Une page ne se tourne pas, elle se déchire

Aller en bas 
Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
avatar

Nombre de messages : 1998
Age : 26
Localisation : Pelargir
Rôle : Humaniste

~ GRIMOIRE ~
- -: Humain
- -: 36 ans
- -:

Sam 22 Sep 2018 - 23:16

Un bruit sec, puis un grincement. Devant les yeux de Lithildren, les immenses portes demeurèrent closes. Elle n'aurait pas le plaisir de les voir s'ouvrir péniblement, tirées par une douzaine d'hommes qui avaient la noble tâche de veiller sur ce merveilleux ouvrage. C'était un présent des Nains qui datait de la fin du Troisième Âge, une création à la fois superbe et majestueuse, et on disait que rien ne pouvait détruire ce premier rempart. Pas même la furie d'un dragon. Les murailles de la cité s'effondreraient avant cette porte, racontait-on parfois, ce qui remplissait d'orgueil ceux qui se trouvaient chargés de sa défense. Personne n'était pressé de vérifier cette légende, cela dit. En temps de paix, on idéalisait la guerre, et en temps de guerre on se prenait à trouver ce type de fables ridicules et à rêver à la paix. C'était ainsi. Toute Elfe qu'elle fût, Lithildren n'avait ni l'aura ni le rang pour que l'on ouvrît tout grand pour elle seule les portes de Minas Tirith. Elle devrait se contenter d'une poterne étroite, à peine assez étroite pour lui permettre d'entrer avec son cheval. Erelas, qui se tenait à côté d'elle, et qui n'avait pas manqué de noter son trouble, lui glissa de nouveau :

- Ne vous inquiétez pas pour le commandant Mevan. C'est un homme intelligent, et il sait que vous ne faites qu'obéir aux ordres.

Il essayait de se montrer rassurant, mais il n'y avait rien de rassurant dans son attitude crispée et ses traits tirés, pas davantage que dans le discret soupir de résignation qu'il poussa en faisant aller sa monture. Il aurait dû être heureux de retrouver le calme de la Cité Blanche et la protection des épais murs de pierre sombre qui entouraient le premier cercle. Au lieu de quoi, il paraissait las, peu pressé d'entrer de nouveau dans la gueule du loup. Il précéda Lithildren, non pas qu'il manquât de courtoisie, mais il était préférable qu'il parlât aux hommes pour éviter un bête incident diplomatique. Alors qu'il pénétrait à l'intérieur de la cité, plusieurs gardes se massèrent près de lui et l'aidèrent à descendre, prenant soin de son cheval et le pressant de questions. Il les apaisa d'un geste et leur expliqua :

- Je viens accompagné de Dame Lithildren, et son entrée dans la cité est une décision que j'assume personnellement. Occupez-vous de son cheval, et traitez-le bien.

Les hommes obtempérèrent, habitués à obéir. Dans ces circonstances, avec l'inquiétude qui se lisait sur leurs visages, ils ne souhaitaient pas défier l'autorité d'un gradé. Ils avaient besoin d'être guidés, et pour beaucoup la présence d'une représentante des Eldar était inspirante, voire réconfortante. L'un d'eux s'avança même vers Lithildren en lui soufflant :

- Merci d'être venue nous aider…

Il n'en dit pas davantage, et elle n'eut pas le temps de le questionner. Erelas régla quelques affaires administratives auprès des hommes, mais sa seule présence empêcha les questions trop gênantes, et l'Elfe fut autorisée à garder ses armes : un privilège exceptionnel au sein de la Cité Blanche. L'officier jugea tout de même utile de préciser à la guerrière :

- La politique du général Cartogan est extrêmement stricte : seuls les hommes du roi peuvent porter les armes au sein de la cité. Je ne vous forcerai pas à laisser vos effets en consigne auprès de la garde, mais peu importe où vous dormirez, arrangez-vous pour y laisser votre équipement. Je ne pourrai pas intercéder en votre faveur si vous êtes prise par une patrouille.

Ils s'éloignèrent des portes, et prirent la direction de la grande avenue qui serpentait à travers Minas Tirith en s'élevant entre les différents niveaux. La ville tout autour d'eux était superbe, et son architecture ne pouvait que rendre admiratif l'esprit ouvert et curieux. Tout semblait avoir été sculpté à même le roc par un artiste insensé, qui se serait donné pour objectif de créer une véritable fourmilière gigantesque. Partout on retrouvait le style typique des núménoréens : des bâtiments de d'une pierre taillée belle et blanche, de grandes et nobles arches aux courbes voluptueuses qui s'ouvraient sur des cours pavées où chantait l'eau d'une fontaine, des chapiteaux historiés figurant des motifs lissés par les éléments, et dont le sens originel s'était perdu avec les âges. Il y avait dans la cité quelque chose de majestueux, d'imposant, pour ne pas dire d'écrasant. Il était difficile de ne pas être charmé par la splendeur de la capitale du grand royaume des Hommes, mais comment ne pas se sentir tout petit face à tant de majesté ?

Ce qui frappait sur le chemin de Lithildren était peut-être l'absence quasi totale de civils, à quelques rares exceptions près. Il y avait bien des serviteurs qui allaient ici ou là, des pages qui s'occupaient des chevaux et qui entretenaient les armes, des messagers qui couraient porteurs de nouvelles d'importance, mais c'était bien tout. On ne voyait ni femmes, ni enfants, ni vieillards, ni marchands… rien de ce qui composait ordinairement le premier cercle de Minas Tirith. Ce peuple grouillant et plein de vie qui s'activait chaque jour, et donnait son caractère à la ville. Ces vieilles rombières qui scrutaient d'un œil malin les marchandises venues de loin, ces gamins des rues qui couraient et délestaient les moins prudents d'une bourse trop bien remplie, et ces crieurs publics qui amenaient les nouvelles d'un bout à l'autre de la cité, chantant parfois quelques chansons dans une atmosphère souvent guillerette, parfois même franchement joviale.

Où étaient-ils tous passés ?

Il n'y avait là que des soldats, qui semblaient venir de tous les horizons. Ils s'étaient rassemblés par lieu d'origine, et en passant Erelas salua personnellement deux ou trois hommes qui venaient de la Vallée du Morthond. Des hommes assez austères, pour ne pas dire sinistres, qui ressemblaient davantage à des forestiers qu'à de beaux bourgeois. Ils portaient tous l'arc, et beaucoup d'entre eux avaient la barbe fournie. Il y avait également des contingents du Lamedon, envoyés au nom du seigneur Lodewik. Ces hommes paraissaient nombreux, et ils portaient fièrement les couleurs de leur suzerain, mais ils semblaient jeunes et assez peu expérimentés. Des recrues vaillantes, mais dont l'enthousiasme s'était mué en une morosité presque affligeante. Ils erraient comme des âmes en peine, et semblaient attendre le moment de rentrer chez eux. Ils regardèrent passer Lithildren avec une pointe d'intérêt dans le regard, se demandant si cette Elfe était là pour leur apporter des nouvelles réjouissantes, la fin du conflit peut-être… Mais puisqu'elle ne s'arrêta pas devant eux, ils retombèrent dans l'ennui.

Erelas conduisit Lithildren à travers la foule de soldats, et il l'emmena à la conquête de la Cité Blanche. L'Université de Minas Tirith ne se trouvait pas dans le premier cercle, et ils devaient monter pour la rejoindre. En passant, l'Elfe eut un aperçu du dispositif de défense impressionnant déployé par le Gondor. Des archers se massaient à chaque croisement, bloquant les artères principales de la ville, prêts à canaliser le flot d'assaillants dans un piège mortel. Entrer à Minas Tirith était déjà un véritable exploit, mais comment ensuite se frayer un chemin à travers ces rues surplombées par des tireurs aguerris prêts à décocher leurs flèches. Les portes intermédiaires étaient ouvertes pour permettre une circulation fluide, mais au moindre signe de danger elles seraient fermées pour de bon, et défendues bec et ongles par des dizaines d'hommes armés jusqu'aux dents. La forteresse paraissait véritablement imprenable… alors pourquoi cette agitation fébrile ? Elle était palpable, et on pouvait sentir chez tous les hommes du rang une forme d'angoisse latente. Ils attendaient, économisaient leurs forces, sans se laisser aller à se détendre tout à fait. Lithildren n'aurait pas la réponse à sa question, car déjà ils arrivaient devant l'Université.

Ils y rencontrèrent un serviteur, un jeune garçon qui ne devait pas avoir plus de quinze ou seize ans. Il était habillé d'une belle toge bien lisse, et portait sous le bras des livres qu'il devait probablement étudier pour une classe. Quand Erelas et Lithildren s'approchèrent de lui, il s'efforça de dissimuler sa surprise, et lança d'une voix où perçait l'assurance de ceux qui ont appris depuis tout jeune les règles pour se tenir en société :

- Madame, monsieur, je m'appelle Reinil. Que puis-je faire pour vous aider ?

Erelas, qui avait lui-même reçu une très bonne éducation, savait comment mettre leur jeune ami à l'aise tout en obtenant ce qu'il voulait. Il répondit simplement :

- Enchanté Reinil, je suis le capitaine Erelas, et voici Dame Lithildren. J'aurais besoin que vous apportiez quelques renseignements à cette dernière, et que vous veilliez personnellement à répondre à tous ses besoins. Il s'agit d'une affaire d'État.

Cette dernière phrase poussa immédiatement le jeune étudiant à se redresser, et ses yeux s'agrandirent de surprise. Une affaire d'État ? C'était une chose à ne pas prendre à la légère, et il ne voulait pas se déshonorer en manquant à son devoir. Sa réponse fut de circonstance :

- Je veillerai sur elle, capitaine. Comment puis-je vous aider ?

Ce fut Erelas qui répondit encore une fois :

- Trouvez-lui un lit, et montrez-lui les appartements de monsieur Nallus. Puis, se tournant vers Lithildren, il ajouta : Je vous laisse en compagnie de Reinil. Demandez après moi quand vous aurez du nouveau.

Reinil inclina la tête respectueusement en voyant Erelas s'éclipser, avant de revenir à Lithildren. Il lui adressa un sourire avenant, avant de lui déclarer :

- J'ai bien peur d'être plus doué pour lire le sindarin que pour le parler. Cela vous dérange-t-il si je m'adresse à vous en annúnaid ?

