Lame de fond

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Nathanael
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Ven 27 Avr 2018 - 20:15
[Suite du sujet : Le Grand Fleuve ]
_______________________________________________________________________________________



—… nous ne pouvons pas faire ça…
—… noirs… je n’en ai jamais vu… nous ne pouvons pas la…
—… pas à nous de décider… le capitaine Thedras… le Maréchal sinon, peu importe…
—… Thedras ? Il ne voudra pas prendre position… le roi Fendor ?


Le lieutenant Horn haussa les épaules et mit fin à la discussion qu’il entretenait avec les gardes devant les portes de la cité. Sur les remparts, des cavaliers se penchaient pour regarder ce qu’il se passait. La rumeur avait été plus rapide qu’un Mearas au galop et quand ils franchirent les portes une troupe de curieux s’amassait pour voir ceux qui rentraient de mission. Certains étaient venus pour saluer des compagnons de retour, d’autres pour prendre des nouvelles et se dégourdir les jambes, d’autres encore, uniquement pour faire passer le temps. Après la guerre civile, les cavaliers avaient eu à faire de nombreuses interventions pour calmer les querelles et les rancœurs. Mais petit à petit le calme reprenait ses droits et nombre d’hommes encore en poste à Aldburg se tournaient les pouces en attendant de rentrer chez eux.

— Où est Olfem ? demanda un jeune homme.
— Il est vivant ? demanda un autre, à propos de Windred.

À peine plus que vivant. Le lieutenant Horn descendit de cheval et donna sa monture à un jeune garçon chargé des écuries.

— Qu’on vienne nous aider à le descendre de cheval. Faites appeler un guérisseur.

Et priez Eorl. Horn donna encore ici et là des ordres pour qu’on leur laisse le passage et qu’on prévienne le capitaine Thedras. Le nouveau Maréchal de la Marche Est ne résidait pas dans la cité, le seigneur Olaf avait toujours préféré parcourir les plaines du Rohan plutôt que de demeurer entre quatre murs. Dans l’agitation générale, les hommes ne s’étaient pas rendu compte immédiatement de la présence de l’étrangère. Encore attachée à son cheval, elle dardait des yeux horrifiés sur les cavaliers autour d’elle et les murs d’enceinte. Ses lèvres s’ouvrirent et se refermèrent sur des cris de surprise muette.

— Par Théoden et Nivacrin !


Quelques hommes se rendirent compte de ce qu’elle était, de la noirceur de sa peau et de ses traits si différents et ils reculèrent.

— Une femelle orc ?
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Une ruse du Mordor ?
— De la sorcellerie elfe…
— Une femme, c’est une femme…


Chacun semblait avoir son mot à dire et ses suppositions. Le lieutenant Horn en avait assez fait lui-même le temps du trajet de retour, mais il préférait les garder par-devers lui.

— Faites desseller vos chevaux ! Pieds à terre ! Mettez cette femme aux fers. Est-ce que quelqu’un est allé prévenir le capitaine Thedras ?

Horn rugissait pour se faire entendre au milieu des remarques de tous et de chacun. Pourtant ses hommes gardaient le silence. Fram s’était rembruni et n’avait plus prononcé un mot depuis qu’ils avaient quitté les bois. Moridred et son ami demeuraient de leur côté, Helm s’était permis de poser quelques questions, Eodred les avait assommés d’hypothèses à propos des Dwimmen et de requêtes pour se débarrasser de la prisonnière. Horn n’avait pas trouvé d’autres solutions que de l’envoyer en queue de file pour se débarrasser de lui. Ils étaient tous fatigués et abattus. Le soleil leur avait brûlé le visage et les cheveux, certains d’entre eux avaient des mèches plus blondes qu’à leur départ. Ils étaient tant couverts de poussière qu’ils essaimaient ici et là de petits nuages grisâtres et volatiles quand ils se déplaçaient.

