[Temple Sharaman] Loué soit-Il

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Mer 22 Oct 2014 - 1:57

Il inspira profondément, et ses sens furent légèrement étourdis par les bouffées âcres que l'on sentait dans l'air. L'odeur entêtante de l'encens spécifique que l'on utilisait dans le temple était envoûtante pour quiconque la respirait plus de quelques minutes, et elle avait pour effet de détendre l'âme et le corps. Mais lorsqu'on pénétrait dans la salle réservée à la prière et aux fidèles de moindre rang, on avait l'impression qu'il y avait un incendie, qu'on avait fait brûler des corps. Pourtant, l'objectif de cet encens était tout autre : il était là car il cachait l'odeur désagréable du sang que l'on déversait joyeusement, au rythme des sombres incantations reprises en chœur par une foule en transe. Et lui, le Père Supérieur du Temple Sharaman, le Grand Prêtre de Melkor, était là pour leur donner la curée. Ils le regardaient tous dévotement, les yeux grands ouverts, les mains jointes, le corps tremblant comme s'ils allaient s'évanouir.

On commença à jouer du tambour, d'abord lentement, puis de plus en plus fort. La grande cérémonie hebdomadaire était toujours très spectaculaire, et bien plus depuis qu'un nouvel apport de fidèles était venu grossir les rangs des habitués du Temple. La mélodie fut reprise par les chants des zélotes, qui se transformèrent bientôt en cris dont certains n'avaient plus rien d'humain. Tous, petits ou grands, puissants ou miséreux, pour peu qu'ils crussent en Melkor, convoquaient la puissance ténébreuse du Noir Ennemi, du dieu sombre, de leur véritable suzerain. Jawaharlal, soutenu par deux immenses colosses au torse nu parcouru de cicatrices, s'approcha d'un pupitre qui lui était réservé, et depuis lequel il pouvait profiter de l'acoustique merveilleuse des lieux pour haranguer la foule de fidèles, et galvaniser les âmes pieuses de ces hommes et de ces femmes qui se prosternaient devant lui. Lorsqu'il s'éleva devant eux, ils tombèrent à genoux, et certains mirent même le front au sol dans un signe de dévotion extrême. Le Grand Prêtre avait peut-être un corps brisé, abîmé par la vie, mais son regard était brillant et sa voix de stentor s'éleva pareille à celle d'un monstre de cauchemar, résonnant sur les murs du Temple :

- Loué soit Melkor, béni soit Son nom !

La foule reprit cette prière, et les fondations du bâtiment ancien parurent trembler. Le Grand Prêtre eut un sourire, alors que devant lui il avait la démonstration de la puissance de la religion qu'il défendait, qu'il incarnait. Il parla alors de la vie, de la foi en Melkor, du retour prochain de leur maître à tous qui était annoncé. Il parla du sang qu'il fallait encore verser pour le faire revenir, de la puissance que le sombre Seigneur accumulait ainsi, et de la gratitude qu'il éprouverait envers les fidèles qui l'auraient aidé à revenir à la vie. Grâce à leur soutien, grâce à leur dévouement, grâce à leur or aussi - il ne fallait pas oublier la réalité -, ils seraient épargnés au retour du maître, et ils pourraient accéder à une vie meilleure, à une vie de rois. Chacun croyait dans les promesses qui l'intéressait, et chacun s'investissait à la hauteur de ses convictions personnelles. Mais la vérité était que la religion Melkorite prenait de plus en plus d'importance en Rhûn, et que le discours de Jawaharlal était de plus en plus suivi.

- Et maintenant mes frères, offrons du sang à notre Seigneur ! Amenez-les !