Il s'agissait d'une marque de politesse, car bien que les Elfes fussent très fiers de leur noble et belle langue, il n'était pas rare de les voir grincer des dents en entendant les Hommes écorcher les sonorités mélodieuses de leur superbe idiome. Reinil ne manquait pas absolument de talent en la matière, mais il aurait détesté se montrer inconvenant avec une invitée de qualité comme pouvait l'être Lithildren. Il conduisit cette dernière à travers l'Université, qui se trouvait être un endroit tranquille et reposant parsemé de petits jardins intérieurs. Quelques érudits discutaient entre eux, ici ou là, mais ils ne croisèrent pratiquement personne. Reinil s'en expliqua :

- D'ordinaire, il y a davantage de professeurs et d'étudiants, mais depuis que la cité est fermée, il n'y a pratiquement plus personne. J'espère que tout cela se terminera bien vite, et que vous pourrez voir Minas Tirith telle qu'elle est vraiment, quand tout ira mieux. Étiez-vous déjà venue dans la Cité Blanche auparavant ?

Sa question était innocente, mais il avait vu Lithildren observer autour d'elle avec une pointe de curiosité, et il n'avait pas pu s'en empêcher. Il était curieux, il aimait faire la conversation, et il y avait une forme de douceur tranquille et rassurante dans son attitude. Il semblait parfaitement déconnecté du monde, et on devinait déjà chez lui l'attitude contemplative de ses aînés, absorbés dans la connaissance au point d'en oublier parfois les réalités du monde. Leurs pas les emmenèrent bientôt vers une aile pratiquement déserte, où s'alignaient un grand nombre de portes. Reinil, qui semblait connaître les lieux parfaitement, toqua à une porte, et demanda à un homme s'il pouvait avoir une chambre pour Lithildren. Il expliqua brièvement la situation, mentionnant Erelas et sa mission, ce qui suffit à convaincre l'intendant de lui donner une clé. Il revint vers l'Elfe en lui tendant ladite clé, et lui expliqua :

- Votre chambre est juste ici, je vous en prie. Tandis qu'elle s'y introduisait et faisait quelques pas à l'intérieur, il ajouta : Le confort y est rudimentaire, mais invités et étudiants sont tous logés ainsi. Nous n'avons pas de bains pour femmes, mais je viendrai vous apporter un baquet d'eau chaque matin si vous le souhaitez. Quant aux repas, nous les prenons en commun dans la grande salle, là-bas. Si vous préférez vous isoler pour manger, je peux toutefois vous les apporter afin que vous mangiez au calme.

Il lui expliquait les règles avec une simplicité et une amabilité sincère, comme s'il lui ouvrait les portes de sa propre maison. Il fallait dire que pour Reinil, cet endroit était comme une seconde demeure, et c'était la raison pour laquelle il était encore là alors que bien d'autres avaient quitté l'Université en ces temps troublés. Il ne pouvait pas les blâmer, mais il n'avait pas pu se résoudre à partir. Alors que Lithildren enregistrait ces informations et déposait ses affaires, le jeune homme intervint de nouveau :

- Le capitaine Erelas m'a indiqué que vous souhaitiez voir monsieur Nallus… Je… Vous devez savoir qu'il a été arrêté il y peu. Une affaire terrible, qui a beaucoup choqué notre communauté. Je n'avais encore jamais vu les hommes du roi pénétrer ainsi dans ces lieux. En son absence, peut-être souhaitez-vous parler à quelqu'un d'autre ? Ou moi-même, bien sûr, si je peux répondre à vos questions.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

Spoiler:
 


Dernière édition par Ryad Assad le Lun 8 Oct 2018 - 10:30, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lithildren Valbeön
Cavalière libre
Cavalière libre
avatar

Nombre de messages : 251
Age : 20
Localisation : Minas Tirith
Rôle : "Dernière Gardienne d'Ost-in-Edhil"

~ GRIMOIRE ~
- -: Elfe Noldo
- -: ~ 400 ans
- -:

Dim 23 Sep 2018 - 11:43
La Noldo leva les yeux vers les immenses portes de Minas Tirith. Elle ne se rappelait pas qu'on lui ait déjà vanté les mérites de la ville, de ses murs ni de ses portes, cela dit les voir ainsi inspirait la sécurité. On aurait dit une mère prête à défendre son enfant. L'Elfe imaginait les portes de la cité s'ouvrir et laisser défiler des milliers de personnes désireux de visiter ou marchander à l'intérieur des murs. Au lieu de quoi, elle fut accueillie par une porte étroite à laquelle elle dû se baisser pour passer.

Erelas se fit immédiatement entouré par des hommes l'aidant à descendre, le pressant de questions, s'occupant de son cheval. Tout homme de son rang se sentirait fier d'un tel traitement mais lui semblait si las et tiré à quatre épingles qu'elle se demandait s'il n'abandonnerait pas son rôle pour une vie plus calme et loin des potins politiques, des tensions et de la guerre. Les vétérans savaient parfois quand se retirer et aujourd'hui n'était pas l'heure à cela.

- Je viens accompagné de Dame Lithildren, et son entrée dans la cité est une décision que j'assume personnellement. Occupez-vous de son cheval, et traitez-le bien.

Ils opinèrent du chef comme un seul et vinrent prendre soin de la pauvre bête épuisée par un long voyage. Ce cheval n'était guère habitué au traitement que Lithildren lui avait donné et il devait être heureux de prendre du repos. Un repos bien mérité, pensa la Noldo. Elle tiqua légèrement lorsque l'un des hommes lui glissa doucement : "Merci d'être venue nous aider…" avant de s'éloigner aussi sec. Elle voulut l'interrompre mais n'en fit rien. Si elle commençait déjà par poser trop de questions, elle n'était pas sûre de faire long feu. Au moins cela confirmait sa crainte que quelque chose de pas net et d'effrayant se tramait dans les murs de Minas Tirith.

L'Elfe resta immobile dans son coin, isolée, à patienter. Erelas finissait quelques formalités bien humaines. On lui autorisa à garder son épée, son arc et ses flèches malgré la situation. Elle nota que cela, bien qu'elle en soit satisfaite, était très étrange. Un décalage par rapport à la situation mais aussi un piège pour elle. Si on venait à l'attaquer, on pouvait sans le moindre doute l'accuser de maux, d'attaques ou même de meurtre. Ou de tentative de meurtre. Lithildren pensait à toute allure, sachant pertinemment qu'elle aurait de moins en moins de temps à mesure qu'elle s'approcherait du but ou de la vérité.

- La politique du général Cartogan est extrêmement stricte : seuls les hommes du roi peuvent porter les armes au sein de la cité. Je ne vous forcerai pas à laisser vos effets en consigne auprès de la garde, mais peu importe où vous dormirez, arrangez-vous pour y laisser votre équipement. Je ne pourrai pas intercéder en votre faveur si vous êtes prise par une patrouille.

Elle hocha de la tête. Elle se sentirait mieux si ses armes restaient à la Société des Chercheurs mais... Celle-ci lui inspirait de moins en moins confiance. Elle laissa cette pensée pour plus tard et suivit Erelas dans la Cité.


Lithildren se retrouva à la fois fascinée et rebutée par la majesté de Minas Tirith. La beauté de son architecture, la délicatesse de son organisation, la finesse des gravures et sculptures laissèrent l'Elfe sans voix. Une pointe de curiosité infantile passa dans son regard. Elle trouvait cela beau... mais étouffant. Parmi la hauteur des murs elle se sentait écrasée, minuscule, insignifiante. Elle avait beau être d'une taille proche par rapport à la plupart des hommes Humains, elle ne comprenait pas comment ils pouvait supporter cette sensation de petitesse entre ces murs.

Mais surtout elle fut frappée par l'absence de civils. Elle ne vit que des pages, domestiques, messagers courir furtivement, passer en coup de vent dans les rues. Ils ne restaient pas dehors, sûrement pour éviter la quantité faramineuse de soldats dans les rues. Elle ne situait pas d'où venaient certains contingents mais savait qu'ils n'étaient guère du coin. Entre les bourrus archers et les jeunes inexpérimentés, elle avait une pointe de crainte qui naissait dans son être. Le premier cercle n'était que cela, des soldats à perte de vue.

A force de monter elle put voir les défenses organisées de la Cité. Des archers à tout va, postés à s'ennuyer et veiller que personne ne monte. Depuis combien de temps étaient-ils là à patienter, à attendre un siège ? Avaient-ils envie que cela se produise à force d'attendre ou voulaient-ils quitter leur poste par ennui ? Lithildren se surprit à analyser la situation : entrer en ville était un exploit, mais il fallait ensuite passer ce mur de flèches. Et comment sortir ? La question la frappa : comment allait-elle sortir d'ici ? De face, les archers ne se risqueraient guère à la viser mais de dos ? Si elle sortait, ne se prendrait-elle pas une flèche dans le dos ? Bah, inquiétude prématurée et inutile.

A force de réfléchir elle se retrouva devant l'Université. Elle observa la bâtisse et déglutit discrètement. Les choses sérieuses allaient bientôt commencer. Le jeune garçon qu'ils croisèrent et s'arrêta pour eux surprit l'Elfe. Elle ne s'attendait guère à voir un si jeune enfant dans un endroit si... enfin, dans un tel endroit. Mais poli et droit, il s'adressa sans crainte à eux.

- Madame, monsieur, je m'appelle Reinil. Que puis-je faire pour vous aider ? demanda-t-il avec une assurance juvénile.
- Enchanté Reinil, je suis le capitaine Erelas, et voici Dame Lithildren. J'aurais besoin que vous apportiez quelques renseignements à cette dernière, et que vous veilliez personnellement à répondre à tous ses besoins. Il s'agit d'une affaire d'État.

Lithildren haussa un sourcil, de manière très légère. Mais elle le rebaissa aussitôt en observant le garçon.

- Je veillerai sur elle, capitaine. Comment puis-je vous aider ?
- Trouvez-lui un lit, et montrez-lui les appartements de monsieur Nallus.

Le Capitaine souffla des directives à Lithildren avant de s'éloigner. Reinil et Lithildren firent un signe de respect vers le Capitaine avant de se regarder l'un l'autre.

- J'ai bien peur d'être plus doué pour lire le sindarin que pour le parler. Cela vous dérange-t-il si je m'adresse à vous en annúnaid ?
- Faites donc ainsi, je ne tiens pas à parler en sindarin.

