RPG SEIGNEUR DES ANNEAUX - LE JEU DE RÔLE SEIGNEUR DES ANNEAUX N°1 !
 
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 La Demeure dans les Fondations

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Hadhod Croix-de-Fer
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MessageSujet: La Demeure dans les Fondations   Sam 12 Nov 2016 - 23:49



Après avoir suivi les traces du chariot en sens inverse, le duo était arrivé au sommet d'une douce colline qui offrait une vue dégagée et permettait de voir loin à l'ouest. Ils avaient alors discerné les ruines dont avaient parlé les esclavagistes deux jours plus tôt et avaient tâché de s'y rendre en suivant une ligne aussi droite que le leur permettait le terrain. Ça n'avait pas été aisé car il s'agissait sans doute là de l'accès le moins évident pour atteindre l'ancienne cité des Mírdain, mais ils avaient néanmoins réussi : ils avaient atteint les ruines desquelles on disait que bien peu d'âmes jugeaient bon de s'approcher...

♦ ♦ ♦

À moitié courbé sur son cheval, Oropher tentait de garder un esprit lucide et pragmatique malgré la douleur atroce qui martyrisait son dos. Ce n'était pas chose facile, le sang s'étant remis à couler depuis quelques heures et il sentait le liquide chaud imprégner ses habits déjà bien souillés ; un sang mêlé d'humeurs jaunâtres dues à l'infection. De temps à autre le renégat agrippait sa tunique au niveau de son flan et la faisait glisser un peu, ce qui lui arrachait une grimace et un gémissement de douleur mais permettait au tissu de ne pas trop coller aux entailles. Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était le silence pesant qui occupait les lieux, brisé seulement par les murmures du vent dans les aspérités des vieilles pierres et le croassement rauque et lugubres de quelque corbeau. Il n'entendait aucune voix humaine, ou elfique ou de quelque race douée de parole que ce fût et se demanda bientôt s'ils avaient fait le bon choix en venant ici. En deux jours, les individus que les esclavagistes avaient vus de loin n'étaient peut-être plus du tout dans les parages...

Il se risqua à faire part de son angoisse à Lithildren qui menait toujours le cheval par la bride. Elle avait ignoré ses paroles pendant la majeure partie du voyage, mais ils se voyaient maintenant dans l'obligation de se concerter pour prendre la meilleure décision possible.

- Lith...

Volontairement ou par habitude elle ne sembla pas l'entendre.

- Lithildren...

L'elfe à la chevelure de jais arrêta sa marche, imitée par l'équidé, et tourna légèrement la tête en sa direction comme pour tendre l'oreille. C'était plutôt bon signe à vrai dire. Oropher parla d'un voix que la douleur rendait presque éraillée par moment :

- Je commence à me demander si ce groupe de personnes n'est pas simplement né des hallucinations d'un de nos geôliers, qui aurait trop forcé sur la bouteille... Le Borgne ne les a pas vus, lui, et peut-être qu'il avait raison malgré son œil manquant. Et même si ce groupe a réellement existé, il ne sera pas resté à la même place pendant deux jours et deux nuits ! C'étaient là peut-être simplement des voyageurs égarés qui s'étaient attardés près de ces ruines par curiosité... Ou alors... ils venaient pour un but précis et sont entrés dans cette vielle cité, mais dans un endroit spécifique, caché, dans lequel nous ne pouvons les voir.

L'ex-agent de l'Ordre de la Couronne de Fer ne souhaitait pas attiser de discorde, aussi se garda-t-il bien de critiquer le choix de son amie de venir chercher de l'aide en ce lieu incongru, mais il regrettait en lui-même de ne pas avoir tenté leur chance au Pays de Dun où ils auraient à coup sûr trouvé des habitants. Cela aurait pu les mener vers une bonne ou une mauvaise fortune, mais ç'aurait été mieux que le calme plat qu'ils trouvaient là. Et pourtant il ne pouvait lui en vouloir, il lui avait clairement proposé les possibilités et lui avait laissé libre choix ; elle avait décidé de continuer la route avec lui plutôt que de le laisser à son triste sort et il lui en était reconnaissant. Reconnaissant mais malheureux car ne trouver personne ici lui promettait des jours et des jours de souffrance en l'absence de soins. Peut-être même risquait-il la septicémie si l'infection gagnait l'intérieur de son corps... Il avait trop peu de connaissance en médecine pour connaître précisément les risques et les séquelles éventuelles. Tout ce qu'il savait, c'est que le Borgne avait eu la main lourde, très lourde.

- J'espère que ma deuxième hypothèse est la bonne... Et il n'y a qu'un seul moyen de le savoir : en cherchant. Je me demande s'il vaut mieux partir chacun de notre côté pour fouiner dans ces ruines et nous retrouver ici même à une heure donnée, ou bien mener les recherches ensemble ? Mon cœur me dit clairement...

Mais Lithildren ne sut jamais ce que le cœur d'Oropher venait de lui dire de façon si claire, car ce dernier s'arrêta net au milieu de la phrase. Se tenir ainsi sur sa monture lui permettait d'avoir une vision plus haute que sa camarade et de toute évidence il venait d'apercevoir quelque chose. Les yeux plisser, il fixait un point à quelque distance derrière elle par dessus son épaule. Elle n'eut pas le temps de se retourner que des pas précipités se firent entendre. Il en arriva également de la gauche et de la droite, simultanément. En un clin d’œil trois silhouettes apparurent de nulle part. Elles arrivèrent avec une grâce et une rapidité digne des elfes, et effectivement leur allure filiforme et leur oreilles pointues confirmèrent leur nature : ils étaient bien de leur race quoique peut-être pas du même peuple. Tous trois avaient des cheveux blonds tirant légèrement sur le roux et ils étaient vêtus de différentes teintes de gris et de brun. Ils encerclèrent Oropher et Lithildren et gardant quelques mètres de distance, et les tinrent en joue avec leurs grands arcs bandés.

L'un d'eux, qui semblait plus calme et plus âgé que les deux autres, prit la parole en langue sindarine, que la majorité des elfes de la Terre du Milieu comprenaient :

- Le territoire sur lequel vous vous trouvez, vous n'avez rien à y faire. Pourquoi errez-vous dans ces ruines ? Vous ne trouverez rien là-dedans.

D'un discret signe de tête, il transmit un message tacite à ses deux semblables. Ceux-ci bandèrent leurs arcs plus que jamais. Visiblement cela ne les gênait aucunement que la question posée reste sans réponse...

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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Dim 13 Nov 2016 - 20:44

La marche durait depuis un certain temps déjà, et nulle âme ne fut aperçue parmi la désolation des âges anciens. Le vent sifflait entre les pierres, léchait les murs avec douceur et venait caresser la peau de Lithildren. Le silence bourdonnait dans les oreilles de l'elfe aux cheveux de jais. Ses pas étaient lourds, pesants ; la fatigue gagnait peu à peu le corps de cette femme si forte et pourtant si fragile. Oropher n'avait de cesse de l'appeler depuis leur départ des parmi les collines et la plaine vide, mais elle ne répondait pas. Elle se demandait encore si elle avait fait le bon choix ou s'il fallait rebrousser chemin. Elle aurait souhaité le faire, mais si elle le faisait, il mourrait. Oropher était condamné. Le laisser ici la libérerait d'un fardeau immense : celui des souvenirs. Mais cela lui ajouterait celui du remord, de la peine... Perdre son fiancé était assez, elle ne voulait pas non plus perdre cet elfe pour lequel elle ignorait encore la teneur de ses sentiments.

- Lith...

Il n'allait donc jamais arrêter ? Ce surnom exaspérait l'elfe. Elle ne voulait plus l'entendre. Cela lui rappelait trop de bonnes choses, autant que les mauvaises. Elle raffermit sa prise sur la bride et allongea un peu le pas.

- Lithildren...

Elle tiqua et se stoppa. Son ton était lent, bas, las, éraillé. Elle tourna pourtant à peine la tête pour avoir une oreille face à lui et l'entendre. Voire l'écouter.

