A la Croisée des Chemins

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Lithildren Valbeön
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Lun 30 Avr 2018 - 19:04
[ Suite de La Demeure dans les Fondations ]


Lithildren avait longé le fleuve avec le mercenaire. Elle avait lavé le drap et les bandages, à peine arrivés près du fleuve, puis avait découpé une bande de ce même drap. Une fois fait, elle avait préparé un nouveau baume et avait recouvert des bandages secs et plus ou moins propres et du drap à peine humide. Elle avait espéré que cela suffirait à ralentir l'infection, voire à apaiser les souffrances de son nouveau compagnon de route.

En chemin, elle lui avait posé des questions : Quel était son nom, tout d'abord ? Depuis combien de temps connaissait-il Gier ? Quand l'avait-il rejoint ? Que savait-il sur Gier, sa quête, ou même les autres mercenaires avait qui il avait travaillé ? Se souvenait-il de sa vie avant de descendre dans les souterrains ? Combien de temps pensait-il y avoir passé ? Pourquoi était-il en bas ? Connaissait-il un dénommé Gil ? Que savait-il d'autre de pertinent ?

Tant de questions, qu'elle avait posé bien espacées pour ne pas qu'il se sente harcelé. Lithildren avait essayé d'avancer un maximum chaque jour, chevauchant même parfois dans la nuit. Elle avait allumé des feux chaque fois qu'elle avait réussit à pécher quelques poissons, laissant la plus grosse part de ses prises au mercenaire. Elle mangeait aussi, se reposait comme elle pouvait, faisait la garde de nuit avant de sombrer dans le sommeil. Elle avait essayé de se réveiller à l'aube, mais parfois le sommeil qui s'accumulait n'avait pas la même idée en tête.

Elle tâchait de rendre le voyage le plus supportable possible. Quand elle avait pu caser les maigres provisions qui diminuaient drastiquement et les herbes dont la quantité s'épuisait rapidement aussi, elle avait usé du drap comme couverture pour l'homme la nuit, se laissant quant à elle, dormir tout près du feu ou contre le cheval.

Le temps passa, l'état de son compagnon de route se dégradait progressivement malgré les bons efforts de la belle. Elle essayait de le maintenir en vie, de soigner comme elle pouvait son bras, mais s'il n'avait pas de vrais soins l'issue serait inéluctable. Alors qu'elle ne fût pas son soulagement lorsque, après des jours de voyage, les portes de Tharbad se firent plus proches. Elle autorisa un arrêt pour essayer de pécher encore quelques poissons - grâce à ce fameux bâton qu'elle avait taillé en pointe grâce à son épée - pour alimenter le mercenaire.

Lithildren regarda les portes de la cité et espéra sincèrement y trouver les réponses à ses questions. Qui était Gil ? Pourquoi Sadron l'avait envoyé le voir ? Ou la voir. Peut-être qu'à la mention du nom du sage cette personne l'aiderait. Elle devait aussi trouver de l'argent, des soins, et cela n'était pas à sa portée actuellement. Lithildren avait perdu toutes ses possessions et il ne restait que ce qu'elle avait pu prendre à Sadron. Les étapes vers l'achèvement de sa nouvelle quête étaient floues, peut-être Gil éclaircirait tout.
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Ryad Assad
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Ven 4 Mai 2018 - 15:25
Tharbad. Quelle ville bien étrange.

Les portes de la ville se dressaient entre deux tours de garde modestes, qui accueillaient les visiteurs en jetant leur ombre sinistre sur les plaines marécageuses des alentours. Le soleil avait l'avantage d'assécher la plupart d'entre eux, et de rendre les champs praticables, mais il ne protégeait pas de l'odeur nauséabonde des plantes palustres en décomposition. Traverser cet espace n'était pas un plaisir, et les deux voyageurs ne croisèrent personne en route. Pas de fermiers affairés dans les champs, ni de bergers occupés à faire paître leurs troupeaux. L'herbe était de toute façon trop rare pour nourrir un cheptel. La ville, sise à cheval sur les deux rives du fleuve, se dressait au milieu de nulle part comme un îlot d'humanité dans ces étendues désolées.

Le paysage n'avait rien de charmant, ni de particulièrement attrayant. Il dégageait même quelque chose d'assez angoissant, pour ne pas dire menaçant. Les deux cavaliers jetaient de fréquents regards autour d'eux, conscients que quelque chose pouvait surgir à tout moment et ruiner la fin de leur périple, qui n'avait pourtant pas été une sinécure. Alart, le mercenaire au service de Gier, s'était affaibli de jour en jour, souffrant particulièrement des rigueurs du voyage. La blessure infligée par l'épée de Sadron, que Lithildren conservait soigneusement avec elle, prélevait son dû sur son organisme déjà fragilisé par le temps qu'il avait passé dans les souterrains d'Ost-in-Edhil. Respirer l'air frais lui avait redonné quelques forces, mais à peine assez pour arriver jusqu'à la cité de Tharbad qui se dressait devant eux.

Pour survivre, il avait été contraint de collaborer avec l'Elfe, ce qui n'avait pas été une chose facile pour lui. Élevé dans les alentours des Galgals, au cœur du grand royaume arnorien, il concevait une méfiance particulière pour tout ce qui était surnaturel. Les Elfes et la magie étonnante de Gier étaient pour lui un repoussoir, et il avait davantage servi par crainte que par réelle conviction, même si l'appât du gain avait également joué un rôle. C'était peut-être pour cela que, lorsque Lithildren lui avait offert de parler en échange de la vie sauve, il n'avait pas longuement hésité. Il n'était pas comme Jessp, qui prenait sa mission très à cœur, et maintenant que toute perspective de ramener un trésor chez lui s'envolait, il souhaitait simplement rejoindre son village natal, et ne plus jamais en sortir. Il avait vu assez d'horreurs pour une vie entière.

Alors il avait parlé.

Prudemment, d'abord. Il lui avait confié son nom : Alart, comme son grand-père. Cela n'avait pas été très difficile de l'inciter à parler de lui, de son village, de ses proches. Il n'était pas encore marié, et il comptait sur cette expédition pour faire fortune et trouver une épouse intéressante. Il rêvait d'aventure et de quitter son village « médiocre » qui lui apparaissait tout à coup comme l'endroit le plus sûr de la Terre du Milieu. Il voulait aussi s'occuper de ses deux parents vieillissant. Il n'aurait pas d'or pour leur payer un château, mais au moins reviendrait-il en vie pour travailler la terre et les nourrir lors de leurs vieux jours. Tout ceci, il l'avait confié sans y être véritablement obligé, préférant parler d'autre chose que des sujets les plus délicats. Mais Lithildren n'avait pas longtemps éludé les questions qui lui brûlaient les lèvres, et elle était revenue à la charge au sujet de Gier.

- Il m'a embauché il y a environ deux mois. Je ne le connaissais pas avant ça…

Il se serait souvenu avoir croisé un tel homme auparavant, ça oui. Il ressemblait à un négociant un peu étrange, certes, mais déterminé. Un de ces jeunes idéalistes qui pensent qu'ils peuvent changer le monde à eux seuls. C'était peut-être stupide, mais il y avait chez lui une telle force de conviction qu'il avait réussi à les convaincre de le suivre. Par appât du gain, essentiellement, mais aussi et surtout parce qu'il leur avait montré la carte.

La carte.

Il sentit que cette information piquait l'intérêt de Lithildren, aussi avait-il jugé bon d'en parler un peu plus longuement, pour éviter son courroux :

- Une carte au trésor. Il ne nous a pas dit comment il l'a eue… ni où… ni comment il a réussi à la déchiffrer. Aujourd'hui, je me demande s'il ne l'a pas tout simplement volée, mais qui en Terre du Milieu pourrait détenir une carte aussi rare et précieuse ? Une carte dont même les Elfes ignorent l'existence.

Sa question flotta dans l'air un moment. Hélas, il n'avait pas de réponse à offrir à l'Elfe, et devait la laisser avec davantage d'interrogations. Les autres éléments qu'il trouva à lui communiquer étaient d'une grande banalité. Ils cherchaient des trésors, et avaient pour cela investi beaucoup de temps et d'énergie dans la recherche de ceux-ci. Seul l'appât du gain l'avait poussé à rester, même si rapidement le désir de protéger sa part s'était fait plus fort. A chaque nouvelle victime dans leur camp, la part individuelle augmentait, et avec elle les réactions méfiantes des membres de l'expédition. La lutte violente entre eux n'avait été que la conclusion logique de tout ceci, et une fin tragique pour leurs rêves de richesse. Plus décourageant encore que ces maigres informations était le fait que le mercenaire n'avait pas entendu parler de ce fameux « Gil ». Il n'avait mis les pieds à Tharbad qu'une fois, quand ils avaient traversé la ville rapidement sur la route vers Ost-in-Edhil, mais ils n'avaient pas eu le temps de s'y attarder, et il n'en gardait pas un souvenir très précis.