La réponse sembla surprendre Reinil. Une Elfe refusant de parler sa langue ? Et puis surtout, quel ton neutre, monotone, comme mort ! Il effaça pourtant bien vite sa surprise, voire son choc, pour la guider afin de respecter la parole du Capitaine et accomplir son devoir. Il la guida dans l'Université, dont l'atmosphère reposa profondément Lithildren par rapport au reste de la Cité ou du monde. Un havre de paix en temps de guerre. Elle se détendit et observa autour d'elle, silencieuse.

- D'ordinaire, il y a davantage de professeurs et d'étudiants, mais depuis que la cité est fermée, il n'y a pratiquement plus personne. J'espère que tout cela se terminera bien vite, et que vous pourrez voir Minas Tirith telle qu'elle est vraiment, quand tout ira mieux. Étiez-vous déjà venue dans la Cité Blanche auparavant ?
- Non.

La réponse était laconique et sans conviction. La voix de Lithildren s'était légèrement adoucie pour s'adresser à Reinil. Il n'était qu'un enfant, après tout. Ils continuèrent d'avancer dans l'Université jusqu'à une elle déserte. Reinil passa un petit moment à demander une clé pour l'Elfe et la lui tendit, l'emmenant devant la chambre correspondante.

- Votre chambre est juste ici, je vous en prie. Le confort y est rudimentaire, mais invités et étudiants sont tous logés ainsi. Nous n'avons pas de bains pour femmes, mais je viendrai vous apporter un baquet d'eau chaque matin si vous le souhaitez. Quant aux repas, nous les prenons en commun dans la grande salle, là-bas. Si vous préférez vous isoler pour manger, je peux toutefois vous les apporter afin que vous mangiez au calme.
- Je prendrais simplement mes bains si personne ne se trouve dans ceux des hommes. Surtout parce que l'endroit est presque vide. Pour les repas, je tâcherais de me mêler à vous.

Elle parlait d'un ton las, plutôt lent. Il y avait chez l'Elfe un manque cruel de volonté : Reinil ne pouvait cela dit pas deviner s'il s'agissait d'un manque de volonté de vivre ou d'accomplir son devoir. Peut-être était-ce les deux. En tout cas, il ne releva pas l'attitude molle de la Noldo, qui déposa ses affaires encombrantes. Ses armes se retrouvèrent sur son lit, tout comme les éléments de sa tenue qui étaient en trop. La clé finit dans le même endroit que la statuette qu'elle gardait précieusement cachée. Lithildren soupira doucement.

- Le capitaine Erelas m'a indiqué que vous souhaitiez voir monsieur Nallus… Je… Vous devez savoir qu'il a été arrêté il y peu. Une affaire terrible, qui a beaucoup choqué notre communauté. Je n'avais encore jamais vu les hommes du roi pénétrer ainsi dans ces lieux. En son absence, peut-être souhaitez-vous parler à quelqu'un d'autre ? Ou moi-même, bien sûr, si je peux répondre à vos questions.

Elle regarda Reinil et se rappela ce que Chance lui avait dit : elle devait bien faire confiance à quelqu'un. Le garçon semblait loin de tout, déconnecté du monde et d'une adorable candeur. Sa naïveté le tuerait sans doute mais il n'avait rien ni d'un idiot ni d'un menteur. Plutôt un béat contemplatif plongé dans un musée de la connaissance. Lithildren se tourna complètement vers Reinil et inspira un grand coup. Elle parut soudain grandir, prendre plus d'assurance alors qu'elle mettait ses mains sur les hanches et affichait un air décidé.

- Je sais pour Nallus. C'est pour lui que je suis ici. Ecoute, Reinil. Je vais avoir besoin d'aide. De ton aide, pour être précise. Je crois que Nallus est au coeur d'un complot qui vise à le faire taire et je dois à tout prix découvrir les vraies raisons de son emprisonnement. Il n'est pas un traître mais quelqu'un veut lui faire porter le chapeau. Je vais avoir besoin de renseignements mais surtout d'avoir accès à ses appartements, documents, effets et tout ce qui se rapporte de près ou de loin à Nallus.

Elle marqua une pause le temps qu'il assimile sa demande. Lithildren alla vérifier que personne n'écoutait aux portes puis referma ladite porte convenablement.

- Et je vais te demander un grand service. Si on te demande la raison de ma venue, dit simplement que j'ai besoin de savoirs pour des raisons que tu ignores. Il y a tellement de choses étranges qui se déroulent en dehors des murs de l'Université mais aussi de la Cité... Elle fit un geste de la main. Donc je résume : j'ai besoin d'informations et de l'accès à tout ce qui concerne Nallus.

Elle marqua une nouvelle pause et inspira. La belle aux cheveux de jais et aux yeux d'argent s'assit et invita Reinil à faire de même. Cela allait sans doute être long, mais surtout cela serait bien plus confortable.

- Comment était Nallus avant son arrestation ? Tu l'as pensé nerveux, étrange, plus solitaire, plus sec et froid ? Ou tout à fait normal ? Aussi, connais-tu la Fraternité de Yavannamirë ? Ou juste entendu parler ? Ou connais-tu peut-être un érudit qui en saurait davantage ? Et que sais-tu de l'arrestation de Nallus ? Les raisons, comment ça s'est passé ? Nallus a-t-il dit ou fait quelque chose avant ou après son arrestation ? Elle fit une pause, encore. Et pour finir, pourquoi la ville est-elle aussi vide ? Que se passe-t-il à Minas Tirith ?

Elle attendit patiemment les réponses de Reinil, ses yeux argentés braqués sur lui.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
avatar

Nombre de messages : 1998
Age : 26
Localisation : Pelargir
Rôle : Humaniste

~ GRIMOIRE ~
- -: Humain
- -: 36 ans
- -:

Lun 24 Sep 2018 - 15:33
L'attitude de Lithildren ne laissait pas Reinil indifférent. Il avait déjà eu l'occasion d'apercevoir des représentants des Eldar, notamment lors du mariage royal, et bien qu'ils eussent toujours en eux cette mélancolie qui les saisissait parfois, ils savaient également se montrer rieurs et ouverts. L'Elfe que lui avait confiée le capitaine Erelas n'était rien de tout cela. Elle semblait transpercée par une peine incommensurable qui l'écrasait de tout son poids, et la tirait vers un passé auquel elle n'arrivait pas à s'arracher. Il l'entendait dans ses réponses à la fois froides et laconiques, qui auraient peut-être dû l'inciter à la laisser tranquille. Mais au fond, le jeune étudiant sentait qu'elle avait besoin de compagnie. Il n'imaginait pas pouvoir la faire sourire de nouveau, même s'il l'espérait secrètement, mais il devinait que la solitude serait pire pour elle. Il essaierait de l'aider de son mieux, et de faire une bonne action.

En lui présentant l'Université, il avait senti qu'il y avait une elle une pointe de curiosité étouffée sous une lassitude inquiétante. Il n'avait pas jugé utile de relever, et s'était contenté de lui expliquer le fonctionnement des lieux en espérant susciter chez elle une réaction. La perspective d'un bon bain chaud et d'un repas en compagnie d'éminents intellectuels n'avait pas semblé la transporter de joie, et elle avait répondu avec simplicité en se comportant comme une invitée modèle : soucieuse de ne pas déranger la vie de la communauté et de s'adapter autant que possible. Reinil ne pouvait qu'apprécier cet effort. Le jeune garçon commençait à désespérer de jamais réussir à lui changer les idées, mais ce fut en réalité lorsqu'il crut la décevoir en lui expliquant que Nallus ne se trouvait pas ici que l'Elfe sembla retrouver une énergie soudaine.

Il pensa d'abord qu'elle allait lui faire une remontrance, ce que suggérait son attitude décidée, mais lorsqu'il entendit les paroles qu'elle prononça il changea bien rapidement d'avis. Non seulement elle n'avait pas envie de le réprimander, mais en plus elle avait besoin de lui. Personnellement. Il haussa les sourcils jusqu'à la racine de ses cheveux, à la fois curieux et sincèrement effrayé par la nature de la situation que lui décrivait l'Elfe. Un complot, des individus qui voulaient faire porter le chapeau au professeur Nallus… C'était l'avis général dans la communauté universitaire, mais personne n'avait d'éléments tangibles pour étayer un tel propos. Que Lithildren fît preuve d'une telle conviction alors qu'elle venait seulement d'arriver dans la cité donnait soudainement un espoir à Reinil, qui souhaitait ardemment voir la situation rentrer dans l'ordre. Il balbutia, hébété :

- M-Mais… Qui pourrait faire une chose pareille ? Et pourquoi ?

Il observa Lithildren fermer la porte, non sans s'être assurée que personne ne les écouterait, et revenir vers lui avec l'air fermé qu'ont les adultes lorsqu'ils doivent régler des problèmes complexes. Reinil ne s'était jamais senti aussi jeune qu'en cet instant. La première chose qu'il devait faire était simple : tenir sa langue. Le jeune garçon avait appris depuis bien longtemps à se tenir et à respecter l'autorité, si bien qu'il se contenta de hocher la tête. Il ne dirait pas un mot des raisons réelles de la venue de l'Elfe au sein de la capitale du Gondor.

- Des informations… fit-il alors qu'elle l'invitait à s'asseoir. Que pourrais-je vous dire ?

L'Elfe savait de toute évidence ce qu'elle cherchait, car elle lui asséna des questions à la fois précises et suffisamment larges pour lui laisser le temps de développer ses réponses. Il s'efforçait de donner autant d'informations que possible, comme un élève récitant une leçon apprise par cœur auprès d'un professeur attentif. L'exercice n'était pas nouveau pour lui, et lorsqu'il eût digéré sa nervosité, les mots se mirent à glisser plus naturellement sur ses lèvres.

- J'ai vu le professeur Nallus quelques temps avant que les soldats entrent dans l'Université pour se saisir de lui. Il m'a salué naturellement, et nous avons échangé quelques mots sur mes cours. Il m'a paru très normal, et je crois qu'il était sincèrement surpris par l'arrivée des hommes du roi Mephisto.

