Une mission qui ne tombera pas à l'eau

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Sigvald Lingwë
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Lun 26 Juin 2017 - 21:36


Esgaroth, j'y serais bientôt...

J'avais beaucoup entendu parler de cette ville sur l'eau.  Le talent de de la guilde des ménestrels d'Esgaroth et son renom m'étaient parvenus jusqu'aux oreilles un soir banal dans une taverne banale, mais les louanges sur leur art avaient toujours éveillé ma curiosité. Sans oublier le talent certain de leurs peintres, dont on dit qu'il n'y a pas mieux en Arda pour capturer et représenter l'essence même de la nature dont nous fîmes cadeau jadis les dieux. Même si pour moi la partie sur les "dieux" n'est qu'une excuse pour s'agenouiller et déclarer publiquement notre faiblesse à une chose que l'on considère supérieur.

Avant de prendre congé, Angrod demanda à Delaynna si elle souhaitait que Achas l'accompagne...nous accompagne. Elle hésita, me jeta un regard furtif, elle lut mon approbation qui dû la conforter dans la sienne et elle accepta. La sentinelle Achas faisait partie du voyage, même si au début son air hautain et le fait qu'il ne pouvait dominer ses rancœurs à mon égard et qu'il avait tous les atouts pour être quelqu'un de détestable ; au fur et à mesure j'avais fini par le trouver attachant. Rien que le fait de lui lancer des petits pics de tant à autres me comblait de joie. Je ne voyais que trois hypothèses quant à ce que Angrod lui intimes subtilement de le prendre avec nous, d'un pour nous surveiller moi et Delaynna, de deux me tuer en quand de "dérapage" ou manquement de la parole que j'avais donné et trois nous apporter un soutien à distance grâce à son arc.

L'entrevue avec mes parents terminée, l'on m'envoya aux armureries où l'on me répara rapidement ma cotte de mailles d'argent. Angrod avait tenu sa parole et m'autorisa à prendre une armure, ni celle d'un garde ni celle d'un soldat, mais d'ancienne armure qui se trouvait dans un sous-sol sec et poussiéreux. Des armures vestiges d'un autre âge, à l'instar des Noldor, nous les Nandor n'étions pas de très bon forgeron jadis, c'est l'arrivée des Sindar qui fit basculer la tendance. L'ensemble d'armures- un plastron favorisant la protection des organes vitaux, un jeu d'épaulières, ceinture et gants usés fait d'entrelacs d'un cuir sombre. Le métal composant ce nouvel équipement est d'un mélange d'acier et d'argent d'un léger reflet vert un peu patiné. Bien que les elfes armés de Vertbois portent aujourd'hui des armures plus lourdes et de meilleure qualité, celle-ci me suffisait amplement, une liberté de mouvement plus qu'acceptable et un minimum de protection. Je passerais sûrement pour un elfe sylvain qui ait loupé de nombreux siècles quant à la façon de s'équiper pour un combat, mais l'avis des autres ne m'importait aucunement. Je m'équipais alors rapidement, ceinturant avec joie cette nouvelle lame "Elenrùth", cadeau et prêt du Seigneur Angrod.


* ~ ~ *~* ~ ~ *


L'on m'avait confié une mission, je demandai à mes compagnons de se préparer et de nous retrouver plus tard devant le pont du Palais avant de partir en direction de la cité du royaume de Dale. La Dame de l'Eau était arrivée la première, je ne savais pas où elle était allé, surement se promener dans les environs du palais près de la rivière. Quand Achas arriva nous partîmes, il me semble qu'il était avec sa famille... Le soleil montrait des signes de faiblesse à travers l'épais feuillage des arbres, nous perdîmes de vue le palais rapidement et quelques instants plus tard le soleil se couchait.

Nous fîmes une pause afin de nous reposer et ce juste avant de quitter le bois. Achas pris le tour de garde, jouant son rôle de sentinelle, mais il ne put s'empêcher de s'appuyer contre un arbre et fermer les yeux. La seule réelle menace ici, c'était nous et il le savait. Quand l'aurore vint nous reprîmes la route, et tout en marchant sous les râlements étouffés de Achas, Delaynna et moi faisions quelques passes d'armes histoire de réveiller les rouages du combat pour la mission à venir. Sa façon de combattre était un peu trop formelle à mon goût, la mienne était tout l'inverse, posture, façon d'attaquer, coup bas...

