La Demeure dans les Fondations

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Lithildren Valbeön
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Ven 6 Oct 2017 - 18:29
Lithildren n'était ni idiote ni aveugle, malgré l'argent de ses yeux qui porteraient à croire le contraire. Sa tentative absolument pas distinguée de charmer l'homme avait lamentable. Elle souffla discrètement du nez, agacée et dégoûtée d'elle-même, puis se redresse à peine, tâchant tout de même de rester droite. Plus ou moins.

Elle laissa son nouveau... enfin, cet homme parler jusqu'au bout.

Une carte ? Des trésors ? Alors voilà, c'était bien une ancienne cité. Mais quelle lien avec les trois elfes de la surface ? Un pacte secret et discret entre ceux qui sont censés protéger des fouilles et ceux qui veulent récupérer les trésors ? Il mentionna Thilda, une demoiselle qu'il souhaitait épouser. Et un dette. Lithildren ressentit un pincement au coeur. Il se tuait à la tâche pour déterrer des trésors, juste pour avoir assez d'argent pour vivre avec celle qu'il aimait. L'Elfe ne put s'empêcher de penser à Oropher et Geraïhn. Quel genre de relation avait-elle avec eux ? Elle chassa ces idées pour se reconcentrer sur Holric. Mmh. La carte dans le Lossarnach et le fait que le patron se focalise sur des anneaux en or tiqua à l'oreille de l'Elfe. Pourquoi des anneaux ? Tous connaissaient les histoires sur les Anneaux de Pouvoir, mais sûrement, il ne pût être possible ni imaginable que l'un d'eux soit enfouit ici. N'est-ce pas...? Bien sûr que non, quelle idiote considération.

Lithildren resta un long moment silencieuse, pensive. Il venait de lui demander comment elle avait... finit là. Elle songea, un long moment. Oui, comment avait-elle finit par se trouver là, dans la poussière, dans les ruines d'une antique cité d'un peuple dont elle s'éloignait chaque jour un peu plus ? Elle observa chaque alcôve, chaque creu dans les murs, croisa chaque regard haineux de chaque mineur, regarda le sol et les murs et le plafond. De la roche, des torches. Rien de plus. L'elfe aux cheveux de jais ramena lentement, comme par engourdissement, une jambe vers son buste et posa son menton sur son genou.

Elle l'ignorait. Tout bêtement. Ni le pourquoi, ni le comment ne lui vinrent. Elle ne vit que le désespoir de se fondre dans les ténèbres, de plonger aussi loin que les mineurs dans les profondeurs d'une terre hostile. Elle n'était chez elle ni accueillie nul part : ni à la surface, ni à Imladris, ni auprès d'Oropher. Pour la première fois en quatre siècles, Lithildren ressentit le pire des sentiments : la solitude. Elle se sentait seule, perdue, abandonnée par les Valar, plongée dans les mêmes ténèbres qu'Ungoliant tissait. Elle ressentit le froid, son estomac la serra en même temps que son coeur. Sa tête s'alourdit, une boule se forma dans tout son être.

Puis elle fondit de nouveau en larmes. Mais dans un silence de mort. Elle laissa les larmes affluer comme elles venaient, laissa ses épaules se secouer doucement tout en se mettant à pleurer, mais elle n'émit aucun son à part quelques petits souffles tristes perdus au milieu de sa bouche fermée et de sa gorge silencieuse. Lithildren faisait pitié à voir, dégoûterait certains. Mais elle ne voulait pas de pitié, ni de compassion, ni rien. Elle n'était qu'une Elfe sombre parmi les grands Elfes éblouissants.

Lorsqu'elle eut finit de déverser son flot larmoyant, elle renifla un grand coup, toussa et cracha dans un coin les glaires accumulés dans sa gorge. Oui, peu délicat, mais elle finissait par s'en ficher. L'Elfe poussa un long souffle désespéré. Et trouva enfin la force et le courage de parler.

- Je n'ai, et j'en suis navrée, pas d'histoire palpitante ni d'épopée longue comme mon bras à conter. Je suis tombée ici par bêtise, pour sauver un homme qui a surgit de mon passé alors que je tentais de renouer avec. Je n'ai plus rien : plus de famille, plus d'amis et mon fiancée a périt lors d'une terrible bataille il y a... je ne sais même plus quand. J'étais partie avec mon compagnon de route pour venger mon fiancé, mais je commence à douter de mes décisions...

Elle soupira un instant et resta silencieuse. Avec la poisse qui lui tombait dessus depuis son départ du Rohan, elle n'avait plus envie de se battre. Elle se disait qu'elle ferait mieux de trouver un coin et laisser faim ou soif finir ses jours. Le désespoir habitait de plus en plus l'Elfe, dont l'esprit fragile se mettait à dévoiler ses parts les plus enfouies. Elle remerciait des esprits absents qu'Oropher ne la voit pas dans un tel état. Et elle espérait qu'il s'en sorte. Elle, elle espérait mourir ici. Pour en venir à prier pour que l'on abrège ses souffrances... Elle était réellement au bout, et ne pouvait creuser plus profond.

Elle lâcha un nouveau soupir et essuya ses yeux avec le poignet.

- Enfin, peu importe. A quoi ressemblent les bagues ? Ce sont de simples anneaux d'or ? Quant au reste des trésors, y a-t-il des symboles, ou marques particulières ? Des décorations ?

La pitié qu'elle ressentait pour cet homme trop optimiste devint plus forte. Il voulait rester pour avoir plus d'argent. Mais Lithildren, elle, appuya une nouvelle théorie : personne n'aurait peut-être la chance de sortir vivant de ces cavernes. Pas de témoin, diraient-ils. Ca amènerait plus de curieux, plus de fouilles, plus de trésors ramenés au grand jour. Non. Lithildren se rendit compte d'une chose : si elle voulait s'en sortir, elle devrait éliminer ceux qui se dressaient en travers de son chemin. Les gardes. Le "patron". Les Elfes de la surface. Holric était le seul qu'elle épargnerait. Elle lui offrirait même une occasion et une chance de s'enrichir pour qu'il puisse épouse sa Thilda, acheter des terres, payer ses dettes... Et faire sa vie. Nul homme comme lui, optimiste et se tuant à la tâche pour une femme, ne mérite la mort par la main cruelle de quelques conservateurs égoïstes.
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Ryad Assad
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Ven 8 Déc 2017 - 14:34
Les larmes d'une Elfe ne constituaient pas une vision commune pour Holric. Pour quiconque, en réalité. Le pauvre mineur, maladroit malgré ses bonnes intentions, s'en voulut d'avoir fait pleurer la femme qu'il essayait pourtant de réconforter. Il avait toujours sa bonne humeur légendaire, même dans les moments difficiles, et il oubliait parfois que le monde pouvait être cruel et violent, au point que la seule évocation du passé pouvait briser une âme pourtant forte et fière. Il essaya de trouver les mots pour réconforter Lithildren, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Il n'était pas doué avec le verbe, et il aurait sans doute fait davantage de dégâts. Avec une délicatesse que ne laissaient pas soupçonner ses mains calleuses et poussiéreuses, il tapota doucement l'épaule de l'éplorée.

Comme pour lui dire « ça va aller ». Comme pour lui dire « tout n'est pas perdu ».

Patiemment, sans la brusquer, il attendit qu'elle eût repris la maîtrise d'elle-même. Autour d'eux, les autres mineurs ne semblaient pas avoir remarqué l'état de la jeune femme, et quand bien même ils s'en désintéressaient purement et simplement. Tout ce qui leur importait, c'était leur part du trésor, et rien d'autre. Ils voulaient rentrer chez eux le plus vite possible, avec les poches bien remplies, et ne se préoccupaient pas le moins du monde des états d'âme de celle qu'ils voyaient au mieux comme un poids mort, et au pire comme une potentielle concurrente sur les gains potentiels. Leur patron n'avait rien dit à propos du sort des deux Elfes, mais certains avaient commencé à se demander s'ils risquaient de prétendre à une portion de ce qu'ils avaient déterré jusque là. Quelques conversations tenues en secret témoignaient de l'inquiétude des mineurs à ce sujet, mais ils n'avaient pas envie de désobéir à leur chef. Ils savaient de quoi il était capable.

Holric revint à Lithildren en la sentant s'agiter sous sa main épaisse. Elle se dégagea légèrement, et entreprit de lui répondre. Cette fois encore, il écouta, car c'était là tout ce qu'il pouvait faire en réalité. Elle lui raconta sa situation en quelques mots précis, tranchants comme des coups de pinceau laissant de grandes lignes sur une toile vierge. L'esquisse était sombre, douloureuse, et on sentait la peine poindre sous chacun de ses mots. Cette pauvre créature avait pour elle la vie éternelle, mais personne avec qui la partager. Sans famille, sans amis, sans époux… Elle était seule et perdue dans ce vaste monde… noyée dans la nuit sans fin qui régnait sur les profondeurs d'Arda. Le mineur s'éclaircit la gorge, essayant de lui remonter un peu le moral malgré tout. Il n'était pas facile de trouver quoi dire, mais il se lança en priant pour que cela ne brusquât pas trop son interlocutrice.

- Vous savez… Quand on sera sortis d'ici, j'aurai assez d'argent pour construire une belle maison. Thilda et moi, on aura sans doute de la place pour… euh… eh bien, si vous voulez vous installer quelque part, Bree est un endroit agréable.

Il se sentit ridicule. Qu'y avait-il à Bree que Lithildren ne pouvait pas trouver ailleurs ? En tant qu'Elfe, s'imaginait Holric, elle aspirait sans doute à se vêtir de beaux atours, et à fréquenter les riches et puissants de ce monde. En comparaison, son village natal était sale, misérable, ridicule. Il ne la voyait pas vraiment accomplir les travaux de la ferme sous le soleil de plomb, ou se recroqueviller devant l'âtre lors des soirées les plus froides. C'était là la tâche des gens tels que lui, de basse extraction. Toutefois, sa proposition était motivée par la générosité qu'il avait en lui, et que rien ne semblait pouvoir émousser :

- Vous n'êtes pas obligée de répondre… Mais pensez-y.

Ce n'étaient que quelques paroles de réconfort, mais elles semblèrent avoir un effet sur l'Elfe, qui parut retrouver un peu d'énergie. Elle se focalisa de nouveau sur l'élément qui semblait l'intéresser : le trésor. Holric ne pouvait pas lui en vouloir, car après tout c'était leur meilleure chance à tous de repartir du bon bien dans cette vie impitoyable. Lithildren espérait peut-être pouvoir récolter les fruits de son labeur, et il ne s'inquiéta pas outre mesure de ses interrogations. Parmi les mineurs, c'était une conversation habituelle, même s'ils discutaient moins désormais, préférant se reposer pour mieux travailler le lendemain.

- Ils ne se ressemblent pas tous, mais le patron les examine et il garde ceux qui lui paraissent intéressants. La plupart son en or, oui. C'est d'ailleurs après qu'il a trouvé le premier qu'il a commencé à…

Une pause. Il déglutit difficilement, et son regard afficha une lueur d'inquiétude alors qu'il glissait vers l'intéressé.

- Euh, vous disiez à propos du reste du trésor ? Ah oui les symboles. Eh bien, je ne sais pas lire, mais il y a parfois des trucs gravés sur ce qu'on trouve. Je ne sais pas si le patron arrive à lire l'elfique, mais il passe du temps à essayer de déchiffrer tout ça.

Il haussa les épaules. Il n'était pas lettré, et tout cela le dépassait de beaucoup. Ses préoccupations concernaient surtout le poids et le matériau. Savoir que tel objet était en argent et qu'il faisait plusieurs livres était suffisant pour le rassurer. De toute façon, à part s'ils tombaient sur un collectionneur prêt à leur acheter des bibelots elfiques, le futur acquéreur de tout ça avait de fortes chances de fondre les métaux pour en faire autre chose. Alors à quoi bon savoir de quoi ils étaient recouverts ? Holric haussa les épaules avec un sourire amusé :

- Ce serait plus facile si on pouvait demander à celui qui a forgé tout ça, hein ?


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Jessp ne se sentait pas bien. Pas bien du tout. La vision de cette main tranchée lui avait fait comprendre que la menace était bien réelle, et il s'était éloigné de cette vision d'horreur qui resterait à coup sûr gravée dans sa mémoire. Oropher avait fait preuve d'un peu plus de courage – ou de pragmatisme – et il s'était approché du membre coupé pour essayer de voir ce qu'il pouvait en tirer. Malheureusement, il y avait assez peu d'indices. La blessure était irrégulière, mais rien ne pouvait confirmer ou infirmer qu'un bras avait été pris dans les mâchoires gigantesques d'une bête sauvage rôdant dans les profondeurs d'Ost-in-Edhil. En outre, les traces de sang n'étaient pas assez grandes pour laisser penser que la pauvre victime avait eu tout l'avant-bras déchiqueté.

Que fallait-il en penser ?

Ce fut à peu près la question que posa Jessp à Oropher, lequel prit un moment pour réfléchir. A l'évidence, quelque chose se tramait dans les souterrains de la cité enfouie, et il était certain qu'à deux ils ne parviendraient pas à résoudre ce mystère. Cette main constituait, dans une certaine mesure, la preuve qu'ils cherchaient. La preuve qu'il y avait bel et bien un danger dans ces couloirs sombres, et qu'il était préférable de rester sur ses gardes.

- E-Eh ! Où est-ce que vous allez ?

- Je suis les traces de sang, répondit Oropher, laconique.

Il avait en effet repéré quelques tâches sombres sur la pierre, qui s'éloignaient progressivement. Ainsi l'intéressé avait survécu à sa terrible blessure, et il avait réussi à s'échapper. Des traces de pas à peine visibles indiquaient la voie à suivre, et les deux explorateurs entreprirent de suivre les indices qui leur avaient été laissés. Ils explorèrent une série de salles, tournant au gré des tentatives du mutilé d'échapper à ce qui le poursuivait de toute évidence. Les foulées étaient larges, irrégulières, attestant des hésitations du malheureux qui cherchait un abri, ou bien une sortie. Ils empruntèrent des chemins qu'ils n'auraient jamais visité, prenant grand soin de placer des symboles aux intersections pour se repérer dans cette zone qu'ils ne connaissaient pas du tout. Les murs avaient tendance à se ressembler ici, et ils ne voulaient pas se perdre alors qu'une menace déambulait librement.

Au détour d'un corridor, quelque chose de brillant attira leur attention. Un reflet argenté posé à même le sol qui les poussa à la prudence. Ils se rendirent toutefois compte qu'il s'agissait d'une lame, une épée brisée qui reposait par terre. Elle était couverte de sang. Jessp et Oropher se regardèrent, avant de s'approcher. Le mystère s'épaississait. Ils poursuivirent leur exploration sur quelques mètres, seulement pour rencontrer deux pieds humains qui dépassaient de l'obscurité :

- Nom de… ! Là ! Regardez !

