérée, fit claquer ses mâchoires en signe de défi. C'était bien la dernière chose qu'il pouvait faire pour les menacer, et le ridicule de cette situation fit serrer les poings à Déor. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il ne voyait pas le mal absolu devant lui… Peut-être parce que le « monstre » était en réalité une « chose », un être vivant terrifié, sans espoir, incapable d'exprimer autre chose que la noirceur qu'avait accumulée son cœur. Peut-être parce que la rage qu'il aurait dû ressentir à cet instant s'était muée en une sorte de compassion inexplicable qu'il n'arrivait pas à combattre comme il l'aurait dû.

Comme il l'aurait dû…

Il ne savait plus où était son devoir désormais. Il ne savait plus où était le bien, ou était le mal. Tant de choses s'étaient passées, tant de gens étaient morts autour de lui que plus rien n'avait de sens. Et maintenant qu'il voyait ce Gobelin pitoyable qui semblait implorer sa merci, sa dernière certitude venait de s'effondrer comme un château de cartes. Il restèrent là un instant, à s'observer sans rien ajouter, jusqu'à ce que le gamin rompît le silence :

- Déor… Que fait-on de lui ?

Le vétéran sentit le trouble dans la voix juvénile. Oui, le petit avait eu la même réaction que lui. Ils faisaient couler le sang quotidiennement, et pourtant ils ne prenaient aucun plaisir à prendre la vie. Ils remportaient des batailles, mais le fait de tuer en lui-même les rendait malades. Ils n'étaient pas devenus fous, assoiffés de carnage, au point de pouvoir déchaîner toute leur frustration sur un individu sans défense. Le Gobelin leva la main dans leur direction, prononçant quelques paroles dans son langage cruel qui furent bientôt étouffées par une quinte de toux. Demandait-il de l'aide ? Pitié ? Ou bien leur promettait-il mille tourments ? Ils n'auraient su le dire.

- Déor…

L'insistance était compréhensible. Ils étaient en territoire ennemi, et s'y attarder trop longtemps ne pouvait que leur attirer des ennuis. Le plus âgé répondit :

- Pars devant, je te rejoins…

Une hésitation. Puis il s'exécuta, tournant les talons le cœur lourd et confus. Son visage trahissait son envie de poser les questions qui lui brûlaient les lèvres, mais ce n'était ni l'endroit ni le moment de discuter. Il s'éloigna de quelques pas, jusqu'à ce que la silhouette du vétéran fût engloutie avec le reste, et attendit là. Seul. Dans la nuit. Déor l'observa disparaître raidement, avant de revenir à ses préoccupations du moment. Il s'approcha du Gobelin, s'agenouillant auprès de lui. Une longue seconde passa, durant laquelle bien des choses défilèrent dans son esprit. Dans leurs esprits.

Puis il inspira profondément, et sans un mot fit ce qu'il avait à faire.

Revenant au gamin, il posa la main sur son épaule et lui murmura simplement :

- Rentrons, fils.


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Hadhod Croix-de-Fer
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~ GRIMOIRE ~
- -: Nain de la Maison des Sigin-tarâg.
- -: 189 ans.
- -:

Mer 12 Avr 2017 - 22:39
Combien d'assauts avaient-ils subis, retranchés qu'ils étaient dans la forteresse de Therkâ Nâla, le plus avancé des avant-postes de la coalition ? Drár ne comptait même plus. Lui qui ne vivait que par et pour la guerre, le plus redoutable des Compagnons de la Croix-de-Fer au combat rapproché, le champion de la Moria, était las de jouer de l'épée. Si les deux premiers mois de la reconquête avaient été stimulants, apportant leur lot de gloire et de hauts faits d'armes, les jours avaient maintenant pris une tournure bien triste, se succédant, semblables et dépourvus de repaires, sinon par le fait que le lendemain était toujours plus sombre que le jour-même. On luttait pour avoir le droit de souffrir un jour de plus, et un jour encore... De son œil unique, il voyait les camarades tomber les uns après les autres, lentement certes, mais irrémédiablement, et plus le temps passait plus la citadelle se dépeuplait. Les étendards royaux pendaient mollement en haut des tours comme si la fatigue les avaient gagnée eux aussi : le cheval blanc gisait tête en bas sur son champ de sinople, et la couronne et les sept étoiles semblaient errer dans leur utopique ciel bleu, souvenir d'une couleur qui n'existait pas dans cette région grisâtre.

Et pour ajouter encore au drame, les rares ravitaillements en nourriture avaient cessé depuis une bonne semaine d'être assurés, pour une raison que les états-majors rohirrim et nain ignoraient, et les réserves allaient en diminuant dangereusement. Un rationnement encore plus drastique avait été imposé aux soldats que les efforts et les longues veilles commençaient déjà à affamer. Même les moins pessimistes se voyaient obligés de constater que les réserves dureraient encore une dizaine de jours si aucune solution n'était trouvée et que passé cette période ils allaient devoir se battre avec le ventre vide, ou bien se résoudre à fouiller les guenilles des gobelins morts pour y prélever l'infecte nourriture que ces créatures gardaient parfois dans des poches prévues à cet effet.