— Fram ! Aide-les à la descendre de cheval et fais-la mener jusque dans les geôles.


Brutal, l’homme semblait néanmoins être le seul à pouvoir manipuler l’étrangère sans qu’elle ne crie ou ne montre les dents.

— Helm, Eodred, Moridred. Tous ! Repos. Prenez le temps de vous reposer. Votre mission est finie.

Si seulement, se dit Horn en lui-même.

***

Le groupe formé et dirigé par le lieutenant s’était éparpillé. Chacun était retourné à ses affaires. Pourtant, l’agitation n’avait jamais été aussi intense dans Aldburg. Des cavaliers avaient tenté d’en savoir plus, mais Horn les avait repoussés en leur disant que ce n’était pas leurs affaires. La femme noire avait été enfermée dans une cellule, des ordres avaient été gueulés ici et là pour ramener les hommes à leur poste et l’après-midi s’était achevée sur des questions sans réponse.

Dés réponses, il n’y avait qu’un lieu dans toute la cité pour s’en procurer. Le soir venu, le Hall des Eorlingas était si bondé que les hommes levaient le bras pour ne pas renverser leur pinte en se déplaçant. Ceux qui avaient accompagné Horn pendant la mission étaient entourés de groupes variés et les hommes avaient été rapidement mis au courant. Il n’y avait pas là que des combattants et des guerriers. De petits bergers, des commerçants et quelques rares artisans de passage dans la ville tendaient aussi l’oreille. Tous avaient un avis à donner et les discussions s’étaient rapidement mises à tourner en joute verbale.

— Une créature noire ici, ça n’a rien de bon ! disait un grand gaillard au visage balafré. Les orcs sont noirs, les Nazguls, on disait qu’ils étaient noirs aussi. Y a des Orientaux noirs tout pareil. Le Mordor et ses terres sont noirs. J’ai jamais vu un homme ou une femme noire. Pas comme ça ! Sa peau est plus sombre que la nuit.
— Ou que le trou du cul de mon cheval ! rugit un homme passablement éméché.

Son intervention fit rire quelques hommes, mais le premier qui avait pris la parole continua sur sa lancée.

— Cette femme est une créature des profondeurs, un monstre envoyé pour nous leurrer et nous détruire de l’intérieur.
— Envoyé par qui ?
demanda une voix dans l’assemblée.
— Des elfes ! Ceux-là sont trop bien cachés et depuis trop longtemps pour ne pas préparer un mauvais coup.
— Les elfes ils sont terrés dans leurs forêts, occupés à chanter. Les elfes c’est fini tout ça, on n’en verra plus la couleur. S’ils sont pas perchés dans leurs arbres, y en a pour moitié qui doivent nourrir les poissons dans l’océan.


Il y eut de nouveau des échanges incompréhensibles tant les voix se mêlaient et s’entremêlaient au milieu des vapeurs d’alcool. Le lieutenant Horn, dans un coin, écoutait les propos sans rien dire. Ils s’abrutissaient l’esprit à propos d’une femme un peu bizarre. Ils ne pensent qu’à elle, mais elle n’était pas seule. Il était toujours étouffé par le même mauvais pressentiment. Mais il ne voulait rien dire, pour ne pas susciter d’autres inquiétudes et soulever une foule de cavaliers éméchés contre un ennemi qu’ils ne connaissaient pas. Mais si Horn se tut, Fram, lui, se permit de prendre la parole. Mauvais signe, pensa Horn.

