"La Garde meurt mais ne se rend pas! Me*de!"

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Learamn
Capitaine de la Garde du Roi du Rohan
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Mer 4 Oct 2017 - 2:20



 Au milieu des plaines du Riddermark qui n’avaient pas connus le calme depuis trop longtemps, le feu et le sang s’étaient mariés pour amener le chaos. L’odeur âcre de la végétation calcinée et le goût putride de la mort pouvaient se ressentir sur des lieux à la ronde. Chevauchant aussi rapidement que son corps meurtri le lui permettait, le sergent Eofend peinait à se remettre du choc; tout avait été si rapide, si violent, si inhumain. Et pourtant le sous-officier avait vécu de nombreux affrontements lors de la guerre mais jamais il n’avait vu cela auparavant: un tel déchaînement, aussi court que meurtrier, un tourbillon infernal qui avait emporté, en l’espace de quelques secondes, toute trace de vitalité humaine. Même les survivants étaient en quelque sorte des morts: trop affaiblis pour avoir pleinement conscience de ce qui les entourait, le blessé le moins grave devait assumer la lourde charge de sauver ceux dont la mort était imminente. Le sergentregarda un instant en  l’arrière où une deuxième monture, attachée à la sienne, le suivait. Elle  portait trois hommes, ou ce qu’il en restait, sur son dos. Ils étaient mal en point et peut-être l’un d’entre eux était déjà mort de ses blessures à l’heure qu’il était. Ses yeux se portèrent ensuite plus loin vers le Sud, en direction d’Edoras où il avait envoyé le valeureux Théomer prévenir le Vice-Roi du massacre ayant eu lieu.  Un gémissement à glacer le sang sortit de la gorge de l’un des hommes de derrière, pour Eofend cela ne voulait signifier qu’une chose : il n’y avait plus de temps à perdre. Il tenta de se ressaisir et mettre ses émotions de côté, sa mission n’était pas terminée mais elle avait simplement changé d’objectif : la poursuite était devenue un sauvetage désespéré.  


“Yah!”


Il éperonna sa monture et les deux chevaux partirent au triple galop en direction de l’Isengard: fief du Roi Fendor.

 Eofend connaissait la route pour l’Isengard: durant ses longues années de service il l’avait plusieurs fois empruntée et même si la région fut pendant longtemps sous contrôle gondorien, son emplacement stratégique à proximité de la Trouée du Rohan en faisait un point de repère important pour les cavaliers chargés de protéger les limites du territoire.  Mais jamais ce trajet ne lui avait paru aussi long à faire. Il était considérablement retardé par cette deuxième monture qui soutenait la charge de trois hommes robustes, le sergent avait bien tenté d’alléger le tout en leur retirant leur arme mais cela ne semblait pas suffisant pour la bête qui avaient de plus en plus de mal à suivre la cadence imprimée par le sous-officier.  La pauvre monture était tellement à bout qu’Eofend n’eut d’autre choix que de faire une halte alors même que chaque seconde qui passait était précieuse. Il en profita pour descendre de selle et inspecter les trois blessés qu’il transportait. Le sergent s’employait à ne pas trop les maltraiter mais cela se révélait bien compliqué avec le peu de moyens dont il disposait; il n’avait quasiment aucune connaissance en matière de soin et il n’avait rien pu faire de plus que de bander grossièrement les plaies les plus béantes avec des lambeaux de chemise. Des trois, Méared était sûrement celui qui avait le plus de chances de s’en sortir, il avait certes perdu trois doigts et souffrait d’une impressionnante coupure à la tête mais aucune partie vitale ne semblait sérieusement touchée et des guérisseurs compétents pourraient probablement le remettre sur pied malgré son état d’affaiblissement extrême, c’était du moins que Eofend espérait. Il lui donna à boire de sa gourde dont il ne restait déjà qu’un fond, Méared recracha la moitié mais ses quelques gouttes lui firent  du bien. Un tantinet revigoré, il tenta de se redresser mais d’un geste Eofend l’en dissuada :

“Ser...Sergent
, balbutia le garde royal, qu...qu’est ce ....je…”

 D’autres auraient pu mettre ses paroles vides de toute cohérence et ses interrogations inachevées sur le compte de l’état grave de l’homme blessé mais Eofend, lui, savait que même un soldat en pleine possession de ses moyens n’aurait rien pu dire de mieux. Il le savait car c’était peu ou prou les même mots qu’il avait adressé à Théomer juste après la fin des affrontements et finalement aucune parole sensée ne pouvait sortir de la bouche d’un témoin de ce désastre.

“ Pas maintenant Méared, pas maintenant je t’en prie.”

 Même dans son état le jeune garde royal obéit à l’ordre qui n’en était pas vraiment un et se laissa retomber mollement sur la croupe, sombrant à nouveau dans les limbes de l’inconscience.

Eofend s’approcha ensuite d’Halgor dont l’état était critique; une flèche s’était fichée dans son torse et si son plastron avait limité les dégâts, la blessure était tout de même sérieuse. Le sous-officier avait fait le choix de ne pas retirer la flèche, il ne savait comment s’y prendre et craignait d’aggraver la situation déjà peu reluisante. Il s’appliqua à lui verser un peu d’eau à lui aussi mais le garde recracha tout avec un gargouillement étrange. Une deuxième salve de crachats suivit aussitôt mais cette fois-ci ce n’était plus l’eau trouble qu’Eofend avait tenté de lui faire boire mais un liquide chaud et vermeil : du sang.   Le sergent réprima un haut-le-coeur et fit inconsciemment un pas en arrière : le temps pressait plus que jamais. Il agita son outre pour en estimer la quantité de liquide qu’il y restait: pas plus de quelques gouttes pour le dernier des blessés. Il fronça des sourcils, l’Isengard n’était plus très loin mais le manque d’eau n’était jamais un très bon signe lorsque l’on entreprenait un tel voyage sous le soleil de plomb qui faisait jaunir l’herbe des plaines.

 L’antipathique capitaine était le dernier homme qu’il avait amené avec lui mais pour lui peu d’espoir semblait permis. Son visage était entièrement calciné et ses traits à peine reconnaissables; Eofend avait même dû analyser son armure pour l’identifier. Du sang suintait de tous les pores de sa face, les poils  qui restaient étaient complètement brûlés, les lèvres gonflées étaient ouvertes en de nombreux endroits, son nez se résumait à un amas de cartilage, des trous parsemaient sa peau laissant entrevoir des dents noircies et les os du visages entrecoupées de fragment de chair grillé et l’oeil qu’il lui restait était entièrement injecté de sang. L’officier émettait en continu un râle provenant d’un autre monde. En l’avisant Eofend ne sut pas trop comment il pouvait s’y prendre pour lui donner un peu d’eau: pouvait-il seulement encore ingurgiter quelque chose?  D’ailleurs le sous-officier allait-il pouvoir supporter cette vision d’horreur quasiment insoutenable? Sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, des larmes se mirent à couler le long de ses joues sales et allèrent se perdre dans sa barbe. Flancher devant un tel spectacle qui disait toutes les horreurs dont les humaines étaient capables de s'infliger n’avait rien de déshonorant pour le fier guerrier rohirrim. Quand bien même la victime aurait été la pire ordure du monde, il aurait été impossible de ne pas la prendre en pitié. Mais Eofend avait aussi été témoin du courage dont cet officier, qu’il avait honni jusque là, avait fait preuve face à la Mort; il avait combattu sans calculs, soutenu ses hommes et vendu chèrement sa peau jusqu’à ce que la cruauté humaine  ne consume sa bravoure. A présent il avait perdu son visage, son identité, ce qui faisait de lui un être humain; il n’était plus qu’une ombre bipède dépourvu de toute vie. Eofend en venait même à espérer pour lui qu’il succombe à ses blessures car y survivre serait probablement pire. Vivre ainsi ne serait-il pas le pire des châtiments ?

