Une bourse pour un boiteux

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Sombre-Chêne
Seigneur de Fondcombe - Sage Elfe
Sombre-Chêne

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Une bourse pour un boiteux EmptySam 9 Jan 2010 - 23:05
"Alors, il ne nous a pas roulé, fianlement.

-Ouais. Je sais pas ce qui a pris au chef de le croire au départ. En sachant ce qu’il avait fait, et la manière dont il se justifiait. On aurait dit qu’il…

-Qu’il voulait qu’on ne le croit pas. Je suis bien d’accord. Mais pourquoi il nous a donné l’info ? Ses motivations ?

-Aucune idée. Mais le chef lui a fait confiance sur ce coup, en tout cas, et résultat, nous voilà ici. Avec une bonne récompense qui nous attend. T’imagine, si il s’était fichu de nous ?

-Bon, c’est pas le cas. Allez, on se bouge, j’ai pas vraiment envie de m’éterniser ici. Amène-moi le pigeon, que je confirme au chef que la mission est une réussite. Merci. Tiens, pendant ce temps, toi, va porter cette bourse au boiteux. Ordre du chef. Ca va lui faire tout drôle demain matin. Dès que tu es revenu, on s’en va. J’aurai plié les affaires."


* *
*

Un rai laiteux de soleil s’était faufilé entre deux pierres sèches et dansait sur les paupières fripées du vieillard. Il se réveilla, mais n’ouvrit pas les yeux : trop fragiles pour jouer avec la lumière. Et puis c’était bien plus agréable de sentir ce rayon, à quelques dixièmes de millimètres de vous éblouir, chatouiller et titiller la prunelle de vos yeux. Comme réveil, quel luxe ! Luxe par ses sensations et sa rareté : le vieux Dirn n’en avait jamais connu plus d’une vingtaine depuis les longues et innombrables années qu’il vivait là. Chaque fois, il en profitait et s’en délectait, car chaque fois, ce mince crayon lumineux prenait de aspect différents. Parfois, il écrivait frénétiquement sur le papier parcheminé de ses yeux. Parfois, il s’apparentait plus à un pinceau, et étalait avec délicatesse des couches successives de lumière. Parfois, c’est un véritable faisceau d’énergie pure. Parfois, comme aujourd’hui, la brume engourdie du matin, celle qui se prélasse au fond des boyaux, ou celle qui s’accroche avec amour à un rocher, cette brume, donc, s’emparait jalousement d’un partie de la vivacité du rayon, mais gardait assez de compassion pour en offrir une part au berger.

Ces deux là, la brume et le berger, ils se connaissaient bien. Comme un gamin et son grand-père. Le premier se moque du second, se plaît à l’embêter, à entendre ses doléance, avec l’agréable certitude — une de ces certitudes qui vous décroche un sourire en coin et fait pétiller vos yeux de plaisir — que ses jérémiades faisaient partie du jeu. Ces deux là, la brume et le berger, c’étaient peut-être les deux plus anciens locataires de l’Emyn Muil.

La minute s’écoula, Dirn ouvrit les yeux. Tous les matins, même panorama. Mur de pierres plates, tabouret de bois, bâton d’if. Tous les matins, mêmes geste. Soulever la couverture, se redresser en grimaçant, s’adosser au mur le temps que ses articulations s’huilent. Ensuite, il arrêtait de penser qu’il faisait toujours la même chose les premières heures de la journées. Il ne vivait pas dans un lieu débordant de vie, inutile de se morfondre davantage. C’était sûr, il fallait du cran pour venir s’installer ici. Il avait été le premier à s’y essayer. Par la suite, plusieurs jeunots de son village avaient voulu suivre son exemple. Ils n’avaient pas tenu l’hiver. C’était toujours pareil. Au départ, leur orgueil leur interdisait de venir demander de l’aide, mais finalement, après la quatrième ou cinquième nuit de gel, ils venaient greloter sur le pas de sa porte.

Ca, c’était bien un coup que ses chèvres ne lui avaient jamais fait. Les moutons, oui, c’était déjà arrivé. Mais jamais les chèvres. Faut dire qu’elles avaient un sacré caractère : de vraies têtes de pioches. Pour les faire avancer, il fallait y aller. Mais elles étaient pas bêtes, et s’enfuyaient pas comme les moutons au premier danger. Qu’ils avait pu être embêté par ceux-là ! Les brebis et le boucs, au premier orage, s’enfuient comme des lapins. Et ils faut aller les chercher. Et il y en a toujours un ou deux pour être parti à l’aventure et qu’il faut aller retrouver. Il y a cinq ou six ans, ça passait encore. Mais maintenant, c’était une autre histoire. Déjà, il y a cinq ou six ans, il se disait qu’il n’était plus tout jeune. Et le temps avait passé…

Là, sur la dalle, devant la porte. Une bourse. Il l’ouvrit. De l’or.

Ca, pour être quelque chose d’inattendu, c’était inattendu. De l’or. Assez pour… Il n’en avait aucune idée. Il n’en avait pas besoin. Mais qi quelqu’un entendait par-là dans le pays qu’il avait de l’or dans sa cahute…, c’était pas bon pour lui. Qui avait eu la monumentale stupidité de lui laisser de l’or ? Peut-être ces deux baroudeurs d’il y avait trois semaines ? Ils lui avaient posé des questions, et ils avaient eu l’air très contents des réponses. Tout comme un autre baroudeur, d’ailleurs. (Un voyageur fort sympatique avec qui il avait partagé un dîner. Cela n’arrivait pas souvent, qu’il ouvre sa porte à un étranger, mais celui-là c’était présenté sans prétention. Alors il l’avait laissé rentré). Lui, il avait pas posé de questions, ils étaient arrivés au sujet au fil de la conversation, mais il avait paru intéressé. C’était… trois ans plus tôt peut-être ? Et eux, ils avaient paru comprendre quelque chose que lui ne saisissait pas.

Bon, il y repenserait plus tard. Il jeta sa bourse sur sa paillasse, et d’un pas claudiquant alla rejoindre ses chèvres. L’extrémité ferrée de son fidèle bâton d’if syncopait ses pas.
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