Sur le chemin des Arbres Blancs : première étape

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Fanwanatsë
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Mar 1 Aoû 2017 - 12:21
Fanwanatsë regardait autour d'elle avec un mélange de fascination et de répulsion. C'était la toute première fois qu'elle mettait les pieds dans une ville, et elle ne comprenait pas comment tant de gens pouvaient délibérément choisir de s'entasser ainsi. L'odeur lui semblait délétère et le bruit accablant. Elle avait l'impression qu'une multitude de regards l'épiaient et fouillaient ses pensées les plus secrètes, comme dans les histoires que racontait son père sur le Cavalier noir ou le sombre Seigneur des Dons. Pourtant, les Nandor lui avaient affirmé que le culte de Melkor était moins répandu ici que dans les autres villes de l'est. Que les habitants de Vieille-Tombe étaient cordiaux, à défaut d'être amicaux. Franchement, cela ne crevait pas les yeux.

Elle frissonna, tentant de se raisonner.

Allons, ne sois pas superstitieuse, ma fille, se fustigea-t-elle. Si tu recules déjà, autant abandonner tout de suite. C'était le seul chemin logique, selon les Nandor. Je ne peux pas trouver Minas Tirith en me fondant simplement sur les chants de la Marche des Eldar. Il me faut une carte. Un cheval, peut-être. Des provisions pour affronter les Terres sauvages. Rien ne dit que mon arc suffira à me nourrir. Les Nandor ne m'auraient pas envoyée ici s'il y avait eu une meilleure solution.

Elle prit une grande inspiration pour se donner du courage. Elle sentait s'affronter en elle le sang de ses parents, l'un la poussant à aller de l'avant, pour suivre les traces de Finwë sur les chemins de l'ouest, l'autre lui chantant la beauté de la forêt sous les étoiles et l'incitant à renoncer à sa folle entreprise.

- Tout ça pour voir un Arbre, murmura-t-elle avec ironie. Des arbres, il y en a plein la forêt.

Bon. Je vais où, maintenant ? Pour acheter du vin, pas de problème, ils ont l'air de tenir à ce qu'on sache où aller. Mais où est-ce que je vais trouver une carte, moi ?

Elle se mordit les lèvres avec perplexité. Elle pouvait trouver son chemin dans la forêt la plus profonde, mais la ville la déconcertait et perturbait son sens de l'orientation. Les odeurs saturaient l'odorat, le vacarme empêchait de se concentrer sur un bruit en particulier, les chalands la forçaient souvent à changer de chemin, dans la crainte d'un contact inopportun. Elle décida finalement de marcher au hasard, en priant les dieux de sa mère de la mettre sur le bon chemin.
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Fanwanatsë
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Sam 5 Aoû 2017 - 18:39
Fanwanatsë erra longtemps au hasard de par les rues de Vieille-Tombe, sans que nul ne lui adresse la parole ou n'ait même l'air de la remarquer. Dans un sens, cela l'arrangeait, mais elle avait du mal à comprendre cette attitude. Dans la forêt, on se fréquentait peu, et on n'avait certes pas l'étrange perversion de s'entasser comme le faisaient ceux-des-villes. Mais quand on se croisait, il y avait des rires, et des chants, et des histoires partagées. Même le peuple de sa mère, que les Avari aimaient peu, à cause de la malédiction des Noldor, étaient bien reçus quand ils s'aventuraient à l'est. Si tel n'avait pas été le cas, elle ne serait pas là aujourd'hui. L'indifférence maussade et l'agitation obstinée qui régnaient dans ces rues la déconcertaient totalement. On aurait dit que chacun s'empressait vers quelque but singulier, enfermé dans une bulle égotique qui ne croisait les autres qu'à des fins commerciales ou financières. Elle voyait des contrats se conclure, des objets se vendre et s'acheter, des mains se serrer, mais pourtant aucune chaleur n'illuminait les regards ou les visages durant l'échange. Et visiblement, personne ne s'intéressait à une elfe vagabonde qui devait afficher sur elle son manque flagrant de ressources.

Peu probable que quelqu'un accepte de troquer une carte contre des récits ou des chants,, soupira-t-elle intérieurement. Et ne parlons pas d'une monture... Autant tenter ma chance dans les terres sauvages. Je sais quoi faire avec un animal - ou même avec un orc : une bonne flèche entre les deux yeux règle bien des problèmes. Mais ceux-là...

Elle secoua la tête avec agacement. Quand elle n'était qu'une petite sauvageonne de vingt ans, sa mère parlait souvent des villes de l'ouest avec de la nostalgie dans la voix, et son père riait en répondant qu'il faudrait qu'il aille voir ça un jour avec elle, car ce qu'il savait des villes ne coïncidait guère avec tant de beauté. Il n'évoquait guère le passé et elle ne savait pas quelles villes de l'est il avait bien pu voir - l'idée même de son père marchant ailleurs que sous les arbres avait quelque chose de ridiculement absurde. Quoi qu'il en soit, s'il était venu ici, elle comprenait son incrédulité devant les splendeurs de la mythique Valimar, ou des cités disparues du Beleriand, dont les noms chantaient dans les ballades de sa mère : l'austère Vinyamar et ses terrasses qui ouvraient sur la mer, la secrète Ondolindë aux mille murmures, les fontaines de Gondolin... Fanwanatsë ne pouvait s'empêcher de se demander à quoi ressemblaient les villes occidentales actuelles, maintenant que les hommes gouvernaient et que la lumière des Silmaril n'illuminait plus le monde.

Ma connaissance de l'ouest a deux ou trois âges de retard. Mais comment mon père aurait-il pu m'enseigner ce dont il ignorait tout. Et comment ma mère aurait-elle pu prévoir qu'elle mourrait sous la lame d'un autre elfe - qui qu'il ait pu être ?

Elle soupira et prit la décision de quitter la ville. Elle avait faim, et on finissait même par se fatiguer du lembas, disaient les chants, quand on ne pouvait pas l'agrémenter de l'eau fraiche d'une source et des paroles d'un ami. Elle jeta un regard morne sur ses propres galettes de voyage, qui n'avaient sans doute pas grand-chose à voir avec le lembas des Eldar, et dont on se lassait assurément très vite. Ce serait plus simple de trouver de la nourriture au dehors que de continuer à se la procurer en douce comme elle l'avait déjà fait plusieurs fois. Elle n'était pas très douée comme voleuse, et pas très désireuse de se perfectionner en la matière.

Mère, pourquoi m'avez-vous chargée d'une telle quête ? Si je suis incapable de me procurer une carte dans une ville de marchands, comment vais-je trouver cette Minas Tirith que vous appeliez Minas Anor ? Il m'a déjà fallu plusieurs années pour comprendre que la Minas Tirith d'aujourd'hui n'avait rien à voir avec la tour de Finrod sur l'île de Tol Sirion, où régnèrent longtemps les loup-garous de l'Ennemi.Je suis sans doute la plus pitoyable voyageuse que les Terres du Milieu verront jamais. Ma carte mentale a plus de 6000 ans d'âge et j'arpente un monde qui ne lui ressemble en rien.

Elle se morigéna pour son humeur inquiète, prit une grande inspiration, toucha la lame à sa ceinture pour se donner du courage, ajusta son arc sur son épaule et, l'air crâne, prit la route qui menait au sud-ouest de Vieille-Tombe. Elle avait fait une promesse à l'esprit de sa mère alors qu'elle approchait déjà les cavernes de Mandos. Il lui fallait accomplir son destin.
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