Une sœur peut en cacher une autre

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Taorin
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMer 23 Oct 2013 - 11:04
Une sœur peut en cacher une autre 674585katiedesousarandomportrait

Anna resta interdite quelques temps suite à la réponse du garde. Une telle grossièreté, de la part d’un homme dans une telle position ! La comtesse des Nimrais s’apprêtait à lui répondre de toute sa taille, se tenant droite, le visage fier, tout l’orgueil du monde la soutenant, lorsque la porte s’ouvrit et qu’un deuxième garde, un rohirrim cette fois, et non pas un barbare de l’Est, annonça que Dame Farma souhaitait lui parler. Il arrivait à point nommé !

Anna attendit royalement que l’Oriental lui cède le passage, s’étonnant toujours de la présence d’un tel individu en ces lieux. Lorsque la porte fut suffisamment ouverte, les deux hommes écartés et la jeune brune derrière le Rhûnadan, Anna s’avança et pénétra dans la chambre de la maitresse des lieux. La pauvre était en piteux état : elle semblait se perdre dans son lit, enfouie sous une pile de fourrures pour se protéger du froid insidieux. Elle avait néanmoins le regard fier, et Anna pût sentir la force morale se dégageant de cette femme.

La porte se referma, les laissant seules. Anna s’inclina, et, restant debout, prit la parole.

« Madame, je m’excuse de vous déranger dans votre… état. Je ne le savais pas si grave. Je voudrais néanmoins vous remercier pour votre hospitalité exquise, et je suis votre obligée. Je serais heureuse de pouvoir vous tenir compagnie. » Anna regarda autour d’elle, prenant conscience de la chambre de Dame Farma, du mobilier en bois massif, du feu dans l’âtre, du léger désordre. « Mais, sans vouloir être indiscrète, quel mal vous affecte ? Peut-être aurais-je dans mes bagages quelque remède pouvant vous soulager, même si je ne doute pas de l’efficacité de vos médecins. » Anna scruta le visage de la femme du maréchal Mortensen, et conclut : « Si je puis vous être d’aucune aide… »


Dernière édition par Taorin le Mar 29 Oct 2013 - 10:37, édité 1 fois
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Gallen Mortensen
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMer 23 Oct 2013 - 20:58
Farma se força à s redresser dans son lit. Les linges blancs de sa couche. renforçaient son teint terne. La dame du Rohan tenait à paraitre majestueuse face à cette noble. Elle se mordit la joue de l'intérieur, elle supportait mal que cette comtesse la voit ainsi.

Elle laissa les mots emprunt de douceur de la gondorienne dans l'air et reprit rapidement

"Ma très chère comtesse, c'est moi qui suis votre obligée. Excusez moi si je ne me lève pas mais j'ai été victime d'un empoisonnement mais je suis en voie d guérison, rassurez vous. De plus soyez en certaine Madame, Aldburg est une ville sûre dorénavant."

Elle bougea légèrement ce qui lui tira une grimace de douleur

"Mais je manque à toutes mes obligations. Avez vous des appartements ? Et puisje savoir les raisons de votre venue en la cité légendaire d'Eomer?"

Aldburg sûre, bien voyons ..... Elle venait de subir u siège. La situation politique rohirrim était plus proche du chaos que de la quiétude d'un lac. Mais Farma devait ne rien faire transparaître. Et quelque chose titiller la curiosité de la jeune femme, que pouvait pousser une noble gondorienne à venir à Aldburg en pleine guerre.


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Taorin
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyLun 28 Oct 2013 - 17:05
Dame Farma se redressa dans son lit. Anna était gênée d’assister à telle souffrance, mais ses maîtres tiendraient à ce qu’elle leur fasse un rapport à son retour au Gondor, et, avec l’éloignement d’ Ægorn, il lui serait difficile d’obtenir des informations fraîches concernant les négociations entre le Gondor et le Rohan du nouveau roi. Il lui fallait donc trouver une nouvelle source, et Dame Farma, malgré son infirmité, était parfaite pour remplir ce rôle.

La comtesse l’écouta, frissonnant sans réellement savoir pourquoi. Ainsi, elle avait été empoisonnée. Mais par qui ? Pourquoi ? Anna ne savait ce que cherchaient ses maîtres, mais ils auraient très bien pu commanditer une telle tentative d’assassinat. C’était moins cruel que ce qu’ils lui avaient fait subir.

« Empoisonnée ?! Ma Dame, qui aurait pu vouloir vous faire subir cela ? Pourquoi ? Avez-vous trouvé le coupable ? Est-ce pour cela que votre garde était si… zélé ? » demanda Anna, l’air étonnée. « Excusez-moi… Ces questions n’étaient pas très adroites. Mes appartements sont exquis, dignes des plus grands palais du Gondor. Un Roi n’y serait pas dépaysé. » enchaîna Anna, l’air le plus sincère possible malgré la rusticité des lieux, le dénuement du château récemment assiégé. « Je suis ici pou accompagner mon mari, le comte Ægorn des Nimrais, qui fait parti de la suite de son Excellence l’Ambassadeur envoyé par Tar-Méphisto. Je tenais à le soutenir en ces temps difficiles, à le servir, comme ce que toute épouse aimante aspire à faire. »
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMar 29 Oct 2013 - 14:57
Les paupières de Farma se refermèrent un instant. L'épouse du maréchal prétexta une douleur passagère liée à son état. Mais elle devait surtout réfléchir. Elle était peu bercée dans les arcanes des jeux de la cour, il faut bien avouer que le Rohan n'est pas le Gondor. En revanche la belle rohirrim avait été élevée à Edoras, elle savait mener sa barque.

Ses yeux verts fixèrent la comtesse

"Une femme m'a empoisonnée mais les raisons de son actes reste un mystère. le maréchal a pris en charge cette enquête personnellement"


Pas de mensonges mais pas non plus de déclarations fracassantes.


Puis elle se redressa légèrement.

"Merci ma chère de votre compassion et de votre dévouement. Votre époux doit être heureux d'avoir une épouse si motivée. C'est une chance pour le Gondor"


La fait que ce ne soit pas le comte qui se présente à elle, l'étonnait, elle n'était pas inquiète mais juste surprise , elle devait aller plus avant dans cette discussion.



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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMar 29 Oct 2013 - 17:45
Une femme ? Anna fut prit d’un doute affreux, montant des profondeurs de son esprit, s’insinuant dans ses pensées depuis les ténèbres insondables de l’inconscient, terrible prémonition qui restait encore à la limite de sa conscience. Non… Il ne pouvait pas s’agir d’elle… Pas ici… Pas maintenant… Anna frissonna imperceptiblement, tenta de maintenir un air neutre, de ne pas laisser transparaître sa gêne.

« Une femme ? Voilà qui est peu commun, du moins d’après ce que j’ai pu entendre dire, n’ayant jamais été confrontée à telle situation auparavant. Dois-je en déduire que vous avez capturé cette meurtrière en puissance ? Si le Maréchal s’en occupe, nul doute qu’il parviendra rapidement à mettre à jour toute cette affaire : je n’ai entendu que le plus grand bien de votre mari. » Anna brodait un peu, n’ayant entendu parler du Maréchal Mortensen que lors de son voyage vers Aldburg, et ce seulement au détour d’une conversation avec son mari. « Mais sont-ce ces méthodes inhabituelles qui vous ont poussé à engager de tels gardes, comme cet homme si zélé qui gardait votre porte ? Il me semblait étranger, pareil à ces Orientaux que l’ont voit parfois accompagnant les caravanes passant à Osgiliath. » Et pareil à certains de ses maîtres, songea Anna.

Le doute subsistait dans l’esprit de la jeune arnorienne devenue comtesse. Il lui falait  tout prix orienter la conversation vers cette mystérieuse assassine, afin de chasser toutes les craintes qui hantaient son esprit et la libérer du lourd fardeau de la peur concernant sa sœur aînée, Lena, qui, elle le savait, servait l’Ordre d’une toute autre manière qu’elle…
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyLun 16 Déc 2013 - 16:08

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Farma se redressa un peu.

"Nous sommes en guerre Madame. Le roi Hogorwen vint d'être tué. Mais nous avons un nouveau roi, le jeune Fendor, fils légitime de Firion, les preuves ont été apportée par le légendaire Eoseld. Ce guerrier dont vous parlez faisait partie de la garde rapprochée du roi apparemment. En échange de sa liberté mon époux lui a confié la charge de ma protection rapprochée"

Elle eut un sourire fugace

"Mon époux a des idées saugrenues parfois. Mais vous connaissez les hommes !!"


Puis elle reprit

"La tueuse était douée d'après les premiers rapports. Elle a occis une petite dizaine de gardes . Elle a été maitrisée par un jeune garde plein d'avenir Léaramn. Depuis elle est dans les geôles, mon époux l'a interrogé sans succès !! Nous ne pouvons être sûrs de personne Comtesse , la présence d'un guerrier loin de ces considérations est peut être la meilleure parade , enfin c'est ce que pense le Maréchal."



Farma avait mis une légère trace de doute mais sans plus.... Cette comtesse la surprenait , mais ce n'est surement que pour les intérêts du Gondor.


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Une sœur peut en cacher une autre EmptyDim 5 Jan 2014 - 14:12
Anna se redressa légèrement en entendant l’épouse du Maréchal parler. L’agente était encore dans les geôles ! Avec un peu d’audace, il serait très certainement possible à Anna de s’y rendre s’en se faire repérer, et d’en apprendre plus sur l’identité de celle qui pourrait être sa sœur. A force de persévérance, Anna avait pu apprendre que sa sœur, en dépit des dires de l’Ordre qui lui assurait qu’elle restait à l’abri dans une de leurs caches, opérait entre l’Arnor et le Rohan. Son imagination s’enflamma, décrivant des couloirs sombres menant à une porte aux barreaux d’acier derrière laquelle se trouvait, prostrée, cette jeune fille qui avait, un soir d’hiver, là-bas, dans le Nord, fait couler le sang de celui qui avait représenté la pire des horreurs pour les deux sœurs. Lena relevait la tête, lentement, ses cheveux sales lui tombant sur le visage encore à peine sorti de l’enfance, et ses yeux bruns croisaient ceux de sa sœur, qui pétrifiée, la main tenant le trousseau de clés pendante, subissait le choc de cette réunion.

Anna avait dû rester quelques instants silencieuse. Dame Farma risquait de se douter de quelque chose ! Vite ! Il fallait réagir !

« Un tel massacre ! Heureusement que ce jeune soldat était présent, alors ! S’il le peut, je souhaiterais le rencontrer, pour lui offrir toute ma reconnaissance pour avoir sauvé une amie. Ainsi qu’à votre mari, qui a su discerner chez ceux qui étaient vos ennemis des qualités suffisantes pour en faire ses amis. Un homme de paix, sans aucun doute. » Anna laissa planer la fin de sa phrase quelques instants, puis reprit. « Mais où se trouve-t-il actuellement ? J’ai entendu dire à la table de Son Excellence qu’il avait dû quitter ses terres. Il doit s’agir d’une mission de la première importance, pour qu’il accepte de vous quitter en ces conditions si… difficiles. »

Anna plongea ses yeux dans ceux de la maîtresse d’Aldburg, tentant de percer les secrets enfouis dans l’esprit de cette dame de haut rang…
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMar 7 Jan 2014 - 13:39
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Farma répondit au regard soutenue de la comtesse. Elle n'allait pas se laisser désarçonner par cette Jouvencelle. décidément elle posait des questions, beaucoup de questions et cela tournait autour de cette tentative d'assassinat. Farma n'était pas dupe, elle savait pertinemment que ce n'était pas son état de santé qui préoccupait le comtesse. mais quel était donc son but? Et le sujet de l'absence de Gallen arriva à propos. La comtesse était habile. Ainsi c'était là la véritable raison de ces questions: le maréchal de la Marche Est. Le Gondor s'intéressait il aux mouvements de Gallen? Possible. Il est de notoriété que le Rohan et le Gondor sont des royaumes amis mais amis ne signifie pas absence d'espionnage . Et Farma avait souvent entendu son époux regretter le manque d'efficacité des renseignements du Rohan comparés à ceux du Gondor. Farma se demanda si cette femme faisait partie des agents de l'Arbre ou était une simple ingénue comme elle le prétendait.

Elle s'éclaircit la voix et proposa

"Comtesse. Voilà ce que je vous propose. Le garde responsable de l'arrestation de la tueuse est loin d'Aldburg pour mission secrète. mais je vous propose d'aller voir la prisonnière mais escorté par Rokh mon garde du corps . Aldburg n'est pas encore sûr et il vous protégera. Eothain l'écuyer du maréchal de la Marche est vous mènera à lui"

Cet entretien arrivait à son terme, Farma ignorait qu'elle risquait de créer un incident non pas avec le Gon,dor amis avec l'OCF et c'était peut être encore plus dangereux.


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Aelyn
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyLun 13 Jan 2014 - 19:58
Aelyn se tenait sur le parvis sa petite maison d'Alburg. L'horreur lui saisit immédiatement les entrailles. L'épaisse porte de chêne massif fermait encore la bâtisse. Les deux petites fenêtres étaient toujours solidement barrées par leurs volets aussi intacts qu'à son départ... Mais la chaume du toit avait disparue, ne laissant derrière elle que des poutres noircies et sans doute un épais tapis de cendres sur le sol en bois entre les murs. Le petit jardin lui aussi était méconnaissable. Son carré de simples était envahi de mauvaises herbes et retourné par endroit, sans doute par des chiens et des voisins venus se servir. La neige formait des monticules sales et brunâtres là où le sol aurait dû être lisse et propre. Malgré tout, une tige de lierre avait commencé à s'agripper sur un pan de mur, se faufilant entre les pierres grises de l'allée.
La petite famille n'était pas partit si longtemps mais le temps, la guerre et la poussière avaient laissés leurs marques. En arrivant à la cité d'Eomer, Aelyn s'était attendue à ne retrouver de sa maison que les pierres de soutènement, ensevelie de cendre et de bois calciné. Elle ne savait pas si elle devait être soulagée ou heureuse de voir sa demeure dans cet état. Mais c'était dur, vraiment dur de voir ces lieux emplis de souvenirs réduit à... ça. Une main sur la bouche, elle tenta de respirer profondément pour chasser toute mauvaise pensée. Au fond ce n'était pas si grave... Quelques rondins et un chariot de chaume suffirait à lui rendre son aspect d'antan.
Mais le Rude Hiver était là, la neige et le froid, les nuits glacées et les vents terribles...

Derrière la jeune femme, dans le chariot toujours tiré par le fidèle Mægen, les deux garçons avaient trépigné d'impatience durant tout le trajet du retour : ils allaient enfin rentrer chez eux ! Après toutes ces angoisses et ces aventures, après cet exil au milieu d'un peuple si différent du leur, ils n'aspiraient plus qu'à retrouver la paix et surtout, surtout, leur maison, leur chambre et leurs amis d'Aldburg. Mais ce qu'ils avaient devant leurs yeux les choquaient au delà de toute raison. Ce n'était pas qu'une maison brûlée parmi d'autre, c'était leur maison, celle qui les avait vu grandir... réduite à l'état de vague ruine. Eofyr laissa échapper un gémissement d'horreur qui se termina en sanglot étouffé. Son frère était au delà de ça, les yeux remplis de larmes, les lèvres tremblantes, incapable d'émettre le moindre son.
Aelyn se précipita vers ses fils et les serra contre elle. Puis elle s'agenouilla devant eux. Son regard d'émeraude passait de l'un à l'autre avec détermination. Une main sur la joue de chacun de ses fils, la jeune mère tenta de mette dans sa voix toute l'assurance dont elle était capable :

« - Allons les garçon, ce n'est rien. C'est rien. On va tout réparer, d'accord ? Elle sera bientôt comme neuve. Vous allez m'aider. On va tout nettoyer et refaire le toit, et ce sera comme avant, je vous le promets... Et puis regardez, la grange n'a rien. Le temps des travaux nous aurons un toit au dessus de nos têtes, on sera à l'abri de l'humidité, du vent et les chevaux nous tiendrons chaud. Nous avons tous déjà dormis dans des endroits bien pires, n'est-ce pas les garçons ? »

Comme elle aurait aimé leur offrir un bon bain chaud au coin du feu, un repas revigorant et un lit confortable ! Ô combien elle se sentait impuissante ! Elle joignit doucement leurs fronts avant de rajouter.

« - Allez ! Haut les cœurs mes chéris ! Pour l'instant vous allez mener les chevaux et le chariot à la grange. Nourrissez-les et pansez-les. Eofyr, tu vérifieras la jambe d'Heolstor. »

Puis la guérisseuse se releva en souriant :

« - Après vous irez voir vos amis. Je suis sûr que Medras, Ceolin, Ceren et Melinde seront ravis de vous revoir et que vous aurez plein de choses à vous raconter !
- Surtout Melinde... »
ricana Eogast en fixant son frère qui prenait une teinte pivoine.

Aelyn laissa échapper un rire cristallin mais certainement pas moqueur. Son aîné avait toujours eu un petit faible pour la dernière fille de l'aide-forgeron d'Aldburg. Elle se rappelait bien, l'année de leurs cinq ans, Eofyr avait arraché la moitié de ses fleurs médicinales pour en faire un énorme bouquet qu'il avait voulu offrir à la fillette. L'attention aurait pu très mal finir à cause d'une digitale glisser dans le lot. Fort heureusement, tout c'était bien fini en fin de compte et la petite Melinde s'était extasiée d'un simple bouquet de fleurs des champs.

« - Essayez de vous faire inviter pour le repas, je risque d'en avoir pour longtemps. Si vous me cherchez, je resterais un peu dans la maison pour essayer de récupérer ce qui peut l'être mais je dois aller chez le Maréchal parler à Dame Farma. »

Les enfants avaient retrouvé un regain d'enthousiasme et se précipitèrent pour accomplir leurs corvées avant de pouvoir revoir leurs amis. Eogast mena le chariot tendit qu'Eofyr guidait Híril et Heolstor à la longe.

« - Medras sera horriblement jaloux de nos nouvelles épées !
- Je dirais à Ceren ce que j'ai appris des elfes, il ne me croira jamais !
- J'offrirais mon nouveau manteau à Melinde, je suis sûre qu'elle le trouvera très beau !
- Tu ne vas quand même pas... »


Durant cette discussion animée, Aelyn s'avança lentement vers sa maison et passa la porte. Ce qu'elle vit à l'intérieur lui serra le cœur. Le sol était recouvert d'une épaisse couche de cendre et de neige. Tous les meubles avaient pris l'eau et leur bois avait gonflé et gondolé, certains s'étaient même fendu sous l'effet du gel. Ça et là, la jeune femme remarqua les marques du passage des rongeurs. Ses vieilles réserves de nourritures et de médicaments étaient foutues...

