Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois

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Nathanael
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Mar 28 Avr 2015 - 11:03

Le vent soufflait sur la terre nue emportant avec lui les souvenirs du Rude Hiver. La neige s’évanouissait sous une chaleur pesante et anormale, ici et là une surface molle et humide rappelait la présence du manteau blanc évanescent. En mer les blocs de glace printaniers fondaient à vue d’œil, l’horizon perdait en relief et le regard, sans entraves visuelles, portait aux confins de la baie de Forochel. Après les grands froids mortels qui avaient emporté les vies des plus faibles, le soleil accablant faisait perdre tout espoir aux Lossoths. Les ours se repliaient sur les terres au creux des derniers séracs et les chasseurs peinaient à les éviter lors de leurs grandes courses. Deux hommes du clan de Farod avaient été sérieusement blessés et les femmes et les enfants craignaient de trop s’écarter du village pour ramasser des baies et quelques fagots de branches. En revanche, la fonte rapide de la neige avait permis au sol de se réchauffer plus vite, le lichen et la première herbe tendre étaient abondants et les rennes étaient revenus plus vite sur leurs terres et en plus grand nombre. L’eau ne manquerait pas en cette saison, mais Farod craignait que plus tard dans l’été la chaleur et les marais n’attirent une population de moustiques et de cousins porteurs de maladie. Les graves difficultés de cette dernière année encombraient son esprit et le vieil homme n’espérait plus rien de l’avenir.

Deux années auparavant des étrangers avaient foulé leur terre pour leur venir en aide mais ils avaient échoué dans leur tâche, et, depuis, le mal qui affectait son peuple avait touché beaucoup d’enfants, de femmes et de guerriers et petit à petit, plus de la moitié des Lossoths de son clan avait perdu la vue. Les malades avaient été soignés avec des plantes, des baies, des mousses, des rituels chamaniques ; mais Farod avait épuisé son art de guérison et il lui était impossible de venir en aide à ses proches. Son fils fut touché durant le Rude Hiver et le meilleur chasseur du clan perdit la vue en même temps que son utilité. La morosité, le chagrin et la colère emplissaient le cœur de Piotr alors même que l’impuissance rongeait son âme et détruisait petit à petit tout espoir. Ceux qui avaient été touchés les premiers avaient réussi à développer d’autres sens, mais ils restaient vulnérables sur des terres sans cesses mouvantes, oscillant sur un fragile équilibre de glace et d’eau. Le clan de Farod s’étaient repliés plus à l’intérieur des terres depuis l’arrivée des grandes chaleurs mais ils se privaient ainsi de l’abondant gibier marin ; poissons, phoque, et rares carcasses de baleine riche en graisse pour confectionner leur lampe et imperméabiliser les peaux de leur habitation.

Le quotidien des Lossoths était devenu morne et insipide, le rire des enfants était une musique rare que le vent emportait aussitôt. Les femmes ne chantaient que rarement, les tâches étaient réalisées avec lassitude, machinalement et les hommes ne fêtaient plus le retour des grandes chasses avec autant d’allégresse. Même la nourriture semblait plus fade, moins nourrissante. Pour la première fois de sa longue existence, Farod découvrait que le cœur d’un Lossoth pouvait devenir plus froid que les terres sur lesquelles ils vivaient.

- Mon père, tu te tourmentes l’esprit pour des choses que l’on ne peut changer. Tu souhaites l’impossible et tu demandes à l’oiseau de savoir nager, et au poisson de savoir voler. Cela ne se peut et tu espères quelque chose qui n’adviendra jamais. Cesse de ruminer des pensées qui te rongent.

Farod tourna un regard étonné vers son fils. Son courroux belliqueux aurait-il donné naissance au germe d’une sagesse inconnue ? Piotr n’était pas réputé pour être posé, calme et réfléchi, c’était plutôt l’apparat de Garrock et des hommes plus âgés. La maladie emportait-elle également la naïveté et l’innocence des plus jeunes ? Le vieil homme soupira. Il ne pouvait se résoudre à abandonner tout espoir et à accepter cet état de fait. Il savait au plus profond de lui que cette maladie n’en était pas une et que le mage qui les avait maudit se terrait comme un lapin dans son terrier en se gaussant de leur malheur. Il finirait par sortir de son trou, Farod le savait, mais, seuls, les Lossoths ne parviendraient à rien. De l’aide, il espérait de l’aide, au plus profond de son âme.  
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Sigvald Lingwë
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Mer 29 Avr 2015 - 11:28

Après s'être échappée des geôles d'Esgaroth et après avoir dupé la vigilance des nains, Monseigneur Haskill s'était enfui vers l'Ouest. Accusé de meurtre et d'atteintes aux bonnes mœurs, sa peine était non discutable, la pendaison. Deux jours dans la cité et il avait été accusé d'avoir tué une femme, il ne l'a pas fait. Sa petite aventure n'était pas passée inaperçue, les deux "tourtereaux" s'amusaient certes en pleines rues, mais bon, qui ne l'a jamais fait ? Maître dans l'art d'échapper aux gardes, il fut embarqué alors qu'il avait déclaré une bagarre dans la taverne "La Bourse Pleine". Certes, il était responsable, mais toute cette mise en scène pour un regard de travers... du grand spectacle.

Dans sa fuite, il vola une vache, seule monture disponible sur son chemin, avant de se rendre compte qu'un cheval était plus préférable, histoire de mettre de la distance entre lui et les hommes du lac. Pour s'amuser un peu, il vola donc un cheval, mais il abandonna la vache sur la vielle route qui traversait la Forêt Noire.

Nul ne sait, comment il trouva ce chemin si secret, peut-être avait-il suivi un papillon ou un écureuil égaré ? Dans tous les cas, les elfes durent le surveiller durant sa traverser, Monseigneur Haskill avait dû sans douter lorsqu'il sortit ces quelques mots...

"Je sais que vous êtes là ! J'ai vu le petit bout de celui qui est là-bas !" Il pointa la cime d'un arbre. "Regardez, admirez-moi, je suis la lune en pleine journée mouahah !" Et contre toute attente il baissa son pantalon, se retrouvant cul nue à cheval sur la Vieille Route. "Je vous laisse cette vache, ça ne colle plus trop entre nous, la passion du début s'est éteinte emportant mon cœur avec elle ! Messieurs, Mesdames adieu !" Et il remonta son pantalon.

Il repartit à grand galop, son voyage et ses péripéties l'emmenèrent à l'Est de l'Arnor, ou peut-être au Nord, puis à l'Est... Il ne savait pas trop, mais il voulait voir un glaçon géant. Sur son chemin, de ville en ville, il laissa femme épleurée et seule, vendeur de drogues sur la paille après les avoir délestés de leurs marchandises et de leurs bourses. Monseigneur était à nouveau "riche" et plein d'entrain pour la suite de ses palpitantes aventures.

Il était arrivé loin, à sa connaissance dans la Baie de Forochel, toute émoustiller par ce qui l'entourait, son cheval mourant sur lequel il était, il frappait de ses mains comme pour applaudir le merveilleux paysage qui s'étendait devant ses yeux. En aplomb de la colline descendant sur le rivage glacé. Il se rendit compte que le soleil reprenait en puissance, le Rude Hiver tirait sa révérence, soumis aux ardents rayons de l'astre jaune.