— C’est pas la peine de se demander ce qu’elle est, ou ce qu’elle est pas. Les orcs, je connais et c’est pas une orc. C’est pas une elfe non plus. Et on saura peut-être jamais trop ce qu’elle est. Ce que je sais moi, c’est qu’elle était pas toute seule le long du fleuve et qu’on a vu des bateaux avec une cinquantaine de types comme elle, aussi noirs que… que ce que vous voulez. Et qu’ils étaient pas là pour venir pêcher l’anguille ou cueillir des framboises. Ils ont tué des Rohirrims, ils ont tué Olfem et Aldric et peut-être même Windred pour ce qu’on en sait ! Ils ont tué des cavaliers et même un gosse ! Un gosse ils ont tué. Et ce qu’on fait, nous ? On la ramène ici et on la nourrit dans une cellule. Alors qu’on devrait lui avoir crevé la peau et avoir tué les autres. Et sous les ordres de qui ?


Horn sentit le vent tourner, mais c’était trop tard. Fram leur faisait une de ses scènes bien de chez lui pour échauffer les cœurs et les esprits. Il ne tarderait pas à soulever toute la salle et ce serait bientôt le chaos.

— Sous les ordres d’un roi qui n’est pas là ! Sous les ordres d’un roi qui se cache, comme les elfes, dans les bois, là où le Magicien a déjà essayé de nous faire la peau. Quel roi laisserait son propre peuple se faire massacrer par une bande de noirauds assoiffés de sang ? Quel roi, hein ? Un roi Rohirrim ? Rohirrim mon cul ! Le gosse est un gondorien tout craché ! Et le petit Fendor laisse ses hommes se faire tuer ! Et Mortensen ne fait rien de plus ! Chevaucher sa femme et lui fouailler les entrailles il sait faire ! Mais depuis combien de temps on l’a plus vu à cheval avec une vraie lame au poing ? Et le capitaine Thedras ? Pas mieux… il se…

Mais on ne sut jamais ce que le capitaine Thedras faisait. Horn, ainsi qu’un autre lieutenant, avait ordonné l’arrestation de Fram. Des cavaliers s’étaient levés pour l’attraper, d’autres pour le défendre. Fram cogna le premier qui s’approcha de lui. Une mêlée désordonnée et brouillonne prit forme, mais les hommes étaient trop serrés les uns contre les autres pour s’échanger de véritables coups ou pour sortir l’épée. En revanche, on ne s’entendait plus. Chacun avait pris soin de gueuler sur son voisin et plus personne n’écoutait plus personne.

Jusqu’à ce que le son d’un cor résonne entre les murs.
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Moridred
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Lun 30 Avr 2018 - 22:00
Dès que le Lieutenant leur ordonna d’aller prendre du repos, Moridred ne se fit pas prier. Mais il fallait d’abord prendre soin de son cheval qui avait aussi beaucoup souffert pendant cette mission. Il prit le temps d’aller chercher de l’eau pour rincer la pauvre bête qui était bouillante, ayant dû porter son cavalier à allure forcée sous un soleil de plomb. L’animal fut très heureux de l’attention portée par son monteur, surtout qu’il lui amena aussi une bonne ration de foin et d’herbe qu’il avait été couper lui-même.
Une fois que son compagnon de voyage fut dans un état de fraîcheur et de satiété qu’il trouva convenable, Moridred pu enfin penser à lui. Il fallait aussi qu’il puisse nettoyer son corps couvert de sueur et de poussière et surtout, il devait se reposer. Les jours précédents avaient été très pénibles. Après s’être lavé avec l’eau prélevée au puit, il s’était immédiatement dirigé vers son baraquement pour aller se reposer sur sa paillasse. Malgré le fait qu’il était épuisé par la mission, il ne trouva pas le sommeil. Il ne cessait de repenser à tout ce qu’il s’était passé le long de la rivière et surtout à la prisonnière qu’ils avaient ramenée. Qu’allait-il lui arriver ? Arriverait-on à lui tirer quelques informations ? Elle qui ne parle pas une langue connue dans cette partie du monde.