La jeune mère prit une chaise, l'épousseta vaguement et se laissa glisser dessus, la tête entre les mains. Elle se rappela avec précision tout ce qui s'était déroulé depuis la sinistre Nuit des Lances Noires.
La journée qui avait suivit, la quasi-totalité de sa famille s'était retrouvée au haras de ses parents dans l'Eastfold. Son frère Eoden, qui avait eu vent des évènements avait été le premier. Elda, sa jeune sœur, Eoras, le maître-palefrenier d'Edoras et ses deux propres garçons, qui avaient fuit la capitale ensemble avant le déchainement de mort, avaient suivit quelques heures avant l'aube. Puis elle-même, escortée par quatre hommes fidèles au Prince Orwen qu'elle avait chaleureusement remerciés, aux premières lueurs du jour. A midi, le cousin Fengel avait lui aussi fait son apparition. Des réfugiés commençaient à arriver dans la cité d'Eomer, ses parents ne se trouvant pas parmi eux et sans nouvelle, il avait chevauché à brides abattues jusqu'au Souffle des Mearas dans l'espoir de les y retrouver sains et saufs. Sa désillusion fut immense et son angoisse contagieuse. A la fin de la journée, on les avait crus perdu à jamais. Aelyn savait que la maison de sa tante n'avait pas la sympathie du pouvoir, particulièrement depuis le procès et les évènements qui l'avaient précédé. S'ils avaient été attrapés, ils étaient condamnés.
Le lendemain pourtant, le miracle pour lequel ils avaient tous prié s'était produit .Ceorl et Elwyn apparurent enfin. A deux sur un vieux destrier fatigué, épuisés autant l'un que l'autre par leur chevauchée, ils avaient finalement retrouvé les leurs. Fengel avait aussitôt accouru pour serrer sa mère de son bras unique. Et Elwyn s'était effondrée en larmes.
Cette nuit-là, on veilla très tard mais tout le monde dormit longtemps et profondément. Le soulagement et le sentiment d'être enfin en sécurité, et ensemble. Eoras, comme il l'avait promis, resta veiller sur Elda avec zèle, allant même jusqu'à coucher dans la grange plutôt que de partir. Et Wildhelm finit par attendre d'un moment à l'autre une demande officielle alors que le pauvre jeune homme semblait vouloir l'éviter comme la peste.

Mais les nouvelles apportées par les réfugiés d'Edoras n'étaient pas bonnes et le récit de Ceorl sur les évènements qui avaient suivit le procès des elfes inquiétèrent Aelyn plus que tout. Elle ne voulait pas perdre une seconde. Elle devait mettre ses enfants en sécurité. Seule, elle serait sans doute restée, comme tous ceux de sa famille, mais elle ne pouvait maintenant pas se le permettre. Eofyr et Eogast étaient plus important que tout à ses yeux. Elle ne pouvait pas prendre ce risque. Jamais.
Elle essaya bien de persuader Elda, la plus jeune, de partir avec elle, mais celle-ci refusa tout net. Elle se marierait aussitôt que possible et partirait avec Eoras en lieu sûr. Et rien ne pourrait la faire changer d'avis.
Mais où aller ? Nul lieu dans les plaines du Rohan ne lui semblait désormais assez sûr. C'est alors que la réponse vint d'elle-même, par le biais d'un vieux souvenir. La jeune femme se rappela du jour où, dans ces mêmes plaines, elle fut sauvée par un Seigneur elfe, Isilo de Limeclair. Elle resongea à leur toute dernière conversation dans une auberge de retour du sud. Ses fils et elle-même seraient pour toujours les bienvenues dans son fief, en toute circonstance. Quel lieu plus sûr qu'un domaine elfe pour sa famille ? En deux heures sa décision fut prise et, au soleil de midi affaires et enfants furent chargés dans le chariot, direction le nord.
Les adieux ce jour-là furent déchirants pour la jeune guérisseuse. Elle partait sans savoir quand elle reviendrait et encore moins si chacun de ceux qu'elle aimait serait encore présent à son retour...

La famille passa donc un long moment dans leur appartement chez les elfes. Pour les enfants, tout se passa pour le mieux. Curieux et fiers de leurs privilèges, ils ne cessaient de papillonner de découvertes en découvertes avec tout l'entrain et l'énergie dont ils étaient capables. Le seigneur des lieux, totalement sous leur charme, les gâtait au delà du raisonnable. Mais bientôt, la nouveauté passée, les jumeaux commencèrent à montrer les symptômes du mal du pays. Les questions sur la date de leur retour se faisaient de plus en plus courantes, de plus en plus pressentes. A chacune de leurs tentatives, Aelyn répondait "bientôt"... et cela recommençait encore et encore. Elle aussi, malgré les attentions de leur hôte, commençait à dépérir loin des vertes prairies de son pays natal, sans nouvelles de sa famille et de ses amis. Ses visites à la bibliothèque se faisaient plus rares et celles à l'écurie plus fréquentes Ses promenades trainaient en longueur et son regard, constamment cherchait l'horizon, au sud, chez elle.
Et c'est un soir, au dîner, qu'un messager se présenta au domaine seigneurial, porteur, à ses dires, de nouvelles d'une grande importance et d'un message urgent ! Et quelles nouvelles terribles se furent pour tous les convives. La première fut pour Aelyn. La jeune femme ne put retenir un haut-le-cœur. Les nouvelles de chez elle étaient affreuses et savoir que sa ville avait de nouveau subit un siège et tant de pertes l'horrifia. Mais un nouveau roi avait remplacé le despote et le Riddermark commençait lentement à se relever. La nouvelle suivant fut pire encore, de leur côté, les elfes de Limeclair apprirent la chute d'Imladris et la missive qui accompagnait était ni plus ni moins qu'un appel au secours pour reprendre Fondcombe. Sous le choc, Isilo et plusieurs autres quittèrent la table et tinrent réunion dans la bibliothèque pendant près de quatre heures. Des cavaliers furent dépêchés aux quatre coins du domaine pour recruter des guerriers. Il leur fallu deux jours.
La veille, Isilo vint à elle. Le fief allait se vider de ses défenseurs et plus rien ne pouvait garantir sa sécurité en ces lieux. Aelyn, quant à elle, n'aspirait plus qu'à retourner chez elle, aider à panser les plaies de son pays. Alors son ami lui proposa d'accompagner son armée. Les elfes d'Isilo étaient dans l'obligation de passer par la Trouée du Rohan et plus tard leurs chemins se sépareraient, plus longtemps il pourrait répondre de la sécurité de cette petite famille qu'il aimait tant.


Et c'est ainsi qu'Aelyn s'était retrouvée, assise au milieu des ruines de sa propre chaumière, à constater combien cette nouvelle bataille avait été dévastatrice pour cette petite cité qu'elle aimait tant.
La jeune femme fut tirée de sa rêverie par un léger toc toc contre le bois de sa porte.

« - Aelyn, c'est bien toi ? » murmura une voix aiguë légèrement tremblante, reconnaissable entre mille.
La jeune femme sauta aussitôt sur ses pieds pour aller saisir les mains de la personne qui rentrait. C'était sa vieille voisine à qui elle avait souvent confié ses fils par le passé.
« - Selwyn, que je suis heureuse de vous voir en bonne santé. J'avais peur qu'il ne vous soit arrivé malheur avec toutes ces horribles choses qui se sont passées.
- Fort heureusement rien de mal et ma maison est en bien meilleur état que la tienne, ma pauvre enfant. Mais je ne vois pas tes garçons...
- Ne vous faites aucun soucis, ils sont sans doute déjà partit retrouver leurs amis.
- Tu me rassures. Mais ma chère, je m'étonne de te voir toujours ici. J'aurais pensé que tu te serais précipitée au chevet de Dame Farma. C'est une amie à toi, n'est-ce pas ?
- Au chevet ?! Pitié, dites-moi vite, que lui est-il arrivé ?
- De grands malheurs à ce qu'on dit ! La pauvre femme ! J'ignore les détails, mais on dit qu'elle aurait été empoisonnée. Elle serait encore alitée. D'après certains serviteurs, personne ne peut l'approcher sans une excellente raison. On dit aussi que le Maréchal Gallen aurait confié sa protection à un drôle de chien de garde, un étranger à ce qu'il parait.
- Oh, par les Valars !
s'exclama la jeune femme en se couvrant la bouche d'horreur. Faites que tout ça ne soit qu'une rumeur.
- Hélas, je crains que ce ne soit plus d'espoir que tu ne puisses te permettre. Nul ne l'a revu depuis lors.
- Selwyn... Je... je dois y aller ! Je suis vraiment navrée de vous demandez ça, mais pourriez-vous vous occuper des enfants quand ils reviendront ? Il faut absolument que j'aille la voir !
- Evidement, évidement... Va, fait vite, je me charge de tout.
- Merci Selwyn, merci ! »

Sur ces derniers mots, Aelyn se précipita dehors. Un léger crochet vers la grange pour récupérer sa besace de guérisseuse et elle traversa la cité comme une tornade.

Désormais elle faisait face à un "chien de garde" pourtant tout à fait rohirrim malgré les dires de sa vieille voisine. Echevelée dans ses habits de voyage sales et les joues rougies par le froid et sa course folle, elle attendait le bon vouloir du cerbère pour passer en le foudroyant du regard. Elle ne devait sans doute pas faire très bonne impression comme cela mais c'était bien là le dernier de ses soucis.

« - Mais puisque je vous dis que je suis guérisseuse ! Dame Farma est mon amie et croyez bien que je n'hésiterais pas à enfoncer cette porte pour m'assurer de sa santé ! Laissez-moi passer ! »
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMar 14 Jan 2014 - 15:28
Une sœur peut en cacher une autre Rokh10   Une sœur peut en cacher une autre Rokh_c10

- Excusez-moi, je ne...

La servante s'interrompit brutalement et sa bouche forma un "o" ébahi, tandis que dans ses yeux ronds apparaissait une lueur de crainte, qui se mua bientôt en une terreur incontrôlable. Les linges sales qu'elle tenait et qu'elle était sur le point d'aller laver s'échappèrent de ses mains, et tombèrent au sol dans un bruissement discret qui irrita pour le guerrier. Rokh lui jeta un regard sévère, de ses yeux noirs terribles, et elle bafouilla une explication sans queue ni tête, qui lui fit froncer les sourcils. Le Rhûnadan n'était pas homme à apprécier ce genre de comportements, et il avait bien d'autres choses à faire que de rester planté là à l'écouter chercher ses mots, à contempler ses yeux larmoyants. S'il avait hurlé "bouh !", elle aurait probablement succombé à un arrêt cardiaque, tant elle semblait effrayée par lui, alors qu'elle n'avait fait que le bousculer par inadvertance, au détour d'un couloir. Il leva la main pour couper court à ses propos incohérents et sa voix claqua :

- Vous n'avez pas autre chose à faire que de rester là ?

Rokh n'avait jamais été un modèle de délicatesse, mais lorsqu'il rencontrait des gens dont la profession n'impliquait pas directement de plonger une tige d'acier dans le corps de quelqu'un d'autre, il se montrait encore moins charmant. Il n'avait aucune pitié pour ceux qui travaillaient comme servants, et qui avaient la belle vie à côté de ce que ceux qui servaient sous les drapeaux enduraient. Il ne supportait pas qu'ils se plaignissent, qu'ils gémissent dès qu'ils trouvaient leur tâche trop dure. Lui ne s'était jamais plaint, et pourtant il avait affronté la faim, la soif, la chaleur écrasante et le froid mordant, pour marcher droit vers la mort. Il avait pataugé dans des mares de sang, piétiné des cadavres démembrés, dormi à proximité d'un champ de bataille où on entendait encore les appels désespérés des mourants. Lorsqu'il voyait ces gens propres sur eux, qui accomplissaient avec beaucoup d'attention des tâches qu'il jugeait inutiles, il avait envie de vomir. C'était l'effet que lui produisait la vie civile, chaque fois qu'il y revenait. Ou plutôt... chaque fois qu'il y mettait les pieds. Car c'était comme s'il n'avait jamais eu l'occasion de la connaître, ni dans son enfance, ni depuis qu'il était devenu pleinement adulte. C'était un univers étranger qu'il avait appris à mépriser, et qu'il ne lui plaisait pas de côtoyer.

- Pardon, bien sûr, s'excusa la femme.

Elle s'empressa de se pencher pour ramasser ses linges, probablement soulagée d'avoir échappé à la colère du Chien de Farma. C'était ainsi qu'on l'appelait, dans la forteresse, et il avait entendu certaines personnes le désigner explicitement sous cette appellation peu flatteuse. Il avait dû faire un effort de volonté pour ne pas se retourner, et aller leur demander des explications à sa manière. Une manière qui lui aurait probablement valu quelques remontrances de la part de la femme du Maréchal. Les gens pouvaient se montrer fort susceptibles pour quelques dents cassées. Mais d'un autre côté, la réputation qui collait à son surnom lui plaisait : on parlait de lui avec crainte et respect, et personne n'osait se frotter à lui, pas même les gardes. Certains osaient le regarder dans les yeux et semblaient le provoquer en duel, mais il n'y répondait même pas. Depuis sa petite démonstration, c'était aux autres de venir le provoquer si l'envie leur prenait. Lui tiendrait son poste comme on le lui avait explicitement ordonné, et s'arrangerait pour que personne n'approchât Farma tant qu'elle serait sous sa protection. Le Maréchal s'était montré clair quant à sa sécurité, et s'il voulait avoir la chance de l'affronter en duel à son retour, il devait préserver son épouse. Une mission humiliante pour un homme tel que lui, mais qui lui permettait de venger son honneur terni par ce qu'il interprétait comme une défaite.

Ses pensées s'assombrirent quand il se souvint de la bataille, qui avait fait rage bien peu de temps auparavant. Ce n'étaient pas les souvenirs pourtant chaotiques d'une boucherie sans nom qui le hantaient, mais bien le visage du Maréchal. Il le voyait en rêve, et quand son esprit se mettait à divaguer, il se prenait à imaginer quelles techniques il emploierait pour le vaincre. Il essayait de se remémorer les bottes que son adversaire avait employées, et cherchait à savoir comment les contrer, comment en exploiter les faiblesses. C'était un exercice qui l'occupait quotidiennement, des heures durant, parfois, mais qui ne faisait que le rendre encore plus impatient. Il était quelque peu nerveux, agité, comme si la perspective d'un bon combat l'excitait, et lui donnait envie de se faire la main sur un ou deux gardes du Rohan. Mais même ça, ce n'était pas un défi à sa hauteur. Il était bien trop fort pour ces sauvages, et il ne pouvait d'ailleurs pas imaginer qu'on lui confiât une seule âme pour assouvir ses envies de sport. C'était le problème d'un pays qui n'autorisait pas l'esclavage : il n'y avait jamais de quoi se distraire vraiment.

Il fit claquer sa langue, et s'éloigna de la lingère sans plus la considérer le moins du monde. Elle n'était qu'un insecte à ses yeux, et il n'encombrait pas ses pensées à se souvenir d'elle maintenant qu'elle était hors de sa vue. Il grimpa une volée de marches, posant bien le bien sur chacune d'entre elles alors qu'il aurait pu les gravir deux à deux s'il l'avait voulu. Mais c'était un excellent entraînement, comme la plupart des gestes qu'il effectuait au quotidien, et il ne se privait jamais de le faire, car il était peu commun qu'il se trouvât dans une demeure habitée, où il y avait des marches. Il avait davantage l'habitude des lits de camp, des nuits à la belle étoile, et des voyages éprouvants. Il s'élança dans le couloir qui menait aux appartements de Farma avec une souplesse toute féline, marchant d'un pas gracieux sans pour autant être élégant. Quand on le voyait, on imaginait plutôt un immense tigre aux crocs acérés, marchant pesamment et stabilisant bien ses appuis avant de lever l'autre patte. Pourtant, cela n'enlevait rien à l'impression qu'il dégageait, qui était celle d'une force à peine contenue.

Devant la porte de la suzeraine des lieux, se tenait un homme qu'il ne connaissait pas : un garde engagé pour le remplacer le temps de sa convalescence. Il paraissait agressé par une femme du peuple, à en juger par ses vêtements et sa mine. Sans la moindre considération pour son uniforme, elle lui ordonnait de lui ouvrir la voie jusqu'aux appartements de Farma, dont elle prétendait être une amie. Le garde semblait sur le point de flancher devant sa virulente diatribe, et l'Oriental trouva qu'il arrivait fort à propos pour remettre de l'ordre dans cette affaire insensée :

- Silence ! Tonna-t-il d'une voix puissante.

Et silence se fit. Il n'y avait pas grand monde qui osait contester une injonction lâchée sur ce ton, et peut-être que sa vue ne les aida pas à retrouver leur contenance aussi rapidement que d'habitude. Le garde ravala sa salive avec difficulté, encore plus mal à l'aise que lorsqu'il était en train de ce faire incendier par cette paysanne débraillée. Son corps eût un mouvement de recul involontaire, tandis que le jeune lieutenant du Rhûn continuait à avancer d'un pas implacable. Ses yeux ne lançaient pas d'éclairs, mais on y sentait une sombre colère qu'il risquait de relâcher à tout moment, devant la moindre contrariété. Et il ne valait mieux pas en être l'objet. Même si physiquement, il n'était pas des plus impressionnants (il était plutôt élancé que musculeux, et il n'avait pas le gabarit des hommes les plus imposants), il y avait quelque chose dans son attitude qui incitait à la méfiance. Peut-être sa main gauche, qu'il gardait toujours posée sur le fourreau de son sabre. La main droite n'était pas très loin, prête à dégainer quand il le commanderait... et peut-être même avant. Une vie passée à travailler ce genre de gestes pouvait créer des réflexes. Il fixa la jeune femme avec une froideur méprisante, mais s'adressa d'abord au garde, d'une voix où transparaissaient des accents exotiques :

- Pourquoi n'avez-vous pas congédié cette gêneuse comme il se devait ? Est-ce là au-dessus de vos forces ? Vous êtes chargé de la sécurité de Dame Farma : il ne vous est pas venu à l'esprit que ce genre de distractions pouvait être un piège ?

- Ou...Oui, c'est vrai... Répondit le soldat, honteux.

Que pouvait-il faire à part être d'accord avec le Rhûnadan, de toute façon ? Celui-ci revint à la jeune femme, qu'il toisa de toute sa taille. Sa peau ambrée, ses yeux et ses cheveux noirs lui donnaient un air mystique effrayant, et il fallait dire qu'il cultivait quelque peu cette image pour en imposer aux basses classes, facilement impressionnables. Il grogna sans douceur :

- Quant à vous, je vous conseille d'adopter un autre ton quand vous parlez à un officier, c'est compris ? Dame Farma est sous ma protection, et vous n'êtes pas autorisée à la rencontrer. Je n'ai rien à ajouter. (À l'attention du soldat, il ajouta : )Mets ça hors de ma vue.

Le garde hocha la tête, penaud, et tendit le bras pour accompagner la jeune femme à l'extérieur. S'ils avaient joué à "bon garde méchant garde", il aurait été "bon garde", à n'en pas douter. Il agissait avec mille précautions avec elle, comme si elle était en verre, et se comportait comme un gentilhomme avec une Reine. Même en la considérant, Rokh ne voyait en elle qu'une femme du peuple, qui méritait d'être traitée comme toute personne issue du peuple. Il ne comprenait pas pourquoi les hommes d'ici se comportaient de manière aussi prévenante en permanence, et probablement qu'il ne le comprendrait jamais. Le rohirrim, cherchant un mot sympathique pour rassurer la jeune femme, lui glissa :

- Venez avec moi s'il-vous-plaît. Ne contrariez pas le Chien de Farma.