Monseigneur Haskill habillé tout de violet, tirant sur le rose, vêtu d'une riche tenue digne des Grands de l'Arnor. Il tenait fermement son grand sceptre, son arme comme son appui lorsqu'il s'amuse à jouer le vieux. Pour n'importe qui il serait un noble Arnorien, un peu fou et perdu sur ces terres arides et stériles.

Il mit pieds à terre, frappa gentiment le cheval qu'il avait emprunté au paysan, presque un an plus tôt et il courut comme un gamin vers la plage glacée. Il chantait et dansait, heureux d'avoir atteint son but.

Monseigneur regarda son sceptre dont le pommeau était orné de fins visages d'argent, chacun de ses trois visages avait une expression différente. Il fixa celui qui souriait... Ses yeux gris semblaient percer le pommeau tant il était intense. Et soudain, il se mit à quatre pattes.

"Nous allons chercher à manger ! Des coquillages, des coquillages ! Ou carrément un phoque ! Oui, oui c'est ça un phoque ! J'ai faim !!!!!!"

À mesure qu'il avançait truffes au sol, enfin nez frôlant le sol, il reniflait et tournait à la tête comme un chien. Il sentit une odeur des plus particulières, il la suivit. Cette odeur détonant s'intensifiait, il tomba nez à nez avec une botte, son esprit ne fit qu'un tour...

"Quelle trouvaille ! Mais, mais, trop grande pour moi !"

Il continua sa quête de nourriture et tomba sur une autre père de botte, fait de pot de phoques elle semblait à si m'éprendre avec l'animal. Sa quête en cours d'achèvement. Il ouvrit sa bouche et croqua "l'animal" de toutes ses forces. "L'animal" cria de douleur. Monseigneur Haskill, avait ferré la bête, plus qu'a l'achever !

"Tenez-le ! On le ramènes !"

Il sentit son corps se soulever et il vit quatre personnes, étonner et surpris, il changea d'attitude.

"Bonjour mes amis ! Vous devez me connaître, Seigneur de Rathlond, Haskill pour vous servir..."
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Nathanael
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Mar 12 Mai 2015 - 19:01

Garrock tenait d’une main ferme le col de l’étranger. Quant à Otmar, il gardait entre ses mains son pied douloureux, jurant en Lossoth des noms d’oiseau plus triviaux les uns que les autres, pestant contre l’invasion d’hommes du Sud et leur drôle de comportement. Les deux autres chasseurs hésitaient entre le rire et la colère. Ils n’aimaient pas voir des inconnus sur leur territoire, mais ils avaient du mal à retenir leur hilarité face à Otmar, le fort en gueule, toujours plus brillant et plus futé que les autres, être mis au sol par un mordeur de chaussures. Garrock était lui aussi mi-figue mi-raisin et il jeta un regard intrigué à leur curieux visiteur.

- Farod saura ce qu’il faut faire de lui. Je le ramène au campement. On a assez de quoi nourrir tout le monde, pas la peine d’aller plus loin pour aujourd’hui. Otmar, lève-toi, il t’a effleuré l’orteil mais tu hurles comme s’il t’avait amputé le pied, même nos femmes sont plus courageuses ! Allez, on rentre.

Garrock reposa l’homme au sol, prit soin de lui attacher les mains avec un simple morceau de corde et le poussa en avant en lui indiquant la direction à suivre d’un vague signe de tête. Son non, il s’en moquait, son titre également. Sur ces terres sauvages, il n’y avait guère que le courage et la détermination qui faisaient la valeur d’un homme, le reste n’était que superflus et décorations futiles. Otmar se remit sur pieds en boitant plus que de raison, ses deux comparses pouffant derrière lui comme de jeunes demoiselles amusées par une farce.

Ils arrivèrent au camp dans le courant de l’après-midi. Le soleil glissait doucement derrière de hautes collines, le ciel était clair et sans nuages, la chasse avait été bonne. Les femmes ne vinrent cependant pas accueillir leur mari ou leur fils, elles attendaient devant leur tente ou leur petit hutte d’infortune, tissant des tendons et de grossiers fils de laine issus d’un commerce rare avec les gens des plus proches villages. Leurs gestes semblaient sûrs mais leurs doigts vérifiaient plusieurs fois le passage de l’aiguille avant de coudre, leurs yeux étaient rivés sur des ombres et des chimères loin devant elles. Puis l’une d’entre elle entendit des pas près de sa tente, et elle émit un son aigu pour signifier aux autres que les hommes étaient entrés au village. Elles répondirent en chœur d’un son plus grave et mélodieux, quoi que triste. C’était une vieille femme qui faisait office de gardienne, elle les interpella d’une voix gutturale, presque masculine, dardant ses yeux d’un blanc laiteux sur les cinq formes qui se tenaient devant elle.

- Farod ne va pas aimer que tu amènes de la graine de canaille dans notre camp. Les étrangers ne nous apportent que des ennuis, et celui-là sans doute plus que les autres !

Garrock lui répondit par un vague grondement inarticulé, il n’avait que faire des paroles d’une vieille folle. Il conduisit Rat-Long à travers le camp en le serrant par le bras, sans doute plus fort que nécessaire, mais il ne tenait pas à ce que ce drôle de personnage déambule librement dans un camp d’aveugles et de malvoyants. Une petite troupe d’enfants était sur leurs talons, mené par un jeune garçon d’une dizaine d’année, parlant d’une voix basse et précipitée, narrant tout ce qu’il voyait au petit groupe derrière lui qui se tenait par la main. Ils pouffèrent tous de rire quand il décrivit qu’Otmar boitait comme un renne malade mais ils cessèrent rapidement leur petit manège quand le dénommé Otmar se retourna en criant pour leur faire peur. Les enfants s’éparpillèrent dans le camp comme une nuée d’oiseaux et chacun trouva à tâtons le chemin de la tente la plus proche pour s’y réfugier.

Ils parvinrent finalement devant la hutte centrale construite en bois consolidé par un torchis de feuilles et de boue. Elle était située sur une légère sommité dominant de quelques pieds le reste du campement. Un jeune homme aiguisait un long couteau en métal devant l’entrée, mais il cessa son activité quand il entendit le martèlement des talons de Garrock devant la masure. Il avait lui aussi les yeux emplis d’une brume épaisse et blanche.

- Déjà revenu de la chasse Garrock ? … Il fronça les sourcils. Mais vous n’avez pas ramené que du renne n’est-ce pas ? Qui est-ce ?
- Il s’appelle Rat-Long, on l’a trouvé près du ruisseau de Tugmen. Il a mordu Otmar jusqu’au sang et …
- Ho ça va, il a pas besoin de tout savoir dans les détails !
beugla un Otmar encore furieux et déconfit.
- Ton père est-là ? demanda Garrock.
- Entre Garrock, entre, et laisse moi voir la proie que vous ramenez…

La voix de Farod se fit entendre depuis le fond de la hutte. Une peau couvrait l’entrée et empêchait les mouches tout autant que la chaleur de rentrer. Garrock dut se pencher pour pénétrer dans la masure, tenant toujours l’étranger d’une poigne ferme et dure. Il le présenta devant Farod comme s’il s’agissait d’un objet. Le vieillard scruta Rat-Long dans le demi-jour qui éclairait à peine la pièce.