Cela faisait maintenant presque une heure qu’il s’était allongé et il comprit vite que le sommeil ne l’attraperait pas pour le moment. Il pensait beaucoup trop, il lui fallait d’abord vider son esprit. Il décida de se lever et de chercher Silfried pour qu’ils puissent converser ensemble. Il savait très bien où il pourrait trouver son ami : au hall des Eorlingas. Il sortit du baraquement et remonta la petite rue étroite qui l’amenait en face de la grande salle. Lorsque qu’il pénétra à l’intérieur, il fut énormément surpris du nombre de personne présente. Le hall était plein comme un œuf. On pouvait entendre nombres de conversations qui se croisaient et il en résultait un véritable brouhaha pour quelqu’un qui ne participait à aucune d’entre elles.
Moridred commença à scruter la salle du regard pour trouver la grand rohirrim et il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour le localiser. Le grand gaillard était débout entrain de raconter avec de grands gestes ce qu’il s’était passé le long de la rivière. Il mettait tellement d’énergie dans son récit qu’il cognait de temps à autre quelqu’un avec ses grandes mains en simulant son lancer de lance.


- Ah te voilà enfin ! lança-t-il à Moridred dès qu’il l’eu aperçut. Je pensais qu’on ne te verrait pas ce soir.

Moridred lui répondit d’un petit sourire en coin et d’un petit signe de tête mais dit ne pas un mot. Il prit place à la table et on lui donna immédiatement une choppe d’hydromel. Il écouta la fin de l’histoire de son ami, même s’il connaissait déjà tout. Lorsque Silfried eu fini et qu’il vint s’asseoir à ses côtés pour se désaltérer, ils tinrent une conversation sur un ton plus discret.


- Je pensais que tu dormais déjà et que je pourrais raconter n’importe quoi. Je n’avais personne pour contrôler mes dires, dit-il sur le ton de l’humour.
- Je pensais aussi que je serai en train de dormir. Mais il paraitrait que c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire pour le moment.
- C’est pour ça que je n’ai même pas essayé. Je pense qu’après quelques choppes et quelques heures passées ici, ce sera quand même plus simple.
- Et tout ce qu’on a vu sur place ne t’inquiète pas plus que ça ?
- Bien sûr que si. Mais j’espère juste que dès la Dwimmen aura été interrogée et que le capitaine Thedras aura entendu le rapport du Lieutenant, nous retournerons sur place pour faire la peau à cette bande de sauvage noir et nous ne serons pas douze cette fois …
- Je l’espère aussi l’ami …


C’est à ce moment qu’ils entendirent à quelques mètres d’eux la grosse voix de Fram qui s’élevaient au-dessus de l’assemblée. Les autres hommes se turent et il n’y eut plus que lui qui parla d’un ton assez agressif.
Malgré le fait qu’ils avaient vécu plusieurs jours côtes à côtes, Moridred portaient encore moins Fram dans son cœur. Il l’avait senti réticent à suivre les ordres et cela avait éveiller encore plus de méfiance en lui. Dès que le renégat commença à parler du roi, il se leva et se tint prêt. Il sentait que la situation allait déraper et que ça pourrait sûrement mal se finir.
Quand la situation dégénéra complètement qu’une vraie mêlée débuta, Moridred tenta d’atteindre Fram pour l’arrêter, comme l’avait ordonné le Lieutenant Horn mais il ne pouvait y parvenir. Les hommes étaient tellement serrés les uns contre les autres qu’il ne put s’approcher à moins de deux mètres de sa cible. Cela ne ressemblait plus à rien et on ne demandait bien comment tout cela allait finir lorsque la sonnerie de corps fit stopper tout le monde.

Moridred jeta directement un regard en direction de la porte d’entrée, là d’où provenait la puissante sonnerie. Des hommes d’armes avaient pénétrés dans les lieux, tous solidement armés et dans de très belles armures. Au milieu d’eux, debout sur ses deux jambes bien fermes, se tenaient la Capitaine Thedras, regardant la grande mêlée d’un regard noir.

- Qu’est-ce-que ce foutoir ? Peut-on m’expliquer ce qu’il se passe ici ? lança-t-il sur un ton agressif.