Puis, enfin le grand pont et les tumultes d'une ville humaine, Esgaroth !

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Delaynna
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Mar 27 Juin 2017 - 16:18
Désirant laisser son ami seul avec sa famille, Delaynna quitta à son tour les lieux du procès. Elle disparut telle la brume matinale qui se dissipait sous les puissants rayons du soleil. Esgaroth, voilà un long voyage qui les attendait.
Voilà un endroit qu’elle n’avait pas eu la chance de visiter. Selon les cartes et les dires qu’elle avait entendus par les blessés qu’elle avait soignés, Delaynna avait entendu dire qu’elle se situait en plein milieu du long lac.

Le seigneur des grands bois lui demanda si elle désirait la compagnie d’Achas durant ce long trajet. En ne voulant point opposé le seigneur, elle accepta l’offre qu’il lui fit. Elle sentait que Sigvald serait en désaccord, mais pour le bien de la cause, Delaynna ne refusa point celle-ci.

On lui offrit la possibilité de prendre de nouveaux vêtements pour ce nouveau périple. Delaynna déclina l’offre en décidant qu’elle garderait l’uniforme des Dames de l’eau et qu’il nécessitait quelques réparations. On accepta sa demande sans mauvaise foi.

Sigvald demanda à Delaynna ainsi qu’à Achas de se retrouver quelques heures plus tard afin de partir devant le pont du palais. Avant l’heure fatidique, Delaynna s’éclipsa dans la cité. Elle découvrit de nouveau les odeurs, les couleurs ainsi que les occupants de la ville de Vertbois. Passant sa lourde cape par-dessus sa robe bleue, qui identifiait parfaitement son rang, connu par tous les elfes en Terre du Milieu. Sans la surveillance des gardes qu’Angrod avait mis à sa disposition, Delaynna se sentie beaucoup mieux. L’idée d’être constamment épié du regard pour tous les faits et gestes qu’elle fait la rendait terriblement mal à l’aise. Passant dans les rues en croisant les passants qui parfois lui décrochaient un sourire.

Retournant au palais, on lui annonça que son costume était fin prêt. Une couturière lui apportait ses habits de voyage. Elle la remercia d’un sourire et alla se préparer. Elle s’éloigna en se dirigeant vers une source d’eau pour s’y ressourcer pour une dernière fois avant le long voyage. Se débarrassant des voiles qui concevaient sa robe, elle s’enfonça sous l’eau pour y gagner toute son énergie.

Lorsqu’elle retrouva la surface, Del prit une bonne bouffé d’air. Son corps était régénéré de toute son énergie vitale. En se rhabillant, elle enfila ses accoutrement de voyage pour ensuite se rendre jusqu’au lieu de rendez-vous. Elle arriva la première au pont, et fut suivie de Sigvald et par la suite, Achas. En levant les yeux vers le palais une dernière fois, elle aperçut une chevelure d’ébène disparaître dans l’ombre d’une alcôve.

Les compagnons se mirent en route en s’enfonçant dans la forêt. Ils ne prirent qu’une pause à la nuit tombée avant de reprendre la route à la fin des bois. L’ambiance entre les individus était plutôt nuancée. L’amertume qu’éprouvait Achas envers Sigvald et réciproquement se sentait entre eux. Elle et lui était les fous de l’histoire. Afin de rendre l’atmosphère plus détendue, Sigvald invita la Dame de l’eau dans un duel amical. Étant entraînée pour les combats, la jeune Dame avait son propre style formel, signé des Galadhrims. Pourtant, cela ne semblait point convaincre Achas. En entendant ses râlements, Delaynna se retourna gracieusement face à lui et pointa son épée face à lui.

-Vous semblez vous ennuyé Achas, peut-être voudriez-vous m’apprendre votre propre style de combat, je crois être un peu rouillée.