Jessp était au bord de la rupture. Il étouffait dans cet univers confiné, et sa première réaction avait été celle d'un homme paniqué. Il se ressaisit en constatant que lesdits pieds étaient toujours accrochés à un corps. Ils avaient enfin trouvé une piste ! Avec empressement, ils se portèrent au secours du pauvre type allongé là, couvert de sang comme s'il s'était battu de toutes ses forces pour défendre chèrement sa vie. Son visage était tuméfié, et il portait des marques régulières de griffure, mais fort heureusement il respirait encore malgré qu'il fût inconscient.

- Bon sang, c'est Agon… Il a disparu il y a quelques jours avec un autre gars, on pensait qu'ils s'étaient barrés…

Oropher examina ses traits. Il avait peut-être voulu fuir ces tunnels sans fin pour retrouver le soleil, le ciel étoilé, et le vent. C'était compréhensible. Toutefois, il en avait été empêché, et aujourd'hui c'était sans doute un petit miracle qu'il fût encore en vie. En portant la torche un peu plus près, Jessp nota quelque chose qui ne lui avait pas immédiatement sauté aux yeux :

- Il a ses deux mains… Merde, mais que se passe-t-il ici ?

- Je n'en sais rien, fit Oropher, mais lui pourra sans doute nous en dire davantage quand il sera réveillé. Encore faut-il réussir à le ramener jusqu'à votre patron. Vous arriverez à le traîner ?

Le mercenaire hocha la tête positivement, en tendant leur seule source de lumière à l'Elfe. Ce ne serait pas une partie de plaisir, mais il y parviendrait. Il n'avait pas vraiment le choix, de toute façon…


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Lithildren Valbeön
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Lun 11 Déc 2017 - 16:56
Nul mot, nulle parole, nul discours ne purent soulager la peine de l'Elfe. Son désarroi, sa peine, sa détresse étaient comme un fardeau sur ses frêles épaules. Oui, une éternité de solitude, avec pour ami Oropher, qu'elle aimait autant qu'elle le haïssait. Si elle ne tremblait plus de crainte d'être seule, elle tremblait de peur de le devenir. L'homme tâcha, tenta de la réconforter, mais l'esprit de la belle d'argent était aussi profond que les entrailles de la terre.

La proposition qu'il lui adressa étonna l'Elfe. Il lui proposait tout de même de vivre avec son épouse et lui, quand ils auraient une maison. Elle tourna son regard de givre sur l'homme, que rien ne semblait affaisser. Elle eut ce léger sourire amusé et ému que l'on a quand on nous annonce une bonne nouvelle. Pourquoi pas ? Elle n'approuvait pas forcément les humains, mais elle s'en rapprochait bien plus que de ses pairs, dont elle était une hors-la-loi. Bree restait près d'Imladris, mais assez loin pour ne pas subir le courroux elfique de ses voisins. Elle s'imaginait mal travailler la terre, mais aurait-elle pensé un jour qu'elle creuserait pour sa survie ? La vie est faite décidément de surprises, bien que pas toutes agréables. Elle y penserait. Oui. Elle y penserait.

Lithildren retrouva un semblant d'énergie. Elle ne sut si c'était l'absolu positivisme qui avaient agit sur elle, ou si elle allait juste mieux après avoir vidé son sac. Peu importait, elle trouva du réconfort dans cet espace caverneux aux côtés de cet homme qu'elle appellerait sûrement "connaissance amicale", si les circonstances étaient moins glauques. La question sembla détendre ou normaliser l'atmosphère qui pesait entre le duo papotant. Il répondit, calmement, avec cet air un peu benêt qui se mit à amuser l'Elfe. En or, donc, et ornés de symboles elfiques.

L'Elfe se souvenait à peine des leçons d'histoires de sa jeunesse, mais elle savait qu'elle serait effrayée de trouver des artefacts anciens dans ces lieux sombres. Néanmoins, cela paraîtrait presque avoir du sens, si les ruines dans lesquelles Oropher et elle avaient manqué d'y passer étaient bel et bien d'origine elfique. Cela expliquerait les trois veilleurs de la surface. Mais Lithildren se demandait tant de questions : connaissait-elle cet endroit, même de nom ? Ou même parmi les Elfes était-il perdu dans les âges ? Quels trésors ce vieil homme grincheux et aigri pouvaient-ils espérer trouver, et surtout, depuis quand étaient-ils ici ? Elle ne pourrait répondre correctement, le temps ici semblait figé et Holric pouvait prétendre avoir vingt ans s'il en paraissait plus. Elle espérait juste pour lui que sa Thilda n'ait pas été trop languie de son absence au point de l'abandonner.

Lithildren cligna des yeux pour chasser ses pensées. Elle regarda de nouveau ailleurs. Il était clair et net, limpide comme du cristal, que le "patron" cherchait quelque chose. Du savoir, de la richesse ? Des traces du passé ? Un pouvoir enterré avec le temps ? L'Elfe ne se sentait pas bien rassurée. Mais elle était de plus en plus déterminée à sortir, quel qu'en soit le prix. Elle savait se battre et ces gardes, bien qu'armés, ne l'effrayaient guère. Elle était issue d'un peuple, bien que désormais pacifique, autrefois combatif et prêt à tout pour survivre. La force de ses ancêtres coulaient dans ses veines. Mais les années avaient fait couver en elle la rage de continuer le combat de ses parents. Elle regarda ses mains abîmées, et son regard, son visage muèrent en détermination.

Elle donnerait tout pour finir ces conneries et rendre la liberté à ceux qui la méritent.
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Ryad Assad
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Lun 22 Jan 2018 - 15:07
HRP : Notre ami Had étant toujours occupé, je continue en incarnant Oropher. Désolé du retard !

_________________



Lithildren fut réveillée par un cri d'alarme poussé par une des sentinelles. Elle émergea d'un sommeil qui n'avait rien de réparateur, et la première chose qu'elle vit fut la grande carcasse de Holric qui bondissait de sa couchette pour aller prêter main-forte. Il était difficile de savoir quoi faire pour l'Elfe, qui était gardée à l'œil en permanence par deux gardes armés, mais ils ne lui barraient pas formellement le passage, et n'envisageaient pas de l'empêcher d'approcher. Un petit groupe s'était formé près de l'entrée, de la pièce où ils se trouvaient, alors qu'une bonne moitié des gardes essayaient de repousser les mineurs afin de ménager un passage.

- Laissez-nous voir ! Cria Holric de sa grosse voix.

- Ouais, laissez-nous voir ! Reprit un autre.

- Reculez ! Reculez, j'ai dit ! Il y a un blessé ! Reculez bordel, ou je vous embroche !

Les mineurs se calmèrent légèrement, sans qu'il fût possible de savoir si c'était le retour d'un individu blessé ou la perspective de se faire tuer bêtement qui les terrifiait le plus. Ils firent silence rapidement, alors que l'autre moitié des gardes approchait en tenant une silhouette immobile, un véritable poids mort qu'ils déplaçaient précautionneusement. De là où elle se trouvait, Lithildren ne pouvait pas voir de qui il s'agissait. Était-ce Oropher ? Était-il tombé dans un des pièges de la cité enfouie ? Allait-il payer de sa vie l'exploration de ces souterrains maudits ? Il était parti malgré ses blessures, et si la bête rôdait toujours dans les parages, y avait-il une chance pour lui de lui échapper ?

La cohue se transforma bientôt en bousculade quand l'un des gardes – un peu moins rassuré que les autres – se sentit étouffé par la pression des mineurs et commença à dégainer son arme pour les faire reculer. Il n'eut pas le temps d'achever son geste qu'on l'arrêta, mais cela déclencha un mouvement de colère, et pendant de longues minutes on n'entendit que les grognements et les cris de ceux qui s'indignaient, et de ceux, plus raisonnables, qui voulaient éviter un bain de sang. On s'empoigna virilement par le col, on se menaça allègrement, et des œillades meurtrières furent échangées. Les hommes étaient nerveux, terrifiés, et oppressés par l'environnement dans lequel ils se trouvaient. Depuis combien de temps n'avaient-ils pas vu la lumière ? Depuis combien de temps n'avaient-ils pas senti l'air frais sur leurs visages ? Leur réaction était compréhensible, et la tension était logique… mais elle n'en demeurait pas moins dangereuse. Ils ressemblaient à un amas de brindilles ballottées par la vie, et la moindre étincelle risquait de déclencher un incendie incontrôlable.

- Messieurs…

La voix n'était pas forte, à peine plus qu'un murmure, mais elle parvint tout de même aux oreilles des mineurs et des gardes, qui se calmèrent rapidement et se retournèrent comme un seul homme vers le propriétaire de celle-ci. Lithildren avait reconnu leur hôte, qui demeurait assis dans son fauteuil. Ses yeux brillaient d'une étrange lueur, difficile à qualifier, mais certainement pas rassurante. En face, curieusement, ses sous-fifres semblaient… terrorisés… Ils avaient eu peur en voyant arriver le blessé, ils avaient craint pour leur vie devant la réaction hâtive du garde, mais ce n'était rien en comparaison de la soumission épouvantée que l'on pouvait lire en eux à présent. Ils baissèrent les yeux humblement, comme s'ils attendaient de savoir lequel allait être foudroyé sur place par une magie surnaturelle. Dans un silence assourdissant, le chef reprit la parole, sans hausser le ton :

- Amenez-moi le… hm… le blessé… Approchez… Approchez…

Il y eut une forme de soulagement clairement perceptible, et les hommes s'écartèrent prudemment pour laisser passer le blessé. Lithildren put mieux voir, alors, qu'il ne s'agissait pas d'Oropher. C'était un humain couvert de sang, qui était plongé dans l'inconscience. L'Elfe croisa alors le regard de son compagnon, qui suivait ce curieux cortège. Il avait l'air éreinté, mais il tenait encore debout, et par miracle il ne présentait pas de nouvelles blessures. Ayant échappé à la cohue, il chercha des yeux la seule présence féminine de la pièce, et quand il put enfin accrocher l'élue de son cœur, ils échangèrent un long regard qui en disait long sur les horreurs auxquelles ils devraient encore faire face avant de quitter cet endroit maudit. Cependant, la présence de ce blessé leur donnerait peut-être une chance de survivre, et de convaincre le mystérieux chef de tout ceci qu'il y avait bel et bien une menace contre laquelle ils devaient tous s'unir.

Oropher fit signe à Lithildren d'approcher, ce qu'elle put faire sans que quiconque l'en empêchât. De toute évidence, les gardes étaient déterminés à ne pas faire de vagues maintenant, craignant le courroux de leur meneur. Les deux amis furent réunis pour la première fois depuis trop longtemps, mais ils ne s'autorisèrent aucun geste de tendresse qui aurait pu être utilisé contre eux par la suite. En outre, Oropher semblait préoccupé, et son esprit lui commandait de s'emparer de ce à quoi il tenait le plus au monde, et de quitter cet endroit le plus rapidement possible. Le danger était plus proche qu'ils le croyaient… il le sentait intimement, comme une intuition profonde qui le rongeait de l'intérieur, mais qu'il ne s'autorisait pas à exprimer de crainte de passer pour un fou.

- Je vais bien… fit-il simplement. Et toi ?

Les mots sortaient difficilement de sa bouche, comme s'il peinait dans cet instant privilégié à trouver quoi dire à Lithildren. La nature de ses sentiments avait-elle changée ? Il l'ignorait. Il ignorait aussi ce qui passait dans son esprit à elle, et cela le travaillait plus qu'il ne voulait l'admettre. Il avait peur de la perdre, cela il en était certain, mais il se demandait s'il ne valait pas mieux que tout s'arrêtât ici au fond de ce trou puant, plutôt que de vivre pour toute l'éternité sans elle. Son esprit rejoindrait Valinor, et y trouverait enfin la paix, car la Terre du Milieu lui avait apporté son lot de souffrances et de malheurs, à tel point qu'il se demandait s'il lui serait un jour possible de s'en affranchir.

Ils n'eurent pas l'occasion d'entretenir une longue conversation, que déjà leur enquête reprenait. La réaction de leur hôte leur en dirait long sur la nature de leur futur dans ces souterrains, et Oropher ne pouvait pas nier qu'il était curieux de savoir ce que la découverte de ce blessé impliquerait pour tout le groupe. Peut-être quitteraient-ils enfin cet endroit, comprenant qu'il valait mieux partir tant que cela était possible, avant de laisser la bête les tailler en pièces un par un. Il n'osait pas vraiment l'avouer, mais lui aussi avait peur. Peur de cet endroit sinistre, de ce monstre invisible qui les traquait et semait derrière lui des cadavres et des blessés. Il avait peur de perdre le peu que ses mains égratignées parvenaient encore à retenir. Il avait même peur de perdre ces stupides pierres gravées qu'il gardait dans ses poches, souvenir pathétique de ce qu'avait été jadis la grande cité d'Ost-in-Edhil… Il se sentait à la fois ridicule et impuissant… il n'avait plus rien de l'Elfe qu'il avait un jour été.

- Racontez-moi… Jessp…

Les deux Elfes tournèrent la tête vers le second de toute cette opération, qui paraissait toujours aussi mal à l'aise. Il ne savait trop que dire, et il se contenta de s'appuyer son son passé – peut-être celui d'un militaire, à en juger par son attitude – pour relater les faits simplement et avec concision :

- Nous explorions les souterrains, monsieur, quand nous sommes tombés sur une… euh… une main humaine. Séparée du corps, monsieur. Nous… euh… Nous avons suivi les traces, en espérant en découvrir davantage, et nous avons aperçu Agon qui était étendu là. Il respirait encore, alors nous avons pensé le ramener ici, pour qu'il puisse dire ce qu'il avait vu. En ce qui nous concerne, nous n'avons pas vu la bête, ni entendu quoi que ce soit, mais…

- Mais ? Le relança le vieil homme.

Tout le monde semblait attendre la réponse à cette question, et Jessp s'en rendit compte en jetant un regard circulaire autour de lui. Les mineurs et les gardes étaient suspendus à ses lèvres, car leur vie dépendait littéralement des informations qu'il avait encore à disposition. L'ancien soldat décida de garder ses impressions pour lui, afin de ne pas semer un vent de paniquer, au lieu de quoi il jugea préférable de rebondir :

- Mais je suggère que nous doublions la garde. Juste au cas où. Le temps qu'Agon puisse nous apporter son témoignage.

- Hm… Faites donc… Occupez-vous de… monsieur Agon… voulez-vous ? Et faites en sorte… comment dire… qu'il reste en vie… Je veux l'interroger… personnellement.

Oropher se souvint alors des paroles prononcées par Jessp quelques heures plus tôt, alors qu'ils venaient de faire la découverte de l'infortuné… L'ancien soldat avait déclaré que le pauvre Agon avait quitté le groupe, et que tout le monde pensait qu'il avait déserté. Il n'était pas difficile de deviner quel genre d'interrogatoire le chef de bande lui ferait subir une fois qu'il serait réveillé. Il ne semblait pas être homme à accepter qu'on le trahît, et qu'on l'abandonnât ainsi. Le blessé risquait de regretter de ne pas avoir succombé entre les griffes de la bête… Les gardes qui le transportaient s'exécutèrent diligemment, et le déposèrent sur une paillasse non loin en lui assignant un homme qui serait chargé de le soigner. Oropher, pressentant une opportunité, prit la parole :

- Elle peut l'aider ! Lithildren peut aider votre homme ! Laissez-la l'examiner.

