Des ombres dans la nuit

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Taorin
Capitaine des Chiens du Désert
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Mar 18 Déc 2012 - 17:59
Un vent froid soufflait de la mer, balayant la cité blottie autour des feux, poussant les hommes à se presser dans les rues. Après avoir passé en mugissant les étroites rues protégées par les hauts murs des bâtisses, plus adaptées à cacher le soleil mordant du Sud qu’à empêcher le vent froid de l’Hiver de geler les os, la bourrasque continuait sa route, secouait les fanions perchés au sommet des tours de garde près des remparts, puis s’élançait en mugissant dans le désert. Passant au dessus des tentes de l’armée dépareillée assemblée sous les murs de la cité, sifflant aux oreilles des immenses bêtes de guerre venues du Sud profond, le vent soulevait des nuages de poussière et les emportait vers les collines entourant la baie, puis vers l’intérieur des terres et le grand désert du Harad.

Un petit groupe d’hommes et de bêtes s’était regroupé à quelques kilomètres de la cité, loin des grandes routes. Aucune bannière n’indiquait leur allégeance, aucun feu ne réchauffait leurs corps dont le vent avait volé toute chaleur. Les visages étaient dissimulés derrière des turbans de laine, ne laissant apparaitre que les yeux. Une dizaine de chevaux étaient attachés un peu à l’écart du groupe d’hommes, attendant patiemment que la discussion prenne fin.

Les hommes étaient dix. L’un d’eux, qui avait perdu un œil bien longtemps auparavant, parlait.

« Vous prendrez la route du Nord demain soir, lorsque tous seront endormis. Personne ne doit avoir vent de votre disparition. » Taorin fit une courte pause, puis reprit : « Un homme vous rejoindra à deux kilomètre à l’est de la ville, sur la grand’route. Il s’appelle Salem, et sera votre chef pour la durée de la mission. » Le Chien Borgne scruta ses hommes pour évaluer leurs sentiments face à cette nomination d’un inconnu à leur tête. Ne décelant rien de particulier, il continua : « Vous suivrez les routes jusqu’à Al’Tyr, en progressant le plus vite possible. Attention, cependant : faites vous discrets, et ne laissez aucun souvenir particulier à ceux que vous pourriez croiser en chemin. Une fois aux portes d’Al’Tyr, vous y entrerez discrètement, un par un, depuis des directions différentes. Vous vous déguiserez : personne ne devra connaître votre réelle allégeance, et tous devront croire que vous n’êtes que des gardes de caravane cherchant un travail. Il y aura ensuite une affaire à régler en ville, affaire qui occupera Salem. Ensuite, vous prendrez la route de Dur’Zork en vous faisant engager dans des caravanes. Séparément. A partir du moment où vous entrerez dans Al’Tyr, et ce jusqu’à ce que votre mission soit terminée, vous ne devrez plus vous connaitre. Ceci est capital pour la réussite de la mission. Salem vous communiquera vos instructions et objectifs une fois que vous serez partis. » Taorin s’arrêta, puis conclut : « Quant à votre prime, deux cent pièces seront ajoutées à votre paye tous les mois. Plus une part substantielle du butin une fois la capitale capturée... »

*** *** *** *** ***

Le feu crépitait dans l’âtre, réchauffant le corps encore glacé du Seigneur Pirate. Un tel froid était inhabituel, et présentait un désagrément d’autant plus grand que le Chien Borgne n’avait connu les rigueurs du froid nordique qu’une petite poignée de fois dans sa vie. Le temps risquait de se montrer cruel et pourrait empêcher certains stratagèmes envisagés. Il faudrait en tenir compte.

On frappa à la porte, trois coups légers contre le bois âgé, puis on l’ouvrit. Un homme entra, et, à quelques pas du Chien Borgne, s’inclina.

« Ah, Salem ! Asseyez-vous, je vous prie. » dit Taorin, désignant un fauteuil rembourré non loin de l’âtre tout en fermant la lourde porte. « J’ai à vous parler d’une affaire pressante et de la plus extrême importance. » Taorin s’assit face à celui qui se faisait passer pour un serviteur, et qui avait néanmoins sauvé la vie d’un des plus fidèles alliés des Chiens. « Votre dévotion envers notre cause, et vos services rendus, vous ont valu une promotion. J’ai une mission à vous confier. » Le Chien Borgne fit une pause, prenant le temps de scruter le regard de l’homme de son œil valide. « Vous devrez infiltrer l’ennemie, et, plus particulièrement, son antre. Oui... vous devrez infiltrer Dur’Zork. Et permettre à d’autres hommes de faire de même. » Taorin se leva, et alla chercher une carte du Harondor. Il l’étala ensuite sur une table, et fit signe à Salem de venir le rejoindre. « Vous irez tout d’abord à Al’Tyr, où vous recruterez des Ombres pour vous aider dans votre mission. Autant que possible avec les moyens dont vous disposerez, qui seront, malheureusement, assez restreints. Une fois fait, vous irez à Dur’Zork. Là, il vous faudra rassembler des informations sur les mouvements de nos ennemis, perturber ses lignes de communication, inciter aux troubles, bref, le gêner par tous les moyens possibles tout en restant discrets. Et rapporter des informations sur leurs mouvements. Nous sommes aveugles passés une cinquantaine de kilomètres au-delà des côtes, ou presque. »

Taorin se détourna de la carte, et servit deux verres de vins. Il en tendit un à Salem, puis ingurgita d’un trait le sien, avant de se resservir. Tout en fixant le feu, le Chien Borgne poursuivit.