- Je commence à me demander si ce groupe de personnes n'est pas simplement né des hallucinations d'un de nos geôliers, qui aurait trop forcé sur la bouteille... Le Borgne ne les a pas vus, lui, et peut-être qu'il avait raison malgré son œil manquant. Et même si ce groupe a réellement existé, il ne sera pas resté à la même place pendant deux jours et deux nuits ! C'étaient là peut-être simplement des voyageurs égarés qui s'étaient attardés près de ces ruines par curiosité... Ou alors... ils venaient pour un but précis et sont entrés dans cette vielle cité, mais dans un endroit spécifique, caché, dans lequel nous ne pouvons les voir.

Elle se tourna vers lui, prise d'une colère sourde. Elle montra les crocs et le foudroya du regard. Il osait critiquer le choix de son "amie" alors qu'il lui avait laissé faire ce choix seule ?! Lithildren s'approcha en mettant une main sur la garde d'une des épées qu'elle avait récupéré lors de la tuerie de la caravane, avant qu'il ne rouvre la bouche pour continuer son discours. Elle était prête à dégainer pour achever Oropher, par colère et un minimum de compassion.

- J'espère que ma deuxième hypothèse est la bonne... Et il n'y a qu'un seul moyen de le savoir : en cherchant. Je me demande s'il vaut mieux partir chacun de notre côté pour fouiner dans ces ruines et nous retrouver ici même à une heure donnée, ou bien mener les recherches ensemble ? Mon cœur me dit clairement...

Il se stoppa net. Son souffle s'accéléra, ses pupilles se rétractèrent et il laissa en suspens un mot, une phrase entre ses lèvres entrouvertes. Lithildren dégaina et se tourna. Le vent souffla un peu plus fort tandis que trois silhouettes elfiques surgirent des murs sans faire un seul bruit. Leurs cheveux blonds tirant sur le roux et leurs habits dans les teintes des murs donnaient à ces elfes un air bien étrange. Ils bandaient leurs arcs si fort que Lithildren crut que les armes allaient rompre. L'un deux se redressa, baissa un peu son arc et parla d'une voix qui résonna entre les murs.

- Le territoire sur lequel vous vous trouvez, vous n'avez rien à y faire. Pourquoi errez-vous dans ces ruines ? Vous ne trouverez rien là-dedans.

Son geste de tête et le fait que les deux autres se tinrent prêts à tirer firent changer Lithildren du tout au tout. Elle lâcha son épée et se mit à genoux au sol. Elle prit un ton implorant et larmoyant, dans la Langue Commune.

- Non ! Pitié, non ! Ne lâchez pas votre courroux sur nous telle la tempête ! Je ne souhaitais pas attiser votre colère ! Mon ami est gravement blessé, et il a besoin de soins urgents ! Je vous en supplie, accordez-lui votre miséricorde ! Si quelqu'un est à blâmer, c'est moi ! Tuez-moi si cela vous plaît, mais sauvez-le de la douleur et de la mort.

Lithildren avait une attitude de religieuse devant une effigie : sur les genoux, mains jointes aux doigts entremêlés... Elle se releva aussi sec et fit descendre Oropher de cheval. Celui-ci, devenu bien faible, s'effondra sur les genoux. Lithildren montra l'étendue des dégâts à l'elfe ayant parlé, puis leva sur lui un visage aux yeux embués, les joues trempées de larmes et un air effondré.

- Je vous en supplie...

L'autre elfe observa le duo et avança d'un pas. Lithildren le regardait, alors qu'il levait la main pour faire signe à ses acolytes. Ce que cela signifiait, l'elfe ne le savait pas...
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Hadhod Croix-de-Fer
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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Dim 20 Nov 2016 - 17:32


Pendant une seconde, Oropher se demanda si l'arrivée impromptue de ces inquiétants archers ne lui avait pas sauvé la vie. Ou en tout cas prolongé la vie pour encore une minute, ou plusieurs si les discussions duraient davantage. Car la soudaine apparition du trio avait interrompu l'élan de rage de Lithildren et lui avait fait lâcher la poignée de sa nouvelle épée. Avait-elle eu réellement l'intention de le tuer, simplement parce qu'il venait de lui faire part d'une inquiétude ? Ou était-ce juste pour lui faire peur et l'inviter à tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de lui parler à nouveau ? La réaction de la belle était démesurée, mais Oropher mit cela sur le compte de la fatigue et surtout de l'angoisse qui avait commencé à ronger leurs entrailles : l'angoisse de ne pas trouver âme qui vive dans ces ruines lugubres. S'il en croyait cette logique, Lithildren avait saisi son épée contre lui justement parce qu'elle s'inquiétait pour sa vie... Drôle de paradoxe, mais il préférait largement cela à l'indifférence dont elle avait fait preuve pendant le trajet. Le renégat n'eut toutefois pas le loisir de méditer sur le comportement de celle qu'il aimait... qu'il aimait bien... bref de celle qui comptait pour lui, non plus que d'aborder la chose avec elle.

Trois elfes dont il ne connaissait ni les noms ni l'affiliation les avaient pris au piège, et leur visages froids et sévères ne laissaient pas plus d'espoir que le craquement du bois de leurs arcs tendus. Oropher ne chercha même pas à se défendre, sachant pertinemment que lui et sa camarade d'aventure ne pouvaient rien face aux flèches prêtes à jaillir. Sa fatigue et sa douleur lui interdisaient toute action vive, de toute façon. Une pointe de flèche bien placée lui assurerait une agonie brève et mettrait fin à ses souffrances. Alors il n'importunerait plus Lithildren de ses remarques agaçantes...

Quelle ne fut pas sa surprise de voir cette dernière implorer littéralement leurs agresseurs, et aller jusqu'à se mettre à genoux en pleurant les mains jointes pour le sauver au détriment de sa propre vie. Bien qu'il se fût habitué peu à peu aux sautes d'humeur de l'elfe au cheveux de jais, Oropher en resta bouche bée. Comparée à l'instant d'avant, c'était une deuxième Lithildren qu'il voyait là. Et il pensa de façon certaine que c'était la vraie Lithildren : il était convaincu qu'un individu, quel qu'il soit, révélait ses émotions véritables lorsqu'il était confronté à l'inattendu. Sa réaction était alors spontanée et libérée de tout calcul. Et cette sincérité présumée le toucha au plus profond de son être. C'était la deuxième fois qu'elle faisait passer sa vie avant la propre sienne. Cela le prenait aux tripes, lui donnait envie de la prendre dans ses bras et de ne jamais, jamais la lâcher. Pourtant il le savait bien, leur sort ne serait pas différent : soit les elfes décideraient d'occire ces deux intrus, soit ils leur laisseraient miraculeusement la vie sauve, mais ils ne feraient sans doute pas de demi-mesure.

Il vit l'elfe le plus âgé effectuer un signe de la main à ses deux acolytes. Ce devait être là, assurément, une communication courte en mátengwië, le langage gestuel des elfes. Oropher savait l'employer et pourtant il ne parvenait pas à retranscrire le geste de l'elfe : ils devaient user de leur propre variante de mátengwië, sans doute. Les deux autres archers débandèrent leurs arcs et les abaissèrent, mais ne remisèrent pas pour autant leurs flèches dans leurs carquois. Leur interlocuteur se tourna alors vers Lithildren.

- Il est étrange, fit-il remarquer en westron cette fois, que vous utilisiez le langage commun pour répondre à une phrase énoncée en sindarin. Êtes-vous ignare à ce point pour ne pas comprendre la langue que tous les elfes connaissent ? On croirait entendre un de ces humains irréfléchis ! De quelle cité pouvez-vous bien venir, je me le demande...

Ces paroles brutales ne laissèrent pas Oropher indifférent. Toujours à genoux et malgré sa souffrance, il sentit une colère sourde monter en lui et le parcourir jusqu'à l'extrémité des doigts. Cette colère lui donna l'envie de se lever, de se saisir de l'épée glanée deux jours plus tôt et de faire sauter la tête de cet arrogant qui insultait son amie. Mais il résista à la tentation et ne le fit point : une telle réaction les condamnerait tous deux et annihilerait la lueur d'espoir qui était apparue lorsque leurs agresseurs avaient baissé leur armes. Qui plus est, il en était tout bonnement incapable physiquement. Il préféra exprimer son mécontentement de manière verbale, en westron également :

- Je me demande exactement la même chose, en vérité. De quelle cité êtes-vous les ressortissants, vous qui agissez comme si vous étiez les gardes de ces ruines inhabitées ? Moi j'ai compris votre phrase, mais je m'attriste de voir que vous usez d'une si belle langue pour dire d'aussi grandes sottises. Ces ruines, nous avons autant le droit de les fouler que vous, voyageurs que nous sommes. Cela fait bien longtemps que les Noldor les ont abandonnées.