Jessp et son chef se retournèrent vers les deux Eldar misérables et épuisés qui leur faisaient face. Ils n'étaient pas dupes du manège de celui qui voulait protéger sa compagne des affres des efforts de la mine, et c'était un noble geste que de vouloir la préserver. Toutefois, ils avaient aussi entendu parler des miracles de la médecine elfique, et dans leur esprit naïf, tous les Elfes étaient des guérisseurs nés qui pouvaient soigner des blessures normalement mortelles. Le chef hocha la tête et fit un signe de tête, laissant Lithildren se joindre au médecin du camp. Oropher la couva du regard, l'encourageant à faire de son mieux. Il n'avait pas pu manquer de remarquer ses mains abîmées, de remarquer sa démarche voûtée et douloureuse, car les coups de pioche sur la pierre remontaient dans ses bras fatigués, et mettaient au supplice les muscles de son dos. Elle avait pour elle la force de sa race, mais les Elfes étaient des êtres fins et altiers qui n'avaient pas le gabarit puissant et endurant des races de mineurs qu'étaient les Hommes et les Naugrim. En la préservant de nouveaux tourments, Oropher espérait réussir à se faire pardonner… et à la préserver telle qu'il la connaissait.

- Reposez-vous… Oropher… Vous avez bien mérité… comment dire… un peu de sommeil… Jessp… cela vaut aussi pour vous…

Les deux explorateurs improvisés, couverts de sueur et de poussière, surent gré à leur hôte de leur accorder cette faveur, d'autant plus lorsqu'il ordonna à tous les autres de reprendre leur poste, et aux mineurs de continuer à travailler. Holric regarda avec une pointe de tristesse Lithildren s'éloigner, mais il ne fit aucun commentaire, et se remit au travail comme les autres. Malgré la fatigue. Malgré la peur.

Lithildren, quant à elle, se porta aux côtés du blessé. L'homme qui se trouvait déjà à ses côtés paraissait perplexe. Il avait découpé la chemise ensanglantée d'Agon, dont les lambeaux reposaient désormais sur le sol, et il était occupé à l'examiner sous toutes les coutures. En voyant l'Elfe approcher, il lui ménagea un peu de place, et lui fit un compte-rendu préliminaire qui le laissait interloqué :

- Je ne trouve pas trace de blessure… Quelques bleus, des coupures mineures, mais rien qui puisse expliquer d'où viendrait tout ce sang… ni pourquoi il est encore inconscient. Aucun signe qu'il ait pris un coup à la tête, c'est comme s'il dormait tout simplement. Vous avez déjà vu quelque chose du genre ?


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Lithildren Valbeön
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Mar 23 Jan 2018 - 12:45
Lithildren se réveilla en sursaut et la douleur qui la lança dans le corps la fit gémir. La brutalité de ce réveil après un sommeil précaire n'arrangeaient en rien son corps endoloris, meurtri, lancinant. Elle entendait en elle cette voix hurler, gueuler qu'on la laisse en paix. La première pensée qui lui vint fut qu'on lui laisse prendre un bain. un long, très très très long bain. L'Elfe tourna la tête vers les cris, bruits, l'agitation ambiante. Bien qu'elle fût grande, aussi grande que certains mineurs, elle se percha un peu en hauteur grâce à des cavités sur une paroi un peu penchée. Se tenant par la force de la volonté uniquement, elle observa que le groupe s'était formé autour d'un... corps ? De là, elle ne pût distinguer clairement son propriétaire. Etait-ce...? Non, cela ne pouvait être Oropher. Pas lui, pas encore une personne chère à ses yeux qui se perdrait ! Son coeur rata un battement en imaginant les pires scénarios.

Elle resta fixée sur ce corps alors que l'agitation se muait en bagarre générale. Elle fut la première à entendre la petite voix du "chef" qui demandait le calme. Elle observa, écouta et la vision d'Oropher la frappa comme un coup de poing en pleine figure. Son coeur rata un nouveau battement, alors qu'une douce chaleur se diffusa dans son buste douloureux. Elle sauta de son perchoir et approcha prestement de son compagnon. A son regard, elle comprit qu'elle ne devait pas laisser son bonheur de le revoir sain et sauf prendre le dessus. La seule chose dont elle avait envie était qu'il la serre fort contre lui, de sentir son corps contre le sien et se laisser bercer par son souffle et sa voix. Mais le regard qu'ils échangeaient depuis de longues minutes selon elle semblait s'éternisait et en disait long sur le passé, le présent et le futur dans ces cavernes : douloureux et empreint d'embûches à leur libération. Elle voyait dans le regard sombre de son compagnon toutes les atrocités qu'il avait pu voir hors de la mine. Elle se contenta d'adopter la démarche la plus souple possible, malgré ses douleurs lancinantes. Elle finit par se voûter un peu et adopter une marche plus cadencée et lourde.

- Je vais bien... enfin aussi bien que je peux me porter. Elle baissa le ton pour que seul lui entende. Le "chef" creuse pour chercher des anneaux en or... ou d'autres trésors. Il promet de laisser leur part aux autres et d'ensuite les laisser repartir chez eux, mais il cherche quelque chose, bien que j'ignore encore quoi.

Leur discussion fut trop courte que le chef en question demandait à un dénommé Jessp d'expliquer la situation. Lorsque Lithildren en eut prit connaissance comme tout le monde, elle regarda Oropher. le sentiment de bonheur de le savoir non-blessé l'emporta à nouveau. La simple présence de l'Elfe suffisait à la rassurer, l'apaiser. Etre tant séparée de lui avait comme... renforcé ses sentiments pour lui, elle qui pensait le haïr simplement. Mais son affection pour lui était plus grande qu'elle ne l'avait jamais soupçonné. Et pour une fois, elle ne se laissa pas effrayer par cela : elle accueillit seulement ces sentiments et les laissa la réchauffer.

Elle fut si distraite qu'elle n'entendit que son nom et une notion de... soins ?! Mais ! Elle ne savait plus... Peu importait. Si ça lui évitait les mines, et c'était sûrement le but de son ami, elle prendrait l'occasion. En s'éloignant lorsque le chef l'appela, elle prit la main d'Oropher une fraction de seconde et laissa les deux peaux s'effleurer dans un geste au sens impossible à identifier.

L'elfe aux cheveux d'argent ressentait une grande peine à laisser son compagnon seul, et elle jeta un regard à Holric en lui signifiant son regret de le laisser. Mais elle voulait aussi penser à elle. Et cette pause l'aiderait. Elle se faufila jusqu'au blessé et accompagna celui qui se trouvait déjà à ses côtés. Elle s'assit sur les genoux près de l'homme et écouta l'étude préliminaire.

- Si je devais en juger, je dirais qu'il est en état de choc et que son esprit a décidé de le plonger dans un certain sommeil. Le mieux à faire reste de le veiller. Je peux m'occuper de lui, mais il me faut voir de quoi vous disposez pour soigner. Vous ignorez sûrement l'usage de plantes que mon peuple utilise dans des cas comme celui-ci.

Elle essaya de paraître le plus convaincant possible. C'était tout ce qui comptait : être convaincante. Elle posa une main sur le front de l'inconscient et l'observa. Elle ne mentait pas, non. L'homme avait dû voir des horreurs pire que la mort là-dessous. Elle espérait simplement être la première à qui il parlerait. Elle regarda l'autre homme.

- Vous pourriez aussi m'apporter un bol d'eau, s'il vous plaît ?
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Ryad Assad
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Jeu 25 Jan 2018 - 23:32
Oropher s'était allongé sur le flanc, terrassé par la fatigue, mais son esprit était trop préoccupé pour vraiment se reposer. Dans sa tête tournaient en boucle les paroles prononcées par Lithildren, formant une chaîne qui entravait toute tentative de penser à autre chose. Elle n'avait pas pu lui donner beaucoup de détails, et elle avait dû se contenter d'une explication pour le moins lacunaire. Mais ses découvertes étaient pour le moins troublantes, sinon inquiétantes.

Des anneaux en or…

L'Elfe n'était pas un érudit comme pouvaient l'être ceux de son peuple qui s'absorbaient aisément dans la lecture de livres anciens, et dont la mémoire fantastique se rappelait parfois des épisodes qu'ils avaient eux-mêmes vécus, fort longtemps auparavant. Il ignorait donc tout de l'histoire de la cité où il se trouvait, sinon qu'elle avait un jour été resplendissante, et qu'aujourd'hui elle n'était plus que ruines, oubliée de tous ou presque, soumise à des pillards sans scrupules qui la dépouillaient de ses dernières richesses. Quelle tragédie. Il y avait dans le sort d'Ost-in-Edhil une représentation cruellement réaliste du sort qui attendait les Elfes, condamnés à dépérir et à quitter cette terre un jour, pour laisser les mortels s'en emparer. Alors, ils ne deviendraient que des vestiges d'un passé déformé par le temps, et on retrouverait des miettes de leur gloire, qui deviendraient des artefacts de grand pouvoir. Ils nourriraient les légendes et les contes, et on leur prêterait des formes et des actes fabuleux. On les imaginerait capables de voler par-dessus les flots, on les décrirait comme dotés de pouvoirs magiques, on écrirait des livres à leur sujet, d'abord pour conserver la mémoire de leur passage ici, puis enfin pour rire de telles fables. Les Hommes à la vie si courte n'avaient-ils pas déjà oublié l'existence des grands cracheurs de feu ? Ne leur avait-il pas fallu en apercevoir un de leurs propres yeux, dans les plaines glacées du Nord, pour se souvenir qu'ils n'étaient pas qu'une invention de l'esprit, et que la dévastation qu'ils pouvaient apporter était bien réelle ?

Oropher s'assombrit. Il aurait voulu que l'éternité de son existence que lui conférait sa naissance lui eût donné une mission, une direction, qu'il eût une tâche particulière à accomplir, laquelle remplirait ses jours et ses nuits, et lui conférerait un destin. A quoi bon la vie éternelle, si l'on errait sans but ? Il regarda ces hommes qui s'affairaient vigoureusement… des êtres à la vie si fragile, qui au lieu de chérir la flamme vacillante de la vie qu'ils abritaient, s'échinaient à se battre contre le monde et contre eux-mêmes dans une lutte à la fois noble et futile. Ils creusaient pour trouver un trésor dont ils ne profiteraient en définitive que très peu. Alors à quoi bon ?

Le regard du guerrier glissa lentement vers leur hôte, le chef de cette bande de mercenaires. Il paraissait dormir, ou méditer, toujours assis dans son sinistre fauteuil. Il portait de lourdes bagues dorées aux doigts, comme un de ces aristocrates bouffis que l'on voyait parfois, mais il y avait chez lui une cruauté qui, paradoxalement, semblait ne jamais dormir. D'ailleurs il ouvrit les yeux bien rapidement, comme s'il s'arrachait à une réflexion intense. Il cligna des yeux, et son regard fatigué sembla retrouver toute sa lucidité. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, Oropher trouvait cet homme inquiétant. Dérangeant. Comme s'il y avait quelque chose en lui qui n'était pas naturel. La peur qu'il inspirait à ses hommes était loin d'être anodine, et il avait forcément un moyen de pression pour les contraindre ainsi, et se faire obéir au doigt à l'œil. Mais quoi ?

La seule promesse du butin pouvait-elle lui donner autant d'autorité sur eux ?

Y avait-il un rapport avec l'objet qu'il cherchait désespérément ? Lithildren ne lui avait pas donné davantage de détails à ce sujet, mais il était permis de se demander comment la situation évoluerait le jour où il trouverait ce qu'il était venu chercher. Laisserait-il des témoins derrière lui ? Laisserait-il deux Elfes susceptibles de tout révéler à son sujet s'échapper ? Rien n'était moins sûr. Cela signifiait qu'il devait réfléchir à un plan pour s'évader d'ici avec Lithildren… Fermant les yeux à demi, il laissa son corps se détendre, et essaya de faire le vide dans son esprit. Il ne lui était pas facile d'atteindre cet état de relaxation propre à son peuple sans avoir le ciel pour toit, mais il savait également qu'il devait reprendre des forces s'il voulait pouvoir s'extirper de ce piège. Le moment venu, il devrait peut-être avoir à se battre, à courir, à ramper, et si la fortune était contre lui et que sa compagne d'infortune venait à être blessée, à supporter son poids tandis qu'il la porterait dans ses bras jusqu'à la lumière. Sa respiration se fit plus profonde et plus lente. Ses pensées se focalisèrent peu à peu sur son objectif.

Protéger Lithildren. A tout prix. Personne ne la toucherait, personne ne lui ferait le moindre mal.


~ ~ ~ ~


De l'autre côté de la pièce, Lithildren avait décidé de prendre la direction des opérations concernant l'étude du cas du blessé. Le mercenaire qui l'accompagnait était de toute évidence assez peu qualifié, malgré une expérience que l'on devinait à son manque de gêne devant tant de sang. Il avait dû recoudre son lot de plaies, peut-être même avait-il déjà eu à procéder à une amputation d'urgence, sans pouvoir endormir son patient. Il avait dans les yeux la lassitude de ceux qui en avaient trop vu, et qui n'en avaient pas sauvé assez. Mais c'était peut-être dû à cette atmosphère étouffante, à l'absence de lumière naturelle, et à la présence toute proche de cette créature qui rôdait dans les parages. Elle mettait les nerfs de tout un chacun à vif. Quand l'Elfe lui parla d'un « état de choc », il fronça les sourcils, comme s'il cherchait quel était le meilleur remède. Il avait déjà vu des hommes demeurer tétanisés après avoir vu les horreurs de la guerre, et il comprenait où elle voulait en venir, mais d'ordinaire les malheureux étaient plutôt incapables de détourner le regard de ce qu'ils avaient vu. Ils ne sombraient pas vraiment dans l'inconscience. Cependant, il n'était pas expert de ces choses, et la femme avait l'air de savoir ce qu'elle faisait :

- Je vais voir ce qu'on a en réserve, répondit-il à sa demande, mais ce ne sera pas fameux…

Il se redressa, et alla chercher un sac, se contentant de lui adresser un signe de tête alors qu'elle lui demandait en outre d'apporter un peu d'eau. Elle n'avait rien demandé d'extravagant, ni de bizarre, et à aucun moment il ne questionna la nature de ses intentions. Le patron lui avait demandé de soigner un blessé, et il n'imaginait pas qu'elle pouvait servir ses propres intérêts, et vouloir l'éloigner. Ce fut la raison pour laquelle il ne se méfia pas, et ne jeta pas même un regard en arrière. S'il l'avait fait, il aurait peut-être pu apercevoir ce que Lithildren fut la seule à capter. Alors qu'elle se retournait vers le blessé pour poursuivre son examen, elle eut la très grande surprise de le voir les yeux ouverts, qui la regardait fixement.