« Dix Chiens seront à votre disposition. Ils vous attendront à deux kilomètres à l’est des Havres, sur la grand’route, demain soir, vers dix ou onze heures. Ils ne seront sans doute pas aussi efficace ques des Ombres pour les manœuvres subtiles, mais vous pourront créer une certaine agitation dans les bas-fonds de Dur’Zork. Et ils permettront d’ouvrir les portes lorsque l’armée atteindra les remparts de la capitale. »

L’unique œil se retourna vers Salem.

« Puis-je compter sur vous ? »


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Ryad Assad
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Mar 18 Déc 2012 - 22:21
A l'instar d'un cheval sauvage des vastes plaines de Rhûn oriental, le destin était capricieux, et difficile à dompter. Très difficile. J'avais pourtant cru que tout allait se passer comme prévu, et que nous allions atteindre le Harondor sans difficulté. Sans difficulté autre que le mal de mer d'Agathe, qui avait vomi tripes et boyaux pour le plus grand plaisir des marins moqueurs de l'équipage de Vardrin. Le Capitaine, lui, était resté distant, mais une lueur d'amusement passait dans son regard chaque fois qu'il la voyait se précipiter par dessus le bastingage, prête à rendre le déjeuner qu'elle avait avalé si difficilement. Moi-même, j'avais eu du mal à retenir quelques sourires en voyant son visage blême lorsqu'elle venait s'endormir dans la cabine que nous partagions. Elle m'en fit le reproche plusieurs fois, et cela ne m'aida pas à retrouver mon sérieux.

Ah ! La mer. Quelle formidable invention ! Apaisante à souhait, on se serait cru au milieu d'un paradis, où rien ne semblait pouvoir vous atteindre. Le danger était loin, à l'intérieur des terres, sous la forme d'une armée qui se mobilisait aux portes d'Umbar, et qui prévoyait de marcher sur Dur'Zork quelques semaines plus tard. La guerre, le sang. J'avais abandonné tout cela depuis assez longtemps pour être partagé entre le désir ardent de participer à un combat de grande envergure, et la lassitude de voir encore et toujours les mêmes scènes, les mêmes carnages, les mêmes actions héroïques mais inutiles. Tant d'hommes allaient tomber sans comprendre pourquoi ou comment, que cela en devenait presque ridicule. Sauf pour celui qui distribuerait le butin. Plus de mort, plus d'économies. Un calcul machiavélique qui m'aurait choqué si on avait parlé de soldat de Rhûn. Mais ce n'étaient que des pirates. Des pirates et des esclaves. Par centaines ou par milliers, leur mort n'avait de désagréable que le sang qui collerait à mes bottes, que l'odeur de chair brûlée par le soleil qui monterait à mes narines, et probablement qu'ils s'arrangeraient en plus pour tomber en travers du chemin, de sorte qu'il soit impossible de les contourner. Il faudrait un pas inélégant pour les enjamber, ou bien quérir un aide de camp valide - de corps, tout du moins - pour déblayer le passage. Ah...la guerre et ses charmes. On sous-estimait trop souvent cette partie particulière de la bataille.

Au milieu de la mer, tout cela me paraissait étrangement lointain, et j'eus bien de la chance d'avoir reçu une formation militaire approfondie, sans quoi nous aurions tous pu être surpris par le danger qui se cachait au milieu de nous. Tapi dans l'ombre, déguisé en l'un des pirates, un espion du Harondor s'était infiltré dans nos rangs. J'avais eu des doutes quand des signes étranges m'avaient alerté. Un marin qui parlait peu et qui rigolait peu, qui faisait très attention à ne pas boire trop - détail très surprenant - et qui consignait des choses. Je n'avais jamais vu de toute ma vie un pirate un crayon à la main. Sauf pour le porter à ses yeux ébahis en se demandant de quoi il s'agissait, après un pillage réussi. Mais lui, à la faveur de la nuit et à la lueur de la lune, il écrivait des choses. Il consignait des rapports. Je n'en dit rien à Vardrin, désireux de d'abord confirmer mes soupçons...Et ils s'étaient confirmés. J'avais un peu tardé à le démasqué, il est vrai, et j'avais réussi à empêcher in extremis qu'il ne tuât notre bon Capitaine, d'un coup de dague dans le dos. Il avait dû être surpris, le pauvre bougre. Salem, l'intendant du navire, à peine capable de porter les caisses de vivres qu'on lui confiait, avait arrêté son bras d'une seule main ferme. A ce moment précis, je sus qu'il s'agissait d'un espion de pacotille, d'un misérable envoyé du gouvernement Harondorim, qui devait avoir raclé les fonds de tiroir pour oser envoyer un homme aussi incapable et aussi peu discret. D'une clé adroitement placée, j'avais désarmé et neutralisé l'homme, avec une classe et une élégance rare. Sans cri brutal, sans grands gestes inutiles, et avec une efficacité très professionnelle. Vardrin avait été sauvé, mais la mission était compromise. Nous étions repérés, et probablement qu'il piège nous attendait à notre arrivée. Il nous avait fallu faire demi-tour en toute urgence, et le trajet du retour avait été des plus tendus.