C'était un peu le clou du spectacle, le moment que certains attendaient avec une impatience presque morbide, celui que d'autres redoutaient comme la peste. C'était de cela qu'on parlait quand on évoquait les cérémonies Melkorites, et de rien d'autre. Les sacrifices. Une porte s'ouvrit, et on fit avancer une longue file de créatures qui avaient un jour été humaines, mais qui ne ressemblaient plus à rien. C'étaient de pauvres morceaux de chair, d'anciens esclaves rachetés à leurs maîtres alors qu'ils ne servaient plus à rien. Beaucoup, parmi eux, attendaient la mort avec impatience, et certains - rares, certes - étaient même heureux de partir ainsi, avec l'espoir de servir Melkor dans une vie future. Il y eut un frémissement perceptible dans les rangs de la foule quand le premier individu fut approché d'un autel sacrificiel, et que sa gorge tranchée prestement par un poignard consacré se mit à vomir un flot de sang. C'était le premier d'une longue série. Une très longue série.


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Jawaharlal ôta sa tenue de cérémonie, et s'assit sur son lit. Son corps était atrocement mutilé, parcouru de cicatrices et de brûlures qu'il ne pouvait pas s'être infligées tout seul. Il avait probablement été torturé dans le passé, à moins qu'il n'eût volontairement placé son corps sous les coups et les flammes, pour rendre hommage à son dieu. De son passé, on ignorait tout, et cette aura de mystère qui l'entourait contribuait à sa réputation terrible et cruelle. Il était l'impitoyable prêtre de Melkor, l'incarnation de Sa volonté. Trois femmes apparurent de nulle part, le visage et les cheveux voilés. Elles ne dirent pas un mot, comme d'habitude, et déployèrent le matériel qu'elles utilisaient quotidiennement pour traiter les blessures du Grand Prêtre. Contrairement à ce que l'on pouvait croire, les onguents et les plantes qu'on frottait méticuleusement sur sa peau n'étaient pas destinés à endiguer la douleur, et il assumait pleinement la souffrance sans jamais s'en plaindre. On s'arrangeait simplement pour qu'il ne contracte pas d'infections ou de nécroses qui l'auraient emportées en quelques jours à peine.

Les mains glacées des guérisseuses lui tirèrent une grimace qu'il chassa bien vite de son visage sombre, pour retourner à ses pensées tortueuses. En effet, plus qu'un simple religieux isolé, Jawaharlal était devenu un des individus les plus puissants du royaume, et il devait désormais considérer ses options, les mouvements qu'il pouvait faire. C'était d'ailleurs pour discuter de ces choses qu'un représentant de la Reine venait le voir aujourd'hui. Oh certes, ce n'était pas la raison officielle pour laquelle on avait demandé à le rencontrer. Et ce n'était pas non plus un homme mandaté par Lyra. Cela ressemblait à une simple visite de courtoisie de la part d'un riche et puissant Seigneur de Blankânimad... mais le Grand Prêtre était loin d'être stupide, et il savait lire entre les lignes, derrière les faux-semblants.

On frappa à la porte, et une des servantes alla l'ouvrir, s'inclinant profondément devant le nouveau venu. Il pénétra dans la pièce avec une attitude royale, tout drapé qu'il était dans son apparente noblesse. Mais pour le représentant de Melkor, la richesse était bien plus intérieure. On pouvait avoir de l'or à ne plus savoir qu'en faire, et ne pas pouvoir donner sa vie pour son dieu quand il le réclamait. C'était ainsi et seulement ainsi que l'on jugeait de la valeur d'un homme. Le nouveau venu eut un signe de tête discret qui avait valeur de salut, et il s'approcha d'un siège qui se trouvait là :

- Je peux ?

Le Grand Prêtre eut un geste évasif de la main, qui avait valeur d'acceptation. Les deux hommes paraissaient ennuyés de se trouver dans la même pièce, et on sentait bien qu'ils n'étaient là que pour remplir un devoir. Il y avait une constante chez les gens qui désiraient voir Jawaharlal, c'était qu'ils devaient assister à la grande cérémonie qu'il donnait, comme pour reconnaître son autorité religieuse. Comme Melkor était le dieu imposé à tous les sujets du royaume de Rhûn, il n'était pas possible de refuser une telle demande, présentée comme un véritable honneur - on offrait même une place de choix aux invités de marque, bien visibles de la foule qui leur adressait un salut respectueux au cours de la cérémonie. Une façon comme une autre de rallier à lui tous ceux qui n'étaient pas d'absolus fidèles, de les afficher publiquement comme de bons et orthodoxes croyants. De toute évidence, l'intéressé n'avait pas apprécié, et il ne souhaitait pas s'en cacher :

- Merci pour cette ovation publique, Grand Prêtre. Je suppose que c'était absolument nécessaire...