Les deux archers relevèrent leurs arcs en fronçant les sourcils, mais le vieil elfe les rappela à l'ordre d'un nouveau signe de la main.

- Ce peut faire bien longtemps que leurs premiers occupants n'y habitent plus, effectivement, mais elles n'en demeurent pas moins chargées d'histoires et des échos du glorieux passé, et nous n'apprécions pas que les voyageurs comme vous, fussent-ils des elfes, s'y baladent à la légère sans le moindre respect, ou profanent ces lieux...

- Nous ne sommes pas venus profaner ni nous promener. N'avez-vous pas entendue ma camarade ? Je suis blessé, nous traversions ce pays et nous avons vu ces ruines au loin. Nous nous sommes hâtés d'y venir en espérant trouver une âme charitable qui pourrait me dispenser aide et soins. Mais si vous ne pouvez pas ou si vous ne voulez pas, alors dites à vos hommes de me transpercer de leurs flèches car cela reviendra au même !

Voyant que les deux intrus à genoux n'avaient pas l'intention de se battre, le vieil elfe se déraidit un peu et s'adressa à ses frères dans un sindarin tellement chargé de termes étranges que même Oropher ne parvint pas à comprendre de manière sûre ce qu'il disait. Les échanges durèrent plusieurs minutes durant lesquelles il put voir tour à tour l'incompréhension, la réprobation et l’agrément se dessiner sur les traits des deux autres archers. L'un d'eux rangea alors sa flèche d'un geste vif, enfila son arc en bandoulière et vint voir Oropher ; sans grande douceur il lui enleva sa cape et lui demanda d'ôter sa tunique, ce qu'il fit. Il observa un instant la gravité des blessures et la propagation de l'infection, passant son doigt sur les entailles du fouet. Puis sans crier gare il s'éloigna d'un pas rapide avant de disparaître parmi les ruines en direction du nord-ouest. Finalement ce fut à nouveau l'elfe plus âgé qui se tourna vers Oropher et Lithildren...

- Bien. Nous avons décidé la chose suivante : je viens d'envoyer Celegitirn chercher les plantes médicinales et ingrédients nécessaires à l'enrayement de votre infection et à la cicatrisation de vos blessures. Nous allons tenter de vous guérir. En échange nous vous demanderons tous deux un service que vous ne pourrez pas nous refuser. Je vous dirai en quoi cela consiste plus tard.

Ils attendirent une heure, peut-être deux, avant que l'elfe ne revienne. Il portait à présent une sorte de grosse blague en cuir dont il vida le contenu. Il y avait là divers sachets en toile fine contenant les broyats de différentes plantes séchées, ainsi que des gourdes d'eau et une casserole en argent dont les parois intérieures étaient parcourues de runes. Il y avait là également des rouleaux de bandage en fibres végétales et diverses autres petites bricoles dont Oropher ne put deviner la nature dans la pénombre grandissante. Le troisième elfe, qui était probablement le jumeau du précédent, alluma un feu à partir des brindilles et de morceaux de bois qu'il était allé chercher au préalable.

Tout était prêt. Au milieu de la lumière dorée et des ombres dansant sur les ruines alentours, ils pouvaient commencer la guérison.

- Si je devais ne pas survivre à cette nuit, glissa Oropher à son amie dans un chuchotement que les trois elfes ne perçurent pas, je veux que tu saches que...

Il hésita un instant, avant de reprendre.

- ... Si je t'ai suivi depuis Imladris ce n'est pas seulement parce que tu m'as libéré, ni seulement pour t'aider à faire payer Al'dar, mais surtout pour honorer notre longue amitié à laquelle je n'ai jamais renoncé malgré toutes ces années d'absence. Si j'ai pu commettre des erreurs, faire des... petits écarts qui ont pu te blesser et ternir cette amitié, je m'en excuse bien bas. Ces elfes ont apporté les ingrédients nécessaires mais je veux que ce soit toi qui me guérisse. Pas eux. Je veux que mon sort, quel qu'il soit, repose entre tes mains.

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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Mer 23 Nov 2016 - 10:15

- Il est étrange que vous utilisiez le langage commun pour répondre à une phrase énoncée en sindarin. Êtes-vous ignare à ce point pour ne pas comprendre la langue que tous les elfes connaissent ? On croirait entendre un de ces humains irréfléchis ! De quelle cité pouvez-vous bien venir, je me le demande...

Il avait fait baisser leurs arcs aux autres. Le ton de l'elfe était teinté d'un mépris coupé à de la surprise franche et une certaine ironie. La lueur de colère qui passa dans les yeux de l'elfe aux cheveux de jais fut rapide mais n'en fut pas moins lourde de sens. S'il était elfe comme il le clamait avec une telle arrogance, alors il verrait la colère qu'il venait d'attiser chez cette inconnue des mœurs elfiques. Elle les avait connu... autrefois. Cette langue - le sindarin - cela lui rappelait vaguement quelque chose sans qu'elle sache quoi exactement. Elle captait un son, un mot, mais pas de quoi resituer une phrase complète. Elle ne comprenait plus sa propre langue... quelle honte pour une elfe. Oropher, lui, connaissait le sindarin. Pas elle. Plus maintenant. Elle avait oublié, comme elle avait oublié bien des choses sur son passé.

- ... les Noldor les ont abandonnées.

- Ce peut faire bien longtemps que leurs premiers occupants n'y habitent plus, effectivement, mais elles n'en demeurent pas moins chargées d'histoires et des échos du glorieux passé, et nous n'apprécions pas que les voyageurs comme vous, fussent-ils des elfes, s'y baladent à la légère sans le moindre respect, ou profanent ces lieux...

- Nous ne sommes pas venus profaner ni nous promener. N'avez-vous pas entendue ma camarade ? Je suis blessé, nous traversions ce pays et nous avons vu ces ruines au loin. Nous nous sommes hâtés d'y venir en espérant trouver une âme charitable qui pourrait me dispenser aide et soins. Mais si vous ne pouvez pas ou si vous ne voulez pas, alors dites à vos hommes de me transpercer de leurs flèches car cela reviendra au même !

Lithildren restait muette. Elle regardait dans le vague. Même Oropher avait cru à la jolie illusion jouée par la belle. Jamais elle ne se serait soumise ainsi, pas même devant ces elfes. Mais la nécessité l'avait poussée à surjouer. La conversation - ou joute verbale - qui se livrait autour d'elle bourdonnait comme une abeille pour elle, bien que cela fut livré en westron. Lithildren finit par sortir de son inertie lorsqu'un des archers vint observer les dégâts. Aucune expression ne pouvait se lire sur son visage, rien. Lithildren lâcha Oropher et le planta là. Elle reprit son épée et la fit tourner avec grâce avant de rengainer, tournant le dos à tous. Elle savait des yeux méfiants et attentif braqués sur elle, mais elle ne tenterait rien sans un Oropher soigné et en pleine forme.

- Bien. Nous avons décidé la chose suivante : je viens d'envoyer Celegitirn chercher les plantes médicinales et ingrédients nécessaires à l'enrayement de votre infection et à la cicatrisation de vos blessures. Nous allons tenter de vous guérir. En échange nous vous demanderons tous deux un service que vous ne pourrez pas nous refuser. Je vous dirai en quoi cela consiste plus tard.

Un service ? Équitable. Lithildren sentait le coup foireux arriver à grands pas, mais la guérison de son camarade comptait plus que tout pour le moment. Quand ils le pourront, ils s'en iront.