Cette fois-ci les gobelins avaient attaqué au plus tard de la nuit, une heure ou deux avant l'aube. Les esprits cruels de leurs chefs voyaient probablement dans cette stratégie un moyen de déstabiliser un peu plus leurs ennemis, de les épuiser mentalement en les faisant appréhender toute la nuit le moment fatidique où la marée démoniaque les mettrait une énième fois à l'épreuve. Aujourd'hui il n'y avait pas eu de diversion, et les vagues de formes noires et grouillantes déferlaient de l'ouest, se ruaient à l'assaut des murs, escaladaient les créneaux, et inexorablement et avec une sauvagerie incroyable se déversaient dans le bastion, comme un vin sombre emplissant un calice.

Drár ne savait plus où donner de la tête, sa lame était noire du sang des assaillants mais plus il tranchait les têtes, plus il transperçait les corps et plus les silhouettes qui se jetaient sur lui semblaient nombreuses. Acculés sur le chemin de ronde oriental, les héros nains et humains voyaient leurs troupes déjà amoindries se réduire, et se réduire encore. Chacun d'entre eux emportait dix, douze ennemis dans la tombe mais c'était loin d'être suffisant, et il n'y aurait bientôt plus âme qui vive pour tenir Therkâ Nâla.

- Mon Roi, cria Drár entre deux coups d'épée, il faut tenir jusqu'au lever du jour et puis fuir vers l'Est sous le couvert du soleil. Rejoindre les forces qui siègent à Atam Gathol !

- Jamais ! C'est ce qu'ils cherchent ! J'ai fui une fois, je ne fuis plus ! La mort...

Les petites pierres bleues de la barbe de Thorik virevoltèrent comme il faisait volte-face pour faire goûter son fer de hache à un gobelin qui était à deux doigts de sauter sur lui.

- La mort est préférable !

Le jour semblait proche, on commençait à voir légèrement plus loin et plus distinctement dans la lumière grise qui précédait l'aube. Comme pour corroborer ses dires, des forces armées supplémentaires approchaient, venant du sud mais aussi de l'est ! Là, ils pouvaient les voir : elles avançaient à bonne vitesse malgré le terrain rocheux des contreforts des Ered Mithrin et sonnaient le glas des défenseurs. Ils étaient pris entre une enclume et deux marteaux qui s'apprêtaient à les battre, à les malaxer jusqu'à ce qu'ils soient aussi plats qu'une assiette d'argent.

- Mes frères, je vous demande pardon. Fol était l'espoir qui me fit partir à la reconquête de Gundubanâd...

- Non Roi Thorik, l'interrompit soudainement Orwen, regardez ! Ce ne sont pas des gobelins ! Ce ne sont pas des gobelins !


♦ ♦ ♦




Spoiler:
 

Longtemps Thorvald avait rongé son frein, s'attardant dans la partie orientale du massif comme Thorik lui en avaient donné l'ordre, laissant les Nains et les Rohirrim faire office de fers de lances de la reconquête pendant que lui et ses archers attendaient que Gundmund et Grimbeärd aient fait la grande boucle par le sud. Mais la grande armée du Rhovanion était lente à mouvoir, et on disait que la reconquête s'était enlisée et que les rois et seigneurs qui la menaient résistaient vaillamment dans une forteresse martyre. Vaillamment, mais vainement. Alors Thorvald avait décidé d'outrepasser les ordres et les consignes, de bousculer la fatalité quitte à en subir les conséquences. Comment pouvait-il rester en garnison alors que des hommes et des nains se battaient et mourraient là-bas ? Suivi d'une centaine des redoutés Archers de Bard, il avait remonté dans une course effrénée les citadelles conquises, comme autant de jalons qui le séparaient de l'avant-poste de la Reconquista. Les nains en garnison à Atam Gathol les avaient pris pour des fous furieux, pour des fantômes se ruant vers l'ouest sur les ailes du vent... Les dalites avaient ensuite mis à peine deux jours et deux nuits pour arriver en vue de Therkâ Nâla aux première lueurs de l'aube.

La bataille faisait rage devant eux. Thorik, Orwen et tous les seigneurs survivants croulaient sous la masse des gobelins qui n'allait pas tarder à les ensevelir. Ils arrivaient certes tard, mais pas trop tard pour les sauver.