Il était parfaitement terrorisé, et ses pupilles ressemblaient à de petites billes d'obsidienne noyées dans un océan de nacre. Des veines minuscules gorgées de sang donnaient à son regard des accents de folie, comme s'il avait depuis longtemps basculé. La mâchoire serrée, il souffla si faiblement que la jeune Elfe eût toutes les peines du monde à l'entendre :

- Qui êtes-vous ?

Ses mots étaient à peine compréhensibles, comme s'ils étaient restés bloqués dans sa bouche. Le fait qu'il eût pris la parole en gardant les dents obstinément collées les unes aux autres n'aidait sans doute pas. Mais ce n'était pas la seule chose curieuse chez lui. Il ressemblait à une marionnette, sa tête tremblait de manière anormale, comme s'il essayait de regarder dans toutes les directions à la fois. Comme s'il cherchait quelque chose, sans vouloir s'agiter de trop, de peur d'attirer l'attention. Il capta les bruits de pioche tout autour, puis repéra les torches, et rapidement il comprit :

- Oh non… Gier est ici ?

Il chuchotait, mais la peur primaire était clairement audible dans sa voix. La peur la plus animale, celle qui le poussait à révéler des choses sans même s'en rendre compte.

- C'est lui qui me l'a pris ?

Il attrapa fermement le poignet de Lithildren, qui sentit toute la puissance de son étau. Agon n'était pas particulièrement large ou épais, mais la crainte le transcendait. Il continuait à parler de manière crispée, et elle ne comprit pas sa phrase suivante qui ressemblait de toute façon à un monologue. Toutefois, il y avait quelque chose qui n'avait pas échappé à l'Elfe. Un mot. Un seul.

« Sorcier »

Lithildren n'avait que quelques secondes pour décider quoi faire. Aider cet homme ? Le dénoncer ? Le questionner ? Que lui demander ? Elle n'avait assez de temps que pour une de ces choses, une seule question tout au plus, avant le retour de l'autre mercenaire. Quand le chef se rendrait compte que Agon était réveillé, elle n'aurait plus le contrôle sur rien, et le sort du malheureux était hélas dans les mains d'un être qui semblait particulièrement impitoyable.


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Ven 2 Mar 2018 - 23:22
[HRP : Pardon du retard et du petit post. ]

La peur.

Elle suintait des spores de la peau de l'homme, drapait son enveloppe physique d'une couche épaisse, le couvrait d'une main impitoyable et refusait de partir. Ce qu'il avait vu l'avait touché au plus profond de son âme, l'avait changé. La folie guettait, tapie dans l'ombre, l'Elfe le voyait dans ses yeux. Il allait sombrer, lentement, elle avait peu de temps.

L'autre se tourna pour aller chercher ce qu'elle demandait. Le souffle à peine perceptible d'Agon vint faire frémir l'oreille sensible de Lithildren. Elle eut du mal à entendre et dut répéter en boucle cette seconde pour comprendre qu'il demandait qui elle était. Le regard perdu, hagard de l'allongé chercha quelque chose, et sembla reconnaître l'endroit. Il demanda si un certain Gier était ici. L'Elfe voulut demander de qui il s'agissait, mais il posa une nouvelle question. Lithildren ne comprenait rien.

Agon la saisit au poignet avec une telle force qu'elle serra la mâchoire. Il parla, mais elle n'entendit que le mot "sorcier" avec certitude. La belle aux cheveux de jais fronça les sourcils et jeta un très bref regard par-dessus son épaule. Elle se pencha en avant vers Agon, l'air préoccupée.

- Je vais vous aider, mais vous devez me parler de ce que sorcier. Je vous en supplie...

Elle parla de sorte que seul Agon entende. Nulle autre question ne lui vint en tête, et c'était peut-être la moins pertinente. Mais elle devait savoir pourquoi "sorcier", et peut-être aurait-elle quelques réponses. L'Elfe voulait aider cet homme, il serait peut-être la clef de leur survie et libération, à Oropher, Holric et elle. Elle ferait ce qu'elle pourrait pour ne pas le laisser entre les mains de leur "patron", en tout cas pas de suite. Quitte à mentir, manipuler, faire semblant, le sort de ces Humains lui importait peu. Seul Oropher comptait.

Le visage de son ami ne la quitta pas une seule seconde alors qu'elle écoutait Agon. Pendant qu'il parlait, elle faisait mine de chercher son pouls, posait une main sur son front, prenait une mine inquiétée et attentive. Elle était penchée, comme pour capter un souffle. Elle regardait ses yeux, cherchant la peur et comment elle pourrait simuler une grave inconscience.
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Ryad Assad
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Mer 28 Mar 2018 - 9:17
HRP : Les concours sont finis, donc je reviens peu à peu au RP. Désolé du retard !
__________

Il était difficile de savoir si l'homme était fou ou particulièrement lucide. Il avait les yeux écarquillés, ses iris se perdant dans son regard éperdu. Il dévisageait Lithildren avec une intensité telle qu'il n'était pas possible d'écarter ses allégations d'un revers de la main, même si elles semblaient farfelues. Pourtant, il aurait été plus facile de considérer le malheureux comme un esprit dérangé et le laisser à ses élucubrations. Ce qu'il disait n'avait aucun sens, mais il était habité d'une telle crainte que le moindre de ses mots semblait résonner des accents de la vérité.

- Le sorcier… Ce n'est pas un être humain… On ne peut pas le tuer…

Il passa la langue sur ses lèvres sèches et craquelées. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu l'occasion de boire. Lithildren aurait pu lui proposer quelque chose à boire, mais il semblait pressé de lui confier ses atroces secrets, et il paraissait capable de s'accommoder de la situation encore un peu. On aurait dit qu'il craignait que quelque chose l'empêchât à tout jamais de parler, et qu'il se dépêchait de partager ce qu'il savait avant de ne plus en être capable. Ses phrases étaient saccadées, à peine compréhensibles parfois tant les mots étaient déformés. Il avait la voix rauque, et ses murmures étouffaient les syllabes, forçant l'Elfe à tendre l'oreille attentivement pour ne rien perdre de ses révélations toutes plus inquiétantes les unes que les autres.

- Il nous a tous ensorcelés… C'est lui qui nous retient ici… Il… Il… C'est lui… C'est depuis qu'il l'a trouvé…

Il se prit la tête dans ses mains, agité de soubresauts étranges. Il donnait l'impression de retenir de toutes ses forces le besoin de hurler. Ses poings serrés et ses gémissements étouffés avaient de quoi effrayer. Il inspira profondément, et lorsqu'il découvrit son visage, Lithildren put voir des larmes couler le long de ses joues. Il pleurait sincèrement, alors que la terreur refluait dans son regard, pour laisser la place à un autre sentiment encore mal défini. Lorsqu'il reprit la parole, sa voix tremblante était paradoxalement plus posée, plus mesurée qu'auparavant :

- Il nous a transformés en monstres… et je sais qu'il nous tuera tous. Je l'ai vu… Je l'ai senti… Sa magie est partout. Partout. Bientôt, vous aussi…

Il s'interrompit, tandis que devant ses yeux défilaient les images fugaces que lui jetaient ses souvenirs. Il se revivait des scènes horribles, de toute évidence, car il s'était figé d'effroi, laissant Lithildren dans une position délicate. Elle pouvait essayer de le ramener à lui, mais il n'était pas facile de deviner quelle serait sa réaction. Agon était instable, fragile, et il pouvait tout aussi bien s'effondrer à la moindre pression. A l'inverse, il était clair qu'il était sur le point de lui révéler quelque chose de crucial, et elle était toute proche de comprendre ce qui le terrifiait à ce point. Elle n'eut pas le temps de prendre une décision qu'il quitta ses cauchemars éveillés pour revenir à elle :

- Il est venu à lui… Il est venu à lui, et il nous tuera tous… Fuyez… Fuyez tant que vous le pouvez encore.

Il laissa sa tête retomber sur le sol, et lâcha un soupir si las qu'on aurait pu croire qu'il rendait l'âme. En fait, il se préparait plutôt à ce qui allait suivre, puisque déjà les pas du guérisseur se faisaient entendre. Il n'avait pas pu capter leur conversation, mais il n'avait pas pu manquer de noter que Agon était réveillé. Il s'immobilisa à côté de Lithildren et lui glissa :

- Bien, vous avez trouvé le moyen de le ramener à lui. Bienvenue parmi nous, Agon…

L'intéressé était devenu glacial. La peur avait désormais quitté son corps, et il semblait être animé par quelque chose d'autre. Une volonté implacable de survivre.

- C'est toi qui me l'as pris ?

- De quoi tu parles ?

Le guérisseur avait l'air sincèrement surpris par la question, et sans doute qu'il ignorait – autant que Lithildren – à quoi le blessé faisait référence. Avait-il perdu un objet de valeur dans les souterrains, soupçonnant ses compagnons de voyage de le lui avoir dérobé ? Ce n'était pas impossible, ce genre de choses arrivaient, mais il était possible qu'il eût égaré ce qu'il cherchait dans les souterrains. Sa détermination à vouloir le retrouver dépassait les limites du raisonnable, et cette impression se confirma lorsqu'il bondit comme un fauve sur l'homme qui cherchait seulement à l'aider. Bien qu'elfique, la jeune femme ne put s'interposer tant Agon avait réagi rapidement. En une fraction de seconde il s'était retrouvé sur ses pieds, et il avait plaqué au sol son adversaire. Une pierre était apparue dans sa main, et il avait décidé de l'abattre férocement sur le crâne qui se présentait sous lui.

Le premier coup broya les doigts fébriles qui s'interposaient entre la pierre et la peau, ouvrant une large estafilade dans la tempe du malheureux. Le deuxième provoqua un craquement sinistre au moment où la boîte crânienne se fractura. Le sang se mit à couler dans toutes les directions, giclant dans les airs quand, au troisième coup, l'œil explosa dans un nouveau hurlement déchirant. Lithildren n'avait absolument rien pu faire. Agon se redressa en criant à pleins poumons, défiant du regard tous les mineurs et les gardes qui le dévisageaient, abasourdis. Ils s'étaient arrêtés de travailler en entendant le vacarme de cet affrontement, et le spectacle qu'ils découvraient avait de quoi les stupéfier. La violence de ce meurtre était un choc que personne ne paraissait encaisser sereinement. Le vieillard qui dirigeait les maraudeurs apparut pour la première fois surpris, décontenancé, hésitant quant à la marche à suivre. Ses hommes d'armes se regardaient les uns les autres, cherchant à savoir quoi faire. Les mineurs, pour leur part, semblaient en avoir assez. Un monstre dans les souterrains, un tueur fou dans leurs rangs… Beaucoup souhaitaient rentrer chez eux depuis un moment, pour profiter de leur butin, et devant un tel carnage on lisait dans leurs yeux qu'ils ne souhaitaient plus rester une seconde de plus.

- Au voleur ! S'époumona Agon. Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Il vient pour vous tuer ! Il vient pour vous dérober ! La peste soit des sorciers, qui tuent et qui mentent ! Fuyez ! Fuyez !

- Empêchez-les… souffla le chef des mercenaires de toutes ses maigres forces.

Deux mots apparemment anodins. Une simple étincelle. Une minuscule bévue qui n'aurait pas dû avoir la moindre conséquence. Il avait les armes, il avait les le pouvoir, et il avait l'or. Les travailleurs étaient à son service, et ils ne s'étaient jamais rebellés, malgré la peur, malgré le danger. Ils savaient inconsciemment qu'ils devaient honorer leur contrat, et travailler tant qu'on le leur commanderait. Cependant, jamais auparavant on n'avait explicitement ordonné de les empêcher de partir. Cette injonction siffla à leurs oreilles. Elle embrasa les tensions qui couvaient depuis bien trop longtemps, et allumèrent les feux dévorants de la folie.

Ce fut alors le chaos. Épées et dagues contre pioches et poings. La situation était en train d'exploser, et chacun se battait dans son coin, pour sauver sa vie ou son argent. Des hommes se battaient comme des chiens pour un vase, pour un bijou, et ils roulaient sur le sol et dans la poussière en se donnant des coups. Ils ignoraient même qui ils frappaient, et il n'y avait aucun camp, aucune cohésion. Chacun protégeait ses intérêts, se battait pour lui, et pour ses trésors durement accumulés. Oropher, pris au milieu de la mêlée, se défendait comme il le pouvait. Il avait l'air aux prises avec Jessp, et ils avaient l'air de se disputer des objets sans importance, de minuscules pierres apparemment sans valeur. Pourquoi ? Lithildren n'était pas en mesure de le dire de là où elle se trouvait, trop occupée qu'elle était à faire face à la nouvelle menace qui se présentait. En effet, elle voyait marcher sur elle et Agon deux gardes qui avaient l'intention de les entraver. Ils n'avaient pas sorti leurs armes, mais tenaient dans leurs mains des cordes de chanvre épaisses qu'ils entendaient passer à leurs poignets – ou à leur coup, s'ils se débattaient trop. Agon se déplaça sur le côté, brandissant sa pierre ensanglantée comme s'il allait la jeter. Il avait décidé de ne pas se rendre facilement. L'un des hommes se déplaça dans sa direction, tandis que le second s'approchait de Lithildren.

- Évite de te débattre, et j'aurai pas à te faire mal, grinça-t-il.

Il avait l'air d'espérer que l'Elfe allait lui tendre sagement ses poignets joints.


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Ven 30 Mar 2018 - 23:42
Lithildren écouta, horrifiée. Un sorcier les manipulerait ? Comment telle magie et capacités pouvaient-elles subsister ? L'Elfe était tétanisée par ces révélations. Elle voulait tellement fuir, sortir, tout abandonner dans ces souterrains et refaire sa vie de paria à la surface. Oropher envahit encore une fois ses pensées mais elle tâcha de rester concentrée sur Agon. Il délirait, se figeait, se remettait à délirer. Mais la peur, son ton, tout était le signe évident qu'il disait la vérité. Lithildren avait de la peine pour lui et peur pour elle. Elle ignorait que faire...

Puis le temps qu'elle réfléchisse et pense, Agon prenait une pierre et assassinait le pauvre médecin. L'Elfe recula un peu, sur les fesses, la peur aux tripes que l'humain ne la tue aussi. Mais il ne la visait pas elle. Cependant, il se mit à hurler. Et les oreilles de l'Elfe entendirent le "chef" des mercenaires empêcher quiconque de partir. Et si c'était lui le fameux sorcier ? Agon n'avait pas été clair, mais c'était fort probable que cette hypothèse soit la bonne.

Les mineurs et mercenaires se mirent à se battre. Chacun voulait sa part, sa liberté, son prix, sa récompense... Lithildren ne pensa qu'à Holric et Oropher. Qu'à eux. Et elle. La peur la prit au ventre alors qu'elle se relevait. Jessp et Oropher semblaient en querelle, mais elle ne sut définir à propos de quoi. L'Elfe essaye de voir Holric mais elle ne le vit pas dans la foule. Son ventre se noua, son estomac se contracta et la douleur de la faim et de la peur la prit aux tripes, la faisant gémir. Elle se plia légèrement en deux, prise d'une folle angoisse de perdre le peu qui lui était si cher en ce monde. Elle eut du mal à se relever et vit dans le coin de son champ de vision les deux mercenaires avec des cordes s'approcher.