Il essaya de se souvenir d'un détail particulier, mais rien ne l'avait marqué alors. Il connaissait bien Nallus pour avoir étudié sous son patronage pendant plusieurs années, et il était persuadé qu'il aurait remarqué si quelque chose avait changé chez lui. Il l'avait déjà vu soucieux, préoccupé par des questions importantes, mais quand il l'avait croisé aucun pli soucieux ne barrait son front. Il avait même l'air d'aller très bien. Sa surprise lors de son arrestation témoignait du fait qu'il ne s'y attendait pas davantage que ses collègues, et cela pouvait peut-être jouer en sa faveur lors d'un procès. Mais c'était bien maigre.

- La Fraternité de Yavannamirë ? Cherchez-vous aussi à savoir de qui il s'agit ?

Il marqua une brève pause, mais devant la réaction de Lithildren il jugea opportun de lui donner davantage de détails sur le champ :

- Le professeur Nallus appartient à un cercle que nous appelons communément la Société des Chercheurs. Je… J'apporte mon aide modestement pour certains de leurs travaux, surtout depuis que la plupart des étudiants ont déserté l'Université. La Fraternité de Yavannamirë occupait beaucoup le professeur, et il avait réussi à décoder certains de leurs documents. Voudriez-vous les voir ?

De toute évidence, cela intéressait particulièrement Lithildren, mais elle choisit d'abord de lui poser toutes ses questions avant de se presser vers la salle où rassemblait la Société des Chercheurs. Un endroit où travaillaient quelques érudits, mais qui avait été largement abandonné depuis les récents événements à Minas Tirith. La question suivante portait sur les circonstances de l'arrestation du professeur Nallus, et Reinil puisa dans sa mémoire pour essayer d'en dresser un portrait aussi fidèle que possible :

- Ils sont arrivés au beau milieu de la journée. Toute une compagnie de gardes en armures, qui ont bloqué toutes les issues et ont refusé de répondre à nos demandes. Nous voulions qu'ils quittent les lieux, naturellement, mais leur officier supérieur était déterminé à trouver le professeur Nallus. Ils se sont rendus jusque dans ses appartements privés, et ils lui ont intimé de sortir. Comme il tardait à obtempérer, ils ont enfoncé la porte, se sont saisis de lui, et l'ont emmené sans ménagement et devant toute la communauté. Nous avons bien entendu protesté, mais ils n'ont rien voulu savoir, en déclarant qu'ils agissaient « sur ordre du général Cartogan ». Je ne crois pas que le professeur Nallus ait dit ou fait quoi que ce soit de spécial, à part protester tout naturellement pour qu'on le relâche, et demander des explications aux gardes qui se sont refusés à lui en donner. Ce n'est que le lendemain, après que les professeurs émérites aient été porter l'affaire devant les plus hautes instances, qu'ils sont revenus pour nous dire que le professeur était accusé de trahison. Personne n'a cru à cela, évidemment, et depuis lors nous essayons d'obtenir l'oreille du général, mais il semble ne pas vouloir revenir sur sa décision.

Sa réponse laissa planer un silence pesant entre eux. Lithildren paraissait réfléchir, emmagasiner les informations pour se faire une représentation mentale de la situation. A chaque fois qu'elle intégrait un nouvel élément, elle devait le faire entrer en résonance avec ce qu'elle savait auparavant, confronter les données, et essayer de faire émerger une certaine logique de tout ce chaos. Son ultime question, quant à elle, semblait s'écarter de l'enquête qu'elle menait au sujet de Nallus, mais n'était-ce pas finalement l'élément le plus inquiétant et le plus surprenant ? Cette absence de gens dans la cité, ce mystère permanent au sujet de ce qu'il s'y passait ?

Reinil s'assombrit brusquement, et il se mit à serrer ses mains nerveusement. Tout à coup la pièce lui semblait oppressante et glaciale. Il avait besoin d'air.

- Puis-je vous répondre pendant que nous allons vers la Société des Chercheurs ?

Il était devenu blême.

Ils se levèrent tranquillement et quittèrent la chambre de Lithildren. Reinil semblait respirer de nouveau, et il leva les yeux vers le ciel d'un bleu immaculé, sans le moindre nuage. Il aurait voulu être un oiseau. Vérifiant que l'Elfe était bien sur ses talons, il la conduisit à travers les couloirs déserts de l'Université, lâchant au bout d'un moment :

- Si je vous le dis, promettez-moi de n'en rien dire à personne. Dame Lithildren, j'ai besoin de votre parole.

Il était sincèrement préoccupé, et il était évident qu'il se refuserait à dire un mot tant qu'elle n'aurait pas prêté serment. Il attendit qu'elle le fît avant de poursuivre :

- J'ai surpris une conversation que je n'aurais jamais dû entendre, et je connais une vérité que beaucoup supposent sans avoir de preuves… Si la ville est ainsi, c'est à cause de l'épidémie.

Il n'avait pas trouvé de meilleure formulation, d'euphémisme qui aurait pu atténuer le poids de ses paroles lourdes de sens et de conséquences. Il leva vers l'Elfe des yeux où perçait une lueur de désespoir, et où on lisait toute sa jeunesse et son innocence. En dépit de sa grande maturité, il était terrifié.

- Les bêtes et les hommes y succombent aussi bien, et les Maisons de Guérison seraient déjà débordées avec les patients. On dit que ceux qui sont touchés n'y survivent pas, que même Dalia Ronce n'aurait pas trouvé la solution à ce mystère. On murmure des choses ici ou là… qu'on aurait décidé d'abréger les souffrances des malades pour qu'ils ne contaminent personne d'autre. On brûlerait les corps, on ferait disparaître les preuves. Aucun ordre d'évacuer la cité n'a été donné, et l'armée contrôle toutes les allées et venues…

Il se rendit compte que sa voix tremblait, et essaya de retrouver la maîtrise de ses nerfs.

- Si le peuple l'apprend, ce sera la panique… On pourrait vouloir quitter Minas Tirith, et alors peut-être que le mal se répandrait dans tout le royaume. Et si l'armée l'apprenait… Ce serait le chaos. On raconte que c'est une malédiction des Orientaux de Cair Andros : un sortilège qu'ils auraient jeté sur la cité pour tuer tous ceux qui se trouveraient à l'intérieur, et ensuite s'emparer de la ville.

Reinil soupira profondément. Il savait que le portrait qu'il dressait était particulièrement sombre, et il choisit de le nuancer en donnant davantage de détails à l'Elfe. Le général Cartogan avait pris des mesures pour mettre la population en sécurité au troisième niveau, et il avait laissé carte blanche à Dalia Ronce pour organiser leur répartition. Cette dernière avait été particulièrement active, et elle avait divisé les habitants en petits groupes, qui se logeaient dans des édifices publics en attendant l'assaut. Il ne restait à Minas Tirith que ceux qui n'avaient pas fui la cité aux premières heures du conflit, soit qu'ils avaient été piégés dans la ville, soit qu'ils avaient souhaité rester et se battre au sein de la milice urbaine. Il y avait donc de la place pour tout le monde. Outre les mesures prises par Dalia Ronce, la maladie semblait ne pas se répandre comme le feu sur la paille, et elle progressait lentement quoique sûrement. Mais cela n'avait rien de rassurant, car tant que la menace orientale resterait présente à Cair Andros, ils resteraient confinés entre les murs de la cité à attendre d'être décimés.

Ils arrivèrent bientôt devant une porte modeste de bois sombre, qui s'ouvrait sur une salle de travail bien moins prestigieuse que d'autres. Un lieu de travail intimiste où, comme l'avait prédit Reinil, ils se trouvèrent être seuls.

- Bienvenue dans la Société des Chercheurs, fit-il sur un ton solennel.

Il invita Lithildren à entrer, et referma la porte derrière elle, avant de reprendre :

- C'est ici que nous entreposons le fruit de nos recherches. La Société a été créée par Sire Makiaveel il y a peu, mais nous avons déjà travaillé sur de nombreux documents, anciens ou récents. Notre objectif est de mettre en commun les ressources dont nous disposons, aussi n'hésitez pas à les consulter et à apporter votre contribution si vous-mêmes avez des éléments à fournir. Vous aiderez peut-être notre cause davantage que vous pouvez l'imaginer.

Il tendit une chaise à l'Elfe, l'invitant à s'asseoir devant un bureau élégant, tandis qu'il lui tirait plusieurs dossiers qui concernaient la Fraternité de Yavannamirë. Il y avait là des documents, des notes écrites par les chercheurs successifs… le fruit du travail acharné des érudits de Minas Tirith, qui travaillaient avec ardeur pour empêcher le monde de s'effondrer totalement. Ils étaient la preuve vivante qu'il y avait des victoires qu'on remportait davantage avec l'esprit qu'avec l'épée. Reinil alla chercher un autre dossier qui se trouvait plus loin dans la pièce, et revint en le tendant à Lithildren :

- Voilà ce sur quoi travaillait le professeur Nallus. Les gardes n'ont pas saisi ce dont ils ignoraient l'existence. Ce sont des documents personnels que nul n'a ouvert, et je ne suis sans doute pas autorisé à vous les montrer. Cependant, je tiens beaucoup à ce que le professeur soit innocenté, et si vous pouvez l'y aider en lisant ceci, alors cela justifiera bien que je sois puni pour mes actes.

Il ouvrit la chemise usée, et sortit quelques documents sans intérêt, avant de s'arrêter sur une lettre absconse. Il aurait pu ne pas s'y arrêter, mais quelques marques d'encre sur le bord de la page indiquaient que Nallus avait travaillé sur le document longuement. Or il ne se serait jamais arrêté sur une simple lettre si elle n'avait rien contenu de valeur pour ses recherches. Le jeune étudiant la transmit à Lithildren en soufflant :

- Je crois que j'ai trouvé quelque chose. Mais cela n'a aucun sens.

Spoiler:
 


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lithildren Valbeön
Cavalière libre
Cavalière libre
avatar

Nombre de messages : 251
Age : 20
Localisation : Minas Tirith
Rôle : "Dernière Gardienne d'Ost-in-Edhil"

~ GRIMOIRE ~
- -: Elfe Noldo
- -: ~ 400 ans
- -:

Sam 29 Sep 2018 - 13:24
- J'ai vu le professeur Nallus quelques temps avant que les soldats entrent dans l'Université pour se saisir de lui. Il m'a salué naturellement, et nous avons échangé quelques mots sur mes cours. Il m'a paru très normal, et je crois qu'il était sincèrement surpris par l'arrivée des hommes du roi Mephisto.

Il laissa un silence lorsqu'elle parla de la Confrérie de Yavannamirë. Visiblement, cette Confrérie faisait l'objet d'intenses recherches.