Mais nous étions finalement arrivés à destination sans encombres, car en plus d'être incompétent, cet espion travaillait seul. Pauvre Harondor...Si j'étais à la place de l'intendant, tout cela changerait et vite. Nous avions débarqué dans le port d'Umbar, et Vardrin s'était immédiatement éclipsé pour aller rendre des comptes à Taorin, très probablement. Cela devait lui brûler les lèvres de lui expliquer qu'ils étaient peut-être démasqués, et qu'il fallait accélérer les préparatifs. A moins qu'il ne veuille lui raconter en détail comment il avait froidement torturé l'espion pour lui faire cracher qui était son employeur. Cela n'avait pas été facile, et j'avais assisté à une partie de l'interrogatoire. Trop musclé et trop salissant à mon goût, mais indéniablement efficace. Et puis cela avait l'avantage de nécessiter très peu d'outils, au final. Il faudrait que j'y pense en cas de pénurie de matériel. On pouvait toujours faire avec les moyens du bord, mais l'usage de ses deux mains avec probablement quelque chose de jouissif. En tous cas, les marins qui étaient venus épauler le Capitaine étaient ressortis ravis, le sourire aux lèvres, gueulant à qui mieux mieux pour avoir de l'eau dans le but de se rincer les jointures. Parfois, un seau plein ne suffisait pas. Agathe s'était portée volontaire pour essayer de faire parler en douceur le prisonnier, comme elle savait si bien le faire, mais Vardrin avait préféré ne pas l'envoyer. Il jugeait préférable de s'en tenir à sa bonne vieille méthode, et elle avait eu le mérite de produire des résultats.

L'équipage et moi-même avions passé un jour à quai, avant qu'on nous autorise enfin à débarquer. J'avais traîné un peu dans les rues avec Agathe, et nous avions fait quelques courses, surtout pour la demoiselle qui avait besoin de s'équiper. Elle m'avait harcelé pendant plusieurs heures jusqu'à ce que je consente enfin à lui acheter une arme pour qu'elle puisse se défendre seule. J'avais jeté mon dévolu sur un set de poignards. Le vendeur nous avait assuré qu'ils étaient parfaitement équilibrés, et très pratiques pour le lancer. Je n'avais rien trouvé à redire face à cet argument, et avais laissé Agathe mener la négociation à sa manière. Roublarde et habile avec les mots, elle avait réussi à embobiner le type qui lui avait cédé trois poignards pour le prix de deux. Avec un sourire enjôleur, elle lui avait fait un petit signe de la main, tandis que nous partions. J'étais de plus en plus surpris par ses talents cachés. Elle avait visiblement beaucoup de ressources, et suffisamment d'intelligence pour survivre dans les rues de la cité. Je lui demandai une fois si elle ne désirait vraiment pas reprendre sa liberté, et partir là où le vent la porterait. Elle m'avait fusillé du regard avec une telle force que j'avais préféré ne rien ajouter, et ne pas aborder le sujet une nouvelle fois. Elle était un boulet à ma cheville, mais un boulet en forme de clé. Une clé qui pouvait ouvrir bien des portes, là où ma subtilité bien que prononcée ne serait pas suffisante.

Puis, au beau milieu de la rue, un petit gamin était venu me tendre un billet, avant de repartir prestement chercher son paiement. La note était on ne peut plus explicite, tout en restant assez évasive. On avait besoin de moi. C'était signé Taorin. Ce n'était pas vraiment une invitation, plutôt une convocation, et puisqu'elle ne stipulait aucune date ni aucune heure, il s'agissait d'une convocation immédiate. Pas de lieu, donc je considérai qu'il devait s'agir du lieu où nous nous étions rencontrés la première fois : le Palais des Seigneurs d'Umbar. Mon flair ne m'avait pas trompé. Agathe sous le bras - façon de parler -, j'avais fait irruption avec la plus extrême des courtoisies sous le nez des gardes, qui m'avaient laissé passer comme s'ils me connaissaient depuis toujours. Quelques jours auparavant, j'étais Salem, le commis au service des Seigneurs Pirates. Désormais, j'étais Salem, intendant du Capitaine Vardrin, appelé par le Seigneur Taorin. Les promotions allaient bon train, en période de guerre, et je me demandai ce que mes exploits à bord du Pourfendeur des Vents allaient me valoir. Des remerciements, peut-être. De nouveaux ordres, probablement. De précieuses informations pour le Trône de Rhûn, sans doute. Je cachai habilement ma satisfaction sous le masque d'impassibilité qui me caractérisait, et qui hérissait tant Agathe.

La nuit tombait sur la cité portuaire, et le calme était en train de tomber sur les rues agitées. Le vent avait eu le don de chasser les rats et la vermine hors des pavés. En disant vermine, je fais bien évidemment référence à la vermine bipède. Il faisait froid, et seule mon allure rapide quoique mesurée me permettait de combattre le froid. En outre, j'appréciais de voir ma compagne obligée de trotter à mes côtés pour suivre la cadence quasi-militaire que je lui imposais. Nous arrivâmes en quelques minutes, et après avoir gravi quelques escaliers de marbre, devant un bureau privé qui, au regard de la taille des lieux, devait avoir la dimension d'une grande chambre. Des gardes armées barraient l'entrée, et je notai d'emblée qu'il ne s'agissait pas des gardes habituels du palais. Non. Ceux-là étaient les hommes de Taorin, ses fidèles les plus proches, qui étaient incorruptibles et incapables de le trahir. Prudent, le Borgne. Je m'avançai jusqu'à eux sans ralentir, jusqu'à ce qu'ils commencent à paniquer et que leurs mains s'approchent de leurs armes. Alors, je leur tendis le billet dont j'étais détenteur. Ils mirent un moment à le lire - mais au moins ils savaient lire, exception suffisamment rare pour être notée - avant de me le rendre.

