La Demeure dans les Fondations

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Lithildren Valbeön
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Ven 6 Oct 2017 - 18:29
Lithildren n'était ni idiote ni aveugle, malgré l'argent de ses yeux qui porteraient à croire le contraire. Sa tentative absolument pas distinguée de charmer l'homme avait lamentable. Elle souffla discrètement du nez, agacée et dégoûtée d'elle-même, puis se redresse à peine, tâchant tout de même de rester droite. Plus ou moins.

Elle laissa son nouveau... enfin, cet homme parler jusqu'au bout.

Une carte ? Des trésors ? Alors voilà, c'était bien une ancienne cité. Mais quelle lien avec les trois elfes de la surface ? Un pacte secret et discret entre ceux qui sont censés protéger des fouilles et ceux qui veulent récupérer les trésors ? Il mentionna Thilda, une demoiselle qu'il souhaitait épouser. Et un dette. Lithildren ressentit un pincement au coeur. Il se tuait à la tâche pour déterrer des trésors, juste pour avoir assez d'argent pour vivre avec celle qu'il aimait. L'Elfe ne put s'empêcher de penser à Oropher et Geraïhn. Quel genre de relation avait-elle avec eux ? Elle chassa ces idées pour se reconcentrer sur Holric. Mmh. La carte dans le Lossarnach et le fait que le patron se focalise sur des anneaux en or tiqua à l'oreille de l'Elfe. Pourquoi des anneaux ? Tous connaissaient les histoires sur les Anneaux de Pouvoir, mais sûrement, il ne pût être possible ni imaginable que l'un d'eux soit enfouit ici. N'est-ce pas...? Bien sûr que non, quelle idiote considération.

Lithildren resta un long moment silencieuse, pensive. Il venait de lui demander comment elle avait... finit là. Elle songea, un long moment. Oui, comment avait-elle finit par se trouver là, dans la poussière, dans les ruines d'une antique cité d'un peuple dont elle s'éloignait chaque jour un peu plus ? Elle observa chaque alcôve, chaque creu dans les murs, croisa chaque regard haineux de chaque mineur, regarda le sol et les murs et le plafond. De la roche, des torches. Rien de plus. L'elfe aux cheveux de jais ramena lentement, comme par engourdissement, une jambe vers son buste et posa son menton sur son genou.

Elle l'ignorait. Tout bêtement. Ni le pourquoi, ni le comment ne lui vinrent. Elle ne vit que le désespoir de se fondre dans les ténèbres, de plonger aussi loin que les mineurs dans les profondeurs d'une terre hostile. Elle n'était chez elle ni accueillie nul part : ni à la surface, ni à Imladris, ni auprès d'Oropher. Pour la première fois en quatre siècles, Lithildren ressentit le pire des sentiments : la solitude. Elle se sentait seule, perdue, abandonnée par les Valar, plongée dans les mêmes ténèbres qu'Ungoliant tissait. Elle ressentit le froid, son estomac la serra en même temps que son coeur. Sa tête s'alourdit, une boule se forma dans tout son être.

Puis elle fondit de nouveau en larmes. Mais dans un silence de mort. Elle laissa les larmes affluer comme elles venaient, laissa ses épaules se secouer doucement tout en se mettant à pleurer, mais elle n'émit aucun son à part quelques petits souffles tristes perdus au milieu de sa bouche fermée et de sa gorge silencieuse. Lithildren faisait pitié à voir, dégoûterait certains. Mais elle ne voulait pas de pitié, ni de compassion, ni rien. Elle n'était qu'une Elfe sombre parmi les grands Elfes éblouissants.

Lorsqu'elle eut finit de déverser son flot larmoyant, elle renifla un grand coup, toussa et cracha dans un coin les glaires accumulés dans sa gorge. Oui, peu délicat, mais elle finissait par s'en ficher. L'Elfe poussa un long souffle désespéré. Et trouva enfin la force et le courage de parler.

- Je n'ai, et j'en suis navrée, pas d'histoire palpitante ni d'épopée longue comme mon bras à conter. Je suis tombée ici par bêtise, pour sauver un homme qui a surgit de mon passé alors que je tentais de renouer avec. Je n'ai plus rien : plus de famille, plus d'amis et mon fiancée a périt lors d'une terrible bataille il y a... je ne sais même plus quand. J'étais partie avec mon compagnon de route pour venger mon fiancé, mais je commence à douter de mes décisions...

Elle soupira un instant et resta silencieuse. Avec la poisse qui lui tombait dessus depuis son départ du Rohan, elle n'avait plus envie de se battre. Elle se disait qu'elle ferait mieux de trouver un coin et laisser faim ou soif finir ses jours. Le désespoir habitait de plus en plus l'Elfe, dont l'esprit fragile se mettait à dévoiler ses parts les plus enfouies. Elle remerciait des esprits absents qu'Oropher ne la voit pas dans un tel état. Et elle espérait qu'il s'en sorte. Elle, elle espérait mourir ici. Pour en venir à prier pour que l'on abrège ses souffrances... Elle était réellement au bout, et ne pouvait creuser plus profond.

Elle lâcha un nouveau soupir et essuya ses yeux avec le poignet.

- Enfin, peu importe. A quoi ressemblent les bagues ? Ce sont de simples anneaux d'or ? Quant au reste des trésors, y a-t-il des symboles, ou marques particulières ? Des décorations ?