Alors, au loin, le sous-officier de la garde Royale distingua une troupe de cavaliers soulevant un amas de poussière sur leur sillage  qui s’approchait à une vitesse effarante de leur position. Il posa instinctivement la main sur son épée, il craignait une nouvelle compagnie de malfaiteurs, peut être même des complices du groupe précédent qui serait revenu pour finir le travail. Cela était certes peu probable voire illogique mais voilà bien longtemps que toute logique avait abandonné ces terres et l’esprit du guerrier. Au vu de leur nombre qui semblait dépasser la dizaine, Eofend et ses compères inaptes au combat ne pourraient rien faire en cas d’intentions hostiles. Mais en plissant les yeux il put distinguer un étendard rohirrim ainsi que les armures caractéristiques de son peuple et se permit de lâcher un soupir de soulagement; il n’était pas sorti d’affaire mais pour une fois qu’une chose ne se passait pas de la pire manière imaginable dans cette journée était un peu réconfortant.

 Il attendit donc que la patrouille arrive à leur hauteur pour  former le cercle de lances caractéristiques des cavaliers de la Marche. Précaution quelque peu inutile compte tenu du niveau zéro de menaces que représentait cette bande d’invalides. A mesure qu’ils s’étaient approchés, Eofend avait aperçu l’étendard vert flanqué des armoiries d’Orthanc: ces hommes venaient d’Isengard, c’était la Garde Verte. Leur chef, lui aussi sergent, fit avancer sa monture de quelques pas à l’intérieur du cercle et avisa le groupe particulier avec qui il traitait.  Son regard suffit pour formuler les questions que tous ses hommes se posaient.

“Je suis le sergent Eofend de la Garde Royale. Le Vice-Roi nous a envoyé pour une mission à travers les plaines mais nous sommes tombés dans une embuscade. Ces trois hommes sont grièvement blessés et ont besoin de soins au plus vite.”

 Le regard du sergent du Roi s’attarda sur les trois silhouettes embarquées sur une des montures; quand il aperçut le visage calciné du capitaine une expression de surprise horrifiée traversa furtivement ses yeux avant qu’il ne focalise à nouveau prestement son attention sur un Eofend suppliant. Dépossédé de sa cape, le sergent de la Garde pouvait néanmoins compter sur son armure caractéristique à sa faction pour prouver qu’il disait vrai.

“Je vous en prie ,
implora le sous-officier, ils ont besoin d’aide au plus vite! Je répondrai à toutes vos questions et vous expliquerai tout dans les moindres détails en Isengard mais maintenant nous n’avons pas le temps pour cela.”

 L’autre sergent paraissait hésitant, sa langue passa rapidement sur ses lèvres et son regard alla de la droite vers la gauche, comme s’il cherchait la marche à suivre chez ses hommes qui demeurèrent silencieux. Le Garde Royal était quelque peu anxieux, il avait été presque totalement honnête mais il savait ce que les egos des officiers pouvaient provoquer dans l’armée. Leur expérience avec  le Capitaine, celui là même qu’Eofend s’évertuait à sauver, durant les jours passés en était l’illustration parfaite.

Finalement une nouvelle observation des pauvres hères entassés sur ce cheval finit par pousser l’homme du Roi à prendre une décision.

“Et nous ne laisserons pas nos frères agoniser au milieu de  ces plaines brûlantes. Sa Majesté vous offrira son hospitalité.”

D’un geste, il ordonna à trois de ses hommes de prendre chacun en charge un blessé avec eux sur leur destrier pour le trajet, délestant ainsi la pauvre bête à bout de forces qui avait supporté leur charge jusque là. Le sergent d’Isengard tendit alors son avant bras à Eofend qui venait de se remettre en selle et qui le serra avec allant comme le voulait la tradition dans l’armée.

“Sergent Dervenn de la Garde Verte.
-Sergent Eofend de la Garde Royale; vous êtes envoyés par le ciel mon ami, si ces hommes survivent alors vous y serez pour beaucoup.
-Quiconque l’aurait fait. A présent…”


Dervenn se tourna vers le reste de ses cavaliers, tous vêtus d’une longue et soyeuse cape olive sur laquelle figurait l’emblème d’Orthanc, et leva le bras.

“Vers l’Isengard! Au galop! Yah!”


  Il éperonna sa monture et fut bientôt imité par les autres soldats qui suivirent leur supérieur à la trace.


 Moins de deux heures de chevauchée plus tard, ils pénétrèrent à l’intérieur du domaine d’Isengard où stationnait une quantité importante de soldats. Logique au vu de la présence du Roi Fendor dans le périmètre. Cependant, contrairement à ce qu’il s’attendait, la forêt de Fangorn y régnait toujours de manière aussi impériale. Aucune partie ne semblait avoir été récemment déboisée et les campements étaient disséminés à travers les zones naturellement plus dégagées aux abords d’Orthanc ou même des petites clairières au milieu des bois. D’un naturel peu superstitieux, Eofend ne s’était cependant jamais vraiment senti à l’aise ici. On racontait beaucoup de choses au sujet de cette région et du rôle qu’elle avait jouée durant l’ ge précédent; une aura mystérieuse et inquiétante se dégageait des arbres millénaires de Fangorn. Peut-être l’un d’eux pouvait se mouvoir et parler, il avait entendu beaucoup de récits au sujet des Ents et des rumeurs qui parcouraient le royaume parlaient d’un arrangement que ces êtres légendaires auraient passé avec le Roi de la Marche concernant l’Isengard, là était peut-être la raison du non déboisement. Pendant longtemps le sous-officier avait douté de l’existence de ces créatures mythiques et même aujourd’hui qu’il s’était fait une raison au sujet de leur existence, il se demandait vraiment si ils étaient des êtres aussi exceptionnels que dans les contes qu’il l’avaient passionné.

 Ils continuèrent jusqu’aux abords d’Orthanc, immense pilier fondateur qui semblait tout droit sortir des profondeurs de la terre et écrasait de son envergure tout le domaine. Sa silhouette sombre et élancée avait quelque chose de menaçant et une nimbe malfaisante s’échappait de ses cornes sommitales. La magie noire de Saroumane le Blanc continuait-elle de hanter ces corridors? Les sous-sols qui avaient jadis abrité l’armée de la Main Blanche étaient-ils nettoyés de toute puissance maléfique? Quelle étrange lieu de résidence pour un monarque du Rohan! Si éloigné de son peuple, si différent des standards rohirrim, si tourmenté à travers l’Histoire. Eofend préférait clairement Edoras à cet endroit comme capitale du royaume et il se demandait ce qui avait bien pu pousser Fendor et son entourage à élire domicile ici. C’était certes un lieu stratégique de par sa proximité avec la Trouée mais cela ne pouvait pas tout expliquer : il devait  y avoir une autre raison.

 Le sergent fut tiré de ses pensées par Dervenn qui lui désignait du doigt une longue et basse bâtisse en pierre surmontée d’un toit de chaûme à quelques centaines de mètres de la tour d’Orthanc surmontée d’un fanion royal qui flottait au vent. L’endroit paraissait assez bancal et peu confortable.

“Voici l’infirmerie ou du moins le bâtiment temporaire. L’informa l’homme de la Garde Verte. Nous ne voulions pas l’installer à l’intérieur de la grande tour et avons donc entamé la construction d’un réel bâtiment en dur un peu plus loin. Nous allons y amener les blessés mais n’ayez pas trop d’espoirs, vos gars sont sérieusement touchés et nous manquons de médecins qualifiés.”

Eofend n’eut pas le coeur de répondre et contenta de suivre le triste cortège vers la chaumière. Des infirmières postées à l’entrée se chargèrent d’accueillir les blessés et de leur trouver un couchage avant qu’on ne leur prodigue des soins. L’une d’entre elles, une femme corpulente et plutôt âgée, avisa Eofend.

“Eh! Vous aussi il va falloir songer à vous faire réparer, si vous continuez à perdre du sang de la sorte vous risquez d’avoir des soucis.”


Le garde royal baissa les yeux vers la blessure qu’un bandit lui avait infligé au flanc avec sa dague et qui s’étaient ajoutés aux multiples brûlures qu’il avait subies en traversant les flammes.