- Vous, seulement. Elle attendra dehors.

Je me tournai vers Agathe, et je lui ordonnai du geste de rester tranquille. Têtue mais loin d'être idiote, elle avait bien compris que ses frasques étaient déjà à peine tolérées par Vardrin. Derrière cette porte, c'était non pas un Capitaine avide de gloire et de richesse qui se tenait, mais bien un véritable chef de guerre à la tête d'une puissante armée, et dont les velléités de conquête visaient à redessiner la carte du Sud de la Terre du Milieu. Pas mal, pour un type qui ne voyait que d'un œil. Le roi Méphisto devait remercier les Valars qu'il n'en ait pas eu deux, sans quoi il aurait peut-être marché directement sur Minas Tirith. Mais que son ambition fut proportionnelle au nombre de ses globes oculaires ou non, il était l'heure de rentrer dans la fosse. Les gardes toquèrent par trois fois, ouvrirent la porte, et j'entrai sans crainte. Sans crainte, mais emplis de questions.

Je marchai, tête droite et regard sérieux, jusqu'à une distance respectable, avant de m'incliner à la manière d'un serviteur devant le Chien Borgne, le Seigneur Taorin.

- Seigneurr Taorrin. Salem Hamza, à vos orrdrres.

Je me redressai et l'observai. En lui-même, le bonhomme n'avait rien de particulièrement exceptionnel. J'en avais vu des plus grands. J'en avais tué des plus grands, d'ailleurs. Et outre ses cicatrices et son œil manquant, ce qui n'était guère rare chez les pirates, il n'avait rien de très exotique. Et pourtant, c'était à lui que répondait l'armée hétéroclite qui se massait sous les murs de la cité. C'était à lui que répondaient les huit autres Seigneurs Pirates...en tous cas en théorie. Les alliances se faisaient et se défaisaient plus vite que les lacets du corsage d'une catin, et il y avait fort à parier qu'il ne tiendrait pas le choc jusqu'au bout. Le pauvre. Il m'était sympathique, pourtant, avec son côté sérieux et fier, et l'impression de lassitude qui parfois se peignait sur ses traits, comme si tout cela était une mission terriblement lourde qu'il avait à accomplir, confiée par une autorité plus puissante que lui. Ah...les tyrans...Ils avaient quelque chose de touchant à toujours vouloir faire comme si commander était un fardeau terrible. Quoique commander à des incapables, des ivrognes, des pirates et des esclaves devait avoir de quoi décourager. Je le pris en pitié, et écoutai avec attention ce qu'il avait à me dire, tout en prenant place dans un confortable fauteuil qui grinça agréablement en épousant la forme de mon corps.

Lorsqu'il me parla de la promotion, je ne laissai filtrer aucune réaction. Il se demanderait probablement pourquoi, et je m'en régalais d'avance. La réponse à cette question était simple. Que pouvais-je attendre d'autre d'un entretien privé avec le chef d'une invasion imminente, moi vulgaire serviteur élevé par un subalterne au rang d'intendant, sinon une promotion. Un pirate aurait ouvert des yeux médusés, tandis que l'idée commençait à peine à faire son chemin dans sa tête. Pour ma part, j'avais déjà réfléchi à la question longtemps à l'avance, et je m'étais préparé. Une mission de la plus haute importance. Génial, j'attendais ça depuis un moment. Cependant, je ne m'attendais pas à ce qu'il s'agisse d'une mission d'infiltration. Fort heureusement, il se leva pour aller chercher une carte, et cela me permit de dissimuler rapidement la brève agitation qui s'était emparée de moi. Ce n'était pas de la crainte, non, car je savais que j'en étais capable. C'était mon métier, ma spécialité, et j'étais excellent dans mon domaine. Cependant, je trouvais la coïncidence trop belle. Envoyer un serviteur promu intendant mais en réalité espion pour espionner sous couverture était un coup magistral, trop bien orchestré pour n'être que le fruit du hasard. Je restai de marbre pendant un instant, considérant les options qui s'offraient à moi.

Si Taorin m'avait grillé, cela ne pouvait signifier qu'une chose : Vardrin lui avait révélé mon identité, et ils en étaient arrivés à cette conclusion. Ils connaissaient peut-être mes origines, mon accent ne m'aidant pas à les cacher, et ils savaient peut-être d'où je venais. S'ils savaient avec certitude, je devais les tuer. Les ordres étaient clairs. J'avais mon poignard dans ma botte. En une seconde je le dégainais, en une seconde je m'approchais du Capitaine, en une seconde il était mort. Rapide, et propre. Si la chance me fuyait, il aurait le temps de lâcher un cri. Les gardes feraient irruption dans la pièce, et m'attaqueraient. Je tuerais le premier d'un couteau lancé en pleine gorge. Le second, je m'en occuperais à mains nues. Désarmé, neutralisé puis éliminé proprement, j'aurais quelques minutes à peine devant moi. Je barrerais la porte, m'enfuirais par la fenêtre, trouverais Vardrin, le tuerait, enverrait un message à mon contact et battrait précipitamment en retraite au Khand. Tant pis pour la mission, je serais revenu à Rhûn en un peu plus d'un mois, et j'aurais la satisfaction de pouvoir me reposer en savourant un bon vin local.