La pitié qu'elle ressentait pour cet homme trop optimiste devint plus forte. Il voulait rester pour avoir plus d'argent. Mais Lithildren, elle, appuya une nouvelle théorie : personne n'aurait peut-être la chance de sortir vivant de ces cavernes. Pas de témoin, diraient-ils. Ca amènerait plus de curieux, plus de fouilles, plus de trésors ramenés au grand jour. Non. Lithildren se rendit compte d'une chose : si elle voulait s'en sortir, elle devrait éliminer ceux qui se dressaient en travers de son chemin. Les gardes. Le "patron". Les Elfes de la surface. Holric était le seul qu'elle épargnerait. Elle lui offrirait même une occasion et une chance de s'enrichir pour qu'il puisse épouse sa Thilda, acheter des terres, payer ses dettes... Et faire sa vie. Nul homme comme lui, optimiste et se tuant à la tâche pour une femme, ne mérite la mort par la main cruelle de quelques conservateurs égoïstes.
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Ryad Assad
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Ven 8 Déc 2017 - 14:34
Les larmes d'une Elfe ne constituaient pas une vision commune pour Holric. Pour quiconque, en réalité. Le pauvre mineur, maladroit malgré ses bonnes intentions, s'en voulut d'avoir fait pleurer la femme qu'il essayait pourtant de réconforter. Il avait toujours sa bonne humeur légendaire, même dans les moments difficiles, et il oubliait parfois que le monde pouvait être cruel et violent, au point que la seule évocation du passé pouvait briser une âme pourtant forte et fière. Il essaya de trouver les mots pour réconforter Lithildren, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Il n'était pas doué avec le verbe, et il aurait sans doute fait davantage de dégâts. Avec une délicatesse que ne laissaient pas soupçonner ses mains calleuses et poussiéreuses, il tapota doucement l'épaule de l'éplorée.

Comme pour lui dire « ça va aller ». Comme pour lui dire « tout n'est pas perdu ».

Patiemment, sans la brusquer, il attendit qu'elle eût repris la maîtrise d'elle-même. Autour d'eux, les autres mineurs ne semblaient pas avoir remarqué l'état de la jeune femme, et quand bien même ils s'en désintéressaient purement et simplement. Tout ce qui leur importait, c'était leur part du trésor, et rien d'autre. Ils voulaient rentrer chez eux le plus vite possible, avec les poches bien remplies, et ne se préoccupaient pas le moins du monde des états d'âme de celle qu'ils voyaient au mieux comme un poids mort, et au pire comme une potentielle concurrente sur les gains potentiels. Leur patron n'avait rien dit à propos du sort des deux Elfes, mais certains avaient commencé à se demander s'ils risquaient de prétendre à une portion de ce qu'ils avaient déterré jusque là. Quelques conversations tenues en secret témoignaient de l'inquiétude des mineurs à ce sujet, mais ils n'avaient pas envie de désobéir à leur chef. Ils savaient de quoi il était capable.

Holric revint à Lithildren en la sentant s'agiter sous sa main épaisse. Elle se dégagea légèrement, et entreprit de lui répondre. Cette fois encore, il écouta, car c'était là tout ce qu'il pouvait faire en réalité. Elle lui raconta sa situation en quelques mots précis, tranchants comme des coups de pinceau laissant de grandes lignes sur une toile vierge. L'esquisse était sombre, douloureuse, et on sentait la peine poindre sous chacun de ses mots. Cette pauvre créature avait pour elle la vie éternelle, mais personne avec qui la partager. Sans famille, sans amis, sans époux… Elle était seule et perdue dans ce vaste monde… noyée dans la nuit sans fin qui régnait sur les profondeurs d'Arda. Le mineur s'éclaircit la gorge, essayant de lui remonter un peu le moral malgré tout. Il n'était pas facile de trouver quoi dire, mais il se lança en priant pour que cela ne brusquât pas trop son interlocutrice.

- Vous savez… Quand on sera sortis d'ici, j'aurai assez d'argent pour construire une belle maison. Thilda et moi, on aura sans doute de la place pour… euh… eh bien, si vous voulez vous installer quelque part, Bree est un endroit agréable.

Il se sentit ridicule. Qu'y avait-il à Bree que Lithildren ne pouvait pas trouver ailleurs ? En tant qu'Elfe, s'imaginait Holric, elle aspirait sans doute à se vêtir de beaux atours, et à fréquenter les riches et puissants de ce monde. En comparaison, son village natal était sale, misérable, ridicule. Il ne la voyait pas vraiment accomplir les travaux de la ferme sous le soleil de plomb, ou se recroqueviller devant l'âtre lors des soirées les plus froides. C'était là la tâche des gens tels que lui, de basse extraction. Toutefois, sa proposition était motivée par la générosité qu'il avait en lui, et que rien ne semblait pouvoir émousser :

- Vous n'êtes pas obligée de répondre… Mais pensez-y.

Ce n'étaient que quelques paroles de réconfort, mais elles semblèrent avoir un effet sur l'Elfe, qui parut retrouver un peu d'énergie. Elle se focalisa de nouveau sur l'élément qui semblait l'intéresser : le trésor. Holric ne pouvait pas lui en vouloir, car après tout c'était leur meilleure chance à tous de repartir du bon bien dans cette vie impitoyable. Lithildren espérait peut-être pouvoir récolter les fruits de son labeur, et il ne s'inquiéta pas outre mesure de ses interrogations. Parmi les mineurs, c'était une conversation habituelle, même s'ils discutaient moins désormais, préférant se reposer pour mieux travailler le lendemain.

- Ils ne se ressemblent pas tous, mais le patron les examine et il garde ceux qui lui paraissent intéressants. La plupart son en or, oui. C'est d'ailleurs après qu'il a trouvé le premier qu'il a commencé à…

Une pause. Il déglutit difficilement, et son regard afficha une lueur d'inquiétude alors qu'il glissait vers l'intéressé.

- Euh, vous disiez à propos du reste du trésor ? Ah oui les symboles. Eh bien, je ne sais pas lire, mais il y a parfois des trucs gravés sur ce qu'on trouve. Je ne sais pas si le patron arrive à lire l'elfique, mais il passe du temps à essayer de déchiffrer tout ça.

Il haussa les épaules. Il n'était pas lettré, et tout cela le dépassait de beaucoup. Ses préoccupations concernaient surtout le poids et le matériau. Savoir que tel objet était en argent et qu'il faisait plusieurs livres était suffisant pour le rassurer. De toute façon, à part s'ils tombaient sur un collectionneur prêt à leur acheter des bibelots elfiques, le futur acquéreur de tout ça avait de fortes chances de fondre les métaux pour en faire autre chose. Alors à quoi bon savoir de quoi ils étaient recouverts ? Holric haussa les épaules avec un sourire amusé :

- Ce serait plus facile si on pouvait demander à celui qui a forgé tout ça, hein ?