Le Lieutenant Horn avança vers lui et commença à lui parler. Moridred étant à plusieurs mètres et toute une série de murmure commençant à remplir la salle, il ne put entendre le moindre mot. La discussion entre les deux officiers dura quelques minutes. Ensuite le capitaine scruta la salle et le visage des hommes présents du regard, personne ne savait ce qu’il allait faire.

- Que les hommes revenus de mission aujourd’hui viennent avec moi, ordonna-t-il assez sèchement. Toi aussi Fram … dans un premier temps du moins.

Moridred écarta les hommes devant lui pour pouvoir sortir de la mélée. Tous les hommes revenus de la mission étaient présents et se rejoignaient en face du capitaine. Quand tout le monde fut là, le capitaine lança aux personnes présentes de la salle :

- Je ne veux plus aucune échauffourée ce soir. Je prendrai des mesures exemplaires à celui provoquerait le moindre grabuge.

Le capitaine tourna les talons et partit vers ses appartements, toujours entourés de ses quelques hommes d’armes qui escortaient le petit groupe. Ils arrivèrent dans une pièce éclairée par des torches au mur. Une grande table qui servait de bureau était au milieu et la capitaine se tint debout derrière celle-ci. Il regarda les neufs hommes les uns après les autres.

- Horn, explique-moi donc ce qu’il s’est passé et pourquoi ta mission se termine au Hall.

Horn s’avança et commença à expliquer toute l’histoire. Du moment où ils avaient passés les murs de la cité jusqu’à la mêlée suite à l’intervention de Fram. Il y mit tous les détails nécessaires. Le capitaine ne l’interrompit pas une seule fois et lorsque le récit fut terminé, il ordonna de faire venir la Dwimmen.
Elle arriva quelques instants plus tard accompagnée par les gardes. Ils la posèrent devant le bureau, à genou.

- C’est donc elle. Cette fameuse femme noire …
, dit-il en l’observant avec attention.
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Nathanael
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Mar 31 Juil 2018 - 8:20
À la lueur des torches, la peau de la Dwimmen était parcourue de mille reflets. L’or des flammes dansa sur son corps d’ébène, repoussa les ténèbres de son visage et révéla toute la noirceur de son regard. Le capitaine Thedras ne semblait pas y croire. La captive avait le cheveu court, aussi sombre que les ailes d’un corbeau. Elle portait des cicatrices qui formaient sur ses épaules des dessins plus clairs, comme des ratures d’ivoire sur un parchemin d’encre. Tout autour d’elle se dressaient les hommes du capitaine, la main sur la garde de leur épée.

- Étaient-ils tous comme elle ? demanda Thedras.
– Tous, répondit le lieutenant Horn.

Un bref tressaillement agita la moustache rousse du capitaine. Large d’épaules, il portait une barbe en collier qui soulignait une mâchoire carrée. Thedras avait la peau tavelée par le soleil et le vent, burinée par les nombreux combats qu’il avait menés. De profondes rides marquaient son front. Ses cheveux de cuivre étaient retenus en un catogan serré qui lui donnait l’air austère. Proche de la famille Mortensen, il n’en avait pas moins gravi chaque échelon à la force du poignet et au fil de l’épée. Le poste de capitaine lui était échu du temps où le Vice Roi occupait encore la cité, après la Guerre des Trois Rois. Une nomination qui suscitait encore la méfiance et l’incompréhension des hommes et qu’on qualifiait, à voix basse, de fratricide. Le capitaine Thedras avait pourtant réussi mieux que quiconque à rassembler les Rohirrims sous une même bannière en participant lui-même à la traque des bandes d’orcs qui avaient déferlé dans le Riddermark au printemps.