Le Rhûnadan, qui avait déjà chassé ce souci de son esprit, leva la tête en entendant ses paroles. Et bien avant sa tête, se fut sa main qui réagit, allant chercher le col du militaire. D'un geste incroyablement vif et violent, il le tira en arrière, et le plaqua contre le mur de pierre. L'armure qu'il portait produisit un bruit désagréable, et son propriétaire parut un peu étourdi par le choc. Cette fois, la colère se lisait dans les yeux de l'oriental, qui cracha :

- Barbare insolent ! Prononce ces mots encore une fois, et je trancherai ce qui te sert de langue !

D'une seule main, Rokh l'écrasait contre le mur, cherchant à lui faire physiquement rentrer dans le crâne ce qu'il venait de lui dire pourtant très clairement. Il détestait ce surnom humiliant, méprisant, utilisé par les gens d'ici pour se moquer de lui, et par Farma pour le rabaisser constamment. Il ne supportait pas de les entendre l'appeler ainsi, alors qu'il patrouillait dans la forteresse, mais alors que l'un d'entre eux osât utiliser ce qu'il considérait comme une provocation en duel à moins d'un mètre de lui... c'était une insulte qu'il ne pouvait pas laisser passer. La fureur se lisait sur ses traits, parfaitement neutres un instant plus tôt, et elle l'aveuglait au point qu'il ne vit ni n'entendit que quelqu'un arrivait dans le couloir...


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Aelyn
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMer 15 Jan 2014 - 20:12
- Silence !

L'ordre claqua comme un coup de fouet et résonna sur les murs de la forteresse, faisant sursauter les deux protagonistes. D'abord coupée net dans ses vociférations, la jeune femme prit une brusque inspiration de fureur contenue. Qui donc osait lui parler sur ce ton ?!... Mais à la vue de celui qui était à l'origine de cette somation agressive, elle eut un violent mouvement de recul. Un frisson de peur remonta insidieusement le long de son échine. A pas de fauve, clairement en position d'attaque, l'Oriental se dirigeait droit vers elle. Son instinct lui signifia dans l'instant qu'elle faisait face à un prédateur ni plus ni moins, un homme dangereux. Aelyn, d'un regard, avait prit la pleine mesure de l'origine du surnom de Chien de garde dont on l'affublait et il lui semblait qu'elle tremblait de tous ses membres alors qu'elle se trouvait, en réalité, parfaitement immobile. Elle ne s'était pas attendue à une telle agression. Elle, que son statut de guérisseuse avait l'habitué à être traitée avec respect, du moins avec bienveillance. Et, plus significatif encore, le garde qu'elle incendiait quelques secondes plus tôt montrait les mêmes signes de nervosité face à l'étranger.
Mais bien vite, la peur se transforma en une flamme de profonde indignation qui incendia son regard d'émeraude qui refusait désormais de se détourner des orbes d'obsidiennes de son opposant. "Gêneuse" ! "Un piège", elle ?! Il l'a traitait au mieux comme une intruse négligeable au pire comme... une traitresse ! Il n'y avait pas en Terre du Milieu pire insulte qu'il aurait pu lui adresser.

- Ou...Oui, c'est vrai..., bafouilla tant bien que mal le garde.

Choquée par cette soumission absolue, la guérisseuse se tourna vers celui-ci comme si elle le voyait pour la première fois. Son étonnement fut tel qu'elle en oublia peur et fureur l'espace d'une seconde. C'était donc tout ? Personne n'avait l'intention de s'enquérir de sa légitimité à se tenir au chevet de son amie ? Rien ? L'étranger ordonnait et les soldats rohirrims obéissaient ?! Aelyn en resta bouche bée.
Mais ce n'était pas fini, l'attaque verbale suivante lui fut directement adressée. "Ça" ?! "Ça" !!! Méprisant. Dédaigneux... Comment cet homme pouvait-il seulement se permettre de la traiter - de la désigner ! - comme un chien galeux qu'on chasse de son jardin à coup de pierres et de bruit de marmite ! Il n'y avait décidément rien qu'il ne lui ait épargné de toutes ces paroles qui n'était ni plus ni moins que de terribles insultes pour l'esprit fier d'une femme du Rohan. La gorge de la jeune femme fut agitée de soubresauts, sa mâchoire se contracta, ses poings se serrèrent, tandis que l'inquiétude et une colère noire se disputaient la primeur de sa réaction au fond de sa poitrine. Mais le souci qu'elle se faisait pour Farma fini par faire pencher la balance. Elle se redressa fièrement et ouvrit la bouche pour répliquer, bien décidée à ne pas se laisser congédier, comme une mendiante pouilleuse, d'un endroit où elle avait toujours été la bienvenue.
Malheureusement pour elle, le garde lui saisit délicatement le bras d'un sourire désolé, lui faisant clairement comprendre que ce n'était pas la peine d'insister. Il semblait réellement navré de la situation, sa gentillesse le prouvait bien, et Aelyn se sentait toute disposée à lui pardonner après avoir fait l'expérience du donneur d'ordre des lieux. Bien que ce soit un sentiment malvenu, elle eut presque pitié de ce pauvre homme qui devait rester des heures durant à la merci de ce sinistre individu et concéda de lui accorder un sourire en retour.
Si seulement il s'était abstenu de lâcher ces dernières paroles :

- Venez avec moi s'il vous plaît. Ne contrariez pas le Chien de Farma.

Le sourire de la veuve se transforma en grimace. Elle croisa le regard de l'homme du Rhûn et la fureur assassine qu'elle y découvrit lui glaça le sang. Elle voulu crier pour prévenir du danger... Trop tard. En une fraction de seconde l'étranger était sur le garde. La jeune guérisseuse fut également projetée en avant par l'élan, le rohirrim n'ayant relâché sa prise sur son bras qu'une demi-seconde plus tard. Ce fut le temps qu'il lui fallut pour comprendre ce qui lui arrivait. Elle fut tétanisée par la violence de la réaction. Le choc fit trembler le mur et l'armure émit un bruit de cascade métallique en rencontrant la pierre. La tête du garde partit en arrière, heurtant sans douceur la surface dure. Etourdi, ses tentatives pour échapper à son agresseur ressemblait bien plus aux mouvements erratiques d'un lapin prit dans la gueule d'un loup.
Le temps de reprendre ses esprits et contre tout instinct de conservation, Aelyn réagit. Elle attrapa l'épaule de l'oriental et tira en arrière dans l'espoir utopique de le faire lâcher alors que le visage du rohirrim commençait à prendre une inquiétante teinte écarlate sous la suffocation. Mais toute sa force ne fit pas bouger du moindre centimètre l'étranger.

« - Arrêtez ! Et c'est nous que vous traitez de barbare ! Mais regardez-vous ! Ne voyez-vous donc pas que vous donnez raison à ce surnom en agissant ainsi ? »

Mais à peine eut-elle fini sa phrase, criée d'une voix rendue trop aiguë par la peur, que sa prise glissa. Elle sentit la gravité l'entrainer en arrière et s'écroula au pied d'une personne qu'elle ne distingua que brièvement avant de rentrer en contact avec le sol dans un bruit mat. Fort heureusement, les épaisses couches de vêtements de voyage qu'elle portait amortirent sa chute.
Aelyn se releva péniblement, pestant et inquiète pour la santé de son compatriote toujours maîtrisé par le Chien de Farma. C'est ainsi qu'elle se retrouva nez-à-nez avec la nouvelle arrivante.
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Taorin
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Une sœur peut en cacher une autre EmptySam 18 Jan 2014 - 15:02
Anna remercia Dame Farma tout en essayant de cacher les sentiments que suscitaient une telle annonce : d’une part, elle pourrait peut-être revoir sa sœur, après tant d’années séparées, mais elle devrait réussir à maîtriser son cœur, à maîtriser son visage, à retenir ses larmes, car elle serait surveillé par cet Oriental, ce Rokh, qui n’hésiterait sans aucun doute à les égorger toutes les deux sans prendre la peine d’y réfléchir plus de deux secondes.

La jeune comtesse prit congé de son hôte, avec la promesse que l’écuyer Eothain viendrait la chercher quelques jours plus tard afin de la mener au terrifiant Rokh. Tant d’heures à attendre, à imaginer comment se déroulerait cette visite ! Anna allait devenir folle ! Elle s’assit derrière le petit bureau de ses appartements, et entreprit d’écrire diverses missives…

*** *** *** *** ***

Elle se réveilla sous les combles. Quelques raies de lumière filtraient par les fentes entre les tuiles d’ardoise, permettant de distinguer les poutres rongées d’humidité de la bâtisse abandonnée. A ses côtés, sa sœur dormait encore, soulevant régulièrement la mince étoffe trouée qui lui servait de chemise. Les cheveux en bataille, la paupière encore lourde, la jeune fille se redressa. Elle avait un mauvais pressentiment…

Elle se rallongea, et ferma les yeux, tentant de se rendormir. Alors que l’agréable oubli du sommeil était sur le point de s’emparer de son esprit, un bruit la ramena brutalement à la réalité : le cliquètement de l’acier contre l’acier, presque totalement étouffé. Elle réprima un petit cri, et ouvrit les yeux. Sa sœur était réveillée : elle avait entendu, elle aussi. Elle lui fit signe de rester silencieuse, et la plus jeune, les yeux écarquillés, acquiesça. La plus vieille sortit un poignard de sous sa couche de défroques miteuses, et se déplaça lentement, silencieusement, vers le rebord débouchant sur la grande pièce encombrée de débris qui constituait l’essentiel de l’ancien entrepôt dans lequel logeaient les deux sœurs.

Des hommes se déplaçaient silencieusement, l’arme au clair. Elle se retourna, et, aussi discrètement que possible, rebroussa chemin : elles devaient s’enfuir ! Faisant signe à sa jeune sœur de se diriger vers leur issue de secours, aménagée pour une situation semblable à celle qu’elles vivaient à l’instant, elle ramassa leurs quelques affaires encore entassées dans un sac de toile, et lui emboîta le pas. Mais elle fit grincer une planche, et, à peine eut-elle relevé son pied en réprimant un cri de désespoir que les hommes armés en-dessous se précipitaient vers les combles, amassant tout ce qu’ils pouvaient pour pouvoir y accéder.

Elles prirent la fuite, fonçant aussi vite que possible vers la petite trappe donnant sur le toit.
Elle lâcha la besace presque vide qu’elle tenait de sa main droite pour pousser le loquet. Mais alors qu’elle posait sa deuxième main sur le panneau de bois pour pouvoir sentir l’air, l’espoir de se tenir loin de ces hommes, que la trappe se relevait toute seule : un homme vêtu de cuir brun et d’une houppelande grise tâchée de boue, dont les mains gantées s’ornaient de piques d’acier aux articulations, et dont la tête n’était que ténèbres, puit sans fond sur les abysses du Néant, la fixait, occultant le Soleil. Elle cria…

Et se redressa, en sueur, sur son lit, repoussant l’édredon moelleux qui la protégeait du froid que les braises du feu mourant ne parvenaient à réchauffer…

*** *** *** *** ***

Eothain était venu la prévenir que Dame Farma la demandait. La comtesse demanda à l’écuyer de prévenir la maîtresse d’Aldburg de son arrivée prochaine, pendant qu’elle appelait sa servante pour qu’elle l’aide à se préparer.

Anna revêtit l’une de ses plus belles toilettes. Elle souhaitait faire impression sur les gardes, pour les pousser à céder plus facilement à ses éventuelles demandes. Une châle de soie blanche recouvrant ses épaules, elle sortit, et se dirigea vers les appartements de Dame Farma.

Alors qu’elle se rapprochait de la porte de la chambre, encore hors de vue, la jeune arnorienne entendit des éclats de voix. D’une voix en particulier : ne s’agissait-il pas... ? Si ! Cet Oriental ! Ce Barbare venu du lointain Est ! La comtesse arriva face à une scène qu’elle n’aurait pu imaginber au Gondor : le géant à la peau sombre tenait plaqué contre le mur un garde rohirrim, pendant qu’une jeune femme blonde tentait de le faire fléchir. Mais le guerrier du Rhûn ne céda pas, et l’inconnue glissa et tomba lourdement aux pieds d’Anna, qui s’était avancée, prête à intervenir.

Après un rapide regard dédaigneux à la jeune blonde qui se relevait, Anna fixa le mastodonte d’Orient, et, rassemblant tout l’orgueil de sa position, lâcha :

« Cessez immédiatement, soldat ! Je suis ici pour voir Dame Farma, et non pas pour assister à vos pitreries barbares ! »
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Gallen Mortensen
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyLun 10 Fév 2014 - 17:15
Eothain avait été chargé d'accompagner la comtesse gondorienne dans les méandre de la citadelle froide du légendaire Eomer.

L'écuyer du maréchal Gallen Mortensen était resté silencieux. Il n'aimait pas les étrangers et surtout pas les femmes; elles l'intimidaient. Il faut dire qu'à 13 ans, un joli minois peut décontenancer et la comtesse était plus que jolie avec ses atours et atouts impressionnants pour le jeune homme.

Apparemment renfrogné, Eothain en était sur ces considérations lorsqu'ouvrant la voie à la Dame du Gondor il aperçut la scène qui se déroulait devant la porte de l'épouse de Gallen Mortensen.

Son sang ne fit qu'un tour. Il faut dire qu'il fut un peu car personne ne faisait cas de sa présence.

De sa voix encore juvénile hésitant entre l'enfance et l'âge adulte, il s'écria

"Restez derrière moi Madame"

Et il dégaine la dague ouvragée que lui avait remis Gallen. Il avança la gorge desséchée vers l'oriental. Il reconnut Aelyn comme une amie de Dame Farma.

Il ne sut pas trop ce qui se passa mais il glissa la lame en avant et sans le vouloir il entailla la jambe gauche de Rokh. le jeune homme s'étala de tout son long. Il se releva piteusement.

Il craignait pour sa vie devant le regard dédaigneux du sombre guerrier.

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Farma était d'humeur bougonne. Elle réussissait à toucher ses pieds depuis deux jours mais cela n'allait pas assez vite pour elle. Il faut croire que les guérisseuses font les plus mauvais malades.

Elle entendit du vacarme dans le couloir . Elle hurla

"Mais que se passe t'il donc ici ??"


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Ryad Assad
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyVen 14 Fév 2014 - 0:30
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Rokh était en proie à une rage sauvage, qui lui avait littéralement fait perdre tout contrôle. Son seul désir pour l'instant était de faire passer le rohirrim qu'il tenait au bout de son bras à travers le mur de pierre, ou par n'importe quelle fenêtre de la forteresse. Il éprouvait une profonde colère, motivée par un sentiment d'injustice profond. Il savait, au fond de lui, qu'il était un prisonnier de guerre, et que de fait les hommes qui l'entouraient avaient le droit de le nommer et de le traiter comme ils l'entendaient. Seule la parole de Farma les retenait de le passer à tabac pour le plaisir, et ils s'en donnaient à cœur joie quand ils le surprenaient en tort, comme cette fois où ils l'avaient découvert en plein duel nocturne au milieu des rues de la forteresse. Ils s'en étaient donnés à cœur joie, et n'avaient pas retenus leur coups ou leurs insultes, appréciant visiblement de le rabaisser plus bas que terre. Mais en règle générale, un prisonnier était placé derrières des barreaux, et c'était pour une bonne raison : pour éviter qu'il ne s'en prît à ses geôliers lors d'un soudain accès de fureur. Rokh n'était pas détenu comme un prisonnier, et pourtant il était traité comme tel. Naturellement, la réaction ne pouvait qu'être détonante.

L'oriental sentit une main agripper son épaule, et essayer de le faire lâcher prise, mais il avait surtout l'impression qu'un insecte gênant était en train d'essayer d'attirer son attention. La femme blonde, les joues rougies par l'effort et probablement par l'émotion, se mit à l'invectiver violemment, comme si elle pensait sincèrement que cela allait marcher. Avait-elle vu ses yeux sombres où brûlaient les flammes dévorantes de la haine ? Avait-elle sentit sous ses doigts les contractions involontaires de son corps soumis à des décharges d'adrénaline qui le faisaient littéralement bouillir de l'intérieur ? Il était une machine à tuer que l'on venait de déployer, un instrument de mort que l'on avait sorti de son fourreau. Il tuait plus souvent qu'il ne parlait, et avait probablement dispensé plus de coups d'épée que de paroles dans sa vie. Comment, alors, penser qu'il pouvait être raisonné ?

La jeune femme glissa et s'écroula sur le sol, perdant ainsi le peu de considération que l'oriental avait consenti à lui accorder. Désormais, son esprit était entièrement focalisé sur l'homme qu'il tenait bien haut, et dont les pieds battaient dans l'air. Rokh n'était pas une montagne de muscles, et il était même plutôt svelte, mais son bras de bouclier était puissant et endurant, si bien qu'il pouvait maintenir son opposant à vingt centimètres au-dessus du pavé pendant de longues minutes sans ressentir la moindre fatigue. La tempête d'émotions qui se déchaînait dans son esprit suffisait à lui donner la force de le briser en deux, et s'il ne l'avait pas encore fait, c'était parce qu'il savourait la terreur qu'il voyait dans les yeux de son adversaire.

Il était si absorbé qu'il entendit à peine l'injonction qu'une autre femme venait de lui lancer. La comtesse qui venait de faire son apparition semblait outragée par le spectacle qu'il lui proposait, mais il ne se préoccupait pas plus de ce qu'elle pensait que du premier homme qu'il avait tué. Tout au plus se souvenait-il qu'il avait pris sa vie alors qu'il était âgé d'une douzaine d'années, mais son visage demeurait perpétuellement caché dans les ténèbres. Ce devait être un rebelle réduit en esclavage, que son père avait acheté pour parfaire l'éducation de son fils. Son premier combat réel, dont les termes étaient simples : si l'esclave remportait la victoire contre un enfant de douze ans, il pouvait repartir librement chez lui. Rokh n'avait fait qu'une bouchée de son opposant, appliquant toutes les techniques qu'il avait apprises, pour finalement lui ôter la vie avec la satisfaction de l'apprenti chasseur qui déniche son premier lapin. Son père lui avait tenu rigueur de son excès d'enthousiasme, et avait critiqué pendant longtemps les erreurs qu'il avait commises lors de son combat, les postures qu'il n'avait pas adoptées, et les assauts hasardeux qu'il avait tentés. Et pourtant, bien qu'il s'agît d'un événement fort de sa vie, il n'avait pas beaucoup de souvenirs qui y étaient liés.

Ce ne fut donc pas la voix de la comtesse qui le tira de son état approchant de la transe guerrière, mais bien la morsure de l'acier contre sa chair. Sa jambe gauche venait d'être entaillée, et il sentit immédiatement le sang couler le long de sa cuisse. La froideur du métal, puis la brûlure qu'il éprouva le ramenèrent instantanément à la réalité. Il se débarrassa du garde, dont le visage était en train de prendre une jolie couleur bleue, et laissa celui-ci retomber lourdement au sol. Il porta sa main à sa gorge, et chercha à reprendre son souffle avant même de songer à essayer de se relever. Quant à dire quoi que ce fût, c'était hors de question. Pour l'instant, son instinct lui commandait de faire le moins de gestes possibles, et de limiter ses déplacements à ceux qui le maintenaient hors de portée de l'oriental fou furieux qui s'était retourné, à la recherche d'une nouvelle proie.