Toutes ces pensées défilèrent en une fraction de seconde dans ma tête, mais une image me vint alors que je m'apprêtais à passer à l'action. Agathe. Elle était derrière la porte. Si j'opérais ainsi, elle finirait capturée. Ou plutôt, elle commencerait capturée, puis elle serait torturée - ce qui était déjà désagréable - avant d'être probablement démembrée et éviscérée, ou quelque réjouissance dont les pirates ont le secret. Le simple fait d'imaginer son cadavre étalé sur la place publique me remplit d'effroi et me paralysa. Foutue esclave qui m'empêchait d'accomplir ma mission ! Taorin profita de cet instant pour sortir une carte du Harondor, qu'il étala sous mes yeux. Lorsqu'il m'invita à approcher, j'avais retrouvé ma contenance avec la facilité de l'aigle qui retrouve son nid. Fort de cette comparaison, j'étais certain que l'œil unique du Seigneur Pirate n'avait rien décelé. Et le cas échéant, il partirait avec davantage de questions que de certitudes. Tant mieux, tant mieux.

Je fus ravi de voir qu'il ne s'était pas formalisé outre mesure, et qu'il continuait son explication avec naturel. Penché sur la carte, je suivis le trajet de son doigt, qui désigna d'abord Al'Tyr, où j'étais supposé recruter des Ombres - une guilde d'assassins dont j'avais entendu parler auparavant - puis entrer au cœur de la capitale Harondorim, afin d'y faire le boulot d'un infiltré : espionnage, sabotage et désinformation. Une partie de plaisir pour quelqu'un comme moi. J'acceptai avec plaisir le verre de vin que le Seigneur Pirate me tendit, et je me sentis tout à coup élevé dans la hiérarchie. Un homme tel que lui ne partageait pas son breuvage avec n'importe qui. M'accordait-il à ce point sa confiance. Je humai le nectar vermillon qui dansait dans mon verre, goûtant à ses arômes, tandis que le rustre marin l'engloutissait d'un trait. Sans lui accorder trop d'attention, je trempai les lèvres et fit claquer ma langue :

- Celui-là vient de Rrhûn, je peux l'affirrmer. C'est un trrès bon crru, qui plus est.

Le petit compliment était destiné à masquer l'affliction que j'éprouvais à voir de quelle manière il avait massacré le rituel pour savourer un bon breuvage. Pirate. Je l'écoutai vanter les mérites de ses hommes. Probablement qu'au regard de ses critères, il devait s'agir de l'élite, de la crème de la crème du guerrier. Que les dieux me permettent un jour de pouvoir enfin expliquer à ces hommes la réalité ! Par pitié ! J'allais devoir me trimbaler une bande de loubards rustiques, mal élevés et sans doute pas très intelligents. Dire qu'ils ne seraient pas efficaces pour les manœuvre subtiles était un doux euphémisme pour dire qu'ils n'avaient aucune chance de tous franchir les mailles du filet. Alors, le pirate me posa la question fatidique. Pouvait-il compter sur Salem ? Pouvait-il compter sur le serviteur, l'intendant, le désormais chef de cette petite opération ? Excellente question à laquelle je n'avais moi-même pas de réponse. Afin de ne pas lui donner l'impression que j'étais uniquement motivé par ma noblesse d'âme magnifique, je lui répondis d'un ton aussi sérieux que neutre :

- Je suppose que ce...trravail...est rrémunérré ?

Je n'avais pas cillé, pour lui montrer que si j'étais un homme efficace, je n'étais a priori pas si différent des autres. J'espérais faire taire ainsi les débuts de soupçons qu'il devait avoir. Et puis la perspective d'une belle paie n'était pas à négliger non plus. J'avais dépensé pour d'argent pour l'acquisition d'Agathe, et je préférais avoir un surplus d'économies que de manquer de fonds en cas de besoin. Pensant à l'ancienne esclave qui m'attendait derrière la porte, j'ajoutai :

- On ne peut pas satisfairre une dame uniquement avec du pain et de l'eau, n'est-ce pas ?

Tant qu'on en parlait, j'ignorais si le Seigneur Taorin avait quelqu'un dans sa vie. Le cas échéant, ce pouvait être une faille intéressante dans sa cuirasse, que j'aurais pu exploiter à un moment donné. Mais je n'étais pas suffisamment proche de lui pour lui poser la question de manière aussi directe. Peut-être allait-il m'en parler spontanément, mais ce serait inespéré. Et puis un homme comme lui devait être sans attaches de toutes façons... Il était toujours amusant de faire la conversation avec un homme qui avait des soupçons, et orienter ses pensées au gré du personnage que je m'étais forgé était toujours un véritable plaisir. Voir les gens se perdre en futiles suppositions, se débattre contre de la fumée. Qu'ils étaient ridicules. Cependant, malgré que je prît plaisir au jeu, je ne pouvais pas rester sans répondre au Capitaine. Il m'avait tout de même posé une question, et bien que ma loyauté dépendît de mon paiement, je devais le rassurer :

- Seigneurr Taorrin, vous pouvez compter surr moi pourr mener à bien cette mission. J'ai vu vos hommes...vos Chiens...ils sont trrès imprressionnants. Je suis cerrtain que leurr aide me serra trrès prrécieuse.