- Le professeur Nallus appartient à un cercle que nous appelons communément la Société des Chercheurs. Je… J'apporte mon aide modestement pour certains de leurs travaux, surtout depuis que la plupart des étudiants ont déserté l'Université. La Fraternité de Yavannamirë occupait beaucoup le professeur, et il avait réussi à décoder certains de leurs documents. Voudriez-vous les voir ?

Elle hocha de la tête avec sérieux. Avec ces documents, elle en saurait plus sur Nallus, la Confrérie et ce qu'il se tramait de manière plus générale dans le coin. Quelque chose ne tournait pas rond et plus le temps passait, plus elle savait qu'elle était trempée dans quelque chose d'immensément dangereux. Elle se croyait revenue aux temps sombres où la Communauté de l'Anneau cherchait à détruire Sauron... mais au moins Legolas, lui, n'avait pas été coincé dans une bibliothèque à chercher des réponses !

- Ils sont arrivés au beau milieu de la journée. Toute une compagnie de gardes en armures, qui ont bloqué toutes les issues et ont refusé de répondre à nos demandes. Nous voulions qu'ils quittent les lieux, naturellement, mais leur officier supérieur était déterminé à trouver le professeur Nallus. Ils se sont rendus jusque dans ses appartements privés, et ils lui ont intimé de sortir. Comme il tardait à obtempérer, ils ont enfoncé la porte, se sont saisis de lui, et l'ont emmené sans ménagement et devant toute la communauté. Nous avons bien entendu protesté, mais ils n'ont rien voulu savoir, en déclarant qu'ils agissaient « sur ordre du général Cartogan ». Je ne crois pas que le professeur Nallus ait dit ou fait quoi que ce soit de spécial, à part protester tout naturellement pour qu'on le relâche, et demander des explications aux gardes qui se sont refusés à lui en donner. Ce n'est que le lendemain, après que les professeurs émérites aient été porter l'affaire devant les plus hautes instances, qu'ils sont revenus pour nous dire que le professeur était accusé de trahison. Personne n'a cru à cela, évidemment, et depuis lors nous essayons d'obtenir l'oreille du général, mais il semble ne pas vouloir revenir sur sa décision.

Par surprise ? Sans avertissement ? De toute évidence le Général Cartogan n'avait guère de preuves concrètes sinon Nallus aurait déjà été exécuté ou jugé. Lithildren devait prouver qu'il était innocent mais pour le moment elle n'avait rien de concret à part des informations. Ses informations. Quand elle posa la question sur la situation de la cité, Reinil se ferma et se crispa. Oh. C'était si mauvais que ça ?

- Puis-je vous répondre pendant que nous allons vers la Société des Chercheurs ?
- Bien sûr, répondit-elle pour le détendre.

Elle tâchait d'être douce avec lui et de le ménager mais un brasier ardent brûlait en elle, attendant seulement d'éclater en un incendie dévastateur.  Elle sentait dans son cœur les tambours de la curiosité et de la rage battre alors que la pluie de la sagesse atténuait ses ardeurs guerrières. Cette même chaleur, elle voulait que Reinil la ressente pour se sentir en sécurité avec elle. Elle n'avait pas les allures des hommes en armure de l'armée mais elle savait se battre et se défendre.

Ils sortirent tous les deux dans les couloirs, sans un mot. Reinil était silencieux, calme mais surtout inquiet. Il mit un moment à se remettre à parler, moment pendant lequel Lithildren se tint juste derrière lui ou à ses côtés. Elle ressentait de la peine pour ce jeune garçon. Une grande peine.

- Si je vous le dis, promettez-moi de n'en rien dire à personne. Dame Lithildren, j'ai besoin de votre parole.
- Je te le jure sur mon honneur et mon sang, Reinil. Et s'il te plaît, appelle-moi juste Lithildren, et tutoies-moi.

Il leva un regard vers elle, comme pour chercher la vérité dans les yeux argentés de la guerrière. Quand il y trouva la détermination et la force intérieure de l'Elfe, il parla enfin.

- J'ai surpris une conversation que je n'aurais jamais dû entendre, et je connais une vérité que beaucoup supposent sans avoir de preuves… Si la ville est ainsi, c'est à cause de l'épidémie. Les bêtes et les hommes y succombent aussi bien, et les Maisons de Guérison seraient déjà débordées avec les patients. On dit que ceux qui sont touchés n'y survivent pas, que même Dalia Ronce n'aurait pas trouvé la solution à ce mystère. On murmure des choses ici ou là… qu'on aurait décidé d'abréger les souffrances des malades pour qu'ils ne contaminent personne d'autre. On brûlerait les corps, on ferait disparaître les preuves. Aucun ordre d'évacuer la cité n'a été donné, et l'armée contrôle toutes les allées et venues… Si le peuple l'apprend, ce sera la panique… On pourrait vouloir quitter Minas Tirith, et alors peut-être que le mal se répandrait dans tout le royaume. Et si l'armée l'apprenait… Ce serait le chaos. On raconte que c'est une malédiction des Orientaux de Cair Andros : un sortilège qu'ils auraient jeté sur la cité pour tuer tous ceux qui se trouveraient à l'intérieur, et ensuite s'emparer de la ville.

Il avait levé les yeux vers elle en parlant, encore une fois. Il était juste... terrifié. Un enfant coincé dans une cité en déclin, avec la peur au ventre de mourir ici. Il voulait retrouver une vie normale, elle le savait. Reinil lui donna d'autres détails intéressants : la population était répartie dans la partie basse de la ville, confinée. Cela expliquait pourquoi personne n'aidait Chance et ses hommes : la peur de l'épidémie et de sa propagation limitait les contacts mais... elle savait qu'il n'y avait pas que ça. Autre chose confinait ces deux milliers d'hommes en dehors des murs de la ville malgré l'épidémie. Quelque chose de plus sombre, elle en était persuadée.

Lithildren avait le cœur serré en regardant l'adolescent. Il était innocent, pur, dans une contemplation de la vie si loin de la réalité et si proche du rêve... Il était un vieillard nostalgique dans le corps d'un enfant curieux, mêlant passé et présent dans une soif insatiable de connaissances sur le monde. D'une certaine manière, elle admirait cette pureté d'âme et de cœur qu'elle avait perdu il y avait si longtemps. Une image la frappa soudain : elle se revoyait enfant, jeune, dans la cité de ses ancêtres. L'image la quitta presque aussitôt alors qu'elle dévisageait Reinil avec une curieuse insistance presque gênante.

Ils arrivèrent devant une porte en bois sombre. Le bureau dans lequel ils pénétrèrent était simple mais elle s'y sentait curieusement bien. Comme si elle devait être là, qu'elle venait de trouver une place. Lithildren parcourut tout le savoir entreposé là avec une curiosité dévorante. Elle voulait des réponses et grâce à Reinil elle avait trouvé l'endroit parfait pour cela. Son sac se fit soudain plus lourd pour elle. Elle avait presque oublié qu'elle avait avec elle le journal de Gier ! Tout ce temps elle n'avait plus pensé à ça alors qu'elle le gardait précieusement sur elle à toute heure du jour et de a nuit depuis maintenant plus d'un mois.

- Bienvenue dans la Société des Chercheurs. C'est ici que nous entreposons le fruit de nos recherches. La Société a été créée par Sire Makiaveel il y a peu, mais nous avons déjà travaillé sur de nombreux documents, anciens ou récents. Notre objectif est de mettre en commun les ressources dont nous disposons, aussi n'hésitez pas à les consulter et à apporter votre contribution si vous-mêmes avez des éléments à fournir. Vous aiderez peut-être notre cause davantage que vous pouvez l'imaginer.

Elle hocha doucement de la tête en l'écoutant. Il lui apporta un fauteuil qui parut bien luxueux à l'Elfe et elle s'installa dessus, lâchant un discret soupir d'aise. Enfin un peu de confort... De vrai confort. Cela lui rappela soudainement la chaleur du lit du Commandant Mevan. Elle laissa son esprit voguer un instant au soir où elle avait partagé la couche de Chance, entendant vaguement ce que disait Reinil. Elle sursauta presque, se redressant vivement lorsqu'il lui présenta une lettre étrange sous les yeux. Elle la prit et la regarda rapidement.

- Chaque détail à son importance, Reinil. Même ce qui ne semble pas avoir de sens en est porteur. Seul, un détail n'est qu'un pion sans but, mais une fois mis dans l'échiquier il prend toute sa place et permet de clore une énigme complexe. Elle esquissa un sourire vers l'adolescent. Notre vie entière est une énigme complexe dont les rencontres, les paroles et les gestes sont des détails sans sens aucun ni importance. Mais ils ont un impact et le but est de trouver lequel, et le but qu'ils pointent.

Elle laissa un silence planer alors qu'elle positionnait les trois documents à sa disposition devant elle. Trois parchemins. Elle sortit de son sac le journal de Gier et le posa juste au-dessus, pour former une pyramide. Puis elle regarda vers Reinil.

- Ce journal appartient à un homme qui effectuait des fouilles à Ost-in-Edhil. Il est devenu fou à chercher les artefacts anciens de mon peuple cachés dans ces sombres cavernes. Fou mais dangereux, bien plus qu'il ne l'était déjà. Je ne peux pas donner le journal à la Société. Cependant, il me semble important que la Société possède son contenu. J'aimerais te demander de faire quelque chose : recopier les pages qui te semblent pertinentes et garder cette copie ici. Ainsi, si jamais le journal est perdu ou détruit, il y aura toujours une trace de son savoir quelque part. Tu peux faire ça s'il te plaît ?

Elle avait parlé avec une extrême gentillesse et une grande délicatesse, tendant le journal à Reinil. En lui demandant cela, Lithildren pouvait garder le jeune garçon encore un moment avec elle pendant qu'elle effectuait ses lectures et recherches sur les documents. Elle ajouta ensuite :

- Tu peux rester ici si tu veux. Ne t'en fais pas, Reinil, je m'assurerai que tout ira bien. Au fait ! J'y pense ! Est-ce que la Société des Chercheurs ou l'Académie plus généralement a des plans de la Cité ? Une pensée m'est venue : vérifier toutes les voies qui mènent hors de Minas Tirith sans passer par la grande porte. Il doit bien y avoir des traces de tels passages quelque part, je crois que ça peut avoir une importance.

Puis elle regarda les documents.