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Jessp ne se sentait pas bien. Pas bien du tout. La vision de cette main tranchée lui avait fait comprendre que la menace était bien réelle, et il s'était éloigné de cette vision d'horreur qui resterait à coup sûr gravée dans sa mémoire. Oropher avait fait preuve d'un peu plus de courage – ou de pragmatisme – et il s'était approché du membre coupé pour essayer de voir ce qu'il pouvait en tirer. Malheureusement, il y avait assez peu d'indices. La blessure était irrégulière, mais rien ne pouvait confirmer ou infirmer qu'un bras avait été pris dans les mâchoires gigantesques d'une bête sauvage rôdant dans les profondeurs d'Ost-in-Edhil. En outre, les traces de sang n'étaient pas assez grandes pour laisser penser que la pauvre victime avait eu tout l'avant-bras déchiqueté.

Que fallait-il en penser ?

Ce fut à peu près la question que posa Jessp à Oropher, lequel prit un moment pour réfléchir. A l'évidence, quelque chose se tramait dans les souterrains de la cité enfouie, et il était certain qu'à deux ils ne parviendraient pas à résoudre ce mystère. Cette main constituait, dans une certaine mesure, la preuve qu'ils cherchaient. La preuve qu'il y avait bel et bien un danger dans ces couloirs sombres, et qu'il était préférable de rester sur ses gardes.

- E-Eh ! Où est-ce que vous allez ?

- Je suis les traces de sang, répondit Oropher, laconique.

Il avait en effet repéré quelques tâches sombres sur la pierre, qui s'éloignaient progressivement. Ainsi l'intéressé avait survécu à sa terrible blessure, et il avait réussi à s'échapper. Des traces de pas à peine visibles indiquaient la voie à suivre, et les deux explorateurs entreprirent de suivre les indices qui leur avaient été laissés. Ils explorèrent une série de salles, tournant au gré des tentatives du mutilé d'échapper à ce qui le poursuivait de toute évidence. Les foulées étaient larges, irrégulières, attestant des hésitations du malheureux qui cherchait un abri, ou bien une sortie. Ils empruntèrent des chemins qu'ils n'auraient jamais visité, prenant grand soin de placer des symboles aux intersections pour se repérer dans cette zone qu'ils ne connaissaient pas du tout. Les murs avaient tendance à se ressembler ici, et ils ne voulaient pas se perdre alors qu'une menace déambulait librement.

Au détour d'un corridor, quelque chose de brillant attira leur attention. Un reflet argenté posé à même le sol qui les poussa à la prudence. Ils se rendirent toutefois compte qu'il s'agissait d'une lame, une épée brisée qui reposait par terre. Elle était couverte de sang. Jessp et Oropher se regardèrent, avant de s'approcher. Le mystère s'épaississait. Ils poursuivirent leur exploration sur quelques mètres, seulement pour rencontrer deux pieds humains qui dépassaient de l'obscurité :

- Nom de… ! Là ! Regardez !

Jessp était au bord de la rupture. Il étouffait dans cet univers confiné, et sa première réaction avait été celle d'un homme paniqué. Il se ressaisit en constatant que lesdits pieds étaient toujours accrochés à un corps. Ils avaient enfin trouvé une piste ! Avec empressement, ils se portèrent au secours du pauvre type allongé là, couvert de sang comme s'il s'était battu de toutes ses forces pour défendre chèrement sa vie. Son visage était tuméfié, et il portait des marques régulières de griffure, mais fort heureusement il respirait encore malgré qu'il fût inconscient.

- Bon sang, c'est Agon… Il a disparu il y a quelques jours avec un autre gars, on pensait qu'ils s'étaient barrés…

Oropher examina ses traits. Il avait peut-être voulu fuir ces tunnels sans fin pour retrouver le soleil, le ciel étoilé, et le vent. C'était compréhensible. Toutefois, il en avait été empêché, et aujourd'hui c'était sans doute un petit miracle qu'il fût encore en vie. En portant la torche un peu plus près, Jessp nota quelque chose qui ne lui avait pas immédiatement sauté aux yeux :

- Il a ses deux mains… Merde, mais que se passe-t-il ici ?

- Je n'en sais rien, fit Oropher, mais lui pourra sans doute nous en dire davantage quand il sera réveillé. Encore faut-il réussir à le ramener jusqu'à votre patron. Vous arriverez à le traîner ?

Le mercenaire hocha la tête positivement, en tendant leur seule source de lumière à l'Elfe. Ce ne serait pas une partie de plaisir, mais il y parviendrait. Il n'avait pas vraiment le choix, de toute façon…


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Lithildren Valbeön
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Lun 11 Déc 2017 - 16:56
Nul mot, nulle parole, nul discours ne purent soulager la peine de l'Elfe. Son désarroi, sa peine, sa détresse étaient comme un fardeau sur ses frêles épaules. Oui, une éternité de solitude, avec pour ami Oropher, qu'elle aimait autant qu'elle le haïssait. Si elle ne tremblait plus de crainte d'être seule, elle tremblait de peur de le devenir. L'homme tâcha, tenta de la réconforter, mais l'esprit de la belle d'argent était aussi profond que les entrailles de la terre.

La proposition qu'il lui adressa étonna l'Elfe. Il lui proposait tout de même de vivre avec son épouse et lui, quand ils auraient une maison. Elle tourna son regard de givre sur l'homme, que rien ne semblait affaisser. Elle eut ce léger sourire amusé et ému que l'on a quand on nous annonce une bonne nouvelle. Pourquoi pas ? Elle n'approuvait pas forcément les humains, mais elle s'en rapprochait bien plus que de ses pairs, dont elle était une hors-la-loi. Bree restait près d'Imladris, mais assez loin pour ne pas subir le courroux elfique de ses voisins. Elle s'imaginait mal travailler la terre, mais aurait-elle pensé un jour qu'elle creuserait pour sa survie ? La vie est faite décidément de surprises, bien que pas toutes agréables. Elle y penserait. Oui. Elle y penserait.