- Ha, encore un étranger. Et un drôle celui-là ! D’où viens-tu Rat-Long ? On ne voit pas beaucoup de tissus et moins encore avec cette couleur par chez nous. Viens-tu marchander ? Tu n’as pas l’air d’avoir de sacoches mais peut-être caches-tu quelques secrets trésors dans tes poches ? A moins qu’il ne s’agisse d’une arme ou de quelque chose du genre …

Il fit une moue envers Garrock et le grand homme fouilla l’étranger sans aucune politesse. Les temps avaient été durs et l’accueil si chaleureux des Lossoths s’était mué en méfiance et en prudence non retenues. Les étrangers n’étaient pas tous porteurs de bonnes nouvelles, pas plus que de bonnes intentions. Farod en était venu à la conclusion qu’il était bien mieux d’imposer son point de vue et sa façon de faire avant de se faire escroquer ou entourlouper.
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Sirka
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Ven 10 Juil 2015 - 1:45

Déjà six jours que Fornost n’était plus en vue. Et toujours aucune trace de ce grand Nord qu’on lui avait décrit comme l’une des régions les plus inhospitalières qui lui eurent été données de voir. A présent qu’elle y était, bien que vêtue d’un surcot de laine et d’un manteau de fourrure, elle devait se rendre à l’évidence : c’était aller très vite en besogne que de parler d’un climat polaire, de banquise, de glaciers éternels, et toutes ces âneries qui lui avaient été décrites, presque contées, autour du feu… Ce vieux fou d’aubergiste. A moitié gâteux.

Résultat. Piétiner dans la neige fondue n’avait jamais été moins supportable. Son cheval, blessé par les heurts de la route, peinait à suivre la cadence. Rênes en main, la mine basse, elle craignait le moment où il refuserait d’avancer davantage, pour se résigner à se laisser mourir. Et par la même occasion attirer tous les charognards des environs. Il paraissait donc de plus en plus urgent à l’orientale de faire une halte quelque part. Urgence retardée un peu plus à chaque mille parcouru, car l’envie de dormir à la belle étoile dans cette région qu’elle ne connaissait pas, et en pleine vallée, parfaitement à découvert… étrangement ne la séduisait pas.

Dernier hameau traversé il y avait plus de trois jours. L’occasion d’acheter des vivres. Mais aussi de devoir se délester de toutes ses soieries et d’une de ses dagues. Celle avec une tête de serpent. Un cadeau. Elle espérait ne pas croiser le seigneur pirate de sitôt. Quoiqu’il en soit, le voyage s’était relativement bien passé. Hormis le sommeil qui lui manquait, et les nerfs qui menaçaient de lâcher. Son message au village devait avoir été lu par son père, si les dieux le voulaient. Mais impossible d’avoir des nouvelles en retour. Elle avait eu vent, lors de sa dernière halte en territoire civilisé, d’agitations à l’Est, mais malheureusement rien de très précis. Le devoir l’appelait. Le séjour au Nord ne devait pas s’éterniser. Quelques jours au plus. Puis compter un mois pour arriver en mer de Rhûn. Sous réserve d’une monture fraîche. Ce qui la ramenait, invariablement, à son problème le plus immédiat...

- Saleté.

Un peu plus loin en contrebas de là où elle se trouvait, un vallon à l’ombre de la roche offrait les restes d’un manteau de neige. Des exclamations y résonnèrent. L’espoir qui lui restait de ne pas avoir encore passé le cap de la folie la fit lâcher bride, se baisser et s’approcher du précipice. L’agitation venait d’un groupe de… d’un groupe de sauvages natifs des environs, vraisemblablement. Et d’un drôle de personnage, visiblement beaucoup moins du coin. Après avoir attaché son cheval au tronc maigre d’un résineux qui reprenait du poil de la bête, Sirka hissa son bouclier dans son dos et entreprit de descendre, épée au côté, le contrefort rocheux au sommet duquel elle se trouvait.

L’individu embarqué manu militari par les indigènes s’exprimait avec tant d’allégresse qu’il ne fut pas difficile pour la rhûnienne de les suivre de suffisamment loin pour ne pas se faire repérer. Jusqu’à un camp rudimentaire où le reste du « clan » de ces hommes s’affairait aux tâches du quotidien. Cachée dans un sous-bois qui bordait le camp, elle regarda les chasseurs traîner leur prise dans un… abri un peu plus stable que les autres. Et ne fit rien. Ni cet étrange type rosé ni ces chasseurs à grise mine n’étaient ennemis. Pas plus qu’ils n’étaient amis.

En revanche, les réserves de nourriture revêtaient un tout autre attrait. A quelques mètres, derrière une tente de fortune. Presque sous sa main.

Quelques pas seulement. Jusqu’à…
Qui a mis ce trou ici ?
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Sigvald Lingwë
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Sam 11 Juil 2015 - 11:36

De la compagnie ! Heureuse rencontre pour Monseigneur !

Certes de nouveaux amis un peu brutaux, mais des gens comme mêmes. Monseigneur rigolait à haute voix en repensant à son erreur. Confondre un phoque et une botte... Il s'étonnerait toujours. Tenu de tous les côtés par ces hommes massifs et puissants, à l'allure de barbare et sentant bon la saleté. Il pensait avoir fait une découverte majeure, la découverte d'un nouveau peuple, mais son esprit malade se rappela ses anciennes leçons d'histoire, et le peuple Lossoth lui sauta aux yeux. Seul son sourire de fou contrastait avec son visage pourtant si sérieux. Une tête des plus étonnantes.

- Messieurs, je m'excuse pour la morsure que j'ai infligée à Monsieur euh... je ne connais pas son nom. On va dire, on va dire... Excusez-moi Monsieur Phoque ! Un câlin ?


Certains se demanderont comment une telle personne peu survire en Terre du Milieu, où chaque parole peut juger de la vie ou de la mort d'une personne, où chaque action peut entraîner une fin heureuse ou fatidique, eh bien pour cela je n'ai pas de réponse, une énorme chance surement. N'ayant plus l'envie de marcher il s'écroula et se retrouva fermement maintenu par ses "kidnappeurs". Monseigneur Haskill s'endormit sous le soleil descendant, bavant abondamment sur la main d'un des Lossoth qui vociférait à tout va. A vrai dire, il ne dormait pas vraiment, mais il voyait juste l'occasion d'embêter un peu cet homme dont la tête ne lui revenait pas spécialement. Ils le remirent sur pieds à leur arriver au village, et après cette sorte de sieste, il obéit, reconnaissant pour le temps accorder par l'un de ses geôliers pour lui avoir salivé sur la main. Une fois debout il se tourna vers lui et lui fit une sorte de révérence très gracieuse.

- Merci votre majesté.