Nos regards se croisèrent, et je lui exprimai, le temps d'un battement de cils, toute l'étendue de ma détermination. Je ne pouvais pas mieux faire que de lui afficher ma plus perfide sincérité. Après que nos trois yeux eurent laissé leurs paupières se rabattre sur eux, nous étions redevenus le Seigneur et son soldat, prêts à travailler ensembles pour le bien de cette mission :

- Alorrs, Seigneurr Taorrin. Si je dois communiquer avec vous...Comment dois-je m'y prrendrre ?


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Taorin
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Dim 23 Déc 2012 - 15:39
Le Chien Borgne sourit intérieurement à la réponse de Salem. Peut-être n’était-il pas si différent, contrairement à ce que les rapports de Vardrin laissaient entendre. Pou peut-être n’était-ce qu’une feinte. Il ne fallait rien prendre pour argent comptant, surtout pas lorsque les enjeux étaient si élevés.

Le Chien Borgne avait décidé qu’il tenterait la chance : si les soupçons du capitaine du Vent Noir étaient infondés, tout se passerait pour le mieux. Dans le cas contraire, manipuler cet individu se révélerait sans doute plus difficile, mais sans doute pas impossible. Une carotte juteuse et un bâton y pourvoiraient.

« Le travail sera bien entendu rémunéré. Vous aurez une prime de cinq cent pièces d’or supplémentaires par mois, ainsi qu’une plus grosse part du butin. De plus, il ne serait pas inenvisageable, si votre aide se révélait particulièrement précieuse, qu’un poste plus prestigieux vous attende à la fin de la guerre. »
Taorin scrutait le regard de Salem, espérant y déceler l’appât du gain qui n’aurait pas manqué d’apparaître chez tout pirate ou véritable serviteur trop souvent exposé à la misère. « Vous recevrez une avance de la part de l’Intendance, mais vous comprendrez, bien sûr, que nous ne pourrons vous payer pendant votre mission. Vous recevrez le reste à la fin de l’opération, lorsqu’il ne sera plus risqué de faire transférer d’importants fonds à travers les fronts. Entre temps, vous vous débrouillerez pour gagner votre vie. Cela ne devrait pas être difficile pour quelqu’un disposant d’autant de talents que vous, n’est-ce pas ? »

Taorin sourit. La carotte était bien en vue. Restait à évoquer le bâton.

« Néanmoins, je compte sur vous pour prendre toutes vos précautions. Vous infiltrer dans Dur’Zork ne sera pas une partie de plaisir, et il serait malheureux qu’un accident mortel survienne. Surtout pour cette dame qui vous accompagne. »

Le dernier œil du Seigneur Pirate restait fixé sur le visage de Salem, attendant une quelconque réaction à la mention de cette triste éventualité. Si cette femme était plus qu’un simple caprice, plus qu’une simple servante achetée sur un coup de tête, il serait bon d’en être informé. Tout point faible d’un éventuel ennemi devait être connu, prêt à être exploité. Il se pouvait bien entendu que toutes ces précautions se révélassent inutiles : cela ne représenteraient alors qu’une simple perte de temps.

« Concernant les moyens de communication, il sera de votre ressort de trouver comment faire parvenir les missives à Al’Tyr. La ville a de bonnes chances de devenir une base de ravitaillement pour nos troupes lorsque nous pénétrerons dans le Harondor. Une fois parvenue là-bas, vos missives pourront nous être rapidement transmises. Nous posterons un agent à l’auberge de Khali, sur le port. Il nous fera parvenir les missives. » Taorin s’interrompit, réfléchissant quelques instants. « Nous vous ferons parvenir nos instructions via les Ombres, si possible. Sinon, nous laisserons un message codé à l’intérieur de l’ancien établissement des Chiens à Dur’Zork, aujourd’hui abandonné. Du moins, jusqu’à ce que vous puissiez placer des agents dans d’autres endroits plus discrets. »

Restait la question du codage des messages : comment élaborer, en quelques heures à peine, un code qui pourrait résister aux agents de l’ancien Intendant du Gondor. Décaler les lettres, ou même opérer par simples transpositions, serait insuffisant. Elaborer un langage totalement différent, trop compliqué.

« Il nous reste à aborder la question des codes pour les missives. Nous opérerons par décalage des lettres : vous en changerez à chaque missive, en doublant à chaque fois le décalage. De plus, vous ne mentionnerez aucun nom susceptible de nous trahir : vous ferez en sorte de faire paraître ces missives comme les directives d’un riche marchand craignant que ses rivaux ne prennent l’ascendant sur ses affaires. L’Usurpateur sera votre rival, un marchand du Nord. Umbar sera vos entrepôts. Et cætera. »

Taorin regarda Salem. Ce dernier aurait sans doute des ajouts à faire.

« Cela vous convient-il ? »


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Ryad Assad
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Rôle : Humaniste

~ GRIMOIRE ~
- -: Humain
- -: 36 ans
- -:

Mar 25 Déc 2012 - 2:46
C'est fou comme on peut tromper son monde, dès lors qu'on fait semblant d'être comme les autres. En fait, ce sont les gens qui essaient de se démarquer qui sont suspects. Ce sont eux qui sont en réalité des stéréotypes, et ce sont eux qui se révèlent les moins intéressants. A titre personnel, je n'avais pas besoin d'en faire des tonnes. Au contraire, j'essayais même de passer pour un simple serviteur attiré par la perspective d'un gain financier. Bien entendu, il était peut-être surprenant que je n'aie pas peur du danger, mais après tout, la guerre faisait rage dans de nombreux endroits en Terre du Milieu, et il y avait sans doute d'autres serviteurs, garçons d'écurie, marchands et artisans qui avaient dû apprendre à se battre. La différence était que j'étais prêt à mettre mes capacités au service du Seigneur Pirate Taorin, le chef suprême de cette opération de grande envergure. La question était de savoir si j'avais le choix. Ou plutôt, si Salem avait le choix. L'espion de Rhûn pouvait toujours déserter dans l'heure, battre en retraite dans son pays, et ne jamais revenir. Mais le serviteur, lui, le pouvait-il ? Assurément non. Aussi, essayer de négocier en qualité de subalterne avait de quoi attiser la curiosité d'un être comme Taorin, qui était probablement habitué à voir les gens ramper devant lui.