Ce fut donc une nouvelle découverte pour lui lorsqu'ils arrivèrent près de la grande porte de la ville. A mesure qu'ils approchaient, ils pouvaient voir que la cité de Tharbad avait perdu le lustre qu'elle avait pu avoir dans son passé. Les remparts mal entretenus étaient attaqués par les plantes grimpantes, et se fissuraient par endroit. Quelques rénovations n'auraient pas été de trop, mais une telle entreprise demandait des moyens, de la main d'œuvre, et surtout du temps. Le Rude Hiver avait hélas ponctionné allègrement dans ces trois ressources, et aujourd'hui la principale préoccupation de la ville était de nourrir sa population qui avait largement diminué. Beaucoup de gens avaient fui vers les grandes villes du centre, comme Annúminas, pour échapper à la misère et aux attaques des sauvages qui sévissaient la région de Dun. Aujourd'hui, Tharbad survivait à peine sur ces terres hostiles, loin de tout, et désespérait de voir les marchands du Gondor de plus en plus absents. Depuis quelques temps, on n'en voyait plus beaucoup circuler, comme si quelque chose les retenait dans leur pays. On murmurait que de drôles de choses se passaient là-bas, que des Orientaux malfaisants menaçaient les terres du Haut-Roy.

C'était mauvais pour les affaires.

Du fait des circonstances, le peuple de Tharbad était devenu un peu méfiant vis-à-vis des étrangers, et les portes orientales n'étaient plus ouvertes systématiquement, comme à la grande époque de paix. Trop de menaces s'agitaient pour que l'on pût encore décemment faire confiance à des inconnus, ce qui n'était pas pour servir les intérêts de Lithildren. Alors que les deux cavaliers se tenaient à une petite centaine de mètres seulement, ils virent un petit détachement de gardes de la cité venir à leur rencontre, à cheval. Ils portaient des cuirasses légères, et de longues lances un peu usées, mais leurs regards étaient sévères. Certains allaient tête nue, d'autres avec un casque mal entretenu, et ils n'avaient pas d'uniformes comme on pouvait en trouver dans les grandes cités. C'étaient plutôt des miliciens urbains, qui faisaient leur travail avec zèle contre une rémunération modique.

- Je serais vous, fit Alart avant que les cavaliers ne fussent à portée d'oreille, je ne leur donnerais pas ma lame. C'est un coup à ce qu'elle disparaisse « par accident ».

Le conseil valait ce qu'il valait. Les hommes arrivèrent bientôt, et avisèrent la très mauvaise mine des deux voyageurs. Ils n'avaient aucune raison de se montrer agressifs, mais ils gardèrent quand même une distance prudente, tandis que leur chef s'approchait légèrement :

- Halte là, cavaliers ! Que venez-vous faire dans la noble cité de Tharbad en Arnor ? Si vous souhaitez entrer, remettez-nous vos armes et vos biens pour inspection, et pliez-vous aux lois du Gouverneur. Sinon, faites demi-tour, et que vos dieux vous protègent.


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Mar 19 Juin 2018 - 18:06
L'Elfe avait écouté mais n'étais nullement satisfaite des réponses d'Alart. Elle se montra douce et compréhensive, à l'écoute et sans jugements ni pensées. Ce qui n'était pas aisé vu qu'il faisait partie de ceux qui avaient probablement ôtés la vie à Oropher et celle de Sadron. Mais il était utile, et en tant que """Gardienne d'Ost-in-Edhil""" elle se devait de faire ce qu'elle pouvait afin de poursuivre son but.

Ses forces la quittaient autant que l'espoir. Mais sa nouvelle force donnée par une volonté inflexible étaient son pain du jour et son eau de rivière. Néanmoins, la bonne volonté ne suffit généralement pas à remplacer de la nourriture ou de la vraie eau. Même le cheval qu'elle avait prit était fatigué de cette course contre le temps et la mort d'Alart. Mais il tenait le coup.

Donc. Une carte, avait-il dit ? C'était un point non négligeable. Si elle n'était pas une hors-la-loi, elle aurait sûrement demandé de l'aide aux siens. Si elle parvenait à sortir de là en vie, revigorée, armée et avec une forte confiance se dégageant d'elle, peut-être lui accorderait-on un temps de parole. En attendant, ses habits étaient miteux et c'était encore un miracle qu'elle ne soit pas nue tellement ils étaient abîmés, troués et déchirés. Elle était sale, les cheveux en bataille et crasseux.

La seule chose qui marqua les gardes fut son regard déterminé et prêt à en découdre malgré son corps qui n'en pouvait plus. Malgré leur méfiance aux portes de Tharbad, ils se jetaient mutuellement des regards incertains. Ils avaient des ordres et étaient déterminés à les appliquer, mais les talents de bretteurs des Elfes et le regard de celle-ci en valaient la peine ? leur chef, en revanche, n'en était même pas remué. Ses ordres étaient clairs et il n'allait certainement pas laisser cette créature faiblarde le séduire malgré sa quasi-nudité et son air.

Lithildren s'adressa à leur chef d'une voix posée, claire mais dénotant sa force d'esprit. Même si cela ne remua pas le coeur des Hommes...

- Je suis en quête de réponses et je n'ai pas de temps à perdre. Mon compagnon de route est mourant et je ne cherche que le refuge auprès de quelqu'un appelé Gil. Ces lames sont miennes et à vos airs, je gage que vous ne me les rendrez jamais - et j'ai besoin de ces armes - ou alors elles seront revendues, usées par vos comparses ou que sais-je encore. Je ne suis pas là pour me battre et je suivrais n'importe quelle règle de votre gouverneur pour me faire discrète à la condition qu'on me laisse garder mes armes.

Elle fit trépigner sa monture d'impatience, par un jeu de jambes et de mains discret mais efficace. Lithildren avait braqué son regard argenté droit dans celui du chef de l'escouade.
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Ryad Assad
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Mar 3 Juil 2018 - 21:47
Tenir tête aux soldats de Tharbad sur leurs terres était un pari risqué, que Lithildren avait pris en connaissance de cause. Elle savait que les blessures de son compagnon et son inflexibilité pouvaient gagner la sympathie ou le respect des hommes, et leur permettre de pénétrer dans la cité. Toutefois, comme dans tout pari, il fallait s'attendre à perdre.

- Vous avez peur que nous ne vous rendions pas vos armes ? Pour qui nous prenez-vous, pour de vulgaires voleurs de grand chemin ?

La question était rhétorique, et il n'aurait pas été prudent d'y répondre. Il fallait dire que les hommes, hormis leur attitude confiante et le fait qu'ils vinssent directement de la cité, n'avaient rien qui pouvait véritablement indiquer qu'ils étaient des gardes. Ils étaient mieux équipés que des bandits, mais à peine. En outre, il était préférable de ne pas énerver des hommes qui paraissaient gouvernés par leurs émotions. Il y avait de la colère dans la voix de l'officier, et ses soldats eurent la même réaction d'orgueil blessé. Certains d'entre eux auraient probablement songé à empocher le pactole, c'était vrai. Ils n'avaient pas pu manquer de remarquer la belle lame elfique, et ils savaient qu'ils pouvaient en tirer un prix substantiel sur le marché. De telles armes étaient des bijoux d'orfèvrerie, et bien des marchands auraient payé le prix fort pour mettre la main dessus. Après tout, on offrait de telles armes aux princes et aux seigneurs les plus puissants. Mais désormais, les hommes étaient vexés, et ils n'avaient pas l'intention de laisser une étrangère bafouer leur honneur. Le même répondit :

- J'ignore ce que vous voulez à Gil, et j'ignore quel refuge il pourra bien vous accorder dans son état, mais vous n'entrerez pas ainsi armée dans la cité de Tharbad.

Au moins, Gil semblait exister. Mais les implications des paroles de l'officier n'étaient guère rassurantes, et il n'était pas envisageable en l'état de lui en demander davantage sans contrepartie. Allant plus loin, il enchaîna :

- Je vois bien que votre compagnon est mourant, mais croyez-vous que le sort d'un étranger me préoccupe ? Pour autant que je le sache, vous êtes plus dangereux que celui qui lui a infligé cette blessure.

Ce n'était pas qu'une supposition en l'air. Il avait vu dans le regard de Lithildren qu'il y avait une forme de noirceur en elle, qui n'était pas commune chez les représentants de son peuple. Les Elfes n'étaient pas nombreux à venir à Tharbad, mais il en avait déjà vu dans son existence, et elle ne leur ressemblait en rien. Elle était plus sauvage, plus brutale, et elle ne lui inspirait pas confiance. Qu'elle refusât de se séparer de son arme n'arrangeait pas les choses. Cependant, malgré ses paroles cinglantes, il ne voulait pas simplement les éconduire ainsi. Tendant la main pour leur offrir une seconde chance, il lança :

- Si vous voulez parler à Gil, je peux vous conduire à lui. Mais les lois du Gouverneur s'appliquent à tous, et vous ne faites pas exception malgré vos oreilles pointues et votre arrogance. Déposez les armes, à moins que vous préfériez passer la nuit à l'extérieur des murs. Les Valar seuls savent ce qu'il adviendra de vous alors.

Quelques gardes firent la moue, comme s'ils savaient très bien ce qu'il adviendrait des deux voyageurs. De toute évidence, des choses désagréables rôdaient dans les parages à la nuit tombée, et ils n'auraient pas souhaité à leur pire ennemi de se retrouver hors de la ville quand le soleil cédait la place aux nuages sombres. Alart, dont chaque respiration paraissait douloureuse, répondit, acerbe :

- Vous me laisseriez crever sur le bord de la route ? Je sais pas ce qui vous manque le plus, le cœur ou les couilles…

On repasserait pour la diplomatie. L'officier eut un sourire narquois :

- Je manque seulement de patience, surtout devant la vermine qui amène des problèmes. Avec de la chance, tu te seras vidé de ton sang d'ici demain, cafard. Elle par contre, c'est une autre affaire. Alors elle n'entrera pas à Tharbad armée comme une maraudeuse, pour y faire je ne sais quoi. C'est votre dernière chance, mais réfléchissez bien, les nuits sont fraîches dans le coin.