Tandis qu'ils marchaient dans le village, Monseigneur laissait traîner son regard partout, sur chaque personne, chaque objet, curieux, se posant mille questions et à la fois fasciner par ce peuple. Dans le passé il était féru d'histoire et de langues. Comme son père le disait, le savoir c'est le pouvoir. Ces femmes-là étaient différentes de celles des villes, leur peau était foncée, le soleil ou la saleté, il n'en savait rien, un mélange des deux peut-être. Pour une fois, celles-ci n'attiraient nullement son attention. Une vieille femme s'avança et leur parla. Lui une canaille ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre, Monseigneur et certes, un peu excentrique, mais il n'a rien d'une canaille, il représente la noblesse de l'Arnor, l'une des dernières anciennes familles. Quant au grand homme, il resserra sa poigne encore plus fort sur le maigre bras de Monseigneur.

- Vous savez, pour certaine personne la douleur est une source de plaisir...
Il finit ces mots par un petit clin d’œil, mais le Lossoth n'y prêta nul attention, pas une parole, pas un regard, rien. Ce qui calma Monseigneur directement face à ce Lossoth imperturbable.

Ils stoppèrent leur marche devant une hutte plus imposante que les autres. Monseigneur écouta les hommes parler, il avait étudié leur langages, il comprenait la plupart des mots de cette langue, il pouvait suivre leur conversation sans trop de mal.

- Il s’appelle Rat-Long...

- Seigneur Haskill de Rathlond. Seigneur Haskill de Rathlond. Seigneur Haskill de Rathlond.  Seigneur Haskill de Rathlond. Seigneur Haskill de Rathlond. Il répéta ces mêmes mots plusieurs fois, à voix basse et certains des hommes le remarquèrent. Monseigneur se sentait insulté qu'on le présente comme le Rat Long. Et une pensée germa dans son esprit égaré, un rat long... Long comme la que...  Un grand sourire lui barra le visage.

Ils l'emmenèrent devant un vieil homme, Farod s'il avait bien entendu. Après ce petit questionnaire banal, à deux trois mots près, c'était en général le même que les gardes de cité. Il avait déjà vécu ça des dizaines de fois. Il pivota la tête comme certain chien curieux, fixa quelques secondes Farod et il se redressa fièrement droit comme un I.

- Et bien pour répondre à vos questions. Je suis Haskill, Seigneur de Ratlond, une ville d'Arnor sans habitant, enfin il y a bien mon dévoué Chambellan. Bref, OUI pour la couleur ! Oui une petite touche personnel, une couleur magnifique n'est-ce pas ? Vous proposez quoi ? Dans mes poches... Je ne sais pas si ça peut vous intéresser, mais j'ai du sable rouge, une drogue du Harad, c'est ça que vous voulez ?! Par contre c'est peut-être un peu puissant pour vous, rien en rapport avec votre virilité mon cher, les légendes des hommes du Nord vous protèges. Mais je dois avoir un bout de fromage dans l'une de mes poches. Il se gratta la tête en imaginant le vieil homme prendre cette drogue. Ahah! Désolé, ma seule arme est mon sceptre et d'ailleurs où est-il ? J'étais venu ici voir de la glace, je voyais ça plus gros, mais bon dommage, vous auriez quelques choses à boire ???! J'aime bien les vins du Sud, si vous aviez... Tout en faisant de petits yeux ronds envers Farod, implorant sa gentillesse pour du bon vin. Ah oui, au fait où sommes nous ?

Tous le regardèrent les yeux écarquiller, parti dans son monologue les Lossoth étaient stupéfait par le personnage, il posait plus de questions qu'ils n'en répondaient. Ils écoutaient ce "fou" partit dans un dialogue qu'il menait seul alors qu'il agitait bizarrement les mains dans tous les sens pour illustrer ces propos incohérent.
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Nathanael
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Mer 22 Juil 2015 - 9:27


Sagesse millénaire. Farod laissa l’homme s’exprimer sans l’interrompre. Qui l’eut pu, de toute façon ? Sa façon de parler était semblable à des chutes d’eau, aux rapides impétueux d’une rivière en crue. Et ses paroles avaient autant de sens que les siphons qui parcouraient les rivières, impénétrables ; tout homme qui risquait d’en comprendre le sens s’y perdait à tout jamais. Farod se contentait d’acquiescer de temps à autre, tout en continuant la confection d’un petit objet de bois qui prenait les formes d’un renne. L’arme la plus dangereuse que cet homme transportait avec lui n’était autre que sa folie. Mais le vieil homme ne parvenait pas à discerner s’il était bon ou mauvais, et s’il avait même conscience de l’un ou de l’autre. Mais ces questions viendraient en temps et en heure. Il était plus important de s’interroger sur le fait qu’il avait peut-être des poursuivants à ses trousses. Sa volubilité pouvait avoir attiré les foudres de certaines personnes moins conciliantes et tolérantes. Et qui savait ce qu’il pouvait avoir fait avant que d’arriver au sein de la baie de Forochel.

- Vous aurez à boire, bientôt. Asseyez-vous, asseyez-vous !

Farod fit un faible geste de la main pour l’inviter à s’asseoir de l’autre côté d’un petit foyer où rougeoyaient des braises mourantes. Garrock imposa la station assise à Rat-Long en lui appuyant fermement sur les épaules, lui laissant les mains attachées dans le dos. Tant qu’ils n’en sauraient pas plus à son sujet, mieux valait éviter les risques inutiles. Farod reprit le ton de la conversation comme si de rien n’était. La méfiance pesait sur son cœur, mais il ne pouvait que se réjouir de l’arrivée inopinée de ce drôle de personnage dans une communauté qui avait trop longtemps souffert de l’isolement.

- La glace a fondu avec les chaleurs précoces. Il aurait mieux valu venir en hiver. La banquise fait alors plusieurs mètres de hauteur et vient recouvrir les terres.

Garrock restait debout, patiemment, même s’il ne comprenait guère pourquoi perdre du temps avec un oiseau pareil. Farod avait ses raisons, sans doute, mais il trouvait trop risqué de bavarder avec un étranger alors que des questions plus urgentes pesaient sur les épaules de leur clan. La maladie, ou le mauvais sort, continuait à gagner du terrain, et il ne devait qu’aux bons esprits d’être toujours valide. Farod sentit que le contexte n’était pas des plus plaisants à son vieil ami, et lui demanda avec gentillesse de leur trouver de quoi se sustenter.

- Cet homme a sans doute beaucoup voyagé, et il doit avoir faim. Ramène donc trois écuelles de bouillon et quelques tranches de viande fumée je te prie. L’esprit est plus clair quand l’estomac est plein.

Garrock sortit et se dirigea vers les grands séchoirs et le fumoir où se trouvaient les réserves de viande et de nourriture pour l’ensemble du village. Il y régnait une agitation anormale. Les enfants riaient et s’agitaient autour d’un vieux piège où aucun animal ne s’était laissé prendre depuis belle lurette. Ceux qui n’avaient pas perdu la vue racontaient qu’une drôle de créature s’y trouvait,  parsemée de tâches ocres sur la peau, crachant et fêlant pour se défendre, encourageant leurs amis, aveugles ou presque, à lui jeter des pierres pour achever cette bête maléfique. Garrock s’arrêta, interdit. Aucune bête, aussi sauvage soit-elle, ne répondait à cette description à des lieues à la ronde. Farod attendrait. Il fit un détour et s’approcha des enfants, les obligeant à s’éparpiller comme une nuée d’oiseaux. Il y avait bien quelque chose qui jurait et pestait dans le grand trou, mais ce n’était en rien un animal. Quoi que … Une large crinière noire couvrait un visage où une agressivité non dissimulée déformait des traits étranges, presque beaux. Des arabesques rubigineuses ornaient la peau de la femme, semblables aux dessins que les Lossoths pouvaient quelques fois dessiner sur leur corps avant les combats ou les grandes chasses. Il haussa les sourcils en découvrant des yeux gris où brûlait une lueur belliqueuse. Garrock s’accroupit pour se rapprocher de cette femelle étrange. Il chercha quelques mots du langage commun qu’il connaissait, avec un accent fortement marqué. Il n’était pas sûr de se faire comprendre.