Avec un sourire en coin, elle attendit qu’il accepte l’invitation lancée. Ce n'était point une provocation de sa part, mais plutôt une simple invitation à l'apprentissage.
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Hadhod Croix-de-Fer
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Sam 1 Juil 2017 - 20:33
Le soleil de la fin d'après-midi illuminait de ses rayons obliques la surface du Long Lac, faisant miroiter sa lumière sur les milliers de petites vaguelettes qui ridaient l'étendue d'eau la plus célèbre du monde septentrional, tout au moins de ce côté-ci des Monts Brumeux. Il y avait bien, loin dans les terres de l'Ouest, un autre grand lac qui bordait la capitale du royaume d'Arnor mais, bien que celui d'Esgaroth fût moins large que son homologue d'au-delà des montagnes, il restait un symbole d'une puissance que l'autre n'atteindrait jamais. Car là où l'un avait une histoire aussi terrible que mouvementée, avec ses légendes, ses batailles, son folklore véhiculé par les bateliers et les pêcheurs, l'autre n'était qu'une curiosité du paysage, un ornement pour le seul plaisir des yeux. Dans l'un, il se racontait que les ossements et une partie du trésor du grand dragon de jadis s'y trouvaient, reposant sur le fond vaseux que nulle lumière n'éclairait jamais. Dans l'autre, on ne trouvait rien de plus exceptionnel que des tanches et des ombles. C'est en tout cas ce que disaient les gens d'ici, et en particulier ceux qui regrettaient que la princesse Dinael de Dale se soit exilée au pays de Tar-Aldarion ; on l'appelait à présent Reine des Deux Lacs, mais en réalité elle était toujours celle d'un seul lac, seulement ce n'était plus du même dont il s'agissait. Et puis, on parlait toujours d'Annúminas et du lac qui s'étendait à son pied, tandis qu'ici on parlait du Long Lac et de la ville qui était construite sur ses eaux ; et cela voulait tout dire.

Bien qu'on eût passé depuis longtemps les heures les plus torrides de cette journée d'été, les trois elfes pâtirent de la chaleur et de la pénible lourdeur de l'air. Ils avaient voyagé jusqu'alors sous le couvert rafraîchissant de la canopée et ce brusque changement d'atmosphère fit suer leurs corps comme un morceau de glace qui se transforme en eau sous l'assaut du rayonnement de l'astre du jour. Peut-être était-ce pour cette raison que Sigvald et Delaynna s'adonnèrent à quelques passes d'armes, afin de profiter quelques instants de plus de l'ombre des derniers arbres de la lisière orientale...

- Disons que vous avez d'autres pouvoirs que ceux des armes, chacun ses forces et ses faiblesses. Mais quand on a à défendre sa forêt un jour après l'autre et qu'on n'a pas la chance de faire sortir les ruisseaux de leurs lits, eh bien on se tourne vers des arts plus terre-à-terre, les arts de la lame et de la flèche.

Achas n'arrivait toujours pas à déterminer si la Dame de l'Eau lui avait fait sa remarque pour lui reprocher son attitude un peu bougonne et taciturne, ou bien si elle souhaitait sincèrement apprendre à mieux se battre en duel, à se dérouiller, comme elle l'aurait dit. C'est vrai, il n'était pas d'une joie exceptionnelle depuis qu'ils avaient quitté le palais d'Angrod, et il montrait rapidement des signes d'agacement ou de mauvaise humeur pour des petits aléas sans importance. En vérité, il était sous pression. La mission que son seigneur lui avait assignée, il trouvait bien difficile d'en appréhender la subtilité : comme si accompagner le duo dans une mission périlleuse ne suffisait pas, il s'était vu chargé des tâches paradoxales de les aider tout en surveillant Sigvald. Or il n'avait pas totalement confiance dans le repentir de ce dernier. Ainsi, chaque manœuvre un peu insolite lui apparaissait comme un subterfuge pour le tromper et lui fausser compagnie, et même une banale passe d'armes pouvait prendre des allures de haute trahison dans son esprit aux aguets. D'où son comportement.

- Pour ma part, continua-t-il, atteindre mes ennemis à distance ne me pose pas de problème de conscience, car il s'agit du meilleur moyen de protéger notre belle et grande forêt. Mais je manie fort bien la dague longue au besoin. Vous combattez, Madame, comme un chevalier armuré, mais sans armure lourde je trouve c'est une technique inappropriée. Plus de mouvements ! Plus de souplesse !