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Mer 4 Juil 2018 - 18:26
Lithildren observa la réaction des hommes. Elle avait au moins attiré leur attention et leur faisait comprendre qu'elle n'était pas n'importe qui ou qu'elle n'était pas une simple voyageuse sortant d'une escarmouche banale sur la route. Elle ferma les yeux quelques secondes, sous le coup de la fatigue. Réfléchir et se tenir aussi droite que ça était un poids insupportable pour son esprit. Elle ne tiendrait pas longtemps et ses choix étaient limités.

Certes, ils avaient l'air de vulgaires bandits, mais ils restaient en supériorité en bien des points - sauf au combat... mais ce n'était pas le sujet. Et Lithildren avait plus urgent à faire que résister ici, avec un blessé et son état sur le dos. Etre sage et obéir était la meilleure façon d'agir.

- Bien. Je n'ai absolument aucune envie de créer un débat politique ou de me comporter comme une arrogante qui s'offusque qu'on lui demande de poser les armes. On m'a demandée d'aller trouver Gil, mais le pourquoi est à la fois privé et déplaisant. J'ai des questions dont je dois trouver les réponses et de mauvaises nouvelles à annoncer. Si vous me conduisez à Gil, je vous laisserais mes armes. Mais à vous seulement. Et j'estime imaginer que si vous savez faire respecter les lois de votre Gouverneur, vous saurez être un homme d'honneur en me garantissant le retour de mes armes, car mon séjour à Tharbad sera, je l'espère, bref.

Lithildren ignora Alart, mais répondit d'une voix cinglante à celui-ci, bien que peu audible par les gardes :

- Taisez-vous. Je vous ai apporté ici uniquement parce qu'il était possible de sauver votre corps et votre âme, mais vous restez mon prisonnier. Je n'ai que faire de votre vie, seules ce que vous savez m'intéresse. Quand vous serez apte à marcher, vous partirez de votre côté. Point. Alors fermez votre bouche si vous ne voulez pas subir le même sort que la caravane de marchands d'esclaves que j'ai décimé.

Oui elle romançait les choses à propos de la caravane, mais l'on devait la prendre au sérieux, et non pas pour une faiblarde. Lithildren soupira de fatigue et détacha sa lame de sa ceinture pour la tendre au chef des gardes.

- Menez-moi à Gil, je vous en prie. C'est... très urgent, et vous n'imaginez pas le bienfait que cela engendrera si vous me rendez mon arme à mon départ. Vous aurez fait peut-être bien plus qu'être un garde. Bien plus.

Elle lui sourit d'un air... amical, sans aucune animosité. Elle était épuisée, faible et il ne lui restait pas grand-chose à part le mince espoir d'arriver à ses fins. Et elle tait capable de tout pour y parvenir, même si cela signifiait prendre des paris risqués et perdre. Mais au moins, elle gravirait la montagne, pierre par pierre, même si elle devait en périr pour cela.
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Sam 7 Juil 2018 - 12:24
Les gardes ne purent s'empêcher de lâcher un soupir de soulagement, en voyant que l'Elfe acceptait de se plier à leurs directives. Aucun d'entre eux n'avait réellement envie de combattre, et ils savaient que si la guerrière devait succomber sous le nombre de leurs lames, elle trouverait le moyen d'emporter au moins l'un d'entre eux dans sa chute. Personne ne voulait être la malheureuse victime d'une altercation qui dégénérait. Le chef de la petite compagnie perçut bien le ton incisif de la femme quand elle accepta de lui remettre ses effets. Elle escomptait bien récupérer sa lame, et lui mènerait la vie dure s'il ne veillait par sur elle précieusement. L'homme fronça les sourcils, mais c'était bien la seule chose qu'il pouvait faire, car elle avait fini par céder. Il répondit sur le même ton :

- Si le retour de vos armes peut vous aider à partir rapidement, je m'assurerai qu'elles vous soient rendues en l'état et sans difficulté quand vous en aurez fini ici.

Il aurait pu s'arrêter là, mais il jugea utile d'ajouter :

- Le monde est sombre et hostile, mais tous les Hommes ne manquent pas à leur parole, comme vous semblez le croire.

Il la laissa méditer sur ces paroles, et se délecta de voir qu'elle remettait en place son compagnon de route blessé. De toute évidence, ces deux-là ne travaillaient ensemble que par la force des choses, et l'officier de Tharbad sourit en voyant qu'elle n'avait pas particulière l'intention de collaborer avec lui. C'était peut-être une ruse pour les tromper, mais vu leur état respectif, il ne pouvait pas imaginer qu'elle avait dit ça pour les convaincre qu'ils étaient inoffensifs. L'homme blessé n'était pas une menace. Par contre, la femme laissa échapper quelque chose qui n'était pas anodin. Elle évoqua une caravane de marchands d'esclaves qu'elle avait anéantie à elle seule. L'officier regarda ses hommes, dont le regard venait soudainement de changer. Une pointe d'inquiétude fleurit dans leurs yeux, et se déploya comme du lierre, enserrant bientôt leurs tripes. Ils se mirent à observer anxieusement autour d'eux, soudainement mal à l'aise :

- Des marchands d'esclaves, vous dites… Ne restons pas là, rentrons vite à l'abri des murs.

Ils se mirent en route, formant une longue colonne. Lithildren se plaça en tête, aux côtés de l'officier, qui avait de toute évidence envie d'échanger quelques mots avec elle. Alart se plaça au cœur de la colonne, entouré par deux hommes qui veillaient à ce qu'il ne tombe pas de selle. Le sentier de terre laissa bientôt la place à des pavés plus ou moins bien entretenus, qui formaient la Vieille route du sud. Cet axe de communication central faisait la jonction entre le royaume d'Arnor et ses principaux alliés : le Rohan dans un premier temps, et le Gondor par la suite. C'était une artère fréquentée par bien des marchands, dans un passé pas si lointain, mais le Rude Hiver avait frappé, et l'Enedwaith était devenu une terre sauvage et dangereuse. On disait que les Dunlendings s'agitaient dans leurs collines, et des Orcs avaient récemment été aperçus… L'officier de Tharbad, qui s'était présenté sous le nom de Helyes, évoqua rapidement ces différentes menaces à Lithildren, et lui demanda :

- Les marchands d'esclaves ne sont pas courants dans la région. Sauriez-vous m'en dire à plus à leur sujet ? D'où ils venaient ? Où ils allaient ? Il y a quelques villages isolés dans la région, qui auraient besoin d'être prévenus si une telle menace planait sur eux.

Il était sincèrement inquiet, même s'il s'efforçait de conserver une attitude professionnelle et un ton neutre. Les Orcs et les bandits étaient une chose, mais des marchands d'esclaves déterminés s'en prenaient non pas aux récoltes et aux convois : ils s'attaquaient aux plus vulnérables, aux femmes et aux enfants. Ils ravageaient des communautés, et répandaient la terreur partout sur leur passage. En outre, si la mort aux mains d'ennemis brutaux était terrible, personne ne souhaitait voir un de ses proches être réduit en esclavage et emporté vers des terres lointaines. Des pères et des frères avaient mené des expéditions désastreuses pour récupérer des membres de leurs familles, rendus fous par le chagrin et le malheur.

Il la laissa lui dire ce qu'elle savait, essayant d'enregistrer ses maigres informations pour pouvoir faire son rapport à ses supérieurs du mieux possible. Au fond de son esprit, il gardait en tête quelque chose que lui avait dit l'Elfe, et dont il n'arrivait pas à se défaire. Ses derniers mots : « Vous aurez fait peut-être bien plus qu'un garde ». Cette phrase tournait en boucle dans son cerveau, et il ne parvenait pas à penser à autre chose. Faire plus qu'un garde… Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Il avait toujours vu son existence de manière simple : protéger Tharbad, sa famille et ses proches qui y habitaient. Le monde avait connu des heures sombres, menacé par l'Ordre de la Couronne de Fer, mais cet objectif était toujours resté identique en lui. Cependant, maintenant qu'il y pensait, il avait vu de drôles de choses dans sa cité. Des allées et venues d'hommes étranges, et plus récemment cette réunion de plusieurs dignitaires de la Terre du Milieu, qui étaient venus ici pour s'entretenir d'affaires secrètes. Et désormais, cette Elfe qui parlait comme si de son action dépendait l'avenir de l'ensemble de la Terre du Milieu… En faisait-elle beaucoup pour l'impressionner, ou bien était-elle réellement engagée sur une mission de grande ampleur ?

Il n'aurait su le dire.

- Pourquoi voulez-vous voir Gil ? Demanda-t-il tout à coup. Je ne vois pas ce qu'il pourrait avoir à vous apprendre…

Il ignorait si l'Elfe allait lui donner davantage d'informations. Peut-être que tout ce qu'elle entreprenait était marqué du sceau du secret également. Toutefois, si Tharbad devenait un point névralgique où se rassemblaient les défenseurs de la Terre du Milieu, il voulait en savoir qu'il lui était permis. Et peut-être, pour une fois, être plus qu'un garde.