- Toi sorcière ou normale ? Que faire toi ici ? Toi suivre Rat-Long ou venu nous voler nourriture ?

Garrock n’était pas né de la dernière pluie. Les traits étirés de la jeune femme en disait long sur les conditions d’une vie difficile au cours de laquelle la faim avait du être une amie d’infortune.  Il appela un enfant pour l’envoyer chercher Otmar.  Si la femme avait quelques pouvoirs, mieux valait être deux pour contenir ses fourberies.

Pendant ce temps, Farod continuait sa discussion avec un Rat-Long toujours attaché, se tortillant face à l’inconfort de cette position. Farod savait combien il était gênant d’être ainsi maintenu, mais prudence et patience étaient ses maîtresses les plus fidèles. Elles ne l’avaient jamais trompé.

- L’Arnor est vaste Monsieur Haskill. La glace est un beau rêve, mais je ne crois pas que cela soit suffisant à justifier votre présence ici. Quel vent vous a mené aussi loin des cités des hommes et du confort d’un logis ?


Dernière édition par Nathanael le Lun 17 Aoû 2015 - 9:03, édité 1 fois
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Sigvald Lingwë
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Lun 17 Aoû 2015 - 0:01

Agitant ses mains en tout sens. Monseigneur Haskill livrait toutes ses pensées par le biais de la parole au pauvre homme qui se tenait en face. Farod gardait un calme quasi divin face à ce flot incohérent, captivant, surprenant, mais surtout incohérent de mots et de phrases sortant de la bouche de l'homme aux vêtements roses.

- Vous aurez à boire, bientôt. Asseyez-vous, assez-vous !

À ces mots, Monseigneur arbora un large sourire et un regard des plus amicaux envers le vieux sage. Un regard plein d'admiration, de compassion et tant d'adjectif possible... Et par-dessus le marché il invita Monseigneur à s'asseoir près du feu, chaleur réconfortante et appréciée au cœur de ces terres gelées et froides. Il ne se fit pas prier une seconde de plus. Il ne se leva pas, mais usant de ses maigres bras attachés, il réussit à traîner son derrière près des flammes. Il se massa légèrement les fesses qui commençait tout juste à se réchauffer, geste qui ne manqua d'étonner les personnes se tenant derrière lui, voir d'en dégoûter quelques-unes.

Quand Farod demanda que l'on apporte à boire et à manger, d'un signe de tête des plus noble Monseigneur remercia son hôte. Son voyage commençait bien, un abri, des gens fort sympathiques bien qu'aux coutumes un peu révolues, mais surtout il allait lui faire manger de la nourriture locale. Monseigneur au fil des années avait développé une certaine passion pour la bonne "bouffe" et les bons vins, ainsi que pour diverses drogues, bref, il était aux anges. Au fur et à mesure qu'il se réchauffait près de l'âtre, son corps était parcouru de frissons qu'il s'amusait à amplifier de grand geste, l'on aurait presque dit une bête attaché se tordant dans tous les sens pour s'enfuir. Malgré ce spectacle à la foi bizarre et presque enfantin, Farod ne vacilla pas et continua son interrogatoire dans le plus grand calme. Monseigneur lui répondu de la même façon, l'on aurait même dit qu'il avait retrouvé toute sa tête, sa voix et sa noblesse d'autrefois tant il parlait si bien. Il se tenait droit, la tête haute comme tout noble qui se respecte. Mais ça ne diras qu'un instant.


- Pour tout vous dire Homme Sage, je n'étais pas venu près de la côte pour vous. C'est vous qui êtes venu me chercher et me capturer, pour m'amener ici. Je n'aurais certainement jamais trouvé cet endroit par moi-même.

D'un coup il changea de voix, celle-ci devint plus aigu tandis que son attitude et sa façon de se tenir changea elle aussi.
Ouuuuiiii !!! Je voulais voir de gros, de très gros glaçons ! Je prends moins de plaisir dans nos cités votre majesté ! Et la question et est-ce que vous me libérez et me laisseriez-vous partir ???? De cela je ne suis pas sûr !!!! Mais ! Mais ! Nous pouvons marchander ma libération, quand dites-vous vieil homme ? Je n'ai pas d'argent, toutefois je peux me mettre à votre service le temps de racheter ma liberté ! Ouuuiii, je me tiendrais bien ! Promis ! Ca serait un peu comme travailler pendant des vacances, une première, mais je trouve l'idée plutôt intéressante. Bien sûr il faut instaurer des règles. Je raffole des produits laitiers, mais je les digèrent mal vous voyez, alors il vaut mieux garder vos distances dans l'heure qui suis, sans vous commander bien sûr. Il en viens presque de votre survis, je dis ça c'est pour vous, j'espère qu'il n'y a aucun malade parmi vous, je risquerais de l'achever sans le vouloir ! Alors ! Vous en dites quoi ? S'il vous plaît...  
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Sirka
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Jeu 1 Oct 2015 - 22:54

Foutre. Une journée sans heurts n'en était définitivement pas une. De là à imaginer devoir se passer d’une cheville… C’était sûrement son rugissement intempestif, au moment où la douleur s’était exprimée, qui avait rameuté les chiards. Note pour soi-même : éviter de tomber dans des trous. Deuxième note pour soi-même : à l’approche d’une bande de marmots piailleurs et écervelés, se mettre immédiatement à couvert. Ne jamais sous-estimer le potentiel d’emmerdement susceptible de sommeiller en eux. Ni leur force de frappe. Un caillou un peu trop bien lancé - ou une chance un peu trop aiguisée – la fit taire quelques secondes. Le temps de vérifier que son œil n’était pas atteint. A priori, tout était en ordre. A part son arcade qu’elle sentait gonfler, certainement saigner. Et le chapelet de jurons de reprendre de plus belle…

Son bouclier la protégea du reste. Les gamins s’en donnèrent à cœur joie pendant un bon moment, et ni les insultes ni les cris de rage de la rhûnienne ne semblaient vouloir les dissuader. Aucune prise ne lui permettait de rejoindre ces petits braillards dégénérés – et particulièrement mal élevés – dans l’optique de leur administrer la correction ô combien douloureuse qu’ils méritaient. Ils surent ainsi profiter de sa faiblesse temporaire – quoique pour la cheville, rien de bon ne saurait être envisagé -, jusqu’à ce que la venue d’un de leurs aînés ne les fasse déguerpir. Tout aussi rapidement qu’ils étaient apparus.

Allez-y pour piger un broc de ce que ce rustre bavait. Elle tint contre elle l’unique rempart d’acier qui lui permettrait, en cas de chute inopinée de plus gros cailloux, d’espérer ne pas trop manger. Tout en essayant de se concentrer sur les questions du sauvageon mal dégrossi.