Rokh venait de pivoter sur ses talons, faisant désormais face aux trois individus qui avaient tenté - et réussi - de l'empêcher d'étouffer définitivement le soldat du Rohan. Il y avait là la femme blonde, la paysanne rohirrim qui était allongée par terre. Il fronça les sourcils, et son visage ressembla plus que jamais à celui d'un fauve prêt à bondir sur sa proie, prêt à planter ses crocs saillants dans les chairs tendres d'une gorge dénudée. Sa main gauche avait glissé par réflexe le long du fourreau dans lequel était rangée Varvad, en un geste qu'il était difficile de mal interpréter. Comme si sa vision était prodigieusement sensible au moindre mouvement, il pivota pour réagir à un geste à peine perceptible de la comtesse. Il la regarda également, mais sans la voir vraiment. En fait, il l'observait dans son ensemble, sans faire attention aux détails. L'expression de son visage, les particularités de ses traits, tout cela ne lui apparaissait pas. Il n'était préoccupé que par ses déplacements, et les armes qu'elle pouvait éventuellement porter. Il cherchait la menace, il cherchait le danger, il cherchait une bonne raison de dégainer son arme et de massacrer tout ce qu'il voyait devant lui.

Son regard se posa enfin, et non sans une certaine surprise, sur le jeune page qui se trouvait à peu près entre les deux femmes. Il tenait dans ses mains une dague qui semblait trop grande pour lui, et dont la lame était trempée de sang oriental. Rokh, bien qu'il parût avoir relégué toute forme de pensée au second plan, comprit tout de même le lien évident qu'il y avait à faire. C'était ce jeune garçon, ridiculement maigre et totalement terrifié, qui venait de le frapper. L'oriental inclina la tête d'une drôle de manière, comme un oiseau de proie avisant une créature inoffensive et pourtant qui lui opposait une certaine résistance. Une résistance qu'aucun aigle n'aurait tolérée.

Le Rhûnadan fit deux pas vers l'écuyer, plus rapidement que ce dernier ne pouvait reculer, et il s'empara fermement de son poignet droit, récupérant l'arme dans son autre main. La dague était de bonne facture, bien équilibrée, et esthétiquement très agréable. Rokh n'était pas familier de ces armes d'assassins, lui qui était un combattant du champ de bataille avant tout, mais les principes de base étaient les mêmes. Viser au cœur, et porter un coup décisif avec l'intention de tuer. L'acier fendait la peau avec une facilité déconcertante, puis s'enfonçait avec un bruit mal entre les os, déchirant les organes, et produisant des lésions terribles en interne. Une rotation du poignet pour aggraver la blessure, s'assurer que les dégâts étaient irréparables, puis un coup sec en arrière pour laisser l'adversaire se vider de son sang, et voir les dernières lueurs de vie s'échapper de ses yeux au moment où il rendait son dernier soupir... Rokh posa son regard sur le jeune garçon, et grogna :

- Regarde-moi !

L'écuyer terrifié s'exécuta, tremblant comme la dernière feuille d'un arbre balayée par un fort vent d'automne. L'oriental tendit son arme, le regard sévère, la mâchoire crispée, et frappa droit au flanc. La lame étincelante s'insinua profondément entre les côtes, telle un serpent glissant sur les sables chauds du désert, et alla mordre avidement le cœur avec une précision et une efficacité redoutables. Un coup parfait, assurément mortel, que les assassins affectionnaient particulièrement. Il maintint la position pendant un instant, à la manière d'un bretteur à l'entraînement, puis ramena son bras à lui, et laissa le corps de son ennemi imaginaire tomber sur le sol, et s'évanouir en même temps qu'il reportait son attention sur le jeune garçon tétanisé :

- C'est ainsi qu'on doit frapper ! Avec la volonté de vaincre, et toujours en cherchant l'efficacité.

Le visage du guerrier ne s'adoucit pas un seul instant, mais son regard noir n'était plus celui d'un tueur assoiffé de sang. C'était celui d'un professeur strict, réprimandant un de ses élèves pour une méprise. Il fit sauter l'arme dans ses mains afin de la prendre par la lame, et posa un genou à terre pour se porter à la hauteur de l'écuyer, qui n'en menait pas large, de toute évidence :

- Souviens-toi qu'on ne se sert d'une arme que lorsqu'on est certain que l'on va tuer, ou que l'on va être tué...

Il posa amicalement une main sur l'épaule du garçon, se remémorant le geste de son père lorsqu'il lui donnait un précieux conseil : un conseil qui allait le suivre toute sa vie. Il se souvenait qu'à ce moment là, il sentait le poids de l'expérience à travers cette main calleuse et pesante, et il devait faire un effort pour ne pas courber l'échine, pour rester droit et fier. Puis, comme s'il confiait un secret à ce qui semblait n'être qu'un frêle enfant, à qui l'on confiait seulement la tâche de s'occuper des chevaux, et qui n'aurait jamais dû attirer son attention, il murmura pour lui seul :

- Tu es le seul ici qui m'ait traité en soldat.

Rokh se redressa alors de toute sa hauteur, retrouvant sa froideur naturelle, insensible au sang qui coulait le long de sa jambe, à ce qu'il ne voyait que comme une vulgaire coupure. Elle avait eu le mérite de le ramener au calme, et de le mettre dans de meilleures dispositions envers les visiteurs de Farma. Il s'approcha du soldat en faction, qui avait assisté à toute la scène dans une succession d'émotions fortes, allant de l'horreur absolue à une forme de sympathie incontrôlable. Le Rhûnadan le prit par le bras, et le remit sur pieds sans effort apparent, avant de lui ordonner en désignant la femme blonde :

- Relevez-la, et assurez-vous qu'elle n'ait rien.

- B-bien...

Le soldat s'empressa de s'exécuter, trop content de voir le Chien de Farma enfin redevenu calme alors que quelques secondes auparavant il semblait sur le point de lui arracher la tête à mains nues. Pendant que tout le monde retrouvait ses esprits, Rokh frappa deux fois à la porte de Farma, et ouvrit le battant sans attendre de réponse. Il se doutait que le vacarme avait réveillé la suzeraine des lieux, et qu'elle était plus que désireuse d'avoir des informations à propos de ce qu'il se passait là-bas. L'oriental fit un pas dans la pièce, et inclina légèrement le buste dans un salut martial très mesuré. Il ignorait si la femme du Maréchal était bien disposée à son égard, après son absence temporaire due aux blessures qu'il avait reçues, aussi préféra-t-il prendre la parole en premier, pour éviter d'avoir à répondre du tohu-bohu dans le couloir :

- Dame Farma, vous avez la visite d'une femme qui dit être votre amie... Par ailleurs, la Comtesse du Gondor est ici, et comme vous l'avez commandé je suis disposé à l'accompagner dans les geôles. Quels sont vos ordres ?

Avec une obstination qui aurait presque été insultante si elle n'avait pas collé avec son personnage, il regardait fixement l'horizon, qui se résumait pour l'instant au mur qui se trouvait derrière Farma, raide comme un piquet, dans la position fière quoique soumise du soldat qui attend les directives d'un supérieur. De toute façon, aux yeux de tous, il n'était bon qu'à obéir, et il n'aurait pas pu leur donner tort au vu de sa situation. Prisonnier, esclave, serviteur... quel rôle devrait-il jouer encore avant de pouvoir affronter le Maréchal ?


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Gallen Mortensen
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyVen 14 Fév 2014 - 15:49
Eothain s'est fait dessus. Il n'en a pas honte mais il s'est fait dessus. L'oriental lui avait glacé le sens mais il avait agi comme Gallen lui avait appris ,avec honneur. Lui l'ancien voleur crasseux des rues de la cité d'Eomer...

Puis Rohk car c'était le nom du guerrier eut une geste étonnant, il lui montra une passe d'arme. Curieusement les paroles du prisonnier résonnait en echo à celles de Gallen elle étaient similaires:"Le combat n'est pas un jeu, combat pour tuer, pas de fioriture"répétait souvent Mortensen . Le maréchal pouvait paraitre sévère mais rien en comparaison au guerrier sombre.

Eothain retrouva un minimum de prestance il espérait que les femmes présentes n'avaient pas remarqué l'"accident" qu'il avait eu.

Il regarda le guerrier du sud d'un œil neuf. Il était fier que celui-ci le complimente. C'était plus qu'un prisonnier, qu'un soldat c'était un guerrier comme Gallen. Il l'admirait tout comme il admirait Gallen

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Devenait elle folle? Farma avec empressement essuya ses yeux rendus brulants par le sueur fiévreuse. Immédiatement des larmes de joie coulèrent lorsqu'elle aperçut la silhouette se découpait dans l'embrasure de la porte: son Gallen était de retour.

La Dame du Rohan eut un petit cri de joie presque enfantin...presque ridicule. Puis le visage caché par la pénombre devint flou et c'est le visage rugueux de Rokh qui apparut enfin. Elle eut presque un mouvement de recul.

Elle ne s'était pas aperçu mais elle avait hurler "GALLEN". Tous l'avait entendu.

Elle se força à regarder le prisonnier. Puis elle découvrit juste derrière, son amie Aelyn.

Ce fut cette fois d'un ton enjoué et sincère qu'elle interpella sa consœur guérisseuse.

"Aelyn, approche donc c'est si bon de te voir. Mais où étais tu passée? Aux dernières nouvelles tu partais vers les plaines du Riddermark. Où sont tes fils?"



Elle se redressa ce qui occasionna une rapide grimace de douleur.

"Viens donc me tenir compagnie mon amie"

Farma fut soulagée, ses jambes encore douloureuses bougeaient à présent. Apparemment les préconisations de Rokh étaient les bonnes.

Puis l'épouse du maréchal de la marche Est aperçut la comtesse du Gondor

elle reprit un ton sévère

"Comtesse la bienvenue. Oui rendez vous dans les geôles avec Eothain qui vous conduira et Rokh qui se chargera de votre protection "rapprochée""


Le terme rapprochée pouvait avoir un double sens. Les yeux émeraudes de Farma croisèrent les yeux durs comme de la roche du Rhunien, elle lui ordonna

"Guerrier, emmenez la comtesse dans les geôles pour son "enquête""

Farma avait parsemé ses dires de mots clefs pour éveiller la défiance de Rokh mais elle ignorait si l'oriental comprenait la subtilité de ses tournures. Elle fut néanmoins horrifiée en son for intérieur de constater que la personne à laquelle elle se fiait en ces heures sombres était cet homme étrange qui avait juré de tuer son époux.


Mais l'heure était aux retrouvailles avec Aelyn . Les deux jeunes femmes commencèrent à discuter.

" Tu dois trouver que j'ai une mine détestable ..."

Juste avant que Rokh ne franchisse à nouveau le palier

Farma lança juste

"Merci pour votre aide,...... Rokh"




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Aelyn
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMar 18 Fév 2014 - 1:26
Aelyn resta figée devant la scène qui se déroulait devant ses yeux comme un cauchemar. Trop rapide pour qu'elle ne puisse réagir, elle observa l'oriental arracher l'arme d'Eothain et retint à grand peine un cri d'horreur. L'espace de ces quelques instants fatidiques, la guérisseuse crut que s'en était fini du garçon, s'attendant à voir s'écrouler un corps sans vie sur le sol. Sous le choc, elle n'entendit même pas Farma hurler de l'autre côté de la porte. Quand soudain, par un miracle inexplicable, la bête enragée laissa place à un professeur froid, calme et sévère. Toute l'assistance en sembla médusée, incapable de comprendre ce qu'il s'était passé sous ses yeux.
Aelyn aurait réellement pensé avoir rêvé si le garde agressé quelques instants plus tôt ne se tenait pas toujours à terre, une main sur la gorge et le souffle encore rauque, tandis que le sang coulait lentement de la jambe de l'oriental.

L'instant d'après ce même garde s'empressa de l'aider à se redresser tout à fait sous le regard toujours aussi dédaigneux de la noble dame sur laquelle elle avait faillit s'écrouler. Elle refusa poliment la gentillesse et se remit sur pied d'elle-même. La façon dont tout le monde l'avait traité avait quelque peu égratigné la fierté de la guérisseuse d'Aldburg mais au moins cela avait-il eut le mérite de la remettre à sa place. A avoir été l'hôte préférée d'un seigneur elfe, Aelyn en avait oublié qu'elle n'était qu'une femme du peuple, fille d'un soldat et d'une éleveuse de chevaux, simple guérisseuse du bas peuple, une paysanne aux yeux de gens comme eux... Particulièrement, sans doute, pour cette gondorienne qui semblait croire qu'au Riddermark il suffisait d'une toilette riche et sophistiquée pour impressionner. Aelyn n'osait imaginer ce qui ce serait passé si, dans sa chute, elle avait accroché le riche tissu de la robe dont elle n'aurait pu s'acheter ne serait-ce qu'une manche...
Elle avait vu de riches tenus chez les elfes, mais toutes y étaient portées par amour de la beauté. Cette femme-là la portait pour écraser ceux qui l'entouraient de son prestige, elle la portait pour afficher son rang et sa richesse. Et tout ce que la guérisseuse pouvait penser à l'instant pourtant se résumait à une chose : impossible de monter à cheval avec un tel accoutrement. Elle faillit rire à cette pensée, la faute à n'en pas douter à la tension qui avait brutalement chuté dans le couloir. Elle se retint pourtant, inutile de s'attirer les foudres de la dame.

Rapidement, son instinct de guérisseuse reprit le dessus. En un coup d'œil, elle analysa le cou du soldat. Une vilaine marque s'y logerait pendant quelques semaines mais rien de bien terrible finalement. Dans les prochains jours, il aurait du mal à déglutir ou à manger sans douleur mais c'était bien le moindre mal étant donné que la situation aurait pu dégénérer à de bien pires résultats. Elle lui adressa un léger sourire de remerciement avant de se tourner vers Eothain, non sans s'être préalablement assurée d'une œillade rapide que l'oriental était toujours en pleine possession de son calme. Le pauvre garçon avait visiblement été terrorisé au delà de toute mesure, et en tremblait encore. Elle aussi, remarqua-t-elle alors en fixant ses mains agitées de soubresauts. Elle se força à respirer et s'approcha du tout jeune homme. Le compliment de l'étranger avait fait mouche malgré tout d'après ce qu'elle voyait.

« - C'était très courageux de ta part... Eothain, si je me rappelle, c'est bien ça ?... Merci. Ce n'était pas très prudent ce que tu as fait là mais tu as sans doute sauvé la vie d'un homme. Tu peux être fier de toi, tu as fait honneur à ton nom. »

Elle se retint bien de faire valoir son opinion sur la finalité d'une arme. Elle-même utilisait sa lame à des fins de guérison, mais le jeune garçon n'aurait pas comprit sans doute, comme nombre des hommes. Aux guerriers, le pouvoir de la mort, et aux guérisseurs, celui de la vie, et il était rare que les rôles s'inversent. Elle se contenta d'un sourire et d'une main affectueusement passé sur l'épaule.

Elle comprit qu'elle ne serait finalement pas chassée en voyant l'étranger passer la porte pour les introduire auprès de la Dame d'Aldburg. Un soupire de soulagement s'échappa de ses lèvres en un fin filet... Soulagement qui fut malheureusement de courte durée. Le "GALLEN !" crié par son amie, plein de désespoir et de désillusion lui fit l'effet d'une douche froide. Les échos d'un délire fiévreux déformaient la voix fatiguée qu'elle aurait eu peine à reconnaitre dans d'autres circonstances. Elle aurait voulu se précipiter mais voilà, l'autre femme était en travers de sa route et elle ne pouvait guère se permettre de la bousculer, particulièrement maintenant qu'elle avait entendu l'homme du Rhûn prononcer son rang. Une comtesse, rien de moins...

"Aelyn, approche donc c'est si bon de te voir. Mais où étais-tu passée ? Aux dernières nouvelles tu partais vers les plaines du Riddermark. Où sont tes fils ? "

Entendant son nom, la jeune femme ne se fit pas prier. Elle se faufila entre l'entrée de la pièce et la comtesse gondorienne, et accourue auprès de Farma. Instinctivement, elle prit les mains de son amie dans l'une des siennes et posa brièvement l'autre sur son front. Elle était brulante. Un rideau d'inquiétude voila immédiatement le regard d'émeraude de la jeune veuve.

« - Farma... » commença-t-elle, mais sa voix se brisa sous l'émotion.

Aelyn jeta un coup d'œil aux autres personnes présentes dans la pièce. Elle attendrait d'être seule avec Farma, cela vaudrait bien mieux. Elles n'avaient pas besoin d'oreilles indiscrètes.

Pendant que la Dame donnait ses directives pour une affaire dont Aelyn n'avait aucune idée, elle en profita pour observer la rohirrim. Elle était pâle, si pâle qu'elle semblait faite de cire. La seule touche de couleur pour donner vie à ce visage épuisé était le rouge fiévreux de ses pommettes, si rouge qu'elles semblaient luire. Ses yeux brillants, pourtant vitreux, paraissaient demander force de volonté pour parvenir à se focaliser. Les mains entre les siennes étaient moites et irradiaient une chaleur inquiétante. Chaque seconde, chaque mouvement semblaient la faire souffrir.

Quand enfin l'attention revint sur la guérisseuse, Farma mit rapidement le doigt sur le sujet principal de sa venue :

" Tu dois trouver que j'ai une mine détestable ..."

« - Hélas ma chère amie, même la plus élémentaire des politesses ne saurait me faire mentir à ce sujet... » s'attrista Aelyn en baissant la tête.

Elle abandonna son amie un instant pour aller se placer devant le fameux Rokh, craintivement d'abord, puis se redressant avec plus d'assurance, bien que méfiante. Une fois qu'elle ne fut plus qu'à une courte distance de l'homme, elle le dévisagea un instant, comme si elle cherchait à y lire quelque chose de précis, et déclara à voix très basse :

« - Pour tout à l'heure... Merci de ne pas avoir... » agressé le garçon ? tué le garde ? Elle préféra laisser sa phrase en suspens et termina par un « Pensez à soigner votre jambe. »

Sans un mot de plus ni un regard, elle se détourna et reprit sa place aux côtés de Farma comme si elle n'avait pas bougé. Et en regardant de nouveau son amie, elle peinait à retenir ses larmes de voir l'épouse du maréchal dans cet état. Elle attendit d'entendre la porte se refermer derrière l'étranger pour ouvrir la bouche de nouveau. La suite de ses paroles était hachée, lâchée trop rapidement pour être véritablement cohérente.

« - N'ais crainte, mes fils vont bien, ils retrouvent leurs amis... J'étais... j'étais à Edoras quand... et... après je suis allée mettre mes garçons à l'abri chez les elfes. Ce qui s'est passé là-bas, chez ma tante, c'était... Mais si j'avais su que tu étais dans cet état... Si seulement j'avais su ! Je ne l'ai appris que tout à l'heure en arrivant. Mais par tous les Méaras du Riddermark, que s'est-il donc passé ?! Que t'est-il donc arrivé ? »
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Taorin
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyDim 23 Fév 2014 - 23:41
Anna toisait de toute la hauteur supplémentaire offerte par les talons de ses chaussures luxueuses le grand guerrier d’Orient, qui ne la dépassait désormais plus que d’une tête et demie, quand le jeune page qui l’avait accompagné jusqu’aux appartements de la femme du célèbre Maréchal Mortensen tente, lui aussi, d’attirer l’attention du barbare de l’Est. Malheureusement, il trébucha, et, alors qu’il s’affalait vers le sol de pierres grises, lissées par les innombrables passages, la dague qu’il portait de sa main droite pénétra les chairs de celui qui se faisait appeler Rokh. Et, alors que le guerrier n’avait pas réagi à l’ordre pourtant décidé de la jeune comtesse gondorienne, il se retourna, le regard embrasé. Anna s’aperçu qu’elle retenait sa respiration. Se grondant d’une telle faiblesse, elle expira, et observa, incrédule, le puissant garde du corps de la maîtresse d’Aldburg expliquer ses erreurs au jeune page dans les yeux duquel le respect et l’admiration avaient remplacé la crainte.