Leur petite troupe arriva bientôt devant les portes de la ville, qui s'ouvrirent devant eux. Ils furent accueillis par de nouveaux hommes d'armes, qui avaient l'air aussi mal équipés que ceux de la compagnie qui était venue à la rencontre de Lithildren et Alart. Ils furent invités à mettre pied à terre, et des palefreniers vinrent s'occuper des chevaux des gardes, tandis que Helyes se présentait face à une sentinelle :

- Mets ces armes en sûreté dans la consigne. Elles seront rendues à cette femme Elfe quand elle exprimera le désir de quitter Tharbad. S'il leur arrive quoi que ce soit, je t'en tiendrai pour personnellement responsable, c'est clair ?

Le jeune homme, surpris par cette menace à peine voilée, hocha la tête et se dépêcha de filer vers la caserne toute proche pour y déposer ces effets. Helyes jeta un regard à Lithildren, comme pour lui dire « j'ai fait ce que vous me demandiez », avant de faire signe à ses subalternes :

- Emmenez cet homme voir un guérisseur, de toute urgence. Il y a de bonnes chances qu'il ne survive pas, mais si quelqu'un arrive à le rafistoler, cela nous évitera de remplir la fosse commune inutilement. Allez.

Sans un mot, ils accompagnèrent Alart, qui avait l'air de plus en plus pâle, si c'était possible. Ils s'engouffrèrent dans une rue adjacente, et disparurent bientôt à la vue de Lithildren et de l'officier, qui se retrouvèrent bientôt tous les deux. L'homme l'observa des pieds à la tête, avant de lâcher :

- Vous avez mauvaise mine. Je vous proposerais bien d'aller vous reposer, mais si vous me dites que c'est très urgent…

Il lui fit signe de le suivre, et emprunta une direction qui les rapprochaient du centre de la cité. Tharbad n'était pas une belle ville. Dans ses pierres mal entretenues, dans ses rues sales et odorantes, on pouvait sentir toute l'histoire de cette cité. Frappée par la peste puis largement inondée à la fin du Troisième Âge, elle avait progressivement été reprise en main par l'Arnor qui avait voulu en faire un point stratégique sur la Gwathló. Comme leurs ancêtres, ils avaient échoué à drainer les marécages, et à assainir les lieux pour en faire une ville prospère. Tharbad survivait grâce au commerce et à sa garnison, mais les deux avaient décliné sévèrement ces dernières années, et cela se ressentait dans l'architecture de la cité. L'état de décrépitude de certaines façades renseignait sur les difficultés des couches les plus pauvres de la population, tandis que la noblesse locale se concentrait au cœur de la cité. Helyes bifurqua avant qu'ils ne pussent voir les bâtiments les mieux entretenus, pour s'enfoncer au contraire dans un quartier marchand qui avait connu des jours meilleurs.

Quelques commerçants ici ou là présentaient des étals à moitié vides, et appelaient des passants qui n'avaient de toute évidence pas assez d'argent pour se permettre de dépenser sans compter. Quelques gamins des rues tendaient la main vers Lithildren, leurs yeux brillant d'admiration en voyant une véritable Elfe passer devant eux. Ils évitaient cependant de trop l'approcher en voyant l'officier de la garde qui se tenait à ses côtés, et qui leur jetait des regards sans équivoque.

- Ça n'a pas toujours été comme ça, fit Helyes.

Tharbad était une cité triste, mais il aimait cet endroit malgré son état de désolation. Il essayait de protéger ce qu'il en restait, en attendant des jours meilleurs. Il se sentait à la fois honteux et fier de sa ville natale, et la présence de l'Elfe renforçait ces deux sentiments qui le déchiraient de l'intérieur. Il s'abstint d'en dire davantage au sujet de la situation de la cité, préférant se concentrer sur sa mission : trouver Gil. Ils traversèrent une place marchande un peu plus animée, puis s'engouffrèrent dans une rue voisine. L'officier avait l'air de savoir où il allait. Il finit par s'arrêter devant un mendiant qui dormait par terre, la bouche ouverte et un filet de bave coulant le long de sa joue. Une bouteille vide avait roulé de sa main recroquevillée comme une araignée morte, et il ronflait bruyamment. Sans ménagement, Helyes le poussa de sa botte, jusqu'à enfin réveiller le malheureux.

- Oh ! Oh ! On se calme, fit ce dernier en grognant. Puis, réalisant à qui il avait affaire, il s'excusa : Toutes mes excuses général !

Il imita un salut militaire ironique, mais Helyes ne se formalisa pas. Au lieu de quoi, il donna un coup de pied dans la bouteille que le mendiant essayait de récupérer pour voir s'il restait quelques gouttes au fond de celle-ci :

- Mince, maréchal… Pourquoi vous m'réveillez comme ça ? Qu'est-ce que vous voulez ?

- Ce n'est pas moi, c'est elle. Apparemment, elle doit te parler de toute urgence.

Il se tourna vers Lithildren, avant de lui lancer :

- A vous de jouer. Je ne sais pas ce que vous voulez à Gil, mais le voilà.

Il recula d'un pas, et attendit patiemment, curieux de voir pourquoi une Elfe dépenaillée, blessée et farouche en avait après un des mendiants les plus célèbres de Tharbad.


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Lithildren Valbeön
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Sam 7 Juil 2018 - 19:38
Lithildren était épuisée mais elle se dit que tout ça en valait la peine. Elle avait l'air d'une sauvageonne sortie de son trou pour la première, ce qui contrastait fortement avec son épée et son arc de très bonne facture. Elle sourit doucement à celui qui menait les gardes et dû faire preuve d'une sacrée force d'esprit pour rester debout. Les gardes, cela dit, semblaient s'inquiéter soudainement quant à la mention des marchands d'esclaves. Ce que l'Elfe aux cheveux de jais comprenait.

Elle sentait qu'elle avait peut-être trouvé un allié, si en retour elle donnait du sien. Se mettre des gardes à dos par fierté n'était pas souhaitable dans son état et la diplomatie passait aussi par abandonner un peu de soi pour le bien commun. Au moins Alart aurait ses soins et elle aurait peut-être du repos. Elle avait remplit sa part du marché et espérait seulement du bien à ce mercenaire.

Elle marcha en tête avec le dénommé Helyes. Elle lui donna en retour son propre nom, avec un sourire sincère et un hochement de tête. L'Elfe fixa un moment les pavés qui défilaient sous ses pas mesurés et moins graciles qu'à l'accoutumée. Elle était voûtée et repensait à Gier, songeant qu'elle lui ferait volontiers manger ces pavés quand elle aurait mit la main dessus. Elle repensa à tous ces gens morts à cause de lui, d'elle aussi. Son visage passa du sourire, au sérieux, à la haine puis à la tristesse en quelques instants. C'est Helyes qui la tira de sa rêverie.

- Les marchands d'esclaves ne sont pas courants dans la région. Sauriez-vous m'en dire à plus à leur sujet ? D'où ils venaient ? Où ils allaient ? Il y a quelques villages isolés dans la région, qui auraient besoin d'être prévenus si une telle menace planait sur eux.
- Ils sont passés dans le secteur, je ne sais pas où précisément. Ils nous ont surpris au petit matin, moi et mon ancien compagnon de route. Je ne sais pas grand-chose quant à la route, mis à part qu'ils faisaient route vers Minas Tirith pour nous revendre. Un Nain, une jeune Humaine et deux... hommes grands et musclés étaient aussi prisonniers et ils droguaient la nourriture pour nous faire dormir et passer le voyage. J'ai anéantis une grande partie de la caravane quand ils ont quasi mortellement blessé mon ancien compagnon de voyage.

Elle n'entra pas plus dans les détails. Ce n'était ni nécessaire ni plaisant. Helyes n'insista pas non plus et elle l'en remercia mentalement. Le silence s'installa encore un moment. Lithildren laissa son esprit voguer auprès de celui d'Oropher. Elle priait les Valars de l'avoir laissé en vie malgré tout. Gier le faisait peut-être prisonnier en songeant qu'elle le pourchasserait. Si cette éventualité existait, elle ferait tout pour l'accomplir, mais ce n'était plus la priorité de Lithildren. Sa priorité, sa véritable mission était d'accomplir la dernière volonté de Sadron dont les fils avaient sûrement péris eux aussi.

- Pourquoi voulez-vous voir Gil ?Je ne vois pas ce qu'il pourrait avoir à vous apprendre…
- Je l'ignore moi-même, mais j'espère trouver assez tôt les réponses à mes questions.

Elle était sincère. Pourquoi Sadron lui avait donné ce nom ? Elle espérait que Gil comprendrait et lui donnerait ce qu'elle voulait. Une fois aux portes, Lithildren céda son cheval fraîchement réquisitionné aux mains des palefreniers et souhaita le meilleur du monde à Alart avant qu'il ne soit emmené se faire soigner. Elle offrit ensuite ses armes - arc, flèches et lame - à Helyes qui les donna à un jeune garde effrayé de la menace qu'il proféra. Lithildren remercia d'un hochement de tête approbateur son nouvel allié.

Si elle était franche, honnête et qu'elle ne montrait aucun signe hostile, elle gagnerait peut-être la confiance d'Helyes. Elle souhaitait ardemment se laver et jeter ses habits troués qui dévoilaient plus qu'elle ne le voulait. Son esprit et son cœur étaient autant en lambeaux que ses habits. Elle n'avait pas encore pleuré pour tout ce qu'elle avait vécut, pas encore elle n'avait évacué la frustration, sa peine, ses meurtrissures. Elle avait besoin de repos, de nourriture, d'un bain et d'alléger son âme de sa peine immense. Ensuite seulement serait-elle prête à affronter les événements qui suivraient.