Agon se décala pour faire face à l'un des deux, sa pierre ensanglantée dans la main. Lithildren revit dans son champ de vision le crâne éclaté de l'autre homme et eut un haut-le-coeur, à cause de sa faiblesse physique déjà bien présente. Elle se redressa, tituba en arrière, recula. Mais la peur, la rage, la haine, la volonté de vivre et de sortir prirent le dessus sur la faiblesse. Elle sentit une montée d'adrénaline monter en elle, revigorer maigrement ses membres affaiblis, lui faire voir plus clair. Elle recula encore et regarda rapidement autour d'elle. Elle vit une pioche pas très loin, sûrement lâchée par un des mineurs et réfléchit toute vitesse.

Son assaillant se jeta sur elle. Animée par une force nouvelle, elle esquiva en plongeant en avant, fit une roulade maîtrisée, empoigna la pioche et se jeta en retour sur le mercenaire en poussant un hurlement de guerre. Elle fit s'abattre une fois, deux fois, trois fois la pioche sur lui, sans même prendre a peine de regarder si elle le touchait. Le simple geste de le faire la défoulait et elle s'acharna jusqu'à ne plus sentir un seul mouvement. La mort de cet homme excita l'envie de vivre de Lithildren, qui se tourna vers le chef des mercenaires en poussant un nouvel hurlement bestial. Le sang qui couvrait la belle Elfe avait de quoi lui donner un air sauvage voire effrayant...

Elle alla aider Agon à abattre son assaillant, s'il ne l'avait pas déjà fait... Un allié dans une telle colère lui serait utile et elle se fit la promesse de le garder en vie. Il vivrait, comme Holric, Oropher et elle. Vivraient qui le méritait, oui. Et ce "chef" mourrait.
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Ryad Assad
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Mer 11 Avr 2018 - 20:44
Dans les salles d'ordinaire silencieuses et calmes de la cité perdue, un chaos indescriptible avait fait son apparition. De toutes parts on se battait, on s'empoignait férocement, et il semblait que la folie s'était emparée des esprits de chacun. Lithildren elle-même, couverte de sang encore frais, les yeux glacés, semblait avoir succombé à la furie vengeresse des Hommes. En ce jour, elle n'était plus une Elfe, une créature immortelle détachée des considérations physiques et des souffrances de la chair. Elle était prête à tout pour s'en sortir, dût-elle donner la mort ou lutter contre elle avec les dents et les ongles. Elle s'accrochait à son enveloppe physique, aux sensations qu'elle lui procurait, et refusait de laisser son esprit éternel s'échapper vers un monde plus paisible. Son regard braqué sur l'instigateur de tout ceci racontait la haine qu'elle paraissait éprouver à son endroit, et l'intéressé frémit en voyant qu'elle entendait marcher sur lui. Il voulut appeler ses hommes à son secours, leur commander de mettre un terme à la vie de la jeune femme, et de le sortir de ce mauvais pas.

Personne ne répondit à son appel.

Chacun se luttait d'arrache-pied pour son morceau de trésor, pour sa part hypothétique, et plus les corps s'amoncelaient sur le sol, plus les survivants voyaient la leur grossir. Nul ne voulait céder le moindre pouce de terrain, et en cherchant à défendre leurs intérêts particuliers, ils nuisaient à l'intérêt du plus grand nombre. Les gardes tombaient les uns après les autres, submergés par des mineurs qui payaient le prix fort pour leur audace. Une demi-douzaine d'entre eux gisait déjà sur le sol, beaucoup étant trop grièvement blessés pour être sauvés. Ils pleuraient misérablement sur leur butin perdu.

- À moi ! Lança faiblement le chef des mercenaires, qui glissa hors de son siège et se mit à ramper. À moi ! Ne la laissez pas… me… voler…

La peur se lisait dans son regard. La peur de perdre la vie, naturellement, mais aussi de perdre tout ce qu'il avait pu accumuler, toutes les richesses qu'il avait pu déterrer dans ces catacombes. Alors que Lithildren avançait vers lui, il voyait l'édifice de sa vie s'écrouler, et avec lui ses rêves irréalistes disparaître. Elle était le bourreau qui venait mettre un terme à sa folie, et parce qu'elle était aussi résolue que lui, il sentit qu'elle irait jusqu'au bout. Elle l'exécuterait sans merci, et sans remords. C'était exactement ce qu'il aurait fait.

- Pitié… Implora-t-il.

L'Elfe se détourna de lui un instant, et se porta au secours d'Agon, le traître, le misérable, qui avait été le déclencheur du cataclysme. Le scélérat était aux prises avec un autre garde, mais avec le concours de la jeune femme il parvînt à le tuer, serrant ses deux mains autour de la gorge de sa malheureuse victime pour la priver d'air. Ses yeux fous étaient injectés de sang, et dans son regard on lisait une férocité sans limite. Il laissa le corps sans vie retomber sur le sol, et se pencha pour ramasser la dague que le garde avait laissée tomber un peu plus tôt. Une arme de choix pour ce genre de combats de chiens, au corps à corps, où les lames longues n'étaient pas pratiques. Puis, s'étant ainsi équipé, il se mit à la recherche de sa prochaine cible, passant sa langue sur ses lèvres comme s'il était littéralement assoiffé de sang. Lithildren l'aida à canaliser son flot de violence, en lui montrant la silhouette du vieillard recroquevillé sur lui-même. Agon eut un sourire maléfique :

- Gier… Tu vas mourir, sale sorcier…

Il se délectait d'avance du meurtre qu'il s'apprêtait à commettre, et il s'avança aux côtés de Lithildren, conscient que rien ne pourrait les empêcher de tuer ce fameux Gier. Agon brandissait sa dague, mais il ne comptait pas véritablement s'en servir… Il étranglerait de ses propres mains son employeur, et lui ferait rendre son dernier soupir en l'observant droit dans les yeux. Ainsi, la dernière chose qu'il verrait serait le visage de son assassin, l'homme qu'il avait cru pouvoir contrôler, mais qui en fin de compte avait été capable de se libérer de ses chaînes et de renverser son pouvoir.

- Ne m'enlevez pas… la vie… Souffla le vieillard en levant une main impuissante. Ne me l'enlevez… pas…

Lithildren et Agon arrivèrent enfin devant lui. Gier s'était mis à ramper dans la direction inverse, face contre terre, grognant comme un animal blessé essayant de s'éloigner le plus possible des chasseurs venus le traquer jusque dans son repaire. Il n'avait aucune échappatoire, cependant, et son sort ne serait pas différent de celui des mineurs qu'il avait amenés dans cette funeste aventure.

- Retourne-toi, Gier… Gronda Agon.

Le vieillard se refusa à écouter. Il continuait à avancer, comme un ver de terre sur un sol trop lisse. Il n'y avait pourtant pas d'issue là où il se dirigeait, mais on aurait dit qu'il souhaitait seulement prolonger sa vie de quelques secondes. Mais quelle différence cela pouvait-il faire désormais ? Qu'avait-il à gagner à s'accrocher à quelques bouffées d'oxygène ? Ce n'était pas comme si le paysage valait la peine d'être gravé dans son esprit. Au cœur de la cité d'Ost-in-Edhil, froide et austère, il n'y avait que la mort et la désolation, et les trésors oubliés d'une époque révolue. Rien de tout cela ne valait d'être emporté avec soi dans la tombe.

- Retourne-toi, sorcier de pacotille, fit le mercenaire en attrapant l'épaule du vieillard et en le forçant à lui faire face.

- Tu ne me toucheras plus jamais, misérable !

Les choses se passèrent si rapidement, alors, qu'elles semblèrent totalement surnaturelles. En réalité, elles devaient forcément l'être. Comment expliquer sinon la disparition soudaine de Gier, ce vieillard inquiétant sur le point d'être tué ? Comment expliquer à l'inverse l'apparition tout aussi soudaine de cet homme dans la force de l'âge, qui dégageait une assurance et une aura peu communes ? Il habitait les mêmes vêtements, portait les mêmes bijoux, et ressemblait à une version plus jeune du vieillard. Plus jeune d'au mois quarante années ! Cela ne pouvait être réel, pourtant il n'y avait pas matière à se tromper…


Agon demeura stupéfait pendant un instant. Même au plus profond de sa folie furieuse, il n'aurait pas pu imaginer un tel spectacle, et peu importe ce que son esprit avait pu imaginer comme scénario, il ne s'était pas préparé à un tel retournement de situation. Le nouveau Gier bondit sur ses pieds comme s'il ne pesait pas plus lourd qu'une plume, et referma sa main autour de la gorge d'Agon si rapidement que le mercenaire n'eût même pas le temps d'esquisser un geste pour l'éviter. L'étau du chef d'expédition était plus puissant qu'un piège à ours, comme le découvrit bientôt Agon, qui échoua à faire lâcher prise à son adversaire, malgré ses tentatives.

- Plus jamais ! Tonna Gier d'une voix de stentor, avant de soulever sa victime du sol à la force de son seul bras.

La terreur se lut dans les yeux du guerrier, qui décida de tenter le tout pour le tout. Il enfonça sa lame profondément dans le bras de son adversaire, conscient qu'il n'avait que quelques secondes pour agir avant de sombrer dans l'inconscience. Son coup porta, mais Gier ne parut pas se rendre compte qu'il venait d'être transpercé par une dague. Au contraire, il raffermit sa prise, comme si ce n'était qu'une égratignure. Agon, dans une tentative désespérée, retira son arme et frappa encore et encore le torse de son adversaire. En vain ! La lame ne pénétra pas une seule fois la chair, s'arrêtant net comme si elle avait percuté un mur. Au dixième ou douzième coup, elle finit par se briser et par retomber en mille fragments tranchants sur le sol. Vaincue. Gier, quant à lui, était toujours debout, impérial. Il se contentait de sourire à s'en déformer le visage. Il ne paraissait même pas s'être rendu compte de son invulnérabilité, comme si l'ampleur de ses pouvoirs le dépassait. Il s'enivrait de sa force nouvelle, se complaisant dans l'absolu de son pouvoir comme un souverain délirant se couvrant de ses immenses richesses. Il se refusait à en céder la moindre pièce.

On n'entendit pas le craquement sonore d'une nuque se brisant sous la pression d'un poing d'acier. On n'entendit pas non plus les halètements désespérés d'un malheureux privé d'air, pantin désarticulé agitant les pieds dans le vide sans comprendre que son sort dépendait exclusivement du bon vouloir du marionnettiste. Il n'y eut rien de tout cela. Pourtant, quand Gier ouvrit les doigts, et que le pauvre Agon s'écroula sur le sol, il était bel et bien mort. Il n'y avait pas à en douter. La strangulation avait-elle duré suffisamment longtemps pour qu'il pérît ainsi ? Le temps se dilatait-il du fait du prodige qui se déroulait sous les yeux de l'Elfe, ou bien Agon était-il mort d'autre chose… quelque chose dont le sorcier serait responsable ?

Ce dernier inspira profondément, comme s'il se gorgeait d'énergie en dévorant la vie de sa pauvre victime. Il se tourna vers Lithildren, et posa sur elle des yeux qui brûlaient d'une lueur inhumaine qui n'annonçait rien de bon. Gier était au faîte de sa puissance, et il entendait bien éradiquer tous ceux qui avaient voulu lui ôter sa vie, ses biens, ses rêves et ses espoirs… Il avait l'attitude d'un prédateur acculé, soucieux de viser à la gorge et de mettre fin au combat le plus rapidement possible. Il ne se battait pas par plaisir, il ne se battait pas par amour de la guerre… Lithildren l'avait poussé dans ses derniers retranchements, et il abattait sa dernière carte maîtresse. Les rôles s'étaient inversés, et désormais c'était lui et non l'Elfe qui avait l'avantage dans ce duel. Sa force dépassait celle du commun des mortels… et des immortels. Il semblait pouvoir tuer quelqu'un à l'aide de ses pouvoirs étonnants dont la pleine mesure restait encore à découvrir, et rien ne paraissait capable de le blesser – sans parler de le tuer.

Pour la première fois de sa vie peut-être, Lithildren se trouvait face à un adversaire contre lequel elle n'avait aucune chance. Strictement aucune.

Et dans sa main, une simple pioche.


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Jeu 12 Avr 2018 - 21:41
Le glas sonnait dans l'esprit de l'Elfe aux cheveux de jais.

Une seconde, un clignement d'yeux, le battement d'un papillon. C'était le temps qu'il avait fallut au vieillard pour devenir un homme vigoureux et puissant. C'était le temps qu'il avait semblait nécessiter pour que ce nouvel adversaire ne tue Agon, comme d'un claquement de doigts.

L'Elfe était... terrifiée. Paralysée par la peur. Son désir de vengeance se mua en une peur viscérale de mourir. Son regard flamboyant de haine brillait désormais des larmes qui y montait. Le temps semblait ralentir, tout devenait plus lent, jusqu'à s'arrêter. Lithildren n'avait rien compris aux événements des dernières secondes. Agon se tenait là, furieux ; et désormais il gisait au sol, la gorge compressée.

Elle tourna son regard vers le sorcier qui semblait plus inhumain qu'avant de tuer Agon. La bouche délicate de la créature immortelle s'ouvrit légèrement en un cri sourd, un gasp qui ne vint jamais, un sanglot étouffé. Des larmes se mirent à rouler sur ses joues sales tandis que sa main laissa la pioche glisser entre ses doigts. Elle sentait son coeur battre de peur, son sang taper contre ses tempes, ses muscles qui défaillaient. Le sentiment de toute-puissance s'était changé en abandon en une poignée de secondes. Elle sentit ses jambes trembler, ses bras se relâcher. Elle recula et son dos rencontra une paroi qui lui empêcha de fuir plus loin. La cohue devenait plus intense à côté, elle ne pourrait pas y plonger sans potentiellement se faire blesser voire tuer. Elle n'osa même pas fermer les yeux pendant ne serait-ce qu'une seconde, par peur viscérale que le sorcier n'en profite pour l'abattre. Ses pensées voguèrent alors, alors que l'Elfe fixait le prédateur qui l'avait prise pour proie.

Elle songea à son ami d'enfance qui se battait dans la foule. Il l'avait entraînée avant qu'elle ne commence à perdre la mémoire. Il avait été son mentor, son ami, presque son amant. Ils avaient tant partagé, tant fait ensemble depuis leur fuite d'Imladris. Ils avaient chevauché ensemble, fait prisonniers d'une caravane de marchands d'esclaves et avaient fuit ensemble. Elle l'avait transporté blessé jusqu'aux ruines de la surface. Et pendant ce laps de temps, ils avaient échangé un baiser, le second qu'ils aient jamais eut. Lithildren fit un retour en arrière depuis le début de son voyage vers sa vengeance jusqu'à présent. Elle avait grandit en plusieurs jours, peut-être mois elle ne savait pas. Elle était passée d'une jeune Elfe amnésique et naïve, innocente et bipolaire à une femme forte que le désir de vivre et l'amour animent. Elle se trouvait plus forte, plus battante, moins... moins elfe.

