L'ombre d'un doute

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
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Ven 3 Fév 2017 - 22:32


– Papa, est-ce qu’ils existent pour de vrai les monstres ?

Aldor sentait sous ses doigts la tête de son fils qui dodelinait. Le feu de bois crépitait sous les étoiles, repoussant les ombres. Une dizaine de brebis paissaient dans l’obscurité. Elles profitaient de la fraîcheur nocturne. Leurs cloches tintaient à chaque fois qu’elles tiraient sur une touffe d’herbe.

– Bien sûr, répondit Aldor. Tu sais bien que les orcs existent. Ils ont fait beaucoup de mal aux hommes par le passé.
– Oui, mais on n’en voit plus. Ils ont disparu, non ?
– Non, je ne crois pas. Ils sont moins nombreux.
– C’est vrai ce qu’il disait le monsieur l’autre fois au marché ?

- De quoi ? dit Aldor en bâillant. Il mourrait d’envie d’aller se coucher.
– Tu sais, il disait que les orcs fuyaient vers le nord. Et que c’était pas bon signe. Qu’est-ce qui peut faire peur à un orc tu crois ?

La question de son fils fit écho à ses plus sombres pensées. Il s’était posé cette question une dizaine de fois au moins, tout en veillant sur ses brebis.

– Je ne sais pas, répondit Aldor. Peut-être qu’ils migrent, pour aller ailleurs.
– Comme des oiseaux, tu veux dire ?
– Oui, comme des oiseaux.
– Mais les oiseaux reviennent quand ils migrent. Tu crois que les orcs reviendront un jour ?

– J’espère que non, dit Aldor.

Et, dans ses pensées, il répéta ses propres mots « J’espère que non ». Il passa la main dans les cheveux emmêlés de son garçon et se leva pour étendre leur couverture près des flammes. Aldor n’aimait pas aller aussi loin de chez lui, au sud. Mais la nature était sévère cette année. Se rapprocher des bois près de l’Anduin ne lui plaisait guère. La forêt, c’était souvent le repaire des bandits et des voleurs. Ou pire, des elfes. Mais l’ombre des arbres préservait l’herbe de la morsure du soleil et, ici et là entre les troncs, les brebis trouvaient à manger en abondance. Son père lui avait appris à mener les bêtes entre les broussailles quand il était petit. Et Aldor l’apprenait à son fils à son tour. « À toute chose, malheur est bon », pensa-t-il.

– Tiens, couche-toi.

Son fils se roula sur les couvertures, les yeux fatigués. Il allait faire de même quand une branche se brisa avec grand bruit sous la frondaison des chênes.

– C’était quoi papa ?

La peur. La peur dans la voix de son fils. Aldor sentit son cœur battre la chamade. Ce n’était rien. Rien qu’un animal curieux qui venait humer leur odeur. Rien qu’un chevreuil ou une biche. Rien de plus. Pourtant, la silhouette qui se dessina à la lueur des flammes ne ressemblait pas à un cervidé. Elle n’en avait ni la forme ni la couleur.

- Est-ce que c’est des orcs papa ? dit son fils d’une voix étouffée par la panique.
– Non, non répondit Aldor. C’est peut-être bien pire…
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Dim 8 Oct 2017 - 16:21
- Ils sont morts.

La jeune femme porta la main à sa bouche en secouant la tête. «Non, non, non, non» répétait-elle. Ils n’étaient partis que depuis une semaine. Aldor devait apprendre au petit à mener le troupeau en itinérance. Son petit, son tout petit. Son Edwyn. Son fils. Ce n’était pas possible. Ils n’étaient partis que depuis une semaine. Elle avait beau serrer les dents, la douleur n’en était pas moins difficile à supporter. Une douleur lancinante qui lui soulevait le coeur et lui étreignait le ventre. «Non, non, non, non» répétait-elle. Ils reviendraient, forcément. Ils n’étaient partis que depuis une semaine. Ils se trompaient. Les cavaliers se trompaient. Elle ferma les yeux. Elle revoyait les boucles blondes de son fils se glisser dans son col tandis qu’il prenait la main de son père. Aldor lui avait promis qu’il emmenait un petit garçon mais qu’il lui ramènerait un homme. Elle avait souri et Edwyn s’était fâché. «Je suis déjà un homme, papa». Et il avait ôté sa main de celle de son père. Mais il n’avait rien dit quand elle l’avait pris dans ses bras pour l’embrasser sur le front. Il sentait le suint et le lait de brebis. Et ses boucles blondes étaient douces entre ses doigts quand elle le serrait contre lui. Pas Edwyn, pas son tout petit. Elle voulut parler mais les sanglots lui étouffaient la gorge. Sa soeur posa les questions à sa place.

- Comment c’est arrivé ?
- Peut-être des orcs. On sait pas. C’était le long de l’Anduin dans le bois. On les a trouvés hier soir, alors qu’on pistait un sanglier.
- Comment ?
insista la jeune femme maigrichonne.

L’homme la regardait droit dans les yeux, mais aucun mot ne franchit ses lèvres.

- Comment ? répéta-t-elle, l’air buté.

Un autre homme s’avança. Il avait la mine revêche et l’oeil fatigué. Il n’avait pas l’air de vouloir s’attarder.

- L’homme a pris une flèche dans la gorge. Le petit a eu …ils l’ont … il est mort vite.

La mère s’était effondrée à genoux aux pieds de sa soeur. Mais cette dernière ne semblait pas avoir dit son dernier mot. Elle était Rohirrime. Elle était née sur ces terres, comme ses parents avant elle, et bien des hommes et des femmes qui avaient peuplé le Riddermark depuis la nuit de temps. Et la mort d’un proche ne pouvait rester impunie.

- Comment est mort le petit ?
- Pourquoi veux-tu savoir cela femme ? Il est mort, un point c’est tout. Ta soeur et toi ne reverrez jamais le gamin et son père. On les a brûlés avant que les mouches et les goupils ne viennent s’en repaître.
- Les goupils et les mouches mangent la chair. Quelle bestiole vous a donc bouffé le courage et l’honneur ? Un cavalier du Rohan aurait dû venger ceux de son sang.
- Et se faire étriper par des centaines d’orcs ?
- Des centaines ?


La jeune femme fut si surprise qu’elle ne trouva rien de mieux à répondre.

- Les bois près du campement étaient piétinés. Y avait qu’une ou deux sentes qui remontaient vers le nord. Mais si profonde et si nette qu’y a forcément un paquet de monde qui est passé par là. Le sol était tout tassé.
- Mais ça sentait pas l’orc,
rajouta le premier cavalier. Et c’était pas des lances d’orcs.
- Foutre, les orcs savent pas fabriquer leurs armes, ils volent tout ce qu’ils trouvent. Ca pouvait très bien être des orcs. On n’en sait rien.
- Si on le sait, les orcs ne mangent pas le coeur des hommes.


Et la soeur, à son tour, porta la main à sa bouche.
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