La ville de Tharbad était délabrée. Elle n'aurait su dire si c'était une cité ou une ruine, mais les manques de moyens étaient de plus en plus clairs. L'odeur et l'ambiance étaient pesants pour elle, mais elle s'efforça de ne rien faire paraître. Cependant, elle ressentait un pincement au cœur pour Helyes. Elle avait de la peine pour ces enfants qui lui demandaient de l'argent, qu'elle leur aurait volontiers donné avec la bénédiction des Valar. L'Elfe essaya de garder le rythme des pas d'Helyes et de le suivre jusqu'à un mendiant bavant et ronflant.

L'Elfe était... indécise. Elle pensait qu'elle aurait à faire avec un marchand, un bourgeois ou quelqu'un de... plus... enfin. Elle déglutit et attendit que l'homme soit réveillé puis sourit doucement à Helyes quand il recula. Il lui laissa la directive. Alors Lithildren s'agenouilla devant l'homme et soupira doucement.

- C'est Sadron qui m'envoie. Alors qu'il rendait son dernier souffle, il m'a dit de venir vous voir. Alors je suis venue... J'ai besoin de réponses, je vous en supplie...
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Ryad Assad
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Lun 9 Juil 2018 - 15:50
Gil, l'œil torve, observa Lithildren pendant une seconde. Il parut remarquer qu'il s'agissait d'une Elfe, mais l'alcool qu'il avait ingurgité ne lui permettait peut-être pas de confirmer son observation première. Il cligna des yeux une première fois, une deuxième, avant de laisser son regard glisser rapidement vers Helyes. Comme s'il ne lui faisait pas confiance. Un bref éclair de lucidité, avant qu'il ne répondît sur le même ton espiègle qu'il avait utilisé jusque là :

- Voilà qu'on m'emmène une donzelle ! Pas lavée, pas parfumée, mais elle f'ra l'affaire. Allez ma jolie, viens donc, fais pas attention à ce gros amiral !

Il tendit ses mains maladroites vers la jeune femme, sans vraiment y croire lui-même. L'Elfe aurait très bien pu se défendre toute seule, mais Helyes s'interposa en faisant claquer sa langue. Il avait de la pitié pour les mendiants de la ville, qui survivaient comme ils le pouvaient et s'oubliaient dans la boisson pour ne pas avoir à affronter un quotidien par trop difficile. A défaut d'être honorable, c'était une attitude compréhensible. Toutefois, il ne souhaitait pas voir Gil importuner une étrangère, même si celle-ci lui avait fait une terrible première impression.

- On se calme, Gil. La dame t'a posé une question, contente-toi de répondre.

- Sinon ?

Il se redressa en position assise, et leva le menton fièrement comme un enfant impertinent. Il n'était pas toujours facile de raisonner un ivrogne, mais celui-ci était déterminé à embêter le militaire qui se trouvait en face de lui. L'officier se pencha légèrement et répondit :

- Sinon je m'arrangerai pour qu'on vienne te ramasser et te faire dormir à l'ombre. Et pas de cellule individuelle, cette fois. Alors, tu réponds à la dame ?

La menace fit son petit effet, et trouva un chemin jusqu'à l'esprit embrumé de Gil. De toute évidence, dans un contexte aussi tendu, les petits brigandages étaient monnaie courante, et les prisons devaient déborder. Il n'était pas recommandé de devoir y faire un tour, et Gil n'avait pas particulièrement envie de se retrouver au milieu d'une cellule remplie de gens violents prêts à lui faire passer un sale quart d'heure. Il n'était pas encore assez ivre pour avoir perdu son instinct d'auto-conservation.

Se tournant vers Lithildren, qui attendait toujours sa réponse, il lui jeta :

- Vous avez dit qu'il s'appelait comment, votre type ? Sadron ? Désolé, jamais entendu parler. Mais si j'peux vous renseigner sur autre chose…

Son sourire s'élargit, dévoilant un sourire amputé de quelques dents. L'invitation n'était pas du goût de Helyes, qui mit fin à l'entrevue sur un ton sec en pointant son doigt vers le mendiant :

- Assez de temps perdu, Gil. Tu ferais mieux de te tenir à carreaux, car ton comportement m'agace.

- D'accord, m'sieur le sénéchal, d'accord.

Il leva les mains comme un prisonnier clamant son innocence, et l'affaire en resta là. Helyes semblait vouloir l'impressionner plus qu'autre chose, et il fit comprendre à Lithildren qu'ils pouvaient s'en aller. De toute évidence, ils ne tireraient rien de plus du mendiant qui leur adressa un salut ironique de la main alors qu'ils s'éloignaient. Ils revinrent sur leurs pas, traversant les mêmes rues peu rassurantes. Quelques regards les accompagnèrent, mais les gens d'ici avaient le front bas et la mine grise. Une étrangère de plus ou de moins ne les intéressait pas, si elle n'était pas prête à dépenser de précieuses pièces d'or. Helyes n'avait pas vraiment besoin de lui poser la question pour savoir où serait sa prochaine destination, et il préférait ne pas trop déranger la femme Elfe à ses côtés, qui paraissait ruminer quelque chose. De toute évidence, elle n'était pas heureuse de ne pas avoir la réponse à ses questions, et elle était plongée dans un mutisme qui trahissait son agitation intérieure. Soit. Il la conduisit sans mot dire jusqu'à une petite auberge frappée d'un sanglier, et la ramena à la réalité en lâchant :

- Vous dormirez convenablement ici, si vous avez ce qu'il faut pour payer votre place. Quelques punaises de lit, mais rien de méchant. Si vous demandez au patron, il vous pourrez lui acheter une tenue plus… décente.

Helyes posa les yeux sur Lithildren, sans s'émouvoir outre mesure de sa mise. Il avait une épouse qu'il aimait beaucoup, et il n'avait jamais été attiré par les aguicheuses qui en révélaient trop. Il était comme ça. Il se permit d'ajouter, à titre de précaution :

- Pas sûr qu'on vous trouve quelque chose à votre goût, cela dit.

Il haussa les épaules sans donner davantage de précisions, avant de prendre congé :

- Maintenant que vous avez parlé à Gil, je suppose que vous ne vous éterniserez pas longtemps ici. J'enverrai un garçon vous porter des nouvelles de votre compagnon de route demain matin… si vous êtes encore là.

Il ne se cachait même pas de vouloir la voir partir de sa ville dans les plus brefs délais.


~ ~ ~ ~


Trouver un lit et un baquet d'eau chaude relativement propre n'avait pas été aussi long qu'on aurait pu le penser. L'état de Lithildren invitait à la sollicitude, et le tenancier n'était pas un homme mauvais ou manquant de cœur. Ainsi, pour la première fois depuis des lustres, elle avait pu se laver en profitant d'un pain de savon, objet précieux pour quiconque avait vécu ce que l'immortelle avait vécu. Le lit n'était certainement pas digne d'un prince, mais le confort d'un matelas – même de piètre qualité – surpasserait toujours celui de la pierre dure et froide d'une caverne. Lithildren était arrivée dans la soirée, et la nuit ne tarda pas à tomber sur la cité de Tharbad. Par la fenêtre de sa chambre, elle pouvait voir le soleil disparaître progressivement derrière les murs de la ville, et bientôt elle fut elle-même gagnée par le sommeil.

Au beau milieu de la nuit, cependant, elle fut réveillée par un bruit inquiétant. Un bruit discret pour qui n'avait pas l'ouïe exceptionnellement développée des Elfes, mais qui parvint tout de même à la tirer de son sommeil. En ouvrant les yeux, elle put voir une silhouette dans sa chambre, qui se déplaçait furtivement depuis la porte vers la fenêtre. Il s'agissait d'un homme, à en juger par sa démarche, qui faisait de son mieux pour se montrer silencieux.

Raté.

Il tira doucement les rideaux de la chambre, obscurcissant encore l'atmosphère, avant de se retourner vers Lithildren. Avait-il vu qu'elle ne dormait pas, ou prenait-il seulement l'initiative pour ne pas l'effrayer au réveil ? Difficile à savoir. Quoi qu'il en soit, il se mit à parler à voix basse, mais suffisamment fort pour être entendu :

- Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un comme vous vient à Tharbad.

L'homme se déplaça, et alluma une petite bougie qu'il posa sur l'unique table qui occupait la pièce. Le halo révéla son visage. Un visage que l'Elfe connaissait pour l'avoir déjà vu plus tôt dans la journée.

Gil.

Le mendiant se tenait là, mais il ne ressemblait plus guère à un ivrogne vautré au milieu de la route. Il avait retrouvé un peu de dignité, et surtout il paraissait être beaucoup plus alerte, concentré. Sa voix avait changé également, sa manière de parler aussi. Il n'était certainement plus le même homme.

- Une Elfe, rien que ça… Mais vos jolies oreilles pointues ne font pas de vous un modèle de vertu. Qui êtes-vous, et que voulez-vous ?

Alors que Lithildren remuait pour se mettre dans une position plus confortable, Gil sortit de sa poche une arme légère, une de ces petites arbalètes que l'on trouvait dans le sud. Trop peu puissante pour être utilisée sur un champ de bataille, mais idéale pour les assassins. A cette distance, et compte-tenu du fait que la jeune femme ne portait pas d'armure, le coup serait assurément mortel.

- Restez calme, et gardez les mains bien en vue, c'est compris ?