Comme prévu, il me fit une proposition intéressante. Cinq cent pièces par mois, c'était très encourageant, et cela me donnait presque envie de faire du bon travail. Peu d'employeurs étaient prêts à payer une telle somme en surplus pour des espions, mais le chef des Chiens avait compris une chose : un espion bien payé ne trahirait pas. Et s'il n'avait pas le soutien indéfectible de ses espions, alors il risquait de marcher vers une mort certaine. Je ne doutais d'ailleurs pas que les Chiens qu'il m'adjoindrait allaient avoir pour mission de surveiller mes moindres faits et gestes, pour s'assurer que je ne révélerai rien concernant la mission. Il fallait que je réfléchisse à un plan pour détourner leur attention, et continuer à communiquer avec mon contact, sans quoi ma patrie risquait d'être informée en retard des évènements, et ça, c'était intolérable. Je devais fournir de l'information de première main, d'excellente qualité, et toujours dans les meilleurs délais. C'était ma mission. C'était ma fierté.

Suite à cette proposition d'augmentation, Taorin me fit par de la possibilité de me nommer à un poste plus important. Malgré moi, mon attitude changea. J'ignore ce qu'il lut dans ma gestuelle, mais j'étais tout à fait surpris et intrigué. En effet, quel poste pouvait-il vouloir me confier. Quelque chose dans la gestion de son armée ? Un poste de chef des espions ? Le rôle de formateur ? A moins qu'il en voulût faire de moi son conseiller stratégique ? Ou encore me trouver une place dans l'administration locale du Harondor, une fois les territoires conquis. C'était étonnant de sa part de me laisser miroiter cela maintenant. Cela ne pouvait signifier que deux choses : il avait une absolue confiance en moi, et il était capable de me parler à cœur ouvert ; il n'avait aucune confiance en moi, et il était prêt à me faire de telles promesses tout en sachant très bien qu'au moindre faux-pas, il pouvait m'éliminer. La première option était totalement inenvisageable, au vu des circonstances dans lesquelles nous nous étions rencontrés, aussi devais-je conclure qu'il était toujours méfiant. Soit. C'était le contraire qui aurait réellement été étonnant. Il m'expliqua ensuite qu'il ne pourrait pas me payer pendant ma mission, logique, et qu'il allait falloir que je trouve comment survivre par mes propres moyens. Je souris en réponse à son sourire, mais en réalité nous avions plutôt l'air de deux guerriers négociant pour ne pas nous entretuer. Les sourires n'étaient que façade, et chacun essayait de démasquer l'autre en premier, tout en dissimulant la réalité de ses pensées. Un jeu intéressant mais dangereux. Je répondis au Capitaine :

- Je suppose que je peux effectivement trrouver quelque chose pourr surrvivrre, Seigneurr. Et puis j'aurrai tant à fairre que je ne pense pas avoirr le temps de vivrre dans le luxe. La tâche que vous me demandez est complexe, mais je prrésume qu'envoyer quelqu'un sans expérrience pourra surrprrendrre les Harrondorrim.

Voilà qui était dit. A lui de voir s'il me croyait ou pas, mais j'étais suffisamment bon comédien pour avoir réussi à lâcher ça sur un ton faussement naturel. Il se poserait naturellement des questions, s'interrogerait longuement sur le sens de mes paroles. Tant mieux, tant mieux. Cela étant, je n'avais pas prévu qu'il puisse menacer plus ou moins directement Agathe, pour espérer me convaincre. Avait-il donc si peu confiance en moi qu'il éprouvait même le besoin de faire pression sur la corde sensible ? A moins qu'il s'agît d'une façon pour lui de me rappeler qu'il commandait, et qu'il avait un droit de vie ou de mort sur tous les hommes qui lui obéissaient. Les hommes et leurs proches. Cela ne me plut pas le moins du monde, et mon regard se durcit perceptiblement. Il nota assurément ce changement, et il sut que j'avais compris où il voulait en venir. Je fis cependant un effort de volonté pour rester servile, et je me contentai d'ajouter :

- C'est entendu, Seigneurr.

J'aurais bien aimé lui dire que Agathe risquait de s'avérer très utile pour la réussite de la mission, qu'elle pourrait probablement se montrer plus futée que les types qu'il enverrait à mes côtés, et qu'elle avait toutes les chances de me permettre de rentrer incognito à Dur'Zork, et que même sur place elle pourrait obtenir des informations que nul homme ne pourrait découvrir. Mais ses menaces m'avaient légèrement refroidi, et je préférais en dire le moins possible au sujet de cette esclave affranchie, sans quoi il risquait de s'intéresser de trop près à elle.