Une fois les esprits calmés, la porte des appartements de Dame Farma s’ouvrit, offrant à Anna la vision d’une femme terriblement malade, délirante, qui criait le nom de son mari parti là on ne savait où. Anna avait pitié de cette pauvre femme, des souffrances qu’elle avait et devait encore endurer, et admirait sa force de caractère, si semblable à celle de sa sœur. La comtesse fixa les yeux de son hôtesse, qui, lentement, se rouvraient. Ils se fixèrent tout d’abord sur le géant oriental, puis se détournèrent sur la jeune femme blonde qui était déjà présente quand l’arnorienne était arrivée. Farma l’appela par son prénom, Aelyn, et Anna devina que les deux femmes étaient proches, très proches. Elle prit mentalement note de faire plus ample connaissance avec cette jeune rohirrim, qui pourrait peut-être lui en apprendre plus sur Dame Farma et les agissements de son mari, si bien manipulée, pour ne pas lui laisser croire qu’elle trahissait l’une de ses plus chères amies. Puis la maîtresse de la ville l’aperçut, et, sèchement, à la limite de l’insulte, l’envoya vers les geôles, accompagnée de l’Oriental. Les coups d’œil appuyés à cet homme et le ton employé laissaient à penser à un chaperon veillant sur les moindres faits et gestes de la comtesse durant sa visite des cachots d’Aldburg, présence inquisitrice qui ne manquerait pas de remarquer les légères erreurs dans le comportement de la jeune noble si richement vêtue. Mais peut-être, au contraire, dissimulait-elle une maîtrise d’acier derrière un écran de tressaillements, de regards dérobés ? Cette visite des oubliettes serait sans doute bien plus qu’une simple inspection, qu’une simple « enquête », comme le disait Farma. Il s’agirait d’un duel, un de ces duels qui ne se règlent pas par les armes, mais par les sous-entendus, les plus infimes gestes, où des secrets seraient exhumés, des pièges tendus, mais d’où sortiraient un vainqueur et un perdant. Deux individus qui, après ces coups de sonde, feinte, attaques, passe d’armes rhétoriques, sauraient avec précision leur situation. Il s’agissait, sentait Anna, de mettre à profit tout son entraînement, toutes ses années de formation sous la houlette de cet Ordre terrifiant, toutes ces techniques apprises, mises en pratique, perfectionnées pour manipuler au mieux, pour mettre à jour sans rien dévoiler.

La comtesse s’inclina légèrement avant que la porte ne se referme sur les deux femmes, l’une alitée, l’autre agenouillée à ses côtés, la laissant seule avec Rokh et le jeune page, Eothain, qui se remettait avec peine de sa « conversation » avec l’Oriental. La tunique souillée, il s’inclina néanmoins devant la jeune femme, et parti d’un bon pas, ouvrant le chemin vers les geôles du château. Anna le suivait, et, derrière elle, à un demi-pas à peine, Rokh, la main sur la garde de son épée redoutable, marchait en silence. Traînant sa lourde robe, Anna fit signe à l’Oriental de se rapprocher, et sur le ton de la conversation, dit :

« Soldat, vous semblez avoir acquis la confiance de Dame Farma. Pourtant, votre présence en ces lieux pourrait apparaître bien improbable pour de nombreux visiteurs. Accepteriez-vous de me dire comment vous vous êtes retrouvé au service de la Dame ? »

Le ton, bien sûr, ne laissait aucune place à un refus. Le rang et l’orgueil d’Anna ne l’auraient permis. Tout en continuant à s’enfoncer dans les profondeurs du château, sur les traces d’Eothain, vers ces geôles si craintes pour ce qu’elles renfermaient peut-être, la comtesse se taisait, attendant la réponse du Rhûnadan…


Dernière édition par Taorin le Sam 1 Mar 2014 - 21:56, édité 1 fois
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Gallen Mortensen
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMer 26 Fév 2014 - 20:29
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Farma attendit que les trois personnes quittent ses appartements. Elle fixa longtemps la porte fermée. le silence se prolongea . L'épouse de Gallen était devenue encore plus blême , elle se passa de nouveau une main fiévreuse sur le visage et se tourna de nouveau vers son amie

"J'ai été empoisonnée Aelyn, tu entends empoisonnée. Juste avant la bataille. Un poison venant du Sud. je l'ai détecté mais trop tard. Apparemment c'est une femme qui a fait cela. On l'a jetée en prison"

elle hurla

"je la tuerai de mes mains, j'ai perdu.."

Elle éclata en sanglots de nouveau

"Mon enfant"

Elle prit la main d'Aelyn...

"Gallen est revenu . Il a gagné la bataille comme toujours..."

Aelyn peut détecter une pointe d'amertume mais en ces instants quoi de plus naturel

"Et il a ramené cet homme, ce guerrier avec la mission de me protéger car il pense qu'il y a des traîtres ici... Il suit de sombres règles sur l'honneur "

Elle poursuivit

"Enfin tu connais les hommes !!"

Farma se rappela qu'Aelyn était veuve elle se reprit

"Excuse moi mon amie"

Puis Farma reprit, son débit était rapide presque trop, la frénésie la guettait

"Mais ce Rokh, c'est son nom ,m'a sauvé il a reconnu le poison . voilà pourquoi je suis dans un tel état"


Puis la voix trop haut perchée elle reprit

"Mais ou est Gallen??"

Elle eut une lègère absence de quelques secondes

"Ah oui il est en mission secrète comme d'habitude. Tu parles ...Tu sais Aelyn j'aime de toutes mes forces Gallen mais je crois que bien qu'il aime lui aussi de tout son cœur, son âme est au Rohan..."

Puis Farma murmure

"Je suis lasse Aelyn, si fatiguée. Ou sont Thorin mon père? Mon enfant?? Les as tu vus?

Thorin avait été tué à Edoras, Aelyn le savait.... Farma semblait vraiment épuisée, l'aide de son amie serait vraiment bienvenue.



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Ryad Assad
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMer 26 Fév 2014 - 22:57
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Il aurait été injuste de dire que Rokh était bête, mais il manquait cruellement de la subtilité qui fait les hommes de haute naissance. En vérité, il était plutôt simple. Pas simplet, loin de là, mais simplement simple. Son esprit ne s'embarrassait pas de pensées parasites, de doutes superflus, et de questions inappropriées. Il faisait ce qu'on lui demandait de faire, et en général cela consistait à dépeupler une aire géographique plus ou moins étendue. Il était doué dans son domaine , et cela lui suffisait. Aussi, il ne comprit absolument rien lorsque Farma essaya de lui communiquer plus ou moins habilement les doutes qu'elle avait concernant Anna, la comtesse venue du Gondor. Il était encore en train de se demander pourquoi la femme avait crié le nom de son époux en le voyant rentrer dans la pièce. Il avait alors froncé les sourcils, s'attendant presque à entendre la voix chaude du Maréchal annoncer son retour. Pendant un bref instant, il avait été pris du désir de se retourner et d'attaquer cet homme qui symbolisait sa seule porte de sortie pour quitter ce pays maudit, cet endroit qui ne l'accepterait jamais. Mais non, il n'y avait personne. Personne d'autre que la comtesse, la roturière, le soldat et le page. Une bien belle compagnie. Ils auraient été bien en peine d'arrêter un assaillant déterminé, même s'ils s'y étaient tous mis de toutes leurs forces.  Rokh eut une moue dédaigneuse : heureusement qu'il étai t là...

Farma paraissait épuisée, peut-être encore davantage que les jours derniers. Son corps combattait activement le poison, mais son esprit semblait avoir davantage de difficultés à lutter contre les idées noires, de sournois démons qui s'insinuaient au creux de votre oreille, à la nuit tombée, et qui vous murmuraient des choses affreuses. Si vous les croyiez, vous étiez certain de devenir fou sous peu... Du moins, c'était ce que la mère du guerrier lui racontait quand il était jeune. Est-ce que le cri de Farma était le premier symptôme annonçant le déclin de sa lucidité ? Possible. Rokh ne s'en émut pas plus que ça, et se contenta d'attendre pendant que la roturière - dont le nom, il l'apprit, était Aelyn -, faisait son entrée dans la pièce.

De toute évidence, elle connaissait la maîtresse des lieux, et elles semblaient très proches. Une proximité que le guerrier ne s'expliquait pas. Se serait-il trompé sur le statut de la jeune femme ? Etait-elle noble, finalement ? Il ne connaissait pas bien les us et coutumes des sangs bleus, mais parmi les officiers de l'armée, il n'en connaissait aucun qui se serait permis une telle proximité avec une personne du bas peuple. Non pas que la hiérarchie sociale fut stricte, mais simplement chacun savait où était sa place. Ceux nés pour commander commandaient, et ceux nés pour obéir obéissaient. C'était ainsi qu'il avait été élevée, et il ne concevait que les relations amicales pussent s'imposer malgré les frontières des statuts.

Lorsque Farma revint à lui, et qu'elle lui donna ses consignes, il hocha la tête avec une raideur toute militaire, et s'apprêta à quitter la pièce, quand la suzeraine des lieux prononça des mots qu'elle n'avait jamais dits auparavant, lui semblait-il. Il s'immobilisa, maîtrisant suffisamment son expression faciale pour qu'elle ne trahît pas sa surprise profonde. Au lieu de quoi, il conserva un air d'une neutralité impassible presque insultante. Il eut toutefois un geste de la tête, très léger, qui fut la seule manifestation de son trouble. Il inclina le buste, incapable de définir si ses remerciements étaient accompagnés d'une grande fierté - il ne l'aurait pas expliquée -, d'une grande satisfaction - il avait passé l'âge de s'émouvoir quand on le remerciait -, ou bien d'une forme d'attachement envers la femme du Maréchal - ce qui était tout simplement impossible, puisqu'elle restait une occidentale. D'une voix mélodieuse aux accents chantants, il répondit :

- Je suis à votre service, ma Dame.

De la courtoisie et de la politesse. De la bienséance, même. Voilà qui pouvait paraître étonnant de la part d'un individu qui, moins de deux minutes plus tôt, s'apprêtait à broyer le crâne d'un innocent. Il y avait apparemment un certain nombre de contradictions chez Rokh, mais lui-même estimait être quelqu'un d'assez facile à comprendre. Si on ne le provoquait pas, il était calme et distant - ce qui pour lui était une qualité -, mais si on le provoquait, il pouvait s'emporter et laisser ses colères terribles le pousser à des actes violents. Un animal sauvage, en somme, que l'on devait approcher avec prudence, et avec qui il était possible de cohabiter tant qu'on respectait son territoire propre.

Il voulut partir, mais il en fut empêché une seconde fois par Aelyn, l'amie de Farma, qui était elle aussi guérisseuse. Elle s'approcha de lui, un peu mal à l'aise, mais pas écrasée par l'aura qu'il irradiait sans même le vouloir. Il se demandait bien ce qu'elle voulait, à dire vrai. Ils venaient à peine de se rencontrer, et en moins de quelques secondes il avait trouvé le moyen de l'insulter, de la rabaisser en ne la traitant pas mieux qu'un objet du mobilier et de faire étalage d'une violence physique injustifiée qu'elle réprouvait. Pour partir sur de pires bases, il aurait fallu qu'il tuât l'enfant ou qu'il poignardât Farma sous ses yeux. Cette entrée en matière ne le plaçait pas directement dans les bonnes grâces de la jeune femme - ce qui ne lui faisait ni chaud ni froid, d'ailleurs -, et il se demandait donc ce qu'elle pouvait bien lui vouloir.

Elle s'arrêta assez près de lui, assez près pour qu'il fût en mesure de porter la main sur elle si l'envie lui prenait. Etait-elle négligente, et incapable de mesure à quelle distance elle se trouvait pleinement en sécurité, ou voulait-elle simplement lui montrer qu'elle n'avait pas peur de lui ? Il aurait été bien en peine de le dire, et il soutint donc son regard sans ciller, cherchant à comprendre pourquoi elle agissait ainsi. Elle le regardait sans agressivité, et elle n'était de toute évidence pas venue chercher querelle. Elle se contenta de le remercier à son tour, sans spécifier pourquoi. Il devina immédiatement que c'était pour s'être calmé à temps. Il imaginait quelle peur avait dû être la sienne quand il avait reporté son attention sur le jeune écuyer, même s'il ne comprenait pas pourquoi ces remerciements. Là encore, il se contenta d'un signe de tête éloquent, assez poli pour ne pas être perçu comme une marque de mépris - ce qui était rare chez lui. Au moment où il allait partir, elle lui conseilla de prendre soin de sa jambe blessée. En vérité, il avait déjà oublié la dague, car la lame n'avait pas pénétré profondément. Il avait connu tant de blessures - son corps en attestait -, qu'il ne se souciait plus de ce qu'il voyait comme une simple coupure. Il répondit toutefois, peut-être pour se donner l'air d'un roc, peut-être pour la rassurer :

- Ça guérira tout seul. J'ai vu bien pire, récemment.

Et c'était vrai. Les blessures infligées par le Maréchal Mortensen commençaient enfin à cesser de se rouvrir, et elles allaient pouvoir cicatriser peu à peu. Heureusement que son armure était de bonne qualité, sans quoi il aurait été coupé en deux. La lame avait pénétré dans sa chair sans toucher d'organe vital, ce qui était une chance. Il garderait néanmoins une belle cicatrice, une de plus qu'il pourrait regarder le soir, en se disant qu'il ne l'avait pas vengée. Toutes les cicatrices qui couraient sur son torse, sur son dos, et qui formaient désormais un entrelacs complexe de fils plus clairs sur sa peau cuivrée, racontaient une histoire complexe et triste. C'était une fresque épique, tracée à la pointe de l'épée, écrite dans le sang des vaincus. La souffrance était sa voix, et Rokh n'était que le réceptacle, le parchemin sur lequel des dizaines d'âmes avaient apposé leur signature avant de disparaître.

Ici, une flèche rebelle lui avait éraflé le bras, laissant une cicatrice droite et régulière. Là, un poignard avait zébré son omoplate, quand un homme avait tenté de l'agresser par derrière. Il ne se souvenait pas de tous les noms, ni de tous les visages, ni de tous les lieux. Mais il lui semblait que quand il regardait sa poitrine glabre se soulever et s'abaisser à un rythme régulier, il plongeait dans ses propres souvenirs, remontait le fil d'une histoire entremêlée, et pourtant terriblement linéaire. L'histoire d'un homme-outil, d'une créature faite de chair et d'acier, envoyée pour semer la mort et récolter la victoire. La lame du jeune écuyer ne ferait qu'ajouter un nouveau chapitre à cet épisode étrange de sa vie. C'était un nouveau message, un nouveau témoignage. Le guerrier, brusquement mélancolique, se reprit rapidement, et quitta la pièce sans mot dire.

La porte se referma derrière lui, et il emboîta le pas à la comtesse et au jeune garçon qui trottait en tête. A la manière d'un garde du corps professionnel, d'un homme entraîné à ce genre de situations, il s'était placé à moins d'un mètre derrière la femme qu'il devait protéger. Ainsi, il était assez loin pour ne pas la déranger, et lui permettre de penser tranquillement sans avoir à supporter le visage d'un étranger à ses côtés, tout en demeurant assez proche pour intervenir le cas échéant, et se jeter au devant du moindre danger. Ils étaient dans la forteresse, à un endroit où ils auraient dû pouvoir se sentir en sécurité, et pourtant Rokh ne paraissait pas à son aise. Il avait la main posée sur son épée, et il jetait des regards pleins de suspicion aux gens qu'ils croisaient - et qui s'empressaient de détourner les yeux avant de détaler dans la direction opposée. Il avait la désagréable impression que quelque chose ne tournait pas rond, et il n'arrivait pas à trouver d'où cela pouvait bien venir.

Rokh leva les yeux en voyant que la comtesse s'était tournée vers lui. Elle lui faisait clairement signe d'approcher, et il n'était pas véritablement en position de refuser. Après tout, il était là pour se plier à ses moindres désirs tant qu'ils n'entraient pas en contradiction avec ses propres ordres, et rien ne l'interdisait de parler avec elle. En deux enjambées, il se porta à sa hauteur, et se cala à son rythme pour leur permettre de converser sans avoir à s'arrêter. La comtesse semblait à l'aise, et elle affichait clairement sur son visage tout ce qu'elle pensait du guerrier : il était un membre du bas-peuple, et en plus il était un étranger au statut entre-deux. Un garde-du-corps pour Farma, un prisonnier pour beaucoup d'autres. Il aurait été suspect qu'elle le prît pour son égal, ou qu'elle cherchât à l'amadouer. Au lieu de quoi, elle engagea la conversation avec une grande franchise, lui demandant tout de go comment il s'était retrouvé à servir Farma. Certes, la formulation était un peu différente, un peu plus alambiquées, mais l'essentiel était là. Ne s'attendant pas à devoir parler de ce genre de sujets, il fronça les sourcils, réfléchissant à ce qu'il devait bien répondre. On lui avait toujours enseigné à parler avec clarté et concision. Les nobles posaient une question dans un objectif précis, et s'ils voulaient qu'il développe un point particulier, ils le lui feraient savoir. En attendant, il se devait d'être bref :

- Par un hasard étrange, madame. J'ai affronté le Maréchal Mortensen en duel durant la bataille, et j'ai été fait prisonnier. Il a chassé mes tortionnaires, et il m'a proposé de l'affronter en duel à son retour, si pendant son absence je veillais sur son épouse.

Il aurait probablement dû s'arrêter là. Après tout, il venait déjà de lui révéler beaucoup d'informations sur lui, sur sa relation particulière avec Farma, et avec la forteresse en général. Il ne l'avait pas dit explicitement, mais il avait laissé entendre qu'il se trouvait dans l'armée ennemie, parmi les forces loyalistes d'Hogorwen qui avaient marché sur la cité. Il ne l'avait pas dit de la sorte, mais il était évident que puisqu'il n'était pas un rohirrim, il faisait partie de ce corps d'élite envoyé pour protéger le Roi défunt : ces hommes en armure noire et blanche, ces Pies comme on les appelait... ces serviteurs de la Couronne de Fer. Il aurait probablement dû se taire, maintenant qu'il lui avait dit tout cela, mais il ne put s'empêcher d'ajouter :

- C'est pour cela que j'ai été envoyé pour vous escorter. J'ai passé un certain temps dans ces geôles, je les connais bien.

On pouvait comprendre cette déclaration de plusieurs manières, et la comtesse risquait de ne pas saisir où il voulait en venir. Ce n'était pas grave, car il ne voulait en venir nulle part. Il était un simple soldat, et les joutes verbales n'étaient pas son domaine de prédilection. S'il disait avoir passé du temps dans les geôles, c'était pour énoncer un fait plutôt que pour chercher à la piéger. Mais cela, elle ne le savait peut-être pas...