Lithildren retrouva un semblant d'énergie. Elle ne sut si c'était l'absolu positivisme qui avaient agit sur elle, ou si elle allait juste mieux après avoir vidé son sac. Peu importait, elle trouva du réconfort dans cet espace caverneux aux côtés de cet homme qu'elle appellerait sûrement "connaissance amicale", si les circonstances étaient moins glauques. La question sembla détendre ou normaliser l'atmosphère qui pesait entre le duo papotant. Il répondit, calmement, avec cet air un peu benêt qui se mit à amuser l'Elfe. En or, donc, et ornés de symboles elfiques.

L'Elfe se souvenait à peine des leçons d'histoires de sa jeunesse, mais elle savait qu'elle serait effrayée de trouver des artefacts anciens dans ces lieux sombres. Néanmoins, cela paraîtrait presque avoir du sens, si les ruines dans lesquelles Oropher et elle avaient manqué d'y passer étaient bel et bien d'origine elfique. Cela expliquerait les trois veilleurs de la surface. Mais Lithildren se demandait tant de questions : connaissait-elle cet endroit, même de nom ? Ou même parmi les Elfes était-il perdu dans les âges ? Quels trésors ce vieil homme grincheux et aigri pouvaient-ils espérer trouver, et surtout, depuis quand étaient-ils ici ? Elle ne pourrait répondre correctement, le temps ici semblait figé et Holric pouvait prétendre avoir vingt ans s'il en paraissait plus. Elle espérait juste pour lui que sa Thilda n'ait pas été trop languie de son absence au point de l'abandonner.

Lithildren cligna des yeux pour chasser ses pensées. Elle regarda de nouveau ailleurs. Il était clair et net, limpide comme du cristal, que le "patron" cherchait quelque chose. Du savoir, de la richesse ? Des traces du passé ? Un pouvoir enterré avec le temps ? L'Elfe ne se sentait pas bien rassurée. Mais elle était de plus en plus déterminée à sortir, quel qu'en soit le prix. Elle savait se battre et ces gardes, bien qu'armés, ne l'effrayaient guère. Elle était issue d'un peuple, bien que désormais pacifique, autrefois combatif et prêt à tout pour survivre. La force de ses ancêtres coulaient dans ses veines. Mais les années avaient fait couver en elle la rage de continuer le combat de ses parents. Elle regarda ses mains abîmées, et son regard, son visage muèrent en détermination.

Elle donnerait tout pour finir ces conneries et rendre la liberté à ceux qui la méritent.
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Ryad Assad
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Lun 22 Jan 2018 - 15:07
HRP : Notre ami Had étant toujours occupé, je continue en incarnant Oropher. Désolé du retard !

_________________



Lithildren fut réveillée par un cri d'alarme poussé par une des sentinelles. Elle émergea d'un sommeil qui n'avait rien de réparateur, et la première chose qu'elle vit fut la grande carcasse de Holric qui bondissait de sa couchette pour aller prêter main-forte. Il était difficile de savoir quoi faire pour l'Elfe, qui était gardée à l'œil en permanence par deux gardes armés, mais ils ne lui barraient pas formellement le passage, et n'envisageaient pas de l'empêcher d'approcher. Un petit groupe s'était formé près de l'entrée, de la pièce où ils se trouvaient, alors qu'une bonne moitié des gardes essayaient de repousser les mineurs afin de ménager un passage.

- Laissez-nous voir ! Cria Holric de sa grosse voix.

- Ouais, laissez-nous voir ! Reprit un autre.

- Reculez ! Reculez, j'ai dit ! Il y a un blessé ! Reculez bordel, ou je vous embroche !

Les mineurs se calmèrent légèrement, sans qu'il fût possible de savoir si c'était le retour d'un individu blessé ou la perspective de se faire tuer bêtement qui les terrifiait le plus. Ils firent silence rapidement, alors que l'autre moitié des gardes approchait en tenant une silhouette immobile, un véritable poids mort qu'ils déplaçaient précautionneusement. De là où elle se trouvait, Lithildren ne pouvait pas voir de qui il s'agissait. Était-ce Oropher ? Était-il tombé dans un des pièges de la cité enfouie ? Allait-il payer de sa vie l'exploration de ces souterrains maudits ? Il était parti malgré ses blessures, et si la bête rôdait toujours dans les parages, y avait-il une chance pour lui de lui échapper ?

La cohue se transforma bientôt en bousculade quand l'un des gardes – un peu moins rassuré que les autres – se sentit étouffé par la pression des mineurs et commença à dégainer son arme pour les faire reculer. Il n'eut pas le temps d'achever son geste qu'on l'arrêta, mais cela déclencha un mouvement de colère, et pendant de longues minutes on n'entendit que les grognements et les cris de ceux qui s'indignaient, et de ceux, plus raisonnables, qui voulaient éviter un bain de sang. On s'empoigna virilement par le col, on se menaça allègrement, et des œillades meurtrières furent échangées. Les hommes étaient nerveux, terrifiés, et oppressés par l'environnement dans lequel ils se trouvaient. Depuis combien de temps n'avaient-ils pas vu la lumière ? Depuis combien de temps n'avaient-ils pas senti l'air frais sur leurs visages ? Leur réaction était compréhensible, et la tension était logique… mais elle n'en demeurait pas moins dangereuse. Ils ressemblaient à un amas de brindilles ballottées par la vie, et la moindre étincelle risquait de déclencher un incendie incontrôlable.