Il ne souriait pas du tout, mais à l'exception de son arme brandie, rien dans son attitude n'évoquait une quelconque agressivité. Il avait l'air… curieux. Comme s'il se demandait sincèrement qui elle était, et pourquoi elle était venue le trouver. S'il avait trouvé le moyen de s'introduire dans sa chambre à la faveur de la nuit, c'était parce qu'il voulait des réponses à ses questions au moins autant qu'elle.


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Lun 9 Juil 2018 - 19:47
Lithildren s'était tue. Sa jolie voix s'était éteinte dans sa gorge et elle aurait pu pleurer si elle avait pu.

Tout ça pour rien.

Tout ce voyage, ces sacrifices, ce temps perdu... pour rien. Elle avait du mal entendre le nom que Sadron lui avait donné. Ca pouvait être quelqu'un d'autre, quiconque, autre chose... Peut-être même pas une personne, en fin de compte, mais un nom de code ? Peu importait. L'esprit de Lithildren venait de se briser comme le verre. Un petit château de confort et de volonté franche venait de s'écrouler en elle et la profonde peine qu'elle ressentit la fit basculer sur les fesses. Ses épaules s'affaissèrent, son air perdit toute trace de joie ou d'espoir, de volonté ou de détermination.

Minée, elle referma son esprit comme l'on referme une porte après une séparation douloureuse. Elle s'était sur-estimée et s'en voulait. Son air vague ne faisait que renforcer son apparence désastreuse de vagabonde et d'errante... ce qu'elle avait été depuis très longtemps. A peine de plus de quatre siècles d'existence et aucun jour n'avait été utile à quelque chose... Tout ça avait été vain. Sa recherche de vérité, son statut d'hors-la-loi elfique, la mort de tant de gens... Tout ça pour du vent. Des rêves futiles d'une Elfe amnésique. Elle avait l'impression de n'être que bonne à retourner sur la route et à y périr sans obsèques ni honneurs funèbres. Même Oropher n'avait pas eu ce droit.

Helyes l'emmena loin de Gil. Il parlait, elle écoutait vaguement. Oui, elle serait partie le lendemain mais aucun son ne put sortir de sa bouche. Avec ce qu'elle avait enduré, un rien pouvait la satisfaire : même un bout de pain paraîtrait divin.

¤ ¤ ¤ ¤

Lithildren bénit les Valar d'avoir eut le droit à un peu de savon dans son bain. Elle resta longtemps, longtemps dans ce simple baquet d'eau tiède à peu près propre avec ce pain de savon. Elle fixa ladite chose pendant de longs instants, pensive, comme s'il s'agissait d'un cadeau des Valar en personne. Elle passa un temps infini à retirer le sang, la crasse, la boue, la sueur, tout ceci de sa peau délicate. Elle prit même le temps de laver ses cheveux comme elle le put. Et après cela, elle paressa dans ce baquet jusqu'à ce que l'eau soit gelée et qu'elle se mette à trembler de froid.

Le tenancier avait été... plus généreux qu'elle ne l'aurait espéré. Il avait trouvé pour l'Elfe des habits de cuir très simple de facture moyenne mais elle avait été absolument ravie d'avoir quelque chose de mieux que ses loques. Au moins elle se sentait habillée, à présent... Le matelas était miteux mais elle était bien plus à l'aise dans ce confort que dans une grotte...

Entourée des draps du lit, elle observa le ciel longuement. Jusqu'à ce que la nuit soit noire. Elle avait à peine mangé mais c'était suffisant. Elle s'endormit dans ce lit rapidement, bercée par une sensation de sécurité restaurée malgré son moral complètement miné par la journée.

Dans ses rêves, elle entendit des bruits. Comme une canne sur du bois. Non, des pas. Ses oreilles frémirent et elle ouvrit discrètement un oeil. La silhouette qu'elle vit la fit se tendre. A peine arrivée en ville qu'on voulait déjà l'assassiner ? Elle n'avait pas d'arme... L'Elfe attendit. Il ferma les rideaux puis alluma une lampe.

Gil.

Le perfide... Il en savait plus qu'il ne le montrait. Il ne voulait juste pas que le maréchal le sache... Futé. Lithildren devait reconnaître que le geste était habile. Il s'approcha, parla. La belle aux cheveux noirs désormais bien elfique en apparence s'assit sur le lit, enroulée dans ses draps. Elle planta son regard d'argent dans celui de Gil.

- Sadron est mort dans mes bras. En mourant, Sadron m'a dit de vous trouver, que vous comprendriez... Elle bougea pour aller chercher le journal que Sadron lui avait donnée. Il pensait que vous pourriez m'aider... Un sorcier appelé Gier a mené des fouilles dans les ruines d'une antique cité elfique et a trouvé quelque chose qui... qui le rend plus puissant que vous ne sauriez l'imaginer. Il s'est cependant enfuit avec cet anneau et... et j'ai besoin d'aide pour comprendre, savoir qui est Gier, puis le traquer et le détruire.

Lithildren baissa les yeux et serra les mains sur le journal de Gier.

- S'il vous plaît, je ne sais rien de plus que ça, croyez-moi...
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Ryad Assad
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Lun 9 Juil 2018 - 22:00
Gil fronça les sourcils, en écoutant le récit de Lithildren. Il n'aimait pas véritablement ce qu'elle lui racontait. Il n'avait été le type à croire aux contes de fée, et tout ce qui avait un lien plus ou moins proche à la magie l'effrayait. Il n'avait pas envie de finir en changé en une bête bizarre, ou bien terminer son existence esclave de la volonté d'un mage au chapeau pointu et à la longue barbe. Ça non. Il préférait encore vivre en ivrogne, au fond des rues de Tharbad. Aussi, quand l'Elfe acheva de lui parler, il resta un long moment silencieux, parfaitement immobile dans la pénombre. La bougie jetait sur son visage des lueurs menaçantes, mais paradoxalement on lisait sur ses traits marqués par la vie une forme de lassitude. Celle d'un homme qui en avait trop vu, trop fait, mais qui continuait malgré tout à accomplir son devoir avec un acharnement confinant à la folie. Ses yeux plongèrent droit dans ceux de l'Elfe, alors qu'il essayait de déterminer s'il pouvait lui faire confiance. Il n'était pas facile de jauger les gens de son espèce, mais contrairement à ses semblables, elle avait l'air moins hautaine et moins glaciale. Sans doute que les épreuves traversées avaient contribué à lui remettre les pieds sur terre. C'était souvent comme ça, avec ceux qui acceptaient de sortir de leurs jolies forêts et qui se confrontaient à la réalité de la Terre du Milieu. La violence, la mort, la guerre, et tous les malheurs qui les accompagnaient. Il fallait des épaules solides pour encaisser tout cela sans broncher, et Gil n'avait encore jamais croisé quelqu'un qui y parvînt sur le long terme. Les plus endurcis mouraient jeunes, et les plus vulnérables allaient chercher un refuge quelque part. Loin de tout. Il aurait peut-être dû faire pareil.

La femme Elfe aussi.

Elle avait l'air désespérée. Désespérée, et perdue. C'était ce qu'il avait vu dans son regard quand il lui avait dit qu'il ne connaissait pas l'homme qu'elle cherchait. Elle n'avait pas été en colère, pas agacée comme l'officier de la garde. Seulement désarmée, comme si tout à coup le centre de son univers s'écroulait. La dernière chose qui la faisait tenir sur pieds venait de disparaître, balayée, et elle n'avait pu que s'éloigner bêtement en compagnie de Helyes. En la regardant partir, Gil n'avait pas pu s'empêcher d'éprouver une pointe de curiosité.

Qui réagissait comme ça ?

Il s'humecta les lèvres, et prit une profonde inspiration, avant de lâcher sur un ton solennel :

- Je suis désolé… Je ne connais pas votre Sadron…

Désolé, il l'était sincèrement. Il avait l'impression d'infliger un nouveau choc à l'Elfe, alors qu'elle n'avait clairement pas besoin de ça. Avec ce qu'elle avait vécu, elle n'avait pas besoin d'être poussée pour tomber. Elle s'était lavée, et elle avait retrouvé un peu de dignité, mais cela ne changeait rien à la fragilité qui se dégageait de tout son être. Une petite poupée de cire, prête à rompre. Gil, conscient qu'il n'était pas utile de la menacer davantage, rangea son arme dans la poche d'où elle était sortie, et enchaîna :

- A dire vrai, je ne comprends rien à vos histoires. Des sorciers, des anneaux, des ruines… Je ne touche pas à ces choses-là, figurez-vous.

Il se dirigea vers la porte, comme s'il allait tout simplement quitter la pièce en laissant Lithildren plantée là, son journal dans les bras. Toutefois, il s'arrêta devant l'huis, et se tourna vers l'Elfe avec une mine amusée qui correspondait davantage au personnage qu'elle avait pu observer la veille :

- Par contre, je connais quelqu'un qui s'intéressera à votre baratin. Allez, venez avec moi, il nous attend.

Il avait décidé de la croire. Comme ça, spontanément. Il n'était pas payé pour avoir des raisons objectives, il était payé pour son intuition. Et son intuition était souvent bonne. Il y avait des choses qu'on ne pouvait pas expliquer, et son talent en était une. En attendant, il pressentait que l'Elfe était sincère dans son propos, et qu'elle n'essayait pas de le rouler dans la farine. Un bon point pour elle, sinon elle serait repartie avec un carreau d'arbalète en plein cœur, et des regrets d'avoir essayé de lui mentir. Il la laissa enfiler ses bottes précipitamment, et rassembler ses affaires. Elle veillait en particulier sur ce petit journal qu'elle gardait précieusement contre elle, comme un totem. Gil n'aurait pas su dire ce qu'il contenait, mais c'était de toute évidence important. Pour cette raison, il choisit de ne pas poser d'autre question à ce sujet, préférant tout simplement éviter de se mêler de ce qui ne le regardait pas.