Thorvald s'arrêta, et comme un seul homme tous ses archers firent de même derrière lui. Et ils saisirent leurs grands arcs quand il saisit le sien, et ils encochèrent leurs flèches noires suivant son exemple. Leurs mâchoires serrées et leurs yeux brillants leur donnaient un aspect sévère et implacable. Ils étaient les dispensateurs de la mort venue du ciel, froids et concentrés. Sûrs de leur habileté et forts des années d'entraînement et des batailles qu'ils avaient déjà traversées, leur devoir était de ne pas rater leurs cible ; et ils ne les rateraient pas.

- Ce sont les esclaves de Gundabad qui ont tué mon père, voilà quatre ans maintenant ! Je l'ai vengé depuis, mais chaque fois qu'on me donnera l'occasion de leur faire payer leur crime je la saisirai comme une portion supplémentaire de la weregild qu'ils me doivent. Et cette weregild, je ne la prends pas en pièces d'or, mais en gouttes de leur sang ! Montrez-leur qui sont les véritables maîtres du Nord !

Et les flèches volèrent en direction des murailles, transperçant les cottes de mailles grossières des peaux-vertes, pénétrant leurs chairs viciées, les harponnant de plein fouet alors qu'ils croyaient que rien ne pourraient les déranger sur le chemin d'une victoire acquise d'avance.

- Seigneur, regardez là, regardez au sud !

Thorvald tourna la tête dans la direction que son lieutenant pointait du doigt. Là, sur l'arrière-plan terne de l'orée de Vertbois se détachait un groupe de silhouettes d'importance à peu près équivalente à leur propre formation. Mais elles étaient grandes et robustes... Plus grandes et plus robustes qu'aucun de ses hommes, ni aucun des guerriers qu'il avait pu contempler dans sa vie dans les rangs de l'armée de Dale. Alors il comprit...

- Les Béornides, ils sont partis en guerre ! Les Hommes-ours viennent écharper du gobelin !

Une larme coula des yeux de Thorvald. L'espoir venait de naître. Un curieux hasard venait de faire arriver les deux alliés de la reconquête à point nommé, si hasard il y avait. Il n'y avait pas pensé jusqu'alors, mais il se rendit compte tout à coup que les trois peuplades cousines étaient réunies aujourd'hui, ici à Therkâ Nâla. Les Rohirrim et leurs lances aiguisées, les Dalites et leurs arcs implacables, les Béornides et leur fureur guerrière : tous des descendants des vaillants hommes du Nord de jadis, tous ayant dans leurs veines le sang de l'ancestrale Maison de Hador, réunis aujourd'hui pour opposer à l'outrecuidance gobeline le juste courroux des fils du septentrion. Il fit tirer une nouvelle volée de flèches avant que les béornides n'entrent dans la mêlée, puis ordonna qu'on grimpe sur les contreforts rocheux pour y décocher des flèches ciblées et précises. Il ne fallait pas prendre le risque de toucher des alliés ; chaque vie, chaque bras, chaque volonté guerrière était précieuse et ne serait pas de trop dans ce grand règlement de compte.

Et tandis qu'il encochait un nouveau trait, il se sentit envahi d'une inspiration surgie des profondeurs du passé.

- Brenna dagr ! Flyja nótt ! hurla-t-il d'une voix claire et puissante qui surnagea le vacarme des combats.

Que flambe le jour, que fuit la nuit ! Tous les soldats dalites avaient, dans leur jeunesse, appris dans leur propre langue le grand cri de guerre des Edain du Nord, qu'on entendait jadis en Beleriand sous sa forme sindarine*, quand les Hommes affrontaient déjà les créatures de Morgoth dans la jeunesse du monde. Il n'était aujourd'hui plus enseigné que par tradition, jamais proféré dans les batailles, mais il semblait à Thorvald que ce cri de guerre existait précisément pour un tel moment.

Et parmi le bruit que faisaient les Hommes du Val d'Anduin, dont certains riaient tout en guerroyant, il discerna la voix grave et sonore de Varbeorn qui répondait dans sa propre variante dialectale :

- Bernen loht ! Fleen naht !

Et Orwen Hogorwenson, qui avait échappé son épée dans l'âpreté des combats sur les remparts, saisit la Bannière du Rohan et s'en servit comme d'une lance. Le cheval blanc revint à la vie et même le champ de sinople sembla onduler comme l'herbe d'une prairie fouettée par un vent du Nord puissant, et il fut pris d'une joie qu'il n'avait plus connu depuis longtemps...

- Baernan leoth ! Fleon niht !

Et tout en combattant, les alliés de la coalition éclatèrent en chants. Des chants entonnés là avec les sonorités riches et émouvantes du rohirric, là avec les accents gutturaux de la langue du Val, là avec les consonnes dures du vocabulaire dalite... Mais tous beaux et terribles à la fois, gonflant le cœur des alliés d'une euphorie soudaine et emplissant d'angoisse celui des ennemis.



* Lacho calad ! Drego morn !




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