- Messieurs…

La voix n'était pas forte, à peine plus qu'un murmure, mais elle parvint tout de même aux oreilles des mineurs et des gardes, qui se calmèrent rapidement et se retournèrent comme un seul homme vers le propriétaire de celle-ci. Lithildren avait reconnu leur hôte, qui demeurait assis dans son fauteuil. Ses yeux brillaient d'une étrange lueur, difficile à qualifier, mais certainement pas rassurante. En face, curieusement, ses sous-fifres semblaient… terrorisés… Ils avaient eu peur en voyant arriver le blessé, ils avaient craint pour leur vie devant la réaction hâtive du garde, mais ce n'était rien en comparaison de la soumission épouvantée que l'on pouvait lire en eux à présent. Ils baissèrent les yeux humblement, comme s'ils attendaient de savoir lequel allait être foudroyé sur place par une magie surnaturelle. Dans un silence assourdissant, le chef reprit la parole, sans hausser le ton :

- Amenez-moi le… hm… le blessé… Approchez… Approchez…

Il y eut une forme de soulagement clairement perceptible, et les hommes s'écartèrent prudemment pour laisser passer le blessé. Lithildren put mieux voir, alors, qu'il ne s'agissait pas d'Oropher. C'était un humain couvert de sang, qui était plongé dans l'inconscience. L'Elfe croisa alors le regard de son compagnon, qui suivait ce curieux cortège. Il avait l'air éreinté, mais il tenait encore debout, et par miracle il ne présentait pas de nouvelles blessures. Ayant échappé à la cohue, il chercha des yeux la seule présence féminine de la pièce, et quand il put enfin accrocher l'élue de son cœur, ils échangèrent un long regard qui en disait long sur les horreurs auxquelles ils devraient encore faire face avant de quitter cet endroit maudit. Cependant, la présence de ce blessé leur donnerait peut-être une chance de survivre, et de convaincre le mystérieux chef de tout ceci qu'il y avait bel et bien une menace contre laquelle ils devaient tous s'unir.

Oropher fit signe à Lithildren d'approcher, ce qu'elle put faire sans que quiconque l'en empêchât. De toute évidence, les gardes étaient déterminés à ne pas faire de vagues maintenant, craignant le courroux de leur meneur. Les deux amis furent réunis pour la première fois depuis trop longtemps, mais ils ne s'autorisèrent aucun geste de tendresse qui aurait pu être utilisé contre eux par la suite. En outre, Oropher semblait préoccupé, et son esprit lui commandait de s'emparer de ce à quoi il tenait le plus au monde, et de quitter cet endroit le plus rapidement possible. Le danger était plus proche qu'ils le croyaient… il le sentait intimement, comme une intuition profonde qui le rongeait de l'intérieur, mais qu'il ne s'autorisait pas à exprimer de crainte de passer pour un fou.

- Je vais bien… fit-il simplement. Et toi ?

Les mots sortaient difficilement de sa bouche, comme s'il peinait dans cet instant privilégié à trouver quoi dire à Lithildren. La nature de ses sentiments avait-elle changée ? Il l'ignorait. Il ignorait aussi ce qui passait dans son esprit à elle, et cela le travaillait plus qu'il ne voulait l'admettre. Il avait peur de la perdre, cela il en était certain, mais il se demandait s'il ne valait pas mieux que tout s'arrêtât ici au fond de ce trou puant, plutôt que de vivre pour toute l'éternité sans elle. Son esprit rejoindrait Valinor, et y trouverait enfin la paix, car la Terre du Milieu lui avait apporté son lot de souffrances et de malheurs, à tel point qu'il se demandait s'il lui serait un jour possible de s'en affranchir.

Ils n'eurent pas l'occasion d'entretenir une longue conversation, que déjà leur enquête reprenait. La réaction de leur hôte leur en dirait long sur la nature de leur futur dans ces souterrains, et Oropher ne pouvait pas nier qu'il était curieux de savoir ce que la découverte de ce blessé impliquerait pour tout le groupe. Peut-être quitteraient-ils enfin cet endroit, comprenant qu'il valait mieux partir tant que cela était possible, avant de laisser la bête les tailler en pièces un par un. Il n'osait pas vraiment l'avouer, mais lui aussi avait peur. Peur de cet endroit sinistre, de ce monstre invisible qui les traquait et semait derrière lui des cadavres et des blessés. Il avait peur de perdre le peu que ses mains égratignées parvenaient encore à retenir. Il avait même peur de perdre ces stupides pierres gravées qu'il gardait dans ses poches, souvenir pathétique de ce qu'avait été jadis la grande cité d'Ost-in-Edhil… Il se sentait à la fois ridicule et impuissant… il n'avait plus rien de l'Elfe qu'il avait un jour été.

- Racontez-moi… Jessp…

Les deux Elfes tournèrent la tête vers le second de toute cette opération, qui paraissait toujours aussi mal à l'aise. Il ne savait trop que dire, et il se contenta de s'appuyer son son passé – peut-être celui d'un militaire, à en juger par son attitude – pour relater les faits simplement et avec concision :

- Nous explorions les souterrains, monsieur, quand nous sommes tombés sur une… euh… une main humaine. Séparée du corps, monsieur. Nous… euh… Nous avons suivi les traces, en espérant en découvrir davantage, et nous avons aperçu Agon qui était étendu là. Il respirait encore, alors nous avons pensé le ramener ici, pour qu'il puisse dire ce qu'il avait vu. En ce qui nous concerne, nous n'avons pas vu la bête, ni entendu quoi que ce soit, mais…

- Mais ? Le relança le vieil homme.

Tout le monde semblait attendre la réponse à cette question, et Jessp s'en rendit compte en jetant un regard circulaire autour de lui. Les mineurs et les gardes étaient suspendus à ses lèvres, car leur vie dépendait littéralement des informations qu'il avait encore à disposition. L'ancien soldat décida de garder ses impressions pour lui, afin de ne pas semer un vent de paniquer, au lieu de quoi il jugea préférable de rebondir :

- Mais je suggère que nous doublions la garde. Juste au cas où. Le temps qu'Agon puisse nous apporter son témoignage.

- Hm… Faites donc… Occupez-vous de… monsieur Agon… voulez-vous ? Et faites en sorte… comment dire… qu'il reste en vie… Je veux l'interroger… personnellement.

