Ça puait la guerre a plein nez

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Nathanael
Espion de l'Arbre Blanc
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Lun 8 Jan 2018 - 17:58
Sur le pavé blanc, le bruit des bottes lui donnait le mal de crâne. Appuyé contre la devanture de sa boutique, Gamelin regardait passer une garnison de soldats venus d’il ne savait où. Tout le Gondor semblait vouloir entrer dans Minas Tirith ces derniers temps. Ça puait la guerre à plein nez. Et la guerre, ce n’était jamais bon pour les affaires. Pas ses affaires à lui, en tout cas. Qui viendrait lui acheter de la cire, des bougies et de l’eau parfumée quand les cadavres joncheraient les rues de la cité ? Ho, il y aurait toujours quelques bonnes âmes pour venir lui acheter de longues chandelles, au moins pour les hauts dignitaires morts au combat, en leur mémoire. Pour les cérémonies, les gens aimaient bien allumer une petite mèche et baragouiner quelques mots en souvenir des défunts. Mais ça, c’était valable quand on avait le temps de prier les morts et de leur offrir des tombeaux. En période de guerre, Gamelin ne se faisait pas de fausses idées, les corps seraient brûlés ou enterrés vite fait bien fait, avant qu’on n’en amène d’autres, encore plus nombreux.

Sans parler des malades. Eux ils étaient arrivés avant les premières garnisons. On ne savait pas trop quand ni comment d’ailleurs. Mais de braves gens avaient commencé à présenter des symptômes bizarres et on ne les avait pas revus depuis. Morts, disaient certains. Valait peut être mieux pour eux, se disait Gamelin. Manquerait plus que ça, une épidémie pendant un siège, ça nous ferait une belle jambe, tiens ! Les gens ne disaient rien, mais n’en pensaient pas moins. Dire quoi et à qui de toute façon ? Avec le Général Cartogan, on avait été débarrassé des voleurs et des fouille-merdes, mais ceux qui avaient dit trop haut ce que d’autres pensaient tout bas, on les avait pas revus non plus. Depuis plusieurs jours, il n’avait pas revu Bennon à la taverne. Toujours à dire ce qu’il faut pas aussi celui-là. Ce qu’il avait dit, d’ailleurs, Gamelin ne s’en souvenait pas très bien, mais il avait parlé de quelque chose comme de la peste, ou pire encore. C’était pas bon non plus, la guerre, pour un tavernier. Là, maintenant, le vieux Gilles devaient s’en mettre plein les poches, mais ensuite, hein ? Les morts, ça venait pas boire un coup après le casse-pipe.

– Bien le bonjour, Gamelin, je vins prendre des bougies pour ma mère. Bientôt ce sera le jour le plus long et pour les jours qui deviendront plus petits, elle veut de belles bougies pour éclairer la table !
– Viens donc ma petite, j’ai ce qu’il te faut !


Gamelin ôta les mains de sa ceinture et se tourna pour entrer dans sa boutique, suivie par une petite brunette aux grands yeux noisette. C’était la petite Armelle. Sa mère lui prenait de temps à autre des mèches, de l’huile ou des chandelles. Et quand les jours étaient bons et que l’argent semblait être tombé du ciel, elle lui prenait même de l’eau parfumée. Le thym, ce qu’elle préférait c’était le thym. Celui qui poussait dans la roche sur le versant est des montagnes, tout contre les murs de la cité. C’était pas le plus rare et pas le parfum préféré de Gamelin, mais allez savoir, les femmes, ça avait de ces drôles d’idées parfois ! Il traîna sa bedaine jusque devant ses étalages de bougies.

– Combien il t’en faut Armelle ?


La petite avait le nez en l’air, reniflant toutes les odeurs qui lui parvenaient aux narines. Elle sursauta comme si elle avait été prise sur le point de faire une bêtise. Elle était gentille la petite Armelle, mais elle avait souvent la tête dans les nuages. Enfin, c’était qu’une gosse après tout !

– Maman elle en veut une douzaine. Une douzaine de bougies simples, juste en cire. Et elle en voudrait bien une qui sent…
-… le thym ?
demanda Gamelin avec un petit sourire.
– Oui, le thym.

La gamine lui rendit un sourire discret, timide. Ses cheveux bruns lui collaient sur le front avec les chaleurs qui faisaient dehors. Ça non, il avait jamais connue de chaleurs pareilles. Gamelin prit ce qu’il fallait à l’enfant et entoura le tout d’un bout de tissus pour tenir toutes les chandelles ensemble.

– Voilà Armelle. Ça te fera douze pièces.
– Les petites en cuivre, ou celles qui sont grises ?
– Les douze de cuivre. Les grises, si t’en as, garde-les bien. On n’en trouve pas tous les jours !


C’était même à se demander comment une gamine avait pu se trouver en présence de pièces d’argent, dans les bas quartiers de la Cité Blanche. Ça ne courrait pas les rues, les pièces d’argent. Avec ou sans la tête du roi dessus d’ailleurs. Les contrebandiers avaient beau vous refourguer parfois, des pièces contrefaites, ils ne vous les distribuaient pas à tous les coins de rue. De l’argent, Méphisto ou pas gravé sur le dos, ça restait de l’argent. La petite lui donna les douze pièces qu’il réclamait et ressortit de son magasin en sifflant. Sacrée Armelle. Elle était toujours souriante la gosse, toujours à chantonner ou à siffler. Il n’y avait pas d’enfant plus gai à plusieurs pâtés de maisons à la ronde.

Le bruit des bottes des soldats martela encore une fois le sol devant sa boutique. Gamelin sentit trembler le pavé sous le poids des armures et du cuir bouilli qui venait du Lebennin, de Morthond, du Lamedon ou d’ailleurs. Ceux-là avaient des arcs plutôt que des épées, mais leurs bottes faisaient le même bruit sur les dalles blanches. Ca puait la guerre, ça oui. Et Gamelin eut soudainement le cœur serré. Est-ce que la petite Armelle aurait le temps de voir ses bougies brûler ?
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