¤ ¤ ¤ ¤
Spoiler:
 

Le premier parchemin semblait clair. Un mois de froid, passé dans le Sud. Un endroit de grande chaleur. Le dernier fruit de Laurelin qui brille encore si fort n'était autre que le soleil. Lithildren se replongea dans une elfique contemplation du vide en repensant à ce qu'elle se souvenait des antiques histoires. Elle chassa ses pensées pour continuer la lecture du parchemin avec attention. L'auteur se trouverait donc quelque part... au Khand, d'après un chercheur. Lithildren ne connaissait pas, ou n'avait guère souvenir, de la Bibliothèque Interdite. Y avait-il tant de savoir que cela dans les sables du désert ? Une note dans l'analyse de la Société mentionnait que ledit parchemin avait été trouvé dans les Montagnes Blanches. Un endroit où l'on trouve des lynx, ces animaux ne se trouvent guère dans les régions chaudes du sud, plutôt dans le froid ou les bois.

Mais les deux paragraphes renvoyaient à un seul sujet : Numenor. Une île depuis bien longtemps engloutie sous les flots. Lithildren se souvenait que parfois on lui contait les mérites de l'immense connaissance des numénoréens avant que l'île ne fusse sous la masse écrasante de la mer. Elle ne connaissait guère les intrigues actuelles concernant les descendants de ce grand peuple mais en tout cas la Fraternité s'est intéressée à eux. Peut-être au Khand ont-ils trouvé... L'Elfe lut la partie en runique et trouva sa traduction dans les notes des chercheurs.

Mes confrères sont tombés sur la trace d'un artefact d'une rare puissance dissimulé quelque part dans la lointaine contrée du Rhûn. Si nous le trouvons il pourrait nous permettre de stabiliser la situation dans la région toute entière et poursuivre en paix notre noble quête. Quel rapport avec le Khand et Numenor ? Que se trouvait-il là-bas qui en vaille la peine ? Et l'avaient-ils trouvé ? Chose étrange... Lithildren ne pourrait rien tirer de plus de ce parchemin. Elle se permit néanmoins, d'une écriture elfique élégante et dans un westron impeccable, d'ajouter la note suivante :

Il est possible que deux auteurs soient à l'origine de ce parchemin. Les deux paragraphes sont trop éloignés dans l'espace pour être logiques : les lynx, si on en croit le croquis, ne vivent que dans les régions boisées ou enneigées, aucun n'est capable de résister à la chaleur écrasante du Sud ou de l'est. La note sur les lynx ramène à la notion de serviteurs et d'espions. La Fraternité a pu utiliser ses propres "lynx" pour obtenir ce qu'ils voulaient. La Fraternité se penserait donc supérieure, assez pour être capable d'user d'espions et serviteurs aux yeux et nez de tous, sans que le Gondor ne s'en rende compte. Nous parlons ici d'infiltration.

Une fois la note rédigée, elle la lut à voix haute pour que Reinil entende. Une nouvelle pièce de l'énigme venait de se poser dans l'esprit de Lithildren, comme si tout était logique.

¤ ¤ ¤ ¤
Spoiler:
 

Elle passa ensuite au second parchemin.

Un texte tout en poésie et beauté. Ce n'était pas la plume d'un fou mais celle d'un orateur, d'un écrivain. Zimrathon Agtaril... Elle retint le nom. Elle était d'accord avec le texte : une lettre, un parchemin, un livre a plus de poids dans la vie et les mémoires que le reste. Le savoir et son partage, son héritage durent bien mieux dans le temps que les armées des Peuples Libres. Le savoir est intemporel, éternel, au contraire des vies humaines.

Tous les secrets des architectes de Numenor et des forgerons noldor ? Encore le Numenor... La Fraternité en serait-elle des descendants ? Ou de fervents adeptes ? Cela aurait sûrement un sens si... Oh. Lorsque le Harad fut unifié et que son auto-proclamé Roi se disait de Numenor.... en exil. La réponse se trouvait sûrement là. La Fraternité trouverait-elle ses origines dans le peuple-même de Numenor ? Une idée à ne pas écarter.

Yavannie, un mois en l'honneur de la Vala Yavanna. Une fête importante pour la Fraternité visiblement mais pourquoi elle ? Le mot "yavannamirë" tournait en rond dans la tête de Lithildren et elle finit par se tourner vers Reinil.

- Que signifie "yavannamirë" ? Ce mot reste ancré dans mon esprit et, à part renvoyer à la Vala Yavanna, je ne vois vraiment pas ce qu'il signifie. As-tu une idée ?

Elle pouvait paraître idiote mais c'était ainsi. Elle ne savait pas. Et ça l'agaçait. Après que Reinil air répondu, elle retourna à sa lecture. La Fraternité avait déjà donc rassemblait un grand nombre de choses précieuses, d'artefacts et de savoir. Ils collectionnaient... mais dans quel but ? Mais ils en vouaient toujours plus. Lithildren fut frappée d'une question soudaine : qu'y avait-il de mal à rassembler les objets antiques pour les protéger ? Aucun, non ? Certes. Mais cela signifiait aussi que la Fraternité avait entre ses mains le pouvoir de faire ce qu'elle souhaitait. Une arme politique puissante, une façon de remodeler le monde à leur manière. Un sentiment de supériorité intense à se savoir en possession de ce que le monde et les peuples avaient de plus précieux. Lithildren ne pouvait pas tolérer que quelqu'un ou une poignée de personnes puisse détenir tous le pouvoir de la Terre du Milieu dans une cave.

Mais la fin du parchemin la frappa encore plus. Elle y lut qu'un confrère avait été tué et que l'auteur se dirigeait vers... Ost-in-Edhil. Mais ce parchemin datait de deux ans auparavant ! Alors était-ce ainsi que Gier avait découvert les passages cachés de la cité ? Parce que ce Zimrathon les connaissait déjà ? Une possibilité à ne pas écarter non plus. En tout cas la Fraternité est depuis lors dans une précipitation et une conspiration plus ferme. Et ils rassemblent encore, et encore, et encore. Elle prit de nouveau la plume et nota à la suite de ce dossier :

La Fraternité a passé des années à rassembler des objets divers et variés et les a conservé dans un endroit sûr. La mention de la frontière du Rhûn où se trouvent les aurochs ne me semble pas anodine : se pourrait-il que des ruines ou que leur base d'opération se trouve au Mordor ou au Rhûn ? Si l'on pense à la Chute de Sauron, il ne me semble pas impensable que le Mordor ait été un choix de marque : presque inhabité et craint, cet endroit est sûrement le mieux placé pour conservé des reliques antiques, parchemins et autres, dans des ruines ou des bâtiments abandonnés.

Ost-in-Edhil a fait l'objet de fouilles récentes en l'An 301 du Quatrième Âge par un dénommé Gier qui cherchait les anneaux forgés par les Elfes avant que la cité ne fusse détruite et qu'elle ne devienne qu'un tas de ruines et de cavernes. Il est possible que Zimrathon ait transmis à Gier les entrées secrètes inconnus des gardiens de la cité, ce qui lui a permit des mois de fouilles.


Elle lut à nouveau la note à voix haute pour Reinil. Cette fois il fronça les sourcils. Mais il semblait ravi qu'elle participe à l'agrandissement du savoir et des réflexions de la Société.

¤ ¤ ¤ ¤

Lithildren commençait à avoir mal au crâne à force de réfléchir et lire ces parchemins. Elle se leva un instant pour s'étirer et faire quelques pas. Elle tourna en rond quelques instants avant de retourner s'asseoir.

¤ ¤ ¤ ¤

Spoiler:
 

La lettre. Lithildren la lut attentivement.

Harondor. N'est-ce pas un endroit avec un fort ressentiment envers le Gondor ? Si seulement la lettre avait été écrite par Gil... Mais non. Cela dit, Lithildren observa plusieurs détails intrigants et les énuméra avant d'en écrire une note.

L'auteur a peur. Une peur simple à cause des conflits dans le Sud dont il est originaire. Lithildren soupçonna soudainement mais fortement que les conflits auraient été causés ou encouragés par la Fraternité de Yavannamirë. Le second parchemin correspondait au voyage vers Ost-in-Edhil alors que la première datait de l'an 231 de cet âge. Un peu vieux... Tant que ça ? Lithildren souffla par le nez. Une preuve pas assez concluante mais ça restait une preuve. En tout cas, il n'était pas du tout impossible que la suspicion de Lithildren soit juste : la Fraternité trempe dans des affaires politiques et de conflits en récupérant – ou volant plus clairement – des objets antiques précieux dans les pays des Peuples Libres. Les Elfes avaient-ils été épargnés ? Pas d'après la carte récupérée par Gier.

En tout cas, Lithildren se mit à lire autrement le texte en suivant cette piste. Si l'auteur ne voit plus, c'est qu'il n'a plus confiance. Il ne sait plus reconnaître ses ennemis de ses amis et réduit son cercle personnel afin d'assurer ses arrières. Il est méfiant et la nuit, il redoute un assassin ou un voleur venu lui dérober ce qu'il a de plus précieux : son savoir. Mais il faisait confiance à Nallus. Une confiance aveugle, littéralement. Lithildren se félicita de sa traduction et en sourit de joie. Elle ignorait si c'était la vérité mais elle se plaisait à le croire en cet instant.

Mais elle fut bien vite hantée par les douleurs de la réalité : l'auteur encourageait Nallus à fuir. C'était clair comme de l'eau de roche. Il savait que les hautes sphères étaient infiltrées et Lithildren parvint à faire un lien alors qu'elle s'affalait dans son siège. Ses doutes se confirmaient.

La Fraternité avait des espions ou des gens dans les instances politiques, peut-être même la noblesse, ou des informateurs et espions. Nallus avait été victime de son savoir et l'auteur de la lettre avait pressenti le danger et avait fuit. C'était une mise en garde. L'ami de Nallus l'avait mit en garde contre un complot, contre la politique et l'avait invité à fuir. Lithildren sentit son cœur se serrer. La condamnation venait de Cartogan, ce qui signifiait que quelqu'un lui avait sifflé à l'oreille que Nallus était un traître et complotait contre lui ou le Roi.