Le temps passa lentement. Un temps que Lithildren passa debout près du cheval au lieu d'assister Oropher dans sa douleur. Elle allait néanmoins parfois s'accroupir pour vérifier qu'il ne mourait pas, puis se redressait. Après un temps, l'elfe revint - enfin ! - avec les herbes médicinales. Pourquoi avait-il mit autant de temps ? En plus pour un sac de cette taille-là... Lithildren s'accroupit près d'Oropher pendant que le jumeau de Celegitirn allumait un feu. Oropher lui demanda de se pencher sur lui, et il murmura faiblement à l'oreille de son amie.

- Si je devais ne pas survivre à cette nuit, je veux que tu saches que... Il marqua une hésitation avant de reprendre. Si je t'ai suivi depuis Imladris ce n'est pas seulement parce que tu m'as libéré, ni seulement pour t'aider à faire payer Al'dar, mais surtout pour honorer notre longue amitié à laquelle je n'ai jamais renoncé malgré toutes ces années d'absence. Si j'ai pu commettre des erreurs, faire des... petits écarts qui ont pu te blesser et ternir cette amitié, je m'en excuse bien bas. Ces elfes ont apporté les ingrédients nécessaires mais je veux que ce soit toi qui me guérisse. Pas eux. Je veux que mon sort, quel qu'il soit, repose entre tes mains.

Alors voilà. Il la voyait comme une amie. Alors ce baiser, ce "Je t'aime" pour l'empêcher de s'empoisonner... Du vent. Des paroles en l'air, voilà ce que c'était. Elle rata un battement de cœur et le bruit de verre brisé qu'elle imagina pour illustrer sa peine correspondait parfaitement à la situation. Mais son désespoir soudain se mua avec la même rapidité. Sa colère sourde fut telle qu'elle gifla Oropher de toutes ses forces. Elle jeta le sachet de plante qu'elle tenait dans les mains et alla voir l'elfe le plus âgé, qui se tenait non loin.

- Je ne puis soigner mon ami. Je ne puis parler sindarin. je ne me souviens de rien de tout cela. Je me souviens à peine de mon enfance, du visage de mon fiancé, des voix des gens que j'ai connu à Imladris. Alors jugez-moi si le cœur vous en dit, moquez-vous et riez, mais la situation n'est nullement amusante pour moi. Soignez-le, c'est tout ce qu'une pauvre elfe comme moi peut vous demander...

La dernière phrase était dite d'un ton doux, bas et triste par rapport au reste qui était ferme. Le plus âgé fit un signe de tête à Celegitirn qui, dans un soupir presque exaspéré, se détacha de son coin de mur et alla soigner Oropher qui était si hébété par la gifle et le départ de Lithildren qu'il ne pipa mot. Après avoir remercié d'un ton plein de chaleur l'elfe devant elle, elle se détourna et capta un simple "Lith' !" d'Oropher. L'intéressée tourna la tête mais s'éloigna dans les ruines, gardant la lueur du feu en vue pour ne pas se perdre. Là, une fois seule, elle tapa du poing contre le mur, ignorant la douleur que cela provoqua chez elle. Elle prit son épée et donna des coups dans le vent, avec force et sans grâce, jetant son bras devant elle pour simuler d'autres gifles et coups en imaginant Oropher devant elle. Un coup trop fort le fit lâcher prise et l'épée vint s'écraser contre le mur dans un tintement, puis retomba au sol. L'elfe s'effondra sur les genoux, bascula sur les hanches puis fondit en larmes salées.

Ses sentiments étaient si confus qu'elle ignorait où elle se situait. Tantôt l'amour tantôt la haine s'emparaient d'elle quand elle était face à Oropher. Mais cela ne signifiait donc rien pour lui ? Il faisait ça juste pour "honorer" une amitié passé ? Elle voulait que cela sonne faux, mais cela avait son sens. Lui dire qu'il l'aimait l'avait stoppée alors qu'elle allait boire ce poison ; elle l'avait libéré face à des mots mielleux pleins de promesses ; dans la caravane il s'était adressé à elle comme un amoureux transi pour qu'elle tienne jusqu'à Minas Tirith ; il l'avait mise face à choix avec tout autant de douceur ; il avait prolongé ce baiser dans la caravane pour qu'il soient plus solidaires que jamais. Alors là était le bilan : toutes ces farces étaient un jeu habile pour qu'elle se plie aux volontés d'un traître, d'un assassin. Il disait vouloir tuer le Bras-de-Fer, mais peut-être voulait-il amener Lithildren devant lui et la tuer comme gage de fidélité à l'Ordre ? Non, non, non ! Elle ne voulait pas y croire. Pourtant, cela semblait aussi plausible que n'importe qu'elle théorie qui pourrait sortir de son esprit blessé, lacéré et de son cœur brisé.

Elle resta des heures durant au sol à se lamenter et à pleurer sur son sort. Déjà ces elfes qui la méprisaient car elle était différente, Oropher qui ne pensait rien de ce qu'il montrait... Sa peine était trop grande pour être supportable, mais sa quête n'avait pas encore prit fin. Elle était fatiguée de courir pour une vengeance, mais maintenant elle voulait plus que tout l'accomplir. Pour tuer Oropher à la fin. S'il la brisait encore une fois, elle le tuerait sans se poser de questions. Geraïnh pourrait reposer en paix, lui qui aimait si peu Oropher... Lithildren savait maintenant pourquoi. Mais penser à tuer Oropher, imaginer le faire, remplissait l'elfe d'un tourment profond et de nouvelles larmes montaient.

- C'est fait.

La voix qui perça les ombres la fit se relever et se retourner.

- Votre ami est sauf. Il se repose. Faites de même.

L'elfe qui leur parlait depuis le début tourna les talons et s'en alla. Elle regarda l'ombre tranquille qui se dessinait près du feu. La colère, la tristesse l'envahirent. Mais elle devait passer outre. Lithildren prit son épée et elle près du feu. Elle s'assit en face d'Oropher, de l'autre côté du foyer de braises brûlante et s'allongea pour s'endormir. Le corbeau du sommeil la prit bientôt sous son aile et l'emporta dans un monde où rêves et réalité se mêlent sans jamais se toucher...
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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Lun 28 Nov 2016 - 22:20

Grâce à l'expérience des siècles Sadron avait acquis un jugement que d'aucuns considéraient comme fiable et avisé. Sa fonction de sentinelle lui avait fait côtoyer divers étrangers qui avaient payé de leur vie leur folle hardiesse ou tout simplement leur curiosité. Il ne fallait laisser personne visiter les ruines de la cité des Gwaith-i-Mirdain, c'étaient là les ordres depuis des lustres, et bien que sa conscience le poussât souvent à privilégier des moyens moins radicaux il arrivait souvent que la mise à mort des intrus soit la seule solution viable. Le plus souvent, il propulsait ses traits de nuit afin de demeurer invisible et visait volontairement à quelques pieds des voyageurs égarés pour que le claquement du fer sur la pierre et la terreur nocturne les fassent fuir. Mais si ces derniers étaient déterminés à pénétrer le sanctuaire coûte que coûte, la flèche venait se ficher avec une précision redoutable dans leur gorge ou leur poitrine. Oui, il tuait. Froidement, sans fioriture ni jubilation, mais il tuait pour assurer la pérennité de leur vie secrète.

Ce fut tout naturellement qu'on accorda le droit à ses deux fils jumeaux, Celegitirn et Maeditirn de l'accompagner durant ses patrouilles lorsqu'il furent en âge de porter l'arc et la lame, et que leur vaillance et leur fidélité furent reconnues. Ils formaient un trio fort efficace, la rapidité du premier fils et l'habilété du second complétant fort bien la vision claire et juste et la capacité décisionnelle de leur père.

Aussi quand il observait ce couple d'elfes venu fouiner dans les ruines, son jugement lui dictait de se méfier davantage de la femme aux réactions imprévisibles que de son compagnon blessé. Certes ce dernier aurait pu constituer un véritable danger s'il avait été en pleine possession de ses moyens, mais ce n'était pas le cas. Et de toute façon il lui paraissait plus raisonnable et plus posé que sa comparse féminine. C'est pourquoi il ne la lâcha pas du regard lorsqu'elle s'éloigna en faisant tournoyer son épée dans les airs ; il raffermit même sa prise sur le grand arc d'if. Lui ordonner de poser son arme aurait été malvenu compte tenu du « service » qu'ils allaient lui demander, aussi préféra-t-il tenir sa langue et ne pas envenimer les choses. Parfois la sagesse dictait de demeurer passif dans certaines situations bien précises, et celle-ci en faisait partie. Un peu plus tard, la gifle que la belle voyageuse infligea à son camarade de route fendit le visage de Sadron d'un pâle sourire et confirma son jugement : cette elfe était imprévisible et dangereuse. Si elle était capable de gratifier son ami d'un coup aussi appuyé, elle n'hésiterait sans doute pas à leurs distribuer de généreux coups de taille avec sa lame et ce malgré la mauvaise facture de cette dernière.

Il fut bien aise de savoir ses deux fils derrière lui lorsqu'elle s'avança pour lui parler.

Grande fut sa surprise quand il entendit les lamentations sortir de sa fine bouche. Elle lui parla de son désarroi de ne pas avoir les connaissances nécessaires pour soigner son ami, de ne pas pouvoir maîtriser la langue sindarine et aussi de ne pas arriver à se rappeler divers éléments de sa vie passée. Sadron ne répondit rien sur ces sujets-là. Il y vit un problème de mémoire provoqué par il ne savait quelle magie, quelle substance ou quel événement mais se garda bien d'approfondir la chose : il n'était pas là pour se laisser amadouer par les confidences d'une inconnue, mais pour tirer le meilleur parti d'une situation. C'est pourquoi il accepta simplement de déférer à Celegitirn le soin d'améliorer l'état de santé du blessé. Un détail l'intéressa grandement cependant : la jeune femme avait mentionné Imladris comme la cité où elle avait vécu par le passé. Peut-être venaient-ils tous les deux de là-haut, finalement... Peut-être étaient-ils des descendants lointains de ceux qui avaient fui Ost-in-Edhil à l'Âge précédent... Ce serait là un drôle de clin d’œil à l'Histoire.

Le vieux gardien la suivit en catimini parmi les murs et les colonnes en ruine sous la lune, à bonne distance pour ne pas éveiller son attention mais d'assez près pour la conserver en ligne de mire. Plusieurs heures s'étaient écoulées et l'astre nocturne avait vogué vers une autre partie des cieux lorsque Maeditirn vint le prévenir de la fin des soins. Il se révéla alors à Lithildren et la mit sobrement au courant de l'état de son comparse. Ce ne fut que lorsque la belle retourna en direction du feu qu'il rebroussa lui-même chemin.

Les cinq elfes se rassemblèrent autour des flammes réconfortantes. On était bien près de l'aube, mais ni Sadron, ni Maed ni Celeg ne fermèrent l’œil. Ils restaient vigilants. Et ils conversèrent.


La douleur était toujours présente mais était devenue bien plus supportable qu'auparavant. Les cataplasmes qu'on lui avait appliqué étaient une véritable bénédiction pour son dos meurtri. Ils avaient été longs à préparer, plusieurs heures en vérité, mais le résultat était là et la médecine de ces étranges elfes se révélait efficace. L'odeur qui se dégageait de la substance pâteuse maintenue par les bandelettes était saine à défaut d'être exquise, émanation des principes actifs des différentes plantes utilisées là, dont le pauvre Oropher ignorait bien le nom. L'important, c'est qu'il pouvait de nouveau fléchir le buste sans grognement ni rictus. Les elfes lui avaient fait savoir qu'il lui faudrait bien des jours avant que les plaies profondes ne cicatrisent parfaitement. Celegitirn avait, par son savoir-faire et ses connaissances des plantes médicinales, réussi à enrayer l'infection ou tout au moins à faire en sorte qu'elle aille decrescendo et finisse par disparaître ensuite.

Le renégat de l'O.C.F. devait très certainement sa vie à ces mêmes inconnus qui tout à l'heure avaient bandé leurs arcs sur lui et sa camarade ; le sort était parfois bien paradoxal. Il s'étonna de ce soudain changement d'attitude avant de se rappeler que le plus âgé avait parlé à Lithildren d'un service à rendre en contrepartie de sa propre guérison. Ceci expliquait cela. Et il imaginait bien le sort que ces archers leur réserveraient s'ils essayaient de s'enfuir en catimini sans s'acquitter de leur dette.

Mais ces pensées un tantinet inquiétantes n'étaient rien face au désarroi qui le saisissait à chaque fois qu'il repensait aux mots qu'il avait prononcé à l'attention de Lithildren. Il avait voulu éviter à cette dernière la douleur de perdre un second amant, si les choses avaient mal tourné pour lui. Mettant en avant ses sentiments amicaux plutôt que ses sentiments amoureux, il la dispensait du tourment causé par le regret de la vie commune qu'ils auraient pu avoir ensuite. Mais les choses s'étaient passées différemment : il n'était pas mort, il venait au contraire d'être sauvé. Et pour toute récompense à ses bonnes intentions il avait récolté une gifle, terrible non pas à cause de la douleur conglante sur sa joue mais par ce qu'elle représentait. Dans son geste Lithildren avait déversé toute sa frustration, sa déception, et sans doute même une certaine forme de haine, il le sentait. Même à présent qu'elle était revenue, les yeux rougis, dans le halo de la lumière du feu, elle restait froide et distante. Chaque fois qu'Oropher tourna la tête pour la regarder, il la voyait assise à contempler fixement la danse crépitante des flammes. Comment pouvait-il lui en vouloir de sa réaction ? Ce qu'il lui avait dit était cruel malgré les bonnes intentions qu'il y avait derrière. D'ailleurs, la violence de sa réaction n'était-elle pas la preuve qu'elle avait de forts et sincères sentiments pour lui ?

Qu'elle avait de forts et sincères sentiments pour lui.

Oropher trembla devant la dure révélation de ses propres pensées. Elle pouvait bien avoir eu des sentiments, qu'étaient-ils devenus après ce qui s'était passé tout à l'heure ? Avaient-ils survécu à l'épreuve ? Le pire dans l'histoire, c'est qu'il ne pouvait pas tout lui expliquer : il savait pertinemment qu'au vu de l'humeur actuelle de la belle, elle ne le croirait pas même s'il lui jurait qu'il l'aimait d'un amour vrai et éternel.

- Je comprends à présent pourquoi tu n'as pas voulu me soigner de tes propres mains, lui murmura-t-il. Tu savais ne pas avoir les compétences nécessaires à ma guérison et tu as préféré mettre toutes les chances de mon côté, quitte à renoncer à la solution belle et tragique que je t'ai proposé. Cela me touche énormément, sache-le.  

Il n'attendait pas de réponse. En fait, il souhaitait juste terminer sur des paroles d'apaisement avant de se laisser glisser vers le sommeil réparateur que Celegitirn lui avait conseillé. Ce ne fut toutefois pas un sommeil profond, mais une simple somnolence, car il lui sembla entendre ce que disaient les trois elfes à l'autre bout du feu. Leurs voix étaient éthérées et floues qu'à l'ordinaire mais Oropher sut qu'elles étaient bien réelles et qu'il ne s'agissait pas d'un rêve. Lithildren avait également dû s'assoupir pour qu'ils se mettent à parler ainsi à mi-voix tous les trois.

- Pourquoi as-tu mis autant de temps à revenir, Celegitirn mon fils ? Tu n'as pas pu tout trouver dans la réserve ?

C'était la voix du plus ancien. Elle fut suivie par celle, plus rapide, de son enfant.

- Si, père. Seulement voilà, j'ai dû attendre le bon moment pour qu'on ne me voie pas. C'est que notre idée est contraire aux ordres, comme tu le sais.

- Mon idée, tu veux dire. C'était la mienne, pas la tienne ni celle de Maeditirn. Si elle se révèle néfaste, c'est moi qui en assumerai les conséquences...

- Je commence à regretter de m'être rallié à ton idée, père, fit une troisième voix qui était celle de Maeditirn. Obliger deux étrangers à entrer dans nos souterrains, c'est faire exactement l'inverse de ce pourquoi nous avons toujours veillé. Toute notre longue vigilance, nous la réduisons sciemment à néant...

- Ce ne sont plus nos souterrains, Maeditirn. Ce sont ses souterrains à présent... et si nous ne tentons rien ils le seront pour toujours. Voilà pourquoi j'ai eu l'idée d'outrepasser les ordres.

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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Mar 29 Nov 2016 - 12:53

Lithildren dormit quelques heures seulement. Ses rêves étaient emplis de bien des pensées et souhaits qui se mêlaient dans un carnage parfois morbide. Oropher ne se reposait pas non plus, mais elle ne le regardait pas. Elle fixait le feu dansant, pensant à tout et à rien. Lithildren s'était tout de même apaisée après un léger sommeil. La nuit était encore là, mais plus pour bien longtemps. Doucement, la nuit noire s'éclaircissait vers l'est pour laisser place au soleil, un astre qui réchauffait le coeur, l'esprit et la peau, surtout après un tel hiver.

L'elfe aux cheveux de jais pensait à son fiancé, Geraïhn, reposant en terre d'Imladris, tué par un homme surnommé le Bras-de-Fer. Dans un assaut auquel Oropher avait participé, cet homme avait brûlé les écuries d'Imladris – un endroit important pour l'elfe – et tué bien des elfes. Dont Geraïhn. Et peut-être même les parents de Lithildren, mais elle ne souhaitait aucunement les venger. Pas autant qu'elle voulait venger son fiancé. Mais pourquoi le venger si elle aimait Oropher ? Pour laver sa conscience. Cette vengeance était une sorte d'excuse pour son absence et son délaissement de son aimé qu'elle avait abandonné involontairement. Elle souhaitait être morte en le vengeant sur le champ de bataille. Mais Oropher aurait été seul, lui. Et alors ?! Il n'avait jamais rien fait pour elle, si ce n'est l'empêcher de mourir durant les derniers jours.

Elle capta le frottement doux d'un mouvement. Oropher s'approchait d'elle. Elle ne réagit pas, bien que l'envie de s'éloigner la prenait au cou. Elle le laissa plutôt faire, faisant mine d'être plongée dans ses pensées sans apercevoir les nombreux regards qu'il lui portait. Elle espérait qu'il regrettait la situation, car elle comptait la faire durer. Longtemps.

- Je comprends à présent pourquoi tu n'as pas voulu me soigner de tes propres mains. Tu savais ne pas avoir les compétences nécessaires à ma guérison et tu as préféré mettre toutes les chances de mon côté, quitte à renoncer à la solution belle et tragique que je t'ai proposé. Cela me touche énormément, sache-le.
- Si tu meurs, je ne pourrais venger mon fiancé.

Elle se retint bien de dire qu'elle serait volontiers restée auprès de lui s'il n'avait pas dit ce qu'il avait dit. La belle s'éloigna alors de lui, lui lança un regard plein de rancoeur et se replongea dans ses pensées. Mais plus elle pensait, plus elle tombait de sommeil. Elle ferma les yeux et somnola, captant néanmoins une conversation floue et indistincte, qui semblait si lointaine, et pourtant qui était si proche. Lithildren ne capta que quelques mots mais elle déduit un sens plus vaste alors qu'elle tombait de sommeil.

Ce vieil elfe avait désobéi à des lois aussi vieilles que Lithildren afin de demander à Oropher et elle de débarrasser les souterrains de quelque chose. Ou plutôt de quelqu'un, si sa déduction était logique. Peut-être que leur "colonie" avait un chef trop avide qui avait prit plus qu'il ne donnait. Mais peut-être aussi qu'une créature régnait sur les souterrains et qu'elle... Non, il ne pouvait s'agir que d'une personne : un elfe, peut-être un bâtard mi-humain. Peu importait qui cela était, elle honorerait le contrat. Après tout, ils avaient sauvé la vie d'Oropher, même si maintenant elle souhaitait plus sa mort que sa survie. Cela avait peu d'importance. Elle sentait en elle bouillir le désir de se battre et d'exprimer toute sa haine, comme lorsqu'elle avait tué tout ces esclavagistes.

La matin vint, flamboyant et vif. Des serpents orangés parcouraient le ciel encore un peu sombre de l'ouest, tandis que le soleil se montrait à l'est. Lithildren s'était levée après un court sommeil et avait grimpé sur un des murs afin de regarder l'aube naissante. Elle ferma les yeux et se délecta de la chaleur du soleil, tout comme de sa présence. Elle n'était pas certaine de le revoir un jour, alors elle imprimait son image vive dans son esprit. Esprit calme, apaisé et posé d'ailleurs, qu'elle portait. Oropher l'appela depuis le sol. Elle descendit du mur en un bond, avec grâce, et alla d'un pas léger vers les trois autres elfes, ignorant un peu Oropher. Ce fut le plus âgé qui parla, comme toujours.

- Nous avons soigné votre ami. Désormais, c'est à vous de remplir votre part du marché.
- Equitable. Ma lame est à votre service jusqu'à ce que de ma dette je sois acquittée.

Il ne cacha pas sa légère surprise et arbora un léger sourire.

- Je n'aurais qu'une demande à vous soumettre, cependant. Elle prit sa lame et grimaça. Cette épée est de facture humaine, possédée précédemment par un esclavagiste qui tenta de nous vendre, mon camarade et moi-même. Si vous voulez que je vous rende service, j'aurais besoin de lames elfiques, et non humaines. Les lames vous seront rendues dès la fin de ce... service.
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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Mer 11 Jan 2017 - 20:42

[Toutes mes excuses pour cet énorme retard. ]


L'état physique d'Oropher allait sur le mieux mais il ne pouvait s'en réjouir pleinement. Malgré l'apaisement de ses douleurs dorsales et de sa fièvre, malgré la chaleur revigorante du soleil matinal, l'instant présent ne lui apportait guère de satisfaction et l'avenir proche ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices.

Présentement, celle qu'il aimait mettait de la distance entre eux deux, préférant s'adresser aux elfes autochtones – et tout particulièrement au plus âgé – pour ne pas à avoir à lui adresser la parole. Ses regards courroucés n'étaient pas aussi soutenus ni aussi réprobateurs qu'avant leur sommeil, mais cette froide indifférence ne valait guère mieux. Et pourtant l'ex-sbire de l'Ordre de la Couronne de Fer pouvait comprendre cette attitude : comment aurait-il réagi, lui, si la belle lui avait fait comprendre qu'il y avait simplement de l'amitié entre eux deux et non de l'amour ? Pas trop bien, probablement...

Quant aux heures ou aux jours qui s'étendaient devant eux, ils n'allaient pas être de tout repos, il en était convaincu. Car Sadron et ses fils ne l'avaient pas guéri gratuitement et ils exigeaient un paiement pour effacer la dette qui lui était tombée dessus. Ce n'était pas un paiement en or ni en argent, ni en une quelconque monnaie ; fort heureusement car ils ne disposaient d'aucune richesse. Il s'agissait d'un service, ce qui paraissait plus réalisable mais qui s'avérait aussi bien plus inquiétant : descendre sous la terre dans les profondeurs de cette cité ruinée ne lui disait rien qui vaille, surtout après ce qu'il avait entendu du discours des elfes locaux dans son demi-sommeil. Il y avait quelque chose de mauvais dans un de ces souterrains, c'est ce qu'il avait déduit des conversations, et lui et sa camarde seraient les cobayes qui se rendraient là où les autres n'osaient aller. Qu'était cette chose ? Il l'ignorait. S'il avait été seul, il aurait filé à la première occasion et aurait laissé ces gardiens à leurs sombres machinations. Il se serait probablement fait reprendre, ralenti qu'il était par le contrecoup de l'infection et sa grande fatigue des derniers jours. Mais de toute façon Lithildren avait accepté le marché et il se garda bien d'aller à l'encontre de cette décision, d'une part pour ne pas envenimer les choses entre eux deux et d'autre part – et surtout – pour ne pas partir sans elle. Ils affronteraient donc les ténèbres d'en-dessous, bon gré mal gré.

Cependant la belle elfe et le vieil archer semblaient avoir un désaccord, ou tout du moins un sujet de marchandage...

- C'est une demande pour le moins hardie que vous me faites là, l'entendait-il dire. Vous n'aurez pas ma lame car je ne daigne pas m'en séparer, et nous ne pouvons prendre le risque d'aller en chercher à... enfin, nous ne pouvons aller en chercher spécialement pour vous. Mais je ne suis pas dénué de tout bon sens pour autant, et puisque vous avez accepté nos conditions sans restrictions je vous accorderai ce que vous venez de me demander. Se tournant vers ses fils. Celegitirn, Maeditirn, remettez-leur vos épées. Puis se retournant vers le duo de voyageurs. Mais je vous préviens : si armé de nos propres armes vous tentez quoi que ce soit à l'encontre de nos personnes ou si vous n'honorez pas notre accord, nous vous abattrons de nos flèches. Suis-je bien clair ?

Les deux jumeaux s'approchèrent et délièrent les lanières qui maintenaient leurs lames dans leur dos. Leurs visages durs et leurs gestes brusques exprimaient clairement leur réprobation et leur réticence à remettre ainsi leurs propres lames, leurs lames chéries, à des inconnus. Mais à circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles, disait-on. Celegitirn tendit une épée elfique de taille respectable à Oropher. Elle était légèrement recourbée à la pointe, et sa poignée en cuir sans fioriture inutile assurait à son nouveau porteur une prise sûre dans le cas où il aurait à s'en servir. Son frère s'avança vers Lithildren et lui tendit deux lames jumelles dont la longueur était moitié moindre. Les fourreaux de métal recouvert de cuir noir étaient parfaitement ajustés à la forme gracieuse et travaillée de ces petites épées, qui pour plus de légèreté ne possédaient pas de garde mais dont les bouts de la poignée était rehaussés d'argent. Sur les lames couraient des runes au sujet desquelles Maeditirn ne donna aucun semblant d'explication.

- Quoi que vous fassiez, ne les laissez pas au fond du souterrain, c'est tout ce que je vous demande. Je tiens à elles comme à la prunelle de mes yeux.

Des yeux qui promettaient le plus cruel des châtiments s'il devait arriver malheur à ses précieuses amantes, comme il se plaisait à les appeler.

Ainsi parés Lithildren et Oropher suivirent Sadron et ses fils, qui les escortèrent parmi les ruines sans âge sans dire un mot de plus. Leur cheval avait été attaché à un pilier en ruine près du feu pour plus de commodité. La tension était palpable, non seulement pour les deux voyageurs qui n'allaient pas tarder à sauter dans l'inconnu, mais aussi pour les trois elfes locaux qui connaissaient, eux, le danger présent dans ces galeries et qui se demandaient sans doute encore si ce qu'ils faisaient était juste, censé, dangereux ou répréhensible. Juste, cela pouvait se discuter car un service en valait un autre et ils avaient redonné la santé à un Oropher mal en point. Censé, probablement, et même opportuniste. Dangereux, pour les deux malchanceux qui allaient descendre, certainement ; pour eux-mêmes, qui sait ce que cette manœuvre pouvait provoquer, mais ils avaient choisi de prendre le risque. Répréhensible, ils verraient bien une fois qu'ils se retrouveraient devant le chef.

Traversant des vestiges tous plus délabrés les uns que les autres, ils montèrent en direction du cœur de la cité dévastée et arrivèrent au bord d'un espace creux formant une énorme cuvette pavée entourée de colonnes brisées. Oropher devina qu'il s'agissait là d'un endroit important, ou qui avait eu son importance lors de l'âge d'or de la cité-forteresse : ce lieu revêtait à la fois un caractère solennel et intriguant. Le groupe s'arrêta. L'ex-agent de la Couronne de Fer questionna Sadron du regard... pourquoi faire halte ici ? L'autre ne répondit rien. Les deux frères jumeaux descendirent au centre de cette cuvette circulaire. Il y avait un trou de forme ronde également, tout juste assez large pour laisser passer les épaules d'un homme ou d'un elfe et entouré de parapets en décrépitude. Tout curieux inexpérimenté aurait pris cet orifice pour un vieux puits depuis longtemps hors d'usage et aurait passé son chemin. Mais pas Sadron et ses fils. Eux savaient.

- Le sol est à environ deux mètres de profondeur, fit le vieil elfe.

Il leur tendit la torche qu'il avait apporté tandis que ses deux fils bandaient leurs arcs. Les deux drôles de tourtereaux n'avaient plus le choix, il fallait sauter là-bas dedans.

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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Ven 13 Jan 2017 - 18:26

- C'est une demande pour le moins hardie que vous me faites là. Vous n'aurez pas ma lame car je ne daigne pas m'en séparer, et nous ne pouvons prendre le risque d'aller en chercher à... enfin, nous ne pouvons aller en chercher spécialement pour vous. Mais je ne suis pas dénué de tout bon sens pour autant, et puisque vous avez accepté nos conditions sans restrictions je vous accorderai ce que vous venez de me demander. Celegitirn, Maeditirn, remettez-leur vos épées. Mais je vous préviens : si armé de nos propres armes vous tentez quoi que ce soit à l'encontre de nos personnes ou si vous n'honorez pas notre accord, nous vous abattrons de nos flèches. Suis-je bien clair ?
- Soyez sans crainte. Je n'ai qu'une parole, bien que me faire confiance soit une aberration totale.

L'elfe aux cheveux de jais donna à Sadron le regard qui soutenait ses dires. Lithildren avisa les deux jumeaux s'approcher d'Oropher et elle. Maeditirn tendit sans délicatesse deux demi-lames. Lithildren se sentit comme une enfant dans un bac de sable : ce genre de lames était exactement ce qu'elle préférait.

- Quoi que vous fassiez, ne les laissez pas au fond du souterrain, c'est tout ce que je vous demande. Je tiens à elles comme à la prunelle de mes yeux.

Lithildren s'inclina devant Maeditirn en guise de promess. Elle savait quel sort elle recevrait si elle venait à perdre ces lames. Lithildren noua la ceinture autour de ses hanches fines et se sentit Elfe de nouveau. Elle ne s'était pas sentie elfique depuis trop longtemps, et ce sentiment ne venait que... d'armes. Lithildren ne se sentait Elfe que lorsqu'elle se battait. Oropher lui donnait  la force de vouloir se battre et de tout conquérir, de tout accomplir. Mais sa vengeance passait d'abord. Pourtant, plus ils voyageaient ensemble, moins sa vengeance devenait importante. Sauf en apparences. Lithildren revint à la réalité et s'endurcit. Oropher ne devait rien voir ni comprendre des remords que l'elfe aux cheveux de jais portait en son coeur.

Une fois prêts et quelques affaires légères embarquées, Oropher et Lithildren marchèrent côte à côte en silence, derrière Sadron et ses jumeaux. Plus ils s'enfonçaient dans l'antique cité, plus les ruines semblaient... des ruines. La dévastation était légère dans les abords, mais presque totale vers le centre de la ville. Lithildren regardait Oropher du coin de l'oeil lorsque celui-ci ne regardait pas sa camarade. Elle se sentait mal de l'ignorer ainsi, mais sa réaction près du feu la mettait en colère et elle se sentait nerveuse rien qu'en y pensant. Mais elle essayait aussi de se focaliser sur sa nouvelle mission. Sadron venait de recruter deux étrangers dans une potentiellement mortelle mission. Ce devait être quelque chose d'interdit, pour que des étrangers soient chargés de le faire. Dangereux, interdit, bref, ce n'était pas eux qui allaient se salir les mains. Lithildren et son ami devaient être tombés à point nommé. Cela semblait presque étrange... Oropher regardait le sol. Honte, déception, tristesse ou tout à la fois ? Lithildren restait aussi froide et inexpressive que possible.

Quand il s'arrêtèrent, Lithildren regarda la cuvette au bord delaquelle le groupe venait de s'arrêter. La cuvette était pavée jusqu'à une sorte de... puits ? Des colonnes bordaient la cuvette. Le puits était, quant à lui, bordé à la façon d'un mur de château à une petite hauteur. Lithildren, la moins large d'épaule du groupe, pourrait passer juste. Mais Oropher aurait à ramener ses épaules en avant. Elle s'imagina Oropher dans cette position et ne put s'empêcher d'arborer un léger sourire. Qu'elle perdit rapidement, pour ne pas qu'il pense qu'elle était... enfin bref.

- Le sol est à environ deux mètres de profondeur.

La voix de Sadron tira Lithildren de son observation du "puits". Ce devait être l'entée des souterrains, ou en tout cas d'une partie des souterrains où le problème résidait. Cet endroit sentait comme l'antre d'une créature des âges anciens... Elle se moqua d'elle-même. Ridicule pensée. On aurait dit pourtant que l'endroit avait une importance certaine, et le puit au centre ne présageait rien du tout de bon. Maeditirn et Celegitirn sortirent leurs arcs et les bandèrent, en prévision d'un coup fourré des deux exilés. Lithildren prit la torche que Sadron tendait et empoigna Oropher par le bras, l'emmenant derrière elle. Sadron et ses fils restèrent au bord de la cuvette sans avancer plus. L'elfe aux cheveux de jais lâcha Oropher au bord de la cuvette.

- Je descends en première avec la torche et je te ferais signe de descendre. Et fais attention dans la descente. Ton dos doit se reposer un peu.

Lithildren s'assit au bord du puits et se laissa glisser. Elle fléchit légèrement les jambes pour se réceptionner, et atterrit accroupie. Elle chercha avec la torche un passage et en trouva un à sa droite. Elle fit signe avec la torche à Oropher de descendre. Elle fut là pour l'aider à se réceptionner, tenant Oropher en cas de besoin. Il devait ne rien comprendre, car il allait lui demander si elle allait bien. Mais elle se détourna avant qu'il ne croit quoi que ce soit. Un tunnel s'ouvrait devant eux. Lithildren donna la torche à Oropher.

- Éclaire-nous, et laisse-moi me battre. Tu n'interviens dans une bagarre que si j'ai besoin d'aide. Désobéis, et je te jure que cette mission sera la dernière de tes préoccupations.

Son ton ferme et sans équivoque refroidit l'exilé qui se crispa et se braqua. Mais Lithildren se retourna et ils commencèrent leur "voyage" dans les souterrains noirs sous une cité délabrée. Croisière de rêve en amoureux.
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MessageSujet: Re: La Demeure dans les Fondations   Dim 12 Fév 2017 - 21:28


- J'ai peur que les prochaines heures ne soient pas très propices au repos, que ce soit pour mon dos ou pour mon corps en général. Mais n'aie crainte je ferai attention. Et puis la médecine de cet homme a réellement fait des prouesses et je ne doute pas que les effets des soins continuent à opérer. C'est une bonne chose que nous les ayons trouvés, en fin de compte... même si le prix à payer est élevé.

Il n'avait pas cherché à dissimuler ses paroles, souhaitant presque que les trois archers les entendent et sachent ce qu'il pensait de toute cette histoire. Son sentiment envers eux était ambivalent : il sentait que lui et Lithildren étaient en train d'être utilisés, pour de bonnes ou de mauvaises fins, mais il ressentait également de la gratitude envers eux et en particulier envers Celegitirn qui l'avait, sinon sauvé, du moins soigné.

- Remarque, quand je dis en fin de compte, il faut peut-être attendre de voir comment tout ça va se terminer.

Cette bouche noire qui allait l'avaler n'était pas pour le rassurer. L'ex-traître-à-son-peuple vit avec un frémissement celle qu'il aimait s'y engouffrer et fut soulagé d'entendre le bruit feutré indiquant une réception parfaite. Il se retourna une dernière fois vers Celegitirn qui le maintenait en joue...

- Puissé-je avoir l'occasion de vous rendre la lame magnifique que vous m'avez prêté, c'est tout ce que je demande.

Après quoi il se pencha en avant avec une grimace, posa ses mains sur les rebords opposés de l'orifice et laissa pendre son corps dont le poids était maintenu par la seul force de ses biceps. Peut-être aurait-il mieux fait de descendre de manière plus classique car l'effort lui arracha une grimace. D'un geste vif il rabattit ses mains contre ses cuisses et se sentit tomber dans le vide. La réception ne fut certainement pas aussi maîtrisée que celle de sa camarade mais il s'en sortit sans casse. À peine reprenait-il ses repères que Lithildren lui fourra sans ménagement la torche dans la main, lui attribuant la tâche peu gratifiante d'éclairer leur progression pendant qu'elle irait devant. Les Elfes avaient beau avoir des coutumes moins sexistes que les Humains, Oropher n'en fut pas moins blessé dans son amour-propre : que lui, homme qu'il était et ayant par-dessus le marché livré des batailles par le passé, puisse être relégué au grade de porte-torche, ne lui plaisait guère.

- Est-ce que c'est pour me préserver que tu veux ça, ou bien parce que tu ne crois pas en mes talents de bretteur ?

N'obtenant aucune réponse il se contenta de la suivre et de lever son brandon enflammé le plus haut possible. Il espérait seulement que c'était la bonté et non le mépris qui avait poussé Lithildren à passer devant, les deux demi-lames de Maeditirn prêtes à jaillir de leurs fourreaux.

Ça y est, ils commençaient de s'enfoncer dans les entrailles de la vieille Ost-in-Edhil. Les parois du tunnel étaient d'excellente maçonnerie, et même si le temps avait effrité le roc en bien des endroits, il n'était pas parvenu à anéantir le travail des bâtisseurs Noldor du temps jadis ni à effacer totalement les motifs et inscriptions que les tailleurs de pierre y avaient gravé. Bien qu'il sut qu'un grand danger les attendait devant, Oropher ne pouvait s'empêcher de porter la torche près des murs, la flamme venant lécher les gravures et les révélant pendant un instant fugace, trop fugace pour qu'il puisse déchiffrer ce que les runes disaient. Il reconnut là des tengwar, mais d'une curieuse sorte, comme si les Gwaith-i-Mírdain ne s'étaient pas seulement amusés à forger des anneaux mais aussi à forger des variantes des langages et alphabets traditionnels. Ces gens étaient de véritables prodiges à l'esprit vif, comme il n'en existait plus.

En une ou deux occasions, l'ex agent de l'O.C.F. aperçut, tombés au sol, des fragments de roche comportant eux aussi des runes. Il se sentit obligé de s'arrêter pour les ramasser et les enfouir dans les poches de ses habits, même si ces haltes soudaines n'étaient pas toujours du goût de sa comparse. Pourquoi faisait-il cela ? Il n'avait jamais été très versé dans ces choses-là, mais il lui semblait que ces débris et ces runes pouvaient détenir un pouvoir, le pouvoir du passé, et qu'il pourrait en tirer profit s'il ressortait vivant de cet endroit.

Le sol était parfaitement plat, mais de nombreuses volées d'escaliers aux longueurs disparates jalonnaient ce tunnel alambiqué. Le duo ne cessait de tourner et de retourner, tantôt à gauche, tantôt à droite, tant et si bien qu'ils perdirent bientôt toute notion d'orientation. La seule chose dont ils étaient sûrs, c'est qu'ils descendaient de plus en plus profondément.

- Toutes ces complications ont été conçues pour gêner les assaillants et rendre ces souterrains imprenables du temps où ils étaient habités par les gens de Celebrimbor. Aujourd'hui, les assaillants c'est nous. Je pense que ces galeries ont connu pire assaut !

Plus ils avançaient, plus Oropher s'inquiétait pour Lithildren. Peu importe ce qui les attendaient dans les tréfonds de la forteresse, ça serait sûrement hostile, ça les attaquerait, il en était presque certain. Et ça tomberait sur celle qui allait en tête, celle qui lui était si chère et qu'il ne voulait perdre pour rien au monde.

- Lith, je ne puis te laisser braver seule le danger. Si l'on m'a offert une lame c'est bien pour m'en servir, et quand tu auras besoin d'aide il sera déjà trop tard. Non, je ne te laisserai pas faire le soldat de première ligne ni te sacrifier pour moi.

Et il pressa le pas pour revenir à sa hauteur.

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