Elle se rendait compte, aux portes de la mort, à quel point Oropher était tout pour elle. A quel point sa vengeance n'avait plus aucun intérêt. Elle savait au plus profond d'elle qu'en ce petit voyage, jusqu'ici, elle avait trouvé sa raison d'exister : renouer avec son passé et son amour perdu, et simplement voyager à ses côtés. Lithildren sentit son coeur battre à tout rompre. Elle revit chaque scène dans son esprit : la promesse entre Oropher et elle sous la nuit étoilée, ce baiser dans la forge, le jour de son départ, sa fuite en Lorien, sa capture, son long voyage de retour, Bree, Eugénion, Imladris, la fuite avec Oropher, leur second baiser... Tout défila à une vitesse vertigineuse dans son esprit...

... alors qu'elle sanglotait debout, collée contre le mur, trop faible pour se défendre. Elle regarda son messager de la mort, résignée à disparaître. Puis son regard capta l'ombre d'Oropher dans la foule. Non. Elle ne pouvait pas le laisser tomber. Elle ne devait pas l'abandonner. Elle devait... être là pour lui.

Ni une ni deux, l'Elfe regarda le sorcier, puis elle se jeta dans la mêlée générale. Elle essaya de fuir l'homme tout en profitant de la zizanie ambiante pour rejoindre son ami. Elle esquiva une partie des coups qui volaient, en détourna d'autres qui lui étaient adressés, fut gratifiée de quelques égratignures sur les bras et les jambes, parfois de coups et devint un peu le dommage collatéral de certaines bagarres. Jusqu'à atteindre Oropher. Elle regarda ensuite derrière elle...
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Ryad Assad
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Ven 13 Avr 2018 - 14:26

Aux prises avec Jessp, Oropher s'était battu avec la rage des héros des temps passés. Il avait fait honneur à la mémoire de ses ancêtres qui avaient vécu entre les murs d'Ost-in-Edhil, malgré ses blessures, malgré son état d'épuisement avancé. Il se refusait à céder le moindre pouce de terrain, et utilisait toutes ses maigres forces pour affronter l'ancien soldat qui essayait comme lui de récupérer les pierres gravées. Il avait rapidement compris qu'il ne gagnerait pas dans un duel qui s'éterniserait, face à un adversaire bien plus en forme que lui. Il s'était donc attaché à prendre l'avantage de manière décisive, en crevant un des yeux du combattant à l'aide de son propre pouce. Ce n'était pas un geste noble, mais la situation l'exigeait, et pour l'heure la fin justifiait largement les moyens. Jessp avait poussé un hurlement de douleur terrible, avalé par les rugissements des mineurs qui continuaient à se battre, avant de rouler sur le côté en tenant son visage duquel s'échappait un filet de sang répugnant. Cela avait donné le temps à Oropher de s'écarter, et de commencer à rassembler les pierres qu'il avait laissé échapper dans son duel. A quatre pattes, rampant entre les jambes des mineurs et des mercenaires qui se battaient de toutes parts, il tendait les doigts fébrilement vers son trésor.

Ce fut exactement dans cette position que Lithildren, qui avait traversé un mur de chair et d'acier, le trouva. Agenouillé au milieu de ses maigres possessions, plus préoccupé par l'idée de collecter ses pierres que par celle de trouver une échappatoire ou de mettre la main sur une arme. Il leva les yeux en voyant une paire de jambes s'arrêter dans son champ de vision, et croisa le regard de l'Elfe. En observant ses iris, la femme vit que quelque chose n'allait pas. Il la regardait comme si elle était une étrangère, comme si ses traits ne lui disaient plus rien, comme s'il avait oublié qui elle pouvait bien être. En lieu et place de la lueur soulagée ou affectueuse que l'on aurait dû pouvoir lire en lui, ne se trouvait qu'un océan de noirceur et de crainte. Il avait peur d'elle.

- C'est à moi ! Partez ! Partez !

Il agitait les mains dans les airs devant lui, comme s'il pouvait la chasser d'un simple revers. Puis, constatant qu'elle s'était figée et qu'elle ne semblait pas vouloir le menacer, il reprit sa collecte, affairé comme une fourmi ramassant de vulgaires brindilles d'une importance capitale dans son esprit étriqué. Lithildren, qui avait conscience qu'une menace bien plus terrible encore était susceptible de fondre sur eux à n'importe quel moment, prit soin de jeter un œil par-dessus son épaule. Ce qu'elle vit la conforta dans l'idée qu'elle devait agir vite…


Gier avait ramassé la pioche qu'elle avait négligemment laissé tomber par terre, et il s'était avancé tranquillement au milieu de la mêlée, permettant aux quelques mercenaires qui lui restaient de se regrouper derrière lui. Les mineurs, eux-mêmes abasourdis par ce qu'ils voyaient, ne savaient pas comment réagir. Le sorcier ne leur donna pas le temps de se poser trop de questions. Il se jeta sur son premier adversaire, et lui enfonça la pioche si profondément dans le torse que la pointe ressortit au niveau de son dos. Il y eut un craquement sinistre alors que les côtes se brisaient sous l'impact. La victime n'eut pas l'occasion de crier sur le coup, et se contenta de lâcher un râle lorsque l'arme improvisée se retira de son corps en y laissant un trou de la taille d'un poing.

- Tuez-les ! Tuez-les tous ! Gronda Gier à l'attention de ses hommes.

Ceux-ci, rassérénés par la présence de leur chef à leurs côtés, se jetèrent à l'assaut derechef, face à des mineurs qui pour leur part étaient terrifiés. Certains décidèrent de vendre chèrement leur vie, et chargèrent en retour les mercenaires. Le choc entre les deux groupes fut rude, et donna l'opportunité aux moins courageux de s'enfuir. On en vit ainsi lâcher leurs armes de fortune, et prendre leurs jambes à leur cou. Les tunnels étaient dangereux, quelque chose rôdait toujours là-bas, et ils pouvaient tout aussi bien se perdre et ne jamais revenir, ou bien succomber aux mains des Elfes qui les attendaient toujours au dehors. Toutefois, ils préféraient prendre tous ces risques que de rester enfermés plus longtemps avec ce sorcier maléfique et ses sbires déchaînés. Le temps était compté pour Lithildren. Les mineurs seraient bientôt balayés par la furie de Gier, s'ils ne tombaient pas avant sous les coups des mercenaires. Si elle se trouvait encore dans les parages lorsque cela arriverait…

- Madame Lithildren ! Cria une voix derrière elle.

Elle eut à peine le temps de se retourner qu'elle vit arriver Holric. Il avait mauvaise mine, il avait pris un mauvais coup à la tempe, et il saignait abondamment. Rien de grave pour l'heure, mais il lui faudrait rapidement s'asseoir pour soigner cette plaie douloureuse et potentiellement handicapante – le sang commençait en effet à lui couler dans l'œil droit. Il s'arrêta près d'elle comme un buffle freinant pour ne pas piétiner une fleur, et lui attrapa le bras fermement. Ce n'était ni un geste méchant ni agressif, mais on sentait dans l'intensité de son geste l'angoisse qui lui vrillait l'estomac. Lui aussi avait peur, et bien qu'il s'efforçât de ne pas le montrer, des signes trahissaient son agitation. Il parlait vite, respirait fort, et jetait des regards fréquents autour de lui, craignant presque de voir le sorcier se matérialiser à son côté. Il passa sa langue sur ses lèvres sèches, et lança d'une voix rauque :

- Il faut partir, venez ! Venez !

Il la tira légèrement pour l'inciter à courir à ses côtés vers la sortie, mais Lithildren résista dans un premier temps. Holric comprit pourquoi en jetant un œil à Oropher, qui semblait ne pas avoir conscience de leur présence.

- Il est perdu, il est sous l'emprise du sorcier ! Il n'y a plus d'espoir pour lui, nous devons nous échapper maintenant !

A dire vrai, il n'en savait rien. Il supposait juste que la folie qui le prenait n'était pas naturelle, et qu'elle avait forcément quelque chose à voir avec Gier, qui continuait à se frayer un chemin sanglant entre les mineurs qui reculaient de plus en plus, et ne tarderaient pas à rompre la ligne. Alors que Lithildren réfléchissait à toute vitesse, un hurlement sauvage la tira de ses pensées. Holric s'écroula à genoux devant elle, en portant la main à sa cuisse, d'où dépassait le manche d'une lame. Alors que sa grande carcasse s'effondrait, l'Elfe put voir une silhouette borgne assise lourdement contre un cadavre, portant la main au trou béant dans son visage.

Jessp.

Ce dernier cracha sur le sol, avant de lâcher :

- Putain… C'était mon poignard préféré… Dire que je visais son dos…

Il paraissait à court d'armes, incapable de se relever, et il avait tout donné dans ce dernier lancer qui avait manqué sa cible. Holric avait eu de la chance, en effet. Il avait touché à un point non-mortel, mais malheureusement il ne pourrait plus véritablement courir. Au mieux pourrait-il boitiller dans les couloirs sombres d'Ost-in-Edhil, mais il n'irait pas loin sans quelqu'un sur qui s'appuyer. Lithildren pouvait faire office de béquille pour le conduire à l'abri, mais elle ne pouvait pas porter deux personnes, et cela signifiait abandonner Oropher à son sort : une mort expéditive aux mains de Gier et de ses séides. Jessp, inoffensif par les actes, se rit de leur situation, et siffla :

- Vous allez tous crever… Le patron va vous tailler en pièces, et vous donner à bouffer aux chiens… Regardez, le voilà qui arrive déjà. Patron ! Patron ! Ils s'enfuient ! Par ici, les Elfes s'enfuient !


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Lun 16 Avr 2018 - 9:52
Le regard qu'Oropher lança à l'Elfe la pétrifia sur place. Il ne la reconnaissait même pas, se contentant de ramper comme un animal à la recherches de quelques pierres qu'il avait laissé tomber. Il se mit à la... vouvoyer, comme si elle n'avait jamais existé. Des larmes salées coulèrent sur les joues sales de la belle aux cheveux de jais, alors qu'une rage l'emporta dans un même temps. Elle avait envie de le battre à mort, de le laisser pourrir là comme un chien, mais elle se ressaisit bien vite. Ce n'était pas naturel, il devait être sous une quelconque influence maléfique et perfide.

Le frisson qui lui parcourut l'échine la sortit de ces sombres pensées et elle pivota le regard en arrière, craignant que les mains de la mort ne fondent sur elle. Et Lithildren eut raison : Gier venait de se révéler aux mineurs et ordonnait à ses hommes de tuer tout le monde. La criminelle elfique savait qu'elle n'avait plus beaucoup de temps et qu'elle devait rapidement agir, mais que faire pour Oropher, qui continuait de ramper au sol ?

Une main l'agrippa par le bras et la vision d'Holric rassura la belle au point de la faire presque lâcher prise. Il l'intime à partir, la sommant de se dépêcher. Holric était en piteux état et animé d'une vigueur qu'elle n'aurait pas réellement soupçonné. Il n'était plus l'homme gentil et souriant, mais avait l'allure d'un soldat, d'un guerrier.

- Il est perdu, il est sous l'emprise du sorcier ! Il n'y a plus d'espoir pour lui, nous devons nous échapper maintenant !

- Je ne partirais pas sans lui ! cria-t-elle par-dessus la cohue.

Holric s'effondra alors, une dague dans la cuisse. L'Elfe écarquilla des yeux et pivota ce regard vers Jessp. Il semblait si fier... Lithildren préféra ne pas attendre que Gier entende l'alerte et elle alla enfoncer le nez de Jessp dans son crâne avec une série de coups violents : d'abord avec le talon puis avec quelques coups de poing en plein face. Jessp ne pouvait guère se défendre, elle le savait mais préféra ne pas s'attarder là. Ni une ni deux, elle se redressa et offrit à Oropher un coup de pied dans les côtes ainsi qu'une série de gifles.

- Réveille-toi espèce d'abruti ! Je n'ai pas fais tout ce chemin, tué tant de gens ni sacrifié tant pour que tu me tournes le dos ! Alors tu vas lâcher ces putains de cailloux ou je te tue de mes mains !

Lithildren regarda vers Holric. Le regard qu'ils échangèrent était si lourd de sens qu'elle faillit en pleurer. Elle ne pouvait pas abandonner Oropher, l'humain le savait. Il le voyait. Elle s'en voudrait, mais son coeur avait depuis longtemps fait son choix. Lithildren ferma les yeux une fraction de seconde en regardant Holric d'un air désolé qui signifiait tout, puis elle tira son ami d'enfance par le bras sans lui laisser l'occasion de résister. Il avait la fureur, mais elle avait bien plus pour le forcer à la suivre. A chaque fois qu'il tirait en sens inverse ou résistait, elle lui offrit un revers de la main sur une joue.

L'Elfe se hâta dans les couloirs, même si elle savait que le sorcier ou ses hommes suivraient. Elle tâcha de s'y engouffrer avant un des mineurs fuyard qui espérait survivre quelques minutes de plus en arpentant les couloirs gardés par la créature infecte. Lithildren ramassa au passage une autre pioche en guise d'arme de fortune et commença à avancer sans se préoccuper d'Oropher, qu'elle tenait toujours fermement par le bras.

Il essaye de résister, se mit à s'agiter et crier. Lithildren le plaqua contre le mur en plaquant une main sur la bouche de son ami, puis lui donna un coup de genoux dans le ventre.

- Ferme-la, siffla-t-elle entre les dents.

Elle essaya de voir une encoche, un endroit enfoncé dans le mur, entre deux parois, juste un petit coin pour se reposer quelques secondes et où nulle torche ne pourrait les voir... ni torches ni créature avide de chaire. Elle en trouva un, mais elle savait qu'elle ne pourrait s'y attarder. Il lui fallut une force et une concentration considérable pour y parvenir et y traîner son ami au souffle coupé. Lithildren le força à s'allonger et se posa aussi au sol, serrant sa pioche dans la main.

Elle se mit à réfléchir à toute vitesse. La gardienne des ruines obscures était sous le contrôle de Gier, c'était certain. Elle lui servait à garder les Elfes éloignés de lui, marchait comme moyen de pression sur eux. C'est pour ça qu'ils n'osaient pas descendre. Si Lithildren pensait bien, cette chose pouvait sûrement sentir le sang et peut-être même leur peur, elle entendrait leurs pas précipités et les traquerait en obéissant à ce sorcier. Que pouvait-elle faire avec une pauvre pioche, sans torche ni repères ? Elle n'en savait rien. Lithildren souffla s'agacement. Cette fuite rapide n'allait pas arranger leur situation et elle tuerait les Elfes de la surface pour les avoir envoyé ici. Mais peut-être était-ce une partie de l'arrangement ? Que ces surfaciens envoient de la main d'oeuvre ? Si c'était le cas, pourquoi faire garder les couloirs par une créature pouvant se déplacer sans lumière ? Non, ça n'avait pas de sens, mais la belle aux cheveux de jais n'écarta pas pour autant l'option de son esprit.