Achas fit sortir sa dague de sa ceinture et prit la place de Sigvald en face de la galadhrime. Après quelques secondes où ils se regardèrent l'un l'autre en silence, ils firent tous deux un pas en avant et les premiers tintements de l'acier se firent entendre. Comme à son habitude, les gestes de la sentinelle étaient vifs et précis, compensant la différence des longueurs de leurs lames par une rapidité d'exécution et une vélocité qui firent reculer Delaynna. Il ne parait pas les coups frontalement, mais les déviait plutôt pour envoyer la lame de la dame sur le côté et la déséquilibrer ; souvent même il chercha à esquiver les estocades adverses pour s'en mettre à l'abri sans trop s'épuiser, gardant toute son énergie pour sa propre attaque, qui visait les parties vitales, ou les aurait visées si le combat n'avait pas été factice. Ils s'exercèrent ainsi pendant un moment, et plus le temps passait, plus son adversaire retrouvait du réflexe et reprenait du poil de la bête, rendant la partie de plus en plus intéressante.

Et puis enfin le trio reprit sa route et descendit les pentes herbeuses en direction d'Esgaroth, qu'ils comptaient atteindre avant la tombée de la nuit. Le soleil venait de sombrer derrière Vertbois-le-Grand quand ils posèrent le pied sur la première solive du grand ponton qui reliait la bourgade lacustre à la terre ferme. Tandis que leurs pas résonnaient sinistrement sur le bois mouillé, Achas observait de droite et de gauche les eaux sombres du lac qui se couvraient comme d'une brume rampante dans l'obscurité grandissante. L'onde venait presque lécher le dessous des planches, ce qui ne manqua pas de le surprendre... comment des hommes rompus à l'art de la construction pouvaient avoir conçu le ponton de cette manière, au ras de l'eau, sans craindre un pourrissement prématuré du bois ?

Mais ses réflexions techniques furent interrompues tout net par un grand « plouf ». Il eut juste le temps de lever la tête pour apercevoir, à une centaine de mètres devant eux, une silouhette indistincte assise sur le bord du plancher, se laisser glisser dans l'eau à une vitesse surprenante, comme si une force l'avait tiré tout soudain vers les profondeurs du lac.


♦  ♦  ♦


- Pardon ? Pouvez-vous répéter capitaine Syla, je ne suis pas sûr d'avoir bien entendu ?

Le chef des miliciens sentit une chappe de plomb s'abattre sur lui, comme si toute la toiture du donjon du castel venait de lui tomber soudainement sur la tête. Assis en face de lui, Dauert Saule avait les sourcils froncés, et sa main caressant machinalement le col de son pourpoint distingué ne faisait que trahir un peu plus sa contrariété.

- Je n'ai pas pu faire autrement que de renvoyer cette femme, monsieur le Comte, elle aurait nui à l'enquête. C'était une drôle d’hurluberlue... Elle avait commencé par parler d'intuition féminine, et puis petit à petit elle a dit avoir des prémonitions, des visions. Elle a parlé de... de causes surnaturelles. Elle a été jusqu'à prétendre que les naufrages...

- Peu m'importe que ce soit une excentrique ou une mystique, vous avez chassé la seule équipe qui se soit portée volontaire pour enquêter sur ces drames ! Vous savez que les natifs d'Esgaroth ont trop peur du lac pour s'y aventurer de nuit. Vous savez que les habitants se méfient de ma garde et de la milice : ceux qui n'ont pas pu payer l'impôt cette année pensent qu'on viennent le leur réclamer de force. C'est pour ça que nous avons besoin de volontaires étrangers. Une poignée vous tombent sous la main, et vous, vous les éconduisez...

Syla aurait voulu répliquer, argumenter, faire comprendre au Comte d'Esgaroth que tout homme né ici se méfiait de tout ce qui sortait de l'ordinaire, que les superstitions étaient profondément ancrées dans l'inconscient collectif et que cette femme ressemblait trop à une sorcière pour qu'il puisse tolérer sa collaboration, et même sa présence. Saule n'était pas né sur le Lac. Il était né à Dale, il ne pouvait pas comprendre...

- Cela fait un bout de temps que vous n'êtes plus dans votre assiette, Syla. Cette erreur était la dernière : vous serez déchu du grade de capitaine dès que je trouverai quelqu'un de plus compétent.

La descente des marches fut plus difficile encore que la montée. Le capitaine Syla – puisqu'il l'était encore pour un temps compté – ne parvenait pas à réaliser la dureté de ce qui venait de lui arriver. Après tous ces efforts, tous ces sacrifices pour acquérir une place respectable, voilà qu'on lui faisait dégringoler l'échelle pour incompétence. Et, pire que tout, les reproches qui venaient de lui être adressés par le Comte le transperçaient, rien que d'y repenser, comme s'il lui avait décoché des flèches en plein poitrail. Il venait de décevoir celui dont la considération était la motivation même de sa vie de soldat. À quoi rimait l’existence maintenant qu'il était déshonoré ? Il n'avait pas la force de supporter cette opprobre. Tout semblait s'écrouler autour de lui tandis qu'il errait, hagard et sonné, dans les travées du castel. Le choc avait été si terrible que rien, pas même la pensée de sa fille, ne put le sortir cette fois-ci de l'abîme de noirceur et de l'humeur morbide dans lesquels il était plongé.

Arrivé à l'extérieur de l'édifice, il aperçut une pierre qui s'était déchaussée des contreforts des murs et la ramassa de ses deux mains. Cette fois-ci, il le ferait.

Elle lui sembla peser un quintal tandis qu'il la portait péniblement, clopinant tel un spectre sur le ponton qui reliait le château aux autres quartiers. Rien n'était facile, décidément. Il continua son chemin dans l'obscurité grandissante sans rencontrer âme qui vive, et poursuivit dans le prolongement, sur le ponton qui quittait la ville et aboutissait à la rive occidentale du lac. À mi-chemin, il s'arrêta net et posa son bout de roc, avant de se diriger vers une portion du ponton qui s'était écroulée récemment. Là, il se pencha pour atteindre le pilotis fautif, qui penchait, inutile et désolidarisé du reste de la structure, et réussit à dénouer la corde qui avait autrefois maintenu tout cela en place. Après quoi il retourna vers sa pierre, en fit plusieurs fois le tour avec la corde qu'il noua solidement, et attacha l'autre extrémité à sa cheville droite. Et, le regard vide et l'âme à l'agonie, il fit glisser le lourd morceau de schiste dans les flots noirs. À peine entendit-il le « plouf » caractéristique qu'il se sentit happé par la gravité, plongeant à son tour dans le lac. Dans une dernière vision floue et mouvante, il crut discerner trois silhouettes sombres, là-bas, à quelque distance sur le ponton, qui couraient dans sa direction.

Et puis la froidure de l'eau l’oppressa de toutes parts.




The Half Cop
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Sigvald Lingwë
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Mer 12 Juil 2017 - 21:17

Tous trois en marche sur le ponton je discutais des célèbres Ménestrels de la cité et du but de notre mission. A vrai dire, même si je faisais confiance aux bâtisseurs humains je n'étais pas le plus à l'aise sur ces épaisses planches de bois qui semblaient poser sur l'eau. Lors d'une mission comme à mon habitude dans ma profession, j'étais toujours joyeux, humeur qui se muait rapidement en sérieux dans le vif du sujet. J'esquissais un léger sourire en imaginait ce que j'aurais à faire qui me faire rire... Avec pour conclusion finale, le visage de Achas mêlé d'amusement et de désapprobation.

- Delaynna ? Je me suis toujours demandé si les Dame de l'eau... et donc vous, pouviez marchez sur l'eau ?

J'attendais quel commence à parler avant de la pousser dans l'eau, mais soudainement un "PLOUF" sourd puis j’aperçus plus loin une forme humaine disparaître à grand vitesse dans le lac. Raté ! Une prochaine fois... Je réalisai brusquement que j'avais déjà perçu ce son et vécu approximativement la même situation. Lors du règne de terreur à Djafa, quand j'accompagnais les "prêtres" et leurs gardes en ville afin d'enlever la souillure qu'étaient les mendiants et les nécessiteux de ce monde ; il arrivait souvent que les gens se suicident du haut des ponts en se jetant dans le lac, les pieds lié à une lourde pierre pour ne pas subir le courroux de "Sauron". Je pris un air détaché sur le coup. Cette fois j'agirais.

- Sérieusement... Je suppose que l'on a tous vu la même chose ? MAIS QUEL IDIOT !!!


Je tirai avec geste précis et rapide l'épée de la ceinture que je jetai dans les bras de notre chère sentinelle avec un grand sourire, puis dans la foulée toute comme Delaynna nous nous mîmes à sprinter vers les bulles qui remontaient encore à la surface. Tout en courant je fis tomber le plastron de mon torse et plongeai dans l'eau suivie dans la seconde par la dame de l'Eau. Je m'enfonçais dans la noirceur du lac guidé par les bulles et rapidement attirer vers le fond par le poids de ma cotte de mailles je réussis à crocher le col de l'homme. Je pesais mon poids, lui aussi, j'aurais mis trop de temps à remonter à la surface sans que l'humain y passe. Mais Delaynna surgit du haut, de la lumière, et fit basculer la situation vers la meilleure des fins possible. Je ne serais dire si son lien avec l'eau lui procurait plus de force une fois immerger dans celle-ci ou si justement elle puisait dans sa magie pour s'aider à tirer tout ce poids, mais nous remontions bien plus vite que je ne l'aurais cru.

Je pris une grande bouffée d'air frais une fois à la surface.

Achas tira hors de l'eau l'imbécile et je me sentis d'un coup bête à mon tour en voyant la pierre encore liée à son pied. J'y avais pensé, mais une fois dans l'action j'avais complètement mis de côté cet élément. Même Delaynna me regarda d'un air amusé voir un brin moqueur comme si elle me disait "Parle pour toi".

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Ven 14 Juil 2017 - 4:31
« - Pour ma part, atteindre mes ennemis à distance ne me pose pas de problème de conscience, car il s'agit du meilleur moyen de protéger notre belle et grande forêt. Mais je manie fort bien la dague longue au besoin. Vous combattez, Madame, comme un chevalier armuré, mais sans armure lourde je trouve c'est une technique inappropriée. Plus de mouvements ! Plus de souplesse ! »

Évidemment, Delaynna avait appris à maîtriser l’art de l’épée, mais pas aussi bien que ses compagnons. Bien sûr, en tant que Dame de l’eau, elle avait appris principalement l’art de la guérison, de la bonté mais plus encore… le contrôle de cet élément naturel. En évoquant Achas en duel, elle avait éveillé en lui, son désir de se battre, de mettre en premier plan, ses compétences de combattant devant la galadhrime. Cet entraînement avec l’archer permit à la jeune femme d’analyser le style de combat de son adversaire et d’en apprendre un peu plus sur sa façon de livrer bataille.

Alors qu’ils quittaient les terres sylvestres, le trio se dirigeait vers le territoire du Rhovanion. Esgaroth les attendait par-delà ses pentes herbeuses qu’ils franchissaient. La noirceur arrachait toute trace de lumière dans le ciel cette nuit-là. Grâce à leur vision développée, le trio remarqua cette immense étendue d’eau que seule l’elfe pouvait entendre murmurer à travers les vaguelettes. Une barque les attendait afin qu’ils puissent traverser ce grand lac. Écoutant ce que Sigvald racontait, elle reconnut un soupçon de nervosité dans ses paroles. Tout comme Achas, les deux elfs éprouvaient une certaine insécurité face à la structure de bois humaine. Contrairement à eux, Delaynna n’avait point peur, étant donné que l’eau la protégerait.

«Delaynna ? Je me suis toujours demandé si les Dame de l'eau... et donc vous, pouviez marchez sur l'eau ? »

Tout comme eux, elle entendit le «plouf» retentirent sur le lac. Ils distinguèrent l’individu qui s’était jeté à l’eau. Sigvald s’exclama et se jeta sans hésiter à l’eau pour tenter de le sauver. Cependant, ce dernier n’avait pas calculer au poids de sa cote de maille qui allait le faire couler, tout comme l’homme qui s’était volontairement jeté à l’eau, attaché à une lourde pierre.
Sigvald et l’inconnu avaient vite coulé dans la noirceur du lac. Contrairement à eux, l’elfe pouvait respirer dans l’élément qui était le sien. Son corps fût vite illuminé, telle la lune qui éclairait les navires dans la noirceur de la nuit. Glissant doucement dans les profondeurs pour les rejoindre, elle aperçut Sigvald et l’humain dont le regard semblait se fermer pour l’éternité. Il croisa son regard, comme s’il avait la vision d’une déesse. Delaynna afficha un sourire rassurant à l’individu et lui prit la main.

À elle seule, elle avait le contrôle de l’immense lac. Grâce à un puissant courant qui les firent remonter à la surface, Delaynna les accompagna et fit propulser l’elfe et l’humain dans la barque.
Alors que les deux individus étaient en sécurité sur la barque, la dame de l’eau se propulsa hors de l’eau à l’aide d’un immense jet. Avec une grande agilité, elle se hissa sur la barque et se dirigea vers le blessé. En se mettant à genou à côté de l’humain, Delaynna saisit son visage entre ses mains délicates. C’est dans un chant mélodieux que la Dame de l’eau récita l’incantation qui allait sauvé l’humain du sort qu’il s’était délibérément jeter.

Perdue dans les ténèbres, espérant un signe
Mais il n'y a que le silence
Peux-tu entendre mes cris ?
Jamais arrêter d'espérer,
J'ai besoin de savoir où tu es.
Mais une chose est sûre
Tu es toujours dans mon coeur.

Je te trouverai quelque part
Je continuerai d'essayer jusqu'à mon dernier jour.
J'ai juste besoin de savoir ce qui est arrivé,
La Vérité libérera ton âme.


Les vagues que son chant avait créés animèrent le lac endormis. L’humain recracha l’eau qu’il avait avalée et roula sur le côté en toussant très fort. Aussitôt qu’il avait repris conscience, le lac diminua son activité, jusqu’à redevenir aussi calme qu’à leur arrivé. L'humain dévisagea, apeuré les trois elfs qui l'avait sauvé de la mort, qu'il avait voulu s'infliger. En reconnaissant le visage qu'il avait vu sous l'eau, comme si celui-ci était l'apparition d'une personne mythique.
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Hadhod Croix-de-Fer
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Dim 23 Juil 2017 - 14:52


Au prix d'horribles toux rauques, Syla recracha l'eau que ses poumons avaient été contraints d'absorber. Tout tanguait autour de lui, mais il mit un certain temps à comprendre que cette sensation ne provenait pas seulement de son chamboulement physique et mental, mais également de l'endroit où il se trouvait : ce n'était pas le bois stable et immobile des pontons qu'il sentait sous lui, mais la coque chancelante d'une barque dont il n'avait pas même remarqué la présence quelques minutes plus tôt, alors qu'il cheminait, hagard, à la recherche d'une corde. Tandis qu'il essayait de remettre ses idées en place et de comprendre pourquoi il ne se trouvait pas aux côtés de feu son épouse, mais toujours dans ce monde de souffrance et de désespoir, une voix claire et douce parvint à ses oreilles. Pas de doute possible, il savait qui lui entonnait cet air. Tout son corps se raidit. Oui, cela allait de soi, c'était sa tendre femme qui l'appelait depuis les profondeurs du lac où elle reposait depuis sa noyade. Cela ferait bientôt quatre ans et son absence lui pesait plus que toutes les pierres de schiste, de granite ou de tout autre minéral qu'il aurait pu s'attacher aux chevilles. Ses mots étaient à la fois beaux et tristes.. elle lui faisait savoir, dans une mélopée semblable au murmure des plus charmants ruisseaux qui confluaient vers le lac, qu'elle était toujours là, au fond des flots noirs. Elle lui intimait de ne pas l'oublier, de lui donner de ses nouvelles, de se manifester d'une manière ou d'une autre. Elle venait de le voir un bref instant plonger dans les eaux et cela avait suffi à raviver son amour...

Mais était-ce bien elle qu'il entendait ?

À vrai dire, plus il revenait à la réalité et recouvrait ses esprits, et plus il en doutait, à son grand regret. La voix de Nertha telle qu'il s'en souvenait était moins cristalline, moins parfaite... plus humaine pour ainsi dire. Et comment lui, le capitaine de la Milice, la cartésien, lui qui ne voulait pas entendre parler de mystères, lui que toute mention du surnaturel horripilait, comment pouvait-il croire à une émanation de l'esprit de sa défunte épouse ? Sa dépouille était remontée à la surface comme tous ceux qui étaient un jour morts sur le lac, et elle avait été repêchée. On lui avait enlevé la vase et les salissures, on l'avait revêtu d'habits décents et on l'avait placée sur une barque emplie de bûches et d'une paille imbibée de poix qu'on avait laissée dériver sur les courants du lac. Ses cendres étaient dissoutes depuis longtemps dans les eaux mais, objectivement, Syla savait au fond de lui que les cendres ne pouvaient parler, quelle qu'ait été la beauté de l'esprit qu'elles avaient un jour contenu. Plus sa raison lui revenait et plus il voyait la chose impossible.

Et il semblait qu'il eût raison, car en tournant la tête il s'aperçut que les derniers vers du poème étaient entonnés par une personne bien vivante qui se tenait à côté de lui dans la modeste embarcation. Elle était charmante, possédait beaucoup de grâce, mais ce n'était point sa regrettée Nertha. Le capitaine comprit bientôt pourquoi sa voix était si enchanteresse : la finesse de ses oreilles et la façon de son accoutrement ne laissaient guère de place au doute, elle appartenait au peuple elfique. Tentant de retrouver ses repaires entre deux quintes de toux, le pauvre homme vit qu'ils partageaient le modeste espace qu'offrait la barque avec un autre elfe, un elfe aux cheveux blonds trempé lui aussi de la tête aux pieds, et qu'un troisième elfe l'observait attentivement depuis le bord du ponton tout proche. Visiblement, ils l'avaient arrachés à la mort...

- Vous venez... parvint-il à articuler en reprenant son souffle. Vous venez de prolonger... encore un peu... mon existence.

On n'aurait su dire s'il était finalement soulagé d'avoir échappé de justesse à la mort atroce qu'il avait voulu se donner dans son élan suicidaire ou s'il leur en voulait de l'avoir obligé à rester dans le monde cruel et injuste qu'il s'était mis en tête de fuir à jamais. Sans doute y avait-il un peu des deux, mais dans quelles proportions ? Lui seul le savait pour l'instant. Les prochaines minutes ou les prochaines heures le diraient certainement. Le regard du miraculé se porta sur sa cheville que le frottement cruel de la corde avait teintée d'un collier rouge et sanguinolent, puis sur la cotte de mailles de l'elfe mâle qui était le plus près de lui. Incrédule, il se tourna enfin vers la femme-elfe, qui était de toute évidence la seule qui avait été complètement libre de ses mouvements dans toute cette manœuvre. Oh certes, celui qui se tenait sur le ponton semblait également ne pas être harnaché d'un équipement trop lourd, mais à en croire ses habits secs il n'avait pas eu le temps ou l'envie de plonger dans l'eau froide.

- Comment avec-vous... fait ? demanda-t-il à Delaynna. Un capitaine... minable et incapable... n'aurait pas été une grosse perte. Esgaroth s'en porterait bien mieux... croyez-moi... si je reposais au fond du lac... avec les débris et les trésors de ces bateaux coulés. Toute cette affaire... a causé... ma déchéance. Qu'ils en coulent encore mille... si ça les chante... qu'ils envoient par le fond... tous les bateliers de la ville... mais qu'on cesse de me tarabuster avec ça !

Mais comme il tendait la main pour essayer d'agripper le bord du ponton et de quitter cette coquille de noix, il se rendit compte qu'il n'en avait tout bonnement pas la force pour l'instant, et une nouvelle quinte de toux le plia en deux, déchirant le silence vespéral et emplissant de pitié les étoiles au-dessus de leur tête.




The Half Cop
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