- Sorcière ? Crétin des steppes ! Je ne suis pas plus une sorcière que toi un chevalier.

Trop d’idiotie en un seul corps. Un scandale. Bon, pour la nourriture, admettons. Mais pour ce qui était de la sorcellerie, pas de quoi s’affoler. Quant à suivre un rat…

- Suivre un rat ? fit-elle en grimaçant, d’un ton classé en avant-dernière position sur l’échelle de sa jovialité moyenne. J’ai autre chose à faire. Sors-moi de là.

Outre sa patience millénaire, Sirka était également dotée d’un sens de la diplomatie hors pair. Elle entendait encore son père chanter ses louanges à ce propos. Il n’y avait que peu de chances pour que l’individu accède à sa requête. Il pourrait tout aussi bien – par le plus grand des hasards – reboucher le trou jusqu’à ce que n’en dépasse que sa petite tête d’étrangère gratuitement belliqueuse et la laisser pourrir là-dessous. Voir si la mauvaise graine peut prendre racine.

Ou l’en sortir, de ce trou, et voir si les dessins sur sa peau peuvent se repasser au couteau.

Ou ! Etre gentil, raisonnable, lui apporter une fourrure chaude et un thé vert.
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Nathanael
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Ven 20 Nov 2015 - 18:17

Aussi aigri qu’une vieille fille sans mari ni enfant, Otmar rejoignit Garrock en bougonnant, mécontent d’avoir été interrompu pendant son repas après la longue chasse qu’ils avaient mené. Il eut une mine encore plus déconfite en se rendant compte de la raison de sa venue. Il eut un regard méprisant envers Garrock, en se demandant en quoi sa présence serait bien utile pour sortir une femelle barbare d’un trou qu’il suffisait de reboucher pour mettre fin à tout ce remue-ménage. Mais l’imposant Lossoth qui était toujours accroupi, en pleine discussion avec l’étrangère, ne semblait pas prêter attention aux simagrées de son ami.

- Si toi pas poursuivre Rat-Long … que faire tu ici ?

Il ne comprit pas la suite des invectives et des insultes que proféra la créature dans un charabia à couper au couteau. Il y avait décidemment de bien drôles de choses en ce monde, et deux bizarreries en une journée, cela ne présageait rien de bon. Garrock haussa les épaules en se tournant vers Otmar, ni l’un ni l’autre ne comprenait un mot de ce que crachait la femme. Enfin, s’il s’agissait d’une femme, rien n’était moins sûr. D’un commun accord, ils entreprirent de l’aider à sortir du trou où elle était tombée. Ils étaient au moins rassuré sur le degré de sa dangerosité et de sa vivacité d’esprit … tomber dans un trou pareil relevait d’un manque de jugeote inconsidéré,  d’un abrutissement aberrent, ou d’une absence de discernement presque rocambolesque. Il en était autrement de sa capacité à s’agiter dans tous les sens pour se libérer de la poigne des deux hommes qui la soulevaient presque du sol pour la mener jusqu’au petit bâtiment où se trouvaient Farod et Rat-Long. Ils eurent droit à une nouvelle salve de mots incompréhensibles. Ils firent entrer l’étrangère sans ménagement par la petite porte et la poussèrent devant le petit âtre faiblard où un Rat-Long enchanté et un Farod surpris les attendaient. Le sourire de Rat-Long disparut rapidement lorsqu’il constata qu’au lieu de nourriture ils ramenaient une carnivore déchaînée, toutes dents dehors. Otmar fit de nouveau les frais de l’agitation étrangère lorsqu’il sentit se refermer sur ses doigts la mâchoire affamée de la sorcière. Il poussa un cri de douleur avant de lui renvoyer la pareil en lui assenant une claque en pleine figure. Farod dut reprendre le contrôle de la situation avant qu’elle ne dégénère.

- Otmar ! C’est bon, sort, ça suffit. Garrock, tiens la bien. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Otmar bondit dehors comme un ours furieux tandis que Garrock résumait la situation sans un mot plus haut que l’autre. Le vieil homme sage au regarde d’acier se tourna vers la jeune femme puis vers Rat-Long.

- Est-ce que vous poursuivez cet homme ? Calmez-vous, calmez-vous, il ne vous sera pas fait de mal si vous restez tranquille. Mais si vous n’arrêtez pas de gesticuler de la sorte on finira par vous remettre au fond du trou …

Et liant le geste à la parole, Garrock obligea l’étrangère à s’asseoir tant bien que mal sur le sol en lui maintenant fermement les poignets liés. Malgré l’agitation et l’arrivée inopinée d’une perturbatrice hors pair sous l’abri de fortune, Farod s’était retourné vers leur premier visiteur pour répondre à sa requête, continuant, imperturbablement de sculpter son petit renne en bois.

- C’est entendu, nous vous libérerons si vous coopérez. Votre aide nous sera bien plus utile que de l’argent. Puis le vieil homme regarda avec fermeté l’étrangère qui s’agitait toujours. Est-ce que vous comprenez ce que je dis ? Il s’efforçait de parler un Commun sans accent. D’où venez-vous et pourquoi s’être jeté dans ce trou ? Est-ce que vous fuyez quelque chose ? Êtes-vous poursuivi ?

L’homme aux cheveux aussi blancs que la neige eut une seconde d’hésitation, le coin de ses lèvres frémit. Etrange coïncidence ou menace réelle ? Il ne savait que penser. La Prophétie n’était pas claire à ce sujet, et l’arrivée soudaine de ces deux inconnus pouvait être aussi bénéfique que mortelle pour leur clan.

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Sigvald Lingwë
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Mer 2 Déc 2015 - 11:17


Monseigneur Haskill, de toute sa splendeur regardait le vieux Farod dans les yeux, ce vieil homme lui rappelait ses anciens professeurs qu'il avait par la suite égorgés. Mais par chance il n'avait rien contre le Lossoth. Monseigneur avait même l'envie de lui faire de petite caresse, de la manière dont on flatte un chien, par attachement et amitié. Mais cette une vision enchanteresse qui le surpris par un sursaut des plus singuliers, tel un fou seulement sa tête se tourna, le reste du corps ne fit aucun mouvement tellement ébahi par l'entrée de cette déesse sauvage.

Cette Déesse comme Monseigneur en parle depuis était paraît-il d'une beauté sans égale. La bouche béant il la vit avec un amour naissant mordre le Lossoth, à ce moment il eut un frisson lui parcourir le corps, comme le prélude de future sensation mutuelle avec cette délicieuse créature.

"Est-ce que vous poursuivez cet homme ?"
Ces quelques mots suffirent à Monseigneur pour avoir le cœur battant et un stress non dissimulé, le destin l'avait amenée à lui, c'était sûr. Monseigneur Haskill pensait déjà la courtiser comme toute femme de haut rang, par des flatteries et des gestes délicats, par des cadeaux magnifiques et au combien précieux. Tout le contraire des catins qu'il fréquentait occasionnellement ici et là, en privé ou en public. Sans la quitter du regard, comme obnubiler par cette femme à la peau ambrée, aux yeux sombre et fatal, Monseigneur répondu au vieil homme en bafouillant tant ce qu'il ressentait en cet instant était puissant. "Bvoui je bvous aidérai" Toutefois le Lossoth s'il n'avait pas compris, ne le dit pas.