- Ils sont déjà là... souffla-t-elle d'une voix fébrile. La Fraternité a... C'est eux qui sont à l'origine de l'arrestation de Nallus. Elle se tourna vers Reinil avec la lettre en main. L'ami de Nallus l'avertissait du danger qu'il encourait en restant ici. Cet homme savait que les hautes sphères étaient corrompues ou mises en danger : la Fraternité est parvenue à trouver des adeptes dans les rangs près du Général Cartogan voire du Haut-Roy et ils utilisent ces liens pour parvenir à leur but. Ils éliminent les dangers potentiels et les écarte de leur chemin pour mieux opérer. Et comme Nallus était trop intéressé par leur cas, ils ont couper court à ses recherches en convaincant le Général qu'il est un traître.

Lithildren resta en silence un long moment. Elle n'en revenait pas. Était-ce la vérité ? Était-ce ça la solution ? Elle pensa à Chance. Lithildren fut ravie qu'il ne soit pas là, à un endroit où il risquerait de devenir une proie, une monnaie d'échange. Lithildren regarda la lettre. Elle était persuadée de ça. Rapidement, elle alla attraper une plume et se dépêcha d'écrire des notes :

Comme prédit dans le "parchemin du lynx", la Fraternité a trouvé ses propres lynx. Ce qui n'était qu'une possibilité est devenue réalité : en possédant le poids suffisant grâce à leurs trouvailles, ils ont réussit à entrer dans les machines politiques de différents pays. Est-ce qu'ils comptent user des objets qu'ils ont amassé au cours du temps pour abattre les frontières des royaumes et former un ordre nouveau ? C'est une possibilité très grande. Ils ne vont pas utiliser la force, mais la ruse et les relations politiques. Faire s'abattre le chaos pour apparaître en sauveurs et restaurer un équilibre en refondant Numenor dans une société fondée sur le soif de savoir.

- Regarde ici : "J'aurai compris comment il a réussit à devenir, si vite et en n'éveillant nullement l'attention, un véritable pilier de sa communauté." C'est ce à quoi aspire la Fraternité en agissant ainsi ! Agir dans l'ombre, en douce, puis devenir indispensables. C'est ça ! Je suis sûre que c'est ça !

Elle sentait son sang battre contre ses tempes. Elle fixait la lettre comme si sa vie venait de changer, de prendre un tournant inédit. Quelque chose en elle s'était éclaircit, comme une révélation de nature divine. Les Valar étaient-ils enfin avec elle ou avait-elle tort sur toute la ligne ? C'était ce qu'elle voulait croire et elle devait croire en quelque chose. Elle ajouta à sa note cette révélation claire et nette dans son esprit comme si ce fût LA vérité absolue :

Si la déduction est juste, la Fraternité va agir ainsi : dans l'ombre et sans se faire remarquer, de manière subtile mais efficace. Et elle va se frayer un chemin vers le titre "Indispensable" avec ses parchemins, objets et artefacts recueillis depuis des années.

Elle tremblait. Elle n'osait pas croire à de tels agissements. D'un coup, elle s'affala dans son siège et tous ses membres se mirent à trembler, comme si elle était prise d'un violent coup de froid. Son cœur battait plus vite qu'elle ne pouvait le supporter, son corps n'en pouvait plus. C'était plus qu'elle ne pouvait le supporter à l'heure actuelle. Elle fut obligée de se laisser basculer au sol pour que ses jambes et ses bras tremblent alors qu'elle était roulée en boule sous le bureau.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
avatar

Nombre de messages : 1998
Age : 26
Localisation : Pelargir
Rôle : Humaniste

~ GRIMOIRE ~
- -: Humain
- -: 36 ans
- -:

Mer 3 Oct 2018 - 21:42
- Bien sûr, Dame Lithildren.

Reinil s'était incliné doucement, contrevenant à la demande préalable de l'Elfe. Elle lui avait fait comprendre qu'elle préférait être appelée simplement par son prénom, mais le jeune homme ne pouvait tout simplement pas s'y résoudre. C'était un garçon de bonne famille, bien éduqué, qui se serait jamais permis une telle familiarité avec une vénérable Elda. Il avait trop de respect pour elle et pour son peuple pour s'y résoudre, et il était convaincu que si ses professeurs le surprenaient à converser trop familièrement avec une invitée, ils le puniraient sévèrement pour son manque de décence. Elle devrait s'habituer au titre de Dame tant qu'elle serait en sa compagnie. Il fallait dire que les choses amusaient légèrement Reinil, qui voyait dans le naturel et la simplicité de l'Elfe une forme d'humilité qui l'honorait. Toutefois, il décelait qu'elle ne souhaitait pas assumer le statut qui était le sien, et il se plaisait grandement à lui rappeler par de petites touches subtiles qu'elle appartenait au noble peuple des Premiers Nés, et qu'elle méritait par conséquent tout le respect qui était dû aux sages et vénérables gardiens de la mémoire du monde.

Ainsi, quand elle lui avait respectueusement demandé de recopier les passages du journal qu'elle gardait précieusement avec elle, Reinil avait accepté avec diligence, conscient qu'il s'agissait peut-être là d'une mission de la plus haute importance. Il ajouta, pour la rassurer :

- J'ai déjà eu l'occasion de recopier de nombreux textes pour mes maîtres, et ils n'ont jamais eu à se plaindre de mon travail. Je m'appliquerai à tout retranscrire avec exactitude.

Il était sur le point de s'installer sur un petit secrétaire qui se trouvait non loin, où se trouvait un nécessaire d'écriture et une bougie qui lui permettrait d'éclairer son travail, quand Lithildren le rappela pour lui poser une question tout à fait spécifique qui concernait les archives de la Cité Blanche. Le jeune garçon réfléchit un moment, avant de répondre :

- L'Université dispose bien de plans de Minas Tirith, mais j'ai bien peur qu'ils n'indiquent pas d'autres sorties que la Grande Porte… Cependant… peut-être qu'une telle information se trouve dans l'Antique Bibliothèque, qui se trouve au sixième niveau. C'est là que sont conservés les parchemins les plus anciens et les plus précieux. Mais j'imagine que pour y avoir accès, il faudrait obtenir l'aval du Bibliothécaire.

Lithildren parut se satisfaire de la réponse, et Reinil n'ajouta rien, se concentrant sur son travail de copiste. Ce n'était pas une tâche facile que de recopier un texte entièrement, surtout quand celui-ci était aussi abîmé et fragile que ce « journal de Gier van Reymerwaele ». Le jeune garçon n'avait jamais entendu ce nom, mais il lui évoqua quelque chose de dangereux… peut-être était-il également influencé par le récit de Lithildren qui lui avait expliqué qu'il s'agissait d'un homme à la fois fou et dangereux qui s'était lancé à la recherche des artefacts des Elfes. Une quête qui aurait pu être noble, mais qui semblait motivée par des raisons bien plus sombres que la seule connaissance.

Le garçon s'empara d'un calame et commença sa soigneuse recopie en essayant de reproduire fidèlement les mots, même quand ceux-ci paraissaient tronqués. De nombreuses pages avaient souffert, s'étaient collées les unes aux autres, ou bien avaient été irrémédiablement tâchées par ce qui semblait être du sang. Des secrets perdus pour toujours. Reinil était toutefois très discipliné, patient, et surtout il avait une connaissance des textes et des livres qui dépassait la simple théorie. Les ouvrages n'avaient pas de secrets pour lui, et il était tombé plus d'une fois sur un volume récalcitrant, dont les pages étaient jointes ou à moitié effacées. Il en avait conçu, comme tout étudiant malin, des techniques pour forcer l'accès au texte et découvrir ses secrets. Son goût pour la connaissance, doublé d'une résilience à toute épreuve, lui permirent d'accéder à un pan de texte auquel Lithildren n'avait probablement pas eu accès.

Il procéda avec précaution, veillant d'abord à ce que la page fût totalement sèche, avant de glisser une fine feuille de papier entre les deux pages collées. Le procédé risquait d'abîmer une partie de la page qu'il essayait de récupérer, mais c'était sans doute préférable à l'idée de ne jamais avoir connaissance de ce qu'elle contenait. Il essayait d'aller doucement et de se concentrer, changeant l'endroit où il appliquait sa feuille-outil pour essayer de libérer un peu d'espace ailleurs sur la page. C'était un travail de précision, qu'il ne pourrait probablement pas mener ailleurs dans le texte si rapidement, mais qui lui procurait une intense satisfaction. A chaque fois qu'il réalisait un progrès, si minuscule fût-il, il s'encourageait intérieurement à continuer avec patience, à ne pas céder aux sirènes de l'empressement qui auraient probablement ruiné tous ses efforts.

Alors qu'il continuait à s'employer, il entendit la voix de Lithildren s'élever. Elle lui lisait la note qu'elle venait de rédiger à la suite du premier document qu'elle venait de lire, celui consigné qui concernait les chats mystérieux du sud et qui appartenait aux désormais célèbres – du moins dans la Société des Chercheurs – Chroniques de la Fraternité de Yavannamirë. Il écouta attentivement son analyse, hochant la tête à mesure qu'il recueillait ses renseignements, les confrontant à ses propres connaissances :

- On trouve parfois des lynx dans les régions du nord, mais on parle dans les légendes de chats étranges venant du sud. J'ai d'ailleurs entendu dire que l'homme qui tenait la ménagerie pouvait s'en procurer, mais ce sont peut-être des racontars. Ces chats pourraient ressembler à des lynx, mais avoir des… caractéristiques… différentes. Mais vous en parlez comme s'il s'agissait d'Hommes… ou du moins de créatures pensantes… Ces « lynx » comme vous les appelez… ce serait une métaphore pour autre chose ? Des hommes utilisés comme espions par les Núménoréens Noirs ?

Sa question resta en suspens. En l'absence d'indices plus probants, ils ne pouvaient s'appuyer que sur des hypothèses. Toutefois, à mesure qu'ils progressaient dans leurs réflexions, il semblait à Reinil voir se dessiner les contours de ce que les érudits de la Société appelaient de plus en plus « la menace ». Une forme indistincte, aux intentions encore floues, mais qui mettait clairement en danger les fondements de leur monde. Ils avaient du mal à en estimer la portée, à en appréhender la nature, mais la « menace » était bien palpable. Une menace qui plongeait ses racines dans le passé, car l'extrait de cette chronique datait de près de soixante-dix ans. Quel lien existait-il entre la menace que les érudits percevaient, et ces textes anciens ?