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Aelyn
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Une sœur peut en cacher une autre EmptySam 1 Mar 2014 - 17:53
Je pense qu'il est temps de séparer les sujets ^^

La suite de Farma et Aelyn : Les guérisseuses font les plus mauvaises malades
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Taorin
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Une sœur peut en cacher une autre EmptySam 1 Mar 2014 - 19:33
La lourde robe blanche et grise de la jeune comtesse gondorienne trainait sur le sol de pierres taillées des couloirs du château d’Aldburg, petite bâtisse mal éclairée, froide, qui faisait pâle figure face aux luxueuses demeures des nobles du sud, mais qui ne manquait pas, après les âpres combats ayant fait rage juste hors de ses murs, d’une certaine beauté guerrière, sublimée par le sang versé pour ne pas céder cette vieille demeure. Les talons claquaient contre les pierres, annonçant la présence de la jeune femme au maintien altier qui suivait le jeune page encore peu assuré, escortée par le terrifiant Oriental servant de garde du corps à la maîtresse de maison. Le regardant du coin de l’œil tandis qu’il répondait à sa question, Anna ne manqua pas de noter le froncement de sourcils du guerrier avant qu’il ne prît la parole. Lui cachait-il quelque chose ? La réponse intrigua encore plus la comtesse :  elle ouvrait encore plus d’interrogations qu’elle n’en fermait. Ainsi, il avait affronté le Maréchal. Il devait sans doute faire partie de ces mystérieux attaquants dont avait entendu parler Anna lors d’une discussion entre son mari et l’ambassadeur. Des hommes de l’Ordre… Se pourrait-il qu’il fût encore lié à eux ? Sans doute pas : il serait déjà mort, si sa loyauté envers les maîtres de la comtesse était aussi forte que celle qui liait la majorité de leurs servants. Il devait suivre des motivations personnelles, mais lesquelles ? Affronter le Maréchal ? A quoi cela pouvait-il bien lui servir ? Et était-il toujours incliné à servir la Couronne de Fer ? Ou bien, au contraire, trahirait-il ses anciens maîtres avec la même facilité qu’il servait désormais la femme de celui qui l’avait affronté ?

Et cette dernière phrase, que signifiait-elle ? Avait-il été torturé par les rohirrim ? Ou bien, au contraire, avait-il coopéré avec ses anciens ennemis, retournant sa veste en deux temps trois mouvements ? Même si cela semblait étrange de la part d’un guerrier tel que lui, aussi à cheval sur ses principes, sur « l’honneur » (Anna riait toujours intérieurement quand elle entendait parler les hommes de cette notion si abstraite, si inadaptée, qui devait dicter toutes leurs actions mais qui s’absentait toujours quand les intérêts personnels entraient en contradiction avec elle). Et, de plus, l’attitude des autres soldats à son égard reflétait une animosité non déguisée, qui semblait indiquer que Rokh n’avait pas trahi ses anciens maîtres si facilement.

Tout en continuant à avancer, en s’enfonçant de plus en plus profondément dans les entrailles du château d’Aldburg, Anna répondit au soldat du Rhûn :

« Une étrange situation, en effet. Une telle offre, de la part du Maréchal, est pour le moins inattendue. Vous avez dû le côtoyer longtemps pour acquérir sa confiance, surtout pour une tâche si délicate qui aurait pu être confiée à des hommes dont la loyauté aurait été moins sujette à interrogations. N’êtes-vous point d’accord ? » La comtesse jeta un regard perçant au soldat, cherchant à percer le masque immobile qui recouvrait les traits du Rhûnadan. « Vous avez dû lui rendre des services particuliers, je n’en doute pas. Mais qui serviez-vous durant cette bataille terrible qui eût lieu juste au dehors ? Comment en êtes-vous venus à participer à une guerre civile d’un pays si lointain du votre ? »

Anna avait imperceptiblement ralenti le pas, étudiant les réactions de Rokh tout en cachant les siennes. L’homme, bien que d’apparence grossière, colérique, sanguine, devait cacher un redoutable talent qui lui avait permis de survivre en terre ennemie et à accéder à de si hautes fonctions. Un homme à ne pas prendre à la légère.

« Parlez-moi de la tueuse, celle que nous allons voir. L’avez-vous vue ? Comment se présente-t-elle ? »

Une mince trace d’espoir pouvait transparaître dans la question d’Anna, pour qui se serait donné la peine d’en chercher une.  Mais qui pouvait imaginer un lien entre une meurtrière, vagabonde, servant un Ordre terrifiant et mystérieux, et une noble d’un royaume ami ?
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Ryad Assad
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyDim 9 Mar 2014 - 13:49
HRP : Désolé du retard, je vais essayer de retrouver le rythme, mais les cours ne me laissent hélas pas beaucoup de répit :s /HRP

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Rokh n'était pas un modèle d'intelligence sociale, et il manquait cruellement de pratique pour tout ce qui avait trait aux relations personnelles. Il maîtrisait naturellement l'attitude obéissante et servile qui seyait à tout soldat non noble, mais il ne savait pas véritablement comment faire la conversation à une dame de la noblesse, probablement mariée. Il avait l'impression que lui répondre comme il répondait à un de ses officiers dans l'armée n'était pas particulièrement approprié. Il ne lui semblait pas utiliser le vocabulaire approprié, pas parler de la bonne façon, et pourtant elle ne lui en tenait pas rigueur le moins du monde. Certes, l'expression méprisante qui se peignait sur son visage n'avait pas disparu, loin de là, mais elle ne paraissait pas se formaliser outre mesure de sa façon de s'exprimer et de ses coutumes étranges car étrangères. Non, elle semblait - bien qu'elle s'employât à ne pas le montrer - particulièrement attentive à ce qu'il disait, au contenu de son discours. Pour être précis, elle ne faisait pas la conversation pour rien, et elle cherchait clairement à obtenir des informations. Mais Rokh n'était pas homme à se laisser toucher par ce genre de révélations, et il n'était pas non plus capable de deviner quand on essayait de le manipuler.

Ainsi, quand la jeune comtesse prit acte de sa réponse et reprit la parole, il n'y perçut qu'une question totalement innocente, posée par une jeune femme à qui il ne prêtait pas davantage de mauvaises intentions qu'aux autres individus lambda qu'il croisait. Toutefois, sa première question le laissa une nouvelle fois perplexe. Il ne savait pas vraiment quoi répondre à cela, et fit un effort de volonté pour que son hésitation ne se manifestât pas à haute voix. Il prit le temps de choisir ses mots, comme on le lui avait enseigné, car il n'était jamais conseillé de faire perdre du temps à un membre de la noblesse en lui parlant de manière décousue et incohérente. Selon son père, il valait mieux réfléchir soigneusement à sa réponse, et la formuler d'un trait. Fidèle aux instructions paternelles reçues des années auparavant, sur une île perdue, il prit cinq longues secondes pour concevoir une phrase logique et cohérente - dans une langue qui n'était pas la sienne, en plus -, et se lança finalement :

- J'ai côtoyé le Maréchal l'équivalent de quelques minutes, en tout et pour tout, madame. Et de lui, je ne suis certain que de deux choses : qu'il s'agit d'un bon combattant, et que c'est un homme d'honneur. Quant à sa décision me concernant, je suppose que s'il a fait ce choix, c'était parce qu'il ne pouvait pas se fier à quelqu'un d'autre. L'honneur me commande de protéger sa femme, et il a compris que je ne trahirais pas mon serment.

Sur ce dernier point, il avait quelques doutes, à dire vrai. Il avait réfléchi pendant quelques instants au pourquoi de la décision du Maréchal. Après tout, dans toute la forteresse, il devait y avoir des centaines voire des milliers d'hommes à qui il aurait pu confier la vie de sa femme. Des rohirrim de pur sang, de vrais hommes de sa terre, qui se seraient fait un plaisir d'assurer la protection de la suzeraine, qui lui auraient prodigué en sus un soutien moral, et qui auraient probablement fait moins polémique. Ils auraient su se fondre dans le paysage, et leur maîtrise instinctive des us et coutumes locales les auraient rendus aussi discrets qu'un courant d'air dans le sillage de Farma. Au lieu de quoi, il avait sélectionné l'individu le plus suspect, le plus étrange, et le moins consensuel qu'il avait pu trouver. Il était allé jusqu'au fond des geôles d'Aldburg pour trouver sa trace, ce qui prouvait bien à quel point il était désespéré.

Rokh avait une théorie au sujet des motivations du Maréchal. En réalité, il en avait deux, mais il y en avait une qu'il privilégiait car elle lui semblait plus conforme à l'opinion qu'il se faisait de lui-même. Il savait que le Maréchal était un homme d'honneur, un brillant combattant sur le champ de bataille, et qu'il avait besoin d'un garde-du-corps pour sa femme car lui-même devait partir Melkor savait où pour régler une affaire d'importance ; il avait donc choisi l'homme le plus fort qu'il connaissait, celui qui avait failli le tuer, mais dont la loyauté était éternelle une fois acquise. Il avait donc fait le choix le plus logique, et le seul finalement, puisque Rokh était évidemment le meilleur combattant de toute la cité, et probablement un des meilleurs de la Terre du Milieu : il aurait donc été dommage de se priver de ses talents. C'était sa première théorie, qu'il ne lui déplaisait pas de se rappeler de temps à autre, quand il cherchait une bonne raison de justifier sa présence en ces lieux.

Sa seconde théorie était plus pragmatique, et était aussi plus complexe. Il supposait que si le Maréchal était venu le sortir de l'enfer où on l'avait placé, c'était parce qu'il n'avait pas eu le choix. La mort du Roi ouvrait la voie à un conflit politique latent au Rohan, entre les différents prétendants au trône. Morgenstern, Monstergen...bref, le Maréchal... était lui-même un contre-pouvoir important du fait de ses exploits durant la bataille. Rokh l'avait vu de ses yeux mener la charge contre des forces supérieures en nombre, et réussir à engager une bonne partie de la cavalerie du Roi, décimant ses armes de siège, et semant la panique dans les rangs de l 'infanterie. Son action avait probablement permis aux hommes retranchés derrière les murs de réussir à repousser les assaillants, sans quoi ils auraient été débordés, submergés par le nombre. En outre, il ne fallait pas oublier que si la bataille s'était achevée avec la mort du Roi, dont la nouvelle avait suffi à disperser les rangs loyalistes, tous ceux qui partageaient les visions de Horogowen...Hogrowen...bref, du roi... n'étaient pas morts avec lui. Il existait toujours un danger de voir ressurgir ces hommes, et il était impossible au Maréchal, dans le temps qui lui était imparti, de vérifier la validité des rohirrim qu'il avait face à lui. Il s'était donc rabattu sur l'Oriental qu'il avait battu, avec l'idée que celui-ci serait naturellement méfiant vis-à-vis de tous ceux qui approcheraient, fussent-ils des soldats du Rohan et armure et pourvus d'ordres de mission signés de la main même du nouveau Roi. Il s'était assuré de sa loyauté en lui proposant la seule alternative à une mort déshonorante, et avait su toucher le point sensible du guerrier de l'Est : son immense fierté.

Quoi qu'il en fût, que le Maréchal eût choisi Rokh pour des raisons pratiques ou parce qu'il reconnaissait sa valeur, il était impossible de nier que ce choix avait été fait pour contrer d'éventuels adversaires, des gens qui pouvaient s'en prendre à son épouse en son absence. Des gens que le guerrier n'avait pas encore eu l'occasion de rencontrer, et qui n'avaient encore rien tenté contre Farma. Toutefois, on pouvait raisonnablement supposer que si de telles précautions avaient été prises pour la protéger, un danger bien réel existait. Et il risquait fort de se manifester tôt ou tard. Fort de cette pensée, l'Oriental faisait preuve d'une vigilance de tous les instants, conscient que l'ennemi pouvait être n'importe qui, se cacher derrière n'importe quel visage affable ou terrifié. Il se méfiait donc de tous et de toutes, brusquait ceux qui croisaient sa route pour essayer de détruire leur façade et de découvrir leurs véritables intentions. Jusqu'à présent, il avait donné des coups d'épée dans l'eau, et il pâtissait d'une mauvaise réputation dans la forteresse. Les hommes le regardaient avec animosité, les femmes avec crainte et mépris. On le voyait comme un fou, un sauvage, un barbare. Il n'en avait cure, à dire vrai, et l'opinion d'êtres inférieurs à lui ne lui importait pas le moins du monde. Il continuerait à se battre contre des ombres, tant qu'il croirait que cela pouvait tenir les loups à l'écart de la Dame qu'il protégeait.

Rokh se rendit compte que la jeune femme à ses côtés avait ralenti le pas, et qu'elle le regardait avec beaucoup d'attention. Il s'immobilisa pour la laisser revenir à sa hauteur, comme l'exigeait la bienséance, et lui retourna son regard. Dans ses yeux sombres, il n'était pas facile de lire autre chose que ce qu'il exprimait d'habitude : une neutralité presque parfaite prête à se transformer en un brasier émotionnel. Le noir de ses pupilles était pareil au charbon, des braises où rougeoyaient parfois de minuscules étincelles, qui pouvaient à tout moment s'embraser et se déchaîner contre tout ce qui se trouvait autour. En l'occurrence, il était apaisé, et on pouvait lire en lui comme dans un livre : on pouvait parcourir son esprit sans peine, traverser les années de sa vie sans rencontrer la moindre résistance. Il ne cachait rien, il n'avait rien à cacher, et on pouvait faire le récit de sa vie après l'avoir contemplé une minute. Il n'était rien de plus qu'un guerrier né pour combattre jusqu'au trépas. Sa vie était rythmée par les champs de bataille, et il n'y avait rien à dire de plus. Ce fut d'ailleurs la bataille qui intrigua la Comtesse. Rokh répondit avec calme :

- J'ai été engagé pour combattre des Occidentaux, et on m'a affecté au Rohan, madame. Je servais mon pays, mais j'ignore à qui j'obéissais exactement. Je n'ai jamais eu l'occasion de voir le sommet de la hiérarchie. Quant à la raison de ma présence ici, je vous l'ai dit : je me suis engagé pour affronter les Occidentaux, et j'étais heureux de pouvoir participer à une bataille rangée. Si le Roi n'était pas mort de pareille manière, madame, c'est probablement à lui que vous seriez venue rendre visite, ainsi qu'aux représentants de l'Ordre.

Ce dernier mot lui avait échappé involontairement. Il n'essayait en rien de le cacher, mais il ne lui semblait pas particulièrement important de nommer cette organisation. Pour lui, l'échelle de pensée se faisait en termes de pays, de peuples, éventuellement il découpait selon une ligne Est-Ouest très précise. Des groupuscules, il en connaissait plusieurs, qui prenaient tous des noms pour pouvoir s'identifier. L'Ordre de la Couronne de Fer, pour lui, ne représentait rien de particulier. Il était un soldat, et il se serait engagé chez la Confrérie des Jongleurs Ivres s'ils lui avaient promis qu'il pourrait aller à la guerre et tuer des Hommes de l'Ouest. Il n'avait pas conscience des tractations politiques, et encore moins des rapports de force qui se jouaient au plus haut niveau. Il n'était pas conscient de l'importance de cette révélation.

La comtesse changea de sujet assez rapidement pour venir à parler de la tueuse qu'elle voulait rencontrer. Pour Rokh, il s'agissait d'un caprice de noble qui le distrayait de sa mission principale qui était de protéger Farma. Il ne se posait donc pas davantage de questions, et ne cherchait pas le moins du monde à comprendre pourquoi elle voulait rencontrer une vulgaire prisonnière, qu'elle n'était même pas censée connaître, alors qu'elle aurait été bien plus à sa place parmi l'aristocratie,  à discuter de mondanités pour passer le temps. On lui avait dit d'escorter la jeune femme, et il le ferait sans poser de questions et sans se montrer inutilement curieux. Les avertissements de Farma avaient glissé sur lui, et il était une proie facile pour la comtesse. Avec une franchise désarmante, il lui répondit :

- De femme, je n'en ai pas vue dans les geôles, madame. Les gardes ne m'ont pas laissé de répit pour regarder autour de moi. Du peu que je me souviens, il n'y avait que des hommes auprès de moi. Mais nous pourrons poser ces questions aux hommes en faction, ils sauront vous répondre mieux que moi.

Ils avaient en effet davantage de chances d'obtenir des informations fiables en allant directement à la source. Rokh tendit galamment la main à la Comtesse, pour l'aider à descendre les escaliers. Sa lourde robe d'apparat était somptueuse, mais il fallait une bonne dose de confiance en soi pour descendre seule et sans aide les marches abruptes, taillées dans la pierre, de la forteresse rohirrim. En ce qu'il lui avait proposé son aide, le guerrier ressemblait à s'y méprendre à un gentilhomme, et la jeune ne put refuser son aide si élégamment proposée. Ils descendirent donc, à pas lents pour ne pas déséquilibrer la Comtesse qui s'appuyait de temps en temps sur lui, quand elle sentait son équilibre vaciller. Le Rhûnadan avait l'impression, toutefois, qu'elle n'appréciait pas de se trouver aussi proche de lui, et qu'elle essayait de s'écarter dès que possible. Ainsi, dès lors qu'ils eurent retrouvé un sol plane, il ne prolongea pas le contact et la laissa reprendre une distance qui lui convenait mieux.

Sans attendre, il l'invita à suivre le page qui trottait toujours en tête. Ils quittèrent le bâtiment principal, croisant quelques serviteurs au passage, passant devant des gardes en faction qui leur jetèrent des regards suspicieux, pour se rendre compte une fois arrivés aux portes qu'il pleuvait abondamment dehors. Il n'y avait pas beaucoup de vent, mais des litres d'eau se déversaient du ciel, et avaient rendu la petite cour qu'ils avaient à traverser particulièrement boueuse. Rien d'insurmontable, naturellement, mais il fallait considérer la toilette raffinée de la Comtesse, qu'elle préférerait sans doute épargner. Il pouvait s'agir là d'un excellent motif d'annulation de leur visite pénitentiaire, mais Rokh se devait de lui proposer une solution alternative :

- Si vous le souhaitez, madame, je peux emprunter la cape de ce garde que nous avons croisé, pour abriter. Quant à vos pieds... j'ignore si ce sont des choses qui se font, mais le plus simple serait que je vous porte jusque là-bas.

Il n'y avait pas trente mètres entre les deux bâtiments, et la traversée serait rapide, surtout que l'Oriental était capable de marcher à grande vitesse. Toutefois, cela impliquait de faire confiance à un individu que tout désignait comme un ennemi. Cela revenait à se placer en position de faiblesse, de dépendance, même si ce n'était que pour quelques secondes. Rokh observa le ciel en penchant la tête, et fit une moue explicite : de toute évidence, le déluge n'était pas près de se calmer. Ils pouvaient attendre des heures sans voir une seule accalmie, la faute à cet hiver interminable qui ruinait leur moral. Le guerrier se retourna vers la Comtesse, lui laissant l'entièreté de la décision. Il se permit tout de même d'ajouter sur un ton étrange :

- Si vous préférez, nous pouvons annuler et reporter votre visite à une date ultérieure.

Avec une insistance qui pouvait paraître déplacée, il plongea son regard qui ne cillait pas dans celui de la Comtesse. Il n'était pas spécifiquement à la recherche d'une réaction, mais il était si attentif qu'aucune expression de son trouble ne pouvait lui échapper... et éventuellement le pousser à s'interroger plus avant sur les motifs réels de la jeune femme.