Et fidèle à sa réputation Monseigneur Haskill la déshabilla du regard, imaginant déjà ses courbes provocantes et au combien attirantes. Ils se voyaient nus sur une peau de bête devant l'âtre à passer des nuits sans dormir, appréciant ces longues heures voire journée à se dépenser comme jamais durant ces moments de plaisir charnel et sauvage. À suivre ses tatouages de ses mains en de douces caresses avant "DE LA TUER !" Un peu maladroit, Monseigneur chassa vite cette petite voix de sa tête. La façon dont elle agissait, avec ardeur et fureur, ces dents acérées cachées par des lèvres si pulpeuses... Monseigneur prit son courage à deux mains pour faire bonne impression.

Effaçant se sourire béat qu'il arborait fièrement depuis quelques instants déjà, il frotta énergiquement ses mains, faisant un bruit sec des plus étonnants. Dans un geste de raffinement digne d'un paysan, il cracha avec férocité au creux de ses mains avant de se passer celles-ci dans ses cheveux d'un grisonnant des plus charmants. D'un ton des plus assurés et dans un geste plein de conviction, il tendit un vieux morceau de saucisse aux fromages de sa poche.

"Ma Déesse, souhaitez-vous un morceau de ce délicieux met ?" Et des plus sérieusement il se passa la langue sur ses lèvres, tout en faisant un clin d’œil à l'intention de la jolie créature à ses côtés. Une subtile approche de Monseigneur... Il la comparait à une Melian du Quatrième Âge, dont la beauté était inégalée et dans le même temps, il lui proposait de la nourriture dans un geste de bonté toute en faisant preuve d'une attention toute particulière sur ses besoins. Un génie...
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Sirka
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Mer 2 Déc 2015 - 23:57

Et voilà qu’un deuxième se ramenait. Bizarrement, elle ne sentait en moins. Simple intuition. Peut-être aidée par le rictus mauvais qui arborait sa grise mine. Quant à la question du premier… elle se demandait encore. La région ne lui paraissait plus si exaltante. Elle avait espéré affronter le froid et la neige, se battre avec les éléments, repousser les limites de sa résistance sur des terres parfaitement inhospitalières… Le tout dans une parfaite solitude. La solitude, elle avait fait une croix dessus. Quant au combat contre les éléments, ça se posait là : même pas fichue d’éviter un trou de cinq pieds de large.

Les deux autistes pré-civilisés finirent par se rendre compte de la nécessité impérieuse de faire quelque chose pour la sortir de son piège (on l’appellera ainsi, par égard pour sa dignité). Sitôt descendus d’un niveau, ils la saisirent sans autre forme de délicatesse, et la hissèrent hors du trou. Son bouclier y resta d’ailleurs. Elle eut beau pester, tenter de se tourner, de leur faire entendre qu’elle tenait un minimum à son équipement et pas du tout à leur compagnie. Mais rien. Elle traversa le village comme une vulgaire prise de guerre, au milieu des enfants qui quelques minutes plus tôt, lorsqu’ils la surplombaient du haut de leurs trois pommes et demie et de sept pieds de terre, semblaient plus enclins à lui chercher des crosses. Là, le lien était rompu. Elle leur lança un sourire carnassier, leur promettant silencieusement que si leurs aînés commettaient l’imprudence de lui rendre sa liberté, ils seraient tous sur son programme de festivités. Et fit un geste brusque vers l’un d’entre eux, lequel recula et manqua trébucher. Ce geste lui valut une remise en place du plus grincheux de ses deux gardes du corps, mais elle en tira tout de même pleine satisfaction.

Arrivés devant l’un de leurs ersatz de bâtiment, elle ne put réprimer un haussement de sourcil parfaitement hautain. A vivre dans des maisons en bouse séchée toute l’année, par étonnant qu’ils constituent l’une des peuplades les plus aigries qu’elle ait pu croiser. Elle n’avait aucun mal à imaginer que ce genre de détail, couplé à du poisson à chaque menu et à une progéniture tout droit sortie du gros colon de Melkor, Loué soit-il… portait préjudice à tout le reste. Indéniablement. Enfin, du reste, et quoi qu’en dise sa préoccupation pour ce qu’elle définissait comme étant le minimum vital en matière d’hygiène, elle entra. Contre son gré, toujours sur la même gamme pentatonique en Mi, et avec une prime canine, mais elle entra. La gifle la calma pour un temps. Mais un temps seulement, car une toute nouvelle calamité montrait le bout de son pif.

Ivrogne ou dément, à première vue son cœur balançait. Le cumul ne l’aurait d’ailleurs pas franchement étonnée. Ce vieillard sénile qui avait dardé ses sales petits yeux perfides sur sa fière personne lui faisait presque froid dans le dos. Elle en vint même à se demander par quel prodige de clairvoyance qu’elle se retrouvait entravée par l’un de ces rustres, et pas lui.

« Je ne poursuis personne. Au contraire, ma solitude me manque. Laissez-moi partir, on oublie, je n’ébruiterai pas par toutes les terres du Milieu votre retard manifeste en matière de carrelage, et tout le monde est content. »

C’est ce qui lui traversa la tête, mais elle eut comme un doute quant à la teneur de la réponse. Verbale ou non. Aussi fit-elle un effort considérable pour résumer l’étendue de sa pensée à leur égard, et tout ce qu’elle aurait à redire sur leur mode de vie, en un hochement de tête parfaitement calme quoique visiblement las marquant une réponse négative.

- Je viens de Rhûn. A l’Est. Et je ne poursuis ni ne fuis personne.

Quant à pourquoi elle s’était jetée dans le trou… ça la regardait. Nul besoin d’en faire l’étalage en public. Elle se refusa à répondre à cette question. D’autant que toute envie de tailler le bout de gras l’avait quittée presque instantanément lorsqu’on eut la bonne idée de l’asseoir à moins de soixante-dix mètres de l’autre moisi. Elle dût faire de gros efforts pour ne pas l’assommer sur le champ avec le premier enfant qui lui passerait sous la main. Manque de chance, les enfants étaient dehors. Aucune forme d’utilité quelle qu’elle soit, ces bestioles.

Elle avait une faim d’uruk.
Mais quand bien même elle aurait passé quarante jours et quarante nuits en Extrême-Harad à avaler du sable et rêver de racines… jamais ce morceau de viande n’aurait approché sa bouche.

- Arrière… grinça-t-elle, persuadée à ce moment que son regard aurait fait déguerpir un troll.
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Nathanael
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Mer 16 Déc 2015 - 17:08

- Le Roune ?

Farod devint pensif. Le monde était si vaste. Il n’avait jamais entendu parler de cette région. Loin à l’est, il savait que des peuples étranges vivaient au milieu de terres gelées et plus hostiles encore que la Baie de Forochel. Ses ancêtres racontaient que ces hommes étaient capables de dompter des dragons et de les élever comme des rennes pour en faire des montures. Ces histoires avaient-elles un fond de vérité ? Il considéra la nouvelle venue avec plus d’attention, car elle était suffisamment étrange pour que ses dires soient vrais. Il n’avait jamais rien vu de pareil malgré les nombreux hivers passés sur cette terre. Sa peau était d’ambre et son regard n’avait nul égal. Et les étranges lignes qui courraient le long de sa peau étaient peut-être de puissantes runes destinées à la protéger. Dans le doute, mieux valait s’abstenir de lui faire du mal ou de la forcer à faire quoi que ce soit. Sa magie et quelques incantations secrètes pourraient mettre fin à la faible santé de son peuple.