- Naturellement, nous souhaitons toujours la bienvenue à ceux qui viennent de loin pour rendre hommage à notre dieu Melkor, Loué soit-Il.

L'homme de Blankânimad eut une moue contrariée, et il grogna comme le voulait l'usage :

- Loué soit-il. Mais ne pensiez-vous pas que tous ces sacrifices auraient pu être évités ? Ils auraient pu être utilisés pour bien d'autres tâches plus utiles au royaume, non ?

Jawaharlal haussa les épaules, et cela lui tira une grimace de douleur. Ses cicatrices se tordirent bien malgré lui, et les onguents ne purent dissimuler le pus qui coulait d'une plaie mal traitée à son épaule. L'invité plissa le nez, et ne put s'empêcher de détourner le regard. Rares étaient ceux qui pouvaient se targuer d'avoir supporté la vision du corps incroyablement meurtri du Grand Prêtre de Melkor sans éprouver une nausée indescriptible. Il savait l'effet que produisait la vision de son torse abominablement scarifié, et il n'avait aucune honte à l'employer pour prendre l'ascendant psychologique sur ses interlocuteurs. Il était ainsi.

- Vous voudriez confier une tâche d'importance à des esclaves décharnés, sans la moindre force ? Et dans quel but ? Nous avons des hommes qui remplissent leur rôle à merveille, pour leur Seigneur Melkor loué soit-Il.

- Loué soit-il, oui... Mais ces hommes dont vous parlez, d'où viennent-ils ? On raconte que ce sont d'anciens soldats... Des hommes qui auraient servi l'O...

Le Grand Prêtre leva la main. Il n'aimait pas qu'on insinue des choses déplaisantes au sujet de son culte, et encore moins que l'on essaie de le discréditer. Il savait très bien pourquoi cet homme était là : pour le confondre, et lui faire admettre qu'il avait effectivement mis la main sur un réservoir de troupes de grande ampleur. Il préférait couper court à cette conversation :

- Je sais ce que l'on dit, je sais ce que les gens pensent. Mais ce ne sont que des racontars, des mensonges. Nous récoltons simplement les fruits de notre travail auprès de la population, et nous remercions pour cela la Reine Lyra. Ses efforts pour faire reconnaître notre dieu comme seul vrai dieu commencent à payer, et nous voyons arriver chaque jour de plus en plus de fidèles désireux de nous assister au temple. Après tout, comment des hommes en armes venus de l'étranger auraient-ils pu s'introduire sur le territoire sans être arrêtés par les troupes de Sa Majesté ? Si ces hommes vivent en Rhûn, c'est que la Reine l'a autorisé, ne croyez-vous pas ?

L'homme eut un geste de la tête qui indiquait qu'il n'en croyait rien, mais il comprenait que cette entretien était terminé. Jawaharlal lui avait prouvé qu'il était un politicien retors et compétent, et qu'il n'était pas question de jouer double jeu avec lui. Il nierait tout en bloc, et renverrait la faute sur Lyra. Après tout, si on apprenait que l'Ordre de la Couronne de Fer avait stationné des troupes en Rhûn, on commencerait à poser des questions, et à chercher des responsables. La Reine ne pouvait décemment admettre leur présence, et donc ils n'existaient officiellement pas. Et s'ils n'existaient pas, alors personne ne pouvait les récupérer, et en reprendre le commandement. Le noble de Blankânimad se leva, et prit congé sans attendre, prétextant qu'il avait à faire, et qu'il ne souhaitait pas importuner le Grand Prêtre plus longtemps. Celui-ci haussa les épaules, et laissa son interlocuteur partir, conscient qu'un autre invité lui succéderait bientôt pour obtenir de précieux conseils, une bénédiction, ou bien un quelconque avantage.