Quand l'Elfe fût prête, il lui fit signe de le suivre discrètement, et ils quittèrent bientôt l'établissement, deux ombres dans la nuit fraîche de Tharbad. Gil était un peu plus petit qu'elle, mais ses petits pas énergiques le portaient rapidement vers l'avant, sans qu'il parût hésiter le moins du monde quant à leur destination. Il regardait par-dessus son épaule régulièrement, et fit quelques tours et détours pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis. Entre temps, il se plut à faire la conversation à voix basse, sans pour autant se laisser distraire de sa surveillance active des environs :

- Désolé pour tout à l'heure, fit-il. Vous savez… les remarques, tout ça… C'est le personnage qui veut ça…

Il haussa les épaules, bifurqua une nouvelle fois. De toute évidence, Gil ne faisait pas confiance à Helyes pour des raisons qui échappaient encore à l'Elfe. Il n'avait pas voulu parler en sa présence, même si l'officier avait semblé disposé à aider. Difficile de savoir pourquoi, mais l'histoire entre ces deux hommes n'était pas récente, et ils avaient peut-être un contentieux latent. Ou autre chose. Le mendiant continua à parler de choses et d'autres, prenant surtout soin d'indiquer à celle qui le suivait quand se baisser, quand s'arrêter, et quand se taire. Il semblait connaître chaque recoin de la ville, allant jusqu'à savoir qui dormait à quelle heure dans telle bâtisse, et qui était susceptible d'avoir l'oreille attentive au beau milieu de la nuit. La prudence ne semblait pas être un simple effet pour impressionner l'Elfe, car les deux fois où ils entendirent une patrouille approcher, Gil se montra particulièrement tendu.

Il finit par s'arrêter à l'arrière d'une maison, et plongea la main dans le fond de son pantalon sans égards pour la décence. Il en sortit une petite clé abîmée, qui lui servit à ouvrir ce qui ressemblait à la porte extérieure d'une cave. Elle mesurait moins d'un mètre de haut, et plongeait dans les sous-sols de la ville, si bien qu'ils durent se pencher largement pour pénétrer à l'intérieur. Sans attendre, Gil prit la main de Lithildren, et lui souffla :

- Baissez la tête, et ne faites pas de bruit.

L'obscurité était totale ici, au point que même les yeux de l'Elfe ne pouvaient rien discerner dans la nuit absolue qui l'entourait. Pas un rayon de lumière pour venir lui donner un aperçu de ce qui pouvait l'entourer. Le sol était meuble, probablement de la terre, mais c'était tout ce qu'elle pouvait percevoir. En tendant les doigts, elle pouvait toucher ce qui ressemblait à un mur, dont les parois avaient été taillées dans une pierre poreuse qui s'effritait facilement. Pour le reste, elle devait faire confiance à ses sens, ayant totalement perdu celui de l'orientation en plus de la vue.

- Attention à…

Il y eut un bruit de choc, et Lithildren put deviner la fin de la phrase, au moment où une poutre basse venait embrasser son front. Elle ne marchait pas assez vite pour se blesser sérieusement, mais la sensation ne devait pas être agréable. Gil n'ajouta rien, mais son silence moqueur était presque aussi éloquent que s'il avait éclaté de rire. Il la conduisit ainsi pendant un temps qui parut durer une éternité, avant de s'immobiliser finalement au milieu de nulle part. Il lui fit signe d'attendre, et lâcha la main de l'Elfe, qui tout à coup se retrouva parfaitement esseulée au milieu de nulle part, dans les ombres. Le passage s'était sensiblement rétréci depuis qu'ils l'avaient emprunté, et l'impression d'être enfermé était saisissante. De quoi raviver des souvenirs.

Il y eut bientôt quelques coups portés contre un objet en bois, et au-dessus de leurs têtes ils entendirent bientôt des bruits de pas. On s'activa à faire glisser quelque chose, puis tout à coup la lumière envahit leur boyau. Une figure féminine les observa depuis la surface, tandis que Gil, le pied sur le premier barreau d'une échelle, commençait à monter. La jeune femme, une humaine de toute évidence, lança un regard un peu méfiant à l'Elfe. Elle ne fit aucun commentaire cependant, et s'effaça pour laisser passer le mendiant qui lâcha un soupir de soulagement. Lithildren le suivit bientôt, et se retrouva dans un réduit, au milieu de tonneaux. L'un d'eux avait probablement servi à verrouiller l'entrée du tunnel secret, car la jeune fille s'appliqua à le remettre en place. Elle avait de longs cheveux roux, et quelque chose en elle respirait la tristesse et la souffrance, sans qu'il fût possible de déterminer pourquoi. Elle avait des traits beaux, mais son visage marqué par l'affliction aurait été mille fois plus attirant avec l'ébauche d'un sourire. Or, elle ne paraissait pas capable d'accomplir un geste aussi simple. En silence, elle les conduisit vers une autre pièce, à l'étage, et ils remontèrent finalement dans ce qui ressemblait à une maison plongée dans la pénombre.

Une grande maison.

Ils avaient à l'évidence quitté les quartiers les moins bien famés de la ville, et s'étaient rapprochés de son centre, là où l'on trouvait les habitants les plus fortunés et les plus riches. Cela ne semblait pas être la demeure de Gil, qui prenait soin de suivre leur hôtesse et de ne rien toucher ni salir. Il était aussi étranger à cet univers que pouvait l'être Lithildren, et il avait perdu un peu de sa superbe. La jeune femme les conduisit à travers un haut d'entrée de belle dimension, avant de les conduire dans un salon intimiste. Aussi intimiste que pouvait l'être une pièce capable d'accueillir une vingtaine de convives, naturellement. C'était un beau salon, décoré modestement mais propre et bien rangé. Un homme âgé était assis dans un fauteuil, mais il ne tarda pas à se lever en voyant approcher ses invités. Le mendiant retira son chapeau et inclina la tête devant le maître des lieux, avant de les annoncer :

- Monsieur, c'est la personne dont je vous ai parlé… Euh… Je pense qu'on peut lui faire confiance.

- Je ne doute pas de votre jugement, répondit le vieillard. Madame, j'ai cru comprendre que vous me cherchiez.

Sa phrase sonnait comme une question, mais c'était en réalité une affirmation. Il l'observait sans sourciller, pas plus impressionné par sa qualité d'Elfe que par le danger potentiel qu'elle pouvait représenter. Il en avait vu d'autres, de toute évidence, et malgré son âge il ne paraissait pas souffrir de la fatigue de devoir rester éveillé si tardivement. Il l'invita à s'asseoir, et fit signe au mendiant de les attendre dehors. La jeune femme rousse, elle, resta dans la pièce.

- C'est moi, Gil… Mon ami me sert de couverture, et me permet de filtrer les individus qui me recherchent. Vous n'imaginez pas combien de personnes courent après moi. Du thé, peut-être ?

Il sourit, et se versa une tasse, en proposant une autre à Lithildren par la même occasion.

- Maintenant que vous connaissez mon nom, aurais-je l'opportunité de connaître le vôtre ? Ainsi que la raison de votre visite, peut-être ? Je vois que vous amenez un carnet qui m'a l'air fort intéressant avec vous… je suppose que tout ceci est lié à la mort de Sadron.

Contrairement à Gil le mendiant, Gil le vieux semblait beaucoup plus affecté par cette nouvelle. Sa voix vacilla très légèrement à la mention de l'Elfe qui s'en était allé rejoindre Valinor, et il s'en expliqua brièvement :

- Je connaissais bien Sadron. Je n'aurais jamais pensé qu'il quitterait la Terre du Milieu avant moi… Dites-moi comment il nous a quitté, je vous prie. Et n'épargnez aucun détail. Je sens que vous avez en vous une longue histoire, mais je devine que si mon vieil ami vous a envoyé vers moi, cela vaut la peine que je vous écoute attentivement.

Il leva sa tasse, comme pour trinquer, passant implicitement la parole à Lithildren. Derrière cette dernière, la jeune femme rousse prit place sur une chaise, croisant ses jambes fines pour écouter le récit qui serait fait avec grande attention.

La nuit risquait d'être longue.


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Lithildren Valbeön
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Ven 13 Juil 2018 - 19:28
- Je suis désolé… Je ne connais pas votre Sadron… A dire vrai, je ne comprends rien à vos histoires. Des sorciers, des anneaux, des ruines… Je ne touche pas à ces choses-là, figurez-vous.

Elle fut déçue une fois de plus. Ses épaules s'affaissèrent à nouveau et elle baissa le regard. Donc tout espoir serait perdu ? Elle ne saurait y croire...

- Par contre, je connais quelqu'un qui s'intéressera à votre baratin. Allez, venez avec moi, il nous attend.

Uh ? Comment ? Lithildren se redressa. Elle sortit du lit et profita qu'il soit retourné pour se rhabiller à une vitesse ahurissante. Bottes, haut, pantalon, elle enfila sa nouvelle tenue avec hâte. La motivation allait et venait puisqu'elle n'avait que ça désormais à elle, pour elle. Elle refit rapidement le baluchon autour du journal pour le cacher, serrant cet objet contre elle avec une force digne d'un volonté infaillible de vivre.