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Taorin
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMer 19 Mar 2014 - 23:23
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Les talons claquaient contre le sol de pierre alors que les trois individus progressaient à travers les couloirs du château d’Aldburg : les lourdes bottes de guerre de l’Oriental heurtaient lourdement le sol, d’un pas tout militaire, pendant que les chaussures raffinées de la comtesse résonnaient plus légèrement. Anna regardait cet homme étrange répondre à ses questions, prenant quelques instants avant d’ouvrir la bouche et de lui répondre. Hésitait-il ? Lui mentait-il ? Ou bien le westron lui était-il trop étranger pour lui permettre de s’exprimer facilement ? Toujours est-il que le guerrier lui expliqua, plutôt brièvement, comment il en était venu à servir le Maréchal Mortensen en sa demeure. L’honneur semblait y jouer une part prépondérante : quel gâchis ! Cet honneur, que tous les hommes, ou presque, vénéraient, comme s’il s’agissait d’une vertu exceptionnelle, alors que, la plupart du temps, il ne faisait que s’opposer à ce qui était nécessaire pour survivre. Survivre : tel devait être la finalité des actions entreprises, et non pas un vague principe aussi peu adapté à la protection de soi. Mais cela arrangeait bien les affaires de la courtisane qu’était Anna : honneur, fierté et envie étaient les trois principaux outils pour manipuler les hommes. Trois pivots particulièrement faciles à utiliser, et pourtant si souvent ignorés !

La déclaration de Rokh laissait néanmoins présager un sombre avenir pour la maîtresse d’Aldburg. Qu’un tel individu ait été choisi, que le Maréchal n’ait pu se fier à quiconque d’autre, cela montrait l’étendue du danger menaçant celle qui n’avait pour seul tort que d’être mariée à un homme puissant.

« Montez bien la garde, soldat. Nul ne vous pardonnerait le moindre malheur arrivant à Dame Farma. »

Anna avait lâché rapidement cette phrase, espérant déstabiliser le guerrier du Rhûn par le rappel de sa position difficile et instable. Peut-être laisserait-il alors échapper quelque information utile. Et, en effet, le Rhûnadan explicita sa participation à la guerre civile rohirrim, évoquant un certain Ordre. Anna frissonna, et jeta un regard rapide au soldat, espérant qu’il n’avait pas perçu sa gêne. Mais un seul Ordre pouvait exister, et cet homme l’avait servi, et s’était échappé de ses griffes. Certes, il ne s’agissait que d’un combattant, recruté pour ses talents d’épéistes et dont le sort ne devait que peu importer aux officiers de l’Ordre, mais il représentait l’espoir de quitter l’étreinte tenace de la Couronne de Fer. En même temps, il servait peut-être encore, caché au sein d’une forteresse ennemie, agent double lui aussi. Comment savoir ?

La comtesse décida de changer de sujet, pour cacher sa gêne. Mais, en écoutant la réponse du garde quant à la présence d’une femme dans les geôles d’Aldburg, elle se sentit perdre l’équilibre. Se ressaisissant très vite, elle essaya de se convaincre que Rokh ne pouvait être au courant, ou non, de la présence de sa sœur dans les cachots, qu’il lui fallait continuer, que là-bas, à quelques minutes à peine, sa sœur l’attendait. Se berçant d’illusions pour ne pas se trahir, elle descendit les escaliers, acceptant la prévenance du soldat, qui, d’une manière totalement inattendue pour un tel être, l’aidait tel un gentilhomme de Minas Tirith, à descendre les marches de pierre rendues glissantes par l’usage. Gardant toujours son masque d’orgueil, elle retira sa main du large bras dès qu’elle le pût.

Le trio, mené par le jeune page, poursuivit sa route, quittant le bâtiment principal et progressant sous le couvert du déambulatoire qui entourait en partie le corps central du château d’Aldburg. La pluie tombait à flots des cieux, lavant la ville des horreurs qu’elle avait vécues lors de la terrible bataille qui ne s’était terminée que récemment. Cependant, l’eau rendait le sol de terre battue boueux, transformant ce qui  hier n’était que sale en un magma infâme mélangeant terre, détritus divers, excréments et eau. Anna espérait qu’il leur serait possible de continuer au sec et au propre, mais, bien sûr, à peine l’idée lui était-elle venue que le page et le guerrier lui firent comprendre qu’il ne leur serait pas possible d’y échapper. Rokh, brisant alors le peu d’estime qu’ait pu avoir Anna à son égard suite à sa conduite exemplaire des escaliers, proposa de la porter ! Riant face à une telle proposition, si absurde, si inconcevable dans l’esprit de toute noble civilisée, Anna lui ordonna d’aller lui chercher une cape, et, attendit son retour. Revenant après quelques instants, la cape à la main, Rokh lui tendit le vêtement, et elle se couvrit la tête et les épaules du tissu ciré puant car trop longtemps porté. Puis, relevant sa robe, dévoilant ainsi ses chevilles et ses mollets d’une blancheur immaculée, elle posa son pied droit dans la boue. La bottine s’enfonça de quelques centimètres avec un bruit de succion, tâchant le cuir brun hors de prix. La deuxième suivit rapidement, et, marchant à grandes enjambées, fort inélégamment, la comtesse s’avança sous la pluie, progressant vers l’entrée des cachots d’Aldburg, le jeune page et le soldat sur les talons.

La boue tâcha le blanc-gris de sa robe, éclaboussa ses mollets, pendant que la pluie s’insinuait sous la cape du garde rohirrim, glissant tel un mince serpent gelé le long de la nuque de la gondorienne. Elle tressaillit, et trébucha. Voyant le sol venir vers elle à toute vitesse, un cri dans la gorge, Anna fût sauvée in-extremis du ridicule le plus total par le bras de Rokh, qui, à la vitesse de l’éclair, l’avait saisie, et ramenée en arrière. La cape, cependant, glissa et s’étala dans la boue. Encore un peu choquée, Anna resta immobile sous la pluie, regardant le vêtement étendue par terre. Elle avait relâché sa robe, qui trempait désormais dans la boue. La jeune noble leva les yeux, et, croisant le regard du Rhûnadan, le remercia silencieusement. Puis, reprenant ses esprits, après un discret « Merci » presque inaudible, faisant comme si rien ne s’était passé, Anna repartit, enjambant la cape désormais inutilisable…

*** *** *** *** ****

Anna se dressait, aussi fière qu’elle le pouvait, dans sa robe trempée et boueuse, faisant face au geôlier, qui était sans doute étonné de la présence d’une compagnie si hétéroclite : le jeune page de Dame Farma accompagnant un guerrier qui avait, peu de temps auparavant, bénéficié de l’accueil de ces geôles, et une noble étrangère, gondorienne si l’on se référait aux armoiries brodées sur sa robe.

« Monsieur, Dame Farma m’envoie. Je viens parler à la prisonnière qui a tenté de l’empoisonner. Veuillez me conduire jusqu’à elle. »

HRP : Désolé du retard, j'essaierais d'aller un peu plus vite la prochaine fois Wink
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Ryad Assad
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyJeu 20 Mar 2014 - 16:32
Une sœur peut en cacher une autre Rokh10   Une sœur peut en cacher une autre Rokh_c10

Rokh répondait machinalement au question de la comtesse, et il ne cherchait pas véritablement à la déstabiliser. Du moins, pas consciemment. En vérité, il aurait été ravi de lui faire perdre de sa superbe, et détruire l'air méprisant qu'elle lui réservait tout spécifiquement quand elle s'adressait à lui. Il avait bien noté qu'elle faisait preuve d'une condescendance toute gondorienne envers tout le monde, mais il estimait être victime d'un traitement particulier de sa part. Après tout, songeait-il, elle était originaire d'un pays en guerre avec le sien depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires. Il était normal qu'elle le traitât de la sorte, et il en aurait fait autant si les rôles avaient été inversés. Malheureusement, pour l'heure, il était le prisonnier, et il devait se contenter d'obéir aux ordres, d'être poli et courtois, et de faire en sorte qu'il n'arrivât rien à la dame qu'il escortait, sans quoi on lui en tiendrait rigueur une fois de plus.

Comme pour l'enfoncer un peu plus, et lui montrer à quel point son statut était précaire dans la forteresse du Maréchal, elle lui ordonna à demi-mot de veiller efficacement sur Farma, sans quoi il serait puni sévèrement. Et cela ne signifiait rien de moins qu'une mort déshonorante qu'il aurait déjà dû recevoir des jours auparavant. Il ne s'était toujours pas habitué à l'idée d'être en vie, et tant qu'il serait esclave des hommes du Rohan, et qu'il attendrait Morgenstern pour l'affronter en duel, il demeurerait rongé par une frustration que rien ne pourrait apaiser. Il était comme un damné à qui on offrait une porte de sortie, en lui disant qu'il devait se montrer patient. L'attente n'était que plus terrible, maintenant qu'il savait qu'il avait une chance d'obtenir la rédemption.

Rokh, occupé par ses propres pensées, remarqua toutefois le léger changement d'attitude de la comtesse, sans en déterminer la cause. S'il avait été un peu plus attentif à ce qui pour lui relevait du détail, il aurait compris que l'évocation de l'Ordre ne la laissait pas indifférente. Il aurait même pu réinterpréter ses paroles prononcées quelques secondes avant, et les lire comme une menace directe envers Farma. Au lieu de quoi, il se contenta de noter qu'elle avait l'air de le regarder avec un mélange de crainte et... d'envie ? Non, c'était impossible, il devait se tromper. Elle était une comtesse, noble de par sa naissance, élevée dans la plus haute aristocratie du Gondor, destinée à dominer la roture par le simple droit que lui conférait son titre. Elle ne pouvait décemment l'envier, lui, simple soldat pataugeant dans la boue et le sang, désormais prisonnier de ses ennemis, contraint de servir jusqu'à pouvoir gagner sa liberté - qu'elle soit dans la vie ou dans la mort - à la pointe de l'épée. Et pourtant, bien que sa raison lui commandât de ne pas accorder de crédit à ce qu'il voyait, son sentiment premier ne voulait pas partir : elle enviait quelque chose chez lui.

Son patriotisme exacerbé l'aurait poussé à dire que cela pouvait être sa naissance, et ses origines orientales. Peut-être aurait-elle souhaité être née dans un pays aussi prestigieux et glorieux que le royaume de Rhûn, gouverné par des rois bons et généreux, qui accordaient protection à leurs sujets fidèles, et la mort à tous les autres. Quel autre roi sur cette terre offrait un tel présent à ceux qui le servaient ? Le roi du Gondor accordait-il une prompte punition à ses ennemis lorsqu'ils venaient frapper à sa porte sous l'apparence de simples et honnêtes gens ? Non, il se contentait de les enfermer dans des prisons aux barreaux d'acier, et de se complaire à les regarder pourrir, jusqu'à ce qu'ils ne fussent même plus humains, rien que des bêtes gémissant pour un peu d'eau, suppliant pour un peu de pain, et grognant quand un mince rayon de lumière parvenait jusqu'à leurs yeux fatigués. Tout ça parce qu'il n'osait pas accorder une mort rapide et honorable à ceux qui le défiaient.

Il aurait certainement pu croire cela, s'il n'avait pas côtoyé ces hommes de l'Ouest depuis si longtemps, et s'il n'avait pas vu que leurs femmes étaient très différentes de celles que l'on trouvait à l'Est. Ici, elles étaient pudiques, éloignées de toute forme de violence, au point que la chasse leur paraissait une activité réservée au genre masculin. Elles étaient fades et sans saveur, pétries de principes moraux qui ne trouvaient aucune application concrète dans le monde dans lequel il vivait. Comment prôner la paix et la compassion dans un univers régi par l'épée et le sang ? Comment prôner la réconciliation et le pardon quand des générations entières étaient fauchées par l'ennemi, quand des centaines de femmes se retrouvaient veuves ou orphelines ? Il ne comprenait pas si elles faisaient exprès de fermer les yeux sur la dureté du monde, ou si elles ne le voyaient tout simplement pas, si elles vivaient bien trop haut pour encore se préoccuper des simples gens qui souffraient et mouraient à cause d'une vie injuste et impitoyable.

Toutefois, en l'absence d'éléments tangibles pour établir des certitudes, il devait bien avouer qu'il n'avait aucun début d'explication, et que la seule idée de poser la question à la comtesse lui paraissait saugrenue. Il devrait donc faire avec, et espérer qu'elle prit le parti de se lancer elle-même sur le sujet pour qu'il pût en apprendre davantage. Sans quoi, il serait cantonné à faire des hypothèses, pour les quelques minutes où cette question trotterait dans son esprit, avant de disparaître définitivement de la liste de ses préoccupations. Il revint donc à des considérations plus actuelles, qui pour l'heure le poussaient à regarder le ciel grisâtre, qui pleurait sans discontinuer une pluie torrentielle. La proposition de Rokh, si elle manquait cruellement de savoir-vivre, était celle d'un soldat habitué à devoir agir dans des situations difficiles. Il avait déjà escorté des nobles, et lorsque les situations l'exigeaient, ceux-ci acceptaient bien malgré eux d'être mis en position de faiblesse pour quelques instants, tant que cela restait secret. Or qu'y avait-il de plus confidentiel qu'un homme inconnu, un guerrier dont seuls les yeux étaient visibles ? Un individu qui n'avait aucun intérêt à parler, une véritable machine à tuer. Mais la comtesse ne semblait pas vouloir entendre parler de ça, et elle se fendit d'un rire méprisant qui irrita le guerrier plus qu'il n'osa le montrer.

D'un ton aussi sec que le temps était humide, elle l'envoya chercher la cape d'un des gardes qui attendait à l'entrée, ce que le guerrier s'empressa de faire. Il se dirigea d'un pas rapide vers l'intéressé, et lui expliqua en peu de mots la situation. L'homme, un peu effrayé, regarda tour à tour le Rhûnadan, et la jeune femme qui attendait un peu plus loin, visiblement indécis quant à déterminer qui avait l'air le moins commode. Quelle que fût la réponse qu'il trouvât à apporter, il la garda pour lui - fort heureusement pour sa propre sécurité -, et s'exécuta sans mot dire. Il fallait avouer que l'injonction était soigneusement formulée, et qu'en déclarant "au nom de Dame Farma", beaucoup de portes s'ouvraient. Il revint donc avec la lourde et chaude cape du guerrier, qui protégerait la jeune femme des intempéries le temps de traverser la cour.

Cette dernière s'emmitoufla dedans, et s'élança à l'assaut de la tempête avec une allure qui n'avait rien à voir avec celle d'une noble. Elle tentait de conjuguer - bien malhabilement - des pas rapides et précis, tout en tenant sa robe dans une main, et la cape dans l'autre. Elle n'avait donc aucun moyen de s'équilibrer, a fortiori sur un sol traître comme celui qu'elle foulait. Rokh, derrière elle, la suivait sans se presser, habitué à aller bien plus rapidement que ce que les petites jambes de la comtesse pouvaient supporter. D'ailleurs, heureusement qu'il se trouvait non loin, sans quoi il aurait été bien en peine d'épargner à la femme du Gondor une humiliation totale. Au regard de la qualité de la boue, de sa texture et de la belle pluie qui tombait, la chute qu'elle avait amorcé l'aurait couverte de la tête aux pieds d'un mélange dont il ne valait mieux pas nommer les composants. Elle se serait probablement figée, étendue par terre sans grâce, cherchant quelle solution noble apporter à ce problème. Et puis, n'en trouvant pas, elle se serait relevée sur ses bras, et aurait commencé à crier après le guerrier pour passer ses nerfs, et se rassurer quant à sa position. Elle lui aurait ordonné de l'aider, et aurait mobilisé l'entièreté de son énergie pour ne pas pleurer.

La scène aurait pu être plaisante à voir, et en tant que témoin privilégié, Rokh aurait probablement apprécié le spectacle plus que quiconque. Toutefois, il savait que les conséquences de tout ça retomberaient immanquablement sur lui : après tout, il était le bouc émissaire parfait. En outre, une vie de réflexes ne pouvait disparaître de la sorte, et son corps agissait bien souvent avant que son esprit ne lui en eût donné l'ordre. Ce fut ainsi que, avec une rapidité hors du commun, il attrapa la jeune femme par le bras et la tira en arrière pour lui épargner une chute désastreuse. Elle se tint là un moment, totalement incapable de dire quoi que ce fût, lâchant sa robe dans la boue. Peut-être prenait-elle conscience de ce qui se serait produit sans l'intervention inopinée - et pas tout à fait volontaire - du guerrier. Elle ne bougeait pas, laissant la pluie tremper ses cheveux, son visage, sa robe hors de prix. Quelques secondes à peine, qui suffirent à faire d'une comtesse du Gondor une paysanne perdue sous la pluie. Elle lâcha un merci de circonstance à Rokh, du bout des lèvres pour ne pas trop s'attarder sur ce moment qui aurait pu mal finir, puis elle se drapa dans sa dignité et poursuivit en laissant la cape au sol.

Rokh se baissa pour la ramasser, et suivit la jeune femme à l'intérieur du bâtiment. Il y faisait à peine plus chaud que dehors, mais au moins ils étaient au sec. Eothain devait encore les mener jusqu'au garde pour terminer sa mission, ce qu'il fit avec un zèle louable. Il introduisit les visiteurs avec beaucoup de déférence, et laissa le gardien considérer cette présence inattendue d'un œil étonné. Pendant que la comtesse prenait la parole pour transmettre personnellement sa demande, le Rhûnadan plia la cape qu'il tenait toujours entre ses mains et la confia au page, à qui il ordonna :

- Va donc rapporter ça à son propriétaire, avec les excuses de la comtesse... Ensuite, va dans ses appartements, et fais allumer un bon feu, préparer un bon bain, et monter une bonne tisane. Vu son état, tu peux être sûr qu'elle en aura besoin. Allez, file.

