Une lyre pour les Galadhrim

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Hadhod Croix-de-Fer
Seigneur de la Moria
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~ GRIMOIRE ~
- -: Nain de la Maison des Sigin-tarâg.
- -: 189 ans.
- -:

Mar 18 Avr 2017 - 20:47

Les yeux soigneusement bandés d'une étoffe légère mais opaque, Bahin ne pouvait rien voir de ce qui l'entourait. Ses autres sens avaient pourtant pris le relais. Il avait senti les centaines de marches qu'on lui avait fait monter en spirale douce, et il avait du mal à imaginer la circonférence et la hauteur de l'arbre au milieu duquel il se trouvait actuellement, probablement juché sur une de ces plates-formes de bois dont les Elfes, disait-on, faisaient leurs demeures. Fichu perchoir ! Que n'aurait-il pas donné pour retrouver le roc bien dur des galeries dallées du Khazad-dûm, si rassurant. Il entendait le bruissement délicat du vent dans les feuilles, les chants étranges des oiseaux qui peuplaient ces bois et surtout, surtout, les voix qui murmuraient tout autour de lui. Mais ces stimuli n'étaient rien face à ce qu'il ressentait, cette sensation indéfinissable d'une force invisible qui pesait sur ses épaules bien plus lourdement qu'une qu'un panier de pierres ou qu'une armure de fonte, cette magie elfique qui emplissait l'air, invisible mais pourtant bien réelle. Cette sensation s'était saisie de lui à l'instant où il avait passé, tout tremblant de crainte et l’œil aux aguets, l'orée nappée de brume d'or de la Lothlórien, et s'était accentuée lorsque les guetteurs lui avaient passé le bandeau sur les yeux. Et elle ne l'avait plus quitté depuis.

Il se tenait là, le souffle court et le cœur battant, les mains agrippées sur le coffret de bois qu'il portait contre son abdomen, suant toute l'eau de son corps en maudissant la décision qu'il avait prise de s'empêtrer dans les rais de Laurelindorinan. Son propre père lui avait raconté des choses terrifiantes sur cette forêt et sur ses habitants, et sur le pouvoir qu'elle pouvait avoir sur le cœur de ceux qui osaient y pénétrer. Et pourtant il avait voulu braver sa peur, tenter le coup, venir dire ce qu'il avait à dire en misant sur la fausseté des légendes. Mais son esprit paniqué lui disait qu'il y avait de moins en moins d'espoir qu'elles soient fausses, et que c'est en ce lieu qu'il allait finir sa vie, loin de son peuple... on mettrait sa dépouille à la disposition des immenses racines des arbres de ces bois qui pomperaient la substance de son corps jusqu'à la moindre petite goutte, le privant même du sommeil dans la pierre que les Nains avaient coutume d'offrir à leurs morts.

- Qui êtes-vous ? demanda une voix qui semblait résonner de façon surnaturelle tout autour de lui.

- Je... Je suis l'Intendant Bahin du Khazad-dûm, fidèle serviteur du Seigneur Hadhod Croix-de-Fer. Je suis un Nain, ajouta-t-il sans savoir pourquoi, comme si l'autarcie réputée des galadhrim pouvait les avoir tenus, au cours des millénaires, dans l'ignorance de ce qu'était un nain.

- Cela je veux bien le croire, répondit la voix sur un ton presque amusé, plus humain, moins surnaturel que l'instant d'avant. Je suis moi aussi un intendant. L'Intendant Nidnama, et fidèle serviteur de la Dame Earwen. Vous comprendrez que nous devons prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer notre salut dans ce monde en déchéance... c'est la raison pour laquelle votre vue est entravée.

- Je le comprends, Intendant Nidnama. Toutefois, Gimli Ami-des-Elfes eut autrefois l'autorisation...

- Certes, coupa le seigneur elfe. Mais il était un ami des Elfes, et l'importance de sa mission justifiait l'entorse faite à notre loi. La vôtre est certainement moins importante, à moins que je ne me trompe.

Bahin redressa la tête dans la direction où il pensait que se trouvait son interlocuteur, comme s'il voulait le regarder dans les yeux malgré le tissu qui séparait leurs regards respectifs.

- Je ne prétends pas le contraire, en effet. Il me semble néanmoins que ma venue a son importance, et je ne partirai pas d'ici sans avoir pu expliquer pourquoi j'ai osé pénétrer sous des frondaisons que des générations de mes congénères ont soigneusement évitées.

De sa main droite, il ouvrit le couvercle du coffret et le présenta à Nidnama. À l'intérieur se trouvait un petit instrument de musique, une lyre, et pourtant malgré la caractère apparemment anodin de l'objet les yeux du quendi brillèrent soudain d'une lueur vive.


- La lyre de Vairë, reprit Bahin, joyau de l'artisanat de votre peuple, symbole de votre talent, patrimoine sans prix perdu depuis des temps immémoriaux j'imagine... Savez-vous où je l'ai acquis ? Chez un collectionneur bourgeois gondorien qui possède sur ses étagères de nombreux objets du temps jadis qui ne lui appartiennent pas. Je suis venu pour vous la restituer comme il se doit.

Il y eut un moment de silence, puis :

- Ôtez-lui ce bandeau qui l'empêche de voir !

Bahin sentit des mains lui enlever avec douceur l'étoffe dont on l'avait affublé, et il put enfin voir de ses propres yeux Nidnama Linkal-Hîth. Il était grand, droit, les cheveux noirs et l'air noble, doté d'un charisme certain mais pas de l'apparence terrible et fantômatique que le nain se faisait des seigneurs du Bois Doré. Cela l'encouragea à poursuivre.

- Elfes et Nains, nous sommes tous deux des peuples sur le déclin si nous laissons aux Hommes la domination sans partage du monde, et nous ne serons bientôt qu'un souvenir, et toutes les œuvres de beauté que nos mains et nos esprits ont créées seront un jour le seul souvenir que nous laisserons de notre passage. Mais ces objets-même, les Hommes se sont mis en tête de les dénicher et de se les approprier, voyant à travers eux le prix qu'ils peuvent en tirer ou l'espoir de découvrir des pouvoirs que leurs mains ne peuvent créer. Nous, gens du Khazad-dûm et de Lórien, sommes voisins et pourtant nous ne nous rencontrons jamais. Je ne suis pas venu prôner une amitié soudaine ; seulement émettre l'idée que nous puissions être solidaires dans le danger qui menace, et que nous puissions associer la vigilance de nos deux peuples pour que les Humains ne mettent pas la main sur nos artefacts respectifs. Cette lyre que je vous donne atteste de ma bonne foi.




The Half Cop
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