“Occupez vous d’abord de ceux que la Mort est sur le point de prendre. Je peux encore att…
-Non mon ami!
lui fit alors calmement mais fermement Dervenn. Faites vous soigner rapidement et prenez du repos tant que vous le pouvez, nous risquons d’avoir besoin de vous dans les jours à venir. Je reviendrai très vite vers vous sergent Eofend.”

Après un dernier salut de la tête, le cavalier de la Garde Verte fit volte-face et prit la direction d’Orthanc laissant Eofend et ses hommes aux mains de guérisseurs dont le niveau de compétence n’avait pas réellement été garanti par son interlocuteur. Le garde royal lança un dernier regard en direction de la tour avant de pénétrer à contre coeur dans l’infirmerie en lâchant un soupir: il n’aimait pas cet endroit et pourtant il risquait d’y passer un bon moment.



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Learamn
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Jeu 23 Nov 2017 - 0:31





“Attention serrez les dents ça risque de piquer.”

Sans attendre une seconde de plus l’infirmière versa la totalité du liquide contenu dans son flacon en verre sur le flanc blessé d’Eofend qui, surpris, lâcha un long cri de douleur ainsi qu’une série de jurons qui ne seraient jamais sortis de sa bouche en temps normal.

“Mais vous êtes complètement folle!
-Ouais on m’dit souvent ça mais j’vous avais prév’nu moi. ‘Faut bien désinfecter.”

Le sous-officier préféra ne pas ouvrir le débat autour du mot “parcimonie” et marmonna quelques excuses après son emportement mais visiblement la vieille dame qui l’avait pris en charge ne semblait pas si offusquée, comme s’il était habitué à ce genre de comportement.  Eofend n’avait pas hérité du meilleur guérisseur disponible  ce qu’il avait d’ailleurs expressément ordonné au vu de l’état de ses compagnons qui se trouvaient tous entre la vie et la mort.  Il s’enquérait fréquemment au sujet de ses hommes blessés auprès du personnel qui bien souvent se contentait de hausser les épaules en ajoutant presque par dépit “ Nous faisons tout notre possible sergent…” Il avait tout de même appris que l’on avait retiré la flèche fichée dans la poitrine d’Halgor sans aggraver la plaie  béante ce qui représentait déjà une petite victoire mais rien n’était encore assuré. Plus loin, au fond du bâtiment, on avait placé des rideaux autour du dernier lit sur lequel le capitaine reposait; les infirmiers allaient et venaient sans  cesse, une expression tantôt désespérée et tantôt écoeurée sur leurs visages fatigués.  Si jamais le pauvre officier était amené à survivre alors il porterait à jamais la marque de ce massacre en règle; les brûlures faciales qu’il avait subi n’étaient pas réparables, ses traits calcinés et déformés ne devaient plus avoir grand chose d’humain.

L’infirmière, qui s’était entre temps éclipsée pour quelques secondes, revint avec un long bandage en coton pour compresser la blessure  de son patient, ce qu’elle fit avec une délicatesse toute relative qui arracha à Eofend un nouveau grognement de douleur. Le pansement était si serré que le sous-officier avait désormais du mal à respirer convenablement; il s’efforça de garder son calme et signala poliment son gène; la vieille dame fit mine de réajuster le tout sans que le pauvre blessé ne ressente aucune différence.  

Il but quelques gorgées d’eau qui avait un étrange goût amer et se redressa sur sa couche sous le regard réprobateur de l’infirmière qui ne décida toutefois pas d’intervenir, sûrement son meilleur choix jusqu’ici.

Soudain une voix faible mais néanmoins familière monta alors aux oreilles d’Eofend:

“Sergent…”


Celui-ci tourna la tête et aperçut un peu plus loin à sa gauche Méared qui le regardait, les paupières entrouvertes. Il n’était clairement pas “en bon état” mais les guérisseurs avaient fait un travail remarquable en traitant au plus vite ses blessures avant de lui redonner quelques forces.

“Méared! Comment te sens tu?”


La question était clairement stupide, cela ne pouvait pas aller bien mais il n’avait rien trouvé de mieux à lui dire.

“Sergent…
.répondit le jeune garde , il faudra parler au capitaine Learamn.
-Au Capitaine?
- Oui...je crois qu’à présent on la mérite enfin notre prime spéciale.”

Les traits de Méared se tordirent alors étrangement pour former quelque chose qui se rapprochait de ce petit sourire espiègle qu’il affichait constamment. Eofend sourit à son tour, heureux de retrouver celui qu’il avait pensé perdu à jamais . L’heure n’était certes pas aux calembours  mais le sergent ne pouvait refuser une lueur d’humanité après tant de barbarie.

 Eofend conseilla ensuite au jeune homme de prendre du repos, il ne se fit pas prier et se laissa mollement retomber dans son oreiller. C’est alors que le sergent Dervenn fit irruption dans la grande salle, se dirigeant d’un pas leste vers le Garde Royal. Quand le soldat de la Garde Verte fut arrivé à sa hauteur , Eofend se redressa et les deux hommes se saluèrent chaleureusement.

“Comment les choses évoluent-elles?
-Bah...moi je n’ai pas grand chose à craindre mais je m’inquiète surtout pour mes gars, c’est sérieux ce qu’ils ont.
- Puissent les Valars guider les mains de nos guérisseurs.”

Eofend se renfrogna quelque peu, cela faisait plusieurs fois que le soldat du Roi faisait référence aux Valars, ces êtres que l’on disait supérieurs , voire créateurs mais dont la majorité des personnes, y compris le sergent d’Isengard, n’en connaissait rien et d’ailleurs ne s’en souciait pas tellement. La même chose dont il était certain c’était que les Valars ne leur avaient pas été d’un grand secours jusque là. Certaines personnes avaient besoin de se référer à des divinités supérieures pour se donner de l’espoir, une raison d’avancer; Dervenn faisait manifestement partie de cette catégorie au contraire d’un Eofend beaucoup plus sceptique sur la question. De toute façon ils en savaient bien trop peu tout deux pour être en mesure de lancer un débat sur le sujet.

“Je suis venu vous informer qu’une compagnie est sur le point de partir vers le lieu où les combats se sont produits.  Nous allons nettoyer tout ça et récupérer nos morts.”

A ces mots, le Garde Royal se leva de son lit et après avoir légèrement chancelé se tint droit devant son interlocuteur.

“Alors j’irai.”


Dervenn ne semblait qu’à moitié surpris par la demande de son frère d’armes comme si en venant ici il avait secrètement  espéré une telle réaction à l’annonce de cette nouvelle. Il tenta tout de même de s’opposer de manière peu convaincante :

“Mais c’est que vous êtes…
-Blessé? Croyez moi si vous appelez ça une blessure je ne peux rien pour vous.  J’ai perdu presque tous mes hommes là-bas et vous croyez que ce sont quelques gouttes de sang perdues qui vont m’empêcher de leur rendre un dernier hommage?”

Il n’en fallait pas plus pour convaincre le soldat du Roi, qui hocha la tête en signe d’approbation.

“Je comprends Sergent, malheureusement la décision finale n’est pas de mon ressort. Il vous faut parler au Capitaine Osgarsson.
-Je ne demande que cela.”


Avec un petit sourire amical, Dervenn lui fit signe de le suivre. Ils sortirent de l’infirmerie en faisant fi des protestations de la vieille aide soignante qui refusait de voir son patient partir ainsi et se dirigèrent vers l’entrée du camp où un petit groupe de cavaliers s’étaient rassemblés et attendaient visiblement des retardataires avant le signal du départ. Parmi eux deux porte-étendard affichaient fièrement les armoiries d’Orthanc et de l’Isengard. D’un côté cela était normal, les différentes compagnies militaires du Rohan avaient toujours affiché leur appartenance à telle ou telle région en même temps que leur allégeance au royaume. Mais d’un autre côté,  pour le cas de la Garde Verte d’Isengard les choses apparaissaient quelque peu différente depuis l’installation du jeune roi en ces terres. C’était comme si cette faction s’était complètement dissociée du reste de l’armée pour créer un corps militaire indépendant ayant fait scission avec l’autorité centrale d’Edoras, en soi il n’y avait rien d’alarmant mais quelque chose dans ce patriotisme exacerbé et mal placé gênait Eofend qui se retint cependant de tout commentaire.

“Capitaine! Capitaine!
Appela plusieurs fois Dervenn jusqu’à ce qu’une silhouette monté sur un majestueux cheval ne tourne la tête.
-Qu’y a-t-il sergent?
répondit l’officier d’un ton dur mais dénué de tout dédain ou méchanceté.
-Le sergent Eofend de la Garde Royale ici présent désire se rendre sur les lieux du carnage à nos côtés et…
-La Garde Royale ah….intéressant.”
coupa Osgarsson en portant son attention sur le blessé qui accompagnait son subordonné.

En prononçant les mots “Garde Royale”, le capitaine eut un rictus peu avenant qui indiquait clairement des antécédents et de mauvais souvenirs.

“Vous êtes un des hommes de main de Mortensen alors? A priori, un  soldat d’expérience répondant aux ordres d’un jeune loup catapulté officier supérieur…”


Eofend garda son calme malgré la provocation sans équivoque, il avait une requête et il s’agissait de ne pas tout saccager en réagissant de façon stupide.

“Mon Capitaine, je désire seulement rendre un dernier hommage à mes hommes qui sont tombés pour leur royaume. Je vous en supplie , vous savez ce que c’est de perdre des hommes, j..”


Osgarsson le coupa d’un geste de la main et Eofend crut bien y voir un refus catégorique.

“Inutile de palabrer sergent! Vous venez avec nous mais je compte sur vous pour ne pas nous ralentir.”

Il fixa Eofend d’un regard autoritaire.

“ A notre retour j’aurai quelques questions à vous poser et je vous conseille d’y répondre si vous voulez continuer  à jouir de l’hospitalité de notre souverain.”

Sans un mot de plus le capitaine fit éloigner sa monture et prit la tête du groupe. Au moins Eofend avait obtenu ce qu’il voulait, pas de la manière la plus attendue mais peu importait. Dervenn lui tendit les rênes d’un cheval rapidement dépêché pour le garde royal,  ce dernier l’enfourcha prestement et la petite compagnie partit vers le sud. Les deux sergents chevauchaient côte à côte en queue de peloton.

“Un sacré caractère votre capitaine non?”
fit Eofend d’un ton faussement innocent.

Le sous-officier de la Garde Verte esquissa un sourire.

“Ce n’est pas le plus tendre des supérieurs que j’ai servi c’est vrai mais c’est un homme juste et un guerrier valeureux totalement dévoué au Roi. Ce n’est pas le genre de capitaine avec qui vous vous mettrez à plaisanter mais croyez-moi il ne vous lâchera jamais pour peu que vous vous montrez loyal.  Il est connu sous le nom de “La Lice”, le rempart du Rohan  ; il est prêt à tout donner pour défendre son pays. En Isengard il est considéré comme l’un des meilleurs officiers des troupes de Sa Majesté. ”

Le Garde Royal assimila tant bien que mal les informations, ce capitaine lui avait fait bien mauvaise impression quelques minutes auparavant mais il le savait, parfois les apparences étaient trompeuses. L’autre capitaine qui attendait la mort à l’infirmerie en était le meilleur exemple: si irritant durant toute la mission avant de prouver sa véritable valeur lors d’une lutte désespérée. Si ce que disait Dervenn était vrai alors “la Lice “ était peut être un homme de confiance.

Le trajet dura de longues heures sous un soleil de plomb à travers les plaines du Riddermark. A mesure qu’ils s'éloignaient d’Isengard, de son climat frais et de sa végétation luxuriante; alors l’air devenait de plus en plus sec, l’herbe de plus en plus jaune et la faune de plus en plus rare. Depuis la fin de l’hiver, une chaleur étouffante était tombée sur le Rohan durant de long mois ; ces dernières semaines il y avait bien eu quelques signes d’amélioration mais le climat était encore loin d’être idéal pour l’activité agricole. Il se disait même que certains éleveurs avaient même décidés de faire migrer leur troupeau vers les territoires nains faute de pâturage.  Pour Eofend qui n’était même pas encore convalescent le voyage fut douloureux mais sa fierté  personnelle l’empêcha d’émettre la moindre plainte et il se contenta de serrer fortement les dents.

Au bout de quelques heures ils eurent la confirmation qu’ils avaient faite bonne route: une nuée de corbeaux noir de jais s’élevait au loin au sommet d’une colline encore fumante. Visiblement gêné par l’odeur de brûlé, la Lice fronça les sourcils avant de faire signe à ses hommes de se diriger vers la fameuse butte. Eofend reconnaissait parfaitement l’endroit. Comment l’oublier?  Alors qu’ils s’approchaient des lieux, le rythme cardiaque du sergent accéléra considérablement et il fut parcouru d’un frisson comme s’il craignait de découvrir ce qu’il y avait là bas. Pourtant il le savait déjà: la mort et le chaos.  En effet, le spectacle n’était pas beau à voir; des corps étaient éparpillés ça et là sur le sol calciné, tordus dans d’étranges positions. Certains étaient carbonisés, d’autres criblés de flèches ou morcelés. De larges traînées de sang coloraient le paysage d’une teinte grenat sombre. Les charognards ailés qui s’étaient déjà attablés furent chassés par la Garde Verte à grands moulinets d’épées.  En voyant les premiers cadavres Eofend eut un haut-le-coeur et manqua de chuter,  ayant remarqué son malaise Dervenn lui posa une main sur l’épaule pour lui manifester son soutien. L’intention était belle mais le soutien moral ne suffisait pas à cicatriser d’aussi profondes blessures.  Face à ce macabre décor la Lice resta de marbre, aucune émotion n’apparaissait sur son visage; le capitaine ferait ce qu’il avait à faire sans laisser ses sentiments interférer. Il avait toujours fonctionné ainsi et c’était cela qui lui avait permis de se faire respecter dans la hiérarchie.

“Brûlez les corps des brigands et récupérez ceux des nôtres!”


Les hommes mirent pied à terre et s’attelèrent à cette tâche de croquemort sans broncher. Ils passaient de macchabée en macchabée pour déterminer s’il s’agissait de l’un de leur frère d’armes ou non puis ils s’y prenaient le plus souvent à deux pour soulever le corps pour soit l’entasser sur la charrue destinée aux cavaliers tombés soit dans le brasier naissant qu’on avait allumé pour les bandits. Eofend déambulait au milieu de cette agitation comme un zombie, le regard fixé vers le sol à la recherche de visages connus et amis. Deux soldats passèrent devant lui, portant un corps qu’ils avaient l’intention de mettre au feu.

“Attendez!
les héla le Garde Royal.
-Qu’y a-t-il? fit l’un des deux hommes interrompu.
-Cet homme c’est l’un des nôtres, ramenez son corps avec les autres.”

Les deux hommes hésitèrent.

“Vous en êtes sûr Sergent? Il ne ressemble pas à un cavalier.
-Car ce n’en est pas un, c’est un pisteur que nous avons engagé pour nous aider à suivre les traces des bandits. Il est valeureusement tombé en se battant à nos côtés.”


Il avait reconnu les traits de Starfol dont les yeux vides s’étaient écarquillés dans les derniers instants de sa vie. Une quantité immense de sang s’était échappé de sa gorge tranchée et avait inondé ses vêtement déjà sérieusement becquetées par les oiseaux. Le pauvre homme avait juste était engagé pour une petite mission qu’on avait qualifié de “sans danger” en échange d’une petite bourse qui lui garantissait quelques mois d’existence pour lui et sa famille. Sa femme qui l’imaginait à cette heure encore fringant en train de mâchonner sa pipe en faisant quelques bons mots ne le reverrait plus jamais rentrer. Les deux hommes haussèrent les épaules et changèrent de destination pour déposer le corps du pauvre chasseur dans la charette.

L’opération dura plus d’une heure durant laquelle Eofend tâcha d’identifier tous les morts rohirrim, il ne parvenait toujours pas à mettre un nom sur les cadavres ; parfois car il ne connaissait tout simplement pas assez le cavalier d’autres fois car les visages étaient trop déformés pour être identifiables.  Ce dont il était cependant presque sûr c’est que Bryhn n’était pas ici; il aurait reconnu la carrure de ce brave colosse entre milles. Une infime lueur d’espoir réchauffa le coeur du sergent; et si il avait survécu et était parvenu à s’échapper de la mêlée pour aller trouver refuge? Les chances de survie d’un homme blessé et probablement sans montures étaient minces dans cette partie reculée du royaume où les hameaux étaient rares et dispersés mais au moins avaient-elles le mérite d’exister.
L’odeur du charnier humain devenant de plus en plus insupportable, le capitaine donna l’ordre de quitter les lieux. Tout le monde remonta à cheval et la troupe se remit en route vers Orthanc.

Après quelques minutes de chevauchée la Lice fit signe du doigt à Eofend de s’approcher, ce que ce dernier fit à contrecoeur. Visiblement l’heure de l’interrogatoire avait été avancée.

“ Sergent... Eofend, c’est bien cela?
-Oui mon capitaine.
-Dites-moi sergent, qui sont ces hommes capables de massacrer une compagnie entière de cavaliers du Rohan?
- A vrai dire nous n’en savons rien; nous pensions poursuivre de simples cambrioleurs pas des guerriers parfaitement organisés.
-Des cambrioleurs? Depuis quand la Garde Royale se charge de poursuivre les auteurs de petits larcins?
-Nous avons reçu un ordre de mission, je me suis contenté de l’appliquer sans discuter. Vous savez comment cela fonctionne mon capitaine.
-En effet je le sais…”


Mis à part la petite remarque moqueuse concernant l’affectation des Gardes Royaux, Osgarsson semblait hautement préoccupé  par cette histoire et il s’évertuait donc à extraire d’Eofend tout ce qu’il en pouvait. Il poursuivit

“Mais je sais aussi que Mortensen n’enverrait pas sa garde rapprochée si loin d’Edoras sans une très bonne raison. Une raison personnelle sinon il aurait pu simplement ordonner à des compagnies régulières de s’en charger. Il avait besoin d’hommes qui lui étaient loyaux.
-Il est  le Vice-Roi, nous devons tous lui être loyal.
-Bien entendu sergent....Dites-moi sincèrement que transportaient-ils?”


Face à l’hésitation d’Eofend, la Lice insista:

“Répondez sergent! C’est un ordre!”


Le garde royal serra les poings autour de ses rênes ; il venait de recevoir un ordre clair et direct de la part d’un supérieur et l’insubordination ne pouvait entrer en ligne de compte à ses yeux. Eofend avait toujours placé le respect hiérarchique comme une des valeurs suprêmes dans l’armée et dans le cas présent l’équation était élémentaire: Osgarsson était capitaine, lui sergent. Ce qui se passerait au dessus et plus tard n’était pas censé influer le comportement du sous-officier qui se retrouvait donc dos au mur.

“Ces hommes ont réussi à pénétrer dans les Caves d’Or d’Asthrabal le Bourgeois et y dérober…
-Des artefacts…”


Les yeux de la Lice s’illuminèrent un court instant et il passa machinalement la main dans sa barbe parfaitement taillée d’un air satisfait.

“C’est donc cela que vous deviez lui ramener….Intéressant. Sa Majesté le Roi avait elle été préalablement mise au courant de la tenue de cette opération?

-Cette question ne relève pas de ma compétence mon capitaine, je l’ignore.”

Si ,effectivement, il n’en savait officiellement rien Eofend était parfaitement au courant que le Vice-Roi n’avait pas pris le temps d’alerter l’Isengard avant de lancer l’opération, il avait fallu agir au plus vite pour rattraper ces bandits et de longues tractations avec les proches du Roi auraient sapé toute chance de succès. Le sergent en avait déjà trop dit à son goût et il passa donc ce “détail” sous silence sans réellement mentir.

“Bien...Merci vous pouvez disposer sergent.”



La troupe arriva à destination peu après la tombée de la nuit. On plaça les cadavres  dans des cercueils en bois que l’on parqua à la morgue en attendant l’enterrement qui devait être organisé sous peu. La Lice revint alors vers Eofend et lui fit d’un ton plus clément qu’auparavant.

“Je vous informerai au sujet de leurs obsèques dès que les choses seront décidés. En attendant prenez du repos; ce fut une dure journée pour vous.”  


Le capitaine tapota alors l’épaule de son subordonné quelque peu surpris de ce geste amical venant d’un homme qui s’était montré si cassant quelques heures plus tôt. Mais Eofend était bien trop épuisé et secoué pour continuer à réfléchir à ce sujet là, il décida donc de retourner à l’infirmerie pour y trouver le sommeil.


--------------------------------------------------------

Deux jours se passèrent sans que les choses n’évoluent de manière notable. Eofend récupérait peu  à peu , Dervenn était venu l’informer que les funérailles des guerriers tombés auraient lieu le lendemain,  Méared avait bien meilleure mine et parvenait même à rester conscient plusieurs heures d’affilée tout en ayant une conversation cohérente, l’avenir d’Halgor était toujours incertain et aucune nouvelle n’avait fuité sur l’état du capitaine au visage brûlé, à priori il était encore vivant puisque les guérisseurs s’affairaient toujours autour de son lit mais on n’en savait rien de plus.
Ce matin là, Dervenn se rendit à l’infirmerie pour prendre nouvelles des gardes royaux; Eofend déjà éveillé malgré l’heure lui partagea son envie de se dégourdir un peu les jambes.

“Dans ce cas là que diriez vous de visiter un peu les lieux comme vous risquez de passer un moment par ici? J’ai un peu de temps devant moi, je pourrais vous servir de guide.”

Les deux sous-officiers sortirent donc de la baraque en ignorant une fois de plus les protestations de la vieille dame du personnel et se mirent à marcher dans le camp. Dervenn lui présenta les lieux les plus importants ainsi que d’autres curiosités de l’endroit, ils poussèrent la visite jusqu'à Orthanc où résidait le cercle restreint des proches du Roi Fendor. Ils se dirigèrent vers les barrières naturelles qui offraient une protection efficace et durable au fief du monarque, c’est là qu’ils aperçurent un groupe de cavaliers qui venait vers le campement. En plissant les yeux, Eofend put distinguer deux fanions: l’un portait les armoiries du Château d’Or ,  l’autre celles de la guilde des guérisseurs du royaume.  Le coeur du sergent s’emplit alors d’une chaude joie qui lui arracha un large sourire. Face à l’incompréhension de Dervenn, le garde royale tenta de lui expliquer les choses sans grand succès.

“Il a réussi! Théomer a réussi! Fantastique! C’’est Meduseld qui nous envoie de l’aide!”


Les compétences des guérisseurs qui officiaient au palais et les moyens dont ils disposaient étaient bien supérieurs à ceux qui se trouvaient ici, si seulement le Vice-Roi avait dépêché ses meilleurs éléments pour venir secourir à ses hommes. Dame Aelyn n’avait sûrement pas pu se déplacer à cause de son statut important et de sa grosses mais il y a avait d’autres professionnels émérites que le sergent espérait voir dans ce groupe.

L’espoir était peut-être permis.



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Learamn
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Ven 10 Aoû 2018 - 16:58
Le groupe qui s’approchait à vive allure de l’entrée de l’Isengard ne devait pas compter plus d’une vingtaine d’hommes rapidement dépêché depuis Edoras. Leur nombre n’était certes pas impressionant mais l’espoir qu’il rapportait avec eux était immense pour Eofend car leur arrivée signifiait plusieurs choses. Déjà il était quasiment certain que Théomer avait survécu à son éprouvant périple et que sa voix avait été entendue par les autorités , sûrement que  la cape que le sous-officier lui avait confié avait joué  un rôle important. Il y avait donc de bonnes raisons de croire que le Vice-Roi Mortensen et le capitaine Learamn étaient désormais au courant du carnage qui avait eu lieu dans le Pelennor et réfléchissaient à un plan d’action. Enfin, la présence du fanion de la guilde des guérisseurs qui flottait fièrement au vent juste à côté des armoiries du Château d’Or avait de quoi rassurer, les infirmiers qui se trouvaient sur place étaient dévoués à leur tâche mais leur savoir-faire ainsi que le matériel dont il disposait ne pouvait rivaliser avec celui des guérisseurs de la capitale historique du royaume.  Aussi vite que ses membres meurtris le lui permettaient, Eofend, suivi de près par Dervenn, courut vers le poste de garde vers lequel les nouveaux arrivants se dirigeaient pour pouvoir pénétrer dans l’enceinte du bastion royal.  Les soldats en poste avait remarqué depuis un moment l’arrivée des cavaliers et s’étaient déjà apprêtés à les contrôler et les questionner même s’ils ne semblaient pas particulièrement alertes ou inquiets. De toute évidence les hommes qui arrivaient n’étaient pas animés de mauvaises intentions. Toutefois Eofend ne put retenir un soupir agacé lorsqu’il vit la silhouette solide de la Lice qui donnait ses directives près du passage d’entrée; l’officier de la Garde Verte avait donc été rapidement mis au fait de l’arrivée de visiteurs et se chargeait personnellement de l’accueil. Et avec Osgarsson les premiers contacts n’étaient jamais extrêmement chaleureux cependant l’officier restait, malgré sa sévérité, un homme juste et réfléchi et le Garde Royal espérait que la Lice puisse comprendre rapidement l’arrivée de ces guérisseurs. Un bref regard échangé avec Dervenn rassura définitivement le Garde quant à l’issue des évènements.


“Halte! Qui va là?”
cria l’un des gardes au groupe qui était arrivé à leur niveau.

Les cavaliers arrêtèrent alors net leur course et une voix bien familière à Eofend s’éleva alors.

“Je suis le sergent Bodvar de la Garde Royale, nous avons été dépêché depuis Edoras par ordre du Vice-Roi Mortensen pour nous rendre ici au plus vite.”

La présence de Bodvar réjouit grandement Eofend, c’était typiquement le genre de personne que l’on voulait avoir à ses côtés en ces temps compliqués. Si la décision d’envoyer un membre de la Garde avait été motivée par le besoin de s’enquérir sur l’état des blessés, le choix de Bodvar était bien judicieux tant  ses talents de négociateur, son sens du compromis et son charme naturel qui inspirait la confiance s'accordaient à ce genre de situation  délicate où de stupides rivalités entre différentes factions pouvaient refaire surface.
La Lice, qui n’était visiblement pas encore tombé sous le charme du nouvel arrivant, s’avança et demanda d’un ton abrupt :

“Et quelle raison amène donc une patrouille d’Edoras sur les terres d’Isengard?
- Nous avons appris la présence de Garde Royaux grièvement blessés ici et son éminence Mortensen nous a demandé d’escorter  ces guérisseurs expérimentés jusqu’ici  pour soutenir ses hommes. Voici notre ordre de mission, mon Capitaine. “

La lice s’empara du parchemin que Bodvar lui tendait et le parcourut rapidement d’un air sévère. De toute façon, et même s’il n’osait l’avouer, il ne savait pas lire. Depuis son plus jeune âge Osgarsson avait reçu une éducation militaire et ni ses parents, ni lui par la suite n’avait jugé l’apprentissage de l’écriture nécessaire à sa carrière de soldat. Par contre le sceau en cire rouge du Vice-Roi était bien reconnaissable, à la vue de ce symbole un rictus dédaigneux anima furtivement la bouche de l’officier, seule émotion  qu’il laissa transparaître avant que son expression ne devienne incroyablement austère et indéchiffrable.

“J’en conclus donc que la Garde Royale considère que les médecins d’Isengard ne sont pas assez qualifiés pour traiter ses hommes.”
interrogea le capitaine.

Déstabilisé, Bodvar bafouilla quelques justifications maladroites  concernant le manque de matériel ; il fallait dire que le Garde Royale ne s’était pas attendu à rencontrer une telle inimitié à son égard.  Une voix se fit alors entendre depuis l’intérieur du groupe pour épauler un Bodvar un peu perdu.

“ Leur compétence n’est pas remise en compte Ansgar mais l’état des blessés est bien trop grave pour que tu puisses refuser notre aide.”


Visiblement surpris par cette intervention soudaine la Lice releva le regard à la recherche de l’homme qui venait de l’interpeller par son prénom même si au fond il savait déjà de qui il s’agissait, cette voix rassurante et soignante était reconnaissable entre mille.

Les cavaliers s’écartèrent alors pour laisser avancer celui qui avait osé intervenir qui fit lentement avancer sa monture. C’était un homme svelte mais dont l’élégance naturelle inspirait une certain forme de respect. Ses cheveux roux étaient soigneusement coiffés sur le côté tandis qu’une mèche rebelle d’un blanc éclatant tombait sur son front, ses traits étaient harmonieux et plonger son regard dans le sien avait quelque chose d’apaisant. Il était drapé d’un long et ample manteau de voyage couleur vert-bois et doté d’une doublure orangé. Cet homme contrastait avec tous les autres soldats d’apparence beaucoup plus robuste et rugueuse; ce n’était pas un guerrier mais un guérisseur.

Eofend mit quelques secondes à le reconnaître de là où il se trouvait mais son visage était bien connu de quiconque résidait à Edoras mais pas uniquement. Osgarsson, encore sous le coup de la surprise, révéla le nom de cet intrigant personnage dans un souffle à peine audible:

“Rihils…”




Rihils...Il y a certains noms qui à force d’histoires et d’exploits s’élevaient du monde ordinaire pour faire irruption dans le panthéon des légendes. Des mythes vivants dont la seule évocation nourrissait les histoire et fantasmes les plus fous; celui de Rihils n’était plus très loin d’en faire partie. Il était encore sûrement trop jeune pour connaître telle reconnaissance mais nul doute que cela viendrait un jour s'il continuait à multiplier les prouesses.Déjà dans certaines chaumières d’Edoras les mères aimantes désireuses de soulager les maux de leurs enfants prétextant connaître les secrets de fabrication des concoctions de Maître Rihils; ce qui avait le don de calmer presque instantanément les jeunes malades.  La réputation du guérisseur de Meduseld le précédait partout où il allait. Déjà considéré comme comme le meilleur médecin du royaume, sa renommée avait aussi atteint le Gondor et l’Arnor où l’on parlait de lui comme le “faiseur de miracles rohirrim”. Certains lui prêtaient même des pouvoirs magiques, seule explication plausible à ses capacités incroyables. Lui-même, bien au fait des cette réputation et de ces rumeurs, n’avaient d’ailleurs jamais démenti; se complaisant sûrement dans cette image de puissance et de surnaturel qui flattait son ego.

Mais visiblement la Lice ne connaissait pas Rihils qu’à cause de sa célébrité; les deux hommes semblaient très bien se connaître depuis un moment.

“Rihils bon sang!”


Osgarsson aurait voulu courir pour prendre le guérisseur dans ses bras, eux qui ne s’étaient plus vu depuis des années mais son statut ainsi que la situation présente l’empêchait bien de faire étal de l’amitié sincère et profonde qu’il éprouvait pour Rihils. Il s’efforça donc à rester stoïque et analyser la situation. Si le Vice-Roi avait décidé d’envoyer son meilleur guérisseur en personne c’est qu’il ne plaisantait pas. Pourtant le capitaine était toujours réticent à l’idée d’ouvrir les portes du bastion du roi Fendor aussi aisément à des émissaires de Mortensen qui se croyait déjà tout permis malgré son passé trouble.
Rihils fit approcher encore un peu plus son destrier et posa une main sur l’épaule de la Lice.

“ Ne laisse pas ton aversion pour Mortensen t’aveugler une fois de plus. Ansgar, ces hommes ont besoin de moi comme tu eus, un jour, aussi besoin de moi.”

L’officier sembla hésiter quelque secondes. Sans un mot, il s’écarta finalement du sentier et ordonna que l’on conduise les arrivants à l’infirmerie. Les cavaliers d’Edoras purent enfin firent irruption dans le domaine d’Isengard, déposer leurs effets et faire reposer leur monture. Eofend et Bodvar se saluèrent en se serrant respectivement les avants-bras, salut traditionnel de la Garde.

“Ah! Eofend content de te voir sur deux jambes, tu nous as rendu tellement inquiet. Le gamin que tu nous as envoyé est arrivé à Edoras dans un sale état et au début on a cru qu’il divaguait.
-Théomer a fait preuve d’un grand courage; comment se porte-t-il?
- Au moment où je suis parti il reprenait des forces à l’infirmerie ; il était encore sous le choc de ce qu’il s’était passé. D’après ces dires vous avez vécu l’enfer, sûrement dû à son jeune âge…
-Non Bodvar, c’était vraiment l’Enfer. En vingt ans de carrière je n’avais pas été pris au milieu d’un tel massacre crois moi.
-Wow...j’imagine que tu n’as pas particulièrement envie d’en parler alors je suis désolé.
- Mais nous sommes des soldats, l’horreur de la guerre c’est le salaire de notre vie après tout. “

Bodvar qui marchait au côté d’Eofend vers la bâtisse en bois qui servait d’hôpital s’arrêta alors net et fixa son frère d’armes avec un sourire empathique.

“Quoiqu’il en soit Eofend si tu as besoin de quelque chose: parler ou je ne sais quoi d’autre tu sais que je suis là. Je vais rester un moment ici; j’ai ordre de ne revenir à Edoras qu’avec les autres gardes royaux.”

Eofend fit un signe de gratitude de la tête et reprirent la direction de l’infirmerie, silencieusement cette fois là.

Rihils et ses collègues étaient déjà arrivés, guidé à par un Dervenn plus zélé que jamais. Ils étaient en train de déballer leurs effets et matériels. Dans les quelques sacoches qu’ils transportaient on trouvait de tout des onguents aux herbes en tous genres en passant par des outils de formes diverses et autres bandages spécifiques.
Bodvar se dirigea alors vers le légendaire guérisseur :

“Maître Rihils, permettez moi de vous présenter le sergent Eofend de la Garde Royale. Il commandait l’expédition qui a été prise en embuscade dans le Pelennor.”

Les deux hommes échangèrent une poignée de mains et Eofend ne put s’empêcher de faire remarquer que c’était un véritable honneur de pouvoir le rencontrer.

“Merci mon ami. A présent si vous pouviez m’exposer rapidement la situation…”

Tout en déambulant au milieu des couchettes disposées de part et d’autre du bâtiment , Eofend résuma rapidement ce qui s’était passé et l’état des trois blessés qu’il avait pu ramener avec lui. Si Méadred , encore faible, semblait hors de danger ce n’était pas le cas de Halgor et surtout du capitaine pour lesquels les médecins locaux n’avaient que peu d’espoir.

Rihils choisit donc d’examiner d’abord Halgor dont les rares moments où il parvenait à reprendre conscience était caractérisé par un réel manque de lucidité. Sans compter ses blessures graves au torse causé par la pointe dévastatrice d’une flèche. Le pauvre blessé était pour le moment inconscient et avait toujours un mal fou à respirer normalement.
Le guérisseur se pencha sur son patient pendant de longues minutes, analysant ses blessures, et tâchant de comprendre ses maux puis il conclut d’un air assez détaché malgré l’horreur des blessures.”

“Je pense être en mesure de le tirer d’affaire; il est très faible et aura sûrement des séquelles mais je crois pouvoir le sauver.”


Un sentiment d’immense soulagement emplit alors Eofend dont la nervosité n’avait fait que croître durant l’examen de Rihils. Décidément cette journée était propice aux bonnes nouvelles.

“Où est l’autre ?"
demanda alors Rihils en s’essuyant les mains.

Du doigt, le garde royal désigna le fond de la pièce où on avait installé le lit du capitaine meurtri derrière un  carré de rideaux épais.

“Mais pour celui là je ne pense pas que l’espoir soit trop permis.
fit remarquer Eofend
-Mon ami, je vous dis d’expérience que l’on ne sait jamais. Les plaies les plus impressionnantes ne sont pas forcément les plus insidieuses.”

Le guérisseur, sans plus attendre et en quelque sorte excité par ce nouveau défi écarta légèrement les rideaux pour s’approcher de l’officier blessé avant de les refermer derrière lui.

Alors il vit de quoi il en retournait.


Il vit mais ne comprit pas.

“Par les Valars!”



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Learamn
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Mer 21 Nov 2018 - 18:03



Un mort-vivant.  C’était sûrement le mot qui définissait le mieux la silhouette alitée qui faisait face à Rihils. Mort car sur son visage calciné, tous les traits caractéristiques qui faisaient d’un homme une créature unique étaient partis en fumée. Vivant car sa poitrine se gonflait avant de retomber à un rythme régulier et que l’on percevait le sifflement de son souffle saccadé. Le guérisseur s’approcha précautionneusement de l’officier blessé pour constater l’ampleur des dégâts. Au cours de sa carrière il avait vu passé toutes formes de blessures dont certains cas désespérés ; il avait parfois réalisé de véritables miracles, d’autre fois il avait été impuissant. Ils ne comptaient plus ceux qui étaient mort sous sa responsabilité; il ne s’en souciait plus vraiment d’ailleurs. Cela faisait partie du métier. L’attachement sentimental aux patient rendrait son rôle insoutenable. Il n’était pas infirmier, mais médecin; ce qu’on lui demandait c’était de prodiguer des soins et dans ce domaine il était l’un des meilleurs, tout ce qu’il y avait autour ne le concernait pas.

Mais des cas comme celui-ci, il n’en avait que très rarement vu. Généralement lorsqu’un corps dans un tel état lui était amené il n’y avait plus rien à faire, le blessé était déjà mort. Sauf que ce capitaine était par il ne savait quel sortilège bel et bien en vie.  
Une odeur de putréfaction s’échappait de la peau brûlée de l’homme. Les infirmiers d’Isengard avaient fait ce qu’ils avaient pu avec leur connaissance et le matériel à disposition mais Rihils était sans nul doute arrivé à temps. Quelques jours en plus de cet état et l’officier aurait certainement succombé à une infection dûe à un traitement insuffisant des zones touchées. Il n’y avait plus une minute à perdre.

Le médecin posa sa sacoche sur la table la plus proche et commença à sortir ses instruments ainsi que différentes lotions dont les infirmiers locaux ignoraient jusqu’à même l’existence. Rihils ne s’était jamais défilé auparavant et il comptait bien tenter quelque chose pour sauver ce capitaine même s’il la tâche s’annonçait comme hautement ardue. A vrai dire, avant même d’avoir commencer  les doutes étaient déjà nombreux dans son esprit. Si même le meilleur guérisseur du royaume était assailli par le doute, quel espoir restait il ?
Il remplit une seringue d’un produit à effet sédatif pour endormir le patient mais alors qu’il s’approcha du lit pour injecter la lotion, le capitaine saisit fortement le bras de Rihils. Ce dernier, surpris, eut un mouvement de recul en cherchant à se dégager mais l’officier ne lâcha pas sa prise. Seul son bras avait bougé, le reste de son corps était toujours étendu sur le lit dans cet état intermédiaire entre vie et mort .

Un râle rauque s’échappa alors de ce qui restait de la bouche du capitaine, suivi de quelques mots à peine audible.

“Laissez-moi. Laissez-moi mourir en paix. Mourir...Laissez-moi.”

A bout de forces après avoir prononcé ces brèves paroles, le capitaine lâcha le bras de son médecin et laissa le sien retomber sur ses draps avec un bruit mou. Rihils en profita alors pour injecter le sédatif dans le bras de son patient qui se détendit instantanément.
Alors à l’aide d’un tissu imbibé d’autres lotions diverses, il entreprit de nettoyer les blessures de l’officier. Comme toujours il faisait ce qu’il avait à faire mais il ne semblait pas aussi serein qu’il en avait l’habitude. Les mots désespérés du capitaine hantaient encore son esprit.