Toutefois, quand la porte s'ouvrit à nouveau, ce ne fut pas un dignitaire de la haute aristocratie d'Albyor qui franchit le seuil de la porte, mais bien un homme du peuple, tout de noir vêtu. Il ressemblait à un combattant, à un mercenaire, et il portait une arme au côté. Jawaharlal aurait dû avoir peur de voir un tel individu pénétrer dans ses appartements, là où il recevait ses ouailles, mais il n'esquissa même pas un mouvement, et ce fut le nouvel arrivant qui posa un genou au sol, sans même y avoir été invité :

- Grand Prêtre, mes hommages. Je voulais vous transmettre les nouvelles personnellement.

- Allez-y, capitaine.

L'homme ne portait pas l'uniforme de la troupe royale, et il n'avait pas du tout l'air d'un soldat des Milices. De toute évidence, il appartenait à une toute autre organisation, et il reconnaissait le Grand Prêtre comme son chef légitime. Personne, à part les trois jeunes femmes qui s'occupaient de l'homme au corps brisé, ne pouvait voir ce qu'il se tramait derrière les lourdes portes du temple Sharaman, mais il était désormais clair que Jawaharlal était un bien plus fin manipulateur qu'il ne le laissait penser. Non seulement, il avait récupéré les hommes qui appartenaient jadis à la Couronne de Fer, et qui avaient été privés de chef, mais en plus il s'était arrangé pour conserver leur structure militaire, et se placer à leur tête. C'était une armée qui n'existait pas officiellement, mais dont l'organisation interne était toujours vivace. La discipline militaire implacable de l'OCF associée aux idéaux religieux fanatiques du premier prêtre de Melkor... cette alliance avait de quoi faire froid dans le dos. Le soldat, hochant la tête avec un air martial, annonça :

- Trois bataillons sont partis vers les trois principaux temples de la région, afin de les sécuriser. Nous essayons de déployer nos hommes le plus discrètement possible, pour ne pas attirer l'attention. Le gros de nos forces est, conformément à vos ordres, demeuré au Temple, où ils commencent à prendre leurs fonctions. Nous avons fait exécuter deux déserteurs que nous avons repris, et il semble qu'aucun autre n'ait envie de nous abandonner.

- Hmm... Fort bien. Je viens d'avoir la visite d'un envoyé de la Reine. Comme elle se pavane à l'étranger, cette idiote imagine qu'en envoyant un dignitaire pour me poser des questions, elle maintiendra la pression sur moi, pour me forcer à faire une erreur. Assurez-vous que personne ne se dévoile, et que tout le monde reste bien confiné à l'intérieur du temple. Nous ferons installer des lits supplémentaires, et nous acclimaterons les étrangers à notre langue, nos coutumes. En attendant, je veux un minimum de contact avec l'extérieur, et surtout de la discipline.

Le capitaine hocha la tête de nouveau. C'était un homme compétent et obéissant, typiquement le genre d'hommes dont l'Ordre raffolait. Efficace, discret, et peu bavard, il n'avait pas eu beaucoup de difficulté à changer de maître. En effet, il avait conservé le même statut, et avait simplement changé d'employeur... et encore. L'Orchâl était un serviteur de Melkor, et il avait désormais le privilège de servir le Grand Prêtre de Sharaman : y avait-il véritablement une différence ? Si oui, il ne la voyait pas. Il lança donc :

- Ce sera fait, Grand Prêtre. Mais ne vous inquiétez pas, personne n'entendra parler de nous, et nous ne ferons que nous occuper du temple. Les armes demeureront cachées, les hommes seront irréprochables. Je m'en porte garant. Toutefois, si je puis me permettre... Quelle sera notre prochaine mission ?

- Je l'ignore, capitaine. Je l'ignore. Mais je suis certain que votre rôle sera grand au service de Melkor... Loué soit-Il.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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