L'humour de l'oriental trouva écho dans le sourire du jeune page, qui s'empressa de tourner les talons et d'aller exécuter les ordres. Il avait accompli sa mission en les menant jusqu'ici, et maintenant il devait faire ce que faisait tout bon serviteur : parer aux problèmes qui n'étaient pas encore survenus. Penser avant un noble était une des fonctions principales de ceux qui les servaient, et qui contribuait probablement à leur faire penser que le monde était un long fleuve tranquille sur lequel on pouvait voguer sans crainte et sans risque. Rokh se serait plu à briser ce rêve chez la comtesse, mais il ne le pouvait pas véritablement. En bon serviteur qu'il était, il maintiendrait l'illusion, et tant pis pour les conséquences.


~~~


Le geôlier était un jeune soldat chargé essentiellement de recevoir les visiteurs, et de traiter les affaires courantes. Il n'avait pas été prévenu de la visite de personnages aussi importants, et c'était la raison pour laquelle il ne savait trop que répondre. Le page lui avait présenté la Comtesse des Nimrais, originaire du Gondor : une femme trempée, un peu débraillée, et dont la robe avait vu des jours meilleurs. Son œil n'était pas assez exercé pour reconnaître la qualité du tissu, la coupe impeccable particulièrement à la mode à Minas Tirith, ou encore les délicates broderies qui valaient à elles seules plus que sa solde. Mais il pouvait sans peine remarquer les chaussures maculées de boue, tout comme l'étaient les pans de la robe. Il remarqua que la coiffure de la jeune femme, qui devait avoir un peu plus de volume d'ordinaire, était désormais collée à sa tête, et que des mèches trempées étaient plaquées sur son visage de manière fort peu pratique. La seconde personne qu'on lui avait présenté était le Chien de Farma. Le gamin l'avait nommé autrement, mais il n'avait pas retenu : toutefois, il reconnaissait sans peine le type oriental, la mine sombre et l'arme exotique du guerrier qui pendait à sa ceinture. Sa réputation le précédait, mais puisqu'il avançait les mains libres, cela signifiait qu'il n'était pas venu retrouver sa cellule. Ce jour viendrait probablement bientôt.

Laissant ces considérations de côté, le jeune homme écouta la demande de la jeune femme, et y répondit par une mine perplexe. Il se gratta la tête, essayant de voir à qui elle faisait référence, sans toutefois y parvenir :

- Une femme, vous dites... On n'en a pas beaucoup ici... Euh... Si vous voulez bien m'suivre, on va aller poser la question au sergent, il saura ça mieux que moi.

Le soldat se leva et les mena à l'intérieur des geôles, dans un endroit que Rokh connaissait désormais bien. L'air était humide, et on aurait dit qu'un liquide visqueux dégoulinait sur toutes les parois en pierre sombre. L'atmosphère était lourde, pesante, et les gémissements des misérables remontaient jusqu'à eux, amplifiés et déformés par l'écho. Ce n'était pas une prison particulièrement sordide, et on pouvait même dire qu'elle était correcte. Les rats étaient peu nombreux, et il y avait un peu de lumière. Ce n'était pas un enfer comme on aurait pu le croire. Mais peut-être que pour la jeune femme, les choses étaient différentes. Si c'était le premier cachot dans lequel elle entrait, elle risquait d'avoir un choc.

Ils passèrent à côté de cellules, et virent des mains se tendre près d'eux. Des mains décharnés, aux ongles noirs et brisés, qui espéraient avoir un peu de nourriture. Des voleurs probablement. La guerre faisait son lot de victimes, et toutes n'étaient pas vouées à mourir sur un champ de bataille. Certains survivaient, mais perdaient tout. Ils se tournaient alors vers le banditisme, essayaient de s'emparer de ce que les autres possédaient. Il appartenait dès lors aux nouvelles autorités de rétablir l'ordre, et cela remplissait immanquablement les prisons. Ils sortiraient bientôt, assurément, mais en attendant ils étaient gardés sous contrôle. Les doigts crochus s'approchaient vraiment très près de la comtesse, si près que dès qu'elle faisait un pas de côté pour en éviter un, elle pouvait sentir une pression sur l'épaule opposée. A plusieurs reprises, Rokh fut contraint de repousser un individu un peu trop hardi. Le soldat s'excusa platement :

- Pardonnez-les madame, ce sont de pauvres bougres sans l'sou. Ils vous f'ront pas de mal, c'est promis.

Des paroles qui se voulaient rassurantes, mais suffiraient-elles à dissiper le malaise ambiant ? Ils franchirent une première porte qui séparait deux groupes de cellules, et avancèrent dans un autre couloir. Immédiatement, ils entendirent des cris, et des bruits sourds à peine étouffés. On était en train de passer quelqu'un à tabac, ici. Rokh sentit son rythme cardiaque s'accélérer légèrement, au souvenir de ce qu'il avait enduré ici. On l'avait brisé avec grand plaisir, pour lui faire payer sa participation à la bataille, alors qu'il n'était qu'un étranger missionné pour tuer des rohirrim. Il n'osait même pas imaginer ce qu'il advenait de ceux qui, nés au Rohan, étaient considérés comme des traîtres par les vainqueurs. Leur traitement devait être encore plus sordide.

A mesure qu'ils avançaient, les cris devenaient plus audibles, et les impacts des coups plus nets. Ils entendirent distinctement quelque chose craquer, avant qu'un hurlement terrible ne déchirât l'air. Leur guide marchait tête basse, visiblement peu fier de ce qu'il se passait ici. Alors qu'ils approchaient, une main sortit de l'ombre d'une des cellules, et se saisit brutalement du poignet de la jeune femme, avant de la tirer brusquement contre les barreaux. Un homme se tenait là, visiblement très amaigri, mais pas encore complètement anéanti. Il avait les cheveux très longs, une barbe qui lui tombait jusqu'au cou, et l'air particulièrement désespéré :

- Pitié ! Gémit-il en regardant la comtesse droit dans les yeux au point d'en devenir effrayant. Pitié ! Je vous en supplie, madame, ne les laissez pas me garder ! Sauvez-moi, pitié !

Rokh réagit aussi vite que possible, et sa lame alla se planter entre deux barreaux, au niveau de la jambe. Il sentit distinctement l'acier pénétrer la chair de la cuisse, et un cri de douleur rauque fit écho à son ressenti physique. L'homme lâcha prise et s'écroula dans les ténèbres, gémissant. L'épée toujours en main, le guerrier prit la jeune femme par l'épaule et l'entraîna en avant, pour l'éloigner d'une potentielle source de danger :

- Ne vous arrêtez pas, lui dit-il. Ne les regardez pas.

C'était une consigne terriblement difficile à accomplir, car comment ne pas regarder le visage des malheureux qui attendaient leur jugement, ou qui purgeaient leur peine ? Comment ne pas voir ces regards vides par delà les barreaux ? On pouvait être pris de compassion, d'une envie irrépressible de les voir libres. Mais en réalité, ils avaient de bonnes raisons d'être là : c'étaient des tueurs, des pillards, des assassins sans pitié, des traîtres. Ils cherchaient la compassion comme s'il s'agissait d'une clé capable de les libérer, et quand on connaissait leur histoire, on était souvent moins tenté de les pardonner. C'était la raison pour laquelle Rokh avait visé la jambe du prisonnier : il ne méritait sûrement pas une mort rapide.

Ils arrivèrent enfin devant la porte d'un des cachots, ouverte celle-là, où se tenait le sergent et deux de ses hommes. Ceux-ci étaient en train de tenir un homme par les bras - davantage parce qu'il ne tenait plus debout que pour l'empêcher de se débattre -, tandis que l'officier était en train de lui asséner méthodiquement des coups de poings sauvages et destructeurs, qui transformaient son visage en un masque d'horreur. Le sang sortait de son nez brisé - le craquement qu'ils avaient entendu un peu plus tôt, vraisemblablement -, de ses lèvres éclatées, et de ses pommettes ouvertes. Celle à sa tempe ne saignait déjà plus, ce qui rendait compte du temps qu'on avait passé à le battre ainsi. Rokh aurait pu chercher à savoir qui était le malheureux qui souffrait autant, mais son attention était focalisée sur la brute qui le frappait.

Même de dos, il aurait reconnu l'homme qui l'avait passé à tabac lorsqu'il avait été fait prisonnier, et en dépit de ses blessures. Mais lorsque le soldat avertit son supérieur qu'il avait de la visite, les retrouvailles furent glacées. Pendant un temps, le visage du sergent afficha un masque de surprise choquée, avant qu'il ne se rappelât qu'il était l'officier, et que le Rhûnadan n'était qu'un prisonnier au statut un peu particulier :

- Tu te souviens de moi, on dirait... Releva-t-il avec un sourire sardonique. Très bien... Ça m'évitera d'avoir à te le rappeler quand tu seras renvoyé ici, et que je m'occuperai de finir le travail...

Rokh ne réagit pas, mais intérieurement il était sur le point de se jeter à la gorge de cet individu. Il se souvenait néanmoins qu'il avait une mission à accomplir, et dans son esprit la hiérarchie était assez stricte, fort heureusement. Le sergent attrapa un linge propre, et essuya ses mains avec, reportant son attention sur la comtesse :

- Vous êtes ?

Il avait dit ça sur un ton neutre, tout en regardant la plastique de la jeune femme. De toute évidence, elle lui faisait davantage penser à une fille de joie qu'à une noble, et il considérait objectivement ses atouts avec l'œil concupiscant de celui qui n'a absolument rien à craindre dans l'histoire. Il fit une moue qui pouvait signifier "acceptable", et revint aux affaires qui amenaient le duo à venir lui parler.

- C'est la comtesse des Nimrais, monsieur, intervint le soldat. Elle vient pour voir la prisonnière qui a tenté d'empoisonner Dame Farma.

Le sergent jeta un œil à son subalterne, en haussant un sourcil surpris. Il revint à la comtesse, et lui répondit avec acidité :

- J'ai du travail, madame, alors sauf vot' respect, je préférerais pas être dérangé par des demandes stupides.

Il considérait de toute évidence que la discussion était close, mais Rokh n'était pas de cet avis, et il lança d'une voix forte :

- Non seulement tu vas accepter d'être dérangé, mais en plus tu vas répondre à la question. Maintenant.

Le sergent s'immobilisa, et se retourna lentement vers le Rhûnadan :

- Oh mais elle parle, la fillette ? Je pensais que tu ne savais qu'aboyer... Waf, waf ! C'est ça, grogne sale clébard, mais me bave pas dessus... Et pour répondre à vot' question m'dame, la fille que vous cherchez, eh bah elle est morte. Couic, zigouillée ! Cette truie a essayé de se faire le Maréchal, et il l'a tuée. J'en reviens pas que personne vous l'ait dit ! On raconte même qu'elle saignait pas quand on a viré son corps d'ici. Certains pensent qu'il l'a empoisonnée... moi je dis qu'il lui a brisé la nuque à mains nues, clac ! Enfin voilà, vous la trouverez pas ici, et le mec qui l'a enterrée est pas dans le coin, alors vous allez galérer à voir son corps. Vous faut aut' chose ?

Rokh se tourna vers la comtesse. Il avait fait un effort pour se contrôler après avoir été insulté encore une fois, et seule la possibilité de se concentrer sur autre chose que sur le sergent lui permettrait d'éviter de provoquer un bain de sang. Toutefois, il remarqua que quelque chose n'allait pas chez la jeune femme. Etait-ce à cause du froid qu'elle tremblait ? Il fallait dire qu'elle était trempée, et qu'il ne faisait pas chaud dans les geôles. Elle avait peut-être attrapé un mauvais rhume. Le guerrier lui effleura le bras pour attirer son attention, et lui demanda d'une voix qui pouvait paraître impressionnante, chargée d'un millier de significations :

- Comtesse ?


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Taorin
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Une sœur peut en cacher une autre EmptyMar 8 Avr 2014 - 15:32
Le jeune soldat, qui n’avait sans doute pas plus de dix-huit ou dix-neuf ans, la regardait, abasourdi, les yeux écarquillés. Les cheveux ébouriffés, la robe trempée, boueuse, grelottant presque à cause du froid mordant qui régnait dans les geôles d’Aldburg, Anna, offrait assurément une bien étrange vision à ce jeune homme plus habitué aux guerriers et aux déchets des bas-fonds des quartiers les plus pauvres de la petite ville. Le geôlier se leva, et entraîna la comtesse et Rokh à la recherche du sergent, qui, à l’en croire, aurait la réponse à la question de la gondorienne.

Les trois individus s’engouffrèrent dans un petit boyau humide, éclairé par quelques torches attachées ça et là sur les murs, qui crachaient leur lourde fumée noire mais peinaient à réchauffer un minimum l’air glacial. De lourdes portes de bois, dans lesquelles avait été creusée une ouverture bloquée par des barreaux de fer, bordaient le couloir, donnant sur autant de cellules surpeuplées. Anna pouvait entendre les lamentations des prisonniers, voir leurs mains tendues, suppliantes. Suivant le jeune garde, suivie par l’Oriental, elle essayait tant bien que mal d’éviter les innombrables visions d’horreur que constituaient ces mains crasseuses, parfois ensanglantées, parfois mutilées, qui essayaient de s’agripper à ses vêtements trempés. Elle sentait derrière elle la présence de Rokh, qui, parfois, tapait contre les portes pour faire reculer ces membres trop pressants. Lena était-elle ici ? Dans toute cette horreur ? Voilà qui avait de quoi glacer le sang de la jeune noble.

Le petit groupe s’engouffra dans un nouveau couloir, encore plus sombre que le précédant. Des cris de douleur résonnaient, à présent. Des bruits de coups. Et l’odeur était encore plus forte, prenant le nez, jaillissant des ouvertures donnant sur les cellules infâmes dans lesquelles étaient parqués des prisonniers qui, eux aussi, tendaient leurs mains à travers les barreaux. Anna grelotta. Les bruits de torture se faisaient de plus en plus nets. Devant elle, le jeune homme gardait la tête basse, se contentant d’indiquer le chemin sans un mot. Soudain, un hurlement retenti, et la jeune comtesse se sentit attrapée par le poignet, puis tirée brusquement contre une grille. A travers les barreaux, un homme hirsute, vieilli avant l’âge, la tenait, la suppliait de le faire sortir de cet enfer. La comtesse le regardait, incapable de détourner son regard, voyant dans ces yeux le désespoir qui pouvait habiter sa sœur, voyant, derrière la barbe emmêlée, derrière les cheveux gras et le visage couvert de crasse, la figure si familière de sa sœur aînée, voyant l’horreur dans laquelle elle pouvait se trouver. Puis, aussi rapidement que cela avait commencé, la main la lâcha, et un cri de douleur sorti des lèvres desséchées du prisonnier, pendant que Rokh la tirait à l’écart, une dague au poing, le sang goûtant de l’acier aiguisé. Anna se ressaisit, se sentit poussée par le guerrier du Rhûn, qui, d’une voix grave, lui disait de ne pas s’arrêter, de ne pas regarder ces déchets humains.

La comtesse se laissa emporter, et se retrouva vite dans une petite pièce éclairée par deux torches, où trois hommes tabassaient un quatrième. Celui chargé de donner les coups se retourna, laissant apercevoir le visage tuméfié du prisonnier et les innombrables contusions et hématomes qui parsemaient sa poitrine décharnée. Le sergent resta figé quelques instants, reconnaissant sans doute Rokh, se dit Anna. Après tout, il avait lui aussi été fait prisonnier, et devait donc connaître cet endroit. Quelle ironie qu’il ait été choisi pour l’accompagner !

« Tu te souviens de moi, on dirait... Très bien... Ça m'évitera d'avoir à te le rappeler quand tu seras renvoyé ici, et que je m'occuperai de finir le travail... » Le sergent reluquait en même temps Anna, dont les courbes étaient visibles à travers les étoffes trempées de sa robe. Puis, après plusieurs longues secondes, il demanda enfin l’identité de la jeune femme qui accompagnait son ancien prisonnier et son subalterne. Anna laissa le jeune garde répondre à sa place, ne daignant s’abaisser à parler à un tel individu. La comtesse avait rencontré de nombreuses brutes dans son genre, lorsqu’elle errait avec sa sœur en Arnor, puis au sein de l’Ordre. Elle ne les craignait plus, ne souhaitait plus les craindre.

Comme elle s’y attendait, le sergent répondit sans aucune considération pour son rang, ne voyant en elle qu’une pauvre femme dont il serait facile de se débarrasser. Mais Rokh s’avança légèrement, et, violemment, rappela à l’ordre celui qui se prétendait servir sous les drapeaux.

« Oh mais elle parle, la fillette ? Je pensais que tu ne savais qu'aboyer... Waf, waf ! C'est ça, grogne sale clébard, mais me bave pas dessus... Et pour répondre à vot' question m'dame, la fille que vous cherchez, eh bah elle est morte. Couic, zigouillée ! Cette truie a essayé de se faire le Maréchal, et il l'a tuée. J'en reviens pas que personne vous l'ait dit ! On raconte même qu'elle saignait pas quand on a viré son corps d'ici. Certains pensent qu'il l'a empoisonnée... moi je dis qu'il lui a brisé la nuque à mains nues, clac ! Enfin voilà, vous la trouverez pas ici, et le mec qui l'a enterrée est pas dans le coin, alors vous allez galérer à voir son corps. Vous faut aut' chose ? »

Anna se sentit chuter au fur et à mesure que le sergent racontait le sort réservée à sa sœur. Tout à coup, elle avait froid, elle n’avait plus de forces. Plus la force de lutter pour garder cette attitude orgueilleuse. Plus de force pour contenir les larmes qui montaient, montaient, et menaçaient de la briser ici, devant ces rustres, devant ceux qui ne devaient pas savoir. La comtesse baissa la tête, laissant ses cheveux cacher autant que possible son visage, tentant de reprendre le contrôle de son corps, tentant de refouler ses larmes et sa rage. Le Maréchal, cet assassin, cette ordure allait payer ! Il allait souffrir, sa mort serait lente ! Et lui, ce bourreau de pacotille, cette déjection humaine, ce héraut, accompagnerait son maître dans l’au-delà ! Il mourrait lui aussi, pour la manière dont il avait osé parler de sa sœur, pour la ses regards déplacés, pour son existence même !

Sans s’en rendre compte, plusieurs longues secondes s’étaient écoulées. Anna serrait les poings, ses ongles s’enfonçant profondément dans ses chairs, mais la douleur ne l’atteignait pas. Elle grelottait, tant de rage et de peine que de froid. Soudain, une main lui effleura le bras, et Rokh, d’un ton presque amical, l’appela doucement. Se ressaisissant, retrouvant un visage neutre, exempt de toute émotion, elle lui jeta un bref regard, où, peut-être, il pourrait apercevoir la lueur de haine qui brillait au fond de ses yeux avant qu’elle ne disparaisse, puis se retourna vers le sergent, et, d’une voix aussi dure que possible, lui demanda :

« Son nom. Quel était-il ? »

L’homme hocha les épaules, et répondit :

« J'en sais rien. Ca doit être marqué dans l’registre, l’jeunot va vous montrer. Maint’nant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai à faire… »

Il se retourna, et, sans un autre regard, sans même sentir la tension qui faisait vibrer le corps de la jeune femme, s’apprêta à reprendre sa séance de torture. Le jeune garde, l’air peu assuré, fit signe à la comtesse et à son garde du corps improvisé de sortir, et les mena de nouveau à travers les couloirs obscurs des geôles en direction de la petite salle où étaient regroupées les affaires des soldats, à l’entrée.

Anna marchait, les poings toujours serrés, le visage fermé, sans prêter la moindre attention aux prisonniers qui tentaient de nouveau leur chance. Son esprit était vide. Elle n’osait espérer qu’il se soit agit d’une autre, qu’il ne se soit pas agi de sa sœur, mais elle ne pouvait s’empêcher de rêver revoir Lena vivante, quand bien même les chances jouaient contre elle.

Ils arrivèrent enfin dans le petit bureau, el  le jeune garde extirpa, de sous un monceau d’assiettes sales et de papiers divers, un lourd volume relié de cuir. Dégageant un espace suffisant, il l’ouvrit, laissant apparaître des pages marquées d’une écriture en pattes de mouches, tâchées. Le livre était rempli de moitié, environ. Suivant des doigts les lignes, murmurant les mots écrits, l’air peu assuré, le jeune soldat remonta, revint une page en arrière, jusqu’à ce qu’il annonce :

« Y’a écrit Lena, m’dame. »

Il sourit brièvement, sans trop savoir à quoi s’attendre de la part de cette étrange femme et de son terrifiant compagnon. La jeune femme se sentit balayée. Elle murmura un discret « Merci », puis tourna les talons, et remonta à l’air libre. Morte… Elle était morte… Et son corps inaccessible… En remontant l’escalier, elle sentit la haine l’envahir, et, sans trop s’en rendre compte, lâcha :

« Je veux sa tête, et je l’aurais ! »
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