– Combien étaient-ils ?
– Une douzaine à terre
, peut être un peu plus, dit Horn.
– Et sur l’eau ?
– Une cinquantaine, plus ou moins. Il nous était difficile d’en juger dans la nuit,
dit Horn.
– Avez-vous remarqué autre chose ?
– Ils ne brûlent pas leurs morts.
– Qu’est-ce qui vous fait dire cela lieutenant Horn ?
– Parce qu’elle a gueulé mon cap'taine. Tout ce qu’elle a pu quand on a allumé le bûcher,
dit Fram d’une voix pâteuse. Et qu’elle les regardait brûler comme si c’était le seigneur noir en personne.

Le capitaine Thedras n’accorda à Fram qu’un regard plein de dédain et de répugnance. Il ne pouvait plus souffrir ses frasques à répétition. Les rappels et les mises à pied ne suffisaient plus. L’exil lui brûlait les lèvres. Mais repousser hors les murs tous ceux qui avaient soutenu Hogorwen, c’était prendre le risque de les voir s’amasser à nouveau loin du pouvoir officiel. Certaines langues rapportaient de temps en temps que de telles bandes existaient déjà, ou encore.

– Ramenez cet énergumène dans sa cellule, une nuit au moins. Le temps qu’il décuve son fiel et nous laisse en paix.


Les hommes de main du capitaine firent sortir Fram sans ménagement. Du couloir on perçut des bruits sourds, un grognement étouffé, puis le claquement des bottes sur la terre nue s’éloigna.

– Pensez-vous qu’elle nous comprenne ?

Le capitaine Thedras s’était mis à parler en langue commune, reprenant le fil de la conversation comme si Fram ne les avait jamais interrompus. La Dwimmen dardait sur eux son regard plein de haine et de colère.

– Non, ou elle simule parfaitement l’incompréhension. Horn continuait de parler dans sa langue natale. Elle comprend l’épée qui menace, le sang qui coule, mais pas notre langue, j’en jurerai. Eux s’expriment par... cris, ou chants. Comme les hiboux ou les chouettes. Et ils...

Le lieutenant marqua une pause. « Les morts, si tu pouvais voir les morts » avait dit Sigeric. Il les avait vus. Les cadavres découverts dans les bois. Deviné, plus que vu. Il s’était bien gardé d’en parler sur le chemin du retour. Aucun d’eux, pas même Eodred n’en avait parlé. L’horreur rendait parfois muet.

– Ils arrachent le cœur des morts. Ils badigeonnent les arbres de sang. Moridred pourra vous en dire plus à ce sujet.

Tandis que le cavalier s’exprimait, Horn se mordit la langue. Il s’était demandé bien des fois, s’ils arrachaient le cœur des morts, ou s’ils l’arrachaient tandis que leurs victimes étaient encore vivantes. Il avait un fils et une fille. Il croisa le regard du capitaine Thedras et il sut que l’homme se posait les mêmes questions. Plus ils avançaient dans leur rapport et plus le capitaine prenait la mesure de cet ennemi aux contours flous. Les Dwimmen avaient franchi leur frontière et assassiné leur peuple. Pourquoi ? La réponse demeurait en suspens.

– L’avez-vous capturé lieutenant ?
– Pardon mon capitaine ?


Les yeux verts du capitaine suivaient la danse des flammes sur la peau nue de leur captive.

– L’avez-vous capturé ou s’est-elle rendue ?
– Capturé. Je ne comprends pas.
– Comment être sûr qu’elle ne se soit pas laissée capturer volontairement ? Comment être sûr qu’elle ne porte avec elle aucun maléfice, aucun sortilège ou aucune maladie ? Le cheval ou la brebis qu’on ramène au troupeau ne doit pas décimer le cheptel.
– Je ne peux rien vous assurer. Elle n’a rien tenté ces deux derniers jours. Elle boude notre nourriture et ne sait pas monter à cheval. Mais elle présente tous les signes de la pleine santé. Pourquoi cette question ?
– Rien, lieutenant. Des rumeurs. Le vent du Gondor porte quelques fois d’étranges nouvelles. Remmenez cette drôlesse dans sa cellule. Que personne ne la touche.