Otmar coupa court à toute réflexion, il entra, essoufflé, aux aguets. Ce n’était pas normal. Décidemment, rien ne l’était aujourd’hui. Le grand Lossoth avait la mine grave et toute trace de rancœur avait disparu. Il parla précipitamment dans sa langue natale, un charabia incompréhensible pour les deux étrangers.

- Farod, c’est Izeruk, du clan des Anarquit. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Il y a de mauvais esprits qui sont descendus des montagnes d’Angmar et qui pourchassent leurs hommes. Ce sont les bergers qui ont été les premiers touchés, mais un groupe de chasseurs a disparu également. Le passage vers le Sud est condamné. Et si nous ne faisons rien avant cet hiver …

Otmar ne termina pas sa phrase. Farod savait très bien l’importance qu’avait le passage au Sud. Il s’agissait de la seule route possible pour les mener jusqu’à leur campement d’hiver, le seul refuge dont ils disposaient pour s’abriter du froid et de la morsure du vent à la mauvaise période. Ne pas pouvoir l’emprunter revenait à condamner l’ensemble des Lossoths à l’arrivée des premiers flocons. Le vieillard resta impassible considérant les braises dans le foyer mourant comme si quelques morceaux de charbon pourraient lui apporter des réponses. Il tourna son regard vers Ratlong et l’inconnue. Les nouvelles n’étaient pas bonnes pour eux non plus.

- Je crois que vous serez obligés de rester un peu plus longtemps parmi nous. Les … gobeulain … il avait prononcé le mot avec difficulté, se rappelant difficilement ce mot de Commun qu’il utilisait rarement… sont au sud de nos terres. Il vous sera impossible de retourner sur vos pas. Si la montagne s’agite cela n’annonce rien de bon, rien de bon.

Et Farod fut une nouvelle fois transporté dans un autre monde, en un autre temps, que seuls ses yeux semblaient pouvoir contempler, au-delà de la matière et des formes du monde tangible. Garrock sortit de son mutisme et prit les devants en exprimant à haute voix ce que leur chef n’osait pas formuler.

- S’ils sont ici … ils pourraient nous aider. Le temps que les choses se calment.

Il n’était jamais bon signe quand les esprits maléfiques descendaient des flancs de la Montagne du Sorcier. Les Lossoths n’avaient jamais gagné de guerre contre eux, ils se contentaient généralement de reculer plus au Nord jusqu’à ce que les monstres se lassent de les poursuivre et retournent dans leurs trous jusqu’à la prochaine attaque. Il était rare qu’ils sortent aussi loin au Nord, et Garrock se demanda ce qui avait bien pu les pousser à s’agiter ainsi.  Farod contempla le chef des chasseurs, eut un profond soupir, puis se tourna vers Ratlong et la Rhûnienne. Ses sortilèges les aideraient sans doute à pourchasser le mal qui accablait son peuple depuis deux ans maintenant.

- Reposez-vous et mangez un peu. Demain vous partirez avec Garrock et Piotr pour les aider à trouver un des nôtres que nous cherchons depuis deux jours. Un mal frappe les nôtres. Les gens deviennent aveugles, petit à petit. L’homme est parti chercher du bois mais il a du trop s’écarter du camp et nous n’avons pas pu remettre la main sur lui depuis. Nous avons trop peu d’hommes valides pour se mettre à sa recherche, et vous nous seriez d’une grande aide. Après quoi, nous vous aiderons à retourner au Sud si vous le souhaitez. Les mauvais esprits finiront bien par retourner dans leurs montagnes.

Garrock regarda Farod, dubitatif. S’il manquait un homme au campement, il n’avait pas été mis au courant. Mais il n’était plus l’heure de contester les décisions de leur chef, Farod avait sans doute ses raisons.

*********************************

L’aube se déclina en des teintes de pastel, bleu azur et vert marin, les pâles rayons du soleil ayant du mal à réchauffer les collines qui entouraient le clan de Lossoths. Malgré l’été précoce les matinées restaient fraîches. Les rares arbres qui poussaient ici et là projetaient leur longues ombres sur un parterre de mousse et de petites fleurs blanches. De cours ruisseaux serpentaient entre des blocs de roches jusqu’au campement, unique source d’eau potable pour ce peuple semi-nomade. Garrock attendait déjà devant la hutte de Farod, Piotr était déjà debout, prêt à partir. Ils regardaient l’étrange Rat-Long qui était couché d’une bien étrange manière ainsi que la femelle sauvage qui continuait de les observer avec méfiance. Le vieil homme prit la parole après un petit déjeuner des plus frugaux et des plus inattendus : gras de renne, gelée de baie rouge et alcool à base de lait fermenté.

- Piotr vous mènera aujourd’hui. Si vous ne le trouvez pas d’ici demain, il y a peu d’espoir que nous le retrouvions un jour. Ne prenez pas de risques inutiles. Nous avons bien plus besoin de vous ici, vivants, que morts.

Et il s’adressait à Garrock et Piotr principalement, car la mort des étrangers ne l’aurait pas attristé bien longtemps. Piotr, malgré ses yeux pâles et couverts d’un voile blanc semblait avoir le parfait sens du terrain. Il les mena à travers les diverses tentes et huttes jusqu’à la sortie du campement où une étroite sente inscrite dans l’herbe rase prenait la direction du soleil levant.

- C’est par là. Derrière les collines basses. Quand le soleil sera haut, nous y serons.

Le jeune homme parlait un Commun avec un fort accent, mais il maîtrisait mieux la langue que la plupart de ses pairs. Il buttait sur certains mots mais ses propos étaient tout à fait compréhensibles.

Ils marchèrent plusieurs heures jusqu’à ce que les premiers arbres se dressent devant eux. En fait d’arbres, il s’agissait de sapins rabougris et tordus aux branches noueuses et torturées par les bourrasques violentes qui malmenaient parfois cette partie du monde. Garrock s’arrêtait souvent pour prêter attention à une branche cassée ou une trace dans la boue ou la mousse. Mais rien de ce qu’il trouvait ne semblât le satisfaire et plus ils avançaient, plus le chasseur s’assombrissait. Ici et là quelques plaques de neige survivaient à l’ombre d’un relief ou d’un bosquet de buissons rachitiques mais aucune trace de pas, aucune âme qui vive. Garrock s’avança vers Piotr et lui demanda du mieux qu’il put en Commun.

- Toi être sûr, être ici ? Le bois, petit, pas de signes. Qui parti chercher du bois ? Toi savoir ?

Tout ceci lui semblait bien étrange. Qui était celui qui s’était enfui ainsi, perdu ou exilé loin de leur camp ? Et pourquoi Farod les envoyait si loin avec ces deux étrangers alors qu’il aurait pu aller seul à la recherche de l’égaré.
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