Reinil renonça à essayer de comprendre. Les plus grands esprits de la Cité Blanche s'étaient cassés les dents, et avaient formulé bon nombre d'hypothèses sans véritablement avoir de fondement. Ils n'avaient pas, toutefois, les connaissances de Lithildren et son expérience auprès d'un homme qui, disait-elle, appartenait peut-être à cette mystérieuse fraternité. Était-elle capable de déceler quelque chose qu'ils auraient pu manquer ? Le garçon retourna à son travail, en observant l'Elfe du coin de l'œil. Elle s'appliquait, travaillait avec acharnement, lisait et relisait cette lettre, les notes éparses des sociétaires, en essayant de compiler ces données pour les intégrer et leur donner une allure cohérente. C'était un travail complexe, mais elle s'y attelait avec zèle.

Reinil, soucieux de ne pas se montrer oisif pendant ce temps, continua son entreprise. Il parvint finalement, après moult efforts, à séparer les deux pages qui étaient restées collées si longtemps. Désormais, le plus dur était de reconstituer le texte. Certaines lettres avaient disparu, d'autres étaient malencontreusement collées sur la mauvaise page, et il fallait essayer de retrouver une correspondance, de reconstituer le texte, et de combler les éventuels vides. Cela demandait de la minutie, beaucoup d'inventivité dans les procédés, mais Reinil était plein de ressources. Il continua ainsi sans voir le temps passer, jusqu'à être de nouveau sorti de son ouvrage par l'intervention de Lithildren, qui l'interrogeait sur le sens de Yavannamirë. Après avoir marqué un bref moment de surprise devant cette question, il lui répondit le plus naturellement du monde :

- La traduction la plus littérale de Yavannamírë serait « joyau de Yavanna », mais le terme désigne en réalité un arbre. Il est dit dans les livres que cet arbre aurait été offert par les Elfes aux gens de Númenor, et qu'il aurait été perdu à la chute de l'île. Si je me souviens bien de mes lectures, il donnait des fruits écarlates.

Lithildren parut enregistrer cette information, et retourna à son travail, seulement pour revenir peu après avec de nouvelles conclusions. Comme la première fois, elle décida de lire ses notes à haute voix, laissant Reinil y réagir :

- Le Mordor ? Fit-il en frémissant. Personne n'oserait aller chercher quoi que ce soit là-bas, en effet. Il n'y a que des Orcs et de la poussière dans les plaines de Gorgoroth. Quant aux autres régions de ce sombre pays, ma foi personne ne s'y est rendu depuis le Troisième Âge, et je ne pense pas que quelqu'un habiterait volontairement ces terres… Vous pensez que la Fraternité de Yavannamirë aurait pu trouver un moyen d'accéder au Mordor pour y entreposer des artefacts ? Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi cacher ces richesses du passé dans un endroit aussi inaccessible… S'ils comptaient les utiliser à des fins néfastes, ils avaient tout le temps de le faire, non ?

C'était une question rhétorique. Les documents dataient de 229 et 231, ce qui signifiait que Zimrathon était probablement décédé à l'heure actuelle – si du moins c'était bien d'un Homme dont il s'agissait. Personne ne pouvait vivre aussi longtemps, assurément. Alors pourquoi aurait-il pris le soin de cacher les trésors de la Terre du Milieu alors qu'il aurait pu les utiliser pour accomplir quelque chose de son vivant ? Cela n'avait pas de sens. Mais la réflexion de Lithildren concernant Gier n'était pas inintéressante, et Reinil lui lança :

- Vous pensez que Zimrathon a pu transmettre des informations à ce Gier ? Votre homme devait être particulièrement âgé, si tel est le cas.

Il avait lancé ça sans y penser vraiment, et était reparti à son travail tout comme Lithildren. Les deux âmes s'épuisaient sur leur tâche respective, s'efforçant de maintenir leur concentration alors même que la fatigue et la tension nerveuse jouaient contre eux. Ce n'était pas une mince affaire que de se pencher si longtemps sur des documents, et Reinil commença à s'étirer en un geste trop familier, tandis que Lithildren se levait pour marcher et délasser ses muscles endoloris, avant de revenir à son travail. Le jeune garçon progressait bien, et arrivait à la fin de son travail. Il avait recopié le texte en entier, et il lui restait désormais à achever la recopie du passage qu'il venait de déchiffrer presque entièrement. Cela lui avait demandé beaucoup de patience, et même si certains segments étaient manquants ou obscurs, il se félicitait d'avoir réussi à apporter une nouvelle pièce au casse-tête qui les occupait. Il était sur le point de terminer quand l'Elfe revint vers lui, ayant visiblement fait une découverte.

Ses mots glacèrent le sang de Reinil.

« Ils sont déjà là… »

Cela lui rappelait trop d'épisodes douloureux, les chasses aux traîtres dans les rues de Minas Tirith, la violence à toute heure du jour et de la nuit. Sans le général Cartogan, les brigands auraient probablement pris le contrôle de la cité à l'heure qu'il était. Mais ce que lui confia l'Elfe était peut-être plus effrayant encore. La Fraternité, responsable de l'arrestation de Nallus ? Avaient-ils un tel pouvoir ? Pouvaient-ils réellement agir en plein cœur de la Cité Blanche pour faire enfermer un des hommes les plus respectés de l'Université de Minas Tirith ? Si tel était le cas, il fallait craindre pour l'avenir… Mais les arguments de Lithildren semblaient logiques : Nallus avait été emprisonné pour une raison qui dépassait celles avancées par les gardes, et peut-être que quelqu'un avait voulu le faire tomber. S'il était sur le point de découvrir une vérité dérangeante, de faire sortir les cadavres du placard, c'était tout à fait plausible…

Les implications de cette hypothèse étaient terrifiantes !

Reinil essaya de garder son calme, et de faire preuve de mesure. Il voulait lui aussi croire que quelque chose clochait dans l'arrestation de Nallus, mais il préférait analyser les faits. Il s'approcha de Lithildren, et observa la lettre mystérieuse.

- Si ces individus veulent véritablement agir dans l'ombre, comment les démasquer ? Il pourrait s'agir de n'importe qui ! Et s'ils apprennent que vous et moi travaillons sur le même document que monsieur Nallus, qu'est-ce qui pourrait les empêcher de nous faire arrêter également ?

Sa question trahissait son inquiétude. Ils étaient tous deux piégés à Minas Tirith, et ils ne pouvaient pas s'échapper. Après avoir tant lutté pour entrer dans la Cité Blanche, Lithildren risquait de commencer à regretter l'extérieur de la ville, et la liberté qu'elle lui conférait. Mais pour comprendre, elle devait s'enfoncer encore plus loin dans les méandres de la capitale du Gondor, et traverser les murs de mensonge et de tromperie qui se dressaient sur son chemin. Reinil était peut-être son seul allié ici. Il observa le document, et pointa du doigt quelque chose qui l'avait interpellé :

- J'ai eu l'occasion de voir monsieur Nallus travailler sur ce document, avant son arrestation… A l'époque comme aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose de plus dans cette lettre. Regardez…

Il pointa le doigt sur le bord droit de la page, qui avait vraisemblablement été déchirée d'un carnet.

- La déchirure est très irrégulière, presque maladroite… Pourtant, regardez attentivement… aucun mot n'est coupé à droite. Aucun. Je n'arrive pas à me l'expliquer, mais je suis persuadé que ce n'est pas anodin…

Il haussa les épaules, conscient que son intime conviction était peut-être inutile si elle n'était pas fondée. Mais il était persuadé que la réponse se trouvait là, hors de leur portée pour le moment, mais pourtant si proche. Laissant Lithildren y songer, il ajouta :

- Pendant que vous réfléchissiez, j'ai trouvé quelque chose qui pourrait vous intéresser. Cela n'a pas été facile, mais j'ai réussi à décoder une nouvelle page du journal de Gier. Attendez, je vais vous la chercher.

Reinil récupéra le carnet qu'il tenait soigneusement, et la copie qu'il venait d'en faire de son écriture belle et régulière. Il montra l'original dans un premier temps, puis présenta sa recopie qu'il avait augmentée en reconstituant les mots qui avaient souffert. Le tout était cohérent sur la forme, mais le fond était tout aussi mystérieux que le reste.

Page 9 a écrit:
La cinquième n'a pas l'air incapable, mais elle a l'air de ne pas vouloir accomplir les […]. Pas facile de savoir ce qu'elle ressent, car elle n'enlève pas souvent son masque. A croire qu'elle a peur qu'on le lui vole… comme si un truc sans valeur comme ça pouvait m'intéresser ! Mais à part sa propension à […] oiseaux, je pense qu'elle offre plus de garanties que l'autre tarée et ses drôles de potions, ou que le soi-disant « prince » qui parle aux flammes. Elle a dit qu'elle s'arrangerait pour qu'on reste en contact, mais elle n'a pas dit comment. Je suppose qu'elle a son idée sur la question, et qu'ils ne l'ont pas recrutée par hasard.

Le sixième et dernier, je ne l'aime pas du tout… Ses petits yeux verts aux reflets vicieux, ses mains qui traînent partout, et cette drôle de manie de mettre ses pieds velus là où il ne devrait pas. J'ai l'impression qu'il cherche quelque chose à voler, une pièce d'or qui traîne, ou une opportunité de […]. Je n'aime pas l'idée de le savoir dans la même région que moi, mais si j'arrive en premier, je m'emparerai de […].

La suite se perdait sur l'autre page qui, quant à elle, était trop abîmée pour être déchiffrée. Reinil souligna son impuissance à obtenir la suite, mais se permit d'ajouter :

- Je sais que vous souhaitez garder le journal, mais je me demande si je ne pourrais pas déchiffrer d'autres pages avec davantage de temps. Il est très abîmé, et la plupart des mots n'ont aucun sens hors contexte, mais peut-être que certaines pages peuvent être sauvées. Qu'en pensez-vous ?


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




Revenir en haut Aller en bas
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Et la roue tourne, et elle tourne, et elle tourne, et elle s’emballe ◊ Anaeli
» la terre tourne, et tu tournes avec elle
» Quand haiti pourra-t-elle exporter vers RD?
» Haiti tourne la page... enfin !
» La «frontière» est-elle carrément fermée entre Haïtiens et Dominicains même au Q

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bienvenue à Minas Tirith ! :: - Minas Tirith et Gondor - :: Minas Tirith - Le Bas de la Cité :: Université de Minas Tirith-
Sauter vers: