Une nouvelle Tête

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Radamanthe
Emir de Harondor - Prince d'Ithilien
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Localisation : Minas Tirith

~ GRIMOIRE ~
- -: Homme de Gondor
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- -:

Ven 7 Juil 2017 - 21:02

« C’est ridicule… Complètement ridicule ! »

Un bruit de raclement de chaise suivi d’un choc sourd contre le sol accompagna la voix cristalline de la jeune femme. Elle s’était levée avec tellement de précipitation qu’elle avait envoyé valser en arrière la chaise sur laquelle elle se prélassait tranquillement quelques minutes plus tôt. Un gobelet en métal se stabilisa finalement sur la table, non sans que plusieurs gouttes de son contenu pourpre ne s’en soient échappées pour venir tâcher la nappe d’un beige déjà sale. Il s’était mis à valdinguer dans tous les sens lorsque Neige avait violemment frappé la table des deux mains.

Son collègue qui venait d’entrer dans la pièce et de lui annoncer la nouvelle lui fit signe de se calmer avec un geste bref et acheva de fermer la porte, avec un air de conspirateur. Neige s’était à peine calmée le temps que Naesen assure leur isolation sonore et elle reprit aussitôt, d’une voix plus forte. L’espion était abasourdi. Jamais il n’avait vu sa collègue perdre son calme de cette façon.

« L’armée n’a jamais interféré avec le Service… Nous avons toujours eu une hiérarchie à part… »

La jeune femme aux cheveux blancs vint se planter devant son collègue. Malgré qu’il soit de quinze ans son aîné, Naesen avait un grade en moins qu’elle, pourtant il avait toujours eût respect et admiration pour Neige et son efficacité légendaire. Rare femme membre du Service et la seule à porter le rang de Capitaine, ce n’était un secret pour personne que leur ancien directeur  la considérait comme son meilleur élément. Lorsqu’était venue se porter à six pouces de lui, les bras croisés, les dents crispées, l’homme pouvait voir à loisir toute la fureur qui animait son regard. S’il était clair qu’il y avait toujours eu une subtile rivalité entre les espions et l’armée, à l’instant présent le Caporal jugeait préférable de ne rien répondre du tout.

« Merde, Naesen, dit quelque chose, quoi ! Tout le monde sait de qui Rhydon tient ses ordres ! Le général intervient encore dans des affaires qui ne le regardent pas ! Personne n’acceptera d’être traité comme l’armée régulière ! »

Neige réfléchissait à toute vitesse et comptait dans sa tête. Et plus elle comptait, et plus se rendait compte à quelle point la dernière phrase qu’elle venait de prononcer était fausse. Elle avait à peine trente ans, et pourtant elle se rendait maintenant pleinement compte à quel point elle était de la vieille garde. Tellement de recrues initiales de la Tête avaient quitté le Service et avaient étés remplacés par d’autres à la formation militaire. D’un réseau d’espionnage, on était passé à une unité de forces spéciales. Et voilà que cette unité passait dans les mains de Cartogan. Elle avait peur de la manie du général de tout vouloir contrôler. Autant de pouvoir détenus par un seul homme, ce n'était pas bon. Mais qui partagerait son avis ?

Nârwel Rusk-Iâr les avait abandonnés par acquis de conscience, après une cinglante divergence d’opinion entre lui et elle lors d’une mission. Ce vieux filou d’Artegor avait été débauché par Radamanthe lorsque celui-ci s’était établi au Harondor. Les dernières nouvelles le disaient mort à Dur’Zork. C’était probablement aussi le sort qui avait échu au jeune et prometteur Eaoden. Son estomac se nouait chaque fois qu’elle songeait qu’ils n’avaient aucune nouvelle de sa dernière mission. Elle l’avait recruté elle-même.

Il y avait aussi les autres qu’elle ne connaissait que par les rapports auxquels son rang de Capitaine donnait accès. Le dossier de Nathanael disait qu’il avait été recruté par Gilgamesh en personne. Elle osait espérer qu’il ferait partie de ceux qui ne verraient pas son remplacement d’un bon œil. Elle n’avait cependant aucune idée d’où se trouvait le conteur en ce moment. Et puis il y avait les autres, bien sûr. Berton était un ancien de la milice. Ce Capitaine avait gagné pas mal d’influence récemment, et il ne pouvait être que le genre d’homme à se réjouir de l’intégration du Service dans l’armée régulière.

« Bon sang Naesen ! Ils remplacent Gilgamesh par Rhydon ! Par Rhydon, merde ! Tout ça alors qu’on ne sait toujours pas si Gilgamesh… si il… »

Sa voix se brisa mi-cri. On ne savait toujours pas si Gilgamesh était vivant ou mort. Cela faisait près de deux ans déjà qu’il avait disparu sans laisser de trace. Elle avait enquêté bien sûr. Elle était pratiquement sûre qu’il était derrière l’évasion du Comte Skaline. Mais après, plus aucune trace. Son enquête avec le hobbit Etelion lui avait l’existence d’une organisation secrète luttant contre l’Ordre de la Couronne de Fer. Son instinct lui disait que c’était précisément pour combattre cet Ordre à sa manière que Gilgamesh avait disparu. Était-il possible qu’il fût un Passeur d’Etoiles ? Mais si c’était le cas, pourquoi ne l’avait-il pas directement recrutée, elle ? N’avait-il pas entière confiance en elle. Cette seule pensée la blessait énormément. Et maintenant que l’Ordre avait été vaincu, pourquoi n’avait-il pas réapparu ? Cela signifiait-il qu’il était tombé au combat ?

Autant de questions sans réponses qui laissaient Neige se perdre dans ses pensées. Elle fut cependant extirpée de ses rêveries par le fracas d’une porte s’ouvrant à la volée. Lord Rydon venait de faire son entrée dans la pièce. De taille moyenne, il était entièrement de noir vêtu. Ses cheveux, noirs également, étaient coupés courts et plaqués en arrière. Sa barbe était taillée avec précision, et il ne souriait pas. Tout chez cet homme évoquait la rigueur militaire.


« Capitaine ! Je vous demanderai d’arrêter de hurler. Dois-je vous rappeler que nous sommes un service secret ? Grâce à vos éclats de voix, je suis certain que la moitié des trois derniers cercles est maintenant au courant de ma nomination à sa tête… »

Neige se raidit instantanément et serra les dents. Elle posa les paumes de ses mains sur la table à côté de laquelle elle se trouvait et inspira profondément, comme pour se calmer. La jeune femme décida que le mieux était encore de ne rien répondre, et elle se contenta de fusiller son nouveau supérieur du regard. Ses yeux d’un bleu glacial trouvèrent les yeux sombres de Rhydon qui, sans sourciller, déclara :

« Caporal Naesen, dehors. »

Celui-ci ne se fit pas prier et s’éclipsa aussitôt. Alors qu’il passait la porte, il tenta d’adresser un petit sourire désolé à Neige, mais celle-ci ne le remarqua même pas. Ses yeux n’avaient pas décollé de Rhydon. Celui-ci reprit la parole aussitôt que Naesen eut quitté la pièce.

« Je comprends votre frustration. Vous n’êtes pas un mauvais élément, Capitaine. Vous avez toujours été la favorite de notre ancien Directeur. Naturellement, cela a dû vous mettre  des idées en tête... Comme l’idée que vous lui succéderiez… Mais cela ne se passe pas comme ça.  La jalousie ne vous… »

« Je ne suis pas jalouse ! Je n’ai jamais revendiqué la direction du Service ! Je ne comprends pas pourquoi… »

« La jalousie ne vous mènera nulle part. » reprit le Directeur comme s’il n’avait jamais été interrompu. « Pas plus que les connections familiales… Peut-être avez-vous imaginé que c’était dans la poche après la nomination de votre oncle ? Vous êtes peut-être sa nièce, mais illégitime avant tout… L’Intendant a approuvé sans hésitation la proposition du Général pour ma nomination. »

« Je ne veux pas diriger le Service ! » s’écria Neige en recommençant à crier. « Je ne comprends pas pourquoi on a besoin de vous nommer à notre tête, Rhydon, alors que nous avons aucune preuve de la mort de Gilgamesh ! »

L’homme en noir esquissa un rictus nerveux qui s’apparentait plus à une grimace de dégoût. Il foudroya la jeune femme du regard.

« C’est Lord Rhydon, maintenant. Ou Directeur. Et franchement, j’attendais mieux de vous, Capitaine. Etes-vous devenue complétement sotte ? Gilgamesh a disparu depuis deux ans, ça ne vous suffit pas comme preuve ? Vous êtes trop âgée pour croire aux contes de fée… votre vieux mentor ne reviendra pas ! Et quand bien même il reviendrait, je ne vois pas pourquoi il récupérerait sa place. Sa gestion de ce Service était tout du moins anarchique… Certains préféreraient le qualificatif catastrophique. Il est temps que quelqu’un remette de l’ordre dans ce foutoir… Manifestement le vieux fou n’en était pas capable. »

L’insulte avait à peine fini de retentir dans l’air que Neige avait déjà bougé. En un éclair, elle se trouvait en Rhydon, à cinq pouces de son visage. Elle était aussi grande que lui, si pas davantage, et elle le foudroyait du regard avec une fureur froide. Par deux fois elle ouvrit la bouche avant d’arrêter aussitôt en grinçant les dents. Elle savait que si elle répliquait maintenant elle allait le regretter.

« Il est grand temps que quelqu’un instaure un peu de discipline ici... Combien de désertions, combien d'échecs faut-il avant que quelqu'un s'occupe à redresser la barre? Et qui mieux qu’un militaire comme moi pour rétablir l'ordre ? Vous vous emportez suite à votre prétendue indépendance par rapport à l’armée mais vous ne voyez pas que la meilleure chose qui puisse arriver à ce service, c’est qu’il s’inscrive dans la hiérarchie établie par le Général Cartogan ! »

C’était Rhydon qui criait maintenant. Au prix d’un effort surhumain, Neige parvint à esquisser ces deux phrases, sur le ton d’un murmure :

« A l’époque de Radamanthe, nous dépendions de l’Intendance… Nous n’avons jamais été liés à l’armée… »

« Et Radamanthe était un bourreau ! Votre noble oncle n’a manifestement pas envie de se mêler aux travailleurs de l’ombre et il est parfaitement heureux de laisser le sale boulot au Général ! Maintenant, Capitaine, j’espère bien que c’était la dernière fois qu’il vous prend de contester ma nomination, ou vous le regretterez ! »

Rhydon agita un doigt menaçant devant ses yeux, la foudroya une dernière fois du regard avant de tourner les talons et de disparaître par où il était arrivé.

Neige resta un instant silencieuse après son départ puis laissa libre court à sa fureur. D’un geste, le gobelet qui avait si péniblement retrouvé son équilibre quelques minutes plus tôt fut fracassé au mur. L’espionne poussa un long soupir. Elle ne pouvait pas croire qu’Alcide avait approuvé cela. Elle devait lui faire changer d’avis. Comment l'Intendant pouvait-il laisser absolument toute la force de frappe du Royaume dans les mains d'un seul homme ? D'un homme avec des idées aussi arrêtées que le Général ?
Mais la bâtarde se rendait bien compte qu’elle n’avait jamais été particulièrement proche de son oncle. Elle avait passé très peu de temps à Linhir et même durant son enfance, le diplomate était souvent en mission à l’étranger. Et bien sûr, il y avait le fait qu’Alcide ne la voyait que comme la fille illégitime de son frère. Il y avait cependant peut-être une solution, se dit Neige. Elle avait une sœur, parfaitement légitime et qui était justement réapparue à Minas Tirith quelques mois plus tôt...Ce n'était pas un cadeau la mêler à ça, mais elle jugeait que retrouver l'intégrité du Service était une priorité absolue.

Elle avait un plan. Neige se précipita hors de la pièce, non sans claquer la porte aussi fort qu’elle le puisse.

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