La captive fut menée au-dehors à bout d’épée.

– Ne doit-on pas chercher à savoir ce qu’ils veulent mon capitaine ?
– Tout ce qu’il y a à savoir, c’est qu’ils ne sont pas les bienvenus ici.
- Et la prisonnière ?
demanda Eodred.
– Elle portera notre premier message, il y a une langue que toutes les races parlent en ce monde.

***

Il y eut un ordre, un seul et tous les hommes s’exécutèrent. À la lueur de la lune, on transporta du bois jusqu’à la cour intérieure. Les branches sèches craquèrent entre les mains des Rohirrims, les bûches faisaient un bruit clair quand on les empilait. L’odeur de résine de pins et de hêtres se répandait dans l’air. Tous les hommes de la garnison étaient là. Le bûcher avait été monté promptement et habilement. « Pas autant de bois que d’habitude » avait ordonné Thedras. Les hommes n’avaient pas posé de questions.
Une seule voix montait vers les étoiles. La Dwimmen, qu’on poussait à l’aide de longues piques et de lances, hurlait. Un cri perçant, aigu. Un cri où se mêlait la peur et le désespoir. Un cri qui fit taire bien des guerriers. Le capitaine Thedras beugla pour se faire entendre.

– Baillonez-la ! Et faites-la monter sur le bûcher !


Les cavaliers obéirent. L’un d’eux se fit mordre quand il voulut fourrer un morceau de tissu dans la bouche de la condamnée. Les dents ne se desserrèrent que quand la phalange craqua. La Dwimmen recracha l’extrémité du doigt et se débattit. Elle rua, chercha à s’enfuir, donna des coups de tête en tout sens. Rien n’y fit. Quelqu’un finit par réussir à la bâillonner et on la bouscula jusque sur le bûcher. On lui avait ôté ses vêtements. Elle ne portait qu’une tunique de laine grossière.

– Que chacun d’entre vous soit témoin cette nuit, dit Thedras d’une voix forte. Le Rohan est la terre des Rohirrims. Eorl fit un serment. Ces terres sont nos terres, de l’Entalluve aux Montagnes Blanches, du Gwaihir aux bois sombres des Monts Brumeux. Aldor l’Ancien se battit pour elles, Helm se battit pour elles, Théoden et Eomer se battirent pour elles. Et nous nous battrons pour elles.

Tous les hommes crièrent de concert. Certains frappèrent leur plastron de leurs mains gantées de fer, d’autres firent résonner leur épée contre leur maille.

– Les Dwimmens ont violé nos frontières. Ils ont tué nos frères, nos femmes et nos enfants. Cette sorcière noire est des leurs. Elle est de ceux qui ont ôté la vie, elle est de ceux qui ont arraché les cœurs de nos familles. Nos cœurs ! Les Dwimmens sont noirs comme la nuit, noirs comme les ténèbres et les ombres qui peuplent les profondeurs et les bois. Le Rohan n’est pas leur royaume. Et c’est pour le Rohan que nous devons nous en débarrasser.
– Pour le Rohan ! Pour le Rohan !


Les hommes crièrent en cœur une phrase que beaucoup d’entre eux n’avaient plus prononcée ensemble depuis de longues et douloureuses saisons. Qu’ils aient soutenu le roi ou qu’ils aient préféré voir Orwen ou son père sur le trône, cette nuit, ils étaient tous Rohirrims.

– Que les Dwimmen sachent ! Qu’ils sachent qu’on ne foule pas impunément nos terres, qu’on ne tue pas impunément nos familles. Qu’ils sachent que le Rohan appartient aux Rohirrims et à nul autre !