Taorin nota très probablement mon changement d'attitude, car il orienta la conversation sur un domaine plus pratique, et cela me satisfit dans une certaine mesure. Au moins, nous n'étions plus en train de nous chamailler à mots couverts, mais bel et bien en train de réfléchir au projet qu'il désirait mener à bien. J'écoutai avec une grande attention ses idées et ses suggestions, et les trouvai tout à fait intéressantes, bien que peu inventives. Mais après tout, il n'était pas un espion professionnel, capable d'inventer tout un langage pour communiquer avec son contact, afin que nul ne puisse le comprendre. Tout codage pouvait être brisé s'il existait une logique de cryptage. La règle était aussi simple. Mais si la seule logique était contenue dans l'esprit des deux personnes partageant le code, alors il était virtuellement impossible à décrypter...à moins que quelqu'un ne parlât. Et si je n'étais pas celui qui venait à parler, c'était qu'on m'avait trahi. Aussi simple que ça.

Je portai ma main à mon menton, plongé dans mes pensées. Faire parvenir les nouvelles jusqu'à Al'Tyr ne poserait pas trop de soucis, en soi. Il suffirait de faire voyager les documents à l'insu d'un marchand ou d'un voyageur, et si les Ombres, des hommes habitués à ce genre de manœuvres, étaient de la partie, il serait difficile pour les agents de Radamanthe de lutter. Ils n'étaient guère entraînés pour affronter des assassins de métier et des espions de qualité militaire, non. Ils combattaient efficacement l'espionnage indélicat et grossier des pirates et des mercenaires, mais ils se retrouvaient démunis face à un tant soit peu de subtilité et de réflexion. Je sortis de ces considérations au moment où Taorin m'expliquait en quoi allait consister notre codage. Doubler le décalage des lettres à chaque missive, cela risquait de perturber sérieusement les éventuels espions qui parviendraient à mettre la main sur ces documents. Mais c'était encore trop peu pour être réellement sûr :

- Pourrquoi ne pas doubler le décalage des lettrres voyelles, et trripler celui des consonnes ? Cela serrait d'autant plus compliqué à déchiffrrer. Mais sinon, cela me convient. Pour comprrendrre un tel code, il est nécessairre qu'ils interrceptent plusieurrs lettrres, et la varriation rrégulièrre du décalage nous perrmettrra de savoirr si un courrier a été prris en rroute.

Je me redressai, satisfait de voir que tout semblait avancer et se régler de manière assez souple. Finalement, nous nous étions entendus très vite sur la manière dont nous allions communiquer, et ce n'était pas plus mal. Lorsqu'il était question d'établir une codification, il fallait surtout aller au plus simple, au plus direct et au plus intuitif. Les ennemis avaient tendance à chercher immédiatement des choses compliquées, des messages cachés dans la moindre petite virgule, alors qu'il n'y avait souvent qu'un bête inversement de syllabes. Les occidentaux étaient tellement prévisibles, parfois. Et encore une fois, cela allait servir la cause du Trône de Rhûn, car ils allaient probablement me laisser entrer jusque dans leur cité, bernés par quelques artifices, quelques mensonges et quelques beaux discours. Et une fois en place, je m'arrangerais pour être une blessure permanente dans leur pied, tellement douloureuse qu'elle les empêcherait de marcher sur l'armée de Taorin. Ils n'avaient aucune chance contre un soldat de Rhûn. Je lâchai un sourire impatient au Seigneur Pirate qui était toujours face à moi, avant de déclarer :

- Avons-nous fait le tourr, Seigneurr ? J'ai hâte de parrtirr maintenant que vous m'avez confié cette mission.


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Taorin
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Ven 28 Déc 2012 - 22:23
Taorin regarda Salem réfléchir. Ses propositions, basiques, pour le codage des messages nécessitaient l’approbation du futur espion : sans accord entre le destinataire et l’émetteur, tout code ne serait qu’une entrave supplémentaire au transfert d’informations importantes, pouvant, à terme, coûter de nombreuses vies. Ainsi, lorsque le futur chef des opérations souterraines des Neufs à Dur’Zork proposa un système plus ingénieux, Taorin acquiesça d’un hochement de tête : un tel décalage permettrait à la fois de savoir si des missives étaient interceptées, et mystifieraient sans doute les agents de l’Emir pendant quelques temps. Le Chien Borgne espérait que, dans une telle situation, le gain de temps serait suffisant pour se ressaisir.

« Nous sommes donc d’accords. Vous pouvez disposer, et aller vous préparer pour votre mission. Mais hâtez-vous ! Nous nous mettrons bientôt en marche, et, même si nous ne devrions pas approcher du cœur de l’Emirat pendant encore un certain temps, il nous serait très profitable de connaitre la disposition des forces ennemies le long de l’Harnen et des côtes. Allez ! »


Le capitaine des Chiens du Désert regarda de son dernier œil valide le serviteur s’incliner et quitter la pièce. L’œil resta longtemps fixé sur la porte refermée, cachant les pensées du Seigneur Pirate : cet homme serait-il loyal ? Et suffisamment capable pour mener sa mission à bien ?

Taorin se détourna brusquement, et regagna la table : la carte y était toujours étalée, montrant les étendues du Harondor, immenses plaines vallonnées, de rocaille ou de sable, et ses villes, certaines si étalant leurs richesses à la vue du monde, d’autres, misérables, blotties derrières leurs murets de terre séchée. Un pays entier, défendu par un peuple fier. Parviendraient-ils à percer leurs défenses ?

HRP : Désolé pour le manque de longueur et le retard :/


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Capitaine des Chiens du Désert et Seigneur (Pirate) d'Umbar.
"Memento mori"
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