Oropher se souvint alors des paroles prononcées par Jessp quelques heures plus tôt, alors qu'ils venaient de faire la découverte de l'infortuné… L'ancien soldat avait déclaré que le pauvre Agon avait quitté le groupe, et que tout le monde pensait qu'il avait déserté. Il n'était pas difficile de deviner quel genre d'interrogatoire le chef de bande lui ferait subir une fois qu'il serait réveillé. Il ne semblait pas être homme à accepter qu'on le trahît, et qu'on l'abandonnât ainsi. Le blessé risquait de regretter de ne pas avoir succombé entre les griffes de la bête… Les gardes qui le transportaient s'exécutèrent diligemment, et le déposèrent sur une paillasse non loin en lui assignant un homme qui serait chargé de le soigner. Oropher, pressentant une opportunité, prit la parole :

- Elle peut l'aider ! Lithildren peut aider votre homme ! Laissez-la l'examiner.

Jessp et son chef se retournèrent vers les deux Eldar misérables et épuisés qui leur faisaient face. Ils n'étaient pas dupes du manège de celui qui voulait protéger sa compagne des affres des efforts de la mine, et c'était un noble geste que de vouloir la préserver. Toutefois, ils avaient aussi entendu parler des miracles de la médecine elfique, et dans leur esprit naïf, tous les Elfes étaient des guérisseurs nés qui pouvaient soigner des blessures normalement mortelles. Le chef hocha la tête et fit un signe de tête, laissant Lithildren se joindre au médecin du camp. Oropher la couva du regard, l'encourageant à faire de son mieux. Il n'avait pas pu manquer de remarquer ses mains abîmées, de remarquer sa démarche voûtée et douloureuse, car les coups de pioche sur la pierre remontaient dans ses bras fatigués, et mettaient au supplice les muscles de son dos. Elle avait pour elle la force de sa race, mais les Elfes étaient des êtres fins et altiers qui n'avaient pas le gabarit puissant et endurant des races de mineurs qu'étaient les Hommes et les Naugrim. En la préservant de nouveaux tourments, Oropher espérait réussir à se faire pardonner… et à la préserver telle qu'il la connaissait.

- Reposez-vous… Oropher… Vous avez bien mérité… comment dire… un peu de sommeil… Jessp… cela vaut aussi pour vous…

Les deux explorateurs improvisés, couverts de sueur et de poussière, surent gré à leur hôte de leur accorder cette faveur, d'autant plus lorsqu'il ordonna à tous les autres de reprendre leur poste, et aux mineurs de continuer à travailler. Holric regarda avec une pointe de tristesse Lithildren s'éloigner, mais il ne fit aucun commentaire, et se remit au travail comme les autres. Malgré la fatigue. Malgré la peur.

Lithildren, quant à elle, se porta aux côtés du blessé. L'homme qui se trouvait déjà à ses côtés paraissait perplexe. Il avait découpé la chemise ensanglantée d'Agon, dont les lambeaux reposaient désormais sur le sol, et il était occupé à l'examiner sous toutes les coutures. En voyant l'Elfe approcher, il lui ménagea un peu de place, et lui fit un compte-rendu préliminaire qui le laissait interloqué :

- Je ne trouve pas trace de blessure… Quelques bleus, des coupures mineures, mais rien qui puisse expliquer d'où viendrait tout ce sang… ni pourquoi il est encore inconscient. Aucun signe qu'il ait pris un coup à la tête, c'est comme s'il dormait tout simplement. Vous avez déjà vu quelque chose du genre ?


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Lithildren Valbeön
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Mar 23 Jan 2018 - 12:45
Lithildren se réveilla en sursaut et la douleur qui la lança dans le corps la fit gémir. La brutalité de ce réveil après un sommeil précaire n'arrangeaient en rien son corps endoloris, meurtri, lancinant. Elle entendait en elle cette voix hurler, gueuler qu'on la laisse en paix. La première pensée qui lui vint fut qu'on lui laisse prendre un bain. un long, très très très long bain. L'Elfe tourna la tête vers les cris, bruits, l'agitation ambiante. Bien qu'elle fût grande, aussi grande que certains mineurs, elle se percha un peu en hauteur grâce à des cavités sur une paroi un peu penchée. Se tenant par la force de la volonté uniquement, elle observa que le groupe s'était formé autour d'un... corps ? De là, elle ne pût distinguer clairement son propriétaire. Etait-ce...? Non, cela ne pouvait être Oropher. Pas lui, pas encore une personne chère à ses yeux qui se perdrait ! Son coeur rata un battement en imaginant les pires scénarios.

Elle resta fixée sur ce corps alors que l'agitation se muait en bagarre générale. Elle fut la première à entendre la petite voix du "chef" qui demandait le calme. Elle observa, écouta et la vision d'Oropher la frappa comme un coup de poing en pleine figure. Son coeur rata un nouveau battement, alors qu'une douce chaleur se diffusa dans son buste douloureux. Elle sauta de son perchoir et approcha prestement de son compagnon. A son regard, elle comprit qu'elle ne devait pas laisser son bonheur de le revoir sain et sauf prendre le dessus. La seule chose dont elle avait envie était qu'il la serre fort contre lui, de sentir son corps contre le sien et se laisser bercer par son souffle et sa voix. Mais le regard qu'ils échangeaient depuis de longues minutes selon elle semblait s'éternisait et en disait long sur le passé, le présent et le futur dans ces cavernes : douloureux et empreint d'embûches à leur libération. Elle voyait dans le regard sombre de son compagnon toutes les atrocités qu'il avait pu voir hors de la mine. Elle se contenta d'adopter la démarche la plus souple possible, malgré ses douleurs lancinantes. Elle finit par se voûter un peu et adopter une marche plus cadencée et lourde.

- Je vais bien... enfin aussi bien que je peux me porter. Elle baissa le ton pour que seul lui entende. Le "chef" creuse pour chercher des anneaux en or... ou d'autres trésors. Il promet de laisser leur part aux autres et d'ensuite les laisser repartir chez eux, mais il cherche quelque chose, bien que j'ignore encore quoi.

Leur discussion fut trop courte que le chef en question demandait à un dénommé Jessp d'expliquer la situation. Lorsque Lithildren en eut prit connaissance comme tout le monde, elle regarda Oropher. le sentiment de bonheur de le savoir non-blessé l'emporta à nouveau. La simple présence de l'Elfe suffisait à la rassurer, l'apaiser. Etre tant séparée de lui avait comme... renforcé ses sentiments pour lui, elle qui pensait le haïr simplement. Mais son affection pour lui était plus grande qu'elle ne l'avait jamais soupçonné. Et pour une fois, elle ne se laissa pas effrayer par cela : elle accueillit seulement ces sentiments et les laissa la réchauffer.

Elle fut si distraite qu'elle n'entendit que son nom et une notion de... soins ?! Mais ! Elle ne savait plus... Peu importait. Si ça lui évitait les mines, et c'était sûrement le but de son ami, elle prendrait l'occasion. En s'éloignant lorsque le chef l'appela, elle prit la main d'Oropher une fraction de seconde et laissa les deux peaux s'effleurer dans un geste au sens impossible à identifier.

L'elfe aux cheveux d'argent ressentait une grande peine à laisser son compagnon seul, et elle jeta un regard à Holric en lui signifiant son regret de le laisser. Mais elle voulait aussi penser à elle. Et cette pause l'aiderait. Elle se faufila jusqu'au blessé et accompagna celui qui se trouvait déjà à ses côtés. Elle s'assit sur les genoux près de l'homme et écouta l'étude préliminaire.

- Si je devais en juger, je dirais qu'il est en état de choc et que son esprit a décidé de le plonger dans un certain sommeil. Le mieux à faire reste de le veiller. Je peux m'occuper de lui, mais il me faut voir de quoi vous disposez pour soigner. Vous ignorez sûrement l'usage de plantes que mon peuple utilise dans des cas comme celui-ci.

Elle essaya de paraître le plus convaincant possible. C'était tout ce qui comptait : être convaincante. Elle posa une main sur le front de l'inconscient et l'observa. Elle ne mentait pas, non. L'homme avait dû voir des horreurs pire que la mort là-dessous. Elle espérait simplement être la première à qui il parlerait. Elle regarda l'autre homme.

- Vous pourriez aussi m'apporter un bol d'eau, s'il vous plaît ?
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Ryad Assad
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~ GRIMOIRE ~
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Jeu 25 Jan 2018 - 23:32
Oropher s'était allongé sur le flanc, terrassé par la fatigue, mais son esprit était trop préoccupé pour vraiment se reposer. Dans sa tête tournaient en boucle les paroles prononcées par Lithildren, formant une chaîne qui entravait toute tentative de penser à autre chose. Elle n'avait pas pu lui donner beaucoup de détails, et elle avait dû se contenter d'une explication pour le moins lacunaire. Mais ses découvertes étaient pour le moins troublantes, sinon inquiétantes.

Des anneaux en or…

L'Elfe n'était pas un érudit comme pouvaient l'être ceux de son peuple qui s'absorbaient aisément dans la lecture de livres anciens, et dont la mémoire fantastique se rappelait parfois des épisodes qu'ils avaient eux-mêmes vécus, fort longtemps auparavant. Il ignorait donc tout de l'histoire de la cité où il se trouvait, sinon qu'elle avait un jour été resplendissante, et qu'aujourd'hui elle n'était plus que ruines, oubliée de tous ou presque, soumise à des pillards sans scrupules qui la dépouillaient de ses dernières richesses. Quelle tragédie. Il y avait dans le sort d'Ost-in-Edhil une représentation cruellement réaliste du sort qui attendait les Elfes, condamnés à dépérir et à quitter cette terre un jour, pour laisser les mortels s'en emparer. Alors, ils ne deviendraient que des vestiges d'un passé déformé par le temps, et on retrouverait des miettes de leur gloire, qui deviendraient des artefacts de grand pouvoir. Ils nourriraient les légendes et les contes, et on leur prêterait des formes et des actes fabuleux. On les imaginerait capables de voler par-dessus les flots, on les décrirait comme dotés de pouvoirs magiques, on écrirait des livres à leur sujet, d'abord pour conserver la mémoire de leur passage ici, puis enfin pour rire de telles fables. Les Hommes à la vie si courte n'avaient-ils pas déjà oublié l'existence des grands cracheurs de feu ? Ne leur avait-il pas fallu en apercevoir un de leurs propres yeux, dans les plaines glacées du Nord, pour se souvenir qu'ils n'étaient pas qu'une invention de l'esprit, et que la dévastation qu'ils pouvaient apporter était bien réelle ?

Oropher s'assombrit. Il aurait voulu que l'éternité de son existence que lui conférait sa naissance lui eût donné une mission, une direction, qu'il eût une tâche particulière à accomplir, laquelle remplirait ses jours et ses nuits, et lui conférerait un destin. A quoi bon la vie éternelle, si l'on errait sans but ? Il regarda ces hommes qui s'affairaient vigoureusement… des êtres à la vie si fragile, qui au lieu de chérir la flamme vacillante de la vie qu'ils abritaient, s'échinaient à se battre contre le monde et contre eux-mêmes dans une lutte à la fois noble et futile. Ils creusaient pour trouver un trésor dont ils ne profiteraient en définitive que très peu. Alors à quoi bon ?

Le regard du guerrier glissa lentement vers leur hôte, le chef de cette bande de mercenaires. Il paraissait dormir, ou méditer, toujours assis dans son sinistre fauteuil. Il portait de lourdes bagues dorées aux doigts, comme un de ces aristocrates bouffis que l'on voyait parfois, mais il y avait chez lui une cruauté qui, paradoxalement, semblait ne jamais dormir. D'ailleurs il ouvrit les yeux bien rapidement, comme s'il s'arrachait à une réflexion intense. Il cligna des yeux, et son regard fatigué sembla retrouver toute sa lucidité. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, Oropher trouvait cet homme inquiétant. Dérangeant. Comme s'il y avait quelque chose en lui qui n'était pas naturel. La peur qu'il inspirait à ses hommes était loin d'être anodine, et il avait forcément un moyen de pression pour les contraindre ainsi, et se faire obéir au doigt à l'œil. Mais quoi ?