Le capitaine Thedras s’empara de la torche que tenait un des gardes et la jeta sur le bois qu’on avait couvert d’huile. Les premières flammèches léchèrent l’écorce, puis les flammes s’emparèrent de la structure et montèrent jusqu’aux pieds de la femme noire. Attachée à une longue poutre, elle cherchait à éteindre le brasier en piétinant les flammes, en vain. Rapidement le bois éclata sous la chaleur, des gerbes d’étincelles furent projetées ici et là, faisant reculer les hommes. La captive ne pouvait plus crier, mais tous entendirent ses gémissements, ses grognements étouffés et ses plaintes gutturales. Elle se débattait encore tandis que les langues orange et bleues atteignaient ses épaules, sa poitrine et son visage. Puis les flammes s’emparèrent de son corps et on ne vit plus rien.

***

Les braises étaient encore chaudes au petit matin. Des fumerolles s’échappaient des cendres qu’on enlevait pour nettoyer la cour. L’aurore poignait à peine, mais les cavaliers étaient déjà en selle. Le lieutenant Horn avait les yeux rougis par le manque de sommeil. Se frotter les paupières d’un revers de main ne suffisait plus à le soulager, il sentait poindre des picotements désagréables, brûlant, à chaque fois qu’il regardait quelque part. Sur la place, il vit Moridred ainsi que son ami, Silfried. Le capitaine Thedras lui avait confié une mission bien particulière et il comptait s’entourer de deux cavaliers sur qui il pouvait compter pour s’en acquitter.

– Moridred, Silfried, par ici !

Il fit un signe de la main pour les inviter à le rejoindre. Ils s’étaient montrés dignes de confiance et prompts à lever l’épée pour protéger les leurs. Horn espérait qu’ils en feraient autant pour la prochaine tâche qui leur incombait. Il n’était pas certain que les volontés de Thedras ramèneraient la paix sur cette partie du Rohan. Mais le capitaine ne lui avait pas laissé le choix. Quand il regardait derrière lui, Horn ne pouvait se targuer d’y voir un passé vierge de toutes mauvaises actions. Le capitaine lui avait rappelé avec fermeté ce qu’il lui devait. Horn avait serré les dents sans broncher. Une parole était une parole.

– Vous guiderez votre dizaine de lanciers et de cavaliers à mes côtés, jusqu’au fleuve. Nous irons directement sur les berges de l’Entalluve, au plus près du courant. Le capitaine souhaite transmettre un message aux Dwimmen. Un message fort… Qu’ils n’oublieront pas.

Sur son visage se dessinaient les contours de la nervosité. Il talonna son cheval et siffla pour ordonner à ses ordres de se mettre en rang et de se préparer au départ.

– Helmet, le chariot !

Les moyeux étaient si bien huilés qu’on n’entendait aucun grincement ni aucun couinement propre aux vieilles carrioles utilisées sur les routes poussiéreuses. Les deux chevaux qui franchirent l’obscurité dans laquelle baignaient les écuries ne ressemblaient en rien à ceux qu’on voyait paître habituellement dans les plaines. Plus larges d’épaules et de croupe, leur robe noire luisait déjà sous la contrainte et l’effort. Le regard du lieutenant Horn s’assombrit. Le capitaine Thedra l’avait prévenu, mais il n’avait pas participé aux préparatifs. Seuls deux hommes avaient été mis dans le secret jusqu’alors. L’attelage sortit au pas et, peu à peu, à la lueur du jour, les cavaliers purent découvrir la cargaison qu’ils devraient encadrer. « Pas autant de bois que d’habitude » avait ordonné Thedras.

De la captive, ne restait que les contours informes d’un corps brûlé, décharné, consumé par les flammes. Attachée à une longue et large lance en bois, son cadavre exprimait encore la douleur et la terreur qui l’avaient saisie et dévorée. Quelqu’un lui avait remis ses vêtements.

Horn détourna la tête et prit la tête de ses hommes. Tout message, se dit-il, a le défaut d’invoquer une réponse…
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