Lithildren coula son regard vers Oropher. Sous influence du sorcier, il serait un poids lourd mais elle ne pouvait pas se permettre de l'abandonner. Elle avait besoin de lui, de sa présence. Il lui donnait le courage d'avancer. Sans lui, elle serait à Imladris à s'ennuyer avec des Elfes avec lesquels elle n'avait plus rien en commun que le sang et le physique. Non, elle devrait faire avec. Elle le ferait taire chaque fois qu'il serait nécessaire, jusqu'à la surface... ensuite seulement elle aviserait.
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Ryad Assad
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Lun 16 Avr 2018 - 15:37
En voyant Lithildren approcher, Jessp sut que sa dernière heure était arrivée. L'Elfe marchait sur lui avec une détermination renouvelée, et il voyait dans ses yeux qu'elle allait le tuer. Il avait beau être sans défense, trop blessé pour pouvoir encore être une véritable menace, elle n'avait pas l'intention de seulement le neutraliser. Il y avait de la rage dans son regard, et de la cruauté. Une cruauté qui n'était pas très différente de celle que l'on pouvait voir transparaître chez Gier. Jessp frémit. Son poing se referma avec plus de force sur un minuscule pendentif qu'il tenait caché au creux de sa main. Ce n'était pas un objet particulièrement précieux, et ils avaient déniché dans les couloirs d'Ost-in-Edhil des trésors qui avaient mille fois plus de valeur. Pour lui, toutefois, ce n'était pas un objet comme les autres. Ce pendentif en forme de fleur était un cadeau, et il le chérissait plus que tout au monde. C'était peut-être la raison pour laquelle il n'avait jamais voulu le montrer à quiconque, de crainte qu'un mineur particulièrement avide décidât de s'en emparer pendant son sommeil. Alors que l'ombre de son bourreau grandissait au-dessus de lui, il porta le pendentif à ses lèvres et l'embrassa une dernière fois, comme il le faisait quand il avait peur, et qu'il cherchait du courage. L'image de sa fille apparut dans son esprit. Sa petite fille aux cheveux soyeux, qui jouait dans les champs autour de sa maison. Il entendait presque son rire cristallin, et sentait presque la douceur de ses joues rebondies sous ses doigts couverts de sang. Il aurait tant voulu pouvoir la tenir une dernière fois dans ses bras. L'embrasser. Lui dire que tout irait bien…

Jessp leva son œil unique vers l'Elfe, qui le dominait de toute sa taille. Il sourit tristement. Sa fille ne reverrait jamais son père, et grandirait en pensant qu'il avait tout simplement décidé de l'abandonner. Elle s'imaginerait peut-être qu'il vivait de grandes aventures, et se languirait toute sa vie durant de son absence en espérant le voir revenir triomphalement. Ou bien elle le haïrait pour s'être embarqué dans cette expédition folle qui, lui avait-il dit, leur permettrait à tous d'avoir une vie meilleure. Elle était sans doute trop jeune, et ces mots s'évanouiraient dans son esprit. Ne resteraient que l'amertume, la honte et le désespoir. Le pied de Lithildren s'écrasa sur le visage de Jessp en brisant son nez, ses dents et en fracturant une partie de son crâne. Il roula sur le côté, totalement inconscient, le visage ravagé, les lèvres explosées et vomissant un flot de sang carmin. Il était bientôt mort, comme en attestait le sang qui coulait à l'arrière de sa tête, là où la pierre avait profondément enfoncé sa boîte crânienne. L'Elfe voulut s'assurer qu'il ne se relèverait plus jamais, et elle acheva son œuvre macabre en détruisant ce qui restait du visage de cet homme. Les mains couvertes de sang, sans aucun égard pour la vie qu'elle venait de souffler comme on éteignait une bougie, elle revint vers ses compagnons.

Holric était horrifié. Il était le seul témoin de ce meurtre odieux, de sang froid, et il ne reconnaissait pas Lithildren. Il l'avait rencontrée si peu de temps auparavant, mais elle lui présentait un visage tellement différent de ce qu'il avait aperçu la première fois qu'il lui paraissait faire face à un monstre désormais… Elle, si fragile, si vulnérable… il avait tenté de la faire rire, de lui montrer qu'il pouvait exister un avenir meilleur en-dehors de cet endroit de cauchemar… Désormais, elle le terrifiait. Elle allait couverte d'un sang qui n'était pas le sien, et venait de massacrer un homme incapable de se défendre avec une brutalité sans nom. Holric avait un temps oublié sa douleur pourtant cuisante, tant il avait été choqué par ce qu'il avait vu. Jessp n'avait même pas pu esquisser le moindre geste pour se protéger… il n'avait même pas levé les mains devant son visage, et désormais son corps défiguré gisait sur le flanc.

Le mineur vit Lithildren s'approcher et pendant un moment il crut qu'elle allait lui faire subir le même sort. La crainte se lut dans son regard, avant de s'apaiser légèrement quand il la vit se pencher vers son compagnon. Mais alors qu'il comprenait dans quel état d'esprit elle se trouvait actuellement, il réalisa qu'elle était sur le point de l'abandonner. De l'abandonner à son triste sort, pour sauver son compagnon elfique. L'injustice de tout ceci le frappa comme un coup de poing en pleine poitrine, et il mit de longues secondes à se remettre du choc. Il aurait pu s'enfuir seul dans ces couloirs obscurs, mais il ne l'avait pas fait car il avait voulu attendre Lithildren, la mener en sécurité. Et désormais… elle lui tournait le dos ? Il sentit des larmes chaudes couler le long de ses joues épaisses.

- Lithildren, je…

« Je » quoi ? Qu'avait-il à avancer ? Je voulais vous sauver la vie ? Je mérite d'être sauvé moi-même ? Il tendit la main dans sa direction, désespéré. Il ne voulait pas mourir ici. La peur s'emparait de lui maintenant que la perspective de sa propre extinction s'imposait à son esprit. L'idée se déployait en noyant toutes ses autres pensées comme une vague submergeant une digue trop faible et se répandant dans les rues, les maisons, les champs. Il allait périr !

- Lithildren, cria-t-il d'une voix si faible qu'elle ne fut qu'un murmure à peine audible.

Il la vit s'éloigner en tirant son compagnon réticent. Il la ralentirait immanquablement, mais malgré sa folie elle voulait tout tenter pour le sauver. Holric pleurait à chaudes larmes désormais, sans comprendre comment il avait pu en arriver là. Sa vie n'était-elle qu'une succession de mauvaises décisions, ou bien l'Elfe avait-elle été le seul rouage défectueux de son existence ? S'il n'avait pas croisé son chemin, aurait-il survécu à tout ce chaos ? Elle avait disparu de son champ de vision depuis bien longtemps, mais il continuait à fixer le trou béant par lequel elle s'était enfuie, hébété, stupéfié.

- Lithildren…

- Lithildren, hm ? En voilà une à laquelle il était stupide de s'attacher, ha !

Holric se mit à trembler de tout son être. En levant les yeux, il vit qu'un homme était penché au-dessus de lui, une arme couverte de sang à la main. Son regard était aussi fou que son sourire, et il tendit la main vers lui, comme un aigle ouvrant ses serres pour les refermer sur une gorge nue. Le mineur terrorisé se mit à hurler de toutes ses forces, tandis que Gier le rassurait d'une voix douce :

- Inutile de te débattre, brave petit… Cela ne durera qu'un instant… Et ensuite, eh bien je m'occuperai de ces deux Elfes !

Mais Holric se mit à crier de plus belle.


~ ~ ~ ~


Oropher n'était clairement pas dans son état normal. Il était focalisé sur ces misérables pierres, et ne cessait de marmonner des choses incompréhensibles, comme s'il le lamentait en permanence de leur absence. Lithildren lui intimait le silence, plus ou moins violemment selon les cas, mais après avoir obtempéré pendant quelques minutes, il recommençait sa litanie de charabia. Il tremblait comme si l'absence de ces pierres était un véritable manque physique chez lui, et qu'il ne parvenait pas à s'en passer. C'était comme si on lui avait arraché une partie de son âme. Quel genre de sorcellerie était-ce ? Impossible de le savoir pour l'heure, mais ses effets étaient particulièrement puissants, et il valait mieux se tenir éloigné de Gier dans la mesure du possible. Et pour cela, il fallait s'échapper des souterrains.

Les deux Elfes avaient entendu des pas précipités autour d'eux. Il n'était pas difficile de percevoir le moindre mouvement dans le silence presque absolu de la cité perdue. Il était plus dur de localiser leur origine toutefois, car tout semblait amplifié et déformé par les parois de pierre qui renvoyaient le moindre son. Ils entendirent des cris, des appels sans réponse. Était-ce Gier qui avait trouvé ses malheureuses victimes et qui leur faisait payer l'envie de lui fausser compagnie ? Était-ce quelque chose de plus dangereux encore ? Il y avait bien quelque chose qui rôdait dans les ténèbres, et auquel il fallait échapper pour pouvoir rejoindre la sortie.

Lithildren et Oropher progressaient lentement, s'arrêtant et se cachant à chaque fois qu'ils entendaient quelque bruit suspect. L'obscurité ne les aidait pas à aller plus vite, et ils craignaient de trébucher sur une pierre délogée qui les aurait traîtreusement envoyée au sol. Toutefois, il y avait une autre raison qui les empêchait d'aller plus vite, et qui était bien plus préoccupante. Oropher s'affaiblissait de minute en minute, inexorablement, et ce n'étaient pas les pauses qu'ils se ménageaient de temps à autre qui allaient lui permettre de récupérer. Son corps avait été mis à rude épreuve, et il avait depuis longtemps dépassé ses limites. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'effondrât purement et simplement. Il haletait de plus en plus, traînait la jambe, et Lithildren pouvait sentir qu'il s'appuyait de plus en plus lourdement sur son épaule. Il avait même de moins en moins de force pour se plaindre de ses pierres perdues, ce qui n'était pas bon signe.

- Lith… Souffla-t-il d'une voix où perçaient des accents de lucidité.

Revenait-il à lui ?

- Lith… Je ne vais pas m'en sortir…

Il avait la bouche sèche, de toute évidence, mais ils n'avaient pas d'eau pour se désaltérer. Rien ne leur serait épargné.

- Lith… Lith… Je crois que tu auras plus de chances sans moi…

Le poids qu'il représentait était de plus en plus important, sans qu'il fût évident qu'il la ralentissait volontairement pour la forcer à l'écouter. Cependant, plus il parlait, plus il risquait de révéler leur position. Fatalement, ce qui devait arriver arriva, et ils finirent par entendre des bruits de pas derrière eux. Des bruits de pas nombreux, qui ne pouvaient correspondre qu'à Gier et à sa suite. Il n'était pas possible de savoir s'ils étaient encore loin ou proches, mais ils s'efforçaient de les repérer, en se servant des mots échangés entre les deux Elfes pour cela.

- Lith… Bon sang, Lith, arrête de faire comme si nous étions encore des criminels…

Il s'arrêta net et la prit par le visage, posant son front contre le sien. Leurs respirations se mêlaient, et ils avaient cruellement conscience l'un de l'autre, même s'ils ne pouvaient pas vraiment se voir. Il aurait voulu la serrer dans ses bras et la retenir à jamais, mais il savait que ce n'était pas possible. Ils étaient appelés à un destin différent, et au fondations du monde il lui semblait avoir trouvé les fondations de son être. Ces souterrains étaient en réalité les méandres de son esprit torturé, dans lesquels il s'était perdu si longtemps.

- J'ai fait des choses horribles tout au long de ma vie… J'ai commis des crimes que je ne pourrai jamais réparer, et j'en paie aujourd'hui le prix. Mais malgré tout, j'ai eu la chance de te revoir, et… Non, laisse-moi finir.

Il posa un doigt sur ses lèvres. Elle se tut. Il prit une profonde inspiration, conscient que chaque mot attirait un peu plus le danger vers eux.

- Laisse-moi racheter en partie mes fautes, et partir honorablement. Ici… Dans la cité de nos ancêtres… Je peux enfin faire quelque chose de bien… Le fait que nous nous soyons retrouvés, c'est un signe : c'est notre seconde chance… Nous pouvons faire le bien, Lithildren. Faire ce qui est juste.

Il laissa sa main glisser vers l'épaule de la guerrière, descendre affectueusement le long de son bras, et venir caresser ses doigts. Avec douceur, il lui fit comprendre qu'elle devait lâcher prise, et le laisser s'emparer de cette pioche ridicule, arme indigne des combattants qu'ils avaient pu être. Les nuages se dissipaient dans l'esprit tourmenté d'Oropher, et il savait que Lithildren devait continuer son chemin. Il voulait simplement tout sacrifier pour lui permettre de poursuivre sa route.

C'était ce qu'il avait toujours voulu.


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Mer 18 Avr 2018 - 18:55
Lithildren sanglotait en silence. Des larmes salées roulaient sur ses joues, depuis un long, long moment. L'obscurité des cavernes cachaient son désarroi. Elle avait purement tourné le dos à Holric, l'avait sacrifié pour Oropher. Elle s'en voulait, à mort, elle le savait dès que les deux regards s'étaient croisés qu'il n'y survivrait pas. Elle ne valait plus rien, à présent. Elle avait trahi Holric, qui pourtant n'avait voulu que son bien. Elle avait assassiné de sang-froid un homme qui ne faisait qu'obéir aux ordres. Elle qui crachait sur ces hommes et femmes qui massacraient les leurs ou leurs voisins, que valait-elle de plus qu'eux, à présent ? Ces cavernes l'avait rabaissée à un niveau bien plus bas qu'humain, bien plus bas qu'un monstre. Elle avait échoué, en tant qu'amie, Elfe, guerrière... Elle avait purement échoué, et sa vie n'était qu'une succession d'échecs cuisants, d'abandons, de mauvais choix. La mort passa dans l'esprit de l'Elfe pour la première fois de sa longue vie. La mort qu'elle se donnerait, avec simplicité et stupidité, comme le reste de ses choix. Elle garda cette idée une poignée de secondes, mais cela fut suffisant pour agrandir sa peine, sa panique, son désarroi.

Oropher retrouvait lentement ses esprits. Il l'appelait, la sommait de se calmer, s'alourdissait sur son épaule. Comme s'il faisait exprès pour qu'elle s'arrête et qu'elle l'écoute. Mais elle ne voulait pas. Elle ne pouvait pas. Ni l'abandonner, ni l'écouter, ni le laisser faiblir. Elle n'eut pourtant pas le choix, à force, et finit par lâcher prise. Ils se laissèrent tomber dans un coin et il commença à parler. Elle voulait qu'il se taise, qu'il arrête, mais elle savait ce qu'il dirait. Elle ne voulait pas l'entendre. Elle ne voulait plus entendre Oropher parler. Elle pleurait sans qu'il le sache, il parlait sans qu'elle l'écoute. Il parlait trop fort dans ces couloirs où elle voulait qu'ils soient discrets, invisibles. Il n'en avait pas pour longtemps, elle le savait au fond mais refusait d'admettre la vérité : elle avait sûrement mal choisit qui elle allait sauver. Mais même avec Holric il se serait passé une chose similaire. Le coeur de la belle aux cheveux de jais se serra, impitoyable, aussi fort qu'un étau.