Gil et elle se glissèrent dans la nuit. La fraîcheur caressa sa peau propre et elle sentit une vigueur nouvelle s'instiller au fur et à mesure qu'ils marchaient dans la nuit. Elle sourit à Gil à ses excuse, le rassurant qu'elle comprenait tout à fait. Elle se doutait bien qu'on ne pouvait guère faire confiance aux autorités, avec le monde devenant aussi fou que lors des guerres longtemps auparavant.

Ils s'arrêtèrent devant une maison. Elle regardait autour alors que Gil lui prenait la main subitement et l'entraînait avec elle. Sans y faire attention, elle se prit une poutre dans le front et lâcha un "Aïe" alors qu'elle s'était figée. Elle vit clairement l'expression de Gil. Et laissa échapper un petit rire quant à la situation quelque peu cocasse, elle devait bien l'admettre. Cela sembla détendre un peu l'atmosphère et ce ne fut pas pour déplaire à l'Elfe.

Lithildren avança avec Gil, peu rassurée. Depuis les couloirs sombres sous les ruines, elle avait du mal avec les endroits étroits et sombres. Lithildren se sentit projetée à quelques jours plus tôt, quand elle et Oropher fuyaient Gier... Elle crut ressentir la peur de la mort, l'angoisse d'être seule et enfermée, l'angoisse de ne plus voir la lumière... Cela dit, de cette expérience, elle en était ressortie avec une meilleure vision dans l'obscurité. Mais l'angoisse, elle, la prenait aux tripes. C'est pour cela qu'elle se paralysa lorsque Gil la laissa seule avec son angoisse. Elle respira, mais semblait replonger dans un état second de peur. Elle voulut soudainement hurler de peur, se rouler en boule et pleurer. Ce qui expliqua son petit cri quand elle entendit quelque chose glisser. Ça lui rappela trop cet humain hybride, changé en créature immonde, qui avait essayé de la dévorer. Elle couina, et dès qu'elle put, se jeta vers la lumière.

Lithildren se ressaisit en se raclant la gorge. Elle observa le salon avec attention, les yeux écarquillés. Elle n'avait pas vu de belle décoration depuis Imladris. Cela remontait à si loin... Enfin telle était son impression. Lithildren observa le véritable Gil, bouche bée. Les mots manquaient à l'Elfe aux cheveux de jais, qui restait sans voix face à cette... révélation. Elle s'assit, quoiqu'un peu lourdement, sur le fauteuil que lui montrait le vrai Gil. Elle cligna doucement des yeux en appréciant le soudain confort immense. Elle accepta timidement la tasse de thé et la prit doucement dans ses mains, humant la doux parfum émanant de la boisson. L'Elfe retombait à Imladris pendant sa courte période de paix intérieure.... avant de retourner dans la réalité.

Alors LUI connaissait Sadron. Elle en était à la fois soulagée et attristée. Il lui demanda d'expliquer sa venue. Son récit, en somme. Lithildren but une gorgée de thé, doucement, posant le journal sur ses genoux, de sorte que Gil le voit.

Puis elle raconta son histoire depuis la caravane des marchands d'esclaves jusqu'à la mort de Sadron, avec tous les détails morbides. Son récit était précis, complet et elle laissa traverser ses émotions dans chaque parole. Elle ne s'arrêta pas une seconde pour penser, juste pour boire un peu de son thé. Elle n'omit aucun détail, pas un seul et glissa même quelques pensées.

Son récit dura plusieurs heures... Et elle ne donna son nom qu'à la fin. Lithildren.
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Ryad Assad
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Aujourd'hui à 9:32
Pour Gil, il n'était pas d'heure trop tardive pour discuter de telles affaires. En dépit de son âge relativement avancé, il conservait un certain dynamisme, une énergie assez incroyable qui lui permettait de rester à la fois actif et concentré. Son corps lui faisait parfois défaut, et il usait plus qu'il l'aurait voulu de certaines plantes censées contrer la douleur que ses articulations lui infligeaient, mais son esprit demeurait acéré et clair. Il n'avait rien perdu de sa vivacité, et ceux qui le côtoyaient quotidiennement avaient pu relever que, depuis quelques mois, il paraissait même encore plus lucide et déterminé qu'auparavant. Des forces étaient en mouvement dans les profondeurs du monde, et comme à chaque fois il se dressait pour y faire face, rassemblant ses ressources et ses forces. Aujourd'hui, une nouvelle carte venait de se rajouter dans sa main déjà bien garnie. Une Elfe en bien piteux état, certes, mais qui semblait disposer d'informations précieuses dont il avait besoin.

Besoin pour reconstituer les faits.

Il la laissa parler sans l'interrompre, emmagasinant les données nouvelles qu'elle lui offrait sans les mettre en doute dans un premier temps. Il avait l'impression qu'elle était en train de vider un sac bien trop lourd, et pour l'heure il accordait du crédit à ses paroles. Même quand elle évoqua des événements pour le moins étranges, des affaires de sorcellerie, des hommes transformés, enragés, à l'esprit embrumé… même alors, il ne leva pas un sourcil interloqué, et il ne donna pas le moindre signe qu'il était étonné par ce qu'elle lui rapportait. Il avait vu suffisamment de choses inexplicables dans son existence pour ne pas s'émouvoir de récits qui auraient fait pleurer de terreur les gens du commun.

Tel était son fardeau.

La seule fois où il sembla détacher un instant son attention de Lithildren fut quand elle évoqua son terrible adversaire, celui qu'elle avait croisé dans les sombres couloirs d'Ost-in-Edhil. Gier. Les yeux de Gil glissèrent brièvement vers ceux de la femme rousse assise dans un coin. Elle se trouvait derrière Lithildren, laquelle fut incapable de voir le signe qu'elle adressa au vieil homme. Cela n'avait pas duré plus de quelques secondes. L'Elfe mit finalement un point final à son récit, lequel s'achevait sur une note assez sombre. Elle avait réussi à s'échapper des souterrains non sans mal, abandonnant tout ce qui comptait derrière elle, et se raccrochant sans réserve à cette « mission », au legs de Sadron qui donnait désormais un sens à sa vie. Gil pouvait comprendre. Il savait ce que l'on pouvait ressentir lorsque l'on décidait de dédier sa vie à une cause plus grande que soi-même. Les sacrifices étaient immenses, et les récompenses n'étaient pas toujours de nature à pouvoir être appréhendées par l'esprit humain. Toutefois, il savait faire ce qui était nécessaire, et Lithildren était parvenue à la même conclusion concernant sa propre existence immortel. A quoi bon fouler Arda pour l'éternité, si on ne donnait pas un sens important à sa vie ?

- Je suis désolé pour votre perte, lâcha brusquement Gil après que l'Elfe eût gardé le silence pendant quelques secondes.

Il n'avait jamais été très doué pour ce genre de choses, et il préférait largement se concentrer sur ce qui pouvait encore être fait. Les disparus n'étaient pas plus mal où ils se trouvaient, et il n'avait pas l'intention de les pleurer bien longtemps :

- Nous pleurerons les morts plus tard, je le crains. Pour l'heure, le temps joue contre nous.

Gil se leva, comme s'il avait du mal à tenir en place. Il était nerveux, agité, mais paradoxalement il arborait un léger sourire sur le visage. Il était difficile de discerner ce qui passait dans l'esprit du vieil homme. Probablement beaucoup d'idées qui s'entrechoquaient.

- Vous ne m'avez pas encore parlé de ce carnet que vous gardez près de vous… Le journal de Gier, c'est comme ça que vous l'avez appelé. Je suppose que vous l'avez lu, ou du moins feuilleté. J'aimerais savoir ce que vous en tirez, savoir comment vous l'interprétez. Vous seule avez rencontré ce « sorcier », et vous avez désormais une connexion particulière avec lui.

De nouveau son regard glissa vers la femme rousse, qui n'avait toujours pas prononcé un mot. Il s'attarda moins longtemps que la première fois, cependant. Cette fois, il ne semblait pas chercher une réponse, mais simplement à faire passer un simple message. La brève pause dans son débit sinon rapide prit fin lorsqu'il reprit :

- Je pense qu'il faut exploiter cette connexion, afin de pouvoir mettre un terme aux agissements de cet homme. Mais j'ai bien peur que ce maître des arts sombres ne représente un défi mortel, même pour quelqu'un comme vous. Il y a des forces dans ce monde que même les Elfes ne maîtrisent pas, et qui pourraient vous balayer en un clin d'œil.

Il claqua des doigts pour appuyer son récit, puis se fendit d'un sourire presque amusé :

- Alors, qu'en pensez-vous ? Vous voulez toujours vous engager sur cette voie ?

Il n'avait encore rien révélé à Lithildren, mais il lui demandait déjà de s'engager à se battre à ses côtés contre la menace que représentait Gier. Un vieil homme mystérieux, dont elle ignorait tout. Pouvait-elle réellement lui faire confiance ? Sadron le connaissait, mais cela signifiait-il qu'il était fiable pour autant ? Gil associait l'engagement de l'Elfe aux informations dont elle disposait. Si elle voulait bénéficier de ce qu'il savait et des ressources à sa disposition, elle devrait parler à cœur ouvert de ce qu'elle avait lu et compris du journal de Gier. En un mot, elle devait lui faire confiance.

Confiance.

Une telle chose existait-elle encore ici, en Terre du Milieu ?


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