La seule promesse du butin pouvait-elle lui donner autant d'autorité sur eux ?

Y avait-il un rapport avec l'objet qu'il cherchait désespérément ? Lithildren ne lui avait pas donné davantage de détails à ce sujet, mais il était permis de se demander comment la situation évoluerait le jour où il trouverait ce qu'il était venu chercher. Laisserait-il des témoins derrière lui ? Laisserait-il deux Elfes susceptibles de tout révéler à son sujet s'échapper ? Rien n'était moins sûr. Cela signifiait qu'il devait réfléchir à un plan pour s'évader d'ici avec Lithildren… Fermant les yeux à demi, il laissa son corps se détendre, et essaya de faire le vide dans son esprit. Il ne lui était pas facile d'atteindre cet état de relaxation propre à son peuple sans avoir le ciel pour toit, mais il savait également qu'il devait reprendre des forces s'il voulait pouvoir s'extirper de ce piège. Le moment venu, il devrait peut-être avoir à se battre, à courir, à ramper, et si la fortune était contre lui et que sa compagne d'infortune venait à être blessée, à supporter son poids tandis qu'il la porterait dans ses bras jusqu'à la lumière. Sa respiration se fit plus profonde et plus lente. Ses pensées se focalisèrent peu à peu sur son objectif.

Protéger Lithildren. A tout prix. Personne ne la toucherait, personne ne lui ferait le moindre mal.


~ ~ ~ ~


De l'autre côté de la pièce, Lithildren avait décidé de prendre la direction des opérations concernant l'étude du cas du blessé. Le mercenaire qui l'accompagnait était de toute évidence assez peu qualifié, malgré une expérience que l'on devinait à son manque de gêne devant tant de sang. Il avait dû recoudre son lot de plaies, peut-être même avait-il déjà eu à procéder à une amputation d'urgence, sans pouvoir endormir son patient. Il avait dans les yeux la lassitude de ceux qui en avaient trop vu, et qui n'en avaient pas sauvé assez. Mais c'était peut-être dû à cette atmosphère étouffante, à l'absence de lumière naturelle, et à la présence toute proche de cette créature qui rôdait dans les parages. Elle mettait les nerfs de tout un chacun à vif. Quand l'Elfe lui parla d'un « état de choc », il fronça les sourcils, comme s'il cherchait quel était le meilleur remède. Il avait déjà vu des hommes demeurer tétanisés après avoir vu les horreurs de la guerre, et il comprenait où elle voulait en venir, mais d'ordinaire les malheureux étaient plutôt incapables de détourner le regard de ce qu'ils avaient vu. Ils ne sombraient pas vraiment dans l'inconscience. Cependant, il n'était pas expert de ces choses, et la femme avait l'air de savoir ce qu'elle faisait :

- Je vais voir ce qu'on a en réserve, répondit-il à sa demande, mais ce ne sera pas fameux…

Il se redressa, et alla chercher un sac, se contentant de lui adresser un signe de tête alors qu'elle lui demandait en outre d'apporter un peu d'eau. Elle n'avait rien demandé d'extravagant, ni de bizarre, et à aucun moment il ne questionna la nature de ses intentions. Le patron lui avait demandé de soigner un blessé, et il n'imaginait pas qu'elle pouvait servir ses propres intérêts, et vouloir l'éloigner. Ce fut la raison pour laquelle il ne se méfia pas, et ne jeta pas même un regard en arrière. S'il l'avait fait, il aurait peut-être pu apercevoir ce que Lithildren fut la seule à capter. Alors qu'elle se retournait vers le blessé pour poursuivre son examen, elle eut la très grande surprise de le voir les yeux ouverts, qui la regardait fixement.

Il était parfaitement terrorisé, et ses pupilles ressemblaient à de petites billes d'obsidienne noyées dans un océan de nacre. Des veines minuscules gorgées de sang donnaient à son regard des accents de folie, comme s'il avait depuis longtemps basculé. La mâchoire serrée, il souffla si faiblement que la jeune Elfe eût toutes les peines du monde à l'entendre :

- Qui êtes-vous ?

Ses mots étaient à peine compréhensibles, comme s'ils étaient restés bloqués dans sa bouche. Le fait qu'il eût pris la parole en gardant les dents obstinément collées les unes aux autres n'aidait sans doute pas. Mais ce n'était pas la seule chose curieuse chez lui. Il ressemblait à une marionnette, sa tête tremblait de manière anormale, comme s'il essayait de regarder dans toutes les directions à la fois. Comme s'il cherchait quelque chose, sans vouloir s'agiter de trop, de peur d'attirer l'attention. Il capta les bruits de pioche tout autour, puis repéra les torches, et rapidement il comprit :

- Oh non… Gier est ici ?

Il chuchotait, mais la peur primaire était clairement audible dans sa voix. La peur la plus animale, celle qui le poussait à révéler des choses sans même s'en rendre compte.

- C'est lui qui me l'a pris ?

Il attrapa fermement le poignet de Lithildren, qui sentit toute la puissance de son étau. Agon n'était pas particulièrement large ou épais, mais la crainte le transcendait. Il continuait à parler de manière crispée, et elle ne comprit pas sa phrase suivante qui ressemblait de toute façon à un monologue. Toutefois, il y avait quelque chose qui n'avait pas échappé à l'Elfe. Un mot. Un seul.

« Sorcier »

Lithildren n'avait que quelques secondes pour décider quoi faire. Aider cet homme ? Le dénoncer ? Le questionner ? Que lui demander ? Elle n'avait assez de temps que pour une de ces choses, une seule question tout au plus, avant le retour de l'autre mercenaire. Quand le chef se rendrait compte que Agon était réveillé, elle n'aurait plus le contrôle sur rien, et le sort du malheureux était hélas dans les mains d'un être qui semblait particulièrement impitoyable.


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