Oropher parvint à stopper Lithildren et lui prit le visage entre les mains. Leur front étaient collés, souffles mêlés. Même les lèvres des deux Elfes réclamaient ce baiser ardent qu'ils désiraient tous les deux sans se l'avouer. Elle continuait de pleurer, de plus en plus faible physiquement et moralement. Elle voulait qu'il arrête. Mais elle n'arrivait pas à se défaire de lui.

- J'ai fais des choses horribles tout au long de ma vie… J'ai commis des crimes que je ne pourrai jamais réparer, et j'en paie aujourd'hui le prix. Mais malgré tout, j'ai eu la chance de te revoir, et… Elle voulut l'interrompre, mais il posa un doigt sur les lèvres de son aimée. Non, laisse-moi finir. Laisse-moi racheter en partie mes fautes, et partir honorablement. Ici… Dans la cité de nos ancêtres… Je peux enfin faire quelque chose de bien… Le fait que nous nous soyons retrouvés, c'est un signe : c'est notre seconde chance… Nous pouvons faire le bien, Lithildren. Faire ce qui est juste.

Il glissa délicatement sa main le long du bras de la belle, pour qu'elle lui donne la pioche. Mais elle s'y refusait. Sa voix se mit à trembler, chuchotante, sachant que les pas se rapprochaient inexorablement.

- Pitié, Oropher, je ne peux pas... J'ai besoin de toi, je ne pourrais pas continuer sans toi... Je n'aurais jamais pu rien faire sans ta présence, je refuse que tu sacrifies ta vie pour mes erreurs... Tout est de ma faute... Je... Je suis désolée... Pour tout...

Elle savait que les pas approchaient, que le temps était compté. Mais elle devait parler, chuchoter, trembler, pleurer devant lui. Elle devait lui dire, ce serait peut-être la dernière fois.

- Je t'aime, Oropher... Je t'ai toujours aimé, depuis notre enfance... Je ne peux pas te laisser donner ta vie pour moi, je ne peux pas vivre sans toi, pas encore... J'ai besoin de toi à mes côtés, tu me rends plus forte, plus vivante, tu l'as toujours fais... J'ai fais tant de mauvais choix, jusqu'à cet instant précis, je ne veux pas te perdre... Je ne peux pas te perdre... Ne m'abandonne pas...

Elle s'effondra en larmes, mais dans un silence de mort. Seules les larmes dévalaient en cascade salée sur ses joues sales et sanglantes, d'un sang qui n'était pas le sien. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas... Cet instant était le plus dur qu'elle ait jamais vécut, le plus déchirant, et elle refusait de perdre celui qu'elle aimait réellement. Elle aurait voulu que le temps s'arrête et qu'ils fuient, tous les deux, hors de ces ruines. Elle prenait le risque qu'ils meurent tous les deux, mais aux de Lithildren cela valait presque mieux que de fuir sans lui et de le laisser mourir là. Elle-même ne savait pas combien de temps elle tiendrait encore debout, pour l'instant la volonté qu'ils survivent tous les deux la faisait tenir. Mais sans lui, elle savait qu'elle abandonnerait et se laisserait mourir sur place. L'idée était insupportable pour un Elfe, mais elle se collait à son esprit avec la même force que l'étau serrait son coeur. Elle savait qu'elle faillirait, et qu'ils mourraient. Mais elle aimait Oropher et se refusait à le perdre à nouveau.
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Ryad Assad
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Ven 20 Avr 2018 - 1:13
De simples mots, plus douloureux encore que les coups de fouet, plus mordants que l'acier traversant la chair. Même alors que son corps n'était plus que souffrance, il découvrait encore de nouveaux supplices qui mettaient à mal son âme. Oropher aurait préféré ne pas entendre ces mots qui le glacèrent sur place. Il aurait préféré que Lithildren les gardât en elle pour l'éternité, au lieu de déchirer ses sentiments avec des griffes affectueuses. Il avait l'impression qu'elle venait de planter un crochet dans son cœur, et alors que son corps se décomposait progressivement, elle retenait ses sentiments d'une déclaration implacable. Que pouvait-il répondre à cela ? Que pouvait-il répondre à ces larmes muettes qu'il sentait pourtant glisser le long des joues de celle qu'il tenait contre lui ? Il déglutit, et regarda en l'air. Les ténèbres absolues. Il ne pouvait même pas chercher une réponse à ses doutes dans les étoiles accrochées à la voûte céleste. Il était seul face à son choix, et il devait observer à l'intérieur de lui-même pour trouver la réponse.

Les mots glissèrent sur sa langue sans qu'il parût pouvoir les contrôler :

- Si tu m'aimes vraiment, Lithildren, alors tu dois vivre. Quoi qu'il arrive.

Il la repoussa légèrement, et observa derrière eux. Les pas se rapprochaient sensiblement. Le sorcier ne tarderait pas à les localiser, et alors ils risquaient d'être pris dans une course poursuite effrénée. Dans leur état, ce n'était pas une option envisageable. La ruse et la discrétion étaient leurs seules armes. Oropher revint à son interlocutrice, essayant de lui faire prendre la mesure de ce dans quoi ils s'étaient aventurés :

- Ce que nous avons vu ici… Tu dois le raconter. Cet homme venu piller la cité de nos pères, ce sorcier maléfique… il représente un danger plus grand que nous pouvons l'imaginer. La Terre du Milieu doit savoir.

Lui passant une main délicate sur la joue, il ajouta :

- Il est l'heure pour toi aussi de faire le bon choix.

Le guerrier sourit pour lui-même. Les images de sa vie passée défilaient dans sa mémoire, et lui rappelaient toutes les erreurs qu'il avait pu commettre. Il voyait des visages auxquels il ne pouvait plus attacher de nom. Il voyait des larmes. Il voyait du sang. Beaucoup de sang. Il sentait encore les vies fragiles quitter les cadavres qu'il laissait cruellement meurtris. Tout à coup, il lui semblait qu'un sentier se dessinait : un chemin semé d'embûches. Celui de l'existence pathétique qu'il avait pu mener. Et lui, confiant au point d'en devenir arrogant, avait toujours pris les mauvais embranchements sans même s'en apercevoir. Des choix futiles, motivés par la colère, par la peur… par l'amour. Alors qu'il se libérait progressivement du sortilège jeté par l'ensorceleur, il semblait se rappeler où étaient les véritables priorités. Pas dans de vulgaires cailloux sans valeur. Pas même chez une femme qui lui ouvrait son cœur pur et brillant au milieu de la nuit éternelle. Il voyait un dessein plus grand. Un combat ancien et à venir, un affrontement qui semblait renaître de ses cendres à chaque génération.

Sa lucidité confinait à une nouvelle forme de folie.

L'épuisement et les souffrances de son enveloppe charnelle l'avaient fait basculer au point d'équilibre entre l'ici et l'ailleurs. Il avait déjà pratiquement sombré, et la seule pensée qui l'empêchait de laisser son esprit s'évanouir était celle de Lithildren prisonnière dans les entrailles de la cité des anciens. Elle ne pouvait pas quitter la Terre du Milieu. Son âme ne pouvait pas encore rejoindre les terres immortelles de Valinor. Il lui restait beaucoup trop de choses à accomplir ici, notamment trouver la paix intérieure à laquelle Oropher goûtait actuellement. Une paix qui lui permettait d'affronter sereinement son avenir et son présent.

Malgré tout, il savourait chaque moment, et cherchait à graver dans son esprit le souvenir de Lithildren. La douceur de ses cheveux, le son feutré de sa voix, les courbes de son visage. L'obscurité ne lui enlevait rien, et lui permettait au contraire d'ouvrir ses autres sens. Dans un élan d'affection soudain, il serra l'Elfe contre lui, mourant d'envie de la garder plaquée contre son cœur pour le reste de l'éternité. Si seulement il lui était possible de revenir en arrière, à une époque où tout était plus simple… Il la sentait, à la fois si fragile et si forte, si rebelle et si docile. Elle était terrifiée, cela se devinait, cela s'entendait dans son ton autant que dans ses paroles. Pourtant, Oropher ne parvenait pas à voir autre chose que son courage, sa détermination… C'était elle qui avait réussi à le mener si loin, et non l'inverse. Elle l'avait porté, elle l'avait soutenu, elle l'avait protégé. En retour il n'avait été qu'un piètre compagnon, et malgré ce qu'elle pouvait lui dire, c'était à lui d'être reconnaissant.

- Merci… Chuchota-t-il au creux de son oreille. Merci pour tout.

Ses mots étaient d'une sincérité telle qu'ils se suffisaient à eux-mêmes. Il n'aurait pas pu pointer du doigt chaque moment où, en proie au doute et au désespoir, son image lui était apparue pour le guider hors de la misère de sa condition. Même quand le monde s'était écroulé autour de lui, même ici, au fin fond de ces couloirs oubliés de tous, c'était encore sa présence qui le rassérénait. Elle avait été le bâton de marche de son cœur las pendant si longtemps qu'il avait presque oublié comment on marchait seul. Mais il s'en souvenait, désormais, et il savait qu'il devait faire face sans aide au sentier qui s'ouvrait devant lui. C'était un chemin auquel il ne pouvait pas échapper. La seule voie que son esprit percevait. Il sentit qu'elle voulait le retenir. Elle était prête à mourir ici et maintenant, avec lui, entre les griffes de Gier. Elle était prête à se sacrifier pour ne pas l'abandonner. La folie de leurs sentiments le surprit, comme s'il ressentait à travers les mots et les gestes de la jeune femme ses propres démons qui grattaient les fondations de sa résolution. Il s'éloigna légèrement, repoussant les mains fines de l'Elfe pour la forcer à partir :

- Va, Lithildren. Et ne te retourne pas.

Il sentit une larme solitaire rouler sur sa joue, fissurant le masque de noblesse qu'il s'appliquait à conserver. Il ne voulait pas partir ainsi. Il ne voulait pas que la dernière image qu'elle eût de lui fut celle d'un lâche, d'un couard, d'un pleutre sanglotant comme un enfant. Pourtant, plus elle le retenait, plus elle lui rappelait à quel point il tenait à elle. Une partie de lui voulait la garder pour lui, pour toujours, la protéger de tout mal. Il sentait ce désir puissant naître au fond de lui, s'agiter comme un monstre aveugle grandissant au creux de son estomac. Alors il se rendit compte qu'il était là, le mal véritable. Le sortilège de leur ennemi. A mesure que ce dernier approchait, les effets de sa magie revenaient. Oropher ne pouvait pas craquer. Il ne le devait pas. Il ne le souhaitait pas. Luttant intérieurement contre ses sentiments conflictuels, il se pencha vers Lithildren et, contre toute attente, lui déposa un baiser plein de tendresse. Il avait seulement esquivé les lèvres tendues qui s'offraient à lui et réclamaient qu'il s'abandonnât à ses pulsions. Ils demeurèrent un instant ainsi, figés, lui embrassant sa joue avec une forme de pudeur et de sincérité. Les mots franchirent ses lèvres alors qu'il se redressait :

- Je t'aimerai jusqu'à la fin des temps.

Et comme un courant d'air, il échappa à Lithildren. La dernière chose qu'elle entendit fut le son de ses pas dans les couloirs d'Ost-in-Edhil…


▼▼▼▼▼▼
▲▲▲▲▲


Combien de temps avait passé ? Combien de temps depuis qu'elle l'avait perdu ? Le temps se dilatait curieusement dans les ventre de la ville enfouie, où les heures semblaient des jours, et les jours des millénaires. Lithildren déambulait dans le noir absolu qui lui était désormais familier. Ses pensées étaient pour l'heure sa seule compagnie, car elle n'avait plus aperçu quiconque depuis qu'Oropher s'était soustrait à son emprise.

Gier ? Elle n'en avait plus vu trace. Elle n'avait pas non plus entendu les pas de ses hommes. Peut-être avaient-ils simplement cessé la traque, acceptant qu'ils ne trouveraient jamais Lithildren, et qu'elle s'était tout bonnement échappée. Ils pensaient certainement que, dans son état de fatigue et de fragilité, elle ne trouverait jamais la sortie et finirait par mourir de faim, de soif ou d'épuisement. C'était un scénario probable.

Les mineurs ? Leur sort lui était inconnu, et les choses demeureraient sans doute en l'état. Ils s'étaient dispersés sans réfléchir, et qui pouvait dire où ils étaient aujourd'hui ? Où iraient ceux qui avaient, par miracle, trouvé une sortie ? Sans vivres, sans ressources, comment rejoindraient-ils leurs foyers ? Beaucoup mourraient sans doute sur la route, attaqués par des bandits, ou simplement terrassés par le poids des épreuves traversées. Quant aux autres, les moins chanceux, ils erreraient pour toujours dans ces couloirs sombres, et périraient sans jamais avoir la chance de revoir la lumière du soleil. Sans pouvoir sentir le vent caresser leur peau. La cité des Elfes était cruelle et impitoyable avec ceux qui violaient son sommeil paisible.

Il était difficile de savoir ce qui poussait Lithildren à avancer, à ne rien lâcher, mais ses efforts étaient louables. Elle avait traversé un nombre incalculable de salles, elle s'était probablement perdue à plusieurs reprises, mais elle avait utilisé sa mémoire du mieux possible, tout en comptant sur une bonne d'intuition et – il fallait bien le dire – de chance. Elle avait bifurqué aux bons endroits, et avait réussi à trouver des escaliers dans un état convenable qui lui avaient permis de remonter plusieurs niveaux. Elle était toujours dans l'inconnu, mais au moins elle se rapprochait de la surface.

Au détour d'un couloir qui ressemblait à s'y méprendre à tous les autres, elle avisa pourtant quelque chose d'étrange. Il lui fallut un moment avant de réaliser que ces formes étonnantes qui ondulaient dans le lointain étaient en réalité de fines particules de poussière en suspension, qui flottaient au-dessus du sol. Et si elle parvenait à les voir, c'était parce qu'il y avait de la lumière ! Une lumière blafarde, sans doute celle de la lune, qui pénétrait au sein de la cité par une ouverture au plafond. De là où elle se trouvait, grâce à ses yeux d'Elfe, elle pouvait surtout voir une corde qui pendait négligemment, et qui semblait l'appeler. Rêvait-elle comme les malheureux prisonniers du désert chez qui le soleil, disait-on, causait de terribles hallucinations ? Était-elle si épuisée que son esprit lui jouait des tours malsains pour la punir de l'avoir ainsi malmené ? Le doute était permis, et elle aurait pu choisir de passer son chemin. Pourtant quelque chose l'en empêcha.

Un bruit.