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La nuit était tombée et une brise fraîche fut accueillie avec bonheur par les résidents d’Isengard qui avaient passé leur journée sous un soleil de plomb. Adossé contre un arbe, Eofend observait les alentours en silence. Le Garde Royal repensait évidemment aux évènements des derniers jours qui l’empêchaient encore de dormir sereinement. L’homme avait été traumatisé par l’horreur de ce qu’il a vécu. L'orgueil du soldat avait été blessé par la cuisante défaite infligée par de simples voleurs. Ils avaient échoué; ils avaient foncé tête baissée dans le piège qu’il n’avait pas été capable d’anticiper.  Le guerrier rohir ne savait pas exactement pourquoi ces artefacts volés chez le Bourgeois avaient une telle importance mais au vu des moyens déployés pour les retrouver ou les protéger, cela avait l’air de relever de l’affaire d’Etat. Une silhouette s’approcha dans la pénombre, instinctivement Eofend plaça la main sur la garde de son épée. Il avait toujours été d’un naturel extrêmement prudent et il avait conscience qu’il n’avait pas que des amis ici.

“Halte! Qui va là?
-Du calme Sergent ce n’est que moi. Et croyez moi, une fois n’est pas coutume, je ne suis pas en état de vous nuire.”

Méared fit encore quelques pas de plus pour que son supérieur puisse distinguer ses traits juvéniles à la lumière sélène.

“Bon sang Méared! Que fais-tu là ? Tu dois prendre du repos!
-J’ai dormi pendant trois jours; je pense que rester une minute de plus sur ce lit m’aurait tué. Mais content de vous voir aussi Sergent.”


Eofend ne put s’empêcher de sourire, finalement il n’était pas malheureux de voir le jeune Garde  Royale dont le dévouement et le sourire étaient constant. Le jeune homme, de toute évidence encore faible, s’assit sur le sol, le dos contre un immense tronc millénaire. Il avait un large bandage sur le crâne qui couvrait sa blessure et sa main droite était elle aussi entièrement bandée.

“J’imagine que vous ne les avez pas vu quand vous y êtes retourné?
-Qui donc?”


Méared leva alors sa main blessé.

“Mes trois doigts.
- Ah oui. Non je les ai pas vraiment cherché pour être honnête.
- Qu’importe, de toute façon qu’aurais-je pu en faire. Les encadrer? Vous savez sergent, c’est dans ces moments que je me dis qu’être gaucher a ses avantages.”

Méared laissa échapper un rire étrange,  à mi-chemin entre le cynisme et un réel amusement. Eofend s’assit alors à ses côtés et lui tendit un des quignons de pain qu’il était allé chercher un peu plus tôt aux cuisines pour son dîner. Les deux hommes se mirent alors à mâchonner leur repas en silence , trouvant dans cette maigre pitance un réconfort d’ordre bien primaire.

“Des nouvelles de Halgor?
-Oui. Maître Rihils s’est occupé de lui et il a dit qu’il pourrait le remettre sur pied. Il s’est même réveillé et a accepté un bol de soupe. Par contre le bougre est toujours aussi grognon.
-En même temps la situation n’aide  pas.
-Vous marquez un point.”


Cette fois le rire qu’échangèrent les deux hommes étaient dénués de tout cynisme et pour la première fois depuis l’horreur qu’il avait vécu Eofend ressentit un peu de plaisir  à partager ce repas et ces mots avec un frère d’armes.
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La Lice

A plusieurs centaines de mètres de là, Rihils, posté juste à l’entrée de l’infirmerie  observait la lune d’un air mélancolique. Le guérisseur était épuisé, depuis qu’il avait été dépêché d’Edoras sur ordre du Vice-Roi tout s’était enchaîné à une vitesse folle sans qu’il ne puisse avoir le temps de respirer. Depuis la chevauchée rapide jusqu’aux traitement des graves blessures des blessés en passant par une arrivée houleuse en Isengard; Rihils n’avait pas eu beaucoup de répit. Il profitait donc enfin de quelques minutes de calme et de la fraîcheur nocturne même si son visage fermé trahissait ses tourments.

La Lice, qui venait de finir son service pour la journée, rejoignit alors le guérisseur à son point d’observation.  Les deux hommes saluèrent silencieusement d’un mouvement de tête.

“Rihils. Maître guérisseur du Rohan. Votre réputation vous précède.
-Ansgar Osgarsson, Capitaine de la Porte d’Isengard, Chevalier de la Maison du Roi. Vos titres vous précèdent. Et puis la  Lice… franchement, qui donc t’as affublé de ce sobriquet ridicule?”


Les deux hommes se mirent alors en rire ensemble. Le militaire posa une main amicale sur l’épaule du médecin.

“C’est bon de te revoir après tout ce temps.”

En réalité, les deux hommes se connaissaient bien, très bien même. Originaire de la même bourgade située dans l’Eastfolde, ils avaient grandi ensemble avant que ne leur chemin se séparent. Ansgar embrassant une carrière militaire sur les traces de son père et Rihils partant en direction d’Edoras pour y apprendre l’art de la médecine. Leurs trajectoires s’étaient depuis retrouvées à plusieurs reprises notamment lorsque le guérisseur, encore  presque novice dans le métier, avait vu arriver son ami d’enfance sur un brancard à la suite d’un affrontement. Ce jour là il avait sûrement sauvé la vie de l’actuel officier qui lui devait dorénavant une inestimable dette: le prix de la vie.

“J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi  Mortensen s’est empressé d’envoyer une délégation si impressionnante pour quelques blessés. Je veux bien qu’il tienne à ses Gardes Royaus mais tout de même , nos guérisseurs ne sont pas non plus des amateurs.
-J’ai reçu mon ordre de mission Ansgar et je suis allé là où le devoir m'appelait sans trop poser de questions.

-D’ailleurs le fait même que ces  Gardes se trouvaient si loin de la capitale est plutôt inhabituel. Leur mission devait être à la fois importante et secrète pour que le  Vice-Roi se décide à envoyer sa Garde rapprochée. Le sergent Eofend m’a parlé d’une histoire d’artefacts mais il est resté très vague et je ne pense qu’il n’en sache d’ailleurs beaucoup.
Peut-être est ce aussi une démonstration de force de notre cher Vice-Roi? Qui sait?

-Ansgar
. Le coupa Rihils. Je t’en prie évitons les débats et querelles politiques de bas étage, tu sais très bien à quel point cela m’ennuie. Tout ce qui m’intéresse c’est que j’ai des soldats du Rohan blessés à soigner, voilà tout. Parfois il ne faut pas chercher trop loin, la vie n’en devient que plus savoureuse.

-Ah… tu as raison. D’ailleurs comment se portent les blessés? “


Rihils poussa alors un profond soupir; l’homme n’était pourtant pas du genre à dramatiser les choses ou à se laisser abattre mais cette réaction n’indiquait rien de bon aux yeux de l’officier.

“Que se passe-t-il?
s’enquit la Lice.
-Les Gardes devraient s’en sortir plus ou moins bien mais ce capitaine qu’ils nous ont ramené...Par les Valars! Je ne sais quelle cruauté céleste est à l’oeuvre mais je me demande ce qu’il fait encore en vie. Lorsque je me suis approché de lui il m’a supplié de le laisser mourir et au fond je me demande si ça n’est pas la chose à faire.
-Non mon ami. “


Le guérisseur leva un regard interrogateur en direction de son ami. Ansgar poursuivit d’un ton fier et galvanisant.

“Ecoute moi bien Rihils. Cet homme c’est un officier de l’armée du Rohan; pour en arriver là il a sûrement dû batailler de nombreuses fois et côtoyer la mort à de nombreuses reprises. Ceci n’est qu’un combat supplémentaire pour lui et on ne peut le laisser jeter les armes de cette manière. Tudieu! C’est un cavalier du Rohan, je refuse qu’il ne se batte pas jusqu’à son dernier souffle et toi Rihils, guérisseur de Meduseld, je te donne l’ordre de le ramener sur pied. Pour l’honneur du Rohan et de l’Ehoerë.”


Il y eut quelques secondes de silence durant lesquelles seul le vent léger qui faisaient bruisser les feuilles des arbres de Fangorn se fit entendre. Puis Rihils releva la tête, animé d’une détermination retrouvée.

“A vos ordres Capitaine.”



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